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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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05.10.2026 à 12:25

Commentaires de Robert Duguet sur l’article de Yorgos Mitralias du 02 octobre 2026.

aplutsoc

Rappel : Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission. Cet article du militant […]
Texte intégral (556 mots)

Rappel : Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.

Cet article du militant internationaliste Giorgos Mitralias brossant un début d’analyse de la montée en puissance d’une nouvelle gauche radicale à l’échelle internationale (États-Unis, France, Allemagne, Espagne) mérite réflexion et discussion. En Espagne le combat pour le droit au logement se développe par les manifestations et occupations des places publiques : les salariés et la jeunesse renouent avec le mouvement d’auto-organisation, dont ils ont été dépossédés par l’évolution droitière du parti Podemos dans les institutions monarchiques de l’Espagne. Aux États-Unis le mouvement de Mandani dans la jeunesse a conquis la mairie de New York sur la question du logement et met à l’ordre du jour la construction d’une alternative se situant sur le terrain de l’émancipation sociale et socialiste. En Allemagne les Linke, qui avaient été éprouvés par l’opération populiste de Sahra Wagenknecht, en s’appuyant sur une campagne dans la jeunesse du même type qu’à New York, font une percée remarquable à Berlin.

Ce texte a été publié au moment où commençait en France le mouvement des lycéens contre les mesures de démantèlement de l’école publique. Dans l’article de Svobada que nous publions aujourd’hui « l’arme nucléaire doit-elle tirer ? », Poutine explique : « [qu’il] espère que Marine Le Pen ou son parti remportera l’élection présidentielle française en avril prochain. Il se croit donc en bonne voie. » Il faut y ajouter la montée en puissance de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) un parti néo-nazi dans les Länder de l’ex-RDA. Le mouvement en France des lycéens contre la répression policière, entraînant les étudiants met pour le mardi 6 octobre les organisations syndicales en position de monter en ligne. La force de ce mouvement, c’est qu’il se construit, comme en Espagne, sur l’auto-organisation. Ce mouvement nous sauvera-t-il du cauchemar d’un face-à-face Le Pen-Mélenchon au deuxième tour de l’élection présidentielle de mai 2027, représentants de deux partis qui s’affichent pro-poutiniens. Les déclarations récentes du leader France Insoumise ont fait de l’Ukraine l’État agresseur. Les propos de Giorgos Mitralias sur France Insoumise demanderaient à être discutés.

Sommes-nous à un tournant pour une recomposition d’une gauche radicale à l’échelle internationale ? La décomposition des vieux partis, sociaux-démocrates et staliniens, qui ont exercé les pouvoirs dans le sens de la gestion du néo-libéralisme, en désespérant les opprimés, ont ouvert la voie du pouvoir aux formations d’extrême droite. Est-ce le moment d’une inversion de la situation ?

RD, le 04/10/2026.

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05.10.2026 à 12:04

Des États-Unis à l’Espagne et de l’Allemagne à la France, la jeunesse opte pour la gauche radicale ! par Yorgos Mitralias.

aplutsoc

Désormais, ce n’est plus ni une supposition ni une hypothèse de travail. Désormais, à l’ouest il y a bien du nouveau ! De New York à Berlin, et de Madrid à Paris, ça bouge. Et ça bouge plutôt fort. Pratiquement coup sur coup, la gauche radicale intronise les siens aux mairies des villes-monde comme New York et […]
Texte intégral (1208 mots)

Désormais, ce n’est plus ni une supposition ni une hypothèse de travail. Désormais, à l’ouest il y a bien du nouveau ! De New York à Berlin, et de Madrid à Paris, ça bouge. Et ça bouge plutôt fort. Pratiquement coup sur coup, la gauche radicale intronise les siens aux mairies des villes-monde comme New York et Berlin. Et encore plus important, des majorités de jeunes des pays comme les États-Unis, l’Espagne, l’Allemagne et la France se radicalisent et portent leurs sympathies souvent actives à ces mêmes gauches radicales ! Il faudrait être blasé, insensible ou tout simplement aveugle pour ne pas remarquer et ne pas tenir compte d’un tel évènement qui crève les yeux…

En Espagne d’abord, où les manifestations, les occupations des places et les autres actions exemplaires des jeunes militantEs du Syndicat des locataires (Sindicato de Inquilinas y Inquilinos) ont redonné l’initiative à ceux d’en bas, en remettant à l’ordre du jour une des plus brûlantes questions sociales, le droit au logement ! Diffusant et popularisant l’appel de cette admirable dame de 87 ans qu’est Maricarmen Abascal (« Ma maison a été toute ma vie et je dois maintenant la laisser derrière moi, mais cela ne veut pas dire que je vais cesser de me battre. Je n’ai pas réussi à défendre ma maison, mais je me suis battu pour que les autres apprennent à se battre pour la leur. Ce que je veux, c’est que ce problème des fonds vautours soit éliminé… Battez-vous, ne restez pas à la maison »), ces milliers de jeunes militants ont réussi en quelques jours, un extraordinaire exploit : d’abord, stopper net l’offensive xénophobe et raciste de la droite et de l’extrême droite à l’occasion de « l’invasion » de Ceuta par des migrants marocains, dont plusieurs ont d’ailleurs été torturés atrocement par les policiers espagnols, selon Amnesty International. Et ensuite, imposer à la coalition de gauche (PSOE+Sumar), de faire ce qu’elle n’a pas fait depuis 8 ans qu’elle est au pouvoir : légiférer pour interdire les expulsions par les fonds vautour et geler les loyers.

Évidemment, ce n’est pas un hasard que le syndicat espagnol des locataires exige « un gel des loyers en vigueur, comme a été fait à New York (« como se ha hecho en Nueva York »). Ou l’expropriation des logements aux mains des fonds vautour, à l’instar de ce que promet de faire Elif Eralp, la triomphatrice des élections à Berlin, laquelle admet d’ailleurs, publiquement qu’elle a beaucoup appris de Zohran Mamdani, le jeune maire de New York et chef de file de la nouvelle gauche radicale qui est en train de chambarder le paysage politique des États-Unis. Manifestement, les uns profitent des succès et des expériences des autres, et des liens se tissent déjà entre ces mouvements et ces organisations de la gauche radicale. D’ailleurs, c’est ce qu’explicite le  porte-parole du Syndicat des locataires espagnols Alicia del Rio quand elle proclame que le mouvement doit « s’étendre à d’autres territoires par le biais des délégations régionales ou de quartier, mais aussi nationales et internationales », avant de conclure en appelant à la grève générale !

Même un simple coup d’œil aux revendications et aux programmes de cette nouvelle gauche qui gagne suffit pour constater que ses succès doivent énormément à leur radicalité. C’est ainsi que Elif Eralp et son parti Die Linke arrivent à plus que doubler leur score de 2023 (obtenu d’ailleurs avant la — malheureuse- scission de la très droitière Sarah Wagenknecht) grâce à leur promesse phare d’exproprier les grands groupes immobiliers et autres fonds vautour, et de transférer les presque 300.000 logements qu’ils possèdent au secteur public. Mais, ce n’est pas tout. C’est cette radicalité de leurs programmes, mais aussi de leurs pratiques, qui attire, enthousiasme, et mobilise les impressionnantes et inédites foules de jeunes gens grâce auxquels Mamdani, Eralp ou même de Sindicato de Inquilinas espagnol arrivent à des succès électoraux et autres qui étaient totalement impensables il y a encore deux ans !

En effet, la deuxième grande et très prometteuse caractéristique de tous ces mouvements et formations de gauche tant aux États-Unis qu’en Europe, est leur capacité d’inspirer et de mobiliser les jeunes. Il s’agit ici d’une « nouveauté » absolue attendue depuis au moins 40 ans, qui augure bien de l’avenir, car on constate déjà combien grande est la force de frappe et le potentiel anticapitaliste de cette jeunesse radicalisée de deux côtés de l’océan Atlantique. C’est ainsi qu’à Berlin, Die Linke a triomphé chez les jeunes, obtenant 43 % chez les 18-24 ans et 49 % chez les 25-34 ans ! Et même 55% chez les jeunes femmes de moins de 30 ans !

Ces pourcentages déjà extraordinaires, sont pourtant inférieurs à ceux obtenus par Mamdani à New York : 75% chez les jeunes de 18 a 29 ans, et même… 82% chez les jeunes femmes ! Succès personnel de Zohran Mamdani ? Sans doute oui, mais pas seulement. Selon un récent sondage de Gallup, 57 % des Américains âgés de 18 à 34 ans ont une opinion favorable du socialisme, contre 43 % pour le capitalisme. Et selon un sondage de CNBC, 46% des Americains de 18 à 34 ans ont une bonne ou très bonne opinion des Democratic Socialists (DSA) de Mamdani. Et pour ceux qui penseraient que les succès auprès des jeunes de Mamdani et des DSA ou d’Eralp et Die Linke seraient dus à la « spécificité de leurs cas », il y a pour les démentir le cas, nullement secondaire, de la France où, selon Le Monde, Jean Luc Melenchon, leader de la gauche plutôt radicale de la France Insoumise, « recueille entre 40 % et 45 % des intentions de vote chez les 18-24 ans en vue de l’élection présidentielle de 2027 ».

Alors, ce n’est pas du tout surprenant que ce soit exactement cette jeunesse française qui est en train de prendre, ces jours-ci, la tête des manifestations populaires de plus en plus massives et déterminées, contre les politiques antisociales d’austérité draconienne du président Macron. Et ce n’est pas également surprenant, que manifestement paniquées, la droite française au pouvoir secondée par l’extrême droite de Marine Le Pen, attaquent durement tant Mélenchon et son parti que le mouvement lycéen et étudiant en pleine expansion, craignant de plus en plus que l’étincelle de la révolte des jeunes mette le feu à une société française déjà prête à exploser.

Qui a dit que les jeunes de nos temps si obscures et cauchemardesques seraient condamnés à être résignés et passifs ?

YM, 02/10/2026

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04.10.2026 à 12:36

Par la jeunesse, l’affrontement social avant la présidentielle a commencé ! Éditorial du 04 octobre 2026.

aplutsoc

Le mouvement de la jeunesse parti des lycées vient de très loin. Il est le fait de la génération du Covid, des guerres et du basculement climatique, qui a subi Macron et Blanquer. Il combine des exigences universelles et fondamentales – « Nous voulons vivre, pas survivre », disent bien des pancartes – et des revendications précises […]
Texte intégral (820 mots)

Le mouvement de la jeunesse parti des lycées vient de très loin. Il est le fait de la génération du Covid, des guerres et du basculement climatique, qui a subi Macron et Blanquer. Il combine des exigences universelles et fondamentales – « Nous voulons vivre, pas survivre », disent bien des pancartes – et des revendications précises parfaitement formulées : des bâtiments humains adaptés au réchauffement, assez des classes à 35 ou plus, des postes de profs, des toilettes décentes, et à bas Parcoursup (et foutez-nous la paix avec nos portables, on est pas des zombis !).

Chacune de ces revendications immédiates est un défi au pouvoir exécutif et au capitalisme.

Le ministre de l’Intérieur Nunez impulse depuis le début violence et provocation, écrivant aux préfets le 30 septembre : « L’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre. » Tout est dit : l’État de droit ne saurait nous inhiber, donc « On peut cogner, chef ? Oui ! ».

Cette violence, dont le livre noir est d’ores et déjà aussi grave que début mai 1968, se cumule avec celle des groupes lumpen ou mafieux qui débarquent avec des mortiers et servent de prétexte à la violence policière, et à toutes les formes de provocation, certains médias s’y consacrant en exclusivité.

Mais le mouvement charrie, telle la marée, les provocations avec lui, les emporte et va plus loin. Il s’étend telle une nappe : parti des lycées de la banlieue parisienne, il a gagné tout le pays en passant souvent, avant les lycées de centre-ville, par des petits établissements de petites villes, avec le rôle notable des filles dans son organisation et son affirmation. Et ce sont les lycéens qui entraînent les étudiants !

Il n’a évidemment pas été déclenché par un coup de sifflet de LFI ou de quelque organisation que ce soit. LFI et toutes les organisations de gauche, du mouvement ouvrier et écologistes, sont parfaitement légitimes à y intervenir, quelles que soient les discussions nécessaires sur leurs orientations. Le RN y est interdit. Les élus comme Bally Bagayoko – qui a été exemplaire et a montré ce qu’est le vrai « maintien de l’ordre » – ont la responsabilité de se porter entre les lycéens d’un côté et les fauteurs de violence, police et bandes lumpen, de l’autre.

Quand la préfecture de police de Paris, le ministère de l’Intérieur, le premier ministre, le président, CNews, Bolloré et le RN disent que tout a été manipulé, il n’est pas impossible qu’ils soient sincères, tel Poutine croyant ses services qui lui disaient pouvoir prendre l’Ukraine en 3 jours !

Rien n’a été manipulé à l’échelle de ce mouvement, qui pose la question de l’avenir, de l’ordre social et du pouvoir, et retentit déjà internationalement, à commencer par la Wallonie et Bruxelles où se développe depuis l’an dernier un mouvement ressemblant par de nombreux aspects.

La masse des jeunes a besoin de perspectives pour aller de l’avant. Bien sûr, les syndicalistes, les élus responsables et les militants, doivent se porter à leurs côtés, mais cela n’est pas suffisant.

Le gouvernement est ébranlé et titube en mélangeant trois tactiques : la violence pure organisée depuis la place Beauvau, les fermetures massives de lycées avec interdiction de s’en approcher, et, le plus ridicule, la « plate-forme participative en ligne » du ministère de l’Éducation nationale !

Le mouvement a commencé à ébranler le budget, pour lequel Lecornu a besoin de Le Pen, en produisant le retrait des hausses de droits d’inscription en BTS et en Prépas. Il peut défaire tout le budget Macron/Lecornu/Le Pen s’il se poursuit et entraîne avec lui la masse des salariés. Il peut, non pas « faire reculer », mais battre et faire chuter le gouvernement et l’exécutif. Macron est acculé à chercher d’ores et déjà des solutions institutionnelles qu’il avait écartées lors de sa dernière conférence de presse, il y a très longtemps, à savoir une semaine : dissolution, article 16, démission.

L’affrontement social avant la présidentielle, non bridé, mais accéléré par celle-ci, a commencé. En avant !

Prochaine manche : la grève politique et de solidarité en soutien aux manifestations de la jeunesse le mardi 6 octobre prochain.

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04.10.2026 à 12:14

Comment gagner ? Réunion-débat dimanche 18 octobre de 14H à 17H.

aplutsoc

« Nous voulons vivre, pas survivre. Non à l’avenir capitaliste du réchauffement, des guerres, de Macron et de Le Pen ! » Le mouvement des lycéens, entraînant les étudiants et toute la jeunesse, a la force de défaire le projet de budget de Macron/Lecornu/Le Pen et de faire tomber le gouvernement. Il a la force potentielle de battre […]
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« Nous voulons vivre, pas survivre. Non à l’avenir capitaliste du réchauffement, des guerres, de Macron et de Le Pen ! »

Le mouvement des lycéens, entraînant les étudiants et toute la jeunesse, a la force de défaire le projet de budget de Macron/Lecornu/Le Pen et de faire tomber le gouvernement. Il a la force potentielle de battre la V° République AVANT le scrutin présidentiel, d’ouvrir la voie à la révolution et à la démocratie !

C’est pourquoi, il est la cible du déferlement des violences policières et des bandes lumpen. C’est pourquoi, il est la cible des dénonciations comme étant soi-disant manipulé.

C’est pourquoi les syndicats, les travailleurs, actifs, retraités, chômeurs, doivent le soutenir et le rejoindre en masse mardi 6 octobre, construisant l’unité pour gagner et battre le RN et la V° République !
  • Soutien aux jeunes !
  • Soutien à leur droit à tenir des AG dans les lycées et à s’organiser !
  • Grève politique contre la répression, le RN et le budget !

Nous invitons nos ami-es, lectrices et lecteurs à participer à notre prochaine réunion publique le dimanche 18 octobre 2026 de 14H à 17H au Maltais Rouge à Paris. N’hésitez pas à faire circuler largement le PDF ci dessous pour donner toute publicité à cette initiative !

La rédaction d’Aplutsoc.

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02.10.2026 à 12:38

Il y a 90 ans, la Révolution espagnole. Une expérience unique : les collectivisations. Par Francis Pallarés Aran.

aplutsoc

Vient de paraître récemment la traduction en français d’un ouvrage important de Victor Alba (1) En finir avec les patrons. Les collectivisations de 1936 en Espagne (2) Le livre est évidemment en rupture avec l’histoire mythifiée de la Guerre d’Espagne à laquelle nous avons eu droit pendant des décennies sous la forme de récits biaisés […]
Texte intégral (1646 mots)

Vient de paraître récemment la traduction en français d’un ouvrage important de Victor Alba (1) En finir avec les patrons. Les collectivisations de 1936 en Espagne (2)

Le livre est évidemment en rupture avec l’histoire mythifiée de la Guerre d’Espagne à laquelle nous avons eu droit pendant des décennies sous la forme de récits biaisés sur les Brigades Internationales ou sur le «¡No pasarán!» dans le style du film Mourir à Madrid… Souvenons-nous, c’est avec l’ouvrage de Pierre Broué et Émile Témime La Révolution et la guerre d’Espagne, publié en 1961, qu’avait commencé à se briser une certaine histoire officielle dominante sur la Guerre civile espagnole. Mais c’est surtout, en 1995, le film de Ken Loach, Land and Freedom, qui a enfin semblé dessiller les yeux du grand public et de nombreux-ses militant-e-s (3).

L’ouvrage comporte deux parties distinctes. D’abord, l’histoire de la guerre d’Espagne revisitée rappelant une question trop longtemps occultée et pourtant déterminante et unique : la Révolution sociale qui éclata dans la zone républicaine à la suite de l’échec initial du «golpe» fasciste ; les militaires et les forces réactionnaires voulaient empêcher la révolution, ils la déclenchent. Ensuite, un deuxième versant, tout aussi passionnant, transcrit une série d’entretiens de l’auteur avec des témoins et des combattants qui étaient encore vivants dans les années 1970.

Cette histoire de la Guerre d’Espagne est évidemment très proche des écrits de George Orwell (cf. « Hommage à La Catalogne »). L’écrivain britannique fut non seulement témoin, mais s’engagea pour combattre le fascisme dans une colonne du POUM ; il fut d’ailleurs grièvement blessé sur le front d’Aragon. Victor Alba fit sa connaissance à Barcelone.

Nous nous limiterons à citer deux extraits significatifs :

« […] Une expérience unique […] »

« […] Il arrive parfois que lorsqu’une expérience passe du statut de solution possible à celui de remède universel, elle y perde son nom. C’est pour cette raison que dans les années 1960 et 1970, on ne parlait plus de collectivisations, mais d’autogestion. Ce nom apparut dans le milieu syndical catholique français et se donna avec l’autogestion une nouvelle image […] Le terme de collectivisation est mieux défini, plus précis et, par conséquent, moins susceptible d’être manipulé et déformé […] Le lecteur dira que j’exagère si j’affirme que la révolution espagnole de 1936, avec toutes les limites imposées par le fait qu’elle eut lieu dans une partie d’un pays de troisième ordre et qu’elle dura à peine quelques mois, fut la seule révolution ouvrière que l’histoire ait connue. Mais si vous réfléchissez avec la volonté de vous détacher des clichés habituels, vous verrez que ni avant ni après, il n’y eut aucune autre révolution ouvrière.

La Commune de Paris en 1871, longtemps présentée comme un modèle d’insurrection prolétarienne, fut en réalité un mélange de patriotisme petit-bourgeois, du non-conformisme de certains intellectuels et de protestation sociale d’un prolétariat parisien coutumier des barricades. La Commune n’adopta aucune mesure de changement social qui puisse être considérée comme révolutionnaire.

La Révolution russe ne fut pas non plus une révolution ouvrière […]1917 ne fut pas l’œuvre des travailleurs, mais d’une élite disciplinée et audacieuse à la mentalité jacobine, qui établit non pas la dictature du prolétariat, mais la dictature sur le prolétariat, point contre lequel certains dirigeants ouvriers (Rudolf Rocker, Rosa Luxembourg) et quelques intellectuels (Bertrand Russel) avaient déjà mis en garde à l’époque et que les faits ont illustré avec abondance et dans des flots de sang […] »

« […] Dans cette mer polluée d’étiquettes et de clichés, c’est l’expérience espagnole de 1936 qui sauve l’idée de révolution ouvrière. Là-bas, oui, il y eut une authentique révolution ouvrière, accomplie par les travailleurs, de manière spontanée et de leur propre initiative, sans même attendre un mot d’ordre de leurs organisations. Ce fut une révolution menée par la base ouvrière de la société […]». pp. 41 à 44.

« […] La situation de Staline n’était pas facile : allié à la France, il voulait obtenir le soutien de l’Angleterre conservatrice et d’autres pays capitalistes face à Hitler – en 1936, Moscou n’avait pas encore envisagé la possibilité de s’allier avec lui. Mais elle fut considérée dès 1938 et c’est elle qui conduisit finalement Staline à imposer la bataille de l’Èbre à l’armée républicaine espagnole, qui devait la détruire et ainsi mettre un terme à la guerre civile, tout cela afin de prouver sa bonne foi à Hitler lors des négociations secrètes qui aboutirent au pacte de 1939 entre l’URSS et le Troisième Reich […] ».

« […] Pour ce qui est de la guerre civile espagnole, les intérêts de l’URSS – et par conséquent des communistes espagnols, même si seuls leurs dirigeants le comprenaient aussi clairement – pouvaient se résumer en trois points : a) empêcher toute mesure révolutionnaire qui inquiète les alliés de l’URSS ; b) aider la République en lui envoyant des armes (payables d’avance et en or, à la différence de l’Italie et du Troisième Reich qui faisaient crédit à Franco), en quantité suffisante pour continuer le combat, mais insuffisante pour l’emporter ; c) utiliser cette aide pour asseoir l’hégémonie politique du PCE dans la zone républicain, qui servirait à détruire les changements révolutionnaires déjà effectués et à monter en Espagne un procès parallèle à ceux de Moscou […] » , pp. 166-167.

Francis Pallarés Aran, le 01/10/2026

Notes

1) Victor Alba est le pseudonyme et le nom de plume de l’écrivain Pere Pagès i Elies. Né en 1916, ancien militant du POUM, il était journaliste, historien et enseignant. Emprisonné à Barcelone après les évènements de mai 1937, il a ensuite passé 6 ans dans les geôles franquistes.

Réfugié en France, il a collaboré à la revue Combat et participé à des traductions en français de poètes catalans avec Albert Camus. On lui doit une centaine d’ouvrages rédigés en castillan, en catalan, en français ou en anglais. Il a donné des cours de Sciences politiques aux USA et au Mexique. Il cesse de militer au POUM à la fin des années 1950. Victor Alba revient à Barcelone en 1970. Il est l’objet d’une campagne de diffamation de la part du PSUC (le Parti communiste catalan de l’époque). Il meurt en 2003 non loin de Barcelone, à Sitges.

Le POUM (Partido Obrero de Unificación Marxista) était un parti communiste anti-stalinien. Contrairement à ce que colporte une certaine propagande, ce n’était pas un parti trotskiste. Il était surtout implanté en Catalogne. Il fut victime d’une répression féroce dans le camp républicain de la part du parti communiste stalinien officiel (PCE et son annexe catalane, le PSUC). Son dirigeant Andrés Nin, fut enlevé, torturé et assassiné.

2) Victor Alba, En finir avec les patrons. Les collectivisations de 1936 en Espagne, traduit par Clément Magnier, Préface Óscar Freán Hernández, éditions Smolny, Toulouse, 2024. L’ouvrage avait été publié en espagnol, il y a un quart de siècle, sous le titre Los colectivizadores, ed. Laertes, Barcelona, 2001.

3) Quelques repères :

17 et 18 juillet 1936, le putsch préparé de longue date par des généraux factieux pour renverser la IIème République espagnole se déclenche. Il échoue dans les deux tiers de la péninsule grâce à la réaction armée des milices syndicales et des partis ouvriers.

Les 19 et 20 juillet, Révolution dans la zone républicaine : des milices armées se constituent. Patrons, latifundistes, banquiers et prêtres s’enfuient ou sont massacrés. Des comités surgissent réalisant la collectivisation des entreprises et des terres. Hitler et Mussolini envoient immédiatement des avions, des troupes et des armes pour soutenir le «golpe». Spontanément des centaines de militants anarchistes, socialistes, communistes, démocrates étrangers (français, belges, allemands, italiens, anglais, juifs polonais, etc.) se précipitent en Espagne et s’engagent dans les colonnes ouvrières armées.

Juillet-août 1936, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, mais aussi l’URSS, etc. signent un pacte de non-intervention interdisant la livraison d’armes.

18 septembre, l’Internationale Communiste décide la constitution de Brigades Internationales.

Le 25 octobre, la République envoie 73 % des réserves d’or de la Banque d’Espagne à Odessa pour acheter des armes. Auparavant 22 % de ces réserves d’or avaient été envoyées à Mont-de-Marsan.

8 novembre 1936, les premières Brigades Internationales entrent en combat lors de la bataille de Madrid.

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02.10.2026 à 12:13

Le vent se lève, il faut tenter de vivre.

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Chers amis, je suis depuis deux jours dans l’explosion de la jeunesse, avec elles et eux, sur le terrain. Journée émouvante car au lever, j’apprends par l’ami Patrick LT dont je sais la peine, la mort, hier, de la valeureuse militante féministe et anti-autoritaire ukrainienne Yvanka, qui nous envoyait (au RESU) des messages pleins de […]
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Chers amis, je suis depuis deux jours dans l’explosion de la jeunesse, avec elles et eux, sur le terrain.

Journée émouvante car au lever, j’apprends par l’ami Patrick LT dont je sais la peine, la mort, hier, de la valeureuse militante féministe et anti-autoritaire ukrainienne Yvanka, qui nous envoyait (au RESU) des messages pleins de vie, et pour qui (avec son unité militaire) nous avions collecté gilets pare-balles et matériel.

C’est avec Yvanka, 31 ans, morte au combat, en première ligne, à l’esprit que je suis allé sur le front des lycées.

Je ne vais pas faire un récit détaillé, mais la retrouvaille des élèves, le rôle déterminant des filles dans l’organisation et la victoire politique des jeunes de ce jour, qui est d’avoir surmonté la poussée de violence suscitée à la fois par l’Etat, qui l’a recherchée, et par les couches lumpens de la jeunesse, cela aussi à Moulins (Yzeure plus précisément hier), par leur sourire, leur force, leur masse, voila ce qu’il en est.

La consigne préfectorale d’arrestation immédiate de tout lanceur supposé de mortier n’a pas été un facteur d’apaisement, conduisant les policiers à arrêter systématiquement, sans le discernement dont je sais que dans notre localité ils sont capables.

Cela allait mal tourner, mais j’ai alors pris la responsabilité de parler aux lycéens et d’opérer le passage à ce qui s’apparente à une AG, avec une perspective : mardi 6, toutes et tous, de tous les lycées, dans l’unité, on converge, on exige d’être reçus à la préfecture, on désigne nos délégué.e.s pour cela, avec le soutien des syndicats appelant à la grève.

Je dédie cette matinée à Yvanka et aux élèves et collègues revu.e.s dans l’action de cette belle matinée. Le vent se lève, il faut tenter de vivre.

VP

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