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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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19.07.2026 à 18:01

Réflexions sur la révolution de 1936, par Andy Durgan.

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Présentation Le 17 juillet a marqué le 90ème anniversaire du soulèvement militaire fasciste, le « pronunciamiento » mené par les généraux Mola, Sanjurjo et Franco, face auquel la réaction spontanée des masses ouvrières et paysannes permit la défaite temporaire des putschistes. Cette réaction populaire, par en bas, contre la politique du Front populaire, ouvrit aussi une période […]
Texte intégral (5337 mots)

Présentation

Le 17 juillet a marqué le 90ème anniversaire du soulèvement militaire fasciste, le « pronunciamiento » mené par les généraux Mola, Sanjurjo et Franco, face auquel la réaction spontanée des masses ouvrières et paysannes permit la défaite temporaire des putschistes. Cette réaction populaire, par en bas, contre la politique du Front populaire, ouvrit aussi une période révolutionnaire au sein de ce qui devint le « camp républicain ». Pour marquer cet événement, nous publions un texte d’Andy Durgan, historien spécialiste de la guerre et de la révolution dans l’Espagne des années 30.

Réflexions sur la révolution de 1936, par Andy Durgan.

Dans la vaste littérature consacrée à la guerre civile espagnole, celle-ci est souvent présentée comme une lutte entre démocratie et fascisme. Cette vision est quasi hégémonique au sein de certains secteurs de la gauche, dont beaucoup ont été historiquement influencés par le stalinisme. Or, une telle approche se heurte à la réalité sociopolitique de l’Espagne des années 1930.

Échec démocratique :
La polarisation sociale, économique et politique de l’État espagnol dans les années précédant la guerre civile, et l’échec consécutif de la démocratie bourgeoise, ont déterminé le déclenchement du conflit armé et de la révolution. La victoire électorale du Front populaire en février 1936, loin d’inaugurer une ère nouvelle de réformes sociales, a révélé l’incapacité de la démocratie républicaine à vaincre les classes dirigeantes déterminées à étouffer toute contestation de leur pouvoir. Le triomphe du Front populaire a déclenché une nouvelle vague de mobilisations des masses laborieuses, urbaines et rurales, que le gouvernement républicain, comme en 1931, a tenté de réprimer. De son côté, la droite a renoncé à tout espoir de détruire la démocratie républicaine de l’intérieur et a opté pour un coup d’État militaire.

L’avenir de la République dépendait non seulement de ses ennemis de droite, mais aussi du mouvement ouvrier. Du côté socialiste, la fraction révolutionnaire, menée par Largo Caballero, refusait de revivre l’expérience de 1931-1933 et exigeait que le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) ne participe pas au nouveau gouvernement, laissant aux républicains la tâche de « parachever la révolution bourgeoise ». Cette vision simpliste du marxisme impliquait que Largo Caballero et ses partisans étaient dépourvus de stratégie pour s’emparer du pouvoir et restaient passifs, attendant que les républicains préparent le terrain pour un gouvernement socialiste. À l’inverse, la fraction plus social-démocrate d’Indalecio Prieto, soutenue par le PCE (Parti communiste d’Espagne), défendait la nécessité de revenir à un gouvernement de coalition pour mener à bien le programme de réformes républicain. C’est cette dernière position qui fut adoptée par le mouvement socialiste durant la guerre civile. L’aile gauche du PSOE, ayant perdu une partie de sa base au profit du stalinisme – notamment la Jeunesse socialiste (FJS) qui allait s’unir à l’Union de la jeunesse communiste pour fonder la Jeunesse socialiste unifiée (JSU) – a été dépassée par les événements et a fini par accepter la même position que ses rivaux sociaux-démocrates.

À la veille de la guerre civile, la CNT exerçait encore une influence considérable au sein du mouvement ouvrier catalan – le plus important de la péninsule Ibérique – et une présence significative en Andalousie, en Aragon et dans la Communauté valencienne. De plus, dans les Asturies et à Madrid, où les socialistes avaient historiquement été majoritaires au sein du mouvement ouvrier, la CNT conservait une présence significative.²

Les militants et les dirigeants syndicaux étaient divisés entre anarcho-syndicalistes et divers courants plus purement anarchistes, dont le plus important était la Fédération anarchiste ibérique (FAI). Toutes ces tendances partageaient un apolitisme commun. Cependant, affaiblie par la répression et idéologiquement divisée, la CNT adopta, durant les premiers mois de 1936, une position moins intransigeante dans ses relations avec la gauche politique, ce qui peut être considéré comme un prélude à sa participation directe au gouvernement pendant la guerre.

Lors des élections de février 1936, afin d’obtenir la libération de ses milliers de membres emprisonnés, la CNT n’organisa pas de campagne d’abstention, contrairement à 1933, et sa « liberté de vote » contribua à la victoire du Front populaire. En mai 1936, la CNT tint son IVe Congrès à Saragosse, un tournant dans son histoire, tant sur le plan idéologique que par son appel manifeste à l’unité ouvrière. Impressionnés par la répression de la commune asturienne d’octobre 1934, les délégués préconisèrent une alliance révolutionnaire avec l’UGT comme premier pas vers la révolution sociale. Mais le Congrès révéla également les limites de l’ouverture politique de la CNT. Si un long débat abstrait porta sur la nature du communisme libertaire, la situation actuelle et la menace d’un coup d’État militaire ne furent pas abordées.

Le POUM, nouvellement formé, prônait également l’unité ouvrière, mais par la réorganisation des Alliances ouvrières qui avaient joué un rôle clé dans le mouvement révolutionnaire de 1934. Le POUM opposait l’Alliance ouvrière, qu’il jugeait essentielle pour vaincre le capitalisme, au Front populaire, une alliance politique subordonnée au républicanisme petit-bourgeois. Parallèlement, il insistait sur la nécessité d’un grand parti révolutionnaire, élément manquant qui avait condamné le mouvement de 1934 à l’échec. Le nouveau parti espérait rallier les franges les plus radicales du socialisme, notamment la jeunesse. La chute de la Fédération de la jeunesse socialiste sous influence stalinienne au printemps 1936 porta un coup fatal à cet espoir.

La révolution
qui éclata en réaction au soulèvement militaire de juillet 1936 marqua la fin du cycle révolutionnaire entamé par la victoire bolchevique de 1917. En quelques jours seulement, comme le dirait Andreu Nin, la classe ouvrière, les armes à la main, avait résolu « les problèmes fondamentaux » — le problème agraire, le problème de l’Église, le problème de l’armée et le problème catalan — que « la bourgeoisie libérale » n’avait pas su résoudre en cinq ans. La classe ouvrière ne se battait pas pour une république démocratique, mais pour une révolution socialiste.

La pierre angulaire de cette révolution fut la collectivisation de l’industrie et des terres : une expérience unique d’autogestion populaire dans l’histoire du mouvement ouvrier. Dans de nombreux cas, la prise de contrôle des entreprises ou des terres fut un processus spontané, soutenu ultérieurement par les organisations ouvrières. La collectivisation urbaine s’étendit davantage en Catalogne où, sous l’égide de la CNT, se concentrait alors la moitié de l’industrie d’État espagnole. Dans le Pays valencien, la collectivisation était également répandue, notamment dans l’agriculture. Outre celles de Valence, les coopératives agricoles les plus connues étaient celles organisées par les anarchistes dans l’est de l’Aragon. Et bien que la présence des milices de la CNT dans la région ait été importante pour leur développement, l’initiative était souvent locale, en particulier dans les villes où l’instauration du communisme libertaire avait été proclamée lors du soulèvement anarchiste de décembre 1933. La collectivisation agricole gagna également l’Andalousie et la Castille.

La révolution s’est également traduite par une occupation massive de l’espace urbain, avec la réquisition de bâtiments et leur transformation en sièges d’organisations antifascistes, en écoles, en hôpitaux et en restaurants communautaires. De plus, pour de nombreuses femmes, la révolution et la guerre ont marqué une rupture avec leur confinement traditionnel au foyer et leur ont offert, pour la première fois, une visibilité publique collective. Elles se sont engagées politiquement pour la première fois, rejoignant en masse les organisations féminines antifascistes, travaillant dans les usines et, dans une minorité de cas, participant à la lutte armée.

Au cœur de toute résistance au soulèvement se trouvaient les organisations ouvrières, et pas seulement là où la révolution sociale était la plus forte. Syndicats et partis ouvriers organisèrent des milices pour combattre les insurgés dans toute la zone républicaine. À l’été 1936, quelque 150 000 miliciens combattaient sur les différents fronts. Au-delà des foyers révolutionnaires de Catalogne et du Pays valencien, dans d’autres régions, les syndicats intervinrent dans l’industrie, instaurant diverses formes de contrôle ouvrier.

Le Front populaire, la guerre et la révolution.
Face à la supériorité militaire des rebelles, largement approvisionnés par les puissances fascistes, les principaux partis du Front populaire – républicains, socialistes et communistes – estimaient nécessaire de présenter la guerre comme une défense de la démocratie bourgeoise afin de conserver le soutien des classes moyennes et d’obtenir l’aide militaire des démocraties occidentales, notamment de la Grande-Bretagne et de la France. Cette position impliquait de réprimer, ou du moins de dissimuler, la révolution sociale en cours dans une partie importante de la zone républicaine.

Tant dans l’historiographie qu’à l’époque, on considérait que les classes moyennes, ou du moins une partie d’entre elles, étaient représentées par les partis républicains de gauche. Le rôle central qu’ont joué ces partis dans les gouvernements républicains de 1931 et 1936 a renforcé l’idée de leur importance politique. Cependant, leur base sociale et électorale était éphémère. En dehors de la Catalogne, seul lieu où ils bénéficiaient d’un soutien massif (ERC), la base sociale du républicanisme de gauche était assez limitée, se cantonnant essentiellement à la petite bourgeoisie urbaine et à des secteurs très spécifiques comme celui des enseignants.

Les résultats électoraux durant les années de la République ont très bien illustré les limites de leur soutien. En 1931, Catalogne exclue, 111 députés républicains de gauche furent élus en coalition avec le PSOE et le Parti radical, et en 1936, 129 au sein du Front populaire. En 1933, hors coalition nationale, ils n’obtinrent que 14 sièges (contre 21 en Catalogne), dont 9 grâce à des accords locaux avec les radicaux et 5 grâce au soutien, également local, du PSOE.

Sur le plan international, les alliés apparemment naturels de la République – les démocraties libérales, à l’exception notable du Mexique – non seulement abandonnèrent le gouvernement légitime en refusant de lui fournir les armes nécessaires à sa défense, mais promurent également la farce d’une politique de « non-intervention » qui aboutit à l’isolement quasi total de l’Espagne loyaliste. La participation de l’Allemagne et de l’Italie au Comité de non-intervention fut l’exemple le plus flagrant du cynisme de cette politique infâme.

En réalité, ni la France ni la Grande-Bretagne n’avaient intérêt à soutenir un gouvernement apparemment faible dans un contexte de forte radicalisation politique et sociale. Le gouvernement du Front populaire français, acculé par les classes dirigeantes, l’état-major et l’impérialisme britannique, renonça rapidement à toute intention d’envoyer des armes à la République. Le gouvernement britannique considérait Azaña comme le « Kerensky espagnol » et, au début de la guerre civile, pensait que le « bolchevisme » était sur le point de s’emparer du pouvoir. Les déclarations de ses ministres sur la façon dont Franco était la meilleure option pour protéger les intérêts impériaux et capitalistes britanniques étaient légion.

Le stalinisme.
Avec la dégénérescence de la Révolution russe et l’arrivée au pouvoir de Staline, les partis communistes se sont entièrement soumis aux impératifs politiques de Moscou. Le virage opéré par le Komintern vers la politique du Front populaire était principalement motivé par la nécessité d’endiguer la menace que représentait l’Allemagne nazie pour la survie même de l’URSS. Cette menace rendait urgente la création d’une alliance internationale avec les démocraties, notamment la France, contre les puissances fascistes. Le Front populaire est ainsi devenu l’expression nationale de la politique étrangère soviétique. L’adoption uniforme de cette nouvelle orientation par les partis communistes durant cette période ne reposait sur aucune analyse de la situation sociopolitique de chaque pays.

Cependant, contrairement à la ligne désastreuse précédente qui assimilait les partis socialistes au social-fascisme et les considérait comme le plus grand danger pour la classe ouvrière, le Front populaire sut s’adapter à la nécessité de faire face à la menace de l’extrême droite et entraîna une montée en puissance de l’influence communiste dans de nombreux pays, dont l’Espagne. Avec le déclenchement de la guerre, le PCE (Parti communiste d’Espagne) devint le parti politique le plus puissant de la zone républicaine. À la mi-1937, il comptait 300 000 membres, soit dix fois plus qu’avant juillet 1936, tandis que le PSUC (Parti socialiste unifié de Catalogne), sa branche catalane, en comptait plus de 50 000 et la JSU (Jeunesse socialiste unifiée) environ 250 000.

Cette montée en puissance de leur influence s’explique par plusieurs raisons. La défense inébranlable du Front populaire par les communistes a attiré au sein du parti des individus nouvellement politisés, opposés au soulèvement militaire et au fascisme, notamment des membres de la petite bourgeoisie effrayés par les  excès  de la révolution et les atteintes à la propriété privée. En prônant la centralisation militaire et une discipline rigoureuse, les communistes ont également gagné le soutien de nombreux militaires professionnels restés fidèles à la République. Mais surtout, le soutien militaire de l’URSS à la République a contribué au prestige accru du PCE.

Un facteur souvent négligé pour expliquer la montée en puissance de l’influence communiste réside dans l’image persistante du Parti communiste comme « parti de la Révolution russe » et dans son auto-identification à un mouvement révolutionnaire. Le fait que le PCE, malgré son engagement à défendre la démocratie républicaine, évoquât la nécessité d’une « démocratie nouvelle », d’une « révolution populaire » et d’une « guerre révolutionnaire nationale » reflétait les réalités politiques et sociales de la zone républicaine. Le recours massif à l’imagerie soviétique et aux méthodes révolutionnaires pour mobiliser la population de Madrid en novembre 1936 illustre également la relation apparemment ambiguë qu’entretenaient les communistes avec la démocratie bourgeoise. Il était donc aisé de conclure que le Front populaire constituait une étape tactique nécessaire, une phase préliminaire à la mise en œuvre du socialisme. Ces ambiguïtés contribuent à expliquer l’attrait du stalinisme pour une partie importante de la Fédération de la jeunesse socialiste (FJS).

Finalement, seul le PCE (en Catalogne le PSUC), avec sa discipline et sa structure  « léniniste » , et non les secteurs libéraux et réformistes, a été capable à la fois de mettre fin à la révolution sociale en cours dans la zone républicaine et de diriger politiquement l’effort de guerre du Front populaire.

Anarchisme et pouvoir.
Après la défaite du soulèvement militaire dans près des deux tiers du territoire espagnol, le pouvoir fut exercé par d’innombrables comités, dont beaucoup étaient issus du Front populaire, avec la participation directe de la CNT. En Catalogne, ces comités reflétaient l’influence de la révolution. Généralement appelés comités « révolutionnaires » ou « antifascistes », leur composition dépendait de l’influence locale des différentes organisations. En général, leurs membres étaient désignés par leurs organisations ; rares étaient ceux élus par la population locale.

Pour pallier le manque de coordination et la fragmentation du pouvoir dans les premières semaines en zone républicaine, différents types de comités furent organisés aux niveaux régional et provincial, presque tous soutenus par les organisations du Front populaire au niveau local, avec l’appui de la CNT. Leur autonomie et leur radicalisme variaient selon les régions. Le plus important d’entre eux était le Comité central des milices antifascistes (CCMA) en Catalogne. Le gouvernement catalan, incapable de maîtriser la situation, proposa aux forces ouvrières et républicaines la création d’un comité unifié pour coordonner la lutte contre les forces rebelles. Ainsi, le 21 juillet, le CCMA fut formé avec une majorité de Front populaire, bien que les décisions de ce nouveau comité reflétèrent la force de la révolution. Outre l’organisation militaire, le CCMA prit les premières mesures pour contrôler l’économie, gelant les comptes bancaires des personnes ayant soutenu le soulèvement et mettant en œuvre des mesures pour aider les entreprises coopératives à continuer de verser les salaires.

Dans la majeure partie du reste de la zone républicaine, des comités se formèrent et, à l’instar du CCMA, exercèrent de fait le pouvoir durant les premières semaines de la guerre civile. L’orientation politique de la plupart de ces comités reflétait l’influence des organisations du Front populaire. Cependant, la situation était si polarisée que, dans plusieurs endroits, ils agirent de manière résolument radicale, comme ce fut le cas des comités de Carthagène, Gijón, Malaga, Valence et, surtout, du Conseil d’Aragon, organisé en octobre et dominé par les anarchistes.

Mais, faute de pouvoir consolidé, le pouvoir des comités, resté totalement fragmenté, empêcha la révolution de réussir pleinement. Face à cette réalité, l’avenir de la révolution reposait sur la CNT, dont les effectifs doublèrent pendant la guerre, atteignant 1 500 000 membres. Pour les anarchistes, la révolution était une  réalité  dans la mesure où, dans une grande partie de ce qui allait devenir la zone républicaine, la classe ouvrière contrôlait les rues, les usines et les terres. Cependant, les organisations ouvrières ne contrôlaient ni les communications, ni le commerce extérieur, ni le secteur bancaire. Surtout, avec l’organisation de l’Armée populaire à l’automne 1936, elles perdirent le contrôle de l’élément clé de la guerre et de la révolution : les forces armées.

Face au vide laissé par la quasi-disparition de l’État républicain, un dilemme se posa rapidement aux anarchistes. Le 21 juillet, lors de l’assemblée régionale de la CNT catalane, au lendemain de la défaite des rebelles militaires à Barcelone, Juan García Oliver, l’un des leaders les plus influents de l’anarchisme radical, affirma que la CNT n’avait que deux options : « tout miser sur le pouvoir », c’est-à-dire instaurer une « dictature anarchiste », ou collaborer avec les autres forces antifascistes. L’idée d’une dictature étant inconcevable pour les anarchistes, et compte tenu de la présence significative d’autres forces (notamment socialistes), en particulier hors de Catalogne, ils optèrent pour la collaboration. Ainsi, presque dès le début, les dirigeants anarchistes se trouvèrent confrontés à l’ambiguïté de leur plaidoyer pour la révolution et de leur pratique de collaboration avec l’État. En réalité, la dichotomie n’opposait pas la « dictature » à la « collaboration », mais l’unité des travailleurs, au-delà des rangs anarchistes, pour la prise du pouvoir ou la subordination au Front populaire qui, tôt ou tard, signifierait la fin de la révolution.

Opposés à la création d’un nouvel État, ils finirent par collaborer avec l’État existant, ou, plus précisément dans le cas de l’État espagnol en 1936, avec la reconstruction de l’État républicain. Début novembre 1936, alors que la situation militaire devenait de plus en plus critique, quatre anarchistes rejoignirent le gouvernement républicain.

Le processus contre-révolutionnaire au sein de la zone républicaine atteignit son paroxysme avec les combats de rue du début mai 1937. Une semaine plus tard, la formation d’un gouvernement dirigé par le socialiste modéré Juan Negrín, sans la participation des anarchistes, marqua le renforcement définitif de l’État bourgeois et la répression des secteurs les plus révolutionnaires, notamment le POUM, victime d’une violente campagne de diffamation orchestrée par le stalinisme. Le dernier bastion de la révolution était le Conseil d’Aragon, aux mains des anarchistes, qui fut dissous en août. En février 1938, la CNT, désormais pleinement engagée dans la collaboration avec l’État républicain, réintégra le gouvernement.

Une alternative révolutionnaire était-elle envisageable ?

Il convient d’examiner s’il existait une alternative à l’approche du Front populaire, qui consistait à mener une guerre pour défendre la démocratie au prix d’une révolution sociale. La stratégie militaire du gouvernement républicain rejetait le recours à des tactiques non conventionnelles ou révolutionnaires, notamment en raison de la nécessité de maintenir le contrôle de la situation politique dans sa zone d’influence et de se présenter au monde comme un gouvernement libéral. Toutefois, compte tenu de l’avantage matériel considérable de l’ennemi, le maintien d’une stratégie militaire conventionnelle par le gouvernement républicain avait peu de chances de succès.

L’idée selon laquelle le Front populaire et l’anéantissement de la révolution n’étaient qu’une position « pratique » dictée par les besoins militaires de la République est une erreur.

La politique du Front populaire, et notamment sa subordination aux intérêts impérialistes, eut des conséquences militaires. Par exemple, le retrait immédiat de la flotte navale du détroit de Gibraltar, sous la pression du gouvernement britannique, permit aux forces rebelles de transférer des milliers de soldats d’Afrique du Nord vers la péninsule Ibérique. De même, le refus, afin de ne pas nuire aux intérêts de l’impérialisme français, de proclamer l’indépendance du Maroc [espagnol] et de soutenir une insurrection nationaliste sur l’arrière-garde fasciste, profita aux forces rebelles.

Une autre stratégie aurait consisté en la mobilisation massive de la population (comme lors de la bataille de Madrid en novembre 1936), une guerre défensive de position et le recours à des raids éclairs plus limités, combinés à la guérilla, évitant ainsi des affrontements massifs entre deux armées aux capacités nettement inégales. Parallèlement, des mesures telles que la déclaration d’indépendance du Maroc et le soutien militaire au mouvement indépendantiste marocain, ou encore la proclamation de la distribution des terres aux paysans, auraient pu contribuer à affaiblir les arrières de l’ennemi.

Bien sûr, il est impossible de savoir si une stratégie de guerre révolutionnaire aurait pu réussir, même si la défense de Madrid est révélatrice à cet égard. De plus, la situation internationale, où les partis communistes et sociaux-démocrates exerçaient une influence considérable, était loin d’être favorable. Il est impossible de savoir quel impact l’existence d’un pouvoir révolutionnaire en Espagne aurait eu sur le mouvement ouvrier au-delà de ses frontières. Le précédent de 1917 laisse entrevoir la possibilité qu’il ait pu servir de catalyseur et, par conséquent, permettre à d’autres courants politiques d’exercer une plus grande influence sur la lutte des classes.

Guerre et révolution.

L’historiographie de la guerre civile présente souvent la division des forces antifascistes comme une opposition entre ceux qui privilégiaient la guerre (communistes, républicains et socialistes) et la CNT et le POUM, qui plaçaient les intérêts de la révolution avant ceux de la guerre : une division entre guerre et révolution. Or, il n’en a jamais été ainsi.

La CNT et le POUM défendaient tous deux la nécessité de mener  simultanément  guerre et  révolution, de mener une guerre révolutionnaire. Les deux étaient intrinsèquement liées. Le POUM, en particulier, avait une politique militaire claire qui appelait à la création d’une armée révolutionnaire, sur le modèle de l’Armée rouge soviétique pendant la guerre civile russe. Mais une telle armée ne pouvait se constituer sans un gouvernement révolutionnaire fondé sur la démocratie participative, sur des comités d’ouvriers, de paysans et de miliciens.

Le POUM soutenait que, pour consolider la révolution, du moins en Catalogne, la classe ouvrière devait s’emparer du pouvoir. Or, sans la CNT, un tel objectif était impossible. Convaincre la CNT, ou du moins une partie d’entre elle, devint très vite la principale préoccupation politique du POUM, mais, comme nous l’avons vu, il lui fallait surmonter la conviction des anarchistes que toute forme de pouvoir ou d’État révolutionnaire mènerait inévitablement à une dictature.

En définitive, la grande absence de la révolution espagnole fut celle d’une organisation révolutionnaire suffisamment forte pour mener à la prise du pouvoir. Plusieurs obstacles empêchèrent le POUM, « le seul parti de la révolution » selon Andreu Nin, de devenir une telle organisation. Outre ses propres erreurs, son absence de base en dehors de la Catalogne et sa courte histoire – il avait été fondé un an seulement auparavant – constituèrent des freins difficiles à surmonter. Et sans direction politique, la révolution était vouée à l’échec.

Andy Durgan est l’auteur de POUM. République, Révolution et Contre-révolution , Sylone, Viento Sur, 2025.

Source : Viento sur le 11 juillet 2026

Références

Bernecker, Walther (1982) Colectividades y revolución social. El anarquismo en la Guerra Civil española. 1936-1939. Barcelona: Crítica.

Beevor, Antony (2005) La Guerra Civil española. Barcelona: Crítica.

Casanova, Julián (2010) De la calle al frente. El anarcosindicalismo en España. Barcelona: Crítica.

Claudin, Fernando (1975) The Communist Movement. From Comintern to Cominform. Harmondsworth: Penguin.

Durgan, Andy (1992) “The 1933 elections in Spain and the Defeat of the Left”, Journal of the Association of Contemporary Iberian Studies, vol. 5, n º 2. Londres.

(2013) The People in Arms: Spain 1936, en Gonzalez, Mike & Barekat, Houman (eds.), Arms and the People. Popular Movements and the Military from the Paris Commune to the Arab Spring, Londres: Pluto Press: pp. 123-148.

(2017) “La democracia de los trabajadores en la Revolución española, 1936-1937”en Azzellini, Darío & Ness, Immanuel (eds.), Poder Obrero. Autogestión y control obrero desde La Comuna hasta el presente. Madrid: La Oveja Negra: pp. 211-242.

(2021) “90 aniversario de la II República. Razones de un fracaso”, viento sur, 175: 99–108.

(2022) Voluntarios por la revolución. La milicia internacional del POUM en la Guerra Civil Española. Barcelona: Laertes.

(2025) El POUM. República, revolución y contrarrevolución. Barcelona: Sylone- viento sur.

Ealham, Chris (2026) La lucha por Barcelona. Clase, cultura y conflicto 1898-1937. Madrid: Ediciones La Tormenta.

Fraser, Ronald (1979) Recuérdalo tú y recuérdalo a otros. Historia oral de la Guerra Civil española. Barcelona: Crítica.

Guillamón, Augustín (2017) Insurrección. Las sangrientas jornadas del 3 al 7 del mayo del 1937. Barcelona: Editorial Descontrol.

Guillén, Abraham (1980) El error militar de las “izquierdas”. Barcelona: Hacer.

Maurin, Joaquin (2023) Hacia la segunda revolución. Toledo: El Perro Malo.

Moradiellos, Enrique (1996) La perfidia de Albión. El gobierno británico y la guerra civil española. Madrid: Siglo Veintiuno.

Nash, Mary (2006) Rojas. Las mujeres republicanas en la Guerra Civil. Madrid: Taurus.

Peirats, José (1989) La CNT en la revolución española.  Madrid: Hamelyn.

Pozo González, Josep Antoni (2012), Poder legal y poder real en la Cataluña revolucionaria de 1936. Sevilla: Espuela de Plata.

Notes

  • 1. Sur l’« échec » de la République, voir : Maurin (2023) et Durgan (2021).
  • 2. Parmi la bibliographie exhaustive sur l’anarchisme avant et pendant la guerre civile, voir : Peirats (1989), Casanova (2010) et Ealham (2026).
  • 3. Durgan (2025), p. 88-89.
  • 4. L’histoire la plus complète du processus de collectivisation demeure : Bernecker (1982).
  • 5. Nash (2006), p. 92.
  • 6. Durgan (1992).
  • 7. Moradiellos (1996).
  • 8. Pour des exemples de contradictions dans la position des communistes concernant le Front populaire, voir Fraser (1979), vol. II, p. 30, et Durgan (2022), p. 30, 43-44.
  • 9. Concernant les comités, voir par exemple : Pozo (2012) et Durgan (2017).
  • 10. Il y avait cinq délégués républicains : trois de la CNT, trois de l’UGT, deux de la FAI et un chacun du POUM, du PSUC et de l’Unió de Rabassaires.
  • 11. Parmi les ouvrages consacrés aux Journées de Mai, Guillamón (2018) est particulièrement pertinent.
  • 12. Sur le débat relatif à l’alternative d’une guerre révolutionnaire, voir : Claudin (1975), p. 210-242 ; Guillén (1980) ; Fraser (1979), vol. II, p. 27-38 ; Beevor (2005), p. 464 ; Durgan (2013).
  • 13 Durgan (2025) pages 113-118.
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19.07.2026 à 16:43

Ukraine, échos des manifs du 18 juillet 2026.

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Samedi 18 juillet au soir, des manifestations se poursuivent dans plusieurs villes ukrainiennes contre la démission de Mykhailo Fedorov de son poste de ministre de la Défense. Le soir du 18 juillet, une manifestation s’est déroulé à Kyiv pour le troisième jour consécutif, exigeant la réintégration de Mykhailo Fedorov au poste de ministre de la […]
Texte intégral (983 mots)

Samedi 18 juillet au soir, des manifestations se poursuivent dans plusieurs villes ukrainiennes contre la démission de Mykhailo Fedorov de son poste de ministre de la Défense.

Le soir du 18 juillet, une manifestation s’est déroulé à Kyiv pour le troisième jour consécutif, exigeant la réintégration de Mykhailo Fedorov au poste de ministre de la Défense. Les manifestants réclament également la destitution d’Oleksandr Syrskyi, commandant en chef des forces armées ukrainiennes.  À 21h45, environ 2 000 personnes s’étaient rassemblées pour une manifestation à Kyiv.

Dnipro : les manifestants affirment qu’au moins 100 habitants se sont rassemblés lors du rassemblement, et leur nombre ne cesse d’augmenter. Parmi les slogans scandés par les manifestants, on retrouve « Les soldats ne sont pas des esclaves », « Syrskyi doit partir », et « Le pays a besoin de changement, le pays a besoin de réformateurs ».

Mykolaïv : 150 personnes ont participé à une manifestation contre le limogeage de Mykhailo Fedorov de son poste de chef du ministère de la Défense ukrainien. Les habitants ont défilé dans la rue Soborna en scandant des slogans en soutien à l’ancien ministre de la Défense.

Ternopil : Un rassemblement de soutien à Mykhailo Fedorov a également lieu à Ternopil.

À Kropyvnytskyï, des manifestants se sont rassemblés près de la place des Héros de Maïdan. Ils exigent la réintégration de Fedorov et la destitution du commandant en chef Oleksandr Syrskyï.

Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire  « La Russie célèbre la démission de Fedorov », « L’indifférence est l’amie de la tyrannie ».

Environ un millier de personnes se sont rassemblées rue Deribasovskaya à Odessa. Les manifestants protestaient contre la démission de Fedorov de son poste de ministre de la Défense ukrainien.

Des rassemblements de soutien à Fedorov ont également lieu à Rivne, Khmelnytskyi, Tcherkassy, Jytomyr, Loutsk, Tchernivtsi et Vinnytsia.

À Dnipro, des manifestations contre la démission de Mykhailo Fedorov de son poste de ministre de la Défense ukrainien se poursuivent pour le troisième jour consécutif. Au moins 200 personnes y ont participé. Parmi les slogans scandés par les manifestants, on retrouve : « Les militaires ne sont pas des esclaves », « Syrsky, dehors ! », « Le pouvoir appartient au peuple » et « Le pays a besoin de changement, le pays a besoin de réformateurs ».

Le soir du 18 juillet, les habitants de Jytomyr sont descendus dans la rue pour la troisième fois, protestant contre le limogeage du ministre de la Défense ukrainien Mykhailo Fedorov et réclamant la destitution du commandant en chef des forces armées ukrainiennes Oleksandr Syrsky. Une centaine de personnes se sont rassemblées place Korolev, face à l’hôtel de ville de Jytomyr, brandissant des pancartes en carton avec des slogans réclamant la réintégration de Mykhailo Fedorov et la destitution d’Oleksandr Syrsky. On pouvait entendre les slogans suivants : « Rendez-nous Fedorov ! », « À bas Syrsky ! ».

Le 18 juillet, un troisième rassemblement de soutien à Mykhailo Fedorov a eu lieu à Khmelnytskyï . Les participants protestaient contre la décision du président Volodymyr Zelensky de ne pas reconduire Fedorov au poste de ministre de la Défense. Près de 150 personnes ont participé à ce rassemblement

Plus d’une centaine de personnes sont descendues dans les rues de Cherkasy pour soutenir Mykhailo Fedorov, que le président a limogé de son poste de ministre de la Défense le 15 juillet.

Source : PLT/RESU

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19.07.2026 à 16:29

Moulins : leçons d’une victoire. Par VP.

aplutsoc

Le 16 juin dernier, la Communauté d’agglomération de Moulins a, après un âpre débat, mis fin à la subvention à « Murmures de la Cité » qu’elle avait largement accordée l’an dernier, par la majorité écrasante, nullement « droite-gauche », de 61 voix contre 11 et 4 abstentions (1 absent). A propos de l’affaire dite […]
Texte intégral (2244 mots)

Le 16 juin dernier, la Communauté d’agglomération de Moulins a, après un âpre débat, mis fin à la subvention à « Murmures de la Cité » qu’elle avait largement accordée l’an dernier, par la majorité écrasante, nullement « droite-gauche », de 61 voix contre 11 et 4 abstentions (1 absent).

A propos de l’affaire dite de « Murmures de la Cité », j’écrivais l’an dernier : « Notre combat à Moulins est donc fondateur, fondateur pour l’unité pour battre l’union des droites et imposer la démocratie dans ce pays. » (17 juillet 2025).

C’est confirmé, et c’est cette fois-ci notre victoire qui doit être fondatrice !

Car il y a victoire. Le 16 juin dernier, la Communauté d’agglomération de Moulins a, après un âpre débat, mis fin à la subvention à « Murmures de la Cité » qu’elle avait largement accordée l’an dernier, par la majorité écrasante, nullement « droite-gauche », de 61 voix contre 11 et 4 abstentions (1 absent).

Il faut bien mesurer la portée de cet évènement politique : elle n’est pas locale. Jean-Yves Le Gallou (racialiste, vieux compère de Le Pen, architecte de l’union des droites, et parrain des activités du président de « Murmures de la Cité », Guillaume Senet), le 16 juillet 2025, tirait de son point de vue les leçons de ce qu’il considérait comme une victoire décisive, dans un article largement repris par toute la fachosphère, titré, judicieusement, Contre-offensive culturelle et victoire politique :

« La gauche pensait avoir verrouillé le récit national, réduit l’Historie à quelques dates culpabilisantes et imposé son monopole culturel. A Moulins, une poignée de jeunes enracinés a brisé ce récit politiquement correct avec le spectacle « Murmures de la Cité ». Par leur volonté, leur courage et leur amour de la France, ils ont mené une contre-offensive culturelle qui s’est muée en victoire politique.

(…) Pour la première fois, des élus LR ont refusé de céder à la gauche [il aurait pu plastronner plus encore : la rupture des digues ne se limitait pas à LR !]

A Moulins, sur le terrain de la longue histoire, la droite a remporté sans coup férir une bataille contre la gauche. C’est aussi la démonstration que la diabolisation est une arme fatale contre les faibles mais un sabre de bois impuissant face à des jeunes hommes engagés et déterminés. »

On cherchera en vain, en ce mois de juillet 2026, un bilan de victoire de Jean-Yves Le Gallou, et pour cause. Le vote de la Communauté d’agglomération rompt, bien que son président (le nouveau maire de Moulins Benoit Faivre) ne l’avoue point (il s’efforce de ne rien dire !), avec l’union des droites dont M. Le Gallou ne cachait pas que la « poignée de jeunes enracinés » était l’instrument.

Cela signifie que l’on peut casser ce front commun de la réaction, projection française de l’internationale Trump/Poutine – à condition de se battre.

Selon toute vraisemblance, Pierre-Edouard Stérin, le financier exilé fiscal qui veut sponsoriser l’union des droites, n’a pas renouvelé cette année son aide à « Murmures de la Cité ».

Reste à faire annuler ou rembourser la subvention de 12 500 euros du Conseil régional d’Auvergne/Rhône-Alpes, laquelle, selon un article pleurnichard du Figaro sur les difficiles efforts des jeunes enracinés en terrain hostile, paru le 11 juillet, aurait dit « souhaiter y mettre fin ».

Sur le plan « culturel », le spectacle donné cette fois-ci dans un lieu privé – un château de l’héritier Charles-Henri de Bourbon-Parme-Lobkowitz – et non plus sur l’esplanade du Centre National du Costume de Scène à Moulins, fut pathétique. Et, par inadvertance, amusant, car la « culture » des « enracinés » s’avère être du sous-Disney et donne lieu à des scènes involontairement assez « Monty Python » !  

Bien sûr, les « jeunes enracinés » bluffent, comme ils l’ont fait sans interruption, sur les chiffres, mais ils ne peuvent plus clamer qu’ils ont gagné et réalisé le « plus grand spectacle immersif du monde » (sic !).

Peu de monde, pas d’enthousiasme, une technicité flageolante reposant sur l’IA et des voix préenregistrées, moins d’une centaine de figurants réels et statiques, bref : un fiasco.

Sur le plan culturel encore, et sans guillemets cette fois-ci, le Collectif des Archéologues d’Auvergne puis le Collectif Histoire d’y voir clair qui lui a succédé, a réussi tout au long de l’année l’organisation de soirées débats moulinoises sur des sujets historiques, drainant des centaines de participants avec une qualité que les « jeunes enracinés » ignorent totalement : l’humour !

Notons que « Murmures de la Cité » a été régulièrement invité à ces débats, et n’est jamais venu.

Rappelons que le dispositif monté autour de « Murmures de la Cité » est le suivant : la cité qui véritablement « murmure » est « Sophia-Polis », club de rencontre des racialistes et des intégristes, qui se réunit publiquement chaque année au château des Senet, l’organisation « de masse » étant « Murmures de la Cité ».

Un troisième étage de la fusée n’a pas décollé, c’est celui des interventions scolaires dont Senet a fait croire que « Murmures » les pratique dans les écoles, ce qui est heureusement totalement faux, et la tentative de montage d’une école privée hors contrat à Moulins, le « Cours Zita », a avorté.

L’université d’été de Sophia-Polis, au programme affiché crânement l’an dernier et où une partie des figurants du spectacle avait été entrainée, est cette fois-ci fort discrète et déconnectée du spectacle dans son calendrier.

On ne sait pas si Jean-Yves Le Gallou y viendra comme l’an dernier tirer le bilan politique pour la « poignée de jeunes enracinés ». Si c’est le cas, ça va chauffer pour eux !

L’extrême droite est fort mécontente de cette défaite, et cela se traduit par l’accentuation de la campagne permanente de haine, d’injures et de menaces, y compris de mort, produite sur le site « Riposte Laïque » dont Guillaume Senet, tout en évitant de signer les articles me menaçant moi et d’autres camarades, et nos proches, est un fervent et fidèle collaborateur depuis un an. Je ne vais pas ici rentrer dans les détails, qui relèvent du judiciaire.

Disons simplement deux choses.

Quand « Riposte Laïque » prétend parler de moi, qui suis une légende dans ce cloaque, ils parlent d’eux, de leurs fantasmes scatologiques et de leurs désirs de mort.

Et quand ils font parler Guillaume Senet, on a une illustration quasi clinique de l’inversion victimaire : il prétend mensongèrement être menacé chez lui, par exemple parce que la CGT et la FSU ont rendu hommage à des résistants tués en 1944 (à plusieurs km de son château), et « Riposte Laïque » titre : Et si Guillaume Senet organisait une manif devant la maison de Présumey ?

Je suis d’autant plus serein que je me sais, quant à moi, réellement enraciné sur ce territoire que j’arpente depuis des années d’écoles en écoles, de mairies en mairies, de collèges en collèges, sans oublier les coins à champignons. Mais il est clair que s’il devait m’arriver malheur à moi ou à mes proches, on aurait là la piste à suivre. Et de là, vers leurs appuis basés à l’étranger, dont la Russie de Poutine (qu’ils soutiennent bien entendu).

Les mots de Jean-Yves Le Gallou s’appliquent à merveille à cette entreprise : «  … la démonstration que la diabolisation est une arme fatale contre les faibles mais un sabre de bois impuissant face à des jeunes hommes engagés et déterminés. »

Dans la mesure où je me sens tout à fait jeune par rapport à des prétendus enracinés dépourvus de tout humour, je trouve que ces mots s’appliquent à merveille à la tentative de diabolisation qui me cible, qui a d’ailleurs contribué au vote très majoritaire de la Communauté d’agglomération, pour que cesse le financement public d’une entreprise tentant d’importer la violence politique sur le territoire bourbonnais.

Ces incitations à la violence ont donc été contre-productives pour « Murmure de la Cité » et son petit écosystème bien mal enraciné : « Riposte Laïque » leur a nui.

Pourquoi, alors, mise à part la bêtise (un facteur incontestable !), persistent-t-ils dans leur collaboration ?

La réponse est dans cet article non signé de « Riposte Laïque » du 17 juillet 2026 :

« Nous considérons, nous, que ce qui se passe dans l’Allier est un laboratoire de ce qui se prépare, en France, dans l’année qui va venir. »

« Mais surtout, ce qui se passe dans l’Allier, avec le ciblage d’une équipe de courageux résistants [il est permis de rire !] préfigure ce qui peut se passer en France, dans l’année qui va venir, jusqu’aux présidentielles de 2027. »

La suite reprend le mensonge et l’inversion victimaire qui dit où les fascistes veulent en venir :

« Si on les laisse faire [les « gauchistes de l’Allier » dont Présumey est « le vrai meneur »demain ils vandaliseront ces lieux, après-demain ils y mettront le feu, et ensuite ils s’en prendront physiquement à leurs habitants. »

Nous, les gauchistes, sommes ensuite accusés d’instaurer un « climat » « qui ressemble à celui de 1945 ». Aveu transparent : c’est la défaite du nazisme, c’est 1945 qu’il s’agit d’effacer. Et ce combat contemporain a une échéance : les présidentielles de 2027. Tout est dit.

C’est là qu’il nous faut, nous, les défenseurs de la démocratie et de l’Etat de droit, les militants ouvriers, les féministes, les historiens et chercheurs, les humoristes, les citoyennes et citoyens engagés, dans notre diversité assumée, tirer les leçons pour maintenant.

La victoire moulinoise est enracinée. Ayons le plus grand respect pour ces élus divers droite qui ont eu, après coup, mais qui ont eu, le réflexe de la préservation de l’Etat de droit, du refus des menaces de morts et de la violence politique, et le souci du sérieux historique dans ce qui est offert au public. Or, si leur fond républicain a pu reprendre le dessus, c’est en raison de l’unité réalisée sur la base du refus des subventions publiques à l’extrême droite (et, à aucun moment, de l’interdiction de quelque spectacle que ce soit), par et dans le Collectif laïque et républicain de Moulins, qui a vu participer à ses réunions et se solidariser tout l’arc politique allant de LO à Place publique, avec tout ce qui est entre les deux, vous m’avez compris.

L’antifascisme n’est ni un colifichet, ni un grigri, ni un look, ni une question mémorielle, au moment où, alors qu’un front militaire antifasciste de 1500 km protège l’Europe en Ukraine en formant, pour l’instant, un abcès de fixation pour Poutine, et alors que Trump qui s’est pris les pieds tout seul dans le détroit d’Ormuz, songe au coup d’Etat contre les élections aux Etats-Unis. C’est une affaire vitale et sérieuse qui nous engage ici et maintenant, et dont l’enjeu se concentre en France dans l’année qui vient.

Je conclurai en disant que Marine Le Pen, et pas seulement elle mais l’union des droites, seront battues avant, je dis bien avant, le 18 avril 2027, ou ne le seront pas. Il n’y aura pas de sauveur suprême. Le front commun en défense de la démocratie, en défense des droits et des libertés, est la seule voie du succès, et cette unité doit être imposée, comme a été imposé en 1934 le pacte d’unité d’action (SFIO-PCF et CGT-CGTU).

Moulins, Vincent Présumey, 19 juillet 2026.

Paru initialement en blog Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/vincent-presumey/blog/190726/moulins-lecons-dune-victoire

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18.07.2026 à 14:37

Ormuz : pendant la guerre, les négociations continuent (et vice-versa). VP.

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Le mémorandum paraphé par Trump à Versailles le mercredi 17 juin officialisait la tenue de négociations permanentes entre Téhéran et Washington, dont il y a fort à parier qu’elles avaient commencé avant et ne se sont jamais interrompues, et, surtout, il étalait la réalité, non pas exactement d’une victoire iranienne, mais d’une défaite étatsunienne, dont […]
Texte intégral (1344 mots)

Le mémorandum paraphé par Trump à Versailles le mercredi 17 juin officialisait la tenue de négociations permanentes entre Téhéran et Washington, dont il y a fort à parier qu’elles avaient commencé avant et ne se sont jamais interrompues, et, surtout, il étalait la réalité, non pas exactement d’une victoire iranienne, mais d’une défaite étatsunienne, dont je résumais ainsi les termes principaux dans un article du 21 juin :

« Les 14 points commencent par proclamer la « fin de la guerre », y compris au Liban, établissent la reconnaissance mutuelle entre l’impérialisme américain et la République islamique, annoncent un accord final dans 60 jours, la fin du « blocus » d’Ormuz avec un flou qui laisse ouvert la possibilité d’un péage cogéré par Téhéran et Washington, la fin des sanctions et une aide des Etats-Unis à l’Iran de 300 milliards « au moins », moyennant la promesse de Téhéran qu’il ne « produira jamais d’armes nucléaires », la version diffusée par Washington ajoutant qu’il y aurait une « dilution isotopique de l’uranium enrichi sur site sous supervision de l’AIEA ». En attendant que tout ceci soit fait « dans les 60 jours », le statu quo est maintenu mais avec la possibilité immédiate pour l’Iran d’exporter ses hydrocarbures. 

Sur le papier, c’est encore plus qu’une victoire iranienne, c’est l’instauration affichée d’une coopération dans laquelle l’impérialisme US assiste et étaie la République islamique. »

Comprenons bien que le fait que la guerre se poursuive en même temps que la coopération contre-révolutionnaire Iran/Etats-Unis, certes contradictoire, est bien réel. Washington et Téhéran, Trump/Vance et les « Gardiens de la Révolution », sont fondamentalement d’accord sur les quatre points suivants.

Premièrement, leur hostilité et leur peur envers le mouvement propre des peuples, à commencer par les peuples d’Iran. La répression terrible de début 2026, effectuée sous la protection de Trump, se poursuit et vise les femmes, les syndicalistes, les jeunes, les minorités nationales (kurdes, turkmènes, arabes, baloutches). Trump et Netanyahou ont permis, en assassinat Khamenei, un renouvellement du personnel dirigeant iranien, et dans la mesure où ils ont momentanément envisagé de remplacer celui-ci, c’était par la monarchie ou par Amadinejad, le plus antisémite des présidents iraniens depuis 1979, mais précisément celui sur lequel ont misé Netanyahou et le Mossad !

Deuxièmement, cette hostilité et cette peur s’étendent à tous les peuples de la région, aux Kurdes comme aux Palestiniens, dont le régime iranien, antisémite et par là « antisioniste », n’a strictement rien à faire.

Troisièmement, les développements depuis le 28 février 2026 ont montré un autre point d’accord, conflictuel non au niveau de son principe mais de son application : le détroit d’Ormuz doit désormais être payant, ce qui fait augmenter les factures énergétiques et agrochimiques au profit des Etats-Unis comme de l’Iran – et ce dont aurait aussi dû profiter la Russie, mais la manière ukrainienne de faire la guerre pour laquelle le peuple ukrainien manifeste en ce moment même a neutralisé ces profits-là !

Washington et Téhéran pulvérisent donc ensemble les traités instaurant un droit maritime international et définissant les partages de zones économiques exclusives (convention de Montego Bay, contemporaine de la mise en place de l’Organisation Mondiale du Commerce, rédigée en 1982, reconnue par l’ONU et ratifiée en 1994, mais pas par les Etats-Unis).

C’est Téhéran qui a donc apporté à Trump la contribution la plus notable à la mise en place d’un nouveau désordre commercial mondial à coup de tarifs douaniers !

Last but no least et quatrièmement, Téhéran et Washington sont d’accord … pour se faire la guerre, étant entendu que Washington ne peut ni ne veut détruire l’Etat des mollahs et, de plus en plus, des « Gardiens de la révolution ». Cette guerre sert aussi  à jauger, mesurer et négocier si possible les rapports de force entre impérialisme américain et impérialismes chinois et russe, beaucoup plus, désormais, que la guerre russe contre l’Ukraine, dont la dynamique révolutionnaire (que n’a pas la guerre Etats-Unis et Israël versus Iran) est dangereuse aussi bien pour Moscou et Beijing que pour Washington.

Les obsèques de Khamenei, utilisant les lieux sacrés chi’ites y compris irakiens, ont été l’occasion d’une manifestation de fausse unité nationale et de puissance du régime iranien, pendant laquelle, le 7 juillet, des frappes iraniennes contre des pétroliers ont visé à rappeler que l’accord de cessez-le-feu donne à l’Iran le droit de gérer le trafic dans le détroit d’Ormuz et le golfe arabo-persique, suscitant des représailles américaines et une nouvelle escalade, avec le même scenario de bombardements US sur l’Iran et d’attaques iraniennes sur les monarchies arabes, Oman compris, et jusque sur la Jordanie, ainsi que contre des organisations kurdes en Irak.

Les bombardements américains détruisent des infrastructures (ponts, centrales électriques …) et tuent des civils, s’étendant jusqu’au port de Chabahar, qui est au-delà du golfe et donne sur l’océan Indien, servant de débouché à l’Afghanistan, voire à l’Ouzbékistan, et dans lequel l’Inde a investi. Le détroit d’Ormuz est donc à nouveau bloqué et les prix du pétrole repartent à la hausse à fond.

Selon Trump, la guerre a repris. Mais nul doute que les négociations continuent et que le partage du détroit et du golfe en est devenu l’un des points cruciaux.

Le partage des gains du brigandage dans le détroit, la nécessité pour les dirigeants iraniens (et leurs luttes intestines) de réaffirmer leur « autorité », et la posture délicate de Trump dont tout le monde sauf lui estime qu’il a « perdu la guerre », expliquent cette reprise des hostilités aéronavales, reprise qui, répétons-le, ne modifie pas le cadre fondamental d’une coopération contre-révolutionnaire conflictuelle.

Guerre et cessez-le-feu sont ici les deux faces de la même médaille contre-révolutionnaire et les négociations permanentes se poursuivent dans l’une ou dans l’autre.

Entre les deux pouvoirs, c’est Trump le plus en difficulté, car lui ne vient pas de massacrer des dizaines de milliers de manifestants (ce n’est pas faute d’en rêver). Jeudi 16 juillet, Trump a étalé ce qui le turlupine : reprenant ses délires sur les ingérences chinoise et vénézuélienne qui l’aurait fait perdre en 2020, il a dénoncé les millions d’étrangers illégaux qui, selon lui, votent (et votent contre lui), et a jeté par avance la suspicion sur les élections législatives du 3 novembre prochain, aggravant le risque de faire de ce scrutin, qu’a priori il a perdu à plate couture, un affrontement militaro-policier (ce à quoi les Démocrates ne sont absolument pas préparés) dirigé contre le peuple américain, dont l’enjeu serait la destruction ou le rétablissement des libertés démocratiques conquises en 1776, par la guerre de Sécession, les grèves des années 1930 et le mouvement des droits civiques des années 1960.

Le champ de bataille principal se déplace vers le centre.

VP, le 18/07/26.

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18.07.2026 à 13:38

“Des solutions existent…” Par Alain Dubois.

aplutsoc

Présentation Nous reproduisons cette contribution d’Alain Dubois au titre de la discussion nécessaire, relancée par la vague caniculaire qui a terrassé le pays ces dernières semaines. Contribution d’Alain Dubois Les mises en garde se multiplient contre les perspectives d’effondrement général de la biosphère causées par le capitalisme dégénéré actuel. Néanmoins la plupart obéissent à l’injonction […]
Texte intégral (3304 mots)

Présentation

Nous reproduisons cette contribution d’Alain Dubois au titre de la discussion nécessaire, relancée par la vague caniculaire qui a terrassé le pays ces dernières semaines.

Contribution d’Alain Dubois

Les mises en garde se multiplient contre les perspectives d’effondrement général de la biosphère causées par le capitalisme dégénéré actuel. Néanmoins la plupart obéissent à l’injonction d’optimisme en affirmant que « des solutions à ces problèmes existent » dans le cadre de ce dernier. Il devient urgent de d’admettre que la seule solution à la catastrophe passe par sa destruction, pas sa réforme.

____________________

J’ai déjà eu l’occasion d’attirer l’attention sur des expressions très communes sur les ondes, sur le net, dans des articles et des livres, comme « Il n’y a pas de risque zéro » [1] ou « Si rien n’est fait » [2], qui traduisent la confusion mentale ou la volonté de manipuler le lecteur en faisant apparaître comme « bien évidentes » des idées pernicieuses et des renoncements à l’indignation, à la mobilisation et au combat contre les menaces et violences que la civilisation capitaliste décomposée de notre époque crépusculaire fait peser sur les humains, l’environnement et jusqu’au maintien de la vie sur notre planète. Aujourd’hui je souhaite attirer l’attention sur une formule très répandue et apparemment anodine et même, pour certains de ses utilisateurs, réconfortante, et qui est en fait une véritable entourloupe: c’est la phrase « Des solutions existent ».

On rencontre cette phrase dans des multitudes de textes évoquant la crise mondiale actuelle de la biosphère, de l’environnement, de la biodiversité, du climat, de la santé et de l’alimentation humaine… Celle-ci est déjà bien engagée et nous mène tout droit vers un effondrement ou « collapse » mondial des conditions permettant l’existence et le fonctionnement d’une civilisation humaine « organisée » à l’échelle de la planète, sinon même du maintien de toute vie sur terre. Tout a été fait depuis plus d’un siècle par les divers pouvoirs qui dirigent nos sociétés pour tout d’abord nier et cacher, puis relativiser et minimiser les perspectives destructrices mises en évidence par la science. Même si ces jours-ci en France, en raison de la violence de la canicule [3], laquelle est directement causée par notre civilisation extractiviste, pollutionniste et destructrice tous azimuts, une certaine « inquiétude » se fait jour parmi les dirigeants, « décideurs » et « communicants » vis à vis de l’éventuelle vindicte populaire, nul doute que, dès que cette « crise » commencera à s’atténuer, ces préoccupations reflueront bien vite et que seront remises au premier plan les multiples « spectacles » et « divertissements » auxquels on enchaîne nos contemporains, grands événements sportifs, concerts géants, rassemblements festifs, hommages aux amuseurs publics, c’est-à-dire des circenses mais sans panem – mais aussi élections, agressions militaires, conflits régionaux et internationaux entre impérialismes, prix du pétrole et des voitures, croissance, « dette », « sanctions », « actualités débiles » – en veillant bien à ne pas parler des causes de ces désastres en cours et à venir. Il s’agit en effet de ne rien faire qui pourrait gêner la gigantesque machine à faire de la plus-value, appuyée sur la Bourse, et maintenant considérablement démultipliée et aggravée par le numérique, la technisation à outrance et la fascisation mondiale croissante des sociétés, concentrée aujourd’hui dans l’IA et ses datacenters. Actuellement, nulle force sociale conséquente ne combat cette dernière, sous prétexte des « services quelles peuvent rendre » mais sans insister sur les risques bien pires pour l’humanité, ce qui permet aux Trump, Musk et consorts d’accumuler des fortunes sans équivalent historique et de contrôler et rançonner de plus en plus les sujets de la société « technofasciste » mondiale. À l’ombre de ces puissants protecteurs, se multiplient et s’aggravent les menaces que le nucléaire militaire et civil, la manipulation du vivant, la destruction irréversible des conditions de fonctionnement des écosystèmes vont de plus en plus faire peser sur la santé, l’alimentation, l’accès à l’eau pour des milliards d’humains. Elles pousseront notamment des masses croissantes d’entre eux à fuir leurs pays lors de migrations sans précédent dans l’histoire humaine que seuls des massacres encore inimaginables aujourd’hui, mais plus pour longtemps, ne permettront d’enrayer que partiellement et temporairement, comme le prévoyait déjà le Pentagone il y a 20 ans [4].

Le scénario est toujours le même. Un texte éventuellement bien informé présente l’un des multiples problèmes que la crise environnementale mondiale actuelle pose à la biosphère et partant à l’humanité. S’appuyant dans bien des cas sur des connaissances scientifiques sérieuses, ce texte explique comment ce qui est souvent un enchaînement de causes et d’interactions fonctionne et mène à des dysfonctionnements ou des catastrophes. Ensuite ce texte présente des « solutions » à ces problèmes. Il s’agit souvent de solutions techniques, qui ne remettent pas en cause la chaîne causale menant aux problèmes, mais cherche à en annuler ou atténuer les effets. Puisque « des solutions existent », le tour est joué, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes : il « suffit » alors de « convaincre » les responsables du problème, ou les « dirigeants » de la société, de mettre en œuvre ces solutions. Pour cela, on s’adresse, souvent en geignant, à « l’opinion », ou à ces responsables eux-mêmes, et on les prie, on leur demande ou on les supplie de le faire. Sauf que, si ces problèmes existent, ce n’est pas par hasard. C’est au contraire la conséquence « rationnelle », volontaire, d’une gestion capitaliste de la société, qui mène à une maximisation de la plus-value pour un petit nombre, dans le cadre de la compétition à mort entre capitalistes : mettre réellement en œuvre ces solutions serait redoutable, sinon mortel pour eux.

Ce processus est le même pour tous les problèmes environnementaux auxquels sont confrontés la biosphère et l’humanité, car en définitive nous sommes face à un problème systémique, ce qui signifie que la cause unique de tous ces maux est l’existence et le fonctionnement du capitalisme mondial, et leur solution unique est la destruction de celui-ci, la sortie du capitalisme et son remplacement par un autre système économique et social au service des besoins humains. Toutes les autres « solutions », qui n’« existent » que de manière théorique, dans la tête de ceux qui les mettent en avant, sont des rêves pernicieux, car elles incitent non pas à détruire le capitalisme mais à tenter de le « réformer » pour le rendre « vertueux », ce qui est du même acabit que de demander à un carnivore de devenir herbivore, à une molécule de changer de fonctions dans l’environnement, aux océans, aux forêts, aux sols de prospérer malgré les agressions auxquelles notre civilisation les soumet depuis des décennies. C’est l’attitude d’un médecin qui se garderait bien d’agir sur les causes de la maladie pour appliquer des pansements et des calmants en attendant la mort du patient. Cette entourloupe des soi-disant « solutions qui existent » dure depuis les débuts de la prise de conscience, notamment suite à la publication du rapport de 1972 du Club de Rome, des « problèmes écologiques ». Depuis ses débuts, le « mouvement écologiste » a multiplié ses « recommendations » en oubliant seulement que ces « solutions qui existent » ne pourront et seront jamais être appliquées dans le cadre du capitalisme – ce qui peut s’exprimer par la formule « Il n’y aura pas de transition écologique » [5-7].

Des milliers de livres, de dossiers, d’études, d’articles ont été diffusés depuis des décennies selon cette logique, et pourtant celle-ci continue à s’appliquer sans faiblesse. Il suffit d’ouvrir n’importe lequel de ces documents pour y voir inlassablement présenter des « solutions miracles » qui n’effleurent pas le fond du problème, et cette mauvaise plaisanterie ne semble lasser personne.

Elle tend même à empirer, dans le cadre de l’« injonction d’optimisme » qui est un des piliers de la société actuelle en crise dans tous les domaines. Pendant longtemps, s’affrontaient les négationnistes, c’est-à-dire des « optimistes » qui niaient la pertinence des alarmes émises depuis plus d’un siècle par la communauté scientifique, et les « réalistes » qui reconnaissaient leur pertinence mais y opposaient l’attitude également « optimiste » expliquant que des solutions existent, sans détruire la société capitaliste car celle-ci est la seule possible (le TINA, « there is no alternative » de Margaret Thatcher), l’histoire étant censée avoir démontré que la seule autre possibilité était celle de dictatures de type stalinien. La simple mention de l’alternative réelle, entre sortie du capitalisme et effondrement écologique mondial, était interdite d’expression publique.

Aujourd’hui, comme le montre la canicule en cours, il n’est plus possible de nier les problèmes, mais il faut alors nier la possibilité d’agir sur leurs causes, puisqu’elles sont imposées par les « lois de l’économie ». La solution est alors de cesser de faire croire que l’on va agir sur les causes (par exemple réduire les émissions de gaz à effets de serre comme s’y étaient « engagés » les participants de la COP 21 de Paris), mais on annonce qu’on va agir sur l’adaptation, sur la « résilience » : on va « exiger » des organismes et des écosystèmes de se « transcender » pour pouvoir survivre dans un monde de plus en plus délâbré, sans remédier à ce délâbrement. Le passage à la voiture électrique (tout en maintenant un parc mondial de véhicules et des réseaux routiers bien trop gigantesques [7]), la prolifération des climatiseurs (qui diminuent la température des habitats mais augmentent celle de l’environnement), la multiplication des canadairs (tout en continuant à détruire les forêts et à réduire les personnels chargés de leur gestion), l’isolement des bâtiments et la végétalisation de villes (sans s’engager dans une réduction drastique de leurs tailles), des milliers de « solutions » sont alors proposées pour ne pas toucher à la poule aux œufs d’or et menacer les profits d’une minorité. Or, s’adapter, ce qui n’est en fait possible que dans des limites très étroites imposées par le fonctionnement des êtres vivants et de leur milieu, c’est le contraire d’une solution car cela invite à s’arrêter là, c’est en fait reculer pour mieux tomber. L’adaptation, même si elle était vraiment possible, est à l’opposé de la prévoyance, elle incite à ne rien faire. Certes, dans les situations d’urgence extrême comme la canicule actuelle, il faut tout faire pour limiter la mortalité, la morbidité, les incendies, l’effondrement des réserves d’eau et de la production agricole, les famines, la menace et la propagation des pandémies, etc. Mais il ne s’agit pas d’une « solution » aux problèmes de fond, bien au contraire.

Certes, un bon nombre de textes affirmant que des « solutions existent » reconnaissent que celles-ci suscitent des résistances, mais ils créditent celles-ci à des acteurs précis, les industriels, l’agriculture et l’élevage intensifs, les banques et les actionnaires, ou les « lobbies ». Mais comment se fait-il que de tels acteurs défendant bec et ongles leurs intérêts privés contre l’intérêt collectif aient un tel pouvoir de nuisance dans notre société ? Que dans celle-ci, qui se présente comme « démocratique », de tels lobbies aient une existence légale, et même des locaux au sein des bâtiments abritant les instances européennes, ou soient reçus et écoutés par nos élus ? Ne serait-ce pas parce que notre société est dirigée par les capitalistes et à leur service ? Quant à ceux qui réclament des « débats » sur des questions qui relèvent en fait de la connaissance scientifique (telles que la réalité de la surpêche, des perturbations du cycle de l’eau, les désastres causés par les intrants agricoles de synthèse, les monocultures, la déforestation, etc.), l’urgence n’est -elle pas de leur répondre que ce ne sont pas des débats qu’il nous faut, mais des combats déterminés pour mettre fin à cette destruction délibérée des conditions de vie sur terre ?

Un grand absent domine cette situation depuis plus d’un siècle : c’est l’inertie, sinon la complicité, du mouvement ouvrier face à cette catastrophe prévisible et annoncée. Les causes en sont multiples, le stalinisme venant comme de juste largement en tête de file, mais également la fascination scientiste digne du 19e siècle de « la gauche » pour les pouvoirs illimités de la technique, la confiance en une souplesse et une adaptabilité sans limites des humains et de la « nature », et la croyance quasi-religieuse dans le rôle crucial de l’humanité dans l’histoire de l’univers, rendant « impossible » son extinction. Mais peu importe en fait aujourd’hui le détail des causes qui nous ont menés où nous sommes, ce qui est atterrant c’est de constater que la seule force sociale susceptible de mette fin au capitalisme, la classe ouvrière (dans un sens élargi du terme qui n’est plus celui du 19e siècle, c’est-à-dire l’ensemble de ceux vivent de leur travail et pas de l’exploitation d’autrui), est restée pendant un bon siècle l’arme au pied sur ces questions, quand elle n’a pas servi de force supplétive pour défendre le « système ». Qu’après deux semaines de canicule sans précédent dans notre pays, et après une litanie d’autres agressions contre l’environnement, le gouvernement aujourd’hui puisse continuer quasi-tranquillement son action mortifère en rendant des individus (tels que les « les pyromanes ») responsables des conséquences de sa gestion calamiteuse de l’environnement, sans avoir à craindre d’être renversé par l’Assemblée Nationale, ou par une grève « climatique » générale, et que la seule perspective concrète envisagée par les diverses forces dites « de gauche », soit de préparer à « gagner », comme s’il s’agissait d’un match de foot et pas d’un choix crucial de société, les élections pestilencielles de 2027 [8] dans le cadre de la 5e République chancelante, cela dépasse l’entendement. C’est pourtant la conséquence logique de la négation de la « question écologique » depuis des décennies, en raison d’objectifs hallucinants comme la « lutte contre le chômage » y compris dans les industries et l’agriculture les plus destructrices (notamment mais pas seulement militaires), le rejet de l’ « écologie punitive », l’optimisme en la confiance aveugle dans la science et la technique pour contrecarrer les effets désastreux du capitalisme, après le Titanic, les multitudes de guerres effroyables des deux derniers siècles, Hiroshima, Tchernobyl, la multiplication des problèmes massifs de santé publique, etc., qui pourtant nous ont menés là où nous sommes, et ne permettent pas d’espérer maintenant pouvoir résoudre « par miracle » la crise actuelle parce qu’il serait « trop horrible » que ce soit impossible.

Le jour viendra pourtant, sans doute plus tôt quel nul ne veut le croire, où le point de non-retour sera atteint, et où l’effondrement accéléré et massif, comme illustré ces derniers jours, des conditions matérielles de survie des populations entraînera des conflits sans solutions, dont les conséquences mèneront à l’implosion locale puis régionale et internationale des sociétés humaines. Il s’agit là en fait de la perspective du « collapse » qui n’en est encore aujourd’hui que dans sa phase préliminaire, et le distingue de toutes les catastrophes auxquelles l’humanité a été confrontée depuis son apparition. La question ultime qui se pose aujourd’hui est la suivante : le collapse aboutira-t-il à une extinction totale de la vie sur terre (par exemple à la suite de conflits nucléaires suscités ou pilotés par l’IA), ou laissera-t-elle subsister des îlots de survie de biodiversité, incluant des humains ? Ne serait-il pas temps de commencer à comprendre que cette question n’est pas si oiseuse et « catastrophiste » que cela, si l’on considère l’importance des moyens de destruction actuellement stockés dans les arsenaux du monde entier, sans parler des stocks militaires « secrets » qui nous surplombent dans l’espace, et donc envisager de commencer à se préparer à l’« après collapse » ?

Références

[1] Alain Dubois. Jean Rostand : un biologiste contre le nucléaire. 2012. Berg International. • « Collapse Acte 2 : optimisme, résilience et négationnisme. » 19 juillet 2021. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>. • « Peut-on être ‘de gauche’ et favorable au nucléaire? ». 29 janvier 2022. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>. • « Le mouvement ouvrier et les Trois Terribles Tigres. 1. Introduction. » 19janvier 2025. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>.

[2] Alain Dubois. « Si rien n’est fait. » 27 octobre 2020. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>.

[3] Matheu Lehot-Couette. « ‘Nous assistons aux prémices d’un danger de mort environnemental’ face aux chaleurs extrêmes, avertit l’écologue Philippe Grandcolas. » 13 juillet 2026. <franceinfo.fr>.

[4] Rapport secret du Pentagone sur le réchauffement climatique. 2006. Éditions Alia.

[5] Alain Dubois. « Il n’y aura pas transition écologique. (1) L’effondrement est inéluctable. » 1er novembre 2025. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>.

[6] Alain Dubois. « Il n’y aura pas transition écologique. (2) Les dominos du collapse. » 28 décembre 2025. <lherbu.com>.

[7] Alain Dubois. « Il n’y aura pas transition écologique. (3) Automobile et collapse : réformer le capitalisme ou sortir du capitalisme ? » 4 février 2026. <lherbu.com>.

[8] Alain Dubois. « Élections pestilencielles. » 7 juillet 2026. <lherbu.com> et <blogs.mediapart.fr>.

Alain Dubois

14 juillet 2026

Publié initialement sur le blog L’herbu

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18.07.2026 à 13:23

Après le dernier clou posé par le PS dans le cercueil. Déclaration de Clémentine Autain.

aplutsoc

Dans un vote serré, qui n’a mobilisé que 15.000 adhérents, les militants socialistes ont mis le dernier clou dans le cercueil de la primaire. C’est un choix de clarification. Le PS décide de tourner le dos à la gauche et de pivoter vers le centre, vers la droite. Restera donc dans l’histoire son irresponsabilité dans un […]
Texte intégral (1528 mots)

Dans un vote serré, qui n’a mobilisé que 15.000 adhérents, les militants socialistes ont mis le dernier clou dans le cercueil de la primaire. C’est un choix de clarification. Le PS décide de tourner le dos à la gauche et de pivoter vers le centre, vers la droite.

Restera donc dans l’histoire son irresponsabilité dans un moment grave pour notre pays, à la fin d’une semaine où Marine Le Pen, condamnée lourdement deux fois pour détournement de fonds publics, s’est déclarée candidate à la présidentielle, où la loi offrant un permis de tuer aux policiers a été votée, où la macronie a proposé pour le poste de défenseur des Droits un homme connu pour son opposition franche aux droits et aux libertés fondamentales. Affligeant.

Au fond, les socialistes sont restés le nez rivé sur leurs enjeux internes, et pas ceux du pays. Ils ont opté pour le repli. Depuis le lancement à Bagneux en juillet dernier de Front Populaire 2027 à l’initiative de Lucie Castets, le PS n’a pas permis de construire la dynamique nécessaire pour rendre évidente et incontournable la primaire de la gauche et des écologistes. Il eut fallu investir le cadre, honorer la promesse de conventions thématiques, assurer des meetings dans toute la France donnant à voir l’union, avancer le travail programmatique commun (sans attendre le vote du programme du PS qui est intervenu… en juin !), mettre en place des collectifs locaux et transpartisans… En un mot : assurer la réalité et la vitalité de notre démarche partout en France. Ainsi nous aurions pu devenir crédibles, et la candidature commune aurait trouvé sa place dans les sondages.

Mais dès l’automne, les socialistes ont préféré mettre leur énergie dans les négociations avec Sébastien Lecornu pour éviter la censure du gouvernement, fragilisant au passage l’union de la gauche et des écologistes. Pendant ce temps, les opposants à Olivier Faure, avec Raphaël Glucksman et poussés dans le dos par François Hollande, ont musclé leurs critiques, leur jeu, sapant l’espoir du rassemblement. Nous, les partenaires, nous sommes montrés compréhensifs à l’égard des contestations internes qu’affrontait la direction du PS. Au risque de l’enlisement. C’est finalement Boris Vallaud qui a donné le coup de grâce, en prêtant main forte à l’opération de destruction du rassemblement de la gauche et des écologistes en cours avec FP27.

Le tournant est cinglant. Le PS montre qu’il n’a pas tiré les enseignements de la catastrophe des années Hollande, et par la suite, du score d’Anne Hidalgo en 2022 – 1,75%. Avec la NUPES et le NFP, nous étions fondés à penser que des leçons avaient été tirées, que le PS s’était réancré durablement à gauche. Mais le vote du 9 juillet montre que les vieux démons ont resurgi. C’est tragique pour le PSMais c’est surtout lamentable pour l’avenir de la gauche et du pays.

Ce qui me frappe, c’est le décalage saisissant entre, d’une part, les choix d’appareils politiques – le PS mais aussi LFI – qui ont décidé de rejouer les deux gauches irréconciliables – et, d’autre part, l’aspiration du peuple de gauche à l’union. Je rappelle que 80% des électeurs·rices veulent une candidature unique pour 2027. Pourquoi ? Parce qu’elles et ils savent la menace de l’extrême droite. Parce qu’elles et ils ont conscience que pour accéder au 2nd tour, le plus sûr chemin, c’est d’unir les forces. Parce qu’elles et ils ont bien vu que sur le fond, nous sommes capables de trouver des compromis, des consensus, et pas à l’eau de rose, comme nous l’avons montré ces dernières années avec la NUPES puis le NFP.

Même si des rebondissements ne sont vraiment pas à exclure, le tapis rouge est maintenant déroulé pour la candidature de Raphaël Glucksmann. Or elle s’adresse à la bourgeoisie, au détriment des classes populaires. Elle vise les électeurs macronistes déçus, au détriment du cœur de la gauche. Raphäel Glucksmann n’incarne pas l’espoir d’une transformation profonde, sociale et écologiste. Il ravive le spectre des ères Hollande et Macron. On a déjà donné.

Tous les ex-partenaires du PS qui aspiraient à la primaire l’ont écrit ensemble, dans une lettre adressée au PS il y a dix jours : nous ne participerons pas à ce scenario.

Si la situation est dangereuse, préoccupante voire désespérante, les carottes ne sont pas cuites. En réalité, nous sommes encore loin du but. Il peut se passer beaucoup de choses d’ici l’élection présidentielle. Gardons le cap : l’union sur la base d’un projet de changement radical de l’ordre existant.

En attendant que le paysage s’éclaircisse, ne restons pas les bras croisés, prenons l’initiative. Tous les partenaires hors PS de la primaire ont vocation à se rencontrer et à chercher ensemble la voie de l’espoir.

Maintenant que la primaire est enterrée, ce sont les sondages qui vont servir de boussoles ! C’est consternant pour une gauche attachée à la démocratie, aux médiations, et qui conteste le présidentialisme dans son projet politique. Mais, avec la mort de la primaire, nous en sommes là. La solution n’est pas d’ajouter des candidatures aux nombreuses existantes mais de voir comment nous pouvons en propulser une, celle qui fédère le plus.

S’il se confirmait à l’automne que Jean-Luc Mélenchon était toujours en tête à gauche, ce serait à lui de créer les conditions du rassemblement. S’il veut gagner, il doit chercher des alliés. Et ce d’autant que, si les droites s’unissent, notamment avec la fusion des candidatures d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal, voire celle aussi de Bruno Retailleau, la marche du second tour risque d’être bien plus haute que prévue. Et les 15 ou 16% de Mélenchon aujourd’hui ne suffiront pas, sans compter l’effet inquiétant sur l’électorat de gauche de son (très faible) score de second tour face à Marine Le Pen ou Jordan Bardella, tel qu’il est aujourd’hui mesuré dans les enquêtes d’opinion. Ce n’est pas en galvanisant seulement les sphères insoumises, comme il a su le faire en ce début de campagne, qu’il peut emporter le morceau. C’est en ouvrant les bras, les portes et les fenêtres.

Jean-Luc Mélenchon peut-il démontrer sa capacité à fédérer ? S’il a su le faire à plusieurs moments importants de sa trajectoire, dès le début de son ascension avec le Front de Gauche, il ne l’a pas fait ces derniers temps, notamment depuis qu’il a torpillé le NFP et refusé tout cadre de rassemblement pour  2027. Peut-il sortir de ses haines cuites et recuites, qui ne sont jamais de bons guides quand on aspire à changer le quotidien des gens et à présider la France ? Peut-il infléchir son profil pour rassembler davantage que cliver, à gauche et dans le pays ? Là est la question que beaucoup de dirigeants, de militants et de sympathisants se posent.

C’est une folie de penser que la France insoumise pourrait seule gagner dans le pays et avoir seule une majorité pour gouverner ! Qui peut y croire ? C’est pourquoi Jean-Luc Mélenchon, encore une fois s’il veut gagner, doit convaincre très au-delà de sa fan-zone. Or pour l’instant, il n’a envoyé aucun signal d’ouverture vis-à-vis d’éventuels partenaires. Il s’enferre dans les ultimatums et phrases comminatoires – « Ici est la force. Vous avez compris ? », quand il n’insulte pas les uns puis les autres. La logique de la soumission ne peut pas fonctionner. En réalité, la balle n’est pas de notre côté : elle est dans ses mains.

L’histoire n’est jamais écrite. La présidentielle est jalonnée de surprises et d’inattendus. Dans la tempête, face aux monstres qui resurgissent, garder la tête froide et le cap stratégique général est la seule attitude qui vaille.

Clémentine Autain, le 11 juillet 2026.

Source : https://clementine-autain.fr/apres-le-dernier-clou-dans-le-cercueil-de-la-primaire-pose-par-le-ps/

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