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16.06.2026 à 17:45

La population française en 2070 : faut-il s’inquiéter d’un déclin démographique ?

Sébastien Oliveau, Géographe, directeur de la MSH Paris-Saclay, Université Paris-Saclay; Aix-Marseille Université (AMU)

En 2025, la France a enregistré plus de décès que de naissances. Cela augure-t-il d’un avenir démographique sombre ? Comment évaluer les évolutions de population dans un pays ?
Texte intégral (1708 mots)

En 2025, la France a enregistré plus de décès que de naissances. Que nous dit cette situation inédite depuis 1945 de l’avenir démographique du pays ? Dans quelle mesure peut-on évaluer les évolutions de population ?


L’année 2025 aura marqué la fin de la croissance naturelle de la population française : les naissances sont désormais inférieures aux décès, à la fois parce que le nombre d’enfants diminue et parce que la génération du baby-boom commence à arriver à la fin de sa vie. La croissance démographique du pays dépend donc désormais, comme dans presque tous les pays européens, de son solde migratoire.

Une partie des observateurs de ces tendances soulèvent la question de la pérennité du système social français, qui reposerait sur les actifs et serait voué à disparaître avec leur diminution.

Sans nous engager dans une discussion sur le financement de la solidarité nationale, qu’on pourrait envisager par exemple de se faire aussi sur les revenus du capital et non pas uniquement sur le travail (et donc le nombre d’actifs), nous nous proposons ici de voir si le devenir de la population française est prévisible ou non, et comment.

Des modèles de projection et des incertitudes

Concernant le futur des populations, il est d’usage de proposer ce que l’on appelle des projections de population. Cela consiste à produire des modèles, qui vont estimer les changements de population dans le temps, en prenant en compte le nombre et la structure par âge des personnes présentes aujourd’hui, et en faisant varier la natalité, la mortalité, l’immigration et l’émigration en fonction de scénarios spécifiques. C’est la méthode « par composante ». Plus on s’éloigne du jour présent, plus l’incertitude augmente et plus les différents scénarios divergent.

Les instituts statistiques et démographiques nationaux et internationaux s’adonnent à cet exercice régulièrement. Cela permet de proposer des données chiffrées aux décideurs politiques. À l’échelle mondiale, l’Organisation des Nations unies (ONU) publie régulièrement des projections pour l’ensemble des pays, en Autriche le Wittgenstein Centre fait de même avec d’autres paramètres et en proposant en sus des projections sur l’éducation.

En France, l’Insee produit régulièrement des projections à l’échelle nationale, régionale et locale. Localement, c’est le modèle Omphale qui est mobilisé. Il s’agit d’un modèle qui s’appuie sur les données locales d’un instant donné pour projeter à plusieurs décennies les évolutions de la population. La dernière révision d’Omphale date de 2022, s’appuie sur les données de 2018, et projette jusqu’en 2070.

L’exercice qui consiste à regarder les projections passées est toujours douloureux puisqu’il montre les erreurs commises. En France, il s’agit le plus souvent depuis les années 1970 d’une sous-estimation de la population, liée à des hypothèses de fécondité basse (qui ne sont pas révélées exactes), d’arrêt des flux migratoires (qui n’ont pas eu lieu) et de faible progression de l’espérance de vie (qui a finalement été plus importante).

Quelques scénarios pour 2070

Pour envisager l’avenir de la population, il faut donc se poser la question de ce qu’il va advenir en termes de natalité, de mortalité, et de migrations internationales. La natalité correspond au nombre de naissances observées. Elle dépend donc d’une part au nombre de femmes en âge de procréer, ce qui est assez facile à connaître, puisque, d’après l’Insee, il y a environ 14,7 millions de femmes âgées de 15 à 50 ans – et même en partie à prévoir.

On sait ainsi ce qu’il en est pour les 15-20 années à venir, puisque l’on peut compter les filles de 0 à 15 ans : elles sont 5,5 millions. D’autre part la natalité dépend aussi de la fécondité (combien les femmes ont d’enfants). Ce second élément est sujet à plus de précautions, car ses déterminants sont difficiles à prévoir. Ainsi, la récente chute de la fécondité française, si elle avait été envisagée par quelques démographes, n’avait pas été anticipée correctement.

Hors période de crise sanitaire ou de guerre, la mortalité est un élément dont l’évolution est assez stable. On peut, en connaissant la structure par âge de la population, faire des prévisions de mortalité assez réaliste. Il n’en reste pas moins que des accidents majeurs peuvent arriver, comme la survenue d’une épidémie.

On peut néanmoins faire des hypothèses sur l’amélioration de la durée de vie, puisque l’espérance de vie continue d’augmenter encore aujourd’hui (la baisse de la consommation de tabac, notamment chez les jeunes, est une bonne nouvelle), ou d’une stagnation, voire d’une baisse de celle-ci (par exemple en lien avec l’augmentation de la sédentarité).

Les mouvements migratoires (immigrations et émigrations) sont aussi difficiles à prévoir, puisqu’ils dépendent de décisions individuelles d’une part, mais aussi de contextes économiques et politiques, voire environnementaux, d’autre part. Par exemple, la guerre en Syrie ou celle en Ukraine, ont provoqué un afflux inattendu de personnes réfugiées dans l’Union européenne. Néanmoins, on constate que les flux migratoires en France restent relativement stables dans le temps.

C’est donc avec des scénarios, simples à comprendre, et explicables que l’Insee peut proposer des projections pour les années à venir. Le 8 juin dernier, l’Insee a proposé sa vision jusqu’en 2070.

Ces projections rappellent que, selon les scénarios, à l’échéance de presque 40 années, la population française pourrait être de 55 millions ou 78 millions de personnes contre 69 millions aujourd’hui. Néanmoins, beaucoup de scénarios envisagent une bascule à la fin de la décennie 2030 vers une décroissance.

Pour bien comprendre les enjeux en termes de composition de la population, l’Insee propose un outil dédié en ligne pour explorer les effets des différents scénarios, ainsi qu’une déclinaison à l’échelle des régions et des départements. On peut les envisager comme réalistes, si l’on n’oublie pas l’incertitude liée à cet exercice.

La difficulté des estimations locales

Si l’on souhaite envisager le devenir des populations de manière plus fine, à l’échelle des territoires communaux par exemple, il devient plus compliqué de mettre en œuvre des projections.

En effet, si les mouvements naturels de la population restent prévisibles dans les mêmes mesures qu’à une échelle plus élargie, les mouvements migratoires sont, eux, plus difficiles à prendre en compte.

D’une part, on ne peut pas se baser sur les flux observés dans le passé pour envisager ceux à venir. Un territoire peut attirer à un moment donné, et ne plus attirer par la suite, ou être saturé et ne plus être en mesure d’accueillir de nouveaux habitants.

D’autre part, les migrations locales sont aussi liées à la disponibilité ou non de logements. Les changements de politiques de construction peuvent avoir des impacts locaux forts, complètement imprévisibles.

Arrêter l’immigration : une accélération du vieillissement

L’être humain a toujours cherché à se protéger, et les projections démographiques font partie des outils pour appréhender le futur. Elles peuvent néanmoins parfois effrayer, bien qu’elles ne constituent que des futurs possibles, sur lesquels il est en partie possible d’agir, et qui doivent surtout nous amener à anticiper.

Selon toute vraisemblance, la dynamique naturelle de la population ne devrait pas repartir à la hausse d’ici à plusieurs décennies. Les flux migratoires, quant à eux, sont sujets à plus d’aléas, mais on peut envisager qu’ils ne changeront pas radicalement la donne en matière de croissance démographique. S’ils continuent de la sorte, ils vont offrir une forme d’amortissement aux changements à l’œuvre.

On doit d’ailleurs alerter sur les conséquences d’un arrêt de l’immigration, qui accélérerait à la fois l’entrée en décroissance démographique du pays, mais aussi son vieillissement et ses conséquences.

Quant à s’inquiéter des conséquences possibles de ces changements démographiques, oui, cela peut sembler nécessaire. Mais il ne s’agit pas tant de craindre un avenir qui déchante que de s’adapter aux changements en cours et à venir, par exemple en prenant mieux en compte la démographie et ses conséquences dans la nécessaire réorientation des politiques sociales et économiques.

The Conversation

Sébastien Oliveau ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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16.06.2026 à 17:44

Le « lawfare » américain, ou comment le droit devient un instrument de puissance dans la rivalité sino-américaine

Mark Corcoral, Chercheur associé au Centre de Recherches Internationales (CERI) de Sciences Po, Sciences Po

Les États-Unis ont largement recours au « lawfare » (usage stratégique du droit) dans leur bras de fer avec Pékin.
Texte intégral (1568 mots)

Alors que la relation qu’entretient Donald Trump avec le droit n’a jamais fait couler autant d’encre, Mark Corcoral, spécialiste de la politique de sécurité nationale américaine et chercheur au CERI (Sciences Po), explore le fonctionnement du département états-unien de la justice. À travers son ouvrage Le Droit en armes. Lawfare et sécurité nationale aux États-Unis, qui vient de paraître aux Presses universitaires de France, il montre comment Washington utilise stratégiquement le droit, à la fois pour bénéficier de la légitimité qu’il confère et pour s’affranchir de ses principes lorsqu’il s’agit de protéger les intérêts des États-Unis.


Les rivalités internationales se jouent de plus en plus sur le terrain du droit et de la justice. L’affaire Huawei en est une parfaite illustration. Le 1er décembre 2018, Meng Wanzhou, la directrice financière et fille du fondateur du géant chinois des télécommunications, a été arrêtée à l’aéroport de Vancouver à la demande des États-Unis. Poursuivie pour fraude bancaire sur fond de contournement de l’embargo américain contre l’Iran, Huawei l’était aussi, en plus d’être accusé de vol de secrets commerciaux.

La riposte de Pékin ne s’est pas fait attendre : deux ressortissants canadiens ont été arrêtés en Chine pour de prétendues atteintes à la sûreté de l’État, et un troisième a vu sa peine de prison pour trafic de drogue commuée en peine capitale. Par la suite, les services de renseignement chinois sont allés jusqu’à tenter d’espionner l’équipe du procureur en charge du dossier Huawei. De leur côté, les États-Unis ont exploité l’affaire à des fins diplomatiques et économiques. Washington a invoqué ces poursuites pour justifier l’exclusion des équipements Huawei des réseaux américains et convaincre ses alliés d’en faire autant. Le département du Commerce a même imposé des restrictions contre l’entreprise, nuisant fortement à ses approvisionnements.

Cette affaire illustre bien la manière dont le droit peut être utilisé comme une arme dans l’arène internationale. Pourtant, on aurait tort d’établir une équivalence entre les actions américaines et chinoises. Tandis que les premières étaient soumises aux exigences de l’État de droit, les secondes ne l’étaient absolument pas. Cette différence apparaît notamment dans le traitement réservé aux accusés. Meng Wanzhou a été défendue par les avocats de son choix, qui ont eu accès aux charges et aux preuves retenues contre elle, le tout dans le cadre d’une procédure régulière et transparente. Rien de cela ne fut vrai pour les Canadiens arrêtés en Chine.

Certains observateurs en déduisent que l’usage stratégique du droit – ou « lawfare » – serait l’apanage de régimes autoritaires. Eux seuls auraient une « utilisation belliqueuse du droit » pour « déguiser des stratégies de puissance derrière le paravent d’un argumentaire juridique supposé plus neutre ». L’analyse des doctrines officielles abonde dans ce sens. Alors que le Parti communiste chinois charge son Armée populaire de libération (APL) de conduire la « guerre du droit » depuis des décennies, la doctrine américaine ne fait référence au lawfare que pour dénoncer les pratiques d’adversaires.

Considérer le lawfare comme chasse gardée d’États autoritaires n’en demeure pas moins trompeur. […] Alors qu’il était à la tête du DOJ, l’Attorney General Bill Barr a établi un lien direct entre l’affaire Huawei et la rivalité sino-américaine. D’après lui, laisser « la Chine établir une domination » dans le déploiement des réseaux mobiles de cinquième génération (5G) représenterait « un danger monumental » pour les États-Unis et les poursuites judiciaires seraient une manière d’y répondre. […] La synergie entre les actions pénales du DOJ et les efforts diplomatiques du département d’État contre Huawei n’était pas simplement fortuite, mais délibérée. Nous en voulons pour preuve qu’Adam Hickey — le haut fonctionnaire du DOJ chargé de superviser ces poursuites – a été intégré à plusieurs délégations américaines visant à convaincre des alliés d’exclure les équipements chinois de leurs réseaux.

Cette affaire Huawei montre que les États-Unis utilisent le droit stratégiquement, eux aussi. Le fait qu’ils n’assument pas toujours le caractère stratégique de leurs manœuvres juridiques s’explique par leur identité d’État de droit – un système défini par la soumission de toutes les personnes et des institutions à un droit libéral. Dans un tel système, il est difficile pour les autorités de « tenir ouvertement une parole de lawfare » sans se renier. Dès lors, l’objectif principal de ce livre est d’expliquer le lawfare d’un État de droit, en analysant les pratiques du département de la Justice américain. […]

Fruit de plus de quatre années de recherches, l’explication qu’il propose est la suivante : le lawfare permet aux autorités de bénéficier de la légitimité et de la sécurité juridique que confère le droit, tout en dérogeant à ses principes pour mieux protéger la nation. Animé par une quête de dérogations normatives, de sécurité juridique et de légitimité politique, le lawfare du DOJ renforce l’influence et la puissance des États-Unis, au prix de compromissions de leur identité libérale.

L’illibéralisme de l’administration Trump 2 apparaît dès lors sous un jour nouveau. Si certaines de ses pratiques sont inédites, elles sont bien souvent rendues possibles par des manœuvres juridiques familières, éprouvées durant la période post-11-Septembre, sur laquelle se concentre cet ouvrage. Ces manœuvres comportent deux volets, autour desquels se structure la suite de notre réflexion :

Ces extraits sont issus du Droit en armes, de Mark Corcoral, qui vient de paraître aux éditions des Presses universitaires de France. PUF
  1. Le lawfare défensif vise à libérer l’action sécuritaire des États-Unis de certaines contraintes normatives sans compromettre sa légitimité politique ni l’immunité de ses artisans. Il s’agit alors pour le DOJ d’habiliter l’État à agir aux marges de la légalité — voire au-delà — tout en minimisant les risques juridiques auxquels s’exposent les acteurs de la politique de sécurité nationale. […]

  2. Le lawfare offensif du DOJ transforme la justice pénale en un instrument de sécurité nationale, malgré l’indépendance des juges et les exigences d’équité censées régir le système judiciaire américain. Il s’agit alors de maximiser l’efficacité de l’action pénale du DOJ pour neutraliser des menaces pesant sur la sécurité des États-Unis.

The Conversation

Mark Corcoral ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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16.06.2026 à 17:41

Face au risque politique, la taille des banques peut être un atout. Jusqu’où ?

Marc Kouzez, Professeur associé à ICN Business School et chercheur associé au CEREFIGE à l'Université de Lorraine, ICN Business School

L’instabilité politique croissante fragilise l’économie mondiale, et notamment les banques. Une étude montre toutefois que toutes les banques ne sont pas touchées de la même façon.
Texte intégral (1466 mots)

Alors que le risque politique s’accroît partout dans le monde, les entreprises doivent y faire face, et notamment les banques. Particulièrement exposées, elles ne sont pourtant pas toutes également touchées par la montée de ce phénomène. Il semblerait que la taille d’une banque la protège. Quels mécanismes expliquent l’« effet taille » ? A-t-il des limites ?


Après plusieurs années d’incertitude, l’indice Coface de risque politique a atteint en 2025 un nouveau record de 41,1 % dépassant même le pic de la pandémie, et plaçant ce risque sur le devant de la scène mondiale. L’année 2026 ne semble pas, à son tour, offrir l’accalmie espérée. Au contraire, nous assistons à un ancrage structurel de l’instabilité mondiale. Entre la persistance du conflit russo-ukrainien, l’embrasement au Moyen-Orient et une fragilité institutionnelle croissante, le risque politique ne semble plus être une anomalie : il est devenu un paramètre clé de l’économie mondiale.

Lorsque l’environnement politique d’un pays se dégrade, qu’il s’agisse d’instabilité gouvernementale, de sanctions économiques, de conflits internes ou externes, les conséquences sont immédiates pour le secteur financier.


À lire aussi : Christine Lagarde a-t-elle raison : « Lehman Sisters » aurait-elle fait faillite en 2008 ?


En effet, la forte interconnexion entre les systèmes bancaires et l’économie rend les banques susceptibles de subir de plein fouet les conséquences de cette instabilité politique. Comment le secteur bancaire, pilier central de nos économies, fait-il face à ces nouveaux défis ? Plus encore, est-ce que la taille de la banque influence sa résilience dans un environnement politique marqué par l’instabilité ?

Coface Risk Review 2025

Cette réflexion fait suite à nos travaux publiés dans Economic Systems sous le titre « Political Risk And Bank Performance: Does Bank Size Matter ? » Pour la majorité des établissements que nous avons étudiée le verdict est sans appel : bien que les effets négatifs du risque politique sur la performance bancaire soient confirmés, la taille de la banque représente un facteur déterminant qui pèse lourdement sur sa performance financière dans un climat de chaos politique.

Le paradoxe de la taille bancaire

La levée des barrières aux mouvements de capitaux durant les années 1980 et 1990 a transformé le paysage bancaire par une vague massive de fusions-acquisitions. Ces restructurations ont fait émerger des institutions bancaires gigantesques que nous connaissons aujourd’hui, dont la taille n’est pas seulement un indicateur de puissance stratégique, mais aussi un outil de résilience face aux risques.

En étudiant les trajectoires de plus de 1 600 établissements bancaires dans 58 pays, nous avons découvert que face au désordre politique, la taille ne se contente pas de protéger car elle transforme radicalement la règle du jeu. Plus précisément, nos recherches confirment pour les banques de très grande taille une capacité de résistance, voire une amélioration de leur performance lors des pics d’instabilité politique. Tandis que pour les autres banques, le risque politique n’est qu’un poison en particulier pour les banques de petite taille. L’instabilité nationale et les chocs géopolitiques dégradent leurs performances, augmentent leurs coûts et limitent leur capacité à prêter.

Pourquoi la taille protège

Alors que l’incertitude politique affecte la performance financière des établissements bancaires, les banques de grande taille affichent une trajectoire radicalement différente. Plusieurs facteurs expliquent cette déconnexion.

D’abord, les économies d’échelle et la diversification géographique permettent aux grandes banques de mieux absorber les chocs locaux. Si un marché devient instable, leurs activités dans des zones plus calmes compensent les pertes. Ensuite, ces banques considérées « trop grandes pour faire faillite » sont naturellement placées en priorité quant aux plans de sauvetage souvent proposés en période d’instabilité accrue. En effet, ces banques bénéficient plus de mesures de renflouement des autorités publiques agissant comme « prêteur en dernier ressort ».

L’importance de cette règle est confirmée particulièrement après la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008, qui, en raison de sa grande taille, – 4ᵉ banque d’investissement américaine – a semé la panique parmi les investisseurs non seulement aux États-Unis, mais aussi sur les marchés financiers internationaux, conduisant ainsi l’économie mondiale à une immense crise bancaire – par l’effet domino – suivie par une crise économique et une crise de dettes souveraines encore plus profonde. Enfin, les liens étroits avec les sphères publiques décisionnelles permettent à ces géants bancaires d’être mieux préparés aux changements réglementaires.

La double face du défi

Il est certain aujourd’hui qu’un environnement politique plus stable, plus sain et plus efficace, améliore les conditions d’exercice des banques, notamment pour les plus petites d’entre elles. Or, avec un risque politique qui s’établit à des sommets historiques, l’année 2026 confirme que nous sommes entrés dans une ère de turbulences chroniques.

France 24 – 2024.

Paradoxalement, si l’instabilité politique fragilise les systèmes bancaires, elle offre aux banques de grande taille un avantage stratégique. Les géants bancaires semblent non seulement résister, mais parfois même améliorer leur performance en période d’instabilité politique. Si la taille garantit, dans une certaine mesure, la stabilité au sommet de la pyramide financière, elle renforce aussi l’écart de performance avec les autres banques, plus proches des tissus économiques de proximité, mais aussi plus vulnérables.

En fin de compte, l’enjeu des prochaines années ne sera pas seulement de gérer le risque politique, mais de veiller à ce que la résilience de ces « géants bancaires » ne se transforme pas en une déconnexion totale avec les réalités de l’économie locale, de plus en plus exposée aux aléas du monde.

Si l’adaptation au risque politique est déjà une épreuve pour le secteur bancaire, l’émergence d’une fracture entre les banques selon leur taille constitue un défi dans le défi : celui de maintenir une équité de marché dans un monde de plus en plus fragmenté.

The Conversation

Marc Kouzez ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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