21.04.2026 à 12:50
Barthélémy Courmont, Directeur du master Histoire -- Relations internationales, Institut catholique de Lille (ICL)
Cet article, qui constitue la suite d’une première réflexion publiée récemment et intitulée « “Guerre asymétrique” : une formule récente pour un phénomène plurimillénaire », présente les deux principales visions qui s’opposent sur la notion de « guerre asymétrique ». L’une y voit un effort du plus faible pour égaler le plus fort ; l’autre, une tentative de l’affaiblir. Un débat qui, en tout état de cause, oblige à repenser la guerre.
Dès lors que la guerre asymétrique ne se résume plus au seul constat que le rapport de force entre deux belligérants est déséquilibré, mais implique des stratégies de contournement, elle s’impose comme un concept employé par les états-majors, par les gouvernements, et par les observateurs. Mais tous ne définissent pas ce concept de la même façon, loin de là. Les déboires de Washington au Moyen-Orient depuis fin février nous le rappellent. Deux grandes définitions radicalement différentes se sont de fait imposées dans le débat.
Toutes deux partent du principe que la guerre asymétrique est une stratégie du faible au fort. La première, cependant, tend à considérer qu’elle traduit une tentative du faible de hausser son niveau de nuisance pour se mettre au niveau du fort. La seconde, quant à elle, estime qu’il convient de parler de guerre asymétrique lorsque le faible cherche à accentuer le décalage qui le sépare du fort pour en tirer un avantage. L’intérêt de ces deux approches est qu’elles tirent des conclusions presque opposées de leur perception d’un conflit opposant le fort et le faible.
Dans les cercles stratégiques aux États-Unis, l’asymétrie est généralement considérée comme un effort du faible afin d’accroître à moindres frais sa capacité de nuisance, au point de se positionner comme l’égal du puissant. Les armes de destruction massive (ADM) entre les mains d’États faibles, ou éventuellement de groupes armés non étatiques, sont ainsi perçues comme une composante asymétrique de l’arsenal dont disposent ces États, puisqu’elles leur permettent d’accéder à un niveau de dangerosité qu’ils ne sauraient atteindre en se contentant des moyens conventionnels.
Cette approche de la guerre asymétrique, décrite dans de nombreux travaux qui nous ramènent aux fameux États voyous et à « l’Axe du Mal » désigné par Washington au début des années 2000, s’est développée en marge des interrogations sur les risques liés à la prolifération des ADM et s’applique parfaitement à ces États comme la Corée du Nord, qui disposent de ressources très limitées mais qui cherchent, en se procurant des capacités nucléaires, à hausser leur niveau de puissance de manière disproportionnée. Dans le cas des acteurs non étatiques, le scénario d’un terrorisme par ADM est le plus souvent évoqué pour illustrer ce risque. Dans ce cas, la guerre asymétrique se traduirait par un effort du faible en vue de se mettre au niveau du fort et d’équilibrer par le haut les capacités dont il dispose.
À l’opposé de cette réflexion s’impose l’idée selon laquelle l’asymétrie, quelle que soit sa forme, est le privilège du faible, qui cherche à vaincre le plus puissant en contournant les moyens qui assurent sa supériorité.
Selon Steven Metz et Douglas Johnson, les acteurs asymétriques « agissent, s’organisent et pensent différemment afin de maximiser leurs propres avantages, exploiter les faiblesses de l’adversaire, détenir l’initiative ou gagner une liberté d’action plus importante. L’asymétrie peut inclure des méthodes, des technologies, des valeurs, des modes d’organisation, des échéanciers différents ou une combinaison de ces derniers ».
Face aux puissances qui ne peuvent outrepasser un ensemble de règles morales et d’engagements internationaux qu’elles ont cautionnés et qui, d’une certaine manière, interdisent certaines pratiques, les États faibles et, plus encore, les groupes armés non étatiques bénéficient d’une plus grande liberté d’action. Ce qui n’est pas permis aux démocraties l’est aux dictatures, et ce que ne peuvent faire des forces armées organisées, des groupes dispersés se le permettent sans états d’âme. Ainsi, dans le cas du conflit en Iran, les dirigeants des États-Unis ne peuvent pas se permettre d’ignorer l’hostilité croissante de leur opinion publique à l’égard de la guerre, tandis que leurs homologues iraniens ne se préoccupent pas de ce que pensent leurs propres citoyens.
Cette marge de manœuvre du faible, plus ou moins importante, définit la faille dans laquelle il peut déployer sa stratégie de contournement. Cette stratégie, qui s’appuie sur une multitude de tactiques, consiste à empêcher le fort de faire usage de sa puissance, ou rendre cette dernière inefficace. L’utilisation systématique de leurres, la guerre en milieu urbain, les attaques par surprise ou l’impossible identification de forces armées (par exemple en semant la confusion entre militaires et civils) sont autant de techniques de guerre asymétrique qui permettent au faible d’optimiser ses chances de succès à la fois en semant la confusion chez le fort et en réduisant au maximum les capacités de riposte de ce dernier.
Cette approche de la guerre asymétrique trouve également un écho dans les travaux sur la cyberguerre et la possibilité pour le faible de paralyser le fort à l’aide de moyens limités. Ici, la guerre asymétrique se traduit donc par un effort visant à affaiblir le fort, et donc à équilibrer le rapport de forces par le bas.
Si elles sont totalement différentes dans la méthode, ces deux approches de la guerre asymétrique peuvent être menées conjointement, ce qui est d’ailleurs souvent le cas. On relève ainsi de la part du faible une tendance à vouloir se faire plus puissant et dans le même temps un effort visant à affaiblir le fort.
Si l’asymétrie est clairement identifiée comme une stratégie du faible au fort, celle-ci ne peut se développer que dans un contexte particulier, une situation adéquate résultant des agissements du fort. La marge de manœuvre du faible est ainsi étroitement associée à l’attitude du fort qui porte, en certaines circonstances, une grande responsabilité de par ses mauvais choix et de ses certitudes mises à mal et exploitées par le faible. Ce sont ses actions qui délimitent les contours de la guerre asymétrique, et ses erreurs qui en déterminent le plus souvent l’issue. L’absence de stratégie clairement définie, comme c’est le cas dans la campagne militaire américaine contre l’Iran, en offre une démonstration saisissante.
Le politologue américain Christopher J. Fettweis identifie dans son livre The Pathologies of Power quatre pathologies, qui, selon lui, sont à l’origine des croyances qui poussent les dirigeants des grandes puissances (son étude est consacrée aux États-Unis) à prendre des décisions irrationnelles : la peur, l’honneur, la gloire et l’hubris.
Inscrites dans la lignée des travaux sur la perception de Robert Jervis, ces pathologies aveuglent les grandes puissances dans leur appréciation des enjeux sécuritaires. L’hubris, qui est une manifestation d’arrogance, est pour Fettweis, à la fois la plus prévisible et la plus importante des pathologies du fort.
À différentes périodes de l’histoire des États-Unis, des études poussées sur l’arrogance du pouvoir furent publiées comme une mise en garde face au risque d’unilatéralisme, à un excès de confiance parfois inapproprié, et à un messianisme que Barry Buzan qualifiait en 2004 dans The United States and the Great Powers de « syndrome de l’empire du milieu ». Fettweis juge que l’hubris est inquiétant, car il « peut s’imposer face à ce qui semble être les signes les plus évidents ». Il n’est également pas inscrit dans un courant de pensée en particulier, et menace tous ceux qui croient en un messianisme.
L’arrogance du puissant est alimentée par ses succès passés et par un sentiment de supériorité que lui offrent des moyens techniques et des capacités d’entraînement très largement supérieurs à ceux de ses adversaires potentiels. Cela peut faire croire à un chef des armées peu au fait de l’hubris que la victoire est facilitée par le déséquilibre des forces en présence, et se résume à une « excursion ». On pourrait ajouter à ces pathologies la difficulté pour le fort de reculer une fois qu’il est engagé dans un conflit, au risque de perdre toute crédibilité. Là encore, le cas américain est très éclairant.
Quels peuvent être les remèdes à ces pathologies, s’interroge Fettweis ? D’abord que le patient accepte le diagnostic, car « s’il ne fait aucun doute que les États-Unis sont un bon pays, il fait occasionnellement de mauvais choix ». Prendre la mesure des erreurs de jugement, de la réalité de la puissance américaine (et non de sa vision fantasmée), faire preuve de patience et à l’instar des recommandations d’Hans Morgenthau dans Politics Among Nations, se souvenir que la prudence est « la vertu suprême en politique ».
Les conseils de Fettweis s’inscrivent dans la tradition de l’école réaliste et privilégient un plus grand pragmatisme. Ils sonnent également contre une nécessaire mise en garde contre un sentiment de supériorité qui s’appuie sur les avantages matériels dont le fort bénéficie face au faible, mais qui ne doivent pas être jugés suffisants en toute circonstance.
Reste une question trop souvent occultée dans les réflexions sur la guerre asymétrique : peut-on, dans la position du faible, remporter une guerre contre un plus puissant ? Si les acteurs asymétriques sont en mesure de perturber la puissance, à tel point qu’il est possible de les assimiler à des « armes de perturbation massive », tant leur complexité rend difficile leur neutralisation, la question est de savoir s’ils ont la capacité de porter un coup fatal dont le puissant ne pourrait se relever.
A priori, cette hypothèse est exclue. Le plus grand danger pour le puissant viendrait plutôt de la réponse à apporter aux attaques des acteurs asymétriques, sans faire montre d’arrogance, sans se reposer de manière systématique sur la supériorité des arsenaux, et sans oublier le décalage qui distingue le fort du faible dans les objectifs d’un conflit.
Si les déséquilibres capacitaires sont au cœur des travaux sur la guerre asymétrique, la différence entre le fort et le faible dans les objectifs dans un conflit armé doit ainsi être prise en compte pour comprendre le décalage, et en tirer les conclusions qui s’imposent.
La survie du fort étant rarement en jeu – a fortiori quand il est opposé au faible – les conflits dans lesquels il est généralement engagé sont de faible intensité, sur des théâtres extérieurs, avec des objectifs relativement limités, à tel point qu’on parle souvent d’opérations plus que de guerre. Le faible est de son côté confronté à sa propre survie, au point que tout conflit armé devient pour lui une guerre totale.
Ce décalage dans les objectifs est particulièrement éclairant pour comprendre l’engagement des forces de part et d’autre, la mobilisation sociétale ou encore l’accent mis sur certaines pratiques, qui sont parfois sans limite du côté du faible. Conséquence de ce décalage, la définition de la victoire varie très fortement entre le fort et le faible, tout autant que la mise en œuvre des moyens permettant d’y parvenir.
Profondément inscrite dans l’histoire, la guerre asymétrique offre une autre lecture des conflits. Sa place dans les guerres contemporaines est la conséquence directe de la recherche de dissymétrie par les puissances. À partir du moment où les grandes puissances se reposent quasi exclusivement sur la technologie, et cherchent à obtenir un avantage sur leurs adversaires avant même le début des hostilités, ceux qui leur sont hostiles ont le choix entre accepter la défaite – en se lançant dans une confrontation directe dont ils ne peuvent sortir vainqueurs – ou au contraire faire usage de stratégies de contournement afin de résister, et ainsi perturber les plus puissants.
La multiplication des acteurs asymétriques au cours des dernières années s’explique par ailleurs tant par un sentiment de frustration perceptible dans la plupart des régions du globe – ce sentiment convergeant généralement vers Washington et l’Occident – que par le vide laissé par des innovations technologiques trop rapides et mal adaptées aux conflits contemporains.
Les capacités d’aujourd’hui sont le résultat de programmes souvent engagés dans les années 1960, c’est-à-dire à une époque où mettre l’accent sur les capacités technologiques était nécessaire afin de ne pas être en désavantage face à la puissance de l’autre. D’autant que cet « autre » était alors le reflet du miroir, la guerre froide étant sans doute la période la plus symétrique en termes de rapports de forces, méritant pleinement le qualificatif d’« équilibre de la terreur » que les capacités nucléaires assuraient.
Avec la fin de la bipolarité, un tel postulat doit être corrigé, car il n’offre pas de réponse appropriée aux acteurs asymétriques, ni au nécessaire appel au génie pour compenser la faiblesse des nouveaux adversaires. On voit notamment que l’usage de plus en plus répété des drones, plus rudimentaires et surtout beaucoup moins chers que les missiles perfectionnés, perturbe les plans stratégiques.
En ce sens, la guerre asymétrique est un rappel à l’ordre pour le fort, qui doit comprendre que les conflits ne sont jamais gagnés à l’avance. La supériorité logistique ne se traduit par la victoire que si elle sait s’adapter aux spécificités propres à chaque conflit, et au profil des acteurs identifiés comme faibles. La guerre asymétrique impose tout simplement de repenser la guerre, sans quoi elle s’imposera comme la norme dans les conflits futurs.
Barthélémy Courmont ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
21.04.2026 à 12:49
Sanae Okamoto, Senior Researcher in Behavioural Science and Psychology, United Nations University - Maastricht Economic and Social Research Institute on Innovation and Technology (UNU-MERIT), United Nations University
Nidhi Nagabhatla, Senior Research Fellow and Cluster Coordinator Institute on Comparative Regional Integration Studies (UNU-CRIS) and Adj Prof McMaster University, Canada, United Nations University
Robert Oakes, Senior Researcher, Institute for Environment and Human Security (UNU-EHS), United Nations University

Plutôt que de se focaliser sur ce qui ne va pas, l’éducation au climat peut aider les enfants à se demander ce qu’ils peuvent faire. En cultivant leur agentivité, c’est-à-dire leur capacité à être maîtres de leur existence, et leur esprit critique, elle peut faire émerger une génération prête à agir pour un avenir plus durable.
Les enfants sont ceux qui ont le moins de prise sur l’avenir de la planète, mais ils seront aussi parmi les plus touchés par ses transformations. Ils peuvent ainsi ressentir le poids psychologique de ce que l’on appelle le « fossé de la futilité » : le sentiment que les actions individuelles n’ont guère de sens face à l’inaction plus large de la société face à la crise climatique.
Dans ce contexte, il est essentiel de favoriser une agentivité psychologique saine – c’est-à-dire la conviction que nous avons prise sur notre propre vie. Des leviers existent pour agir contre la crise climatique. Les enfants doivent être accompagnés afin qu’ils ne perdent pas espoir.
Avec notre collègue Kariũki Werũ, nous avons élaboré un guide expliquant comment les adultes peuvent soutenir le développement psychologique sain des enfants.
Notre approche reconnaît la gravité du changement climatique tout en ancrant les enfants dans l’espoir. L’objectif est de transformer les sentiments d’impuissance en sentiment d’efficacité personnelle – la conviction qu’ils peuvent agir.
Pour protéger le bien-être émotionnel des enfants tout en abordant les réalités du climat, les adultes doivent aussi apprendre à parler du changement climatique avec les enfants. Cela suppose d’écouter les enfants, d’apprendre avec eux et d’utiliser un langage adapté à leur âge et à leur capacité de compréhension. Les écoles et les communautés pourraient également aider les parents en proposant des conseils pour mener ces conversations.
Surveiller l’activité en ligne d’un enfant peut aussi le protéger d’informations traumatisantes. Les parents peuvent mettre l’accent sur les progrès et les solutions, et aider leurs enfants à passer du temps à observer et apprécier l’évolution de la météo et de leur environnement.
Les écoles, les méthodes pédagogiques ainsi que les relations des enfants avec leurs enseignants et leurs camarades jouent un rôle central dans le développement de leur agentivité psychologique. Renforcer leur résilience face au changement climatique pourrait passer par un dépassement de l’apprentissage traditionnel fondé sur la mémorisation, au profit d’une « éducation critique au climat » adaptée à leur âge.
L’objectif est de donner aux élèves les moyens de questionner les systèmes existants et d’imaginer des transformations profondes, plutôt que de se sentir vaincus par l’ordre établi.
L’apprentissage en plein air, au contact de la nature, peut également renforcer ce développement. Il peut à la fois améliorer la santé mentale et transformer des notions abstraites liées au climat en expériences concrètes. Apprendre dehors peut favoriser des discussions plus constructives sur le climat et établir un lien direct entre les actions humaines, l’environnement et les solutions durables. Les observations sur le terrain et les projets d’enquête permettent ainsi de combler l’écart entre l’apprentissage et l’action.
L’apprentissage du climat par l’intermédiaire des outils numériques constitue un puissant levier pour l’éducation contemporaine. Il offre des perspectives interactives et globales sur la crise climatique. Mais il doit être encadré afin de limiter les effets des « bulles de filtres » sur Internet – lorsque les algorithmes ne montrent aux utilisateurs que des informations correspondant à leurs intérêts passés. Ce phénomène peut isoler les enfants et les submerger de contenus répétitifs qui nuisent à leur bien-être.
Utilisés correctement, les outils numériques peuvent au contraire élargir la perspective des enfants sur les solutions face au changement climatique au-delà de leur environnement local.
Une éducation climatique efficace peut associer apprentissage numérique et expériences concrètes sur le terrain. Lorsqu’elle est accompagnée par des enseignants et des adultes qui jouent un rôle de guides – tout en laissant aux enfants l’espace nécessaire pour explorer et créer de manière autonome – ceux-ci peuvent bénéficier d’une éducation à la fois réaliste et équilibrée. Des programmes pionniers combinent déjà les sciences enseignées en classe, les outils numériques et des expérimentations en extérieur afin de transformer les idées des élèves en projets concrets au service de leur communauté.
À une échelle plus large, l’éducation au climat doit aussi combler l’écart entre responsabilité individuelle et pouvoir collectif. Le récit autour du climat devrait passer de la question « Qu’est-ce qui ne va pas ? » à « Que pouvons-nous faire ? » Ce changement peut donner aux enfants un sentiment d’agir sur le monde plutôt que de nourrir leur anxiété climatique. Les réseaux sociaux constituent un espace clé où cette évolution peut se produire.
Lorsqu’ils sont utilisés avec l’accompagnement d’adultes et une bonne éducation aux médias numériques, ces outils peuvent favoriser des dialogues constructifs et des actions fondées sur des données. Un usage modéré et positif des outils numériques peut aider les enfants à relier leur propre prise de conscience au monde qui les entoure et à encourager des actions à une échelle plus large pour réellement faire face à la crise climatique.
À terme, cela peut permettre aux enfants de partager leurs connaissances sur le changement climatique et d’inspirer des actions au sein de leur famille et de leur entourage. Ils peuvent ainsi devenir des acteurs influents à l’école et dans leur communauté.
Pour faire face à la crise climatique tout en préservant le bien-être des jeunes, il est essentiel d’aider les enfants à reconnaître leur capacité d’agir. Ils peuvent devenir des acteurs du changement, capables de lutter contre la désinformation et de développer une résilience psychologique durable.
Les écoles peuvent travailler avec les familles, les communautés et les responsables publics pour créer un environnement favorable à l’apprentissage du climat. Une telle approche pourrait combler l’écart entre les connaissances scientifiques sur le climat et les expériences vécues, en apportant le soutien émotionnel et les compétences pratiques nécessaires pour donner aux générations du climat les moyens de construire ensemble un avenir durable.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
21.04.2026 à 12:47
Frédéric Fréry, Professeur de stratégie, CentraleSupélec, ESCP Business School

OpenAI, the creator of ChatGPT, is gearing up to launch its Initial Public Offerings (IPO) this year. This financial manoeuvre would represent a pivotal shift for a project originally designed for the “common good” towards a market-driven logic. Established in 2015, OpenAI started out amidst growing anxiety regarding artificial intelligence (AI). Founded by Sam Altman and Elon Musk, the tech company adopted a non-profit structure and made no secret of its goal to develop AI that is “beneficial to humanity” and prevent it from remaining in the hands of a few dominant players.
This ambition distinguished it from tech giants like Google, Microsoft, Meta, and Amazon, which were built on proprietary models and rent-seeking effects.
In contrast, OpenAI intended to champion general public interest by emphasising open research and sharing knowledge. However, this orientation – symbolised by its name – quickly collided with a structural constraint: the astronomical cost of generative AI.
Unlike traditional software, where marginal costs tend towards zero (for example, the millionth copy of Windows costs Microsoft nothing), generative AI requires massive infrastructure.
Every interaction mobilises computing resources, energy, and specialised equipment. A standard ChatGPT query, consisting of one question and one answer, costs between $0.01 and $0.10. Similarly, generating a high-definition image can cost between $0.10 and $0.20. While these amounts seem negligible in isolation, they become staggering when scaled to the billions of daily queries seen in 2026.
This is explained by the underlying infrastructure, particularly the Graphics Processing Units (GPUs) supplied by players like Nvidia. These chips can cost tens of thousands of dollars to purchase and several dollars per hour via cloud access.
OpenAI, like its competitors, depends on tens of thousands of these GPUs running continuously in massive data centers. According to some estimates,the necessary investments will reach hundreds of billions by the end of this decade.
As early as the late 2010s, it became clear that a purely non-profit model could not meet such capital intensity. This is why OpenAI adopted a hybrid status in 2019, allowing it to raise funds while maintaining control through a foundation. It was a first foray into the market economy, albeit one tempered by the ambition to resist investor demands.
However, at the end of 2022, the chatbot ChatGPT radically changed the game, attracting 100 million users in just two months, before surpassing 900 million weekly users by early 2026.
OpenAI’s revenue surged from approximately $200 million (€173.15 million) in 2022 to over $10 billion (€8.65 billion) in 2025 – a sixty-fold increase in three years.
This exponential growth was accompanied by the implementation of a business model with multiple revenue streams. For individuals, OpenAI offers paid subscriptions (ranging from $20 to $200 per month). However, the bulk of the revenue comes from enterprises, via subscriptions priced between $25 and $60 per user per month. A company with 10,000 employees thus represents several million dollars in annual revenue.
OpenAI additionally bills for the use of its models by companies that integrate them directly into their own solutions. Every use is metered, often on a massive scale. An application processing a million queries a day can generate tens of thousands of dollars in monthly billing.
Finally, a growing portion of revenue comes from strategic agreements, notably with Microsoft, which integrates OpenAI technologies into its products under the Copilot brand.
It is the sum of these flows – subscriptions, licences, third-party usage, and partnerships – that allowed OpenAI to reach approximately $1 billion in monthly revenue in 2025. Yet, this commercial rise masks an intrinsic economic fragility.
Despite sharply rising revenues, OpenAI remains structurally loss-making. In the first half of 2025, the company reportedly generated approximately $4.3 billion in revenue while recording losses between $7 billion and $13 billion – more than $2 billion in losses every month. In total, cumulative losses could exceed $140 billion (€121.19 billion) between 2024 and 2029.
This drift is explained by the very nature of OpenAI’s business model, where every interaction incurs a cost alongside gargantuan necessary investments. Beyond infrastructure, Research and Development (R&D) is a major expense. To stay in the technological race against an increasingly competitive environment, OpenAI reportedly invested nearly $16 billion in R&D in 2025 alone.
To this is added the cost of human resources, which is sometimes extraordinary. While base salaries for the most in-demand AI experts range from $250,000 - $700,000 per year, their total compensation – including stock and bonuses – frequently exceeds $1 million. In some cases, annual compensation even exceeds $10 million. Here again, bidding wars from competitors like Meta force OpenAI to match these offers for fear of seeing its key talent vanish.
In short, OpenAI’s business is not enough to cover its costs, to the point that some analysts suggest that at this rate, it could be forced to file for bankruptcy as early as 2027. Recourse to external financing is therefore indispensable to cover these losses.
To sustain its growth, OpenAI has already raised approximately $58 billion since its inception, including more than $13 billion from Microsoft. In 2025, an exceptional funding round reportedly raised up to $40 billion more, pushing its valuation to several hundred billion dollars.
At the end of March 2026, a new $122 billion funding round – notably involving Amazon ($50 billion), Nvidia, and SoftBank ($30 billion each) – brought the valuation to $852 billion (€737.6 billion). Yet, these amounts remain insufficient given the requirements.
Dependency on industrial partners appears particularly problematic. Microsoft provides OpenAI with its cloud infrastructure via Azure, while Nvidia plays a key role upstream by providing GPUs. Much like the Gold Rush era, when shovel sellers grew rich at the expense of prospectors, it is the infrastructure providers in the AI sector making a fortune, not the model designers.
In practice, every AI query generates revenue for infrastructure providers, amounting to a form of “invisible tax” captured upstream.
In 2025, Nvidia generated nearly $73 billion in net profit on approximately $130 billion in revenue, and its stock market valuation is 1.5 times higher than the entire Paris stock exchange!
OpenAI’s economic tensions have spilled over into its corporate governance. The hybridisation of a public interest mission with private financing mechanisms resulted in a complex structure. A non-profit foundation controls a for-profit “public benefit corporation”, which is funded by investors and tasked with raising capital and developing activities – all while theoretically remaining subordinate to the foundation’s public interest mission. This construction, designed to avoid purely financial logic, quickly fuelled tensions between different stakeholders.
Elon Musk’s departure in 2018 was the first signal of a strategic disagreement. In 2020, several researchers left OpenAI to found Anthropic, citing differences over safety and governance. However, it was primarily the crisis of November 2023 that fully revealed the system’s fragilities, when the board of directors suddenly announced the firing of Sam Altman, citing a lack of transparency in his communications.
Within hours, the situation spiralled into an open crisis. Nearly all employees threatened to leave the company if Altman was not reinstated. Microsoft, the main partner and investor, publicly supported Altman and even discussed the possibility of hiring him and his teams. Faced with this pressure, the board was forced to reverse its decision within days. Sam Altman was reinstated, and the board’s composition was profoundly overhauled. This episode highlighted internal tensions, specifically the difficulty of making divergent logics coexist within the same company: ethical posturing, industrial imperatives, and investor demands.
In addition to these internal constraints, competitive intensity is particularly fierce.
Google, the inventor of generative AI, is making rapid progress with Gemini. Anthropic, with Claude, has established itself in certain segments, particularly programming, while emphasising safety.
China’s DeepSeek has claimed to use less expensive processors. France’s Mistral AI advocates for a frugal approach and European digital sovereignty. In a sign of this shifting landscape, Apple which initially partnered with OpenAI to include ChatGPT for certain Siri features – has chosen to replace it with Gemini.
In this context of ecosystem reorganisation, OpenAI’s position, while still central, is being challenged. Intensifying competition reinforces the need for ever-greater financial resources.
OpenAI’s Initial Public Offering (IPO) is presented as a response to these constraints: a way to fund massive investments and consolidate a weakened competitive position. An IPO could raise between $50 billion and $100 billion by selling 10% to 20% of the capital. Such an operation would constitute one of the largest in the history of financial markets.
However, this transformation involves delicate trade-offs. A listed company is subject to profitability and transparency requirements that may clash with the experimental nature of artificial intelligence. Added to this is the persistent dependence on Microsoft and Nvidia, which limits the company’s strategic autonomy.
Most importantly, there is no indication that an IPO would suffice to resolve OpenAI’s structural problems. At best, without a significant shift in the business model, it would only delay its bankruptcy by a few years. The economic model of generative AI remains fundamentally unstable today.
Beyond the case of OpenAI, one can legitimately question the current functioning of an economy dominated by tech giants.
Artificial intelligence is establishing itself as an essential infrastructure whose effects far exceed the economic sphere. For some analysts, control over AI now carries the same geostrategic importance as the possession of nuclear weapons.
Consequently, a civilisational question arises: can we entrust the development and direction of such a technology solely to financial markets? Can we imagine Elon Musk or Mark Zuckerberg personally owning the equivalent of one or more atomic bombs? OpenAI’s IPO will not provide the answer alone. However, it will constitute one of the first large-scale tests.
A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!
Frédéric Fréry ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.