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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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31.10.2026 à 12:14

L’irruption des plus jeunes en France. VP.

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Cet article est destiné au journal Pages de Gauche, journal socialiste vaudois (Suisse). Le mouvement lycéen français, plus puissant mouvement de la jeunesse depuis bien des années – sans doute depuis 1968 ! – a percuté la situation politique et a un impact international. Deux écueils sont à éviter pour bien le comprendre. Premier écueil : ce […]
Texte intégral (1476 mots)

Cet article est destiné au journal Pages de Gauche, journal socialiste vaudois (Suisse).

Le mouvement lycéen français, plus puissant mouvement de la jeunesse depuis bien des années – sans doute depuis 1968 ! – a percuté la situation politique et a un impact international. Deux écueils sont à éviter pour bien le comprendre.

Premier écueil : ce phénomène n’est pas seulement français, il s’inscrit dans un processus mondial, dit de la « GenZ ». Mais sa forme française l’amplifie et le relance.

Deuxième écueil : ne prenons pas ce mouvement pour une répétition de ceux du passé. Même pas de mai 68. C’est l’irruption du nouveau. Et le nouveau, c’est une génération qui sait d’avoir rien à perdre, ne pas avoir d’avenir dans l’ordre social existant.

En France, ils ont subi le basculement climatique de 2026 et les médias leur promettent comme avenir immédiat : Le Pen présidente. D’où l’explosion, avec des revendications immédiates claires et précises : pourvoir tous les postes de profs, alléger les effectifs par classes, revoir les emplois du temps éclatés par les réformes Macron-Blanquer du lycée, adapter les bâtiments au changement climatique, et abroger Parcoursup, la principale réalisation des tristes années Macron avec sa contre-réforme visant les retraites !

Il est passionnant de voir cette génération, souvent des très jeunes (14-16 ans) et souvent des filles, entrer en mouvement, s’exprimer, s’aguerrir. Dans les manifs et les blocus, j’ai été frappé du dimorphisme filles/garcons. En clair, vive les filles ! C’est principalement par elles que les pancartes fleurissent, comme dans les manifs américaines ou ukrainiennes.

On les dit non-lecteurs ou non-lectrices, c’est totalement faux, mais la lecture de chaines Telegram est un sport de combat qu’ils savent pratiquer. Humour et déguisements sont au rendez-vous, surtout face à la violence. Les « battle d’aura », renouvelant un genre qui remonte à l’Iliade, régulent parfois les relations de groupes, voire les antagonismes filles/garçons !

Tout commentaire traitant ces enfants et ces jeunes comme saturés de biens de consommation passerait à côté du réel. Car elles et ils savent l’essentiel : la privation d’avenir, d’existence dans le monde, de raison sociale, que leur promet l’ordre existant. Cette privation fait d’elles et d’eux, au sens existentiel, des prolétaires.

Démarré à Mayotte puis à Créteil sur les revendications indiquées, le mouvement s’est étendu à la banlieue parisienne et s’est généralisé nationalement à travers les journées du 26 septembre (manifs pour l’urgence climatique) et du 29 (grève de la fonction publique, montée des pompiers à Paris). A partir de là, la politisation radicale des mots-d ‘ordre est frappante, car ils mettent en cause Etat, pouvoir et société : Macron démission et La jeunesse emmerde le Front National, enchainé l’un après l’autre, A bas l’Etat, les flics et les fachos !

C’est une radicalisation spontanée de l’expression lycéenne qui s’est produite, et qui porte à incandescence toute la situation politique : ils passent directement du rejet de Macron à celui de Le Pen, refusant le maintien du premier et l’élection de la seconde, mettant en cause de fait la légitimité des institutions de la V° République, présidentielle comprise, à laquelle d’ailleurs beaucoup d’entre elles et eux ne peuvent voter, n’ayant pas 18 ans.

LFI est entré dans les manifs – comme il se doit pour tout mouvement voulant être dans le réel ! – mais n’est pour rien dans cette explosion, n’ayant que la présidentielle comme perspective. Et les slogans « radicaux » ne viennent pas des organisations d’extrême gauche elles aussi légitimement présentes parmi eux : ils alternent avec … la Marseillaise, redevenue soudain, par les voix stridentes de milliers de jeunes filles, le chant de marche d’une armée révolutionnaire en construction !

Il est, par contre, incontestable que la violence immédiate de la répression a contribué à ce très rapide murissement politique. Les lycéens en France n’ont de droits démocratiques qu’étroitement encadrés, surveillés et coachés, fut-ce avec « bienveillance », dans les établissements : pas possible de faire une AG lycéenne comme ce fut le cas jusque dans les lointaines années 1990, les « blocus » leur ont succédé, prétexte à interventions policières et terrain pour les violences de bandes. C’est une effroyable violence qui s’est abattue sur les jeunes. On ne compte plus les yeux crevés, mains arrachées, mâchoires détruites, et les 10 000 (ce cap va être franchi ce jour, aucun doute) gardes à vue dans des conditions souvent indignes. Le gouvernement a espéré, à chaque étape, utiliser la violence pour étouffer et éclater le mouvement, et à chaque étape cela s’est retourné en son contraire.

La violence est aussi le fait de bandes délinquantes et de jeunes saisissant l’opportunité de gros pillages ou de menus larcins, mais le déclenchement du cycle fournissant le terrain à ce type de violence a toujours été l’initiative policière directement décidée par le ministre de l’Intérieur Nunez et les préfets à ses ordres. Et, depuis le 24 octobre, s’y sont ajoutées les agressions de groupes de nervis néonazis protégés de fait par la police – sans que l’on puisse dire si ceci fait partie des provocations de l’Etat ou si cela lui échappe, l’extrême droite étant bien présente dans les rangs policiers – dans une trentaine de villes.

Le 17 octobre, premier jour des vacances scolaires, le mouvement lycéen combiné aux Gilets jaunes, dont la structure de coordination autoproclamée est issue des groupes organisateurs des manifs pour l’urgence climatique de fin septembre, a réalisé avec lui le regroupement de larges secteurs du salariat et du syndicalisme. Les violences, notamment les pillages à Paris, Marseille, et l’incendie de la mairie de Limoges attribué à de supposés « ultra-gauche » d’une manière non démontrée à ce jour, ont servi à tenter d’effacer la portée de cette journée, qui a vu largement plus d’un million de manifestants.

Le samedi suivant, 24 octobre, le facteur d’ordre a été la cohésion des manifestants, le facteur de désordre fournissant le terreau des violences et des pillages a été la série d’interdictions désordonnées des préfectures, et le facteur d’ordre du million, à nouveau, de manifestants, a eu le dessus : victoire politique et morale sur le pouvoir.

C’est précisément à ce moment que les milices néo-nazies sont apparues dans plusieurs villes, et qu’un crime raciste, tentative de crime de masse, s’est produit à Trappes, en banlieue parisienne, leur auteur disant vouloir tuer des noirs et des arabes pour venger les commerçants victimes des manifestants …

Ces lignes sont écrites samedi matin 31 octobre. Les visuels humoristiques sur Halloween ont fait paniquer le ministre de l’Intérieur qui menace maintenant de faire arrêter des gamins déguisés. La rentrée scolaire est dans deux jours, et jeudi 5 novembre toutes les centrales syndicales appellent à une journée de grève.

Tout le monde a à l’esprit l’hypothèse de la grève générale. Mais il faut comprendre que la grève générale n’est pas la multiplication des grèves et ne vise pas à faire céder le pouvoir, mais qu’elle survient parce que l’existence même du pouvoir est en jeu et qu’il faut le chasser. Quant à céder sur les revendications, le pouvoir cherche à faire croire qu’il le fait sans le faire, commençant de fait à vaciller sur Parcoursup, ce totem du macronisme.

On dit souvent en France qu’après le second tour d’une élection présidentielle, il y a un « troisième tour social ». La même jeunesse qui a fait tomber Vusic en Serbie et battu Bolsonaro au Brésil vient de mettre, en France, le troisième tour avant le premier tour. C’est un commencement !

Vincent Présumey, 31/10/26.

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31.10.2026 à 09:44

» Nous avons eu quelque chose ; déjà, on a la peur du gouvernement. » par L.D.

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Voilà ce qu’a déclaré ce lundi un leader lycéen en sortant de la rencontre avec le gouvernement. L’acte 3 de la mobilisation, prévu demain samedi jour d’Halloween, va dans ce sens. Le gouvernement a peur : Il mobilise à nouveau 70.000 policiers tous corps confondus, comme samedi dernier, au motif que les réseaux sociaux seraient […]
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Voilà ce qu’a déclaré ce lundi un leader lycéen en sortant de la rencontre avec le gouvernement.

L’acte 3 de la mobilisation, prévu demain samedi jour d’Halloween, va dans ce sens.

Le gouvernement a peur :

Il mobilise à nouveau 70.000 policiers tous corps confondus, comme samedi dernier, au motif que les réseaux sociaux seraient saturés d’appels à un Halloween digne de la saga américaine ultra-violente, La Purge, dont le concept est simple : pendant une nuit, tout est permis, la police n’intervenant plus.

Le gouvernement a peur :

Alors que les interdictions de manifester et les couvre-feux sont ou désavoués par la justice administrative (exemple : Limoges) ou bien bafoués par les manifestant-es (exemple : Bordeaux), les arrêtés pris par les préfets, bras armés du gouvernement, tombent comme à gravelotte à la dernière minute, ce qui rend leur contestation quasi impossible.

Ce sont désormais des restrictions ubuesques qui sont édictées à l’encontre des personnes costumées en vue d’Halloween : pourtant l’horreur, ce sont des manifestant-es mineurs – et même des badauds – mutilés par un usage non seulement excessif mais indistinct de la force !

Le gouvernement a peur :

Il compte augmenter le SMIC dès le mois prochain, plus exactement d’avancer sa hausse mécanique qui devait intervenir en janvier 2027, pensant ainsi désamorcer la colère sociale.

En réponse, le MEDEF fait la moue. Certes, 15 euros d’augmentation ne vont pas changer grand chose pour les 14 % de smicard-es que compte le salariat mais celle-ci pose la question de l’augmentation générale des salaires.

CONTINUONS A LES EFFRAYER !

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30.10.2026 à 11:14

26-27 : jeunesse et révolution. Par Vincent Présumey.

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La marée. Si l’irruption de la jeunesse dans la lutte des classes en France a rapidement posé la question du pouvoir, cette question que les forces politiques existantes veulent ramener à la présidentielle, ce serait cependant une erreur que de considérer que cette explosion est un phénomène « français ». Elle s’inscrit clairement dans une vague mondiale, […]
Texte intégral (3953 mots)

La marée.

Si l’irruption de la jeunesse dans la lutte des classes en France a rapidement posé la question du pouvoir, cette question que les forces politiques existantes veulent ramener à la présidentielle, ce serait cependant une erreur que de considérer que cette explosion est un phénomène « français ». Elle s’inscrit clairement dans une vague mondiale, dite de la « GenZ », et rassemble dans ses traits ceux des mouvements précédents, tant écologistes (mobilisations pour le climat) que féministes (MeeToo), que les « révolutions arabes » et les « éruptions » sociales telles que les Gilets jaunes.

Les années 2025-2026 voient une marée mondiale de mouvements de la jeunesse sans équivalent depuis 1968, et probablement plus massifs, car se hissant dans la continuité des soulèvements prolétariens et démocratiques des années 2011-2014 et 2018-2019.

La « jeunesse » ne doit pas seulement être appréhendée en termes générationnels : il s’agit du secteur de l’humanité qui se sait le plus directement confronté aux effondrements et aux catastrophes du siècle dans lequel nous sommes engagés. Ce secteur a le double sentiment, radicalement justifié, d’une absence d’avenir possible dans l’ordre existant, voire d’une absence pure et simple de vie possible, au sens biologique, et de la responsabilité d’y faire face, n’ayant pas le choix. La condition prolétarienne comme privation la concerne donc directement et massivement. Cela, par-dessus les différences démographiques importantes entre des pays comme le Népal, où cette jeunesse est ultra-majoritaire, ou la France, où les 15-29 ans ne sont aujourd’hui que 17,5% de la population.

Il ne faut donc surtout pas projeter linéairement sur les soulèvements actuels de la jeunesse les souvenirs et schémas de moments historiques précédents qui peuvent les évoquer. Bien sûr, 68 résonne aujourd’hui dans les manifestations lycéennes, mais cette explosion des plus jeunes – il s’agit des 14-18 ans – est d’abord l’irruption du nouveau, et, rapidement, la construction d’une conscience nouvelle – une conscience révolutionnaire nouvelle.

Asie, Afrique, Amérique du Sud.

La vague est partie en 2025 d’Asie insulaire : Indonésie, Philippines, avec en drapeau le crane souriant, surmonté d’un chapeau de paille, du manga One piece, décrit dans un article de Pranav Baskar dans le New York Times du 1° octobre 2025, que nous signalions dans Aplutsoc.

Au Népal et à Madagascar, elle a eu la force de renverser des gouvernements, mais pas celle d’instaurer son propre pouvoir : dans le langage de la tradition révolutionnaire du XX° siècle, ce furent donc là des « révolutions de février », capables de chasser le pouvoir en place et d’ébranler l’Etat, mais pas encore de les remplacer.

De puissantes manifestations analogues ont également concerné l’Ouganda, le Cameroun, le Maroc, le Pérou … Initialement porté par les secteurs les plus précarisés et miséreux, la vague a touché la jeunesse scolarisée et étudiante en réunissant les différents secteurs, en Inde cette année avec le mouvement dits des « cafards », « le parti du peuple des cafards », retournant l’insulte des dominants repus, vaste mouvement démocratique et anti-corruption qui, s’il a chassé le ministre de l’Education, est confronté à une répression violente, à la mesure de son potentiel.

Serbie et Ukraine : des filles brandissent des pancartes.

2025 a vu l’ébranlement de la jeunesse scolarisée dans deux pays européens : l’Ukraine et la Serbie. En Serbie, un mouvement étudiant entrainant de larges secteurs de la population est entré dans un affrontement de longue durée avec le pouvoir bonapartiste, à tendances dictatoriales, du président Vusic. En Ukraine, ce fut, contre la tentative de dissolution gouvernementale d’une agence publique anticorruption, la « révolution des cartons » de l’été 2025, qui vit l’irruption massive d’un trait que l’on va retrouver en France : des jeunes filles (surtout) rédigeant et brandissant des milliers de pancartes, forme d’expression et d’auto-organisation, par la construction de formules, de revendications, de satires, de mots, de toute première importance.

L’on retrouve ce trait, courant 2025, dans les mobilisations démocratiques de masse (des millions de manifestants, parfois plus de 10 millions) du mouvement No King, No Kings, contre Trump aux Etats-Unis.

Une défaite.

Début janvier 2026, la vague révolutionnaire mondiale des deux dernières années a subi sa plus importante défaite : l’écrasement du soulèvement de la jeunesse, des femmes et du prolétariat d’Iran, des dizaines de milliers de morts, une répression comparable à celle de la Commune de Paris (1871) ou de la place Tian-An-Men (1989), facilitée par la menace d’agression américano-israélienne, laquelle s’est déclenchée, une fois la répression opérée, à partir du 28 février 2026.

Trump était ici entrainé par Netanyahou, mais pas seulement : confronté lui-même aux manifestations démocratiques de masse aux Etats-Unis, il répondait par la fuite en avant dans une série d’agressions extérieures (Nigeria, Caraïbes, Venezuela, menaces sur Cuba, sur le Groenland, sur le Canada), alors même que l’affrontement de la population de Minneapolis contre les nervis d’ICE lui infligeait une défaite politique.

Il est important, ici, de saisir le fait de la guerre (au-delà de la conscience plus ou moins claire des chefs d’Etat) comme réponse au risque révolutionnaire, permise dans le cas iranien par la défaite infligée par le régime des mollahs à la révolution iranienne, cela au compte de tous les dominants, Trump et Netanyahou compris.

Une guerre intégrée à la multipolarité impérialiste.

Passée la sidération initiale (assassinat du « Guide » Khamenei), et cela assez rapidement, l’enlisement US est apparu clairement, avec le blocage iranien du détroit d’Ormuz. La guerre perdure depuis, entremêlée de négociations permanentes, et combinée à une intensification des « sommets » Trump/Xi Jinping, Poutine/Xi Jinping, et bientôt, je vais y revenir, Trump/Xi Jinping/Poutine. Les menaces apocalyptiques récurrentes de Trump sur l’Iran sont allées de pair avec un lâchage de fait de Taiwan et une posture d’offre ostensible de partage du monde, conférant à Xi une apparence de maitre du jeu – qui n’est qu’une apparence car les contradictions sociales, et internes à l’Etat-parti, en Chine, s’intensifient, voir mon article du 6 juin dernier.

La guerre visant l’Iran, du point de vue de l’impérialisme étatsunien (celui de Netanyahou, agent provocateur dans cette affaire, est différent : son existence politique est liée à cette guerre), s’est rapidement intégrée à un « ordre » mondial de la multipolarité impérialiste, dans lequel elle sert de jauge, de bras de fer autolimité, sur le dos des peuples (voire sur le dos de la monarchie saoudienne que les Houthis sont autorisés à laminer peu à peu !), dans le cadre de la recherche d’un partage mondial – la guerre entre Etats-Unis et Chine reste à l’horizon, mais comme issue de ce partage contre-révolutionnaire et non comme à l’ordre-du-jour immédiat, de sorte que les campistes prorusses ou prochinois font en même temps aussi le jeu de Washington !

La jeunesse et la guerre en Ukraine.

La guerre dont les trois impérialismes dominants aimeraient se débarrasser, car elle ne les arrange pas, est celle de l’Ukraine : c’est la résistance nationale ukrainienne qui leur pose un problème, menaçant directement le maintien de Poutine et l’Etat impérialiste russe, et préservant de fait le continent européen et les impérialismes de second rang qui y sont concentrés, de sa vassalisation et de sa régression à l’extrême droite.

Or, c’est précisément une seconde vague d’agitation de la jeunesse, féminine, scolarisée, mais touchant l’armée, qui a ébranlé l’Ukraine pendant des semaines, à partir du 15 juillet 2026, seconde vague de la « révolution des cartons » déclenchée par la démission du ministre de la Défense Fedorov. Ce qui s’est exprimé dans ce mouvement d’une grande importance, c’est la volonté d’intervenir sur la manière de faire la guerre, pour la gagner en épargnant un maxima de vies humaines, et pour la mener de la manière la plus démocratique et décentralisée possible, en tant que guerre de drones principalement, la dissuasion robotique s’opposant aux formes technologiques concentrées de prétendue dissuasion telles que le nucléaire, et aux formes traditionnelles de commandement et de discipline. Fedorov, lié au techno-capitalisme US, n’a été que le drapeau du début du mouvement, lequel l’a abandonné en cours de route quand il s’est avéré être un politicien carriériste cherchant à tirer son épingle du jeu. Mais le mouvement lui-même, mouvement de la jeunesse, a soulevé les questions d’une politique militaire démocratique.

Bien entendu, ces développements sont peu connus à l’ouest du continent, vu le blackout de tous les appareils politiques à leur sujet, mais ils font partie du processus global de la lutte des classes au niveau mondial dont il est question ici, comme une composante importante de celle-ci, qu’il nous appartient d’expliquer, expliquer et encore expliquer.

En effet, la mobilisation de la jeunesse ukrainienne et la situation sur le front et dans les airs sont des facteurs liés, et la pression populaire pour la « manière ukrainienne de faire la guerre » va dans le sens de la victoire, non comme victoire conventionnelle sur le champ de bataille, mais comme érosion progressive de la pression russe sur le front, destructions ponctuelles mais systématiques de la logistique militaire et en partie civile, russe, et laminage du moral du côté russe.

Trump et Poutine unis contre l’Ukraine.

Que s’ajoute à cela une protection aérienne de l’Ukraine contre les bombardements de plus en plus meurtriers, à la manière de Poutine en Tchétchénie, de Bachar en Syrie, de Netanyahou à Gaza, et l’Ukraine vaincrait, produisant la chute de Poutine, ce dont tous les chefs d’Etat ont une sainte trouille. Tout au contraire, en cet automne 2026, Trump a affirmé publiquement, plus que jamais, sa sainte Alliance « pétrolière » avec Poutine, trahissant et désarmant ouvertement l’Ukraine.

Imposer une capitulation ukrainienne, ou au moins faire passer le fait que les territoires occupés ne seront jamais récupérés par l’Ukraine et verront s’achever la purification ethnique et le génocide qui y sont engagés, n’est pas seulement une visée prorusse et anti-ukrainienne : c’est l’asservissement des vieux impérialismes européens, et, plus important pour nous, la destruction des conquêtes sociales, démocratiques et culturelles des peuples européens, qui correspondent ici aux besoins fondamentaux des trois impérialismes dominants au plan mondial.

Wallonie-Bruxelles.

C’est pourquoi, pendant ce temps, l’ébranlement de la jeunesse et de couches du salariat, notamment les enseignants, en Europe occidentale, contre les gouvernements en place, est la meilleure chose qui pouvait arriver, à l’encontre de l’ordre impérialiste multipolaire existant.

Cela a commencé en Belgique, plus précisément en Wallonie et à Bruxelles, avec Mars Attacks, une lame de fond qui annonçait les traits de la vague qui balaye à présent non seulement la France, mais l’Italie, l’Espagne, le Portugal, et, par la Grèce, tend la main à la vague serbe. Avec des camarades et amis belges, nous avions découvert ce mouvement et il faut citer ici la conclusion de notre article du 15 juin 2026 faisant suite à une visio avec eux :

« Vous l’aurez senti, on parle ici de révolution, quelle que soit la suite, que ça monte encore ou que ça retombe il y aura un avant et un après. « La révolution sera enfantine ou ne sera pas », nous dit Selim. On dira même plus : c’est parce qu’elle est enfantine qu’elle est la révolution. Et, on l’a bien senti, et c’est très important, c’est un plaisir ! »

Cela a donc monté encore, à l’échelle, de plus en plus, européenne, et nos camarades belges nous annoncent que le « 17 octobre » de la Belgique, ou au moins de la Wallonie et de Bruxelles, se prépare peut-être, vers la grève, pour le 17 novembre.

Les enfants s’aguerrissent.

Et la dimension « enfantine » est essentielle : elle signifie l’avenir, mais aussi le refus de la maltraitance dont sont victimes, dans le capitalisme morbide, les enfants. En France, de juin à septembre, le mouvement pour une loi « intégrale » féministe et enfantiste a préparé les évènements présents.

Il dénonçait la maltraitance physique et sexuelle envers les enfants et les adolescents, le déni de celle-ci par l’institution judiciaire, toutes choses dont on a eu depuis un déferlement spectaculaire avec les violences policières, yeux crevés, mâchoires écrasées, mains arrachées, gardes à vue par milliers, violence physique directe s’exerçant sur une jeunesse qui a, de plus, subi le basculement climatique de 2026 en Europe occidentale, très présent dans ses exigences, mais qui résiste, s’aguerrit, et fait la fête et le carnaval – ce qui terrifie et rend fou de violence les puissants …

Le sens de l’explosion française.

L’explosion lycéenne en France, commencée à Mayotte, rebondissant à Créteil, puis gagnant, à travers la grève du 29 septembre de la fonction publique, toute la jeunesse lycéenne du pays, entrainant les étudiants et des secteurs du salariat, est maintenant au centre de toute la situation européenne.

De même que les « grands de ce monde » ont la sainte trouille de la chute de Poutine, ils craignent maintenant la chute de Macron avant l’heure prévue, celle de l’élection présidentielle, d’autant que ces deux chutes spectrales qui se dessinent pointent vers une troisième, celle de Trump.

Cela, alors que la situation française n’est pas encore « révolutionnaire » au sens, si l’on veut, orthodoxe, de l’expression. Elle est une combinaison spécifique d’une crise de régime qui monte depuis 2024, et d’un soulèvement de la jeunesse, mais le passage à la crise révolutionnaire correspondrait au passage à la grève générale, qui est fondamentalement une question politique.

Ce passage ne se produira pas en disant « la grève générale pour faire céder le gouvernement », ni en additionnant les revendications boite par boite, mais parce que les larges masses sentiront que le moment de renverser le pouvoir arrive, ce qui peut se produire par et dans la grève générale politique.

C’est la jeunesse qui a donné cette direction, par ses slogans combinés : Macron démission, La jeunesse emmerde le Front national, A bas l’Etat, les flics et les fachos. Je souligne : à bas l’Etat.

Parce que c’est une très grande question politique, parce que c’est contraire à tout ce qui est censé être que de faire pareille chose quelques mois avant l’élection présidentielle, ce n’est pas garanti. Mais d’ores et déjà l’ampleur de la crise française attire l’attention du monde entier.

Elle l’attire, bien entendu à travers images et récits horrifiques à la Trump, sans rapports avec la réalité, mais la diffusion rapide de l’action « à la française » montre que de larges masses ne sont pas dupes.

Les scrutins brésilien, serbe et israélien.

Les trois scrutins de ces derniers jours manifestent cette unité mondiale et marquent un nouveau seuil.

Au Brésil, c’est le surgissement de cette même jeunesse sur le terrain électoral qui a fait réélire Lula (55% à Sao Paulo) et battu Bolsonaro, d’ores et déjà réfugié chez Trump en s’étant enfui par l‘Argentine. Evènement majeur qui a fait fléchir la bourse, car toute la programmation capitaliste sur les Amériques passait par Bolsonaro. Lula, lui, vieux symbole et instrument de cette victoire, va évidemment essayer de la limiter, en collaborant avec les partis bourgeois au Brésil et avec la multipolarité impérialiste au plan international, s’opposant au soutien à l’Ukraine, mais … mais il est élu dans une dynamique qui l’oppose frontalement à Trump.

En Serbie, la « liste étudiante » a gagné – c’est là une victoire qui ne règle rien, mais une victoire, analogue au fond à celles du Népal et de Madagascar, mais avec cette forme spécifique de s’être emparé des élections, riche expérience dont il nous faut nourrir le mouvement français : le débouché politique de la crise révolutionnaire ne peut en effet qu’être la sortie de la V° République et l’élection par la population mobilisée de ses représentants constituants.

En Israël enfin, le fait clef des élections à la Knesset est la place arbitrale des listes « arabes », c’est-à-dire palestiniennes, imposant le fait que tout rétablissement de l’Etat de droit, d’un ordre légal et non pas dérivant vers la dictature corrompue, pour les judéo-israéliens, requiert la reconnaissance de facto du fait national palestinien, à rebours de tout ce qu’a permis la provocation pogromiste du Hamas et de l’Iran du 7 octobre 2023 : début de génocide à Gaza, épuration ethnique en Cisjordanie, racisme débridé en Israël, intervention en Syrie, et bombardement de l’Iran.

Sur ces trois scrutins, ceux du Brésil et de Serbie sont directement reliés à l’intervention politique du mouvement large, mondial, de la jeunesse. En raison de la situation coloniale, le lien est moins direct en Israël mais il y est certainement également présent.

Ces développements n’indiquent pas seulement que l’on peut « faire mentir les sondages » et « battre l’extrême droite », ce qui est vrai, mais que la poussée révolutionnaire de la jeunesse peut agir sur le pouvoir politique central et sa nature. Leçon clef, leçon pour la France, leçon pour tous …

Soutien mutuel des trois hégémons.

C’est précisément à ce moment-là qu’est annoncé un tout prochain sommet des trois, Trump, Xi et Poutine, probablement à Shenzhen le 19 novembre, présenté déjà dans la presse comme le « Yalta du XXI° siècle ».

Cette concentration contre-révolutionnaire doit être comprise non comme un évènement « géopolitique » de jeu entre puissances, mais comme une mobilisation dirigée contre le soulèvement de la jeunesse et les risques révolutionnaires.

En particulier, il s’agit de décider du sort de l’Ukraine sans l’Ukraine, et donc d’infléchir le sort de l’Europe, vers son asservissement, sans les pays européens.

Et l’annonce d’un tel sommet avant les élections de mid-terms aux Etats-Unis, prévues mardi prochain 3 novembre, est tout à fait délibérée : Xi et Poutine signifient au peuple américain et aux peuples du monde que Trump doit toujours être en place et rester légitime quoi qu’il se soit passé d’ici là …

Classe contre classe, réaction contre révolution, destruction du monde contre jeunesse : Trump, Xi et Poutine sont le vrai camp ennemi pour les larges masses prolétariennes humaines et la jeunesse.

Pas d’issue pour les vieux impérialismes de second rang.

Les dirigeants des impérialismes de second rang n’offrent aucune alternative. La situation de Macron les symbolise au plus haut point.

Ils disent aider l’Ukraine, car les impérialismes européens ont peur de sa défaite qui conduirait à leur asservissement, pris en tenaille qu’ils sont entre les trois puissances hégémoniques , mais ils ont bien plus peur encore, répétons-le, d’une défaite de la Russie. Donc, ils ne savent pas où donner de la tête.

L’Allemagne s’enfonce dans la crise politique, le Royaume-Uni l’a temporairement surmontée avec le remplacement de Keir Starmer par Andy Burnham, mais temporairement, l’Italie de Meloni entre peut-être dans une situation « à la française », le pouvoir japonais fait du trumpisme à la japonaise, Mark Carney au Canada est, par la force des choses, le plus frontalement opposé à Trump mais dans une situation où la question même de la cohésion du Canada revient en force.

Les vieux impérialismes d’Europe et du Japon ne sont certes pas les fauteurs principaux de guerre dans le monde que dénoncent les propagandes poutiniennes, chinoise, campistes, et y compris MAGA, mais ils ne sont pas non plus des alliés sûr de l’Ukraine, accusée maintenant par Trump d’être le fauteur de guerre numéro un (même en Iran d’après l’un de ses derniers tweets !).

Voir en eux les défenseurs de la démocratie contre les dictatures (ce qui est en gros la position, par exemple, du candidat Raphael Glucksmann) est dans le meilleur de cas une mortelle illusion. Comme on peut le voir en France, le RN poutinien n’a pas de meilleur fourrier que Macron.

* * *

Pour les peuples européens, leur avenir contre Trump et Poutine et contre l’extrême droite est porté par les mouvements de la jeunesse et passera par leur libre déploiement, entrainant la classe ouvrière dans la grève politique contre les pouvoirs en place.

Vincent Présumey, le 30/10/26.

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30.10.2026 à 07:05

Le sens d’une campagne. Conclusion : peut-on s’allier avec des gens qui s’allient avec des nazis ?

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Qu’on ne vienne pas nous dire que nous avons ici joué à « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme » : l’orientation politique, néo-stalinienne, réactionnaire, s’inscrivant en défense du patriarcat et de la domination masculine, main dans la main avec les racistes et les antisémites, de V. Sydorchenko, apparaît tout à fait clairement depuis maintenant […]
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Qu’on ne vienne pas nous dire que nous avons ici joué à « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme » : l’orientation politique, néo-stalinienne, réactionnaire, s’inscrivant en défense du patriarcat et de la domination masculine, main dans la main avec les racistes et les antisémites, de V. Sydorchenko, apparaît tout à fait clairement depuis maintenant une quinzaine d’année.

C’est ce personnage qui intervient au meeting du PT du 21 mars 2025. Nous sommes là, typiquement, et en laissant de côté la dimension policière généralement invérifiable même quand on en sent la présence, dans la sphère dite « rouge-brune », qu’il est plus exact d’analyser comme le point de rencontre, au XXI° siècle, du fascisme et du stalinisme.

Alors, D. Gluckstein peut bien psalmodier qu’il est le vrai héritier des trotskystes de 1940, le détenteur du fil de la continuité… son orientation politique le conduit à s’allier avec ces gens-là.

Comme elle l’a conduit à rapprocher, comme eux, Zelensky et Netanyahou.

Nous ne l’amalgamons pas aux Sydorchenko, nous alertons : attention, voila dans quoi des militants venant du mouvement ouvrier sont en train de mettre les pieds !

Et comme le disait l’un de vous, Dominique Ferré, pour alerter sur les liens entre vos frères ennemis du POI et le BSW allemand : « peut-on s’allier avec des gens qui s’allient avec des nazis » ?

Interdire la discussion de cela. Interdire que dans le mouvement ouvrier, la vérité se fraie son chemin, que la discussion soit imposée, contre l’union sacrée avec Trump et Poutine, fut-elle menée au nom de « l’internationalisme ». Interdire le libre débat. Interdire, donc, une vraie presse ouvrière et démocratique qui ne peut vivre que par le libre débat.

Interdire, au compte de qui ? Au compte des forces que nous avons vues à l’œuvre dans tout ce que décrypte cet article.

Vous n’y arriverez pas, l’internationalisme et la vérité sont les plus forts.

Le dossier complet : le sens d’une campagne.

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Tract d’Aplutsoc : la question du pouvoir est posée MAINTENANT.

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La rédaction d’Aplutsoc invite ses lecteurs et lectrices, ses amis et camarades, à faire circuler ce tract. Au format électronique ou au format papier, à cahcun-e selon ses moyens !
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29.10.2026 à 07:05

Le sens d’une campagne. 4eme partie : Une gauche ( ?) « post-soviétique » … et masculiniste.

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