05.05.2026 à 11:57
Barbara Jacquelyn Sahakian, Professor of Clinical Neuropsychology, University of Cambridge
Christelle Langley, Postdoctoral Research Associate, Cognitive Neuroscience, University of Cambridge
Fei Li, Professor of Pediatrics, Shanghai Jiao Tong University
Qiang Luo, Associate Principal Investigator of Neuroscience, Fudan University

Il est particulièrement difficile d’aider les enfants atteints à la fois par un trouble du spectre de l’autisme et une déficience intellectuelle à mieux communiquer. Les résultats d’une étude récente ouvrent une nouvelle piste pour améliorer leur situation : la stimulation magnétique transcrânienne, une technique non invasive et indolore.
On estime, sur la base de travaux menés aux États-Unis, qu’environ 30 à 35 % des enfants autistes présentent une déficience intellectuelle.
Ces enfants ont moins de chances de bénéficier d’une prise en charge que ceux qui n’en sont pas atteints, notamment parce que les médecins ne sont pas toujours au fait des approches à adopter, et parce que les divers contrats d’assurance couvrent plus ou moins bien les frais afférents aux déficiences intellectuelles. Et ce, alors même que leurs besoins sont plus importants que ceux des autres enfants autistes, ce qui pèse davantage sur leurs familles. Cette population est par ailleurs trop souvent négligée par les travaux de recherche.
Si les thérapies par la parole et les programmes comportementaux peuvent aider certains de ces enfants, ces approches doivent être mises en œuvre par des spécialistes. Or, leur nombre est insuffisant, y compris dans les pays à hauts revenus.
Ces divers constats nous ont amenés à tester un autre type d’intervention : l’application de brèves impulsions magnétiques ciblées, destinées à stimuler des régions précises du cerveau. Cette technique, connue sous le nom de stimulation cérébrale non invasive ou neuromodulation, ne nécessite ni chirurgie, ni anesthésie, ni médicament.
Placé à proximité du cuir chevelu, un dispositif génère un champ magnétique qui varie rapidement. Sans danger, celui-ci traverse la boîte crânienne et stimule l’activité des neurones sous-jacents. Cette approche est utilisée depuis des années pour traiter la dépression, et les chercheurs explorent de plus en plus la possibilité qu’elle puisse également atténuer les difficultés sociales et communicationnelles qui constituent un symptôme cardinal de l’autisme.
La version que nous avons testée repose sur une technique appelée stimulation par bouffées thêta (theta-burst stimulation). Plutôt que d’envoyer des impulsions une à une, elle les délivre en salves rapprochées. Chaque séance s’en trouve considérablement raccourcie par rapport aux protocoles classiques – un avantage de taille lorsqu’il s’agit de demander à de jeunes enfants de rester assis et de coopérer.
Dans notre étude, publiée dans le British Medical Journal, chaque séance ne durait que quelques minutes, et le protocole complet s’étalait sur cinq jours seulement. Un groupe d’enfants recevait une stimulation réelle, l’autre une stimulation fictive.
Lors de cette condition placebo, l’équipement était appliqué de manière identique et produisait des vibrations, mais aucune impulsion n’était délivrée. Ce dispositif permettait de comparer les résultats sans qu’aucun des deux groupes ne sache ce qu’il avait reçu, garantissant ainsi la fiabilité des observations.
Cent quatre-vingt-quatorze enfants ont participé à l’étude. L’âge moyen était d’environ 6,5 ans. Près de la moitié des participants présentaient un quotient intellectuel inférieur à 70, le seuil en deçà duquel on parle généralement de déficience intellectuelle (tous avaient cependant obtenu un score supérieur à 50 – le minimum requis pour garantir un diagnostic fiable et une participation pertinente à l’étude).
Les enfants ont été recrutés sur plusieurs sites, par voie d’affichage dans des consultations externes et par l’intermédiaire de registres cliniques locaux. Tous les représentants légaux ont donné leur consentement écrit.
Les parents ont rempli un questionnaire portant sur les capacités de leur enfant en matière de communication sociale avant le traitement, immédiatement après, puis un mois plus tard.
Les résultats indiquent que le protocole a significativement amélioré la communication sociale chez les enfants atteints de troubles du spectre autistique. Au regard des standards de la recherche clinique, l’effet observé peut être considéré comme important. Les améliorations constatées au bout de cinq jours étaient toujours présentes un mois plus tard. En outre, les capacités langagières des enfants ont également progressé.
Aucun effet indésirable grave n’a été signalé, les effets secondaires mineurs se sont tous résolus spontanément.
Il existe peu de données concernant l’efficacité des prises en charge sur les enfants autistes présentant une déficience intellectuelle, car ils sont souvent exclus des essais cliniques. Le seul fait que cet essai en ait inclus un nombre significatif est, en soi, notable. Ces travaux ne constituent cependant qu’une première étape, et de nombreuses inconnues demeurent.
On ignore encore si les bénéfices persisteront au-delà d’un mois, et pour combien de temps. Le nombre de séances nécessaire pour les maintenir devra encore être déterminé. Il faudra aussi évaluer les effets de la transposition de cette approche du laboratoire au contexte d’une consultation ordinaire.
Pour conclure, soulignons que la stimulation cérébrale ne se substitue pas aux prises en charge comportementales. L’équipement nécessaire pour la mettre en place n’est ni bon marché ni disponible partout. Toutefois, les approches classiques requièrent souvent – lorsqu’elles sont disponibles – de mettre en place des séances quotidiennes avec un professionnel, plusieurs semaines durant, ce qui représente aussi un investissement en temps, en argent et en ressources spécialisées.
Pour les familles déjà durement éprouvées par la situation, une cure de cinq jours est une tout autre affaire. Si celle-ci s’avère déboucher sur des progrès modestes mais durables, en matière de capacité à communiquer, la portée de ce type de prise en charge pourrait être considérable, tant pour l’enfant que pour ses proches, améliorant sensiblement leur bien-être et leur qualité de vie.
Barbara Jacquelyn Sahakian bénéficie d'un financement du Wellcome Trust. Ses travaux de recherche s'inscrivent dans le cadre des axes de recherche « Santé mentale » et « Neurodégénérescence » du Centre de recherche biomédicale (BRC) de Cambridge, rattaché au NIHR. Elle perçoit des droits d'auteur de la part de Cambridge University Press pour son ouvrage *Brain Boost: Healthy Habits for a Happier Life*.
Christelle Langley bénéficie d'un financement du Wellcome Trust. Ses travaux de recherche s'inscrivent dans le cadre des axes de recherche « Santé mentale » et « Neurodégénérescence » du Centre de recherche biomédicale (BRC) de Cambridge, rattaché au NIHR. Elle perçoit des droits d'auteur de la part de Cambridge University Press pour son ouvrage *Brain Boost : Healthy Habits for a Happier Life*.
Fei Li bénéficie d'un financement de la Fondation nationale des sciences naturelles de Chine. Elle est rattachée au département de pédiatrie du développement et du comportement de la Société de pédiatrie de l'Association médicale chinoise.
Qiang Luo ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
05.05.2026 à 11:55
Courtney P. McLean, Research Fellow, School of Psychological Sciences, Monash University
Chelsea Arnold, Clinical Psychologist and Research Fellow (Lead Clinician), Monash University

Un nombre conséquent d’enfants et d’adolescents présentent des conduites alimentaires problématiques. En tant que parent, comment donner le bon exemple et aborder avec ses enfants les questions de nourriture et d’image du corps ? Voici quelques pistes.
Élever ses enfants de façon à ce qu’ils aient un rapport apaisé à l’alimentation et à leur corps est l’une des meilleures approches pour favoriser le développement d’une bonne estime de soi, et les protéger contre le développement de troubles du comportement alimentaire.
Toutefois, l’exercice peut s’avérer délicat lorsqu’on rencontre soi-même des difficultés vis-à-vis de ce sujet. Quels comportements adopter – et lesquels éviter ? On fait le point.
L’expression « conduites alimentaires problématiques » désigne un ensemble de comportements (et d’attitudes) dysfonctionnels vis-à-vis de son alimentation, de son poids et de son corps. Ceux-ci peuvent se traduire par la mise en place de régimes, par l’exclusion de certains aliments ou groupes d’aliments, par le fait de sauter des repas, de se livrer à des jeûnes, de s’adonner à une pratique sportive excessive, ou de connaître des épisodes d’hyperphagie (ingestion de grandes quantités de nourriture).
Les conduites alimentaires problématiques ne mènent pas systématiquement au développement d’un trouble du comportement alimentaire (TCA) (on dénombre trois TCA : l’anorexie, la boulimie et la frénésie alimentaire, NdT). Néanmoins, les TCA sont généralement précédés par des conduites alimentaires problématiques, en particulier par le fait de suivre des régimes.
Les préoccupations liées à l’alimentation et à l’image corporelle sont fréquentes et peuvent apparaître dès le plus jeune âge : à l’échelle mondiale, on estime que 22 % des enfants et des adolescents présentent des conduites alimentaires problématiques, avec une prévalence plus élevée chez les filles.
De nombreux facteurs influencent la perception qu’ont les enfants de la nourriture et de leur corps : les représentations véhiculées par les médias, l’estime de soi et les attitudes familiales, notamment.
Étant donné que les enfants observent et reproduisent la manière dont leurs parents parlent de leur corps et de la nourriture, il peut s’avérer judicieux de leur proposer un modèle fondé sur l’emploi d’un langage positif ou neutre et sur des comportements alimentaires sains. Voici quelques pistes pour y parvenir.
1. Classer les aliments en « bons » et « mauvais »
Évitez de parler de régime, de perte de poids ou de qualifier les aliments de « bons » ou « mauvais » : cela revient à faire de l’alimentation une question morale. Dire, par exemple, que l’on a « fait n’importe quoi aujourd’hui » lorsque l’on a mangé des aliments sucrés, ou que l’on a « été raisonnable » en respectant son régime, entretient la culpabilité et la honte autour de l’acte de manger.
Mieux vaut privilégier un discours centré sur la façon dont les différents aliments nourrissent notre corps, ou sur le plaisir et la satisfaction qu’ils procurent.
2. Commenter le corps des autres
Faire des remarques sur le corps, le poids ou les habitudes alimentaires d’autrui – qu’il s’agisse d’un proche, d’un inconnu ou d’une célébrité – peut inciter les enfants à se comparer aux autres et à porter un jugement sur eux-mêmes. Si votre enfant fait une remarque sur le physique de quelqu’un, vous pouvez, par exemple, lui répondre que chacun est différent : certaines personnes sont plus grandes, d’autres sont plus petites, certaines ont un corps plus imposant, d’autres un corps plus menu, une couleur de peau différente, etc.
Célébrer ainsi la diversité des morphologies enseigne aux enfants que la valeur d’une personne n’est pas déterminée par son poids.
3. Faire des compliments centrés sur l’apparence
Lorsque vous félicitez votre enfant, concentrez-vous sur des aspects qui n’ont rien à voir avec le poids, l’apparence physique ou l’alimentation. Vous pouvez, par exemple, lui dire : « C’était très généreux de ta part de partager tes jouets » ou « J’ai vu comme tu t’es appliqué pour tes devoirs. » De même, lorsque l’on s’adresse à un enfant que l’on ne connaît pas, le premier réflexe est de le complimenter sur son apparence (« Comme tu es joli ! »).
Or, mieux vaut commenter son énergie, son humour, son style ou sa créativité : « J’adore ton sens du style » ou « Tu as une énergie formidable. »
4. Dénigrer son propre corps
En matière d’image du corps, il est essentiel que vous soyez positif, car vos enfants vous ont pour modèle. Des travaux de recherche ont révélé qu’entendre un adulte critiquer son propre corps incite les enfants à adopter également un discours négatif sur le leur.
Tâchez de ne pas vous focaliser sur l’apparence, mais plutôt de souligner la force, la bonne santé ou la fonctionnalité de votre propre corps : « Ces bras me permettent de te serrer fort » ou « Mes jambes sont faites la marche ».
1. Ayez confiance en la capacité de votre enfant à s’autoréguler
Même si cela peut sembler difficile, essayez de faire confiance à votre enfant : il mangera autant – ou aussi peu – que son corps en a besoin. Les enfants sont, en effet, tout à fait capables de s’autoréguler pour répondre aux besoins de leur organisme. Leur apprendre à écouter les signaux que leur envoie leur corps – comme la faim et la satiété – contribue à construire une relation positive à l’alimentation.
Beaucoup de parents souhaitent que leurs enfants terminent leur assiette avant de quitter la table. Mais cette exigence peut engendrer des conflits autour de la nourriture, et mener les enfants à négliger leurs signaux corporels.
Vous pouvez tout à fait demander à vos enfants de rester à table jusqu’à la fin du repas, sans que cette demande ne soit liée à la quantité de nourriture consommée.
Les apports alimentaires pouvant varier en quantité comme en qualité d’un jour à l’autre, pour vous rassurer, tâchez plutôt de considérer l’alimentation de votre enfant sur l’ensemble de la semaine, au lieu de vous focaliser sur un repas ou une journée en particulier.
2. Cultivez votre propre plaisir de manger
Si vous avez vous-même une alimentation variée et que vous savez apprécier et savourer votre nourriture, vous deviendrez un précieux modèle pour votre enfant. À l’inverse, si vous rencontrez des difficultés avec votre propre image corporelle ou votre alimentation, il peut être nécessaire que vous déconstruisiez certaines injonctions liées aux régimes (quand manger, quoi manger, en quelle quantité…). Si cette démarche vous semble ardue, solliciter l’aide d’un professionnel peut s’avérer utile.
3. À défaut de positivité, visez la neutralité
Tout le monde ne parvient pas à atteindre la « positivité corporelle », cet état d’esprit qui permet de se dire « Je me sens bien dans mon corps ». Si vous êtes dans ce cas, vous pouvez plutôt viser la neutralité corporelle. Cette approche, qui consiste à accepter et à respecter son corps tel qu’il est, implique de reformuler ses pensées et ses ressentis à l’égard de son corps. Par exemple, au lieu de vous dire « J’ai pris du poids », envisagez plutôt que votre corps a le droit de changer.
Connaître les signes de conduites alimentaires problématiques est utile pour les repérer chez vos enfants. Si vous observez que leur alimentation ou leur poids changent brusquement, ou si vous avez d’autres motifs d’inquiétude, il peut être judicieux d’engager la conversation à ce sujet. Parler de nourriture et d’image du corps peut se faire à tout âge.
L’important est de favoriser le dialogue et d’inviter son enfant à exprimer ses sentiments et ses réflexions sur son corps et son poids. S’il fait une remarque négative sur lui-même, sur son alimentation ou sur son poids, essayez d’en comprendre les raisons. Écoutez-le sans porter de jugement.
Et si vous êtes préoccupé par sa santé physique et mentale, n’hésitez pas à demander de l’aide. Vous pouvez vous tourner vers votre médecin traitant ou vers des professionnels de santé spécialisés dans les troubles alimentaires, tels que des diététiciens ou des psychologues.
Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
05.05.2026 à 11:53
Gemma Sharp, Researcher in Body Image, Eating and Weight Disorders, Monash University

Les conduites alimentaires problématiques ne mènent pas systématiquement au développement d’un trouble du comportement alimentaire. Mais certaines d’entre elles – en particulier les régimes amaigrissants – peuvent parfois constituer des signes avant-coureurs.
Suivre un régime amaigrissant ou pratiquer une activité physique intensive est fréquent, voire encouragé, dans nos sociétés où le soin apporté à son apparence physique et la volonté de préserver au mieux sa santé figurent en bonne place. Par ailleurs, il n’est pas rare que certaines personnes limitent ou suppriment certains aliments en raison de besoins diététiques spécifiques, ou après avoir pris conscience de l’existence d’allergies alimentaires.
Si ces comportements ne sont pas forcément problématiques, dans certains cas, ils peuvent être le signe d’une relation malsaine à la nourriture. Toutefois, il est possible d’avoir des conduites alimentaires problématiques sans pour autant se voir diagnostiquer un trouble du comportement alimentaire.
Où se situe la frontière ? Et qu’est-ce qu’un trouble du comportement alimentaire à proprement parler ?
Le concept d’alimentation perturbée recouvre un ensemble d’attitudes et de comportements négatifs vis-à-vis de la nourriture et de l’acte de manger, lesquels sont susceptibles d’engendrer un schéma alimentaire déséquilibré.
L’alimentation perturbée peut se traduire par :
le recours aux régimes amaigrissants ;
le fait de sauter des repas ;
l’éviction de certains groupes d’aliments ;
des épisodes d’hyperphagie (envie de manger beaucoup et vite, NDLR) boulimique ;
un usage détourné de laxatifs et de médicaments amaigrissants ;
des vomissements provoqués (parfois qualifiés de « purges ») ;
la pratique compulsive d’exercice physique.
On parle d’« alimentation perturbée » lorsque ces comportements ne sont pas suffisamment fréquents ou sévères pour correspondre aux critères diagnostiques d’un trouble des conduites alimentaire (ou troubles des comportements alimentaires, TCA).
Toutes les personnes qui adoptent ces conduites ne développeront pas nécessairement un TCA. Cependant, l’apparition d’un TCA est généralement précédée d’une alimentation perturbée – en particulier par la pratique de régimes amaigrissants.
Les troubles des conduites alimentaires sont des pathologies psychiatriques complexes qui peuvent affecter le corps, le psychisme et la vie sociale d’un individu. Ils se caractérisent par des perturbations persistantes de la façon dont une personne pense, ressent et se comporte à l’égard de l’alimentation et de son propre corps.
Pour poser un diagnostic de TCA, les professionnels de santé s’appuient sur la combinaison d’un entretien clinique général et de questionnaires standardisés. Ces outils permettent d’évaluer la fréquence et la sévérité des comportements ainsi que leur retentissement sur le fonctionnement quotidien des personnes concernées.
Parmi les TCA figurent l’anorexie mentale, la boulimie nerveuse, l’hyperphagie boulimique – aussi appelée « frénésie alimentaire ».
(Comme le souligne le site du Psycom, organisme public français destiné à informer, orienter et sensibiliser sur la santé mentale, la classification internationale des maladies range les TCA dans la famille plus large des troubles de l’alimentation ou de la nutrition. Les autres troubles de cette famille, plus rares que les trois cités précédemment, comprennent le trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif ou ARFID – les personnes concernées sont très sélectives vis-à-vis de leurs aliments ; le Pica, dans lequel la personne peut manger des substances non comestibles ; le trouble de rumination-régurgitation, dans lequel la personne régurgite et remâche les aliments, NDLR).
Les chiffres de prévalence varient considérablement d’une étude à l’autre, en fonction de la façon dont sont définis les comportements et les attitudes à risque.
Selon les estimations, 8,4 % des femmes et 2,2 % des hommes développeront un TCA au cours de leur vie. Ce risque est particulièrement élevé à l’adolescence.
L’alimentation perturbée est également très répandue chez les jeunes : 30 % des filles et 17 % des garçons âgés de 6 ans à 18 ans déclarent adopter ce type de comportements.
Bien que les recherches sur ce point soient encore émergentes, il semble que l’alimentation perturbée et les TCA sont encore plus fréquents chez les personnes de genre non conforme (c’est-à-dire celles dont l’identité ou l’expression de genre diffère des normes de genre associées au sexe qui leur a été assigné à la naissance, NDLR).
Certaines données indiquent que les programmes de prévention qui ciblent les facteurs de risque – tels que les régimes amaigrissants et les préoccupations liées à la silhouette et au poids – peuvent se montrer efficaces à court terme, dans une certaine mesure.
Le problème vient du fait que la plupart des travaux qui ont été menés sur le sujet n’ont été poursuivis que durant quelques mois. Il est donc impossible de déterminer si les participants ont développé ou non un trouble du comportement alimentaire à plus long terme.
Par ailleurs, la majorité de ces études ont été menées auprès des adolescentes qui terminaient leurs études secondaires ou de jeunes femmes fréquentant l’université. À ces âges, les troubles du comportement alimentaire se sont généralement déjà manifestés : ces travaux ne sont donc pas très éclairants quant à la prévention des TCA. Par ailleurs, ils négligent également une grande partie des personnes à risque.
Le terme « orthorexie » (du grec ortho, « droit », « exact », et orexia, « appétit ») désigne une obsession pathologique de l’alimentation « saine », caractérisée par un régime alimentaire restrictif et l’éviction de tout aliment jugé « malsain » ou « impur ».
Le débat qui vise à déterminer de quel côté de la frontière entre troubles des conduites alimentaires et alimentation perturbée se situe l’orthorexie n’est pas encore clos, et ce comportement fait encore l’objet de controverses. Actuellement, l’orthorexie ne figure pas dans les manuels de diagnostics officiels. Ces conduites alimentaires perturbées doivent cependant être prises au sérieux, car elles peuvent entraîner une dénutrition, une dégradation des liens sociaux et une altération globale de la qualité de vie.
Par ailleurs, en raison de la popularité croissante de certains régimes alimentaires (cétogène, paléo, etc.), du jeûne intermittent ou de la volonté de supprimer certains constituants (comme le gluten, par exemple), il peut parfois s’avérer délicat de déterminer le moment à partir duquel les préoccupations liées à l’alimentation deviennent pathologiques.
On considère, par exemple, qu’environ 6 % de la population souffre d’une allergie alimentaire. Des données récentes suggèrent que ces personnes présenteraient un risque accru de développer des formes restrictives de troubles de l’alimentation ou de la nutrition, telles que l’anorexie ou le trouble de l’apport alimentaire évitant-restrictif (ARFID).
Pour autant, adopter un régime alimentaire particulier, comme le véganisme, ou souffrir d’une allergie alimentaire ne conduit pas automatiquement à une alimentation perturbée ou à un TCA. Il importe de prendre en considération les motivations individuelles qui sous-tendent le choix de consommer ou d’éviter certains aliments. Ainsi, une personne végane peut restreindre certains groupes alimentaires en raison de ses convictions en matière de droits des animaux, et non en raison de symptômes relevant de l’alimentation perturbée.
Si vous vous interrogez sur votre propre rapport à la nourriture, ou sur celui d’un proche, voici quelques signes auxquels prêter attention :
une préoccupation excessive pour la nourriture et sa préparation ;
la suppression de groupes alimentaires entiers ou le fait de sauter régulièrement des repas ;
une obsession pour le poids ou la silhouette ;
des fluctuations pondérales importantes ;
une pratique compulsive de l’exercice physique ;
des changements d’humeur et un repli sur soi.
En cas de doute, il est toujours préférable de demander de l’aide le plus tôt possible. Et surtout, il faut garder à l’esprit qu’il n’est jamais trop tard pour le faire…
Pour en savoir plus
La page consacrée aux TCA sur le site du Psycom.
Gemma Sharp bénéficie d'une bourse de recherche du NHMRC. Elle est professeure, directrice fondatrice et membre du Consortium for Research in Eating Disorders, un organisme caritatif agréé.