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03.06.2026 à 17:01

Au Liban, Israël parti pour reproduire les erreurs du passé

Asher Kaufman, Professor of History and Peace Studies, University of Notre Dame

Incapable de vaincre l’Iran, Israël se concentre sur le Hezbollah, mais les leçons du passé rappellent à quel point l’occupation du sud du Liban est un exercice périlleux.
Texte intégral (2610 mots)

Alors que Washington et Téhéran négocient, le front israélo-libanais s’embrase : frappes israéliennes intensifiées, tirs du Hezbollah, plus d’un million de déplacés libanais. Et l’Iran, protecteur du Hezbollah depuis la naissance de celui-ci en 1982, conditionne tout accord avec les États-Unis à un arrêt des opérations israéliennes au Liban. Pris en tenaille entre son objectif stratégique, une administration américaine qui tente de la brider et une opinion intérieure à convaincre avant les élections de fin 2026, Benyamin Nétanyahou semble enfoncer Israël dans un bourbier libanais qui lui est familier…


En entrant en guerre contre l’Iran, le gouvernement israélien semblait poursuivre deux objectifs étroitement liés : renverser la République islamique et se débarrasser définitivement du Hezbollah.

La logique voulait que le groupe chiite libanais, qui représente une menace persistante pour Israël depuis 44 ans, finisse par succomber une fois qu’il aurait été privé de son bienfaiteur iranien. Après tout, les tentatives israéliennes visant à détruire le Hezbollah par une action militaire directe n’avaient pas été couronnées de succès, pas plus que les efforts de désarmement du mouvement soutenus par la communauté internationale.

Mais alors que les négociations entre États-Unis et l’Iran en vue d’un accord susceptible de mettre fin à leur conflit se poursuivent, le front israélo-libanais reste plus actif que jamais. Israël a intensifié ses frappes et ses incursions en profondeur au Liban, tandis que le Hezbollah prend pour cible l’armée israélienne déployée dans le sud du Liban et la population civile résidant dans le nord d’Israël.

Pis encore, du point de vue du gouvernement israélien : l’Iran a trouvé le moyen de faire profiter le Hezbollah de sa propre résilience et de l’influence qu’il exerce désormais sur la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. En effet, Téhéran subordonne actuellement tout accord potentiel avec Washington à un arrêt complet des hostilités israéliennes au Liban — une manœuvre clairement destinée à préserver les positions politiques et militaire du Hezbollah, son principal mandataire.

Depuis la reprise des hostilités au Liban le 2 mars 2026, le bilan humanitaire est lourd. Au 1er juin, plus de 1 million de Libanais avaient été contraints de quitter leur domicile, et plus de 3 300 personnes avaient été tuées. Du côté israélien, 24 soldats et 4 civils ont été tués au cours de la même période.

Israël cherche à dissocier le front libanais de l’ensemble du conflit régional, afin de poursuivre sa campagne militaire contre l’organisation chiite indépendamment des négociations américano-iraniennes. Mais il n’est pas certain qu’il y parvienne. L’administration Trump a largement exclu Israël de son dialogue avec l’Iran, tout en tentant de limiter les opérations israéliennes au Liban à des frappes dans le sud du pays et dans la vallée de la Bekaa, et en lui interdisant de mener des attaques contre les infrastructures publiques. L’ordre donné par Benyamin Nétanyahou, le 1er juin, de frapper la capitale libanaise, Beyrouth, met à nu les limites de la pression américaine.

En fin de compte, la résolution de ce conflit dépendra de la manière dont Donald Trump choisira de gérer les exigences iraniennes concernant l’avenir du Liban. Historien spécialiste d’Israël et du Liban, j’ai étudié les cycles de violence ayant opposé Tel-Aviv au Hezbollah depuis la création de celui-ci en 1982 et j’ai observé des schémas récurrents dans lesquels le Hezbollah en est sorti renforcé, conservant sa domination sur la société libanaise en tant que mandataire de l’Iran. Contrairement aux espoirs israéliens, le soutien de l’Iran au Hezbollah n’a pas pris fin avec la guerre en Iran. Et pour compliquer encore les choses, la poursuite de l’occupation israélienne du territoire libanais pourrait fournir au Hezbollah la justification nécessaire pour alimenter le discours selon lequel il représente la principale ligne de résistance. Et une fois encore, c’est l’ensemble de la population libanaise qui est la première victime de la situation.

Un Hezbollah blessé mais pas mort

Bien que considérablement affaibli par plus de deux ans et demi de guerre avec Israël, le Hezbollah continue d’exercer un pouvoir considérable au Liban. Après un cessez-le-feu en novembre 2024 – qui a suivi la guerre totale de septembre-octobre de cette année-là – les combats ont apparemment cessé, un nouveau président libanais a été élu et un nouveau gouvernement a été formé en février 2025.

Ces développements ont mis fin à une impasse politique de trois ans provoquée par le droit de veto effectif du Hezbollah sur les gouvernements libanais successifs depuis 2008. Cependant, même depuis la formation d’un gouvernement en 2025, l’État libanais n’a pas été en mesure de progresser efficacement dans le désarmement du Hezbollah, comme le prévoyait l’accord d’armistice qui a mis fin à la précédente vague de combats.

Au contraire, l’Iran a déployé des efforts considérables pour soutenir son mandataire libanais. Téhéran a même envoyé des officiers supérieurs de ses Gardiens de la révolution peu après le cessez-le-feu de novembre 2024 pour prendre le commandement de l’organisation chiite, qui avait perdu nombre de ses dirigeants tués par Israël. Ces efforts portent aujourd’hui leurs fruits pour Téhéran, comme en témoigne la capacité du Hezbollah à défier Israël sur le plan militaire.

Avec le début de cette dernière guerre en mars, le premier ministre libanais a interdit les activités militaires du Hezbollah, tandis que le président reprochait au groupe d’avoir entraîné le Liban dans un conflit que la plupart des Libanais rejetaient. Mais, comme par le passé, le gouvernement s’est révélé incapable de contrôler efficacement le Hezbollah. Cas révélateur : le 24 mars 2026, le ministère libanais des affaires étrangères a déclaré l’ambassadeur iranien persona non grata, lui ordonnant de quitter le pays. L’Iran et le Hezbollah ont défié cet ordre et l’ambassadeur a refusé de quitter l’ambassade à Beyrouth.

Cet épisode suggère également que les espoirs d’une revitalisation des capacités de l’État après l’arrivée au pouvoir en février 2025 du gouvernement libanais actuel – le premier gouvernement depuis 2008 à ne pas être contrôlé par le Hezbollah – étaient peut-être prématurés.

Gaza via le Liban

En recourant à ce que certains ont qualifié de « modèle de Gaza au Liban », Israël a de fait créé une nouvelle zone de sécurité dans le sud du Liban en occupant une partie du territoire libanais, en rasant des villages entiers que le Hezbollah utilisait à des fins militaires et en chassant la majeure partie de la population de la région.

Mais Israël a déjà occupé le sud du Liban par le passé : d’abord en mars 1978, lors de l’opération Litani, puis de nouveau de 1982 à 2000. Aucune de ces occupations n’a abouti à une amélioration durable de la sécurité d’Israël ; elles ont au contraire laissé des cicatrices indélébiles dans la conscience collective israélienne, qui perçoit désormais le Liban comme un bourbier dans lequel Israël a été entraîné à plusieurs reprises. Le gouvernement de Nétanyahou semble en train de mener le pays vers un nouvel embourbement au Liban.

La nouvelle de l’occupation par l’armée israélienne du château de Beaufort, dans le sud du Liban, le 31 mai, devrait raviver de sombres souvenirs chez les Israéliens. Ce château reste ancré dans la mémoire collective comme un symbole de l’échec de l’occupation israélienne du sud du Liban entre 1982 et 2000. Nétanyahou a toutefois présenté cette opération comme un signe de force, déclarant : « Nous sommes revenus plus forts que jamais. » L’histoire suggère le contraire.

Une ancienne fortification se dresse au sommet d’une colline
Un drapeau israélien flotte au-dessus du château médiéval de Beaufort, près du village d’Arnoun, au sud du Liban, le 31 mai 2026. Getty Images/AFP

L’histoire se répète

Dans son action au Liban, Nétanyahou est largement motivé par la situation politique intérieure d’Israël.

La majorité des Israéliens soutiennent la poursuite de la guerre contre le Hezbollah. Or des élections nationales sont prévues en octobre 2026. Nétanyahou doit donc d’autant plus afficher des résultats positifs sur au moins l’un des multiples fronts militaires qu’il a délibérément maintenus ouverts depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

En Iran, il peine à atteindre ses objectifs. Dès lors, se tourner vers le Liban et, avant tout, vers le Hezbollah lui offre une raison de maintenir l’état d’urgence en Israël, dont il a besoin pour sa propre survie politique. Mais l’échec en Iran rend d’autant plus difficile la réalisation de l’objectif de Nétanyahou au Liban. Avec la question d’Ormuz, le gouvernement de Téhéran semble avoir trouvé un moyen de pression significatif sur les États-Unis et Israël. Et dans ces conditions, Téhéran n’abandonnera sans doute pas le Hezbollah, qui reste son atout régional le plus important.

La diplomatie est la seule issue à cet imbroglio. Et même si elle ne conduisait probablement pas au désarmement du Hezbollah ni au retrait total d’Israël du sud du Liban, elle reste la seule voie constructive pour aller de l’avant. À la demande de l’administration Trump, les ambassadeurs israélien et libanais se sont rencontrés pour discuter d’un accord diplomatique entre leurs deux pays, qui n’ont jamais entretenu de relations officielles. Et le 30 mai, des représentants des armées des deux pays se sont rencontrés à Washington.

Pour la première fois depuis 1983, le gouvernement libanais a accepté de négocier directement avec Israël au sujet d’un accord politique à long terme, incluant la possibilité de délimiter enfin leurs frontières communes. Le Hezbollah, comme on pouvait s’y attendre, s’est opposé avec véhémence à ces négociations.

Ce à quoi nous assistons actuellement au Liban est une nouvelle preuve de l’échec de la guerre menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran. Cette guerre qui a débuté avec de grandes annonces sur l’émergence imminente d’un nouveau Moyen-Orient pacifique et prospère pourrait bien aboutir à une version encore plus sinistrée du Moyen-Orient d’avant : une République islamique enhardie, une nouvelle occupation israélienne du sud du Liban et un Hezbollah qui, bien qu’affaibli, demeurerait ancré en tant que milice armée agissant de concert avec l’Iran et hors de tout contrôle de l’État libanais.

The Conversation

Asher Kaufman ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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03.06.2026 à 17:01

Passage de la vie terrestre à aquatique : un nouveau fossile éclaire l’évolution des dents des premiers cétacés

Romain Weppe, Paléontologue, Royal Belgian Institute of Natural Sciences

Les ancêtres des cétacés vivaient sur Terre et étaient herbivores. La découverte d’un fossile vient éclairer cette incroyable évolution vers le milieu marin.
Texte intégral (1359 mots)
Vue d’artiste de *Kalakocetus aurorae*, un ancêtre des baleines. Maëva Orliac, Fourni par l'auteur

Les premiers ancêtres des cétacés – le groupe de mammifères auquel appartiennent les orques et les dauphins – étaient déjà connus pour posséder des dents adaptées à un régime carnivore. Notre découverte récente, publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution, permet désormais d’entrevoir ce à quoi pouvait ressembler l’étape intermédiaire entre les dents broyeuses de leurs ancêtres terrestres et les dents tranchantes de ces prédateurs aquatiques.

Dans la région de Kalakot, au Cachemire indien, un nouveau fossile âgé d’environ 48 millions d’années vient d’être découvert : Kalakocetus aurorae.

Les molaires de cet animal de la corpulence d’un petit loup présentent une morphologie inédite, intermédiaire entre celles de ses plus proches parents terrestres et celles des premiers cétacés déjà connus dans le registre fossile. Il apparaît comme le représentant le plus primitif identifié à ce jour parmi les cétacés.

Cette découverte apporte ainsi un nouvel éclairage sur l’une des transitions les plus spectaculaires de l’histoire évolutive des mammifères : le passage progressif d’animaux terrestres herbivores à des prédateurs adaptés à la vie aquatique.

Comment cette découverte a-t-elle été réalisée ?

Le fossile de Kalakocetus aurorae a été découvert dans des roches sédimentaires âgées d’environ 48 millions d’années, dans la région de Kalakot, au nord de l’Inde. Cette région est considérée depuis longtemps par les paléontologues comme le véritable berceau des cétacés, car elle a livré les plus anciens fossiles connus témoignant de l’évolution des mammifères terrestres vers les baleines et dauphins actuels.

L’élément le plus remarquable concerne ses molaires inférieures. Chez les proches parents terrestres des cétacés, les molaires possèdent généralement quatre cuspides principales (les pointes présentes sur les dents), adaptées au broyage des aliments. Chez les premiers cétacés connus jusqu’à présent, ces molaires étaient déjà simplifiées et dominées par deux cuspides tranchantes spécialisées dans le cisaillement. Or, Kalakocetus aurorae présente une configuration intermédiaire originale à trois cuspides.

Mandibule et dentition du nouveau cétacé fossile Kalakocetus aurorae. Fourni par l'auteur

Pour comprendre sa place dans l’évolution des cétacés, nous avons réalisé une analyse phylogénétique comparant son anatomie dentaire à celle d’autres mammifères ongulés fossiles et des premiers cétacés déjà connus. Cette analyse montre qu’il occupe la position la plus basale dans l’arbre évolutif du groupe.

Nous avons également étudié ses dents grâce à des analyses 3D de surface ainsi qu’à l’étude des traces d’usure dentaires, à différentes échelles. Ces approches permettent de reconstituer le fonctionnement des mâchoires et le régime alimentaire des animaux fossiles.

Les résultats indiquent que Kalakocetus aurorae avait déjà adopté un régime carnivore impliquant principalement des mouvements de cisaillement de la mâchoire tandis que la fonction de broyage des molaires était déjà fortement réduite.

Pourquoi cette découverte est-elle importante ?

L’adaptation des cétacés à la vie aquatique s’est accompagnée de transformations profondes de leur anatomie, notamment au niveau de leur dentition.

Les cétacés modernes présentent aujourd’hui des dents extrêmement spécialisées. Les dauphins et autres cétacés à dents possèdent des dents coniques presque toutes identiques, tandis que les baleines ont perdu leurs dents au profit de fanons.

Les premiers cétacés connus montraient déjà une simplification importante des molaires, avec la disparition des surfaces de broyage au profit de dents plus tranchantes adaptées à la carnivorie. Mais cette transition apparaissait jusqu’ici de manière très brutale dans les archives fossiles, sans qu’aucun stade intermédiaire ne soit clairement documenté.

La morphologie de Kalakocetus aurorae fournit précisément cet élément manquant. Elle montre que l’évolution des dents des cétacés s’est probablement produite de manière plus progressive qu’on ne le pensait. Cette découverte suggère également que les changements alimentaires vers la carnivorie ont commencé très tôt dans l’histoire évolutive des cétacés, probablement en parallèle de leur adaptation croissante aux environnements aquatiques.

Quelles perspectives pour la suite ?

Cette étude ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre les premières étapes de l’évolution des cétacés et les mécanismes ayant accompagné leur transition vers la vie aquatique.

La découverte de nouveaux fossiles ainsi que de futures recherches, combinant anatomie fonctionnelle, imagerie 3D et analyses isotopiques, devraient aider à mieux comprendre comment les premiers cétacés capturaient et consommaient leurs proies.


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Romain Weppe ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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03.06.2026 à 17:01

From Brexit to ‘Bregret’: ten years later, bitterness still prevails over the UK’s vote to leave the EU

Laëtitia Langlois, Maître de conférences en études politiques britanniques, Université d’Angers

On June 23 2016, a slight majority of Britons voted to leave the European Union. Today surveys show that more people are regretting the EU divorce deal rather than celebrating it.
Texte intégral (2437 mots)

On June 23 2016, a majority of Britons chose to leave the European Union after a referendum campaign driven by the promises of supporters of the “Leave” camp, spearheaded by Nigel Farage and Boris Johnson. Built around the slogan “Take Back Control”, the pro-Brexit campaign promised to restore the country’s sovereignty, regain control over migration flows, and boost economic prosperity. Ten years on, hopes have given way to a bitter sense of disillusion that the British refer to as “Bregret”, and it is a divided, weakened, disenchanted country who is about to commemorate the tenth anniversary of the referendum.

The Brexit shock

There are few events in a country’s national history that constitute such an immense and profound shock as Brexit. The announcement of the results, that indicated a 51.9% victory for the “Leave” camp, sent shockwaves across the world. After 43 years of a relationship that was often turbulent and confrontational, the United Kingdom decided to leave the European Union and open a new chapter in its history.

The reasons for the shock were manifold: first, it was an unprecedented event that raised many uncertainties and fears about the future of the United Kingdom and the European Union alike; the shock was also explained by the completely unexpected nature of the victory, given that the main polling institutes were predicting a close election, giving the “Remain” camp a slight edge; finally, the vote in favour of Brexit represented a political and ideological victory for Nigel Farage, the then leader of the far right populist United Kingdom Independence Party (UKIP) which was fiercely hostile to the European Union, immigration and multiculturalism.

Previously considered more of an outsider, Nigel Farage then went on to become a central figure in the British political landscape, unanimously recognised as the main architect of Brexit. His campaign themes – which revolved primarily around the fight against immigration, restoring national sovereignty, and defending British national identity – emerged as the dominant themes in the national debate. Boris Johnson, another central figure in the “Leave” campaign and future prime minister (2019-2022), also contributed to the rise of populist ideas by placing them at the very heart of the Conservative Party.

Brexit thus normalised and mainstreamed populist discourse, which had long remained on the fringes of the public sphere, contributing to an unprecedented dynamic for the far right and a major recomposition in British political life. This is the great irony of this referendum: originally put forward by David Cameron in 2013 when he was prime minister to strengthen his authority over the Conservative Party and stem the rise of UKIP, the referendum had the exact opposite effect.

Not only did the Leave vote precipitate Cameron’s downfall, but, above all, it contributed to major political upheavals characterised by the erosion of the two traditional parties, the overwhelming rise of the far right and the polarisation of public debate around questions of immigration and national identity. The referendum was supposed to appease and unify the country; on the contrary, it deeply destabilised and divided it.

Bitter tomorrows: the disillusions of Brexit

A few hours after the announcement of the results and while euphoria was still strong among the supporters of the “Leave” camp, a first interview with Nigel Farage on the ITV Good Morning Britain program caused general astonishment. He told the two journalists that the promise to pay the amount of the contribution to the European budget to the budget of the National Health Service (NHS) – the British public health service – will “probably not be delivered”.

By reneging on his campaign’s key promise, Farage was betraying a commitment that weighed heavily in many voters’ decision to vote for the “Leave” camp. The NHS, set up after World War II to ensure that all Britons would have universal access to health care “from the cradle to the grave”, is an iconic pillar of the welfare state. However, multiple reforms to make it less expensive and more effective have seriously weakened it and it is now facing many problems, including chronic underfunding, a shortage of staff, or excessively long waiting delays.

Aware of the NHS’s place in the hearts of the British people, the pro-Leave campaigners heavily promoted the argument that, in the event of an exit from the EU, the money previously allocated to the EU budget would be channelled directly into funding the NHS. Boris Johnson criss-crossing the country in his red bus bearing the slogan “We send the EU £350 million a week, let’s fund our NHS instead” was one of the campaign’s most emblematic images.

The legendary Vote Leave Bus. Berkshire Bus Pics, CC BY-NC

Inevitably, this argument struck a chord with a large section of the British electorate, who were concerned about the decline of such a national institution. Nigel Farage’s sudden U-turn felt like a massive betrayal and highlighted, from the very first hours following the vote, the gap between promises and reality.

The other major theme of the pro-Leave campaign was the fight against immigration. On this point, too, the gap between promises and reality led to a deep resentment among voters.

For years, Nigel Farage had been repeating that because of its membership of the European Union, which advocates the principle of open borders and free movement of people, the UK lacked the capacity to control its borders or to prevent mass immigration. A few days before the referendum, Farage unveiled a campaign poster called ‘Breaking Point’ which showed a crowd of migrants from the Middle East – exclusively men – gathered at the Croatian-Serbian border like ready to “invade” Europe. The caption on the poster read, “The EU has failed us all.”

Breaking Point poster displayed by the UKIP party. Wikimedia

Following the outcry caused by the poster, UKIP was forced to remove it immediately. But the argument had a major impact in a country where immigration – especially from Muslim countries – topped British concerns. Farage’s campaign strategy also consisted in presenting the vote for Brexit as an identity and civilisational issue by presenting immigration – encouraged according to him by the European elites – as an existential threat to British identity and the nation’s future.

The victory of Brexit has been partly analysed as the victory of gloomy passions – fear of others, hostility toward foreigners, resentment against multiculturalism – and interpreted as a sign of a growingly inward-looking country. But while the wish of much of the pro-Brexit electorate was to see the country being totally closed to foreigners, that was far from the case. Indeed, even after the United Kingdom officially left the European Union on January 31 2020, immigration figures continued to rise, reaching an absolute record in March 2023, with net migration approaching one million. For a large part of the public opinion hostile to immigration, these figures gave the impression that immigration was out-of-control and that governments were powerless in the face of migration flows, reinforcing anger and resentment toward political elites.

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Another main promise of the pro-Leave campaign turned out to be a failure. In this context, and if you add to that sluggish economic growth and rampant inflation, it is not surprising that the latest polls indicate that a majority of Britons – about 56% – say they regret leaving the European Union.

A broken society

At a time when the British are about to commemorate the ten years of the vote in favour of Brexit, feelings of regret, bitterness and betrayal prevail among the public. These sentiments fuel immense anger against political elites, resulting in a loss of confidence in both traditional parties and an unprecedented rise for the far right party Reform UK, led by Nigel Farage.

Brexit alone is not to blame for all of the UK’s woes: the health crisis linked to the Covid-19 pandemic and the war in Ukraine also partly explain the economic problems the country is facing. However, it is Brexit that has split the population into two opposing – even hostile – camps, which clash over issues ranging from immigration and ethnic and cultural diversity to the definition of national identity. These divisions have created the conditions for the emergence of genuine culture wars, which, a decade after the referendum, continue to tear British society apart.


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