31.08.2026 à 16:29
Murilo Veloso, Enseignant-chercheur en Science du Sol, Unité AGHYLE, Campus de Rouen, UniLaSalle
David Houben, Enseignant-chercheur en science du sol et Directeur du Collège Agrosciences, UniLaSalle
L’ESSENTIEL
Les feux de forêt n’endommagent pas que les arbres. Les flammes impactent aussi le sol, la vie qu’il abrite tout comme le stock de carbone qu’il détient.
L’ampleur des impacts varie selon les températures atteintes et de la capacité de récupération du sol.
Le feu a également tendance à diminuer le stock de carbone des sols.
Impossible d’être passé à côté : cet été 2026, une surface inédite de la forêt française a brûlé. Mais derrière les images spectaculaires de paysages calcinés, une autre histoire moins documentée se joue sous nos pieds. Au-delà de la végétation brûlée, le feu transforme en profondeur le sol et la vie qu’il abrite.
Il impacte également un patrimoine invisible : les réserves de carbone du sol, que le grand public a souvent tendance à sous-estimer. Pourtant, les sols forestiers français stockent bien souvent plus de carbone que la partie aérienne de la forêt.
Pour comprendre ces bouleversements, commençons par voir ce qu’il se passe dans le sol après un incendie.
Contrairement à l’image que l’on peut avoir d’un incendie qui consumerait tout sur son passage, la chaleur pénètre généralement assez peu dans le sol. En raison de sa faible conductivité thermique, ses effets directs restent le plus souvent limités aux premiers centimètres sous la surface. Or, c’est précisément dans cette fine couche que se concentre la majorité des racines, des microorganismes et de la matière organique qui assurent la fertilité, le stockage du carbone et le fonctionnement du sol.
Une fois les flammes éteintes, le sol garde ainsi la mémoire de l’incendie, avec des conséquences qui peuvent durer des années, voire des décennies, pour la régénération des écosystèmes et pour le climat.
Cet impact est d’abord lié à la composition chimique du sol qui va changer sous l’effet de la chaleur.
La combustion de la végétation et de l’amas de feuilles et débris végétaux morts sur le sol de la forêt (la litière forestière) laisse à la surface du sol des cendres riches en éléments minéraux, notamment en calcium, magnésium et potassium. Ces nutriments cruciaux, notamment pour la structure cellulaire, la photosynthèse et la régulation hydrique des plantes, vont dès lors être plus disponibles. À l’inverse, certains nutriments indispensables à la croissance des plantes, notamment l’azote et le soufre, peuvent être perdus par volatilisation dès 200 °C.
Les cendres, généralement alcalines, peuvent également augmenter temporairement le pH du sol.
En altérant la matière organique qui contribue à maintenir les particules du sol assemblées, l’incendie peut également fragiliser sa structure et modifier sa porosité. L’eau s’infiltre alors plus difficilement, ce qui accroît le risque de ruissellement et d’érosion.
Ces effets peuvent parfois être amplifiés par certains phénomènes. Avec la chaleur, des composés organiques issus de la végétation qui brûle peuvent se volatiliser, puis migrer dans le sol avant de se condenser sur des particules plus froides. Ils créent alors une couche hydrophobe qui repousse l’eau. Cela peut alors avoir des conséquences négatives sur la capacité de rétention de l’eau par le sol, et, en conséquence, pour le développement des végétaux.
Cette répulsion à l’eau apparaît surtout dans certaines gammes de température, entre environ 200 °C et 280 °C, tandis qu’à des températures plus élevées, les composés organiques à l’origine de cet effet peuvent à leur tour être détruits.
Outre la température, d’autres paramètres peuvent également modifier grandement les effets d’un incendie sur le sol : intensité, durée, quantité et nature du combustible mais aussi les propriétés du sol.
Dans un sol sableux, comme en forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), par exemple, il aura une réduction plus importante de la matière organique du sol comparé à un sol argileux, comme certains sols du département de l’Aude. Cela est dû au fait que dans les sols sableux, la matière organique du sol est principalement présente sous forme de débris végétaux peu protégés, contrairement à un sol argileux où la matière organique est plus susceptible d’être présente en association avec les particules d’argiles. Cette association entre la matière organique du sol et les particules d’argiles est tellement forte qu’elle fonctionne comme une protection.
Ces sols argileux sont donc, eux, capables de stabiliser une part importante de la matière organique au contact des minéraux. Ils offrent ainsi une meilleure protection du carbone que les sols sableux.
Les effets du feu sur les sols forestiers ne s’arrêtent pas là, car le feu ne transforme pas seulement la chimie et la structure du sol : il bouleverse également les organismes qui y vivent. Un sol abrite une communauté extrêmement diversifiée de bactéries, de champignons et d’animaux qui participent notamment à la décomposition de la matière organique et aux cycles du carbone et des nutriments. La chaleur peut provoquer très rapidement la mortalité directe d’une partie de ces organismes.
En modifiant le pH, la disponibilité des nutriments, la matière organique ou encore les propriétés physiques du sol, le feu transforme aussi dans la durée les conditions de vie et les ressources disponibles pour les organismes. Cette perturbation se traduit alors par une diminution de l’activité des champignons et microorganismes qui, par l’intermédiaire de leurs enzymes, décomposent la matière organique et rendent disponibles des nutriments précieux à la fertilité de la forêt tout entière.
Le fonctionnement biologique du sol peut ainsi rester perturbé bien après que les cendres ont disparu, avec des temps de récupération pouvant atteindre plusieurs années, voire plusieurs décennies selon la sévérité du feu et les caractéristiques de l’écosystème.
Regardons maintenant ce qu’il se passe au niveau du stock de carbone des sols.
On pourrait penser qu’un incendie transforme une majorité du carbone du sol en CO2 qui partira dans l’atmosphère. La réalité est plus complexe. Une partie des substances carbonée de la matière organique du sol est, effectivement, consommée par les flammes. Mais une autre partie du carbone des sols n’est pas détruite : elle est transformée.
Pour comprendre cette transformation, il faut distinguer plusieurs formes de carbone présentes dans la matière organique du sol. Les formes dites « O-alkyles » correspondent principalement aux glucides, comme ceux de la cellulose et de l’hémicellulose des végétaux. Elles constituent une source d’énergie facilement accessible pour les microorganismes.
Les formes alkyles regroupent des molécules plus riches en chaînes carbonées, comme les cires ou certains lipides des plantes. Enfin, le carbone aromatique est constitué de molécules organisées en cycles carbonés, généralement plus résistantes à la décomposition biologique.
Sous l’effet de la chaleur, les formes O-alkyles et alkyles diminuent progressivement, tandis que la proportion de carbone aromatique augmente. À mesure que la température s’élève, certaines fonctions chimiques disparaissent à leur tour et les molécules se condensent, laissant un résidu de plus en plus riche en structures aromatiques : le carbone pyrogénique. Le charbon de bois en est la forme la plus visible, mais des composés similaires se forment également dans le sol après un incendie.
Le feu produit donc une nouvelle forme de matière organique, structurellement plus fermée et chimiquement différente de celle qui existait avant l’incendie. Ce carbone peut alors interagir avec les minéraux du sol et persister plus longtemps que la matière organique dont il est issu. On pourrait donc penser que les incendies favorisent le stockage d’une forme de carbone plus stable dans les sols. La réalité est toutefois plus nuancée.
Selon l’intensité des situations, l’incendie peut entraîner une perte importante de matière organique, une simple transformation des composés les plus facilement dégradables ou encore une augmentation temporaire du carbone du sol liée à l’accumulation de résidus carbonés issus de la combustion. Ce phénomène est notamment observé dans certains systèmes de brûlis traditionnels.
Ce résultat surprenant est dû au fait que le feu consomme une partie de la matière organique, mais il génère aussi de résidus riches en carbone, comme le carbone pyrogénique, qui peuvent, dans certains systèmes, contrebalancer les pertes.
Cependant, une synthèse scientifique récente regroupant 471 études et plus de 5 000 observations à travers le monde montre que le feu tend globalement à diminuer les stocks de carbone du sol, avec des effets particulièrement marqués lorsque les incendies sont sévères ou répétés.
Lorsque les flammes s’éteignent, le sol n’est pas figé dans son nouvel état. Même si les sols gardent la mémoire des incendies, la végétation recommence à pousser, les microorganismes recolonisent progressivement le milieu et les cendres peuvent fournir temporairement des éléments nutritifs aux plantes. Commence alors une phase de récupération dont la vitesse et l’ampleur dépendent à la fois de la sévérité de l’incendie, des propriétés du sol et des caractéristiques de l’écosystème.
Dans certains écosystèmes, comme les savanes, les formations méditerranéennes ou les forêts sèches, le feu fait partie du fonctionnement naturel et peut contribuer au recyclage des nutriments ou au maintien de certaines espèces. Ces milieux ont évolué avec des incendies réguliers, généralement de faible intensité, qui favorise la libération de nutriments de la végétation morte et l’ouverture des espaces favorables à la germination ou à la repousse de nouvelles espèces. Certaines espèces méditerranéennes, comme le pin d’Alep ou plusieurs cistes, profitent même du passage du feu pour se régénérer. La chaleur intense des flammes fait fondre la résine qui maintenait leurs cônes fermés, libérant des milliers de graines sur un sol enrichi par les cendres.
Le problème survient lorsque le régime des feux se modifie. Un feu modéré suivi d’une recolonisation rapide n’a pas les mêmes conséquences à long terme que des incendies sévères ou répétés, qui peuvent survenir avant que le sol et la végétation aient eu le temps de récupérer. Les perturbations peuvent alors s’accumuler, entraînant des pertes de carbone et, plus largement, une altération durable du fonctionnement du sol.
Puisque les sols et les écosystèmes disposent d’une capacité naturelle de récupération, faut-il intervenir après un incendie pour accélérer leur restauration ? Dans de nombreux cas, laisser le milieu récupérer naturellement peut constituer la meilleure option.
Une intervention se justifie surtout lorsque le feu a rendu le sol particulièrement vulnérable à l’érosion, aux coulées de boue ou au transfert de sédiments vers les cours d’eau et les infrastructures. Dans ces secteurs, couvrir le sol avec de la paille, des copeaux de bois ou d’autres matériaux peut protéger sa surface de l’impact des gouttes de pluie et limiter le ruissellement et l’érosion.
À l’inverse, certaines interventions menées rapidement après l’incendie peuvent aggraver les dommages. Le passage d’engins lourds, notamment lors de l’exploitation des arbres brûlés, peut compacter un sol déjà fragilisé, dégrader sa structure et accroître l’érosion.
À l’heure du changement climatique, avec des incendies plus fréquents et plus intenses, une question cruciale demeure cependant : jusqu’où les sols peuvent-ils absorber ces perturbations sans voir leur fonctionnement durablement altéré ? Pour y répondre, l’étude des mécanismes favorisant ou limitant cette résilience demeure plus que jamais cruciale.
Cet article a bénéficié de l’appui de Quentin Bordier, rédacteur scientifique. Nous le remercions pour son aide dans la vulgarisation de cette réflexion.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
31.08.2026 à 16:28
Allane Madanamoothoo, Associate Professor of Law, EDC Paris Business School
L’ESSENTIEL
Créés par la loi budgétaire de 2025, les « comptes Trump » permettent à tous les Américains de moins de 18 ans d’investir jusqu’à 5 000 dollars par an jusqu’à l’année précédant leur majorité pour se constituer un patrimoine.
Cette mesure, présentée comme universelle, favorisera en réalité les familles les plus aisées, capables d’alimenter régulièrement les comptes.
Le dispositif apparaît avant tout comme un puissant outil de communication politique, permettant à Donald Trump de placer son nom et son image au cœur d’une politique destinée aux enfants.
Le 6 juillet dernier, Donald Trump a sonné les cloches d’ouverture de la Bourse de New York et du Nasdaq depuis le bureau Ovale, une première dans l’histoire, pour annoncer l’entrée en bourse des « comptes Trump » (Trump Accounts).
Les comptes Trump (officiellement appelés comptes « 530A IRA »), établis dans le cadre de la loi « One Big Beautiful Bill Act » (OBBBA), promulguée le 4 juillet 2025, sont des comptes d’investissement destinés aux jeunes citoyens des États-Unis. Tous les moins de 18 ans disposant d’un numéro de sécurité sociale valide peuvent se voir ouvrir un compte Trump, par un adulte autorisé (parent, grand-parent, frère, sœur, tuteur, etc.) avant le 1er janvier de l’année de leurs 18 ans.
Les enfants nés entre le 1er janvier 2025 et le 31 décembre 2028 peuvent, en outre, bénéficier d’une dotation fédérale unique de 1 000 dollars (près de 850 euros) à titre de capital de départ, jusqu’au 30 septembre 2034, quel que soit le revenu de leurs parents.
Présentés au public en fanfare, grâce à de multiples communications sur les réseaux sociaux, lors de conférences de presse et de meetings, dans les journaux, dans les lycées ou encore via des publicités télévisées diffusées lors de grands événements sportifs et la médiatisation des donations de grandes entreprises, ces comptes Trump suscitent d’importantes questions, d’autant plus que cette nouveauté survient à l’approche des élections de mi-mandat qui auront lieu en novembre prochain.
Au-delà de la dotation fédérale de 1 000 dollars, chaque compte Trump peut être crédité à hauteur de 5 000 dollars par an par la famille, le tuteur ou toute autre personne jusqu’à l’année précédant les 18 ans du titulaire du compte.
L’employeur peut également parrainer la famille jusqu’à 2 500 dollars (répartis dans les comptes Trump des enfants du salarié) lesquels s’englobent dans les 5 000 dollars totaux.
Ces sommes sont ensuite investies en bourse via des fonds indiciels états-uniens à faibles frais. Aucun retrait n’est autorisé avant la majorité de l’enfant, à quelques rares exceptions près. Au 1er janvier de l’année de ses 18 ans, le compte Trump se transforme en un compte retraite traditionnel. Les retraits réalisés entre 18 ans et 59 ans et demi sont soumis à une pénalité de 10 %, sauf pour des usages spécifiques : des études supérieures admissibles, le financement de l’achat d’une première résidence principale (jusqu’à 10 000 dollars), la naissance ou l’adoption d’un enfant (jusqu’à 5 000 dollars), etc.
À lire aussi : What are Trump Accounts for? They are more likely to help newborns start building nest eggs than help pay for their college education
L’objectif affiché des comptes Trump est d’aider tous les jeunes États-Uniens à se constituer un patrimoine dès la naissance. Le site officiel trumpaccounts.gov indique, par exemple, qu’un enfant bénéficiant de la seule dotation fédérale de 1 000 dollars posséderait 6 000 dollars à ses 18 ans. En parallèle, un enfant qui disposerait de 5 000 dollars par an jusqu’à l’année précédant ses 18 ans amasserait près de 271 000 dollars au même âge.
Plusieurs points peuvent être soulevés concernant ces prévisions :
La simulation qui se base sur un rendement annuel de plus 10 % est peu probable selon Fortune, qui estime qu’un rendement annuel de 6,3 % durant les dix prochaines années est plus plausible.
Le solde d’un compte Trump après 18 ans dépendra de la performance du marché boursier pendant toute cette période. Il pourra donc être bien moindre que celui indiqué sur le site.
La création des comptes Trump privilégie surtout les familles aisées ; le patrimoine accumulé par le compte Trump après 18 ans dépend moins du versement initial de 1 000 dollars par le Trésor américain aux enfants éligibles que de leur alimentation de 5 000 dollars tous les ans par leurs familles jusqu’à l’année précédant leur majorité. Dès lors, les comptes Trump creuseront les inégalités économiques et raciales.
Du fait de la hausse constante du coût de la vie et des dépenses imprévues, les jeunes des classes inférieures et moyennes seront plus susceptibles de retirer les fonds aussitôt leurs 18 ans.
Rien ne garantit que la plupart des entreprises contribueraient aux comptes Trump. À ce jour, seules une cinquantaine se sont engagées et, selon un sondage effectué en avril dernier, seulement 4 % des 350 entreprises interrogées prévoiraient de le faire en 2026-2027.
Rappelons que la loi OBBBA a aussi prévu des coupes drastiques dans les dépenses fédérales de deux programmes destinés aux personnes et aux familles à faibles revenus sur dix ans en durcissant leurs conditions d’éligibilité.
Le sabrage dans le Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP), un programme d’aide alimentaire, dont bénéficiaient plus de 42 millions de personnes, s’élève à environ 187 milliards de dollars. Plus de 3,5 millions de personnes ont déjà perdu leurs allocations au programme SNAP entre juillet 2025 et février 2026 et le pire pourrait être à venir : ces coupes pourraient provoquer 70 000 décès évitables d’ici à 2034.
La baisse du financement de Medicaid, un programme public d’assurance santé couvrant actuellement près de 70 millions de personnes, est de près de 1 000 milliards de dollars. Environ 12 millions de personnes pourraient perdre leur assurance maladie en 2034.
A contrario, les calculs budgétaires de la loi OBBBA ont également prévu des allégements fiscaux pour les 1 % des contribuables les plus riches, ce qui représente une somme de quelque 1 000 milliards de dollars sur dix ans.
Or, le coût de la dotation fédérale de 1 000 dollars versée à tous les enfants éligibles, y compris aux familles riches et ultrariches, est estimé à 17 milliards de dollars en 2028. Cette dotation se fera ainsi au détriment des coupons alimentaires de SNAP et de Medicaid pour des millions de personnes qui seront dans le besoin pendant dix ans.
Pis, cela se traduira par du « soft eugenics » dans la mesure où les plus nécessiteux auront moins accès à la nourriture et aux soins. Or l’insécurité alimentaire peut avoir un impact négatif sur la fertilité des hommes et des femmes, ainsi que sur la santé des femmes enceintes et de leur enfant. L’absence de soins, quant à elle, entraîne des décès prématurés. Cette mesure aura donc pour effet d’accroître la proportion de naissances dans les familles « aptes » (les plus aisées) par rapport aux familles « inaptes » (les catégories défavorisées, parmi lesquelles les personnes handicapées et les Noirs sont sur-représentés).
Il s’agit ici d’une intervention indirecte de l’État sur la procréation, contrairement au « hard eugenics » imposé directement par l’État, comme la stérilisation forcée, pratiquée massivement dans le pays jadis.
En décidant que la pénalité de 10 % prévue pour un retrait anticipé ne serait pas prélevée en cas de naissance d’un enfant du bénéficiaire du compte Trump plus tard, la création de ces comptes d’investissement s’inscrit également dans le cadre d’une politique nataliste à long terme. Cette incitation financière pourrait cependant avoir un effet limité face à deux facteurs qui, associés à plusieurs autres, pèsent lourdement sur le projet de maternité de nombreuses femmes états-uniennes.
D’abord, l’absence de congés de maternité rémunérés au niveau fédéral. La loi Family and Medical Leave Act ne garantit que 12 semaines de congé maternité non payé et accepté seulement sous certaines conditions : travailler dans une entreprise de plus de 50 salariés, effectuer au minimum 25 heures par semaine et justifier d’une ancienneté d’au moins un an, entre autres.
Ensuite, les « pénalités de maternité » – à savoir les désavantages économiques auxquels sont confrontées les femmes dans leur carrière avant, pendant et après leur maternité – sont fréquentes bien qu’interdites par la loi. Avant leur grossesse, elles sont nombreuses à subir la discrimination dite Maybe baby, c’est-à-dire qu’elles ont moins de chances d’être embauchées ou d’obtenir une promotion du seul fait qu’elles sont en âge de procréer et pourraient « potentiellement » devenir mères, et donc de s’absenter durant ou après leur grossesse ou de demander à travailler à temps partiel après leur congé maternité.
Les working moms sont aussi souvent freinées par ce qu’on appelle le « plafond de mère » : une difficulté accrue à accéder à des postes clés par rapport aux hommes ou aux femmes n’ayant pas d’enfant à élever. D’autres, en raison d’un manque ou du coût élevé des crèches, sont contraintes de recourir à des emplois à temps partiels ou à des postes qui permettent de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle et connaissent une baisse de salaire pouvant aller jusqu’à 40 % sur le marché du travail, notamment après la naissance de leur premier enfant.
L’instauration des comptes Trump sans remédier à ces deux situations ne sera par conséquent guère efficace. À moins que l’objectif soit, en parallèle, de promouvoir le retour de la femme au foyer traditionnelle.
La création des comptes Trump, qui portent le nom du président dans la communication qui les accompagne, s’inscrit pleinement dans le prolongement du culte de la personnalité de Donald Trump, après les billets de 100 dollars, les passeports, les bâtiments publics, les institutions, les navires… qu’il a marqués de son empreinte — sans même parler de la possibilité de créer des billets de 250 dollars à son effigie ou encore d’une promenade à son nom près du Lincoln Memorial, monument emblématique de Washington.
La date à laquelle les comptes Trump sont devenus officiellement opérationnels, soit le 4 juillet 2026, n’est pas sans signification non plus. Elle coïncide avec la célébration du 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis de 1776 ou plutôt la date à laquelle Donald Trump a célébré sa propre vision de l’histoire américaine, et de l’avenir du pays.
Le lancement opérationnel des comptes Trump est aussi intervenu à quatre mois des élections de mi-mandat le 3 novembre prochain, qui s’annoncent à risque pour son parti. La popularité du président est en berne, voire à son plus bas niveau depuis le début de son second mandat selon les sondages. Outre les difficultés économiques liées à la guerre en Iran et à l’inflation persistante, principales causes de son impopularité, les démocrates pourraient mettre en avant les sabrages dans SNAP et Medicaid pour remporter les midterms. Dans un tel contexte, le marketing politique déployé autour des comptes Trump vise à lui permettre de marquer des points auprès des électeurs.
In fine, chaque événement est une occasion pour Donald Trump, tantôt de se mettre en avant, tantôt de garder le flou, tantôt de rassurer (faussement) les électeurs – une stratégie de communication qu’on lui connaît bien…
Allane Madanamoothoo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
31.08.2026 à 16:27
Laurence Coiffard, Professeur en galénique et cosmétologie, Université de Nantes, Auteurs historiques The Conversation France
Céline Couteau, Maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie, Université de Nantes, Auteurs historiques The Conversation France
L’ESSENTIEL
Sur les réseaux sociaux, certaines publications sur le bronzage vantent les mérites d’un peptide, une courte chaîne d’acides aminés, capable de foncer la peau.
Il s’agit d’un usage clandestin et détourné d’un composé pharmaceutique, le Melanotan II.
Cette substance est à l’origine d’effets indésirables, et on la soupçonne de promouvoir certains cancers de la peau.
Si vous passez du temps sur les réseaux sociaux, vous avez peut-être lu cet été des publications vantant les mérites du « peptide Barbie » (Barbie peptide, en anglais).
Cette molécule vendue sous le manteau n’a aucun rapport avec le célèbre jouet, si ce n’est qu’elle est censée procurer à ses utilisateurs un bronzage parfait.
Mais comme souvent en matière de cosmétique, la réalité diffère très sensiblement de la réalité.
Dans le cas présent, si ce produit – en réalité appelé Melanotan II – provoque bel et bien une pigmentation de la peau, son usage est loin d’être sans risque. Explications.
L’histoire du « peptide Barbie » commence dans les années 1980, aux États-Unis, dans le secteur de la recherche pharmaceutique publique. À cette époque, à l’Université d’Arizona, des chercheurs travaillent sur l’α-MSH (alpha-melanocyte-stimulating hormone), une hormone capable de stimuler certains mélanocytes, les cellules qui pigmentent notamment la peau.
Leur objectif est de créer un analogue synthétique de cette hormone, autrement dit un composé capable d’en reproduire les effets, pouvant être produit à volonté et administré pour induire un bronzage sans soleil, afin de réduire potentiellement le risque de cancers cutanés dus aux ultraviolets (UV).
Leurs résultats sont couronnés de succès et aboutissent à la mise au point de plusieurs analogues, parmi lesquels le Melanotan I (aussi connu sous le nom d’afamélanotide, la dénomination réglementaire du principe actif).
Ce peptide fait alors l’objet de travaux montrant son intérêt potentiel en matière de traitement de certaines affections dermatologiques, comme le vitiligo, la lucite polymorphe (une forme de photodermatose, car liée à une exposition au soleil), la protoporphyrie érythropoïétique, l’urticaire solaire ou encore la maladie de Hailey-Hailey.
En France, l’afamélanotide bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché dans le cadre de la prévention des phénomènes de phototoxicité chez les patients adultes atteints de protoporphyrie érythropoïétique, une maladie génétique rare qui entraîne une sensibilité extrême à la lumière du soleil. Sa prescription est très encadrée et fait l’objet de règles particulières.
Par la suite, une molécule apparentée, plus efficace en matière d’effet pigmentant, sera synthétisée, le Melanotan II. C’est cette molécule qui sera détournée de son usage thérapeutique afin de satisfaire des besoins d’ordre esthétique.
Par ailleurs, cette molécule a également été étudiée en raison de ses capacités à moduler la fonction sexuelle masculine, autrement dit à entraîner des érections.
Les produits contenant du Melanotan II se présentent sous la forme de spray nasal ou de solution injectable. Contrairement à ce que le sobriquet de « peptide Barbie » sous-entend, ce produit n’est pas seulement utilisé par les femmes.
Une publication a ainsi rapporté le cas d’un culturiste bulgare qui s’injectait ce produit pour foncer sa peau, et mieux mettre en valeur sa musculature. Son dentiste a remarqué que, après deux mois d’injections, la coloration de la muqueuse buccale de son patient présentait au niveau des gencives une coloration inhabituelle.
Au-delà de ces problèmes de coloration des muqueuses, des interrogations concernant un possible effet promoteur de cancers cutanés (mélanomes) ont aussi émergé ces dernières années. Cependant, à l’heure actuelle, il s’agit uniquement de soupçons, car les preuves directes manquent. Ces dernières sont difficiles à obtenir, ce type de produits étant généralement utilisé par des personnes à risque : adeptes du bronzage naturel ou en solarium, elles peuvent avoir un historique de coups de soleil durant l’enfance ou la jeunesse.
Il arrive, par ailleurs, que le désir de bronzage soit tellement important que certaines personnes multiplient les pratiques problématiques. Ainsi, le cas de cet homme de 49 ans qui s’est vu diagnostiquer cinq mélanomes sur le torse : il a expliqué aux médecins avoir eu recours à une douzaine de sessions de bronzage en quelques semaines, tout en s’injectant quotidiennement du Melanotan II au cours du mois de décembre 2025. Au bout d’une semaine de traitement, il a constaté que plusieurs grains de beauté ont commencé à devenir plus foncés, devenant, d’après ses dires, « noirs ».
Ce cas est une bonne illustration de la difficulté à établir une relation de cause à effet directe entre l’usage du Melanotan II et le risque de cancer de la peau, puisque la grand-mère de ce patient avait déjà été victime de mélanome. En outre, si ce dernier ne parvenait pas à se souvenir du nombre de fois où il avait eu recours au bronzage en solarium, il se rappelait avoir été victime de deux graves coups de soleil entraînant des cloques durant sa jeunesse.
Enfin, le Melanotan II est aussi soupçonné de toxicité rénale.
Les consommateurs qui ne trouvent pas dans le commerce à l’heure actuelle des produits cosmétiques tels qu’ils les souhaiteraient ont tendance à se diriger vers des substances comme les analogues de mélanocortines (la famille d’hormones à laquelle appartient l’α-MSH, dont dérive le Melanotan II).
Le problème est que ces molécules sont loin d’être sûres d’emploi, et que les données scientifiques concernant les conséquences de leur utilisation (qui plus est en auto-administration) sont manquantes. Se pose, par ailleurs, la question de leur provenance, puisqu’il s’agit de substances vendues sur des circuits parallèles.
Soulignons pour conclure que ce sujet ne concerne pas uniquement les adeptes du bronzage, puisque la même problématique se pose dans le cas de l’emploi d’analogues de prostaglandines, des molécules destinées à augmenter la croissance des cils dont l’utilisation en cosmétique n’est pas réglementée pour l’instant (de futures restrictions devraient cependant être imposées dans l’Union européenne).
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.