16.09.2026 à 12:09
aplutsoc
Les médias, en ce début de semaine, ont découvert la possibilité que la « crise sociale » vienne « impacter » la présidentielle.
Nous l’avions annoncé, et ce n’était pas sorcier. Les exigences sur l’urgence climatique absolue ou sur la loi intégrale montrent que le calendrier des besoins n’est pas celui des institutions de la V° République.
Ce mardi 15 septembre, l’affrontement des pêcheurs et des CRS à Fos-sur-Mer signe l’irruption de la réalité. Avec le premier rassemblement pour l’urgence climatique à Bercy et une grève majoritaire à EDF. Et avec le « retour des Gilets jaunes » dans le rôle de pseudonyme du spectre de l’insurrection.
Car la crise des prix alimentaires et la marche vers le gasoil à 3 euros vont y pousser nécessairement.
C’est précisément à ce moment que Marine Le Pen annonce qu’elle va au moins s’abstenir sur le budget.
La « crise sociale » exigeant le blocage immédiat des prix alimentaires et de ceux des carburants va se confronter directement au budget qui s’annonce comme le budget Le Pen/Lecornu !
Battre le budget, battre le gouvernement minoritaire, c’est comme cela que l’unité, la vraie, pas celle autour d’un Chef, sera imposée, et c’est comme cela qu’on battra le RN AVANT le scrutin présidentiel.
Telles sont nos perspectives : nous invitons nos ami-es, lecteurs et camarades à en discuter dans notre réunion débat ouverte du dimanche 18 octobre.

Premier rassemblement à Bercy, hier soir, joignant lutte pour l’urgence climatique et lutte contre le budget Lecornu
15.09.2026 à 17:14
aplutsoc2
La première chose importante concernant la Fête de l’Huma, c’est l’énorme affluence – 570 000 vignettes en tout – alors que c’était dans un coin éloigné et compliqué de l’extrême limite de la banlieue sud et que les conditions matérielles – une poussière étouffante en mode « rave party dans l’oued desséché », des pissotières rarissimes – étaient compliquées elles aussi !
Un public majoritairement jeune – si vous êtes vraiment âgé c’est trop crevant, ou alors il ne faut pas bouger de son stand – qu’il est tout à fait erroné de dire apolitique comme on le lit parfois : le fait même d’un rassemblement festif peut avoir une teinte politique et il est évident qu’elle est fortement présente ici, tout en ne se ramenant pas au seul PCF ni à telle ou telle organisation. D’ailleurs les concerts sont de fait politiques eux-mêmes le plus souvent, cf. Lavilliers, ou d’affirmation féminine et donc féministe, Suzane …
C’est bien un élément du rapport de force que cette seule fête draine plus de monde que tous les « Canons français » réunis – et dans une ambiance généralement plus conviviale !
Mais les médias ont centré leurs commentaires sur la compétition Mélenchon-Roussel, agressivement relayée sur les réseaux sociaux par les secteurs, disons, les moins futés, des couches militantes.
La photo diffusée par LFI samedi en disant « 20 000 » est biaisée, car elle comporte un vaste public captif – j’en étais ! – piégé par l’occupation des travées par des groupes en tenues bleue horizon « Mélenchon 2027 » façon PSG, brandissant des drapeaux tricolores. Elle comporte en réalité environ 6000 personnes. Deux heures plus tard, le meeting de Roussel avait, lui, la grande esplanade, beaucoup plus vaste, mais pas sûr qu’elle ait été totalement saturée, et des militants PCF ont alors diffusé le chiffre de « 40 000 ». Les deux chiffres sont bidons.
Le titre de Libé me semble pour le coup assez judicieux si l’on veut évoquer les sentiments réels de quiconque, dans la base, réfléchit avec sa tête : Pour Jean-Luc Mélenchon, l’occasion manquée de l’appel au rassemblement. Le chiffre des 570 000 est évidemment en lui-même bien plus important que les chiffres gonflés de LFI et du PCF. Les milliers de supporters des deux meetings pensaient certainement être l’avant-garde par rapport à cette masse. Pas sûr !
J’ai pris part, invité pour Aplutsoc, au débat animé du RAAR (Réseau d’Action contre l’Antisémitisme et tous les Racismes), des JJR (Juifs et Juives Révolutionnaires) et de Golem sur la gauche et l’antisémitisme, avec Alexis Corbière, député et dirigeant de l’APRES, le député écolo Steevy Gustave qui remplaçait Sandrine Rousseau, Lisa Vapné, autrice, et Christian Piquet pour le PCF.
J’ai résumé ce qu’est Aplutsoc et précisé que nous n’avons pas de position « officielle » sur le sujet et donc je me suis exprimé librement, et j’ai aussi précisé que je suis à l’Après. Les interventions se sont relativement polarisées entre Christian Piquet et Alexis Corbière, le premier signifiant la nécessaire rupture avec Mélenchon (bien que le nom de Fabien Roussel n’ait pas été prononcé, car son intervention pouvait s’entendre indépendamment), le second appelant à l’unité. J’ai quant à moi appelé à la fois à l’unité pour gagner et à la fermeté envers Mélenchon que, précisément pour gagner, il faut mettre en demeure de changer d’orientation s’il veut réellement créer les conditions politiques pour battre Le Pen, cela y compris sur l’antisémitisme.
Aplutsoc était également associé, avec le Cercle de débat marxiste, au débat de la Riposte avec Florian Gulli, auteur d’études sur CLR James et les Jacobins Noirs et sur la défense d’une conception universaliste de la lutte antiraciste ne la mettant pas en opposition avec la lutte des classes, débat mené, il faut le dire, sous le bruit assourdissant des hauts parleurs diffusant le discours de J.L. Mélenchon.
Le stand de l’Après semble avoir assez bien marché. J’ai seulement pu y assister à une intervention, remarquable, d’une féministe de la Coalition pour la loi intégrale, affirmant la volonté d’imposer à l’Assemblée nationale de légiférer.
A noter que l’Après a eu les visites cordiales de Marine Tondelier, enceinte, et de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, qui vient d’appeler à la libération d’Azat Mifhakov.
Je suis également intervenu, avec d’autres, camarades responsables syndicaux FSU, au forum de la FSU sur la lutte contre l’extrême droite, bien sûr sur la bataille culturelle contre la bétification (ce néologisme me semble le terme approprié) de l’histoire par les racialistes/intégristes de « Murmures de la Cité » et la victoire obtenue par l’unité contre les subventions publiques envers ce « spectacle » dans l’Allier, point d’appui pour le front commun pour gagner.
En somme, là aussi, pour l’unité pour gagner, l’unité ne signifiant aucune abdication ni politique ni syndicale, bien au contraire !
En conclusion, je voudrais dire l’impression de grande sympathie que me fait cette vaste jeunesse, mais aussi de fragilité. Des grandes (LFI) aux moyennes (ici bien sûr le PCF) et petites (NPA-R et RP notamment) organisations qui en drainent des secteurs, toutes lui proposent d’afficher une identité, «insoumise » ou « révolutionnaire ».
Mais le problème crucial pour la jeunesse n’est pas de montrer qu’elle « est » révolutionnaire en arborant des éléments de langage et des grigris, en somme en se coulant dans un moule au moment où les jeunes veulent briser avec tous les moules, mais de gagner un monde vivable, autrement dit de faire la révolution, mouvement réel déjà engagé.
La révolution n’est ni une parure, ni un slogan, ni une identité, ni, comme disait Pierre Monatte, un plumeau que l’on brandit (sa vraie expression était un peu plus salace, en fait !), c’est le mouvement réel. Un révolutionnaire ne doit pas s’y substituer, lui opposer son joli programme, voire s’imaginer qu’il n’existe pas, il doit apprendre à lui chanter sa propre musique pour l’aider à se mettre à danser.
Que pouvons-nous, nous, apporter à la jeunesse, pas totalement absente, non non, d’Aplutsoc, mais minoritaire car nous sommes au départ des héritiers intellectuels et des rescapés des combats antérieurs ?
Pas des leçons de vie ni de militantisme, mais une orientation que personne ne lui propose : s’unir ici et maintenant pour affronter le pouvoir existant et s’emparer de cette question du pouvoir qui n’est ni politicienne ni ne relève de la Saint-Glinglin.
Elles et ils n’attendront personne pour agir par elles-mêmes et par eux-mêmes, mais elles et ils ont besoin d’être confortés dans leur propre mouvement et pas endoctrinés, et dans ce cadre de se voir apporter des connaissances et pas du prêt-à-penser.
En résumé, j’espère bien que nous ne dirons jamais aux jeunes, parce qu’elles et ils sont respectables, « rejoins-nous, nous sommes les révolutionnaires », une formule qui inaugure la rupture avec le mouvement réel et donc avec la révolution, mais bien « allez-y, et associons-nous pour unir, généraliser, centraliser et gagner, et dans ce combat vous pouvez puiser dans nos bagages, on veut vous les offrir pour que vous en fassiez bon usage » !
15.09.2026 à 12:16
aplutsoc
Le numéro 22 de la revue Adresses (Internationalisme & Démocr@tie) de septembre 2026 est paru.
Nous le mettons ici à disposition en PDF
Découvrir le sommaire :
14.09.2026 à 10:36
aplutsoc
Le samedi 5 septembre, quatre à cinq cents partisans d’un nouveau groupe d’extrême droite, Patriot Platform, ont bloqué une route principale à Douvres, arrêtant la circulation. Le lendemain, le même groupe a rejoint une manifestation à Portsmouth contre l’arrivée d’un méga-canot pneumatique de demandeurs d’asile. Les manifestants ont formé un blocus autour des autocars qui étaient dédiés au transport des personnes demandant l’asile vers les centres de traitement du ministère de l’Intérieur.
Vêtus de noir et portant des balaclavas, ils ont dit éviter d’être « doxés » par des « gauchistes » (en étant signalés à leurs employeurs), les hommes de la Patriot Platform ressemblaient à un gang de fascistes vigilants. C’était leur intention. C’est ainsi que va l’extrême droite de combat de rue au Royaume-Uni.
Les forces rassemblées à Douvres et Portsmouth avaient été assemblées par Daniel Thomas (« Tommo ») au cours de l’été, apparemment, dans une série de réunions de recrutement en face à face. Thomas, un ancien garde du corps de Tommy Robinson qui a été condamné en 2016 pour avoir tenté d’enlever quelqu’un lors d’une dispute sur la drogue, dit qu’il a changé sa vie après avoir trouvé Dieu. Thomas semble avoir unifié un certain nombre de groupes locaux de « Patriotes ». Certaines des réunions de recrutement ont été filmées et mises en ligne. Une campagne par messagerie privée beaucoup plus secrète existe aux côtés des réseaux locaux et nationaux face au public.
Patriot Platform et Robinson lui-même ont tous deux pris l’habitude de mettre en avant leur christianisme comme la « valeur » fondamentale de leur engagement politique – ils ne sont pas d’extrême droite, disent-ils, mais d’honnêtes chrétiens ordinaires, etc. Ils insistent également beaucoup sur la nécessité de faire preuve de discipline dans le combat pour leur cause. Thomas s’est filmé en train de dire qu’aucune consommation d’alcool et de drogue ne sera autorisée pendant leurs actions, mais aussi que quiconque serait surpris en train de boire se ferait tabasser.
En dehors du patriotisme, de l’opposition aux migrants et de l’action directe, comme alternative aux manifestations inefficaces, Thomas n’a pas grand-chose à offrir, mais peut-être a-t-il de quoi avoir assez pour assurer la cohésion de ce groupe pour l’instant. Et ils ont clairement pris une certaine « inspiration » du côté du mouvement écologiste et de la gauche. À Douvres, par exemple, on leur a entendu chanter « Quelles rues ? Nos rues ! ».
Thomas (se présentant comme un « entrepreneur défenseur de la foi et du pays » sur Instagram) collecte très activement des fonds pour le groupe via une plateforme de financement participatif. Les fonds vont directement à lui-même.
Les responsables politiques et les médias ont laissé entendre comment l’État pourrait réagir face à Patriot Platform : à l’instar de l’English Defence League (EDL) par le passé, ses dirigeants pourraient être arrêtés et emprisonnés. Pourtant, ce type d’organisation d’extrême droite — qu’il s’agisse de l’EDL ou de Patriot Platform — n’a pas été défait. Sans une alternative politique socialiste capable de détourner les classes populaires de la colère et du ressentiment, l’extrême droite ne sera pas vaincue.
Certains de ces individus sont au-delà de toute affirmation politique ; il faut les arrêter par une confrontation directe. Par ailleurs, nous devons défendre les migrants, les autres groupes marginalisés ainsi que nous-mêmes. L’objectif de Patriot Platform est de réagir rapidement aux « événements » et d’organiser des actions directes intimidantes. Les hommes impliqués seront tout à fait capables et prêts à recourir à la violence. Si — et quand — l’ouverture d’un nouveau centre d’hébergement pour demandeurs d’asile sera annoncée, ces hommes se présenteront en grand nombre.
La gauche et le mouvement ouvrier doivent intensifier leur mobilisation pour les combattre, eux ainsi que l’extrême droite en général. Nos syndicats doivent s’engager à mobiliser bien plus de monde, non pas pour de simples « marches dans l’unité » d’un point A à un point B, mais pour affronter cette nouvelle vague d’actions anti-migrants et pour s’organiser afin de protéger nos rangs.
Posté le 10 septembre 2026 sur le site de Workers Liberty.
14.09.2026 à 10:04
aplutsoc
L’excellent film « Fuck la planète » diffusé par Arte montre comment la négation de la crise climatique largement due aux émissions de gaz à effet de serre a été sciemment organisée par les entreprises capitalistes et leurs relais médiatiques et politiques, et a abouti à l’abandon de la perspective de combattre cette crise pour privilégier celle de l’« adaptation » à celle-ci, qui est impossible.
On doit à Jean-Robert Viallet et Jean-Baptiste Fressoz un excellent documentaire en trois parties intitulé « Fuck la planète, le choix du réchauffement », diffusé sur Arte le mardi 8 septembre 2026 et encore disponible en replay jusqu’au 7 avril 2027. Ce documentaire courageux, consacré au dérèglement climatique, est exceptionnel, car il insiste sur les véritables facteurs principaux responsables de cette crise mondiale du climat. Il montre bien qu’il ne s’agit pas de « la technique » ou des « énergies fossiles » en elles-mêmes, sans parler de « la nature humaine », mais du système économico-politique dont l’humanité est actuellement prisonnière, à savoir le capitalisme néolibéral, dont les États-Unis d’Amérique sont le parangon et le leader.
La prise de conscience du dérèglement climatique par la communauté scientifique ne fut pas immédiate. Commencée dans la première moitié du 19e siècle, elle se développa surtout dans la deuxième moitié du 20e. Elle aboutit à la compréhension du rôle de l’émission dans l’atmosphère des « gaz à effet de serre » (GES) (dioxyde de carbone, méthane et oxyde nitreux), notamment le premier, issu de la combustion du charbon, du pétrole et du gaz extraits des entrailles de la planète, dans la crise climatique, et de manière plus large dans la « crise de la biosphère ». La nécessité de changer de modèle économique s’imposa alors peu à peu, menant à des propositions comme les concepts de « développement durable », de « transition écologique » et de « décroissance ». Cette prise de conscience concerna progressivement quelques dirigeants, aboutissant à l’organisation de rencontres internationales et de « grand-messes » pour le climat et l’environnement. Toutefois, force est de constater que les retombées concrètes de ces réunions et des accords auxquels elles aboutissent régulièrement restent considérablement en deçà des annonces et des besoins, et que la crise de la biosphère continue de s’approfondir et de s’accélérer. C’est le mérite de ce documentaire de monter de manière très claire où se situent les responsabilités à cet égard : certes, les gouvernements y contribuent, mais c’est avant tout parce qu’ils sont pieds et poings liés inféodés aux capitalistes qui dirigent de fait nos sociétés.
Dès qu’ils comprirent que leurs activités très lucratives étaient menacées par la mise en évidence du rôle des techniques, reposant largement sur l’exploitation des combustibles fossiles, développées à grande vitesse et à grande échelle à partir de la Deuxième Guerre mondiale, les industriels, les banques, les actionnaires et les « lobbies » à leur solde mirent en branle toute une panoplie de contre-feux destinés à occulter ces informations, tout comme ils l’avaient fait pour le rôle cancérigène du tabac. Ils consacrèrent des sommes gigantesques à cette propagande négationniste, pour laquelle ils purent compter sur la collaboration pleine et entière de nombreux médias, de gouvernants, d’élus, de « penseurs » et « philosophes », mais également, pendant longtemps, d’organisations politiques et syndicales. Cette collaboration fut souvent stipendiée, plus ou moins directement, mais parfois également spontanée, motivée alors par des facteurs idéologiques contradictoires : de la part de la bourgeoisie, une croyance sans faille dans les qualités du système économique néolibéral et dans son inéluctabilité, la seule alternative possible en étant le système qualifié fallacieusement de « communiste », en vigueur, sous des formes légèrement différentes, en URSS, puis en Chine, en Corée du Nord et dans divers autres pays ; et de la part du mouvement ouvrier, une défense bec et ongles de la « croissance » capitaliste, considérée progressiste, contre la perspective de « décroissance », renommée « déclin des forces productives ».
Comme le montre bien ce documentaire, la persistance pendant des décennies de cette désinformation a contribué à retarder considérablement la prise de conscience de ces phénomènes par les populations, limitant pendant longtemps les mobilisations contre les industries responsables de ces agressions contre la biosphère. Dans ce film, la reconnaissance par les gouvernants de l’échec, devenu désormais patent, des conclaves internationaux « pour la planète », est interprétée de manière provocatrice, mais plutôt convaincante, comme un « choix du réchauffement ». Sa conséquence logique est que, puisqu’il est impossible d’arrêter la locomotive folle de l’économie capitaliste extractiviste, incendiaire et pollutionniste, qui entraîne une augmentation de la concentration atmosphérique de gaz à effets de serre, il faut désormais se concentrer sur l’adaptation de l’humanité à ces conditions nouvelles de vie, et bientôt de survie. Le troisième volet de ce documentaire, consacré à ce mythe de l’adaptation, présente quelques bonnes séquences (notamment en Indonésie) mais est malheureusement trop bref et ne rentre pas suffisamment dans les détails, sans doute parce que les auteurs du film ont bien compris que « l’adaptation » de l’humanité à des conditions de vie incompatibles avec les exigences incontournables de la biologie est impossible, mais les spectateurs auraient mérité à cet égard une illustration, sinon une démonstration plus claire de cette impossibilité.
Le film, s’il évoque à plusieurs reprises les mobilisations populaires « pour la planète », ou, comme le disaient certains manifestants, pour « changer le système, pas le climat », les présente de manière sympathique, mais plutôt anecdotique. Il ne transmet pas le message que seules de puissantes mobilisations populaires seraient susceptibles de mettre à bas ce système, c’est-à-dire, pour être concret, sortir du capitalisme et éviter le cataclysme civilisationnel dont la crise de la biosphère est porteuse. Son message final est donc fort débilitant. Un message plus positif à cet égard, tout en s’ancrant dans des informations réellement scientifiques, est-il possible ? Ceci d’autant plus que diverses autres questions non évoquées dans ce documentaire, comme le nucléaire, la pollution multiforme et massive, l’effondrement de la biodiversité, et depuis peu le développement monstrueux de l’IA, vont avoir des conséquences considérables sur la crise de la biosphère.
Pour en juger, il est nécessaire de se pencher de plus près sur les informations réellement scientifiques sur ces questions. Or ces informations sont, à divers égards, bien différentes de certaines images colportées par les médias ou même les organisations militantes. J’ai déjà, à de nombreuses reprises, évoqué ces questions [1], et j’ai l’intention d’y revenir lorsque ma santé le permettra, notamment en commentant plusieurs ouvrages intéressants parus récemment [2].
En tout cas, ce n’est pas « la planète » qui est la victime du capitalisme : qu’elle porte des humains ou non, de la biodiversité ou non, la planète s’en fout royalement. Bien d’autres planètes dans l’univers sont abiotiques, et cela ne les empêche pas d’errer sans but dans les immensités glacées. Le titre réel de ce documentaire devrait être en fait : « Fuck l’humanité ».
Alain Dubois, le 14 septembre 2026.
Publié initialement sur le blog L’Herbu
Notes
[1] Alain Dubois. • Le mouvement ouvrier et les Trois Terribles Tigres. 1. Introduction. L’Herbu, 19 janvier 2025. • Trois Terribles Tigres. 2. La science. L’Herbu, 20 mars 2025. • Il n’y aura pas de transition écologique. (1) L’effondrement est inéluctable. L’Herbu, 1e novembre 2025. • Il n’y aura pas de transition écologique.
(2) Les dominos du collapse. L’Herbu, 28 décembre 2025. • Il n’y aura pas de transition écologique. (3) Automobile et collapse : réformer le capitalisme ou sortir du capitalisme ? L’Herbu, 4 février 2026. • Face à la crise de la biodiversité. Première partie. L’Herbu, 22 août 2026. • Face à la crise de la biodiversité. Deuxième partie. L’Herbu, 22 août 2026.
[2] Nicolas Chevassus-au-Louis. Décroiscience. Agone, 2025. • Nathanaël Wallenhorst. Contenir l’emballement bio-climatique. Actes Sud Système Terre, N°1, 2025. • Bruno Villalba. Au-dessus du gouffre. Extinction du vivant et responsabilité politique. Actes Sud Système Terre, N°2, 2025. • Baptiste Morizot & Laurent Neyret. Liberté, dignité, habitabilité. Donner au siècle la valeur qui lui manque. Tracts Gallimard. 2026.
