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18.06.2026 à 17:04

La Colombie va-t-elle basculer à l’ultradroite ?

Hugo Corten, Doctorant en sciences politiques, Université Libre de Bruxelles (ULB)

Abelardo de la Espriella, classé à l’ultradroite, est favori à la présidentielle colombienne de dimanche.
Texte intégral (2145 mots)

Ce qu’il faut retenir :

  • Abelardo de la Espriella, candidat anti-establishment, a créé la surprise au premier tour de l’élection présidentielle colombienne en devançant la gauche.

  • Le bilan du président sortant Gustavo Petro est lourdement terni par l’échec de sa politique de « paix totale » (Paz Total).

  • Face à celui qui promet la tronçonneuse économique et une politique ultrarépressive, son adversaire au second tour, Iván Cepeda, successeur désigné de Petro, joue la carte judiciaire.


Aux yeux des observateurs de la vie politique colombienne, un tel triomphe aurait sans doute paru relever d’une divagation fiévreuse : le 31 mai, à mesure que le précompte se précisait, la tendance se confirmait pourtant bel et bien. Le candidat d’ultradroite, Abelardo de la Espriella, n’était pas seulement en train de dépasser la droite traditionnelle, il était en train de l’écraser ; il n’allait pas seulement talonner la gauche unitaire, mais bien la devancer.

L’avocat pénaliste de 47 ans, autodénommé El Tigre (le Tigre), s’érige donc en grand vainqueur de ce premier tour, et en favori pour le second tour prévu le dimanche 21 juin face au candidat de la gauche, Iván Cepeda.

La surprise de la Espriella

Encore relativement peu connu du grand public il y a quelques mois, de la Espriella a réussi à attirer 43,74 % des suffrages. En deuxième position, Iván Cepeda, sénateur du Pacto Histórico et héritier du président actuel Gustavo Petro, en a obtenu 40,9 %. Un record pour un candidat de gauche au premier tour de l’élection présidentielle, mais une déception au regard de l’écart entre les ambitions affichées pendant la campagne et ses presque 675 000 voix de retard. En troisième position, la grande perdante de ce scrutin, Paloma Valencia, sénatrice du Centro Democrático (droite conservatrice), obtient seulement 6,92 % des suffrages, soit 1 639 685 voix.

Depuis le début de la campagne, la quasi-totalité des sondages donnait Iván Cepeda en tête. Derrière lui devait se jouer un coude-à-coude serré entre la vieille droite oligarchique incarnée par Valencia et la nouvelle droite anti-establishment (antisystème) – ou, du moins, se présentant comme telle. La réalité du vote a, une fois encore, dépassé la fiction des sondages.

La gauche trop triomphaliste ?

L’espoir parcourait les mouvements de gauche : l’élection pouvait être remportée dès le premier tour. Il faut dire que le mandat de Gustavo Petro a laissé quelques marqueurs forts pour son électorat : hausse du salaire minimum, protection accrue des travailleuses et travailleurs, extension de la couverture retraite, une réforme agraire enfin mise en marche.

Sur la scène internationale, la Colombie s’est par ailleurs constituée comme porte-voix de l’anti-impérialisme et des puissances écologiques du Sud global. Ainsi, il a inlassablement dénoncé la politique israélienne à Gaza, qu’il qualifie de génocide – à l’instar de nombreuses ONG israéliennes et internationales ainsi que de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU –, et rompu ses relations avec Israël. Il a également pris en charge l’organisation de la COP16 sur la biodiversité à Calí en 2024.

Toutefois, outre ces points de satisfaction, des scandales majeurs ont lourdement entaché ce premier mandat progressiste de l’histoire colombienne : corruption, dépassements de plafonds de campagne, détournements de fonds publics, abus de pouvoir, mais aussi une grave crise du système de santé.

L’échec le plus lourd, ou du moins le plus central dans la perspective présidentielle, se situe assurément sur le plan de la sécurité. L’approche de Paz Total prônée par Petro et Cepeda, qui consistait à négocier avec l’ensemble des groupes armés, n’a donné lieu à aucune démobilisation d’ampleur. Plus embarrassant encore, elle permit aux organisations criminelles d’étendre leur contrôle sur de vastes pans du territoire. Si le taux d’homicides ne s’en est pas vu affecté – il est resté stable –, les déplacements forcés, les enlèvements et les extorsions ont connu une nette recrudescence. Dans un pays où la sécurité et la corruption figurent parmi les premières places sur la liste des préoccupations de l’électorat, il faisait peu de doute que cet héritage sécuritaire pèserait lourd sur la candidature de Cepeda.

Il semble pourtant que le Pacto Histórico n’ait pas pris la juste mesure de la situation ; ni sur cet héritage, ni sur l’état réel de l’échiquier politique national. Car la coalition progressiste a actuellement prise sur moins du quart du Sénat, et moins du cinquième de la Chambre. Elle reste lourdement minoritaire, et donc dépendante de ses alliances avec les forces du centre et de la droite modérée. Or ses relations avec ces formations se sont âprement distendues ces trois dernières années. À cause de visions politiques divergentes, certes, mais aussi du fait de l’usure provoquée par les coups de sang du président Petro – dont le conseil des ministres télévisé de février 2025 a constitué le point d’acmé. Le Pacto Histórico s’est progressivement retrouvé isolé. Un isolement qui pourrait coûter cher à son candidat au second tour.

Virage à l’extrême pour la droite conservatrice

De son côté, la droite a connu ses propres tumultes internes. Après quatre années passées à l’écart des responsabilités, ses figures de proue se sont engagées dans une course à la surenchère sécuritaire, en dénonçant le laxisme – voire l’accointance – du gouvernement à l’égard des guérillas et des narcotrafiquants.

À l’issue d’une consultation interne – dont de la Espriella avait été exclu –, c’est Paloma Valencia, option déjà radicale, qui fut désignée candidate officielle de son camp. Petite-fille d’un ancien président (Guillermo León Valencia Muñoz, 1962-1966), sa candidature incarnait la continuité avec la main de fer de l’uribisme, (courant hégémonique de la droite depuis plus d’une vingtaine d’années, du nom d’Alvaro Uribe, président de 2002 à 2010), mais en une version modernisée : une femme était candidate, et son colistier, Juan Oviedo, était ouvertement homosexuel.

De la Espriella, lui, a joué la carte inverse : celle de l’outsider politique animé d’une virilité masculine exubérante. Durant sa campagne, le « Tigre » a multiplié les railleries contre la politique politicienne, les saillies homophobes, les insultes misogynes, les comportements harcelants, mais aussi les procès – plus d’une centaine – intentés à l’encontre des journalistes trop peu conciliants à son goût.

Il s’est parallèlement engagé à « étriper la gauche » et à envoyer ses opposants politiques dans les geôles états-uniennes. C’est donc cette option-là, l’ultradroite virile anti-establishment, qui a devancé de près de 37 % la droite conservatrice d’appareil.

Recompositions et dynamiques politiques de l’entre-deux-tours

Iván Cepeda et Abelardo de la Espriella représentent donc deux profils opposés, tant sur le fond que sur la forme, tant par leur histoire que par leurs propositions. D’un côté, un tempérament stoïque, mesuré, entré dans la vie publique après l’assassinat en 1994 de son père, le sénateur communiste Manuel Cepeda, par des paramilitaires d’extrême droite (groupes armés privés ayant mené une campagne systématique d’extermination visant les militants de gauche dans les années 1980 et 1990). Iván Cepeda s’est ensuite engagé dans une carrière au Congrès comme porte-voix des victimes de crimes d’État. De l’autre, un tempérament histrionique, impulsif, tapageur, ayant fait fortune comme avocat de paramilitaires, de leurs alliés politiques et de plusieurs figures de la criminalité économique.

L’un promet la poursuite de programmes sociaux et de négociations avec les groupes armés, l’autre des allègements des impôts pour les entreprises, une baisse de 40 % des dépenses de l’État, la construction de dix mégaprisons et la prise de contrôle sur la totalité du territoire national dans les 100 jours suivant son entrée à la Casa de Nariño.

La dynamique de report de voix entre ces adversaires est, a priori, favorable à de la Espriella. Sans grande surprise, la perdante Paloma Valencia a appelé à voter pour ce dernier. Un appel relayé au niveau régional par ses alliés du continent : Donald Trump aux États-Unis, Javier Milei en Argentine, Nayib Bukele au Salvador, ou encore Daniel Noboa en Équateur.

Entre cette option ultradroitière et l’option sociale-démocrate de Cepeda, les forces du centre et du centre droit ont, comme ailleurs et souvent, quelques difficultés à s’orienter. Sergio Fajardo par exemple, arrivé en quatrième position après avoir recueilli plus d’un million de voix, a explicitement exclu toute adhésion à ces « deux extrêmes ». Toutefois, un accord avec quelques figures importantes du centre a été conclu ce mardi à Bogota.

À quelques jours du scrutin, aucun débat n’a encore eu lieu. De la Espriella poursuit ses provocations et ses insultes, et multiplie les visuels produits par IA le mettant en scène comme sauveur de la nation. Cepeda a quant à lui opté pour une méthode distincte, bien qu’offensive également. Le 11 juin, il a déposé une plainte auprès des autorités compétentes à l’encontre de la Espriella pour crimes contre l’humanité, association de malfaiteurs aggravée, financement du terrorisme et enrichissement illicite – toutes accusations fondées sur la proximité du candidat avec les paramilitaires.

Le premier mise sur l’hostilité à l’égard du pétrisme en agitant le chiffon rouge du « castro-chavisme » ; le second parie sur la prise de conscience du caractère scabreux, voire mafieux, de son adversaire pour mobiliser parmi les abstentionnistes, mais aussi pour rediriger une partie de l’électorat en sa faveur.

Or, à ce jeu-là, il n’est pas certain que la gauche l’emporte. Car comme le résultat du premier tour l’a confirmé, la haine, le mépris, les insultes et les agressions ne sont pas, en eux-mêmes, des repoussoirs. Dans un contexte de montée en tension sécuritaire, bien dirigés et bien investis, ces éléments s’avèrent au contraire capables de générer des rentes électorales considérables – plus importantes semble-t-il que l’amélioration des conditions matérielles d’existence. Reste à savoir si cette dynamique suffira à porter celui qui promet la tronçonneuse de Milei et des paramilitaires jusqu’à la Casa de Nariño, ou si le second tour marquera au contraire la constitution tardive d’un front uni face à l’ultradroite.

The Conversation

Hugo Corten a reçu des financements du Fonds de la Recherche Scientifique (FNRS)

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18.06.2026 à 17:01

L’accord de paix avec l’Iran doit exiger la libération de Narges Mohammadi et des autres prisonniers d’opinion

Shadi Rouhshahbaz, PhD Candidate, Peace and Conflict Studies, The University of Melbourne; University of Newcastle

L’Iran compte des milliers de prisonniers d’opinion, dont Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023. Leur sort n’est aucunement évoqué dans l’accord entre Trump et Téhéran.
Texte intégral (2091 mots)
Narges Mohammadi, Nobel de la paix 2023, reste aujourd’hui privée de liberté et dans un état de santé précaire, placée sous surveillance médicale et sécuritaire à son domicile de Téhéran après avoir frôlé la mort en détention. Compte X Narges Foundation

Alors que Washington et le régime des mollahs ont signé un accord pour mettre fin à près de quatre mois de conflit, le sort de la militante des droits humains Narges Mohammadi, pourtant figure emblématique de la lutte pour la liberté en Iran, demeure un angle mort des discussions.


Peu de femmes iraniennes sont aussi reconnues pour leur combat en faveur de la liberté en Iran que Narges Mohammadi, lauréate entre autres distinctions du prix Nobel de la paix du prix Andreï Sakharov, du Prix Olof Palme et des prix PEN et Unesco pour la liberté de la presse. Pourtant, son sort, de même que celui des autres prisonniers politiques iraniens, n’inquiète guère les responsables politiques qui pourraient agir en faveur de sa libération.

Lors des négociations qui ont abouti à la signature, ce 18 juin, d’un protocole d’accord entre l’administration Trump et les autorités de Téhéran pour mettre fin à leur guerre après près de quatre mois de conflit, le cas de Mohammadi n’a, selon toute vraisemblance, jamais été soulevé. L’Iran ne s’est pas engagé à libérer les prisonniers politiques, et rien n’indique que la partie américaine ait formulé une telle exigence au cours des discussions.

Il y a un peu plus d’un mois, Mohammadi luttait pour sa vie. Âgée de 54 ans, la militante a possiblement subi deux crises cardiaques alors qu’elle était détenue dans le nord du pays. Après deux semaines d’efforts pour obtenir l’accès à des soins médicaux, elle a obtenu une libération conditionnelle contre une caution exorbitante et a été admise dans un hôpital de la capitale. À la mi-mai, elle a été transférée depuis le service de soins intensifs où elle se trouvait à son domicile à Téhéran, où elle demeure placée sous surveillance médicale et étroite protection sécuritaire.

Lutter contre le régime

Depuis plus de vingt ans, Mohammadi s’emploie à documenter et à dénoncer les atteintes aux droits humains commises par le régime iranien. Parmi celles-ci figurent le recours à la peine de mort comme outil de contrôle social, ainsi que l’utilisation de la torture et de ce qu’elle nomme la « torture blanche » – soit l’isolement carcéral prolongé. Elle s’est également élevée contre un système d’apartheid de genre visant à brider le corps et la parole des femmes.

À la tête du Centre des défenseurs des droits de l’homme, une ONG iranienne, elle a documenté les abus, soutenu les prisonniers d’opinion et leurs familles, et milité pour l’abolition des exécutions et de l’isolement cellulaire. Pendant ses rares périodes de liberté, et surtout en prison, elle a poursuivi son travail sans relâche, recueillant les récits d’autres détenues pour en faire un réquisitoire contre l’État carcéral.

Arrêtée à au moins treize reprises depuis 1998, la dernière fois remontant à décembre 2025, Mohammadi a été condamnée, au total, à plus de 40 ans de prison.

Elle fait partie des milliers de prisonniers d’opinion que compte l’Iran. Depuis des décennies, les autorités iraniennes procèdent en toute impunité à des arrestations arbitraires à grande échelle. Elles ont arrêté aussi bien des adversaires réels du régime que des dissidents présumés, ainsi que des « prisonniers pour dettes » (ceux qui ne sont pas en mesure de s’acquitter de leurs obligations financières).

Face à la vague de contestation populaire qui a déferlé sur l’Iran fin 2025 et début 2026, les autorités ont procédé à l’interpellation de plus de 50 000 personnes, parmi lesquelles figuraient des défenseurs des droits de l’homme, des avocats, des professionnels de santé, des étudiants et même des enfants. On estime que des milliers d’autres ont été arrêtées depuis le début de la guerre.

Un grand nombre de ces prisonniers sont incarcérés dans des centres de détention secrets et non officiels gérés par les services de sécurité et de renseignement, où ils sont soumis à des tortures visant à leur extorquer des aveux. Certains encourent désormais la peine capitale.

Amnesty International estime qu’au moins 2 159 personnes ont été exécutées en Iran en 2025, soit plus du double du total enregistré en 2024. Depuis le début de la guerre, l’organisation indique qu’au moins 36 personnes ont été exécutées sur la base d’accusations à caractère politique.

Au nom de qui négocie-t-on la paix ?

L’administration Trump œuvre actuellement à la conclusion d’un nouveau « grand accord » avec Téhéran, qui promet d’apaiser les tensions actuelles, de rouvrir le détroit d’Ormuz et de contraindre l’Iran à renoncer à son programme nucléaire.

Depuis des décennies, les puissances occidentales suivent le même schéma de négociations avec l’Iran. Ces pourparlers ont tendance à se concentrer sur les instruments de la puissance dure : arsenal militaire, niveaux d’enrichissement de l’uranium, régime des sanctions, dissuasion. En revanche, ce qui est rarement abordé lors de ces négociations avec l’Iran, c’est le sort des prisonniers politiques ou l’importance des droits des femmes et des droits humains en général.

Les gouvernements, les institutions multilatérales et les médias affichent souvent leur solidarité symbolique avec le peuple iranien. Pourtant, lorsqu’ils disposent réellement d’un moyen de pression sur Téhéran dans le cadre des négociations, les dirigeants occidentaux invoquent volontiers « l’équilibre » et le « pragmatisme » – reléguant les droits humains au rang de préoccupation subsidiaire.

Mohammadi a passé des années à décortiquer, preuves à l’appui, les rouages de la répression en Iran. De sa cellule de prison, elle a été l’une des porte-voix les plus écoutées du mouvement « Femme, Vie, Liberté ». Mais elle n’a jamais siégé à la table des négociations. Ce phénomène dépasse l’Iran. Dans les conflits à travers le monde, des femmes comme Mohammadi sont saluées comme les « voix de la liberté », tout en étant largement exclues des instances où se décident les cessez-le-feu et les transitions politiques.

Les données des Nations unies et diverses études indépendantes continuent de montrer que les femmes restent dramatiquement sous-représentées en tant que négociatrices, médiatrices et signataires dans les processus de paix, malgré des décennies d’engagement en faveur de la diplomatie et de la recherche de la paix.

Ce que les négociateurs de paix devraient exiger

Après la signature de l’accord de paix provisoire, les négociations avec l’Iran entreront dans une phase plus délicate, axée sur le programme nucléaire de Téhéran.

Les Occidentaux gagneraient toutefois à clarifier la nature de la paix qu’ils entendent bâtir, et à quel prix. La « stabilité » ne saurait être acquise au détriment de l’appareil répressif qui a failli coûter la vie à Mohammadi et qui a tué tant d’autres au fil des ans.

Un accord de paix durable avec l’Iran ne devrait pas se limiter à un simple arrangement en matière de sécurité, mais constituer un cadre plus large de gouvernance et de sécurité humaine. Il faudrait commencer par exiger de l’Iran qu’il libère les prisonniers politiques, y compris Mohammadi.

Les négociateurs pourraient également tenter d’obtenir des engagements qui permettraient les progrès suivants :

Il ne sera pas facile d’amener le régime à accepter ces conditions. Mais si la communauté internationale a su faire preuve d’une inventivité remarquable dans l’édification d’un arsenal de sanctions, elle peut tout aussi bien mobiliser cette même ingéniosité pour placer ces exigences dans un accord qui se veut porteur de paix.

Honorer Narges Mohammadi ne saurait se réduire à la publication d’un communiqué de soutien ou à l’attribution d’une nouvelle distinction. C’est insister sur le fait que son combat définit ce qui est acceptable dans tout accord avec Téhéran. Cela signifie également veiller à ce que les défenseurs des droits des femmes aient leur place à la table des négociations.

The Conversation

Shadi Rouhshahbaz est associée au sein du groupe de réflexion Metafuture, conseillère principale en consolidation de la paix à l'Agency for Peacebuilding et ambassadrice de la paix de la Commission européenne au sein de One Young World. Elle a été boursière du programme « Women Peacemaker » 2023 à la Kroc School for International Peace and Justice de l’université de San Diego, ainsi que boursière du programme « Nuclear Disarmament Next Generation Foresight Practitioner » 2023 à la School of International Futures. Elle a également fondé en 2019 PeaceMentors, la première initiative de consolidation de la paix menée par des jeunes femmes en Iran.

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18.06.2026 à 16:58

Vague de chaleur : les poules pondent moins d'œufs et des œufs plus petits

Anne Collin-Chenot, Chercheuse à l'Inrae au sein du laboratoire en Biologie des oiseaux et aviculture, Inrae

Sonia Metayer-Coustard, Chargée de recherche, Inrae

C’est une des nombreuses conséquences des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses liées changement climatique : les poules pondent moins d'œufs, des œufs plus petits et plus fragiles.
Texte intégral (2539 mots)

C’est une des nombreuses conséquences des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses liées au changement climatique : les poules pondent moins d’œufs, des œufs plus petits et plus fragiles. Mais alors que les épisodes caniculaires se généralisent, de nombreux chercheurs à travers le monde tâchent de trouver comment rendre les poules et les poulets plus résilients à la chaleur, car leur viande et leurs œufs demeurent parmi les sources de protéines animales les plus populaires et les moins gourmandes en ressources.


Les humains ne sont pas les seuls à tâcher bon gré mal gré de s’adapter aux fortes chaleurs. Les poules modifient également leur comportement et leur métabolisme pour faire face à la hausse des températures, dont le ressenti dépend aussi de l’humidité et de la vitesse de l’air.

Comment les poules essaient-elles de s’adapter à la chaleur ?

Contrairement à nous, les poules n’ont pas de glandes sudoripares fonctionnelles facilitant leur thermorégulation par la transpiration, et leur plumage est isolant. Pour se rafraîchir, elles vont donc généralement s’étaler sur le sol et mettre en place une hyperventilation respiratoire qui leur permet d’évacuer de l’eau et, par cette évaporation, de la chaleur.

Elles limitent ainsi l’augmentation de leur température interne. Elles vont également rechercher la fraîcheur (par exemple, l’ombre en plein air et les courants d’air) et augmenter leur consommation d’eau.

En parallèle, elles vont aussi tenter de limiter la production de chaleur en diminuant leur consommation d’aliments. Elles vont de plus allouer moins d’énergie et de nutriments à la formation d’œufs afin de préserver leurs fonctions vitales quand elles sont soumises aux fortes chaleurs et au stress oxydant induit.

Ces modifications comportementales et métaboliques auront cependant lieu à des degrés divers, en fonction de la durée et de l’intensité du coup de chaleur et de la possibilité d’avoir des phases de récupération plus fraîches la nuit.

Moins d’œufs et des œufs plus petits

La capacité des poules à produire des œufs peut également être affectée différemment en fonction des conditions d’ambiance. Avec 32 °C en continu au lieu de 22 °C habituellement, nous notons, en conditions expérimentales, une baisse de production d’œufs de 15 à 30 %. Cependant, en cas de chaleur cyclique mimant des variations jour-nuit et laissant des périodes de récupération assez fraîches, la production globale n’est pas modifiée.

Mais lors de cette exposition non continue, le poids total des œufs et celui de ses différents composants sont quand même affectés. La coquille de l’œuf risque d’être rapidement fragilisée, car la quantité de calcium ingérée par l’animal à travers sa consommation d’aliments est diminuée, et son utilisation altérée.

Nous notons de fait une diminution de la disponibilité du calcium sanguin due à l’augmentation de l’expiration de CO₂ liée à l’hyperventilation respiratoire. C’est pourquoi une supplémentation en calcium au-delà de celui apporté par l’aliment est nécessaire pour préserver le capital calcique de la poule et la qualité de la coquille d’œuf. Cette altération du poids de coquille a lieu dès les premiers jours d’exposition à la chaleur en cas d’exposition continue. On note également une diminution de la quantité de blanc d’œuf (albumen) riche en protéines et en eau.

En ce qui concerne le jaune d’œuf, une diminution de poids s’opère également, mais de manière moins abrupte, en raison de modifications métaboliques de plus long terme : c’est le foie qui synthétise les composants lipidiques du jaune d’œuf avant leur stockage au niveau de l’appareil reproducteur dans l’ovaire de la poule en amont de la ponte.

Au final, le poids moyen de l’œuf sera altéré. On note ainsi des diminutions de poids d’œuf de 0,4 à 1 gramme par degré Celsius, au-dessus de 25 °C de température ambiante.

D’autres impacts de la chaleur

La forte augmentation des températures ambiantes provoque aussi d’autres impacts délétères pour la santé des poules en élevage. Une exposition prolongée à des températures très élevées (42 °C) se révèle létale pour les poules dont la température interne se stabilise normalement autour de 41 °C. C’est également le cas lorsque la température s’élève au-delà de 44 °C.

Dans des situations moins extrêmes, la consommation d’eau par abreuvement plus importante peut conduire à des fientes plus humides. Cette humidité au niveau du sol doit être surveillée pour éviter le développement de pathogènes et le risque de pododermatite qui abîme les pattes de l’animal.

La mise en place de brume (diffusion de très fines gouttelettes d’eau dans l’air du bâtiment d’élevage) peut également accentuer le phénomène d’humidité au sol si la ventilation n’est pas correctement gérée. En effet, les micro-gouttelettes contribuent à abaisser la température ressentie par les volailles en absorbant de la chaleur, mais elles doivent être évacuées du bâtiment par la ventilation en même temps que l’air chargé.

Chez le poulet de chair, destiné à la consommation de viande, il a également été montré que l’intégrité du tube digestif pouvait être altérée par de fortes chaleurs. Cela peut donc avoir une incidence sur les diarrhées, l’état de la litière, la prolifération de pathogènes…

Nous savons également que le changement climatique risque d’augmenter la fréquence d’exposition à certains pathogènes (parasites, virus, bactéries…), avec une possible expansion de leurs zones de présence.

Des protéines animales toujours plus populaires

Malgré ces menaces qui pèsent sur l’élevage de poules pondeuses et de poulets de chair, les œufs comme la viande de poulet restent des protéines éminemment populaires à travers le monde, à commencer par la France. La viande de volaille y est désormais la viande la plus consommée.

Cela s’explique notamment par son prix abordable, ses qualités nutritionnelles, la diversité des formes de produits de grande consommation proposés, l’absence d’interdit religieux pesant sur ces aliments. Nous pouvons également citer leur empreinte carbone faible ainsi que la rapidité de la croissance des poulets, le peu de terre, d’eau et d’énergie nécessaires à son élevage, comparés aux systèmes d’élevage produisant des viandes rouges.

La production de poulet de chair est cependant, elle aussi, largement affectée par les périodes de forte chaleur, avec une baisse de croissance de ces animaux liée à la diminution de leur consommation d’aliments ainsi qu’à des modifications de leur comportement et de leur métabolisme. Cette réalité engendre donc une durée d’élevage potentiellement plus longue et une augmentation des coûts de production.

L’adaptation de ces élevages au changement climatique est donc l’objet de beaucoup d’attention de la part des éleveurs eux-mêmes, mais également des scientifiques, qui proposent des solutions en collaboration avec les filières.

Travailler sur les conditions d’élevage et les systèmes d’alerte des éleveurs

Pour cela, un premier axe de recherches vise à optimiser les conditions de l’élevage afin de minimiser les risques. Cela concerne notamment le transport des animaux pour les poulets de chair. Plus globalement sont à l’étude de nouvelles stratégies de ventilation des bâtiments, afin de favoriser les pertes de chaleur des animaux par convection, tout comme la brumisation, où un savant équilibre est à trouver pour ne pas trop humidifier la litière, ce qui générerait la prolifération de pathogènes.

Nourrir les poules pendant les périodes les plus fraîches de la journée ou de la nuit en inversant le programme lumineux demeurent d’autres leviers d’actions. Ce sont des pratiques anciennes qui ont fait leurs preuves pour limiter l’impact du coup de chaleur sur les animaux.

Pour les élevages en plein air, favoriser les zones d’ombre et un microclimat autour du bâtiment avec la plantation d’arbres est une autre piste.

Du côté des éleveurs, l’amélioration des systèmes d’alerte est une autre voie de progrès, d’une part, avec des systèmes audio et vidéo permettant de déceler très précocement des modifications de comportement des animaux et, d’autre part, grâce à des alertes météo pour anticiper les vagues de chaleur et prendre les mesures appropriées sur l’élevage.

Les recherches sur les différentes races

L’espèce Gallus gallus est élevée pour la production d’œufs et/ou de viande partout dans le monde. Une autre piste pour adapter les élevages aux fortes chaleurs est donc de se pencher sur les races qui, à travers le monde, sont susceptibles de mieux tolérer la chaleur. Il s’agit de réaliser des croisements d’animaux qui sont plus performants dans des conditions d’élevages plus difficiles, notamment en matière de température.

Ces thématiques sont travaillées par certains collaborateurs de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), notamment au Centre d’excellence régionale sur les sciences aviaires (Cersa) (Université de Lomé, Togo). Une piste concerne les animaux qui ont des caractéristiques de plumage favorables aux pertes de chaleur par la peau, comme les races à cou nu ou les races à gène frisé ou, encore, les races dont les caractéristiques en matière de dissipation de la chaleur sont intéressantes.

Des recherches ont également été menées à l’Inrae sur des races qui ont des propriétés d’immunité et de résistance à la chaleur intéressantes, comme la race égyptienne Fayoumi. Mais une limite apparaît souvent dans ces études : si ces races sont plus résilientes face aux fortes chaleurs, elles ont souvent des performances de ponte moindres, et leurs capacités d’adaptation à des variations de température liées aux aléas climatiques (et non uniquement à la chaleur) restent à évaluer.

Les scientifiques travaillent également sur les aliments qui pourraient être intéressants en cas de fortes chaleurs, notamment avec l’utilisation de plantes riches en antioxydants.

Les recherches sur l’embryogenèse

De nombreuses recherches réalisées en conditions expérimentales contrôlées ont en outre été réalisées pendant l’incubation des œufs afin de modifier l’expression des gènes impliqués dans la tolérance à la chaleur à moyen terme. C’est l’enjeu du projet SOLEIL, qui étudie comment la température d’incubation à des périodes précises du développement de l’embryon peut favoriser cette résilience, en collaboration avec l’Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole (Itavi) et des coopératives agricoles. Ces travaux sont pour l’instant principalement réalisés sur des poulets de chair, car la mortalité y est plus marquée en cas de forte chaleur.

Étudier la manière dont les poulets peuvent mieux s’adapter à la chaleur reste néanmoins quelque chose de complexe, notamment parce qu’il faut tenir compte d’un panel de facteurs. Il faut que les poulets continuent d’être résistants également à des baisses de température, notamment l’hiver si les animaux ont accès au plein air.

Il faut aussi avoir en tête que la tolérance thermique du poulet n’est pas la même en fonction de son âge. Il va être sensible au froid au début de sa croissance, c’est pour cela que l’on chauffe les bâtiments accueillant des poussins. En fin d’élevage, en revanche, le poulet de chair est plus vulnérable à la chaleur. Certaines études évaluent donc la possibilité d’acclimater précocement les poulets de chair à des variations de température et de faire le lien avec la multiperformance des animaux (croissance et efficacité alimentaire, santé, bien-être, impacts environnementaux et pour l’éleveur et pour les filières en général).

La recherche travaille ainsi sur de nombreux leviers qui sont aussi divers que complémentaires. C’est nécessaire, car, pour les poules et les poulets comme pour les humains, aucune solution miracle n’existe face au changement climatique. Une seule certitude demeure : les canicules sont vouées à être de plus en plus nombreuses, et il est donc primordial d’étudier et de mettre en pratique différentes façons d’atténuer leurs effets.


Angélique Travel, cheffe de projet santé et hygiène en production avicole et cunicole à l’Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole (Itavi, Paris) a participé à la rédaction de cet article.

The Conversation

Anne Collin-Chenot a reçu des financements de l'ANR, de l'Union Européenne, d'Adisseo, de DSM et de l'ANSES.

Sonia Metayer-Coustard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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