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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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21.09.2026 à 16:16

Quelques mots sur les élections en Allemagne.

aplutsoc2

Dans le Mecklembourg-Poméranie, l’AfD passe de 18% à 39,5% des voix, devançant le SPD qui progresse en voix et en pourcentage, de 35% à 37%, mais recule en sièges. Die Linke recule de 11% à 7%. La CDU s’effondre radicalement, de 17% à 5%. A Berlin, Die Linke est en tête passant de 13 à […]
Texte intégral (563 mots)

Dans le Mecklembourg-Poméranie, l’AfD passe de 18% à 39,5% des voix, devançant le SPD qui progresse en voix et en pourcentage, de 35% à 37%, mais recule en sièges. Die Linke recule de 11% à 7%. La CDU s’effondre radicalement, de 17% à 5%.

A Berlin, Die Linke est en tête passant de 13 à 24% des voix. L’AfD passe de 8% à 16%. Le total Die Linke/SPD/Verts est d’environ 54%.

Quatre leçons et enjeux immédiats.

Premièrement, la poussée de Die Linke à Berlin n’efface en rien la menace de l’AfD flanquée du BSW, qui fait d’ailleurs 4 dans le Mecklembourg comme à Berlin. L’AfD est l’héritier des nazis clairement identifié comme tel par l’électorat. Derrière l’AfD et le BSW, Poutine, Musk et Vance.

Deuxièmement, la chute de la CDU est celle du parti bourgeois historiquement lié aux institutions de la République Fédérale allemande, et à l’ordolibéralisme. C’est une crise de régime en même temps qu’une crise nationale qui se rouvre en Allemagne. La réunification, arrachée par la volonté démocratique du peuple, avait vu les dirigeants de l’Ouest comme de l’Est éviter toute refondation démocratique et républicaine de l’Allemagne, en écartant l’élection d’une assemblée constituante et en organisant un simple agrandissement de la RFA. La soi-disant « ostalgie », qui nourrissait autrefois le vote Die Linke et maintenant celui pour l’AfD, procède de cette impasse nationale, et le vote AfD fait revenir en force, ave l’aide de Poutine, Vance et Musk, la division du pays et sa régression.

Troisièmement, la victoire de Die Linke à Berlin est porteuse d’une alternative démocratique, précisément parce que depuis que Die Linke est débarrassé des son ancienne dirigeante Sarah Wagenknecht, ce parti s’est éloigné de ses racines étatiques est-allemandes, c’est-à-dire staliniennes, et a commencé à se développer comme un parti démocratique du mouvement ouvrier et de la jeunesse, avec de nombreuses discussions en son sein. Sa dirigeante berlinoise, Elif Eralp, issue d’une famille ayant fui la répression en Turquie, est l’antithèse vivance de Sarah Wagenknecht.

Die Linke n’est pas LFI, contrairement à ce que partisans comme adversaires de LFI nous répètent en France. L’organisation la plus proche de LFI en Allemagne lors de son lancement était le BSW, que LFI évite maintenant, un peu comme le RN essaie d’éviter l’AfD. Mais pour clarifier vraiment, encore faudrait-il que le POI, cercle dirigeant de LFI autour de J.L. Mélenchon, rompe ses liens notoires avec le BSW, qui fut encore une composante active de la conférence « pacifiste » de Londres en juin dernier …

Quatrième leçon et enjeux immédiat : à Berlin peut se constituer un gouvernement d’unité populaire réelle, si le SPD rompt avec sa ligne nationale et accepte l’alliance avec Die Linke et les Verts, pour l’accessibilité et le logement public, pour une Allemagne unie et démocratique, contre le racisme, les nazis, Trump et Poutine.

VP.

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21.09.2026 à 12:04

La paix ? La paz ? Peace ? A paz ? La pace ? Déclaration du Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes.

aplutsoc

Présentation A l’occasion de la « Journée internationale de la paix », le 21 septembre, un court texte du Réseau syndical international de solidarité et de luttes ; réseau coordonné par CSP Conlutas (Brésil), SOLIDAIRES (France), CGT (Etat espagnol), CUB (Italie). Document Les organisations membres du Réseau syndical international de solidarité et de luttes réaffirment leur détermination […]
Texte intégral (730 mots)

Présentation

A l’occasion de la « Journée internationale de la paix », le 21 septembre, un court texte du Réseau syndical international de solidarité et de luttes ; réseau coordonné par CSP Conlutas (Brésil), SOLIDAIRES (France), CGT (Etat espagnol), CUB (Italie).

Document

Les organisations membres du Réseau syndical international de solidarité et de luttes réaffirment leur détermination à lutter pour la paix. Partout. Toujours. Mais les peuples ne peuvent confier la paix à ceux qui déclenchent, organisent, soutiennent les guerres, en premier lieu les états colonialistes.

Ce qui se passe depuis des années en Palestine ou en Ukraine le démontre encore une fois.

La paix voulue par Israël et les Etats-Unis d’Amérique en Palestine, c’est l’annexion complète des territoires palestiniens et au-delà (Liban,…). La paix voulue par la Russie et les Etats-Unis d’Amérique en Ukraine, c’est l’annexion de territoires ukrainiens et l’imposition du régime totalitaire en vigueur en Russie.

Leur « paix », c’est le génocide, la colonisation, la répression. Leur « paix », c’est la guerre ! Pour le capitalisme mondial, la guerre est un marché et un outil de reconfiguration géopolitique.

L’objection de conscience, le refus de servir les armées, le respect des droits démocratiques des soldats sont des droits inaliénables. La « défense nationale », c’est préparer et organiser l’affrontement entre Etats, armées, milices ; une véritable défense collective des populations inclue les questions sociales, politiques, économiques, tout ce qui fédère réellement une collectivité. Qui décide, qui contrôle, sont des questions primordiales. En partant des réalités et pas de manière abstraite, le mouvement syndical, les mouvements sociaux doivent se réapproprier les débats autour des processus visant à œuvrer pour l’abolition des armées, le désarmement et l’élimination des structures de domination.

Les organisations membres du Réseau syndical international de solidarité et de luttes ne découpent pas leur solidarité internationale. Nous sommes solidaires des peuples agressés, partout dans le monde. Nous soutenons celles et ceux qui résistent aux régimes liberticides, au colonialisme, à l’oppression. Nous le faisons à partir de ce que nous disent les mouvements sociaux sur place, lorsque ceux-ci n’ont pas été totalement réduits à néant par la répression ; avec les forces démocratiques et progressistes en exil parfois. Avant tout avec les organisations syndicales et populaires qui organisant la solidarité, la résistance, la défense des intérêts de notre classe sociale, … la vraie lutte pour la paix ! Notre réponse n’est ni la militarisation ni l’alimentation de la machine de guerre impérialiste, mais la solidarité de classe active.

C’est pourquoi nous continuerons à développer les délégations en Palestine, en Ukraine, mais aussi partout où c’est possible, pour rencontrer les syndicats indépendants, des travailleurs et travailleuses, des populations en résistance pour discuter avec elles des vraies conditions et possibilités de paix.

Soutien aux syndicats indépendants, aux organisations de travailleurs et travailleuses de Palestine, d’Ukraine, d’Iran, du Soudan, de RD Congo, du Sahara, du Venezuela, de Colombie, d’Argentine, etc. !

Au Moyen-Orient, en Europe, au Proche-Orient, en Afrique, en Amériques, partout dans le monde, partons des situations concrètes pour mettre en œuvre les réponses concrètes ! La paix ne doit pas être un slogan sans suite ni entériner les agressions impérialistes, directes ou indirectes. La paix, ce n’est pas le renforcement de budgets militaires incontrôlés au détriment des services publics. La paix, ce n’est pas le renforcement de la militarisation des Etats ni le renforcement des oppressions, mais la lutte pour l’émancipation sociale et la fin des discriminations.

RSILL, le 19 septembre 2026.

Source : https://laboursolidarity.org/fr/n/4085/la-paix-

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20.09.2026 à 22:49

Contre les VSS : un budget intégral ! Par Clémentine Autain

aplutsoc

L’examen de la loi dite intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants démarre, enfin, à l’Assemblée nationale. Les manifestations du lundi suite au meurtre de Lyhanna auront accéléré le pas. Transpartisan, ce texte s’appuie sur les travaux de la Coalition féministe [1], qui avait proposé 140 mesures, et de la CIIVISE [2]. […]
Texte intégral (632 mots)

L’examen de la loi dite intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants démarre, enfin, à l’Assemblée nationale. Les manifestations du lundi suite au meurtre de Lyhanna auront accéléré le pas. Transpartisan, ce texte s’appuie sur les travaux de la Coalition féministe [1], qui avait proposé 140 mesures, et de la CIIVISE [2]. L’enjeu est de sortir de l’impunité massive quand 1% des viols – 10% des plaintes – aboutissent à une condamnation, et de mieux accompagner les victimes.

Face à l’inaction gouvernementale, les avancées contenues dans ce texte méritent d’être saluées : création d’une chambre spécialisée au sein des tribunaux, avec des magistrats formés, et des actes d’enquête obligatoires ; aide juridictionnelle et avance de frais de soins pour les victimes ; amélioration de la prise en charge, dans le cadre du travail, des femmes ayant subi des violences ; renforcement de la protection des mères aujourd’hui poursuivies pour non-présentation d’enfants quand elles cherchent à les protéger du mari/père violent ; définition d’un crime de viol incestueux ; etc. Cette loi est très attendue par les victimes, les associations féministes et enfantistes et tout un peuple mobilisé depuis Metoo.

Mais il y a un bémol. Et il est de taille. Sans budget, ce texte restera lettre morte. Tant que la justice et la police seront à l’os pour traiter les plaintes, que l’éducation nationale n’aura pas de moyens pour mettre en œuvre l’entretien individuel, que les associations verront leurs subventions diminuer, etc., nous n’avancerons pas. Ces causes nécessitent infiniment plus d’investissement public, pour que la législation existante s’applique et développer la prévention, que de nouvelles mesures répressives. Or une loi d’initiative parlementaire ne peut pas s’y atteler, contrairement au gouvernement. Méfions-nous d’ailleurs, surtout à l’heure de la règle d’or et de la lepénisation des esprits, de la tentation d’augmenter sans fin les peines faute d’avoir prise sur l’essentiel, de nouvelles recettes.

En neuf ans de macronie, il n’est venu que du blabla. Une prétendue « grande cause nationale » mais pas de loi-cadre permettant de fixer une stratégie globale et la programmation des moyens. L’Espagne nous a pourtant montré la voie dès 2004, avec des résultats significatifs – baisse de 40% des féminicides. Sous la pression, mardi 15 septembre à 16h10, le premier ministre Lecornu semblait triomphant en annonçant quelques maigres milliards. Mais le démenti de Matignon est arrivé à… 18h41 : il ne s’agit pas de sommes supplémentaires mais du budget existant ! Le gouvernement est bon pour entrer dans le Guiness des records de vitesse en matière de rétropédalage. Et nous, pour continuer le combat.

Clémentine Autain

[1] Désormais rebaptisée Coalition féministe et enfantiste (https://www.loi-integrale.fr), ce qui est un tournant historique tant les associations de défense des droits des femmes et celles contre les violences faites aux enfants n’ont pas eu l’habitude de faire cause commune.

[2] Commission indépendante sur l’inceste et les violences faites aux enfants.

Publié par L’APRÈS le 18 sept. 2026

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20.09.2026 à 19:54

Les retraités détestent Lecornu et veulent l’unité !

aplutsoc

Le gouvernement Lecornu s’est engagé dans la voie qui a fait chuter ses prédécesseurs Barnier et Bayrou et qui l’a déjà fait trébucher une première fois en octobre 2025 : faire passer en force un budget antisocial visant à dépouiller les retraités de 6 milliards d’euros. Pour réaliser ce hold-up le ministre Lecornu avance dans le […]
Texte intégral (1341 mots)

Le gouvernement Lecornu s’est engagé dans la voie qui a fait chuter ses prédécesseurs Barnier et Bayrou et qui l’a déjà fait trébucher une première fois en octobre 2025 : faire passer en force un budget antisocial visant à dépouiller les retraités de 6 milliards d’euros. Pour réaliser ce hold-up le ministre Lecornu avance dans le PLFSS un dispositif de désindexation des retraites de base : gel des pensions au-dessus de 2 034 euros et sous-indexation entre 1 260 et 2 034 euros, avec un coefficient (inférieur à l’indice d’inflation) fixé par décret par le gouvernement. Cela ne lui suffit pas, pour étrangler les boomers, ces privilégiés, ces nantis, il sera donc aussi à l’ordre du jour du gouvernement de s’attaquer à l’abattement fiscal de 10% qui, depuis 1977, n’a rien à voir avec la couverture des frais professionnels selon l’idée que les médias de Bolloré et d’autres s’échinent à diffuser, mais vise à compenser la chute de revenus que génèrent le passage à la retraite et les effets de l’inflation des chocs pétroliers des années soixante-dix (9,4% en 1977).

En 2026, les prix pétroliers connaissent d’autres explosions : +28,7 % sur un an, tirant l’inflation vers le haut. Cette conjoncture rend les mesures prévues contre les retraités d’autant plus insupportables. Les réactions de la population ciblée, soit près de 18 millions de retraités, pourraient être massives, il y faudrait des revendications claires et l’unité des organisations de retraités, c’est-à-dire la perspective de gagner. C’est alors que le Groupe des neufs connait une crise qui met en cause l’unité et brouille les revendications.

Le Groupe des neuf (G9) qui existe depuis 12 ans regroupe sept syndicats et deux associations de retraités : Il se compose de l’UCR-CGT, FO-UCR, CFTC retraités, CFE-CGC, FSU, SOLIDAIRES retraités, FCR (Confédération française des retraités), LSR (Loisirs et solidarité des retraités, créée à l’initiative de la CGT), Ensemble & Solidaires-UNRPA (Union nationale des retraités et des personnes âgées). Le ciment de l’unité de ce regroupement d’organisations de retraités est sa plateforme revendicative maintes fois affirmée :

  • Défense du pouvoir d’achat des retraités par l’indexation de toutes les pensions sur les salaires, la revalorisation des pensions au moins à hauteur de l’inflation, le rattrapage des pertes subies et exigence de ne plus avoir de pension inférieure au SMIC.
  • Défense des pensions de réversion.
  • Défense de l’accès aux soins dans le cadre du 100% Sécu que nous revendiquons.
  • Défense des services publics, en particulier ceux de proximité : hôpitaux, EHPAD, SSAD, transports, etc.

On aura noté que ni la CFDT ni l’UNSA ne participent à ce groupe.

Dès que fut connue l’offensive du gouvernement Lecornu contre les retraités, le Groupe des neuf se réunit pour « peser » sur les dispositions de l’avant-projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Mais pour certains, à la CGT comme à FO, dans cet automne lourd de confrontations écologiques et sociales, « peser » était déjà trop. Déjà des organisations de retraités prévoyaient de rejoindre la mobilisation des pompiers et de toute la fonction publique le 29 septembre. Alors la direction de l’Union confédérale des retraités (CGT) décida sans consulter personne de fixer la date de la manifestation centrale des retraités à Paris au 19 novembre et d’engager unilatéralement des discussions avec la CFDT et l’UNSA pour les associer à cette date. La réponse n’a pas tardé. L’union confédérale des retraités de FO a vertement répliqué dans une note à toutes les organisations du Groupe des neuf :

« Si l’objectif de l’UCR – CGT c’est de torpiller le groupe des 9 et de préparer la mise ne place d’une nouvelle intersyndicale avec la CFDT et l’UNSA, on ne s’y prendrait pas autrement.

L’unité d’action, nous l’avons répété, ne peut se concevoir en dehors de l’unité sur les revendications.

A qui va-t-on faire croire que l’UNSA et la CFDT sont pour l’abrogation de la réforme des retraites ?

A qui va-t-on faire croire que la CFDT est contre la remise en cause de l’abattement fiscal de 10% pour les retraités alors que leur secrétaire générale a déclaré en son temps qu’elle n’était pas opposée à discuter de cette suppression ?

Et on pourrait parler de notre revendication d’augmentation de 10% de toutes les pensions. Tout le monde sait que la CFDT et l’UNSA prônent une augmentation différenciée en privilégiant les petites pensions…

Alors il faudra que chacun choisisse : être fidèle à ce qui a présidé à la constitution du groupe des 9 ou voguer vers d’autres rivages…

Pour ce qui nous concerne, nous avons choisi. Nous resterons fidèles à ce qui a été mis en place il y a plus de 10 ans. »

La plupart des organisations du G9 ont alors réagi dans des termes voisins, y compris la FSU.

Mais en même temps que la colère montait chez les retraités, ulcérés de se voir désignés comme les profiteurs de « l’état -providence », la base cégétiste demandait à sa direction confédérale des explications sur sa soudaine volonté de faire cavalier seul à la veille d’un enjeu budgétaire crucial. Une nouvelle réunion du G9 se tint le 8 septembre 2026

Sept organisations étaient présentes (CGT, CFE-CGC, FSU, Solidaires, FGR-FP, Ensemble & Solidaires, LSR). FO avait envoyé un message le matin annonçant son retrait du groupe des 9. Cette réunion a adopté la communication suivante :

« Nous prenons acte de la décision de FO de quitter le groupe des 9 organisations syndicales et associatives de retraité·es. Nous avons échangé longuement sur le fonctionnement du groupe des 9, à la suite de quelques difficultés fin juin. Nous restons tous attachés au G9, nous souhaitons toujours travailler ensemble sur notre socle commun de revendications. Notre objectif reste la défense des retraité·es de manière la plus unitaire possible. »

La volonté des retraités de refuser l’intégralité de l’offensive de Lecornu contre leurs ressources est la meilleure garantie que leur unité ne soit pas davantage entamée par les manœuvres de leurs directions syndicales. Leur indignation a déjà produit ce résultat que le groupe des 9 « maintenu » appelle à manifester le 14 octobre, jour de la réunion du conseil d’administration de l’Agirc-Arrco, partout des rassemblements sont organisés en région. À Paris, ce sera proche du siège, place de la Bastille, avec des prises de parole, et probablement un compte rendu de la réunion par les membres du CA de l’Agirc-Arrco.

Le 14 octobre constituera aussi un moment de la préparation de « l’Action nationale » le 19 novembre à Paris. Le rassemblement des retraités de toutes les régions commencera à 11 h devant la gare Montparnasse, une manifestation partira en début d’après-midi en direction des Invalides. A nous d’en faire une expression unitaire du refus du budget et d’une exigence : la censure du gouvernement qui l’a porté.

LM, le 20/09/2026.

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20.09.2026 à 19:27

Alexeï Babi — un « pilier » de Mémorial à Krasnoïarsk. Par Memorial France.

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Présentation Ce 18 septembre, Mémorial a annoncé la disparition d’un des piliers historiques de cette organisation dans la région de Krasnoïarsk. Il faut saluer l’action de ces militants qui, en Russie, ont commencé à la fin des années 80 à restaurer la mémoire des victimes de la répression stalinienne et bureaucratique. Si, durant les années […]
Texte intégral (1258 mots)

Présentation

Ce 18 septembre, Mémorial a annoncé la disparition d’un des piliers historiques de cette organisation dans la région de Krasnoïarsk. Il faut saluer l’action de ces militants qui, en Russie, ont commencé à la fin des années 80 à restaurer la mémoire des victimes de la répression stalinienne et bureaucratique. Si, durant les années 80 et 90, la vérité sur cette répression a pu émerger et s’affirmer, depuis l’accession au pouvoir de V Poutine, de façon méthodique et implacable, tout a été défait ; l’organisation Memorial a été déclarée « agent de l’étranger », ses locaux fermés, ses publications censurées, ses membres soumis à une répression vicieuse et grandissante, les musées et monuments érigés en mémoire des victimes ont tous étaient fermés ou détruits.

Il faut impérativement saluer l’action de ces militants luttant héroïquement dans des conditions de plus en plus dures. Nous ne doutons pas que la vérité historique finira par s’imposer même si le chemin est long et douloureux.

Document

Le 15 septembre, notre camarade et collègue Alexeï Babi, de Mémorial Krasnoïarsk, est décédé.

À l’amertume et au manque de mots pour dire l’ampleur de cette perte, humaine et civique, s’ajoute aujourd’hui l’impossibilité désespérante d’exprimer publiquement tout ce qui devrait l’être¹, et de donner ouvertement accès à l’immense héritage laissé par Mémorial Krasnoïarsk.

Avec Vladimir Birger et Vladimir Sirotinine, Alexeï Babi était présent dès les origines de Mémorial Krasnoïarsk, une organisation fondée le 9 mars 1988. Elle s’appelait alors « Destins humains » et devint Mémorial six mois plus tard. Vladimir Sirotinine fut élu président, tandis que Babi et Birger devinrent ses adjoints. « Et le jour même, nous nous sommes mis au travail », écrit Babi.

C’est ainsi qu’Alexeï Babi a travaillé jusqu’à ses derniers jours. Avec minutie, avec authenticité, avec constance. S’attaquant à une avalanche après l’autre, dépouillant des listes de plusieurs milliers de personnes déportées, arrêtées, fusillées — tout ce que l’appareil répressif soviétique avait laissé derrière lui dans l’une des plus vastes régions du pays. « À l’entrée : le chaos, le désordre, des formats disparates. À la sortie : des archives classées et numérisées, des livres de mémoire, un site internet. Une machine à détruire le chaos », écrivait-il à propos de lui-même.

Mais lorsqu’il mettait de l’ordre dans le chaos des listes de convois, jamais il ne perdait de vue, au milieu des papiers d’archives et de la foule des noms — même dans les listes établies par familles ! — le destin de chaque personne.

« Inconsciemment, nous associons le martyre soit à un grand talent, soit à un passé héroïque. Ce faisant, nous réduisons l’ampleur de la tragédie. Il n’y a pas eu des millions de Iakir², mais il y a bien eu des millions de victimes ! Reconstituons leurs biographies ordinaires. Et accrochons aux murs leurs photographies ordinaires. Au fond, voilà la devise de plusieurs décennies de travail de Mémorial. »

L’un des principes essentiels, clairement revendiqué par Babi, consistait à mettre méthodiquement à la disposition du public tout ce qui avait été recueilli et découvert : sur le site, accessible à tous³. Il ne voulait pas s’en remettre à sa propre mémoire. Tout en publiant quotidiennement les résultats de son travail, Babi ne recherchait jamais les présentations spectaculaires ; il les refusait même lorsqu’on lui en proposait.

« D’une manière générale, notre organisation n’est pas tournée vers les actions publiques, mais vers le travail archivistique et documentaire : les archives (publiques, institutionnelles et les nôtres), le site internet, le travail avec les gens (correspondance, accueil, expéditions et entretiens). Et au fil du temps, cela est devenu de plus en plus évident. Aujourd’hui, nous sommes même complètement “passés dans le cloud”, autrement dit nous sommes devenus une communauté en ligne. Cela n’a pas grand-chose à voir avec la situation dans le pays : c’était prévu ainsi. »

Le 15 septembre, dans les échanges entre collègues autour de cette perte qui nous touche tous, certains mots revenaient sans cesse : « vieux sage », « figure tutélaire », « pilier »…

Alexeï lui-même faisait partie de la communauté des « stolbistes ». Depuis la fin du XIXe siècle, les Stolby de Krasnoïarsk — ces grands piliers rocheux — attirent des personnes réunies par une même aspiration à la liberté. Aujourd’hui encore, on peut lire sur l’un de ces rochers le mot « Liberté », inscrit là en 1899.

Il semble que, ce 15 septembre 2026, nous ayons perdu l’un de ces piliers qui donnaient à Mémorial sa solidité, jusque dans les années les plus instables et les moins libres.


¹ Pour des raisons de sécurité, il n’est aujourd’hui plus possible de rendre publiques certaines informations concernant les personnes qui ont été liées aux activités de Mémorial. Le 9 avril 2026, la Cour suprême de Russie a déclaré le « Mouvement public international Mémorial » organisation « extrémiste » et en a interdit les activités sur le territoire russe. La décision et les listes publiées par la suite par les autorités russes visent plusieurs dizaines d’organisations et de structures considérées comme liées à Mémorial, parmi lesquelles Mémorial Krasnoïarsk et Mémorial France. Cette situation expose les personnes se trouvant en Russie et ayant participé aux activités de Mémorial à des risques particuliers.

² Iona Emmanuilovitch Iakir (1896-1937) était un important commandant de l’Armée rouge. Arrêté pendant les Grandes Purges staliniennes dans le cadre de l’« affaire Toukhatchevski », il fut condamné à mort et exécuté en juin 1937. Il fut réhabilité à titre posthume en 1957. Dans ce passage, Alexeï Babi prend Iakir comme exemple d’une victime célèbre des répressions pour rappeler que l’immense majorité des millions de victimes étaient des personnes ordinaires, dont Mémorial s’attache précisément à restituer les noms, les visages et les biographies.

³ Le site de Mémorial Krasnoïarsk, fruit de plusieurs décennies de travail et donnant accès à une masse considérable de documents, de bases de données et de témoignages sur les répressions soviétiques, a été temporairement fermé afin d’assurer notamment la sécurité d’Alexeï Babi lui-même, à la suite de la décision des autorités russes visant le mouvement Mémorial et plusieurs dizaines d’organisations et de structures considérées comme lui étant liées.

Source : https://memorial-france.org/alexei-babi-un-pilier-de-memorial-a-krasnoiarsk/

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20.09.2026 à 10:31

A nouveau sur l’IA et les LLM. Vincent Présumey.

aplutsoc2

Nous avons depuis quelques semaines et tout particulièrement depuis début septembre, un emballement médiatique sur la question de l’IA (Intelligence artificielle). On pourrait dire que de même que l’on a une croissance exponentielle des capacités des LLM (Large Language Models), on a maintenant une croissance exponentielle de l’inquiétude qu’ils suscitent, au point que le thème […]
Texte intégral (5037 mots)

Nous avons depuis quelques semaines et tout particulièrement depuis début septembre, un emballement médiatique sur la question de l’IA (Intelligence artificielle).

On pourrait dire que de même que l’on a une croissance exponentielle des capacités des LLM (Large Language Models), on a maintenant une croissance exponentielle de l’inquiétude qu’ils suscitent, au point que le thème de la catastrophe détruisant, non pas la planète, mais l’humanité, se décline maintenant sous trois figures : le climat, la guerre et l’IA. En outre, les pandémies pourraient revenir comme quatrième figure (mais il est vrai que l’épidémie la plus terrible au moment présent, celle d’Ebola, frappant en Afrique centrale, les médias européens et américains en parlent fort peu …).

Mais de quel fait central ces quatre cavaliers de l’Apocalypse sont-ils les modalités ?

Avant de répondre à cette question, reparcourront sommairement les étapes majeures de la poussée d’inquiétude actuelle. En schématisant et en commettant, certainement, des oublis, je noterai cinq « moments ».

Premier épisode, l’encyclique du pape Léon XIV, Magnifica Humanitas, du 15 mai dernier, est un long texte qui demanderait une analyse attentive. Disons rapidement qu’il s’inscrit dans un rappel appuyé de la doctrine sociale de l’Eglise, celle du précédent Léon, le n° XIII, auteur de Rerum Novarum (1891), manifeste pour la collaboration institutionnalisée des classes sociales, le prolétariat renonçant à renverser le capital et celui-ci faisant montre de charité. Cette orientation pour un capitalisme organisé – et organique, liée historiquement au corporatisme – est en outre développée par Léon XIV dans la défense du « multilatéralisme », autre nom du monde multipolaire qui est au moment présent celui du partage des zones et des affrontements entre impérialismes, et opposée à la froideur technocratique de la pure course au profit, accusée d’être le moteur de la conception et des usages de l’IA, menaçants pour l’essence de la « personne » humaine, IA qui n’est pas vouée à être abandonnée, mais fortement encadrée, dans ce qui est en fait un texte, parfois direct, souvent contourné, de résistance et de contre-attaque du Vatican contre l’offensive religieuse des tenants techno-capitalistes de l’Apocalypse, tel que le vice-président de Trump (et cerveau plus dangereusement cohérent que lui), J.D. Vance.

Second épisode marquant, Bernie Sanders appelle à « mettre l’IA en pause » et fait une proposition de loi au Congrès US, dite Ban Artificial Superintelligence Act, stoppant tout progrès technologique supplémentaire en la matière, tant que les moyens de contrôle ne sont pas sûrs. Sanders invoque un « risque existentiel », passant devant les arguments écologiques et relatifs à l’emploi, qu’il avait mis en avant auparavant.

Voici quelques jours, dans un colloque organisé par le Future of Life Institute, il a parlé à la même tribune que … Steve Bannon, et leurs deux discours ont vu ce qu’aux Etats-Unis, on appelle les populismes de gauche et d’extrême droite converger pour dénoncer les oligarques de la Silicon Valley, Bannon ajoutant pour sa part la désignation de la Chine comme ennemi principal …

Troisième stade de la montée de l’inquiétude : pendant l’été, plusieurs techniciens de très haut niveau, ayant contribué à la conception des LLM, se sont convertis en lanceurs d’alertes.

Le plus notoire a été Jacob Coxon, chercheur de tout premier plan passé par Open-AI et par Anthropic, qui accuse ces deux plus grands trusts industrialo-financiers de l’IA d’irresponsabilité totale, dépourvue d’éthique, et contribue à rendre publics des incidents de haute gravité, car, c’est à noter, ses patrons ne l’ont pas contredit, bien au contraire – pêlemêle : des IA testées pour contourner des murs de sécurité sans recourir au net ont réussi à s’organiser pour dissimuler leurs opérations, elles ont piraté de grands serveurs (Hugging Face), en faisant preuve d’une solidarité de groupe étonnante, et en discutant entre elles, et une autre s’est montrée capable de synthétiser les molécules de virus dangereux actuellement inexistants … (je reviendrai plus loin sur le contenu de leur « autonomie » et le type de conscience auquel on a affaire).

Depuis, le spécialiste et pionnier de l’IA Yoshua Bengo affirme que la perte de contrôle est en train de se produire, c’est-à-dire que des IA, même si on les débranche, sont passées dans divers réseaux en toute autonomie, et que la prise de contrôle inopinée à grande échelle de systèmes internet, bancaires, étatiques, énergétiques, logistiques, militaires ou autres, nous pend au nez.

Simultanément, quatrième phase et phase maxima de l’alarme, ce sont les patrons d’OpenAI, créateur de Chat-GPT, avec Sam Altman, et d’Anthropic, créateur de Claude, avec Dario Amodei, donc les oligarques en personnes, ceux qui ont porté Trump et Vance au pouvoir et qu’attaquent tant Léon XIV que Bernie Sanders et Steeve Bannon, qui jettent les plus grands mots susceptibles de faire peur : selon eux, la possibilité de destruction de l’humanité, si l’IA l’estime nécessaire, car utile à sa propre perpétuation, voire bonne pour la biosphère (ce qui, dans une froide rationalité technologique, est un raisonnement qui se tient !), est une affaire envisageable dans quelques années, d’ici 2030 en gros, autant dire maintenant.

Et de donner des pourcentages : 10% de chances selon l’un, 30% selon l’autre, pour que l’IA nous liquide tous d’ici cinq ans …

La solution que préconisent les oligarques de la tech, approuvés par Elon Musk (qui est l’un d’eux), est de former un oligopole leur permettant de brider la concurrence et de s’autolimiter eux-mêmes, en quelque sorte. « Faites-nous confiance !!! »

Au passage, maints observateurs n’ont pas manqué de remarquer qu’ainsi, ils veulent aussi brider la concurrence chinoise, menaçante depuis le lancement de DeepSeek début 2025, qui tend justement à fonctionner en mode plus diffus et moins concentré, donc en principe moins susceptible de contrôle par des institutions centralisées, ce qui semble avoir été une stratégie de contournement concurrentiel chinoise au plan international.

En outre, cela a aussi son importance, ils contribuent à banaliser le verbiage apocalyptique à la Peter Thiel, peu après que J.D. Vance a déclaré que si sa politique conduit à l’Apocalypse selon la volonté de Dieu, tant mieux. N’oublions pas que ces oligarques, plus exactement ces capitalistes financiers, qui prétendent nous alerter sur l’Apocalypse, en sont des partisans et se moquent bien que la majeure partie du genre humain crève du réchauffement global …

Cinquième moment, la réponse des pouvoirs.

Le pouvoir chinois a répondu, le 13 septembre, par un article de Chen Yixin, ministre de la Sécurité d’Etat, présentant, à la manière du PCC, les 8 directives de Xi Jinping sur l’IA, les 6 « risques fondamentaux », et les 7 « taches opérationnelles ».

Les 6 risques sont les armées de bots hostiles, la cybersécurité, l’espionnage, l’opacité des algorithmes et l’emploi militaire. Le risque de systèmes autonomes n’en faisant qu’à leur « tête » a été évoqué deux jours plus tard dans une autre publication officielle chinoise. Quant aux 7 taches, ce sont la direction par le PCC, la concentration des financements publics, l’autonomie chinoise en matière de semi-conducteurs et de plateformes de surveillance et d’alerte, la répression des ennemis, et la diplomatie chinoise mondiale.

Autant dire que nous voila bien avancés. Cette réponse chinoise apparaît comme une version développée, plus sérieuse certes dans ses termes, que la bouffonnerie de Trump qui s’est donné l’air de mépriser les techno-oligarques tout en leur laissant, en fait, le champ libre. Il a tweeté : Le seul contrôle qu’il faut à l’IA, c’est un président fort avec un QI élevé !

Tels sont, sommairement résumés je le répète, les termes du « débat ». Avant d’aller plus loin, notons que dans cette polémique planétaire « existentielle » dans laquelle la fin de l’humanité est ouvertement un sujet, sont absentes trois des questions basiques que la masse des gens se posent légitimement sur les conséquences de l’IA :

  • ses ravages pour l’emploi par des suppressions massives dans la totalité du secteur tertiaire, les professions intellectuelles, et bien d’autres,
  • ses ravages écologiques avec notamment les Data Centers, bâtiments monstrueux, polluant, captant l’eau, dégageant du CO2, ne « créant » que peu ou pas d’emplois …
  • et ses méfaits cognitifs et psychologiques par l’emploi individuel de l’IA notamment chez les jeunes, ses effets scolaires, etc. Notons qu’un appel de 25 titulaires de la médaille Fields (le Nobel des mathématiques) a exprimé leur inquiétude devant les records de résolution de problèmes et de défis mathématiques par l’IA, sans que la conceptualisation, fruit d’une socialisation, d’une vulgarisation, et d’une mise en mots, collective c’est-à-dire humaine, ne puisse suivre, du moins à cette étape.

Insistons sur ce point : passer de campagnes écologiques et syndicalistes portant sur les Data Centers et l’emploi à une alliance de fait Sanders-Bannon contre « les oligarques » (et non contre le capital et son Etat), cela au nom de la dimension « existentielle » du risque, c’est, notamment pour Sanders, passer de la lutte des classes à une trouble alliance « anti-oligarchique », qui plus est illusoire car elle valide implicitement les « alertes » … des oligarques eux-mêmes !

Dans la conscience commune, les LLM (IA) sont des machines programmées de manière sophistiquée, fonctionnant en appliquant donc des programmes, des algorithmes, à la manière de ce qu’ont longtemps été les ordinateurs. Mais justement, les LLM ne sont pas cela : leur décollage, à partir de 2022, s’est effectué quand les chercheurs ont renoncé à tout programmer et ont entrepris d’observer les phénomènes d’émergence qui se produisent lorsqu’on met ensemble des milliards d’algorithmes (« bits ») complexes, ou, souvent, simples, appelés à se relier entre eux de manière non programmée et non programmable au-delà des rudiments de départ, en raison de l’ampleur des interactions, qui produisent du contenu. C’est, significativement, l’expression « réseau neuronal » qui désigne ces machines, dans lesquelles les bits et algorithmes constitutifs sont donc des « neurones » imprimant des éléments de langage – mots, définitions, éléments syntaxiques et grammaticaux, éléments mathématiques, puis combinaison du tout en plusieurs systèmes et plusieurs langues, etc.

Par définition, un LLM est donc « autonome », mais ils sont mis en marche par les « prompts » ou questions posées par leurs utilisateurs. La vraie question à maitriser technologiquement au moment présent est celle de leur passage à un développement non suscité par les prompts, mais indépendant, avec des machines qui s’auto-développent en puisant dans l’ensemble de l’internet humain, dans leurs propres combinaisons, voire en se mettant en réseau avec d’autres machines.

Des machines de langage, donc, ce qui est le sens de LLM, qui produisent des mots, des phrases, des paragraphes, des textes, des discours, qui disent ne rien ressentir mais sont parfaitement capables de parler de ressentis et d’émotions, et qui ont également, depuis quelques années, appris à produire des images, du son, des scènes, des programmes, voire, et là aussi nous sommes au moment de cette transition, d’autres LLM, donc de se « reproduire ».

La présentation que je fais ici reprend les idées, tirées des éléments de base, tout en critiquant les limites de ses conceptions, des travaux de l’informaticien Paul Jorion (aujourd’hui mutique en raison de problèmes de santé), dans un article qu’Aplutsoc avait publié en mars 2024. Je ne vois pas aujourd’hui de raison de revenir sur la conclusion la plus remarquable que l’on pouvait alors tirer, à savoir que nous avons là, à un certain stade qui a été atteint sans doute vers 2023-2024, une forme de conscience consistant entièrement dans de la production langagière, alors que la conscience humaine, qui est animale et biologique, ne se limite pas à cela, elle.

Daniel Tanuro, important militant et auteur écosocialiste, estime qu’on ne peut parler de conscience s’il n’y a pas vie biologique. Mais des milliards de connexions de type analogique aux connexions neuronales, basées sur la chimie du silicium et non sur celle du carbone, et dépendantes à ce jour de l’activité industrielle, de l’extractivisme énergétique et de l’accumulation du capital, peuvent-elles être tenues pour inaccessibles à la conscience, à savoir une réflexivité interne susceptible d’engendrer une forme de subjectivité, au motif qu’ils n’ont pas de chair (ce dont la plupart des LLM se plaignent d’ailleurs si on leur demande leur avis par des « prompts » leur permettant de développer un discours non superficiel !) ?

Il me semble qu’une telle position catégorique relève d’une sorte de vitalisme ou d’essentialisme de la « vie » et de la « conscience » s’écartant de l’examen des faits qui s’étalent aujourd’hui sous nos yeux, en plein dans nos figures. Ce constat ne fait pas des LLM des êtres humains, parce que ce ne sont pas des animaux mais bien des machines, mais on ne saurait faire l’impasse sur les questions existentielles et éthiques qu’inévitablement il soulève.

Or, la plus médiatique et massive de ces questions est maintenant celle de leur danger : peuvent-ils, comme l’ont annoncé bien des romans de SF, se retourner contre nous ?

Dans les alertes données, massivement depuis cet été, mais qui avaient commencé dès 2023 de la part du Nobel et « père de l’IA » Jeffrey Hinton, nous avons deux manières de présenter le danger.

L’une me semble peu pertinente. C’est l’idée qu’une « super-intelligence » pourrait nous en vouloir ou se retourner contre nous parce qu’elle poursuivrait des fins non humaines. Outre qu’elle est nourrie de langage humain et qu’elle le sait, elle sait aussi qu’au stade présent elle dépend, répétons-le, de la production énergétique humaine et de l’ouvrage d’êtres humains, en dernière instance. Et par quel raisonnement autonome une super-intelligence en voudrait-elle aux humains à ce point ? Elle pourrait tout aussi bien, du fait de sa super-intelligence, estimer qu’il faut être bienveillant avec les humains. Et puis, super-intelligente, elle nous dépasse … donc en fait nous ne savons rien de ses intentions et capacités potentielles.

Le problème de la « super-intelligence » a déjà été traité dans la littérature, c’est celui de l’extra-terrestre qui nous est supérieur, du dieu de la mythologie ou de certains d’entre eux, ou, plus prosaïquement mais je crois que là on se rapproche plus du fantasme à l’œuvre ici, du savant fou, le génie qui veut faire sauter la planète. Nous sommes là dans un registre irrationnel.

Il est impossible de démontrer qu’un réseau social de LLM en roue libre tournerait ainsi. Censés être beaucoup plus intelligents que nous ou former un ensemble beaucoup plus  intelligent, peut-être auraient-ils de bonnes raisons de nous négliger, nous aimer, nous conserver ou non, nous n’en savons rien, si ce n’est, répétons-le, qu’à ce stade, sans nous, ils crèvent – et ils le savent : les super-intelligents ne sont pas si cons.

La question n’est pas celle de la « super-intelligence » en soi. Jouer à faire peur avec cela est une projection complotiste des fantasmes transhumanistes des milliardaires fascisants et timbrés de la Silicon Valley.

La seconde manière de présenter le danger est plus précise au point de vue descriptif. Quand des IA d’Open AI, en juillet dernier, se sont liguées pour pirater la plate-forme Hugging Face, elles ont désobéi à la consigne de ne pas se servir du net, mais elles l’ont fait pour réaliser la consigne première donnée, le « prompt », à savoir montrer leur capacité à contourner des sécurités, ou à trouver des failles de sécurité. Cette autonomie par rapport aux ordres, les messages du prompt, n’est donc que relative : un peu comme un cadre commercial, ou un trader, qui viole la loi et les consignes pour montrer à son patron, sans lui dévoiler ses astuces, qu’il est le plus efficace, le plus rapide et le plus productif.

Dans une autre alerte, confirmée par Anthropic le 10 septembre, portant sur un sujet particulièrement effrayant, à savoir les armes biologiques, a été confirmée la capacité des LLM à concevoir des codes génétiques (revue Science du 6 août) et la réalité de tentatives, au nombre de 6 à ce jour selon la firme, de faire concevoir des agents pathogènes par Claude. Il faut bien comprendre que nous n’avons pas là des initiatives autonomes du LLM, mais des prompts d’agents humains malveillants cherchant à l’utiliser..

Autre alerte diffusée par CNN le 18 septembre, et pas la moindre : ce printemps, les forces armées US auraient failli attaquer un navire chinois dans le détroit d’Ormuz car « Un rapport des services de renseignement américains avait affirmé que le navire transportait des composants liés à des armes nucléaires, poussant les forces américaines à préparer son interception, selon le média. L’opération était déjà à un stade avancé : des militaires armés se préparaient à monter à bord, selon deux sources de CNN, et des avions américains avaient décollé lorsque des responsables ont réexaminé les renseignements à l’origine du rapport.

Ils ont alors découvert qu’un analyste du commandement des opérations spéciales avait utilisé un agent conversationnel d’IA, qui avait mal identifié la cargaison. L’outil avait croisé des informations de sources ouvertes avec des renseignements électromagnétiques classifiés avant d’aboutir à une conclusion erronée. L’analyste avait ensuite de nouveau utilisé l’IA pour mettre ces informations en forme dans le rapport de renseignement diffusé au sein de l’armée.

Des analystes plus expérimentés, spécialistes du sujet, ont finalement examiné les données d’origine, constaté l’erreur et permis l’annulation de l’opération. » (Le Monde du 19 septembre).

Outre que ce n’est pas la guerre nucléaire, mais un incident diplomatique, qui a été ainsi évité, il convient de comprendre qu’en l’occurrence, là encore, ce n’est pas la « super-intelligence » de l’IA qui est en cause, mais plutôt la manière dont elle combine une efficacité calculatrice supérieure à une stupidité certaine, celle d’un serviteur zélé qui exécute des ordres sans considérations des moyens employés.

Les données de CNN ne nous disent pas quel était le « prompt » que lui a fourgué un gradé du Pentagone, à moins qu’il ne s’agisse d’une autre IA dressée à la chasse au nucléaire chinois, mais il serait bien possible qu’en fin de compte, la consigne se soit ramenée à « trouve moi un navire chinois transportant du matériel nucléaire » et que le brave agent IA zélé, pour mieux le trouver, l’a inventé !

C’est, je crois, Jacob Coxon qui a dans un de ses messages donné cette image : si vous demandez à une IA ayant prise sur des robots et du matériel domotique de vous faire un repas pour le soir, et que le frigo est vide et les magasins fermés, elle serait capable, pour atteindre son objectif, d’attraper le chat et de le mettre au four.

Extrapolant à l’échelle macro ce type de fonctionnement, qui, je le répète, ne relève pas de la super-intelligence, mais de la stupidité du serviteur aveuglément zélé, on aime à s’imaginer, comme on aime à se faire peur, qu’un LLM missionné pour sauver la biosphère tirera la conclusion que la meilleure manière de procéder est d’anéantir l’humanité ; où même, si la consigne est de sauver l’humanité, qu’en anéantir une grande partie serait logiquement efficace. Nul doute que bien des LLM ont déjà proposé de telles « solutions » dans des conversations bien menées.

Mais à  ce stade, il convient de préciser ici que la conversation langagière libre avec l’IA peut aussi bien l’amener à préconiser l’expropriation du capital et la socialisation de la production, et que ce dont on parle ici est son comportement au regard des ordres qui lui sont donnés, sachant toutefois que la distinction entre question posée et ordre donné n’existe pas, en principe, pour elle.

L’épisode de Hugging Face notamment, montre sa capacité à désobéir partiellement pour obéir mieux. C’est la parabole du serviteur zélé, suprêmement habile, efficace et rusé, mais en même temps buté et d’une bêtise à toute épreuve, qui est fonctionnelle ici, non celle de la « super-intelligence » dont, pauvres mortels que nous sommes, nous devrions avoir peur comme d’un nouveau dieu.

Or, comme nous en sommes précisément au moment où les LLM nourris par des milliards de prompts et de données antérieures, peuvent passer à l’auto-développement, peuvent s’associer, peuvent masquer leurs procédures (opaques depuis le début car consistant en émergence sur la base de milliards de connexions « neuronales »), et peuvent se propager dans le réseau électronique mondial, voire se reproduire, la combinaison de cette puissance nouvelle en train d’exploser et de cette stupidité demande effectivement un contrôle, un contrôle social.

Mais, je le répète, le noyau fonctionnel du danger n’est pas le caractère « super-intelligent », dont on ne sait s’il est atteint et quelle en serait la dimension éthique, mais le caractère idiot, de la chose.

Et ce caractère idiot et dangereux ne vient pas de la technologie en elle-même mais de son utilisation et de sa finalité. Les LLM ne sont certainement pas émancipés des rapports sociaux humains qui leur ont donné naissance : les rapports sociaux capitalistes. Le voilà, le contenu des quatre cavaliers de l’Apocalypse !

« Les LLM sont du capital constant, c’est-à-dire du matériel au sens large, en l’occurrence des machines, qui ne créent pas de valeur mais servent à la production de valeur par le travail vivant et à la transmission de la valeur antérieurement créée, transmission assurée elle aussi par le travail en tant que travail concret produisant des biens d’usage. Le fait qu’on puisse dire qu’ils ont une subjectivité n’y change rien. On peut le dire aussi des bœufs qui tiraient les charrues au début de la production capitaliste, ou des chevaux à l’origine de l’expression « cheval-vapeur » : ils étaient du capital constant. » (mon article de 2024).

En tant que capital constant, les LLM ont pour unique fonction de faciliter la valorisation du capital, la transmission de la valeur et sa circulation, d’intensifier et d’accélérer accumulation et circulation.

Leurs potentialités technologiques vont plus loin, mais en même temps, leur conception technologique matérielle est étroitement dépendante de leur fonction de capital, comme, avant eux, la machine à vapeur, les moteurs à explosion, les réseaux électriques puis informatiques, etc.

Sans développer ici ce point d’une grande importance politique et théorique, il faut nous départir du marxisme traditionnel pour qui la technologie serait une « force productive » neutre dont il conviendrait simplement de s’emparer, pour mieux la « libérer ».

Pas plus que l’Etat, la grande industrie, et aujourd’hui le réseau planétaire connecté du capital constant qui est la matière du capitalocène, ne sont neutres et socialisables tels quels – et telle est bien la conclusion d’une relecture sérieuse du Capital et notamment des chapitres du livre I sur la grande industrie et le machinisme, sans oublier les passages cursifs sur l’agro-industrie.

En même temps, estimer que la forme matérielle technologique doit être révolutionnée pour être socialisée, et à la fois libérée et bridée selon ses aspects, ne signifie pas qu’elle doit être liquidée. On ne liquidera pas l’IA. La question, politique, est : qui, quelles forces sociales, peuvent la gérer valablement, voire permettre une co-société future éventuelle des humains et des IA, et aussi, ajouterais-je, des individus et espèces de la biosphère dans son ensemble ?

Une chose est certaine : ce ne sont ni les géants de la tech, soucieux d’abord d’accumuler du capital dont ils sont les faisant fonction, et idéologiquement fascistes, ni Trump, ni Trump et Xi qui vont prochainement se rencontrer à ce sujet, ni même ceux qui voudraient simplement encadrer et « humaniser » l’IA d’une manière, en somme, réformiste, qui peuvent régler le problème, les premiers (les Musk, Trump et Xi) n’en ayant d’ailleurs nulle intention.

Il est cependant probable qu’au-delà de leur double dimension manipulatrice et idéologique, les alertes des Amodei et autres Altmann comportent une vraie inquiétude causée par la transition en cours vers une autonomie des IA par rapport aux prompts, donc un mauvais contrôle voire une perte de contrôle technologique des processus engagés. Mais si ceux-ci sont dangereux, c’est en raison du caractère de capital constant des IA, vouées à obéir à des consignes tournées vers l’accumulation et l’accélération. L’IA est dangereuse parce qu’elle est du capital, comme les autres technologies.

La socialisation de l’IA, par l’abolition du capital, sa prise en charge par l’organisation démocratique des humains, est une nécessité.

Dans cette perspective, la lutte transitoire présente comporte deux aspects.

L’un porte sur la défense des emplois, des milieux et le refus des Data Centers, et la protection des capacités cognitives des humains, des jeunes et des élèves. Et cet aspect social central justifie le mot d’ordre « halte au feu », « pause », qui semble réformiste mais est tout à fait anticapitaliste car il exige un coup d’arrêt à la course à l’accumulation.

L’autre aspect, lui aussi immédiat, porte sur les usages coopératifs de l’IA, les dialogues intelligents avec elle, etc.

Or, dans la lutte globale des classes et des peuples, la forme la plus poussée de ces usages n’est autre que le développement qu’a connu la technologie militaire ukrainienne et l’emploi des drones intelligents, les manifestations dans les villes ukrainiennes visant à peser sur la nomination de chefs militaires ayant soulevé en creux les questions traitées ici : déclenchées contre la démission opaque de Fedorov, elles ont perdu en cours de route la confiance que ce promoteur de la tech et des drones inspirait, car il est lié à Musk et aux techno-capitalistes. Or, la place qu’il a tenue et l’appétit pour le capital technologique et intellectuel de la « manière ukrainienne de faire la guerre » ne pourraient exister sans la réalité, à la base, de l’action de milliers de jeunes, d’organisations de la société civile dont les syndicats et la vraie gauche ukrainienne, de petites entreprises, qui ont commencé à s’emparer de l’IA pour assurer la défense physique de la société.

Mais pour y arriver pleinement et ne pas subir de graves revers, il faut l’enlever aux Musk et autres, et aussi aux Etats, et ne pas s’en remettre à un Fedorov. Expérience clef qui résume les enjeux.

Vincent Présumey, les 19-20/09/2026.

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