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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef
08.11.2026 à 07:00

Microsoft Word, Excel, Google Drive… Comment sortir de la dépendance aux géants du web au travail ?

Eitanite Bellaïche

Texte intégral (1572 mots)
Microsoft se cache derrière Word, Excel ou PowerPoint. © Adobe stock

Le constat donne le vertige. Sur les quelque deux milliards d’euros que représente le marché français des outils bureautiques – type Word, Excel et PowerPoint – Microsoft capte 80 à 90% des parts et Google près de 10%. C’est ce qu’expliquait Alain Garnier, président de Jamespot, éditeur français de logiciels pour entreprises, lors de son audition à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire consacrée à la souveraineté numérique, le 29 avril.

💻 Cet article fait partie de notre série qui vous aide à sortir de la dépendance aux Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Dans cet épisode, on se penche sur les suites bureautiques, un marché écrasé par Microsoft. 👉 Cliquez ici pour découvrir d’autres articles qui vous aident à fuir les Gafam.

Cette domination pèse sur les finances publiques. Dans un rapport publié le 22 octobre, la Cour des comptes estime que l’État pourrait économiser 30 à 65 millions d’euros par an en adoptant davantage de logiciels libres. Une broutille, comparée aux estimations de la commission d’enquête parlementaire. Elle évalue à au moins 1,5 milliard d’euros par an les dépendances des administrations aux éditeurs étatsuniens et estime qu’un milliard pourrait être réorienté vers des alternatives open source. En d’autres termes, des alternatives dont le code informatique est accessible à toutes et tous, modifiable et redistribuable librement.

La dépendance commence souvent sur les bancs de l’école. «Dès le lycée et l’université, de nombreux utilisateurs sont familiarisés avec les produits des grandes entreprises technologiques», explique Sophie Gauthier, fondatrice de The Document foundation, qui pilote LibreOffice, une suite bureautique gratuite et libre.

Des enjeux de confidentialité et de souveraineté

À cette habitude s’ajoute un réflexe de confiance envers les multinationales, même lorsque leurs solutions ne sont pas les meilleures. Le piège se referme ensuite sur les organisations. «Les utilisateurs se retrouvent enfermés dans des solutions dont ils ne maîtrisent ni l’évolution ni les conditions commerciales», alerte Bertille Mazari, cofondatrice de Lasuite.coop, suite bureautique issue d’une coopérative française.

S’ajoutent les enjeux de confidentialité et de souveraineté. Même hébergées en Europe, certaines données confiées à des entreprises étatsuniennes peuvent relever du Cloud Act : cette loi permet aux autorités américaines d’en demander l’accès, sous conditions. Bertille Mazari évoque également «le risque de coupure d’accès à un service, parfois qualifié de “kill switch”, dans un contexte de sanctions ou de décisions politiques».

Changer de suite bureautique ne se résume pas à installer un nouveau logiciel. «Il faut définir précisément le périmètre du projet, inventorier les fonctionnalités utilisées, identifier les différences de fonctionnement entre les solutions, préparer la communication et les formations, puis organiser le déploiement», liste Sophie Gauthier, qui rappelle que toute migration a un coût financier.

Mais rester dépendant aussi, souligne Bertille Mazari. Car si une organisation perd brutalement l’accès à ses outils, les conséquences économiques peuvent être beaucoup plus importantes. Et changer d’application peut devenir l’occasion de repenser ses méthodes de travail tout en soutenant des emplois et des compétences européennes. Alors, quelle solution choisir à la place de Microsoft 365 et Google Workspace ? Voici cinq alternatives.

Infomaniak, pour une suite complète et aboutie

Infomaniak est une entreprise suisse qui, en plus d’offrir une boîte mail gratuite de 20 gigaoctets (Go) sans publicité, hébergée dans ses propres centres de données, propose une suite complète, kSuite. Celle-ci comprend un espace de stockage, kDrive ; un outil de visioconférence, kMeet ; une messagerie instantanée, kChat ; un agenda et des outils bureautiques.

L’entreprise, dont une fondation détient la majorité des droits de vote depuis mai 2026, est transparente sur le plan environnemental. Elle publie ses bilans carbone, mise sur de l’électricité renouvelable, récupère la chaleur des serveurs et revendique une compensation de ses émissions à hauteur de 200% depuis 2017.

Lasuite.coop, pour défendre un modèle économique alternatif

Et si les utilisateur·ices avaient leur mot à dire sur leurs logiciels ? C’est le pari de Lasuite.coop, projet lancé début 2025 par des acteurs de l’économie sociale et solidaire. Ici, client·es et partenaires peuvent devenir copropriétaires et participer aux orientations de l’entreprise. Une partie du chiffre d’affaires est reversée aux communautés du logiciel libre.

Si l’offre se construit progressivement, sans publicité ni traçage publicitaire, elle propose déjà des outils de visioconférence, de notes, de messagerie, de tableur et un gestionnaire de mots de passe. Ses données sont hébergées en Allemagne, avec des sauvegardes en Finlande.

Son talon d’Achille ? Une intégration encore imparfaite entre les outils. «L’expérience intégrée n’est donc pas encore aussi aboutie que celle de Google ou de Microsoft», reconnaît Bertille Mazari. Attention à ne pas confondre LaSuite.coop avec LaSuite numérique de l’État français, sans lien juridique ou commercial.

LibreOffice, la liberté avant tout

Gratuit, open source et utilisable sans connexion internet, LibreOffice est une valeur sûre pour rédiger des documents, créer des tableaux ou préparer des présentations. Disponible sur Windows, macOS et Linux, le logiciel permet de conserver ses documents localement, sans les transmettre automatiquement à un fournisseur cloud.

Il est né en 2010 d’une rupture avec OpenOffice, une suite logicielle de bureautique gratuite et libre qui a fini par intégrer le giron de l’Américain Oracle. La suite LibreOffice est pilotée par The Document foundation, fondation allemande indépendante et sans actionnaires. En 2025, plus de 90% de ses quelque 2,2 millions d’euros de recettes provenaient de dons. Notons que certains fichiers Microsoft complexes restent parfois difficiles à utiliser sur LibreOffice.

Linagora, pour défendre la souveraineté française

Fondée en 2000, Linagora est une entreprise française qui développe, intègre et accompagne des solutions open source. Avec Twake Workplace, elle réunit messagerie, stockage, communication et édition collaborative, avec des possibilités d’hébergement sur des infrastructures choisies par les client·es, notamment françaises ou européennes. Cette souveraineté n’exclut cependant pas les dépendances, Twake s’appuie sur des composants tiers, comme OnlyOffice (voir ci-dessous).

OnlyOffice, l’alternative la plus familière à Microsoft

Avec son interface moderne et sa bonne compatibilité avec Word, Excel et PowerPoint, OnlyOffice offre un changement en douceur aux habitué·es de Microsoft. La suite propose l’édition collaborative et peut être installée sur des serveurs privés pour mieux contrôler les données. Développée par une société lettone, OnlyOffice appartient indirectement depuis 2023 à une holding singapourienne.

Son histoire comporte également des liens avec l’écosystème russe, que l’entreprise affirme avoir rompus sur le plan opérationnel dès 2019. Ces relations avec la Russie ont conduit l’université technique de Berlin à mettre fin à sa relation commerciale avec OnlyOffice en 2023. Dans le même temps, son offre repose en partie sur les services cloud d’Amazon, AWS, et certains composants de suivi de Google sont présents dans son écosystème. De quoi poser quelques questions en matière de confidentialité.

En conclusion, Vert recommande Infomaniak et sa kSuite : une suite complète et relativement mature, avec un hébergement européen. Par ailleurs, les engagements environnementaux de l’entreprise sont bien documentés. Mais si l’absence d’édition collaborative en temps réel n’est pas un problème pour vous, Vert recommande LibreOffice. Ce dernier ne nécessite aucun compte, permet de conserver ses documents localement et fait de la confidentialité de vos documents une priorité.

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07.11.2026 à 20:03

«Il se passe quelque chose» : au Bourget, Jean-Luc Mélenchon embarque la jeunesse autour de son projet pour une écologie populaire

Esteban Grépinet

Texte intégral (1374 mots)
Jean-Luc Mélenchon a réuni ses soutiens dans une salle comble au parc des expositions du Bourget. © Kenzo Tribouillard/AFP

Des drapeaux tricolores, un RER B chargé et des «On va gagner !» qui résonnent dans l’air. La foule qui afflue en ce premier samedi de novembre au Bourget (Seine-Saint-Denis), au nord de Paris, ne vient pas assister à un match de l’équipe de France de football, mais à un tout autre spectacle : Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI) et candidat à l’élection présidentielle pour la quatrième fois, se donne en meeting.

Dehors, la file s’allonge et les klaxons réchauffent l’atmosphère ; dedans, le parc des expositions du Bourget bouillonne de ses 20 000 supporters, selon l’organisation. «Il y a énormément de monde, la salle est quasiment pleine, souffle Florent*, qui arbore fièrement son maillot «Mélenchon 27». En étant nombreux, on montre qu’il y a une dynamique. Ça peut convaincre des gens de voir qu’il y autant de monde qui soutient ce programme.»

Planètes alignées

«On a l’impression qu’il se passe quelque chose, reprend en souriant le jeune homme, en référence à la petite phrase désormais célèbre des soutiens du candidat de droite David Lisnard. C’est la quatrième campagne de Mélenchon, il a l’habitude. On voit qu’il essaie d’être plus rassembleur pour convaincre ceux qui ne sont pas des afficionados.»

La veille, LFI a dévoilé son programme politique, L’avenir en commun, avec plus d’un millier de mesures pour la 6ème République, la Sécurité sociale, ou encore la «bifurcation écologique et sociale» (notre décryptage). Mais aussi l’affiche de son candidat, posant simplement devant un paysage auvergnat, qui n’est pas sans rappeler celle de la «Force tranquille» de son mentor, l’ancien président socialiste François Mitterrand, en 1981.

Après trois échecs aux portes du second tour, les planètes n’ont jamais semblé aussi alignées pour Jean-Luc Mélenchon. Pas (encore) de sortie polémique ces dernières semaines, des sondages favorables et des thèmes de campagne sur la dette, l’écologie ou encore l’éducation abondamment repris dans le débat public. Vendredi dernier, 9 des 17 député·es du groupe communiste à l’Assemblée lui ont même apporté leur soutien : présent·es au Bourget, ils et elles ont été ovationné·es à plusieurs reprises par la salle.

Le septuagénaire surfe aussi sur les mobilisations sociales massives, entamées dans les lycées en septembre, où il est systématiquement acclamé. À 19 ans, Mehdi Abdelaide a manifesté pour la première fois le 17 octobre. Ce samedi, il a rejoint le meeting du Bourget sur un coup de tête, à la sortie de son job du week-end : «Ça ne fait pas longtemps que je suis la politique, nous les jeunes n’avons plus trop d’espoir. Mais, avec la force des réseaux sociaux, je m’y suis intéressé et j’ai vu que LFI était le parti le plus cohérent avec mes valeurs, sur la justice, l’écologie…»

«Il est temps de redonner le goût du futur aux générations qui viennent»

«J’ai espoir, je vois des personnes qui n’ont jamais voté ou qui votaient pour un autre parti se mobiliser. La victoire est possible», sourit l’étudiant, tandis que des chants montent dans les travées. «Il est temps de redonner le goût du futur aux générations qui viennent», introduit au micro la députée insoumise Clémence Guetté, co-responsable du programme, devant un parterre de drapeaux français et insoumis.

Sur la grande scène, le gratin du mouvement fait tour à tour son apparition : Gabriel Amard, premier sénateur insoumis, appelle à «mettre fin à l’accaparement, à la pollution, de l’eau, de l’air, de la terre» en créant des «écorégions» ; sous la bronca, David Guiraud, nouveau maire de Roubaix (Nord), demande de faire «du bruit contre l’extrême droite» ; la cheffe des député·es insoumis·es Mathilde Panot en appelle au droit au «logement digne» et à la rénovation de 700 000 appartements par an.

«Après l’été qu’on vient d’avoir, l’écologie devrait être un enjeu phare, et LFI en parle avec la planification écologique», salue Mathilde*, jeune diplômée de Sciences Po. «J’aime bien qu’ils parlent de transition juste, car l’écologie ne doit pas être décloisonnée des autres enjeux», complète à ses côtés sa camarade Lisa*.

«Ils ont la volonté de respecter les engagements de la France sur la neutralité carbone pour léguer un avenir aux prochaines générations», observe Alda* 23 ans, hôte d’accueil, qui votera aussi pour la «justice sociale» et «l’augmentation du Smic». «Nous sommes aussi venus pour nous renseigner sur le programme, ajoute à ses côtés Harry*, 24 ans. Certaines positions m’étonnent, sur le nucléaire par exemple. Je ne comprends pas pourquoi ils veulent en sortir, alors que c’est une énergie propre.»

«Principe de précaution sanitaire»

Après une succession de prises de paroles et de clips vidéos, le leader insoumis fait irruption sur la scène aux alentours de 17 heures. «Je n’ai qu’une chose raisonnable à vous proposer : il faut tout changer», lance à la foule l’ancien socialiste. Pendant une heure, il égraine à son tour ses propositions, sur l’antiracisme, le blocage des prix, l’intelligence artificielle. Mais aussi la santé, proposant notamment un «principe de précaution sanitaire pour chaque produit quand il y a un doute scientifique», en interdisant les substances en question.

Le vent d’espoir qui souffle dans la salle ferait presque oublier aux participant·es la puissance de l’extrême droite, contre laquelle le leader est pour l’instant donné largement perdant en cas de second tour. «Oui, c’est ce qu’on avait dit à Lula aussi !, tonne le natif de Tanger, en référence au leader de la gauche brésilienne, qui a déjoué tous les pronostics en remontant son adversaire lors du second tour. On finit par se demander si cet argument n’est pas tout simplement un prétexte pour refuser de nous aider à faire le meilleur score possible au premier tour.»

Après un ultime remerciement à la «jeune génération» en lutte, La Marseillaise est entonnée dans la salle, suivie de L’Internationale. Les «On va gagner» et quelques «Mélenchon ballon d’or» sont entonnés une dernière fois. Le match pour la présidentielle ne fait que commencer.

*Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

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07.11.2026 à 07:00

En plein «embrasement autoritaire», la Turquie accueille la COP31 sur le climat

Mathilde Picard

Texte intégral (1509 mots)
Le 21 octobre 2026, à Istanbul (Turquie). Manifestation devant le siège de Halk TV pour protester contre la prise de contrôle par l’État de cette chaîne d’information indépendante. © Burak Kara/AFP

«En Turquie, la situation nous inquiète particulièrement», alerte Margot Jaymond, chargée de plaidoyer sur la justice climatique chez Amnesty International. Ce lundi 9 novembre, la 31ème conférence des Nations unies (COP31) sur le climat s’ouvre à Antalya, sur le littoral sud. Un sommet qui signe le retour en pays autoritaire de ce rendez-vous mondial annuel.

Les ONG craignent une silenciation des militant·es malgré la présence de journalistes du monde entier. «On a peur que toute manifestation autour du lieu de la COP soit interdite ou réprimée par la police, explique Margot Jaymond. Depuis dix ans et la tentative de coup d’État raté, les lois répressives sont devenues monnaie courante.»

À la mi-octobre, la chaîne de télévision indépendante Halk TV, l’une des rares voix d’opposition, a subi un raid policier. Onze personnes ont été arrêtées et l’administrateur du média est poursuivi pour corruption présumée. «On constate un vrai embrasement autoritaire ces derniers temps, avec des poursuites pénales abusives envers les journalistes», alerte la spécialiste.

Si les journalistes dissidents sont la première cible du régime de Recep Tayyip Erdoğan, le gouvernement s’attaque aussi aux communautés LGBTQIA+ (lesbiennes, gay, bisexuelles, transgenres, queer, intersexes et asexuelles). À la mi-septembre puis de nouveau fin octobre, la police a mené des raids massifs aux domiciles et dans les bureaux de militant·es LGBTQIA+. Sur ce territoire où les marches des fiertés sont interdites depuis 2015, «une centaine de personnes ont été détenues, majoritairement des femmes transgenres, et 419 comptes de réseaux sociaux qui relayaient cette lutte ont été bloqués», indique Margot Jaymond.

La contestation de l’activité minière durement réprimée

La répression touche aussi de plein fouet les défenseur·ses de l’environnement. La Turquie est encore un leader dans l’industrie du charbon. Durant l’été 2025, une loi a même ouvert une partie du territoire à la prospection minière, pour chercher du zinc, du cuivre ou encore de l’or. Une activité vivement contestée par la population.

«Que ce soit sur le littoral de la mer Noire ou sur le plateau de Perşembe, les communautés locales protestent contre ces projets», confirme Emma Sinclair-Webb, directrice adjointe du bureau d’Istanbul de l’ONG Human right watch. Elle liste l’ensemble de l’arsenal répressif utilisé contre elles : «détentions abusives, charges criminelles, intimidations de la gendarmerie, dispersions violentes des manifestants, contrôles administratifs des ONG».

En mars, la militante Esra Işık a été détenue pour avoir manifesté contre un projet d’extraction de charbon dans les environs de la forêt d’Akbelen, au nord du pays. Elle a été condamnée à deux ans de prison pour résistance à un agent de fonction publique. «C’est inquiétant que tout cela se passe juste avant la COP, car celle-ci est censée inclure les activistes, déplore Emma Sinclair-Webb. Le gouvernement néglige la société civile. Nous espérons que son droit à être présente sera respecté.»

Les entreprises turques, elles, seront bien représentées, y compris celles qui financent l’extraction minière. Limak, IC Holding et Sinpaş ont toutes, d’après le quotidien turc Birgün, le statut de «soutiens climatiques» du sommet, alors qu’elles sont responsables de coupes massives dans la forêt d’Akbelen pour exploiter du charbon. Et le groupe minier Cengiz Holding figure parmi les «partenaires de transformation soutenable», comme le soulignent les organisateurs de la COP.

Un durcissement des autorités dans les pays répressifs

L’année dernière, le Brésil avait offert un contexte démocratique aux ONG et collectifs qui participaient au rendez-vous annuel. Le Sommet des peuples et une grande marche pour réclamer un agenda alternatif plus radical avaient réuni 50 000 personnes. Même durant cet événement, «l’armée est intervenue pour empêcher des populations autochtones de rentrer sur le lieu de la COP», s’indigne Margot Jaymond. Une militarisation dénoncée par les associations et les peuples autochtones.

«Les COP sont de plus en plus dangereuses pour les militants et la société civile», déplore Marine Pouget, responsable Gouvernance internationale sur le climat. «Ce ne sont pas forcément les COP en tant que telles, nuance Michel Forst, rapporteur spécial des Nations unies sur les défenseur·ses de l’environnement. Mais plutôt le choix des pays hôtes qui n’est pas très judicieux.» Selon lui, «dans les pays répressifs, on observe un durcissement des autorités nationales, des refus de visa et des instructions pour dissuader les personnes de se déplacer.»

Lorsqu’un pays autoritaire organise la COP, la société civile a d’autant plus de mal à s’exprimer librement. En Égypte en 2022, aux Émirats arabes unis en 2023 et en Azerbaïdjan en 2024, les manifestations étaient très contraintes, voire interdites, les contrôles multiples et la pression sur la société civile, énorme.

Des restrictions même dans la zone des négociations

«En Azerbaïdjan, la présence des médias internationaux n’a pas empêché de faire suivre des participant·es de la société civile, ni de fouiller leurs chambres, rappelle Margot Jaymond. Y compris des militants qui n’étaient pas azéris. Il y a une impunité des pratiques autoritaires.» Anar Mammadli, militant des droits humains azéris, a écopé de treize ans de prison ferme alors qu’il prévoyait de représenter la société civile à la COP.

La zone des négociations est censée offrir une certaine protection. Dans cette fameuse «zone bleue», les actions de plaidoyer sont autorisées, même quand elles sont restreintes dans le reste du territoire. Les restrictions s’y multiplient néanmoins. Michel Forst donne un exemple survenu à la COP biodiversité d’Erevan, il y a quelques jours à peine : «Des militants, qui portaient un t-shirt avec le nom d’une mine dangereuse en Arménie, se sont vus interdire l’entrée du bâtiment alors qu’ils avaient leur badge, c’est important symboliquement.»

Pour les militant·es turc·ques ou étranger·ères, le risque ne disparaît pas à la fin de la COP. L’année dernière, la leader autochtone russe Daria Egereva s’est faite arrêter à son retour, après avoir participé au sommet de Brasília. «C’est inquiétant car les États ont pris des engagements internationaux, précise Michel Forst. Durant une COP, l’accord de siège entre le gouvernement hôte et les Nations unies contient des clauses pour garantir le droit de manifester et la liberté d’expression. Or il n’est pas toujours respecté.»

La société civile tentera malgré tout de se faire entendre au nouveau sommet des peuples de la COP, du 14 au 17 novembre, à mi-parcours des négociations.

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06.11.2026 à 11:50

Écorégions, 100% renouvelables, sortie des pesticides… Ce que contient le programme de La France insoumise sur l’écologie

Esteban Grépinet, Zoé Moreau

Texte intégral (2735 mots)
La France insoumise (LFI), représentée par Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle, vient de dévoiler son programme. © Miguel Medina/AFP

Plus d’un millier de mesures, 200 pages et un objectif : prendre le pouvoir en 2027. À la veille d’un meeting de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, au Bourget (Seine-Saint-Denis), La France insoumise (LFI) dévoile ce vendredi son programme pour l’élection présidentielle. Le livre – qui reprend largement les propositions des anciennes campagnes électorales (6ème République, retraite à 60 ans, sortie de l’Otan…) – accorde une place centrale à l’écologie.

«Le programme est complet, avec des propositions pour la plupart des leviers nécessaires pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre et pour l’adaptation au changement climatique, en intégrant des mesures spécifiques pour les ménages vulnérables, salue Anne Bringault, directrice de programmes au Réseau action climat. Il reste à attendre les éléments sur le financement de ce programme.» LFI compte détailler les moyens à mettre en œuvre dans des livrets thématiques qui seront présentés tout au long de la campagne électorale.

📕 Les bases : une «bifurcation écologique et sociale», trois piliers

Allier écologie et social. Le programme insoumis dédie son premier chapitre à la «bifurcation écologique et sociale», avec de nombreuses propositions qui mêlent préservation de l’environnement et lutte contre les inégalités. Sa première mesure, copier-coller du programme présidentiel de 2022 : inscrire dans la Constitution la «règle verte», qui consiste à ne pas prélever plus que ce que la nature peut reconstituer. LFI veut notamment se fonder sur ce principe pour réévaluer les «grands projets inutiles» (ligne Lyon-Turin, canal Seine-Nord…).

Planification écologique. Pour concrétiser cette «bifurcation», Jean-Luc Mélenchon propose d’organiser dans le temps la transition écologique : dans quels secteurs investir (énergies renouvelables, agroécologie), quelles industries stratégiques relocaliser (médicaments, numérique), à quelle échéance… Cette planification écologique passe par une intervention forte de l’État dans l’économie, en nouant des «pactes de commande publique» avec les filières ou en (re)nationalisant des entreprises, comme le géant de l’acier ArcelorMittal.

Écorégions. C’est la déclinaison géographique de la planification écologique : remplacer les régions actuelles par un découpage fondé sur des critères écologiques (bassins versants, montagnes…). Le programme donne aussi une place centrale aux outre-mer, présentées comme des «territoires pilotes» où seront développées des politiques d’autonomie énergétique et alimentaire spécifiques. Et où sera garanti, «quoi qu’il en coûte», l’accès à l’eau courante potable.

⚡ Énergies

Sortie des fossiles. Pour lutter contre le changement climatique, les insoumis·es veulent mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) d’ici 2050, notamment en arrêtant de les subventionner. Le mouvement veut aussi instaurer un «crime climatique de dissimulation et de tromperie sur les émissions carbone des entreprises», dont les contours juridiques restent flous. À l’international, il est pour le «traité de non-prolifération des énergies fossiles», porté depuis 2015 par des États du Pacifique et des milliers de scientifiques.

100% renouvelables. Pour atteindre la neutralité carbone, le programme reprend à la lettre le triptyque élaboré en 2022 par l’association négaWatt : sobriété, efficacité et renouvelables. Il promet d’atteindre 100% d’énergies renouvelables «au plus tard en 2060», en mettant notamment l’accent sur les énergies marines (éoliennes en mer, hydroliennes…).

Fin du nucléaire. C’est l’autre versant du plan énergétique insoumis : sortir progressivement du nucléaire civil, jugé dangereux et inadapté aux changements climatiques. Il veut stopper la relance de nouveaux réacteurs enclenchée par Emmanuel Macron en 2022, tout en promettant de garantir la reconversion des travailleur·ses du secteur.

🔥 Adaptation climatique

Fortes chaleurs. Jean-Luc Mélenchon veut engager un vaste plan de rénovation des hôpitaux, des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des écoles et des espaces publics, pour les adapter au réchauffement climatique. Pour ça, il mise autant sur l’installation de réseaux de fraîcheur urbains que sur la climatisation. En cas d’alerte canicule, l’insoumis veut imposer la gratuité des lieux de refuge (piscines publiques, musées, etc.). Il entend aussi instaurer des seuils de température maximaux sur les lieux de travail.

Incendies. Jean-Luc Mélenchon prévoit de renforcer les moyens humains et matériels de lutte contre les feux de forêt.

Eau. Face à l’augmentation du risque de sécheresse et d’inondations, l’ancien socialiste veut consacrer une «règle bleue», sur le modèle de la «règle verte». Le principe : «ne pas prélever, ni transformer, ni polluer le cycle de l’eau au-delà de ce que la nature peut reconstituer». Selon cette règle, un moratoire immédiat sur les «mégabassines» serait instauré.

🤖 Intelligence artificielle

Data centers. LFI soutient un moratoire sur «l’installation des centres de données non souverains», portés par des acteurs extra-européens. «Il faut avoir des data centers pour assurer un minimum de souveraineté numérique, mais il faut que cela se fasse dans des conditions environnementales satisfaisantes», notamment en termes de consommation d’eau et d’énergie, développe la députée insoumise Claire Lejeune.

Usages de l’IA. Le mouvement veut développer une intelligence artificielle «utile aux besoins sociaux et écologiques». Il veut interdire les IA qui vont à l’encontre des droits sociaux (par exemple : pour la gestion des flux migratoires) ou qui ont pour «objectif de simuler une relation affective avec l’utilisateur».

🚅 Transports

Plus de train. Pour transformer les transports, premier secteur d’émissions de gaz à effet de serre en France, LFI mise sur le ferroviaire. Le mouvement veut lancer un plan de rénovation et de réouverture des lignes et gares fermées ces dernières décennies. Il compte aussi baisser le prix des billets en supprimant la gestion par algorithme.

Moins d’avions. À l’inverse, il veut réduire la place de l’avion en supprimant les lignes intérieures en cas d’alternative en train de moins de quatre heures – une mesure reprise de la Convention citoyenne pour le climat. La niche fiscale sur le kérosène sera également supprimée.

Automobile. Il veut enfin planifier la construction de voitures électriques «légères et abordables», tout en réglementant la taille des SUV vendus en France. L’automobile est, pour le moment, l’un des seuls secteurs au financement détaillé : 1,4 milliard d’euros supplémentaires pour produire deux millions de véhicules électriques par an. Destinées à lutter contre la pollution de l’air dans les grandes villes mais critiquées pour leur aspect inégalitaire, les zones à faibles émissions (ZFE) feront l’objet d’un moratoire.

🏘 Logements

Rénovations. Comme en 2022, Jean-Luc Mélenchon porte un plan de rénovation énergétique de 700 000 logements par an. Cet objectif est chiffré à plus de cinq milliards d’euros par an. Le candidat veut aussi organiser la sortie du «chauffage fossile», au fioul ou au gaz.

Droit au logement. Alors que 350 000 Français·es vivent sans domicile, LFI promet le «zéro sans-abri» en cinq ans, notamment en construisant 200 000 logements publics par an. Pour protéger les locataires, le parti veut interdire les expulsions sans relogement ou encore contraindre les bailleurs à équiper les logements pour faire face aux canicules.

💊 Santé et pollutions

Pesticides. Le candidat insoumis prévoit une sortie «progressive» des phytos et une interdiction immédiate des produits les plus dangereux – par exemple le glyphosate. Il envisage, en parallèle, d’instaurer une zone tampon pour protéger les enfants de ces produits autour des habitations, crèches, écoles et hôpitaux. La France applique déjà des «zones de non-traitement», entre les parcelles traitées et les zones d’habitation, mais l’efficacité du dispositif est contestée.

PFAS. Jean-Luc Mélenchon entend sortir des PFAS, ces substances chimiques toxiques, qui entrent dans la composition de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…). Il prévoit de «mettre fin à la fabrication, à l’importation et à la vente de produits qui en contiennent». Il promet aussi de renforcer la protection de l’eau potable. Si la recherche de ces «polluants éternels» y est obligatoire depuis janvier 2026, les contrôles restent très inégaux selon les territoires. Le candidat veut les rendre systématiques et durcir les seuils réglementaires.

Pollution plastique. Alors que la France croule sous les plastiques (3,7 millions de tonnes de plastiques sont générées chaque année dans le pays), Jean-Luc Mélenchon propose de prendre le problème à la racine, en «donnant la priorité à la réduction des déchets». Première étape : interdire «immédiatement» les emballages à usage unique. La loi Agec de 2020 le prévoit déjà, mais avec une sortie progressive d’ici à 2040. Pour les remplacer, les insoumis·es misent sur les bouteilles et bocaux en verre, ainsi que sur le retour de la consigne.

Cadmium. Jean-Luc Mélenchon promet également de «lutter contre le cadmium», ce métal lourd, toxique, qui contamine les Français·es principalement par l’alimentation. Mais, alors que les engrais phosphatés constituent l’une des principales sources de contamination des sols agricoles, le programme ne fixe aucune trajectoire précise de réduction de leur teneur maximale en cadmium. Le candidat évoque également un «plan de réduction de la pollution déjà présente», sans préciser ses modalités, et alors qu’aucune technique de dépollution des sols n’a, à ce jour, été identifiée comme opérationnelle.

🚜 Agriculture et bien-être animal

Agroécologie. Jean-Luc Mélenchon promet la création de 500 000 emplois agricoles. Un chiffre colossal, puisque la France compte actuellement 600 000 travailleur·ses dans ce secteur, et que le nombre de paysan·nes est en chute libre depuis l’après-guerre. Pour inverser la tendance, son programme propose de favoriser la création de fermes «à taille humaine», d’accompagner la profession avec des «contrats de transition agroécologique», ou encore de la protéger avec des «prix planchers».

Alimentation. Il souhaite remplacer le ministère de l’agriculture par un ministère «de la production alimentaire». Il veut une alimentation 100% bio et locale dans la restauration scolaire et collective (la loi impose déjà un objectif – non rempli – de 20% de bio), avec une option végétarienne chaque jour. Le Nutri-Score, cet étiquetage qui évalue la qualité nutritionnelle des produits, sera rendu obligatoire dans la grande distribution.

Élevage. Le programme promet sobrement d’«interdire les fermes-usines» – sans préciser de seuils ni d’échéance à ce stade. Des précisions seront apportées prochainement dans un livret sur la condition animale, précise Claire Lejeune : «Nous voulons pousser des modèles d’élevage à taille plus réduite, plus humaine.»

Bien-être animal. La France insoumise veut créer un Haut-commissariat dédié à la condition animale et interdire les pratiques jugées «cruelles» : corrida, chasse à courre, broyage des oisillons… Elle souhaite aussi un moratoire sur les «fermes-usines» de saumons, alors qu’un tout premier projet vient d’être autorisé en Gironde.

🌳 Biodiversité

Écosystèmes. Le programme évoque un plan national de restauration de la nature «ambitieux», pour réparer les écosystèmes détruits ou dégradés (cette feuille de route existe déjà, mais elle est critiquée par les ONG). Il promet plus de moyens pour les agences de l’État, comme la «police de l’environnement» ou l’Office national des forêts (ONF).

Forêts. Il veut interdire les coupes rases en forêt («sauf en cas d’impasse sanitaire avérée») ou encore limiter la taille des engins forestiers. À l’inverse, le mouvement dit vouloir prioriser la régénération naturelle et laisser un quart de la surface forestière en libre évolution, sans intervention humaine.

Mers. Il prône notamment l’interdiction de la bande côtière pour les plus gros navires de pêche – une mesure que le gouvernement actuel met déjà en place dans l’est de la Manche (notre article). Il défend aussi un plan de dépollution de la mer Méditerranée ainsi qu’une meilleure protection des aires marines protégées, critiquées par ONG et scientifiques pour leur inefficacité.

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