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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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03.08.2026 à 18:21

Au Mexique, les gens craignent un agresseur impérialiste. En Estonie, c’en est un autre. Par Simon Pirani.

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OTAN, Russie, Ukraine – pour une gauche sans angles morts Simon Pirani, coordinateur de « Voices Against Putin’s War : Protesters’ Defiant Speeches in Russian Courts, » (Resistance Books, 2025) et auteur du blog People and Nature, intervient ici dans le cadre d’une discussion organisée par le Parti vert britannique sur la question de l’OTAN. Refusant aussi bien le […]
Texte intégral (3232 mots)

OTAN, Russie, Ukraine – pour une gauche sans angles morts

Simon Pirani, coordinateur de « Voices Against Putin’s War : Protesters’ Defiant Speeches in Russian Courts, » (Resistance Books, 2025) et auteur du blog People and Nature, intervient ici dans le cadre d’une discussion organisée par le Parti vert britannique sur la question de l’OTAN. Refusant aussi bien le « campisme » – qui assimile la résistance ukrainienne à une guerre par procuration de l’Occident – que le militarisme impérialiste occidentale, Pirani défend une position internationaliste qui conjugue soutien à la résistance ukrainienne et opposition au réarmement général et au génocide en cours à Gaza. Il revient sur les mythes campistes concernant les négociations d’Istanbul et l’argument nucléaire, et esquisse quatre axes d’action concrets pour la gauche. [AN]

Intervention présentée lors d’une discussion organisée par les Verts britanniques le 23 juin 2026 sur le thème « Le Parti vert et l’OTAN ». Simon Pirani participait à un panel aux côtés de Paul Ingram, chercheur affilié au Centre pour l’étude des risques existentiels de l’Université de Cambridge, de l’écrivain socialiste Gilbert Achcar, professeur émérite à la School of Oriental and African Studies de l’Université de Londres, et de Linda Walker du groupe de travail sur la paix, la sécurité et la défense du Parti vert.

Merci de m’avoir invité à prendre la parole. Je dirai quelques mots sur l’OTAN, la Russie et l’Ukraine, sujets sur lesquels j’ai effectué des recherches et pour lesquels j’ai écrit. Permettez-moi d’abord de poser deux points généraux qui encadreront mon propos.

Premièrement, avant de définir des revendications politiques au sens étroit – c’est-à-dire des demandes adressées à l’État – il nous faut parler des intérêts de la société dans son ensemble, de l’humanité, tels qu’ils s’expriment à travers le mouvement ouvrier et les mouvements sociaux et la société civile au sens large.

C’est le cœur de ma conception du socialisme. Cela nous aide à éviter de tomber dans le piège de définir nos objectifs avant tout en termes de politiques susceptibles d’être adoptées à court terme par le Parlement britannique.

Deuxièmement, lorsqu’on traite d’une question de politique étrangère aussi spécifique que l’appartenance à l’OTAN, il faut considérer l’ensemble des rapports entre le capital et la société qui constituent le contexte de l’OTAN et des autres alliances militaires.

Pour illustrer ce que j’entends par là. Examinons le grand crime de guerre du XXIe siècle : le génocide israélien à Gaza, et les guerres expansionnistes illégales d’Israël au Liban et en Cisjordanie.

On pourrait arguer que l’OTAN n’y est guère formellement impliquée. Ce serait absurde. Israël est reconnu et défini dans le droit américain comme un allié majeur de l’OTAN. L’Arabie saoudite et les autres États du Golfe entretiennent eux aussi d’innombrables liens avec les puissances de l’OTAN.

Les principales puissances de l’OTAN, dont le Royaume-Uni, ont activement facilité ce génocide.

Ces dernières semaines, alors que le Royaume-Uni piétinait le droit à la liberté d’expression en traitant les actions directes contre Israël comme du terrorisme, un autre pays de l’OTAN, la Suède, accueillait un salon d’armement d’Elbit Systems pour commercialiser ses technologies auprès des puissances de l’OTAN.

Tout cela suffit à nous faire souhaiter le démantèlement de l’OTAN – tout comme nous souhaitons la suppression du programme européen de réarmement, le désarmement nucléaire, et la redéfinition de la notion même de « sécurité » comme préoccupation humaine et non étatique.

Dans ce cadre, que penser de la Russie et de l’Ukraine ? L’Ukraine est soumise depuis 2014 à une invasion et une occupation, et depuis 2022 à une guerre totale menée par la Russie, qui n’est pas seulement une puissance extérieure à l’OTAN mais, dans le discours géopolitique, l’un de ses principaux ennemis.

Face à cela, les forces politiques « de gauche » en Europe, y compris au Royaume-Uni, ont adopté deux positions très distinctes.

La première est de reconnaître et de soutenir la résistance ukrainienne, comme les socialistes ont toujours reconnu le droit des peuples – des Fenians irlandais à nos jours – à résister au colonialisme.

Pour illustrer ce point : lors des grandes manifestations londoniennes pour Gaza, un groupe d’entre nous portait une banderole « De l’Ukraine à la Palestine, l’occupation est un crime ». La grande majorité des manifestants nous ont accueillis favorablement, mais pas les organisateurs de ces cortèges – la coalition Stop the War – qui ont évité de reconnaître le caractère justifié de la résistance ukrainienne et de dénoncer l’occupation des régions orientales de l’Ukraine par des régimes fantoches soutenus par la Russie depuis 2014.

Cette position, que l’on appelle le « campisme », repose sur la conviction que le camp géopolitique anti-américaniste de la Russie, de la Chine et de l’Iran serait d’une façon ou d’une autre moins dangereux que les États-Unis et leurs alliés. Les personnes plus âgées ici présentes y reconnaîtront une forte empreinte post-stalinienne [1].

La question politique concrète sur laquelle cette divergence est déterminante est celle des livraisons d’armes à l’Ukraine. Les « campistes » s’y opposent spécifiquement, se retrouvant ainsi du même côté que les partis d’extrême droite européens soutenus par Poutine.

Ma position est que nous ne pouvons pas nous opposer à ces livraisons, même si elles proviennent de puissances de l’OTAN qui arment simultanément Israël. Je rejoins les socialistes ukrainiens qui ont salué les appels des partis de gauche scandinaves à interdire les exportations d’armes vers tous les pays – sauf l’Ukraine [2].

Deux mythes campistes à déconstruire

Je voudrais mentionner deux mythes campistes invoqués pour justifier le refus de soutenir la résistance ukrainienne.

Le premier est que l’Ukraine mènerait une « guerre par procuration » pour l’OTAN, et que l’OTAN aurait en quelque sorte poussé la Russie à envahir l’Ukraine.

En réalité, l’élargissement de l’OTAN vers l’Europe de l’Est depuis les années 1990 visait d’abord à tenter de contrôler, puis à contenir la Russie – pas à la détruire. Rappelons que les puissances de l’OTAN ont pleinement soutenu le bain de sang russe en Tchétchénie au début des années 2000, et ont même envisagé que la Russie rejoigne l’OTAN elle-même.

Ensuite, l’élargissement de l’OTAN ne peut pas être compris comme le seul facteur, ni même le principal, dans l’évolution des relations entre la Russie et les puissances européennes. Il faut le mettre en regard avec l’intégration du capital russe dans le système mondial, la résurgence dans les années 2000 du capital russe d’une part, et l’émergence de puissants mouvements sociaux en Ukraine, en Russie et dans l’ensemble de l’ex-Union soviétique d’autre part – puis, sous Poutine, le revanchisme impérialiste russe.

Ce revanchisme est redouté non seulement en Ukraine, mais dans d’autres pays d’Europe de l’Est, les États baltes en particulier, et c’est la raison du soutien massif à l’appartenance à l’OTAN dans ces pays.

Au Mexique, les gens craignent un agresseur impérialiste. En Estonie, c’en est un autre.

C’est une raison de conjuguer l’opposition à l’OTAN avec des discussions concrètes sur les moyens dont disposent les populations de ces pays pour se protéger de l’agression impérialiste russe.

L’autre mythe, courant en 2022, était qu’il faudrait s’opposer à l’aide militaire à l’Ukraine parce que la Russie pourrait utiliser une arme nucléaire. Ce raisonnement minimisait :

a) Toute analyse de l’effet paralysant et terrorisant des armes nucléaires sur la société civile – un effet qui s’est prolongé bien au-delà de la guerre froide.

b) Les destructions réelles causées par les armes conventionnelles, comme la destruction du barrage de Kakhovka ou les actes provocateurs de la Russie à la centrale nucléaire de Zaporijjia [3].

c) Le contre-factuel : la situation dans laquelle se trouverait aujourd’hui l’Europe de l’Est si aucune aide militaire n’avait été fournie à l’Ukraine [4].

Quatre axes d’action pour la gauche

Pour conclure, je voudrais donner mon avis sur quelques questions politiques immédiates.

Premièrement, nous pouvons – et devons – nous opposer au programme massif de réarmement général.

Deuxièmement, nous pouvons soutenir les livraisons d’armes à l’Ukraine, non seulement par les États, mais aussi par le vaste effort de la société civile – notamment celui des Ukrainien·nes vivant en Europe occidentale et au Royaume-Uni.

Troisièmement, nous pouvons engager un dialogue avec le mouvement ouvrier et la société civile dans les pays d’Europe de l’Est où la crainte d’une invasion et d’une ingérence russes est très réelle – par exemple dans les États baltes.

Quatrièmement, nous devons réfléchir à notre réaction aux manœuvres de déstabilisation menées par la Russie en Europe occidentale, principalement par le biais du soutien à l’extrême droite. Nos réponses à ces manœuvres doivent s’inscrire dans notre effort de renforcement du mouvement ouvrier et des mouvements sociaux pour battre l’extrême droite – plutôt que de nous reposer uniquement ou principalement sur les réponses de l’État.

Notes sur deux points soulevés lors de la discussion
Le mythe des négociations d’Istanbul

Je fus surpris d’entendre à nouveau affirmer qu’en avril 2022 les pourparlers de paix d’Istanbul avaient échoué parce que Boris Johnson avait persuadé Volodymyr Zelensky de rejeter l’accord proposé. Je pensais que cette fable, un temps répandue dans certains cercles « de gauche », avait depuis été abandonnée. Avec quatre années de recul, il devrait être évident pour davantage de personnes que c’est un ensemble complexe de problèmes qui a torpillé les pourparlers de paix – au premier chef la question de quelles « garanties de sécurité » pouvaient être offertes à l’Ukraine, et par qui.

Rappelons la situation dans laquelle se trouvait le gouvernement ukrainien. Son pays venait d’être soumis à la plus grande invasion terrestre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Des informations leur parvenaient sur les crimes de guerre de l’armée russe à Boutcha et ailleurs. On leur demandait de consentir à céder des pans du territoire ukrainien en échange de « garanties de sécurité » trop vagues.

L’Ukraine avait renoncé à son arsenal nucléaire en 1994, en échange de garanties de sécurité de la part de la Russie et des puissances occidentales sur le respect de son territoire souverain – des garanties violées dès 2014, lorsque la Russie a apporté son soutien militaire aux « républiques » proto-fascistes du Donbas, tandis que la réaction des puissances occidentales restait limitée.

Boris Johnson est-il allé faire la leçon à Zelensky dans un sens agressif et anti-russe ? Probablement. Zelensky et ses collaborateurs étaient-ils assez imprudents pour prendre Johnson au mot, voire agir sur ses conseils ? Rien ne le donne à penser, comme l’ont fait remarquer à l’époque Taras Fedirko et Volodymyr Artiukh [5] [6]. La caricature de l’épisode d’avril 2022 a principalement servi les « gauchistes » occidentaux qui ne voulaient pas interroger la nature réelle des agissements de la Russie et du revanchisme impérialiste qui les sous-tend.

Répression en Ukraine et en Russie : une comparaison impossible

La question des atteintes aux droits humains et de la répression politique en Ukraine a été soulevée, et j’ai répondu qu’elles ne sont comparables ni dans leur ampleur ni dans leur nature à celles qui sévissent en Russie. Mon souci n’est pas de les minimiser, mais de contrer le minable récit « gauchiste » qui les invoque pour « prouver » que la guerre est menée par deux parties également responsables et également malveillantes, dont aucune ne mérite le soutien – ni, spécifiquement, des armes [7].

Les atteintes aux droits humains en Ukraine sont bien documentées, notamment par Zmina et le Groupe de protection des droits humains de Kharkiv [8]. Les mauvais traitements infligés aux civils accusés de « collaboration » avec les forces d’occupation russes, ainsi qu’aux prisonniers de guerre, sont répandus. Mais aucune comparaison sérieuse n’est possible entre ces faits et les océans de répression déversés au cours des quatre dernières années par le Kremlin dans les territoires ukrainiens occupés par la Russie et en Russie même.

Il y a eu des dizaines de milliers de disparitions forcées de civils dans les territoires occupés et un enlèvement systématique d’enfants ; les organisations russes de défense des droits humains – toutes contraintes, à la différence de leurs homologues ukrainiennes, d’opérer hors du pays – estiment qu’il y a au moins trois mille prisonniers politiques ; et la terreur d’État contre toute forme d’activité politique a pratiquement éteint la liberté d’expression et la liberté de réunion.

De nombreux socialistes et libéraux russes qualifient cela d’une nouvelle forme de fascisme. Personne, au sein du Parti vert ou ailleurs, ne sera en mesure de décider que faire, sans une lecture claire de l’interaction entre guerre et dictature.

Simon Pirani
Simon Pirani est écrivain britannique, historien et chercheur en énergie, professeur honoraire à l’École des langues et cultures modernes de l’Université de Durham et ancien chercheur principal à l’Oxford Institute for Energy Studies (2007–2021). Il est l’auteur de Burning Up : A Global History of Fossil Fuel Consumption (Pluto Press, 2018) et tient le blog People and Nature.

Source : Simon Pirani, « In Mexico, people fear one imperialist aggressor. In Estonia, it’s a different one », People and Nature, 26 juin 2026. Disponible à :
https://peopleandnature.wordpress.com/2026/06/26/in-mexico-people-fear-one-imperialist-aggressor-in-estonia-its-a-different-one
Traduit pour ESSF par Adam Novak
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article79184

Notes
[1] Simon Pirani, « Socialisme européen, militarisme impérial et défense de l’Ukraine », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2026. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78318
[2] Sur la position de l’Alliance rouge-verte / Enhedslisten (Danemark) concernant les livraisons d’armes à l’Ukraine, voir : Bjarke Friborg (Enhedslisten), « Retour d’Ukraine », entretien conduit par Michel Lanson et Patrick Le Tréhondat, Réseau Bastille, 27 août 2025. Disponible à :
https://www.reseau-bastille.org/2025/08/27/retour-dukraine-interview-de-bjarke-friborg-de-lalliance-rouge-verte-danoise/.
Traduit en anglais pour ESSF :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article76041.
La position officielle de l’Alliance rouge-verte approuvée lors de son congrès est la suivante : soutien aux livraisons d’armes à l’Ukraine, interdiction des exportations d’armes européennes vers d’autres pays tels qu’Israël et la Chine.
[3] Le barrage de Kakhovka, sur le Dniepr, a été détruit le 6 juin 2023, inondant des centaines de milliers d’hectares et forçant des dizaines de milliers de personnes à fuir leurs habitations. Cet acte de guerre a également compromis l’approvisionnement en eau de la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe. La centrale, occupée par les troupes russes depuis mars 2022, a fait l’objet de tirs répétés et de coupures d’alimentation électrique, suscitant des alertes répétées de l’Agence internationale de
l’énergie atomique (AIEA).
[4] Pour l’analyse de Pirani sur l’argument nucléaire dans le contexte de la guerre de Russie contre l’Ukraine, voir : Simon Pirani, « Ukraine : the sources of danger of a wider war », People and Nature, 21 mars 2022. Disponible à :
https://peopleandnature.wordpress.com/2022/03/21/ukraine-the-sources-of-danger-of-a-wider-war/
[5] Taras Fedirko et Volodymyr Artiukh, « No, the West Didn’t Halt Ukraine’s Peace Talks with Russia », Novara Media, 17 octobre 2022. Disponible à :
https://novaramedia.com/2022/10/17/no-the-west-didnt-halt-ukraines-peace-talks-with-russia/
[6] Taras Bilous et Roman Talaver, « Épuisement ukrainien, négociations et la menace d’une mauvaise paix », Europe Solidaire Sans Frontières, février 2026. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78148
[7] Simon Pirani, « La guerre de la Russie : cessez de délégitimer la résistance », Europe Solidaire Sans Frontières, mars 2026. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78328
[8] Zmina est un centre ukrainien de défense des droits humains fondé en 2014 et dont le siège est à Kyiv. Il documente les violations des droits fondamentaux et soutient les victimes. Sur le travail de documentation de Zmina, voir : Adam Novak, « Sur deux fronts : comment la Russie et l’État ukrainien ont exercé des pressions sur la société civile en 2025 », Europe Solidaire Sans Frontières, Juin 2026. Disponible à :
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78995 .
Le Groupe de protection des droits humains de Kharkiv (Харківська правозахисна група) a été fondé en 1998 et est l’une des plus importantes organisations ukrainiennes de défense des droits humains.

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03.08.2026 à 17:45

« Le samedi 26 septembre, partout en France, nous serons dans la rue » : près de 1000 citoyens lancent un appel pour un plan d’urgence climatique.

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Marche ou grève. À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de 1000 personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Elles et ils appellent à une mobilisation nationale le 26 septembre. Monsieur le président de la République, Le 31 […]
Texte intégral (3424 mots)

Marche ou grève. À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de 1000 personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Elles et ils appellent à une mobilisation nationale le 26 septembre.

Monsieur le président de la République,

Le 31 décembre 2022, vous demandiez dans vos vœux : « Qui aurait pu prédire la crise climatique aux effets spectaculaires ? » La Gironde avait brûlé quatre mois plus tôt. Elle vient de brûler encore, plus fort qu’à aucun moment depuis cinquante ans, et la fumée est montée jusqu’aux villages du Cher.

Qui aurait pu prédire que 5 764 personnes mourraient de la canicule en quinze jours, sans que rien ne s’arrête ?

Qui aurait pu prédire que celles et ceux qui mourraient d’abord seraient les habitantes et les habitants des quartiers populaires, les familles précaires dans des logements sans isolation, les personnes âgées ou en situation de handicap restées seules, celles et ceux qui travaillent dehors et celles et ceux qui dorment dans la rue ?

Qui aurait pu prédire que les paysannes et les paysans perdraient entre 15% et un tiers de leurs récoltes selon les productions ?

Qui aurait pu prédire que des millions d’animaux d’élevage mourraient de chaud en quelques jours, les poules d’abord, entassées sous des toits de tôle, et qu’il faudrait rouvrir les fosses d’enfouissement de 2003 ?

Qui aurait pu prédire que d’innombrables mammifères, oiseaux et insectes brûleraient vifs dans les incendies, sans qu’aucun décompte ne soit seulement tenté ?

Qui aurait pu prédire que les coupes dans les services publics laisseraient les enfants dans des écoles surchauffées, les pompiers sans moyens et les hôpitaux à découvert au moment précis où nous en avions le plus besoin ?

Qui aurait pu prédire que TotalEnergies encaisserait 5,4 milliards de dollars en un seul trimestre, 102% de plus qu’il y a un an, sur la flambée du baril provoquée par les guerres pour l’accès aux ressources énergétiques et minières ?

Personne ne pouvait l’ignorer, parce que tout était écrit :

Les compagnies pétrolières, elles, savaient dès 1971. Elles ont préféré payer pour qu’on en doute. Le Giec avait prédit, depuis 1990. À de nombreuses reprises, par voie de presse, de pétition et même de manifestations, des milliers de scientifiques du monde entier ont tenté d’alerter les dirigeant·es politiques. Ils et elles ont été ignoré·es.

Depuis que vous avez été élu, nous nous sommes mobilisé·es par centaines de milliers dans les grèves, marches et pétitions pour le climat. Nous nous sommes mobilisé·es sur les ronds-points, quand la question du prix du carburant a rendu évident que la fin du mois et la fin du monde sont le même combat et que la nécessaire bifurcation écologique ne peut se faire au détriment des travailleurs et travailleuses pauvres de notre pays.

Nous nous sommes mobilisé·es aux côtés des exilé·es et déplacé·es notamment à cause des dérèglements climatiques, des guerres économiques et militaires menées dans leur pays d’origine.

Nous nous sommes mobilisé·es contre les mégabassines, pour que l’eau reste un commun et non le privilège de quelques exploitations.

Nous nous sommes mobilisé·es à deux millions de signatures contre le retour d’un insecticide interdit, parce que les sols, les rivières et celles et ceux qui les travaillent ne sont pas une variable d’ajustement.

Vous ne nous avez pas écouté·es. Vous nous avez traité·es d’exagéré·es, puis de radicaux, puis d’écoterroristes. Pendant ce temps, vous avez ramené le Fonds vert de 2,5 milliards d’euros à 837 millions, quand il permet aux communes de se protéger. Vous avez ajouté 6,7 milliards au seul budget des armées en une année. Et toute notre sécurité civile tient sous le milliard, avec douze avions bombardiers d’eau.

Nous ne venons pas vous demander de nous plaindre. Nous venons vous demander des comptes. Nous exigeons un plan d’urgence, parce que l’été prochain sera plus chaud que celui-ci. Des lieux frais accessibles dans chaque bassin de vie, en commençant par les quartiers populaires et les communes rurales.

Des écoles, des crèches, des hôpitaux et des Ehpad où l’on ne meurt pas de chaud. La protection des travailleuses et des travailleurs de la chaleur inscrite dans la loi. Un toit pour chacune et chacun, parce qu’on ne s’adapte pas au climat quand on dort dehors. Des moyens humains et matériels réels pour les secours. Un fonds pour les paysannes et paysans sinistré·es, et le sauvetage de la faune inscrit dans les plans de catastrophe.

Nous exigeons un plan d’adaptation, parce qu’aucune commune ne doit rester seule devant le feu et la soif. Le Fonds vert rétabli et l’ingénierie publique rendue aux territoires. La rénovation des logements engagée des passoires thermiques et du parc social, pour que l’isolation cesse d’être un privilège. Des forêts renouvelées, des sols restaurés, des haies replantées, des rivières et des nappes traitées comme des communs et non comme des stocks à privatiser.

Nous exigeons un plan d’atténuation, parce qu’on ne s’adapte pas indéfiniment à une catastrophe qu’on continue d’alimenter. La fin de toutes les subventions aux énergies fossiles. L’interdiction pour toute entreprise française d’ouvrir de nouveaux projets fossiles, ici comme ailleurs. Des transports publics accessibles partout avant toute taxe qui pèserait sur les plus modestes. Une sortie du fossile qui soit aussi une sortie des guerres qu’il finance.

Pour payer ces trois plans, nous exigeons que contribuent celles et ceux qui ont fabriqué la catastrophe et qui en tirent profit. Les superprofits des énergies fossiles, taxés dès la loi de finances 2027. Les superprofits de l’armement, dont les carnets de commandes n’ont jamais été aussi pleins. Un impôt climatique sur les patrimoines des plus riches, qui rapporterait entre quinze et vingt-cinq milliards d’euros par an. Trois Françaises et Français sur quatre veulent déjà que les entreprises fossiles paient davantage. Nous ne demandons rien d’autre que ce que ce pays réclame.

Le samedi 26 septembre 2026, partout en France, dans les métropoles et dans les bourgs de mille habitant·es, dans les centres-villes et dans les quartiers, nous serons dans la rue.

  • Marchons pour le climat, pour la paix, pour les solidarités.
  • Marchons pour la justice écologique et pour la justice sociale.
  • Marchons pour les vivantes et les vivants, humains et non-humains.
  • Marchons pour qu’on suive enfin les scientifiques, et qu’un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation soit engagé sans attendre un été de plus.

Pour rejoindre l’appel, cliquer ici

Source : «Le samedi 26 septembre, partout en France, nous serons dans la rue» : près de 1000 citoyens lancent un appel pour un plan d’urgence climatique — Vert

Parmi les 1000 premiers signataires :

  • Vincent Allain Conseiller municipal les Écologistes Vannes
  • Pouria Amirshahi  Député de Paris (Groupe écologiste et social)
  • Anne-Marie Viguié  CCFD Terre Solidaire 31
  • François Anton Les Verts populaires
  • Clémentine Autain Députée de l’Après
  • Alice Avenel Les Écologistes (Mantois-Vexin)
  • Benjamin Ball Organisateurice de communautés
  • Elisabeth Barbay AVE : Association des Verts Espérantistes (Espéranto, langue de la paix et de la solidarité mondiales)
  • Nicolas Bardey Les Écologistes
  • Sébastien Barles Vaï Marseille / avocat
  • Guillaume Barthélemy LFI
  • Christine Bartolo Bio Consom’acteurs
  • Lila Basri Élue d’arrondissement Lyon 69008
  • Catherine Bassani AVEC Association de Veille Écologiste et Citoyenne
  • Victor BEAUDOIN Poitiers Collectif
  • Anne Beaufumé Adhérente LPO
  • Hubert Bécart adjoint au maire du 8e arrondissement de Lyon
  • Pascall Beck EELV
  • David Belliard Maire du 11ème arrondissement de Paris
  • Lisa Belluco Députée de la Vienne
  • Guy BENARROCHE Sénateur Écologiste des Bouches-du-Rhône
  • Robin Bénévent Mieux Vivre Poissy
  • Samia Benguetaïb Directrice de Radio Parleur
  • Georges BENNAVAIL Réseau des Initiatives de la Haute Vallée de l’Aude
  • François Benoit-Marquié Verts populaires
  • Yassine Benyettou Militant antiraciste, RED Jeunes
  • Rivka Bercovici LDH Paris
  • Célia Berlizot Giraud Les Petits Grains
  • Bernard Bernard PIPON Association Prévention Environnement Santé Drôme des Collines
  • Christian BERNEZET Génération.s
  • Simone Bernillon Attac
  • Chrystel Bertrand Adjointe 8ème arrondissement de Lyon
  • Jacqueline BEX Syndicaliste
  • Léna BIENVENU Collectif Pour le Triangle de Gonesse
  • Annah Bikouloulou Adjointe au maire de Paris
  • Leyla Binici Militante écologiste
  • Denis Bochu Les écologistes Nantes
  • Stéphanie BOCQUET Co-secrétaire régionale des Écologistes Nord – Pas-de-Calais
  • Élodie Bonnafous forum poitevin
  • Yasmine Bouagga Les Écologistes
  • Christopher Boudet Les Écologistes
  • Abdelkrim BOURAKBA Lés écologistes
  • Patrick Bourmond Génération.s conseiller municipal
  • Vianney Boussard Alternatibat
  • Jacques Boutault Écologiste, ex-maire du 2e arrt de Paris
  • Patrice boutin Les Verts Populaires, Conseiller municipal ville de Nantes
  • Valerie Brebion Collectif climat
  • Dominique BRIAND Bioconsom’acteurs
  • Jacques Brie Charente Nature – Que Choisir Ensemble
  • Nicole BRIEND ATTAC
  • Jacques Buisson Respirons Mieux dans la Ville, Écologiste
  • Marie-Claire CAILLETAUD Syndicaliste conseillère honoraire CESE
  • Chrysis Caporal Ancienne élue locale
  • Aymeric Caron Député de Paris, président-fondateur de la Révolution Écologique pour le Vivant
  • Isabelle Caron les Achillées de Loos-en-Gohelle
  • Lucie Castets Maire du 12ème arrondissement de Paris
  • Leila Chaibi Députée européenne LFI
  • Cyrielle Chatelain Députée de l’Isère
  • Céline Ciéplinski Conseillère municipale Montgeron en Commun, liste citoyenne de gauche et écologiste, Directrice d’association
  • Michèle Cinquin Vivre bio en roannais
  • Michelle Clément Gite camping écologique de la tuilerie
  • Marie COLIN Unis pour le climat et la biodiversité
  • Alain Coulombel Économiste membre du bureau national d’Utopia
  • Muriel Courtay Secrétaire Pays de la Loire les Écologistes
  • Martine Cubizolles Bio consom’acteurs
  • Fatima Cuny Les Écologistes
  • Hugo Daillan Coordinateur des Verts Populaires
  • Hendrik Davi Député, L’APRES
  • Claude DEBONS Ancien responsable syndical
  • Pauline Deburghgraeve Conseillère municipale, Vitry-sur-Seine
  • Karima Delli Ex Députée européenne
  • Béatrice Delporte Génération.s et Utopia 56
  • Delphine DE LUCA Artiste Écologiste Syndicaliste
  • elisabeth demeesterCitoyenne engagée, bénévole associative,membre de peps
  • Mary Denoizé Militante à l’Après
  • Manuel Devillers Europe Écologie-Les Verts
  • Agnès Dione Poitiers Mémoires et Partages
  • Christophe Dumont Conseiller Régional écologiste Grand Est
  • Sarah Durieux Militante Féministe
  • Simon Duteil Syndicaliste
  • Stéphane Dutrieux Les Écologistes
  • Adil EL OUARDI Conseiller Municipal d’opposition Écologiste à Arras, membre du bureau régional des écologistes Nord-Pas-de-Calais
  • NADINE ERMINE sociétaire biocoop
  • Patrick FarbiazCoanimateur de PEPS
  • Aurelien Faroche Réseau biocoop
  • Merlin Gautier Pour une Écologie Populaire et Sociale (PEPS)
  • Marietta Gauvard Bénévolat : Accueil sans abris et Ma Petite Planète. Engagement individuel pour la protection du vivant
  • Bertrand Geay Conseiller municipal à Poitiers – La France insoumise – Poitiers en Commun
  • Farid Ghehioueche Porte parole de Cannabis sans frontières , président de l’ENCOD
  • Gaëlle GIFFARD Romainville (conseillère municipale) – Est Ensemble (vice-présidente)
  • Damien Girard Député écologiste du Morbihan
  • Jérôme Gleizes Les Verts populaires
  • Fabienne Grebert Conseillère régionale
  • MONIQUE GUEGUEN Comité de défense de l’environnement du sud-ouest de l’Ille et Vilaine
  • Abderrazak Halloumi Ancien élu ville de Poitiers de 2008 2026
  • Sandrine Hamez Citoyenne engagée et qui veut un changement de cap dès maintenant
  • Isabelle Huberdeau Élue municipale
  • Benjamin Joyeux Conseiller régional écologiste d’Auvergne-Rhône-Alpes
  • Pierre Khalfa Économiste Fondation Copernic, Économiste
  • Maxime Khoury Activiste chez Action Justice Climat
  • Salima Kidani Association des Musulmans Végétariens de France
  • Julien Kien Président de Bioconsom’acteurs
  • Cécile Labaronne Adjointe au maire du 8e arrondissement de Lyon
  • Joël Labbé Ancien Sénateur
  • Lydia LABERTRANDIE Élue municipale Les Écologistes-EELV
  • Vaya Lacombe Collectif Protégeons notre Eau Potable du Nord-Deux-Sèvres
  • Béatrice Ladrange Ex-conseillère municipale et communautaire
  • Annie Lahmer Conseillère Régionale Écologiste
  • Romain Laveau Conseiller municipal à Angers
  • Grégory Lebert Conseiller fédéral Les Écologistes
  • Pascal Le Brun Cosecrétaire départemental Les Écologistes 01
  • Michèle Leclerc Les Écologistes, conseillère municipale et communautaire
  • Armel Le Coz Co-président de l’ONG Démocratie Ouverte
  • Benoît Lelore Soulèvement de la terre
  • Alice Leparc Militante LFI
  • Hélène Lion Co-fondatrice de l’association Canopée
  • Christine Lionne France insoumise
  • François Longerinas Mouvement des coopératives
  • Pierre Lucot Mouvement Utopia. Bureau national
  • Thierry Manceau Collectifs citoyens et associations d’environnement des Monts du Lyonnais
  • Coralie Mantion Secrétaire Les Écologistes Montpellier
  • Richard MARION Conseiller municipal de Vaulx-en-Velin (69) et Coordinateur des Verts populaires
  • Alexis Martin Maire Adjoint à Nanterre
  • Lionel MARTIN Avec ateliers citoyens Ventoux
  • Julien Mathey PEPS/LFI
  • Odile Maurin activiste antivalidiste, ex élue municipale
  • Margot Medkour Nantes populaire, Les Verts populaires
  • Julia Mignacca Conseillère municipale de Montpellier, Cofondatrice et porte-parole des Verts Populaires
  • Waleed Mouhali Conseiller Municipal et Président du Conseil Fédéral des Écologistes
  • Aline Mouquet Conseillère départementale de la Gironde (Nouvelle Donne)
  • Quentin Omont Élu écologiste à Valenciennes
  • Bénédicte Pasiecznik Conseillère régionale écologiste
  • Silvain Pastor Conseiller municipal et communautaire Écologiste de Sète
  • Martine Petit Alternatiba Cornouaille
  • Patrick PETIT Les Ecologistes Ardèche – Collectif Citoyen pour la Transition Ecologique au Pays des Vans – Greenpeace – Générations futures..s
  • Mathilde Peyrache Porte parole SUD Solidaires 44
  • Pierre Pierre Gillet SNES / FSU
  • Christine Pieuchot Amis de la confédération paysanne
  • Raphaelle Primet Co-présidente groupe communiste de Paris
  • Sandra Regol Députée du Bas-Rhin
  • Antoine Richard Conseiller municipal
  • Pierre Rigollet Avenir Climatique ; Poitiers Collectif
  • Jean-Louis Roumegas Député, Les Ecologistes/NFP
  • Sandrine Rousseau Députée, Les Écologistes
  • Chloé Sagaspe Ancienne porte parole des écologistes
  • Sonia Sainson Génération.s
  • Daniel SALMON Sénateur d’Ille-et-Vilaine
  • Matthieu Sauze Membre du parlement de Génération·s
  • Philippe Segers Archipel de l’écologie et des solidarités
  • Azelma SIGAUX Coordinatrice nationale de la Révolution Écologique pour le Vivant
  • Hannane SOMI Paysanne confédérée
  • Valérie Soumaille Militante La France Insoumise (86)
  • Colette SUZANNE La Ruche de l’Écologie
  • Pascale Taillat Les écologistes
  • Ritchy Thibault Porte-parole de PEPS, activiste
  • Marine Tondelier Secrétaire nationale Les Écologistes
  • Damien VANSTEENE Militant à l’APRES
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03.08.2026 à 16:56

Que se passe-t-il donc ? Fedorov, Syrsky, corruption et situation dans l’armée. Par Vladislav Starodubtsev (français).

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L’Ukraine a stupéfié la communauté internationale. Juste pendant ces dernières semaines, le gouvernement a été limogé pour des raisons non divulguées ; les Ukrainiens sont descendus dans la rue pour réclamer la reconduction du ministre de la Défense Mykhaylo Fedorov, avant d’élargir leurs revendications pour inclure le remplacement du général Syrskyi, commandant en chef des […]
Texte intégral (6064 mots)

L’Ukraine a stupéfié la communauté internationale. Juste pendant ces dernières semaines, le gouvernement a été limogé pour des raisons non divulguées ; les Ukrainiens sont descendus dans la rue pour réclamer la reconduction du ministre de la Défense Mykhaylo Fedorov, avant d’élargir leurs revendications pour inclure le remplacement du général Syrskyi, commandant en chef des forces armées ukrainiennes. Tout cela s’est déroulé dans un contexte médiatique apparemment positif : l’Ukraine a réussi à bloquer les terminaux russes Starlink, à étendre sa campagne de frappes à moyenne portée, à imposer un blocus partiel de la Crimée et à lancer une campagne de sanctions dites « à longue portée » contre les raffineries russes. La situation semblait loin d’être critique ; pourtant, le climat politique a basculé en une seule journée.

Le gouvernement après les manifestations liées au NABU.


[sur ce sujet, NDR] Le gouvernement de Yulia Svyrydenko a été constitué pour gérer la crise née du scandale de corruption Mindich et des manifestations liées au NABU ; il avait pour mission de stabiliser la situation politique immédiate, de mettre en œuvre des réformes économiques, de traverser l’hiver et de trouver une issue à la défaite militaire qui se profilait à Pokrovsk. Yulia Svyrydenko était une personnalité d’une grande loyauté et dépourvue d’ambition politique. Issue de l’entourage de Timofiy Mylovanov — ministre de l’Économie avant l’invasion à grande échelle —, elle avait d’abord été recrutée pour s’attaquer au « monopole syndical » et faciliter l’adoption d’un code du travail régressif. Cette fois, occupant un poste de rang supérieur, les attentes à son égard étaient proportionnellement plus élevées. Fedorov ne faisait pas partie du gouvernement à l’origine ; toutefois, après le limogeage du précédent ministre de la Défense, Denys Shmyhal, Fedorov lui a succédé.


Issu d’un parcours et partageant une vision similaires, l’ancien ministre de la Transformation numérique, Mykhaylo Fedorov, a été nommé ministre de la Défense. Ancien membre du parti libertarien ukrainien « 5.10 », Fedorov a plaidé, après l’invasion à grande échelle, en faveur d’une « privatisation massive » et d’un moratoire sur le développement des entreprises publiques — des politiques préjudiciables à l’Ukraine et stratégiquement néfastes à long terme. Il a également apporté son soutien politique à la privatisation du port d’Oust-Danube (Ust-Dunaisk), une opération qui a engendré des risques stratégiques et a été associée à plusieurs scandales de corruption en Ukraine. Au sein du ministère de la Transformation numérique, toutefois, Fedorov a introduit des innovations majeures, telles que l’application publique « Diia » et le système de coordination militaire « Delta » ; il a également numérisé de nombreux processus administratifs, désormais réalisables en un seul clic ou presque. Ces changements ont été obtenus grâce à divers compromis et raccourcis, notamment en rendant l’infrastructure de données de l’Ukraine dépendante d’Amazon Web Services et de Palantir. Des progrès tangibles ont néanmoins été réalisés. Parallèlement, le ministère a étendu son influence dans le domaine militaire et a rapidement contribué à créer ce que l’on pourrait qualifier de « branche informatique » des forces armées ukrainiennes. Il a aussi mis en place plusieurs réformes et mécanismes efficaces, dont un système de « points électroniques » permettant aux unités d’obtenir des récompenses — telles que du matériel ou des équipements supplémentaires — en contrepartie de frappes réussies dûment enregistrées.

Il convient de souligner que le ministère a été parmi les premiers à promouvoir l’intégration de nouvelles technologies de grands modèles de langage (LLM) dans les systèmes de reconnaissance de cibles, contribuant ainsi à l’opération « Spy-web » et jetant les bases de futurs progrès dans ce domaine. Il a également participé au développement de logiciels et à l’acquisition de drones et, plus largement, a assumé certaines responsabilités relevant normalement du ministère de la Défense. Dès lors, la nomination de Fedorov au poste de ministre de la Défense apparaissait comme la suite logique de cette trajectoire.

Fedorov a exercé les fonctions de ministre de la Défense du 14 janvier au 16 juillet 2026. Il a intégré au ministère une équipe de communication efficace ainsi que diverses personnalités extérieures au monde politique ukrainien, issues notamment des milieux militaires et du bénévolat humanitaire, telles que le collecteur de fonds et influenceur Serhiy Sternenko et le célèbre blogueur spécialisé dans les technologies radio militaires, Serhiy Flash. Dans l’ensemble, cela marquait un changement notable, même s’il s’agissait en partie d’une opération de communication. Aussitôt entré en fonction, Fedorov a négocié un accord concernant Starlink avec Elon Musk et, en étroite collaboration avec le haut commandement militaire, a enregistré les terminaux Starlink ukrainiens tout en privant les forces russes de communications stables et de drones guidés par Starlink.

Ce fut un succès majeur qui a contribué, dans une certaine mesure, à faire échec à l’offensive hivernale russe. Le recours aux frappes à moyenne portée a également été intensifié et des initiatives telles que la « ligne de drones » ont été lancées. Ces évolutions s’appuyaient également sur des initiatives antérieures : la mise en place de la première compagnie de véhicules terrestres sans pilote au sein de la 3e brigade d’assaut, suivie de la création du premier bataillon de ce type au monde au sein du régiment K2 ; ainsi que l’instauration de « zones de destruction » — des secteurs saturés de drones qui ont rendu les opérations offensives russes bien plus coûteuses. Tout cela a constitué une réussite non seulement pour le ministère de la Défense, mais aussi pour l’ensemble des forces armées ukrainiennes, y compris le haut commandement ainsi que les échelons de brigade et de bataillons et de compagnies.

Il convient également de noter que de nouveaux contrats, assortis de conditions nettement plus favorables que les précédents, ont été mis en place pour l’armée ukrainienne. Cette décision a suscité des controverses. Pour financer certaines initiatives, Fedorov a puisé dans le fonds réservé aux salaires des soldats. Si le problème n’avait pas été résolu et si des fonds de remplacement n’avaient pas été trouvés, cette décision aurait pu déclencher une grave crise au sein des forces armées. Il s’agissait d’un pari risqué ; toutefois, la crise a été évitée et des fonds supplémentaires ont été débloqués pour renflouer le fonds salarial.

Il est important de ne pas surestimer l’opposition entre « innovation et conservatisme », car les forces de systèmes sans pilote ont été, à bien des égards, créées sous Syrskyi, notamment par la nomination de Magyar à leur tête. Le différend portait sur des visions et des intérêts divergents, et pas seulement sur la technologie. Le conflit entre le ministère de la Défense et le haut commandement militaire s’articulait autour de trois points principaux :

Réforme des corps d’armée. Celle-ci impliquait la création de théâtres d’opérations où les commandants bénéficieraient d’une visibilité directe, de moyens de communication et d’un certain contrôle sur les approvisionnements et les unités de leur secteur, permettant ainsi une coordination efficace et le maintien de la cohésion et de la prévisibilité opérationnelles. Le ministère de la Défense souhaitait renforcer le système des corps d’armée, tandis que Syrskyi préconisait la création d’un nombre croissant d’unités hors de ce système et placées sous le contrôle direct du haut commandement. Syrskyi créa des formations de niveau divisionnaire en dehors des corps d’armée et les administra de manière très pointilleuse afin d’assurer, de fait, le contrôle des tirs sur la ligne de front.

Priorités budgétaires et intérêts particuliers. Le haut commandement de Syrskyi cherchait à acquérir davantage d’obus d’artillerie, notamment à courte portée, mais le ministère de la Défense annula ces achats au profit de drones. De tels différends révèlent une divergence de priorités fondamentale. Bien que les drones jouent un rôle important sur le champ de bataille, l’artillerie, y compris l’artillerie tubulaire, demeure indispensable. Elle reste extrêmement efficace en combat urbain et par tous les temps. Cependant, des questions d’efficacité et d’influence des oligarques industriels se sont posées, car de nombreux contrats de ce type auraient été entachés de conflits d’intérêts, de corruption et truffés de décisions non optimales, voire totalement inutiles.

Ceci nous amène au troisième point – et apparemment le plus important – qui est largement considéré comme la principale raison de la destitution du gouvernement : la réforme des contrats de production militaire. Cette réforme visait à rendre les acquisitions militaires plus transparentes en établissant une procédure claire d’attribution des contrats et de sélection des fournisseurs. Elle menaçait directement les intérêts financiers d’une oligarchie émergente, ainsi que ceux de ses prétendus bénéficiaires au Parlement. Parmi ces derniers figuraient, selon les rumeurs, des membres du parti de Zelensky, tels qu’Arakhamia et Hetmantsev, ainsi que de nombreuses personnalités nommées par Syrskyi au sein du haut commandement militaire et des dirigeants de l’industrie de la défense. D’après de nombreux initiés et analystes militaires et politiques, la mise en lumière de ce qui semblait être un enrichissement sans cause extrême a été la principale cause de la destitution du gouvernement. Les autres ministères semblent avoir été pris entre deux feux, victimes du conflit entre le ministère de la Défense et l’oligarchie du secteur de la défense.

Destitution du gouvernement

Le gouvernement a été destitué sans explication, et plusieurs jours se sont écoulés avant que les principales raisons ne soient connues du public. Ce manque de transparence – surtout compte tenu du succès général du ministère de la Défense et de l’accueil positif réservé par l’opinion publique à ses réformes – a déclenché des manifestations exigeant le retour de Fedorov au poste de ministre. Les protestations se sont rapidement étendues aux appels à la démission de Syrskyi. Un facteur a contribué à leur expansion rapide et à l’apparition de ces nouvelles revendications. Quelques semaines seulement avant la chute du gouvernement, le média d’investigation ukrainien « Babel » a publié une enquête sur l’un des régiments de Syrskyi, le 425e « Skellia », de facto une division. L’enquête révélait des pratiques connues de longue date mais passées sous silence : torture, mauvais traitements, conditions de détention inhumaines et décès non liés au combat, évitables, résultant de mauvais traitements et de torture. L’enquête a suscité des pressions gouvernementales sur les journalistes et a ouvert la voie à un débat plus large sur les brutalités militaires et le style de gouvernement de Syrskyi.

Le moment « Me Too » de l’armée ukrainienne.


L’enquête sur le 425e bataillon a révélé non seulement des incidents isolés, mais aussi un système présumé de torture et d’unités punitives, des commandants liés à des organisations criminelles et un traitement des soldats s’apparentant à de l’esclavage. Le 425e était connu pour ses lourdes pertes et ses tactiques d’« assaut-viande » (vagues d’assaut suicidaires), traitant la vie humaine comme une ressource sacrifiable. Ces unités se sont rapidement développées.

En 2025, le haut commandement militaire conservateur a tenté d’alourdir la responsabilité pénale et les sanctions pour désertion et absence sans permission (AWOL), des infractions survenant majoritairement au sein des « unités de Syrskyi ». Des protestations civiles ont mis fin à cette initiative. C’était l’un des signes d’une tentative systémique de restreindre les droits des soldats et d’adopter une approche de la guerre davantage « à la russe ».

Le 30 juillet, le média « Texty » a publié sa propre enquête sur le 225e régiment d’assaut — une autre des « créations » de Syrskyi. Texty a fait état de cas de torture, notamment des exécutions et des pelotons d’exécution, ainsi que de l’utilisation de drones bombardiers contre des soldats ukrainiens à des « fins disciplinaires ». Le média a également publié un enregistrement audio du commandant du 225e, Oleh Shyriiaev, déclarant : « Il n’existe pas de notion de « nos gars »… quiconque bouge est un ennemi ; tous ceux qui fuient leur position — les déserteurs — sont aussi des ennemis. »

Oleh Shyriiaev (à gauche) – commandant du 225e. En 2021, il était responsable local de l’organisation pro-russe du parti OPZZH et impliqué dans des activités criminelles.

Zelensky a décidé de faire un compromis avec le mouvement de contestation et de limoger Syrskyi. Un nouveau gouvernement a été nommé sans ministre de la Défense titulaire ; à la place, Yevhen Khmara, un général-major jouissant d’une bonne réputation, a été nommé ministre par intérim. Toutefois, cette nomination semblait davantage relever d’une opération de limitation des dégâts visant à protéger la réputation de Zelensky après le limogeage de Fedorov, plutôt que d’une stratégie cohérente. Ce qui a suivi (et se poursuit encore) est une série de tentatives du président pour limiter les dégâts, sans pour autant que Fedorov ne revienne au ministère. L’explication officieuse est que Fedorov est trop enclin aux conflits, ce qui rend la collaboration impossible.

Remplacer Syrskyi : où sont les officiers ?


L’armée ukrainienne fonctionne selon un principe de sélection négative. Elle a mis en place un système où les officiers loyaux mais dépourvus de talent accèdent aux postes les plus élevés, où les officiers compétents se voient confier une autorité limitée, et où ceux qui expriment un désaccord ou des inquiétudes sont écartés de leurs fonctions. La situation s’est encore dégradée sous le commandement de Syrskyi. On peut également soupçonner une volonté d’éliminer les concurrents. Certains analystes militaires, comme Taras Chmyt, directeur de la fondation « Come Back Alive », ont suggéré que Syrskyi confiait à ses rivaux potentiels des missions vouées à l’échec, créant ainsi des motifs pour les discréditer ou les limoger.

Khmara et Drapatiy – l’un des officiers supérieurs les plus respectés d’Ukraine.

Conjuguée à la répression des critiques, à la désinformation et à l’absence de véritables mécanismes de retour d’information, cette approche a entraîné une accumulation croissante de problèmes. En mai 2025, Oleksandr Shyrshyn, commandant de bataillon au sein de la 47e brigade « Magura », écrivait sur Facebook : « Lors de missions dans la région de Koursk et le long de la frontière ukraino-russe, j’ai été confronté à des ordres qui, à l’évidence, étaient voués à l’échec et exposaient les troupes à un risque élevé de pertes injustifiées. » Il a ajouté plus tard : « Je n’ai jamais eu à accomplir de tâches plus absurdes que celles de ma mission actuelle [l’opération de Koursk]. J’en révélerai les détails un jour, mais ce gaspillage insensé de vies humaines et cette soumission craintive face à des généraux incompétents ne mènent qu’à des échecs. »

Oleksandr Shyrshyn en compagnie de Timothy Snyder


Ses propos ont suscité la condamnation de commandants éminents, notamment Dmytro Yarosh, chef du Régiment de volontaires indépendant, et Brodi Magyar, chef des Forces des systèmes sans pilote, et les commandants du 1er régiment d’assaut indépendant, ainsi que ceux des unités 425 et 225 mentionnées précédemment. En raison de son insubordination, Shyrshyn a subi des pressions de la part d’éminents commandants de brigade, du haut commandement militaire et de Syrskyi, qui a déclaré que « Shyrshyn fait de la politique ».

Juste après l’enquête publiée par Texty, Shyrshyn a signalé que la 225e unité avait ouvert le feu à l’artillerie sur la sienne.

La structure actuelle des forces armées ukrainiennes place de nombreux commandants face à un choix difficile : obtenir les financements dont dépendent la survie de leurs unités et de leurs soldats — en faisant preuve de loyauté et en s’impliquant dans des manœuvres politiques — ou bien afficher leur déloyauté, au risque de perdre tout soutien et de se voir confier les « tâches absurdes » susmentionnées, synonymes de lourdes pertes. Cette situation est apparue avec une acuité particulière durant la première semaine des protestations, alors que des ordres auraient été donnés pour restreindre la participation des soldats aux manifestations, exercer des pressions sur eux et exiger la publication de déclarations favorables à Syrsky, et ainsi de suite. L’une des manœuvres de propagande les plus marquantes a consisté pour le 425e régiment « Skellia » à envoyer des soldats planter un drapeau ukrainien en territoire contrôlé par la Russie, dans le cadre d’un coup médiatique. Comme on pouvait s’y attendre, les soldats qui ont risqué leur vie pour cette opération ont été capturés par les forces russes.

Avant la nomination de Khmara comme ministre de la Défense par intérim, les unités de la Garde nationale « Azov » et « Khartiya » soutenaient Ihor Klymenko, ancien ministre de l’Intérieur, qui, à certains égards, représentait les intérêts de la Garde nationale et fut un temps pressenti pour succéder à Fedorov.

Cependant, l’armée peine à former des officiers talentueux et capables de prendre des initiatives, et le nombre de candidats potentiels pour remplacer Syrskyi était limité. Le manque de transparence de la vie politique ukrainienne a engendré une pénurie similaire de candidats au poste de ministre de la Défense. L’Ukraine souffre de graves déficits, tant au niveau du commandement stratégique que de la qualité globale de ses officiers. Cette sélection négative constitue une menace sérieuse et ne pourra être corrigée rapidement.

Parmi tous les candidats, Zelenskyi a choisi Drapatyi comme nouveau commandant de l’armée, suscitant un optimisme certain, car Drapatyi jouit d’une excellente réputation au sein de l’armée et a fait preuve de compétence et de responsabilité. Il est également le premier commandant des Forces armées à avoir combattu durant ce conflit.

Le problème de la mobilisation.

Des unités comme les 225e et 425e ont nui à la réputation de l’Armée. En 2025, elles ont reçu le plus grand nombre de militaires mobilisés, subi des pertes quatre à cinq fois supérieures à celles des autres unités effectuant des missions comparables et infligé des traitements inhumains à leurs soldats. Cependant, bien qu’elles aient aggravé la situation, elles n’étaient pas la cause principale de la pénurie d’effectifs en Ukraine ; ce problème exigeait déjà une solution en 2023. L’Ukraine ne mobilise pas suffisamment de personnel pour mener une guerre efficace. Si les pénuries d’effectifs stimulent parfois l’innovation et l’adaptation, elles ont également entraîné une augmentation des pertes humaines, des failles exploitables sur la ligne de front et une détérioration de la situation lors des rotations.

Depuis 2023, les hommes politiques ont montré une forte tendance à apaiser ce que le journaliste Pavlo Kazarin appelle le « Parti des réfractaires » – une masse électorale importante dont l’intérêt premier est d’éviter la mobilisation. Soucieux de préserver le statu quo dans la vie civile, le gouvernement s’est opposé à l’extension de la mobilisation, privilégiant les gains d’image à court terme aux intérêts à long terme du pays et de sa population. Pour pallier l’insuffisance des recrutements, il a augmenté la charge de travail des soldats et renforcé les sanctions pénales pour absence sans permission et désertion. La hiérarchie militaire, plus conservatrice, a, de son côté, imposé des mesures disciplinaires plus strictes à tous les niveaux, ce qui a paradoxalement aggravé la crise des absences sans permission et des désertions. La surcharge de travail, les dangers, les mauvaises conditions de vie et l’incompétence des officiers ont encore accentué cette crise, la rendant incontrôlable.

Parallèlement, les intérêts du secteur privé ont également joué un rôle, les entreprises cherchant à contrôler la distribution des exemptions de mobilisation. Dans une légalisation sans précédent de la corruption, le gouvernement a autorisé les entreprises « économiquement importantes » à accorder des exemptions à leur discrétion. En pratique, cette loi a exempté toute une classe aisée de la mobilisation, créé un marché légal d’exemptions et instauré un puissant mécanisme d’exploitation des citoyens ordinaires. Les entreprises ont alors commencé à créer délibérément des emplois sous-payés assortis d’exemptions garanties. Dans de tels contextes, les violations du droit du travail sont souvent ignorées, les employés craignant de perdre leur exemption s’ils dénoncent les faits. L’armée comprend également des postes dont la seule raison d’être est de soustraire les individus au combat, ainsi que des postes inefficaces, fruits d’une stagnation bureaucratique, qui devraient être supprimés ou restructurés.

Par sa nature même, ce système exemptait une grande partie des classes moyennes et professionnelles urbaines, tout en faisant peser un fardeau de mobilisation écrasant sur les groupes à faibles revenus et les régions rurales. Il a également engendré une pénurie importante de soldats diplômés de l’université pour un nombre croissant de tâches techniques, notamment en logistique et en administration militaire. Le sentiment d’injustice qui en a résulté a contribué à sa mauvaise image auprès du public.

Un autre facteur incitant à l’évasion est la durée indéterminée du service, le manque de clarté quant aux rôles et aux unités d’affectation, ainsi que la charge de travail et la pression auxquelles les individus seront probablement confrontés en raison du manque d’effectifs. Ceci crée un cercle vicieux : les mauvaises conditions de travail sont en partie une conséquence du manque de personnel, mais ce manque est lui-même aggravé par ces mauvaises conditions.

Néanmoins, de nouvelles approches émergent. L’unité K2 a été pionnière dans deux programmes importants : l’initiative « 15-10 », signifiant « 15 jours au combat et 10 jours à la maison » pour certains rôles ; et un programme de « retour sans permission » sans poser de questions, dans le cadre duquel la brigade prend en charge les démarches administratives pour résoudre les litiges avec l’unité précédente d’un soldat et régulariser sa situation juridique. Si ces approches sont étendues et que l’Armée adopte de plus en plus un modèle de « citoyen-soldat » où les soldats sont des personnes respectées, dotées de droits, de repos, de temps en famille, de loisirs, d’éducation et d’autres activités, alors il est possible d’enrayer la crise de la mobilisation et, d’une manière générale, d’améliorer la situation globale.

Parallèlement, le fossé entre vie civile et vie militaire ne peut rester aussi marqué qu’aujourd’hui. Le gouvernement devrait élargir la mobilisation, créer de nouvelles catégories et réintégrer les réfractaires au service militaire. Pour survivre, l’Ukraine a besoin d’un nouveau contrat social où la vie civile inclurait la formation militaire et aux premiers secours, ainsi que la participation à la production de drones, tandis que la vie des soldats inclurait le repos et des périodes hors service. La mobilisation ne devrait plus reposer sur des compromis intenables et injustes.

Récemment, Zelenskyi a déclaré que la Russie décréterait très probablement une mobilisation générale à l’automne et chercherait à mobiliser au moins 500 000 soldats supplémentaires. L’Ukraine devrait mobiliser proportionnellement entre 100 000 et 300 000 hommes pour contrer cette initiative. Avec des réserves quasi inexistantes et des brèches déjà importantes sur la ligne de front, la Russie pourrait provoquer un effondrement symétrique à celui qu’elle avait subi lors de la contre-offensive ukrainienne de Kharkiv en 2022 si sa logistique lui permet de soutenir des attaques majeures sur plusieurs fronts, d’exploiter ces brèches et d’empêcher l’arrivée de renforts ukrainiens. La menace d’une entrée en guerre du Bélarus persiste également. Bien que le Bélarus ne représente pas à lui seul une menace majeure, son implication pourrait mettre à rude épreuve l’armée ukrainienne si la Russie mobilisait également des forces supplémentaires.

Menaces balistiques, état de la ligne de front, hiver et autres risques.

Récemment, Trump a annoncé son retrait de l’accord conclu avec Zelenskyi sur la production sous licence du missile Patriot. L’Ukraine développe son propre système de défense antimissile, un programme qui permettra de tester les capacités du pays. Développer puis produire de tels intercepteurs est un processus long et coûteux, ce qui rend l’Ukraine vulnérable à court terme face à l’intensification des frappes de missiles russes. L’idée de cibler les systèmes de lancement et les installations de production de missiles russes est évoquée, mais il s’agit d’opérations très sophistiquées nécessitant des renseignements approfondis et une coordination précise. En fin de compte, même de telles actions ne peuvent remplacer des systèmes de défense aérienne efficaces.

L’alternative ukrainienne au Patriot proposée par Fire Point pourrait entrer en production en août / La Nouvelle Voix de l’Ukraine

Le « Sunrise », un système analogue à Starlink que la Russie a déjà développé et testé, et qui peut être monté sur un drone pour un guidage direct, exerce une pression supplémentaire sur la défense aérienne ukrainienne. Ces capacités ne devraient pas modifier le cours du conflit, mais elles garantissent quasiment un automne et un hiver très difficiles pour les civils, ainsi que des risques accrus pour les installations de production militaire, les centres d’entraînement et autres cibles de grande valeur.

Sur la ligne de front, Konstantynivka est semi-encerclée. L’Ukraine a stabilisé le front et obtenu un avantage tactique après sa défaite à Pokrovsk ; cependant, il reste confronté à des menaces à Zaporijjia et ailleurs. La Russie a subi des pertes considérables lors de son offensive hivernale et déplore depuis environ 30 000 victimes par mois, ce qui a temporairement affaibli son armée et l’a confrontée à un dilemme de mobilisation. Sa stratégie actuelle n’est plus viable : le recrutement est en berne tandis que les pertes augmentent, une tendance qui l’obligera probablement à changer de tactique fin 2026.

De manière générale, les deux camps font face à une accumulation de problèmes systémiques de longue date, et l’avenir dépendra de la manière dont ils les géreront. La situation dynamique et quelque peu imprévue des manifestations en Ukraine pourrait améliorer la situation, et de grands espoirs reposent sur le nouveau commandant en chef. Quant au ministère de la Défense, son sort reste incertain.

Vladislav Starodubtsev, 01/07/26.

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03.08.2026 à 16:23

What is even going on? Fedorov, Syrskyi, corruption and the situation in the army. Vladislav Starodubtsev (english).

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Nous reproduisons ici, en anglais (langue de sa publication originale sur le blog de l’auteur) un article très utile du camarade ukrainien Vladislav Starobubtsev, dont nous avons déjà publié des contributions, sur la situation dans l’armée ukrainienne.Dans quelques minutes, également en Une d’Aplutsoc, la traduction française. La rédaction. Texte en anglais (version française plus bas). […]
Texte intégral (5230 mots)

Nous reproduisons ici, en anglais (langue de sa publication originale sur le blog de l’auteur) un article très utile du camarade ukrainien Vladislav Starobubtsev, dont nous avons déjà publié des contributions, sur la situation dans l’armée ukrainienne.Dans quelques minutes, également en Une d’Aplutsoc, la traduction française. La rédaction.

Texte en anglais (version française plus bas).

Ukraine has shocked the international community. In just the past few weeks, the government was dismissed for undisclosed reasons; Ukrainians took to the streets to demand the reappointment of Defence Minister Mykhaylo Fedorov and later broadened their demands to include the replacement of General Syrskyi, Commander-in-Chief of the Armed Forces of Ukraine. All of this has unfolded amid seemingly positive news coverage: Ukraine managed to block Russian Starlink terminals, expand its campaign of medium-range strikes, impose a partial blockade on Crimea, and launch a campaign of so-called ‘long-range sanctions’ against Russian refineries. The situation appeared far from critical; nevertheless, the political climate changed within a single day.

The government after the NABU protests.

The government of Yulia Svyrydenko was formed as a crisis-management administration amid the turmoil of the Mindich corruption scandal and the NABU protests; it was tasked with stabilising the immediate political situation, implementing economic reforms, navigating the winter, and finding a way out of an emerging military defeat in Pokrovsk. Yulia Svyrydenko was a highly loyal and politically unambitious figure. Coming from the circle of the pre-full-scale-invasion Minister of Economy Timofiy Mylovanov, she was first brought in to address a ‘trade-union monopoly’ and help pass a regressive labour code. This time, with a more senior position, expectations rose accordingly. Fedorov was not initially part of the government; however, after the previous Minister of Defence, Denys Shmyhal, was removed from office, Fedorov took his place.

Coming from a similar background and perspective, former Minister of Digital Transformation Mykhaylo Fedorov was appointed Minister of Defence. Fedorov, a former member of the Ukrainian Libertarian Party ‘5.10,’ lobbied after the full-scale invasion for ‘mass privatisation’ and a moratorium on the development of state enterprises, policies that were harmful to Ukraine and strategically damaging in the long term. He also lent his political support to the privatisation of the port ‘Ust-Dynaisk,’ which created strategic risks and was associated with several corruption scandals in Ukraine.

At the Ministry of Digital Transformation, however, Fedorov introduced important innovations, such as the ‘Diia’ state app and the ‘Delta’ military coordination system; he also digitised many bureaucratic processes that could then be completed with virtually one click. These changes were achieved through a number of compromises and shortcuts, including making Ukraine’s data infrastructure dependent on Amazon Web Services and Palantir. Nonetheless, tangible progress was made. At the same time, the Ministry expanded its influence in the military sphere and rapidly helped to create what might be called an ‘IT wing’ of the Armed Forces of Ukraine. It also introduced a number of effective reforms and mechanisms, including an ‘e-points’ system that allowed units to claim rewards — such as additional gear and equipment — for recorded successful strike.

Importantly, the Ministry was among the first to promote the integration of new large language model (LLM) technologies into target-recognition systems, contributing to Operation ‘Spy-web’ and laying the groundwork for further progress in that field. It also participated in drone-related software development and procurement and, more broadly, assumed some responsibilities of the Ministry of Defence. Thus, appointing Fedorov as Minister of Defence seemed a logical continuation of that trajectory.

Fedorov served as Minister of Defence from 14 January to 16 July 2026. He brought an effective media team to the Ministry, along with various ‘outsiders’ to Ukrainian politics, including prominent figures from military and humanitarian volunteer circles, such as the fundraiser and media influencer Serhiy Sternenko and the well-known military radio-technology blogger Serhiy Flash. Overall, this signalled a distinct change, even if it was partly a stunt. Immediately after taking office, Fedorov negotiated a Starlink agreement with Elon Musk and, working rapidly with the military high command, registered Ukrainian Starlink terminals while depriving Russian forces of stable communications and Starlink-guided drones.

It was a major success that contributed, to some extent, to the defeat of the Russian winter offensive. Medium-range strikes were also scaled up, and initiatives such as the ‘drone line’ were introduced. These developments also built on earlier initiatives: establishing the first unmanned ground-vehicle company in the Third Assault Brigade, followed by the world’s first such battalion in the K2 Regiment; creating ‘kill zones’ — areas saturated with drones that made Russian offensive operations much more costly. All of this was an achievement not only of the Ministry of Defence but also of the Armed Forces of Ukraine as a whole, including the high command and brigade, battalion, and company commanders.

It is also worth noting that new contracts with substantially more favourable conditions than earlier ones were introduced for the Ukrainian Army. There were controversies as well. To finance some initiatives, Fedorov drew money from the fund reserved for soldiers’ wages. If the issue had not been resolved and replacement funds had not been found, this decision could have triggered a serious crisis in the Armed Forces. It was a calculated gamble; however, the crisis was averted, and additional funds were found to replenish the wage fund.

It is important not to overstate the ‘innovation versus conservatism’ angle, because the Unmanned Systems Forces were, in many respects, created under Syrskyi, including through the appointment of Magyar as their commander. The dispute concerned competing visions and interests rather than technology alone. The conflict between the Ministry of Defence and the military high command centred on three main issues:

  1. Corps reform. This involved creating operational theatres whose commanders would have direct visibility, communication, and a degree of control over supplies and units in their sectors, allowing units to coordinate properly and maintain operational cohesion and predictability. The Ministry of Defence wanted to strengthen the corps system, while Syrskyi pushed to create an increasing number of units outside it and under the direct control of the high command. Syrskyi created division-level formations outside the corps system and micromanaged them to perform what was effectively ‘fire control’ along the front line.
  2. Spending priorities and vested interests. The high command under Syrskyi sought to purchase more artillery shells, some of them short-range, but the Ministry of Defence cancelled these purchases in favour of drones. Such disputes reveal a substantive difference in priorities. Although drones play a significant role on the battlefield, artillery, including tube artillery, will remain indispensable. It remains highly effective in urban combat and all-weather warfare. However, questions of efficiency and the influence of industrial oligarchs arose because many such contracts were reportedly affected by vested interest, corruption, and full of non-optimal or outright pointless decisions.
  3. This brings us to the third — and apparently most important — issue, which is widely suggested to have been the main reason for dismissing the entire government: reform of military-production contracts. The reform amounted to an attempt to make military procurement more transparent by establishing a clear process for awarding contracts and selecting suppliers. It directly threatened the financial interests of an emerging oligarchy, as well as those of its alleged beneficiaries in Parliament. These were rumoured to include members of Zelenskyi’s party, such as Arakhamia and Hetmantsev, along with numerous Syrskyi-appointed figures in the military high command and defence-industry leaders. According to numerous insiders and military and political analysts, the disruption of what appeared to be extreme profiteering was the principal reason for the government’s dismissal. The other ministries appear to have been caught in the crossfire between the Ministry of Defence and the defence-sector oligarchy.

Dismissal of the government

The government was dismissed without explanation, and several days passed before the main reasons became clear for the public. This lack of accountability — especially given the Ministry of Defence’s general success and the positive public response to its changes — sparked protests demanding Fedorov’s return as minister. The protests quickly broadened to call for Syrskyi’s resignation. One factor contributed to their rapid expansion and new demands. Just a few weeks before the government’s collapse, the Ukrainian investigative outlet ‘Babel’ published an investigation into one of Syrskyi’s micromanaged regiments, the 425th ‘Skelya,’ a de facto division. It reported practices that had long been widely known but self-censored: torture, abuse, prison-like conditions, inhumane treatment, and preventable non-combat deaths resulting from mistreatment and torture. The investigation was met with government pressure on the journalists and opened the floodgates to a wider discussion of military brutality and Syrskyi’s governing style.

The Ukrainian Army’s ‘Me Too’ moment.

The investigation into the 425th reported not merely isolated incidents but an alleged system of torture and penal units, commanders intertwined with criminal organisations, and the slave-like treatment of soldiers. The 425th was known for heavy losses and ‘meat-assault’ tactics that treated human life as expendable. These units expanded rapidly

In 2025, conservative military high Command tried to increase criminal responsibility and punishment for desertion and AWOLs, majority of which were happening from “Syrskyi’s units.” Civilian protests stopped that effort. It was one of the signs of a systemic attempt to restrict soldiers’ rights and adopt a more ‘Russian-style’ approach to warfare.

On 30 July, ‘Texty’ published its own investigation into the 225th Assault Regiment — another of Syrskyi’s ‘children.’ Texty reported cases of torture, including executions and firing squads, as well as the use of bomber drones against own Ukrainian soldiers for ‘disciplinary purposes.’ It also published an audio recording of the 225th’s commander, Oleh Shyriiyaev, saying: ‘There is no such thing as “our guys” … everyone who moves — is an enemy; all who run from the position — deserters — are also enemies.’

Oleh Shyriiaev (on the left) – commander of 225th. In 2021 – local leader of pro-Russian organization of OPZZH party, engaged in criminal activities

Zelenskyi decided to compromise with the protest movement and dismiss Syrskyi. A new government was appointed without a permanent Minister of Defence; instead, Yevhen Khmara, a general-major with a good reputation, was made acting minister. However, the appointment appeared to be damage control intended to protect Zelenskyi’s reputation after Fedorov’s dismissal rather than part of a coherent strategy. What followed (and continues) is a series of damage-control efforts by the President without Fedorov’s return to the Ministry. The semi-official explanation is that Fedorov is too prone to conflict, making the arrangement unworkable.

Replacing Syrskyi: where are the officers?

The Ukrainian Army operates on a principle of negative selection. It has created a system in which loyal but untalented officers rise to the top, capable officers receive limited authority, and those who disagree or voice concerns are removed from their posts. The system deteriorated further under Syrskyi. One might also suspect an effort to eliminate competitors. Some military analysts, such as Taras Chmyt, head of the ‘Come Back Alive’ foundation, have suggested that Syrskyi assigned to perceived rivals missions deliberately designed to fail, thereby creating grounds to discredit or dismiss them.

Khmara and Drapatiy – one of the most respected high ranking officers in Ukraine.

Combined with the suppression of criticism, false information, and closed feedback loops, this approach created a mounting accumulation of problems. In May 2025, Oleksandr Shyrshyn, a battalion commander in the 47th Brigade ‘Magura,’ wrote on Facebook: ‘While carrying out missions in the Kursk region and along the Ukrainian-Russian border, I encountered assignments that, by every indication, were doomed to fail and exposed personnel to a high risk of unjustified casualties.’ He later added: ‘More idiotic tasks than the ones on my current assignment [Kursk operation] — I haven’t had. I’ll tell the details someday, but this brainless waste of people and the trembling before incompetent generals leads to nothing but failures.

Oleksandr Shyrshyn with Timothy Snyder

His statement drew condemnation from prominent commanders, including Dmytro Yarosh, head of the Separate Volunteer Regiment; Brodi Magyar, head of the Unmanned Systems Forces; and commanders of the 1st Separate Assault Regiment, as well as the previously mentioned 425th and 225th units. For his insubordination, Shyrshyn faced pressure from prominent brigade commanders, the military high command, and Syrskyi, who said that ‘Shyrshyn plays politics.’

Just after the investigation from Texty, Shyrshyn posted that 225th openned artillery fire against their unit.

The current structure of the Armed Forces of Ukraine forces many commanders into a difficult choice. To obtain the funding on which their units and their soldiers’ survival depend by displaying loyalty and joining political manoeuvring, or show disloyalty and risk losing support and be put to do aforementioned ‘idiotic tasks’ with high casualties. This was especially apparent during the first week of the protests, when orders were reportedly issued to restrict soldiers’ participation, pressure them, publish favourable statements about Syrskyi, and so forth. One of the most striking propaganda manoeuvres involved the 425th ‘Skelya’ sending soldiers to place a Ukrainian flag in Russian-controlled territory for a media stunt. Predictably, the soldiers who risked their lives for that stunt were captured by Russian forces.

Before Khmara was chosen as acting Minister of Defence, the National Guard units ‘Azov’ and ‘Khartiya’ backed Ihor Klymenko, the former Minister of Internal Affairs, who in some respects represented the National Guard’s interests and was, for a time, rumoured to be a possible replacement for Fedorov.

That said, the Army struggles to develop talented, initiative-taking officers, and the pool of figures capable of replacing Syrskyi was limited. The closed nature of Ukrainian politics has produced a similar shortage of candidates for Minister of Defence. Ukraine faces serious deficits in both strategic-level command capacity and overall officer quality. This negative selection poses a serious threat and cannot be corrected quickly.

Of all the candidates, Zelenskyi chose Drapatiy as the new Army commander, prompting a wave of optimism because Drapatiy has a good reputation in the Army and has demonstrated competence and responsibility. He is also the first commander of the Armed Forces to have served in combat during this war.

The mobilisation problem

Units such as the 225th and 425th have damaged the Army’s reputation. In 2025, they received the largest numbers of mobilised personnel, suffered losses four or five times greater than those of other units performing comparable tasks, and treated soldiers inhumanely. However, although they worsened the situation, they were not the main cause of Ukraine’s manpower shortage; the problem already demanded a solution in 2023. Ukraine does not mobilise enough people to wage war effectively. Although manpower shortages sometimes drive innovation and adaptation, they have also caused more casualties, exploitable gaps along the front line, and deteriorating situation with rotations.

Since 2023, politicians have shown a strong tendency to appease what journalist Pavlo Kazarin calls the ‘Party of Draft Dodgers’ — a substantial electoral constituency whose primary interest is avoiding mobilisation. Seeking to preserve a ‘business as usual’ approach to civilian life, the government resisted expansions of mobilisation, prioritising short-term reputational gains over the long-term interests of the country and its people. To compensate for insufficient recruitment, the government increased soldiers’ workloads and strengthened criminal penalties for absence without leave and desertion. The Army’s more conservative leadership, in turn, imposed stricter disciplinary measures across the board, ironically causing the AWOL and desertion crisis to spiral. Excessive workloads, danger, poor general conditions, and incompetent officers further intensified the crisis out of control.

At the same time, private-sector interests also played a role, as businesses sought control over the distribution of mobilisation exemptions. In an unprecedented legalisation of corruption, the government allowed ‘economically significant’ businesses to grant exemptions at their discretion. In practice, this law completely exempted an entire wealthy class from mobilisation, created a legal market in which exemptions are sold, and established a powerful mechanism for exploiting ordinary citizens. Companies began deliberately creating low-paid jobs with guaranteed exemptions. In such positions, labour violations are often ignored because employees fear losing their exemption if they speak out. The military likewise contains posts that exist solely to shield individuals from combat, as well as ineffective positions created by bureaucratic stagnation that should be eliminated or restructured.

By its nature, this system exempted much of the urban middle and professional classes while placing an overwhelming mobilisation burden on lower-income groups and rural regions. It also created a significant shortage of university-educated soldiers for a growing number of technical tasks, particularly in logistics and military administration. The resulting sense of injustice surrounding mobilisation contributed to its negative public image.

Another factor driving people to evade the draft is the indefinite duration of service, the lack of clarity about the roles and units to which they will be assigned, and the workload and pressure they are likely to face due to manpower shortage. This creates a vicious cycle: poor conditions are partly a response to personnel shortages, yet those shortages are themselves aggravated by poor conditions.

Nonetheless, new approaches are emerging. The K2 unit pioneered two important programmes: the ‘15-10’ initiative, meaning ‘15 days in combat and 10 at home’ for certain roles; and an ‘AWOL return’ programme with no questions asked, under which the brigade handles the administrative process of resolving disputes with a soldier’s previous unit and regularising the legal situation. If these approaches are expanded and the Army increasingly adopts a ‘citizen-soldier’ model in which soldiers are respected people with rights, rest, family time, hobbies, education, and other pursuits, then there is a chance to reverse the mobilisation crisis and in general improve the situation overall.

At the same time, the divide between civilian and military life cannot remain as stark as it is today. The government should broaden mobilisation, introduce new categories, and bring draft evaders back into the system. To survive, Ukraine needs a new social contract in which civilian life includes military and first-aid trainings, as well as participation in drone production, while soldiers’ lives include rest and time outside military service. Mobilisation should no longer rest on unsustainable and unjust compromises.

Recently, Zelenskyi stated that Russia would most likely declare a general mobilisation in the autumn and seek to mobilise at least 500,000 additional soldiers. Ukraine would need to mobilise proportionately 100,000-300,000 people to counter that move. With virtually no reserves and already substantial gaps along the front line, Russia could trigger a collapse resembling the one it suffered during Ukraine’s 2022 Kharkiv counteroffensive if its logistics can sustain major attacks on multiple fronts, exploit those gaps, and prevent Ukrainian reinforcements from reaching them. There is also a continuing threat that Belarus could join the war. Although Belarus alone would not pose a major threat, its involvement could overstretch the Ukrainian Army if Russia also mobilised additional forces.

Ballistic threats, the state of the front line, winter, and other risks

Recently, Trump announced that he was withdrawing from his agreement with Zelenskyi on licensed Patriot production. Ukraine is pursuing its own anti-missile defence system, a programme that will test the country’s capabilities. Developing and then producing such interceptors is an expensive and lengthy process, leaving Ukraine vulnerable in the near term to intensifying Russian missile strikes. There is discussion of targeting Russian launch systems and missile-production facilities however these are highly sophisticated operations requiring extensive intelligence and precise coordination. And in the end, even such actions cannot replace effective air-defence systems.

Russia’s already developed and tested of a Starlink analogue ‘Sunrise,’ that can be mounted on a drone for direct guidance places additional pressure on Ukrainian air defences. These capabilities are unlikely to alter the course of the battlefield, but they all but guarantee a very difficult autumn and winter for civilians, as well as heightened risks to military-production facilities, training centres, and other high-value targets.

On the front line, Konstantynivka is semi-encircled. Ukraine stabilised the front and gained a tactical advantage after its defeat at Pokrovsk; however, it still faces threats in Zaporozzhia and elsewhere. Russia suffered massive losses during its winter assault and has since sustained roughly 30,000 documented casualties per month, temporarily weakening its Army and confronting it with a mobilisation dilemma. Russia’s current strategy is no longer sustainable: recruitment is dwindling while casualties are rising, a trend that will probably force a change in tactics in late 2026.

Overall, on both sides there is an accumulation of long-term systemic problems, and the future would be decided, how both sides are dealing with them. The dynamic and somewhat unexpected situation with Ukrainian protests can improve the situation, and there are high hopes for the new Commander-in-Chief. All the while the situation with MoD remains open.

Vladislav Starodubtsev, 01/07/26.

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03.08.2026 à 15:33

Notes sur l’affaire de Ceuta. VP.

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Note du 1° août. Deux choses ne font aucun doute à propos des évènements de Ceuta et de leur mise en scène européenne par l’extrême droite : 1) il ne s’agit pas de péril migratoire, la très grande majorité des jeunes hommes qui ont déferlé sur Ceuta, et en sont ressortis quelques minutes ou quelques […]
Texte intégral (1372 mots)

Note du 1° août.

Deux choses ne font aucun doute à propos des évènements de Ceuta et de leur mise en scène européenne par l’extrême droite :

1) il ne s’agit pas de péril migratoire, la très grande majorité des jeunes hommes qui ont déferlé sur Ceuta, et en sont ressortis quelques minutes ou quelques heures après, sont des jeunes Marocains poussés par la misère, souvent des diplômés, mais ils n’avaient aucune chance d’aboutir ne serait-ce que de l’autre coté du détroit, sur les rives européennes.

2) il s’agit d’une provocation visant le gouvernement espagnol. Les explications selon lesquelles celui-ci aurait provoqué un « appel d’air » en levant les contrôles entre Ceuta et l’Espagne sont fausses : ces contrôles ne sont pas levés, il a seulement été communiqué par l’Espagne que les décisions d’autorisation d’entrée se feraient au cas par cas.

La question posée est : provocation de qui ?

La réponse la plus simple est : la monarchie marocaine. Mais à y regarder de plus prés, ces faits cadrent mal avec son intérêt bien compris :

  • 1) en terme d’image, c’est désastreux ;
  • 2) cela paraît très disproportionné par rapport à la récente rencontre diplomatique Espagne/Algérie, sachant que l’Espagne, comme la France, cautionne le Maroc sur le Sahara occidental ;
  • 3) avec les prix des phosphates, vu ce qui se passe dans le golfe arabo-persique et en mer Noire plus la crise climatique en Europe, le Maroc a des moyens de chantage plus efficaces dans l’immédiat que d’instrumentaliser sa jeunesse miséreuse ;
  • 4) le roi était à une cérémonie monarchique juste avant, qui a été gâchée.

On voit par contre très bien à qui profite le crime : Trump, Netanyahou, plus Meloni qui rapplique pour en profiter, et Poutine dont les réseaux s’occupent de chauffer les salles comme l’a indiqué le ministère des Affaires étrangères ukrainien.

Il est donc possible que la provocation vienne de « plus haut » que le pouvoir marocain, mais il est évident que des secteurs locaux de l’Etat et des secteurs mafieux en font partie.

Quoi qu’il en soit, une position claire doit réaffirmer trois choses :

  • A) cette affaire ne révèle aucun péril migratoire, si ce n’est la nécessité pour l’Europe d’arrêter de jouer à la forteresse assiègée, ce qui est contre-productif pour tout le monde sauf pour Poutine et les fascistes, et inhumain ;
  • B) elle révèle par contre le désespoir de la jeunesse marocaine et fait honte au régime et aux classes dominantes marocaines ;
  • C) elle souligne l’anomalie coloniale de Ceuta : la meilleure réponse que pourrait avoir Sanchez serait l’indépendance unilatérale pour Ceuta et Melilla. Mais il ne peut le faire car il est lié à l’Etat monarchique espagnol et à son « intégrité » …

Remarque sur le communiqué de la CGT-Andalousie que nous avons publié : non seulement ce communiqué « oublie » Poutine et surévalue « ‘le Mossad », mais il prend position dans les conflits entre puissances en faveur de l’accord gazier Espagne-Algérie de mars dernier, et n’aborde même pas la question du caractère colonial de Ceuta et de Melilla ! Il est frappant que c’est l’alliance éventuelle avec l’Algérie, pour brûler des hydrocarbures, et pas l’esquisse, à Barcelone, d’un axe anti-Trump avec Sao Paulo et Mexico, que soutient ce communiqué ! Dans ces conditions, dire que l’ennemi est à la Moncloa risque de n’être qu’une clause de style. Et concrètement la rupture totale avec le Maroc, et pourquoi pas la guerre pendant qu’on y est, ne sera pas une aide aux migrants !

Note du 2 août.

La fausse « crise migratoire » ( mais vraie crise sociale et générationnelle au Maroc) de Ceuta se confirme avoir été une vaste provocation.

Au passage, quelques interventions violentes en défense de Trump et de Netanyahou sur mon mur l’ont confirmé.

Sa conséquence politique vise à reconstituer dans l’UE un clivage visant à l’affaiblir envers les menaces russe et nord-américaine, menaces y compris militaires, et à court terme.

Et elle vise à aider à porter au pouvoir le RN en France et l’AfD en Allemagne.

De ce point de vue, la précipitation de la première ministre social-démocrate du Danemark à s’associer à tous les gouvernements d’union des droites est d’une bêtise exceptionnelle et menace directement les intérêts nationaux réels des deux nations que sont le Danemark et le Groenland.

Plus généralement, les gouvernements finlandais, polonais, estonien, letton et lituanien signataires de cette déclaration se tirent une balle dans le pied.

Il s’agit également de réduire la portée de la victoire démocratique qu’a été l’expulsion d’Orban du pouvoir en Hongrie.

Donc, nous avons une lettre signée par 22 Etats sur 27 qui appelle à une suspension « temporaire » de l’Espagne de l’espace Schengen (dont Ceuta ne fait pas partie !).

Concrètement, cela voudrait dire mettre un cordon autour de l’Espagne !

L’Espagne n’est pas punie en réalité pour sa politique migratoire (en réalité, le double de migrants sont venus par l’Italie de Meloni depuis qu’elle est au pouvoir !), mais pour ses positions diplomatiques sur la Palestine, contre Trump, et aussi en faveur de l’Ukraine même si ce dernier fait est moins souligné. Et pour avoir dessiné un axe diplomatique anti-Trump avec le Brésil et le Mexique.

Les 5 Etats qui n’ont pas signé sont, outre l’Espagne : la France, le Portugal, l’Irlande, le Luxembourg. La non signature française n’est pas due à une position liée à l’immigration (Macron, en disant prendre des mesures sur les Pyrénées, totalement inaccessibles depuis Ceuta, est d’ailleurs tombé dans le panneau), mais à la perception de ce qui est en cause : la dislocation de toute unité européenne contre Trump et Poutine, opération qui ne va pas éloigner la guerre, mais la rapprocher.

Mais la non signature française, la France étant seule avec le Portugal à avoir une frontière terrestre avec l’Espagne, sape complétement cette initiative sur ce plan. Mais pas, toutefois, la division politique qu’elle vise à affirmer.

Les plus stupides dans cette affaire sont bien entendu les « souverainistes », et les plus stupides entre les stupides les « souverainistes de gauche », qui, en montrant les crocs sur Ceuta, croient défier le « belliciste Macron » alors qu’ils ne sont que les caniches de Trump et de Poutine, candidats collabos.

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03.08.2026 à 13:29

Israël : protestation contre la terreur des colons. Par Ira Berkovic.

aplutsoc

Vendredi 24 juillet, des colons ont mené un violent raid sur des maisons palestiniennes à Tal, près de Naplouse. Quatre Palestiniens ont été tués, deux colons israéliens sont morts également dans des affrontements de représailles. Une semaine auparavant, des colons avaient mis le feu à une maison à Tal avec des résidents à l’intérieur. Ce […]
Texte intégral (692 mots)

Vendredi 24 juillet, des colons ont mené un violent raid sur des maisons palestiniennes à Tal, près de Naplouse. Quatre Palestiniens ont été tués, deux colons israéliens sont morts également dans des affrontements de représailles. Une semaine auparavant, des colons avaient mis le feu à une maison à Tal avec des résidents à l’intérieur.

Ce type de pogrom est de plus en plus typique à travers la Cisjordanie, alors que les colons armés, encouragés par l’État, cherchent à imposer un régime de suprématie israélo-juive à travers le territoire, et à forcer les Palestiniens à quitter leurs maisons.

En réponse aux événements de Tal, l’armée israélienne a lancé une opération qui a conduit à près de 50 arrestations – non pas de colons violents, mais de Palestiniens. Environ 70 maisons palestiniennes ont été perquisitionnées.

Les raids ont déclenché des manifestations en Israël. Samedi 25 juillet, le Front démocratique pour la paix et l’égalité, connu sous son acronyme hébreu Hadash, a organisé une manifestation à Tel Aviv. Neuf personnes ont été arrêtées. Le député Hadash Ofer Cassif a déclaré au New Arab: « Nous avons organisé la manifestation de Tel Aviv parce que nous refusons de garder le silence tandis que la terreur des colons sanctionnée par l’État et l’escalade gouvernementale enflamment la Cisjordanie occupée […] La police est devenue de plus en plus une milice politisée qui protège les colons violents tout en utilisant la force brutale pour réduire au silence les citoyens pacifiques qui protestent pour les droits humains. L’arrestation de neuf manifestants à Tel-Aviv est une tentative flagrante de criminaliser la dissidence et de protéger l’extrémisme soutenu par le gouvernement.

« Le discours politique et médiatique dominant continue de blanchir l’agression de l’État. Cependant, les preuves vidéo rendent plus difficile de nier la vérité. Un camp juif-arabe conjoint, croissant et courageux, se rend compte que la violence des colons n’est pas une « question marginale » – c’est un outil de base de la politique de l’État conçu pour déposséder les Palestiniens.

Le 28 juillet, une coalition d’organisations anti-occupation dirigée par Standing Together a organisé une nouvelle manifestation contre la violence des colons. Standing Together a déclaré: « Nous ne sommes pas descendus dans la rue juste à cause de la violence des colons – nous protestions également contre notre gouvernement extrémiste qui soutient et finance cette terreur.

« Non seulement cela rend la vie quotidienne de nombreux Palestiniens en Cisjordanie insupportable, mais cela rend chacun d’entre nous moins sûr et constitue une menace pour notre avenir. Il ne peut jamais y avoir de paix quand notre gouvernement, pour se maintenir au pouvoir, dépend de l’incitation à la violence sans fin contre les Palestiniens et encourage de plus en plus la violence à travers la terre.

« C’est pour ça que notre protestation a été si puissante. Elle a prouvé que notre lutte contre cette réalité terrifiante est grandissante, que les gens n’accepteront pas cela comme une fatalité, qu’ils se battront pour la paix, l’égalité et la justice parce qu’ils savent que c’est la seule façon.

Ira Berkovic, 30 juillet 2026.

Source : https://workersliberty.org/story/2026-07-30/israel-protests-against-settler-terror

Suivre l’actualité de Standing Together sur Instagram : https://www.instagram.com/standing.together.english/

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