18.07.2026 à 14:37
aplutsoc2
Le mémorandum paraphé par Trump à Versailles le mercredi 17 juin officialisait la tenue de négociations permanentes entre Téhéran et Washington, dont il y a fort à parier qu’elles avaient commencé avant et ne se sont jamais interrompues, et, surtout, il étalait la réalité, non pas exactement d’une victoire iranienne, mais d’une défaite étatsunienne, dont je résumais ainsi les termes principaux dans un article du 21 juin :
« Les 14 points commencent par proclamer la « fin de la guerre », y compris au Liban, établissent la reconnaissance mutuelle entre l’impérialisme américain et la République islamique, annoncent un accord final dans 60 jours, la fin du « blocus » d’Ormuz avec un flou qui laisse ouvert la possibilité d’un péage cogéré par Téhéran et Washington, la fin des sanctions et une aide des Etats-Unis à l’Iran de 300 milliards « au moins », moyennant la promesse de Téhéran qu’il ne « produira jamais d’armes nucléaires », la version diffusée par Washington ajoutant qu’il y aurait une « dilution isotopique de l’uranium enrichi sur site sous supervision de l’AIEA ». En attendant que tout ceci soit fait « dans les 60 jours », le statu quo est maintenu mais avec la possibilité immédiate pour l’Iran d’exporter ses hydrocarbures.
Sur le papier, c’est encore plus qu’une victoire iranienne, c’est l’instauration affichée d’une coopération dans laquelle l’impérialisme US assiste et étaie la République islamique. »
Comprenons bien que le fait que la guerre se poursuive en même temps que la coopération contre-révolutionnaire Iran/Etats-Unis, certes contradictoire, est bien réel. Washington et Téhéran, Trump/Vance et les « Gardiens de la Révolution », sont fondamentalement d’accord sur les quatre points suivants.
Premièrement, leur hostilité et leur peur envers le mouvement propre des peuples, à commencer par les peuples d’Iran. La répression terrible de début 2026, effectuée sous la protection de Trump, se poursuit et vise les femmes, les syndicalistes, les jeunes, les minorités nationales (kurdes, turkmènes, arabes, baloutches). Trump et Netanyahou ont permis, en assassinat Khamenei, un renouvellement du personnel dirigeant iranien, et dans la mesure où ils ont momentanément envisagé de remplacer celui-ci, c’était par la monarchie ou par Amadinejad, le plus antisémite des présidents iraniens depuis 1979, mais précisément celui sur lequel ont misé Netanyahou et le Mossad !
Deuxièmement, cette hostilité et cette peur s’étendent à tous les peuples de la région, aux Kurdes comme aux Palestiniens, dont le régime iranien, antisémite et par là « antisioniste », n’a strictement rien à faire.
Troisièmement, les développements depuis le 28 février 2026 ont montré un autre point d’accord, conflictuel non au niveau de son principe mais de son application : le détroit d’Ormuz doit désormais être payant, ce qui fait augmenter les factures énergétiques et agrochimiques au profit des Etats-Unis comme de l’Iran – et ce dont aurait aussi dû profiter la Russie, mais la manière ukrainienne de faire la guerre pour laquelle le peuple ukrainien manifeste en ce moment même a neutralisé ces profits-là !
Washington et Téhéran pulvérisent donc ensemble les traités instaurant un droit maritime international et définissant les partages de zones économiques exclusives (convention de Montego Bay, contemporaine de la mise en place de l’Organisation Mondiale du Commerce, rédigée en 1982, reconnue par l’ONU et ratifiée en 1994, mais pas par les Etats-Unis).
C’est Téhéran qui a donc apporté à Trump la contribution la plus notable à la mise en place d’un nouveau désordre commercial mondial à coup de tarifs douaniers !
Last but no least et quatrièmement, Téhéran et Washington sont d’accord … pour se faire la guerre, étant entendu que Washington ne peut ni ne veut détruire l’Etat des mollahs et, de plus en plus, des « Gardiens de la révolution ». Cette guerre sert aussi à jauger, mesurer et négocier si possible les rapports de force entre impérialisme américain et impérialismes chinois et russe, beaucoup plus, désormais, que la guerre russe contre l’Ukraine, dont la dynamique révolutionnaire (que n’a pas la guerre Etats-Unis et Israël versus Iran) est dangereuse aussi bien pour Moscou et Beijing que pour Washington.
Les obsèques de Khamenei, utilisant les lieux sacrés chi’ites y compris irakiens, ont été l’occasion d’une manifestation de fausse unité nationale et de puissance du régime iranien, pendant laquelle, le 7 juillet, des frappes iraniennes contre des pétroliers ont visé à rappeler que l’accord de cessez-le-feu donne à l’Iran le droit de gérer le trafic dans le détroit d’Ormuz et le golfe arabo-persique, suscitant des représailles américaines et une nouvelle escalade, avec le même scenario de bombardements US sur l’Iran et d’attaques iraniennes sur les monarchies arabes, Oman compris, et jusque sur la Jordanie, ainsi que contre des organisations kurdes en Irak.
Les bombardements américains détruisent des infrastructures (ponts, centrales électriques …) et tuent des civils, s’étendant jusqu’au port de Chabahar, qui est au-delà du golfe et donne sur l’océan Indien, servant de débouché à l’Afghanistan, voire à l’Ouzbékistan, et dans lequel l’Inde a investi. Le détroit d’Ormuz est donc à nouveau bloqué et les prix du pétrole repartent à la hausse à fond.
Selon Trump, la guerre a repris. Mais nul doute que les négociations continuent et que le partage du détroit et du golfe en est devenu l’un des points cruciaux.
Le partage des gains du brigandage dans le détroit, la nécessité pour les dirigeants iraniens (et leurs luttes intestines) de réaffirmer leur « autorité », et la posture délicate de Trump dont tout le monde sauf lui estime qu’il a « perdu la guerre », expliquent cette reprise des hostilités aéronavales, reprise qui, répétons-le, ne modifie pas le cadre fondamental d’une coopération contre-révolutionnaire conflictuelle.
Guerre et cessez-le-feu sont ici les deux faces de la même médaille contre-révolutionnaire et les négociations permanentes se poursuivent dans l’une ou dans l’autre.
Entre les deux pouvoirs, c’est Trump le plus en difficulté, car lui ne vient pas de massacrer des dizaines de milliers de manifestants (ce n’est pas faute d’en rêver). Jeudi 16 juillet, Trump a étalé ce qui le turlupine : reprenant ses délires sur les ingérences chinoise et vénézuélienne qui l’aurait fait perdre en 2020, il a dénoncé les millions d’étrangers illégaux qui, selon lui, votent (et votent contre lui), et a jeté par avance la suspicion sur les élections législatives du 3 novembre prochain, aggravant le risque de faire de ce scrutin, qu’a priori il a perdu à plate couture, un affrontement militaro-policier (ce à quoi les Démocrates ne sont absolument pas préparés) dirigé contre le peuple américain, dont l’enjeu serait la destruction ou le rétablissement des libertés démocratiques conquises en 1776, par la guerre de Sécession, les grèves des années 1930 et le mouvement des droits civiques des années 1960.
Le champ de bataille principal se déplace vers le centre.
VP, le 18/07/26.
18.07.2026 à 13:38
aplutsoc
Présentation
Nous reproduisons cette contribution d’Alain Dubois au titre de la discussion nécessaire, relancée par la vague caniculaire qui a terrassé le pays ces dernières semaines.
Contribution d’Alain Dubois
Les mises en garde se multiplient contre les perspectives d’effondrement général de la biosphère causées par le capitalisme dégénéré actuel. Néanmoins la plupart obéissent à l’injonction d’optimisme en affirmant que « des solutions à ces problèmes existent » dans le cadre de ce dernier. Il devient urgent de d’admettre que la seule solution à la catastrophe passe par sa destruction, pas sa réforme.
____________________
J’ai déjà eu l’occasion d’attirer l’attention sur des expressions très communes sur les ondes, sur le net, dans des articles et des livres, comme « Il n’y a pas de risque zéro » [1] ou « Si rien n’est fait » [2], qui traduisent la confusion mentale ou la volonté de manipuler le lecteur en faisant apparaître comme « bien évidentes » des idées pernicieuses et des renoncements à l’indignation, à la mobilisation et au combat contre les menaces et violences que la civilisation capitaliste décomposée de notre époque crépusculaire fait peser sur les humains, l’environnement et jusqu’au maintien de la vie sur notre planète. Aujourd’hui je souhaite attirer l’attention sur une formule très répandue et apparemment anodine et même, pour certains de ses utilisateurs, réconfortante, et qui est en fait une véritable entourloupe: c’est la phrase « Des solutions existent ».
On rencontre cette phrase dans des multitudes de textes évoquant la crise mondiale actuelle de la biosphère, de l’environnement, de la biodiversité, du climat, de la santé et de l’alimentation humaine… Celle-ci est déjà bien engagée et nous mène tout droit vers un effondrement ou « collapse » mondial des conditions permettant l’existence et le fonctionnement d’une civilisation humaine « organisée » à l’échelle de la planète, sinon même du maintien de toute vie sur terre. Tout a été fait depuis plus d’un siècle par les divers pouvoirs qui dirigent nos sociétés pour tout d’abord nier et cacher, puis relativiser et minimiser les perspectives destructrices mises en évidence par la science. Même si ces jours-ci en France, en raison de la violence de la canicule [3], laquelle est directement causée par notre civilisation extractiviste, pollutionniste et destructrice tous azimuts, une certaine « inquiétude » se fait jour parmi les dirigeants, « décideurs » et « communicants » vis à vis de l’éventuelle vindicte populaire, nul doute que, dès que cette « crise » commencera à s’atténuer, ces préoccupations reflueront bien vite et que seront remises au premier plan les multiples « spectacles » et « divertissements » auxquels on enchaîne nos contemporains, grands événements sportifs, concerts géants, rassemblements festifs, hommages aux amuseurs publics, c’est-à-dire des circenses mais sans panem – mais aussi élections, agressions militaires, conflits régionaux et internationaux entre impérialismes, prix du pétrole et des voitures, croissance, « dette », « sanctions », « actualités débiles » – en veillant bien à ne pas parler des causes de ces désastres en cours et à venir. Il s’agit en effet de ne rien faire qui pourrait gêner la gigantesque machine à faire de la plus-value, appuyée sur la Bourse, et maintenant considérablement démultipliée et aggravée par le numérique, la technisation à outrance et la fascisation mondiale croissante des sociétés, concentrée aujourd’hui dans l’IA et ses datacenters. Actuellement, nulle force sociale conséquente ne combat cette dernière, sous prétexte des « services quelles peuvent rendre » mais sans insister sur les risques bien pires pour l’humanité, ce qui permet aux Trump, Musk et consorts d’accumuler des fortunes sans équivalent historique et de contrôler et rançonner de plus en plus les sujets de la société « technofasciste » mondiale. À l’ombre de ces puissants protecteurs, se multiplient et s’aggravent les menaces que le nucléaire militaire et civil, la manipulation du vivant, la destruction irréversible des conditions de fonctionnement des écosystèmes vont de plus en plus faire peser sur la santé, l’alimentation, l’accès à l’eau pour des milliards d’humains. Elles pousseront notamment des masses croissantes d’entre eux à fuir leurs pays lors de migrations sans précédent dans l’histoire humaine que seuls des massacres encore inimaginables aujourd’hui, mais plus pour longtemps, ne permettront d’enrayer que partiellement et temporairement, comme le prévoyait déjà le Pentagone il y a 20 ans [4].
Le scénario est toujours le même. Un texte éventuellement bien informé présente l’un des multiples problèmes que la crise environnementale mondiale actuelle pose à la biosphère et partant à l’humanité. S’appuyant dans bien des cas sur des connaissances scientifiques sérieuses, ce texte explique comment ce qui est souvent un enchaînement de causes et d’interactions fonctionne et mène à des dysfonctionnements ou des catastrophes. Ensuite ce texte présente des « solutions » à ces problèmes. Il s’agit souvent de solutions techniques, qui ne remettent pas en cause la chaîne causale menant aux problèmes, mais cherche à en annuler ou atténuer les effets. Puisque « des solutions existent », le tour est joué, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : il « suffit » alors de « convaincre » les responsables du problème, ou les « dirigeants » de la société, de mettre en œuvre ces solutions. Pour cela, on s’adresse, souvent en geignant, à « l’opinion », ou à ces responsables eux-mêmes, et on les prie, on leur demande ou on les supplie de le faire. Sauf que, si ces problèmes existent, ce n’est pas par hasard. C’est au contraire la conséquence « rationnelle », volontaire, d’une gestion capitaliste de la société, qui mène à une maximisation de la plus-value pour un petit nombre, dans le cadre de la compétition à mort entre capitalistes : mettre réellement en œuvre ces solutions serait redoutable, sinon mortel pour eux.
Ce processus est le même pour tous les problèmes environnementaux auxquels sont confrontés la biosphère et l’humanité, car en définitive nous sommes face à un problème systémique, ce qui signifie que la cause unique de tous ces maux est l’existence et le fonctionnement du capitalisme mondial, et leur solution unique est la destruction de celui-ci, la sortie du capitalisme et son remplacement par un autre système économique et social au service des besoins humains. Toutes les autres « solutions », qui n’« existent » que de manière théorique, dans la tête de ceux qui les mettent en avant, sont des rêves pernicieux, car elles incitent non pas à détruire le capitalisme mais à tenter de le « réformer » pour le rendre « vertueux », ce qui est du même acabit que de demander à un carnivore de devenir herbivore, à une molécule de changer de fonctions dans l’environnement, aux océans, aux forêts, aux sols de prospérer malgré les agressions auxquelles notre civilisation les soumet depuis des décennies. C’est l’attitude d’un médecin qui se garderait bien d’agir sur les causes de la maladie pour appliquer des pansements et des calmants en attendant la mort du patient. Cette entourloupe des soi-disant « solutions qui existent » dure depuis les débuts de la prise de conscience, notamment suite à la publication du rapport de 1972 du Club de Rome, des « problèmes écologiques ». Depuis ses débuts, le « mouvement écologiste » a multiplié ses « recommendations » en oubliant seulement que ces « solutions qui existent » ne pourront et seront jamais être appliquées dans le cadre du capitalisme – ce qui peut s’exprimer par la formule « Il n’y aura pas de transition écologique » [5-7].
Des milliers de livres, de dossiers, d’études, d’articles ont été diffusés depuis des décennies selon cette logique, et pourtant celle-ci continue à s’appliquer sans faiblesse. Il suffit d’ouvrir n’importe lequel de ces documents pour y voir inlassablement présenter des « solutions miracles » qui n’effleurent pas le fond du problème, et cette mauvaise plaisanterie ne semble lasser personne.
Elle tend même à empirer, dans le cadre de l’« injonction d’optimisme » qui est un des piliers de la société actuelle en crise dans tous les domaines. Pendant longtemps, s’affrontaient les négationnistes, c’est-à-dire des « optimistes » qui niaient la pertinence des alarmes émises depuis plus d’un siècle par la communauté scientifique, et les « réalistes » qui reconnaissaient leur pertinence mais y opposaient l’attitude également « optimiste » expliquant que des solutions existent, sans détruire la société capitaliste car celle-ci est la seule possible (le TINA, « there is no alternative » de Margaret Thatcher), l’histoire étant censée avoir démontré que la seule autre possibilité était celle de dictatures de type stalinien. La simple mention de l’alternative réelle, entre sortie du capitalisme et effondrement écologique mondial, était interdite d’expression publique.
Aujourd’hui, comme le montre la canicule en cours, il n’est plus possible de nier les problèmes, mais il faut alors nier la possibilité d’agir sur leurs causes, puisqu’elles sont imposées par les « lois de l’économie ». La solution est alors de cesser de faire croire que l’on va agir sur les causes (par exemple réduire les émissions de gaz à effets de serre comme s’y étaient « engagés » les participants de la COP 21 de Paris), mais on annonce qu’on va agir sur l’adaptation, sur la « résilience » : on va « exiger » des organismes et des écosystèmes de se « transcender » pour pouvoir survivre dans un monde de plus en plus délâbré, sans remédier à ce délâbrement. Le passage à la voiture électrique (tout en maintenant un parc mondial de véhicules et des réseaux routiers bien trop gigantesques [7]), la prolifération des climatiseurs (qui diminuent la température des habitats mais augmentent celle de l’environnement), la multiplication des canadairs (tout en continuant à détruire les forêts et à réduire les personnels chargés de leur gestion), l’isolement des bâtiments et la végétalisation de villes (sans s’engager dans une réduction drastique de leurs tailles), des milliers de « solutions » sont alors proposées pour ne pas toucher à la poule aux œufs d’or et menacer les profits d’une minorité. Or, s’adapter, ce qui n’est en fait possible que dans des limites très étroites imposées par le fonctionnement des êtres vivants et de leur milieu, c’est le contraire d’une solution car cela invite à s’arrêter là, c’est en fait reculer pour mieux tomber. L’adaptation, même si elle était vraiment possible, est à l’opposé de la prévoyance, elle incite à ne rien faire. Certes, dans les situations d’urgence extrême comme la canicule actuelle, il faut tout faire pour limiter la mortalité, la morbidité, les incendies, l’effondrement des réserves d’eau et de la production agricole, les famines, la menace et la propagation des pandémies, etc. Mais il ne s’agit pas d’une « solution » aux problèmes de fond, bien au contraire.
Certes, un bon nombre de textes affirmant que des « solutions existent » reconnaissent que celles-ci suscitent des résistances, mais ils créditent celles-ci à des acteurs précis, les industriels, l’agriculture et l’élevage intensifs, les banques et les actionnaires, ou les « lobbies ». Mais comment se fait-il que de tels acteurs défendant bec et ongles leurs intérêts privés contre l’intérêt collectif aient un tel pouvoir de nuisance dans notre société ? Que dans celle-ci, qui se présente comme « démocratique », de tels lobbies aient une existence légale, et même des locaux au sein des bâtiments abritant les instances européennes, ou soient reçus et écoutés par nos élus ? Ne serait-ce pas parce que notre société est dirigée par les capitalistes et à leur service ? Quant à ceux qui réclament des « débats » sur des questions qui relèvent en fait de la connaissance scientifique (telles que la réalité de la surpêche, des perturbations du cycle de l’eau, les désastres causés par les intrants agricoles de synthèse, les monocultures, la déforestation, etc.), l’urgence n’est -elle pas de leur répondre que ce ne sont pas des débats qu’il nous faut, mais des combats déterminés pour mettre fin à cette destruction délibérée des conditions de vie sur terre ?
Un grand absent domine cette situation depuis plus d’un siècle : c’est l’inertie, sinon la complicité, du mouvement ouvrier face à cette catastrophe prévisible et annoncée. Les causes en sont multiples, le stalinisme venant comme de juste largement en tête de file, mais également la fascination scientiste digne du 19e siècle de « la gauche » pour les pouvoirs illimités de la technique, la confiance en une souplesse et une adaptabilité sans limites des humains et de la « nature », et la croyance quasi-religieuse dans le rôle crucial de l’humanité dans l’histoire de l’univers, rendant « impossible » son extinction. Mais peu importe en fait aujourd’hui le détail des causes qui nous ont menés où nous sommes, ce qui est atterrant c’est de constater que la seule force sociale susceptible de mette fin au capitalisme, la classe ouvrière (dans un sens élargi du terme qui n’est plus celui du 19e siècle, c’est-à-dire l’ensemble de ceux vivent de leur travail et pas de l’exploitation d’autrui), est restée pendant un bon siècle l’arme au pied sur ces questions, quand elle n’a pas servi de force supplétive pour défendre le « système ». Qu’après deux semaines de canicule sans précédent dans notre pays, et après une litanie d’autres agressions contre l’environnement, le gouvernement aujourd’hui puisse continuer quasi-tranquillement son action mortifère en rendant des individus (tels que les « les pyromanes ») responsables des conséquences de sa gestion calamiteuse de l’environnement, sans avoir à craindre d’être renversé par l’Assemblée Nationale, ou par une grève « climatique » générale, et que la seule perspective concrète envisagée par les diverses forces dites « de gauche », soit de préparer à « gagner », comme s’il s’agissait d’un match de foot et pas d’un choix crucial de société, les élections pestilencielles de 2027 [8] dans le cadre de la 5e République chancelante, cela dépasse l’entendement. C’est pourtant la conséquence logique de la négation de la « question écologique » depuis des décennies, en raison d’objectifs hallucinants comme la « lutte contre le chômage » y compris dans les industries et l’agriculture les plus destructrices (notamment mais pas seulement militaires), le rejet de l’ « écologie punitive », l’optimisme en la confiance aveugle dans la science et la technique pour contrecarrer les effets désastreux du capitalisme, après le Titanic, les multitudes de guerres effroyables des deux derniers siècles, Hiroshima, Tchernobyl, la multiplication des problèmes massifs de santé publique, etc., qui pourtant nous ont menés là où nous sommes, et ne permettent pas d’espérer maintenant pouvoir résoudre « par miracle » la crise actuelle parce qu’il serait « trop horrible » que ce soit impossible.
Le jour viendra pourtant, sans doute plus tôt quel nul ne veut le croire, où le point de non-retour sera atteint, et où l’effondrement accéléré et massif, comme illustré ces derniers jours, des conditions matérielles de survie des populations entraînera des conflits sans solutions, dont les conséquences mèneront à l’implosion locale puis régionale et internationale des sociétés humaines. Il s’agit là en fait de la perspective du « collapse » qui n’en est encore aujourd’hui que dans sa phase préliminaire, et le distingue de toutes les catastrophes auxquelles l’humanité a été confrontée depuis son apparition. La question ultime qui se pose aujourd’hui est la suivante : le collapse aboutira-t-il à une extinction totale de la vie sur terre (par exemple à la suite de conflits nucléaires suscités ou pilotés par l’IA), ou laissera-t-elle subsister des îlots de survie de biodiversité, incluant des humains ? Ne serait-il pas temps de commencer à comprendre que cette question n’est pas si oiseuse et « catastrophiste » que cela, si l’on considère l’importance des moyens de destruction actuellement stockés dans les arsenaux du monde entier, sans parler des stocks militaires « secrets » qui nous surplombent dans l’espace, et donc envisager de commencer à se préparer à l’« après collapse » ?
Références
[1] Alain Dubois. Jean Rostand : un biologiste contre le nucléaire. 2012. Berg International. • « Collapse Acte 2 : optimisme, résilience et négationnisme. » 19 juillet 2021. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>. • « Peut-on être ‘de gauche’ et favorable au nucléaire? ». 29 janvier 2022. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>. • « Le mouvement ouvrier et les Trois Terribles Tigres. 1. Introduction. » 19janvier 2025. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>.
[2] Alain Dubois. « Si rien n’est fait. » 27 octobre 2020. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>.
[3] Matheu Lehot-Couette. « ‘Nous assistons aux prémices d’un danger de mort environnemental’ face aux chaleurs extrêmes, avertit l’écologue Philippe Grandcolas. » 13 juillet 2026. <franceinfo.fr>.
[4] Rapport secret du Pentagone sur le réchauffement climatique. 2006. Éditions Alia.
[5] Alain Dubois. « Il n’y aura pas transition écologique. (1) L’effondrement est inéluctable. » 1er novembre 2025. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>.
[6] Alain Dubois. « Il n’y aura pas transition écologique. (2) Les dominos du collapse. » 28 décembre 2025. <lherbu.com>.
[7] Alain Dubois. « Il n’y aura pas transition écologique. (3) Automobile et collapse : réformer le capitalisme ou sortir du capitalisme ? » 4 février 2026. <lherbu.com>.
[8] Alain Dubois. « Élections pestilencielles. » 7 juillet 2026. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>.
Alain Dubois
14 juillet 2026
Publié initialement sur le blog L’herbu
18.07.2026 à 13:23
aplutsoc
Dans un vote serré, qui n’a mobilisé que 15.000 adhérents, les militants socialistes ont mis le dernier clou dans le cercueil de la primaire. C’est un choix de clarification. Le PS décide de tourner le dos à la gauche et de pivoter vers le centre, vers la droite.
Restera donc dans l’histoire son irresponsabilité dans un moment grave pour notre pays, à la fin d’une semaine où Marine Le Pen, condamnée lourdement deux fois pour détournement de fonds publics, s’est déclarée candidate à la présidentielle, où la loi offrant un permis de tuer aux policiers a été votée, où la macronie a proposé pour le poste de défenseur des Droits un homme connu pour son opposition franche aux droits et aux libertés fondamentales. Affligeant.
Au fond, les socialistes sont restés le nez rivé sur leurs enjeux internes, et pas ceux du pays. Ils ont opté pour le repli. Depuis le lancement à Bagneux en juillet dernier de Front Populaire 2027 à l’initiative de Lucie Castets, le PS n’a pas permis de construire la dynamique nécessaire pour rendre évidente et incontournable la primaire de la gauche et des écologistes. Il eut fallu investir le cadre, honorer la promesse de conventions thématiques, assurer des meetings dans toute la France donnant à voir l’union, avancer le travail programmatique commun (sans attendre le vote du programme du PS qui est intervenu… en juin !), mettre en place des collectifs locaux et transpartisans… En un mot : assurer la réalité et la vitalité de notre démarche partout en France. Ainsi nous aurions pu devenir crédibles, et la candidature commune aurait trouvé sa place dans les sondages.
Mais dès l’automne, les socialistes ont préféré mettre leur énergie dans les négociations avec Sébastien Lecornu pour éviter la censure du gouvernement, fragilisant au passage l’union de la gauche et des écologistes. Pendant ce temps, les opposants à Olivier Faure, avec Raphaël Glucksman et poussés dans le dos par François Hollande, ont musclé leurs critiques, leur jeu, sapant l’espoir du rassemblement. Nous, les partenaires, nous sommes montrés compréhensifs à l’égard des contestations internes qu’affrontait la direction du PS. Au risque de l’enlisement. C’est finalement Boris Vallaud qui a donné le coup de grâce, en prêtant main forte à l’opération de destruction du rassemblement de la gauche et des écologistes en cours avec FP27.
Le tournant est cinglant. Le PS montre qu’il n’a pas tiré les enseignements de la catastrophe des années Hollande, et par la suite, du score d’Anne Hidalgo en 2022 – 1,75%. Avec la NUPES et le NFP, nous étions fondés à penser que des leçons avaient été tirées, que le PS s’était réancré durablement à gauche. Mais le vote du 9 juillet montre que les vieux démons ont resurgi. C’est tragique pour le PS. Mais c’est surtout lamentable pour l’avenir de la gauche et du pays.
Ce qui me frappe, c’est le décalage saisissant entre, d’une part, les choix d’appareils politiques – le PS mais aussi LFI – qui ont décidé de rejouer les deux gauches irréconciliables – et, d’autre part, l’aspiration du peuple de gauche à l’union. Je rappelle que 80% des électeurs·rices veulent une candidature unique pour 2027. Pourquoi ? Parce qu’elles et ils savent la menace de l’extrême droite. Parce qu’elles et ils ont conscience que pour accéder au 2nd tour, le plus sûr chemin, c’est d’unir les forces. Parce qu’elles et ils ont bien vu que sur le fond, nous sommes capables de trouver des compromis, des consensus, et pas à l’eau de rose, comme nous l’avons montré ces dernières années avec la NUPES puis le NFP.
Même si des rebondissements ne sont vraiment pas à exclure, le tapis rouge est maintenant déroulé pour la candidature de Raphaël Glucksmann. Or elle s’adresse à la bourgeoisie, au détriment des classes populaires. Elle vise les électeurs macronistes déçus, au détriment du cœur de la gauche. Raphäel Glucksmann n’incarne pas l’espoir d’une transformation profonde, sociale et écologiste. Il ravive le spectre des ères Hollande et Macron. On a déjà donné.
Tous les ex-partenaires du PS qui aspiraient à la primaire l’ont écrit ensemble, dans une lettre adressée au PS il y a dix jours : nous ne participerons pas à ce scenario.
Si la situation est dangereuse, préoccupante voire désespérante, les carottes ne sont pas cuites. En réalité, nous sommes encore loin du but. Il peut se passer beaucoup de choses d’ici l’élection présidentielle. Gardons le cap : l’union sur la base d’un projet de changement radical de l’ordre existant.
En attendant que le paysage s’éclaircisse, ne restons pas les bras croisés, prenons l’initiative. Tous les partenaires hors PS de la primaire ont vocation à se rencontrer et à chercher ensemble la voie de l’espoir.
Maintenant que la primaire est enterrée, ce sont les sondages qui vont servir de boussoles ! C’est consternant pour une gauche attachée à la démocratie, aux médiations, et qui conteste le présidentialisme dans son projet politique. Mais, avec la mort de la primaire, nous en sommes là. La solution n’est pas d’ajouter des candidatures aux nombreuses existantes mais de voir comment nous pouvons en propulser une, celle qui fédère le plus.
S’il se confirmait à l’automne que Jean-Luc Mélenchon était toujours en tête à gauche, ce serait à lui de créer les conditions du rassemblement. S’il veut gagner, il doit chercher des alliés. Et ce d’autant que, si les droites s’unissent, notamment avec la fusion des candidatures d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal, voire celle aussi de Bruno Retailleau, la marche du second tour risque d’être bien plus haute que prévue. Et les 15 ou 16% de Mélenchon aujourd’hui ne suffiront pas, sans compter l’effet inquiétant sur l’électorat de gauche de son (très faible) score de second tour face à Marine Le Pen ou Jordan Bardella, tel qu’il est aujourd’hui mesuré dans les enquêtes d’opinion. Ce n’est pas en galvanisant seulement les sphères insoumises, comme il a su le faire en ce début de campagne, qu’il peut emporter le morceau. C’est en ouvrant les bras, les portes et les fenêtres.
Jean-Luc Mélenchon peut-il démontrer sa capacité à fédérer ? S’il a su le faire à plusieurs moments importants de sa trajectoire, dès le début de son ascension avec le Front de Gauche, il ne l’a pas fait ces derniers temps, notamment depuis qu’il a torpillé le NFP et refusé tout cadre de rassemblement pour 2027. Peut-il sortir de ses haines cuites et recuites, qui ne sont jamais de bons guides quand on aspire à changer le quotidien des gens et à présider la France ? Peut-il infléchir son profil pour rassembler davantage que cliver, à gauche et dans le pays ? Là est la question que beaucoup de dirigeants, de militants et de sympathisants se posent.
C’est une folie de penser que la France insoumise pourrait seule gagner dans le pays et avoir seule une majorité pour gouverner ! Qui peut y croire ? C’est pourquoi Jean-Luc Mélenchon, encore une fois s’il veut gagner, doit convaincre très au-delà de sa fan-zone. Or pour l’instant, il n’a envoyé aucun signal d’ouverture vis-à-vis d’éventuels partenaires. Il s’enferre dans les ultimatums et phrases comminatoires – « Ici est la force. Vous avez compris ? », quand il n’insulte pas les uns puis les autres. La logique de la soumission ne peut pas fonctionner. En réalité, la balle n’est pas de notre côté : elle est dans ses mains.
L’histoire n’est jamais écrite. La présidentielle est jalonnée de surprises et d’inattendus. Dans la tempête, face aux monstres qui resurgissent, garder la tête froide et le cap stratégique général est la seule attitude qui vaille.
Clémentine Autain, le 11 juillet 2026.
Source : https://clementine-autain.fr/apres-le-dernier-clou-dans-le-cercueil-de-la-primaire-pose-par-le-ps/
18.07.2026 à 11:57
aplutsoc
18.07.2026 à 11:50
aplutsoc
16.07.2026 à 21:41
aplutsoc2