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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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11.08.2026 à 16:30

Si Mélenchon veut gagner … par VP.

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Le 29 juin dernier, Jean-Luc Mélenchon a rencontré le groupe France Industries dans un « diner discret » dont toute la presse a fait état. France Industries est officiellement un lobby patronal, créé récemment en 2018, se désignant comme « la représentation unifiée de l’industrie française », et selon le Parisien les représentants de Dassault, Thalès, et Renault, donc […]
Texte intégral (5322 mots)

Le 29 juin dernier, Jean-Luc Mélenchon a rencontré le groupe France Industries dans un « diner discret » dont toute la presse a fait état. France Industries est officiellement un lobby patronal, créé récemment en 2018, se désignant comme « la représentation unifiée de l’industrie française », et selon le Parisien les représentants de Dassault, Thalès, et Renault, donc le cœur des secteurs de l’armement et de l’automobile, ont tenu à être du repas. Précisons que ces « industriels » sont, tout comme les agro-industriels, avant tout des capitalistes financiers.

Dans la foulée, on apprenait que le MEDEF a convié les candidats suivants à le rencontrer publiquement le 27 août prochain : Le Pen, Retailleau, Philippe, Attal, Gluksmann (bien que celui-ci ne soit pas encore officiellement candidat définitif), et J.L. Mélenchon. Jusque-là, celui-ci expliquait depuis 2012 que les rencontres avec le MEDEF, c’était bon pour le PS.

Selon lui, sa discussion avec les patrons, complétant sans nul doute d’autres rencontres plus officieuses, se serait faite sur un terrain excellent : une « vraie discussion » sur leurs relations réciproques quand il sera président.

Si cela nous indique, au cas où on se serait imaginé le contraire, que J.L. Mélenchon n’a pas l’intention d’exproprier les grands capitalistes, cela veut-il dire que les patrons des principaux trust industriels français pensent quant à eux sérieusement à Mélenchon président ?

Rien n’est moins sûr : ce qu’ils accréditent là est sa candidature, qui occupe bien le terrain dans le cadre de la division à gauche, ce qui explique que le MEDEF invite aussi R. Glucskmann, lequel représentera la « gauche non mélenchoniste » qu’il en soit, au final, le candidat, ou pas.

Selon les militants de LFI, le but de Mélenchon est de gagner, donc de battre au passage le RN qui est aux portes du pouvoir. Mais qu’en est-il pour Mélenchon lui-même ? Veut-il gagner ? En réunit-il les conditions ?

Cette rencontre avec les patrons ne répond pas à la question, car ce n’est pas dans cet électorat, au demeurant réduit, mais influent, qu’il fera des voix. Incontestablement, J.L. Mélenchon est au moment présent le plus fort des candidats de gauche.

En dehors de lui, nous avons d’une part les soi-disant « sociaux-démocrates » qui entendent poursuivre la politique antisociale de Hollande et du produit de Hollande que fut Macron. Si Glucksmann a l’acquis du soutien que lui a porté le PS lors des Européennes et du bon résultat que, sous l’impact populaire de la question ukrainienne, cette combinaison lui a procuré en juin 2024, sa candidature à la présidentielle n’est pas de même nature, car elle implique non que le PS le porte, mais que le PS se soumette au candidat. D’autres « sociaux-démocrates » sont sur les starting blocs, tels que Cazeneuve, etc., et, à part et il faudra peut-être y revenir, Ségolène Royal.

Finalement, tout le monde sait très bien que François Hollande décidera, sans doute début décembre, s’il entreprend de liquider tous les autres, bénéficiant de son statut d’ancien président de la V° République, qui, dans ce régime, est un facteur décisif, quitte à se retirer, ou pas, ensuite, pour Edouard Philippe, selon les rapports de force.

La fonction des candidatures « sociales-démocrates » a été essentiellement, à ce jour, d’interdire au PS de s’inscrire dans quelque tentative de processus unitaire que ce soit, d’affaiblir ainsi le Nouveau Front Populaire et donc de placer à nouveau ce parti et ses réseaux d’élus locaux devant le choix d’exister à gauche ou d’aller vers sa liquidation. Ce qui, il faut bien le dire, a été très utile à la stratégie de J.L. Mélenchon.

Le projet de primaire, porté notamment par Olivier Faure et par l’APRES, a fait long feu avec le vote court d’un petit nombre d’adhérents du PS – moins de 13 000 …- le 9 juillet dernier. Ce projet ne pouvait réussir qu’en se reliant aux luttes sociales et à la question des législatives, ce qui ne fut pas le cas. Son effacement a entrainé, de manière claire et honnête, le retrait de la candidature de Clémentine Autain, et placé en crise la candidature théoriquement maintenue de Marine Tondelier pour les Ecologistes. François Ruffin avait annoncé par avance se maintenir en l’absence de primaires, mais ses 500 signatures d’élus ne sont pas acquises. Potentiellement il peut représenter un certain danger pour J.L. Mélenchon, sur une ligne largement similaire sur le fond.

Par ailleurs, dans une sorte de fuite en avant qui interroge, le vote interne du PCF, quoi que partagé et diversifié dans le détail, a validé l’hypothèse d’une candidature de Fabien Roussel. Rappelons que, dans les représentations ayant court à LFI, c’est un complot mettant en avant Benoit Hamon en 2017, et un autre complot propulsant Fabien Roussel en 2022, qui, seuls, expliquent que Mélenchon ne soit pas allé au second tour où il aurait immanquablement gagné à la place de Macron face à Marine Le Pen (2022 : Le Pen 23,15%, Mélenchon 21,95%, Roussel 2,28%). Mais lorsque les adhérents du PCF avaient opté pour cette candidature en 2021, c’était l’expression d’une volonté d’exister en tant que parti indépendant relevant du mouvement ouvrier. Aujourd’hui, ceci apparaît comme une fuite en avant droit dans le mur.

Pour compléter le tableau, plusieurs candidatures pour « témoigner » et montrer au public qui sont les « révolutionnaires » sans servir à rien, voire soutenir Poutine contre les peuples, se préparent : la candidature de LO, véritable institution de la V° République, est rodée et acquise, le NPA-R et Révolution Permanente vont tenter le coup, apparemment pas le PT mais on verra.

Le NPA-A aurait pu mener un combat pour l’unité pour gagner, mais s’est préalablement, et sans rien avoir en échange, désisté pour Mélenchon, qu’il prend pour l’expression d’une chose appelée « la radicalité », j’y reviendrai.

Il est clair que la disproportion est totale entre toute cette poussière et la candidature Mélenchon, très forte de la faiblesse de toutes les autres, et d’autant plus faibles qu’elles sont nombreuses, à gauche. Mais une telle disproportion ne fait pas la victoire, reposant sur la faiblesse des autres. Quelles sont les forces propres de la candidature Mélenchon ?

Il dispose d’une base conséquente qu’il appelle désormais « le nouveau peuple », qui correspond à la population et à la jeunesse des villes de banlieues et, dans une moindre mesure, des centres-villes, et s’identifie, en termes d’images, à la population d’origine immigrée des banlieues, bien qu’en réalité l’attitude électorale majoritaire de cette dernière soit l’abstention, suivie du vote Mélenchon qui, en effet, y écrase tous les autres.

Au mieux, la mobilisation de cette base sociale et électorale le met entre 10 et 15% et ne suffit pas à elle seule. La condition d’un passage au second tour est un vote de gauche unitaire et défensif plus large en sa faveur. Ce qui ne va pas de soi, et, surtout, a déjà une histoire sur laquelle il nous faut rapidement revenir.

En 2012, la candidature Mélenchon était celle du Front de gauche, réunissant des secteurs issus du PS, le PCF et quelques autres, et apparaissant comme un regroupement unitaire susceptible de s’agrandir, pour mener une politique de gauche réelle, en rupture avec ce que l’on appelait le « social-libéralisme ». Avec 3 984 822 voix, 11,1%, en quatrième position, elle faisait un bon score, et le désistement immédiat, pour battre Sarkozy, de Mélenchon en faveur de Hollande fut un facteur clef de la défaite de Sarkozy, sans s’attendre à une politique de Hollande répondant, fut-ce a minima, aux besoins sociaux.

Et comme cette politique fut bien pire encore, Mélenchon, alors représentant des courants de gauche souhaitant « refaire une vraie politique de gauche », avait un boulevard, et pouvait sérieusement envisager gagner en 2017.

Mais c’est alors qu’il prit son tournant « populiste » et lança LFI. Le mot « radicalité », cher au NPA-A, recouvre la confusion entre une orientation « réformiste de gauche et unitaire », celle de 2012 sans laquelle Mélenchon n’aurait pas été lancé comme présidentiable, et le choix du populisme en rupture avec le mouvement ouvrier, la gauche et la démocratie, opéré depuis 2016.

Le Front de gauche fut liquidé, le PCF ne voulant pas d’un cadre unitaire permanent et large et Mélenchon entendant y substituer la « construction du peuple » par un mouvement sans courants ni orientations, tout entier voué au Chef, lui. Les apparences sont qu’ainsi, il est passé à 7 212 951 voix, 19,58%. Mais les apparences sont fausses : ce n’est pas la proclamation de la « France insoumise » et l’orientation populiste qui expliquent ce résultat, c’est l’amplification du regroupement spontané, unitaire, pour gagner à gauche, amorcé en 2012 et produit par le rejet de la politique de Hollande, qui y a conduit. Cependant, l’orientation populiste et le refus d’appeler à l’unité ont freiné cette poussée, car Mélenchon ne pouvait qu’être gagnant à appeler à l’unité avec Hammon (6,38%).

Dans la poussée populaire du vote Mélenchon de 2022, les couches prolétariennes et précarisées tenaient une grande place. Or, en 2018-2019, le mouvement des Gilets jaunes fut la plus grande explosion prolétarienne en France depuis la grève générale de mai-juin 1968, et on pouvait penser que le discours « populiste » de Mélenchon en 2017 devait aller à sa rencontre. Or, ce ne fut absolument pas le cas, pour une raison de fond : Mélenchon visait la présidence de la V° République et pas son renversement, sur lequel s’orientait initialement, de façon révolutionnaire, le mouvement des GJ marchant sur l’Elysée.

Les présidentielles de 2022 se présentaient donc, au départ, moins favorablement et plus dangereusement, la déception des GJ laissant, une fois la fraternité des ronds-points partie et l’atomisation revenue en force, le vote RN s’étendre dans ce qu’il est convenu d’appeler la « ruralité ». A Aplutsoc, nous avons alors opté pour le boycott actif, avec des camarades issus du PCF comme Pierre Zarka et Pierre Goldberg, jugeant que la recherche par le mouvement réel d’une nouvelle offensive sociale ne pouvait pas passer par le piège de la présidentielle, mais seulement le contredire.

Mais les conditions créées par l’irruption de la guerre à grande échelle en Europe, le 24 février 2022, ont déterminé la masse de l’électorat de gauche, principalement socialiste ou abstentionniste, à voter Mélenchon au premier tour pour éviter à tout prix une victoire possible de Marine Le Pen face à Macron au second tour (Macron 58,8%, Le Pen 41,45% : l’élection de Marine Le Pen est désormais une possibilité réelle), et avec l’espoir de le porter au pouvoir malgré toutes ses contradictions déjà largement ressenties.

Dans ces conditions, Mélenchon obtenait 7 712 520 voix, 21,95%, soit la grande majorité des voix de gauche (Jadot 4,43%, Roussel 2,28%, Hidalgo 1,75%, Poutou 0,77%, Artaud 0,56%).

Ce vote utile massif a masqué les pertes importantes, par rapport à 2017, dans les couches les plus populaires et précarisées, au profit de Marine Le Pen et de l’abstention, dans l’électorat de Mélenchon, en recul profond dans ce que l’on appelle « la ruralité ». Par exemple, dans une très ancienne petite ville industrielle, bastion syndical et socialiste autrefois, Commentry, Mélenchon en tête en 2017 est passé largement derrière Le Pen en 2022, alors que le maire menant une politique ouvrière et démocratique sera réélu en 2026.

Une politique non pas populiste, mais unitaire et démocratique, associant le soutien à l’Ukraine comme à la Palestine (la Palestine réelle, pas le fétiche « Palestine »), un fonctionnement démocratique, une opposition sincère au bonapartisme, au présidentialisme et à l’autoritarisme, de la part de Mélenchon, qui pouvait virtuellement se développer à partir de 2012, aurait assuré sa victoire, sinon en 2017, du moins en 2022, voire avant lors de la crise des Gilets jaunes.

Mélenchon a eu droit à des exposés, jeune, sur le front unique ouvrier quand il était à l’OCI, en 1969-1973. Toute son orientation repose sur le refus de cette méthode, parce que le populisme repose sur l’ego, le principe du chef, et la sélection d’une cour composée exclusivement d’imbéciles, ou, ce qui revient au même, d’intelligents qui font les imbéciles en présence du chef, renouvelée et maintenue en fidélité par des purges périodiques.

Compte tenu du capital politique accumulé même s’il n’en veut pas : la dynamique unitaire de rupture à gauche initiale (2012), le rassemblement populaire pour une vraie politique sociale (2017), le vote utile du peuple de gauche (2022), encore aujourd’hui Mélenchon pourrait gagner. Le veut-il ? Et son orientation le permet-elle ?

Très clairement, son orientation ne le permet pas, car, outre le capital politique accumulé que je viens de rappeler, il y a aussi le passif, le lourd passif, accumulé et qui nécessiterait une orientation et des méthodes sincèrement démocratiques et unitaires pour être surmonté. Sous le premier quinquennat Macron, Mélenchon a perdu l’électorat « Gilets jaunes » largement parti chez Le Pen. Sous le second quinquennat Macron, la brutalité de facture stalinienne a continué à lui aliéner de larges secteurs à gauche, et, fait d’une immense portée symbolique, il est le candidat dont une majorité de juifs ont peur, réellement peur.

Et ce n’est pas parce qu’il dit soutenir la Palestine. Et ce n’est pas uniquement parce que la droite et les médias ont utilisé à fond l’accusation d’antisémitisme, afin, dans le même temps, de « dédiaboliser » le RN. C’est en raison de l’orientation populiste que les saillies antisémites, qui en sont une composante qu’il s’agisse du populisme mélenchonien dans sa version 2017, dite « nationale-populiste », ou dans sa version 2022, dite « décoloniale », se sont multipliées sur un terreau marqué par le soutien à Bachar el Assad, dictateur génocidaire, à Poutine, autre dictateur génocidaire, et à Xi Jinping (dictateur génocidaire).

Il ne serait pas difficile à Mélenchon, si c’était sincère, d’exprimer contrition et peine devant cette catastrophe et de retourner l’opinion : faire peur aux juifs et faciliter un vote RN parmi eux ! Ce ne serait pas difficile …

… ce ne serait pas difficile, mais le populisme autoritaire l’interdit (outre le propre fond d’antijudaïsme chrétien qui transparait dans plusieurs propos de J.L. Mélenchon).

C’est ici que prend tout son relief la provocation de Grenoble. On résume : Barbara Butch est une disck-jokeuse ciblée par l’extrême droite parce que lesbienne, grosse revendiquée, et juive. Elle a signé à un moment donné un texte contre la loi Yadan en croyant s’opposer à l’antisémitisme, puis l’a regretté publiquement. Elle a aussi animé une réception à l’ambassade de France à Tel-Aviv. La LFI a entrepris d’appeler à lui pourrir ses concerts parce que « c’est une sioniste », avec à Grenoble un tract représentant un drapeau LGBT ensanglanté frappé de l’étoile de David. Bref, toute l’imagerie antisémite a été, inconsciemment on peut le supposer, mobilisée pour une agression organisée de son concert. Depuis, la gène monte largement dans des secteurs de LFI, mais Mélenchon observe un silence olympien, là où il lui serait si simple de dire « c’était une connerie ».

Ce n’est pas tout : des témoignages sur la dimension masculiniste et homophobe évidente du petit chef local de LFI à Grenoble se multiplient. Une photo suffira amplement.

Que ce soit volontaire ou non, nous sommes là dans le registre de la main tendue à Soral et compagnie, qui se félicitent d’ailleurs de ce genre d’exploits de la part de LFI – le registre de la convergence « antisioniste » « des beaufs et des barbares », comme le théorise Houria Bouteldja, c’est-à-dire l’alliance rouge-brune : pour le dire tout net, la contamination fasciste.

Tout cela, faut-il le préciser, n’a strictement rien à voir avec les Palestiniens, et tout à voir avec un univers de signaux codés et de sous-entendus qui sont en parfaite cohérence avec le soutien à Bachar el Assad et autres. Bref, nous avons là une main tendue vers une certaine extrême droite.

En parfaite cohérence aussi avec le masculinisme des milieux « opposants russes » que Mélenchon et LFI se prévalent de soutenir. Et avec la culture qui n’a plus rien de « trotskyste » que la garde prétorienne veillant au plein contrôle de LFI, qu’est le POI, de plus en plus poutinien et stalinisant, entretient – rappelons que la promotion du POI dans les sphères dirigeantes de LFI s’est faite en 2022 lors de son soutien à Adrien Quatennens sur une question de violence conjugale …

C’est donc pour des raisons de fond – l’attachement viscéral au populisme et au bonapartisme autoritaire, dont l’anticapitalisme tronqué, pour qui mange avec les patrons du lobby France Industrie, nécessite des ennemis que sont « les sionistes » – que J.L. Mélenchon se garde bien de dire quoi que ce soit de cette affaire de Grenoble, laissant Houria Bouteldja et plein d’autres répéter à tue-tête que ce ne fut qu’un « non-évènement » monté en épingle par « les merdias ».

Mais ce faisant, J.L. Mélenchon perd des voix, et ne peut pas ne pas le savoir. Le soupçon d’antisémitisme, fondé car il joue avec et ne fait rien pour le dissiper réellement, le soutien aux dictateurs sanguinaires, les méthodes antidémocratiques, la violence des petites frapettes machistes, tout cela est de plus en plus connu par un peuple de gauche qui n’est pas composé d’idiots qui voteront toujours utile quoi qu’il arrive, mais qui a une mémoire, celle de ses défaites, causées par le stalinisme et le social-libéralisme, et qui veut la démocratie.

Vous aurez remarqué une chose : je ne fais pas de la recherche des voix musulmanes le moteur du jeu malsain du mélenchonisme avec l’antisémitisme. Que, comme bien d’autres avant eux, de droite à gauche, des cadres locaux LFI passent des alliances avec des mouvements religieux antilaïques, antidémocratiques et antiféministes, et que ces menées possibles soient d’autant plus confortées par la théorisation populiste sur le « nouveau peuple », est une chose, mais cela ne veut pas dire que la cause des dérives mélenchoniennes proviendrait, en somme … de son adaptation aux musulmans !

Cette adaptation supposée a d’ailleurs des limites évidentes, car, comme l’ensemble des travailleurs, des jeunes, des précarisés, de ce pays, les musulmans ont besoin de l’unité pour gagner contre le racisme, les politiques antisociales, le RN et la V° République.

Non, la source de toutes les dérives autoritaires, masculinistes, antisémites, n’est pas à la base dans l’électorat d’origine immigrée considéré, pas toujours à raison d’ailleurs, comme musulman, elle est dans l’orientation populiste rompant avec le mouvement ouvrier, la gauche et la démocratie, choisie par Mélenchon en 2015-2016 quand il s’est pris pour le Chavez français.

Que ce soit avec un Kuzmanovic qui emmenait Mélenchon à Moscou en 2018 dans l’espoir déçu d’être reçu par Poutine, ou avec un Kotarac passé au RN quelques jours après avoir été félicité par Chikirou pour sa participation à une conférence en Crimée occupée avec tout le gratin de l’extrême droite, ou, à présent, avec une Houria Bouteldja et autres « indigénistes », que ce soit, donc, dans sa version tricolore ou dans sa version « métissée », le populisme et le type de mouvement que veut  être LFI n’ont pas varié, et conduisent donc aux mêmes dérives, et déterminent la même politique internationale, j’y reviendrai, le tout applaudi dans tous les cas par la garde prétorienne POI.

Ce que j’écris là peut faire de la peine ou hérisser des militants sympathiques et sincères de LFI qui sont la majorité, lesquels d’ailleurs ont appris à éviter les situations internes lourdes de conflits et de purges. Sur les réseaux sociaux, il est frappant de constater que la violence, dans une large mesure fondatrice, de LFI en 2017 (ce fut le lieu principal d’apprentissage du populisme autoritaire, et ce n’est pas là que les voix ont été massivement gagnées !), revient en force et en mode absolutiste : ralliez-vous à nous car hors de nous pas de salut, taisez-vous et obéissez. Mélenchon a fixé novembre 2026 comme date limite des ralliements inconditionnels, comme par hasard juste avant le moment où Hollande annoncera sa propre candidature.

Alors que la situation dans le PCF, chez les Ecologistes, et y compris dans le PS, permettrait à une organisation démocratique menant une politique unitaire pour gagner d’y rallier de larges secteurs, LFI découpe et suscite l’autoproclamation de factions ralliées à « la seule solution », comme « les Verts populaires » – où Sandrine Rousseau, dont on connait la sensibilité au machisme, est interloquée par le fameux « non-évènement » de Grenoble. Là où pourrait aller de l’avant la marche de l’unité pour gagner, nous avons la stratégie du salami à la stalinienne.

La masse du peuple de gauche n’est pas née de la dernière pluie et elle ne ralliera pas une injonction à la soumission, car elle est réellement, elle, insoumise, et c’est comme telle qu’elle peut se rassembler.

Donc, il résulte de tout ce qui précède que le rassemblement unitaire de premier tour, permettant d’accéder au second tour, est loin d’aller de soi pour Mélenchon. Au contraire, il a réuni à ce jour les conditions pour que, le moment venu, François Hollande ait un espace. Cela, alors que la victoire du NFP en 2024 et le programme adopté par celui-ci avaient montré que l’unité pour gagner était possible, et non pas la division entre deux vieux mâles présidentiables, parfaitement modélisés sur les institutions de la V° République.

A supposer que cet obstacle soit franchi, la question du second tour elle aussi se présente mal. On le sait, les sondages donnent Mélenchon plus mauvais candidat possible face à Marine Le Pen. Bien sûr, les sondages valent ce qu’ils valent. Il y a tout de même là une terrible ironie de voir des militants LFI entrainés à dénoncer le « barrage », la « gauche castor », l’appel à s’aligner pour éviter de mettre le RN au pouvoir, et dont les imprécations à ce sujet traduisaient aussi un réel ras-le-bol de la base contrainte à la « discipline républicaine » et à voter pour le moins pire face au pire, miser désormais sur cette discipline et se tenir prêts à qualifier de traitres tous les réticents, tous les hésitants et tous les honteux, leur enjoignant, une fois de plus, la soumission.

Mais l’analyse anticipée d’un éventuel second tour Le Pen/Mélenchon doit être faite sur la base de données plus profondes que les sondages et les réflexes militants.

La raison fondamentale pour laquelle la situation se présente mal, toutes choses égales par ailleurs, dans ce cas de figure, est la suivante : il est transparent, à qui veut se donner la peine de voir l’éléphant au milieu de la pièce, que ce scenario est celui sur lequel misent Poutine et, sinon l’erratique Trump, en tous cas J.D. Vance et Elon Musk, pour faire élire Marine Le Pen.

Oui, de leur point de vue, comme pour de larges secteurs du capital, Mélenchon doit servir à faire élire Marine Le Pen.

Il doit donc, premièrement, écraser, conjointement avec François Hollande (probablement), tout mouvement propre unitaire et combatif à gauche, tout aligner, et, deuxièmement, faire peur dans les chaumières par des exploits tels que la mort du jeune fasciste Quentin Derranque à Lyon ou la provocation contre le spectacle de B. Butch à Grenoble.

Dans ce jeu, les médias Bolloré (liés à Moscou) et autres, diaboliseront LFI, et  les militants souffrant de cette diabolisation et indignés de se faire traiter d’antisémites seront enjoints à faire faire silence dans les rangs.

La condition pour que cela marche jusqu’au bout, en laissant de côté ici les surprises que la lutte des classes va sans aucun doute nous réserver bien heureusement, serait que Mélenchon maintienne la même ligne jusqu’au bout.

S’il paraît s’apaiser et jouer à l’homme consensuel, ce ne sera pas pour réaliser l’unité des forces sociales, démocratiques, féministes et écologistes, mais pour s’entendre avec France Industrie et faire le néo-gaulliste, sur une ligne de politique étrangère soi-disant anti-américaine et réellement favorable à l’ordre impérialiste multipolaire de Poutine, Xi et Trump –  comme Marine Le Pen.

Dans un tel second tour, les forces internationales du capital – Washington et Moscou, et Beijing derrière Moscou – miseront sur Le Pen dans l’espoir d’avoir en France une V° République forte écrasant les luttes sociales et démocratiques, et les grands capitalistes français, France Industrie comprise s’alignant avec le MEDEF sur la voie tracée par la FNSEA, suivront. Le gros des forces médiatiques et financières fera passer Le Pen.

Je le dis clairement et hautement tout de suite : dans ce cas de figure, je serai pour appeler à voter Mélenchon, contre Mélenchon, contre ce piège, parce que la situation sera plus instable pour le capital, malgré lui, s’il était élu, chose peu probable, dans ces conditions. Et il faudra, dans les organisations syndicales, prendre les mêmes précautions  de sécurité et de préservation quel que soit le résultat !

Mais la lutte des classes est tout à fait capable de nous éviter ce mauvais film, et en particulier, vu les exigences climatiques et féministes adressées actuellement à l’Assemblée nationale, elle est capable de mettre au centre autre chose que l’élection présidentielle : l’élection d’une assemblée souveraine adoptant les lois d’urgence climatique et sociale dont la majorité a besoin.

Si Mélenchon voulait gagner, battre le RN et en finir avec la V° République, outre les petites phrases sincères qu’il saurait émettre sur la tragédie de la peur juive envers lui, il ferait deux choses :

  • en politique internationale, mettre le soutien à l’Ukraine et le combat pour renverser Trump et Poutine au centre (et ce serait là d’une utilité réelle, immédiate, pour les Palestiniens !) ;
  • -en politique nationale, appeler toutes les composantes du NFP à se réunir pour imposer la loi d’urgence climatique et défaire le budget que prépare Lecornu avec le RN, l’UDR, LR, Horizons et Renaissance, et exiger des élections législatives pour une assemblée souveraine et constituante appelée à en finir dans ce pays avec la monarchie présidentielle, 237 ans après 1789.

Unité, démocratie, rupture avec toutes les dictatures, et il gagnera, mais alors il ne gagnera pas comme sauveur suprême, mais comme simple mandataire de l’euthanasie de la V° République.

Mélenchon veut-il cela ?  Manifestement non puisqu’il n’en prend pas la voie. Mais alors, vers quoi se dirige-t-il ? Que signifierait un résultat qui serait le RN au pouvoir avec une opposition de gauche sous hégémonie de LFI inchangée ? Qu’est-ce que Poutine et Vance peuvent espérer de mieux que Le Pen présidente et Mélenchon tyranneau de l’opposition de gauche ? Ce serait là une défaite sociale radicale. Et la similarité de leurs politiques étrangères laisserait, de plus, ouvert le champ des cohabitations rouge-brunes à la manière du petit chef de Grenoble …

Nous n’en sommes pas là. La colère s’accumule dans le pays, elle risque de déferler en septembre et de tout bousculer. Dans l’affrontement social, la politique de front unique, de front commun pour organiser des comités d’action, interpellera Mélenchon sans se soumettre à lui. C’est le contraire, c’est de lui qu’il faut exiger la soumission à la volonté populaire et démocratique. S’il faut le mettre au pouvoir, on ne demandera pas gentiment, on imposera, en toute indépendance.

Mais, en politique, il ne faut jamais postuler des impossibilités existentielles. Je le dis avec force pour conclure cet article : si Mélenchon rompt avec le poutinisme en politique internationale, avec le refus de la confrontation unitaire des courants politiques, s’il s’écarte du populisme antidémocratique et renoue avec la lutte des classes, alors la victoire est certaine. Certaine. C’est là un gros argument, non ?

Vincent Présumey, le 11 août 26.

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10.08.2026 à 23:43

Remarques sur la question agraire en France aujourd’hui dans la catastrophe thermo-capitaliste globale. Vincent Présumey.

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« Cinquième canicule » ou catastrophe thermo-capitaliste ? « La cinquième canicule » de l’année 2026 est donc là. Depuis un moment, je suis réticent à écrire « canicule », car il ne s’agit pas d’un évènement ponctuel ou exceptionnel, mais bien d’une catastrophe thermique globale, qui frappe – c’est peut-être là le fait le plus nouveau car l’Inde et d’autres parties […]
Texte intégral (6307 mots)

« Cinquième canicule » ou catastrophe thermo-capitaliste ?

« La cinquième canicule » de l’année 2026 est donc là. Depuis un moment, je suis réticent à écrire « canicule », car il ne s’agit pas d’un évènement ponctuel ou exceptionnel, mais bien d’une catastrophe thermique globale, qui frappe – c’est peut-être là le fait le plus nouveau car l’Inde et d’autres parties du monde ont déjà eu leur compte et plus que leur compte – surtout l’Europe occidentale, et très violemment la France, la Grande-Bretagne, la péninsule ibérique et le Bénélux.

Je crois que même dans notre vie quotidienne perturbée et pénible, nous, les gens, ne comptons plus en « canicules ». Elles s’enchainent de manière continue et ce que l’on sait du « phénomène El Nino » qui arrive interdit d’envisager que cela se calme, et fait craindre un emballement de plusieurs semaines voire plusieurs mois. El Nino est un réchauffement cyclique, mais irrégulier, des eaux de surface du Pacifique central et oriental, qui assèche l’Asie du Sud-Est et arrose l’Amérique latine, perturbant l’ensemble de la circulation atmosphérique mondiale. Le réchauffement rend El Nino plus irrégulier et plus puissant. Il est difficile de dire quel sera son effet sur nos « canicules » n° 6, n° 7, etc., mais il y en aura un …

Les mots sont importants : ce ne sont pas là des « épisodes », comme le dit la télé, c’est une crise globale, qu’un retour de la fraicheur et des précipitations, qui aura lieu plus ou moins trop tard, et sera, lui aussi, un « épisode », ne terminera pas.

Cette crise globale, entièrement prévue par les scientifiques et par le GIEC (Groupe International d’Etudes sur le Climat, constitué en 1988), est entièrement causée par la combustion des fossiles hydrocarbonés sur laquelle repose depuis près de trois siècles le mode de production capitaliste. L’histoire géologique a connu des réchauffements, mais point d’aussi rapides.

D’autres dimensions que l’effet thermique, concernant notamment le cycle de l’azote et d’autres pollutions, s’y ajoutent et n’ont rien de négligeable : tout ne se ramène pas au réchauffement climatique, mais c’est bien lui, du point de vue social et politique, le phénomène massivement perçu sur lequel les affrontements vont se produire, et rapidement.

Parmi les rengaines climatosceptiques, l’une de celles qui se parait d’un déguisement scientifique nous susurrait que « la météo n’est pas le climat » et que l’aléatoire quotidien ne saurait être relié que très indirectement aux tendances globales et restait imprévisible au jour le jour  – l’un des tenants les plus croquignolets de cette rengaine, assénée sous forme de sapience prudhommesque à la Monsieur Homais, « esprit fort marxiste » adoré par l’extrême droite, Denis Collin, doit finalement bien admettre, le 7 juillet 2026 (!), que « le réchauffement climatique est à peu près avéré » (à peu près …), et « on discutera » s’il est d’origine humaine, mais que, bon, on en a vu d’autres en matière de canicules, mon bon monsieur, en 1911 rappelez-vous (ça tombe bien : même Denis Collin n’y était pas !), mais c’est là l’arbre qui cache la forêt car le problème, c’est le ca-pi-ta-lis-me, bonne mère !

C’est naturellement l’inverse qui est vrai : les « cinq canicules », C’EST le réchauffement climatique et C’EST le capitalisme, indissociablement – le capitalisme : d’abord un mode de production, pas d’abord un mode de vie.

L’imprévisibilité au jour le jour en 2026 ne veut pas dire que nous ne savons pas s’il y a une relation étroite ou non entre l’évènement catastrophique et le réchauffement global, mais au contraire que l’aléa quotidien est la forme de manifestation de la tendance globale ; donc, ce que nous ignorons, c’est si nous subirons les 50 degrés en août 2026, en septembre 2026, l’année prochaine ou dans dix ans … tout en constatant l’accélération …

La catastrophe de 2026 au jour d’aujourd’hui, en France.

Selon l’agroclimatologue Serge Zaka, «  … nous venons de vivre l’équivalent de près de trois canicules de 2003 au cours d’un seul été. » (et ce n’est pas fini). « Notre système alimentaire n’est absolument pas prêt à faire face au changement climatique. Nous ne devons plus le considérer comme une évolution lente et progressive qui assène une claque de temps à autre, mais comme une succession de chocs qui se répètent désormais, plusieurs fois par an. »

Par conséquent, « La situation agricole française n’est plus au bord du gouffre, comme elle pouvait l’être en 2022 : cette fois-ci, elle est dans le gouffre. Il n’est désormais plus inconcevable que nous soyons en train de vivre l’une des plus grandes catastrophes agricoles à l’échelle nationale depuis 1945, voire la plus importante. »

Le bilan provisoire, qui risque de s’aggraver, voire de s’aggraver fortement, est le suivant :

« Maïs : 40,7 % pour le maïs grain non irrigué, 25,3 % pour le maïs grain irrigué et 30,3 % pour le maïs fourrage.

Sorgho grain : 60,5 %.

Blé tendre de printemps : 30,6 %.

Blé dur : 17,6 % pour le blé dur d’hiver et jusqu’à 50,7 % pour le blé dur de printemps.

Orge de printemps et seigle : respectivement 26,5 % et 21,3 %.

Pois protéagineux : 30,3 %.

Tournesol : 19,1 %.

Soja : 24,5 %.

Pommes de terre : 42,1 % pour la pomme de terre de féculerie et 7,2 % pour la pomme de terre de conservation.

Fourrages et prairies : autour de 30 %. Dans une grande partie du territoire, l’herbe n’a quasiment plus poussé depuis mai. Si cette situation perdure, les conséquences pourraient devenir particulièrement graves pour l’élevage : manque de fourrage, consommation anticipée des stocks hivernaux, hausse du coût de l’alimentation et, à terme, risque de décapitalisation des cheptels.

Légumes : les premières estimations font état de pertes pouvant atteindre 30 à 70 % pour certaines productions et certains bassins, mais aucun bilan national officiel consolidé n’est encore disponible. »

A ce premier bilan, il est important d’ajouter l’hécatombe dans les élevages industriels de porcs et de poules, dès juin, qui se chiffre en millions d’animaux morts dans la souffrance.

Donc, « L’agriculture française traverse une grave crise. Il ne serait plus étonnant d’avoir des manques dans les rayons de nos supermarchés. »

Coup d’œil mondial.

Au plan mondial, les projections de production agricole sont totalement incertaines en raison d’El Nino et des « aléas », « évènements » et autres « épisodes » – termes dont on a vu l’usage trompeur – généralisés.

Les inquiétudes officielles de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), reflétant le déni des Etats qui la composent, ne portent cependant pas encore sur une catastrophe climatique globale en terme de production cette année, de plus en plus menaçante, mais sur les perturbations liées à la fracturation du marché mondial, autre aspect de la crise du mode de production capitaliste : tarifs douaniers trumpiens, crise du détroit d’Ormuz, détroit de Bab-el-Mandeb et situation en mer Noire.

Dans ce registre, la crise d’Ormuz, construite par Trump, et prolongée conjointement par Trump et les pasdarans, a déjà des effets importants et en aura encore plus si elle se poursuit, car ce ne sont pas seulement du pétrole et du gaz qui passent par ce détroit, mais aussi des engrais. Le directeur de la FAO, Qu Dongyu, est d’ores et déjà affirmatif quant au fait que « les impacts observés aujourd’hui ne se limitent pas aux prix actuels, mais seront transmis aux prochaines récoltes, ce qui resserrerait l’offre de denrées alimentaires dans la deuxième moitié de 2026 et en 2027. »

Ormuz concentre 34% du commerce mondial d’urée et 23% de celui d’ammoniac. Sa place est donc ici plus importante que pour le pétrole et le gaz (20%).  A noter que non seulement en Chine, mais dans les premières zones agricoles d’Europe comme les Flandres, urée et ammoniac (engrais azotés) avaient jusqu’au début du XX° siècle une source passée sous silence, mais abondante, les excréments humains, remplacés par les engrais chimiques importés et envoyés polluer les cours d’eau, nécessitant le traitement des eaux fluviales pour les agglomérations urbaines au lieu de faire pousser des légumes et des céréales, un exemple frappant d’absurdité contre-productive liée à la généralisation des relations marchandes portée par la production de capital …

La hausse des prix des engrais azotés, qui dope momentanément l’économie marocaine sans que la population n’en profite comme on l’a vu à Ceuta, et celle des hydrocarbures, pèsent sur l’industrie agraire capitaliste mondiale, notamment sur le marché du sucre, conduisant les agro-industriels brésiliens à remplacer massivement le sucre par l’éthanol comme débouché aux plantations de canne …

La production céréalière était en léger recul fin juin, les Etats-Unis s’orientaient vers une production record de maïs dont le cours plongeait à la bourse de Chicago, le lieu clef pour les prix céréaliers.

Vers la disette.

A ce stade, de manière tout à fait incertaine, on peut donc supposer que les rayons des supermarchés français seront encore pourvus en produits importés, mais nettement plus chers. Les frites, par exemple, étant donné la taille réduite des pommes de terre, seront dans quelques mois deux ou trois fois plus petites, mais pour le même prix.

La disette prendrait donc d’abord la forme de la hausse des prix et donc de la misère pour les larges couches paupérisées, et pas encore de la disparition pure et simple des denrées – en l’état actuel de ce que l’on peut prévoir.

Le prétendu « monde agricole » exige son dû.

Dans cette situation, que demande « le monde agricole » ?

Le monde agricole, ce ne sont pas les paysans, ce ne sont pas les producteurs de nourriture, ce sont les capitalistes financiers de l’agro-industrie, aux commandes de la FNSEA, bien représentés aussi dans la Coordination rurale, qui, plus orientée vers les moyens et petits producteurs pris à la gorge, fournit des troupes désespérées en soutien aux gros propriétaires et gros capitalistes du « monde rural » censés s’opposer aux « gens de la ville » à présent dénoncés comme « bobos-écolos-bios ». La FNSEA, institution véritable de la V° République supervisant les ministères de l’Agriculture, n’est pas un syndicat, mais un conglomérat de groupements de producteurs dominés par les plus riches, selon un schéma mis en place dans ce qui fut sa matrice : la Corporation paysanne du régime de Vichy.

Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est un magnat du colza, à la tête du groupe capitaliste Avril, leader de la filière des huiles, protéines végétales et biocarburants en France, spécialisé dans les rachats de terre dans près d’une vingtaine de pays, Sénégal, Maroc, Tunisie, Belgique, Allemagne, République tchèque, Slovaquie, Roumanie, Royaume-Uni, et surtout Brésil : il gagne donc sur les deux tableaux avec les accords commerciaux UE-Mercosur : comme exportateur d’agrocarburants brésiliens et en se faisant subventionner par Macron pour compenser son manque à gagner pour cause d’accord commercial !

La traite des subventions est en effet une composante essentielle des activités financières et des profits des agro-industriels français, dont un autre représentant, le célèbre et bien nommé, puisqu’il est le leader des pollueurs, Duplomb, déclarait récemment son mépris pour les « petits producteurs assistés » : les gros comme lui, qui emploient secrétaires et avocats pour faire leurs dossiers, drainent des millions d’euros d’aides européennes.

Loin de nous « nourrir », l’agro-industrie financière a préempté la production de nourriture soit par sa maitrise de la terre (le foncier), soit par son contrôle des filières bancaires (le Crédit agricole), et, élément décisif, ses liens organiques avec l’Etat et avec la Commission européenne à Bruxelles contre laquelle elle promène sa base avec ses tracteurs pour faire semblant de « défendre les paysans », au moins deux ou trois fois par an. Il s’agit de l’un des secteurs les plus parasitaires du capitalisme français.

Donc, monsieur Rousseau parle, cette année de « catastrophe climatique », mais oui mais oui, et cela pour demander – pour exiger – de l’Etat des aides par milliards, s’ajoutant à celles qui existent déjà, pour maintenir le même système. Bien entendu, il ne s’oublie pas et insiste particulièrement pour le colza !

Que s’agit-il de soutenir en réalité ? Notre nourriture dans nos assiettes ? Non. Il s’agit de soutenir les profits d’un secteur clef du capitalisme français – qui est, avec la finance pure, les armements et « le luxe », son secteur le plus important – et ses exportations : 1° rang européen et 5° rang mondial pour le blé, 8° rang mondial pour le maïs, 7° sur le sucre, 2° sur le vin, 3° sur les produits laitiers. Il ne s’agit pas de la « souveraineté alimentaire » de la France comme le disent la totalité des « hommes politiques » (Mélenchon, Roussel et Ruffin compris), mais de la compétitivité internationale de firmes basées en France. Au total, la France, très moyenne puissance impérialiste, reste, à coups d’aide de l’Etat, au 6° rang mondial des exportations agro-alimentaires.

Pour cela, les aides financières payées par les impôts de la population, et l’irrigation, vont principalement à des produits destinés à alimenter le bétail et les élevages industriels (maïs irrigué), aux agrocarburants (ne pas les appeler « biocarburants », là aussi les mots servent à tromper, ils ne valent pas mieux que le pétrole !), et à des monocultures industrielles ayant éliminé arbres et haies. La production de produits frais et de bonne qualité pour notre alimentation est plus ou moins assurée, mais mal et de surcroît, tout en étant concurrencée victorieusement par les produits transformés et addictifs néfastes à la santé, et elle l’est principalement par des moyens et petits producteurs, parfois « bios », qui ne reçoivent que moins du cinquième, en moyenne, du prix de vente au consommateur.

Tout cela pour dire que le discours sur « on vous nourrit, respectez-nous », des dirigeants de la FNSEA et de la Coordination rurale est une très mauvaise plaisanterie, et que ces pourfendeurs de fonctionnaires sont socialement parlant de véritables parasites nuisibles à grande échelle. Ils ne nous nourrissent pas, ils squattent la production de nourriture et, aujourd’hui, ils la compromettent.

La leçon de la forêt landaise condamnée.

Je n’ai pas encore abordé un aspect essentiel : la forêt.

Il y a forêt et forêt et quand Macron parle de planter des arbres, méfions-nous. Les alignements de sapins Douglas en montagne, régulièrement fauchés par des coupes claires d’une sauvagerie sans nom, sans sous-bois et sans champignons, sont une catastrophe écologique. Une partie croissante des forêts ne sont pas des forêts, mais des monocultures, exactement comme des champs de maïs.

La forêt des Landes a été imposée par le Second empire à la place des pâtures communales. Son cas est exemplaire car elle est condamnée, ce qu’il est quasiment interdit de dire, alors qu’elle l’est à brève échéance. Si cette forêt n’est pas socialisée, ce qui passe par l’expropriation de ses exploitants à commencer par les propriétaires rentiers, et en aidant les petits producteurs à se recycler, et en fait à se libérer, qu’ils le comprennent ou non, du piège où ils sont, hé bien elle va finir de brûler, c’est tout.

Un article de Médiapart dessine bien le tableau des causes sociales des incendies et de leur répétition. En effet, la forêt des Landes a déjà, en 1949, connu un incendie pire que ceux de 2022 et de 2026. Mais la nouveauté avec le réchauffement, c’est qu’elle est condamnée. Médiapart, Rémi Carayol, 7 août 2026 :

« À l’artificialisation tous azimuts des espaces, validée par les collectivités – entre 2011 et 2015 seulement, 8000 hectares de forêt ont été transformés en lotissements individuels au milieu des pins, ce qui multiplie les risques de départ de feu et complique le travail des pompiers – s’ajoute une gestion forestière aux mains de ses exploitants. Les uns renvoyant la responsabilité des incendies aux autres.

Regroupant petits propriétaires et grands groupes financiers, la filière bois y représente 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 34 000 emplois. Elle bénéficie ainsi directement aux communes les moins touristiques de la région. Leurs élus étant, pour la plupart, eux aussi propriétaires de parcelles.

Un paysagiste qui a travaillé sur le terrain après le feu de 2022 parle d’un enfermement des exploitants forestiers dans le modèle productiviste expliquant leur refus catégorique de réduire le nombre de pins plantés. « Lancés dans une course au profit qui les pousse à replanter plus tôt que nécessaire, à couper les pins au plus vite, à limiter des opérations d’entretien qui coûtent cher ou encore à rogner sur les zones qui devraient être défrichées pour en faire des pares-feux, ils et elles « auront du mal à changer d’eux-mêmes » », constate-t-il. Pour lui, seule la puissance publique pourrait les « pousser » à en sortir.

Or 90 % de la forêt des Landes est privée et le Centre national de la propriété foncière, auprès duquel les propriétaires de plus de 20 hectares doivent déposer un plan de gestion, est lui-même dirigé par des propriétaires forestiers. Même chose au niveau de ses instances régionales. « Ni les élus, ni les scientifiques, ni les citoyens n’y ont leur mot à dire », dénonce ainsi Jacques Pons du Collectif forêt vivante Sud-Gironde.

Bruno Lafon, illustre à lui seul l’emprise qu’exercent les sylviculteurs sur la région. Lui-même propriétaire de plusieurs dizaines d’hectares de forêt, il est à la fois maire de Biganos – siège de l’une des usines de papier kraft les plus importantes d’Europe –, vice-président de la communauté d’agglomération du bassin d’Arcachon Nord, président de l’organisme gouvernemental de prévention contre les incendies (Défense de la forêt contre les incendies) et a dirigé le Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest à trois reprises depuis 2005.

Tant que les propriétaires privés seront aux commandes de la gestion forestière, il y a fort à craindre que le modèle incendiaire actuel perdure et que la collectivité et l’écosystème en payent encore le prix. »

De toute évidence, pour éviter que cette forêt-là ne finisse de brûler, cette année et les années suivantes, il faut la transformer en réorganisant le drainage, en reconstituant des pâtures et en alternant marécages, pâtures, cultures et bois à essences diversifiées. On ne maintiendra pas la situation actuelle comme le veulent les lobbies d’exploitants à la courte vue. Non seulement ils sont condamnés, mais depuis le début du XXI° siècle la forêt des Landes produit plus de CO2 qu’elle n’en séquestre !

Les petits exploitants doivent être sortis, qu’ils le veuillent ou non, du piège dans lequel ils vont cramer, et peuvent être aidés à être transformés, comme l’ont souvent été leurs ancêtres, en éleveurs gestionnaires des milieux, rétribués correctement pour cela. Les profits des entreprises de l’agroforesterie et la rente des gros propriétaires pourraient d’ailleurs être socialisés pour aider à cette reconversion indispensable.

D’une façon générale, la liquidation des monocultures forestières serait une mesure de salut public. Les forêts domaniales par contre, et une grande partie des forêts privées, peuvent être sauvées et même étendues, à condition de planifier, comme l’ONF de plus en plus affaibli essaie de le faire, le remplacement des espèces et la reconstitution de zones humides.

Mais que font les gouvernements Macron, qu’exigent les affairistes aux commandes à la FNSEA et à la CR, et que ferait le RN ? Ils replanteraient des allumettes en favorisant les monocultures arbustives et laisseraient crever les vraies forêts.

Marx a des choses à nous dire.

Comme le dit dans un récent billet le camarade Daniel Tanuro, « Le spectre de Marx hante la forêt landaise dévastée ».

Marx en effet, notamment dans le livre II du Capital, estimait que « Tout l’esprit de la propriété capitaliste, orientée vers le profit monétaire immédiatement proche, est en contradiction avec l’agriculture, qui doit prendre en compte l’ensemble permanent- durable des conditions de vie de la chaîne des générations humaines. Les forêts en sont un exemple frappant, qui ne sont administrées dans une certaine mesure en accord avec l’intérêt général que là où elles ne sont pas soumises à la propriété privée mais à la gestion étatique. »

Je pense d’ailleurs qu’il faut aller beaucoup plus loin dans l’exploitation de cette mine, assez largement inexploitée alors qu’elle ne dégage pas de CO2, que Marx nous a laissée sur ce sujet. Il ne s’en tient pas, en effet, à une prise de position contre la propriété privée, mais il est également critique envers la propriété étatique du sol, qui pourrait très bien convenir au capital, non attaché à la terre, soucieux de « liquidité » et se contentant de payer des loyers : le rapport foncier est en effet une précondition du salariat, car il effectue l’expropriation des producteurs, individuels ou collectifs, de leurs propres conditions de vie, donc par excellence de la nourriture, et imposer le fait de devoir payer, un loyer, un fermage, une rente, un impôt, pour pouvoir simplement avoir « le droit » d’être là. Théories sur la plus-value, sections VIII à XIV : Marx ne considérait absolument pas l’étatisation du sol comme le dernier mot du socialisme, mais comme le dernier mot du capitalisme. Voilà pour la « collectivisation » stalinienne ou maoïste …

Mais alors, que préconisait-t-il comme étant la « propriété sociale » non étatique ? Nous ne trouverons pas de recette dans Marx, mais nous pouvons concevoir ce qui existe et dessine une gestion sociale des biens fonciers communs. Très génériquement, je distinguerais trois formes sociales.

La petite production marchande, mais incapable de tenir sans des « communs », d’une part des communaux et des biens municipaux, d’autre part des structures bancaires : ce fut le modèle illusoire de la paysannerie française après sa victoire en 1789-1793. Illusoire car dans le cadre capitaliste, la rente et les taxes ont largement relayé et remplacé les droits féodaux et aidé à l’enrégimentement des petits paysans par les agro-industriels qui les ont liquidés progressivement. Une bonne partie des véritables héritiers de ce type social historiquement et culturellement très important est constitué aujourd’hui par les producteurs bios qui en ont pris le relais et peuvent très bien être d’origine urbaine. Avec ses contradictions, la Confédération paysanne s’appuie sur cette base sociale là contre les corporations réactionnaires au service des parasites de l’agro-industrie, FNSEA et Coordination rurale.

La possession commune du sol et des « communs » issues des sociétés dites traditionnelles, encore très importante, car elle est une condition de survie, dans de vastes zones de l’Afrique à l’Amérique du Sud en passant par l’Inde et l’Indonésie, et qui perdure probablement aussi sous des formes plus ou moins occultées, mais incontournables, en Chine et en Russie.

Troisième type, généralement oublié : la production alimentaire urbaine, soit par l’introduction à la ville de jardins et de cultures par des populations migrantes qui y ont rapidement afflué, comme, dans de très mauvaises conditions, dans des quartiers de Lagos ou d’autres villes africaines, soit en situation d’effondrement – en Russie dans les années 1990, on défonce le trottoir pour y planter des patates.

On remarquera qu’en mettant en exergue ces trois formes, nous ne promouvons pas l’agriculture étatique à grande échelle (les sovkhozes !), mais sans exclure une régulation centralisée relevant du service public, dont certains éléments existent en France, dont la FNSEA veut la mort : Office Français de la Biodiversité, Office National des Forêts…

La petite agriculture marchande mais insérée dans des réseaux démocratiques-collectifs, les « communs » au sens traditionnel (du mir russe à l’ujamaa tanzanienne et l’ejidio mexicain, pour citer les cas-types d’ailleurs tous dépassés aujourd’hui), et l’agriculture en contexte urbain, sont trois formes toutes également rejetées par «l’agriculture » des prétendus « agriculteurs » capitalistes. La fonction sociale réelle de l’agriculture capitaliste n’est pas de nous nourrir, mais de nous empêcher de nous nourrir collectivement par les moyens dont nous disposons. Cette fonction sociale prolonge le rôle du rapport foncier et la rente foncière comme condition de la production capitaliste. La privation de l’accès à la terre et aux moyens de production se prolonge donc dans la privation de la production de nourriture. Monsieur Rousseau prétend qu’il nous donne à manger, alors qu’il nous prive des conditions de la nourriture humaine. Et ce rôle réactionnaire devient aujourd’hui directement destructeur.

Quelle politique ?

Dans cet article, je ne prétends nullement résumer tout ce que serait une politique foncière, agricole et forestière fondée sur les besoins sociaux réels, mais ouvrir la discussion en en donnant quelques grandes lignes.

Il s’agit de rompre avec la production capitaliste agro-industrielle et financière, pas par idéologie mais parce que c’est une question de survie, et de promouvoir à la place la petite production marchande insérée dans un tissu coopératif et démocratique, la gestion démocratique des communs, la reconstitution d’une ONF comme grand service public et la percée de la production alimentaire en contexte urbain, élément de l’indispensable végétalisation du bâtimentaire. Trois domaines demanderaient une action urgente immédiate.

La forêt, en liquidant la monoculture arboricole et en sauvant la forêt véritable comme il a été indiqué. Là, il doit s’agir d’une politique publique massive et planifiée – et elle est d’ailleurs facilement planifiable, à condition de s’y prendre à temps …

L’eau : FNSEA et CR ont déclaré la guerre de l’eau en voulant préempter des réserves. Or les vraies réserves, ce sont les nappes phréatiques et les zones humides. L’abrogation des deux « lois Duplomb » est un passage obligé. Une gestion rationnelle de l’eau serait concentrée sur les nappes et les zones humides, sans exclure les petits barrages.

La réorientation des productions : les élevages industriels ont montré leur inadaptation à toute autre fonction sociale qu’un profit rapide pour des pollueurs qui veulent nous gaver de mauvaise viande. Il est évident que la production doit être réorientée vers des fruits, légumes, céréales de qualité, et aussi des viandes de qualité (sur ce sujet, mais c’est un libre débat social et démocratique nécessaire, je suis plutôt de l’avis de l’écoféministe Val Plumwood que des végans, en tout cas pour éviter toute contrainte sociale).

Quel pouvoir pour cette politique ?

Ce ne sont ni des gouvernements Macron, ou Philippe et autres partisans de « l’accélération » comme Attal, qui feront un traitre mot de tout cela, ni le RN et l’union des droites. Ils nous diront de nous « adapter » tout en incendiant la nature. Ils deviennent, littéralement, des assassins.

Mais en même temps, l’urgence est là. Comme le dit l’appel aux rassemblements du 26 septembre, reflétant la colère qui monte, il ne s’agit pas d’attendre l’été prochain !

Autrement dit, il ne s’agit pas non plus d’attendre les présidentielles. Une loi d’urgence climatique, comportant a minima la réorientation agricole et foncière radicale dessinée dans cet article, demande à être imposée à cette Assemblée nationale, ou à ce qu’une assemblée nouvellement élue, se donnant le pouvoir constituant de la réaliser, s’en empare.

Tel est le niveau réel des besoins présents. L’urgence vitale, climatique et agricole peut et doit submerger le calendrier de la V° République qui nous mène à Le Pen !

Qui sont les adversaires ?

N’ayons aucune illusion : les dirigeants FNSEA et CR sont parmi les composantes les plus nuisibles, les plus parasitaires et les plus dangereuses de l’ennemi de classe dans ce pays. Nous n’allons pas seulement les trouver sur notre chemin : ils s’y mettent à l’avance, déclarent la guerre de l’eau, piétinent ouvertement les lois, préconisent la violence.

Quelle base sociale pour ce  combat ?

L’un des enjeux pour les battre est de leur enlever leur base de masse « rurale » et « paysanne ». La campagne dans sa diversité, ce que l’on appelle maintenant « la ruralité », n’est pas le seul terrain du combat, lequel est national. Mais les ressources de la jeunesse rurale paupérisée, de cette « ruralité » qui comporte aussi les zones de vieilles industries, qui est le terrain des plus grosses batailles pour le service public, école publique, santé publique, sont considérables. C’est là que la bataille directe avec la FNSEA et la CR, et une grande partie de la bataille directe avec le RN et l’union des droites, va se mener. Et l’exigence de survie et de préservation du monde et de la verdure en sera un vecteur essentiel.

Vincent Présumey, 10 août 26.

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10.08.2026 à 22:17

Marième / Marie-Aimée Helie-Lucas (1939-2026).

aplutsoc

Nous venons d’apprendre la disparition ce 9 août de Mariéme Helie-Lucas, sociologue algérienne, militante féministe engagée pour la laïcité depuis des décennies. Marième était certainement plus connue dans l’aire anglophone que dans l’aire francophone. En guise d’hommage, nous reproduisons le billet rédigé par son ami Harsh Kapoor. Mon ancienne compagne, camarade et amie de toujours […]
Texte intégral (770 mots)

Nous venons d’apprendre la disparition ce 9 août de Mariéme Helie-Lucas, sociologue algérienne, militante féministe engagée pour la laïcité depuis des décennies. Marième était certainement plus connue dans l’aire anglophone que dans l’aire francophone.

En guise d’hommage, nous reproduisons le billet rédigé par son ami Harsh Kapoor.

Mon ancienne compagne, camarade et amie de toujours s’est éteinte dans l’après-midi du 9 août.

Quelle personnalité exceptionnelle : une intellectuelle humaniste, socialiste et féministe internationaliste, qui tenait à distance les tenants des politiques identitaires et s’opposait fermement au fondamentalisme ainsi qu’aux va-t-en-guerre.

Elle avait déjà vécu la moitié de sa vie lorsque je l’ai rencontrée ; elle était une véritable mémoire vivante de la révolution algérienne et de ses amitiés profondes avec Hélène Cuenat et Didar Al-Fawzi (les premières amies qu’elle m’a présentées) — des femmes communistes dissidentes emprisonnées en France pour leur soutien à la révolution algérienne et qui s’étaient évadées d’une prison parisienne. Elle a connu l’expérience du premier gouvernement de l’Algérie indépendante ; elle a éprouvé de l’horreur face à la répression de la gauche (et au mépris stalinien envers Victor Serge, malgré tout ce qu’il représentait), face à l’abandon des idéaux laïques et socialistes, et face au racisme ambiant (comme le traitement réservé à Fanon et à son épouse, traités de « nègres »). Elle a œuvré en solidarité avec Henri Curiel (fondateur du Parti communiste égyptien, réfugié en France en 1948 après la création d’Israël et la Nakba) et a travaillé pour l’ANC alors clandestin et en exil à Alger, aux côtés de Johnny Makatini — et, par son intermédiaire, d’Oliver Tambo et Joe Slovo. Elle a noué une amitié profonde avec l’un des rares hommes intègres parmi les Black Panthers exilés à Alger, et a entretenu une relation discrète avec Adolfo Kaminsky autour de la photographie et de ses activités les plus célèbres.

Il y eut aussi ses années d’enseignement au département de sociologie de l’université d’Alger, son amitié unique avec Ernest Gellner (remontant à ses années d’études à la LSE à la fin des années 1950), ainsi qu’avec Pierre Bourdieu et Jeanne Favret-Saada.

Puis vinrent les années du réseau Women Living Under Muslim Laws (WLUML,) à partir du début des années 1980 — époque où j’ai collaboré avec elle et partagé sa vie —, ainsi que toutes ces amitiés merveilleuses et durables nouées avec des féministes et des progressistes du monde entier. Je ne vivais plus avec Marieme depuis 2015, mais nous sommes restés amis proches, camarades et membres de la même famille. Je suis anéanti, ne sachant comment recoller les morceaux. Mais notre pacte était de ne jamais nous dire adieu, et de préserver tous ces souvenirs précieux. « Lal Salaams » [saluts rouges] à toi, « meri jaan », qui étais si pleine de vie… et aimais tant Serge Rezvani et sa belle chanson — *Le Tourbillon de la vie* (dans *Jules et Jim*), interprétée par Jeanne Moreau.

Harsh Kapoor, 10 août 2026.

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10.08.2026 à 22:10

David Chichkan 1986-2025.

aplutsoc

Il y a un an, David Chichkan est décédé dans la matinée du 10 août 2025. Il avait été grièvement blessé la veille en repoussant l’assaut des Russes contre les positions de mortier de son unité, qui avaient été prises pour cible par un drone ennemi. Chichkan était une figure marquante des communautés anti-autoritaires et […]
Lire la suite (207 mots)

Il y a un an, David Chichkan est décédé dans la matinée du 10 août 2025. Il avait été grièvement blessé la veille en repoussant l’assaut des Russes contre les positions de mortier de son unité, qui avaient été prises pour cible par un drone ennemi. Chichkan était une figure marquante des communautés anti-autoritaires et artistiques d’Ukraine.

David Chichkan a consacré toute sa vie consciente à l’activisme politique, promouvant des idées anti-autoritaires dans l’art et dans la lutte. Il ne reconnaissait pas l’autorité des institutions artistiques en raison de leur hiérarchie ou de leur appartenance aux sphères d’influence oligarchiques.

Le site Commons a consacré une vidéo à cet artiste libertaire militant.

Sous titres en français – 14 mn

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Source : RESU / PLT.

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10.08.2026 à 19:17

Communiqué du RESU – Pas de restrictions à la protection temporaire !

aplutsoc

Le Conseil de l’Union européenne a pris la décision de prolonger jusqu’au 4 mars 2028 la protection temporaire, mise en place en mars 2022, destinée à donner droit au séjour, à l’emploi, aux études, à un hébergement, à des soins aux populations déplacées d’Ukraine, depuis l’invasion russe. Le Comité français du RESU accueille avec soulagement […]
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Le Conseil de l’Union européenne a pris la décision de prolonger jusqu’au 4 mars 2028 la protection temporaire, mise en place en mars 2022, destinée à donner droit au séjour, à l’emploi, aux études, à un hébergement, à des soins aux populations déplacées d’Ukraine, depuis l’invasion russe.

Le Comité français du RESU accueille avec soulagement cette décision de prolongation, mais en même temps, il exprime sa stupéfaction et son inquiétude de voir une catégorie de personnes exclues, à compter du 5 août 2026, du bénéfice de cette protection, à savoir les personnes arrivant d’Ukraine après cette date et qui ne seraient pas à jour de leurs obligations militaires en Ukraine. Nous sommes également inquiètes et inquiets de voir une première restriction mordre ce statut déjà fragile.

Le Comité français du RESU note que cette restriction relève d’une discrimination de nationalité et de genre, puisqu’elle vise les seuls hommes ukrainiens. Cette restriction pénalise la liberté de conscience puisqu’elle interdit à des hommes de faire défaut dans les rangs ukrainiens. Cette restriction est aussi en contradiction flagrante avec le droit des personnes à vivre en famille puisqu’elle va empêcher des hommes de rejoindre leurs conjointes et /ou leurs enfants résidant en Europe.

Enfin, cette restriction crée un grave précédent car on ne voit pas ce qui empêcherait demain le Conseil de restreindre encore le droit à la protection temporaire et d’en priver d’autres catégories de population.

Cette restriction, dans le droit fil de la surenchère anti-immigration au niveau européen, est une atteinte de plus à la liberté d’installation et de circulation.

Le Comité français du RESU, qui lutte pour la victoire de l’Ukraine, qui soutient la résistance armée et non armée et les forces combattantes d’Ukraine, civiles ou militaires, masculines ou féminines, volontaires ou non, exige le retrait de cette restriction.

Paris, le 7 août 2026

Télécharger le communiqué du RESU au format PDF

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08.08.2026 à 19:25

A propos de l’appel du 26 septembre pour un plan d’urgence climatique. Par Alain Dubois.

aplutsoc

Présentation Nous reproduisons ce texte d’Alain Dubois en guise de commentaires et discussion de l’appel paru initialement sur le site Vert appelant à une mobilisation nationale le 26 septembre. Outre la publication de cet appel, ce texte s’inscrit dans le fil de la nécessaire discussion née des contributions précédentes d’Alain (30 juillet 2026 ) et […]
Texte intégral (5473 mots)

Présentation

Nous reproduisons ce texte d’Alain Dubois en guise de commentaires et discussion de l’appel paru initialement sur le site Vert appelant à une mobilisation nationale le 26 septembre. Outre la publication de cet appel, ce texte s’inscrit dans le fil de la nécessaire discussion née des contributions précédentes d’Alain (30 juillet 2026 ) et de Vincent (2 août 2026 ) autour des issues à la crise bioclimatique et les moyens de la résoudre.

Contribution d’Alain Dubois

Publié le 4 août par « Vert », l’appel sous-titré « Marche ou grève » rédigé par l’association « Bio Consom’acteurs » pour une manifestation nationale décentralisée le 26 septembre 2026 pour exiger « un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique »  compte aujourd’hui plus de 4000 signatures. Une cinquantaine de mobilisations locales sont déjà en cours de préparation, avec l’objectif d’une par préfecture et sous-préfecture. À ce jour (6 août) 2000 membres (le maximum possible) ont rejoint la communauté WhatsApp du 26 septembre et un nouveau lien vers une seconde communauté ouvre : https://chat.whatsapp.com/GFFrmoK2pa04BeJdhBFaUI.

Il peut être partagé avec d’autres personnes souhaitant rejoindre le mouvement ou créer de nouveaux groupes.

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Une initiative opportune

Savoir reconnaître le basculement

Cette initiative « citoyenne » est extrêmement bienvenue et opportune. Elle vient remplir un vide que toutes les organisations « de gauche » (démocratiques, progressistes, ouvrières), partis, syndicats, ONGs, associations, y compris groupuscules « radicaux » et « révolutionnaires », ne semblent pas avoir encore perçu : avec la combinaison des canicules répétées, des mégafeux et de l’entêtement de l’État dans sa politique au service des intérêts d’une minorité, symbolisé par la loi Duplomb 2 et l’absence de réponse adéquate aux agressions environnementales majeures récentes, l’exaspération a maintenant gagné un grand nombre de pans de la population. Il s’agit d’un changement qualitatif, et surtout qui a maintenant de grandes chances de devenir irréversible, dans la mesure où ces agressions ne vont maintenant aller qu’en se multipliant, se diversifiant et s’aggravant. Après des dizaines d’années où nous n’étions qu’une poignée, puis un nombre croissant, mais encore restreint, à lancer des messages d’alerte que la propagande gouvernementale, médiatique et numérique parvenait à neutraliser en grande partie, nous sommes face à un début de basculement, auquel pour l’instant cet appel constitue la seule réponse à la hauteur. Même s’il demeure plus que jamais indispensable de continuer à communiquer sur les questions d’environnement, de biodiversité, de santé, d’agriculture, une nouvelle époque s’ouvre désormais : celle de l’action, et de l’action collective (pas encore massive, mais celle-ci pourrait arriver vite), démocratique et globale, c’est-à-dire dirigée contre l’État, ses institutions, et tous les intérêts privés que celui-ci soutient et protège, et qui sont responsables de la situation actuelle.

Les responsables « inconnus » (en tout cas du plus grand nombre) de cette action « citoyenne » ne sont manifestement pas nés de la dernière pluie : leur appel évite un bon nombre d’écueils habituels de telles démarches, comme la personnalisation de la direction, la hiérarchie gravée dans le marbre, la discipline centralisée, la méfiance pour l’initiative individuelle et les idées originales… La perspective mise en avant par les initiatrices et initiateurs de cette action reste délibérément « floue » dans ses détails, mais est pourtant très claire dans son objectif principal, qui est de combattre « les mensonges et les politiques menées contre le climat, contre le vivant, contre la biodiversité et contre les habitantes et habitants par la macronie, Les Républicains et le Rassemblement national ». C’est une orientation délibérément politique, se situant à l’échelle de l’État et du pouvoir, contrairement à celles de beaucoup d’« actions citoyennes » qui se restreignent délibérément à des objectifs locaux ou régionaux, souvent parés du titre d’« autogestion ».

L’appel s’adresse à « Monsieur le président de la République », mais c’est une figure de style. Il ne s’agit pas d’une « requête » respectueuse vis-à-vis du monarque garé à Versailles avec ses brioches et ses visiteurs de choix, puisque le texte ajoute immédiatement : « Nous ne venons pas vous demander de nous plaindre. Nous venons vous demander des comptes. Nous exigeons un plan d’urgence… ». Ce plan est formulé ainsi : « Un grand plan de reconstruction : un plan d’urgence, un plan d’adaptation, un plan d’atténuation face au dérèglement climatique. Sans attendre un été de plus. » Il n’est donc plus question de demander des promesses, des engagements, mais de préparer de pied ferme une action immédiate de la part du gouvernement. Cette demande ne s’appuie pas seulement sur des signatures (comme pour la loi Duplomb), sur lesquelles comme on l’a vu il est facile de s’asseoir. Elle appelle à une mobilisation pour une marche populaire « partout en France, dans les métropoles et dans les bourgs de mille habitant‧es, dans les centres-villes et dans les quartiers » ‒ mais cette marche n’est pas présentée comme le but unique de cette action, comme l’indique le sous-titre de l’appel initial : « Marche ou grève ». Pour qui sait lire, cela signifie que la démarche engagée dès maintenant pour préparer le 26 septembre est susceptible de mener, si elle n’aboutit à aucun résultat à la hauteur des attentes, à l’organisation de grèves, ou mieux d’une Grève Générale. Le type d’organisation proposé pour cette mobilisation, partant du « bas » (des comités locaux) et remontant progressivement vers le « haut », qui tranche avec les pratiques politiques habituelles, est particulièrement bien choisi.

Quels objectifs ?

Que signifient les quatre « plans » mentionnés dans l’objectif annoncé pour la marche : reconstruction, urgence, adaptation et atténuation ?

Le terme de reconstruction est très clair : il s’agit de s’engager pour mettre fin à la dernière période historique, période de destruction de la société humaine, et plus largement de la biosphère dont cette société fait partie. Sans que le texte le précise, cette destruction a été quasi-intégralement le résultat de l’activité « humaine » : or les humains ont été actifs sur cette planète depuis des centaines de milliers d’années sans avoir causé de tels désastres, donc c’est la société humaine actuelle qui est en cause, pas la simple existence des humains ou le mythe de la « nature humaine » qui seraient destructeurs. Cette constatation implique que, pour arrêter cette destruction et s’engager dans une reconstruction, c’est le mode même de fonctionnement de cette société qu’il faudra modifier, et il ne pourra s’agir de changements à la marge.

La notion d’urgence est, elle aussi, très claire : cela signifie que nous ne pouvons plus attendre, car c’est chaque année, chaque semaine, chaque jour, que des agriculteurs, éleveurs, pêcheurs font faillite ou se suicident, que des milliers de personnes de tous âges sont touchées par des maladies et épidémies causées par la pollution, la malbouffe, les nouveaux pathogènes, les canicules, incendies, inondations et autres « catastrophes naturelles » de moins en moins naturelles (comme hier soir une coulée de boue en Haute-Savoie), que la disponibilité, la qualité et le coût des services publics (santé, éducation, transports, justice) et des communs (eaux, sols, forêts, faune et flore) se dégradent, tandis que les profits des industriels, banquiers, actionnaires et de leurs chiens de garde s’envolent. Les promesses non tenues du passé se sont accumulées au point de saper toute confiance qui pourrait être accordée à toutes celles et tous ceux qui envisagent de nous en faire encore, notamment à l’occasion des prochaines élections à la présidence bonapartiste de la Ve République – « République » réactionnaire dont il est devenu plus qu’urgent de sortir. Si j’ai bien compris le texte de Vert, la marche du 26 septembre exigera des décisions immédiates, sans attendre ces élections « pestilencielles ». Quant à celles-ci, le mieux qui pourrait nous arriver serait qu’elles doivent être annulées en raison de la nécessité de convoquer des élections législatives anticipées pour mettre fin à la crise sociale et politique que le basculement évoqué ici pourrait déclencher.

La notion d’adaptation, elle aussi, semble claire. Elle demande d’agir dès maintenant pour modifier les facteurs les plus importants de souffrance des populations face au dérèglement climatique et à l’effondrement de la biodiversité, avant même de s’attaquer aux causes de ces nuisances. Cette approche peut être entièrement contre-productive, comme dans l’exemple très démonstratif de la multiplication des « climatiseurs » domestiques, qui certes diminuent la température interne de certains logements mais augmentent celle de l’agglomération où ceux-ci se trouvent. D’autres modes d’adaptation sont plus justifiés. C’est le cas, lors de conditions météorologiques extrêmes ou de catastrophes environnementales, d’interventions rapides, avec des personnels et des équipements appropriés (par exemple des pompiers professionnels et des flottes aériennes suffisants pour lutter contre les méga-feux), selon des plans d’action bien conçus et financés, ainsi que d’hébergements, alimentation, habillement et soins pour toutes les victimes, d’espaces collectifs climatisés en accès libre, etc. À moyen terme, il peut s’agir de végétalisation des villes, d’isolation des logements et lieux de vie et d’activité, de transports publics, de prix accessibles pour les véhicules et les carburants, de suppression des péages autoroutiers, et d’une modification profonde des modes de gestion de l’eau, des sols, des forêts, des cultures. Toutefois l’adaptation ne peut constituer une « solution » à long et même à moyen terme aux problèmes considérables auxquels notre population, et l’humanité dans son ensemble, sont et surtout vont être confrontés : si l’on n’agit pas sur les causes profondes de ces agressions, qui sont liées avant tout à la nature des techniques utilisées depuis un bon demi-siècle dans l’ensemble de la planète dans le cadre d’un système économico-politique précis, le capitalisme, ces agressions iront en empirant et se multipliant, jusqu’à mener à un point de non-retour, parfois désigné du terme anglais de « collapse » (effondrement).

C’est ici qu’intervient le quatrième terme de la déclaration de Vert : l’atténuation. J’avoue avoir plus de mal à le comprendre que les précédents. Le texte le définit comme suit : « La fin de toutes les subventions aux énergies fossiles. L’interdiction pour toute entreprise française d’ouvrir de nouveaux projets fossiles, ici comme ailleurs. » [1]. Certes, certes… Mais un tel programme ressemble plus à un maintien du statu quo qu’à un ambitieux programme de « reconstruction ». Face à un malheur, une douleur, une violence, la perspective de « l’atténuer » est insuffisante, il faut y mettre fin, avant si possible d’en réparer les dégâts. Il est douteux que l’arrêt des subventions puisse être de nature à réduire l’extraction des énergies fossiles et leur emploi dans tous les domaines d’activité humaine. Et quid de la dépendance aux intrants agricoles, de la déforestation, de la destruction des zones humides, de l’envahissement de l’ensemble des terres, mers et même airs par des multitudes de polluants chimiques et biologiques de toutes natures, origines et aux conséquences multiples, dans notre alimentation, nos objets usuels, etc. L’objectif doit-il être d’« atténuer » les effets délétères de toutes ces interactions de nos techniques avec nos conditions de vie, d’activité et d’habitabilité, ou de les faire cesser ?

Quatre types de réponses

Il existe quatre modes principaux de réponses possibles à la crise actuelle de la biosphère.

La première est la fuite, qui est la seule actuellement envisageable pour certaines populations, ce qui constitue une cause majeure des « migrations » de plus en plus nombreuses dans diverses régions de la planète, auxquelles les réponses policières ou militaires n’apportent aucune solution pour personne mais constituent une honte indélébile pour les gouvernements qui les mettent en œuvre.

La deuxième consiste en la fameuse adaptation, parfois appelée « résilience », aux nouvelles conditions auxquelles l’humanité est soumise, sans agir sur leurs causes mais seulement sur leurs conséquences, seule solution soutenue par tous les pouvoirs actuellement en place. Comme nous l’avons vu, ce peut être une réponse à l’urgence, mais pas une solution à long ou même moyen terme ‒ au contraire en fait, car elle peut « endormir la vigilance » face aux attaques plus fondamentales contre l’environnement.

La troisième approche, souvent appelée « transition », ou « bifurcation » écologique, est la réforme de la société actuelle qui consiste à remplacer les techniques en vigueur (par exemple la voiture à essence) par des techniques alternatives (par exemple la voiture électrique) tout en maintenant les modes de vie et de relation de notre société avec l’environnement et le vivant, la « croissance », confondue avec le « progrès », restant la seule boussole. Les mesures préconisées par les partisans de la transition écologique consistent à agir séparément sur les différentes causes de la crise environnementale actuelle, comme si elles étaient indépendantes: émissions de gaz à effet de serre, intrants agricoles, monocultures, déforestation et assèchement des zones humides, mégabassines, suppression du bocage, pollutions de tous ordres, nouvelles autoroutes, etc. Mais la crise actuelle ne se réduit pas à une addition de crises isolées. Cette crise est systémique, ce qui signifie que ces différents problèmes sont des symptômes qui expriment une cause ultime unique, le système économico-politique du capitalisme universellement en vigueur aujourd’hui. Agir sur chaque cause prise à part est insuffisant et voué à l’échec. Seule la lutte contre ce système dans son ensemble serait susceptible de mettre fin aux nuisances résultant de l’ensemble de ces causes.

C’est ce qu’envisage la quatrième approche, qui met en avant des mots d’ordre comme l’expropriation et la collectivisation de l’industrie automobile et de l’industrie pétrolière mondiales, la réduction drastique du trafic aérien aux seuls vols indispensables (à l’exclusion de l’agrément et du tourisme), l’interdiction de transports d’animaux et de nourriture sur de longues distances, la fin de la « société de consommation » avec sa malbouffe et ses pathologies associées, la fin de la « société du spectacle » avec ses « grand-messes » sportives et musicales, etc. Il s’agit alors d’une perspective de changement de paradigme concernant la « croissance » et plus généralement les relations entre l’humanité et la biosphère, ce qui exige de résoudre la question du pouvoir dans notre société.

La question principale qui se posera alors à tout mouvement massif pour « changer la société », sera alors : faut-il procéder progressivement, en commençant par l’adaptation, puis en tentant la « transition », pour constater alors que celle-ci ne change rien au fonctionnement de base de la société (consommation excessive de ressources, extractivisme, relations de domination vis-à-vis de la nature comme entre êtres humains) et alors passer à la troisième solution – ou viser d’emblée une transformation drastique de la société en se donnant comme objectif immédiat la prise du pouvoir, la transformation de l’État et des rapports entre les classes sociales ?

Beaucoup de gens pensent que la solution « progressiste » est la meilleure, sinon la seule possible, car elle serait plus « pédagogique ». L’idée dominante à cet égard est que l’annonce de « catastrophes » aurait toujours un effet paralysant sur les humains. Ce point de vue schématique, qui attribue à la « pédagogie » des vertus que l’histoire n’a jamais confirmée, n’est pas partagé par tous [2], et surtout il est maintenant un peu tard, au bord du précipice, pour continuer à le privilégier, et à soutenir l’illusion que ces fragiles êtres que sont les humains doivent être protégés par des fables optimistes plutôt qu’éveillés à temps par des informations « effrayantes ». À cet égard, l’année 2026 en France a désormais joué un rôle déterminant et peut-être irréversible : c’est cette prise de conscience qui rend particulièrement opportun l’initiative des auteurs de cet appel, qui aurait été encore prématuré il y a encore quelques années.

J’ajouterai pour finir deux réflexions à ce qui précède.

Prise du pouvoir, démocratie, informations scientifiques

Contrairement à ce que certains imaginent, la solution face au désastre écologique ne peut résider en « une dictature d’experts qui puisse légiférer et décider selon leurs règles fondées, selon eux, sur la neutralité scientifique » [3]. Tout d’abord parce que cette « neutralité » n’est pas absolue et que de tels experts « omniscients » n’existent pas. Depuis quelques décennies la « liberté académique » a considérablement régressé, pas seulement aux USA de Trump, mais aussi en Europe, et les choix des sujets sur lesquels les chercheurs font porter leurs travaux leur sont imposés par les organismes qui les emploient, et sont largement inféodés aux priorités économiques du capitalisme : bon nombre de questions ne sont tout simplement pas étudiées. Néanmoins, sans être absolument neutres, les connaissances scientifiques ne reposent pas sur les opinions des membres de la communauté des chercheurs, mais sur une méthodologie partagée par l’ensemble de ceux-ci, qui comporte de perpétuelles vérifications et contre-vérifications, s’appuyant avant tout (quoique pas uniquement) sur le concept poppérien de réfutabilité : la science ne dit jamais qu’une affirmation est « vraie » mais que, jusqu’à preuve du contraire, elle n’a pas (encore) été démontrée fausse. Le corpus des connaissances scientifiques (incluant leurs aspects et conséquences technologiques) est constitué de connaissances partagées, produites par une véritable « internationale » et soumises en permanence à la critique et la correction par les pairs, ce qui fait du corpus de ces connaissances le socle le plus solide, et de loin, de toutes les connaissances partagées par l’humanité. C’est ainsi que les rapports produits par les grands organismes internationaux comme le GIEC et l’IPBES, fondés sur l’analyse comparative et critique de milliers d’articles scientifiques eux-mêmes déjà soumis avant publication au crible de l’évaluation par les pairs, constituent une base incomparable pour évaluer l’état du climat, de la biodiversité et de l’ensemble de la biosphère, et prévoir les grandes lignes de leur évolution dans les décennies à venir. Leur opposer à cet égard les opinions de personnes étrangères à cette communauté et à ses règles de fonctionnement établies collectivement par des décennies de travail est une insulte à l’humanité et ne peut s’expliquer que par l’inféodation de ces personnes à des intérêts particuliers, souvent opposés à l’intérêt collectif. Ceci vaut également pour la fétichisation, de mise actuellement dans certains milieux écolos, pour les « savoirs traditionnels », notamment ceux de quelques groupes sociaux subsistant dans des régions tropicales : tout comme les autres, ces savoirs doivent faire l’objet d’une évaluation scientifique.

Ceci étant, ces précieuses connaissances scientifiques ne procurent pas par elles-mêmes de guide objectif suffisant pour l’action. Celle-ci repose sur des évaluations éthiques et politiques qui doivent relever de la décision collective et démocratique impliquant les populations concernées, et pas seulement une soi-disant « élite » auto-désignée comme celle qui dirige actuellement le monde. Toutefois, le terme de « démocratique » dans cette affirmation mérite d’être examiné de près. Tout d’abord, quelle doit être la communauté amenée à prendre des décisions dans ce domaine ? Faut-il estimer que, comme le formule par exemple Bruno Latour [4], face au « péril écologique », tous les citoyens sont logés à la même enseigne et constituent tous ensemble une nouvelle « classe écologique » dont les membres ont les mêmes besoins et intérêts ? Ou au contraire que la société est encore, et même plus que jamais, divisée en classes antagonistes aux intérêts différents, que la grande majorité de la population subit les agressions écologiques causées par la minorité qui détient le pouvoir, et devrait s’organiser pour le leur retirer et gérer la société ? Ceux qui sont susceptibles de changer les choses sont ceux qui n’ont rien à perdre à la disparition du système économico-politique actuel, c’est-à-dire les travailleurs et travailleuses, les chômeurs et chômeuses, les jeunes.

C’est justement cette majorité qui, du fait de sa place dans les rapports sociaux et par son travail, ses compétences, son implication, permet à notre société d’exister comme société, de fonctionner, de nourrir la population, de l’éduquer, la soigner, la protéger, la loger, lui fournir les produits, objets, appareils et outils nécessaires. Et c’est à ce titre que, lors de toute l’histoire du mouvement ouvrier, celui-ci a pu mener les combats pour la reconnaissance puis le progrès des droits humains, l’instauration d’un État de Droit fondé sur la séparation des pouvoirs, etc. Dans tous ces domaines, les travailleurs se sont appuyés sur leur expérience et leur connaissance du fonctionnement des rapports sociaux pour mener les combats et imposer leurs revendications – jusqu’à un certain point seulement, puisqu’ils n’ont pas réussi, malgré des combats séculaires, à établir un État « ouvrier » durable, tous les essais dans ce domaine ayant été balayés plus ou moins vite par des contre-révolutions qui ont pris des formes diverses, dont la moindre ne fut pas celle du stalinisme, qui a laissé des traces encore bien vivantes dans la société actuelle.

Bien qu’elle date en réalité de plus d’un siècle, la « question écologique », restée souterraine pendant longtemps, finit aujourd’hui par émerger au grand jour. C’est à sa résolution que ceux qui se mobilisent et vont se mobiliser de plus en plus vont devoir se consacrer. Pour ce faire, l’expérience, positive et négative, des combats menés contre l’exploitation capitaliste, jouera certainement un rôle important. Notamment, le fait que les décisions devront se prendre de manière démocratique, et ne pas être imposées d’en haut, est une certitude. Mais cette expérience suffira-t-elle pour prendre les bonnes décisions ? Lorsqu’il s’agissait de questions liées au travail, au fonctionnement de la société, les travailleurs bénéficiaient d’une connaissance de première main, susceptibles de guider leurs décisions. Mais il n’en va de même concernant des questions scientifiques, concernant le fonctionnement de notre biosphère, dont la complexité est restée longtemps incomprise y compris de la communauté scientifique, du fait des interactions multiples qui le régissent. Ce que les progrès de nos connaissances dans ce domaine ont mis en évidence est, dans la majorité des situations et pour la majorité des problèmes, souvent bien éloigné de la conception qu’en avait la communauté scientifique il y a encore moins de 50 ans et, pour certains domaines, encore il y a 10 ans ou hier ! Prendre des décisions adéquates face à une telle complexité ne peut se faire sur la foi du bon sens [5] ou par la méthode du « doigt mouillé ». À cet égard, imaginer que, du fait de leur place dans les rapports sociaux les travailleurs seront amenés « par magie » à prendre les bonnes décisions relève d’un mode de pensée qui s’appelle l’ouvriérisme, qui ne rend pas service à leur cause et à celle du progrès.

Dans ce domaine, la démocratie qui ne s’appuie pas sur des connaissances n’est en aucune manière une garantie de bonnes décisions. La situation issue de la période actuelle de l’histoire de l’humanité, l’anthropocène tardif, qui date de la Deuxième Guerre mondiale, est nouvelle : sa solution ne reposera pas simplement sur le mot « démocratie » répété comme un mantra, mais sur l’équation « information + démocratie » ou l’inverse. Et ce sera à ceux qui souhaitent aboutir à cette solution de faire ce qu’il faut pour rendre cette équation fonctionnelle, ce qui exigera de dépasser le stade des opinions sur les questions écologiques pour faire la jonction avec ces connaissances scientifiques, parfois complexes, contre-intuitives ou même choquantes. La démarche commencée avec l’appel pour le 26 septembre est déjà en train de préparer et va aboutir à la création de nombreux « comités » locaux, qui espérons-le vont se fédérer du bas vers le haut, aux niveaux départementaux, régionaux et national. Leur fonction devrait être non seulement de débattre librement des orientations qu’ils souhaiteront développer dans cette campagne, mais également, et cela me paraît crucial, de réunir, diffuser et discuter les informations scientifiques disponibles sur la crise écologique, qui vont bien au-delà des grandes idées répétées sur tous les tons par tous les médias et commentateurs. Ceci exigera de faire l’effort de les comprendre et assimiler, et si possible d’impliquer des scientifiques dans leur diffusion. Je reviendrai sur cette question cruciale dans un prochain billet.

Adaptation, transition ou rupture ?

Pour revenir sur la question des principales orientations possibles pour la lutte pour changer les choses, il me semble qu’il est important de bien comprendre que maintenant les choses s’accélèrent et vont s’accélérer de plus en plus, et que nous n’aurons pas beaucoup de temps pour des « expérimentations », c’est-à-dire pour tenter des « transitions écologiques » respectant le cadre du capitalisme avant de constater, déçus, qu’elles ne changent rien au fond du problème. Ceci d’autant plus que chacune de ces éventuelles « étapes » sera susceptible d’être utilisée par le pouvoir en place et ses alliés technophiles pour diviser nos rangs, en jouant sur la crainte du changement et les menaces de chaos, pour tenter d’arrêter le processus en cours. Il ne faut pas rêver et il ne faut pas sous-estimer l’ennemi que le capitalisme représente pour l’humanité. Acculé, le système actuel pourra s’accommoder du passage de la voiture à essence à la voiture électrique et de divers autres changements, et même en partie de la réduction ou l’arrêt de l’exploitation des énergies fossiles, tant que subsistera le système économico-politique que basé sur la Bourse, les polices, les armées et aujourd’hui les réseaux numériques. Avec l’IA en cours d’instauration comme système mondial de contrôle des sociétés, il a devant lui encore de beaux jours et un boulevard de plus-values sans précédents. Mais il ne tolérera pas le passage de l’économie de la croissance au service de la plus-value à une économie de la décroissance au service des populations, qui est pourtant la seule solution pour l’humanité, et ceci peut-être non pas à moyen, mais bien à court terme. Perdre du temps à tenter des solutions bâtardes comme la « transition écologique » est lui donner la possibilité de s’organiser pour déclencher les guerres effroyables qui lui permettraient de bloquer le processus mettant fin à sa domination. Commencer dès aujourd’hui à préparer la prise du pouvoir et la destruction de ce système me paraît la première urgence.

Alain Dubois, le 6 août 2026.

Source :

https://lherbu.com/2026/08/appel-du-26-septembre-pour-un-plan-d-urgence-climatique.html

Notes  

[1] Cette citation se poursuit par une phrase ambigüe qui est susceptible de ne pas faire l’unanimité parmi les partisans de l’appel : « Une sortie du fossile qui soit aussi une sortie des guerres qu’il finance. » Serait-ce que toutes les guerres actuellement en cours sur la planète seraient de la même nature ? Les guerres d’agression impérialiste ou colonialiste et la résistance des peuples à ces agressions ? Le sujet de la guerre n’est pas central dans cet appel et devrait y être évité pour ne pas ouvrir des polémiques nuisibles au projet qui, lui, devrait faire l’unanimité.

[2] Voir notamment Lucas Verhelst (dir.), Manuel d’un monde en transition(s), L’Aube, 2025.

[3] Voir Luis Martinez Andrade, « Sciences, pouvoir et savoirs émancipateurs », 24 juillet 2026, https://www.contretemps.eu/sciences-pouvoir-et-savoirs-emancipateurs.

[4] Bruno Latour et Nikolaj Schultz, Mémo sur la nouvelle classe écologique, Les Empêcheurs de penser en rond, 2022.

[5] Le bon sens est souvent mauvais conseiller lorsqu’il s’agit de comprendre le fonctionnement du monde, comme le soulignait Bertrand Russell en 1953 : « Nul ne veut rectifier le langage du bon sens, et cesser de parler du soleil qui se lève et se couche. Mais les astronomes préfèrent employer un langage différent, et je leur donne raison. J’en conclue que le bon sens ne connaît pas le sens des mots, et j’aimerais croire que cela devrait le laisser silencieux. »

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Julien HERVIEUX
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