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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef
06.11.2026 à 11:50

Écorégions, 100% renouvelables, sortie des pesticides… Ce que contient le programme de La France insoumise sur l’écologie

Esteban Grépinet, Zoé Moreau

Texte intégral (2737 mots)
La France insoumise (LFI), représentée par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, vient de dévoiler son programme. © Miguel Medina/AFP

Plus d’un millier de mesures, 200 pages et un objectif : prendre le pouvoir en 2027. À la veille d’un meeting de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, au Bourget (Seine-Saint-Denis), La France insoumise (LFI) dévoile ce vendredi son programme pour l’élection présidentielle. Le livre – qui reprend largement les propositions des anciennes campagnes électorales (6ème République, retraite à 60 ans, sortie de l’Otan…) – accorde une place centrale à l’écologie.

«Le programme est complet, avec des propositions pour la plupart des leviers nécessaires pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre et pour l’adaptation au changement climatique, en intégrant des mesures spécifiques pour les ménages vulnérables, salue Anne Bringault, directrice de programmes au Réseau action climat. Il reste à attendre les éléments sur le financement de ce programme.» LFI compte détailler les moyens à mettre en œuvre dans des livrets thématiques qui seront présentés tout au long de la campagne électorale.

📕 Les bases : une «bifurcation écologique et sociale», trois piliers

Allier écologie et social. Le programme insoumis dédie son premier chapitre à la «bifurcation écologique et sociale», avec de nombreuses propositions qui mêlent préservation de l’environnement et lutte contre les inégalités. Sa première mesure, copier-coller du programme présidentiel de 2022 : inscrire dans la Constitution la «règle verte», qui consiste à ne pas prélever plus que ce que la nature peut reconstituer. LFI veut notamment se fonder sur ce principe pour réévaluer les «grands projets inutiles» (ligne Lyon-Turin, canal Seine-Nord…).

Planification écologique. Pour concrétiser cette «bifurcation», Jean-Luc Mélenchon propose d’organiser dans le temps la transition écologique : dans quels secteurs investir (énergies renouvelables, agroécologie), quelles industries stratégiques relocaliser (médicaments, numérique), à quelle échéance… Cette planification écologique passe par une intervention forte de l’État dans l’économie, en nouant des «pactes de commande publique» avec les filières ou en (re)nationalisant des entreprises, comme le géant de l’acier ArcelorMittal.

Écorégions. C’est la déclinaison géographique de la planification écologique : remplacer les régions actuelles par un découpage fondé sur des critères écologiques (bassins versants, montagnes…). Le programme donne aussi une place centrale aux outre-mer, présentées comme des «territoires pilotes» où seront développées des politiques d’autonomie énergétique et alimentaire spécifiques. Et où sera garanti, «quoi qu’il en coûte», l’accès à l’eau courante potable.

⚡ Énergies

Sortie des fossiles. Pour lutter contre le changement climatique, les insoumis·es veulent mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) d’ici 2050, notamment en arrêtant de les subventionner. Le mouvement veut aussi instaurer un «crime climatique de dissimulation et de tromperie sur les émissions carbone des entreprises», dont les contours juridiques restent flous. À l’international, il est pour le «traité de non-prolifération des énergies fossiles», porté depuis 2015 par des États du Pacifique et des milliers de scientifiques.

100% renouvelables. Pour atteindre la neutralité carbone, le programme reprend à la lettre le triptyque élaboré en 2022 par l’association négaWatt : sobriété, efficacité et renouvelables. Il promet d’atteindre 100% d’énergies renouvelables «au plus tard en 2060», en mettant notamment l’accent sur les énergies marines (éoliennes en mer, hydroliennes…).

Fin du nucléaire. C’est l’autre versant du plan énergétique insoumis : sortir progressivement du nucléaire civil, jugé dangereux et inadapté aux changements climatiques. Il veut stopper la relance de nouveaux réacteurs enclenchée par Emmanuel Macron en 2022, tout en promettant de garantir la reconversion des travailleur·ses du secteur.

🔥 Adaptation climatique

Fortes chaleurs. Jean-Luc Mélenchon veut engager un vaste plan de rénovation des hôpitaux, des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des écoles et des espaces publics, pour les adapter au réchauffement climatique. Pour ça, il mise autant sur l’installation de réseaux de fraîcheur urbains que sur la climatisation. En cas d’alerte canicule, l’insoumis veut imposer la gratuité des lieux de refuge (piscines publiques, musées, etc.). Il entend aussi instaurer des seuils de température maximaux sur les lieux de travail.

Incendies. Jean-Luc Mélenchon prévoit de renforcer les moyens humains et matériels de lutte contre les feux de forêt.

Eau. Face à l’augmentation du risque de sécheresse et d’inondations, l’ancien socialiste veut consacrer une «règle bleue», sur le modèle de la «règle verte». Le principe : «ne pas prélever, ni transformer, ni polluer le cycle de l’eau au-delà de ce que la nature peut reconstituer». Selon cette règle, un moratoire immédiat sur les «mégabassines» serait instauré.

🤖 Intelligence artificielle

Data centers. LFI soutient un moratoire sur «l’installation des centres de données non souverains», portés par des acteurs extra-européens. «Il faut avoir des data centers pour assurer un minimum de souveraineté numérique, mais il faut que cela se fasse dans des conditions environnementales satisfaisantes», notamment en termes de consommation d’eau et d’énergie, développe la députée insoumise Claire Lejeune.

Usages de l’IA. Le mouvement veut développer une intelligence artificielle «utile aux besoins sociaux et écologiques». Il veut interdire les IA qui vont à l’encontre des droits sociaux (par exemple : pour la gestion des flux migratoires) ou qui ont pour «objectif de simuler une relation affective avec l’utilisateur».

🚅 Transports

Plus de train. Pour transformer les transports, premier secteur d’émissions de gaz à effet de serre en France, LFI mise sur le ferroviaire. Le mouvement veut lancer un plan de rénovation et de réouverture des lignes et gares fermées ces dernières décennies. Il compte aussi baisser le prix des billets en supprimant la gestion par algorithme.

Moins d’avions. À l’inverse, il veut réduire la place de l’avion en supprimant les lignes intérieures en cas d’alternative en train de moins de quatre heures – une mesure reprise de la Convention citoyenne pour le climat. La niche fiscale sur le kérosène sera également supprimée.

Automobile. Il veut enfin planifier la construction de voitures électriques «légères et abordables», tout en réglementant la taille des SUV vendus en France. L’automobile est, pour le moment, l’un des seuls secteurs au financement détaillé : 1,4 milliard d’euros supplémentaires pour produire deux millions de véhicules électriques par an. Destinées à lutter contre la pollution de l’air dans les grandes villes mais critiquées pour leur aspect inégalitaire, les zones à faibles émissions (ZFE) feront l’objet d’un moratoire.

🏘 Logements

Rénovations. Comme en 2022, Jean-Luc Mélenchon porte un plan de rénovation énergétique de 700 000 logements par an. Cet objectif est chiffré à plus de cinq milliards d’euros par an. Le candidat veut aussi organiser la sortie du «chauffage fossile», au fioul ou au gaz.

Droit au logement. Alors que 350 000 Français·es vivent sans domicile, LFI promet le «zéro sans-abri» en cinq ans, notamment en construisant 200 000 logements publics par an. Pour protéger les locataires, le parti veut interdire les expulsions sans relogement ou encore contraindre les bailleurs à équiper les logements pour faire face aux canicules.

💊 Santé et pollutions

Pesticides. Le candidat insoumis prévoit une sortie «progressive» des phytos et une interdiction immédiate des produits les plus dangereux – par exemple le glyphosate. Il envisage, en parallèle, d’instaurer une zone tampon pour protéger les enfants de ces produits autour des habitations, crèches, écoles et hôpitaux. La France applique déjà des «zones de non-traitement», entre les parcelles traitées et les zones d’habitation, mais l’efficacité du dispositif est contestée.

PFAS. Jean-Luc Mélenchon entend sortir des PFAS, ces substances chimiques toxiques, qui entrent dans la composition de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…). Il prévoit de «mettre fin à la fabrication, à l’importation et à la vente de produits qui en contiennent». Il promet aussi de renforcer la protection de l’eau potable. Si la recherche de ces «polluants éternels» y est obligatoire depuis janvier 2026, les contrôles restent très inégaux selon les territoires. Le candidat veut les rendre systématiques et durcir les seuils réglementaires.

Pollution plastique. Alors que la France croule sous les plastiques (3,7 millions de tonnes de plastiques sont générées chaque année dans le pays), Jean-Luc Mélenchon propose de prendre le problème à la racine, en «donnant la priorité à la réduction des déchets». Première étape : interdire «immédiatement» les emballages à usage unique. La loi Agec de 2020 le prévoit déjà, mais avec une sortie progressive d’ici à 2040. Pour les remplacer, les insoumis·es misent sur les bouteilles et bocaux en verre, ainsi que sur le retour de la consigne.

Cadmium. Jean-Luc Mélenchon promet également de «lutter contre le cadmium», ce métal lourd, toxique, qui contamine les Français·es principalement par l’alimentation. Mais, alors que les engrais phosphatés constituent l’une des principales sources de contamination des sols agricoles, le programme ne fixe aucune trajectoire précise de réduction de leur teneur maximale en cadmium. Le candidat évoque également un «plan de réduction de la pollution déjà présente», sans préciser ses modalités, et alors qu’aucune technique de dépollution des sols n’a, à ce jour, été identifiée comme opérationnelle.

🚜 Agriculture et bien-être animal

Agroécologie. Jean-Luc Mélenchon promet la création de 500 000 emplois agricoles. Un chiffre colossal, puisque la France compte actuellement 600 000 travailleur·ses dans ce secteur, et que le nombre de paysan·nes est en chute libre depuis l’après-guerre. Pour inverser la tendance, son programme propose de favoriser la création de fermes «à taille humaine», d’accompagner la profession avec des «contrats de transition agroécologique», ou encore de la protéger avec des «prix planchers».

Alimentation. Il souhaite remplacer le ministère de l’agriculture par un ministère «de la production alimentaire». Il veut une alimentation 100% bio et locale dans la restauration scolaire et collective (la loi impose déjà un objectif – non rempli – de 20% de bio), avec une option végétarienne chaque jour. Le Nutri-Score, cet étiquetage qui évalue la qualité nutritionnelle des produits, sera rendu obligatoire dans la grande distribution.

Élevage. Le programme promet sobrement d’«interdire les fermes-usines» – sans préciser de seuils ni d’échéance à ce stade. Des précisions seront apportées prochainement dans un livret sur la condition animale, précise Claire Lejeune : «Nous voulons pousser des modèles d’élevage à taille plus réduite, plus humaine.»

Bien-être animal. La France insoumise veut créer un Haut-commissariat dédié à la condition animale et interdire les pratiques jugées «cruelles» : corrida, chasse à courre, broyage des oisillons… Elle souhaite aussi un moratoire sur les «fermes-usines» de saumons, alors qu’un tout premier projet vient d’être autorisé en Gironde.

🌳 Biodiversité

Écosystèmes. Le programme évoque un plan national de restauration de la nature «ambitieux», pour réparer les écosystèmes détruits ou dégradés (cette feuille de route existe déjà, mais elle est critiquée par les ONG). Il promet plus de moyens pour les agences de l’État, comme la «police de l’environnement» ou l’Office national des forêts (ONF).

Forêts. Il veut interdire les coupes rases en forêt («sauf en cas d’impasse sanitaire avérée») ou encore limiter la taille des engins forestiers. À l’inverse, le mouvement dit vouloir prioriser la régénération naturelle et laisser un quart de la surface forestière en libre évolution, sans intervention humaine.

Mers. Il prône notamment l’interdiction de la bande côtière pour les plus gros navires de pêche – une mesure que le gouvernement actuel met déjà en place dans l’est de la Manche (notre article). Il défend aussi un plan de dépollution de la mer Méditerranée ainsi qu’une meilleure protection des aires marines protégées, critiquées par ONG et scientifiques pour leur inefficacité.

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06.11.2026 à 06:00

«C’est un problème de santé publique» : en Turquie, les déchets plastiques européens polluent les sols et les cours d’eau

Anne Legrand

Texte intégral (1598 mots)
Umut Özşimşek, membre de l’association écologiste Çukuravo, à Adana, le 17 octobre 2026. © Anne Legrand/Vert

L’odeur de plastique brûlé est prenante aux abords des champs d’oranges qui entourent Adana. La ville située en pleine région agricole de Çukurova, dans le sud de la Turquie, est connue pour ses agrumes et ses grenades qui font la fierté de toute une communauté. Mais ces plaines particulièrement fertiles sont aujourd’hui morcelées, entre rangées d’arbres fruitiers et imposants hangars cloisonnés appartenant aux entreprises de recyclage.

Derrière ces murs de plusieurs mètres de haut, on distingue les montagnes de déchets plastiques qui seront broyés, lavés, fondus et réutilisés. Un processus long auquel seule une infime partie des milliers de tonnes importées à Adana est destinée. Les 90% restants sont visibles aux alentours des usines, abandonnés ou en partie calcinés.

Umut Özşimşek, membre de l’association écologiste Çukuravo, connaît bien les endroits où les industriels du plastique de la ville laissent leur surplus. Son association travaille pour documenter les pollutions dans la région afin de «créer une mémoire écologique».

En ce milieu du mois d’octobre, dans le quartier de Sakirpasa, en périphérie, des allées entières sont recouvertes de bouteilles, emballages et sachets. «Ici, ils en apportent chaque semaine», explique-t-il, parvenant à reconnaître certaines des marques étrangères récurrentes. «Ce plastique-là vient quasiment uniquement du Royaume-Uni. Ces déchets ne sont pas recyclables. Alors, soit ils les déversent dans l’eau, soit ils les brûlent, soit ils les abandonnent un peu partout dans la nature», soupire-t-il.

Poubelle de l’Europe

Le Royaume-Uni exporte la majorité du plastique arrivant à Adana, juste devant l’Union européenne. En 2018, la Chine – le plus gros importateur de plastique du monde à l’époque – décide de fermer ses portes aux cargaisons de déchets étrangers, provoquant un séisme dans l’industrie du recyclage. La Turquie émerge alors comme la nouvelle poubelle de l’Europe : pour sa proximité géographique et sa politique environnementale conciliante. Elle est aujourd’hui la première destination des déchets de l’UE. En 2025, 510 000 tonnes de plastiques européens y ont été envoyées en échange de 94 millions d’euros, un record.

Adana reçoit à elle seule 60% de l’ensemble du plastique importé en Turquie. Sa proximité avec le port industriel de Mersin, où arrivent les conteneurs de déchets européens, en a fait le centre de cette industrie. Selon Greenpeace Turquie, la ville compte plus de 170 usines de recyclage, certaines agréées par l’État mais d’autres travaillant en dehors du cadre légal.

À Adana, le plastique qui ne peut pas être recyclé est répandu sur les bords de route. © Anne Legrand/Vert

Berk Butan, responsable des campagnes économiques et sociales à Greenpeace Turquie, pense que l’agrément gouvernemental ne permet pas de garantir le respect de l’environnement : «Le problème, c’est que le niveau d’inspection ne semble pas suffisant pour empêcher ces entreprises de polluer. Elles se sentent probablement libres de le faire parce qu’elles ne sont soumises à aucun contrôle.»

Cet été, un rapport scientifique a mis en lumière un niveau de pollution plastique record dans la mer Méditerranée au large d’Alanya, à 130 kilomètres d’Antalya, où se tiendra la 31ème conférence mondiale (COP31) sur le climat. Les chercheur·ses ont directement mis en cause les usines d’Adana, dont les microplastiques se déversent dans le fleuve Seyhan, qui traverse la ville, puis dans la mer.

«Ils ont renforcé les contrôles après cela, raconte Berk Butan. Certaines usines se sont fait suspendre leur agrément ministériel.» Selon les dernières déclarations du ministère de l’environnement turc, douze établissements ont été fermés à la suite d’inspections menées à Adana en septembre. Sur l’ensemble du pays, 153,5 millions de livres turques (2,7 millions d’euros) d’amendes ont été infligées.

«Ils rejettent leurs eaux usées directement dans les canaux»

Le long des champs, à seulement quelques centaines de mètres des usines, des milliers de billes de microplastique flottent à la surface des rivières. Une pollution parfois involontaire, mais surtout liée au rejet des eaux usées utilisées pour laver les déchets avant leur seconde vie.

Pour Sedat Gündoğdu, biologiste marin et professeur à l’université Çukurova, auteur d’une étude publiée dans la revue Environmental monitoring and assessment sur la pollution des eaux d’Adana, les microplastiques rejetés par les usines de recyclage sont responsables de la dégradation de l’ensemble du système de traitement de la ville.

Son travail, réalisé début 2026, fait état d’une importante concentration de microplastiques dans les canaux d’irrigation d’Adana, utilisés pour l’agriculture maraîchère : «Ils rejettent leurs eaux usées directement dans les canaux. Ensuite les agriculteurs les utilisent comme source pour leurs champs», décrit-il. En recueillant des échantillons de trois conduits différents, d’abord en amont, puis en aval des usines de recyclage comme celle de Kemal Deniz – l’une des plus importantes de la région –, Sedat Gündoğdu montre que la concentration de microplastiques dans l’eau est jusqu’à 132 fois supérieure au niveau observé en amont. Sollicitée sur sa gestion des eaux usées, l’entreprise Kemal Deniz n’a pas donné suite à nos demandes.

L’un des cours d’eau testés par le professeur Sedat Gündoğdu, servant à l’irrigation des champs à Adana. © Anne Legrand/Vert

Certain·es agriculteur·ices choisissent d’éviter l’usage des canaux d’irrigation de la ville. Les champs de Berkay Ulular se trouvent à quelques kilomètres seulement des usines de recyclage : «Je vois la pollution autour et je sens l’odeur de plastique brûlé, explique le trentenaire issu de la troisième génération de maraîchers de sa famille. Mais mes champs ne sont pas touchés, comme je n’utilise pas l’eau.» Pour sa production de citrons et d’oranges, il utilise l’eau du lac artificiel Seyhan, situé au nord d’Adana, sur le fleuve éponyme.

«L’importation de déchets plastiques devrait être interdite au plus vite»

La combustion de matière plastique libère des gaz toxiques dans l’atmosphère, comme les dioxines et les particules fines. Celles-ci se propagent dans l’air et se déposent sur les cultures et les cours d’eau, entraînant de graves risques pour l’environnement ainsi que pour la santé des consommateur·ices et des habitant·es. Les personnes exposées au quotidien sont plus susceptibles de contracter des maladies respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que des cancers.

À Adana, les usines se trouvent proches des quartiers les plus défavorisés de la ville, où vivent notamment les minorités kurdes et syriennes, selon Umut Özşimşek. «Ce n’est pas seulement un problème de pollution environnementale, mais de santé publique, insiste le militant. Pour moi, l’importation de déchets plastiques devrait être interdite au plus vite.»

La Turquie devrait cependant continuer à voir ces montagnes de plastiques arriver sur son territoire. À partir du 21 novembre 2026, l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation de l’UE interdira l’envoi de déchets plastiques vers des pays non membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

En tant que pays membre, la Turquie verra donc sa position de première destination du plastique européen renforcée, avec une réglementation plus stricte. Pour Greenpeace Turquie, cette régulation pourrait être un rappel à l’ordre : «Si l’industrie souhaite importer davantage de déchets plastiques à l’avenir, elle devra agir avec prudence et veiller à ce que ces déchets soient propres.»

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05.11.2026 à 11:49

«Tout est fait pour qu’on ne milite plus» : la criminalisation des mouvements sociaux frappe aussi les écologistes

Mathilde Picard

Texte intégral (1639 mots)
Paris, le 23 mai 2025. L’action du mouvement de désobéissance civile Extinction rebellion contre TotalEnergies a rapidement été interrompue par la police. © Yann Castanier/Vert

«La manifestation qui était une routine dans la culture politique française devient maintenant une action à risque», constate Sylvie Ollitrault, directrice de recherche en sciences politiques au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ces dernières semaines, les mobilisations lycéennes et manifestations contre la vie chère ont été durement réprimées par les forces de l’ordre.

Les militant·es écologistes qui participent à ces mouvements ne sont pas épargné·es. Plusieurs membres des Soulèvements de la Terre et de Bassines non merci, qui luttent contre l’installation de gigantesques réserves d’eau destinées à l’agriculture, ont reçu une interdiction de manifester et une assignation à ne pas sortir de leur commune, samedi dernier.

Il s’agit de mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (Micas), qui sont des outils juridiques relevant de la lutte antiterroriste. Selon Mediapart, des arrêtés pris par le ministère de l’intérieur à la fin du mois d’octobre ont appliqué ces Micas aux militant·es pour l’écologie et le social.

Édouard* et Ela*, activistes contre les mégabassines, ont reçu leur toute première Micas vendredi dernier, la veille de la manifestation du 31 octobre contre la vie chère. Elle et il n’ont donc pas eu le temps de la contester. «Au début, on était sidéré, raconte à Vert le jeune homme. On se demande si ce sera pareil pour chaque mobilisation, on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête.»

Une «augmentation de la répression douce en France»

Les militant·es sont des habitué·es des mobilisations environnementales et ont participé à plusieurs actions de désobéissance civile, comme Anne-Morwenn Pastier, ancienne porte-parole de Bassines non merci, également visée par une Micas. Elle avait pris part au blocage contre une usine de production de pesticides BASF en novembre 2025 à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime).

«Ils assimilent des gens qui ont potentiellement abîmé la barrière d’entrée d’une entreprise à des terroristes, s’insurge Ela. Et ils sous-entendent qu’il pourrait y avoir des affrontements entre l’extrême gauche et l’extrême droite… Mais on n’a pas entendu parler de Micas adressés à des militants d’extrême droite !»

Alors que l’interdiction de quitter leur commune et l’obligation de pointer plusieurs fois par jour au commissariat devaient durer tout le week-end, les trois activistes ont contesté la sanction en référé et obtenu sa suspension dès le samedi soir.

Pablo Corroyer, chargé de recherche en sciences politiques au CNRS, précise que l’utilisation des Micas provient de «l’entrée de l’état d’urgence dans le droit commun en 2017». Elle était au départ réservée aux personnes condamnées pour terrorisme, à la suite des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan.

«L’augmentation de la répression douce en France m’inquiète particulièrement, confie à Vert le rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseur·ses de l’environnement, Michel Forst. Le glissement des moyens de répression destinés aux mouvements terroristes et appliqués aujourd’hui aux écologistes est quelque chose que l’on constate au niveau européen.»

Ce nouveau traitement des militant·es des écologistes s’applique dans un contexte «d’augmentation de la répression administrative depuis les années 2010», détaille Pablo Corroyer. Il la définit comme «une action de l’administration guidée par un impératif sécuritaire sous l’autorité des préfectures et du ministère de l’intérieur.»

«On observe une répression générale du militantisme, tous les groupes qui visent à contester un modèle de société dominant et capitaliste sont particulièrement surveillés», abonde Sylvie Ollitrault.

Dissolutions, fouilles et surveillance massive

Parmi les autres outils administratifs utilisés à l’encontre des militant·es écologistes, on peut citer le recours au fichage S, un fichier de renseignements créé par les services de renseignements sur les personnes soupçonnées de menaces à la sûreté de l’État. Mais aussi la surveillance renforcée, les écoutes téléphoniques, la géolocalisation ou encore la reconnaissance faciale.

Pablo Corroyer a étudié la contestation au projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse). Sur le territoire, il a constaté les multiples contrôles, fouilles, palpations et la présence policière continue dans le quotidien des militant·es, hors des moments de lutte.

Selon le chercheur, «les groupes minorisés, racialisés, anticolonialistes ou encore les révoltés des quartiers populaires ont été les premières cibles de cette répression administrative, celle-ci s’est ensuite étendue aux mouvements écologistes».

«L’arsenal administratif testé par le passé est de plus en plus systématisé pour les mouvements écologistes, abonde Michel Forst. Or le droit administratif n’a pas pour vocation première de réprimer mais de faire fonctionner l’État.»

Cette stratégie s’additionne à la menace de dissolution de mouvements écologistes, à l’image de celle des Soulèvements de la Terre, souhaitée par le gouvernement mais annulée par le Conseil d’État en novembre 2023. «Dans les années 1950 et 1960, on dissolvait des associations car il y avait des insurrections et une utilisation de la lutte armée ; aujourd’hui, on dissout pour des propos tenus ou pas assez contrôlés», relève Pablo Corroyer.

«La France est le pire pays d’Europe sur le plan de la répression policière»

Comme le reste du mouvement social, les militant·es écologistes subissent aussi une augmentation de la violence policière ces dernières années. «L’évolution du maintien de l’ordre a abouti à un recours de plus en plus systématique aux armes intermédiaires, avec une police qui va au contact des manifestants», explique Lucien Thabourey, doctorant au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po.

Au sein du mouvement écologiste, les manifestations contre les retenues d’eau des Deux-Sèvres, et en particulier celle de mars 2023 à Sainte-Soline, ont représenté un tournant. L’utilisation d’armes de guerre par les forces de l’ordre – dont plus de 2 000 grenades –, et la violence de la répression ont fait environ 200 blessé·es et plongé deux personnes dans le coma. «Tout est fait pour qu’on ne milite plus, pour que le coût de venir en manifestation soit plus élevé», note Sylvie Ollitrault.

Dans un rapport publié en 2024, Michel Forst constatait la violence des forces de l’ordre et affirmait que «la France est le pire pays d’Europe sur le plan de la répression policière». Deux ans plus tard, il déplore : «La situation n’a pas changé. On le voit avec les rassemblements de ces dernières semaines qui ont réuni des manifestants de différente nature, dont des écologistes.»

L’expert précise que «le droit international reconnaît le droit d’utiliser la disruption et la perturbation de l’ordre public non violente. Il n’interdit pas les sanctions, mais elles doivent être proportionnées, légales – c’est-à-dire prévues par la loi –, et légitimes, soit poursuivre un but nécessaire. Ce n’est pas le cas actuellement.»

À l’époque, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin associait déjà les opposant·es aux gigantesques retenues d’eau à des «écoterroristes». Depuis plusieurs années, «on entend les mots d’”ultragauche”, d’”écoterroristes”, de “talibans verts”, liste Michel Forst. C’est un langage méprisant et dangereux qui vise à discréditer les causes défendues par les militants.» Sylvie Ollitrault souligne que la décision du Conseil d’État qui annule la dissolution des Soulèvements de la Terre entérine que ces collectifs ne représentent «aucune menace terroriste, même en termes de discours».

*Les personnes interrogées ont souhaité être anonymisées.

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05.11.2026 à 07:00

Hubert Peres, spécialiste de la politique espagnole : «La droite n’a aucune chance d’arriver au pouvoir sans l’appui de l’extrême droite»

Hicham Zemrani

Texte intégral (1662 mots)
Santiago Abascal, président du parti d’extrême droite Vox, le 15 décembre 2025, à Almaraz. © Vox España/Flickr

Après plus de huit années au pouvoir, le président socialiste du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, remettra son mandat en jeu le 29 novembre, lors des élections législatives. En position de force dans les sondages, le chef des conservateurs, Alberto Núñez Feijóo (Parti populaire, PP), fait figure de favori… mais pourrait dépendre de la formation d’extrême droite Vox pour gouverner.

Quatre communautés autonomes (Andalousie, Aragon, Castille-et-León et Estrémadure), l’équivalent ibérique de nos régions, sont aujourd’hui dirigées par des coalitions rassemblant la droite et l’extrême droite. Hostilité aux normes environnementales, détricotage des lois mémorielles, défense acharnée de la politique familiale… Hubert Peres, professeur émérite de science politique à l’université de Montpellier (Hérault) et auteur de La politique en Espagne (La Découverte, 2023), revient dans un entretien à Vert sur les mesures prises par le PP et Vox à l’échelle régionale.

Vert : le «cordon sanitaire» autour de l’extrême droite existe-t-il en Espagne ?

Hubert Peres. Le concept même de «cordon sanitaire» n’a jamais existé, car l’irruption de l’extrême droite est récente. Vox a été créé au milieu des années 2010 et n’a connu qu’un faible succès jusqu’en 2018. Dans un premier temps, le PP a été réticent à envisager un accord de gouvernement avec ce parti.

Hubert Peres est professeur émérite de science politique à l’université de Montpellier (Hérault), spécialiste de la vie politique espagnole. © DR

Mais il a fini par réaliser que, compte tenu de la transformation du système partisan espagnol, qui s’est beaucoup fragmenté, il n’avait aucune chance d’arriver au pouvoir et de gouverner sans l’appui de Vox, aussi bien au niveau des communautés autonomes que sur le plan national.

Quels sont les faits d’armes des régions dirigées par une coalition PP-Vox ?

Le principal acquis de Vox a été de remettre en question la loi sur la mémoire démocratique et sa tentative d’expulsion de tous les souvenirs du franquisme de la vie politique et culturelle espagnole. Le parti a réussi à faire voter ce qu’il appelle des lois de «concorde nationale» en refusant l’antinomie entre le franquisme et la démocratie.

Pourquoi Vox a-t-il fait des questions mémorielles l’un de ses principaux chevaux de bataille ?

Avant 2018, l’extrême droite existait de façon embryonnaire. L’une des explications à ce phénomène était la disqualification de l’extrême droite à la suite de la transition démocratique. Il est donc fondamental pour Vox de rompre avec ce discrédit du franquisme, de le revaloriser, pour se débarrasser de la tache morale qui pèse sur l’extrême droite.

S’appuyer sur une expérience historique idéalisée de ce qu’était l’Espagne avant la démocratie lui permet aussi de se construire une image antisystème qui fonctionne auprès des jeunes – il arrive en tête chez les 18-25 ans. Beaucoup d’entre eux sont sensibles à ce discours selon lequel on n’allait pas si mal sous le franquisme, qu’il y avait de l’ordre, de la sécurité, de l’emploi, etc. Et qu’au contraire, le système démocratique a apporté nombre de difficultés.

D’autant plus que cela se conjugue avec un mouvement totalement opposé du côté de la gauche radicale. Si Vox récuse l’idée que le passage à la démocratie a été un progrès spectaculaire, la gauche radicale considère que la transition n’a pas été un véritable passage à la démocratie parce qu’elle n’a pas suffisamment disqualifié la dictature.

La lutte contre l’immigration illégale est-elle le principal point de convergence entre les conservateurs et l’extrême droite ?

Lorsque Vox est apparu, l’immigration n’était pas le thème principal de son discours. Il l’a d’abord fondé sur l’anti-indépendantisme et l’unité de l’Espagne [dans le contexte de la tentative de sécession de la Catalogne en 2017, NDLR] ainsi que sur l’antiféminisme. Depuis, sa stratégie électorale a évolué. Pour gagner le vote des femmes, Vox a adopté une rhétorique fémonationaliste – en affirmant que lutter contre l’immigration revient à assurer la sécurité des femmes –, et la dimension anti-immigration est revenue au premier plan.

Cela n’a pas échappé au PP, qui s’est senti obligé d’infléchir son discours en tenant des propos et en formulant des propositions plus dures sur ce thème. Alors même que le parti a largement favorisé l’immigration extra-européenne quand elle a démarré au milieu des années 1980…

En Andalousie, par exemple, le gouvernement a supprimé, sous la pression de Vox, les subventions aux ONG qui s’occupent de l’aide aux sans-abri. C’est une façon de couper les vivres des associations accusées de favoriser l’immigration illégale.

Dans certaines régions, Vox est parvenu à imposer l’instauration d’une «priorité nationale» dans l’accès aux aides sociales et au logement…

Cette notion de «priorité nationale» n’est pas totalement assumée par le PP, qui refuse de tenir ce langage et d’en faire l’un des axes de son programme. Tout d’abord en raison des difficultés juridiques que pose cette mesure. La droite a trouvé un subterfuge en employant l’expression «enracinement» et en réservant l’accès aux aides sociales et au logement à ceux qui peuvent justifier d’une implantation dans la communauté de plus de dix années.

Cela concerne majoritairement les étrangers, mais d’autres populations, comme les militaires qui changent souvent de régions, pourraient être impactées. Finalement, même s’il utilise un terme différent, le PP accède aux thèses de Vox.

Le PP et Vox ont refusé de signer le «pacte d’État» face à l’urgence climatique proposé par Pedro Sánchez. Sont-ils dans le déni ?

Il est clair que Vox est dans le déni. Pas en remettant directement en cause le réchauffement climatique, mais en fustigeant ce qu’il appelle «les fanatiques du climat». Dans les pactes de gouvernement des communautés autonomes, Vox indique clairement son hostilité à toutes les mesures et normes contraignantes pour l’activité économique – et en particulier agricole – au nom d’une urgence écologique.

On retrouve aussi l’idée d’une défense à outrance des agriculteurs, de la tauromachie et de la chasse. Tandis que la gestion des forêts est liée à la lutte contre les incendies, mais sans jamais évoquer le fait qu’ils puissent être provoqués par le réchauffement climatique.

Beaucoup de discours du PP s’alignent sur cette vision. Mais la droite, elle, ne peut pas totalement s’opposer au Pacte vert [le Parti populaire européen, dont fait partie le PP, soutient le texte, NDLR]. Contrairement à Vox qui le considère comme néfaste pour l’économie espagnole.

Au niveau autonomique, Vox obtient souvent le portefeuille de la famille. Qu’est-ce que cela dit de ses priorités ?

L’antiféminisme de Vox se manifeste en particulier dans son refus de la notion de «violences de genre» et son souhait de la remplacer par l’expression «violences intrafamiliales» pour nier toute spécificité à la violence exercée contre les femmes. Mais le parti a mis en sourdine ces critiques pour des considérations stratégiques.

Néanmoins, Vox est une formation qui se déclare en faveur d’une limitation des conditions d’accès à l’avortement. Il valorise également la famille traditionnelle, les enfants et donc une démographie qui permettrait de se passer des étrangers. Le soutien à la politique familiale fait toujours partie des pactes de gouvernance signés par Vox.

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