Ce texte n’est pas un article de fond développé mais vise juste à poser quelques points, soumis à discussion, à propos de la crise révolutionnaire – car un soulèvement populaire qui affronte l’appareil d’Etat et commence à le disloquer, c’est une crise révolutionnaire – qui se produit actuellement en Bolivie. Sur ce sujet, 5 points. […]
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Ce texte n’est pas un article de fond développé mais vise juste à poser quelques points, soumis à discussion, à propos de la crise révolutionnaire – car un soulèvement populaire qui affronte l’appareil d’Etat et commence à le disloquer, c’est une crise révolutionnaire – qui se produit actuellement en Bolivie. Sur ce sujet, 5 points.
Ces évènements s’inscrivent certes dans la longue histoire bolivienne – les crises révolutionnaires de 1952, de 1971, de 1985, la guerre du gaz conduisant à l’arrivée à la présidence de Ugo Morales en 2003-2005, et la crise correspondant à sa chute en 2019. Mais il importe de les situer dans la situation globale actuelle : le président élu fin 2025, Rodrigo Paz, l’a été avec le soutien de larges secteurs « modérés » issus du MAS, l’ancien parti paysan-indigéniste, et finalement bourgeois-nationaliste (et extractiviste) de Morales. Or, une fois au pouvoir, R. Paz a tenté une stratégie du choc s’inscrivant dans les desiderata de Washington, de Trump et de Hegseth, le situant aux côtés des Milei et autres Bukele, produisant une explosion de soulèvements sociaux (paysans, mineurs, enseignants, camionneurs, masses pauvres de El Alto, etc.).
Aucune organisation de masse existante, héritières de la longue histoire de luttes révolutionnaires du prolétariat, notamment minier, et de la paysannerie, notamment des cocaleros, de Bolivie, ne représente ce mouvement et n’a de perspective à lui offrir. Toutes sont usées et divisées par des années de trahisons et de compromissions. Il en va ainsi des forces issues du MAS, organisations traditionnelles de la paysannerie aymara, et de la Centrale Ouvrière Bolivienne, la COB.
La recomposition d’une représentation politique efficace et démocratique des larges masses ne peut pas faire l’économie de l’internationalisme véritable, car le trumpisme et ses tendances à la recolonisation ne sont pas la simple répétition des actes de l’impérialisme yankee mais franchissent un nouveau seuil, qui s’insérer dans la recherche d’un partage impérialiste du monde avec les impérialismes russe et chinois (même si ce partage sera illusoire et ouvrira la voie à la guerre). Ainsi, au Venezuela, les « anti-impérialistes » maduristes et chavistes sont aujourd’hui le pouvoir d’Etat au service de Trump. Le campisme « anti-impérialiste » traditionnel, qui ne connait d’impérialisme que le nord-américain et soutient Poutine, est aisément retournable dans le sens de la collaboration avec Trump. Celle leçon vaut pour toute l’Amérique du Sud.
Le mouvement engagé en Bolivie est centralisé et unifié sur l’exigence de chasser le président Rodrigo Paz, contre le pouvoir exécutif et pour le liquider. Cette exigence est démocratique et fondamentalement juste, il faut la soutenir à fond. Mais pour être victorieuse, elle a besoin d’une perspective sur quoi faire en cas de victoire. L’exigence démocratique élémentaire est celle d’élections libres immédiates. Mais pour que ces élections soient réellement libres elles doivent être organisées par le peuple lui-même à travers ses organes d’auto-organisation, paysannes, les structures de la COB malgré la direction de la COB qui a peur du renversement du pouvoir, les comités de quartiers. On peut à nouveau dire ici que le mouvement vers les vrais soviets et le mouvement vers une assemblée constituante réellement souveraine et pas octroyée ni encadré (comme cela a été le cas sous une forme parlementaire au Chili ou sous une forme caudilliste sous Chavez au Venezuela) sont un seul et même mouvement. Faute de la discussion urgente d’une telle perspective, se contenter par exemple d’espérer que l’auto-organisation et la spontanéité pourraient tout submerger n’est qu’une manière de compléter l’ « action » des directions MAS et COB pour qui il serait imprudent de renverser le président.
Ce renversement, cedi dit, peut se produire malgré le manque de perspective et ceci serait une grande victoire prolétarienne et démocratique, rendant d’autant plus urgent l’action pour « les soviets et la constituante » telle que résumée au point précédent. Mais c’est justement pour cela qu’il faut être très méfiant envers le risque de contre-révolution armée. Armée, police et milices sont actuellement affaiblies et disloquées, mais Trump et Hedsegh trépignent et la Bolivie doit être considérée comme le lieu possible d’une agression militaire. Bien sûr ils y regardent à deux fois car un peuple dressé dans la lutte, c’est tout autre chose qu’un appareil d’Etat mafieux « anti-impérialiste » façon Venezuela. Par conséquent, la tache la plus urgence est bien entendu la mobilisation en soutien au peuple bolivien : contre toute intervention, pour le départ du président, et dans ce cadre soulever la discussion sur les points abordés ici.
Trois soirées exceptionnelles cette semaine pour mieux comprendre le régime dictatorial en Russie, ses appétits coloniaux et mortifères. Jeudi 18 juin 2026 à la Casa Consolat les camarades exilé·es de Fires of Freedom présenteront la violence du système liberticide, répressif et carcéral en Russie, les liens avec l’invasion de l’Ukraine et les manières de soutenir les militant·es écrasé·es dans […]
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Trois soirées exceptionnelles cette semaine pour mieux comprendre le régime dictatorial en Russie, ses appétits coloniaux et mortifères.
Jeudi 18 juin 2026 à la Casa Consolat les camarades exilé·es de Fires of Freedom présenteront la violence du système liberticide, répressif et carcéral en Russie, les liens avec l’invasion de l’Ukraine et les manières de soutenir les militant·es écrasé·es dans les prisons du régime.
Vendredi 19 juin 2026 à la Dar CSA, lors de l’événement de soutien aux réseaux des Mujawarat (lieux ressources pour poursuivre les luttes dans le chemin de l’exode), nous reviendrons sur la guerre technologique de la surveillance et des manières de s’en défaire.
Enfin samedi 20 juin à Manifesten, une projection du film « Le chemin de la liberté » sur les militant·es anti autoritaires dans la guerre sera suivie de la présentation du livre La journée des parents, par le père de Dmitri Petrov, anarchiste internationaliste russe tué lors de la défense de Bakhmout, enfin disponible en français. La soirée sera précédée dès 17h par un atelier d’écriture de lettres aux prisonnier·es en Russie, comme un écho concret à la première soirée.
Télécharger le numéro 20 de la revue Adresses – Internationalisme & Démocr@tie (PDF) On trouvera notamment plusieurs articles sur la renaissance du Bund juif dans le contexte actuel du conflit israelo-palestinien. Découvrir le sommaire :
TOUJOURS UNITAIRES, PARCE QUE C’EST TOUJOURS AUSSI NÉCESSAIRE ! Nous agissons dans un contexte politique marqué par un profond rejet de l’action des gouvernements successifs et en particulier de la Présidence d’Emmanuel Macron. L’extrême droite progresse, élection après élection, se nourrissant désormais d’émetteurs médiatiques puissants, d’un dégoût politique, de la décomposition de la droite traditionnelle, […]
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TOUJOURS UNITAIRES, PARCE QUE C’EST TOUJOURS AUSSI NÉCESSAIRE !
Nous agissons dans un contexte politique marqué par un profond rejet de l’action des gouvernements successifs et en particulier de la Présidence d’Emmanuel Macron. L’extrême droite progresse, élection après élection, se nourrissant désormais d’émetteurs médiatiques puissants, d’un dégoût politique, de la décomposition de la droite traditionnelle, mais aussi des renoncements et de la division de notre camp.
Pour la première fois, une victoire de l’extrême droite est possible lors de la prochaine élection présidentielle. Si c’était le cas, ce serait la pire défaite infligée aux milieux populaires et à l’ensemble des conquis sociaux. Si c’était le cas, ce serait l’obsession raciste, en particulier dans sa dimension islamophobe, aux commandes de l’État. Cela constituerait en outre une vraie menace pour nos libertés publiques.
Toute notre action doit être porteuse d’une double exigence : la volonté de rupture avec les politiques menées actuellement et tout faire pour empêcher la victoire du RN.
Dans ces conditions, la stratégie la plus efficace pour une victoire de la gauche et des écologistes est celle de l’unité dès le premier tour. C’est le prolongement de la stratégie de la NUPES en 2022 et du NFP en 2024 en l’adaptant aux échéances de 2027.
Nous sommes donc encore et toujours pour l’unité, car nous n’avons pas d’intérêts distincts des millions de jeunes, salarié·es, retraité·es, immigré·es, etc. qui subiraient rudement les conséquences d’une victoire du RN.
Un récit médiatique, mais aussi politique, dominant veut acter la défaite sans combat de la gauche, face à son ennemi mortel.
Mais beaucoup d’inconnues sont encore devant nous, du côté du PS, dont les contradictions internes font régulièrement vaciller la ligne et l’engagement au sein de FP2027, mais aussi concernant le PCF et les Ecologistes.
Nous savons désormais que les militant·es socialistes voteront le 9 juillet sur la stratégie du PS à la présidentielle.
LFI est entrée en campagne et profite de l’absence d’offre alternative à gauche. Mais, la possible unification du prétendu « bloc central » fera mécaniquement monter le seuil nécessaire pour atteindre le second tour. En outre, les sondages de deuxième tour, que nous prenons évidemment avec réserve mais qui influencent la conscience de millions d’électrices et d’électeurs, sont sans appel notamment pour JLM.
La lucidité face à cette situation ne doit pas nous désarmer mais au contraire nous encourager à l’action. Rien n’est figé, tout peut encore évoluer.
C’est pourquoi comme Générations, les Ecolos et Debout ! nous restons engagé·es en faveur d’une Primaire de la gauche et des écologistes, pour laquelle nous avons décidé de soutenir Clémentine Autain, désormais notre candidate. Nous réaffirmons la nécessité d’une candidature de rassemblement issue d’un processus démocratique, sur la base d’un projet de transformation de la société.
C’est pourquoi nous favoriserons toutes les initiatives locales ou nationales qui vont dans le sens de l’unité de la gauche face à l’extrême droite. Nous nous investirons dans la construction de cadres unitaires locaux, mobilisant la société civile organisée et les collectifs de citoyens pour une candidature commune sur la base d’un programme dans la continuité de celui du NFP, à l’élection présidentielle et aux élections législatives qui suivent.
Mardi 9 juin dernier, Aplutsoc a eu une visio avec le camarade wallon Selim, l’un des initiateurs du mouvement d’organisation des parents d’élèves belges en soutien et prolongement de l’importante vague de grèves et de lutte que connait tout le système scolaire en Wallonie et à Bruxelles, à une échelle nationale donc (la Flandres malgré […]
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Mardi 9 juin dernier, Aplutsoc a eu une visio avec le camarade wallon Selim, l’un des initiateurs du mouvement d’organisation des parents d’élèves belges en soutien et prolongement de l’importante vague de grèves et de lutte que connait tout le système scolaire en Wallonie et à Bruxelles, à une échelle nationale donc (la Flandres malgré son imbrication dans la Belgique avec Bruxelles et la Wallonie, constituant une autre nation). Nous le remercions de son intervention à la fois vivante, et même passionnée – et passionnante- sur ce qui constitue un mouvement de fond, une lame de fond de toute première importance, et nous essayons dans cet article, à partir de nos notes, d’en restituer une partie de la substantifique moelle.
Des forces réactionnaires sont au pouvoir en Belgique, que l’on peut clairement situer dans l’axe Trump/Poutine, et dans le cas de la Wallonie, le MR, Mouvement Réformateur, parti bourgeois traditionnel, est aujourd’hui en pleine dérive trumpienne. La Fédération Wallonie Bruxelles (FWB) ou Communauté Française de Belgique est actuellement gouvernée par une alliance de ce parti et des Engagés, l’ancienne démocratie chrétienne en pleine recomposition. Les forces de gauche, dans l’opposition, comportent le vieux PS, les Ecolos et un parti qui s’est fortement développé, un peu par défaut, dans le monde ouvrier ces dernières années, le PTB (Parti du Travail de Belgique), de moule stalinien et confronté à des problèmes inédits avec ses adhérents et ses élus depuis qu’il a des positions institutionnelles.
Si le système institutionnel belge dépayse complétement des militants français habitués à la centralisation et, comme nous, à la recherche de l’offensive sociale et politique contre le pouvoir central, et offre une sorte de toile d’araignée dans laquelle on peut se perdre mais qui comporte aussi bien des brèches possibles, la nature des réformes « libérales », ou illibérales d’ailleurs, s’attaquant au système scolaire, faisant suite à des mesures graves contre les retraites et contre les droits des chômeurs, ne peut, elle, nous étonner, chantant une musique que nous connaissons aussi.
Mais en pire : la mesure phare du projet de « décret-programme », exclusivement et ostensiblement motivé par des nécessités d’ « économie » et de « remboursement de la dette », est une hausse de deux heures du temps de travail des enseignants, de 22 heures de cours hebdomadaires à 24, sans hausse de salaire !
D’autres mesures équivaudraient, en France, à des attaques contre les Réseaux d’Enseignement Prioritaire et à des mesures du type « choc des savoirs ». Les aides aux cantines sont rabotées, les droits d’inscription des étudiants (le « minerval ») fortement augmentés, etc. Une charge tout azimut qui frappe avant tout les plus pauvres, et qui intervient après que la Belgique ait connu de grandes journées d’action syndicales contre les précédentes mesures visant les chômeurs et les retraites. Et des négociations officielles, mais tronquées et trompeuses, avec les organisations syndicales.
« Jusque-là, tout va bien » (pour les dominants) – avec des limites toutefois car les manifestations contre les premières mesures anti-sociale du gouvernement « Arizona », sans aboutir, ont montré la puissance sociale potentielle, formant en somme le préambule de ce qui se passe à présent.
L’irruption du nouveau se produit en mars 2026 et prend justement le nom de Mars Attacks, référence à ce vieux film de SF humoristique. Ce sont des collectifs de profs, nullement antisyndicaux mais constitué en dehors et à côté des syndicats, qui disent à ceux-ci qu’ils peuvent négocier ou faire semblant, mais que l’important c’est que s’organise de manière horizontale le réseau de celles et ceux qui disent tout simplement « NON», exigent le retrait, et qui, pour leur part, ne s’engageront dans aucune négociation.
De 10 écoles au départ, le réseaux Mars Attacks en regroupe maintenant des centaines (sur un peu plus d’un millier, donc sans doute la majorité à présent), en ayant appliqué le principe de considérer qu’une école, un établissement ou une « académie » (les écoles communales optionnelles telles que les conservatoires, etc., attaquées elles aussi), fait partie du réseau quand la majorité des personnels qui y travaille s’est réunie pour y adhérer.
Mars Attacks a instauré au printemps une ambiance de grève active associant le plus de monde possible, même quand il n’y a pas grève mais des actions diverses cherchant à affirmer la volonté collective, à impulser des discussions et à faire parler les médias.
C’est à partir de cette cassure qu’il y a une lame de fond. La référence à Mars est puissante. Elle signifie : nous sommes, par rapport à vous – les institutions, le MR, et aussi dans une certaine mesure les directions des syndicats dont les mêmes personnels sont membres – nous sommes les Martiens. Mais au fond, nous sommes la réalité. Les Martiens sont les Terriens !
Le récit de Selim nous a fait saisir le développement vivant, et les contradictions, d’une irruption de l’auto-organisation par vagues successives d’élargissement, faisant qu’à présent, le noyau de Mars Attacks, car le réseau horizontal a quand même un noyau politisé étroit, se trouve à son tour largement débordé, avec quelques tensions que l’on sent sur les itinéraires de manifs par exemple.
En effet, la mise en mouvement des personnels a été suivie de celles des élèves, l’équivalent des lycéens en France, dans une large mesure semble-t-il aussi des collégiens, et des lycéens professionnels, l’entrée en mouvement massif des étudiants semblant ne se faire que maintenant.
Les jeunes s’organisent avec une rapidité foudroyante, fonctionnant avec leurs portables, réinventant « en temps réels » les tactiques de regroupement-dispersion dans la rue pour tromper la police, formant des piquets mobiles que les profs, mais à un rythme plus lent, avaient initiés.
Là-dessus, Selim lui-même et quelques autres ont lancé Parents Attacks et ont été saisis par un succès foudroyant, des milliers de personnes rejoignant des groupes Facebook qui débouchent, il faut le préciser, sur des rencontres « réelles » avec une inventivité croissante dans l’élaboration des pancartes, des mots d’ordre, et dans la discussion qui part sur l’école et la société qu’il nous faudrait.
Profs, élèves, parents : c’est progressivement, mais de moins en moins lentement, donc de plus en plus vite, toute la société qui s’ébranle par elle-même. C’est un mouvement qui, comme tout vrai mouvement de classe, construit et procure confiance et conscience, simultanément. Et donc les différentes strates se brassent dans l’action.
Ainsi, voici quelques jours, à Spa, dans la région de Liège, une élève de 15 ans demande à Parents Attacks comment lancer le mouvement, faire une réunion, rassembler tous les élèves, etc. Et c’est de là que partent grève et mobilisation des écoles et établissements de la ville, qui entrent tous dans la danse en une journée.
Le jeudi 4 juin, le mouvement s’est centralisé à Bruxelles vers le parlement où le décret-programme devait être soumis à discussion et vote. Si les 3 représentants PS, Ecolo et PTB se sont bien comportés dans cette affaire, les dirigeants MR et Engagés ont violé les règles parlementaires en imposant une procédure accélérée qui n’a aucun précédent, et pas de fondement légal. Et dans le même temps les violences policières se sont déchainées en ciblant les jeunes dans et autour, et surtout après, l’énorme manif de dizaines de milliers de participants. C’était une manif organisée par en bas, sans défilé ni cortège mais ceinturant la « zone neutre » de Bruxelles où se trouvent le parlement et le palais royal, conduisant la centrale chrétienne des employés à délivrer de nombreux préavis de grève, au delà de l’enseignement.
Ainsi, devant l’irruption des larges masses, le pouvoir veut passer en force et jette aux orties ses anciennes normes constitutionnelles et réglementaires.
A la suite des évènements du 4 juin, Selim nous a fait ressentir une relative désynchronisation entre Bruxelles et toutes les villes, bourgs voire villages de la Wallonie. Le décret-programme a été adopté. Bien que des procédures judiciaires soient engagées pour le faire annuler en raison de la procédure irrégulière, la mobilisation désormais exige l’annulation et la non-application d’une mesure « légale ». Elle pourrait s’émietter et reculer. Mais ce n’est pas le cas.
Manifestement, elle s’approfondit. On ne dira pas qu’elle s’étend au sens géographique, car la Wallonie, c’est très peuplé et pas très grand, mais qu’elle gagne toutes les couches de la jeunesse et de larges secteurs de la société et du monde du travail. A travers l’école, parce que les jeunes sont entrés dans la bagarre, et que leur sujet, c’est l’avenir, ce sont la société, les rapports sociaux et la nature du pouvoir qui sont en cause.
Vous l’aurez senti, on parle ici de révolution, quelle que soit la suite, que ça monte encore ou que ça retombe il y aura un avant et un après. « La révolution sera enfantine ou ne sera pas », nous dit Selim. On dira même plus : c’est parce qu’elle est enfantine qu’elle est la révolution. Et, on l’a bien senti, et c’est très important, c’est un plaisir !
Liège : toutes les écoles, des dizaines, bloquées par les parents. A Liège, un jugement à la demande de « 5 parents d’élèves » a voulu casser le piquet massif devant l’école Saint-Véronique : ce matin, un piquet de masse a empêché cette opération.
Cependant, la nature des mobilisations à Bruxelles a été dominée depuis le 4 juin, d’une part par la thématique de la « lutte contre les violences policières », tout à fait normale il est vrai (il y a un problème avec la police à Bruxelles, d’autant que les effectifs de « maintien de l’ordre » à l’échelle du pays sont en réalité très légers !), mais qui tend, comme thème traditionnel ayant ses spécialistes, à passer devant l’exigence maintenue de non-application et de retrait du décret-programme portant à travers elle et la question du pouvoir politique (le MR s’effrite dans les sondages comme jamais) et celle de la nature et du pourquoi de la société. En fait, le rejet des violences policières et le mouvement contre le décret-programme et pour l’école peuvent et doivent se combiner en un grand mouvement de protection de la jeunesse, pour lui donner les coudées franches pour qu’elle agisse par elle-même.
D’autre part, des forces politiques et associatives ont organisé une manifestation à Bruxelles hier, dimanche 14 juin, en relation avec la tenue du G7 en Suisse, sous le mot-d’ordre La justice sociale pas la guerre. C’est notamment l’occasion pour le PTB, totalement extériorisé sur le terrain par rapport à une auto-organisation que non seulement il ne comprend pas, mais qu’il ignore, de se remettre en avant sur le thème de « la paix », hostile à la résistance ukrainienne et allant jusqu’à permettre l’apparition de drapeaux du régime iranien dans la manifestation. En fait, tenir une « manifestation centrale » sur ce thème est une manière de s’opposer à l’auto-organisation des larges masses de Wallonie et de Bruxelles telle qu’elle existe réellement. Le campisme international s’oppose directement à la lutte des classes à l’échelle nationale.
Dans les profondeurs du pays le mouvement s’étend et s’engage à être là à la rentrée prochaine, tout en mettant en cause, tout de suite, la tenue des examens. La tension monte dans beaucoup de villes où les directions d’écoles cherchent à casser les piquets au motif des épreuves certificatives externes de fin de cycles pour les élèves, qui doivent débuter ce jeudi 18 juin. Les petites manifestations et les piquets déferlent dans les campagnes et les bourgs, avec souvent des RDV tous les matins devant des écoles ou sur des ronds-points (ce qui nous rappelle quelque chose en France), et une forte couverture par les chaînes TV régionales. Des assemblées de base rédigent leur « contre-décret » disant ce que sont les vrais besoins. Marx Attacks appelle à ne pas centraliser les copies des examens et à en apporter des photocopies au ministère le 1° juillet, en invitant le ministre à les corriger lui-même. Non, cela ne va pas s’arrêter.
« Il pleut. Elle sont trois à avoir planté leur camp au feu rouge, l’une d’elle est l’institutrice de ma fille. A chacune son ciré, à chacune sa pancarte. « Aidez-moi à remplir le cartable de mes élèves », jette l’une. « Klaxonnez pour l’enseignement » lance l’autre. … ces trois femmes étaient parties pour rester le temps qu’il faut, et chaque voiture – je dis bien, chaque voiture – qui passait ajoutait son klaxon à la cause. Le boulevard retentissait, le ciel était gris à se pendre et c’était un chouette début de journée.«
Lors de la séquence militaire ouverte par le débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie, la question de la libération du territoire français par le peuple français lui-même a amené différentes réponses dont les implications étaient fort divergentes. Ainsi, les trotskystes français publiant le journal La Vérité lancèrent le mot d’ordre « Pour que la […]
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Lors de la séquence militaire ouverte par le débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie, la question de la libération du territoire français par le peuple français lui-même a amené différentes réponses dont les implications étaient fort divergentes.
Ainsi, les trotskystes français publiant le journal La Vérité lancèrent le mot d’ordre « Pour que la défaite de Hitler soit la victoire des travailleurs ! ». Ce qui voulait dire explicitement « pour que la défaite de Hitler ne soit pas la victoire de ses rivaux impérialistes » installant leur paix impérialiste et la reprise de la vie normale du capitalisme refaisant ses profits et pansant ses plaies des crises qu’il avait générées et subies depuis 1918, mais le début du renversement du capitalisme fauteur de guerre, de chômage et de misère par la prise du pouvoir par les travailleurs en France, mais aussi dans le reste de l’Europe libérée du joug nazie. Ce mot d’ordre impliquait une mobilisation militaire autonome du peuple travailleur d’une façon permettant aux soldats du rang de la Wehrmacht de se débarrasser des officiers réactionnaires prussiens comme des gestapistes et nazis patentés, et d’emprunter de nouveau la voie ouverte par leurs aînés du 9 novembre 1918.
Il s’agissait clairement de rendre possible la réitération de 1918, soit l’effondrement de l’armée impériale allemande par la révolution des soldats et des marins qui refusaient de continuer à sacrifier leurs vies pour la gloire du Kaiser et les profits des Krupp et consorts.
À l’opposé de cela, les dirigeants staliniens du PCF proclamèrent « A chacun son Boche ! ». Il s’agissait de ne pas distinguer entre officiers nazis et soldats du rang, entre tortionnaires, bourreaux et travailleurs enrôlés de force sous l’uniforme gris. Tous étaient coupables d’être « boches » donc nécessairement nazis, donc voués à être indistinctement les cibles du feu. Il ne fallait surtout pas que les hommes du rang de la Wehrmacht se rebellent contre le corps des officiers, contre le régime nazi. La stratégie du PCF, sur les ordres de Staline, était que la fin de la guerre, connue depuis sous le terme de Libération, ne soit pas l’acte d’ouverture de la révolution, comme en Russie en 1917, comme en Allemagne en 1918. Au mieux, les travailleurs n’auraient qu’à se contenter de quelques « jours heureux » et de De Gaulle au pouvoir.
« A chacun son Boche ! » interdisait non seulement la fraternisation anti-nazie des travailleurs français et allemands, mais ce slogan visait aussi l’interdiction de la lutte de classes en Allemagne, la préservation du régime nazi aux abois.
Staline, par le moyen de l’occupation militaire de la partie orientale de l’Europe, obtint une extension considérable du pouvoir de la bureaucratie soviétique en tant que classe exploiteuse. Pour la partie du continent que Guépéou et armée « rouge » ne pouvaient capturer pour y installer le pouvoir de clones du PCUS, les consignes étaient de favoriser des pouvoirs bourgeois enclins à collaborer avec Moscou. Tout sauf le pouvoir aux travailleurs entamant partout la dénazification des États, l’instauration d’une démocratie authentique et l’expropriation des capitalistes !
« À chacun son boche ! » et « responsabilité collective du peuple allemand » servirent largement à justifier l’occupation et l’éclatement de l’Allemagne par les puissances alliées, débouchant non pas sur une dénazification, mais sur la reconstruction capitaliste de l’Allemagne.
Entre 1944 et 1948, outre les millions de femmes allemandes (ou polonaises aussi au passage …) subissant les viols des soudards de Staline, les populations allemandes des Sudètes en Tchécoslovaquie, de Prusse orientale et de Poméranie furent expulsées de territoires qu’elles habitaient depuis des centaines d’années.
En agissant ainsi, les staliniens, à leur façon, abolissaient la lutte des classes remplacée par la discrimination et l’oppression nationale.
Si nous faisons ce rappel historique, c’est pour dresser un parallèle avec un problème politique contemporain : celui du boycott académique et culturel touchant de façon indiscriminée tous les citoyens israéliens, partisans ou adversaires de l’occupation. Ces jours-ci, la campagne lancée contre le réalisateur israélien Nadav Lapid invité au festival international du cinéma FID Marseille constitue un exemple criant de cette stratégie visant à amalgamer tous les citoyens israéliens à l’action de l’État d’Israël et aux crimes des gouvernements et courants politiques sionistes et ultra-réactionnaires contre les Palestiniens.
Nadav Lapid par son œuvre cinématographique suscite l’ire et la censure des colons en Israël même ; il récolte la censure à Marseille en se voyant assimilé à ceux qui veulent le faire taire en Israël.
Cette affaire venant après la vendetta lancée contre le dessinateur Johan Sfar quelques jours auparavant, toujours à Marseille, toujours dans le milieu de la culture, relève d’une démarche antisémite sous prétexte d’anti-sionisme.
Elle permet aussi de lever le voile sur la stratégie réelle de certains courants. Les mollahs iraniens comme le Hamas et le Hezbollah sont clairs sur le sujet : pour eux, un seul objectif, la destruction de tout État israélien, et les Juifs à la mer. Pour d’autres dans la gauche internationale, sous prétexte de combattre l’oppression nationale des Palestiniens, le but se réduit à s’opposer à une oppression nationale par son simple retournement.
La question Israël/Palestine relève d’un cas, somme toute classique dans l’histoire de l’humanité, d’oppression nationale, entre deux groupes nationaux revendiquant des droits sur un même territoire. Il y a deux façons de traiter le problème : soit l’éradication, l’anéantissement de l’un des deux groupes nationaux, but commun du Hamas et des Nétanyahou, Ben Gvir et Smotrich, soit la recherche d’une solution politique juste par des moyens démocratiques.
La solution du conflit pourrait être celle des deux États coexistants avec des droits égaux dans un cadre pacifique juste et durable, ou celle d’un État binational. Après 78 ans de conflit, nous ne savons rien de ce que sera l’issue positive de ce conflit. Pour l’instant, nous ne connaissons que le versant négatif de l’histoire : les massacres, les injustices, l’oppression, leur répétition sur des générations. Par contre, si l’on se situe dans une perspective émancipatrice, on ne pourra que rechercher le moyen de la mobilisation commune des Arabes palestiniens et des Juifs israéliens contre l’occupation, contre le massacre qui continue à Gaza, contre l’annexion, de moins en moins rampante, de la Cisjordanie avec les expulsions et expropriations de ses habitants palestiniens. C’est pourquoi, il faut soutenir l’action de mouvements comme Standing Together et rejeter toute tentative de boycott à leur égard.
C’est pourquoi, il est nécessaire de dénoncer le boycott académique et culturel visant Nadav Lapid.
A l’opposé du « A chacun son Boche, surtout s’il est juif … », développons le soutien aux luttes communes qui permettront la victoire sur les forces politiques réactionnaires de toute la région.
OD, le 10 juin 2026.
Document
« Inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel » : plus de 350 personnalités en soutien au cinéaste israélien Nadav Lapid
Tribune parue dans Le Monde le 8 juin 2026.
Les pressions exercées ces dernières semaines autour de la présence du réalisateur Nadav Lapid à la prochaine édition du FID Marseille ne peuvent être passées sous silence.
Appels au boycott du festival, menaces adressées à ses partenaires et à ses financeurs, campagne d’intimidation menée par certaines personnalités du monde du cinéma, retraits de films : tout a concouru à empêcher sa participation.
D’abord comme membre du jury, fonction à laquelle le festival a décidé de renoncer sous la pression, puis finalement comme cinéaste invité à présenter un de ses films et à rencontrer le public lors d’une masterclass qui ne peut in fine se tenir dans les conditions d’un véritable échange, compte tenu du climat entourant sa venue. À mesure que les semaines passaient, ce n’était plus le rôle de Nadav Lapid au sein du festival qui posait problème, mais sa pure et simple présence.
Il ne s’agit pas d’un désaccord critique ni d’un débat artistique. Il s’agit d’une volonté d’écarter un cinéaste d’un espace de discussion et de création. Et cela appelle une réaction claire, non parce qu’elle viserait une personne en particulier, mais parce qu’elle engage une certaine idée du cinéma et de la culture.
Il faut d’abord reconnaître le contexte dans lequel ces mobilisations prennent place. Face à la logique génocidaire déployée actuellement contre le peuple palestinien à Gaza et face à l’impuissance des institutions politiques et à la faiblesse des réponses collectives, nombre de personnes cherchent légitimement des formes d’action. Les questions de solidarité, de responsabilité et de résistance traversent aujourd’hui le monde culturel. Elles méritent d’être discutées sérieusement, tant elles engagent des enjeux politiques et éthiques majeurs.
Mais ce qui est en jeu ici est plus simple : un artiste est réduit à sa nationalité. Car enfin, en quoi la présence d’un cinéaste dans un jury ou la présentation de l’un de ses films feraient-elles de lui le représentant d’un État ? Inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel, mais reconnaître une œuvre, un parcours et une pensée du cinéma. Dès lors, comment Nadav Lapid, dont le travail s’est construit depuis de nombreuses années dans une critique frontale des politiques menées par les différents gouvernements de son pays, au prix de prises de risque réelles, et qui a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l’anéantissement de Gaza, pourrait-il être assimilé à une quelconque forme d’ambassade culturelle israélienne ?
Il faut nommer ce déplacement pour ce qu’il est : une logique d’assignation. Mais cette affaire révèle aussi quelque chose de plus large. À travers elle, c’est notre capacité collective à penser le rôle de la culture dans les moments de crise politique qui se trouve fragilisée. Au lieu d’ouvrir une discussion sur les formes possibles de résistance, sur la manière dont le cinéma peut participer à une réflexion collective face aux violences fascistes du présent et dont cet art représente une réponse à des formes et des discours dominants, nous assistons à la multiplication de logiques d’intimidation qui ferment précisément cet espace de vision, de pensée et de lutte.
À la place, on voit s’imposer un langage fondé sur la menace, auquel les institutions répondent souvent par la peur, en cherchant avant tout à éviter les conflits. Le paradoxe est alors cruel : celles et ceux qui exercent ces pressions et intimidations obtiennent parfois gain de cause en faisant disparaître l’objet de leur contestation, mais, ce faisant, ils et elles effacent aussi la possibilité même d’un échange.
À force de transformer des désaccords stratégiques en procès de légitimité, le risque est assurément de voir se multiplier les attaques contre celles et ceux qui partagent pourtant les mêmes objectifs. Une culture de la suspicion s’installe alors là où devrait exister un espace de discussion.
Or la seule manière de sortir de cette impasse est de ne pas avoir peur du débat réel, de la contradiction et même de l’inconfort. Il faut pouvoir discuter de la Palestine et d’Israël, des formes de résistance et de solidarité, et du rôle des artistes sans que ces discussions ne débouchent systématiquement sur des mécanismes de disqualification qui confinent au simplisme le plus désolant.
Le cinéma ne peut demeurer un espace critique qu’à condition de résister à cette logique. Non pas en se tenant à distance des conflits du monde, mais en refusant d’en reproduire les simplifications les plus brutales. Les films de Nadav Lapid peuvent être discutés, contestés ou rejetés. Encore faut-il les voir. La critique suppose la connaissance ; la mise à l’écart repose souvent sur l’ignorance.
Ce qui est en jeu dépasse un nom, un film ou un festival. C’est la possibilité de maintenir, au sein de la culture, des lieux où l’échange demeure possible et où la pensée n’est pas sommée de se plier aveuglément à des logiques d’assignation.
C’est cette possibilité qu’il importe aujourd’hui de défendre.