06.01.2026 à 01:00
Ploum
Je n’ai plus de compte Google depuis plusieurs années. Je me suis rendu compte que j’évite autant que possible de cliquer sur un lien YouTube, car, à chaque vidéo, je dois passer par le chargement d’une page qui surcharge mon ordinateur pourtant récent, je dois tenter de lancer la vidéo, attendre plusieurs secondes qu’un énorme popup l’interrompe. Puis je dois faire en sorte de trouver le son original et non pas une version automatiquement générée en français. Une fois tout ça terminé, il faut encore se taper des publicités de parfois plusieurs minutes.
Tout ça pour voir une vidéo qui pourrait potentiellement contenir une information qui m’intéresse. Et encore, ce n’est pas du tout certain.
Alors, oui il y a des moyens de contourner ces merdifications, mais c’est un travail permanent et qui ne fonctionne pas toujours. Donc, en gros, je ne clique sur les liens YouTube que quand je suis vraiment obligé. Genre avant je regardais les clips vidéos des groupes de métal que recommandait Alias. Désormais, j’utilise Bandcamp (j’y achète même des albums) quand il le mentionne ou je cherche ailleurs.
Vous croyez que votre vidéo doit être sur YouTube, car « tout le monde y est », mais, au moins dans mon cas, vous avez perdu de l’audience en étant uniquement sur YouTube.
Le pire, c’est de se rendre compte que la merdification est vraiment assumée de l’intérieur. Comme le souligne Josh Griffiths, YouTube encourage les créateurs à tourner des vidéos dont le scénario est généré par leur IA. YouTube rajoute des pubs sans le consentement du créateur.
Toujours dans son blog post, il décrit comment YouTube utilise votre historique vidéo pour déterminer votre âge et bloquer toutes les vidéos qui ne seraient pas appropriées. C’est tellement effrayant de stupidité que ça pourrait être dans une de mes nouvelles.
Une chose est certaine : en me connectant sur YouTube sans compte et sans historique, YouTube me propose spontanément des dizaines de vidéos sur les nazis, sur la Seconde Guerre mondiale, sur les fusils utilisés par les nazis, etc. Je n’ai jamais regardé ce genre de choses. Au vu du titre, certaines vidéos me semblaient à la limite de la théorie du complot ou du négationnisme. Pourquoi me les recommander ? L’hypothèse la plus effrayante serait que ce soit les recommandations par défaut !
Parce que ce n’est pas comme si YouTube ne savait pas comment effacer les vidéos qui ne lui plaisent pas !
Si vous réalisez des vidéos et que vous souhaitez les partager à des humains, par pitié, postez-les également ailleurs que sur YouTube! Personne ne vous demande d’abandonner votre « communauté », vos likes, vos 10 centimes de revenus publicitaires qui tombent tous les mois. Mais postez également votre vidéo ailleurs. Par exemple sur Peertube !
Comme le dit très bien Bert Hubert, le problème de la dépendance aux monopoles américains n’est pas tant technique que culturel. Et les gouvernements européens devraient être les premiers à montrer l’exemple.
Je pense qu’il illustre parfaitement la profondeur du problème, car, dans sa conférence qui décrit la dépendance technologique de l’UE envers les USA et la Chine, il pointe vers des vidéos explicatives… sur YouTube. Et Bert Hubert ne semble même pas en réaliser l’ironie alors qu’il recommande Peertube un peu plus loin. Il héberge d’ailleurs ses projets personnels sur Github. Github appartient à Microsoft et son monopole sur les projets Open Source a des impacts dramatiques.
J’ai déjà noté à quel point l’Europe développe des solutions technologiques importantes, mais que personne ne semble s’en apercevoir parce que, contrairement aux USA, nous développons des technologies qui offrent de la liberté aux utilisateurs : le Web, Linux, Mastodon, le protocole Gemini.
À cette liste, j’aimerais rajouter VLC, LibreOffice et, bien entendu, PeerTube.
Les solutions européennes qui ont du succès font partie des communs. Elles sont tellement évidentes que beaucoup n’arrivent plus à les voir. Ou à les prendre au sérieux, car « pas assez chères ».
Le problème de l’Europe n’est pas le manque de solutions. C’est simplement que les politiciens veulent « un Google européen ». Les politiciens sont incapables de voir qu’on ne lutte pas contre les monopoles américains en créant, avec 20 ans de retard, un sous-monopole européen.
C’est un problème purement culturel. Il suffirait que quelques députés européens aient le courage de dire : je supprime mes comptes X, Facebook, Whatsapp, Google et Microsoft pour un mois. Un simple mois durant lequel ils accepteraient que, oui, les choses sont différentes, il faut s’adapter un peu.
Ce n’est pas comme si le problème n’était pas urgent : tous nos services informatiques officiels, tous nos échanges, toutes nos données sont aux mains d’entreprises qui collaborent ouvertement avec l’armée américaine. Vous croyez vraiment que les militaires américains n’ont pas exploité toutes les données Google/Microsoft/Whatsapp des politiciens vénézuéliens avant de lancer leur raid ? Et encore, le Venezuela est un des rares pays qui tentait officiellement de se passer des solutions américaines.
Quitter les services merdifiés est difficile, mais pas impossible. Cela peut se préparer, se faire petit à petit. Si, pour certains, c’est actuellement strictement impossible pour des raisons professionnelles, pour beaucoup d’entre nous, c’est surtout que nous refusons d’abandonner nos habitudes. Se plaindre, c’est bien. Agir, c’est difficile et nécessite d’avoir le temps et l’énergie à consacrer à une période de transition.
Bert Hubert prend l’exemple du mail. En substance, il dit que le mail n’est plus un bien commun, que les administrations ne peuvent pas utiliser un mail européen, car Microsoft et Google vont arbitrairement rejeter une partie de ces emails. Pourtant, la solution est évidente : il suffit de considérer que la faute est chez Google et Microsoft. Il suffit de dire « Nous ne pouvons pas utiliser Microsoft et Google au sein des institutions officielles européennes, car nous risquons de ne pas recevoir certains emails ».
Le problème n’est pas l’email, le problème est que nous nous positionnons en victimes. Nous ne voulons pas de solution ! Nous voulons que ça change sans rien changer !
Beaucoup de problèmes de l’humanité ne proviennent pas du fait qu’il n’y a pas de solutions, mais qu’en réalité, les gens aiment se plaindre et ne veulent surtout pas résoudre le problème. Parce que le problème fait désormais partie de leur identité ou parce qu’ils ne peuvent pas imaginer la vie sans ce problème ou parce qu’en réalité, ils bénéficient de l’existence de ce problème (on appelle ces derniers des « consultants » ).
Il y a une technique assez simple pour reconnaître ce type de situation : c’est, lorsque tu proposes une solution, de te voir immédiatement rétorquer les raisons pour lesquelles cette solution ne peut pas fonctionner. C’est clair, à ce moment, que la personne en face ne cherche pas une solution. Elle n’a pas besoin d’un ingénieur, mais d’un psychologue (rôle que prennent cyniquement les vendeurs).
Une personne qui cherche réellement à résoudre son problème va être intéressée par toute piste de solutions. Si la solution n’est pas adaptée, elle va réfléchir à comment l’améliorer. Elle va accepter certains compromis. Si elle rejette une solution, c’est après une longue investigation de cette dernière, car elle a réellement l’espoir de résoudre son problème.
Pour les gouvernements aujourd’hui, il est techniquement assez simple de dire « Nous voulons que nos emails soient hébergés en Europe par une infrastructure européenne, nous voulons diffuser nos vidéos via nos propres serveurs et faire nos annonces officielles sur un site que nous contrôlons. » C’est même trivial, car des milliers d’individus comme moi le font pour un coût dérisoire. Et il y a même des tentatives claires, comme en Suisse.
Les seules raisons pour lesquelles il n’y a même pas de réflexion poussée à ce sujet sont, comme toujours, la malveillance (oui, Google et Microsoft font beaucoup de cadeaux aux politiciens et sont capables de déplacer des montagnes dès qu’une alternative à leur monopole est considérée) et l’incompétence.
Malveillance et incompétence n’étant pas incompatibles, mais plutôt complémentaires. Et un peu trop fréquentes en politique à mon goût.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.
05.01.2026 à 01:00
Ploum
I teach a course called "Open Source Strategies" at École Polytechnique de Louvain, part of the University of Louvain.
As part of my course, students are required to find an open source project of their choice and make a small contribution to it. They send me a report through our university Gitlab. To grade their work, I read the report and explore their public interactions with the project: tickets, comments, pull requests, emails.
This year, during my review of the projects of the semester, Github decided to block my IP for one hour. During that hour, I simply could not access Github.
It should be noted that, even if I want to get rid of it, I still have a Github account and I was logged in.
The block happened again the day after.
This gave me pause.
I wondered how many of my students’ projects were related to projects hosted on Github. I simply went into the repository and counted 238 students reports in the last seven years:
ls -l projects_*/*.md | wc -l
238
Some reports might be missing. Also, I don’t have the reports before 2019 in that repository. But this is a good approximation.
Now, let’s count how many reports don’t contain "github.com".
grep -L github.com projects_*/*.md | wc -l
7
Wow, that’s not a lot. I then wondered what those projects were. It turns out that, out of those 7, 6 students simply forgot to add the repository URL in their report. They used the project webpage or no URL at all. In those 6 cases, the repository happened to be hosted on Github.
In my course, I explain at great length the problem of centralisation. I present alternatives: Gitlab, Codeberg, Forgejo, Sourcehut but also Fossil, Mercurial, even Radicle.
I literally explain to my students to look outside of Github. Despite this, out of 238 students tasked with contributing to the open source project of their choice, only one managed to avoid Github.
As it was demonstrated to me for one hour, the immediate peril of centralisation is that you can suddenly lose access to everything. For one hour, I was unable to review any of my students’ projects. Not a great deal, but it serves as a warning. While writing this post, I was hit a second time by this block.
A few years ago, one of my friends was locked out of his Google account while travelling for work at the other end of the world. Suddenly, his email stopped working, most of the apps on his phone stopped working, and he lost access to all his data "in the clouds". Fortunately, he still had a working email address (not on Google) and important documents for his trip were on his laptop hard drive. Through personal connections at Google, he managed to recover his account a few weeks later. He never had any explanations.
More recently, Paris Buttfield-Addison experienced the same thing with his Apple account. His whole online life disappeared, and all his hardware was suddenly bricked. Being heavily invested in Apple doesn’t protect you.
I’m sure the situation will be resolved because, once again, we are talking about a well-connected person.
But this happens. All the time. Institutions are blindly trusting monopolies that could lock you out randomly or for political reasons as experienced by the French magistrate Nicolas Guillou.
Worst: as long as we are not locked out, we offer all our secrets to a country that could arbitrarily decide to attack yours and kidnap your president. I wonder how much Venezuelan sensitive information was in fact stored on Google/Microsoft services and accessed by the US military to prepare their recent strike.
Big institutions like my Alma Mater or entire countries have no excuse to still use American monopolies. This is either total incompetence or corruption, probably a bit of both.
As demonstrated by my Github anecdote, individuals have little choice. Even if I don’t want a Github account, I’m mostly forced to have one if I want to contribute or report bugs to projects I care about. I’m forced to interact with Github to grade my students’ projects.
237 out of 238 is not "a lot." It’s everyone. There’s something more than "most projects use Github."
According to most of my students, the hardest part of contributing to an open source project is finding one. I tell them to look for the software they use every day, to investigate. But the vast majority ends up finding "something that looks easy."
That’s where I realised all this time my students had been searching for open source projects to contribute to on Github only. It’s not that everything is on Github, it is that none of my students can imagine looking outside of Github!
The outlier? The one student who contributed to a project not on Github? We discussed his needs and I pointed him to the project he ended up choosing.
Github’s centralisation invisibilised a huge part of the open source world. Because of that, lots of projects tend to stay on Github or, like Python, to migrate to Github.
Each year, students come up with very creative ways not to do what I expect while still passing. Last year, half of the class was suddenly committing reports with broken encoding in the file path. I had never seen that before and I asked how they managed to do it. It turns out that half the class was using VS Code on Windows to do something as simple as "git commit" and they couldn’t use the git command line.
This year, I forced them to use the command line on an open source OS, which solved the previous year’s issue. But a fair number of the reports are clearly ChatGPT-generated, which was less obvious last year. This is sad because it probably took them more effort to write the prompt and, well, those reports are mostly empty of substance. I would have preferred the prompt alone. I’m also sad they thought I would not notice.
But my main mistake was a decade-long one. For all those years, I asked my students to find a project to contribute to. So they blindly did. They didn’t try to think about it. They went to Github and started browsing projects.
For all those years, I involuntarily managed to teach my students that Open Source was a corner of the web, a Microsoft-managed repository of small software one can play with. Nothing serious.
This is all my fault.
I know the solution. Starting this year, students will be forced to contribute to a project they use, care about or, at the very least, truly want to use in the long term. Not one they found randomly on Github.
If they think they don’t use open source software, they should take a better look at their own stack.
And if they truly don’t use any open source software at all and don’t want to use any, why do they want to follow a course about the subject in the first place?
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
19.12.2025 à 01:00
Ploum
You probably heard about the Wall Street Journal story where they had a snack-vending machine run by a chatbot created by Anthropic.
At first glance, it is funny and it looks like journalists doing their job criticising the AI industry. If you are curious, the video is there (requires JS).
But what appears to be journalism is, in fact, pure advertising. For both WSJ and Anthropic. Look at how WSJ journalists are presented as "world class", how no-subtle the Anthropic guy is when telling them they are the best and how the journalist blush at it. If you are taking the story at face value, you are failing for the trap which is simple: "AI is not really good but funny, we must improve it."
The first thing that blew my mind was how stupid the whole idea is. Think for one second. One full second. Why do you ever want to add a chatbot to a snack vending machine? The video states it clearly: the vending machine must be stocked by humans. Customers must order and take their snack by themselves. The AI has no value at all.
Automated snack vending machine is a solved problem since nearly a century. Why do you want to make your vending machine more expensive, more error-prone, more fragile and less efficient for your customers?
What this video is really doing is normalising the fact that "even if it is completely stupid, AI will be everywhere, get used to it!"
The Anthropic guy himself doesn’t seem to believe his own lies, to the point of making me uncomfortable. Toward the ends, he even tries to warn us: "Claude AI could run your business but you don’t want to come one day and see you have been locked out." At which the journalist adds, "Or has ordered 100 PlayStations."
And then he gives up:
"Well, the best you can do is probably prepare for that world."
None of the world class journalists seemed to care. They are probably too badly paid for that. I was astonished to see how proud they were, having spent literally hours chatting with a bot just to get a free coke, even queuing for the privilege of having a free coke. A coke that cost a few minutes of minimum-wage work.
So the whole thing is advertising a world where chatbots will be everywhere and where world-class workers will do long queue just to get a free soda.
And the best advice about it is that you should probably prepare for that world.
I’m Ploum, a writer and an engineer. I like to explore how technology impacts society. You can subscribe by email or by rss. I value privacy and never share your adress.
I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
15.12.2025 à 01:00
Ploum
All our communication channels are morphed into content distribution networks. We are more and more entertained but less and less connected.
A few days ago, I did a controversial blog post about Pixelfed hurting the Fediverse. I defended the theory that, in a communication network, you hurt the trust in the whole network if you create clients that arbitrarily drop messages, something that Pixelfed is doing deliberately. It gathered a lot of reactions.
When I originally wrote this post, nearly one year ago, I thought that either I was missing something or Dansup, Pixelfed’s creator, was missing it. We could not both be right. But as the reactions piled in on the Fediverse, I realised that such irreconcilable opinions do not arise only from ignorance or oversight. It usually means that both parties have vastly different assumptions about the world. They don’t live in the same world.
I started to see a pattern in the two kinds of reactions to my blog post.
There were people like me, often above 40, who like sending emails and browsing old-fashioned websites. We think of ActivityPub as a "communication protocol" between humans. As such, anything that implies losing messages without feedback is the worst thing that could happen. Not losing messages is the top priority of a communication protocol.
And then there are people like Dansup, who believe that ActivityPub is a content consumption protocol. It’s there for entertainment. You create as many accounts as the kinds of media you want to consume. Dansup himself is communicating through a Mastodon account, not a Pixelfed one. Many Pixelfed users also have a Mastodon account, and they never questioned that. They actually want multiple accounts for different use cases.
On the Fediverse threads, nearly all the people defending the Pixelfed philosophy posted from Mastodon accounts. They usually boasted about having both a Mastodon and a Pixelfed account.
To me, the very goal of interoperability is not to force you into creating multiple accounts. Big Monopolies have managed to convince people that they need one account on each platform. This was done, on purpose, for purely unethical reasons in order to keep users captive.
That brainwash/marketing is so deeply entrenched that most people cannot see an alternative anymore. It looks like a natural law: you need an account on a platform to communicate with someone on that platform. That also explains why most politicians want to "regulate" Facebook or X. They think it is impossible not to be on those platforms. They believe those platforms are "public spaces" while they truly are "private spaces trying to destroy all other public spaces in order to get a monopoly."
People flock to the Fediverse with this philosophy of "one platform, one account", which makes no sense if you truly want to create a federated communication protocol like email or XMPP.
But Manuel Moreale cracked it for me: the Fediverse is not a communication network. ActivityPub is not a communication protocol. The spec says it: ActivityPub is a protocol to build a "social platform" whose goal is "to deliver content."
The ActivityPub protocol is a decentralised social networking protocol based upon the ActivityStreams 2.0 data format. It provides a client to server API for creating, updating and deleting content, as well as a federated server-to-server API for delivering notifications and content. (official W3C definition of ActivityPub)
But aren’t social networks also communication networks? That’s what I thought. That’s how they historically were marketed. That’s what we all believed during the "Arab Spring."
But that was a lie. Communication networks are not profitable. Social networks are entertainment platforms, media consumption protocols. Historically, they disguised themselves as communication platforms to attract users and keep them captive.
The point was never to avoid missing a message sent from a fellow human being. The point was always to fill your time with "content."
We dreamed of decentralised social networks as "email 2.0." They truly are "television 2.0."
They are entertainment platforms that delegate media creation to the users themselves the same way Uber replaced taxis by having people drive others in their own car.
But what was created as "ride-sharing" was in fact a way to 1) destroy competition and 2) make a shittier service while people producing the work were paid less and lost labour rights. It was never about the social!
My own interpretation is that social media users don’t mind losing messages because they were raised on algorithmic platforms that did that all the time. They don’t see the point in trusting a platform because they never experienced a trusted means of communication.
Now that I write it, it may also explain why instant messaging became the dominant communication medium: because if you don’t receive an immediate answer, you don’t even trust the recipient to have received your messages. In fact, even if the message was received, you don’t even trust the recipient's attention span to remember the message.
Multiple studies have confirmed that we don’t remember the vast majority of what we see while doomscrolling. While the "view" was registered to increase statistics, we don’t have the slightest memory of most of that content, even after only a few seconds. It thus makes sense not to consider social media as a means of communication at all.
There’s no need for a reliable communication protocol if we assume that human brains are not reliable enough to handle asynchronous messages.
It’s not Dansup who is missing something. It is me who is unadapted to the current society. I understand now that Pixelfed was only following some design decisions and protocol abuses fathered by Mastodon. Pixelfed was my own "gotcha" moment because I never understood Instagram in the first place, and, in my eyes, Pixelfed was no better. But if you take that route, Mastodon is no better than Twitter.
Many reactions pointed, justly, that other Fediverse tools such as PeerTube, WriteFreely, or Mobilizon were just not displaying messages at all.
I didn’t consider it a big problem because they never pretended to do it in the first place. Nobody uses those tools to follow others. There’s no expectation. Those platforms are "publish only." But this is still a big flaw in the Fediverse! Someone could, using autocompletion, send a message pinging your PeerTube address and you will never see it. Try autocomplete "@ploum" from your Mastodon account and guess which suggestion is the only one that will send me a valid notification!
On a more positive note, I should give credit to Dansup for announcing that Pixelfed will soon allow people to optionally "not drop" text messages.
I cling to asynchronous reliable communications, but those are disappearing. I use email a lot because I see it as a true means of communication: reliable, asynchronous, decentralised, standardised, manageable offline with my own tools. But many people, even barely younger than me, tell me that email is "too formal" or "for old people" or "even worse than social network feeds."
And they are probably right. I like it because I’ve learned to use it. I apply a strong inbox 0 methodology. If I don’t reply or act on your email, it is because I decided not to. I’m actively keeping my inbox clean by sharing only disposable email addresses that I disable once they start to be spammed.
But for most people, their email inbox is simply one more feed full of bad advertising. They have 4 or 5 digit unread count. They scroll through their inbox like they do through their social media feeds.
The main problem with reliable communication protocols? It is a mostly solved problem. Build simple websites, read RSS feeds, write emails. Use IRC and XMPP if you truly want real-time communication. Those are working and working great.
And because of that, they are boring.
Communications protocols are boring. They don’t give you that well-studied random hit of dopamine. They don’t make you addicted.
They don’t make you addicted which means they are not hugely profitable and thus are not advertised. They are not new. They are not as shiny as a new app or a new random chatbot.
The problem with communication protocols was never the protocol part. It’s the communication part. A few sad humans never wanted to communicate in the first place and managed to become billionaires by convincing the rest of mankind that being entertained is better than communicating with other humans.
We believe that a communication network must reach a critical mass to be really useful. People stay on Facebook to "stay in touch with the majority." I don’t believe that lie anymore. I’m falling back to good old mailing lists. I’m reading the Web and Gemini while offline through Offpunk. I also handle my emails asynchronously while offline.
I may be part of an endangered species.
It doesn’t matter. I made peace with the fact that I will never get in touch with everyone. As long as there are people posting on their gemlogs or blogs with RSS feeds, as long as there are people willing to read my emails without automatically summarising them, there will be a place for those who want to simply communicate. A protected reserve.
You are welcome to join!
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I write science-fiction novels in French. For Bikepunk, my new post-apocalyptic-cyclist book, my publisher is looking for contacts in other countries to distribute it in languages other than French. If you can help, contact me!
10.12.2025 à 01:00
Ploum
Lorsque j’ai commencé à utiliser mon premier smartphone, en 2012, j’utilisais évidemment le clavier fourni par défaut qui proposait de l’autocomplétion.
Il ne m’a fallu que quelques jours pour être profondément choqué. L’autocomplétion proposait des mots qui convenaient parfaitement, mais qui n’étaient pas ceux que j’avais en tête. En acceptant une autocomplétion par désir d’économiser quelques pressions de doigts, je me retrouvais avec une phrase différente de ce que j’avais initialement envisagé. Je modifiais le cours de ma pensée pour m’adapter à l’algorithme !
C’était choquant !
Moi qui étais passé au Bépo quelques années plus tôt et qui avais découvert les puissances de la dactylographie pour affiner mes idées, je ne pouvais imaginer laisser une machine me dicter ma pensée, même pour un texte aussi mondain qu’un SMS. Je me suis donc mis en quête d’un clavier optimisé pour usage sur un écran tactile minuscule, mais sans autocomplétion. J’ai trouvé MessagEase, que j’ai utilisé pendant des années avant de passer à ThumbKey, version libre du précédent.
Le choc fut encore plus violent lorsqu’apparurent les suggestions de réponses aux emails dans l’interface Gmail. Ma première expérience avec ce système fut de me voir proposer plusieurs manières de répondre par l’affirmative à un email professionnel auquel je voulais répondre négativement. Avec horreur, je perçus en moi un vague instinct de cliquer pour me débarrasser plus vite de cet email corvée.
Cette expérience m’inspira la nouvelle « Les imposteurs », lisible dans le recueil « Stagiaire au spatioport Omega 3000 et autres joyeusetés que nous réserve le futur » (qui est justement disponible à -50% jusqu’au 15 décembre ou à prix normal, mais sans frais de port chez votre libraire).
L’autocomplétion manipule notre intention, cela ne fait aucun doute. Et s’il y a bien quelque chose que je souhaite préserver chez moi, c’est mon cerveau et mes idées. Comme un footballeur préserve ses jambes, comme un pianiste préserve ses mains, je chéris et protège mon cerveau et mon libre arbitre. Au point de ne jamais boire d’alcool, de ne jamais consommer la moindre drogue : je ne veux pas altérer mes perceptions, mais, au contraire, les affiner.
Mon cerveau est ce que j’ai de plus précieux, l’autocomplétion même la plus basique est une atteinte directe à mon libre arbitre.
Mais, avec les chatbots, c’est désormais une véritable économie de l’intention qui se met en place. Car si les prochaines versions de ChatGPT ne sont pas meilleures à répondre à vos questions, elles seront meilleures à les prédire.
Non pas à cause de pouvoir de divination ou de télépathie. Mais parce qu’elles vous auront influencé pour vous amener dans la direction qu’elles auront choisie, à savoir la plus profitable.
Une partie de l’intérêt disproportionné que les politiciens et les CEOs portent aux chatbots vient clairement de leur incompétence voire de leur bêtise. Leur métier étant de dire ce que l’audience veut entendre, même si cela n’a aucun sens, ils sont sincèrement étonnés de voir une machine être capable de les remplacer. Et ils sont le plus souvent incapables de percevoir que tout le monde n’est pas comme eux, que tout le monde ne fait pas semblant de comprendre à longueur de journée, que tout le monde n’est pas Julius.
Mais, chez les plus retors et les plus intelligents, une partie de cet intérêt peut également s’expliquer par le potentiel de manipulation des foules. Là où Facebook et TikTok ont ponctuellement influencé des élections majeures grâce à des mouvements de foule virtuels, une ubiquité de ChatGPT et consorts permet un contrôle total sur les pensées les plus intimes de tous les utilisateurs.
Après tout, j’ai bien entendu dans l’épicerie de mon quartier une femme se vanter auprès d’une amie d’utiliser ChatGPT comme conseiller pour ses relations amoureuses. À partir de là, il est trivial de modifier le code pour faire en sorte que les femmes soient plus dociles, plus enclines à sacrifier leurs aspirations personnelles pour celles de leur conjoint, de pondre plus d’enfants et de les éduquer selon les préceptes ChatGPTesques.
Contrairement au fait de résoudre les « hallucinations », problème insoluble, car les Chatbots n’ont pas de notion de vérité épistémologique, introduire des biais est trivial. En fait, il a été démontré plusieurs fois que ces biais existent déjà. C’est juste que nous avons naïvement supposé qu’ils étaient involontaires, mécaniques.
Alors qu’ils sont un formidable produit à vendre à tous les apprentis dictateurs. Un produit certainement rentable et pas très éloigné du ciblage publicitaire que vendent déjà Facebook et Google.
Un produit qui apparaît comme parfaitement éthique, approprié et même bénéfique à l’humanité. Du moins si on se fie à ce que nous répondra ChatGPT. Qui confirmera d’ailleurs son propos en pointant vers plusieurs articles scientifiques. Rédigés avec son aide.
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
Recevez directement par mail mes écrits en français et en anglais. Votre adresse ne sera jamais partagée. Vous pouvez également utiliser mon flux RSS francophone ou le flux RSS complet.
05.12.2025 à 01:00
Ploum
La nouvelle version de votre site web est inutilisable, vos emails sont longs et illisibles, vos slides et vos graphiques sont creux. Mais j’entends bien votre argument pour justifier toute cette merde :
C’est plus joli !
On fout tout en l’air pour faire « joli ». Même les icônes des applications sont devenues indistinguables les unes des autres, car « c’est plus joli ».
R.L. Dane réalise que ce qui lui manque le plus est son ordinateur en noir et blanc. Non pas parce qu’il veut revenir au noir et blanc, mais parce que le fait que certains ordinateurs soient en noir et blanc forçait les designeurs à créer des interfaces lisibles et simples dans toutes les conditions.
C’est exactement ce que je reproche à tous les sites web modernes et toutes les apps. Les concepteurs devraient être forcés de les utiliser sur un vieil ordinateur ou sur un smartphone un peu ancien. C’est joli si on a justement le dernier smartphone avec les derniers espiogiciels à la mode.
Je conchie le « joli ». Le joli, c’est la déculture totale, c’est Trump qui fout des dorures partout, c’est le règne du kitch et de l’incompétence. Votre outil est joli simplement parce que vous ne savez pas l’utiliser ! Parce que vous avez oublié que des gens compétents peuvent l’utiliser. Le joli s’oppose à la praticité.
Le joli s’oppose au beau.
Le beau est profond, artistique, réfléchi, simple. Le beau requiert une éducation, une difficulté. Un artisan chevronné s’émerveille devant la finesse et la simplicité d’un outil. Le consommateur décérébré lui préfère la version avec des paillettes. Le mélomane apprécie une interprétation dans une salle de concert là où votre enceinte connectée impose un bruit terne et sans relief à tous les passants dans le parc. Le joli rajoute au beau une lettre qui le transforme : le beauf !
Oui, vos logorrhées ChatGPTesques sont beaufs. Vos images générées par Midjourney sont le comble du mauvais goût. Votre chaîne YouTube est effrayante de banalités. Vos podcasts ne sont qu’un comblage d’ennui durant votre jogging. Le énième redesign de votre app n’est que la marque de votre inculture. Vos slides PowerPoint et vos posts LinkedIn sont à la limite du crétinisme clinique.
Thierry Crouzet parle de l’addiction à plaire. Mais même cela est faux. On ne veut pas réellement plaire, juste obéir à des algorithmes pour augmenter notre nombre de followers. On veut un profil qui fait « joli ».
Contre le rose bonbon kitch, le headbanging. Contre le technofascisme, le technopunk ringard !
Le joli est un bonbon, une sucrerie. Cela n’a jamais été aussi vrai que sur les réseaux sociaux, une analogie que j’utilise depuis plus d’une décennie.
Sur son gemlog, Asquare approndit le concept de manière très intéressante : iel suggère que moins les sucreries sont bonnes, plus on en consomme. (oui, c’est sur Gemini, un truc pas joli pour lequel il faut un navigateur dédié et ça n’a rien à voir avec l’IA de Google)
Et ça a du sens : si vous mangez un morceau d’un excellent chocolat avec une tasse de thé de qualité, vous n’aurez pas envie d’en prendre 10 morceaux, de vous gaver. À l’inverse, un chocolat industriel donne une légère satisfaction, mais pas suffisante, on en veut toujours plus.
C’est pareil avec les réseaux sociaux : au plus vous scrollez sur des trucs vaguement intéressants, au plus vous continuez. La merde est addictive ! Et au plus il y a du contenu, au plus la qualité moyenne baisse, cela a été démontré.
Ce qui n’est pas sympa pour la merde, car, comme me le signalent de nombreux lecteurs, la merde est un excellent compost pour faire pousser de bonnes choses. Ce n’est pas le cas des réseaux sociaux, qui font surtout pousser le crétinisme et le fascisme.
À l’opposé de cette « jolie merde », si vous êtes abonnés, comme moi, à d’excellents blogs, vous lisez un article et cela vous fait réfléchir. Le carnet de Thierry Crouzet de novembre, par exemple, me fait beaucoup réfléchir. Après l’avoir lu, je n’ai pas envie de papillonner. Je m’arrête, je me pose des questions, j’ai envie d’y penser, mais aussi de le savourer.
Mais rien ne vaut pour moi la saveur, la beauté d’un bon livre !
Je rencontre trop de gens qui me confient aimer beaucoup la lecture, mais n’avoir « plus le temps de lire ». Les mêmes, par contre, sont hyper actifs sur les réseaux sociaux, sur d’infinis groupes Whatsapp ou Discord. C’est comme prétendre n’avoir pas assez faim pour manger ses légumes parce qu’on mange des bonbons toute la journée. Forcément, on a un distributeur dans notre poche ! Et le bonbon n’étant pas vraiment satisfaisant, on reprend un autre… C’est pareil pour certains livres à grand succès produits à la chaîne !
Mais je parlais plus haut du fait qu’apprécier la beauté nécessite la compétence. Les éditions PVH ont justement décidé de se mettre à nu, d’exposer le travail derrière chaque livre pour justifier le prix de l’objet. C’est quelque chose que je remarque : mieux on comprend un travail, au plus on l’apprécie. Cela s’oppose à la nourriture industrielle sous blister qui présuppose de « ne pas savoir comment c’est fait ».
Outre ces explications, deux de mes livres sont à -50% jusqu’au 15 décembre. Si vous n’avez pas de librairie près de chez vous, c’est l’occasion de rentabiliser les frais de port (qui ont explosé, merci la poste française).
PVH vient de sortir un roman de fantasy écrit à 10 mains : « Le bastion des dégradés ».
Julien Hirt, un des co-auteurs et l’auteur de Carcinopolis (que je recommande chaudement si vous n’êtes pas une âme sensible), nous décrit le processus dans un billet passionnant.
Les auteurs sont comme les chats : il est notoirement difficile de leur apprendre à marcher au pas.
À la lecture du billet, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est que je suis impatient de lire ce roman. Ce sont tout·e·s des potes dont j’ai lu au moins un des romans, le mélange doit être ébouriffant !
La seconde chose, c’est que ça donne envie de faire pareil. Je regrette de ne pas vivre en Suisse. Comme dit Julien, la Suisse romande est à la fantasy ce que la Scandinavie est au polar. Mais moi, je suis en Belgique !
Bon, après, j’avoue que déjà je suis plus SF que fantasy, mais écrire dans un cloud en chattant, ce serait très très difficile pour moi. Je serais plutôt du genre à vouloir écrire dans un dépôt git en échangeant sur une mailing-liste. Un peu comme si je développais un logiciel libre. Comme le dit Marcello Vitali-Rosati, l’outil a une énorme influence sur l’écriture.
Je ferais plus facilement partie d’un collectif geek-SF, dans la mouvance Neal Stephenson/Charlie Stross/Cory Doctorow. Mais, comme le dit très bien Julien, il faut trouver des complémentarités. Les geeks-SF manquent trop souvent de poésie.
Je repousse sans cesse l’écriture de la suite de Printeurs, mais plus j’y pense, plus je crois que ça pourrait être un projet collectif. J’aime beaucoup par exemple « Chroniques d’un crevard », nouvelle issue du Recueil de Nakamoto. Je trouve que l’univers est parfaitement compatible avec celui de Printeurs.
Vous voyez le résultat ? Le fait de tenter de consommer de bonnes choses me donne des idées, me donne envie de produire moi-même des choses. J’éprouve de la gratitude envers les gens qui écrivent des choses que j’aime et avec qui je peux échanger « entre êtres humains ». C’est parfois tellement fort que j’ai l’impression d’être dans un âge d’or !
Bon, peut-être un peu trop, car j’ai trop d’idées qui se bousculent, je rencontre trop de gens intéressants. Finalement, la beauté est partout dès qu’on fait l’effort de mettre maintenir le « joli » à distance. S’il n’y avait pas tant de belles choses à découvrir, je pourrais peut-être me consacrer plus à l’écriture…
Sous les jolis pavés, la beauté de la plage !
Je suis Ploum et je viens de publier Bikepunk, une fable écolo-cycliste entièrement tapée sur une machine à écrire mécanique. Pour me soutenir, achetez mes livres (si possible chez votre libraire) !
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