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21.01.2026 à 16:20

Comment le djihadisme s’est métamorphosé

Myriam Benraad, Chercheure spécialiste de l'Irak, professeure en relations internationales, enseignante sur le Moyen-Orient, Institut catholique de Paris (ICP)

Le djihadisme dans sa forme proto-étatique telle que Daech a tenté de l’imposer a connu de lourds revers. Mais cette notion complexe reste d’une grande actualité.
Texte intégral (1938 mots)

Idéologie doublée d’une militance globale, le djihadisme a connu un recul après la débâcle de l’organisation État islamique sur le théâtre syro-irakien, dont les combattants ne sont pas parvenus à se réimposer, Al-Qaida ayant aussi perdu de son écho. Le monde est témoin d’un épuisement du phénomène et d’une mise en déroute de ses structures, en Europe et en France par exemple, terres vers lesquelles un terrorisme de masse a cessé de s’exporter. Mais n’est-il pas plus judicieux d’évoquer une « métamorphose » du djihad, au sens de la modification progressive et inachevée de ses formes et de sa nature ? Dans son nouvel ouvrage Jihad : la métamorphose d’une menace, la politiste et professeure en relations internationales Myriam Benraad sonde un ensemble d’idées reçues sur cette mouvance hétéroclite.


Les plus méfiants rétorqueront que des développements dramatiques comme l’attentat de la plage de Bondi à caractère antisémite en décembre 2025, la chute de Kaboul aux mains des talibans en 2021, le changement de régime en Syrie en décembre 2024 à la faveur de djihadistes endurcis, ou encore l’expansion de cette mouvance dans les États du Sahel, l’assassinat de Samuel Paty en 2020 et celui de Dominique Bernard trois ans plus tard démontrent que le djihadisme reste un système de pensée actif et meurtrier. L’affirmation n’est pas dénuée de fondement.

Mais évoquer un épuisement ne revient pas à conclure à la déchéance définitive des idées et des hommes. Comme mouvement et dispositif, le djihadisme s’inscrit dans la durée. À plusieurs reprises, il a surmonté ses revers et l’élimination de ses chefs. Une survivance illustrée en 2023 lorsque, dans le contexte de la relance des hostilités au Proche-Orient après les attaques du Hamas en Israël le 7 octobre, a ressurgi une « Lettre à l’Amérique » signée par Oussama Ben Laden en 2001 en justification des attentats du 11 septembre et incitant les musulmans à « venger le peuple palestinien » contre les États-Unis, Israël et leurs alliés.

Il y a, d’une part, une dégradation manifeste des groupes et de leur commandement, de leur cause et de leurs capacités. On peut juger, d’autre part, qu’une actualité géopolitique extrêmement lourde, de la pandémie de Covid-19 à la guerre en Ukraine et à la conflagration dans la bande de Gaza, a contribué à reléguer la menace au second plan.

Le traitement médiatique n’a plus rien à voir avec la frénésie informationnelle qui avait marqué la période antérieure. Quoique le traumatisme suscité par des vagues d’attaques sanglantes n’ait jamais complètement guéri, le temps a commencé à faire son œuvre, lentement. Peu de citoyens craignent une répétition des actions qui ont meurtri la France en 2015 et 2016. Aucun Français ne s’attend plus à la commission d’une attaque comparable à celle du Bataclan.

Mais comme le suggère l’idée de métamorphose, se transformer ne signifie pas avoir disparu. Le djihad, abordé comme un acte guerrier violent, n’est certes plus aussi puissant qu’auparavant et a vu son potentiel d’enrôlement s’amoindrir. Il n’y a pas eu non plus d’internationalisation djihadiste de la question palestinienne et pas de nouveaux flots de militants à destination du Moyen-Orient depuis la dernière guerre israélo-palestinienne.

Au même moment, le djihadisme est opérationnel sur d’autres terrains. Même minoritaire, il agit dans des pays comme la Syrie, la Libye, le Yémen, où les guerres civiles ont laissé de lourdes séquelles et continuent de procurer aux djihadistes des espaces pour sévir. Dans nos sociétés, des profils d’individus vulnérables aux idées de cette mouvance sont identifiés et mis hors d’état de nuire régulièrement. Enfin, du fait de leur promesse d’endurance et de rétribution, les djihadistes clament haut et fort leur détermination à survivre et continuer de frapper.

Rappelons que le djihad n’est pas réductible à la guerre, en dépit de la violence qui demeure la principale expression du djihadisme contemporain. Au-delà des stéréotypes et clichés, il est impératif de se saisir de la pluralité des significations de ce mot et d’opérer une distinction claire entre ses interprétations théologiques et manifestations historiques, d’un côté, et ses acceptions idéologiques récentes, de l’autre. En effet, le djihad n’est pas le djihadisme malgré la confusion fréquemment opérée entre ces deux termes.

Nier la lourdeur de leurs connotations négatives n’est pas non plus la meilleure des manières de dépasser les préjugés courants, ni d’apporter des éléments de réponse sur un sujet qui reste d’actualité même s’il n’occupe plus les grands titres.

Si l’on excepte le poids de certaines dérives médiatiques et politiques, le djihad est un objet pluri­dimensionnel. La mouvance djihadiste initialement constituée par des Sayyid Qutb, Abdallah Azzam et Oussama Ben Laden n’en a pas épuisé toutes les formes et les structures, et encore moins l’influence. Or ce caractère hétéroclite est difficilement démontrable dans un contexte trop souvent marqué par les polémiques et controverses, notamment en France où les tueries de l’année 2015 continuent de résonner au niveau sociétal.

Dix ans plus tard, les commémorations des attentats du 13 novembre ont montré en quoi la mémoire traumatique de l’ultraviolence est omniprésente et combien le besoin d’une justice restaurative importe pour les victimes, directes ou indirectes. On perçoit bien à cet égard la nécessité d’un retour aux sources, arabes et médiévales, en vue de lever le voile sur les zones d’ombre persistantes. Certes, l’approche belliqueuse du djihad élaborée par les djihadistes sied à leurs convictions, mais elle fausse en large part le sens de l’islam.

Cet extrait est issu de Jihad. La métamorphose d’une menace, de Myriam Benraad, qui vient de paraître aux éditions Le Cavalier bleu.

Dans de nombreux commentaires, on observe aussi que l’Histoire est la grande absente. Les djihadistes ont imposé leur lecture idéologique des circonstances d’expansion de cette religion, qu’ils assimilent à une conquête militaire. En réalité, cette expansion a été plus dispersée dans le temps, pluriforme et multifactorielle. Elle est également plus riche que les descriptions qui en sont faites ici et là. Les bouleversements des dernières décennies ne sauraient occulter que l’islam a accouché d’une civilisation qui était autrefois majestueuse et orientée vers le progrès.

Les djihadistes sont d’ailleurs loin d’être unis dans la vision qu’ils entretiennent de ce passé et des moyens de le restituer. Le « califat » un temps revendiqué par l’État islamique procédait d’une réinvention de la tradition islamique et s’est symptomatiquement vu rejeté par une majorité de musulmans. Cette logique de fragmentation du champ djihadiste a cours, dans les faits, depuis les années 1990 et les djihads afghan, algérien, bosniaque et tchétchène. Puis les clivages entre mouvements se sont renforcés avec les guerres d’Irak, de Libye et de Syrie, pour ne citer que ces crises.

Un socle partagé n’en définit pas moins le djihadisme, pétri de mythes et d’un puissant imaginaire. Depuis le 11 septembre 2001, une majorité de militants s’est ainsi ralliée à la notion d’une croisade supposément conduite par l’Occident et ses alliés contre l’islam et ses fidèles, croisade à laquelle devrait répondre un djihad globalisé. Cette représentation binaire et manichéenne explique l’intolérance absolue des djihadistes et leur rejet de toute différence, y compris religieuse parmi leurs coreligionnaires qu’ils prétendent représenter et défendre.

Quelles sont au fond les causes du djihadisme ? Prétendre apporter une réponse linéaire et exclusive relève du leurre car il n’existe aucun système d’interprétation fixe. À l’identique, les parcours des djihadistes pris individuellement rendent compte de l’absence d’un profil-type, tandis que radicalisation et déradicalisation se doivent d’être examinées à la lumière d’expériences tangibles. Pour l’heure, le djihadisme poursuit sa métamorphose, moins délétère que par le passé, mais le chemin sera long, dans le monde musulman comme dans nos sociétés, avant de prétendre l’avoir vaincu.

The Conversation

Myriam Benraad ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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21.01.2026 à 16:19

Quel textile choisir pour avoir chaud tout en limitant l’impact environnemental ?

Coralie Thieulin, Enseignant chercheur en physique à l'ECE, docteure en biophysique, ECE Paris

La quête du pull-over parfait peut parfois sembler bien compliquée. Trouver un textile chaud, respectueux de l’environnement, confortable… Les critères s’accumulent. Tâchons d’y voir plus clair.
Texte intégral (2771 mots)

Au cœur de l’hiver, la quête du pull-over parfait peut parfois sembler bien compliquée. Trouver un textile chaud, qui n’endommage pas l’environnement, qui soit confortable… Les critères s’accumulent. Tâchons d’y voir plus clair.


Avoir chaud en hiver tout en limitant son impact environnemental peut sembler un défi. Chercher à avoir des vêtements nous protégeant au mieux du froid est certes un levier efficace pour réduire sa consommation d’énergie, comme le montrent des initiatives telles que le mouvement Slow Heat et d’autres expérimentations récentes.

Toutefois, cette démarche se heurte à une contradiction de taille : le secteur textile reste parmi les plus polluants au monde, avec des émissions de gaz à effet de serre importantes et une contribution notable aux microplastiques marins.

Alors, quelles matières tiennent vraiment chaud tout en respectant davantage l’environnement ? Si les fibres naturelles sont souvent mises en avant pour leur bonne isolation et leur fin de vie plus respectueuse de l’environnement, leur impact réel dépend largement de la manière dont elles sont produites et utilisées. Pour y voir plus clair, commençons par comprendre ce qui fait qu’un textile tient chaud.

La fabrication du textile tout aussi importante que la fibre

La capacité d’un textile à tenir chaud dépend moins de la fibre utilisée que de l’air qu’elle parvient à enfermer. En restant immobile dans de minuscules espaces au cœur du tissu, cet air limite les échanges de chaleur, un peu comme dans une couette ou un double vitrage. Plus un tissu est épais, duveteux ou poreux, plus il limite les échanges de chaleur.

Cette capacité dépend beaucoup de la structure des fibres et de la manière dont le textile est fabriqué. Les fibres frisées ou ondulées comme la laine de mouton créent des poches où l’air reste piégé. D’autres fibres comme l’alpaga (un camélidé des Andes proche du lama) ou le duvet synthétique sont partiellement creuses, augmentant encore la capacité isolante. De même, les tricots et mailles, plus lâches, isolent mieux que les tissages serrés. Ainsi, la chaleur d’un vêtement dépend autant de sa construction que de sa matière.

Des alpagas juvéniles à Nuñoa, au Chili.
Des alpagas juvéniles à Nuñoa, au Chili. Elwinlhq/Wikimedia, CC BY

C’est sur ces mêmes principes physiques que reposent les fibres synthétiques. En effet, le polyester, l’acrylique, le polaire imitent en partie la laine par leur structure volumineuse et leur capacité à emprisonner de l’air, soit grâce à des fibres frisées, soit grâce à des fibres creuses ou texturées.

Ainsi, ces textiles offrent une bonne isolation thermique, sont légers et sèchent rapidement, ce qui les rend très populaires pour le sport et l’outdoor. En revanche, leur faible respirabilité intrinsèque et leur capacité limitée à absorber l’humidité peuvent favoriser la transpiration et la sensation d’humidité lors d’efforts prolongés. D’autre part, contrairement aux fibres naturelles, ces matériaux sont inflammables, un aspect souvent négligé, mais qui constitue un enjeu réel de sécurité.

Elles ont également un coût environnemental élevé. Issues du pétrole, non biodégradables et fortement consommatrices d’énergie, ces fibres libèrent à chaque lavage des microfibres plastiques dans l’eau, contribuant à la pollution marine. On estime qu’entre 16 % et 35 % des microplastiques marins proviennent de ces textiles, soit de 200 000 à 500 000 tonnes par an. Ces impacts surpassent largement ceux des fibres naturelles, ce qui constitue un vrai défi pour une mode plus durable.

Les bénéfices de la laine de mouton mérinos et de l’alpaga

Face à ces limites, les fibres naturelles apparaissent donc souvent comme des alternatives intéressantes, à commencer par la laine de mouton, longtemps considérée comme une référence en matière d’isolation thermique.

La laine possède en effet une structure complexe et écailleuse : chaque fibre est frisée et forme de multiples micro-poches d’air, réduisant ainsi la perte de chaleur corporelle. Même lorsqu’elle absorbe un peu d’humidité, l’air reste piégé dans sa structure, ce qui lui permet de continuer à isoler efficacement. Cette organisation particulière explique aussi pourquoi la laine est respirante et capable de réguler l’humidité sans donner une sensation de froid. Cependant, ces mêmes fibres peuvent parfois provoquer une sensation de « grattage » pour certaines personnes : plus les fibres sont épaisses, plus elles stimulent les récepteurs de la peau et provoquent des picotements. Il s’agit d’un phénomène purement sensoriel, et non d’une allergie.

Fibre de laine mérinos au microscope. CSIRO, CC BY

Parmi les différents types de laines, la laine de mouton mérinos, issue d’une race d’ovin originaire d’Espagne se distingue par la finesse de ses fibres, nettement plus fines que celles de la laine classique (de 11 à 24 microns pour le mérinos et de 25 à 40 microns pour la laine classique) . Cette caractéristique réduit fortement les sensations d’irritation au contact de la peau et améliore le confort.

Elle favorise également la formation de nombreuses micro-poches d’air isolantes, tout en maintenant une excellente respirabilité. Ces qualités expliquent son usage croissant dans les sous-couches et vêtements techniques, aussi bien pour le sport que pour le quotidien.

Pour autant, la laine n’est pas exempte d’impact environnemental. Bien qu’elle soit renouvelable et biodégradable, son élevage contribue aux émissions de gaz à effet de serre, principalement via le méthane produit par les moutons et la gestion des pâturages. On estime qu’entre 15 et 35 kg de CO₂ équivalent sont émis pour produire 1 kg de laine brute, et qu’environ 10 000 litres d’eau sont nécessaires, selon le mode d’élevage. Le bien-être animal et les pratiques agricoles, comme le mulesing ou l’intensification des pâturages, jouent également un rôle déterminant dans l’empreinte globale de cette fibre.

D’autres fibres animales, comme l’alpaga, suscitent un intérêt croissant en raison de propriétés thermiques comparables, voire supérieures, associées à un meilleur confort. Les fibres d’alpaga sont en effet partiellement creuses, ce qui leur permet de piéger efficacement l’air et de limiter les pertes de chaleur, tout en restant légères. Contrairement à certaines laines plus grossières, elles ne grattent pas, ce qui les rend agréables à porter directement sur la peau.

Elles sont également plus longues et plus fines que la laine classique, avec une bonne capacité de régulation de l’humidité et un séchage plus rapide. Ces caractéristiques expliquent l’essor de l’alpaga dans les vêtements techniques comme dans les pièces haut de gamme, des sous-couches aux manteaux. Sur le plan environnemental, l’alpaga présente aussi certains avantages. En effet, l’élevage d’alpagas exerce généralement une pression moindre sur les écosystèmes : animaux plus légers, consommation alimentaire plus faible, émissions de méthane réduites et dégradation limitée des sols comparativement à l’élevage ovin. Là encore, la durabilité dépend largement du respect de systèmes extensifs et adaptés aux milieux locaux.

Le succès des fibres synthétiques

Malgré les nombreux atouts de ces textiles naturels, les fibres synthétiques restent donc très utilisées, notamment pour leurs performances techniques. Mais leur succès est aussi lié à des facteurs économiques et pratiques : elles sont généralement moins coûteuses, très abondantes dans le commerce, et faciles à transformer en vêtements de masse. Ces aspects rendent le synthétique accessible et pratique pour une large partie des consommateurs, ce qui explique en partie sa prédominance dans l’industrie textile, indépendamment des préférences individuelles.

Polaire, duvet synthétique ou fibres techniques offrent une isolation thermique efficace, tout en étant légères et rapides à sécher, des qualités particulièrement recherchées dans les vêtements de sport et d’outdoor. La conductivité thermique est une mesure de la capacité d’un matériau à conduire la chaleur : plus cette valeur est faible, moins la chaleur passe facilement à travers le matériau, ce qui signifie une meilleure capacité à retenir la chaleur dans un textile donné.

Des mesures de conductivité thermique montrent par exemple que certains isolants synthétiques comme la polaire présentent des valeurs très basses (0,035-0,05 watt par mètre-kelvin (W/m·K)), indiquant une excellente capacité à retenir la chaleur. Pour comparaison, la laine, lorsqu’elle est compacte ou densifiée, peut atteindre 0,16 W/m·K, mais dans les textiles isolants volumineux, elle reste faible (0,033–0,045 W/m·K).

Toutefois, l’origine fossile, la non-biodégradabilité, la libération de microplastiques et un recyclage encore très limité font des textiles synthétiques des matériaux à fort impact environnemental.

Le pull en laine qui gratte, un préjugé qui colle à la peau

À l’inverse, si les fibres naturelles sont parfois boudées, ce n’est pas toujours pour des raisons environnementales, mais souvent pour des questions de confort. Une personne ayant déjà porté un vêtement en fibres naturelles qui lui a paru inconfortable ou irritant peut développer un rejet global de ces fibres, au profit du synthétique, même lorsque des alternatives plus douces existent.

Or, des solutions sont disponibles : privilégier des fibres fines comme la laine mérinos, l’alpaga ou le cachemire, recourir à des traitements mécaniques ou enzymatiques pour adoucir les fibres, ou encore combiner différentes fibres naturelles. Le choix doit aussi tenir compte de l’usage du vêtement et de son contact direct avec la peau.

En pratique, choisir un textile chaud et moins polluant relève donc d’un compromis, qui dépend autant de la matière que de l’usage. Une sous-couche portée à même la peau bénéficiera de fibres fines et respirantes, comme la laine mérinos, tandis qu’une couche intermédiaire privilégiera l’isolation et un vêtement extérieur la protection contre l’humidité et le vent.

Enfin, plutôt que de rechercher une matière « parfaite », il est essentiel de raisonner en cycle de vie. Sa durabilité (combien de temps il est porté), sa réparabilité, la fréquence et la manière de le laver, ainsi que sa fin de vie (recyclage, réutilisation, compostage pour les fibres naturelles) influencent largement son impact environnemental total. Un vêtement bien entretenu et durable peut avoir un impact bien moindre qu’un textile « écologique », mais rapidement jeté.

Au final, les matières textiles les plus chaudes et les moins polluantes sont majoritairement naturelles, mais aucune n’est totalement exempte d’impact. La laine mérinos et l’alpaga offrent aujourd’hui un compromis intéressant entre chaleur, confort et fin de vie environnementale. Le rejet des fibres naturelles pour des raisons de grattage mérite d’être nuancé : la qualité et la finesse des fibres font toute la différence. Mieux informer sur ces aspects pourrait encourager des choix plus durables. En textile comme ailleurs, le meilleur choix reste souvent celui que l’on garde longtemps.

The Conversation

Coralie Thieulin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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21.01.2026 à 16:16

L’ennui n’est pas seulement acceptable chez les enfants, il est bénéfique

Margaret Murray, Associate Professor of Public Communication and Culture Studies, University of Michigan-Dearborn

L’ennui fait partie intégrante d’une vie équilibrée. En en faisant l’expérience, les enfants peuvent apprendre à se fixer des objectifs et à élaborer des projets.
Texte intégral (1755 mots)
Chez l’enfant, l’ennui encourage l’autonomie. Idzard Schiphof/Unsplash, CC BY-NC

L’ennui est souvent perçu comme un mal à éviter à tout prix chez les enfants. Pourtant, loin d’être inutile, il joue un rôle clé dans leur développement, en favorisant l’autonomie, la créativité et l’apprentissage de la gestion du temps.


L’ennui fait partie intégrante de la vie, à travers les époques et partout dans le monde. Et pour cause : il remplit une fonction utile, en poussant les individus à se fixer de nouveaux objectifs et à relever de nouveaux défis.

Je suis professeure et je travaille sur les questions de communication et de culture. J’écris actuellement un livre sur la parentalité contemporaine, et j’ai constaté que de nombreux parents cherchent à éviter à leurs enfants l’expérience de l’ennui. Ils peuvent le percevoir comme une émotion négative qu’ils ne souhaitent pas voir leurs enfants traverser. Ou bien ils les orientent vers des activités qu’ils jugent plus productives.

Les raisons qui poussent les parents à vouloir éviter l’ennui à leurs enfants sont multiples. Beaucoup de parents sont très pris par leur travail et par les préoccupations financières ; les contraintes liées à la garde des enfants et de la gestion du quotidien pèsent lourdement sur eux. Proposer un jeu, un programme télévisé ou une activité créative à la maison permet souvent de gagner un peu de tranquillité : les parents peuvent ainsi travailler sans être interrompus ou préparer le dîner sans entendre leurs enfants se plaindre de s’ennuyer.

À cela s’ajoute parfois une forte attente de réussite. Certains parents ressentent une pression pour que leurs enfants excellent, qu’il s’agisse d’intégrer un établissement sélectif, de briller dans le sport ou de devenir de très bons musiciens.

Les parents peuvent aussi ressentir une forte pression autour de la réussite de leurs enfants, qu’il s’agisse d’intégrer un établissement sélectif, de réussir dans le sport ou d’exceller dans la pratique musicale.

Quant aux enfants, ils consacrent aujourd’hui moins de temps à jouer librement dehors et davantage à des activités organisées qu’il y a quelques décennies. La généralisation des écrans a par ailleurs rendu l’évitement de l’ennui plus facile que jamais.

Pendant la pandémie, beaucoup de parents ont ainsi eu recours aux écrans pour occuper leurs enfants pendant leurs heures de travail. Plus récemment, certains disent ressentir une pression sociale les poussant à utiliser les écrans pour que leurs enfants restent calmes dans les lieux publics.

En somme, si les parents ont de multiples raisons de vouloir tenir l’ennui à distance, il vaut la peine de s’interroger sur ce que l’ennui peut aussi apporter avant de chercher à l’éliminer complètement.

Les bienfaits de l’ennui

Même s’il est désagréable sur le moment, l’ennui est un atout pour le développement personnel. Il agit comme un signal indiquant qu’un changement est nécessaire, qu’il s’agisse de modifier son environnement, son activité ou les personnes qui nous entourent. Les psychologues ont montré que l’expérience de l’ennui peut favoriser l’émergence de nouveaux objectifs et encourager l’exploration de nouvelles activités.

Professeur à Harvard spécialisé dans le leadership public et associatif, Arthur Brooks, a montré que l’ennui est indispensable au temps de réflexion. Ces moments de creux ouvrent un espace pour se poser les grandes questions de l’existence et donner du sens à ce que l’on vit. Des enfants rarement confrontés à l’ennui peuvent devenir des adultes qui peinent à y faire face. L’ennui agit aussi comme un stimulant pour le cerveau, en nourrissant la curiosité naturelle des enfants et en favorisant leur créativité.

Apprendre à composer avec l’ennui et, plus largement, avec les émotions négatives, constitue une compétence essentielle dans la vie. Lorsque les enfants apprennent à gérer leur temps par eux-mêmes, cela peut les aider à développer leurs fonctions exécutives, c’est-à-dire la capacité à se fixer des objectifs et à élaborer des plans.

Les bénéfices de l’ennui se comprennent aussi du point de vue de l’évolution. L’ennui est extrêmement répandu : il touche tous les âges, tous les genres et toutes les cultures, et les adolescents y sont particulièrement sujets. Or la sélection naturelle tend à favoriser les traits qui confèrent un avantage. Si l’ennui est aussi universel, il est peu probable qu’il persiste sans offrir, d’une manière ou d’une autre, des bénéfices.

Mieux vaut pour les parents éviter de considérer l’ennui comme une difficulté qu’ils doivent résoudre eux-mêmes pour leurs enfants. Les psychologues ont en effet observé que les étudiants dont les parents s’impliquent de manière excessive présentent davantage de symptômes dépressifs.

D’autres recherches indiquent également que les jeunes enfants à qui l’on donnait des écrans pour les apaiser se révèlent, plus tard, moins capables de réguler leurs émotions.

L’ennui est inconfortable

La tolérance à l’ennui est une compétence que beaucoup d’enfants rechignent à acquérir ou n’ont tout simplement pas l’occasion de développer. Et même chez les adultes, nombreux sont ceux qui préféreraient s’infliger une décharge électrique plutôt que de rester livrés à l’ennui.

Apprendre à faire avec l’ennui demande de l’entraînement. Il est préférable de commencer par de courtes périodes, puis d’allonger progressivement ces moments de temps non structuré. Parmi les conseils aux parents figurent celui d’encourager les enfants à sortir, celui de leur proposer un nouveau jeu ou une recette à tester, ou tout simplement celui de se reposer. Laisser une place à l’ennui implique aussi d’accepter qu’il y ait des moments où, concrètement, il ne se passe rien de particulier.

Les plus jeunes peuvent avoir besoin qu’on leur donne des idées sur ce qu’ils peuvent faire lorsqu’ils s’ennuient. Les parents n’ont pas à jouer avec eux à chaque fois que l’ennui surgit, mais proposer quelques pistes peut être utile. Pour les tout-petits, cinq minutes d’ennui constituent déjà un bon début.

Pour les enfants plus âgés, les encourager à trouver eux-mêmes comment faire face à l’ennui est particulièrement valorisant. Il est important de leur rappeler que cela fait partie de la vie, même si c’est parfois désagréable à vivre.

Avec le temps, ça devient plus facile

Les enfants ont une grande capacité d’adaptation. À force d’être confrontés à de petits moments d’ennui, les enfants se lassent moins vite par la suite. Les études montrent d’ailleurs que le fait d’expérimenter régulièrement l’ennui rend la vie globalement moins monotone.

Renoncer à l’idée qu’il faut sans cesse divertir les enfants peut aussi contribuer à alléger la charge mentale des parents. Aux États-Unis, environ 41 % d’entre eux déclaraient en 2024 être « tellement stressés qu’ils n’arrivent plus à fonctionner », et 48 % disaient que « la plupart des jours, leur niveau de stress est totalement écrasant », selon un rapport du médecin-chef des États-Unis.

Donc, la prochaine fois qu’un enfant se plaint en disant « Je m’ennuie », inutile de culpabiliser ou de s’énerver. L’ennui est une composante saine de la vie : il encourage l’autonomie, pousse à découvrir de nouveaux centres d’intérêt et à relever de nouveaux défis.

Faire comprendre aux enfants que ce n’est pas seulement tolérable mais bénéfique les aide à mieux l’accepter.

The Conversation

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