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06.06.2026 à 09:38

Faut-il craindre un « super El Niño » en 2026 ? Les signaux s’accumulent, mais les incertitudes demeurent

Pedro DiNezio, Associate Research Professor in Climate Modeling, University of Colorado Boulder

Les conditions semblent réunies pour le retour d’El Niño, mais l’histoire montre que les signaux précoces peuvent être trompeurs. Une nouvelle analyse fait le point sur ce que les scientifiques savent déjà — et sur ce qui demeure impossible à prévoir.
Texte intégral (3214 mots)

Le Pacifique tropical se réchauffe rapidement, alimentant les spéculations sur un épisode El Niño d’une intensité exceptionnelle. Pourtant, plusieurs mécanismes atmosphériques essentiels à son développement ne sont pas encore en place.


L’hypothèse d’un « super El Niño » en 2026 gagne du terrain, alimentant les inquiétudes quant aux conséquences de ce phénomène climatique, susceptible d’entraîner des précipitations extrêmes, des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations dévastatrices à travers le monde.

Les signaux semblent en effet converger : le Pacifique tropical se réchauffe le long de l’équateur, et les modèles climatiques indiquent des conditions potentiellement extrêmes d’ici à la fin de l’année.

Toutefois, prévoir un épisode El Niño ne revient pas à prédire le temps qu’il fera la semaine prochaine. Les prévisions concernant El Niño ne sont généralement pas fiables avant la fin du printemps, non pas parce que les scientifiques comprennent mal ce phénomène, mais parce qu’ils en connaissent précisément les limites.

Une carte mondiale montrant une bande de températures océaniques élevées dans le Pacifique équatorial, au large de l’Amérique du Sud.
Les données de température de surface de la mer du 12 mai 2026 montrent un réchauffement le long de l’équateur, à l’ouest de l’Amérique du Sud, un signe souvent associé au développement de conditions El Niño. NOAA Coral Reef Watch

En tant que spécialiste des interactions entre océan et atmosphère qui étudie El Niño, je passe beaucoup de temps à réfléchir à ce que les scientifiques peuvent prévoir avec confiance – et à ce qui demeure incertain. Voici ce que nous savons de l’épisode actuel, ce que nous ignorons encore, et pourquoi de nombreuses régions devraient commencer à se préparer dès maintenant, même si un El Niño fort, voire « super », ne se matérialise jamais pleinement.

Pourquoi El Niño est-il difficile à prévoir au printemps ?

Le point de départ de toute prévision d’El Niño réside dans la chaleur stockée sous la surface de l’océan Pacifique équatorial oriental. Les modèles informatiques utilisent ces données pour simuler l’évolution des températures océaniques au cours des mois suivants et leurs effets sur les régimes météorologiques à travers le monde.

À l’heure actuelle, un réservoir exceptionnellement important d’eau chaude se trouve sous la surface dans cette région. En théorie, cette chaleur océanique constitue un signal fiable du développement d’un épisode El Niño. En pratique, la suite dépend largement du comportement de l’atmosphère.

Ce réservoir d’eau chaude s’est formé à la suite d’un épisode de vents inhabituels survenu au début de l’année 2026. Normalement, les alizés du Pacifique soufflent d’est en ouest le long de l’équateur, poussant les eaux chaudes vers l’Asie et laissant remonter des eaux plus fraîches au large de l’Amérique du Sud. Mais en avril, une paire de cyclones de part et d’autre de l’équateur a inversé temporairement la direction des vents.

Cette inversion de courte durée a déclenché une onde de Kelvin de subsidence (downwelling Kelvin wave) : une impulsion d’énergie circulant sous la surface de l’océan vers l’est, le long de l’équateur. Cette impulsion sous-marine a désormais atteint le Pacifique oriental, contribuant à un fort réchauffement des eaux au large de l’Amérique du Sud. En surface, la situation peut ressembler aux premières étapes d’un puissant épisode El Niño.

Mais il y a un piège. Pour qu’un épisode El Niño se développe pleinement, l’océan et l’atmosphère doivent entrer dans une boucle de rétroaction : des eaux de surface plus chaudes affaiblissent les alizés, ce qui déclenche de nouvelles ondes de Kelvin de subsidence qui poussent davantage d’eau chaude vers l’est et renforcent encore le réchauffement. Toutefois ce mécanisme ne se met pas en place automatiquement. Il nécessite des épisodes répétés de vents soufflant vers l’est pour entretenir le processus.

Tant que cette boucle de rétroaction ne s’est pas installée, le système océan-atmosphère demeure dans une phase imprévisible. Il peut basculer vers un super El Niño. Ou non.

Le printemps est précisément la période où les prévisions sont les plus incertaines. Des signaux précoces très prometteurs peuvent rapidement s’estomper si les vents ne suivent pas.

Un graphique en courbes montrant l’indice océanique Niño, qui mesure les écarts de température de surface de la mer par rapport à la moyenne.
Un épisode El Niño est déclaré lorsque les températures de surface du Pacifique tropical restent environ 0,5 °C au-dessus de la normale pendant au moins trois mois. On parle d’El Niño fort lorsque l’anomalie dépasse 1,5 °C. Le graphique présente l’indice Niño océanique relatif (Relative Oceanic Niño Index, RONI), calculé à partir d’une moyenne glissante sur trois mois et tenant compte de la tendance générale au réchauffement climatique. Certaines prévisions continuent toutefois d’utiliser l’indice Niño océanique classique (Oceanic Niño Index, ONI), fondé sur les températures absolues. Dans un climat qui se réchauffe, cette méthode peut conduire à surestimer l’intensité d’un épisode El Niño. NOAA

Une autre difficulté vient compliquer les prévisions : lorsque les modèles détectent un fort réchauffement sous la surface de l’océan, ils peuvent simuler une boucle de rétroaction plus puissante que celle qui se met réellement en place.

Résultat : les modèles peuvent sembler excessivement confiants, voire alarmistes, alors même que le système n’est pas encore véritablement engagé dans la dynamique El Niño. À la mi-mai 2026, les régimes de vents nécessaires pour amplifier le réchauffement ne s’étaient toujours pas clairement installés.

Ce scénario s’est déjà produit par le passé. En 2014 comme en 2017, les modèles prévoyaient dès le milieu de l’année le développement de conditions El Niño marquées. Dans les deux cas, les configurations de vents attendues ne se sont jamais pleinement matérialisées, et El Niño est resté faible ou est revenu à un état neutre. Les signaux initiaux étaient bien réels, mais la dynamique attendue ne s’est finalement pas enclenchée.

Que suggèrent alors les prévisions ?

À la mi-mai, les prévisions pour 2026-2027 couvrent encore un large éventail de scénarios, allant d’un El Niño faible à un El Niño fort.

L’évolution du phénomène dépendra en grande partie du comportement des vents dans les semaines à venir. Si les alizés s’affaiblissent de nouveau au bon moment, le système pourrait basculer dans une phase de réchauffement autoentretenue, un mécanisme qui devient ensuite difficile à enrayer.

À la mi-mai, les prévisions météorologiques à longue échéance ne laissaient pas entrevoir de forts épisodes de vents soufflant vers l’est susceptibles de renforcer El Niño. Au contraire, la seconde moitié du mois devait plutôt être marquée par un épisode de vents soufflant dans la direction opposée. Un mois entier sans activité notable de vents d’est constituerait un frein significatif au réchauffement de l’océan.

Autrement dit, le Pacifique a créé des conditions favorables au développement d’El Niño, et les prévisions publiées par la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) en mai reflètent une probabilité accrue de voir un épisode El Niño apparaître puis potentiellement se renforcer au cours de l’année. D’ici à la mise à jour de la NOAA prévue à la mi-juin, la situation devrait être beaucoup plus claire.

L’intensité d’El Niño a des conséquences à l’échelle mondiale

La différence entre un El Niño faible et un épisode extrême est loin d’être anodine. Elle peut remodeler les régimes climatiques à l’échelle de la planète et, avec eux, les risques auxquels sont confrontées les populations.

Si El Niño s’intensifie jusqu’à devenir un épisode fort, voire un « super El Niño », il peut provoquer des sécheresses en Amazonie, favoriser les incendies en Indonésie, entraîner des inondations au Pérou et accentuer les précipitations dans certaines régions de Californie ainsi que dans le sud de l’Amérique du Sud. Ces effets pourraient se manifester dès l’hiver de l’hémisphère Nord, période où El Niño atteint généralement son intensité maximale.

Une carte du monde montrant des conditions plus fraîches et plus humides sur une grande partie du sud des États-Unis, tandis que le nord-ouest du continent, le Canada et l’Alaska connaissent des conditions plus chaudes que la normale.
Les effets typiques d’El Niño sur la météo et le climat à travers le monde. Ces impacts varient toutefois en fonction de nombreux facteurs : aucune année El Niño ne ressemble donc exactement à une autre. NOAA

Dans certaines régions, les enjeux sont immédiats.

En Inde, les pluies de mousson, essentielles à l’agriculture et à l’approvisionnement en eau de centaines de millions de personnes, ont historiquement tendance à s’affaiblir lors des épisodes El Niño les plus marqués. Même des variations modérées de l’intensité de la mousson peuvent provoquer des pénuries alimentaires et hydriques, tout en affectant l’économie.

Parallèlement, lorsqu’El Niño est puissant, l’activité des ouragans dans l’Atlantique est généralement réduite — l’un des rares effets bénéfiques du phénomène — tandis que le Pacifique oriental connaît souvent une activité cyclonique plus intense.

El Niño peut même faire grimper temporairement les températures mondiales, car les modifications de la couverture nuageuse et de la quantité de chaleur libérée par l’océan influencent l’équilibre énergétique de la planète.

À l’inverse, un épisode El Niño faible produit des effets beaucoup plus limités. C’est pourquoi il est si important de pouvoir anticiper son intensité.

Comment utiliser des prévisions incertaines pour prendre des décisions

Parce que les prévisions d’El Niño reposent sur des probabilités, la préparation aux saisons à venir doit relever d’une logique de gestion des risques, et non d’une attente de certitudes absolues.

Les effets d’El Niño ne se manifestent pas partout au même moment. Certains apparaissent rapidement. Son influence sur la mousson indienne et sur l’activité des ouragans dans l’Atlantique se fait généralement sentir durant l’été et au début de l’automne.

D’autres conséquences surviennent plus tard, lorsque le phénomène atteint son pic d’intensité en fin d’année. Entre novembre et janvier, certaines régions d’Amérique du Sud peuvent ainsi connaître des épisodes de pluies extrêmes. En Asie du Sud-Est, les vagues de chaleur les plus intenses apparaissent souvent encore plus tard, au mois d’avril de l’année suivante.

Dans des régions comme l’Inde, les décisions concernant la gestion des risques liés à El Niño ne peuvent pas attendre que les prévisions gagnent en certitude. Les collectivités doivent dès à présent préparer leurs infrastructures hydrauliques au cas où le phénomène entraînerait une mousson déficitaire.

Même lorsque les prévisions laissent entrevoir des risques réduits — par exemple une saison des ouragans plus calme dans l’Atlantique — il serait imprudent de se croire à l’abri. Des ouragans destructeurs peuvent frapper même lors d’années relativement peu actives.

The Conversation

Pedro DiNezio reçoit des financements de la National Science Foundation (NSF) et de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Il est affilié à l’ATLAS Institute de l’Université du Colorado.

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06.06.2026 à 09:19

La poussière d’étoiles piégée dans la glace antarctique révèle des dizaines de milliers d’années de l’histoire du Système solaire

Dominik Koll, Honorary Lecturer, Nuclear Physics, Australian National University

En analysant de la poussière d’étoiles piégée dans la glace de l’Antarctique, des chercheurs ont mis au jour un indice inédit sur le déplacement du Système solaire à travers la galaxie. Une découverte qui pourrait éclairer l’origine de mystérieux nuages interstellaires.
Texte intégral (1810 mots)
L'Antarctique offre un terrain d'observation précieux où la neige s’accumule lentement et reste en grande partie préservée des perturbations. Derek Oyen/Unsplash, CC BY

Des atomes de fer 60, produits lors d’explosions stellaires, permettent de remonter le fil de l’histoire de notre environnement galactique. Leur présence dans la glace antarctique révèle une variation inattendue de la poussière interstellaire atteignant la Terre.


Quand vous pensez à l’espace, vous imaginez sans doute des étoiles, des planètes et des satellites. Pourtant, une grande partie de l’espace est remplie de nuages de gaz, de plasma et de poussières d’étoiles, appelés nuages interstellaires.

Rien que dans les régions proches de notre galaxie, on recense environ 15 nuages interstellaires distincts. Le Système solaire traverse actuellement l’un d’entre eux, baptisé de façon évocatrice le Nuage interstellaire local. On pense que l’origine et l’histoire de ces nuages sont étroitement liées à la naissance et à la mort des étoiles. Mais leurs traces sont également visibles ici même sur Terre, dans un endroit où l’on ne s’attendrait pas forcément à les trouver : la glace de l’Antarctique.

Mes collègues et moi étudions depuis plusieurs années la poussière d’étoiles piégée dans d’anciennes couches de neige et de glace antarctiques afin de retracer l’histoire de notre voisinage cosmique, y compris celle du Système solaire lui-même.

Dans une nouvelle étude publiée dans Physical Review Letters (https://doi.org/10.1103/nxjq-jwgp), nous avons mis en évidence un indice subtil qui révèle le déplacement de notre Système solaire à travers son environnement interstellaire local au cours des 80 000 dernières années.

Regarder le ciel en regardant vers le bas

L’astronomie consiste généralement à lever les yeux au ciel. Les télescopes collectent la lumière provenant d’étoiles et de galaxies lointaines, ce qui nous permet d’observer des événements sur d’immenses distances dans l’espace et le temps. À partir de ces observations, nous déduisons comment les étoiles naissent et meurent, comment les éléments chimiques se forment et comment l’Univers évolue.

Notre approche (https://theconversation.com/dust-from-exploding-stars-is-raining-down-on-earth-i-hunt-it-to-learn-how-the-elements-were-made-162242) renverse cette logique.

Au lieu d’étudier la lumière qui nous parvient, nous examinons les débris d’étoiles ayant explosé, directement ici sur Terre. Véritables fournaises cosmiques, les étoiles fabriquent dans leur cœur de nombreux éléments chimiques, du carbone et de l’oxygène jusqu’au calcium et au fer. Elles produisent également des isotopes rares (des variantes d’un même élément chimique), comme le fer 60.

Lorsque des étoiles massives explosent en supernovæ à la fin de leur existence, ces éléments sont projetés dans l’espace et deviennent de la poussière interstellaire.

De minuscules grains de cette poussière dérivent ensuite à travers la galaxie et finissent parfois par atteindre la surface de la Terre. Du fer 60 radioactif, véritable signature des explosions stellaires, est piégé à l’intérieur de ces grains. En recherchant ces atomes dans les archives géologiques terrestres (https://doi.org/10.1140/epja/s10050-025-01554-0), nous pouvons étudier des événements astrophysiques tels que les supernovæ, longtemps après que leur lumière s’est éteinte.

C’est ce qui rend l’Antarctique si précieux. Sa neige s’accumule lentement et reste en grande partie préservée des perturbations, formant une sorte d'enregistrement stratifié qui remonte sur des dizaines de milliers d’années. Chaque couche conserve une photographie du matériau présent dans notre voisinage cosmique à l’époque où elle s’est formée.

À la recherche de poussière d’étoiles dans la glace antarctique

Alors que nous étudions 500 kg de neige récente en Antarctique, nous avons découvert de manière inattendue cet isotope radioactif rare. D’où provenait-il ? Aucune supernova proche de la Terre ne s’était produite récemment.

Mais notre voisinage cosmique est rempli de 15 nuages interstellaires, et le Système solaire en traverse actuellement au moins un. La poussière d’étoiles serait-elle présente dans ces nuages avant d’être captée par la Terre ? Si c’est le cas, alors la quantité de poussière d’étoiles recueillie par notre planète devrait être liée à leur structure : plus ces nuages sont denses, plus ils contiennent de fer 60. C’était notre hypothèse en 2019 (https://doi.org/10.1103/PhysRevLett.123.072701).

Très vite, d’autres explications ont été avancées. Il y a plusieurs millions d’années, la Terre a reçu d’importantes pluies de fer 60 provenant de supernovæ massives (https://doi.org/10.1038/nature17196). Le fer 60 retrouvé dans la neige antarctique serait-il le dernier vestige, ou l’écho affaibli, de ce signal ancien ? Une pluie devenue simple bruine ?

Pour le vérifier, nous avons analysé une section de 300 kg de glace antarctique datant de 40 000 à 80 000 ans. Le processus est extrêmement minutieux. La glace doit être fondue puis traitée chimiquement afin d’isoler d’infimes quantités de fer, y compris le fer 60 contenu dans la poussière d’étoiles.

Nous avons ensuite utilisé la spectrométrie de masse par accélérateur, une technique extrêmement sensible permettant de compter les atomes individuellement, au sein du Heavy-Ion Accelerator Facility de l’Australian National University. Nos analyses ont consisté à dénombrer un à un les atomes de fer 60. Sur la base des mesures précédemment réalisées dans la neige de surface antarctique et dans des sédiments océaniques vieux de plusieurs milliers d’années, nous nous attendions à observer un niveau relativement stable de dépôt de fer 60.

Or, nous en avons trouvé moins. Pas zéro, mais une quantité nettement inférieure à celle que nous attendions.

Ce résultat suggère qu’une moindre quantité de poussière interstellaire atteignait la Terre à cette époque. Cette variation est remarquable, car elle s’est produite sur une période relativement courte à l’échelle de l’astrophysique. Elle ne correspond pas au scénario des dépôts de fer 60 issus des supernovæ qui ont atteint la Terre il y a plusieurs millions d’années, un phénomène qui s’inscrit, lui, sur des durées bien plus longues. Nous avons donc dû chercher une source plus modeste et plus locale pour expliquer la présence de cet isotope.

Le complexe moléculaire d’Orion est l’un des grands nuages interstellaires de notre galaxie. NASA/JPL-Caltech

Une histoire qui tombe à point nommé

Naturellement, les astronomes s’intéressent aussi de près aux nuages qui entourent le Système solaire. L’an dernier, une étude reconstituant l’histoire de ces nuages a conclu qu’ils provenaient très probablement d’une explosion stellaire (https://iopscience.iop.org/article/10.3847/1538-4357/adc920). Les chercheurs ont également estimé que le Système solaire traverse le Nuage interstellaire local depuis une période comprise entre 40 000 et 124 000 ans (https://iopscience.iop.org/article/10.3847/1538-4357/adb033).

Si cette hypothèse est correcte, alors la quantité de fer 60 recueillie sur Terre aurait dû varier au cours de cette même période, c’est-à-dire entre 40 000 et 124 000 ans avant aujourd’hui.

C’est ce que montrent nos résultats obtenus en Antarctique.

L’histoire ne s’emboîte toutefois pas parfaitement. Si ces nuages provenaient directement d’une étoile ayant explosé, nous devrions observer dans la glace antarctique des quantités de fer 60 bien plus importantes que celles que nous mesurons réellement.

Malgré cela, la trace de ces nuages est bien inscrite dans les archives géologiques terrestres. En remontant plus loin dans le temps et en analysant des glaces encore plus anciennes, nous pourrions bientôt percer le mystère de ces nuages interstellaires locaux et reconstituer plus complètement leur histoire ainsi que leurs origines encore incertaines.

The Conversation

Dominik Koll a reçu des financements de l'Australian Institute of Nuclear Science and Engineering (AINSE).

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06.06.2026 à 09:18

La plus célèbre marche de l’histoire anglaise est-elle un mythe ?

Tom Licence, Professor of Medieval History and Consumer Culture, School of History, University of East Anglia

Et si la célèbre « marche miraculeuse » d’Harold n’avait jamais eu lieu ? En réexaminant les chroniques du XIᵉ siècle, l’historien Tom Licence avance que le roi anglais a utilisé sa flotte pour mener sa campagne contre les vikings, puis contre Guillaume le Conquérant.
Texte intégral (1748 mots)
La bataille d’Hastings (1066), aboutissement du récit de la tapisserie de Bayeux (ici, en illustration), oppose le roi Harold d’Angleterre aux troupes du duc Guillaume de Normandie ; la victoire de ce dernier ouvre la voie à la conquête normande de l’Angleterre. Wiki Commons

Une relecture des sources en latin et en vieil anglais remet en cause l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire anglaise. Harold n’aurait pas traversé le pays à marche forcée avant Hastings, mais se serait déplacé en grande partie par bateau.


En 1066, l’Angleterre est envahie par plusieurs puissances étrangères. Au nord, une armée menée par le roi Harald Hardrada de Norvège remonte vers York par l’estuaire du Humber. Au sud, le duc Guillaume de Normandie (futur Guillaume Ier le Conquérant) traverse la Manche avec des troupes venues de Normandie, de France, de Bretagne et du Ponthieu, avant de s’établir à Hastings.

Le roi Harold d’Angleterre doit alors quitter précipitamment Londres pour affronter les vikings, puis repartir en urgence vers le sud pour faire face à Guillaume. Plus de 400 kilomètres séparent sa victoire de Stamford Bridge (le 25 septembre) de Battle, où il est vaincu le 14 octobre lors de la bataille d’Hastings.

Cette marche « presque miraculeuse », selon les mots d’un historien, est entrée dans la légende d’Harold. Elle est aujourd’hui enseignée dans les écoles, reconstituée par des passionnés d’histoire vivante et représentée dans des fictions télévisées, comme la récente minisérie de la BBC King and Conqueror (2025).

Pour certains, cette marche forcée témoigne d’un remarquable talent de commandement. Pour d’autres, elle constitue une erreur fatale. L’historien Allen Brown a ainsi dénoncé la « précipitation irréfléchie et impulsive » d’Harold, tandis qu’Henry Loyn parlait de « témérité » pour avoir entrepris cette course folle vers le sud, qui aurait épuisé ses hommes et conduit à sa défaite à Hastings.

En préparant ma nouvelle biographie, Harold, Warrior King, je me suis replongé dans les sources en latin et en vieil anglais. Et ce que j’y ai découvert m’a surpris.

L’auteur à côté d’une statue d’Harold et d’Edith
Tom Licence à côté de la statue d’Harold et Edith, à West Marina Gardens, dans le Sussex de l’Ouest. Tom Licence, CC BY-SA

Revenons au début. Au printemps 1066, Harold avait rassemblé une armée et une flotte sur la côte sud afin de parer à une éventuelle invasion normande. Ces forces y demeurèrent jusqu’au 8 septembre. À cette date, la flotte de Guillaume n’était toujours pas apparue. L’armée fut alors renvoyée chez elle, tandis que la flotte mit le cap sur Londres.

Selon la Chronique anglo-saxonne, notre source contemporaine la plus fiable, ce n’est qu’après le retour de la flotte qu’Harold apprit que Harald Hardrada envahissait le nord du royaume.

En 1801, l’historien Sharon Turner interpréta l’expression de la Chronique anglo-saxonne « après le retour de la flotte » comme signifiant que les navires avaient tous regagné leurs ports respectifs. Edward Augustus Freeman, figure fondatrice des études sur l’année 1066, partagea cette lecture, et les historiens qui lui succédèrent en vinrent à considérer qu’Harold ne disposait plus de flotte lorsqu’il apprit l’invasion viking.

Une mention d’une flotte (lið) que Harold aurait ensuite déployée sur la rivière Wharfe, au sud de York, lors de son mouvement contre les vikings, fut dès lors interprétée comme la preuve qu’il avait réuni à la hâte une nouvelle force navale.

Les affirmations de deux récits latins anciens de la bataille, selon lesquelles Harold avait envoyé une flotte contre Guillaume à Hastings, ont également dérouté de nombreux historiens, ceux-ci étant déjà convaincus qu’il avait dissous sa flotte avant ces événements.

C’est cette absence apparente de flotte qui amena Freeman à supposer qu’Harold avait traversé le pays à marche forcée dans un sens, puis dans l’autre. Mais Freeman n’était pas le premier à le suggérer : dès 1670, John Milton écrivait, dans son ouvrage History of England, que le roi était revenu à Londres « en toute hâte ».

Ce que les chercheurs semblent ne pas avoir remarqué, c’est que lorsque la Chronique mentionne le retour de la flotte « à la maison » (home), elle désigne en réalité son retour à Londres. Dans son entrée pour l’année 1052, la même chronique emploie une formulation similaire en évoquant une flotte faisant route « vers Londres, son port d’attache ».

Ainsi, la phrase qui a longtemps conduit les historiens à penser qu’Harold avait dissous sa flotte indique en fait exactement le contraire : il l’a conservée tout au long de la campagne.

Une erreur vieille de plusieurs siècles

Une fois identifié ce qui semble être une erreur d’interprétation vieille de deux siècles, les pièces du puzzle se sont assemblées. La présence d’une flotte sur la rivière Wharfe devenait alors parfaitement logique : il s’agissait de la même flotte qu’Harold avait fait remonter depuis Londres et qu’il avait, selon toute vraisemblance, utilisée pour transporter des troupes.

De même, les premières sources mentionnant l’envoi par Harold de centaines de navires contre le camp de Guillaume à Hastings indiquent qu’après la bataille de Stamford Bridge, il avait renvoyé ces bâtiments vers Londres.

Le roi a peut-être même renforcé sa flotte grâce aux navires vikings capturés. La Chronique rapporte en effet que 300 navires vikings étaient entrés dans l’estuaire du Humber, mais que seuls 24 regagnèrent la Norvège.

Qu’en est-il alors de cette fameuse marche ? Lorsque j’ai examiné les sources en latin et en vieil anglais, je n’ai trouvé aucune référence explicite à celle-ci. Les textes évoquent bien Harold se hâtant de retourner vers le sud ou « déplaçant » son armée dans cette direction, mais la marche forcée elle-même n’y apparaît pas.

Certains chercheurs étaient toutefois tellement attachés à cette idée qu’ils l’ont parfois projetée sur les sources. Ainsi, les traducteurs du récit normand Gesta Guillelmi (vers 1071) ont rendu l’expression latine « revenant rapidement pour t’attaquer » (festinus redit in te) par « avançant contre toi à marche forcée ».

Freeman qualifiait cette marche de « presque miraculeuse ». Et, en effet, une telle prouesse aurait eu quelque chose de miraculeux. Un voyage par bateau, en revanche, n’aurait pris que quelques jours et aurait offert à l’armée anglaise l’occasion de se reposer. Puisque les sources suivent les déplacements de la flotte sans jamais mentionner une marche, tout porte à croire qu’Harold a utilisé des navires pour l’ensemble de ses opérations.

Si Harold s’est effectivement déplacé par voie maritime, il ne peut plus être accusé de « précipitation irréfléchie et impulsive », et les causes de sa défaite à la bataille d’Hastings doivent être recherchées ailleurs.

Cette recherche dessine ainsi un portrait différent du roi anglais. Loin du défenseur désespéré et isolé par voie terrestre que présente l’historiographie traditionnelle, attaqué de toutes parts depuis la mer, Harold apparaît comme un chef militaire maîtrisant lui aussi la guerre navale. À l’égal de ses adversaires étrangers, il savait combiner opérations terrestres et maritimes pour défendre l’Angleterre.

The Conversation

Tom Licence travaille pour l’University of East Anglia. Il reçoit des financements de la Leverhulme Trust.

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