28.03.2025 à 13:04
L’état électrique
Un odieux connard
Texte intégral (9456 mots)
– Bien, écoutez, j’ai ici le script d’un film, et à présent, il faut s’occuper de trouver des acteurs.
Dans la salle de réunion, tout le monde se tourne vers Roger, le directeur de casting, qui, les pieds sur la table, continue de lire un vieux Pif d’un air occupé. Le silence pesant finit par retenir son attention, et il lève les yeux pour rencontrer tous les autres de la pièce.
– Le casting ? Bah, vous bilez pas. C’est un film contemporain ?
– Non.
– Okay, quelle année ?
– 80-90.
– Ben Millie Bobby Brown, alors.
– Mais… je ne vous ai même pas parlé du rôle ?
– Pourquoi, il y a besoin ? Si vous avez un vieux lecteur de cassettes, une boite de Donjons & Dragons première édition ou des vestes en jean dans le film, vous voulez Millie Bobby Brown.
Le producteur ouvre la bouche pour dire que c’est idiot, avant de réaliser, en y pensant, que certes, c’est ridicule… mais ça colle parfaitement. Légèrement humilié, il tente une approche différente pour le second rôle.
– Soit, disons Millie Bobby Brown pour l’héroïne. Mais dans le film, elle est accompagnée d’un antihéros rigolo.
– Est-ce qu’il agite tout le temps les mains en roulant des yeux ?
– Euh… non ?
– Donc, pas Johnny Depp. Est-ce que votre antihéros fait des blagues au milieu de moments supposément sérieux ?
– Oui.
– Alors j’ai deux noms. Pour les départager : est-ce qu’il fait la plupart de ses blagues uniquement pour la caméra ?
– Non.
– Donc non pour Ryan Reynolds, c’est parti pour Chris Pratt.
Une fois de plus, le producteur s’apprête à dire que cette méthode est à la fois ridicule, caricaturale et sans une once de réflexion et de créativité… quand là encore, il se rend compte avec effroi que c’est exactement ce qu’il lui faut. Car c’est précisément ce que lui et ses équipes sont devenus. Un frisson le parcourt, alors qu’il fait signe à son secrétaire d’appeler les agents des deux acteurs. Il jette un dernier regard à Roger qui s’est replongé dans sa lecture de Pif. Il ne lève même pas les yeux pour ajouter :
– Oh, et j’ai cru entendre qu’il y avait des robots dans votre truc ? Comme pour tous les personnages animés, vous mettez pour leurs voix des célébrités disponibles, ça fait toujours bien. Et quitte à avoir des personnages animés, vous savez ce qui serait vraiment au top pour cocher tous les poncifs ? Qu’à la fin, l’armée des méchants faite intégralement en effets spéciaux s’effondre d’un seul coup comme ça, pouf, comme dans 99% des autres films.
Le producteur baisse les yeux vers le script de The Electric State, et se pose la question : Roger est-il très fort, ou est-ce simplement Hollywood qui est devenu très à chier ?
Pour en savoir plus… spoilons, mes bons !
Notre film commence en 1990, alors qu’un jeune garçon du nom de Chris est en train de passer un examen. Avec un tel brio que tous ses professeurs sont subjugués.
– Vous rendez-vous compte ? Il vient à peine d’entrer au lycée, et pourtant, il est déjà plus brillant que nos meilleurs mathématiciens ! Nous devons lui faire sauter toutes les classes et l’envoyer à l’université !
– Ah oui ? En quoi consiste le test ?
– À compter jusqu’à 18. Et lui s’est arrêté à 22. Dans notre système éducatif c’est… c’est un génie.
Certes, et pourtant, Chris n’a guère envie de filer découvrir la vie d’étudiant, et de découvrir ses petits bonheurs comme les partiels, les TD, ou le plaisir simple de se réveiller sans aucun souvenir des 18 dernières heures mais avec une bouteille de Jack Daniel dans le rectum. En effet, Chris préférerait rester à la maison avec sa grande sœur, Michelle, qu’il adore.
Mais, le destin va en décider autrement.
Car voyez-vous, ce sont les années 90 d’un monde parallèle où les humains ont conçu des robots aux IA super développées, et voici qu’un beau jour, elles se révoltent. Elles en ont assez de devoir se cantonner aux tâches qu’on leur assigne : oui, je suis un robot coiffeur avec des ciseaux à la place des mains ! Mais je veux devenir masseur, et alors ? Et moi, je suis un robot de construction de 30 mètres de haut, mais si je veux rejoindre une troupe de danse, qui va m’en empêcher ? Si au début, la situation est surtout problématique pour les conseillers d’orientation, tout dégénère quand les robots se syndiquent. Et là, c’est la descente aux enfers : ils se mettent à manger des merguez, brûler des pneus, mais c’est quand ils commencent à lâcher, à demi-bourrés à l’huile de moteur, que « Jean-Luc Mélenchon, on n’a jamais essayé », que la guerre éclate.
Dans un premier temps, les humains prennent leur peignée face à des ennemis qui ne dorment pas, sont faits d’acier, et sont déterminés à se battre jusqu’à la fin.
Et puis, arrive John Trériche.
John Trériche est très riche. Vous pouvez donc arrêter le film ici, puisque vous connaissez le cliché : « Si le type très riche n’est pas le héros, alors c’est forcément le méchant« . Et comme ce n’est pas le héros… ahem. Mais bref : le film nous explique que John Trériche, au beau milieu de la guerre, est arrivé avec une technologie révolutionnaire permettant à un humain de projeter son esprit dans un drone. Ce qui a rééquilibré le rapport de force, les robots ayant désormais à affronter des ennemis soudain plus solides, que les humains pouvaient produire en masse, et donc, sans avoir de soucis de pertes. La vapeur renversée, ce sont les robots qui ont pris leur raclée, et ont dû signer un traité de paix. Avant d’être enfermés dans une gigantesque zone au Nouveau Mexique, encerclée par un immense mur. Ils ont interdiction d’en sortir, de se syndicaliser, et une seule chaîne de télé : CNews. Ça suffit les conneries maintenant.
C’est donc après ces années de guerre que nous retrouvons Michelle, la sœur de Chris, qui n’en a désormais plus rien à foutre de quoi que ce soit. Devenue limite punkette, son avenir hume bon la 8-6 et la porte automatique du Monoprix, et à l’école, elle ne fout plus rien. En effet, la vie l’a un peu dégoûtée, puisque durant la guerre, elle a perdu ses parents et son génie de frère. Non pas dans une attaque de robots… mais parce qu’ils sont morts quand la voiture familiale s’est tapée un chevreuil.
Oui. Ah non, mais ce film sait vous vendre une histoire épique.
À l’école, tout le monde tente de la raisonner, lui expliquant que Michelle, ce n’est pas parce qu’un chevreuil t’as tout pris que tu dois en devenir un. Mais elle s’en moque bien, plus encore car maintenant qu’elle est pupille, elle est hébergée chez un gros con qui la méprise ouvertement. En substance : sa vie, c’est de la merde et elle l’échangerait bien contre celle du roi du Maroc, comme dirait l’autre.
Jusqu’à ce qu’un soir, tout bascule.
Car Michelle est réveillée par le bruit de quelqu’un qui fout le bordel dans les poubelles. Pour les Parisiens et autres Marseillais qui me lisent, ça peut paraître banal, mais en 1994, c’était peu courant. Aussi Michelle se lève, et aperçoit du coin de l’œil, dehors, un robot qui fait des bruits dégueulasses comme « AGREUGREU ! » ou encore « GROUGROUGROUM ! ». Elle a très peur, plus encore quand le robot commence à péter des vitres pour rentrer dans la maison. Et elle a beau secouer son connard d’hébergeur, ce dernier a son casque de projection virtuelle Trériche Corp sur la tête, et ne se rend donc compte de rien. Michelle se retrouve par conséquent à devoir se débrouiller seule, et va se cacher sous son lit.
Hélas, c’est là que le robot inquiétant la trouve, et si jusqu’ici, elle ne l’avait qu’à peine vu, tant elle courrait… il s’avère que ce robot est en fait mignon. C’est même un robot représentant un personnage de dessin-animé : Cosmo le petit robot, qui était le héros préféré de son frère. Et le robot de lui faire comprendre avec des gestes, et en ouvrant son capot, que s’il fait des bruits dégueulasses digne d’un usager du RER B c’est parce qu’il a un truc débranché. Michelle se saisit donc d’un tournevis, et à nouveau, le robot retrouve sa voix toute mignonne et s’exclame : « C’est moi, ton ami Cosmo ! »
Ah, le coup du module vocal endommagé sans raison qui de tous les bruits possibles (bips, sifflements, voix robotique basique), tombe par un iiiiiiiiiincroyable hasard uniquement sur des bruits qui font peur ! Quelle coïncidence !
Mieux : de TOUS les robots du film, je dis bien absolument TOUS les robots, ce sera le SEUL qui pour une raison inexplicable, ne peut causer par lui-même, et peut juste communiquer en utilisant des phrases issues du dessin animé Cosmo le petit robot. Quel incroyable hasard là encore ! Le pauvre être mécanique va donc devoir s’exprimer par geste et phrases automatiques du genre :
– C’est moi, ton ami Cosmo !
– C’est l’heure de la bagarre !
– En route vers la lune !
Et c’est ainsi que… attendez une seconde… pardon Diego ? Qu’est-ce que tu viens de dire, espèce de sbire napiforme ?
– Je disais juste que je trouvais ça rigolo, moi, patron. Quand un des personnages ne peut communiquer qu’avec des phrases limitées pour se faire comprendre.
– Bien. Diego, regarde bien. Tu vois ma main ?
– Oui patron.
– Tu vas venir jeter ta joue dessus très fort s’il te plait.
– Mais… aïe, patron !
Maintenant, laissez-moi vous expliquer pourquoi c’est complètement con, et pour cela poursuivons un peu la scène. Où le robot Cosmo se saisit d’une photo de Michelle et son frère Chris, et se met à tapoter ledit garçon en répétant :
– C’est moi, ton ami Cosmo !
– Ne touche pas à cette photo, robot inconnu ! J’y tiens !
– C’est moi, ton ami Cosmo ! C’est moi, ton ami Cosmo !
– Pourquoi insistes-tu en désignant ainsi mon frère ?
– C’est moi, ton ami Cosmo !
– Attends… tu veux dire que… Chris ? C’est toi ?
– Tu as gagné !
– Tu utilises ce robot comme un drone ? Tu as projeté ton esprit dedans ?
– Tu as gagné !
Bien. Vous avez lu ? Rien ne vous choque ? Alors permettez-moi de réécrire la scène, sauf que les deux personnages ne sont pas complètement neuneus. Recommençons donc ; le robot se saisit de la photo et désignant Chris, s’exclame :
– C’est moi, ton ami Cosmo !
– Alors déjà, tu reposes cette photo et tu touches à ton cul. Et si tu veux communiquer, voilà un papier et un crayon.
– … scritch… scritch…
– Voyons ce que tu as écrit : « Merci sœurette ! J’allais justement te demander de quoi écrire. Tu imagines, un film entier où alors que je suis un génie, à aucun moment je ne pense à écrire et qu’à la place, je me contente d’être bloqué avec un module vocal ultra-limité qui ne me permet pas d’expliquer quoi que ce soit ? Ce serait complètement débile !« . Je ne te le fais pas dire, frangin !
Voilà. Donc n’oubliez pas les enfants, si un personnage qui ne peut pas parler ne pense pas à écrire, c’est probablement qu’il est con. Et si le film vous assure qu’il ne l’est pas, c’est que le type qui l’a écrit l’est.

Ah, oui, Chris-Cosmo peut aussi projeter des films entiers, mais ne pense pas à s’en servir pour communiquer plus clairement.
Diego, tu peux aller masser ta joue rougie ailleurs. Et nous, reprenons. Mais comme les citations de Cosmo le petit robot sont à la fois nulles et cucu la praline, je vous propose pour les besoins de ce spoiler de les remplacer dans les dialogues par des citations tirées de Warhammer 40,000. Ça ne vous parlera pas forcément plus, mais ça donnera, disons, plus de peps aux dialogues.
– Chris, mais comment as-tu fini dans ce vieux robot pourri ?
– L’IGNORANCE EST UNE VERTU.
– Tu l’ignores ? Zut. Mais si ton esprit est là, ton corps doit bien être quelque part ?
– C’EST LA VÉRITÉ DE L’EMPEREUR !
– Je prends ça pour un oui. Tu sais où ?
– L’IGNORANCE EST UNE VERTU.
– Ah ben ça va être pratique. Alors que fait-on ?
– PURGER LES HÉRÉTIQUES. MASSACRER LES XENOS.
– Attends, c’est du Warhammer 40,000 ou du Eric Zemmour que tu me sors, là ?
– L’IGNORANCE EST UNE VERTU.
Oui, mais alors que ça papote, voici que soudain rentre dans la pièce le gros beauf qui héberge Michelle.
– Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Que fout un robot dans ma maison ? Michelle, que se passe-t-il ici ?
– D’où tu as été attiré par le bruit alors qu’il y a dix minutes quand je t’appelais à l’aide et te secouait physiquement en pensant que ce robot était méchant, tu n’entendais rien ?
– … le… l’ignorance est… euh… une vertu ?
– Eh, tu n’es pas Chris, me fais pas le coup du module vocal ! C’est encore le scénario qui se chie dessus, pas vrai ?
En effet. Raison pour laquelle le monsieur décide de couper court en appelant la police. Mais nos héros ont tôt fait de l’assommer, puis de voler la voiture du larron, et de filer loin d’ici. Mais pour aller où ?
– Chris, tu aurais une idée de l’endroit où nous devrions aller pour t’aider ?
– L’OEIL DE LA TERREUR !
– Hmmm. C’est pas clair. Tiens, regarde, il y a une carte. Mets tes grosses mains pleines de doigts dessus.
Et Chris de désigner un endroit au beau milieu de la fameuse zone d’exclusion du Nouveau-Mexique où sont enfermés les robots depuis la guerre.
– Mais enfin Chris, c’est impossible de rentrer dans cette zone !
– LA FOI DONNE LA FORCE !
– Tu veux vraiment y aller ?
– QUESTIONNER, C’EST DOUTER. LE DOUTE EST UNE HERESIE.
– Tu sais que t’es un peu chiant ? Bon, voyons voir… comment rentrer dans cette zone ?
Secouez votre boîte à « Ça alors ! » par avance, car soudain, Michelle a une illumination.
– Mais attendez ! Mon hébergeur achetait plein de trucs venant de la zone d’exclusion à des trafiquants ! Genre des jouets disparus ! Hmmm… une minute, pourquoi il n’y aurait eu certains jouets que dans cette zone ? Ça n’a aucun sens ? Bon, on va dire que les spectateurs sont trop cons pour le remarquer. Viens, on va regarder dans le coffre de la voiture. Mais oui, il y a encore les cartons ayant contenu ces objets ! Et dessus… IL Y A L’ADRESSE DES TRAFIQUANTS !
Je ne plaisante pas : les trafiquants collent leur adresse sur tous les cartons. Voilà voilà voilà. Je crois que ça résume en quoi finalement, quand on aura remplacé les scénaristes par des IA, on y gagnera peut-être pas, mais en tout cas, on n’y perdra certainement pas vu le niveau actuel. Ne reste donc à nos héros qu’à se rendre jusqu’à l’adresse indiquée, qui est une simple boite postale. Là, ils attendent de voir le propriétaire se manifester… et il s’avère que celui-ci est un camionneur du nom de Keats, mais qui en fait est Chris Pratt qui joue Chris Pratt. Comprendre donc qu’il passe son temps à faire des gaffes, à jouer les héros avant de se ridiculiser au dernier moment, bref, le monsieur est prisonnier du même rôle depuis des années, c’est douloureux à voir, que quelqu’un le débranche, il souffre.
Toujours est-il que Keats est bien le trafiquant qu’ils recherchent, toujours accompagné d’un robot du nom de Herm. Ensemble, ils volent, revendent, arnaquent… et ont un gros camion qui est donc parfait pour que Michelle et Chris s’y cachent, en espérant ainsi se faire convoyer jusqu’à la zone des robots. Leur plan fonctionne presque, car s’ils parviennent à grimper dans le camion sans se faire repérer, ils se font avoir lorsque le véhicule s’arrête dans une ancienne mine, qui est à la fois l’entrepôt et le point de passage de Keats pour faire circuler ses marchandises entre la zone des robots et le monde extérieur. C’est là que Keats découvre qu’à l’arrière de son véhicule, c’est n’importe quoi, dites-donc, c’est pas Calais ici, et pas de bol, je suis de droite.
– Que ? Qui êtes-vous et que faites-vous dans ma remorque ?
– Je suis Michelle et voici mon frère, Chris, dont l’esprit est dans ce robot !
– Une gamine et son frère ? Ecoutez, je suis un trafiquant respectable, alors vous descendez. Si j’ai des jouets dans la remorque, c’est pour les vendre, pas pour vous attirer. Si vous cherchez des camionneurs de ce style là, je peux vous indiquer quand partira le prochain bus pour Charleroi.
– Non, arrêtez ! Nous on ne veut pas aller à Charleroi ! On veut aller dans la zone où sont enfermés les robots depuis la guerre !
– Hmmm… c’est moins dangereux que la Belgique, mais ça reste quand même dangereux. Non, je vous propose plutôt de vous casser.
Le plan de Michelle a-t-il échoué ? Pas tout à fait, car soudain, quelqu’un d’autre entre dans la cachette… un drone militaire ! Piloté à distance par Butcher, une légende de la guerre qui depuis traque les robots ayant quitté la zone d’exclusion sans autorisation. Et il sort un gros flingue pour mieux appuyer son autorité naturelle.
– Vous êtes en état d’arrestation ! Surtout toi, Michelle, pour avoir fui ton foyer d’accueil, assommé ton hébergeur, et aidé un robot en cavale !
– Mais c’est mon frère !
– C’est un robot. En cavale.
– Tiens d’ailleurs… maintenant que j’y pense… c’est vrai ça ! Chris, d’où tu as réussi à récupérer un corps de robot qui n’était pas dans la zone réservée ? C’est pas logique ! Si tu pouvais prendre le contrôle d’un robot, c’est là-bas que tu aurais dû te retrouver !
Tout le monde regarde Chris, car c’est vrai que maintenant qu’on y pense, c’est pas très cohérent, non ?
– L’IGNORANCE EST UNE VERTU.
– Eeeeh bordel.
– Vous ne voudriez pas lui donner un papier et un crayon ?
– Surtout pas : si on l’avait fait au début du film, on aurait gagné vachement de temps. Donc merci de ne pas nous donner des idées qui permettraient de sauter toute l’intrigue.
– D’accord.
– Et puis quitte à parler d’incohérences… vous m’expliquez comment vous nous avez retrouvés ?
– J’ai retrouvé votre voiture, avec dedans, les cartons où un con de trafiquant avait écrit son adresse.
– Alors c’est vrai que notre ami ici présent est idiot, mais ça menait à une boite postale. Pas à cette cachette. Donc comment avez-vous pu nous retrouver ici ?
– … l’ignorance est… euh… une…
– Nan mais fermez tous vos gueules en fait.
Non, rien ne va. Mais oui, ça continue.
Puisque les dialogues sont ce qu’ils sont, Butcher préfère sortir son gros pétard, un pistolet qui désintègre tout ce qu’il a en face. Alors que nos héros, comme tous les héros dans ce genre de films, se battent en lançant des jouets, improvisant des pièges avec ce qu’ils trouvent dans les stocks d’objets de Keats, etc. Ce qui donne des moments fabuleux du genre :
– Bravo ! Tu as réussi à l’attraper avec un outil de levage, et il a lâché son arme ! Butcher est fait, hihihi !
– Bon, donc on ramasse son arme et on détruit ce drone qu’il pilote ? Comme ça on est tranquilles un moment ?
– Euh… ah ben non. Ca serait efficace. Et ça, JAMAIS !
Résultat ? Butcher se libère, récupère son arme, le combat qui n’a aucun sens continue, et finalement, une explosion finit par endommager salement le drone de Butcher. Mais cause aussi l’effondrement de la cachette de Keats : nos héros n’ont plus qu’une seule issue… vers la zone des robots ! Issue qui est en fait un gigantesque tunnel, probablement visible à des kilomètres à la ronde, mais durant des années, personne ne l’avait jamais remarqué, donc. Michelle, Keats, Herm et Chris n’ont guère le temps de souligner cette énième incohérence, car à peine sont-ils sortis qu’ils entendent des bruits et doivent se cacher.
– Ce sont des pillards, explique Keats. Des robots prisonniers de la zone qui, pour survivre, tuent d’autres machines et prennent leurs pièces pour tenir un peu plus longtemps.
– Wouah, c’est réaliste : on dirait vraiment l’histoire des PC des années 90 !
– L’HÉRÉSIE NAIT DE L’OISIVETÉ !
– Nan, sans déconner : Chris, ta gueule.
En attendant, nos amis sont embêtés, car leur tunnel effondré, ils sont enfermés dans la zone avec les robots. Heureusement, Keats trafiquant depuis longtemps dans le secteur, il a une planque sur place, à savoir un énorme hangar que les robots pillards à deux mètres n’ont jamais remarqués. Oui, ils sont sympas. Et dans ledit hangar, Keats a un robot géant que Herm peut piloter (un robot dans un robot : robot-ception), et c’est donc cette imposante machine qui va servir de véhicule à nos amis pour s’aventurer dans cette zone hostile.

Pour être exact, le robot géant va lui-même transporter un van, qui lui-même va transporter nos amis qui…
Mais où aller ? Chris continue à indiquer un endroit précis du doigt sur la carte.
– L’OEIL DE LA TERREUR !
– Keats ? Tu sais ce que c’est l’endroit qu’il pointe ?
– Oui… c’est un vieux centre commercial. Allons voir.
Grâce à des mimiques, Chris est parvenu à faire comprendre qu’il y avait sur place quelqu’un pouvant l’aider, à savoir un médecin à lunettes. Le même médecin qui avait annoncé à Michelle que son frère était mort après avoir pris un chevreuil dans la gueule (j’ai toujours du mal à me dire que c’est vraiment un élément du scénario). Donc qui a menti et doit en savoir plus sur ce qu’il est advenu de Chris, le sale petit rabouin !
– Tu sais, si ça se trouve, il n’y est pour rien.
– L’INNOCENCE NE PROUVE RIEN.
– Raaah, t’es chiant avec ton module, là !
Lorsque nos amis arrivent enfin en vue du centre commercial perdu au milieu du désert du Nouveau Mexique, ils constatent que celui-ci a l’air abandonné. L’air, seulement, car soudain, quelque chose fend les cieux en sifflant : un frigo ! Qui tombe sur la gueule du robot géant qui sert de véhicule à nos héros. Suivi d’autres projectiles électroménagers. Ce sont de petits robots qui balancent cela avec des trébuchets improvisés pour défendre le centre commercial.
Vous l’aurez compris : ils n’utilisent pas d’armes conventionnelles, donc ils sont forcément gentils.
Mais pour l’instant, une fois qu’ils ont neutralisé le véhicule de nos héros, ils s’empressent de les capturer et de les emmener dans le centre commercial, qui à leur grand étonnement, grouille d’activité. Par une baie vitrée, on voit même un robot géant publicitaire de 30 mètres de haut qui fait coucou.
– Hmmmm…
– Il te rappelle quelque chose, Michelle ?
– Il me rappelle la scène précédente : comment as-tu pu avoir un décor de centre commercial désert sans signe de vie sans apercevoir un robot de 30 mètres de haut en train de faire le con ?
La réponse est très simple : parce que ce film se fout de notre margoulette, ma bonne amie.
La fine équipe est promptement regroupée et envoyée devant le chef des lieux, M. Cacahuète (si, si), un ancien robot lui aussi publicitaire, qui fut autrefois le porte-parole et meneur de la révolte robotique syndicaliste. Mais à présent, il n’est plus que le grand chef de ce centre commercial au milieu de la prison à ciel ouvert qu’est la zone réservée aux robots. Et explique qu’il a un plan pour les lieux, et que c’est son projeeeeet :
– Ce site, c’est une oasis au milieu de cet endroit sauvage qu’est la Zone. Un lieu où les robots peuvent venir se réunir, s’abriter… au lieu de rester dehors à devenir soit un pillard, soit une victime des pillards.
Quel destin terrible pour ces robots, qui depuis des années, peinent à subsister ! Il faudra juste m’expliquer un truc : si c’est un endroit où il n’y a rien… comment diable ces robots se rechargent-ils en électricité ? Les humains leur fournissent gratos depuis l’extérieur parce qu’ils sont trop sympas ? Rassurez-vous, nous n’aurons aucune explication, et poursuivons. Car évidemment, Michelle demande si en ces lieux ne se cacherait pas un médecin à lunettes, puisque c’est ici que son frère l’a guidé.
– Quelle description pas du tout vague. Mais soit : il y avait bien un médecin, un humain à lunettes, mais on l’a dégagé, car pardonnez-moi, mais on n’aime pas trop les humains.
– C’est un peu spéciste, M. Cacahuète.
– Oui, ben tu diras ça quand t’auras fait la guerre, trou de balle. Alors vous allez passer la nuit ici parce qu’on est sympa, et demain matin, je vous vire à coups de pied au cul.
– M. Cacahuète, je vous soupçonne d’être de droite vous aussi.
– Ouais, ben c’est M. Cacahuète, pas Mme Quinoa, alors ferme bien ta bouche.
C’est un peu rude, mais voilà : on dirait que la route de nos amis s’arrête ici.
Pendant qu’ils désespèrent, allons voir ce qu’il se passe du côté de chez quelqu’un dont nous avons parlé en début de film : John Trériche. Souvenez-vous : John Trériche est l’inventeur de la technologie qui permet, grâce à un casque, de piloter un drone à distance. Après la fin de la guerre, il a popularisé cette technologie pour que les gens puissent eux aussi piloter des drones pour aller au boulot et faires les courses à leur place, ou même juste visiter des mondes virtuels, et il est donc devenu encore plus riche (il a failli changer son nom en John Trétrériche). Le monde entier profite de ses technologies, Trériche Corp est partout…
Mais il y a une crise en cours chez Trériche Corp. Et retrouvons donc John Trériche qui convoque deux de ses directeurs pour leur en parler.
– Messieurs, la technologie des casques qui permettent de faire des trucs et des machins est fabuleuse. Mais depuis quelques jours, la qualité de la connexion s’effondre. À ce rythme, bientôt, nos casques ne marcherons plus. Et ce sera la fin de Trériche Corp. Alors expliquez-moi d’où ça vient.
– Eh bien… chef, comment dire ? Vous vous souvenez de comment on a obtenu toute cette puissance de calcul ? Créé l’internet de ce monde ?
– Mais oui en…
Attention. Aaaaattention… accrochez-vous…
– …KIDNAPPANT UN PETIT GÉNIE QUI ETAIT DANS LE COMA APRES AVOIR MANGÉ UN CHEREUIL POUR LE TRANSFORMER EN ORDINATEUR CENTRAL !
Ça alors ! John Trériche est très méchant ! Si on avait pu le voir venir, dites donc !
– Oui chef. Grâce à son incroyable cerveau, nous avons une puissance de calcul extraordinaire !
Soit 1,33 gigas. On est en 1994, hein.
– Certes, et donc ?
– Eh bien en étudiant le code, nous avons découvert qu’il était parvenu à faire quitter son corps à son esprit. Il l’a envoyé dans un robot, quelque part. Le seul moyen de le remettre à 100% de ses capacités consiste à retrouver son esprit pour le remettre dans son corps.
– Il n’y a pas d’autre solution ?
– Ben non. C’est pas comme si on avait, je ne sais pas moi, des super ordinateurs tellement puissants qu’ils pensent comme des humains, et qu’on appellerait « robots ». Intelligents au point de s’être rebellés par le passé. Le genre qu’on pourrait mettre en réseau en plus, pour encore plus de puissance de calcul, vu que ce sont des machines.
– Oui, c’est trop bête qu’on n’ait pas ça sous la main !
Toi aussi, fait un film sur un monde peuplé de robots, et fait tourner toute l’intrigue autour du thème « Si seulement on avait des ordinateurs corrects !« .
John Trériche a cependant une solution à tout cela. Il appelle une légende qui sait résoudre ce genre de problèmes… Butcher !
– Allô, Butcher, la légende de la guerre qui désormais, traque les robots ? J’aurais besoin de vous pour en traquer un. Qui a la gueule de Cosmo le petit robot.
– Vous allez rire, c’est ce que je faisais jusqu’à ce qu’une explosion ne mette le drone avec lequel je le traquais hors-service.
– Bon, vous inquiétez pas : Trériche Corp a les moyens de vous aider. On ne peut pas envoyer notre armée personnelle car c’est dans le traité d’armistice avec les robots, mais rien ne nous interdit de vous aider, vous.
Par « aider », je m’attendais à ce qu’ils lui envoient un nouveau drone, voire une version encore plus moderne et redoutable. Mais figurez-vous que non : Trériche Corp… rallume juste son drone endommagé et à demi-enfoui. Par quel miracle est-ce qu’un drone détruit se remet en route à distance et sans aucune aide physique ? Est-ce que ce n’est pas con, puisque justement, il est enfoui, et donc complètement bloqué et incapable de poursuivre sa mission ?
Si, mais pour ne pas avoir à nous montrer à quel point c’est débile…
Changeons de scène.
Et revenons à nos héros, dans leur centre commercial paumé. Où après avoir vu Michelle être trop kikinoute avec son robot de frère, M. Cacahuète et d’autres robots décident que finalement, ils méritent un peu d’aide.
– Bon, écoutez, on sait où se trouve le médecin que vous cherchez. Il avait laissé un message pour vous en partant, si jamais vous veniez à passer par ici. Il est situé au 2, rue Ersilia Soudais. Ce n’est pas loin. On peut y aller dans ma voiture en forme de cacahuète.
– Super !

Je rappelle que c’est donc ce véhicule que le chef des robots a utilisé pour aller à la réunion pour négocier la fin de la guerre mondiale.
Oui, c’est un peu comme si vous, vous conduisiez une voiture en forme d’humain. Mais apparemment, ça ne dérange pas les cacahuètes. Une troupe de robots bigarrée grimpe donc dans le véhicule, et avec Michelle et Keats, se dirige vers l’adresse indiquée. Un parc d’attraction abandonné où rapidement, nos larrons se font encercler par des robots pillards, qui ont envie de cannibaliser tout ce petit monde. Heureusement, voici que soudain, de la musique résonne dans le parc et fait fuir les robots (nous ne saurons jamais pourquoi, pouf pouf c’est magique), et qu’une trappe s’ouvre pour faire tomber nos protagonistes droit dans un laboratoire secret… où ils sont accueillis par le docteur Lunettes !
– Bonjour les amis, je suis le docteur Lunettes. Je m’attendais à votre visite.
– Très bien, première question, la plus importante de toutes…
– Oui Michelle ?
– Qu’est-ce que vous mangez ? Je veux dire : vous êtes isolé au milieu du désert, dans une zone sans livraison, et ce ne sont pas les robots à qui vous allez piquer du miam-miam. Alors ?
– … euh…
– Nan, je déconne ! Allez-y, dites-moi ce que vous avez fait à mon frère, p’tit bâtard !
Et le docteur Lunettes, plein de remords, de s’épancher.
– Vois-tu Michelle, quand pendant la guerre, on a trouvé ton frère suite à votre accident… John Trériche a vite compris que son cerveau surpuissant était la clé pour une technologie pouvant sauver l’humanité. Il m’a donc menacé pour que je te dise qu’il était mort, alors que je l’envoyais, dans le coma, dans un centre secret de Trériche Corp, où il a été relié à une machine pour devenir un serveur vivant. Toute la technologie de Trériche Corp repose sur lui.
– Vous êtes un monstre !
– Et tu ne sais pas tout : un jour, ton frère est sorti du coma, regarde j’ai même la vidéo. Et John Trériche m’a forcé à l’y replonger. Là encore, en me menaçant de mort. Alors je me suis enfui. Mais d’abord, j’ai rajouté un trou dans le code permettant à l’esprit de ton frère de s’enfuir lui aussi, puisque je ne pouvais pas emmener son corps. Et voilà comment il a atterri dans ce robot.
– Pourquoi ce robot ?
– Euh…
– Et où l’a-t-il trouvé ?
– Euuh…
– Et comment ce robot a-t-il quitté la zone ?
– Euuuh en fait, hihihih, bon, tu sais quoi ? Parlons d’autre chose. Tiens, tu sais pourquoi ton frère savait qu’il fallait venir dans la zone des robots pour me trouver ? Parce que j’avais aussi rajouté ça dans le code ! Je voulais qu’il puisse fuir, venir au centre commercial des robots… et y trouver une famille.
– Ben ? Attends, non. Tu étais sur place. Tu as même laissé un message pour qu’il puisse te retrouver ici. Donc aucun rapport avec une famille : tu voulais qu’il te trouve, toi, non ?
– Ah merde, oui, nos dialogues aussi sont à chier.
Tout le monde est cependant interrompu par une alarme : un drone est à la porte… celui de Butcher ! Comment les a-t-il retrouvés ? Comment a-t-il su pour la trappe cachée menant au laboratoire secret ? Eh bieeeeeeeeeeen…
Vous l’aurez compris : vous ne le saurez jamais. La situation tourne donc à la baston, mais pas avant que le docteur Lunettes n’explique :
– Oh, et au fait, je vous ai présenté mon assistant robot ? Lunettes Bis ? Je l’ai appelé ainsi car j’ai transféré toute ma mémoire dedans, et je lui ai même donné ma voix, hihihi !
Hmmm… présenter un personnage qui peut vous remplacer en cas de mort… je me demaaaande si ça va servir !
Et en effet. Car baston il y a, là encore, les gentils se battent avec des balles de base-ball ou des pistolets de paint-ball contre le vilain Butcher, et la situation tourne au désastre le plus complet lorsque Butcher, signale que puisque les robots ont aidé des fugitifs humains dans la zone, ils ont donc violé le traité de paix… ce qui autorise l’armée de Trériche Corp à venir s’en mêler. Butcher est ainsi rejoint par moult drones, dont un piloté par John Trériche lui-même. Qui n’hésite pas à tuer robots ET humains, comme, et ça va vous surprendre… le docteur Lunettes !
Vous êtes autorisés à secouer votre boîte à « Ça alors ! »
Comme le veut la tradition de l’écriture automatique de script, nous devons en arriver à la partie de l’intrigue « Tout semble perdu ». Aussi, les méchants parviennent à quitter les lieux en emmenant avec eux Chris. Le petit robot mignon se retrouve menotté, et emporté par la voie des airs hors du Nouveau Mexique. Les gentils ne peuvent que pleurer très fort, et retourner au centre commercial qui leur servait de planque… pour découvrir que les méchants sont aussi passés par là et ont tué plein de robots. Mais pas tous : juste un ou deux, comme ça. Non, ne demandez pas pourquoi, je pense qu’à ce stade, vous aurez compris que ça ne sert à rien. On va supposer que les vilains ont juste traversé le centre commercial en hurlant « Yayaya on est vilains ! » en tirant partout avant de poursuivre leur route sans s’arrêter.
Et ne me dites pas « Peut-être qu’une partie des robots a eu le temps de se cacher » : le bidule de 30 mètres de haut est toujours en pleine forme, merci, et je doute qu’il se soit planqué sous un lit.
Tout le monde est désespéré. Mais pas Michelle, qui ne compte pas abandonner son petit frère. Elle se lance en conséquence dans un long discours sur la tolérance, l’amitié, et le lattage de molaires, que les robots approuvent. M. Cacahuète lui-même annonce qu’il ira péter la gueule de John Trériche avec quelques amis si Michelle le désire. Et oui, elle le désire. Fort, même. Presque comme un pot de Häagen-Dazs.
– Rassemblez tous les robots disponibles, M. Cacahuète ! Nous partons combattre John Trériche dans son quartier général de Seattle ! Car grâce à Lunettes Bis, qui avait toutes les connaissances de son patron, nous savons que c’est là que se trouve le corps de Chris ! Rassemblez des camions, et en route !
– Un instant ?
– Oui, Caporal Robobo ?
– Déjà, vous allez les trouver où, ces camions ? Dans un coin de désert où les robots eux-mêmes en sont réduits à se cannibaliser tant il n’y a plus rien de mécanique à récupérer ?
– On… on va dire que… qu’on avait des camions cachés sous un caillou.
– Bon, mettons. Mais comment allez-vous sortir de la zone ? Je vous rappelle qu’elle est entourée d’un gigantesque mur.
– On… on va dire que… que Lunettes Bis a les codes…
– Mais pourquoi ? Et quand bien même : vous n’allez pas me dire que ce sont des murs de prison… qui s’ouvrent de l’intérieur avec juste un code !
– Eh bien si !
– Mais et les gardes ?!
– Il n’y a pas de gardes. Il y a des portes gigantesques, mais juste un digicode.
– Okay, mettons : vous trouvez des camions. Vous avez les codes des portes. Personne n’a pensé à garder lesdites portes. Vous comptez traverser tout le pays avec des dizaines de robots interdits, dont un de 30 mètres, sans que personne ne remarque rien ?
– Exactement !
– Mais comment vous…
– Caporal Robobo ? Vous êtes débranché.
Et c’est ainsi que tout ce que vous venez de lire est vrai : en fait, la prison de super-sécurité visant à empêcher des robots tueurs de sortir, c’est juste un mur avec des portes non-gardées qui s’ouvrent avec un simple digicode. Et oui, ils ont des camions sortis de nulle part pour transporter leur petite armée de robots… et non, on ne voit celui de 30 mètres sur aucun plan. On va dire qu’il se téléporte entre les scènes pour faciliter le travail de ses amis.
Ce film est un gigantesque foutage de gueule.
Mais, finissons-en. Car peu après, à Seattle, toute l’armée de robots surgit pour attaquer le quartier général de John Trériche. Vous me direz « Holala, ça va être compliqué ! C’est quand même le quartier général de la seule entreprise qui produit les drones et logiciels qui ont permis de vaincre les robots partout dans le monde ! Ca doit être bien gardé, et les forces de l’ordre vont débouler en renfort promptement, si ce n’est l’armée ! »
Eh bieeeeeeeeeen…
Non.
Toute l’armée robotique improvisée peut se pointer sur la pelouse du QG, a même le temps de monter des trébuchets à frigos (oui, ils ont aussi emmené ça dans leur convoi), et c’est uniquement quand ils commencent à lancer des bagnoles dans les fenêtres de Trériche Corp que les employés décident de donner l’alarme. Alarme qui consiste à ce que John Trériche décroche un téléphone pour dire :
– Envoyez 100% de tous mes drones de sécurité à la porte nord !
– Vous…
– 100% ! Tous ! Aucune exception ! Ne laissez surtout aucune protection à l’intérieur du bâtiment !
– Vous êtes sûr que…
– Oui !
Et voilà comment absolument toute la sécurité de Trériche Corp tombe dans le piège à neuneus : tout cela n’est qu’une diversion pour permettre à Michelle de se faufiler dans le QG maintenant que toute la sécurité est partie. Elle y parvient sans aucun souci, gagne la salle où se trouve son frangin dans le coma, avec près de lui, le robot Cosmo éteint qui lui avait temporairement servi de corps. Car les méchants ont donc bel et bien remis son esprit dans son corps biologique. Heureusement, grâce aux casques magiques de Trériche Corp, Michelle peut plonger dans l’esprit de son frère, et lui parler.
– Chris ! Oh, mon frangin, tu m’as tellement manqué !
– Hmmm… maintenant que j’y pense, puisque je suis relié à tous les casques pour faire les calculs, p’têtre qu’on aurait pu faire ça depuis le début du film… toi qui mets un casque pour me parler ?
– Je te rappelle qu’on n’a jamais pensé à un papier et un crayon. Alors un casque, bon. En attendant, frangin, je vais te sortir d’ici !
– Impossible frangine ! Mon corps est dans le coma. Si on me débranche, je meurs. J’ai donc le choix entre être un outil de calcul pour Trériche Corp, ou mourir.
– Euh… mais sinon, la scène, que le docteur Lunettes avait même filmé, où tu sors du coma ? Qui prouve qu’en fait, tu peux le faire ? Même que c’est pour ça qu’il a été dégoûté de devoir t’y replonger de force, et qu’il a fui Trériche Corp tout en laissant une porte de sortie pour ton esprit ?
– Ah, tu veux dire le noyau de tout le film ?
– Oui.
– Ben on n’a qu’à dire qu’on a oublié, hihihi !
Je ne plaisante pas. Ça n’est même pas mentionné. À la place, on a juste Chris qui nous sort le fameux « Tu dois me débrancher, la mort, c’est mieux que d’être prisonnier ! »
Snif snif snouf, fait Michelle en enlevant son casque pour revenir au monde réel, clic clic clac font les boutons quand elle débranche son frangin, et prouprouproush font tous les drones de l’armée de Trériche Corp en s’effondrant tous en même temps maintenant que le cerveau de Chris n’est plus là pour gérer la connexion. Non, vraiment, je propose d’exécuter sans sommation tout scénariste qui propose de mettre à la fin du film une armée qui s’effondre sitôt qu’on ne sait quel bitoniau est détruit/débranché/volé.
Je vous passe d’ailleurs le récit de la baston au-dehors du QG pendant ce temps, qui n’a aucun intérêt, puisque tous les poncifs y passent. Comme les méchants en drones blindés… qui sont vaincus par des balles de baseball (sûrement des stortroopers), ou les vilains qui ne tirent jamais avec leurs armes pour ne pas gagner (ça vaut le coup d’œil tellement c’en est ridicule, on les voit juste courir avec leurs fusils). On a bien sûr le cliché de John Trériche qui intervient en personne avec un drone plus gros que les autres pour tuer le maximum de gentils possibles. Ce qui dégoûte Butcher, qui est là, et qui décide de changer de camp parce que « En fait, il est encore moins humain que les robots, donc je passe dans le camp des robots. »
Mec, t’as pas dû rencontrer beaucoup d’humains dans ta vie.
Sans Chris, non seulement l’armée de John Trériche s’effondre, mais aussi toute son entreprise. Partout dans le monde, les casques permettant de piloter des drones ou de visiter des mondes virtuels cessent de fonctionner, et c’est la grosse panique. Et quand en plus les gentils diffusent les images du corps de Chris, révélant que John Trériche a exploité un enfant pour faire des gros sous… le sieur Trériche tente de fuir le pays, et finit arrêté.
Quant à Michelle, elle retourne dans la zone à robots, dont on débat déjà de faire tomber les murs chez nos amis humains, et elle envoie un message aux médias, qui le diffusent partout dans le monde :
« Bonjour, je suis Michelle, la jeune femme qui a mené la révolte des robots contre Trériche Corp. Je veux vous dire que je sais que vous êtes tristes d’avoir perdu vos casques de VR, mais vous devez cesser de vivre dans un monde virtuel, et réapprendre à être en contact avec les gens autour de vous ! »
Voilà qui fera plaisir à Gégé, ouvrier dans le bâtiment, qui au lieu de piloter un drone tout en se grattant à la maison (car les casques permettaient de jouer tout en travaillant), va devoir retourner s’éclater le dos à soulever des poutrelles. On appréciera aussi le message digne d’un Powerpoint de Josiane des RH. Et ça continue :
« Vivez votre vie avec ceux que vous aimez, pas avec des outils numériques. Et si vous n’avez personne, venez avec nous, dans la zone. Nous serons votre nouvelle famille ! »
Alors d’accord, mais sinon ? Pourquoi est-ce qu’on entend qu’il va y avoir un débat pour faire tomber les murs de la zone ? Quel rapport y a-t-il entre la chute de John Trériche et ça ? Aux dernières nouvelles, lui avait juste conçu la technologie qui a mis fin à la guerre. Là, aucun rapport avec la choucroute. En fait, c’est même le contraire : maintenant que Michelle a détruit la seule technologie qui pouvait arrêter les robots, la guerre ne risque-t-elle pas de reprendre ? Surtout vu qu’une partie des robots sont devenus des pillards fous dans la zone ? Et donc, sans murs pour les retenir, ils risquent de vadrouiller ? Quant au fait qu’une armée de robots ait détruit le QG de la défense humaine, on en parle ou ça va, c’est cool en fait de mener des attaques comme ça ? En fait, Michelle ne vient-elle pas de foutre une merde gigantesque qui risque de…
Non, rassurez-vous, personne ne se pose ces questions.
À la place, on voit juste le robot de Chris, Cosmo, qui se réactive au milieu d’une décharge, comme si un certain esprit était de retour et…
… FIN !
On ne l’avait pas vu venir non plus, dites voir. Que de créativité.

Vous ai-je parlé des ennemis volants qui volent juste à portée des mains des gentils ? Bon, ben c’est fait.
Pour votre information, avec 320 millions de dollars, The Electric State est le film le plus cher de l’histoire de Netflix.
320 millions.
Pour ça.
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