LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs REVUES Médias
Souscrire à ce flux
L’expertise universitaire, l’exigence journalistique

▸ Les 50 dernières parutions

03.04.2026 à 16:26

Un million de satellites ? La nouvelle ruée vers l’orbite inquiète scientifiques et juristes

Gregory Radisic, Fellow at the Centre for Space, Cyberspace and Data Law; Senior Teaching Fellow, Faculty of Law, Bond University

Samantha Lawler, Associate Professor, Astronomy, University of Regina

L’essor des mégaconstellations promet une révolution technologique – mais aussi une transformation irréversible du ciel nocturne.
Texte intégral (2107 mots)
Vue d’astronome d’une étoile obscurcie par les traînées laissées par des satellites Starlink. Rafael Schmall/Wikimedia Commons, CC BY

Des dizaines de milliers de satellites sont déjà en orbite, et plus d’un million sont envisagés. Cette industrialisation du ciel pourrait bouleverser l’observation astronomique, la navigation et certaines traditions culturelles, sans que ces impacts soient réellement pris en compte par la régulation.


Le 30 janvier 2026, SpaceX a déposé une demande auprès de la Federal Communications Commission (FCC) des États-Unis pour déployer une mégaconstellation pouvant compter jusqu’à un million de satellites, constellation destinée à alimenter des centres de données dans l’espace.

Le projet prévoit des satellites opérant entre 500 et 2 000 kilomètres d’altitude en orbite terrestre basse. Certaines de ces orbites sont conçues pour bénéficier d’une exposition quasi permanente au soleil. Le public peut d’ailleurs actuellement soumettre des commentaires sur cette proposition.

La demande déposée par SpaceX n’est que la dernière en date d’une série de projets de mégaconstellations de satellites. Satellites qui remplissent généralement une fonction unique et ont une durée de vie relativement courte, d’environ cinq ans avant d’être remplacés.

En février 2026, environ 14 000 d’entre eux étaient déjà en orbite. Dans le même temps, 1,23 million de satellites supplémentaires sont en projet. La procédure d’autorisation de ces satellites repose presque exclusivement sur les informations techniques, très limitées, que les entreprises qui les produisent fournissent aux régulateurs. Les conséquences culturelles, spirituelles – et une grande partie des impacts environnementaux de ces objets – restent largement ignorées. Pourtant, elles devraient faire partie de l’évaluation.

Le ciel nocturne va profondément changer

À cette échelle de croissance, le ciel nocturne sera durablement transformé à l’échelle mondiale, et ce pour des générations.

Les satellites en orbite terrestre basse réfléchissent la lumière du soleil pendant environ deux heures après le coucher du soleil et avant son lever. Malgré des efforts d’ingénierie visant à réduire leur luminosité, ces satellites – parfois de la taille d’un camion – apparaissent dans le ciel nocturne comme des points lumineux en mouvement. Les projections montrent que les futurs satellites vont considérablement accroître cette pollution lumineuse.

En 2021, des astronomes estimaient que, d’ici moins d’une décennie, un point lumineux sur quinze dans le ciel nocturne serait un satellite en mouvement. Cette estimation ne prenait pourtant en compte que les 65 000 satellites de mégaconstellations proposés à l’époque.

Une fois qu’un million d’entre eux seront déployés, les conséquences pour le ciel nocturne pourraient être difficiles à inverser. Si la durée de vie moyenne d’un satellite n’est que d’environ cinq ans, les entreprises conçoivent ces mégaconstellations pour être remplacées et étendues en permanence. Le résultat : une présence industrielle continue dans le ciel nocturne.

Tout cela provoque un « syndrome du glissement de référence » (shifting baseline syndrome) appliqué à l’espace : chaque nouvelle génération finit par considérer comme normal un ciel nocturne de plus en plus dégradé. Les satellites qui se croisent dans le ciel deviennent la norme.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, ce glissement de référence signifie que les enfants d’aujourd’hui ne grandiront pas avec le même ciel nocturne que celui qu’ont connu toutes les générations précédentes.

Houston, nous avons un « méga » problème…

Le volume colossal de satellites envisagés suscite des inquiétudes de toutes parts. Les astronomes redoutent notamment les reflets lumineux intenses et les émissions radio qui risquent de perturber les observations du ciel.

Dans l’industrie aussi, les alarmes se multiplient : gestion du trafic orbital, risques de collision, coordination internationale. Contrairement à l’aviation, il n’existe toujours pas de système unifié de gestion du trafic spatial.

Les mégaconstellations augmentent aussi le risque de syndrome de Kessler, une réaction en chaîne de collisions potentiellement incontrôlable. On compte déjà 50 000 débris en orbite d’au moins dix centimètres. Si les satellites cessaient toute manœuvre d’évitement, les dernières données montrent qu’une collision majeure surviendrait en moyenne tous les 3,8 jours.

Les préoccupations culturelles sont également nombreuses. La pollution lumineuse générée par les satellites risque d’affecter les usages autochtones du ciel nocturne liés à des traditions orales anciennes, à la navigation, à la chasse ou encore à des pratiques spirituelles.

Le lancement d’un si grand nombre de satellites nécessite par ailleurs d’énormes quantités de carburants fossiles, ce qui peut endommager la couche d’ozone. Une fois leur mission terminée, ces satellites sont conçus pour brûler dans l’atmosphère. Ce procédé soulève une autre inquiétude environnementale : le dépôt de grandes quantités de métaux dans la stratosphère, susceptibles de provoquer une dégradation de l’ozone et d’autres réactions chimiques potentiellement nocives.

Tout cela soulève aussi des questions juridiques. En vertu du droit spatial international, ce sont les États – et non les entreprises – qui sont responsables des dommages causés par leurs objets spatiaux.

Les juristes spécialisés dans le droit de l’espace tentent désormais de déterminer si ce cadre juridique peut réellement permettre de tenir les entreprises ou les particuliers responsables. La question devient d’autant plus pressante que les risques de dégâts matériels, de morts ou de dommages environnementaux irréversibles augmentent.

Les failles dans la régulation ne peuvent plus être ignorées

Aujourd’hui, les règles qui encadrent les projets de satellites sont essentiellement techniques : elles portent par exemple sur les fréquences radio utilisées. Au niveau national, les autorités se concentrent surtout sur la sécurité des lancements, la limitation des impacts environnementaux sur Terre et la responsabilité en cas d’accident.

Ce que ces réglementations ne prennent pas en compte, en revanche, c’est l’effet qu’auraient des centaines de milliers de satellites lumineux sur le ciel nocturne – pour la recherche scientifique, la navigation, les transmissions et cérémonies autochtones…

Ces effets ne relèvent ni des atteintes environnementales « classiques », ni de simples questions d’ingénierie. Ce sont des impacts culturels qui échappent largement aux cadres de régulation actuels. C’est pourquoi le monde aurait besoin d’une évaluation de l’impact sur les « ciels nocturnes », comme le proposent les juristes spécialisés en droit spatial Gregory Radisic et Natalie Gillespie.

L’objectif serait de mettre en place une méthode systématique pour identifier, documenter et réellement prendre en compte l’ensemble des effets d’une constellation de satellites avant son déploiement.

Comment fonctionnerait une telle évaluation ?

La première étape consisterait à recueillir des données auprès de l’ensemble des parties prenantes. Astronomes – amateurs comme professionnels –, scientifiques de l’atmosphère, chercheurs en environnement, spécialistes des questions culturelles, communautés concernées et acteurs industriels apporteraient chacun leur point de vue.

Ensuite, il serait essentiel de modéliser les effets cumulés des satellites. Les évaluations devraient analyser comment ces constellations modifieront la visibilité du ciel nocturne et la luminosité du ciel, la congestion orbitale et le risque de victimes au sol.

Troisièmement, il faudrait définir des critères clairs pour déterminer dans quels cas la préservation d’un ciel dégagé est essentielle – pour la recherche scientifique, la navigation, l’enseignement, les pratiques culturelles ou encore le patrimoine commun de l’humanité.

Quatrièmement, l’évaluation devrait prévoir des mesures d’atténuation : réduction de la luminosité des satellites, modification des orbites ou ajustement du déploiement afin d’en limiter les dommages. Elle pourrait aussi inclure des incitations à utiliser le moins de satellites possible pour un projet donné.

Enfin, les conclusions devraient être transparentes, pouvoir faire l’objet d’un examen indépendant et être directement prises en compte dans les décisions d’autorisation et les politiques publiques.

Ce n’est pas un outil de veto

Cette évaluation de l’impact sur les ciels nocturnes ne vise pas à bloquer le développement spatial. Elle permet plutôt de clarifier les arbitrages et d’améliorer la prise de décision. Elle peut conduire à privilégier dès la des satellites réduisant la luminosité et les interférences visuelles, à choisir des configurations orbitales limitant l’impact culturel, à des consultations plus précoces et plus approfondies, ainsi qu’à une meilleure prise en compte des dimensions culturelles lorsque les dommages ne peuvent être évités.

Surtout, elle garantit que les communautés concernées par les constellations de satellites ne découvrent pas leur existence une fois les autorisations déjà accordées – lorsque des points lumineux commencent à traverser leur ciel.

La question n’est plus de savoir si le ciel nocturne va changer : il est déjà en train de changer. Le moment est venu pour les gouvernements et les institutions internationales de mettre en place des règles équitables, avant que ces transformations ne deviennent irréversibles.

The Conversation

Gregory Radisic est affilié à l’International Institute of Space Law ainsi qu’à l’Institute on Space Law and Ethics de l’organisation For All Moonkind Inc.

Samantha Lawler reçoit des financements du Natural Sciences and Engineering Research Council of Canada. Elle est également fellow de l’Outer Space Institute.

PDF

03.04.2026 à 15:39

A matter of taste: did Neanderthals really like Sapiens women?

Ludovic Slimak, Archéologue et chercheur au CNRS, Auteurs historiques The Conversation France; Université de Toulouse

A recent article published and widely read in Science revealed that Neanderthal men preferred “Sapiens” women, but it fails to tell the whole story.
Texte intégral (2715 mots)

Going by the headlines, the matter seems to be settled. El País announces that Neanderthal men “chose” Sapiens women. Science journal speaks of a “partner preference.” National Geographic is already imagining the “Romeos” of prehistory. The Telegraph suggests that Neanderthals “had designs on” Sapiens women.

Within a few hours, a statistical analysis had been whipped up into a tale of desire. The “sex lives” of our ancestors were suddenly within clicking distance. This shift is not trivial. It turns an asymmetry in genetic transmission into a narrative based on feelings, attraction, and prehistoric romance.

A scene is staged in which the Neanderthal “Romeo” wins the heart of a Sapiens “Juliet.” The story of our origins becomes a tabloid romance.

Yet the study published in Science says nothing of the kind. The authors are investigating a well-known pattern: in present-day non-African modern humans, traces of Neanderthal DNA are not distributed evenly and are more frequent on the non-sex chromosomes than on the X chromosome, where they are strongly depleted.

To explain this contrast, the authors compare several hypotheses: natural selection, sex-biased demographic processes or partner preference. Their conclusion remains cautious: partner preference is one possible parsimonious mechanism, but it excludes neither demographic bias nor more complex scenarios.

The study therefore shows neither an observed attraction nor any directly lived preference. It proposes something much narrower: within the space of models it tests, certain scenarios make an asymmetry of the Neanderthal male/Sapiens female type more plausible. In such a scheme, Neanderthal DNA can be transmitted widely through the ordinary chromosomes, while the Neanderthal X chromosome circulates less easily, since a father passes it on only to his daughters. This is not trivial. But neither is it the direct observation of attraction between populations, and showing that a statistical model can produce a genetic pattern is not the same as proving that this model was historically true.

What the X chromosome does not tell us about social life

As soon as we move from genetic data to their historical and social implications, interpretations become fragile. Chromosomes do not carry a faithful memory of our ancestors’ social lives. The fact that Neanderthal DNA is rare on the X chromosome does not, in itself, allow us to reconstruct Palaeolithic social organisation or the sexual preferences of these populations.

When two closely related groups interbreed, the sex chromosomes do not behave like the others. They are often more sensitive to incompatibilities and to natural selection. Take the case of a Neanderthal father and a Sapiens mother. Their child does indeed receive Neanderthal DNA in many of its chromosomes. But the father’s X chromosome is not passed on to sons, only to daughters. It therefore circulates less easily from one generation to the next. In addition, in hybridizations between closely related groups, males are often biologically more fragile, with greater problems of survival or fertility. This is why the sex chromosomes, and the X chromosome in particular, can eliminate DNA from the other group more quickly. A depletion of Neanderthal DNA on the X chromosome may, therefore, reflect a classic biological phenomenon, not the lingering trace of an erotic choice.

The signal observed today may, therefore, have several causes. The authors themselves do not present “partner preference” as direct proof, but as the most parsimonious explanation within their statistical model. They make it clear that it excludes neither sex-biased demographic processes nor more complex scenarios in which natural selection, differential migrations, and sex asymmetries may all have acted together.

Genetics detects transmissions. It does not reconstruct a society. It tells us neither whether these unions involved alliances, captures, asymmetrical exchanges, violence, or choice, nor who decided, nor under what constraints women and men circulated among groups.Between a chromosomal pattern and a scene of life, an entire world is still missing: the world of social constructions, rules on residence, hierarchies, conflicts and asymmetries between collectives.

For all their power, genes do not speak of past loves. They speak only of what survived.

What El Sidrón changes in the discussion

This is where archaeology and cultural anthropology become decisive again, because genes are not enough to reconstruct the social scene based on encounters between Neanderthals and Sapiens. We must, therefore, leave the Science article behind and rely on other kinds of evidence to get to grips with the structure of Neanderthal groups indirectly. In this respect, the site of El Sidrón, in northern Spain, provides a particularly strong basis which we can lean on.

Researchers identified bones there belonging to at least twelve Neanderthals. The most striking point concerns the adults. Three males shared the same mitochondrial lineage, whereas three females each had a different one. Yet mitochondrial DNA is transmitted only through mothers. From this, the researchers drew a simple interpretation with far-reaching implications: the males would have remained within their group, while the women would have circulated more between groups. In other words, El Sidrón is compatible with a patrilocal system.

The idea is decisive. Any human population needs exchanges with the outside world in order to reproduce itself over time. In a great many human societies, this circulation passes first through women, who leave their group of origin more often than men do. More generally, female dispersal and the tendency for males to remain in their natal group also constitute a predominant pattern among the great apes. To see in Neanderthals a signal compatible with greater female mobility therefore points to a deep behavioural tendency, one that runs from primates to human societies. Here, female mobility between groups is thus the most plausible explanation for the pattern observed. This therefore provides us, for once with a concrete foothold on Neanderthal social organisation.

And this deep tendency towards female dispersal changes a great deal. From that point on, an entire society becomes thinkable: exchanges of women between groups, asymmetrical integrations, reciprocal or non-reciprocal circulation, alliances, captures, or more brutal forms of intergroup relations. From then on, the question is no longer simply which chromosome survived, but in what kind of society these transmissions took place. This possibility alone is enough to skew the interpretation of the Science paper, because the genetic asymmetry observed may then reflect a social environment, yet to be explored, structured by rules on residence, circulation, and exchange.

‘Neanderthal, Sapiens: I love you… me neither’

Bringing the constraints of cultural anthropology back into biomolecular analysis allows other reversals to emerge. In Belgium, the site of Goyet yielded the remains of four Neanderthal females and two immature individuals. Clear-cut marks are present on five of them. The demographic profile of this assemblage is too singular to be explained by ordinary mortality. Isotopic signatures suggest a non-local geographic origin. The authors advance the hypothesis of conflict-related cannibalism, a form of predation targeting females from neighbouring groups. If this interpretation is correct, it tells us something brutal. Here, relations between Neanderthal groups belonged not to a sentimental world, but to one of capture, killing, and the consumption of the other.

The evidence can indeed be read in this way. But this case also calls for caution. The sample is small. The excavations are old. Spatial data are lacking. The identity of the local predatory group is not directly observed. Here again, the traces do not speak with a common voice.

At that point, another reversal becomes possible. If we step away for a moment from biomolecular reading alone and return to social analysis, a patrilocal society changes the entire meaning of the body and what it represents in a society. Women come from other groups, but in worlds where female mobility is a common pattern, from the great apes to human societies, interpreting this signal immediately becomes more subtle.

Evidence of cannibalism affecting women originating from neighbouring regions may, therefore, be read as simple predation upon outsiders. But another interpretation cannot be ruled out: that of an internal, perhaps ritualised, treatment of women who came from elsewhere but by then had been fully integrated into the group. Biology and genetics cannot tell us whether an individual born elsewhere remains a stranger to us or whether they become a full member of our own social environment.

Let us return, then, to the Science study. This is where we must be very precise about what it actually demonstrates. The sign of Sapiens ancestry as suggested by the authors refers to a very ancient episode, around 250,000 years ago. Their claim is therefore is not based on direct observation of an admixture event that left any traces on present-day humans. It assumes that the same genetic mechanism would still have been at work nearly 200,000 years later, at the time of the final contacts between Sapiens and Neanderthals.

If we take into account the very strong tendency towards female mobility, a paradox appears, one that places the extrapolation proposed by the Science article under deep tension. If Sapiens women had, in fact, regularly entered Neanderthal groups, we would expect to see a recent genetic signal of Sapiens ancestry persisting among the last Neanderthals. But this is not what the available evidence shows. Among the earliest ancient Sapiens in Eurasia, Neanderthal ancestry is constant. By contrast, the Neanderthal genomes available so far document no recent Sapiens contribution within the last Neanderthal populations. The genetic flow documented at the time they last came into contact therefore operates in only one direction, from Neanderthal to Sapiens.

Another anthropological hypothesis then becomes thinkable. In a patrilocal world, the circulation of women does not just organise reproduction; it also sets up alliances between groups. If exchange ceases to be reciprocal, the entire relationship changes. The following offer may seem harsh, but it captures the paradox well:

“I take your sister, but I won’t give you mine.”

This should not be read as a mechanical description of every individual encounter. But the offer enables us to formulate a possible structure: that of an unequal relationship between two human worlds, perhaps even a durable social asymmetry between the Neanderthal and Sapiens groups. It was this link between one-way genetic flow, patrilocality, and the non-reciprocity of exchange that led me, in Néandertal nu in 2022, to formulate the singular paradox: “Neanderthal, Sapiens: I love you… me neither.”

Placed back within this framework, the meaning of the molecular signatures shifts. The asymmetry no longer reads as a “fossil trace” indicating a preference, but as one possible effect of a structurally unequal relationship between human populations. Add to this the fact that sex chromosomes eliminate certain genetic contributions faster, and the picture changes again. What we thought we were reading as a “romance” may in fact be more deeply rooted in asymmetrical social structures.

What genes do not know about humans

Projecting our own narratives of desire, taste, and preference onto the very long history of humanity allows us to remain within our zone of comfort. But the reality of confrontation with alterity is always a harsher affair. Our values possess no spontaneous universality. They cannot serve as the foundation for imagining worlds vanished from existence. Nor can encounters between Neanderthals and Sapiens be reduced to past loves or wars merely transposed from our modern imagination. Researchers are trying to get closer to social structures, forms of exchange, boundaries between groups, the quality of alliances, ways of building a society.

But to do this, aligning chromosomes or isotopes is not enough. Palaeoanthropology must regain its glory as a science that’s not only about bones, but that’s an ethological, cultural, and social study of bygone human societies.

The difficulty, then, is not to choose between supposedly solid disciplines and supposedly fragile ones. It is to learn how to make different fields of knowledge speak to one another, each working in its own way to analyse traces of humanity that are incomplete.

Perhaps that is the real lesson. Chromosomes tell us far more than a mere love story between populations: they lead us to far larger questions. Who enters the group? Under what conditions? According to what rules of circulation? Under what reciprocity, or non-reciprocity? Often within what violence? And above all, within what changes in people’s status?

The body, its skin, its bones, its genes, its isotopes will never tell us anything about the reality of the individual within the wider society. The human being is a creature which cannot be reduced to its matter.

Among humans, who we consider a “stranger” firmly remains in the “eye of the beholder”.

So yes, it is indeed a matter of taste. But not necessarily in the sense understood by major media outlets. What newspapers have turned into a an affair of sentimental preference may, in reality, belong to something far deeper and, occasionally, regarding certain forms of cannibalism; far more literal.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


The Conversation

Ludovic Slimak ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

PDF

03.04.2026 à 12:15

Les médias français sont-ils racistes ?

Pascale Colisson, chercheure en science de l'information et de la communication, IPJ, associée à la chaire management diversités et cohésion sociale, Université Paris Dauphine – PSL

Le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko a été la cible de propos racistes sur Cnews. Mais au-delà de la chaîne de Vincent Bolloré, quels stéréotypes imprègnent la culture médiatique dominante ?
Texte intégral (2342 mots)

Allusion au fait que l’« Homo Sapiens descend des singes », au « chef de tribu », au « mâle dominant » : sur la chaîne Cnews, Bally Bagayoko, nouveau maire de Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, a été victime de propos racistes. Ce dernier appelle à un grand « rassemblement citoyen » contre le racisme et les discriminations samedi 4 avril. Mais au-delà de ces attaques récentes, il est essentiel d’interroger les stéréotypes qui imprègnent la culture médiatique dominante.


Les propos tenus dans certains médias à l’encontre de maires noirs nouvellement élus provoquent réactions et indignations sélectives et interrogent la responsabilité des journalistes dans la perpétuation des stéréotypes racistes. Mais si certains propos véhiculés consciemment par une parole d’extrême droite cristallisent le débat, cela ne doit pas occulter le fait que ces biais racistes s’invitent depuis toujours, sous une forme plus ou moins consciente, dans les productions médiatiques.

Selon le sociologue Samuel Bouron, l’extrême droite diffuse ses idées en jouant sur la culture du buzz et la captation des affects, mais aussi sur les contraintes journalistiques en détournant leurs normes. Une stratégie portée par la recherche de l’audience fondée sur l’économie de l’attention et la surmédiatisation de certains faits, en particulier les faits divers contribuant à la fabrique de paniques morales, ce que le sociologue britannique Stanley Cohen définit par « une réaction collective disproportionnée à des pratiques culturelles ou personnelles en général minoritaires, considérées comme “déviantes” ou néfastes pour la société ».

Les stéréotypes, constante de la production médiatique

Nombreux sont les rapports, études et travaux de recherche qui montrent comment les stéréotypes liés à l’origine, la couleur de peau, la religion, se croisant parfois avec le lieu de résidence, en particulier les banlieues, imprègnent de façon plus ou moins consciente et conscientisée les pratiques professionnelles. La sociologie du journalisme montre ainsi comment les acteurs et actrices du métier partagent une identité aux contours flous, marquée par des représentations sociales très ancrées, très souvent stéréotypées, et assez peu conformes à la réalité.

Dès 2000, des travaux sur la représentation des minorités dites visibles à la télévision sont réalisés, lesquels pointent la minorisation et la disqualification de ces minorités. C’est d’ailleurs à partir de 2000 que le CSA, ancêtre de l’Arcom, modifie le cahier des charges des télévisions publiques et les conventions des chaînes privées pour leur imposer de « prendre en considération, dans la représentation à l’antenne, la diversité des origines et des cultures de la communauté nationale ».

Par ailleurs, les chaînes publiques comme les chaînes privées doivent rendre un bilan annuel sur « la représentation des minorités », obligation étendue aux radios en 2005.

Pourtant, le baromètre de la diversité, publié tous les ans par le CSA puis par l’Arcom depuis 2012, signale que, sur la période 2013-2023, les personnes non blanches sont représentées en moyenne à hauteur de 15 %, mais dans les programmes d’information/magazine/documentaire, elles apparaissent deux fois plus souvent parmi celles ayant une attitude négative que parmi celles ayant une attitude neutre. Cette attitude négative relève souvent d’activités décrites comme marginales ou illégales.

Si, sur cette période, les personnes perçues comme noires étaient représentées en moyenne 1,5 fois plus souvent parmi celles ayant une attitude négative que parmi celles ayant une attitude neutre, on observe une recrudescence de leur représentation négative puisque, en 2023, elles étaient 4 fois plus souvent représentées parmi les personnes ayant une attitude négative que parmi les personnes ayant une attitude neutre.

Les Noirs ont un corps, les Blancs ont un cerveau

Les nombreux travaux de recherche dans le domaine du sport montrent de façon significative une récurrence des renvois aux dispositions naturelles et une dimension « animale » voire « sauvage » pour les athlètes de couleur, des qualités de stratèges, de tacticiens et d’éthique pour les athlètes blancs.‬

Dans un autre cadre, des travaux ont mis en lumière le positionnement médiatique de l’origine des personnes au prisme de l’égalité des sexes. Nacira Guénif-Souilamas a ainsi analysé le stéréotype de la « beurette » qui porte une injonction à l’émancipation, et donc d’intégration, avec en sous-texte les valeurs républicaines contre le machisme présupposé inhérent au « garçon arabe », perçu comme naturellement violent et prédateur et supposément opposé à l’égalité femme-homme.

Les traitements médiatiques de l’origine, de l’immigration ou encore de l’islam se rejoignent souvent au sein d’un même territoire, celui que l’on réduit au terme de « banlieue », une désignation très réductrice au regard de la multiplicité des situations économiques et sociales de ces grands ensembles urbains. Les « banlieues » concentrent ainsi une forme d’intersectionnalité des stéréotypes négatifs. Une réalité mise en lumière en particulier par l’analyse de la couverture médiatique de la banlieue par le « 20 heures » de France 2 réalisée par le sociologue Jérôme Berthaut en 2013.

Cela commence par la conférence de rédaction, puissant lieu de prescription des priorités éditoriales et des bonnes façons de faire du journalisme. Cela se poursuit par l’action sur le terrain où les contraintes qui pèsent sur les reporters les encouragent à opter pour des procédés de raccourcis qui favorisent, dès la phase de la collecte de l’information, la mobilisation, sous un mode non réflexif et relevant de la routine, de stéréotypes récurrents sur « les banlieues ». Ceci se poursuit au moment du choix final, dans la sélection des sources, des images gardées au montage, les commentaires et la validation de la hiérarchie.

Les travaux de Julie Sedel complètent l’analyse en relevant la place prépondérante donnée aux faits divers violents lorsque les médias traitent des quartiers défavorisés de banlieue :

« La montée d’un traitement “fait-diversier” des “banlieues”, qui s’est opéré dans les années 1990 dans la presse, constitue bien le symptôme d’une dépolitisation dans la mesure où est évacuée la dimension “sociale”, c’est-à-dire aussi, politique, conflictuelle, au profit d’un fétichisme des “faits” et, en particulier, des faits de délinquance », écrit-elle.

La composition des rédactions en question

D’un point de vue qualitatif, j’ai mené un travail de recherche sur la diversité dans les médias fondé sur des entretiens avec 40 jeunes journalistes travaillant dans tous types de médias, pour tenter d’éclairer le débat sur trois dimensions : 1) Comment le fait de ne pas se reconnaître dans le groupe dominant affecte la façon dont on se positionne dans une rédaction, à la fois de façon personnelle et professionnelle ; 2) Quels sont les freins qui limitent les personnes, dites de la diversité, dans le fait d’être pleinement reconnues pour ce qu’elles sont, et pleinement légitimes à exercer le métier de journaliste ; 3) Quelles sont leurs marges de manœuvre en matière de transformation organisationnelle et de production de l’information.

Ces jeunes journalistes expriment toutes et tous le fait de vivre l’expérience minoritaire :

« Et comme d’habitude, je comptais en arrivant le nombre de personnes noires dans la rédaction, et j’étais toujours la seule, systématiquement la seule. »

Bien souvent, la prise en compte de la diversité ethno-raciale reste un impensé : il s’agit moins d’une volonté d’exclusion que d’une absence de prise en considération de la question soulevée :

« Bien sûr, on est ouverts, on est tous bienveillants, on n’est pas du tout racistes. Après les journalistes, ils sont tous blancs, les seuls Arabes, ils sont aux réseaux sociaux et les seuls Noirs, ils font le ménage. Mais on va t’expliquer que c’est parce qu’on n’a pas les profils et que, de toute façon, comme on ne voit pas les couleurs, quand on recrute, on ne fait pas attention. Bah oui, mais quand on ne voit pas les couleurs, on ne recrute que des gens blancs. »

Plusieurs témoignages évoquent des situations de racisme à la suite de certains faits d’actualité, en particulier ceux qui relèvent d’attentats, de terrorisme et d’islam. S’instaure un présupposé identitaire de leurs sympathies ou affinités, et un procès en militantisme récurrent dès qu’ils et elles tentent de proposer un autre récit médiatique.

Une différence d’appréciation qui se cristallise particulièrement sur certains sujets de société vus comme clivants, comme ceux de l’origine, de l’islam et du voile :

« Le directeur du web (d’une chaîne de télévision nationale) vient nous voir et nous dit : “Ah, super votre émission ! mais ce serait bien de montrer comment les femmes sont soumises, comment elles sont obligées de porter le voile.” Et on lui explique que notre sujet, c’était une petite femme de 1,60 m, voilée, qui prend des repris de justice pour les insérer socialement en leur faisant faire des maraudes, de l’aide humanitaire, etc. Et il fait comprendre un peu plus directement qu’il aimerait avoir ce sujet-là, sur les femmes voilées soumises, qui correspond à son imaginaire. »

Le choix médiatique de montrer à l’écran une femme portant le voile est si clivant qu’il peut générer une forme d’autocensure, anticipant sur les réactions présupposées de la hiérarchie :

« Pour le JT, moi, je n’ai jamais filmé une femme voilée. Je le savais, avec des collègues, qu’au montage, ça ne passait pas. Donc pourquoi aller filmer ? À part si tu fais un sujet sur l’islam. Mais, par exemple, un sujet sur l’informatique, une femme voilée qui est prof, tu ne peux pas aller la filmer. Ils ont tellement peur du téléspectateur ou de ce qu’ils projettent sur le téléspectateur, il y a un truc de l’ordre du : “On va se prendre 15 000 lettres, il va y avoir les tweets, machin, donc faisons simple.” »

Ces jeunes journalistes jouent de leur marge de manœuvre, même restreinte, pour semer des petites graines, en proposant un traitement de l’information, visant à sortir de l’assimilation de certaines personnes à certains sujets, qui relève souvent de stéréotypes très ancrés dans la profession :

« Pour le premier tour de l’élection présidentielle, j’ai recueilli des témoignages d’électeurs ou d’abstentionnistes et il y avait madame Martin, il y avait monsieur Sekou, éboueur à Pantin, qui a la nationalité française depuis quinze ans et pour qui le vote, c’est super important, il y avait une femme d’origine maghrébine, une jeune femme blanche. Mon objectif, c’est d’essayer d’aller vers des profils les plus différents possibles pour des sujets de monsieur et madame Tout-le-Monde. »

On voit à quel point la question du racisme et des stéréotypes dans les médias relève de causes multifactorielles, qui participent à la perpétuation d’un modèle dominant des récits. Le chemin est encore long et il commence par le fait de sortir d’une forme de déni, à tous les niveaux de l’organisation. Le mot de la fin sera celui d’un jeune journaliste :

« Je ne pense pas que le fait d’être d’autres origines ou d’avoir une histoire différente permette d’être un meilleur journaliste. Cela permet d’avoir un regard différent, une parole différente, ça oui. Je ne dis pas que quelqu’un qui a toujours vécu en milieu aisé, blanc, aseptisé, et d’une culture en particulier, ferait un moins bon journaliste, mais il aura un regard différent. En fait, je pense qu’il faut tous les regards et toutes les expériences pour raconter toutes les histoires qui composent une société, pour raconter le monde de la manière la plus fidèle possible. »

The Conversation

Pascale Colisson ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

PDF
21 / 50
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌓