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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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09.04.2026 à 21:28

UNITE contre la remise en cause du 1° mai !

aplutsoc2

Après une première attaque menée par le groupe LR en janvier , c’est au tour de Gabriel Attal, disciple en son temps du président , aujourd’hui à la tête de Renaissance, de tenter une estocade dans sa niche parlementaire .Mobilisons nous massivement pour défendre le 1er mai comme un jour férié rémunéré .Stop aux mensonges […]
Texte intégral (684 mots)

Après une première attaque menée par le groupe LR en janvier , c’est au tour de Gabriel Attal, disciple en son temps du président , aujourd’hui à la tête de Renaissance, de tenter une estocade dans sa niche parlementaire .
Mobilisons nous massivement pour défendre le 1er mai comme un jour férié rémunéré .
Stop aux mensonges du volontariat dans une société précarisé , l’expérience du travail le dimanche le prouve .
Toutes et tous Place Édouard Herriot (métro assemblée nationale ) à partir de 8h30.

Sur ce sujet, le communiqué de l’APRES de ce jour, 9 avril :

Allo Parlement ? Pas touche au 1er mai !

C’est une alerte. Le 1er mai 2026, il est possible que 1,5 million de personnes de plus soient contraintes de travailler, si une loi de droite et d’extrême-droite est votée ce 10 avril. Après l’échec de LR en janvier, c’est Renaissance qui reprend le flambeau, avec le vote RN en soutien. Un député ciottiste en fait clairement une « revanche » contre « les gauchos » qui démolissent « la valeur travail ». C’est avouer que cette « petite » réforme, présentée comme l’autorisation de « vendre du muguet » ou d’acheter des viennoiseries en boulangerie, a en réalité une portée politique nette. L’Intersyndicale complète appelle les député·es à résister. La CGT utilise le site AlloParlement ! permettant d’interpeller son ou sa député·e  : ne votez pas !

Aujourd’hui, le 1er Mai est un jour chômé et payé, une règle stricte dont les exceptions concernent les secteurs qui « ne peuvent pas s’interrompre » (santé, hôtels, transports…). Or la loi veut renverser cette « interdiction » en la transformant en « autorisation » pour tous « les commerces de bouche » (épiceries, restauration…). On commence par la vente des « fleurs naturelles » et par les « boulangers » : belle image ! Mensonge : personne n’empêche les artisans d’ouvrir. Ce qui est interdit aujourd’hui, c’est d’obliger les salarié·es, souvent des femmes mal payées, à venir vendre. De plus, il y a tromperie sur la finalité du projet, comme pour les ouvertures le dimanche. La loi Macron de 2014 a en réalité profité aux grandes surfaces, dont l’ouverture écrase les commerces de proximité des centres villes. C’est la même menace avec cette  loi « 1er Mai au boulot » : elle va surtout profiter à Carrefour ou Grand Frais. Le chiffre de 1,5 million de personnes concernées le montre. La loi parle de « volontariat » mais c’est un leurre : un-e salarié-e est tenu par la « subordination ». Dans le commerce, c’est la menace de licenciement.

Plus encore : l’objectif est de banaliser le 1er Mai. Le faire oublier, comme déjà Pétain en 1942, de la mémoire ouvrière. Il s’agit de rendre « banale » une société du travail subordonné ininterrompue, y compris les jours fériés, ce que voulait Bayrou. Un capitalisme universel où seule l’exploitation du travail humain fait loi. Stop  !

Jean-Claude Mamet.

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08.04.2026 à 08:57

Guerre de Trump et Netanyahou, le point ce 8 avril au matin.

aplutsoc2

Hier, mardi 7 avril, Trump a pondu le tweet qui pourrait bien rester comme le plus célèbre de ses tweets, et pourtant ceux-ci sont en grand nombre : « Une civilisation entière mourra ce soir, pour ne jamais renaître. » Il était rigoureusement logique de lire là la menace du feu nucléaire, cette bombe qui n’est pas une […]
Texte intégral (1198 mots)

Hier, mardi 7 avril, Trump a pondu le tweet qui pourrait bien rester comme le plus célèbre de ses tweets, et pourtant ceux-ci sont en grand nombre : « Une civilisation entière mourra ce soir, pour ne jamais renaître. »

Il était rigoureusement logique de lire là la menace du feu nucléaire, cette bombe qui n’est pas une arme de guerre mais un moyen de destruction absolue. Il était tout aussi rigoureusement logique de prendre en compte l’incohérence constitutive du président Trump et de la « langue » Trump, et donc de juger la chose imprévisible voire improbable, mais attention : elle avait bel et bien sa raison profonde.

Sa raison profonde tient à ce que, dans sa fuite en avant, Washington s’est dès le 28 février 2026 piégé dans une victoire catastrophique.

La notion de « victoire catastrophique » s’applique en histoire militaire aux grands coups réussis qui s’avèrent des erreurs stratégiques majeures : l’exemple classique est la victoire japonaise de Pearl Harbour, dont la suite fut l’écrasement du Japon, quatre ans plus tard.

L’assassinat de Khamenei et d’autres dignitaires iraniens, dès le 28 février 2026, entre dans cette catégorie : effet de sidération massif immédiat, puis, quelques jours plus tard, devant le constat que le régime iranien ne se met pas à genoux devant Trump et Netanyahou, effet contre-productif massif, accompli avec le blocage du détroit d’Ormuz. Qui n’est d’ailleurs pas à proprement parler un blocage, mais, pire, un moyen de négociation, de tri, et de péage, pour l’Iran, renforçant véritablement cet Etat.

Se sortir de l’impasse par un nouveau choc de sidération, mais alors bien plus grand et plus fort que le premier, telle était la menace de Trump. Dès lors, l’hypothèse nucléaire était sur la table.

Cependant, le scenario catastrophique était celui qui menaçait Trump dans tous les cas de figure : – dans celui de l’attaque nucléaire, le contrecoup « catastrophique » mondial, d’ailleurs imprévisible, arrivait dans les minutes suivant l’attaque, – dans celui de crimes de masses contre les civils, qu’il annonçait, le contrecoup catastrophique arrivait là aussi rapidement, – et dans celui du scenario TACO (Trump Always Chicken Out, Trump toujours se dégonfle), nous avons le déroulement le moins grave pour les populations, mais catastrophique également pour Trump.

Si c’est ce troisième scenario qui s’est accompli cette nuit, ce n’est absolument pas en raison de l’action militaire ni de l’Iran, ni d’aucun de ses « proxys », c’est en raison de la crise politique, de la crise de régime, montante aux Etats-Unis. La destitution de Trump est mise officiellement sur le tapis par de nombreux élus démocrates. La question de la désobéissance des militaires est ouvertement posée, juste après que l’incompétent toxique Egseth ait limogé le chef d’état-major des forces terrestres, le responsable à la formation et aux nouvelles technologies, et l’aumônier en chef. Cette question est également posée par la droite, les MAGA antisémites en rupture avec Trump, avec Tucker Carlson et Marjorie Taylor Greene, appelant eux aussi les généraux et officiers à la désobéissance.

Le feu nucléaire aurait immédiatement accéléré la crise à Washington, les crimes de masse contre les civils l’auraient aggravée, il ne restait que la reculade, bien entendu camouflée sous des cris de victoire sans que cela ne trompe qui que ce soit.

Nous avons donc, pour l’heure, une « trêve de 15 jours », avec l’annonce de la réouverture, de fait sous contrôle iranien, du détroit d’Ormuz, et l’acceptation par Trump du « plan en 10 points » iranien comme base de négociation : y figurent la poursuite du programme nucléaire iranien, le maintien du contrôle iranien sur Ormuz, la levée de toutes les sanctions et des résolutions de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique), le retrait des forces US  de la région, l’arrêt des offensives US ou israéliennes contre le Hezbollah ou les Houthis !

La simple acceptation de ces 10 points comme « base de négociation » est une défaite en rase campagne sans précédent pour les Etats-Unis, ne résultant nullement d’un rapport de force militaire, mais entièrement causée par la crise de régime et le statut, désormais reconnu et conféré par tout le monde, de « fou furieux » du grotesque de Washington. Ses cris de victoire aggravant encore le tout …

Ce développement a été, en outre, l’œuvre du régime pakistanais, et nullement de négociateurs US. Le Pakistan, Etat instable porté au terrorisme, qui, voici deux semaines, bombardait encore Kaboul (des centaines de morts), est lié à la fois à Beijing, à Washington, à Ryad et à Téhéran, tout en étant au bord de la confrontation avec l’Inde.

L’autonomie stratégique momentanée acquise par un tel acteur est elle aussi un signe de la crise globale des relations internationales, et particulièrement de l’implosion à Washington : le Pakistan, qui fut souvent à la botte des Etats-Unis et traité sans ménagement par eux (souvenons-nous de l’intervention armée dans les quartiers militaires de sa capitale pour liquider Ben Laden, qu’il abritait !), a agi de façon propre, probablement en relation ave Beijing, sans demander la permission de Washington mais en informant, non pas Trump, mais des responsables militaires et diplomatiques US, et peut-être J.D. Vance, de ses initiatives. Voici peu, son ministre des Affaires étrangères se moquait ouvertement des Etats-Unis en déclarant que leur objectif de guerre était devenu l’ouverture du détroit d’Ormuz, qui était ouvert avant qu’ils n’interviennent !

Contredisant immédiatement les déclarations pakistanaises, Netanyahou a proclamé que le cessez-le-feu ne concerne pas, pour lui, le Liban. La population de Tyr et de Saïda est sommée de fuir, les bombardements, sur les civils, se poursuivent, mais le pouvoir israélien se trouve, évidemment, déstabilisé, car lui aussi s’est engagé dans une fuite en avant qui dépend de celle de Trump. Mauvais pari …

Enfin, c’est précisément dans ce contexte, et ce jour là, que la France, menant de toute évidence des discussions propres avec le régime iranien, a enfin pu opérer le rapatriement des syndicalistes FO, Jacques Paris et Cécile Koehler, capturés en Iran au printemps 2022. Ils devraient arriver à Paris dans la journée. Le débriefing de cette affaire, dans l’intérêt commun du mouvement ouvrier, sera à faire.

Le 08/04/26, 8h.

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08.04.2026 à 05:30

Arrêtez ce criminel de guerre ! Oakland Socialist

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Présentation Cet article d’Oakland Socialist est paru le 07 avril quelques heures avant la fin de l’ultimatum dressé par Trump. Document Sans même parler de la question de savoir si son holocauste aérien inclura le bombardement de la centrale nucléaire iranienne de Bushehr, ce qui « serait catastrophique pour le Golfe », écrit Al Jazeera, […]
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Présentation

Cet article d’Oakland Socialist est paru le 07 avril quelques heures avant la fin de l’ultimatum dressé par Trump.

Document

Sans même parler de la question de savoir si son holocauste aérien inclura le bombardement de la centrale nucléaire iranienne de Bushehr, ce qui « serait catastrophique pour le Golfe », écrit Al Jazeera, ce criminel de guerre dément à Washington prévoit de faire à l’Iran ce qu’Israël a fait à Gaza. L’utilisation d’une arme nucléaire « tactique » ne peut être exclue. Trump et Netanyahu en sont tous deux parfaitement capables. Si l’un d’eux passe à l’acte, cela ouvrira la voie à Poutine pour faire de même en Ukraine.

Trump et son bras droit, Pete Hegseth, se trouvent dans une situation inédite. Ils agissent en dehors du cadre habituel de la démocratie bourgeoise. Quant à Trump, il a tellement entendu dire qu’il était le représentant de Dieu sur Terre que ce narcissique dément a fini par le croire. De ce fait, tout ce qu’il « ressent » est forcément juste. En ce moment, il est enragé contre l’Iran pour avoir fait l’impensable : lui tenir tête. Hegseth, quant à lui, croit bel et bien au mythe fondamentaliste chrétien de la « fin des temps » et, plus généralement, au nationalisme chrétien blanc. Pour lui, il s’agit de la version du XXIe siècle des croisades. Pour lui, c’est la version des croisades au 21ème siècle.

Ici, aux États-Unis, le principal argument contre la guerre est le prix de l’essence, qui atteint désormais 4 dollars le gallon. Vous imaginez ? Les États-Unis sont en passe de détruire l’une des plus anciennes civilisations du monde et de causer des souffrances incommensurables, et le problème, c’est le prix de l’essence ! Voilà le résultat de décennies de guerre. Dans toute guerre, la mort humaine se banalise, même parmi les civils. Les gens sont désensibilisés.

Cette attitude est aggravée par l’égoïsme et le consumérisme qui caractérisent la culture américaine actuelle. Comme nous l’avons souvent souligné, les dirigeants de la classe ouvrière américaine – et notamment les syndicats – portent une lourde responsabilité à cet égard.

Depuis des années, nous constatons les conséquences de cette situation à travers les tueries de masse à répétition. Le raisonnement est le suivant : « Je suis en colère contre quelqu’un ; je ne me sens pas concerné par la société dans son ensemble, ni par aucune de ses composantes ; et pour moi, ôter la vie à un être humain est normal et acceptable.»

Mais la sauvagerie que Trump et Hegseth s’apprêtent à déchaîner contre l’Iran aura des répercussions sur le territoire national. Qui sait jusqu’où il ira ? Qui sait quelles en seront les conséquences sociales ? Une société qui accepte la barbarie commise contre d’autres nations finira par la voir se produire en son sein. Ce que nous avons vu à Minneapolis n’est qu’un début.

07/04/2026.

Source : https://oaklandsocialist.com/2026/04/07/stop-this-war-criminal/

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07.04.2026 à 17:57

« Nouvelle France » : Où veut-on nous emmener ? Par Pascal Morsu.

aplutsoc

Exposé des motifs JL Mélenchon vient donc de dégainer un nouveau concept creux, celui de « la nouvelle France ». Tout ceci part d’un constat imparable : la France change – quel scoop ! En tous cas, Mélenchon a donc publié une note de blog, « qu’est-ce que la Nouvelle France ? » où il tente donc d’expliciter le concept. En […]
Texte intégral (1622 mots)

Exposé des motifs

JL Mélenchon vient donc de dégainer un nouveau concept creux, celui de « la nouvelle France ». Tout ceci part d’un constat imparable : la France change – quel scoop !

En tous cas, Mélenchon a donc publié une note de blog, « qu’est-ce que la Nouvelle France ? » où il tente donc d’expliciter le concept.

En fait, il s’agit pour lui de décrire « un ensemble de groupes sociaux émergents », « particulièrement visés par le système », ce qui en ferait « la base possible pour la constitution d’un bloc de rupture ». La base de ce bloc pour le bloc de rupture (avec quoi ? Le libéralisme ? Le capitalisme ?) n’est donc pas le salariat comme tel. Dont acte.

En clair, il s’agit pour le grand Phi d’identifier les forces sociales sur lesquelles la FI devrait s’appuyer pour accéder au pouvoir, dans un espace de plus en plus urbanisé.

  • Il mentionne d’abord les femmes dont il rappelle qu’elles sont toujours dans une condition « subalterne pour le Capital ».
  • Puis viennent bien sûr les immigrés. Il est certain que la part des français issus de l’immigration a crû au fil des ans. Or ces immigrés sont les victimes du racisme, qui «  transforme une société multiculturelle en occasion de justifier des hiérarchies sociales, d’imposer une discipline et de faire accepter des formes d’exploitation redoublées ». Notons le marqueur politique qu’est la référence à une soit disant «  société multiculturelle ».
  • Concernant la jeunesse, il y voit une « chair à précarisation », s’appuyant là aussi sur la dégradation de ses conditions d’existence subies par les jeunes depuis 1958.
  • Enfin, inévitablement, est mentionnée la classe ouvrière à propos de laquelle sont mentionnées ses mutations, notamment sa précarisation.

Rien de bien nouveau dans tout ceci.

Et à ce stade, la perplexité ne peut que gagner le lecteur : qu’y a-t-il de si nouveau dans toute cette sociologie superficielle, qui autorise à parler de « nouvelle France » ? Évidemment, la France évolue au fil du temps, notamment avec le développement économico-historique ! Mais où est la rupture, le saut qualitatif ?

En tout cas, Mélenchon voit dans ce constat pseudo-sociologique une explication de « l’importance prise (…) par les luttes féministes, antiracistes ou de certains – parfois nouveaux – secteurs du monde du travail ». La hiérarchisation des luttes en question est ici explicite.

Conclusion inévitable de ces constats : le rôle de la FI serait donc de fédérer lesdites luttes.

Décodage

L’objectif affiché de la FI est donc d’accéder au pouvoir en s’appuyant sur les luttes « féministes, antiracistes, de la jeunesse et de certains secteurs ouvriers ». On voit déjà dans cette formulation que l’un des axes de la Nouvelle France, c’est de relativiser la lutte de classes, quoiqu’en disent ses têtes pensantes.

Les dirigeants insoumis poussent des cris d’orfraie quand on pointe cet aspect des choses. Mais on peut noter que personne à la FI ne se soucie réellement de trouver une voie pour sortir le mouvement ouvrier de son recul actuel. Nous parlons quant à nous de la nécessité de reconstruire le mouvement ouvrier, ce qui nécessiterait des initiatives en ce sens. Aussi banal que cela puisse sembler, il est notable qu’aucun porte-parole « insoumis » ne formule une telle idée, même approchante.

Mais il y a plus. Quoiqu’on en dise, les luttes dites féministes sont faibles, idem concernant les mouvements de la jeunesse (les organisations étudiantes, notamment, sont devenues groupusculaires). La réalité, les choses sérieuses, c’est donc que cette « nouvelle France » prépare un projet centré sur le lien avec les mouvements dits anti-racistes.

Le choix s’explique d’autant mieux qu’on sait que la majorité des municipalités gagnées par la FI les 15 et 22 mars avaient une forte population d’origine étrangère (Saint-Denis, Vénissieux…) – et que c’est moins le cas des villes où la FI a été mise en échec : Toulouse, Limoges, en premier lieu. On est effectivement en train d’assister à un changement de la structure de l’électorat FI, au-delà de son rabougrissement. Par contre, aux dernières municipales, la FI a complètement échoué à mobiliser l’abstentionnisme ouvrier, ce qui était un de ses objectifs essentiels.

Au sein d’une organisation politique, il n’existe pas de « constat sociologique » indépendant de ses objectifs. Et dans le cas qui nous concerne, il est évident que l’objectif la « nouvelle France » est de mettre au premier plan les questions identitaires par rapport aux questions sociales, d’affaiblir, voire de rompre tout lien avec la méthode traditionnelle du mouvement ouvrier, celle de l’unité des travailleurs au-delà leurs divisions objectives.

« Créolisation » ou républicanisme ?

Tout ceci est évidemment très lié au concept de « créolisation » récupéré il y a quelques mois par Mélenchon dans les travaux du philosophe antillais E. Glissant. En très bref, l’idée est de considérer une nation comme ouverte à des communautés externes, s’intégrant peu à peu au melting pot commun.

Le concept est peut-être pertinent aux Antilles, dont l’Histoire est faite d’apports multiples, y compris au niveau linguistique, dans une situation où la bourgeoisie locale est rachitique. Une étude plus poussée serait bienvenue.

Mais en tous cas, la situation est totalement différente avec le cas français, produit d’une Révolution parmi les plus radicales de l’Histoire. Sans entrer dans les détails, on sait que l’un des immenses acquis de la Révolution jacobine fut d’en finir avec la fragmentation du pays, et d’imposer une unité nationale, linguistique, administrative, etc. Marx, en son temps, célébrait ces principes dans lesquels il voyait

« le triomphe d’un nouveau système social, la victoire de la propriété bourgeoise sur la propriété féodale, du sentiment national sur le provincialisme (…) ».

Il n’existe dans la tradition politique issue de 1789, que des citoyens. Rappelons que lors de l’émancipation des juifs (déc. 1789), le président de l’Assemblée nationale affirmait qu’

« Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus »

Et pour les marxistes, par essence internationalistes, l’attachement à ce modèle s’explique aussi par la volonté de rassembler la population laborieuse au lieu de la scinder. Dépasser le cadre national, c’est avancer vers l’unité ouvrière par-delà les frontières des États nationaux. L’internationalisme, ce n’est certainement pas disloquer la classe ouvrière actuelle en communautés !

Précisons d’ailleurs à ce propos le concept de communautarisme. Au sein d’une nation, il y a nécessairement une multitude de communautés, de regroupement de ses citoyens selon des critères variés : la communauté juive, celle des joueurs de pétanque, etc. La particularité de la citoyenneté « à la française » est qu’elle ignore ces communautés, elle refuse de différencier les droits des citoyens selon leur appartenance communautaires.

Prenons comme exemple le cas d’enfants immigrés nouvellement arrivés en France. Organiser des enseignements de français pour leur permettre de rejoindre le système scolaire dominant (ce qui a lieu) est parfaitement légitime. Par contre mettre en place des filières d’enseignements dans leur langue d’origine visant à perdurer, c’est du communautarisme parce que cela rompt le principe d’égalité des citoyens face à l’État et ses services publics.

Une pente dangereuse

Le concept de créolisation remet justement en cause ce modèle de citoyenneté « à la française », car s’opposant de contrat politique auquel souscrivent les citoyens et qui fonde la nation, par-delà les races, les religions ou les langues.

La « nouvelle France » de JL Mélenchon est un concept vague – certains diront fumeux. Ceci étant il n’est pas très difficile de voir où on veut nous mener. Dans une interview radiophonique (France Info, 7.IV.2026), M. Panot, la présidente du groupe FI à l’Assemblée, appelait à « reconnaître le peuple de France dans toutes ses composantes ». Or justement, le « peuple français » ne reconnaît pas de composantes, par exemple des « racisés ». Il ne connaît que des citoyens. On est en plein communautarisme.

Et quant à nous, marxistes, nous défendons avant tout l’unité de classe des travailleurs, par-delà leurs divisions objectives, contre le Capital. Ce n’est pas la même chose.

P. Morsu, le 7.IV.2026

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07.04.2026 à 09:09

Porto Alegre : sur un bilan d’autosatisfaction et ses « limites ».

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Une sorte de communiqué officiel de victoire à propos de la conférence de Porto Alegre vient d’être publié, en anglais, français, espagnol, signé par un panel significatif de membres du Bureau et du Comité international de la IV° Internationale, allant d’Israel Dutra du MES brésilien (membre de cette organisation depuis son congrès de l’an dernier, […]
Texte intégral (4929 mots)

Une sorte de communiqué officiel de victoire à propos de la conférence de Porto Alegre vient d’être publié, en anglais, français, espagnol, signé par un panel significatif de membres du Bureau et du Comité international de la IV° Internationale, allant d’Israel Dutra du MES brésilien (membre de cette organisation depuis son congrès de l’an dernier, dont l’adhésion avait soulevé des inquiétudes de ses composantes les plus campistes) à Eric Toussaint (dirigeant du CADTM, et à ce titre organisateur clef de la conférence de Porto Alegre).

Ce document, que nous reproduisons in extenso ci-dessous, présente le très grand intérêt d’être un véritable communiqué d’esprit unanimiste de victoire, mais tout en contenant, entre les lignes, les ingrédients les plus dévastateurs sur la fonction politique effective de cette conférence.

La première partie du texte est un grand moment d’autosatisfaction confinant à l’autosuggestion : ce fut magnifique, c’est ainsi « que se façonne la conscience de l’avant-garde militante », etc.

Dans tout rassemblement un tant soit peu significatif il y a des moments fusionnels importants, nous ne doutons pas qu’il y en a eu ici aussi. Quant à la « conscience de l’avant-garde militante », c’est une autre affaire sur laquelle la suite du texte, consacré aux « limites », est éclairante.

Avant de les passer en revue telles qu’elles sont présentées ici, notons que ce terme, « les limites » … a ses limites, et sa fonction : tout cela serait, selon une vieille expression bien connue, « globalement positif », avec seulement quelques « limites » qui demandent que l’on continue à s’investir en acceptant le cadre, et donc lesdites « limites ».

Ces « limites » ne sont en effet pas attribuées à la déclaration finale, dont les principaux rédacteurs figurent d’ailleurs probablement parmi les signataires de ce texte. Qu’elle ne nomme pas les impérialismes russe et chinois, et qu’elle ne nomme pas l’Ukraine, autrement dit, car les mots comme leur absence ont un sens, qu’elle ne la soutienne pas et soutienne donc la Russie, ce n’est pas grave, car elle contient la phrase magique suivante :

« Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires. »

Les mots « tous les impérialismes » sous-entendraient-ils la Russie et la Chine pour le PCdoB, par exemple ? Allons donc ! Ce qu’ils sous-entendent à ce stade pour la majorité des courants politiques partie prenante de cette conférence, en dehors des auteurs de ce texte faisant semblant de ne pas comprendre, ce sont uniquement les impérialismes européens et japonais, voire Israël, en aucun cas la Chine et la Russie. Le tour de passe-passe est quand même grossier …

Alors, quelles sont tout de même ces fameuses « limites » de cette si extraordinaire initiative sans équivalent, sans précédent, et si merveilleuse pour la construction de l’avant-garde ?

Ce texte en signale en fait cinq.

Premièrement, « le manque de participation active des organisations de masse traditionnelles, tant au Brésil qu’ailleurs ». Ce premier point est frappant et les chiffres donnés au début du texte, pour s’en louer, soulignent en réalité cette faiblesse : 7000 manifestants pour le lancement (l’agglomération de Porto Alegre compte 3,7 millions d’habitants), 200 militants venus d’Argentine, ce qui en fait n’est pas considérable.

En clair, on comprend ici en creux que Porto Alegre n’a pas mobilisé les masses. Nous ne nous en réjouissons absolument pas, mais il faut noter que les sentiments « campistes » prêtés par bien des militants occidentaux aux larges masses du « Sud » ne sauraient être démontrés par l’état-d’esprit des couches militantes uniquement mobilisées à Porto Alegre.

Deuxièmement, la critique du campisme arrive enfin, sous la forme d’une « limite », jugée inévitable quoique regrettable, hé oui :

 «  … il n’y a eu aucune condamnation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine, ni de position claire sur la nature du régime dictatorial en Russie. Il s’agit là d’un problème grave et d’un obstacle potentiel à l’action commune avec les antifascistes de Russie et d’Ukraine. »

Obstacle à l’action commune avec Ukrainiens et Russes, seulement ? Outre l’oubli, dans le raisonnement suivi ici, de l’ensemble des peuples des Etats issus de l’ex-URSS et de l’ex-bloc soviétique, le problème est plus fondamental encore : il serait dommage de ne pas s’opposer à Poutine, non pas du point de vue de la lutte des classes à l’échelle internationale, mais parce que c’est ennuyeux pour les Russes et les Ukrainiens, voyez-vous.

Non : la situation planétaire est cadrée par l’opposition de classe entre l’immense majorité et l’ordre/désordre mondial dont Trump et Poutine sont les deux personnages de pouvoirs centraux. Il y a unité mondiale de cette confrontation, qui prend des formes nationales et continentales mais est une donnée globale. Le problème de Poutine et le problème de Trump, qui sont liés, sont par exemple, conjointement, un gros problème pour le Brésil, pour le Mexique, ou pour le Canada.

Il ne s’agit pas d’une regrettable question concernant le peuple ukrainien et les opposants russes qu’il serait, svp, sympathique de ne pas oublier, mais d’une question centrale du point de vue « antifasciste » : peut-il y avoir antifascisme en 2026 si l’on nie la réalité du plus grand front de lutte armée antifasciste du monde au moment présent ?

En convertissant cet élément central de tout le cadre politique de Porto Alegre en une simple, regrettable mais bien compréhensible « limite », ce texte souligne en fait les « limites » des antidotes qui étaient supposés infuser dans la conférence, à savoir les quelques rappels faits par ses auteurs sur la méchanceté de Poutine et la présence de quelques délégués ukrainiens et russes, chèrement acquise par la volonté du MES, avec la citation inévitable du récit de voyage d’Alfons Bech : des vidéos ont été tournées ! des interviews ont été données ! N’est-ce pas beau ? Certes, mais cela a, dirons-nous, dans ce cadre, de grosses « limites » …

Troisième « limite » de la si belle conférence, une « ambigüité » sur l’Iran : hé oui, il y avait, nous l’avons signalé, un « représentant non officiel » du régime des mollahs (et aucun représentant des syndicats indépendants, des féministes, des Kurdes, des Baloutches …). Certes, mais – franchement, cette contorsion est un sommet …- ce monsieur avait un « ton très modéré » !!!

Et pourtant, dans la déclaration finale il est écrit « autodétermination du peuple iranien » : les auteurs font semblant de croire que ces mots impliquent l’opposition au régime des mollahs alors qu’ils ne signifient rien d’autre que le soutien à ce régime.

Quatrième « limite » : il n’y a pas eu suffisamment de débats et cela aurait pu être plus démocratique …

Cinquième « limite » : « les problématiques du féminisme étaient largement absentes » (ce qui, ajouterons-nous, est à mettre en relation avec la réduction au silence du combat féministe contre le régime des mollahs en Iran, ainsi qu’avec la place du féminisme et des luttes LGBT dans la résistance ukrainienne armée et non armée …).

Additionnées, et même en faisant semblant de croire que la déclaration finale n’en serait pas affectée, ces « limites » sont plus que des limites, elles caractérisent tout le cadre de cette conférence et des suites organisationnelles qui sont censées lui être données, auxquelles nos auteurs appellent vaillamment à continuer à participer, en se faisant croire que là serait la marche à l’unité antifasciste internationale.

Pourtant, le fond de leur pensée transparait avec évidence dans ce remarquable passage :

« La décision de rechercher un front uni antifasciste et anti-impérialiste a entraîné une certaine perte de clarté dans les déclarations communes, étant donné que les conceptions au sein de la gauche et des secteurs populaires sur des questions aussi fondamentales que : qui sont les fascistes ou néofascistes ; ou qui sont les impérialistes, varient considérablement. »

Vous avez bien lu : ces antifascistes ont des idées fluctuantes sur QUI pourraient bien être les fascistes ! Ce sont les 7 auteurs de ce texte qui l’écrivent. Idem sur QUI pourraient bien être les impérialistes !

En fait, la déclaration finale appuie par omission un impérialisme aux pratiques fascistes, la Russie, et le régime qui vient d’effectuer la pire répression contre les peuples, les femmes et la jeunesse, digne du massacre de la Commune de Paris, l’Iran.

Il s’ensuit que la lutte contre l’agression impérialiste de Trump et de Netanyahou en Iran ne peut absolument pas être menée dans un cadre tel que celui de Porto Alegre : cette lutte exige en effet de mettre en relation le bombardement de l’Iran et la répression de janvier 2026, d’exiger conjointement l’arrêt immédiat des bombardements et la chute de la République islamique, avec l’armement des opposants sur place. Réduite à la soi-disant « lutte anti-impérialiste » aux côtés des mollahs et en lien organique avec Moscou et Beijing, elle devient contre-révolutionnaire et s’avère incapable, dans les faits, de toute mobilisation de masse. Cet exemple démontre concrètement en quoi la « limite » sur la Russie et la guerre en Ukraine n’est pas un problème régional bien triste pour les Russes et les Ukrainiens, mais une question mondiale convertissant les velléités antifascistes en alliance avec des secteurs … fascistes.

En conclusion de ces remarques, il convient de s’interroger sur le rôle que jouent les auteurs de ce texte, qui ne sont pas des participants adjuvants de Porto Alegre mais qui sont en fait celles et ceux par qui Porto Alegre s’est tenue. Ils sont conscients de ce qu’ils appellent les « limites » mais veulent à toute force préserver un cadre qui repose sur lesdites « limites ». Ils en sont d’autant plus conscients que ces « limites » sont ici présentes de leur fait, car ils veulent ce cadre ainsi. Il y a là un problème politique majeur, qui touche à l’identité et à la fonctionnalité actuelle de leur organisation, la IV° Internationale (principal courant héritier du nom), dont le rôle positif décisif en ayant permis l’existence du RESU/ENSU se trouve ici mis en cause par les pas en arrière, le piétinement dans ces fameuses « limites », quand il serait possible et nécessaire d’impulser un véritable internationalisme antifasciste. Débat important sur lequel il faudra revenir.

Aplutsoc

La Conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre : grandes avancées, défis et opportunités.

La première conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples constitue une expérience unique ; nulle part ailleurs sur la planète une telle initiative n’avait été menée à bien. Elle représente un large front antifasciste et anti-impérialiste, dépassant largement le cadre des organisations révolutionnaires. Elle a néanmoins ses limites, liées aux difficultés rencontrées par les mouvements de résistance internationalistes. – Manuel Rodriguez Banchs, Penelope Duggan,  Israel Dutra, Antoine Larrache, João Machado, Reymund de Silva et Eric Toussaint, membres du Bureau et du Comité International  de la Quatrième Internationale.

Près de 7 000 personnes ont participé à la manifestation d’ouverture, avec une présence significative d’organisations de la Quatrième Internationale. Nous avons été témoins de la ferveur militante des Forums sociaux mondiaux à leur apogée et du mouvement anti-guerre de 2003, où des milliers de personnes d’horizons très divers se réunissent et discutent de tout. C’est dans ce genre de moments militants que se forgent des compréhensions partagées et des objectifs communs, et que se façonne la conscience de l’avant-garde militante.

En dehors du Brésil, la délégation argentine était la plus importante, avec 200 personnes, dont beaucoup ont voyagé en autocar, y compris nos camarades de Marabunta. Des camarades sont venus d’Afrique (Afrique du Sud, Mali, Congo, Kenya, Côte d’Ivoire, Maroc) et d’Asie (Inde, Pakistan, Philippines…), notamment par l’intermédiaire du CADTM (Comité pour l’abolition de la dette illégitime, qui a joué un rôle central dans l’organisation aux côtés du Comité d’organisation local de la conférence). Des délégations de pays impérialistes (États-Unis, Canada, Australie et pays européens tels que la Belgique, le Danemark, la France, l’Italie) étaient, bien sûr, présentes. Il y avait d’importantes délégations de militants ukrainiens et russes.

Les travaux de la conférence

Après une « table ronde des parlementaires » et une « table ronde des élu·e·s » qui ont mis en évidence un lien essentiel avec les actions menées au sein des institutions, plusieurs milliers de personnes ont pris part à de nombreux débats sur des thèmes variés : l’analyse de la montée de l’extrême droite, la lutte contre Milei, la résistance à Trump aux États-Unis centrée sur Minneapolis, la spécificité des luttes dans le monde du travail, la situation au Brésil, la résistance palestinienne, la crise climatique, le féminisme, l’éducation et de nombreuses formes de solidarité internationale.

En plus de participer aux onze séances plénières du programme officiel, les organisations et les militants de la Quatrième Internationale ont proposé un certain nombre d’activités auto-organisées, parmi les 150 prévues. Nos camarades y ont joué un rôle significatif, notamment à travers une présentation de notre Manifeste pour une révolution écosocialiste – Rompre avec la croissance capitaliste, à laquelle ont assisté plus de 600 personnes. Cette réunion a été animée notamment par Michael Löwy, l’un des principaux rédacteurs du Manifeste, et Penelope Duggan qui représentait la Quatrième Internationale.

Nous avons également organisé ou contribué de manière significative à des débats sur la lutte antiraciste et anticapitaliste, la solidarité avec l’Ukraine, avec les prisonniers russes, la situation en France et la solidarité avec les migrants. En particulier, le premier de ces débats a rassemblé plusieurs centaines de personnes.

Des activités importantes ont été organisées par le CADTM sur l’immigration, les mobilisations de la génération Z, l’accumulation de richesses, l’accaparement des ressources naturelles de l’Ukraine, de la RDC et du Venezuela, la situation en Afrique, et d’autres thèmes.

La Quatrième Internationale a distribué une déclaration intitulée « Contre l’autoritarisme néofasciste et toutes les formes d’impérialisme » aux participants à la conférence en quatre langues.

La déclaration finale

La déclaration finale de la conférence résume les larges convergences qui ont rendu son organisation possible : un rappel des grandes mobilisations contre Milei, contre l’extrême droite en Grande-Bretagne, des mobilisations No Kings ! aux États-Unis, et la solidarité avec Cuba. Elle énonce également une série de revendications sociales, environnementales, antiracistes, féministes et LGBTIQ+, et bien sûr contre l’impérialisme. Elle affirme clairement : « Nous luttons contre tous les impérialismes et soutenons la lutte des peuples pour leur autodétermination, par tous les moyens nécessaires. » En particulier, la déclaration s’oppose au génocide en Palestine, aux attaques contre le Liban et l’Iran, ainsi qu’à l’invasion du Venezuela et aux menaces contre Cuba. Ce large consensus a rassemblé des organisations extrêmement diverses, ce qui a contribué au succès de la conférence

Mobilisation limitée des organisations de masse des travailleurs

Le grand succès de la conférence ne nous empêche pas de voir certaines limites importantes. Celles-ci étaient apparentes lors de la préparation de la conférence, et nous avons tenté, avec un succès limité, d’y remédier.

L’une d’elles était le manque de participation active des organisations de masse traditionnelles, tant au Brésil qu’ailleurs. Si la conférence a obtenu la participation officielle du Parti des Travailleurs et de la majorité du PSOL au niveau national, ainsi que de la CUT et de la CTB brésiliennes et d’autres syndicats d’enseignants et de travailleurs, ceux-ci ont peu contribué à la mobilisation en dehors de l’État du Rio Grande do Sul, où se situe Porto Alegre. Le syndicat des enseignants Andes et le Parti communiste brésilien (PCdoB) ont eu une présence militante plus importante. En fait, nos organisations – en particulier le MES, une tendance au sein du PSOL particulièrement forte dans le Rio Grande do Sul – constituaient une grande partie des participants : d’une part, c’est une source de fierté, mais d’autre part, cela reflète le fait que la lutte pour l’unité, pour la construction d’un mouvement de masse aux côtés des organisations réformistes et des syndicats, reste encore à mener.

En dehors du Brésil, la conférence a également reçu le soutien de La France Insoumise et d’une série d’organisations syndicales, notamment d’Espagne et d’Amérique latine.(1)À l’approche de la conférence, des tentatives répétées ont été faites pour convaincre de nombreuses autres organisations de l’importance de la conférence pour leurs courants, mais cette lutte pour l’unité la plus large possible au sein du mouvement doit continuer à être menée avec la plus grande détermination.

S’opposer à tous les impérialismes

Un autre problème est l’attention quasi exclusive, en pratique, à l’impérialisme états-unien, malgré l’opposition dans la déclaration finale à « tous les impérialismes ». Ainsi, sous l’influence des secteurs « campistes » de la conférence, il n’y a eu aucune condamnation de l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine, ni de position claire sur la nature du régime dictatorial en Russie. Il s’agit là d’un problème grave et d’un obstacle potentiel à l’action commune avec les antifascistes de Russie et d’Ukraine. La Russie est sans aucun doute l’un des régimes qui se rapproche le plus du fascisme, tandis que le peuple ukrainien – et aussi le peuple russe ! – souffrent sous ce régime, confronté à la misère et à des centaines de milliers de morts.

La présence de camarades russes et ukrainiens, ainsi que les ateliers organisés avec le soutien des camarades de la QI pour donner la parole aux opposants russes, et à une délégation ukrainienne composée de deux syndicalistes de premier plan et d’un représentant de Sotsialnyi Rukh, ont constitué un contrepoids important. Cela a été salué par les délégations concernées et, selon les mots du représentant de RESU/ENSU : « la présence de camarades ukrainiens, tout comme celle des opposants socialistes russes, a été mise en avant […] en particulier lors de la clôture de la conférence assurée par Roberto Robaina. Ils ont également pu avoir des conversations avec des militant·e·s du Brésil et d’autres pays. Et ils ont donné des interviews et tourné des vidéos qui sont en train d’être diffusées parmi les organisations de gauche ». Ils espèrent s’appuyer sur cela pour élargir la solidarité envers leurs luttes, notamment en Amérique latine.

Lors de plusieurs séances plénières, des camarades de la Quatrième Internationale (Penelope Duggan de la direction de la QI, Rafael Bernabe de Porto Rico, Sushovan Dhar d’Inde,…) et d’autres (Patricia Pol d’ATTAC France et de LFI) se sont également exprimé·e·s contre ces positions, défendant les prisonniers et les opposants russes en exil, le droit à l’autodétermination de l’Ukraine, la lutte du peuple ukrainien contre l’invasion russe et contre les politiques néolibérales et antidémocratiques de son propre gouvernement, et en soutien au mouvement des femmes et au mouvement démocratique iraniens. Notre position est celle du droit à l’autodétermination de tous les peuples du monde par leur propre action et non par un alignement sur un gouvernement quelconque, mais il est clair que cette question fondamentale n’a pas été pleinement résolue lors de la conférence. Lors des ateliers auto-organisés, plusieurs camarades de la QI qui ont pris la parole (André Frappier du Canada, Eric Toussaint de Belgique, Bruno Magalhães du Brésil) ont également condamné l’invasion russe de l’Ukraine et soutenu le droit à l’autodétermination de l’Ukraine.

Message ambigu sur l’Iran

Bien que la déclaration finale défende « l’autodétermination du peuple iranien », un représentant non officiel de la République islamique d’Iran était présent et a justifié – sur un ton très modéré – les politiques du régime. Tout en défendant le droit de la République islamique à se défendre contre l’agression impérialiste, et en souhaitant la défaite de cette attaque, nous soutenons pleinement les mouvements sociaux en Iran, en particulier les mouvements féministes, qui n’ont rien à voir avec les représentants du Shah soutenus par les États-Unis et Israël.

Renforcer la démocratie au sein du mouvement

Il était sans doute inévitable, dans une conférence réunissant des milliers de militant·e·s, qu’il y ait un manque de véritables forums de débat entre les participant·e·s, tant sur les thèmes politiques abordés lors des séances plénières centrales (les ateliers auto-organisés étaient différents) que, particulièrement, sur la déclaration finale et ce qu’elle propose. Bien que nous soyons toutes et tous d’accord pour mettre en œuvre les initiatives énumérées, et la Quatrième Internationale sera présente dans chacune d’entre elles, il est nécessaire d’élargir le noyau organisateur et de développer des mécanismes de responsabilité démocratique. Ceci est important tant en termes de représentativité politique que de parité entre genres, comme cela a été souligné lors d’une réunion du comité d’organisation international. De plus, si l’on peut noter la présence de femmes intervenantes dans toutes les conférences du programme officiel, les problématiques du féminisme en étaient largement absentes, bien qu’elles aient bien sûr été présentes dans un certain nombre d’ateliers auto-organisés.

Poursuivons la lutte

En conclusion, la conférence constitue un pas en avant extrêmement important dans la lutte contre le fascisme et l’impérialisme : n’oublions pas que cela fait des années qu’aucun forum social n’avait rassemblé autant de monde. 

Les pratiques de construction de mouvements internationaux et internationalistes se sont perdues et doivent être reconstruites.

La décision de rechercher un front uni antifasciste et anti-impérialiste a entraîné une certaine perte de clarté dans les déclarations communes, étant donné que les conceptions au sein de la gauche et des secteurs populaires sur des questions aussi fondamentales que : qui sont les fascistes ou néofascistes ;ou qui sont les impérialistes, varient considérablement. Ainsi, la décision qui a guidé l’organisation de la Conférence – et c’est également la position de la Quatrième Internationale – est qu’il était important de tenir la conférence, même au prix d’une perte significative de clarté. La seule alternative aurait été de ne pas la tenir, de renoncer à la possibilité de rassembler des milliers de militants permettant de discuter des points d’accord et de désaccord et de s’engager dans la lutte en cours contre le fascisme et l’impérialisme
 

Les batailles politiques se mènent dans la pratique, en participant aux mouvements qui existent réellement ; nous ne pouvons exercer une influence que si nous y participons pleinement. L’organisation de cette conférence, ainsi que la série de pré-conférences, notamment au Brésil, qui ont constitué un aspect important de la mobilisation en vue de la conférence, s’est largement appuyée sur les militants de la Quatrième Internationale, en particulier nos organisations au Brésil – notamment le MES, Centelhas et Ecosocialistas –, nos camarades engagé·e·s dans des organisations et associations de masse, ainsi que d’autres organisations internationalistes, anticolonialistes et anti-impérialistes.

Il ne fait aucun doute que les débats et les luttes se poursuivront, et les prochains rendez-vous sont déjà fixés : le contre-sommet du G7 en France et en Suisse en juin 2026, le rassemblement anti-OTAN en Turquie en juillet 2026, et le Forum social mondial au Bénin en août 2026. Des conférences continentales sont également proposées, notamment en Amérique du Nord et du Sud, ainsi que les Rencontres écosocialistes en mai en Belgique.

C’est à travers tous ces événements que se forgent les alliances nécessaires pour contrer le fascisme et l’impérialisme. C’est à nous d’impliquer les syndicats, les organisations de défense des droits humains, les mouvements féministes et LGBTQI+, les organisations antiracistes, celles qui militent pour la Palestine et celles qui sont solidaires des peuples ukrainien et iranien. C’est ainsi – et en défendant nos perspectives révolutionnaires écosocialistes – que nous construirons le mouvement nécessaire pour changer le monde.

4  avril 2026

(1) Notamment les deux principaux syndicats basques ELA et LAB, les Intersyndicales de Valence, de Galice et de Catalogne, la CTA A et la CTA TT en Argentine, le PIT CNT en Uruguay, le SME au Mexique, la CUT au Chili et la CUT en Colombie.

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