22.07.2026 à 16:11
Gabriel E. Hales, Research Fellow in Media and Information, Michigan State University

Après le vote d’une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans, le débat sur les écrans s’intensifie en France. Les nouvelles recommandations de l’Académie américaine de pédiatrie rappellent toutefois que les effets du numérique ne dépendent pas seulement du temps passé devant un écran, mais aussi des contenus consultés, du contexte familial et de l’âge des enfants.
Les inquiétudes concernant le temps que les jeunes passent devant les écrans sont largement répandues. En décembre 2025, l’Australie est devenue le premier pays à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Depuis, le Danemark, la France et le Royaume-Uni ont à leur tour annoncé des restrictions similaires, qui doivent entrer en vigueur cette année.
Aux États-Unis, à la mi-2026, plus de 30 États avaient adopté des lois interdisant ou limitant l’usage des téléphones portables dans les écoles primaires et secondaires. En 2023, le surgeon general américain a publié un avis officiel sur les effets des réseaux sociaux sur la santé mentale des enfants et des adolescents. Dans le même temps, des ouvrages à succès affirment que les smartphones sont en train de « reconfigurer » le cerveau des jeunes.
Ces inquiétudes et ces politiques s’inscrivent dans un débat, aux États-Unis comme à l’international, qui évolue rapidement sur la place des écrans dans la vie des jeunes et leurs effets sur leur santé et leur développement. Or, à la lumière des nombreuses recherches menées sur le sujet dans différentes disciplines, il apparaît que le récit dominant, qui fait des écrans et des smartphones les principaux responsables d’une crise de la santé mentale des adolescents, va bien au-delà de ce que permettent d’affirmer les données scientifiques actuelles.
J’étudie les usages des médias numériques par les adolescents et leurs effets sur le développement social, émotionnel et scolaire. Un nombre croissant de travaux montre que les solutions universelles ne sont pas adaptées. Pour encadrer l’usage du numérique de manière pertinente, il faut tenir compte du stade de développement de l’enfant, de la façon dont les parents et les autres adultes de son entourage utilisent eux-mêmes les médias, ainsi que des usages qu’en font les jeunes pour apprendre, communiquer et entretenir leurs liens avec leurs amis et leur famille.
La généralisation des médias numériques et d’Internet a considérablement élargi la diversité des expériences que les jeunes peuvent vivre en ligne. Mais l’ère numérique a également fait naître de nouvelles inquiétudes. Comme lors de l’apparition de la radio, des bandes dessinées ou des salles d’arcade, les adultes se sont interrogés sur la manière dont les enfants pouvaient interagir avec ces nouveaux médias et sur leurs effets potentiels.
En réponse, l’Académie américaine de pédiatrie (American Academy of Pediatrics) a recommandé dès 1999 que les parents et les personnes qui s’occupent d’enfants éloignent les moins de deux ans des écrans. Au cours des décennies suivantes, les recommandations des professionnels ont largement considéré l’usage des médias par les enfants comme un comportement qu’il convenait avant tout de limiter.
Les recommandations publiées par l’Académie américaine de pédiatrie en 2013 et 2016 préconisaient toujours de limiter les enfants de 5 à 18 ans à deux heures maximum de temps d’écran « récréatif » par jour. L’objectif était de réduire les risques associés à un usage intensif des médias, notamment les troubles du sommeil, les problèmes de sécurité en ligne, le cyberharcèlement ou encore le manque d’activité physique.
Ces limites horaires avaient été conçues à une époque où les jeunes utilisaient principalement des médias fixes, généralement cantonnés à une seule pièce ou à un contexte précis, comme la télévision. Avec la généralisation des smartphones et des autres appareils numériques dans la vie quotidienne, elles sont progressivement devenues obsolètes. Contrairement à la télévision, les usages des médias en ligne sont beaucoup plus difficiles à mesurer et à définir, tout en étant bien plus variés et nuancés.
Des activités essentielles au développement des plus jeunes, comme l’éducation, la vie sociale et les loisirs, dépendent désormais d’Internet. Ils y trouvent des outils pour prolonger et entretenir les relations nouées dans le monde réel. L’enseignement à distance et les mesures de distanciation sociale pendant la pandémie de Covid-19 n’ont fait qu’accélérer cette numérisation du quotidien.
À mes yeux, imposer des limites de temps très strictes ou des interdictions généralisées pourrait nuire au bien-être, à l’autonomie et au développement des enfants et des adolescents. De telles restrictions risquent notamment d’affaiblir l’estime de soi des adolescents.
En janvier 2026, l’Académie américaine de pédiatrie a abandonné le cadre qu’elle utilisait depuis plus de dix ans et qui organisait principalement ses recommandations autour de limites horaires de temps d’écran. Sa nouvelle déclaration de politique sur les enfants, les adolescents et les médias numériques rompt avec cette approche uniforme. Elle invite désormais les parents à considérer l’ensemble du contexte dans lequel s’inscrivent les usages numériques de leur enfant, plutôt que de mettre toutes les formes de temps d’écran dans le même panier.
À l’instar des recommandations publiées par l’Organisation mondiale de la santé en 2019 pour les moins de cinq ans, l’Académie américaine de pédiatrie continue toutefois de recommander aux parents d’éviter les écrans pour les enfants de moins de 18 mois. Cette recommandation s’explique notamment par le fait qu’une utilisation prolongée et sans accompagnement par de très jeunes enfants peut freiner l’acquisition d’étapes essentielles de leur développement.
L’Organisation mondiale de la santé comme l’Académie américaine de pédiatrie recommandent également que, lorsque des enfants de moins de 24 mois utilisent des écrans, ceux-ci soient réservés à des contenus et à des appareils favorisant les interactions entre l’enfant et l’adulte qui l’accompagne. Entre 2 et 5 ans, le temps d’écran – qu’il s’agisse de télévision ou d’applications interactives sur tablette ou smartphone – peut être un peu plus autonome, à condition qu’il s’agisse de contenus numériques de qualité, conçus avec des objectifs pédagogiques, notamment en mathématiques et en lecture. En revanche, l’usage récréatif devrait rester limité à environ une heure par jour.
Pour les enfants d’âge scolaire et les adolescents, les recommandations les plus récentes s’éloignent des limites fixes de temps d’écran et invitent les familles à évaluer les activités en ligne dans le contexte plus large de la vie quotidienne.
Cette approche reconnaît que les expériences numériques d’un enfant sont façonnées par de nombreux facteurs, et pas seulement par le nombre d’heures passées en ligne. Les recommandations actuelles invitent les parents et les autres adultes responsables à distinguer les différents types de médias – télévision, réseaux sociaux, jeux vidéo ou encore interactions avec des agents conversationnels fondés sur l’intelligence artificielle. Elles recommandent également de tenir compte des caractéristiques propres à chaque enfant, comme ses centres d’intérêt ou sa personnalité, des habitudes numériques des autres membres de la famille, ainsi que de la nature des contenus auxquels il est exposé.
Dépasser la simple logique des limites horaires suppose aussi de s’interroger sur la nature des activités numériques auxquelles les enfants et les adolescents consacrent leur temps. Favorisent-elles les interactions avec les autres en ligne ? Peuvent-elles aider les jeunes à développer des compétences sociales, cognitives et relationnelles essentielles ?
Faire défiler sans fin un flux de vidéos piloté par un algorithme et lancé automatiquement n’offre probablement pas les mêmes possibilités que discuter en visioconférence avec des amis, créer des œuvres numériques ou collaborer avec des coéquipiers dans un jeu vidéo multijoueur. Les recherches montrent que ces différents usages n’ont pas les mêmes effets sur le développement et peuvent contribuer à l’acquisition de compétences différentes, utiles dans la vie quotidienne comme à l’école.
En effet, une vaste revue des recherches disponibles montre que les jeunes qui pratiquent une diversité d’activités numériques – navigation sur Internet, jeux en ligne ou interactions sur les réseaux sociaux – présentent, en moyenne, de meilleurs indicateurs en matière de liens sociaux, d’exploration de leur identité, d’engagement citoyen et d’apprentissage.
Les connaissances scientifiques actuelles suggèrent que les parents et les autres adultes qui s’occupent des enfants sont les mieux placés pour les accompagner dans leurs usages du numérique. Les priver totalement d’écrans peut comporter ses propres risques pour leur développement social et émotionnel. De plus, la manière dont les adultes encadrent le temps d’écran des enfants peut produire des effets très différents, selon que cet accompagnement est fondé sur le dialogue et le soutien ou, au contraire, sur un contrôle strict.
La première étape consiste à s’interroger sur ses propres habitudes numériques. Les membres de la famille ont-ils des usages excessifs ou problématiques que les enfants pourraient être tentés d’imiter ? Quelles applications et quels usages sont les plus fréquents au sein du foyer, et quels effets positifs ou négatifs peuvent-ils avoir selon l’âge de l’enfant ? Comment intégrer ces activités numériques de manière sûre et équilibrée aux autres expériences du quotidien afin qu’elles lui soient bénéfiques ? À l’inverse, quelles activités en ligne gagneraient à être remplacées par des moments d’échange et d’activités en présentiel ?
L’outil Family Media Plan de l’Académie américaine de pédiatrie traduit ces principes en questions concrètes. Il recommande notamment de réfléchir aux besoins de chaque enfant vis-à-vis des technologies numériques, aux activités que les écrans pourraient remplacer, ainsi qu’aux moments où la famille peut instaurer des périodes sans écrans. Il encourage également à discuter avec chaque enfant des raisons qui le poussent vers certaines applications ou activités en ligne, de ce qu’il rencontre en naviguant sur Internet et de ce qui peut être perdu lorsque les téléphones s’invitent dans des moments de partage, comme les repas.
Le débat sur le temps d’écran des jeunes est loin d’être clos. Mais les recommandations les plus récentes, étayées par un corpus de recherches en constante expansion, plaident clairement en faveur d’une approche plus globale. Elles considèrent les médias numériques comme un environnement complexe, diversifié et en perpétuelle évolution, dans lequel les enfants doivent apprendre à évoluer. Comme dans tout contexte de développement, les bénéfices comme les risques dépendent de plusieurs facteurs : l’enfant lui-même, la nature des contenus auxquels il est exposé et les activités que le temps passé en ligne vient éventuellement remplacer.
Gabriel E. Hales ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
22.07.2026 à 16:10
Houssein Guimbard, Économiste, CEPII
Ce qu’il faut retenir :
Depuis le retour à la présidence des États-Unis de Donald Trump, les droits de douane sont devenus un outil majeur de politique économique.
Les fondements juridiques de ces nouveaux droits ont variés ; certains ont même été annulés par la Cour suprême.
Au-delà des aléas, où en sommes nous aujourd'hui ? Quelle est la véritable hausse finale des droits à l'entrée des USA ?
Entre janvier 2025 et mars 2026, les États-Unis ont profondément remanié leur politique commerciale. Les droits de douane ont été relevés, suspendus, remplacés, puis, pour les plus spectaculaires d’entre eux, supprimés. Que subsiste-t-il de ce mur tarifaire, et sur quelles fondations juridiques repose-t-il désormais ?
Pour le savoir, il faut distinguer les instruments qui le composent, car tous les droits de douane ne se valent pas, ni par leur objectif ni par leur solidité devant les juges – un instrument devant être employé pour l’usage que la loi lui assigne.
Les droits de douane mis en place depuis 2025 par l’administration américaine reposent sur plusieurs bases juridiques, mobilisées successivement ou en parallèle.
Déjà utilisée en 2018, la Section 232 du Trade Expansion Act de 1962 permet de taxer, au nom de la sécurité nationale, des produits jugés stratégiques comme l’acier, l’aluminium, les automobiles ou encore les semi-conducteurs, qui ont vu leur protection augmenter de 25 %, voire de 50 % pour certains produits. Reposant sur une procédure balisée – enquête, déterminations formelles –, ces droits de douane ont jusqu’ici résisté aux contestations.
Pour corriger des positions commerciales déficitaires et atteindre un objectif de protection différenciée selon les pays partenaires, l’administration a ensuite eu recours à l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA), qui autorise des mesures d’urgence face à une « menace inhabituelle et extraordinaire ». Sur ce fondement ont été imposés début 2025 les droits liés au fentanyl, les surtaxes visant le Canada et le Mexique hors ACEUM, puis, le 2 avril 2025, les droits « réciproques » du Liberation Day.
Le plus spectaculaire de ces instruments s’est aussi révélé le plus fragile : l’IEEPA, contrairement aux sections 232, n’avait jamais servi à imposer des droits de douane depuis sa création en 1977. Détournée de son objet, cette loi a été jugée hors de son champ par la Cour suprême en février 2026 et les droits de douane y afférents annulés.
À lire aussi : Droits de douane américains : encore plus de chaos… et 10 milliards d’intérêts à payer
Pour maintenir une protection élevée, l’administration a aussitôt activé la Section 122 du Trade Act de 1974, une surtaxe (de 10 points de pourcentage) temporaire justifiée par un déséquilibre de la balance des paiements.
Dans le même temps, le gouvernement a ouvert des enquêtes (sur les surcapacités industrielles de 16 pays, ou encore sur le travail forcé des enfants dans les chaînes d’approvisionnement de 60 pays) au titre de la Section 301 pour remplacer les droits précédents le moment venu. Cet instrument avait déjà servi, lors du premier mandat de Donald Trump, à taxer durablement les importations chinoises, prouvant ainsi sa stabilité dans le temps.
À partir des décrets présidentiels et des proclamations présidentielles, il est possible de reconstituer l’évolution, entre janvier 2025 et mars 2026, du droit de douane moyen américain, celui qui s’applique à l’ensemble des biens importés, et de la décomposer selon les fondements juridiques mobilisés. À chaque instrument correspond alors une contribution au droit moyen, que retrace le graphique ci-dessous.
Notes : Les droits de douane NPF et appliqués préférentiels (en bleu clair) proviennent de la base MAcMap-HS6 (ITC-CEPII). Les droits américains additionnels proviennent des décrets présidentiels et des proclamations présidentielles officielles du gouvernement américain. Le droit moyen est calculé au niveau des produits, puis agrégé avec la méthode des groupes de référence (Guimbard et coll., 2012). Chaque bande colorée est la contribution d’un instrument au droit moyen ; la ligne en gras représente le droit de douane moyen appliqué à l’ensemble des partenaires commerciaux. La forme en escalier reflète une succession rapide de décisions ; la chute brutale de fin février 2026 correspond à l’invalidation des droits de douane IEEPA par la Cour suprême.
Source : Guimbard (2026)
Le droit de douane moyen est désormais très élevé. Il est passé de 4,9 % en janvier 2025 à 24,2 % lors du Liberation Day, le 2 avril 2025, avant de refluer autour de 15 % en février 2026, soit 3 fois son niveau initial. Pour rappel, la protection moyenne mondiale est de 3,5 %, celle de l’UE de 1,8 %.
La politique tarifaire américaine a été extrêmement instable. En quatorze mois, le droit moyen a connu plus de vingt révisions, dont plusieurs de grande ampleur, modifiant significativement le droit moyen, d’où la forme en escalier du graphique.
Les bases légales les plus solides juridiquement pour imposer des droits de douane ont progressivement pris le relais. Ainsi, la part des droits de la Section 232 dans le droit moyen a bondi d’environ 9 % lors du « Liberation Day » à près de 41 % en février 2026, après le remplacement des droits IEEPA par ceux de la section 122.
Enfin, le régime de l’automne 2025 semble refléter la structure tarifaire ciblée par l’administration. Avec un droit moyen proche de 20 %, il combinait un socle durable de Section 232 et des surtaxes réciproques appliquées à l’ensemble des partenaires, tout en excluant des produits spécifiques (3 listes de produits exemptés des droits réciproques ont été mises en œuvre en 2025). Les droits IEEPA, ou leur menace, ont également permis aux États-Unis de conclure plusieurs accords commerciaux avec, entre autres, l’Union européenne, le Japon, la Corée du Sud et ou encore le Royaume-Uni.
Le cœur du nouveau régime tarifaire américain repose désormais sur la Section 232, à la base juridique solide, tandis que les droits additionnels de la Section 122 arrivent à échéance le 24 juillet 2026. Reste à savoir si les sections 301, en cours d’enquête, pourront reconstituer un niveau de protection comparable pour atteindre les nombreux objectifs économiques que Donald Trump assigne aux droits de douane.
Houssein Guimbard ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
22.07.2026 à 16:06
Monique Medeiros, Socio-Environmental Professor and Researcher , Universidade Federal do Pará (UFPA); Université de Montpellier
In the Brazilian Amazon, water is not simply a natural resource. For many rural communities, it shapes mobility, livelihoods, food systems, and everyday life. In the Amazon River delta, the Marajó Archipelago – the world’s largest fluvio-marine archipelago – rivers, floodplains, and wetlands are deeply intertwined with the ways people inhabit and experience the territory. Yet, despite living in one of the most water-abundant regions on Earth, thousands of families still lack access to safe drinking water and basic sanitation.
This paradox is not simply a consequence of environmental conditions. It reflects political choices about infrastructure, territorial investment, and water governance.
This contradiction reflects a broader structural problem in the Brazilian Amazon.
Although northern Brazil holds a significant share of the country’s freshwater resources, around 6.5 million people in the region still lack access to treated water. At the same time, nearly 15 million live without sewage collection services.
In Pará – the state where Marajó is located, sanitation indicators are among the worst in Brazil. Data from Brazil’s National Sanitation Information System (SNIS) show that less than 10% of the state’s population is connected to sewage systems.
Across many rural communities in the archipelago, families still rely on shallow wells, improvised rainwater storage systems, or untreated river water for daily consumption.
The problem extends far beyond water scarcity. It is shaped by unequal access to clean drinking water, chronic sanitation deficits, and competing claims over how water resources are used and governed. While traditional communities have historically faced limited public investment in water and sanitation infrastructure, water-intensive economic activities – such as the expansion of irrigated rice farming in the grassland areas of Marajó – continue to advance across the territory, deepening disputes over who has the right to water.
In the Amazon, water insecurity is shaped less by the absence of water than by the absence of infrastructure capable of capturing, treating and distributing it safely. This challenge is particularly acute in rural and riverine territories, where sanitation systems remain limited and public investment has historically been concentrated in urban centres.
Approximately 42.6% of the population in northern Brazil lacks access to safe drinking water, despite the region concentrating most of the country’s freshwater availability. In the north of Brazil, around 1.53 million people – roughly 8% of the population – live in households without an exclusive bathroom. These indicators, from Instituto Trata Brasil, reveal some of the country’s deepest sanitation inequalities.
Geography further intensifies these vulnerabilities. Seasonal flooding can contaminate wells and household water storage systems, while drought periods increasingly affect water quality and availability.
In estuarine territories such as the Marajó Archipelago, tidal variation and salinisation create additional challenges for securing safe drinking water throughout the year.
Climate change is likely to intensify existing water inequalities across the Amazon, including in Marajó. In recent years, the Brazilian Amazon has experienced record-breaking heatwaves, prolonged droughts and increasingly unpredictable hydrological cycles. Historic droughts in 2023 and 2024 disrupted river transportation, isolated rural communities and reduced water availability across northern Brazil.
In 2024, Brazil’s National Water and Basic Sanitation Agency (ANA) declared incidents of water scarcity in major Amazonian river basins, including the Tapajós, Xingu, Madeira and Purus rivers. Extreme droughts and floods disrupted transportation, food supply systems and local access to water in many rural communities across the region.
The impacts were also felt across the Marajó Archipelago. During recent climate extremes, municipalities such as Muaná, Portel, Bagre, Anajás, Ponta de Pedras, and Santa Cruz do Arari declared states of emergency associated with severe drought conditions, while Cachoeira do Arari experienced emergencies linked to both drought and flooding events in different years.
These events illustrate how climate change interacts with longstanding infrastructure deficits and territorial inequalities, amplifying existing vulnerabilities across the archipelago. Water insecurity in Marajó is therefore shaped not only by environmental variability, but also by the unequal capacity of communities and institutions to respond to climatic extremes.
In Marajó, water is far more than a natural resource.
Rivers, floodplains, and wetlands are sources of drinking water, transportation routes, fishing grounds, ecological habitats, and spaces where cultural practices, livelihoods, and community relations are continuously reproduced. Different social groups relate to water in distinct ways, reflecting broader debates about development, territorial governance, and the future of the Amazon.
Livestock production has historically shaped the occupation of the Marajó Archipelago. Buffalo and cattle ranching, adapted to seasonal floodplain dynamics, remain central to the regional economy and to the landscape itself. Seasonal water cycles determine grazing areas, mobility patterns, and the organisation of extensive ranching systems across the islands (Medeiros; Souza e Nelson, 2026)
More recently, irrigated rice farming has expanded rapidly across the grassland areas of eastern Marajó, especially in municipalities such as Cachoeira do Arari and Salvaterra.
This model depends on canals, pumps, and irrigation systems connected to the Arari River basin. According to FAO estimates, producing one kilogram of rice may require between 1,000 and 3,000 litres of water, while environmental reports from the region indicate that some irrigation systems withdraw around 2,000 litres of water per second from local rivers during cultivation periods (Medeiros; Souza, 2025).
For producers and agricultural organizations, these activities are associated with modernisation, productivity, and regional economic growth. Marajó’s extensive floodplains and abundant water availability are frequently presented as favourable conditions for expanding agribusiness in the region.
For quilombola and riverine communities, however, water is also inseparable from fishing, mobility, local food systems, and collective territorial practices shaped over generations (Medeiros; Souza, 2025). Seasonal flooding cycles impact everyday life, while rivers and streams connect communities socially, economically, and culturally.
These different perspectives coexist in the same territory, but they prioritise water in different ways. In this context, water becomes more than a natural resource; it becomes part of broader debates about development, infrastructure, territorial governance, and the future of the Amazon.
In this context, water governance becomes more than an environmental challenge. It also reflects political decisions about infrastructure, territorial planning, and whose needs and livelihoods are prioritised in responses to climate change.
The situated experience of Marajó reveals that water insecurity in the Amazon is not simply the result of environmental scarcity. In one of the most water-abundant regions on Earth, unequal access to safe water emerges through the interactions between infrastructure, territorial governance, development priorities, and everyday relations with water. Rather than a paradox of nature, it reflects the social and political processes through which water is governed, distributed, and lived.
The archipelago also demonstrates that water is embedded in social, economic and ecological relations that sustain livelihoods, mobility, and territorial identities. At the same time, these waters are increasingly incorporated into projects of agricultural expansion and economic development, generating tensions over how water should be used, by whom, and for what purposes.
Climate change could well intensify these tensions. More frequent droughts, irregular flooding, and growing pressure on fragile ecosystems may deepen existing inequalities, particularly in territories where public infrastructure remains limited and institutional capacity for climate adaptation is weak. In this context, water governance becomes inseparable from broader questions of climate justice, territorial rights, and social equity.
What people in Marajó are experiencing also shows that responses to water insecurity cannot be reduced to technical solutions alone. Access to water is shaped by the ways people inhabit, use, and govern their territories, as well as by the historical patterns of investment and exclusion that define who benefits from infrastructure and public services. Understanding water insecurity, therefore, requires attention not only to environmental conditions but also to the social relations, power dynamics, and development choices that shape access to water in everyday life.
The disputes surrounding water in Marajó are ultimately disputes about the future of the Amazon itself. They raise questions about whose needs are prioritised, whose ways of living with water are recognised and supported, and which development pathways receive political attention and public investment. As global debates on climate justice and environmental governance advance, Marajó offers an important reminder: even in places defined by water abundance, access to safe and secure water remains profoundly unequal. Addressing these inequalities requires approaches that acknowledge the multiple meanings of water and the diverse realities of Amazonian territories, where water is not only a resource to be managed but also a fundamental element of social life, territorial belonging, and collective futures.
This article draws on Monique Medeiros’ ongoing research on water governance and territorial inequalities in the Marajó Archipelago. It is also informed by her work within the socio-environmental component of AmazonFACE, a large-scale interdisciplinary research initiative that investigates how climate change affects Amazonian ecosystems and the communities that depend on them.
Monique Medeiros is a member of AmazonFace.