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07.06.2026 à 11:40

Fox News et le « grand remplacement » : ce que révèle une étude sur l’opinion américaine

Adam Eichen, Ph.D. Candidate in Political Science, UMass Amherst

Jesse Rhodes, Associate Professor of Political Science, UMass Amherst

Tatishe Nteta, Provost Professor of Political Science, UMass Amherst

Longtemps cantonnée aux marges de l’extrême droite, la théorie du « grand remplacement » séduit désormais une part significative de l’électorat conservateur américain. Une étude met en lumière l’influence de Fox News dans cette progression.
Texte intégral (1501 mots)

Une enquête menée auprès de plus de 500 Américains blancs suivis dans le temps montre que l’audience de Fox News est associée à une adhésion accrue à la théorie complotiste du « grand remplacement ». Un résultat qui éclaire le rôle des médias dans la diffusion de certaines croyances politiques.


Lors d’un match de baseball des Washington Nationals le 17 mai 2026, trois personnes ont déployé une grande banderole depuis les gradins supérieurs du Nationals Park, affichant l’adresse d’un site suprémaciste blanc. Ce site, qui met en garde contre un prétendu remplacement des populations blanches par des personnes racisées, appelait à l’expulsion de 100 millions de personnes des États-Unis.

Cet incident inquiétant s’inscrit dans un contexte plus large de montée en puissance de la « théorie du grand remplacement », une théorie complotiste xénophobe selon laquelle des élites agissant dans l’ombre favoriseraient des politiques migratoires permissives afin de remplacer les Américains blancs nés aux États-Unis par des immigrés issus des minorités.

Des responsables républicains de premier plan, parmi lesquels le président Donald Trump, le président de la Chambre des représentants Mike Johnson ou encore le podcasteur conservateur Tucker Carlson, ont repris des idées associées à cette théorie. Des médias conservateurs, comme Fox News, les ont par ailleurs diffusées auprès de millions de téléspectateurs.

Mais les idées xénophobes exprimées récemment au Nationals Park sont-elles le fait d’une poignée d’extrémistes, ou bénéficient-elles également d’un soutien plus large au sein de la population ? Si tel est le cas, comment les élites politiques et médiatiques contribuent-elles à leur diffusion ?

Pour répondre à ces questions, notre équipe a mené plusieurs enquêtes représentatives de la population américaine, au cours desquelles nous avons interrogé les États-uniens sur leur adhésion aux principaux postulats de la théorie du grand remplacement.

Les nouveaux immigrés perçus comme une menace

Nos travaux montrent de manière constante qu’une part importante des Américains estime que les nouveaux immigrés menacent le pouvoir politique, culturel et économique des Américains blancs. Dans notre dernière enquête, menée en mars 2026 auprès de 1 000 États-Uniens, 36 % des répondants se sont déclarés d’accord avec l’affirmation suivante : « Les Américains nés aux États-Unis perdent leur influence économique, politique et culturelle dans ce pays en raison de la croissance de la population immigrée. »

Une proportion notable de l’échantillon – 26 % – adhérait également à l’idée que des élites politiques chercheraient à « remplacer » la population blanche actuelle, en approuvant l’affirmation suivante : « Certaines personnes œuvrent secrètement pour faire en sorte que les immigrés finissent par remplacer les véritables Américains. »

Le soutien à ces croyances est particulièrement marqué parmi les Américains blancs, les républicains, les conservateurs et les personnes s’identifiant au mouvement Make America Great Again (MAGA) de Donald Trump. Ainsi, plus de trois quarts des sympathisants du mouvement MAGA et près de six républicains sur dix se sont déclarés d’accord avec l’affirmation suivante : « Les immigrés envahissent et colonisent les États-Unis. »

Mais comment expliquer la diffusion de la théorie du grand remplacement ?

Dans une étude récemment publiée et évaluée par les pairs, nous avons utilisé les données d’une enquête de panel représentative à l’échelle nationale, qui a suivi dans le temps plus de 500 Américains blancs, afin de tenter de répondre à cette question.

Nous avons constaté que les Américains blancs qui s’identifient comme républicains, qui se définissent comme conservateurs et qui nourrissent des attitudes négatives à l’égard des personnes d’autres origines raciales sont plus susceptibles d’adhérer aux principaux postulats de la théorie du grand remplacement. Nous avons également mis en évidence un lien clair entre le fait de regarder Fox News et le soutien à cette théorie complotiste chez les Américains blancs.

Compte tenu de la popularité de Fox News, ce résultat méritait selon nous un examen plus approfondi. Comme nous le détaillons dans notre étude, alors que 39 % de l’ensemble des Américains blancs considèrent que les immigrés « envahissent et colonisent » les États-Unis, cette proportion atteint 61 % parmi ceux qui regardent Fox News. Même après avoir pris en compte l’identification partisane, l’idéologie politique, les attitudes raciales et les caractéristiques démographiques, l’audience de Fox News reste fortement associée à un soutien accru à la théorie du grand remplacement.

Par ailleurs, le suivi des mêmes répondants au fil du temps nous a permis d’observer l’évolution de leurs opinions en fonction de leurs habitudes de consommation médiatique. En résumé, plus un Américain blanc regarde les programmes de Fox News, plus il est susceptible d’adopter les idées associées à cette théorie complotiste.

Des liens avec la violence politique

Nos travaux s’inscrivent dans le prolongement de plusieurs décennies de recherche montrant que l’opinion publique est fortement influencée par la consommation médiatique. Des études récentes soulignent notamment l’influence de Fox News sur les attitudes des Américains concernant la pandémie de Covid-19, les politiques migratoires ou encore les questions de justice pénale.

Compte tenu de l’attention que les animateurs de Fox News, certains responsables politiques élus et divers commentateurs accordent à la théorie du grand remplacement, nos résultats suggèrent que cette couverture médiatique a effectivement contribué à façonner les opinions d’une partie des Américains blancs. La théorie du grand remplacement n’est plus aujourd’hui cantonnée aux marges de la société.

À nos yeux, cette évolution est préoccupante, non seulement parce que cette théorie complotiste présente l’immigration comme une question existentielle – où l’enjeu serait ni plus ni moins que la préservation de son identité et de son pays – mais aussi parce qu’elle a été associée à de nombreux actes de violence politique visant des personnes racisées et des minorités religieuses.

À l’approche du 250e anniversaire des États-Unis, le pays continuera sans aucun doute à débattre de l’immigration, des questions raciales et de ce que signifie être Américain.

Les désaccords sur la politique migratoire ont toute leur place dans une démocratie. Mais les théories complotistes rendent beaucoup plus difficile la recherche d’un terrain d’entente ou l’élaboration de compromis politiques. Nos travaux montrent que lorsque des médias influents reprennent ou légitiment des récits complotistes, l’adhésion du public à ces théories tend à progresser à son tour.

The Conversation

Jesse Rhodes a reçu des financements de la National Science Foundation, la Spencer Foundation et de Demos.

Tatishe Nteta a reçu des financements de la Russell Sage Foundation.

Adam Eichen ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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06.06.2026 à 18:44

Au-delà des bouffées de chaleur, les femmes doivent s’inquiéter des effets de la ménopause sur leur cœur

Inés Pineda-Torra, Research group leader, Molecular endocrinologist and Professor in Cardiometabolic medicine, Andalusian Center for Molecular Biology and Regenerative Medicine (CABIMER)

À la périménopause, le risque de maladies cardiovasculaires augmente chez la femme. Quels rôles jouent le « bon » et le « mauvais » cholestérol ? Le traitement hormonal de la ménopause peut-il aider ?
Texte intégral (3481 mots)

Les maladies cardiovasculaires ne se conjuguent pas uniquement au masculin et leur risque augmente chez la femme à la périménopause. Quels rôles jouent le métabolisme des lipides et, notamment, le « bon » et le « mauvais » cholestérol ? Quelle place pour les statines ? Le traitement hormonal de la ménopause peut-il aider ? On fait le point.


À la périménopause et en postménopause, les femmes doivent faire face aux bouffées de chaleur, aux troubles du sommeil et aux changements de silhouette. Mais un autre changement, plus discret, peut survenir pendant cette période, et mérite tout autant l’attention : la santé du cœur.

Alors que le plus souvent les femmes s’inquiètent davantage des signes visibles caractéristiques du milieu de la vie, elles sont moins conscientes des changements cachés au niveau des lipides, des vaisseaux sanguins et de leur métabolisme, qui peuvent augmenter silencieusement le risque de survenue, dans le futur, de maladies cardiovasculaires, première cause de décès chez les femmes dans le monde.


À lire aussi : À la ménopause, savez-vous que le risque cardiovasculaire augmente ? L’activité physique peut aider


Les femmes en périménopause (à partir du moment où les règles commencent à devenir plus irrégulières jusqu’à un an après la disparition complète des menstruations) et en postménopause deviennent plus vulnérables aux maladies cardiovasculaires. La baisse du taux d’œstrogènes entraîne une évolution défavorable des lipides, de la répartition des graisses dans le corps, de la pression artérielle, du contrôle de la glycémie et de l’inflammation.

Ce cocktail néfaste impose une charge supplémentaire au cœur et aux artères. À partir de la fin des années 1950 et durant les années 1960, le risque cardiovasculaire de nombreuses femmes s’est rapproché – et, dans certaines situations, a même dépassé – celui des hommes du même âge, bien que le profil et le moment d’apparition de la maladie diffèrent entre les hommes et les femmes.

« Bon » et « mauvais » cholestérol, triglycérides… comprendre le métabolisme lipidique

On appelle « métabolisme lipidique » la manière dont notre organisme gère les graisses : depuis leur absorption à partir des aliments jusqu’à leur circulation dans le sang, leur stockage et leur utilisation pour fournir l’énergie dont nos organes et nos cellules ont besoin.

Comme les graisses ne se dissolvent pas dans l’eau, l’organisme les conditionne en de minuscules particules circulant dans notre sang, appelées lipoprotéines.

Les particules de LDL (« low density lipoproteins » ou lipoprotéines de faible densité, nldr) transportent le cholestérol vers les tissus. Quand il y a trop de particules LDL, sachant que ces particules sont petites et denses, elles peuvent plus facilement pénétrer dans les parois des artères et contribuer à la formation de plaques.

Les particules de HDL (« high density lipoproteins » ou lipoprotéines de haute densité, nldr), elles, conduisent le cholestérol depuis les tissus et parois des artères vers le foie pour qu’il soit éliminé. C’est pourquoi on appelle souvent le HDL-cholestéol le « bon » cholestérol. Cependant, la qualité et la fonction de ces particules importent autant que leur quantité.

Quels changements s’opèrent à la périménopause puis en postménopause ?

Les œstrogènes exercent d’importants effets protecteurs sur le système cardiovasculaire : elles contribuent à maintenir un faible taux de LDL-cholestérol (surnommé le « mauvais cholestérol »), favorisent un taux de HDL-cholestérol (le « bon cholestérol ») bénéfique pour la santé, améliorent le relâchement des vaisseaux sanguins et modulent l’inflammation.

Au moment de la transition que représente la ménopause, la production d’œstrogènes par les ovaires diminue fortement. Contrairement à ce à quoi on pourrait s’attendre, cette situation est souvent associée à une modification rapide de plusieurs voies métaboliques, plutôt qu’à un processus de vieillissement lent et progressif.

De vastes études montrent qu’après la ménopause, les femmes présentent des taux plus élevés de cholestérol total et de LDL-cholestérol, tandis que les particules de HDL qui deviennent prédominantes durant cette période sont plus petites et moins efficaces pour éliminer le cholestérol des artères.

Les triglycérides, un type de graisse qui circule dans notre sang et qui constitue l’une des principales réserves d’énergie de notre organisme, augmentent également après la ménopause. Cette combinaison de graisses crée ce que l’on appelle un profil plus « athérogène », c’est-à-dire favorisant la formation de plaques d’athérosclérose.

Lorsque ces graisses sont présentes en trop grande quantité dans le sang, elles peuvent s’accumuler dans les artères au fil du temps, contribuant ainsi à la formation de plaques de graisse susceptibles de rétrécir progressivement le passage du sang. À terme, ces artères peuvent se rompre et provoquer la formation d’un caillot, ce qui augmente le risque de maladies du cœur et d’accident vasculaire cérébral.

Par ailleurs, les femmes sont plus susceptibles de développer d’autres facteurs de risque cardiovasculaire :

  • Une prise de poids, notamment au niveau de l’abdomen,

  • Une hypertension artérielle,

  • Une résistance à l’insuline.

Tous ces facteurs augmentent encore davantage le risque cardiovasculaire.

Des études récentes sur les métabolites circulant dans le sang (ce type d’études participent d’un domaine de la recherche appelé métabolomique, ndlr) confirment que plus de la moitié des changements métaboliques liés à la ménopause concernent des molécules lipidiques, ce qui établit un lien étroit entre cette transition hormonale et le risque cardiovasculaire.

Quelle comparaison entre les risques des femmes et ceux des hommes ?

Avant la ménopause, les femmes présentent généralement un risque plus faible de crise cardiaque et d’AVC que les hommes, en partie grâce à des taux d’œstrogènes plus élevés et à un profil lipidique globalement plus favorable.

Des données issues de vastes cohortes montrent que les femmes en préménopause présentent un taux de cholestérol total et de LDL-cholestérol plus bas que les hommes du même âge, ainsi qu’une tension artérielle légèrement plus basse et un meilleur contrôle de leur glycémie.

Après la ménopause, cet avantage s’amenuise, voire disparaît.

Dans une étude à très grande échelle menée auprès de la population britannique, les femmes ménopausées présentaient en réalité des taux de cholestérol total et de LDL-cholestérol plus élevés que les hommes du même âge, malgré des taux plus faibles d’autres facteurs de risque, tels que le tabagisme, l’hypertension artérielle et le diabète.

Sur le plan clinique, les femmes ont tendance à développer des maladies cardiovasculaires environ 7 à 10 ans plus tard que les hommes, mais leur risque augmente fortement après la ménopause et finit par s’aligner sur celui des hommes.

Les femmes sont également plus sujettes à certaines formes de maladies cardiaques, telles que l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (sur les examens d’imagerie médicale, le cœur semble pomper normalement, mais il est trop rigide pour se détendre et se remplir correctement entre deux battements) et l’angine microvasculaire une gêne thoracique causée par des problèmes au niveau des petits vaisseaux sanguins du cœur). Ces formes de maladies cardiaques ont longtemps été sous-diagnostiquées et peu étudiées.

Approches actuelles : changements de mode de vie et médicaments hypolipidémiants

Pour les femmes en périménopause et en postménopause, les recommandations insistent sur la nécessité de surveiller la tension artérielle, le taux de cholestérol ainsi que la glycémie, et d’intervenir rapidement en cas d’anomalies, car le risque peut augmenter rapidement pendant cette période.

Quel que soit le sexe, les principes fondamentaux de la prévention cardiovasculaire sont les mêmes :

  • Ne pas fumer
  • Privilégier une alimentation riche en aliments d’origine végétale et pauvre en acides gras trans
  • Pratiquer une activité physique régulière
  • Dormir suffisamment
  • Maîtriser son poids

Les statines restent le traitement de référence pour réduire le LDL-cholestérol et prévenir les accidents cardiovasculaires chez les personnes à risque accru. De vastes méta-analyses montrent des bénéfices évidents chez les femmes et les hommes en matière de prévention secondaire (après un événement cardiovasculaire tel qu’un AVC).

En prévention primaire (avant la survenue d’un événement cardiovasculaire), les données sur les bénéfices potentiels des statines sont moins solides chez les femmes que chez les hommes. Certaines analyses suggèrent même que la réduction du risque absolu pourrait être plus faible. Il s’agit toutefois d’un domaine de recherche toujours d’actualité.

Quoi qu’il en soit, les femmes qui répondent aux critères établis pour la prescription de statines sont toujours moins susceptibles que les hommes d’en recevoir ou de poursuivre leur traitement. Il s’agit là d’un écart majeur dans la mise en œuvre des traitements chez les femmes qui s’étend à d’autres classes de médicaments hypolipidémiants, comme nous le verrons ci-dessous.

Traitement hormonal de la ménopause (THM)

Pendant de nombreuses années, on a considéré que les œstrogènes étaient un traitement protecteur pour le cœur, mais les essais cliniques et leur analyse globale ont révélé une réalité plus complexe. Le traitement hormonal de la ménopause (THM) est principalement prescrit pour soulager les symptômes gênants de la ménopause : bouffées de chaleur, sueurs nocturnes et symptômes vaginaux. Il contribue également à prévenir la perte osseuse et les fractures. Ce n’est pas un médicament de prévention cardiaque, mais son lien avec le risque cardiovasculaire est important pour toute femme qui envisage de le prendre.

Notre compréhension de la THM et de son impact sur le cœur a considérablement évolué au cours des deux dernières décennies. Les premiers essais à grande échelle avaient suscité des inquiétudes, mais ils portaient principalement sur des femmes ayant commencé un traitement hormonal à 60 ans, bien après la ménopause, avec des formulations plus anciennes.

Quand les données ont été analysées à nouveau en fonction de l’âge au moment du début du traitement, et que des études plus récentes se sont concentrées sur des femmes plus proches de la ménopause, un tableau plus rassurant est apparu : pour les femmes en bonne santé qui commencent un THM avant 60 ans ou dans les 10 ans suivant leurs dernières règles, les risques cardiovasculaires semblent faibles.

Par ailleurs, certaines études suggèrent des bienfaits cardiométaboliques potentiels du THM. Mais les données concernant les bénéfices cliniques concrets, comme une diminution du nombre de crises cardiaques ou une baisse de la mortalité, restent peu concluantes. Le traitement hormonal substitutif n’est donc pas recommandé comme stratégie de prévention cardiovasculaire.

Le moment choisi pour prendre le THM et la formulation sont importants :

Le THM moderne utilise de l’œstradiol à faible dose, de préférence par voie cutanée (patchs ou crèmes) plutôt que par voie orale, car l’œstrogène transdermique contourne le foie et évite l’augmentation des facteurs de coagulation associée aux préparations orales. Le fait de commencer un traitement hormonal aux alentours de la ménopause est très différent de le faire à la fin de la soixantaine ou à 70 ans, lorsque le risque cardiovasculaire de base est déjà plus élevé.

THM: Les recommandations actuelles des associations spécialisées dans la ménopause en Amérique du Nord et en Europe préconisent une approche personnalisée

  • Recourir à la dose efficace la plus faible possible
  • Réévaluer régulièrement les risques
  • Prendre les décisions en concertation avec un professionnel de santé qui maîtrise à la fois les symptômes de la ménopause de la patiente et son profil cardiovasculaire

Fin 2025, aux États-Unis, l’US Food and Drug Administration (FDA, l’équivalent de l’Agence du médicament en France, ndlr) a commencé à supprimer les avertissements généraux qui établissaient un lien entre le traitement hormonal substitutif (THM) et le risque de maladies cardiovasculaires, de cancer du sein et de démence de manière systématique. La FDA a ainsi considéré que ces mentions anciennes induisaient en erreur lorsqu’elles s’appliquaient à des femmes en bonne santé dans la cinquantaine (ce changement réglementaire est intervenu après la collecte des sources primaires pour cet article).

L’avertissement le plus important qui subsiste concerne le risque de cancer de l’endomètre associé à un traitement à base d’œstrogènes seuls chez les femmes qui ont encore un utérus, ce qui souligne l’importance d’utiliser un progestatif adéquat en association avec les œstrogènes dans ces cas.

Nouvelles thérapies cardiométaboliques

Plusieurs nouvelles classes de médicaments offrent des outils supplémentaires prometteurs, en particulier pour les femmes souffrant d’obésité, de diabète ou avec un taux de cholestérol très élevé.

Les analogues du glucagon-like peptide-1 (analogues du GLP-1), tels que le sémaglutide, ont d’abord été développés pour le traitement du diabète, mais sont désormais également utilisés dans le traitement de l’obésité. Une vaste analyse d’essais cliniques révèle que les analogues du GLP-1 réduisent la tension artérielle et diminuent le risque d’infarctus du myocarde, sans effet notable sur les accidents vasculaires cérébraux.

(Il s’agit de médicaments injectables parmi lesquels Ozempic et Wegovy [sémaglutide] et Mounjaro [tirzépatide] sont les noms les plus connus, ndlr.)

L’essai SELECT, qui a fait date, a montré que l’administration hebdomadaire de sémaglutide (à 2,4 mg) réduisait d’environ 20 % les événements cardiovasculaires majeurs chez les personnes obèses souffrant de maladies cardiovasculaires existantes mais ne présentant pas de diabète, une avancée qui modifie déjà les recommandations cliniques.


À lire aussi : Nouveaux médicaments antiobésité : l’arrêt des injections entraîne une reprise de poids beaucoup plus rapide que prévu


Chez les personnes dont le taux de LDL-cholestérol reste élevé malgré la prise de statines à la dose maximale tolérée, les molécules ciblant la PCSK9 (anticorps monoclonaux) peuvent réduire ce taux d’environ 50 à 60 % et se sont révélées efficaces pour diminuer davantage les événements cardiovasculaires.

Des analyses récentes qui tiennent compte des différences entre les sexes indiquent que ces médicaments permettent aux femmes et aux hommes d’obtenir des réductions de LDL-cholestérol similaires et des bénéfices cardiovasculaires équivalents.

Malheureusement, comme c’est le cas pour les statines, en pratique, les femmes ont moins de chance que les hommes de se voir prescrire ces médicaments, ce qui met en évidence un écart persistant dans la prescription des différentes classes de médicaments hypolipidémiants, un problème qui mérite une attention urgente.

Quelle direction prend la recherche ?

La tendance suit une approche plus personnalisée.

Les priorités actuelles visent notamment à mieux comprendre comment les modifications des lipides et des métabolites liées à la ménopause se traduisent par la formation de plaques, et à identifier les femmes les plus à risque afin de personnaliser davantage la prévention. Par ailleurs, une demande se fait jour pour davantage d’essais cliniques dont le design sera prévu pour répondre, dès le début de l’essai, à des questions spécifiques liées au sexe.

Pourront ainsi être instruites des questions autour de l’utilisation optimale des statines, des agonistes du GLP-1, des inhibiteurs de la PCSK9 et de l’hormonothérapie substitutive (HTS) aux différents stades de la ménopause. En particulier, pourront être menés de vastes essais contrôlés randomisés suffisamment puissants pour détecter des différences dans les événements cliniques (crises cardiaques, AVC, décès) qui permettront de déterminer si les signaux prometteurs, mais non concluants, pour protéger la santé cardiovasculaire observés dans certaines études, qui utilisent des marqueurs de substitution comme critères d’évaluation, et dans les études observationnelles se traduisent par des preuves solides susceptibles de modifier les recommandations.

Pour l’instant, le message essentiel à délivrer aux femmes est le suivant :

les maladies cardiovasculaires ne sont pas « l’apanage des hommes » ; et la périménopause ainsi que la période postménopause sont des moments cruciaux pour évaluer vos facteurs de risque, adapter votre mode de vie et votre alimentation et, le cas échéant et sur recommandation de votre médecin spécialiste, recourir à des traitements fondés sur des données scientifiques afin de protéger votre cœur et vos vaisseaux sanguins sur le long terme.


Le mécénat scientifique d’AXA fait désormais partie du Fonds Axa pour le progrès humain, qui regroupe les engagements philanthropiques du Groupe et des mutuelles d’assurances Axa dans les domaines de la science, de la nature, de la solidarité et de la culture. Avant 2025, ce mécénat scientifique global était assuré par le Fonds Axa pour la recherche, qui a soutenu plus de 750 projets à travers le monde depuis sa création en 2007. Pour en savoir plus, rendez-vous sur Fonds Axa pour le progrès humain.

The Conversation

Inés Pineda-Torra est membre de The Endocrine Society and is funded by the following organistations: Instituto Carlos III- (grant PMPTA23/00023), Ministerio de Ciencia e Innovación-Agencia Estatal de Investigación-PROYECTOS DE COLABORACION PUBLICO-PRIVADA 2021-2023-(grant CPP2022-010039), Ministerio de Ciencia e Innovación – Agencia Estatal de Investigación -PROYECTOS DE GENERACIÓN DE CONOCIMIENTO-2021-(grant PID2021-126077OB-I00), Axa Research Fund (Axa Chair 2023).

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06.06.2026 à 15:39

Investissement à impact : quand la mesure façonne ce qui compte

Emmanuelle Dubocage, Full Professor, EM Lyon Business School

Ramzi Benkraiem, Full Professor of Accounting and Finance, Audencia

De quel impact parle-t-on quand on évoque les investissements à impact ? Et, questions subsidiaires : qui le mesure et comment ?
Texte intégral (1790 mots)

L’investissement à impact apparaît comme un outil prisé des adeptes de la finance durable. En témoigne l’engouement rencontré par les produits proposés. Mais de quel impact parle-t-on vraiment ? Qui décide qu’un impact est intéressant ou non ? Certaines formes d’impact sont-elles privilégiées à d’autres ?


Alors que l’Union européenne revoit ses règles en matière de finance durable afin de simplifier le cadre réglementaire et d’arbitrer entre exigences de conformité et complexité administrative, une question s’impose : comment distinguer les démarches réellement transformatrices des simples effets d’affichage ?

L’investissement à impact, qui promet de financer des projets à impact social ou environnemental mesurable, porte une ambition forte. Mais il ne pourra réaliser sa promesse transformative que s’il reconfigure ses instruments, sa gouvernance et ses cadres d’évaluation afin de favoriser une transition juste, solidaire et démocratique.

Une manière inédite d’investir…

Les confusions entre investissement à impact, approches ESG (pour environnement, social, gouvernance) et investissement socialement responsable sont fréquentes. Avec l’investissement à impact, il ne s’agit pas seulement d’éviter de financer certains secteurs ou d’intégrer a posteriori des critères extrafinanciers aux investissements classiques. La démarche est ici plus ambitieuse, puisqu’il s’agit d’investir pour produire un effet positif sur l’environnement et la société, et être capable de le démontrer.

Concrètement, cela peut passer par le financement d’une entreprise comme Greenway, qui produit et commercialise des fourneaux économes en combustible, à prix abordable, destinés à une clientèle rurale dans le sud de l’Inde. Ou d’une entreprise comme SunFunder, qui vise à impulser une transformation énergétique mondiale pour garantir un accès universel à l’énergie et réduire les impacts environnementaux liés à sa production et à sa distribution, contribuant ainsi à limiter le changement climatique.

Au cœur du modèle

Dans toutes ces entreprises financées par l’investissement à impact, l’impact n’est pas un effet secondaire, comme c’est souvent le cas dans les approches ESG : il est au cœur du modèle.


À lire aussi : Effectuer des investissements responsables, ce n’est pas renoncer à leur rentabilité


Ce positionnement explique l’attrait croissant du secteur, tant du côté des investisseurs que des entrepreneurs qui cherchent à concilier activité économique et utilité sociale. Cet engouement se traduit par une montée en puissance rapide du marché : selon le Global Impact Investing Network (GIIN), les actifs à impact sous gestion ont augmenté à un taux de croissance annuel de 21 % au cours des six dernières années.

Des pratiques qui évoluent… mais non sans tensions

L’essor de l’investissement à impact s’accompagne de transformations visibles. De nouveaux instruments financiers apparaissent, certains mécanismes de rémunération des investisseurs sont liés à l’atteinte d’objectifs d’impact. Lorsque l’investissement à impact social et environnemental est opéré par le capital-risque, les investisseurs accompagnent les équipes, participent aux décisions stratégiques pour créer de la valeur actionnariale. Cela peut être pour le meilleur, mais aussi pour le pire.

Dans certains cas, cela permet de préserver la mission initiale des projets, y compris au moment de la sortie des investisseurs. Dans d’autres cas, au contraire, les capital-risqueurs d’impact participent à une dérive de la mission d’impact (mission drift) des entreprises de leur portefeuille en donnant la priorité à la performance financière au détriment de la performance extrafinancière.

Mesurer l’impact n’est pas neutre

L’exigence de preuve d’impact impose de comparer, standardiser, objectiver. Cette logique n’est pas sans effet sur la nature des projets financés. Tout repose, ou presque, sur la capacité à mesurer l’impact. Sans indicateur, pas de sélection, pas de suivi, pas de crédibilité. C’est le rôle des fameux Key Performance Indicators (KPI), tels que les tonnes d’émissions de CO2 évitées, le nombre d’emplois créés.

C’est là que les choses se compliquent : ces indicateurs ne sont pas de simples outils techniques. Loin d’être neutres, ils orientent les décisions. Ce qui est mesuré devient visible, comparable, donc finançable. À l’inverse, ce qui se mesure difficilement – transformations sociales de long terme, effets indirects, dynamiques collectives – risque de ne pas être financé alors même que l’impact est réel.

Une dimension performative

Dans les faits, cela peut favoriser certains types de projets. Une innovation technologique liée au climat, dont les effets sont quantifiables, aura souvent plus de facilité à attirer des financements qu’une initiative de cohésion sociale, plus difficile à objectiver. Autrement dit, mesurer l’impact ne sert pas seulement à l’évaluer. Cela contribue aussi à définir ce qui compte.

En ce sens, les dispositifs de mesure ont une dimension performative : ils ne se contentent pas de refléter la réalité, ils contribuent à la façonner, en rendant certains effets visibles, comparables et finançables, et en reléguant d’autres à la marge. Dès lors, la question de la mesure devient indissociable de celle du pouvoir : définir les indicateurs, fixer les seuils et valider les résultats revient à cadrer ce qui sera reconnu comme « impact » – et, in fine, ce qui sera financé. La mesure n’est donc pas seulement un enjeu technique, mais un enjeu de gouvernance. Elle organise la répartition du pouvoir entre investisseurs, entreprises et parties prenantes, en déterminant qui a la capacité de définir, d’interpréter et de valider l’impact.

Qui décide de ce qui compte ?

Derrière les outils de mesure se joue ainsi une question centrale : qui a le pouvoir de dire ce qui compte ? Les choix d’indicateurs, loin d’être neutres, traduisent des arbitrages implicites qui privilégient certaines formes d’impact – souvent les plus quantifiables – au détriment d’autres, moins aisément mesurables mais socialement déterminantes. Qui choisit les indicateurs ? Qui fixe les objectifs ? Qui valide les résultats en termes d’impact extrafinancier ?

La réponse n’est pas la même pour tous les fonds de capital-risque à impact. Certains privilégient la co-construction des indicateurs avec l’entreprise et un accompagnement sur mesure, non standardisé et qualitatif. D’autres, poussés par une logique de conformité, s’appuient sur des catalogues de mesures standards qui conduisent les entreprises à « cocher des cases » avec plus ou moins de conviction.

Cette diversité des pratiques interroge et pose la question de la légitimité des critères retenus, mais aussi de leur pertinence. Sans prise en compte des contextes locaux, la mesure de l’impact risque de devenir un exercice standardisé, déconnecté des réalités qu’elle prétend saisir.

C’est pourquoi certains travaux plaident pour des formes de gouvernance plus ouvertes, intégrant davantage les parties prenantes – en particulier les bénéficiaires des entreprises en question – dans la définition et l’évaluation de l’impact.

Fnege Media, 2022.

Une promesse qui reste à concrétiser

L’investissement à impact a le grand mérite de faire bouger les lignes dans le monde de la finance ; il a installé l’idée que le capital pouvait être orienté vers autre chose que la seule rentabilité financière. Il soutient aussi l’émergence et le développement d’entreprises qui cherchent à répondre à des besoins sociaux ou environnementaux tout en restant économiquement viables.

Mais sa capacité à transformer en profondeur la finance reste incertaine. Entre exigences de rendement, impératifs de standardisation et contraintes de mesure, les arbitrages sont permanents.

Dans un contexte où la finance durable est en pleine structuration, notamment sous l’effet de la réglementation européenne, l’enjeu n’est plus seulement de développer l’investissement à impact. La question est de savoir s’il peut réellement transformer la finance pour en faire un acteur décisif face aux défis sociétaux et environnementaux.

La réponse dépendra, en pratique, de choix très concrets : la manière dont l’impact est défini, les outils utilisés pour le mesurer et les parties prenantes impliquées dans ces décisions. Autant d’éléments qui relèvent à la fois de la technique… et du politique.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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