24.07.2026 à 10:07
Les « peaux à moustiques » : mythe ou réalité ?
Texte intégral (2135 mots)
L’ESSENTIEL Les moustiques utilisent un arsenal complexe et sophistiqué pour nous détecter ; Nous ne sommes pas tous égaux face à la détection par les moustiques, qui par ailleurs nous trouvent plus ou moins attractifs selon nos activités ; Les réactions aux piqûres varient d’une personne à l’autre, ce qui peut renforcer l’impression d’attirer davantage les moustiques.
Avec l’été, ils sont de retour, piqueurs insatiables, furtifs comme une brise d’été, virtuoses de l’esquive… Vous avez évidemment reconnu nos minuscules adversaires ailés, les agaçants moustiques, qui peuvent transformer nos vacances en festival de démangeaisons et nos nuits en véritable calvaire !
Que ce soit lors d’un apéritif en terrasse, d’un pique-nique en pleine nature ou d’un repas familial à l’ombre d’une treille, nous avons tous déjà entendu des collègues, des amis ou des proches être convaincus d’attirer systématiquement les moustiques, et de se faire dévorer, tandis que les autres convives ne remarqueraient qu’à peine la présence de ces piquants acrobates ailés.
Alors, les peaux à moustique : impression trompeuse ou réalité scientifique ?
Une idée fausse : le sang « sucré », un aimant à moustique
Selon une croyance populaire, la principale explication à des piqûres à répétition serait à chercher du côté de la composition sanguine : les personnes ayant « du sang sucré » seraient plus sujettes à attirer les moustiques que les autres. Mais aussi répandue soit-elle, cette explication ne repose sur aucune connaissance scientifique.
En effet, les moustiques n’ont aucun moyen de connaître la composition de notre sang, puisqu’ils ne le « goûtent » pas avant de nous piquer. Sa teneur en sucre n’entre donc absolument pas en ligne de compte !
De même, on entend parfois dire que manger de l’ail, de la banane ou de la vitamine B éloignerait les moustiques. Autant de croyances qui relèvent plutôt du folklore que de la science, puisqu’aucune étude sérieuse n’a pour l’heure confirmé ces effets.
Disons le tout net : les moustiques ne sont effectivement pas attirés de la même façon par tous les épidermes. Nous ne sommes donc pas tous égaux devant le risque d’être piqué par des moustiques. Mais les raisons qui expliquent ces différences sont bien plus complexes et fascinantes qu’une simple question de composition sanguine.
Pour les comprendre, il faut s’intéresser à la façon – particulièrement élaborée – dont les moustiques choisissent leurs cibles, en détectant à distance de nombreux signaux différents, à la fois physiques et chimiques. Dont certains dépendent même des microbes qui vivent à la surface de notre peau !
Un équipement de détection de haut vol
On sait que pour nous piquer, les moustiques disposent d’une boîte à outils conséquente, constituée de plusieurs lames perforatrices.
Au-delà de ce kit de microchirurgie miniature qui les aide à percer notre épiderme en toute discrétion, ils sont aussi particulièrement bien équipés pour nous détecter.
Leur système de repérage fonctionne comme une succession de radars complémentaires, qui agissent à tour de rôle à mesure que l’insecte se rapproche de sa cible :
– le dioxyde de carbone (CO2), un signal détectable à plusieurs dizaines de mètres de distance : les moustiques peuvent nous identifier grâce au dioxyde de carbone (CO2) que nous expirons à chaque respiration. Ce gaz, invisible et inodore pour les êtres humains, forme autour d’eux un véritable panache que l’insecte peut suivre, un peu comme une piste odorante. Ce taux de CO2 n’est pas figé : chez une femme enceinte, dont le métabolisme s’accélère, chez un sportif en plein effort, ou encore après avoir consommé de l’alcool, ce taux peut varier suffisamment pour nous rendre plus ou moins appétissants selon nos activités ou notre état physiologique du moment. Au cours d’une même journée, les moustiques peuvent donc nous trouver plus ou moins attractifs, simplement en fonction de ce que nous faisons comme activité ou ce que nous ingérons !
– silhouette, couleurs et chaleur corporelle, le repérage de proximité : à proximité de leur cible, les moustiques affinent leur approche en se fiant à notre silhouette et aux couleurs que nous portons. Peu sensibles aux détails, leurs yeux distinguent plus facilement les teintes sombres, car elles contrastent davantage avec l’environnement et sont donc plus facilement repérables. Les vêtements clairs, au contraire, tendent à se fondre dans le décor et à être moins visibles pour l’insecte. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le port de vêtements clairs est souvent recommandé dans les zones les plus à risque de piqûre !
À courte distance, le moustique ne se contente plus de repérer une forme. Il affine encore sa trajectoire grâce à la chaleur dégagée par notre corps, qu’il détecte par des récepteurs thermosensibles situés sur ses antennes. Cette chaleur peut varier selon les individus et selon la période de la journée, d’environ un degré (de 36,5 à 37,5 °C), ce qui suffit à nous rendre plus ou moins facilement détectables par les moustiques ! Les zones les plus chaudes du corps, comme le cou ou les chevilles, deviennent alors des cibles privilégiées pour l’atterrissage final et la piqûre fatidique.
– l’odeur de notre peau, une signature chimique unique : d’autres facteurs jouent également un rôle important dans la détection. C’est le cas de certains composés volatils émis par la peau, ainsi que d’autres signaux chimiques propres à chacun d’entre nous. Parmi ces derniers figurent des composés appelés acides carboxyliques. Produits dans notre sébum puis transformés par les bactéries qui colonisent naturellement notre peau, ils dégagent une odeur caractéristique que les moustiques détectent avec une précision remarquable, même en très faible concentration, grâce à des récepteurs olfactifs extrêmement sensibles, répartis sur leurs antennes.
L’acétoïne, un autre composé généré par certaines bactéries de notre peau, renforce encore cette signature olfactive individuelle et contribue à guider l’insecte dans les derniers centimètres de son approche.
Suivant la composition de notre microbiome cutané (la communauté de bactéries qui vit à la surface de notre peau, et qui diffère d’une personne à l’autre) nous produisons en plus ou moins grande quantité ces composés, ce qui modifie directement l’attrait que les moustiques ont pour notre peau.
Deux personnes assises côte à côte peuvent ainsi être perçues très différemment par le même moustique !
Le rôle possible du groupe sanguin
Différentes études montrent que d’autres facteurs entrent également en jeu dans cette équation.
Parmi eux, le groupe sanguin semble jouer un rôle non négligeable : les personnes de groupe O émettent à la surface de leur peau des marqueurs chimiques spécifiques qui semblent particulièrement détectables et attractifs pour certaines espèces de moustiques.
Ces molécules, libérées avec la sueur ou présentes dans le film lipidique cutané, créent une signature olfactive légèrement différente de celle des groupes A, B ou AB, ce qui pourrait expliquer pourquoi les individus de groupe O sont piqués plus fréquemment dans les études expérimentales menées en laboratoire.
La réaction de notre peau à la piqûre : très variable d’un individu à l’autre
Au-delà de ces questions d’attractivité, un autre facteur explique pourquoi certains d’entre nous semblent « plus touchés » que d’autres par les moustiques : la réaction à la piqûre elle-même.
En effet, lorsqu’il pique, le moustique injecte un peu de sa salive, laquelle contient des protéines anticoagulantes destinées à fluidifier le sang et faciliter ainsi son repas de sang.
Or, notre système immunitaire réagit à ces protéines étrangères en libérant notamment de l’histamine, une protéine qui mobilise nos défenses immunitaires. Cette libération d’histamine est responsable du gonflement, de la rougeur et surtout de cette démangeaison si caractéristique de la piqûre.
Cette réponse immunitaire varie considérablement d’une personne à l’autre sans que cela ait le moindre lien avec le nombre réel de piqûres : certains développent des boutons volumineux et une intense envie de gratter après une seule piqûre, quand d’autres ne remarquent presque rien, sans que cela ait le moindre lien avec le nombre réel de piqûres reçues.
Par ailleurs, cette sensibilité se modifie avec le temps. À force d’être exposé aux piqûres, l’organisme peut développer une forme de tolérance et réagir de moins en moins, un phénomène bien connu de celles et ceux qui ont grandi dans des régions à forte densité de moustiques, comme dans le sud de la France.
À l’inverse, les enfants, dont le système immunitaire n’a pas encore rencontré ces protéines salivaires, sont bien souvent les plus touchés : leurs réactions peuvent être plus marquées, avec des boutons plus gros et plus persistants que ceux des adultes.
Ainsi, deux personnes piquées un même nombre de fois au cours d’un repas peuvent vivre un ressenti radicalement différente, l’une étant démangée pendant plusieurs jours, l’autre totalement épargnée par la gêne (cette dernière ne remarquant parfois même pas qu’elle a été piquée !).
Heureusement, pour déjouer l’arsenal des moustiques et se protéger de leurs piqûres, les moyens de prévention fonctionnent quel que soit notre type de peau : moustiquaires pour bloquer leur entrée dans nos logements, répulsifs pour brouiller leur perception de nos odeurs, vêtements amples pour éviter qu’ils n’atteignent notre épiderme…
Et n’oublions pas la limitation du nombre de moustiques, qui passe notamment par l’élimination de l’eau stagnante, indispensable à la ponte de leurs œufs !
Yannick Simonin a reçu des financements de Horizon Europe, ANR, ANRS-MIE, PREZODE, région Occitanie, Université de Montpellier.
24.07.2026 à 10:07
Moustiques, tiques et autres vecteurs de maladies : quelles sont les dernières recommandations pour s’en protéger ?
Texte intégral (3131 mots)
Moustique tigre qui poursuit sa conquête de la France hexagonale, nombre de cas de maladie de Lyme en augmentation, arrivée de la tique invasive Hyalomma sur le littoral méditerranéen… Les raisons de se protéger des arthropodes potentiellement vecteurs de maladies ne manquent pas. Voici les dernières recommandations en la matière, basées sur les connaissances scientifiques les plus récentes.
On estime que près de 80 % de la population mondiale est exposée au risque d’être victime de maladies dites « à transmission vectorielle », autrement dit transmises par des « vecteurs » dont les plus connus sont, par exemple, les moustiques et les tiques.
Ces maladies, qui comptent pour 17 % des maladies infectieuses et causent plus de 700 000 décès par an, sont en progression, notamment en France.
Le Haut Conseil de la Santé publique vient d’éditer de nouvelles recommandations pour la protection personnelle antivectorielle (PPAV) afin de clarifier et d’homogénéiser les messages de prévention destinés aux acteurs de santé et à la population.
Elles tiennent compte des évolutions épidémiologiques et réglementaires, et des nouvelles connaissances acquises sur l’efficacité et la toxicité des produits et moyens utilisés. Voici ce qu’il faut en retenir.
Qu’est-ce que la protection personnelle antivectorielle ?
Qu’elles soient dues à des bactéries, des virus ou des parasites, les maladies à transmission vectorielle sont sujettes à des expansions ou des réémergences, lesquelles sont influencées notamment par les changements climatiques et socio-économiques, ainsi que par les flux internationaux de personnes et de marchandises.
Au niveau mondial, parmi les arthropodes les plus susceptibles de propager de telles maladies figurent majoritairement les tiques (qui transmettent notamment la borréliose de Lyme, les rickettsioses ou la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, par exemple) et les moustiques (qui participent à la circulation du paludisme, de la dengue, du chikungunya, de la maladie due au virus du Nil occidental, de la fièvre jaune, etc.).
Pour se protéger de leurs piqûres et, idéalement, empêcher la transmission d’agents infectieux, la protection personnelle antivectorielle est essentielle : il s’agit de mettre en œuvre des moyens physiques ou chimiques pour protéger les êtres humains et leur entourage.
On distingue trois niveaux de protection personnelle antivectorielle, complémentaires et synergiques : la protection de l’individu, celle de son habitat intérieur et celle de son habitat extérieur.
La lutte antivectorielle, qui vise à contrôler les populations de vecteurs, s’effectue quant à elle plutôt à l’échelle communautaire.
Comment se protéger le plus efficacement possible ?
Le premier principe est de privilégier la protection mécanique, en portant des vêtements couvrants, amples et de couleur claire.
Cette recommandation est valable non seulement pour se protéger des moustiques et des autres insectes vecteurs (phlébotomes, glossines, simulies…), mais aussi des tiques, et ce, en zone tropicale comme en zone tempérée.
Cette protection mécanique peut être complétée par des répulsifs cutanés destinés à perturber le système olfactif que les vecteurs utilisent pour repérer leurs hôtes, sur lesquels ils vont prendre leur repas sanguin.
Ces répulsifs doivent être appliqués sur la peau découverte, selon des modalités précises décrites sur l’emballage du produit (nombre de pulvérisations, fréquence d’application et classe d’âge).
Actuellement, au niveau européen, trois substances actives ont été approuvées par l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et plusieurs autorisations ont été délivrées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) : le DEET, l’IR3535 et l’icaridine (ou KBR3023). Ces produits ont fait l’objet d’une évaluation rigoureuse quant à leur efficacité et leurs risques pour la santé humaine et l’environnement.
L’huile d’eucalyptus citronné, hydratée et cyclisée, est encore en cours d’évaluation au niveau européen. Toutefois, des produits répulsifs la contenant peuvent être commercialisés sous un régime dit « transitoire » vis-à-vis de l’autorisation de mise sur le marché.
À lire aussi : Les « peaux à moustiques » : mythe ou réalité ?
Qu’en est-il, plus largement, des huiles essentielles ? De par leur composition chimique complexe et variable selon l’origine géographique de la plante, elles ne sont pas recommandées. Bien que naturelles, elles présentent en effet des risques de photosensibilisation et d’allergie. De plus, elles sont très volatiles, et leur efficacité répulsive ne dépasse généralement pas une heure.
Le point sur les produits chimiques biocides
Un grand nombre de moyens de protection personnelle antivectorielle reposent sur l’utilisation de produits chimiques dits « biocides ». Ces substances sont destinées à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes jugés nuisibles. Elles sont, depuis 2012, soumises à une règlementation européenne spécifique (voir encadré).
Comment sont évalués les produits biocides ?
Dans un premier temps, les fabricants soumettent à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) un dossier complet relatif à l’efficacité de la substance active vis-à-vis des arthropodes cibles (moustiques et tiques), à sa toxicologie et son risque environnemental. Après évaluation par un état membre, son statut se voit approuvé ou rejeté ;
Dans un second temps, le produit biocide qui contient la (ou les) substance(s) active(s) approuvée(s) doit ensuite faire l’objet d’une autorisation de mise sur le marché qui peut être valable soit uniquement dans un pays donné, soit au niveau de l’Union européenne. En France, c’est l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) qui évalue et délivre ces AMM, depuis 2016.
En matière de protection personnelle antivectorielle, les pyréthrinoïdes sont largement utilisés. Ces molécules de synthèse dérivent d’une famille de molécules naturelles, les pyréthrines, produites par le chrysanthème (Tanacetum cinerariifolium). Par rapport à ces dernières, les pyréthrinoïdes présentent l’avantage d’être plus stables.
Ces produits ont remplacé les organochlorés dont le représentant le plus emblématique était le DDT : ceux-ci ne sont plus autorisés en Europe, compte tenu de leur toxicité pour les êtres humains et pour l’environnement.
En 2021, un rapport de l’Inserm alertait sur des risques accrus de troubles du neurodéveloppement pour des enfants exposés aux pyréthrinoïdes in utero ou durant les premières années de vie, ainsi que sur des risques pour certains cancers. En 2025, l’Anses émettait à son tour une alerte sanitaire relative au risque de troubles du neurodéveloppement de l’enfant.
En conséquence, l’usage des produits à base de pyréthrinoïdes n’est plus recommandé pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge, à l’exception de l’emploi de moustiquaires imprégnées, dans les zones tropicales où un risque de transmission du paludisme existe. En ne recommandant plus l’usage de la perméthrine (et, plus largement, des pyréthrinoïdes), la France se démarque des autres pays.
Vêtements imprégnés et bracelets répulsifs : qu’en est-il ?
Les vêtements peuvent également être traités chimiquement. Du fait des risques mentionnés précédemment, l’imprégnation vestimentaire avec de la perméthrine n’est plus recommandée.
Il faut souligner qu’à l’heure actuelle, en France, aucun produit à base de pyréthrinoïdes ne dispose d’une autorisation de mise sur le marché pour cet usage d’imprégnation vestimentaire.
En revanche, certains répulsifs à base de DEET et d’IR3535 disposent d’une autorisation, et font désormais l’objet d’une recommandation d’usage.
Les bracelets répulsifs, quant à eux, sont inefficaces vis-à-vis des insectes et des tiques et leur usage devrait être proscrit. Ils présentent notamment un risque de fuite, et des lésions cutanées ont été observées chez les enfants.
Bien utiliser les moustiquaires imprégnées
L’anophèle femelle, vectrice du paludisme est un moustique nocturne. En zone tropicale, où le risque de paludisme potentiellement mortel est élevé, il convient donc de dormir sous une moustiquaire imprégnée de pyréthrinoïdes. Ces molécules n’étant pas volatiles, l’exposition des dormeurs est fortement limitée. La moustiquaire imprégnée doit cependant être bien bordée sous le matelas, pour éviter que les jeunes enfants ne la mettent à la bouche.
Selon les recommandations faites aux voyageurs, une chimioprophylaxie contre le paludisme sera associée (cette approche consiste à prendre des médicaments contre le paludisme avant de se rendre dans des zones où il sévit), en fonction du niveau de transmission de la maladie dans le pays de destination.
En France hexagonale et dans les territoires ultra-marins, de plus en plus touchés par certaines maladies virales transmises par les moustiques (dengue, chikungunya, Zika, virus du Nil occidental), l’utilisation de répulsifs cutanés en journée est recommandée (le moustique tigre, Aedes albopictus, qui les transmet, est en effet diurne).
L’isolement des patients infectés sous des moustiquaires non imprégnées de pyréthrinoïdes est aussi recommandé. Il s’agit là d’une démarche altruiste qui vise à protéger son entourage.
Comment protéger l’intérieur de son habitat ?
Installer des moustiquaires aux ouvertures constitue une protection mécanique efficace vis-à-vis des insectes, quels qu’ils soient. Leur utilisation, fortement recommandée, doit permettre de limiter celle de produits biocides à l’intérieur des habitations.
En cas d’épidémie de maladie à transmission vectorielle, des produits à base de pyréthrinoïdes peuvent être utilisés, comme les diffuseurs électriques. Les restrictions d’exposition des femmes enceintes et des jeunes enfants s’appliquent ici également. L’usage des bombes aérosol d’insecticide, sans efficacité dans la durée, n’est quant à lui pas recommandé.
La ventilation (brasseurs d’air, ventilateurs) et les climatiseurs ont aussi une efficacité démontrée. Ils perturbent en effet le système de repérage et le vol des insectes, et diminuent ainsi le contact avec les êtres humains.
D’autres méthodes d’appoint existent, mais leur usage doit être limité compte tenu de leur inefficacité (ultrasons) ou d’une efficacité limitée (bougies parfumées et raquettes électriques).
À l’extérieur des habitations, quelle protection ?
En ce qui concerne l’extérieur des habitations, les serpentins fumigènes ne disposent pas d’autorisation de mise sur le marché délivrée par l’Anses et ne sont donc plus recommandés. Si l’on choisit de les utiliser malgré tout, ils doivent être installés à l’extérieur uniquement et à distance des personnes. En effet, leur combustion met en suspension dans l’air non seulement les pyréthrinoïdes qui les composent, mais également d’autres substances et particules susceptibles d’aggraver des maladies respiratoires.
Avec l’extension du moustique tigre Aedes albopictus et des risques associés en France hexagonale, d’autres dispositifs se sont développés ces dernières années, comme les pièges à moustiques. Leur efficacité est toutefois inégale selon les pièges et n’est démontrée que pour un usage communautaire (à l’échelle d’un quartier, par exemple).
Ces dispositifs doivent être placés à l’ombre, près de la végétation et à distance des lieux d’activité. En effet, s’ils attirent les moustiques pour les capturer, ces derniers préfèreront toujours l’humain s’il s’en trouve à proximité…
L’élimination des gîtes larvaires – vider, combler, rendre étanches les collections d’eau – reste la mesure la plus importante à appliquer, puisque c’est là que pondent les femelles, et donc que sont « produits » les moustiques. Il est impératif de limiter les eaux stagnantes et, pour le moustique tigre Aedes albopictus, tout récipient susceptible de collecter l’eau (coupelles des pots de fleurs, les arrosoirs, couvercles, bâches, etc.).
En effet, la moindre réserve d’eau résiduelle peut être propice au développement des larves. Des larvicides biologiques sont maintenant autorisés pour le grand public. Ils permettent de traiter des collections d’eau non réductibles.
Le cas particulier des tiques
Pour se préserver des tiques, qui sont de plus en plus présentes autour des habitations, il est recommandé de limiter la pousse de la végétation en coupant l’herbe et les broussailles. Il faut aussi ramasser les feuilles mortes.
Il est également conseillé d’installer des barrières autour des habitations, afin de tenir la faune sauvage à distance. C’est en effet sur elle que les tiques, qui se nourrissent exclusivement de sang, prélèvent leur repas sanguin. Ainsi, la tique Ixodes ricinus, présente partout en France et vectrice, notamment, de la maladie de Lyme, est plutôt une tique forestière. Elle se nourrit principalement sur les rongeurs, les oiseaux et les ongulés sauvages (chevreuils, sangliers…).
Pour s’en protéger lors des promenades dans la nature, le port de vêtements couvrant et de chaussures fermées est conseillé. Ces tiques chassent à l’affût, perchées sur la végétation. Ce n’est pas le cas de la tique Hyalomma, qui s’est installée récemment dans le Sud de la France, dans les écosystèmes secs, tels que garrigues et maquis. Arrivée avec les oiseaux migrateurs en provenance d’Afrique, cette tique chasse activement : elle court littéralement vers son hôte ! Là encore, les promeneurs avisés s’équiperont de vêtements couvrants et de chaussures fermées, malgré la chaleur…
Dans tous les cas, la mise en œuvre d’une protection personnelle antivectorielle ne dispense pas, au retour de promenade dans des zones infectées, de procéder à un examen corporel minutieux afin de repérer d’éventuelles tiques et de les extraire rapidement, ce qui permet d’éviter la transmission de certains micro-organismes pathogènes.
Si une tique a été retirée, le point de piqûre doit être surveillé dans les jours qui suivent. L’apparition d’une inflammation cutanée qui s’étend, ou de tout autre signe clinique inhabituel devra amener à consulter un professionnel de santé.
Il n’existe pas de solution unique
Pour conclure, soulignons que l’association de plusieurs mesures est impérative pour bien se protéger. En effet, aucun moyen unique de protection n’est à lui seul efficace.
Une protection personnelle antivectorielle doit, par exemple, être associée à d’autres moyens de prévention, quand ils existent (comme la chimioprophylaxie antipaludique ou la vaccination, lorsqu’un vaccin contre le micro-organisme considéré est disponible).
Le choix du moyen de protection doit également être guidé par la notion de rapport bénéfice-risque : quelle est l’efficacité attendue des produits chimiques utilisés – leur impact sur la maladie vectorielle ciblée – en regard de leur toxicité pour la santé humaine ?
Il faut en particulier accorder une attention particulière aux catégories de personne les plus sensibles : femmes enceintes, enfants, et personnes présentant une pathologie sous-jacente.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
23.07.2026 à 16:37
Cerebral small vessel disease: new treatment possibilities for the little-known condition affecting millions of people
Texte intégral (1781 mots)
Cerebral small vessel disease (CSVD), which notably increases the risk of stroke and cognitive disorders, is estimated to affect more than 5 million people in France alone. In the absence of a curative treatment, the prevention of cardiovascular risk factors remains the most effective strategy today. However, promising new therapeutic avenues are being explored.
Cerebral small vessel disease is a chronic condition that affects the smallest arteries of the brain, those that continuously supply the deep regions essential for memory, attention, and coordination.
Over time, these vessels become stiffer, thicken, or become more fragile and permeable. The consequences of this situation are far from insignificant, since cerebral small vessel disease promotes strokes, cognitive disorders, walking difficulties, as well as loss of independence.
In France, cerebral small vessel disease is estimated to affect more than 5 million people aged 65 and over. To date, no treatment is available to cure it.
In Bordeaux at the Laboratory of Cardiovascular Disease Biology, directed by Thierry Couffinhal, and the Vascular Brain Health Institute (founded by Stéphanie Debette, now Director of the Brain and Spine Institute), we are trying to gain a better understanding of the origin of the disease. Here is what we currently know about it.
A disease that is difficult to detect
When the small arteries supplying the brain are affected by cerebral small vessel disease, the brain receives less oxygen and fewer nutrients than it needs.
In addition, the cells lining these blood vessels contribute to the formation of the blood-brain barrier (BBB), a structure that is essential for brain health. This barrier normally acts as a highly selective filter between the blood and the brain. When it becomes more permeable, unwanted substances can enter the brain tissue and contribute to its gradual deterioration.
Cerebral small vessel disease is often silent in its early stages. It is not uncommon for it to progress for years without any striking signs, and the first indications of its presence may be subtle: slowed thinking and balance disorders, cognitive fatigue, or unusual forgetfulness. It can also lead to strokes.
To detect it, brain magnetic resonance imaging (MRI) remains the reference tool today. It makes it possible to observe characteristic lesions, sometimes present even before the first symptoms, such as microbleeds, lacunes (small cavities indicating previous small vessel damage), and above all white matter hyperintensities, in other words abnormalities that reflect chronic damage to brain tissue.
As a reminder, white matter, which accounts for nearly half of the brain’s volume, is the part corresponding to the network of nerve fibres. These fibres can be viewed as ‘highways’ that allow electrical signals to travel between the different regions of the brain.
Treatments are still too limited
To date, there is still no drug specifically designed to cure cerebral small vessel disease. However, lesions can be detected several years before symptoms appear, and their progression can be slowed through early management of cardiovascular risk factors.
It is known that certain diseases, such as diabetes, cardiovascular disease, or chronic kidney disease, appear to promote the worsening of small vessel lesions in the brain.
No systematic screening is currently planned, mainly because the diagnosis relies essentially on MRI, an expensive examination that is difficult to extend to the entire population.
Doctors mainly focus on the factors that scientific research has shown can influence the risk of developing the disease, including high blood pressure, diabetes, and cholesterol, as well as smoking and physical inactivity.
Although prevention is essential, it does not directly target the biological mechanisms that damage the brain’s small blood vessels.
These mechanisms are still poorly understood, but among the main hypotheses proposed to explain the development of the disease are dysfunction of the cells lining the inside of blood vessels (endothelial cells), disruption of the blood-brain barrier, chronic inflammation, and oxidative stress. This latter phenomenon, which could be compared to “biological rust”, gradually damages blood vessels.
It is precisely at this level that our research is focused. Our recent work provides new insight into the mechanisms of the disease, opening up new therapeutic perspectives.
A new avenue: protecting blood vessels from within
To better understand cerebral small vessel disease, we have undertaken to dissect its mechanisms at the cellular and molecular levels. Our ambition is to move from preventive medicine to a form of medicine capable of directly repairing and protecting the brain’s microvessels.
Our research has led to the identification of a promising target called TRIM47 (TRIpartite Motif containing 47). We have demonstrated that this protein plays a protective role in endothelial cells by helping to maintain vascular integrity and limiting the effects of oxidative stress.
The protective action of TRIM47 appears to operate through one of the body’s main antioxidant defence systems, the NRF2 signalling pathway. When this pathway functions properly, the cell activates its own repair and detoxification mechanisms.
However, various research findings suggest that the effectiveness of this protective response declines with age, making cells more vulnerable to oxidative stress.
We are now seeking to determine to what extent this alteration contributes to the development of cerebral small vessel disease and which genetic or environmental factors may influence it.
The objective is no longer simply to treat symptoms, such as lowering blood pressure, but to strengthen the natural defence mechanisms of cerebral blood vessels. The aim is to treat the disease at its source, before the occurrence of strokes or the onset of cognitive impairment.
To achieve this, one approach under consideration is to increase the activity of the TRIM47/NRF2 pathway, and therefore the antioxidant pathway, in the hope of preserving the blood-brain barrier and protecting neurons.
Two complementary strategies are currently being explored: developing new molecules that target this protective pathway or repurposing existing drugs that may act on these mechanisms.
Targeting messenger RNA to treat the disease
Our first therapeutic strategy consists of targeting messenger RNA (mRNA), a molecule that acts as a kind of “assembly blueprint” for protein production within cells, in order to reduce the production of a protein called
KEAP1.
Indeed, KEAP1 inhibits the activity of the TRIM47/NRF2 cellular protection system. By removing this inhibition, we hope to strengthen the natural defences of cerebral blood vessels against the mechanisms of ageing and degeneration.
To achieve this objective, we are developing molecules known as antisense oligonucleotides (ASOs), designed to specifically recognise KEAP1 messenger RNA and reduce its expression. These ASOs are chemically modified to improve their stability within the body and to promote their delivery to cerebral blood vessels and brain cells.
This highly precise work requires identifying the most effective therapeutic sequence, optimising its chemical properties and method of administration, and then verifying that it efficiently reaches its target in the brain before evaluating its ability to preserve vascular health and brain function.
To translate this biological discovery into a potential treatment, we are working with teams of chemists in Bordeaux from the European Institute of Chemistry and Biology and the Nucleic Acids: Natural and Artificial Regulations Laboratory, experts in the design and synthesis of RNA targeting molecules.
These close collaborations between biologists and chemists are essential for moving from the understanding of a fundamental biological mechanism to the development of innovative drug candidates that are more targeted, more effective, and potentially better tolerated.
Repurposing existing drugs
Another promising avenue is to test drugs that are already marketed for other indications, such as multiple sclerosis, and that are known to cross the blood-brain barrier and activate the NRF2 pathway, a mechanism associated with antioxidant and anti-inflammatory protective effects.
This strategy, known as drug repurposing, offers a major advantage: it can save several years of research because these compounds already have established human safety data.
As a result, if preclinical studies in the research laboratory prove successful, clinical trials in patients could be initiated more rapidly than would be possible for an entirely new drug.
This would make it possible to provide patients with a new therapeutic option more quickly while also reducing research and development costs.
Hope in the face of brain ageing
For the first time, new therapeutic strategies may eventually make it possible to act directly on some of the mechanisms involved in cerebral small vessel disease, one of the leading causes of age-related cognitive decline.
This research is still at the preclinical stage, and several validation steps will be required before any application in humans can be considered.
The conviction guiding our research is that by protecting the brain’s blood vessels, we also protect memory, independence, and quality of life. Better treatment of cerebral small vessel disease could ultimately mean fewer strokes, less dependency, and more years of healthy living.
While waiting for targeted treatments to become available, certain measures have already demonstrated their effectiveness in preserving brain health: controlling blood pressure, engaging in regular physical activity, avoiding tobacco, adopting a balanced diet, and maintaining an active social and intellectual life.
These are simple recommendations, but they remain among the most effective ways of providing long-term protection for the brain.
Claire Peghaire received financing from France's National Agency for Research (TheraVasc 2025-2028 project, ANR-25-CE14-3415-01), VBHI (NAT-VAD 2025-2028 project, IHU3 France 2030 initiative) and a prize associated with a mentoring project as part of the Spark Bordeaux 2024 programme.