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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef
07.11.2026 à 07:00

En plein «embrasement autoritaire», la Turquie accueille la COP31 sur le climat

Mathilde Picard

Texte intégral (1511 mots)
Le 21 octobre 2026, à Istanbul (Turquie). Manifestation devant le siège de Halk TV pour protester contre la prise de contrôle par l’État de cette chaîne d’information indépendante. © Burak Kara/AFP

«En Turquie, la situation nous inquiète particulièrement», alerte Margot Jaymond, chargée de plaidoyer sur la justice climatique chez Amnesty International. Ce lundi 9 novembre, la 31ème conférence des Nations unies (COP31) sur le climat s’ouvre à Antalya, sur le littoral sud. Un sommet qui signe le retour en pays autoritaire de ce rendez-vous mondial annuel.

Les ONG craignent une silenciation des militant·es malgré la présence de journalistes du monde entier. «On a peur que toute manifestation autour du lieu de la COP soit interdite ou réprimée par la police, explique Margot Jaymond. Depuis dix ans et la tentative de coup d’État raté, les lois répressives sont devenues monnaie courante.»

À la mi-octobre, la chaîne de télévision indépendante Halk TV, l’une des rares voix d’opposition, a subi un raid policier. Onze personnes ont été arrêtées et l’administrateur du média est poursuivi pour corruption présumée. «On constate un vrai embrasement autoritaire ces derniers temps, avec des poursuites pénales abusives envers les journalistes», alerte la spécialiste.

Si les journalistes dissidents sont la première cible du régime de Recep Tayyip Erdoğan, le gouvernement s’attaque aussi aux communautés LGBTQIA+ (lesbiennes, gay, bisexuelles, transgenres, queer, intersexes et asexuelles). À la mi-septembre puis de nouveau fin octobre, la police a mené des raids massifs aux domiciles et dans les bureaux de militant·es LGBTQIA+. Sur ce territoire où les marches des fiertés sont interdites depuis 2015, «une centaine de personnes ont été détenues, majoritairement des femmes transgenres, et 419 comptes de réseaux sociaux qui relayaient cette lutte ont été bloqués», indique Margot Jaymond.

La contestation de l’activité minière durement réprimée

La répression touche aussi de plein fouet les défenseur·ses de l’environnement. La Turquie est encore un leader dans l’industrie du charbon. Durant l’été 2025, une loi a même ouvert une partie du territoire à la prospection minière, pour chercher du zinc, du cuivre ou encore de l’or. Une activité vivement contestée par la population.

«Que ce soit sur le littoral de la mer Noire ou sur le plateau de Perşembe, les communautés locales protestent contre ces projets», confirme Emma Sinclair-Webb, directrice adjointe du bureau d’Istanbul de l’ONG Human right watch. Elle liste l’ensemble de l’arsenal répressif utilisé contre elles : «détentions abusives, charges criminelles, intimidations de la gendarmerie, dispersions violentes des manifestants, contrôles administratifs des ONG».

En mars, la militante Esra Işık a été détenue pour avoir manifesté contre un projet d’extraction de charbon dans les environs de la forêt d’Akbelen, au nord du pays. Elle a été condamnée à deux ans de prison pour résistance à un agent de fonction publique. «C’est inquiétant que tout cela se passe juste avant la COP, car celle-ci est censée inclure les activistes, déplore Emma Sinclair-Webb. Le gouvernement néglige la société civile. Nous espérons que son droit à être présente sera respecté.»

Les entreprises turques, elles, seront bien représentées, y compris celles qui financent l’extraction minière. Limak, IC Holding et Sinpaş ont toutes, d’après le quotidien turc Birgün, le statut de «soutiens climatiques» du sommet, alors qu’elles sont responsables de coupes massives dans la forêt d’Akbelen pour exploiter du charbon. Et le groupe minier Cengiz Holding figure parmi les «partenaires de transformation soutenable», comme le soulignent les organisateurs de la COP.

Un durcissement des autorités dans les pays répressifs

L’année dernière, le Brésil avait offert un contexte démocratique aux ONG et collectifs qui participaient au rendez-vous annuel. Le Sommet des peuples et une grande marche pour réclamer un agenda alternatif plus radical avaient réuni 50 000 personnes. Même durant cet événement, «l’armée est intervenue pour empêcher des populations autochtones de rentrer sur le lieu de la COP», s’indigne Margot Jaymond. Une militarisation dénoncée par les associations et les peuples autochtones.

«Les COP sont de plus en plus dangereuses pour les militants et la société civile», déplore Marine Pouget, responsable Gouvernance internationale sur le climat. «Ce ne sont pas forcément les COP en tant que telles, nuance Michel Forst, rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseur·ses de l’environnement. Mais plutôt le choix des pays hôtes qui n’est pas très judicieux.» Selon lui, «dans les pays répressifs, on observe un durcissement des autorités nationales, des refus de visa et des instructions pour dissuader les personnes de se déplacer.»

Lorsqu’un pays autoritaire organise la COP, la société civile a d’autant plus de mal à s’exprimer librement. En Égypte en 2022, aux Émirats arabes unis en 2023 et en Azerbaïdjan en 2024, les manifestations étaient très contraintes, voire interdites, les contrôles multiples et la pression sur la société civile, énorme.

Des restrictions même dans la zone des négociations

«En Azerbaïdjan, la présence des médias internationaux n’a pas empêché de faire suivre des participant·es de la société civile, ni de fouiller leurs chambres, rappelle Margot Jaymond. Y compris des militants qui n’étaient pas azéris. Il y a une impunité des pratiques autoritaires.» Anar Mammadli, militant des droits humains azéris, a écopé de treize ans de prison ferme alors qu’il prévoyait de représenter la société civile à la COP.

La zone des négociations est censée offrir une certaine protection. Dans cette fameuse «zone bleue», les actions de plaidoyer sont autorisées, même quand elles sont restreintes dans le reste du territoire. Les restrictions s’y multiplient néanmoins. Michel Forst donne un exemple survenu à la COP biodiversité d’Erevan, il y a quelques jours à peine : «Des militants, qui portaient un t-shirt avec le nom d’une mine dangereuse en Arménie, se sont vus interdire l’entrée du bâtiment alors qu’ils avaient leur badge, c’est important symboliquement.»

Pour les militant·es turc·ques ou étranger·ères, le risque ne disparaît pas à la fin de la COP. L’année dernière, la leader autochtone russe Daria Egereva s’est faite arrêter à son retour, après avoir participé au sommet de Brasília. «C’est inquiétant car les États ont pris des engagements internationaux, précise Michel Forst. Durant une COP, l’accord de siège entre le gouvernement hôte et les États internationaux contient des clauses pour garantir le droit de manifester et la liberté d’expression. Or il n’est pas toujours respecté.»

La société civile tentera malgré tout de se faire entendre au nouveau sommet des peuples de la COP, du 14 au 17 novembre, à mi-parcours des négociations.

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06.11.2026 à 11:50

Écorégions, 100% renouvelables, sortie des pesticides… Ce que contient le programme de La France insoumise sur l’écologie

Esteban Grépinet, Zoé Moreau

Texte intégral (2735 mots)
La France insoumise (LFI), représentée par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, vient de dévoiler son programme. © Miguel Medina/AFP

Plus d’un millier de mesures, 200 pages et un objectif : prendre le pouvoir en 2027. À la veille d’un meeting de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, au Bourget (Seine-Saint-Denis), La France insoumise (LFI) dévoile ce vendredi son programme pour l’élection présidentielle. Le livre – qui reprend largement les propositions des anciennes campagnes électorales (6ème République, retraite à 60 ans, sortie de l’Otan…) – accorde une place centrale à l’écologie.

«Le programme est complet, avec des propositions pour la plupart des leviers nécessaires pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre et pour l’adaptation au changement climatique, en intégrant des mesures spécifiques pour les ménages vulnérables, salue Anne Bringault, directrice de programmes au Réseau action climat. Il reste à attendre les éléments sur le financement de ce programme.» LFI compte détailler les moyens à mettre en œuvre dans des livrets thématiques qui seront présentés tout au long de la campagne électorale.

📕 Les bases : une «bifurcation écologique et sociale», trois piliers

Allier écologie et social. Le programme insoumis dédie son premier chapitre à la «bifurcation écologique et sociale», avec de nombreuses propositions qui mêlent préservation de l’environnement et lutte contre les inégalités. Sa première mesure, copier-coller du programme présidentiel de 2022 : inscrire dans la Constitution la «règle verte», qui consiste à ne pas prélever plus que ce que la nature peut reconstituer. LFI veut notamment se fonder sur ce principe pour réévaluer les «grands projets inutiles» (ligne Lyon-Turin, canal Seine-Nord…).

Planification écologique. Pour concrétiser cette «bifurcation», Jean-Luc Mélenchon propose d’organiser dans le temps la transition écologique : dans quels secteurs investir (énergies renouvelables, agroécologie), quelles industries stratégiques relocaliser (médicaments, numérique), à quelle échéance… Cette planification écologique passe par une intervention forte de l’État dans l’économie, en nouant des «pactes de commande publique» avec les filières ou en (re)nationalisant des entreprises, comme le géant de l’acier ArcelorMittal.

Écorégions. C’est la déclinaison géographique de la planification écologique : remplacer les régions actuelles par un découpage fondé sur des critères écologiques (bassins versants, montagnes…). Le programme donne aussi une place centrale aux outre-mer, présentées comme des «territoires pilotes» où seront développées des politiques d’autonomie énergétique et alimentaire spécifiques. Et où sera garanti, «quoi qu’il en coûte», l’accès à l’eau courante potable.

⚡ Énergies

Sortie des fossiles. Pour lutter contre le changement climatique, les insoumis·es veulent mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) d’ici 2050, notamment en arrêtant de les subventionner. Le mouvement veut aussi instaurer un «crime climatique de dissimulation et de tromperie sur les émissions carbone des entreprises», dont les contours juridiques restent flous. À l’international, il est pour le «traité de non-prolifération des énergies fossiles», porté depuis 2015 par des États du Pacifique et des milliers de scientifiques.

100% renouvelables. Pour atteindre la neutralité carbone, le programme reprend à la lettre le triptyque élaboré en 2022 par l’association négaWatt : sobriété, efficacité et renouvelables. Il promet d’atteindre 100% d’énergies renouvelables «au plus tard en 2060», en mettant notamment l’accent sur les énergies marines (éoliennes en mer, hydroliennes…).

Fin du nucléaire. C’est l’autre versant du plan énergétique insoumis : sortir progressivement du nucléaire civil, jugé dangereux et inadapté aux changements climatiques. Il veut stopper la relance de nouveaux réacteurs enclenchée par Emmanuel Macron en 2022, tout en promettant de garantir la reconversion des travailleur·ses du secteur.

🔥 Adaptation climatique

Fortes chaleurs. Jean-Luc Mélenchon veut engager un vaste plan de rénovation des hôpitaux, des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des écoles et des espaces publics, pour les adapter au réchauffement climatique. Pour ça, il mise autant sur l’installation de réseaux de fraîcheur urbains que sur la climatisation. En cas d’alerte canicule, l’insoumis veut imposer la gratuité des lieux de refuge (piscines publiques, musées, etc.). Il entend aussi instaurer des seuils de température maximaux sur les lieux de travail.

Incendies. Jean-Luc Mélenchon prévoit de renforcer les moyens humains et matériels de lutte contre les feux de forêt.

Eau. Face à l’augmentation du risque de sécheresse et d’inondations, l’ancien socialiste veut consacrer une «règle bleue», sur le modèle de la «règle verte». Le principe : «ne pas prélever, ni transformer, ni polluer le cycle de l’eau au-delà de ce que la nature peut reconstituer». Selon cette règle, un moratoire immédiat sur les «mégabassines» serait instauré.

🤖 Intelligence artificielle

Data centers. LFI soutient un moratoire sur «l’installation des centres de données non souverains», portés par des acteurs extra-européens. «Il faut avoir des data centers pour assurer un minimum de souveraineté numérique, mais il faut que cela se fasse dans des conditions environnementales satisfaisantes», notamment en termes de consommation d’eau et d’énergie, développe la députée insoumise Claire Lejeune.

Usages de l’IA. Le mouvement veut développer une intelligence artificielle «utile aux besoins sociaux et écologiques». Il veut interdire les IA qui vont à l’encontre des droits sociaux (par exemple : pour la gestion des flux migratoires) ou qui ont pour «objectif de simuler une relation affective avec l’utilisateur».

🚅 Transports

Plus de train. Pour transformer les transports, premier secteur d’émissions de gaz à effet de serre en France, LFI mise sur le ferroviaire. Le mouvement veut lancer un plan de rénovation et de réouverture des lignes et gares fermées ces dernières décennies. Il compte aussi baisser le prix des billets en supprimant la gestion par algorithme.

Moins d’avions. À l’inverse, il veut réduire la place de l’avion en supprimant les lignes intérieures en cas d’alternative en train de moins de quatre heures – une mesure reprise de la Convention citoyenne pour le climat. La niche fiscale sur le kérosène sera également supprimée.

Automobile. Il veut enfin planifier la construction de voitures électriques «légères et abordables», tout en réglementant la taille des SUV vendus en France. L’automobile est, pour le moment, l’un des seuls secteurs au financement détaillé : 1,4 milliard d’euros supplémentaires pour produire deux millions de véhicules électriques par an. Destinées à lutter contre la pollution de l’air dans les grandes villes mais critiquées pour leur aspect inégalitaire, les zones à faibles émissions (ZFE) feront l’objet d’un moratoire.

🏘 Logements

Rénovations. Comme en 2022, Jean-Luc Mélenchon porte un plan de rénovation énergétique de 700 000 logements par an. Cet objectif est chiffré à plus de cinq milliards d’euros par an. Le candidat veut aussi organiser la sortie du «chauffage fossile», au fioul ou au gaz.

Droit au logement. Alors que 350 000 Français·es vivent sans domicile, LFI promet le «zéro sans-abri» en cinq ans, notamment en construisant 200 000 logements publics par an. Pour protéger les locataires, le parti veut interdire les expulsions sans relogement ou encore contraindre les bailleurs à équiper les logements pour faire face aux canicules.

💊 Santé et pollutions

Pesticides. Le candidat insoumis prévoit une sortie «progressive» des phytos et une interdiction immédiate des produits les plus dangereux – par exemple le glyphosate. Il envisage, en parallèle, d’instaurer une zone tampon pour protéger les enfants de ces produits autour des habitations, crèches, écoles et hôpitaux. La France applique déjà des «zones de non-traitement», entre les parcelles traitées et les zones d’habitation, mais l’efficacité du dispositif est contestée.

PFAS. Jean-Luc Mélenchon entend sortir des PFAS, ces substances chimiques toxiques, qui entrent dans la composition de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…). Il prévoit de «mettre fin à la fabrication, à l’importation et à la vente de produits qui en contiennent». Il promet aussi de renforcer la protection de l’eau potable. Si la recherche de ces «polluants éternels» y est obligatoire depuis janvier 2026, les contrôles restent très inégaux selon les territoires. Le candidat veut les rendre systématiques et durcir les seuils réglementaires.

Pollution plastique. Alors que la France croule sous les plastiques (3,7 millions de tonnes de plastiques sont générées chaque année dans le pays), Jean-Luc Mélenchon propose de prendre le problème à la racine, en «donnant la priorité à la réduction des déchets». Première étape : interdire «immédiatement» les emballages à usage unique. La loi Agec de 2020 le prévoit déjà, mais avec une sortie progressive d’ici à 2040. Pour les remplacer, les insoumis·es misent sur les bouteilles et bocaux en verre, ainsi que sur le retour de la consigne.

Cadmium. Jean-Luc Mélenchon promet également de «lutter contre le cadmium», ce métal lourd, toxique, qui contamine les Français·es principalement par l’alimentation. Mais, alors que les engrais phosphatés constituent l’une des principales sources de contamination des sols agricoles, le programme ne fixe aucune trajectoire précise de réduction de leur teneur maximale en cadmium. Le candidat évoque également un «plan de réduction de la pollution déjà présente», sans préciser ses modalités, et alors qu’aucune technique de dépollution des sols n’a, à ce jour, été identifiée comme opérationnelle.

🚜 Agriculture et bien-être animal

Agroécologie. Jean-Luc Mélenchon promet la création de 500 000 emplois agricoles. Un chiffre colossal, puisque la France compte actuellement 600 000 travailleur·ses dans ce secteur, et que le nombre de paysan·nes est en chute libre depuis l’après-guerre. Pour inverser la tendance, son programme propose de favoriser la création de fermes «à taille humaine», d’accompagner la profession avec des «contrats de transition agroécologique», ou encore de la protéger avec des «prix planchers».

Alimentation. Il souhaite remplacer le ministère de l’agriculture par un ministère «de la production alimentaire». Il veut une alimentation 100% bio et locale dans la restauration scolaire et collective (la loi impose déjà un objectif – non rempli – de 20% de bio), avec une option végétarienne chaque jour. Le Nutri-Score, cet étiquetage qui évalue la qualité nutritionnelle des produits, sera rendu obligatoire dans la grande distribution.

Élevage. Le programme promet sobrement d’«interdire les fermes-usines» – sans préciser de seuils ni d’échéance à ce stade. Des précisions seront apportées prochainement dans un livret sur la condition animale, précise Claire Lejeune : «Nous voulons pousser des modèles d’élevage à taille plus réduite, plus humaine.»

Bien-être animal. La France insoumise veut créer un Haut-commissariat dédié à la condition animale et interdire les pratiques jugées «cruelles» : corrida, chasse à courre, broyage des oisillons… Elle souhaite aussi un moratoire sur les «fermes-usines» de saumons, alors qu’un tout premier projet vient d’être autorisé en Gironde.

🌳 Biodiversité

Écosystèmes. Le programme évoque un plan national de restauration de la nature «ambitieux», pour réparer les écosystèmes détruits ou dégradés (cette feuille de route existe déjà, mais elle est critiquée par les ONG). Il promet plus de moyens pour les agences de l’État, comme la «police de l’environnement» ou l’Office national des forêts (ONF).

Forêts. Il veut interdire les coupes rases en forêt («sauf en cas d’impasse sanitaire avérée») ou encore limiter la taille des engins forestiers. À l’inverse, le mouvement dit vouloir prioriser la régénération naturelle et laisser un quart de la surface forestière en libre évolution, sans intervention humaine.

Mers. Il prône notamment l’interdiction de la bande côtière pour les plus gros navires de pêche – une mesure que le gouvernement actuel met déjà en place dans l’est de la Manche (notre article). Il défend aussi un plan de dépollution de la mer Méditerranée ainsi qu’une meilleure protection des aires marines protégées, critiquées par ONG et scientifiques pour leur inefficacité.

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06.11.2026 à 06:00

«C’est un problème de santé publique» : en Turquie, les déchets plastiques européens polluent les sols et les cours d’eau

Anne Legrand

Texte intégral (1598 mots)
Umut Özşimşek, membre de l’association écologiste Çukuravo, à Adana, le 17 octobre 2026. © Anne Legrand/Vert

L’odeur de plastique brûlé est prenante aux abords des champs d’oranges qui entourent Adana. La ville située en pleine région agricole de Çukurova, dans le sud de la Turquie, est connue pour ses agrumes et ses grenades qui font la fierté de toute une communauté. Mais ces plaines particulièrement fertiles sont aujourd’hui morcelées, entre rangées d’arbres fruitiers et imposants hangars cloisonnés appartenant aux entreprises de recyclage.

Derrière ces murs de plusieurs mètres de haut, on distingue les montagnes de déchets plastiques qui seront broyés, lavés, fondus et réutilisés. Un processus long auquel seule une infime partie des milliers de tonnes importées à Adana est destinée. Les 90% restants sont visibles aux alentours des usines, abandonnés ou en partie calcinés.

Umut Özşimşek, membre de l’association écologiste Çukuravo, connaît bien les endroits où les industriels du plastique de la ville laissent leur surplus. Son association travaille pour documenter les pollutions dans la région afin de «créer une mémoire écologique».

En ce milieu du mois d’octobre, dans le quartier de Sakirpasa, en périphérie, des allées entières sont recouvertes de bouteilles, emballages et sachets. «Ici, ils en apportent chaque semaine», explique-t-il, parvenant à reconnaître certaines des marques étrangères récurrentes. «Ce plastique-là vient quasiment uniquement du Royaume-Uni. Ces déchets ne sont pas recyclables. Alors, soit ils les déversent dans l’eau, soit ils les brûlent, soit ils les abandonnent un peu partout dans la nature», soupire-t-il.

Poubelle de l’Europe

Le Royaume-Uni exporte la majorité du plastique arrivant à Adana, juste devant l’Union européenne. En 2018, la Chine – le plus gros importateur de plastique du monde à l’époque – décide de fermer ses portes aux cargaisons de déchets étrangers, provoquant un séisme dans l’industrie du recyclage. La Turquie émerge alors comme la nouvelle poubelle de l’Europe : pour sa proximité géographique et sa politique environnementale conciliante. Elle est aujourd’hui la première destination des déchets de l’UE. En 2025, 510 000 tonnes de plastiques européens y ont été envoyées en échange de 94 millions d’euros, un record.

Adana reçoit à elle seule 60% de l’ensemble du plastique importé en Turquie. Sa proximité avec le port industriel de Mersin, où arrivent les conteneurs de déchets européens, en a fait le centre de cette industrie. Selon Greenpeace Turquie, la ville compte plus de 170 usines de recyclage, certaines agréées par l’État mais d’autres travaillant en dehors du cadre légal.

À Adana, le plastique qui ne peut pas être recyclé est répandu sur les bords de route. © Anne Legrand/Vert

Berk Butan, responsable des campagnes économiques et sociales à Greenpeace Turquie, pense que l’agrément gouvernemental ne permet pas de garantir le respect de l’environnement : «Le problème, c’est que le niveau d’inspection ne semble pas suffisant pour empêcher ces entreprises de polluer. Elles se sentent probablement libres de le faire parce qu’elles ne sont soumises à aucun contrôle.»

Cet été, un rapport scientifique a mis en lumière un niveau de pollution plastique record dans la mer Méditerranée au large d’Alanya, à 130 kilomètres d’Antalya, où se tiendra la 31ème conférence mondiale (COP31) sur le climat. Les chercheur·ses ont directement mis en cause les usines d’Adana, dont les microplastiques se déversent dans le fleuve Seyhan, qui traverse la ville, puis dans la mer.

«Ils ont renforcé les contrôles après cela, raconte Berk Butan. Certaines usines se sont fait suspendre leur agrément ministériel.» Selon les dernières déclarations du ministère de l’environnement turc, douze établissements ont été fermés à la suite d’inspections menées à Adana en septembre. Sur l’ensemble du pays, 153,5 millions de livres turques (2,7 millions d’euros) d’amendes ont été infligées.

«Ils rejettent leurs eaux usées directement dans les canaux»

Le long des champs, à seulement quelques centaines de mètres des usines, des milliers de billes de microplastique flottent à la surface des rivières. Une pollution parfois involontaire, mais surtout liée au rejet des eaux usées utilisées pour laver les déchets avant leur seconde vie.

Pour Sedat Gündoğdu, biologiste marin et professeur à l’université Çukurova, auteur d’une étude publiée dans la revue Environmental monitoring and assessment sur la pollution des eaux d’Adana, les microplastiques rejetés par les usines de recyclage sont responsables de la dégradation de l’ensemble du système de traitement de la ville.

Son travail, réalisé début 2026, fait état d’une importante concentration de microplastiques dans les canaux d’irrigation d’Adana, utilisés pour l’agriculture maraîchère : «Ils rejettent leurs eaux usées directement dans les canaux. Ensuite les agriculteurs les utilisent comme source pour leurs champs», décrit-il. En recueillant des échantillons de trois conduits différents, d’abord en amont, puis en aval des usines de recyclage comme celle de Kemal Deniz – l’une des plus importantes de la région –, Sedat Gündoğdu montre que la concentration de microplastiques dans l’eau est jusqu’à 132 fois supérieure au niveau observé en amont. Sollicitée sur sa gestion des eaux usées, l’entreprise Kemal Deniz n’a pas donné suite à nos demandes.

L’un des cours d’eau testés par le professeur Sedat Gündoğdu, servant à l’irrigation des champs à Adana. © Anne Legrand/Vert

Certain·es agriculteur·ices choisissent d’éviter l’usage des canaux d’irrigation de la ville. Les champs de Berkay Ulular se trouvent à quelques kilomètres seulement des usines de recyclage : «Je vois la pollution autour et je sens l’odeur de plastique brûlé, explique le trentenaire issu de la troisième génération de maraîchers de sa famille. Mais mes champs ne sont pas touchés, comme je n’utilise pas l’eau.» Pour sa production de citrons et d’oranges, il utilise l’eau du lac artificiel Seyhan, situé au nord d’Adana, sur le fleuve éponyme.

«L’importation de déchets plastiques devrait être interdite au plus vite»

La combustion de matière plastique libère des gaz toxiques dans l’atmosphère, comme les dioxines et les particules fines. Celles-ci se propagent dans l’air et se déposent sur les cultures et les cours d’eau, entraînant de graves risques pour l’environnement ainsi que pour la santé des consommateur·ices et des habitant·es. Les personnes exposées au quotidien sont plus susceptibles de contracter des maladies respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que des cancers.

À Adana, les usines se trouvent proches des quartiers les plus défavorisés de la ville, où vivent notamment les minorités kurdes et syriennes, selon Umut Özşimşek. «Ce n’est pas seulement un problème de pollution environnementale, mais de santé publique, insiste le militant. Pour moi, l’importation de déchets plastiques devrait être interdite au plus vite.»

La Turquie devrait cependant continuer à voir ces montagnes de plastiques arriver sur son territoire. À partir du 21 novembre 2026, l’entrée en vigueur d’une nouvelle réglementation de l’UE interdira l’envoi de déchets plastiques vers des pays non membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

En tant que pays membre, la Turquie verra donc sa position de première destination du plastique européen renforcée, avec une réglementation plus stricte. Pour Greenpeace Turquie, cette régulation pourrait être un rappel à l’ordre : «Si l’industrie souhaite importer davantage de déchets plastiques à l’avenir, elle devra agir avec prudence et veiller à ce que ces déchets soient propres.»

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05.11.2026 à 11:49

«Tout est fait pour qu’on ne milite plus» : la criminalisation des mouvements sociaux frappe aussi les écologistes

Mathilde Picard

Texte intégral (1639 mots)
Paris, le 23 mai 2025. L’action du mouvement de désobéissance civile Extinction rebellion contre TotalEnergies a rapidement été interrompue par la police. © Yann Castanier/Vert

«La manifestation qui était une routine dans la culture politique française devient maintenant une action à risque», constate Sylvie Ollitrault, directrice de recherche en sciences politiques au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Ces dernières semaines, les mobilisations lycéennes et manifestations contre la vie chère ont été durement réprimées par les forces de l’ordre.

Les militant·es écologistes qui participent à ces mouvements ne sont pas épargné·es. Plusieurs membres des Soulèvements de la Terre et de Bassines non merci, qui luttent contre l’installation de gigantesques réserves d’eau destinées à l’agriculture, ont reçu une interdiction de manifester et une assignation à ne pas sortir de leur commune, samedi dernier.

Il s’agit de mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance (Micas), qui sont des outils juridiques relevant de la lutte antiterroriste. Selon Mediapart, des arrêtés pris par le ministère de l’intérieur à la fin du mois d’octobre ont appliqué ces Micas aux militant·es pour l’écologie et le social.

Édouard* et Ela*, activistes contre les mégabassines, ont reçu leur toute première Micas vendredi dernier, la veille de la manifestation du 31 octobre contre la vie chère. Elle et il n’ont donc pas eu le temps de la contester. «Au début, on était sidéré, raconte à Vert le jeune homme. On se demande si ce sera pareil pour chaque mobilisation, on a une épée de Damoclès au-dessus de la tête.»

Une «augmentation de la répression douce en France»

Les militant·es sont des habitué·es des mobilisations environnementales et ont participé à plusieurs actions de désobéissance civile, comme Anne-Morwenn Pastier, ancienne porte-parole de Bassines non merci, également visée par une Micas. Elle avait pris part au blocage contre une usine de production de pesticides BASF en novembre 2025 à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime).

«Ils assimilent des gens qui ont potentiellement abîmé la barrière d’entrée d’une entreprise à des terroristes, s’insurge Ela. Et ils sous-entendent qu’il pourrait y avoir des affrontements entre l’extrême gauche et l’extrême droite… Mais on n’a pas entendu parler de Micas adressés à des militants d’extrême droite !»

Alors que l’interdiction de quitter leur commune et l’obligation de pointer plusieurs fois par jour au commissariat devaient durer tout le week-end, les trois activistes ont contesté la sanction en référé et obtenu sa suspension dès le samedi soir.

Pablo Corroyer, chargé de recherche en sciences politiques au CNRS, précise que l’utilisation des Micas provient de «l’entrée de l’état d’urgence dans le droit commun en 2017». Elle était au départ réservée aux personnes condamnées pour terrorisme, à la suite des attentats de Charlie Hebdo et du Bataclan.

«L’augmentation de la répression douce en France m’inquiète particulièrement, confie à Vert le rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseur·ses de l’environnement, Michel Forst. Le glissement des moyens de répression destinés aux mouvements terroristes et appliqués aujourd’hui aux écologistes est quelque chose que l’on constate au niveau européen.»

Ce nouveau traitement des militant·es des écologistes s’applique dans un contexte «d’augmentation de la répression administrative depuis les années 2010», détaille Pablo Corroyer. Il la définit comme «une action de l’administration guidée par un impératif sécuritaire sous l’autorité des préfectures et du ministère de l’intérieur.»

«On observe une répression générale du militantisme, tous les groupes qui visent à contester un modèle de société dominant et capitaliste sont particulièrement surveillés», abonde Sylvie Ollitrault.

Dissolutions, fouilles et surveillance massive

Parmi les autres outils administratifs utilisés à l’encontre des militant·es écologistes, on peut citer le recours au fichage S, un fichier de renseignements créé par les services de renseignements sur les personnes soupçonnées de menaces à la sûreté de l’État. Mais aussi la surveillance renforcée, les écoutes téléphoniques, la géolocalisation ou encore la reconnaissance faciale.

Pablo Corroyer a étudié la contestation au projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure (Meuse). Sur le territoire, il a constaté les multiples contrôles, fouilles, palpations et la présence policière continue dans le quotidien des militant·es, hors des moments de lutte.

Selon le chercheur, «les groupes minorisés, racialisés, anticolonialistes ou encore les révoltés des quartiers populaires ont été les premières cibles de cette répression administrative, celle-ci s’est ensuite étendue aux mouvements écologistes».

«L’arsenal administratif testé par le passé est de plus en plus systématisé pour les mouvements écologistes, abonde Michel Forst. Or le droit administratif n’a pas pour vocation première de réprimer mais de faire fonctionner l’État.»

Cette stratégie s’additionne à la menace de dissolution de mouvements écologistes, à l’image de celle des Soulèvements de la Terre, souhaitée par le gouvernement mais annulée par le Conseil d’État en novembre 2023. «Dans les années 1950 et 1960, on dissolvait des associations car il y avait des insurrections et une utilisation de la lutte armée ; aujourd’hui, on dissout pour des propos tenus ou pas assez contrôlés», relève Pablo Corroyer.

«La France est le pire pays d’Europe sur le plan de la répression policière»

Comme le reste du mouvement social, les militant·es écologistes subissent aussi une augmentation de la violence policière ces dernières années. «L’évolution du maintien de l’ordre a abouti à un recours de plus en plus systématique aux armes intermédiaires, avec une police qui va au contact des manifestants», explique Lucien Thabourey, doctorant au Centre d’études européennes et de politique comparée de Sciences Po.

Au sein du mouvement écologiste, les manifestations contre les retenues d’eau des Deux-Sèvres, et en particulier celle de mars 2023 à Sainte-Soline, ont représenté un tournant. L’utilisation d’armes de guerre par les forces de l’ordre – dont plus de 2 000 grenades –, et la violence de la répression ont fait environ 200 blessé·es et plongé deux personnes dans le coma. «Tout est fait pour qu’on ne milite plus, pour que le coût de venir en manifestation soit plus élevé», note Sylvie Ollitrault.

Dans un rapport publié en 2024, Michel Forst constatait la violence des forces de l’ordre et affirmait que «la France est le pire pays d’Europe sur le plan de la répression policière». Deux ans plus tard, il déplore : «La situation n’a pas changé. On le voit avec les rassemblements de ces dernières semaines qui ont réuni des manifestants de différente nature, dont des écologistes.»

L’expert précise que «le droit international reconnaît le droit d’utiliser la disruption et la perturbation de l’ordre public non violente. Il n’interdit pas les sanctions, mais elles doivent être proportionnées, légales – c’est-à-dire prévues par la loi –, et légitimes, soit poursuivre un but nécessaire. Ce n’est pas le cas actuellement.»

À l’époque, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin associait déjà les opposant·es aux gigantesques retenues d’eau à des «écoterroristes». Depuis plusieurs années, «on entend les mots d’”ultragauche”, d’”écoterroristes”, de “talibans verts”, liste Michel Forst. C’est un langage méprisant et dangereux qui vise à discréditer les causes défendues par les militants.» Sylvie Ollitrault souligne que la décision du Conseil d’État qui annule la dissolution des Soulèvements de la Terre entérine que ces collectifs ne représentent «aucune menace terroriste, même en termes de discours».

*Les personnes interrogées ont souhaité être anonymisées.

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