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01.07.2026 à 17:19

La formation des travailleurs indépendants en free-lance, angle mort des ressources humaines

Aneta Hamza-Orlinska, Professeure assistante en gestion des ressources humaines, EM Normandie

Former les travailleurs indépendants : un sujet souvent ignoré des entreprises. Pourtant, elles gagneraient à mieux accompagner leurs free-lances.
Texte intégral (1584 mots)
Les travailleurs indépendants sont en grande majorité des auto-entrepreneurs. Oleksandr Pidvalnyi (no reuse), CC BY

Si les travailleurs indépendants sont de plus en plus nombreux en France, les entreprises qui font appel à eux ont souvent tendance à se désintéresser de leur formation. Les free-lances seraient-ils les seuls responsables du développement de leurs compétences ? La recherche sur le management et les ressources humaines démontre les limites de cette approche.


La France compte plus de 4,8 millions de travailleurs indépendants. Qu’ils soient micro-entrepreneurs, gig workers ou en portage salarial, les travailleurs indépendants ne se ressemblent pas. Malgré des formes d’activité parfois similaires, ils ne relèvent pas tous du même statut juridique ni du même niveau d’autonomie.

Pourtant, une idée reçue persiste à leur sujet : ils seraient les seuls responsables du développement de leurs compétences. Mais il y a un vrai décalage entre ce qu’ils attendent et ce qui leur est proposé. Alors, qui doit investir dans leur formation ? Eux-mêmes, ou aussi les entreprises qui profitent de leur travail ? Quelles sont les attentes des travailleurs indépendants et comment les organisations peuvent-elles mieux les accompagner ?

Les travailleurs indépendants en quête de formation

Chaque année, à peine 40 % des travailleurs indépendants suivent une formation, selon l’Insee. Soit neuf points de moins que les salariés du privé. Cet écart limité confirme que les free-lances cherchent activement à se former, souvent de manière non formelle.

En parallèle, selon une étude de 2022 menée par le BCG et Malt (une plateforme spécialisée dans la mise en relation des entreprises avec les free-lances), seulement 3 % des travailleurs indépendants français souhaitent devenir salariés, et 22 % l’envisagent peut-être. Et ce, même si 91 % ont déjà été salariés dans le passé. Une partie d’entre eux a donc des attentes qui vont au-delà de la seule autonomie et de la seule responsabilité individuelle, ce que confirme la recherche en management.

Les free-lances travaillent sans contrat d’emploi traditionnel, ni lien de subordination, et proposent leurs services à plusieurs clients simultanément. Mais il y a un groupe encore peu visible, sur lequel il n’existe pas de statistiques : celui des free-lances qui travaillent aux côtés de salariés, en présentiel ou à distance, dans le cadre de missions temporaires ou de projets. Ils sont en communication régulière avec les équipes de salariés à temps plein, et l’on peut parler d’un vrai travail d’équipe.


À lire aussi : Pourquoi travaillons-nous ? Dominique Méda est dans La Grande Conversation


Présents dans les équipes, mais absents des politiques RH

Les free-lances participent de plus en plus aux réunions d’équipe, aux événements d’entreprise et aux projets collectifs. Ils ne sont ni des fantômes ni des solitaires invétérés. Depuis 2018, en France, les travailleurs non salariés peuvent cumuler des droits à la formation via le Compte personnel de formation (CPF).

Malgré cette progression des droits au financement de la formation, les travailleurs indépendants restent considérés comme des non salariés sans bénéfices : pas de formation interne, pas de politique de ressources humaines (RH), pas de suivi de carrière. Cette situation fragilise leurs trajectoires professionnelles dans un contexte économique et géopolitique de plus en plus instable.

Les ex-salariés, en particulier, apprécient leur autonomie et leur indépendance, mais regrettent souvent leurs avantages passés : budget formation, certifications, accès aux outils internes, entretiens de performance… Ils souhaitent, en quelque sorte, rester un pied en entreprise, un pied à l’extérieur. S’ils ne reçoivent pas ce soutien, ils iront travailler ailleurs.


À lire aussi : Comment gérer l’isolement professionnel des travailleurs free-lance ?


Pourquoi les RH ont tort de se désintéresser des free-lances

La logique dominante dans les ressources humaines repose sur le caractère purement transactionnel de la relation avec les travailleurs en free-lance : flexibilité du recrutement, absence de charges sociales et risque limité de transmission d’informations sensibles à des concurrents. D’où la règle implicite : les formations internes sont réservées aux salariés.

Pourtant, les free-lances hautement qualifiés font partie du capital humain des entreprises. Elles ont besoin de ces compétences pour innover ou combler des manques très spécifiques. La recherche suggère qu’investir dans leur formation, même de court-terme, permet de mieux accomplir les tâches en cours, de fidéliser les travailleurs indépendants, voire de les convertir en collaborateurs à temps plein. Ce qui aide les free-lances (ex-salariés) à retrouver l’équilibre entre leur passé et leur présent.

Quelles attentes des free-lances en matière de formation ?

La recherche a fait émerger le concept de carrière « protéenne », selon lequel les free-lances sont les seuls responsables de leur propre développement professionnel, via des communautés en ligne, des plates-formes d’apprentissage ou des agences externes. Mais cela ne veut pas dire que les travailleurs indépendants n’attendent rien des organisations clientes.

Leurs souhaits se déclinent en trois axes. D’abord, ils revendiquent un accès minimal aux plates-formes de formation interne, telles que des microformations ciblées, financées par l’entreprise, pour accomplir une tâche bien spécifique. Ensuite, ils attendent un apprentissage collectif au sein des équipes, notamment pour acquérir des compétences tacites propres à un secteur, ou simplement maintenir un lien social, particulièrement précieux pour ceux qui ont été salariés par le passé. Enfin, ils souhaitent des sessions de coaching ou de mentorat plus formelles avec leur manager, dans un cadre de développement interne dédié.

RH hybride : une solution pour les mieux accompagner

Comment réconcilier la logique d’indépendance avec le besoin de soutien exprimé par les free-lances ? D’une part, le manager peut agir comme intermédiaire entre les free-lances et les RH, un rôle pour lequel peu de managers sont aujourd’hui préparés. En appui des RH, le manager peut proposer des formations liées aux outils internes de l’entreprise ou à des compétences plus techniques ou plus transversales, comme les soft skills (c’est-à-dire des compétences comportementales ou des aptitudes relationnelles). Le manager peut également organiser des sessions pour aider les travailleurs indépendants à choisir les tâches pour soutenir leur carrière durable.

Jusqu’à présent, l’attention s’est surtout portée sur les plateformes algorithmiques, qui jouent un rôle d’intermédiaire en intégrant des services RH destinés aux free-lances, un peu à la manière d’une agence qui ferait le lien entre les entreprises et les indépendants. Mais cette approche reste limitée aux free-lances travaillant via des plates-formes, et elle convient moins à ceux qui interviennent ponctuellement en entreprise aux côtés des salariés.

La mise en place d’une politique RH hybride impliquerait de penser les RH dans un sens plus large, en intégrant la formation et l’accompagnement de carrière, afin d’aller au-delà d’une logique purement transactionnelle et de mieux répondre aux attentes liées au contrat psychologique qui lie le travailleur indépendant à l’entreprise.

The Conversation

Aneta Hamza-Orlinska ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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01.07.2026 à 17:18

« Je vais partir » plutôt que « je partirai » : comment le français parle de l’avenir

Anne Parizot, Professeur des universités en sciences de l'information et de la communication émérite, Université Bourgogne Europe

Pourquoi dit-on plus souvent « je vais partir » que « je partirai » ? Les recherches expliquent comment le français à l’oral transforme l’expression du futur.
Texte intégral (1803 mots)
À l’oral, le français privilégie souvent le futur proche ou le présent pour évoquer l’avenir. Onur Kurt/Unsplash, CC BY

Vous dites sans doute plus souvent « je vais partir » au lieu de « je partirai » et, comme « j’arrive dans deux heures » ou « on se voit demain », c’est une formulation très courante. Pourtant, le futur simple n’a pas disparu. Pourquoi certaines formes dominent-elles à l’oral tandis que d’autres restent privilégiées à l’écrit ?


Contrairement à une idée largement répandue, les linguistes n’observent pas une disparition du futur simple. Les grands corpus de français montrent surtout que le français mobilise depuis longtemps plusieurs façons d’exprimer l’avenir, dont l’usage varie selon que l’on parle ou que l’on écrit. Cette répartition, attestée de longue date dans les données, ne traduit donc pas une évolution récente de la langue.

Les langues ne se comportent pas comme des systèmes qui s’érodent : futur simple, futur proche et présent à valeur de futur ne sont pas en concurrence. Ces formes répondent à des contextes d’emploi différents et permettent d’exprimer diverses distances entre le présent et ce qui est à venir.

À l’oral, l’avenir est plus souvent présenté comme déjà engagé ou proche du présent ; à l’écrit, le futur simple conserve une place plus importante.

Dire l’avenir : plusieurs futurs, plusieurs distances

Le français ne dispose pas d’un seul futur, mais de plusieurs dispositifs temporels. Le futur simple (« je partirai »), le futur proche (« je vais partir »), le futur antérieur (« j’aurai fini ») ou encore le présent à valeur de futur (« je pars demain ») coexistent selon des logiques d’usage, sans être interchangeables.

Ces formes ne se distinguent pas uniquement par la chronologie. Elles expriment surtout des degrés de proximité, d’engagement, de certitude ou d’anticipation. Le futur simple construit souvent une projection relativement autonome du présent, comme une vue « depuis maintenant vers plus loin ». Le futur proche, en revanche, inscrit l’événement dans une continuité immédiate : il donne à voir un avenir déjà en cours de préparation, voire déjà enclenché.

Les temps verbaux ne sont pas de simples repères chronologiques, mais des formes d’inscription du sujet dans le discours. Dire « j’irai », c’est produire une projection distanciée ; dire « je vais partir », c’est manifester une continuité entre intention, décision et action, le futur est déjà engagé. Le futur n’est donc pas seulement un temps, mais une modalité de l’engagement énonciatif.

La différence entre « je partirai » et « je vais partir » est donc moins chronologique que relationnelle. Ces formes ne sont pas interchangeables, car elles construisent des avenirs différents.

Quand le présent suffit à dire le futur

Un trait du français contemporain est la capacité du présent à exprimer l’avenir sans marque morphologique de futur : « Je pars dans deux heures » ; « Le train arrive demain matin » ; « On se voit la semaine prochaine ». Ici, le présent ne décrit pas une action en cours à l’instant de l’énonciation, mais un événement projeté, déjà stabilisé dans un cadre temporel explicite.

Ce fonctionnement repose sur la combinaison du présent et de marqueurs temporels (« demain », « dans deux heures », « la semaine prochaine »), qui suffisent à lever toute ambiguïté. Le futur est alors présenté non comme une hypothèse, mais comme un événement inscrit dans un scénario validé par le contexte.

Le présent fonctionne ici comme une forme de « futur assuré » : il ne projette pas seulement, il programme. L’expression de l’avenir ne dépend donc pas uniquement de la morphologie verbale, mais d’un ensemble plus large de ressources discursives et contextuelles.

À l’oral, « je vais partir », 75 % du temps

Les données issues des grands corpus confirment une tendance bien documentée et qui semble exister dès les premières enquêtes du milieu du XXᵉ siècle : le futur proche (« je vais partir ») domine largement à l’oral spontané. Il représente souvent entre 60 % et 75 % des occurrences de futur (selon les situations d’interaction), contre 15 à 30 % pour le futur simple et 5 à 10 % pour le présent à valeur de futur.

Cette prédominance s’explique par la dynamique même de l’oral : l’interaction favorise les formes liées à l’intention immédiate, à la planification en cours ou à l’action imminente. Le futur proche s’adapte particulièrement bien à cette logique de co-construction du temps entre locuteurs.

À l’écrit, en revanche, le futur simple reste largement majoritaire dans les genres narratifs, argumentatifs ou institutionnels. Il permet de produire des énoncés détachés de la situation d’énonciation immédiate, plus aptes à exprimer des prévisions générales, des engagements abstraits ou des projections non contextualisées.

La langue ne supprime donc pas une forme : elle distribue les fonctions selon les contextes, les registres et les degrés de distance temporelle.

Penser le futur comme processus

En français oral, le futur ne s’éloigne pas : il se rapproche du présent. Les travaux de la linguiste Suzanne Fleischman montrent que les formes de futur émergent souvent de structures exprimant le mouvement, la volonté ou la trajectoire.

Le futur grammatical est ainsi le résultat d’une grammaticalisation progressive de structures orientées vers l’action. Dans de nombreuses langues, le futur provient de verbes de mouvement ou de modalité (want to, be going to en anglais). Cette origine explique sa dimension processuelle : le futur est d’abord ce qui est en train de se construire, avant d’être ce qui adviendra.

Dans cette perspective, le français oral ne simplifie pas le futur : il privilégie les formes qui présentent l’avenir comme un processus déjà engagé.

Apprendre le futur autrement

L’enseignement du français langue étrangère (FLE) reflète cette organisation. Le futur proche est généralement introduit très tôt, car sa structure (aller + infinitif) est transparente et rapidement mobilisable permettant aux apprenants de produire rapidement des énoncés orientés vers l’action.

Le futur simple intervient ensuite, une fois les bases communicatives stabilisées et que les besoins discursifs s’élargissent vers la narration, comme le rappellent des ressources pédagogiques de référence telles que le Point du FLE.

Cette progression pédagogique met en évidence une logique fondamentale : on n’enseigne pas d’abord des temps, mais des distances temporelles et discursives.

Une difficulté à se projeter ?

Certaines analyses associent la domination du futur proche à une forme de réduction de l’horizon temporel, voire à une difficulté à se projeter. En réalité, la langue enregistre les transformations du rapport au temps, mais ne les produit pas.

Aucune étude psychologique sérieuse n’a montré que dire moins souvent « je partirai » rendrait les individus moins capables de penser l’avenir. Les recherches en psychologie du temps montrent qu’il n’existe pas de lien direct entre formes grammaticales et capacité de projection dans l’avenir. Les représentations temporelles relèvent de constructions cognitives complexes, mobilisant mémoire, anticipation et contexte culturel.

Certaines études en sciences cognitives suggèrent néanmoins que les structures linguistiques peuvent influencer la manière dont le temps est conceptualisé, notamment à travers les métaphores spatiales (« avancer dans le temps », « laisser le passé derrière soi »). Ces expressions ne changent pas notre capacité à penser l’avenir, mais peuvent influencer la façon dont nous le représentons mentalement.

Différentes manières d’habiter le temps

À l’oral, le système verbal du français ne s’appauvrit pas : il s’organise autour d’un principe de proximité graduée de l’avenir. Entre « je partirai », « je vais partir » et « je pars demain », la langue ne choisit pas un seul futur, elle diversifie les manières de situe l’action à venir.

Ce qui distingue l’écrit de l’oral, ce n’est pas la capacité à se projeter, mais la manière de construire la distance entre le présent et ce qui vient. À l’oral, le futur n’est pas seulement une projection lointaine et autonome : il fonctionne comme un continuum allant de l’intention immédiate à l’hypothèse abstraite.

Le futur ne disparaît donc pas. Il s’exprime simplement autrement, en mobilisant plusieurs formes complémentaires qui permettent de nuancer notre manière de situer l’avenir dans le discours.

The Conversation

Anne Parizot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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01.07.2026 à 16:40

You can dream while you’re awake. The boundary between wakefulness and sleep is a lot blurrier than you’d think

Nicolas Decat, Doctorant, Sorbonne Université

Delphine Oudiette, Chercheure en neurosciences cognitives, Inserm

Dream-like states are not confined to sleep: the brain is able, very surprisingly, to produce the same mental experience independently of our state of vigilance.
Texte intégral (1625 mots)

Tonight, as you close your eyes in bed, something strange will happen to you: your mind will drift from an ordinary thought to a dream, but it will be impossible to say exactly when it happened. We tend to imagine that the boundary between being asleep and awake is clear: when we are awake, we think; when we are asleep, we dream. Yet, in our study, published in Cell Reports, we show that this boundary is more porous than you think. You can dream before falling asleep, and plan your day ahead after drifting off.

From thought to dream and everything in between

Think about what it means to be awake. Right now, as you read these lines: sounds reach you, light falls on you, fabric touches your skin. You are anchored in the world. Sleeping is somewhat the opposite. You are still, cut off from the outside world and inhabited by experiences constructed from within: dreams.

Between the two, there is a lapse of time. We do not switch from one state to the other, like flipping a light switch. It is a gradual transition in which brain activity slows down, muscles relax, breathing deepens. And the mind does not cease to function; it takes on other forms by producing thoughts related to the day or the day ahead, fleeting images, a few scraps of music, fragments of dreams… Researchers call this half-awake, half-asleep state of consciousness “hypnagogia”.

The problem is that these experiences are fleeting and ever-changing, hard to report, and even harder to classify. How do we move from “What am I going to eat tomorrow?” to “I am sitting on a train moving underwater”? Until now, researchers have tried to sort them into categories based on what they are (“This one seems bizarre, it must be a dream”) or on when they occur (“I exclude anything that happens during wakefulness”). The result: we knew that a multitude of experiences pass through the mind during the sleep onset period, but without being sure which ones, nor when or how the brain produces them. That is exactly what we set out to understand.

Letting the data speak

To get a clearer picture, we had to abandon predefined categories and let the data speak. We recorded the brain activity of 103 participants while they took a nap in the lab, using electroencephalography, or EEG: electrodes were placed across the scalp to capture neural signals and make it possible to distinguish wakefulness (fast alpha waves) from light sleep (slower theta and sigma waves, with sudden very slow waves and brief rhythmic bursts called sleep spindles).

We interrupted them with a sound at several intervals and asked a very simple question: “What was going through your mind just before the alarm?” Then we asked them to rate their experience along four dimensions: how bizarre (and non-ordinary), how fluid and continuous (or, on the contrary, fragmented) and how spontaneous it was (without voluntary control), as well as their impression of being awake or asleep.

In total, we collected 375 experiences during the sleep onset period. Rather than deciding ourselves what counted as a dream or a waking thought, we used a Machine Learning algorithm to group these experiences into “mental states” without defining in advance what they were supposed to be.

Taking the participants’ ratings on all four dimensions into account, the algorithm searched for groups of experiences that resembled one another – a bit as if it were looking for “families” on a four-coordinate map. Broadly speaking: fragments of memory (“an image of my father came to mind”), thoughts related to the surroundings (“I was listening to the sounds of the street”), dream-like imagery (“I was seeing little aliens”), and deliberate reflections (“I was thinking about what I was going to do tomorrow”).

The next question followed naturally: at what point between wakefulness and sleep does each of these states arise?

Dreaming while awake, thinking while asleep

This is where the results become surprising. We expected a simple scenario: rational thoughts during wakefulness, bizarre imagery during sleep. And some patterns did go in that direction: as people fell fast asleep, the mental state linked to the surroundings and the one linked to deliberate reflection became rarer.

But here is the core of our discovery: all four states appeared across the board – during wakefulness, sleep onset (stage N1), and in more established sleep (stage N2). What passes through our mind is not dictated by whether we are awake or asleep.

In practice, some cases turned out to be, frankly, paradoxical. One participant, who was perfectly awake (alpha waves on the EEG, a signature of wakefulness), reported: “Ants were climbing on me with crossword puzzles in the background.” Another participant asleep in stage N2 (sudden large slow waves on the EEG recording, a classic marker of sleep) simply said: “I was thinking about work.” We dream before falling asleep; we reflect while asleep.

One point still needed clarifying: the brain does not function in the same way during wakefulness and sleep; during sleep, it slows down, it becomes synchronised. So how can a dream-like experience arise both in wakefulness and in sleep? To understand this, we zoomed in: shorter time windows to capture rapid shifts in brain waves, 64 electrodes to cover the cortex precisely, and finer metrics of brain signals than those traditionally used.

We found brain signatures of mental states. Dream-like imagery, for example, was accompanied by weaker communication between distant brain regions, as if these areas of the brain were less able to talk to one another. The key point: these signatures were the same whether the person was awake or asleep. In other words, the brain can produce the same type of mental experience regardless of the state of vigilance.

How about you? What goes through your mind as you fall asleep? These results pose the following equally interesting questions: Do all people have the same mental experiences? In the same order? And does this tell us something about who we are?

To find out, we designed Drifting Minds, an online questionnaire of about twenty minutes that explores your mental experiences during the sleep onset period. Close to 5 000 people across five continents have already taken part. The goal is to identify sleep-onset profiles in the population and to see whether they depend on age, sex, and culture, but also whether they are linked to traits such as creativity, anxiety, mental imagery ability, or sleep quality.

At the end of the questionnaire, you discover your own sleep onset profile and can compare yourself with others. Take part here!

Deep down what we are trying to do is understand what the brain generates in this “in between” zone, and what it says about us. So tonight, as you close your eyes, you will once again pass through that strange corridor. Pay attention to that moment and what’s going through your mind just before you drift off…


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Delphine Oudiette received financing from the European Union funded (ERC consolidator grant) Horizon Europe program.

Nicolas Decat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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