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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef
27.10.2026 à 06:00

Exclusif : la France est le pays d’Europe qui autorise le plus de pesticides interdits

Esteban Grépinet

Texte intégral (3673 mots)
En moins de dix ans, le nombre de dérogations pour utiliser des pesticides interdits a explosé en France. © Sam Ward/Vert

Ce qu’il faut retenir

🇪🇺 La France est le pays de l’Union européenne qui accorde le plus de dérogations à des pesticides non homologués : au moins 137 dérogations en 2025, et plus de 150 en 2026.

🚜 Basées sur le droit européen, ces dérogations de 120 jours maximum doivent permettre aux filières agricoles de faire face à un «danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables».

🍎 Une majorité de ces dérogations concerne des insecticides utilisés par l’agriculture conventionnelle, notamment pour l’arboriculture (pommes, poires, cerises…). Plusieurs de ces produits avaient été retirés du marché en raison de leurs risques.

⛔ Les associations dénoncent un «contournement» de l’expertise des autorités sanitaires, quand les filières agricoles y voient un moyen de sortir d’«impasses techniques».

La France lave-t-elle réellement «plus vert que vert» en interdisant plus de pesticides que ses voisins européens, comme l’accusent régulièrement de nombreux politiques et syndicats agricoles, à l’image de la FNSEA ? Pas si l’on regarde les dérogations que le ministère de l’agriculture accorde chaque année pour autoriser temporairement l’utilisation de produits interdits.

Selon le décompte de Vert, la France est désormais championne d’Europe en la matière : en 2025, elle a accordé pas moins de 137 autorisations d’urgence pour des pesticides ne disposant pas d’autorisations de mise sur le marché de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Elle se classe devant l’Allemagne (117) et l’Italie (108), autres grandes puissances agricoles. Pour 2026, alors que l’année n’est pas finie, la France dépasse même les 150 dérogations – un record absolu.

Des dérogations permises par le droit européen

Ce système est parfaitement légal. Pour qu’un pesticide soit commercialisable, sa substance active (la molécule qui présente l’effet principal) doit d’abord être autorisée à l’échelon européen. Ensuite, le produit dans son entièreté (la substance active et les autres composants) est évalué au niveau français par l’Anses, «gendarme» des pesticides dans l’Hexagone. L’agence délivre alors une autorisation de mise sur le marché pour le produit, qui s’applique à un nombre précis d’usages et de cultures.

Mais, si un pesticide n’est pas autorisé, le règlement européen de 2009 permet aux États membres de l’Union européenne d’accorder des autorisations d’urgence pour une durée maximale de 120 jours, «lorsqu’une telle mesure s’impose en raison d’un danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables». La France avait notamment utilisé cette procédure en 2021 et 2022 pour réautoriser plusieurs néonicotinoïdes «tueurs d’abeilles» dans les champs de betteraves face aux attaques de pucerons – ces dérogations avaient été stoppées en 2023 par la justice européenne (notre article).

«Un risque peut être acceptable pour une culture mais pas pour une autre, selon la dose, la période de traitement, le stade de développement des cultures, les propriétés du sol ou le climat.»

D’après notre enquête, la très grande majorité des pesticides concernés par ces dérogations d’urgence concerne des produits que l’Anses a autorisés pour certaines cultures, mais pas pour celles visées. Par exemple : le Hockey pro est un produit herbicide à base de glyphosate (une substance active connue pour être «probablement» cancérogène) autorisé par l’Anses pour plusieurs cultures (vigne, oliviers, fruits à pépins, à noyaux…) ; en revanche, il ne l’est pas pour la banane, qui bénéficie d’une dérogation pour son utilisation dans les Antilles chaque année depuis 2023.

«Un risque peut être acceptable pour une culture mais pas pour une autre, selon la dose, la période de traitement, le stade de développement des cultures, les propriétés du sol ou le climat», détaille Laure Mamy, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

Plusieurs produits interdits en raison de leurs risques pour la santé et l’environnement

Vert a aussi identifié un nombre non négligeable de pesticides absolument interdits, quelles que soient les cultures : soit parce qu’ils n’ont pas encore été évalués par les autorités sanitaires (européennes ou françaises), soit parce qu’ils ont été interdits après expertise. C’est le cas de l’Avadex Factor, un herbicide à base de triallate réautorisé par le ministère de l’agriculture jusqu’en janvier 2027 pour les cultures d’orge d’hiver, comme Vert l’avait révélé fin septembre. En 2023, l’Anses avait refusé d’autoriser ce pesticide en raison, notamment, d’un «risque inacceptable de contamination des eaux souterraines».

Vert a recensé pas moins de 30 dérogations de ce type pour l’année 2025 (sur 137, donc), et 51 en 2026 (sur 153). Le cas le plus connu est celui du Movento, un insecticide à base de spirotétramate, une substance active interdite dans l’Union européenne depuis 2024 – son fabricant, Bayer, n’ayant pas déposé de demande de renouvellement (notre article). Malgré ses risques avérés pour la biodiversité aquatique et son classement comme reprotoxique suspecté, ce pesticide est autorisé par dérogation en France pour les betteraves sucrières et plusieurs cultures de fruits (pommes, poires, cerises…).

Une minorité de dérogations pour des produits «bios»

Huile essentielle d’orange, produits à base de soufre ou de cuivre… Un quart des dérogations en 2025 concerne aussi des produits naturels, autorisés en agriculture biologique. «En général, les substances autorisées en bio sont moins dangereuses, mais naturel ne veut pas dire inoffensif : même ces produits doivent être évalués pour voir s’ils ont des impacts», prévient Pauline Cervan, de l’ONG Générations futures.

Fongicide «bio» à base de soufre et de calcium, le Curatio bénéficie ainsi de dérogations systématiques pour les arbres fruitiers. En 2021 puis 2025, l’Anses avait pourtant refusé de l’autoriser en raison, notamment, d’un «risque d’effet inacceptable pour les organismes du sol», comme les vers de terre.

Parmi les autres pesticides non autorisés découverts par Vert : l’Ailantex, un produit à base de champignon utilisé par la SNCF pour lutter contre une plante envahissante exotique ; le Curatio, un fongicide «bio» qui présente des risques pour la biodiversité des sols (voir l’encadré ci-dessus) ; ou encore le Mandarin pro, un insecticide autorisé cet été dans les vergers de cerises, pêches et noisettes.

Ce dernier pesticide avait été retiré du marché par l’Anses en 2024 en raison d’un «risque d’effet inacceptable pour les organismes aquatiques», notamment les poissons ; sa substance active, l’esfenvalérate, est également sur la liste européenne des «candidates à la substitution», soit les molécules les plus dangereuses à remplacer à court terme.

Une majorité d’insecticides, surtout pour les fruits

Dans le détail, la quasi-totalité de ces dérogations (tous cas de figure confondus) sont demandées par des filières agricoles – une poignée vient aussi de la sylviculture ou encore de la SNCF, pour le désherbage des rails. Près de la moitié des produits concernés en 2025 sont des insecticides employés pour lutter contre les attaques de charançons, pucerons, cochenilles et autres mouches.

L’arboriculture – notamment pour les pommes, poires, cerises ou encore noisettes – est, de loin, le secteur qui recourt le plus à ces dérogations d’urgence. Interrogée par Vert, l’Association nationale pommes poires (ANPP) met en avant une «situation de nécessité technico-économique» : «Lorsque ces autorisations de mise sur le marché d’urgence sont demandées, c’est parce que la production en a vraiment besoin pour faire face à la prolifération de maladies ou de ravageurs, et l’administration ne les accorde que si les conditions sont bien réunies», détaille son directeur, Pierre Venteau.

«Pour l’instant, ces dérogations sont la meilleure solution que nous ayons, on ne sait pas faire sans.»

Du côté de la betterave sucrière, qui a obtenu cinq dérogations en 2026, on déplore le manque de moyens, avec un seul traitement insecticide autorisé par saison. «Le produit a une durée d’action de dix jours. Si on veut couvrir toute la période de risque, qui est de deux mois [les vols de pucerons surviennent entre avril et juin, NDLR], nous n’avons pas d’autre choix que d’avoir des produits en relais, expose Fabienne Maupas, directrice scientifique de l’Institut technique de la betterave (ITB). Si on en est là aujourd’hui, c’est parce qu’on a décidé d’arrêter les néonicotinoïdes. Pour l’instant, ces dérogations sont la meilleure solution que nous ayons, on ne sait pas faire sans.»

Certaines filières peuvent solliciter des dérogations après le retrait d’autres pesticides qu’elles utilisaient, ou dans l’attente d’autres produits en cours d’évaluation (les procédures peuvent prendre plusieurs années). Autre raison : les études à fournir étant coûteuses, les industriels n’incluent qu’un nombre limité de filières dans leurs dossiers de demande d’autorisation de mise sur le marché. Ces dérogations peuvent parfois permettre à certaines cultures mineures (figue, noisette…) ou très récentes, comme la pistache, d’utiliser certains pesticides malgré tout.

Un «contournement» de l’expertise de l’Anses, selon les associations

Pour accorder de telles dérogations, le ministère de l’agriculture dit mesurer la «nature du danger», sa «probabilité de survenue», mais aussi les «effets néfastes potentiels» sur l’environnement ou la santé. Ces lignes directrices, seulement publiées en 2025, sont «peu contraignantes», juge Dorian Guinard, maître de conférences en droit public à l’université Grenoble-Alpes : «Nous ne sommes pas dans le cadre de l’existence avérée d’un danger, mais dans celui de sa survenue probable. Tout cela est soumis à l’interprétation du ministre, qui a une conception potentiellement bien différente de l’Anses.»

«Toutes les dérogations accordées le sont dans le strict respect du droit européen, défend auprès de Vert le ministère de l’agriculture. Ce n’est ni un passe-droit arbitraire, ni une réautorisation générale : chaque décision répond à une situation, une culture et un usage précis, est limitée dans le temps et dans des conditions d’utilisation encadrées.»

Ces dérogations sont souvent accompagnées de précautions : ne pas utiliser à proximité des captages d’eau potable et «respecter une zone non traitée de 20 mètres» en bordure de cours d’eau pour l’Avadex Factor ; «ne pas utiliser en présence d’abeilles» pour le Movento…

«Nous ne sommes pas opposés à des dérogations en cas de circonstances exceptionnelles, mais le problème est que la France sort complètement de ce cadre en réautorisant des substances non homologuées à tout va.»

Pour les associations de défense de l’environnement – comme Pollinis, qui a récemment consacré un rapport à ce sujet –, ce système de dérogation n’est rien d’autre qu’un «contournement» de l’expertise de l’Anses, dont les méthodes d’évaluation sont déjà jugées insuffisantes. «Nous ne sommes pas opposés à des dérogations en cas de circonstances exceptionnelles, mais le problème est que la France sort complètement de ce cadre en réautorisant des substances non homologuées à tout va», pointe Pia Savart, juriste à France nature environnement.

Vers des dérogations renouvelées sur plusieurs années ?

Les dessous de ces dérogations interrogent d’autant plus que leur nombre explose ces dernières années : d’environ 70 dérogations par an à la fin des années 2010, la France en est désormais à plus d’une centaine chaque année. «Le nombre de dérogations doit aussi être analysé au regard de la multiplication des usages pour lesquels les agriculteurs se retrouvent sans solution suffisamment efficace», réagit le ministère de l’agriculture, qui précise que son objectif reste avant tout de «développer des alternatives durables».

En octobre 2025, un rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) avait déjà identifié une «tendance à la hausse [du nombre de dérogations] entre 2017 et 2021». Il formulait alors plusieurs pistes pour expliquer cette particularité tricolore : la «diversité des cultures en France», des conditions climatiques complexes certaines années (comme le gel tardif de 2021) ou encore une «dépendance persistante aux pesticides».

«Nous observons une récurrence des demandes, qui amène à s’interroger sur le caractère strictement exceptionnel de la dérogation, analyse Catherine Laroche-Dupraz, économiste spécialiste des politiques agricoles à l’Institut agro, qui a participé à une étude statistique sur les demandes de dérogation des pays européens entre 2016 et 2021. Les filières se sont sans doute effectivement trouvées dans des cas d’urgence chaque année, mais cela signifie aussi que l’interdiction de ces pesticides est inopérante, et qu’on n’a pas réussi à transformer les systèmes pour les rendre plus résilients.»

De fait, de nombreux produits obtiennent des dérogations répétées d’année en année. La canne à sucre bénéficie par exemple depuis 2021 d’une autorisation pour le Merlin Flexx, un désherbant évalué uniquement pour le maïs. De même pour l’Exirel, un insecticide non homologué par l’Anses et autorisé par dérogation depuis dix ans pour les cerisiers et les pruniers. «Si les mêmes dérogations reviennent tous les ans, cela montre qu’on n’est pas dans l’urgence mais dans des problèmes bien identifiés et pour lesquels on aurait pu anticiper et trouver d’autres solutions», argue Pauline Cervan, toxicologue auprès de l’association Générations futures, qui mène, avec FNE, plusieurs recours en justice contre ces dérogations.

La durée de ces dérogations, pour l’instant limitée à 120 jours (soit environ quatre mois), pourrait bientôt évoluer. Dans le cadre des négociations du paquet législatif «Omnibus X» sur les pesticides, plusieurs eurodéputé·es de droite et d’extrême droite proposent, sous certaines conditions, de passer à des dérogations renouvelables chaque année pour une durée maximale de cinq ans.

Note méthodologique : comment Vert a établi ses chiffres

Pour établir le plus justement possible le nombre de dérogations d’urgence octroyées chaque année, Vert a utilisé la base de données de la Commission européenne, où sont remontées toutes les autorisations accordées par les États membres. Nous avons ensuite mené un long travail de vérification et de correction des erreurs occasionnelles (années inversées, incohérences de dates…). Nous avons ensuite croisé et complété ces données avec celles encore disponibles sur le site du ministère français de l’agriculture, qui publie temporairement les dérogations en vigueur, et les archives de cette page Internet.

Les chiffres présentés par Vert peuvent sensiblement varier par rapport au bilan effectué par le Haut-commissariat à la stratégie et au plan en octobre 2025 – qui s’est reposé uniquement sur les données de la Commission européenne – ou encore l’association Pollinis. Si les chiffres exacts peuvent différer, la tendance de fond reste la même : en France, ces dérogations sont en nette augmentation depuis plusieurs années.

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26.10.2026 à 12:11

En meeting à Orléans, Marine Le Pen ne veut pas «refaire la France d’avant»… mais rêve de rouvrir des puits de pétrole

Hicham Zemrani

Texte intégral (1703 mots)
Marine Le Pen prend la parole lors de son premier meeting de campagne, à Orléans, le 25 octobre. © Hicham Zemrani/Vert.

C’est simple. Pour susciter les huées du public à un meeting du Rassemblement national (RN), évoquez les magistrats, les antifascistes ou l’Union européenne. À l’inverse, la simple mention des forces de l’ordre et de l’expulsion des étranger·es délinquant·es suffit à provoquer des applaudissements enflammés.

Dimanche, au Zénith d’Orléans (Loiret), Marine Le Pen a officiellement lancé sa quatrième candidature à l’élection présidentielle devant plus de 8 000 sympathisant·es. La veille, elle avait confié aux journalistes vouloir prendre de la hauteur sur l’actualité pour «insuffler un peu d’optimisme». L’occasion pour la fille de Jean-Marie Le Pen de développer un axe inédit et pour le moins ronflant, celui de la «renaissance», son premier slogan de sa campagne.

«C’est savoir puiser dans le passé, mais sans cette nostalgie qui anesthésie, qui paralyse ou qui incite à revenir en arrière», a-t-elle expliqué derrière un pupitre encadré par deux colonnes grecques et posé au bout d’une scène en forme de T, configuration prisée des concerts. Au milieu de ses partisan·es, elle se place ainsi dans une posture quasi-messianique.

«Je ne vous propose pas de refaire la France d’avant. Je vous propose de concevoir et de construire la France de demain», a-t-elle martelé. Juste avant de défendre un retour en arrière environnemental : l’abrogation de la «stupide» loi Hulot, qui interdit la recherche et l’exploitation des hydrocarbures sur l’ensemble du territoire français. Ce, au nom de la «puissance» de la France, autre ligne directrice de son discours, qui se caractérise par la «volonté de valoriser toutes nos ressources, naturelles ou industrielles». Et tant pis pour l’environnement. La seule autre allusion à l’écologie aura servi à dénoncer «les obscurantismes technophobes, cette défiance envers le progrès qui s’exprime avec l’écologie punitive».

Attaques contre le Conseil constitutionnel

À entendre la candidate nationaliste, son mandat sera le plus démocratique du siècle, rythmé par de nombreuses consultations populaires. «Nous respecterons la volonté des citoyens et rétablirons, en particulier grâce au référendum, leur droit d’expression politique», a-t-elle promis. Marine Le Pen prévoit de dévoiler au cours de la campagne le calendrier de ses référendums. D’après son entourage, les grandes orientations en matière d’environnement pourraient faire l’objet d’une telle votation.

Dans une France présidée par l’extrême droite, les contre-pouvoirs, eux, seront malmenés. Car pour Marine Le Pen, la démocratie, c’est le peuple. Certainement pas les «Sages» du Conseil constitutionnel, ces «représentants de l’oligarchie» et «petits marquis de la macronie», qui ont le malheur de lui notifier l’impossibilité de modifier la Constitution par référendum sans accord du Parlement. «C’est des enculés !», s’exclame un homme à leur évocation. Quelques minutes plus tard, la candidate nationaliste discourt longuement sur la «civilité» qui a disparu de notre société et dans laquelle elle place «la qualité du langage». Ironique.

La prise de parole de Marine Le Pen, sans doute trop conceptuelle et éloignée des fondamentaux frontistes radicaux qui galvanisent les militant·es, n’a toutefois pas soulevé les foules. Bien plus martiale, l’intervention de Jordan Bardella a suscité davantage d’entrain. Le président du RN est longuement revenu sur les incidents du 17 octobre, cette journée qui a «marqué un tournant sans précédent dans la faillite sécuritaire de l’État» et à l’issue de laquelle le parti d’extrême droite affirme avoir engrangé 5 000 adhésions – un chiffre impossible à vérifier.

Marine Le Pen et Jordan Bardella sur la scène du Zénith d’Orléans, le 25 octobre. © Hicham Zemrani/Vert.

L’attentat raciste survenu à Trappes (Yvelines), vendredi, a quant à lui été expédié en trois phrases. «La barbarie a encore frappé», a sobrement déclaré Jordan Bardella, passant sous silence le mobile xénophobe de l’attaque qui a fait un mort. Depuis vendredi, des responsables politiques de gauche accusent l’extrême droite d’avoir favorisé un climat incitant à la haine raciale. Elles et ils en veulent pour preuve les propos de l’eurodéputé nationaliste qui qualifiait, en 2022, sur le plateau de «Touche pas à mon poste», la ville de Trappes de «République islamique en miniature».

Dans les rues, une manifestation antifasciste

En face, les cadres frontistes jouent la sérénité et assurent ne pas craindre un Carpentras bis. En 1990, après la profanation du cimetière juif de la commune du Vaucluse, Jean-Marie Le Pen avait été désigné par le pouvoir socialiste comme l’instigateur moral de cet outrage. Un épisode traumatique pour les militant·es frontistes du coin, aucun lien n’ayant été établi entre les néonazis condamnés et le parti d’extrême droite.

Samedi matin, dans le cortège de la manifestation antifasciste qui s’est déroulée dans le centre d’Orléans et a rassemblé 26 000 participant·es, selon les organisateur·ices – 11 000 d’après la préfecture du Loiret –, plusieurs pancartes «Le RN tue» ont été aperçues. «Faire un lien entre nous et ce qui s’est passé n’est pas digne», commente Marine Le Pen en privé.

Tête de cortège de la manifestation antifasciste, à Orléans, le 24 octobre. © Hicham Zemrani/Vert.

La tenue du meeting frontiste, précédé par le 19ème congrès du RN, samedi, a placé la ville d’Orléans sous cloche. Interruption totale des transports en commun, fermeture des commerces, barrage de police sur les ponts traversant la Loire pour filtrer les passages… Aux alentours du Zénith, deux véhicules blindés à roues de la gendarmerie étaient même présents. Le week-end s’est toutefois déroulé sans incident. Du moins, à l’extérieur.

Dans les travées du Zénith, la presse, autre contre-pouvoir essentiel à toute démocratie, a été brutalisée. Samedi, lors du congrès qui a consacré la réélection (sans suspense) de Jordan Bardella à la présidence du parti avec 98,98% des voix, des adhérent·es frontistes ont pris à partie l’équipe de Mediapart, attirant au passage l’attention du service d’ordre. Plusieurs de ses membres se sont alors précipités sur les journalistes pour les sortir manu militari de la salle.

L’attaché de presse du parti d’extrême droite a vite rappliqué pour demander à ses hommes d’arrêter, se confondant en excuses auprès du média à l’origine des révélations sur les écrits antisémites attribués à Jordan Bardella. «Qu’il y ait des mouvements ou des éruptions, cela peut arriver», a tenté de relativiser après coup un proche collaborateur de Marine Le Pen, osant comparer Mediapart au média d’extrême droite Frontières, «qui connaît le même problème dans les manifestations».

Une action contre l’antisémitisme

Dimanche, même scène. Alors que Jordan Bardella s’exprimait, une bagarre a soudainement éclaté dans les gradins. Des membres de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) venaient de déployer une banderole accusant le RN d’antisémitisme. Un journaliste de Mediapart se trouvait alors à proximité. «Retourne au bled», lui a notamment lancé une sympathisante lepéniste.

Il n’en fallait pas plus pour que les cadres du parti accusent Mediapart d’être de mèche avec les militant·es de l’UEJF, qui ont été sortis de la salle brusquement. L’un d’entre eux saignait du nez, tandis qu’une de ses camarades s’est plainte d’avoir été étranglée par le service d’ordre. Le journaliste de Mediapart, qui faisait simplement son travail et avait été dûment accrédité, a indiqué à l’AFP s’être lui aussi fait «choper violemment» par un des gros bras du RN. L’équipe de Mediapart a ainsi décidé de quitter le meeting, estimant que sa sécurité n’était pas assurée.

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26.10.2026 à 12:03

«On ne veut plus de ce monde morbide» : de l’Yonne à la Saône-et-Loire, le ras-le-bol des manifestants du 24 octobre

Clément Gousseau

Texte intégral (1506 mots)

Elles et ils sont agriculteur·ices, ouvrier·es, retraité·es, étudiant·es, personnes sans emploi, dessinateur·ices… Ce samedi 24 octobre, toutes et tous sont descendu·es dans la rue ou ont occupé un rond-point pour exprimer leur colère contre «la casse sociale», «l’abandon des campagnes» ou encore «la montée de l’extrême droite».

Près de 410 000 personnes ont manifesté en France, selon le ministère de l’intérieur – plus de 800 000, selon la CGT. Parmi elles et eux, des Gilets jaunes de la première heure, mais aussi des personnes qui se sont mobilisées pour la première fois, indignées par la répression du mouvement lycéen.

D’Avallon (Yonne) à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Vert a pris la route pour recueillir leurs revendications, raconter leurs difficultés et faire entendre leurs espoirs.

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Passez la souris sur l’image pour lire la légende.

À Avallon, Lukuna*, retraité, est venu plaider pour un «pays qui retrouve du bon sens. Comment voulez-vous que les jeunes aient confiance dans le gouvernement ? Ils souffrent. Dans les campagnes, les maires des petites communes souffrent aussi. On laisse tout se dégrader, nos routes sont pleines de trous.» Sur le même rond-point, Lucile*, 33 ans, rappelle que «la France est un pays de révolution, où on a le droit de manifester. Nous avons besoin de retrouver la liberté, l’égalité et la fraternité.»

130 kilomètres plus loin, à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Anne Chanteloup, une étudiante de 26 ans, dénonce l’inaction écologique et le manque de pouvoir d’achat : «On ne prend pas du tout en compte notre planète. Les Français sont aussi de plus en plus pauvres, tout le monde est dans le rouge. On ne pense pas à notre avenir.» Un constat que partage Pascal*, 59 ans : «Il serait temps de prendre conscience qu’on vit tous sur la même planète. Il n’y a pas de planète B.»

Andrea* et Melissa*, deux futures professeures des écoles, dénoncent quant à elles le manque de reconnaissance envers les enseignant·es : «On n’est pas valorisées du tout, on va devoir attendre des années avant d’être payées 2 000 euros. Et après le gouvernement se plaint de ne pas trouver de profs.»

*Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom.

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