15.06.2026 à 12:17
aplutsoc
Lors de la séquence militaire ouverte par le débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie, la question de la libération du territoire français par le peuple français lui-même a amené différentes réponses dont les implications étaient fort divergentes.
Ainsi, les trotskystes français publiant le journal La Vérité lancèrent le mot d’ordre « Pour que la défaite de Hitler soit la victoire des travailleurs ! ». Ce qui voulait dire explicitement « pour que la défaite de Hitler ne soit pas la victoire de ses rivaux impérialistes » installant leur paix impérialiste et la reprise de la vie normale du capitalisme refaisant ses profits et pansant ses plaies des crises qu’il avait générées et subies depuis 1918, mais le début du renversement du capitalisme fauteur de guerre, de chômage et de misère par la prise du pouvoir par les travailleurs en France, mais aussi dans le reste de l’Europe libérée du joug nazie. Ce mot d’ordre impliquait une mobilisation militaire autonome du peuple travailleur d’une façon permettant aux soldats du rang de la Wehrmacht de se débarrasser des officiers réactionnaires prussiens comme des gestapistes et nazis patentés, et d’emprunter de nouveau la voie ouverte par leurs aînés du 9 novembre 1918.
Il s’agissait clairement de rendre possible la réitération de 1918, soit l’effondrement de l’armée impériale allemande par la révolution des soldats et des marins qui refusaient de continuer à sacrifier leurs vies pour la gloire du Kaiser et les profits des Krupp et consorts.
À l’opposé de cela, les dirigeants staliniens du PCF proclamèrent « A chacun son Boche ! ». Il s’agissait de ne pas distinguer entre officiers nazis et soldats du rang, entre tortionnaires, bourreaux et travailleurs enrôlés de force sous l’uniforme gris. Tous étaient coupables d’être « boches » donc nécessairement nazis, donc voués à être indistinctement les cibles du feu. Il ne fallait surtout pas que les hommes du rang de la Wehrmacht se rebellent contre le corps des officiers, contre le régime nazi. La stratégie du PCF, sur les ordres de Staline, était que la fin de la guerre, connue depuis sous le terme de Libération, ne soit pas l’acte d’ouverture de la révolution, comme en Russie en 1917, comme en Allemagne en 1918. Au mieux, les travailleurs n’auraient qu’à se contenter de quelques « jours heureux » et de De Gaulle au pouvoir.
« A chacun son Boche ! » interdisait non seulement la fraternisation anti-nazie des travailleurs français et allemands, mais ce slogan visait aussi l’interdiction de la lutte de classes en Allemagne, la préservation du régime nazi aux abois.
Staline, par le moyen de l’occupation militaire de la partie orientale de l’Europe, obtint une extension considérable du pouvoir de la bureaucratie soviétique en tant que classe exploiteuse. Pour la partie du continent que Guépéou et armée « rouge » ne pouvaient capturer pour y installer le pouvoir de clones du PCUS, les consignes étaient de favoriser des pouvoirs bourgeois enclins à collaborer avec Moscou. Tout sauf le pouvoir aux travailleurs entamant partout la dénazification des États, l’instauration d’une démocratie authentique et l’expropriation des capitalistes !
« À chacun son boche ! » et « responsabilité collective du peuple allemand » servirent largement à justifier l’occupation et l’éclatement de l’Allemagne par les puissances alliées, débouchant non pas sur une dénazification, mais sur la reconstruction capitaliste de l’Allemagne.
Entre 1944 et 1948, outre les millions de femmes allemandes (ou polonaises aussi au passage …) subissant les viols des soudards de Staline, les populations allemandes des Sudètes en Tchécoslovaquie, de Prusse orientale et de Poméranie furent expulsées de territoires qu’elles habitaient depuis des centaines d’années.
En agissant ainsi, les staliniens, à leur façon, abolissaient la lutte des classes remplacée par la discrimination et l’oppression nationale.
Si nous faisons ce rappel historique, c’est pour dresser un parallèle avec un problème politique contemporain : celui du boycott académique et culturel touchant de façon indiscriminée tous les citoyens israéliens, partisans ou adversaires de l’occupation. Ces jours-ci, la campagne lancée contre le réalisateur israélien Nadav Lapid invité au festival international du cinéma FID Marseille constitue un exemple criant de cette stratégie visant à amalgamer tous les citoyens israéliens à l’action de l’État d’Israël et aux crimes des gouvernements et courants politiques sionistes et ultra-réactionnaires contre les Palestiniens.
Nadav Lapid par son œuvre cinématographique suscite l’ire et la censure des colons en Israël même ; il récolte la censure à Marseille en se voyant assimilé à ceux qui veulent le faire taire en Israël.
Cette affaire venant après la vendetta lancée contre le dessinateur Johan Sfar quelques jours auparavant, toujours à Marseille, toujours dans le milieu de la culture, relève d’une démarche antisémite sous prétexte d’anti-sionisme.
Elle permet aussi de lever le voile sur la stratégie réelle de certains courants. Les mollahs iraniens comme le Hamas et le Hezbollah sont clairs sur le sujet : pour eux, un seul objectif, la destruction de tout État israélien, et les Juifs à la mer. Pour d’autres dans la gauche internationale, sous prétexte de combattre l’oppression nationale des Palestiniens, le but se réduit à s’opposer à une oppression nationale par son simple retournement.
La question Israël/Palestine relève d’un cas, somme toute classique dans l’histoire de l’humanité, d’oppression nationale, entre deux groupes nationaux revendiquant des droits sur un même territoire. Il y a deux façons de traiter le problème : soit l’éradication, l’anéantissement de l’un des deux groupes nationaux, but commun du Hamas et des Nétanyahou, Ben Gvir et Smotrich, soit la recherche d’une solution politique juste par des moyens démocratiques.
La solution du conflit pourrait être celle des deux États coexistants avec des droits égaux dans un cadre pacifique juste et durable, ou celle d’un État binational. Après 78 ans de conflit, nous ne savons rien de ce que sera l’issue positive de ce conflit. Pour l’instant, nous ne connaissons que le versant négatif de l’histoire : les massacres, les injustices, l’oppression, leur répétition sur des générations. Par contre, si l’on se situe dans une perspective émancipatrice, on ne pourra que rechercher le moyen de la mobilisation commune des Arabes palestiniens et des Juifs israéliens contre l’occupation, contre le massacre qui continue à Gaza, contre l’annexion, de moins en moins rampante, de la Cisjordanie avec les expulsions et expropriations de ses habitants palestiniens. C’est pourquoi, il faut soutenir l’action de mouvements comme Standing Together et rejeter toute tentative de boycott à leur égard.
C’est pourquoi, il est nécessaire de dénoncer le boycott académique et culturel visant Nadav Lapid.
A l’opposé du « A chacun son Boche, surtout s’il est juif … », développons le soutien aux luttes communes qui permettront la victoire sur les forces politiques réactionnaires de toute la région.
OD, le 10 juin 2026.
Document
Tribune parue dans Le Monde le 8 juin 2026.
Les pressions exercées ces dernières semaines autour de la présence du réalisateur Nadav Lapid à la prochaine édition du FID Marseille ne peuvent être passées sous silence.
Appels au boycott du festival, menaces adressées à ses partenaires et à ses financeurs, campagne d’intimidation menée par certaines personnalités du monde du cinéma,
retraits de films : tout a concouru à empêcher sa participation.
D’abord comme membre du jury, fonction à laquelle le festival a décidé de renoncer sous la pression, puis finalement comme cinéaste invité à présenter un de ses films et à rencontrer le public lors d’une masterclass qui ne peut in fine se tenir dans les conditions d’un véritable échange, compte tenu du climat entourant sa venue. À mesure que les semaines passaient, ce n’était plus le rôle de Nadav Lapid au sein du festival qui posait problème, mais sa pure et simple présence.
Il ne s’agit pas d’un désaccord critique ni d’un débat artistique. Il s’agit d’une volonté d’écarter un cinéaste d’un espace de discussion et de création. Et cela appelle une réaction claire, non parce qu’elle viserait une personne en particulier, mais parce qu’elle engage une certaine idée du cinéma et de la culture.
Il faut d’abord reconnaître le contexte dans lequel ces mobilisations prennent place. Face à la logique génocidaire déployée actuellement contre le peuple palestinien à Gaza et face à l’impuissance des institutions politiques et à la faiblesse des réponses collectives, nombre de personnes cherchent légitimement des formes d’action. Les questions de solidarité, de responsabilité et de résistance traversent aujourd’hui le monde culturel. Elles méritent d’être discutées sérieusement, tant elles engagent des enjeux politiques et éthiques majeurs.
Mais ce qui est en jeu ici est plus simple : un artiste est réduit à sa nationalité.
Car enfin, en quoi la présence d’un cinéaste dans un jury ou la présentation de l’un de ses films feraient-elles de lui le représentant d’un État ? Inviter un artiste dans un festival n’est pas l’ériger en ambassadeur culturel, mais reconnaître une œuvre, un parcours et une pensée du cinéma. Dès lors, comment Nadav Lapid, dont le travail s’est construit depuis de nombreuses années dans une critique frontale des politiques menées par les différents gouvernements de son pays, au prix de prises de risque réelles, et qui a publiquement dénoncé, à de nombreuses reprises, l’anéantissement de Gaza, pourrait-il être assimilé à une quelconque forme d’ambassade culturelle israélienne ?
Il faut nommer ce déplacement pour ce qu’il est : une logique d’assignation.
Mais cette affaire révèle aussi quelque chose de plus large. À travers elle, c’est notre capacité collective à penser le rôle de la culture dans les moments de crise politique qui se trouve fragilisée. Au lieu d’ouvrir une discussion sur les formes possibles de résistance, sur la manière dont le cinéma peut participer à une réflexion collective face aux violences fascistes du présent et dont cet art représente une réponse à des formes et des discours dominants, nous assistons à la multiplication de logiques d’intimidation qui ferment précisément cet espace de vision, de pensée et de lutte.
À la place, on voit s’imposer un langage fondé sur la menace, auquel les institutions répondent souvent par la peur, en cherchant avant tout à éviter les conflits. Le paradoxe est alors cruel : celles et ceux qui exercent ces pressions et intimidations obtiennent parfois gain de cause en faisant disparaître l’objet de leur contestation, mais, ce faisant, ils et elles effacent aussi la possibilité même d’un échange.
À force de transformer des désaccords stratégiques en procès de légitimité, le risque est assurément de voir se multiplier les attaques contre celles et ceux qui partagent pourtant les mêmes objectifs. Une culture de la suspicion s’installe alors là où devrait exister un espace de discussion.
Or la seule manière de sortir de cette impasse est de ne pas avoir peur du débat réel, de la contradiction et même de l’inconfort. Il faut pouvoir discuter de la Palestine et d’Israël, des formes de résistance et de solidarité, et du rôle des artistes sans que ces discussions ne débouchent systématiquement sur des mécanismes de disqualification qui confinent au simplisme le plus désolant.
Le cinéma ne peut demeurer un espace critique qu’à condition de résister à cette logique. Non pas en se tenant à distance des conflits du monde, mais en refusant d’en reproduire les simplifications les plus brutales. Les films de Nadav Lapid peuvent être discutés, contestés ou rejetés. Encore faut-il les voir. La critique suppose la connaissance ; la mise à l’écart repose souvent sur l’ignorance.
Ce qui est en jeu dépasse un nom, un film ou un festival. C’est la possibilité de maintenir, au sein de la culture, des lieux où l’échange demeure possible et où la pensée n’est pas sommée de se plier aveuglément à des logiques d’assignation.
C’est cette possibilité qu’il importe aujourd’hui de défendre.
15.06.2026 à 11:21
aplutsoc
La KyivPride Park s’est tenu ce dimanche en ouverture de la KyivPride . Conférences, débats, ateliers, projections de films, expositions ont été proposés aux visiteur.euses. Des fonds ont également été collectés au profit des soldat es.
« La particularité de cette année est la collecte pour les soldat es, qui est très importante pour nous. Nous voulons récolter le maximum de fonds possible. C’est pourquoi toutes ces activités sont organisées ici, afin de rappeler aux gens l’importance de faire un don et de les inciter à le faire », a déclaré Anna Sharygina, présidente de KyivPride.

Un espace commémoratif a également été aménagé lors de l’événement, où les visiteur euses pouvaient honorer les défenseur- euses tombé-es au combat en déposant des rubans portant leurs noms, leurs indicatifs ou leurs vœux personnels.

La Marche pour l’égalité se tiendra la semaine prochaine dans le centre de Kyiv.
14 juin 2026
Patrick Le Tréhondat / RESU

15.06.2026 à 11:08
aplutsoc
Depuis le début du mois de mai, une mobilisation énorme se développe en Bolivie contre le gouvernement Paz et ses attaques austéritaires. La révolte réunit des milliers de travailleurs, de paysans, de mineurs, d’étudiants et de peuples autochtones autour de grèves et de points de blocage dans tout le pays. Le gouvernement de Rodrigo Paz, aligné sur les États-Unis, a répondu par une répression sans précédent qui a déjà fait plusieurs morts, il menace désormais d’utiliser l’armée pour s’attaquer aux blocages en recourant à l’état d’urgence.

Premiers signataires :
Arguments Pour la Lutte Sociale soutient cet appel et invite ses lecteurs et lectrices à y participer.
14.06.2026 à 11:30
aplutsoc
Le meurtre de Lyhanna : toute la réalité politique mise à jour
Le meurtre horrible de la petite Lyhanna et ses suites sociales et politiques sont une indication authentique sur la situation française et ses potentialités.
Les faits sont accablants : viol et féminicide sur une enfant, commis par un personnage récidiviste (9 plaintes pour viol !), jamais poursuivi, jamais mis en garde à vue, la police ayant même menacé de poursuites pour … « harcèlement » la famille d’une de ses victimes précédentes !
Voilà pour la police. Quant à la Justice, elle ploie complètement sous le manque de moyens.
L’extrême droite, théoriquement majoritaire dans la « France profonde » des bourgs et des villages où cette horreur s’est produite, C-News et compagnie, était aux aguets, prête à bondir et à organiser des meutes contre le « laxisme » des juges (mais pas des policiers) et le danger représenté par les « étrangers » (dont aucun n’est en cause, en l’occurrence).
Massivement, nationalement, il en est allé tout autrement : les organisations féministes ont ici joué un rôle clef dans la lutte politique. La tonalité des centaines de manifestations et de rassemblements a été féministe, s’est affirmée en défense des services publics, a lié la défense féministe et la défense des enfants contre les hommes dangereux, la domination masculine, la violence institutionnelle et l’exigence de moyens pour le service public.
Némésis n’a pas montré son faux nez. Darmanin, par contre, a fait le fier-à-bras contre les magistrats, et la préfecture de police des difficultés sur le lieu des rassemblements, plaçant en garde à vue la féministe Andrea Bescond pour avoir indiqué l’objectif politique en persistant à manifester devant le ministère de la Justice.
Le symbole est vrai, le symbole est total : dans la V° République crépusculaire, pas de gardes à vue pour Jérome Barella après 9 viols attestés, garde à vue immédiate pour les féministes qui veulent manifester au ministère !
La vague de manifestations devant les Palais de Justice a rapidement dégagé un objectif politique que le procès de Mazan avait mis à jour, mais qui est devenu maintenant un sujet de masse : l’exigence d’une « loi intégrale » ( signer la pétition ici ) s’attaquant à l’ensemble des violences sexuelles et sexistes en tant que faits structurels et non en tant qu’actes épars de criminalité individuelle.
Un cadre unitaire s’est dégagé et affirmé, la Coalition féministe et enfantiste, qui, prenant appui sur la réaction populaire immédiate, appelle maintenant à manifester tous les lundis devant les tribunaux, et s’oriente vers « une marche populaire et rassembleuse, à laquelle tout le monde peut participer », le 4 juillet prochain.
Ladite loi intégrale a un texte, déposé depuis des mois, principalement par des députés élus en 2024 au titre du Nouveau Front Populaire. Le mouvement engagé vise donc à contraindre l’Assemblée nationale à s’opposer à l’exécutif, président et gouvernement, en imposant la mise à l’ordre-du-jour et l’adoption de cette loi (comme ce fut déjà le cas avec le positionnement de Violette Spillebout dans la commission parlementaire faisant suite à l’affaire Bétharam, des contradictions se produisent parmi les élues femmes ci-devant macroniennes, la présidente de l’Assemblée nationale Y. Braun-Pivet disant vouloir imposer la mise à l’ordre-du-jour de ce projet de loi).
Ainsi donc, c’est le sujet politique central qu’est devenue la question des violences sexistes et sexuelles qui remet les pendules à l’heure sur la réalité politique française : un régime et un exécutif minoritaires, illégitimes et antidémocratiques et une poussée populaire visant à imposer à l’Assemblée nationale de prendre ses responsabilités et de faire effectivement la loi.
Féminisme et démocratie contre V° République.
Le lendemain du premier lundi de manifestations devant les tribunaux, la grève unitaire (sauf FO mais qui s’y est rallié dans bien des lieux) des AESH posait exactement les mêmes questions politiques.
D’abord, il s’agit d’une grève féministe des femmes précaires et indispensables exigeant d’être reconnues comme exerçant un métier de la fonction publique. Cette exigence vise à imposer le vote d’une loi.
Inversement, le ministère et le rectorat prennent des décrets mettant en place des « PAS » (« Pôles d’Appui à la Scolarité »), nouvelles structures parasites se substituant aux créations de postes et à la reconnaissance nécessaire des AESH, dont le principe a pourtant été repoussé à l’Assemblée nationale le 12 mai dernier !
Comme à propos de la « loi intégrale », l’exigence d’une loi créant un corps de fonctionnaire pour les AESH est une revendication démocratique heurtant frontalement la V° République et le déni de démocratie exercé par Macron.
Les manifestations et rassemblements du mois des fiertés LGBTQIA+ vont, elles aussi, s’inscrire dans ce cadre politique.
La voilà, la première réalité politique française : pas les présidentielles, pas le RN et l’union des droites, mais la société civile qui veut la démocratie.
Contenu politique des grèves.
De même, c’est une vraie grève, pas une « journée d’action » de plus, une grève majoritaire, qui s’est produite à la SNCF le 10 juin, contre la destruction de la SNCF et les atteintes aux personnes (suicides, accidents du travail …) causées par la gestion toxique visant à la casser définitivement en tant que service public.
L’homme qui porte la casse et la toxicité est le soi-disant « brave homme » Jean Castex, ancien premier ministre de Macron. SUD-Rail et la CGT-Cheminots, dont on connaît l’antagonisme, n’ont plus à la bouche que les mots « Unité cheminote » sur l’exigence portée par en bas de l’arrêt pur et simple de toute restructuration et de tout éclatement de la SNCF. Là aussi, exigence politique qui heurte de front l’exécutif et le régime.

Forte signification également de la grève unitaire puissante dans l’enseigne Décathlon, le 6 juin dernier, sans précédent, pour les salaires, se heurtant au refus de discuter des patrons (la direction dit « pratiquer un dialogue direct avec les représentants du personnel » !!!), et rencontrant le soutien du public. Une lame de fond pour les salaires et contre l’arbitraire prétentieux du patron (la famille Mulliez), qui se dirige vers une nouvelle étape, demain lundi 15, en commémorant à sa façon le 50 ° anniversaire de la marque.
Mardi 16 juin, les sénateurs remettent le couvert contre le 1° mai. Une manifestation unitaire est appelée, mais assez symboliquement, hors les syndicats parisiens du Commerce de la CGT et de SUD, notamment. Il s’agit là aussi d’un affrontement politique avec la volonté de l’exécutif et des sénateurs de casser le droit du travail et le droit en général.
Dans ce contexte, nous soulignons l’intérêt de la rencontre organisée par les collectifs Bloquons tout, issus du mouvement du 10 septembre 2025, le vendredi 26 juin prochain à la Bourse du travail de Paris.
Le grand écart.
Alors, à coté de tout cela, nous avons donc, occupant la plus grande place dans la présentation médiatique des choses, les candidatures aux présidentielles. L’obstacle politique clef réside justement dans le décalage entre la réalité sociale et humaine et l’orchestration de la présidentielle autour des Sauveurs suprêmes. Le paradoxe de la situation politique française, que nous avons souligné, est là :
C’est un paradoxe, car en juillet 2024, c’est bien un sursaut populaire venu d’en bas qui a empêché la formation d’un exécutif Macron/Bardella et imposé une majorité parlementaire relative du Nouveau Front Populaire.
C’est un paradoxe, car à plusieurs reprises depuis, notamment lors de la chute de Barnier en décembre 2024 (grève de l’enseignement public du 5 décembre) et lors de la chute de Bayrou en septembre 2025 (mouvement du 10 septembre), la puissance sociale des exploités s’est manifestée, et celle-ci met les gouvernements successifs en difficulté.
C’est justement pour sortir de ces difficultés que la classe capitaliste, qui aspire à une présidence forte de la V° République, se tourne aujourd’hui vers le RN et l’union des droites.
Sans sous-estimer la force propre du RN et de l’union des droites, le paradoxe de cette situation a pour premiers responsables les forces de gauche se divisant entre le pôle « Hollande-Glucksmann » et LFI, et les directions syndicales nationales qui, depuis octobre 2025, sont unies pour ne pas agir au plan national contre gouvernement et patronat.
Depuis que nous écrivions ces lignes, le 27 mai dernier, le paradoxe, voire le grand écart, n’a fait que s’accentuer. Les faits sociaux montrent une réalité criante, une disponibilité à agir nourrie par l’urgence.
Le succès du grand meeting de J.L. Mélenchon à Saint-Denis (qu’il y ait eu 30 000 participants ou, plus vraisemblablement, la moitié, c’est un succès) n’a pas atténué, mais accentué la contradiction, car sa campagne démarre plus que jamais sur le signal qu’il est le Sauveur suprême dont le triomphe inéluctable adviendra.
Et d’autre part la poursuite de la multiplication des candidatures dans la « gauche non insoumise », poussière qui prépare Hollande, voire un alignement derrière un candidat de droite, s’aggrave, elle aussi, cependant que le « plan » d’Olivier Faure – vote dans le PS sur une primaire du PS et de Glucksmann puis, peut-être, primaire plus large …- apparaît tellement compliqué que le commun renonce à s’y intéresser.
Le monde du travail, la jeunesse, les femmes, ne peuvent pas aller à l’aveugle vers une présidentielle dangereuse, qui, dans le meilleur des cas, rétablirait une V° République forte dotée d’un président « légitime » et, dans le pire, verrait l’arrivée au pouvoir des phalangistes de Trump et de Poutine.
Il est inévitable que la lutte des classes, et, on le voit, la lutte féministe, s’accentuent pour trancher le nœud gordien AVANT la présidentielle.
Toute discussion sur des « primaires » faisant abstraction de cette réalité, qui s’appelle la lutte des classes, en les envisageant comme accord d’organisations et de candidats, ne peut que s’enliser dans l’impuissance (comme c’est actuellement le cas).
Le 5 juillet prochain, Aplutsoc invite à discuter sérieusement de quoi faire pour trancher le nœud, en préparant une rentrée de combat seule à même d’imposer l’unité pour gagner.
14.06.2026 à 08:40
aplutsoc2
13.06.2026 à 22:47
aplutsoc