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Francis PISANI
Journaliste

MYRIADES


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13.02.2026 à 11:17

3 scénarios pour Cuba ≈083

Francis Pisani

Étranglé par son incapacité, son intransigeance et l’offensive US, le régime est à bout. Voici 3 scénarios pour un futur incertain : Vénézuéla 2.0, Massada-Sumidero, et Non-apocalyptique.
Texte intégral (3291 mots)

Bonjour et bienvenue,

Je vous ai promis, en début de semaine, de rebondir sur ma relation très personnelle avec Cuba et sa révolution et d’envisager le futur de l’île sous un angle qui parte de sa composition démographique et culturelle d’aujourd’hui.

Je tiens parole mais tel scénario n’est pas le seul possible.

Commençons par un état très succinct de la situation :

  • Cuba n’a plus de pétrole et doit ralentir toutes ses activités.

  • La Maison Blanche a montré à Caracas qu’elle pouvait laisser un régime dictatorial en place pourvu qu’il obéisse et qu’il paye.

  • Si le Vénézuéla a du pétrole. Cuba a le quart des ressources de nickel du monde + des plages dont les entrepreneurs immobiliers savent quoi faire.

Dans un tel contexte je vois trois scénarios possibles avec des variantes que la réalité saura inventer à mesure que la situation évolue :

  • Trump garde l’appareil de sécurité en le menaçant de destruction massive s’il ne fait pas ce qu’il veut en échange de sérieux avantages économiques.

  • Les plus hauts dirigeants refusent toute concession et s’exposent à l’élimination.

  • La souplesse propre au métissage cubain se fait entendre.

≈083-Cuba-TousMétis-©LucienLung-LeMonde

1) Vénézuéla 2.0 ou VladDarcy

VlaDarcy parce qu’il se ferait sous l’égide des services de sécurité (en l’occurence les forces armées) comme dans la Russie de Vladimir Poutine, tout en gardant le système autoritaire en place, comme au Vénézuéla avec Darcy Rodriguez, l’ancienne vice-présidente.

Les Forces armées révolutionnaires (FAR) cubaines ont le pays bien en main, militairement (nombre de leur officiers âgés ont participé à nombre de guerres un peu partout dans le monde) ainsi qu’économiquement grâce au Grupo de Administración Empresarial (Gaesa) qui contrôle entre 50% et 70% de l’économie locale (infrastructures, certains commerces, flux financiers des expatriés, devises etc.).

Elles gardent officiellement les rênes du pays et le gèrent sous tutelle de Washington. La corruption bénéficie aux deux parties.

Probabilité - La plus haute. Déjà testé, c’est le plus simple, celui qui demande le moins d’imagination et représente le moindre coût relatif. Reste à savoir à quelle démonstration de force les US devront se livrer pour se faire entendre. Elle sera sans doute nécessaire mais, limite importante, la communauté cubaine de Miami tolèrerait mal un traitement « à la Gaza » de l’île dont elle espère bien récupérer quelque chose.

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2) Massada-Sumidero

Le premier occident, l’européo-méditerranéen, connaît le sacrifice des juifs qui, assiégés par les Romains dans leur place forte de Massada se sont suicidés collectivement en se jetant du haut de leur forteresse en l’an 73.

Le tiers occident - l’Amérique Latine - a connu plusieurs drames comparables dont on parle moins tant le récit dominant est celui des conquistadores. Les premiers ont eu lieu à Cuba au tout début de la conquête quand les Taïnos de l’île ont refusé de se soumettre.

Le plus connu a eu lieu au Sumidero (donner la trad) au sud du Mexique en l’an 1528 lorsque les Mayas Soctones, encerclés par les Espagnols de Diego de Mazariegos, se sont jetés dans le vide plutôt que de se rendre. Mythe et réalité se mélangent mais le fait est indiscuté. Il a tellement marqué les esprits qu’il figure au centre de l’écu officiel de l’actuel État du Chiapas aujourd’hui.

Flag_of_Chiapas_Wikipedia

Probabilité - Faible mais pas inexistante. Les descendants d’Espagnols qui gouvernent encore le pays comme Raúl Castro qui vient de Galice et le général Álvaro López Miera, Ministre des FAR et fils de Républicains espagnols ont fait preuve d’un manque de souplesse totale. Ils savent ce qui les attend en cas de renversement. Une mort digne couronnerait de façon honorable leur place dans l’histoire au cri d’un « Patria o muerte » dont le premier terme aurait disparu.

Mon ami Jorge Castañeda, ancien Ministre des Affaires Étrangères du Mexique et grand connaisseur de la révolution cubaine, note la participation du fils de Raúl Castro dans les négociations en cours. L’intransigeance des fondateurs saura se faire entendre. Si tel est le cas, il faudra plus qu’un coup de main des troupes états-uniennes. Les « dommages collatéraux » seront considérables.

Laissez un commentaire.

3) Non-apocalyptique

C’est peut-être le moins probable, mais sûrement le plus intéressant.

Il part d’une question trop rarement posée, celle de la composition ethnique et de la culture des Cubains. « Au centre de la problématique cubaine, la question noire est une blessure ouverte » ai-je écrit dans Le Monde Diplomatique en 1992. C’est toujours le cas.

Si vous regardez attentivement les récentes photos prises par Lucien Lung et publiées dans Le Monde, vous constaterez qu’on n’y voit pratiquement aucune personne susceptible d’être considérée, dans les États-Unis de Marco Rubio et Donald Trump, comme « blanche », c’est-à-dire sans la moindre goutte de sans noir.

Leur ADN le confirme.

Une étude réalisée en 2013 sur 531 personnes de plus de 65 ans a montré qu’en moyenne, parmi ceux qui avaient la peau « noire », 49% de leurs gènes étaient d’origine africaine et 45% d’origine européenne. Chez ceux dont la peau était couleur « métisse », les proportions étaient de 28% et 64%, en moyenne, alors que pour les peaux « blanches » elle était de 6% et 91% en moyenne. Conclusion, même les blancs sont noirs ou, plus exactement, tous sont métis.

Au risque d’être excessivement simplificateur je dirai que la question de la race dans les Caraïbes est passée par trois étapes : l’asservissement racisé dans la plantation, la revendication de l’identité noire (avec Aimé Césaire côté francophone) puis la découverte de la réalité métisse et de sa dynamique « créolisante »(avec Édouard Glissant).

En termes simples, les métis des caraïbes, outre leur sang mêlé ont une façon d’être bien à eux forgée dans la lutte pour survivre depuis des siècles.

Un « truc » poétiquement racontée par Antonio Benitez Rojo, (1931-2005) sans doute l’intellectuel le plus remarquable de sa génération, dans son livre La Isla que se repite: el Caribe y la perspectiva posmoderna (Lîle qui se répète: Les Caraïbes et la perspective postmoderne, non traduit en français).

Il en a la révélation un après-midi d’Octobre 1962, en pleine crise des fusées. Les enfants de son quartier ont été évacués. Un silence grave plane sur la ville quand il voit « deux vieilles noires passer d’une certaine façon (de cierta manera) sous [son] balcon ».

Un terme insaisissable, mais le seul qui rende compte de ce moment encore unique dans l’histoire : « Il m’est impossible de décrire cette « certaine manière » ; je dirai seulement qu’il y avait une poussière dorée et ancienne entre leurs jambes noueuses, une odeur de basilic et de menthe dans leurs vêtements, une sagesse domestique, presque culinaire, dans leurs gestes et dans leur bavardage ». Cette vision, raconte-t-il, lui fit comprendre instantanément que l’apocalypse n’était pas pour ce jour-là. Une telle notion « n’existe pas dans la culture caribéenne. Les propositions de crime et de châtiment, de la bourse ou la vie, de la patrie ou de la mort, n’ont rien à voir avec [nous] ; il s’agit de propositions occidentales [...] que les Caraïbes ne partagent qu’en termes déclamatoires, ou plutôt en termes de lecture superficielle. […] La plantation de fusées semée à Cuba était une machine russe ; mais ni la mer ni les rivières ne l’étaient. » Dans toute autre partie du monde, précise-t-il, une telle crise aurait entraîné la destruction de l’île et son retour à l’âge de pierre pour ses habitants.

La non-apocalypse peut-elle s’imposer ?

Probabilité - Faible. Elle passe essentiellement par une prise de conscience et une volonté des cadres les plus jeunes des FAR, aussi noirs (ou métis) que la population. Les Afro-Cubains ont participé de toutes les insurrections anti-coloniales et anti impérialistes depuis le début du XIXème siècle et se sont toujours vus reléguer au deuxième plan après la victoire.

Je ne dispose d’informations récentes ni sur leurs sentiments, ni sur leurs positions hiérarchiques au sein des forces armées, mais suis convaincu qu’ils y occupent assez de postes de commandement pour lancer un coup « noir », « métis » ou comme ils voudront l’appeler.

J’ignore s’ils y pensent, s’ils le veulent.

Mais ils représentent une source d’énergie encore disponible. Pas totalement libérée.

La voie des Castro a échoué. Peut-être parce qu’elle était encore trop blanche.

La flexibilité se trouve pourtant au coeur de la culture cubaine habituée à négocier « de cierta manera » avec beaucoup plus puissants qu’eux. Il en faut beaucoup aujourd’hui pour sauver le droit de se révolter face à des réalités changeantes mais toujours adverses.

Et si vous voulez - sans trop d’illusion - vous en faire une idée joyeuse, et clairement contestataire, pensez à Bad Bunny au Super Bowl, à la réaction de Trump et à son impuissance…

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08.02.2026 à 17:52

Cuba, cette île et cette révolution qui m’ont tant fait vibrer ≈082

Francis Pisani

Le régime semble sur le point d’imploser. La rigidité des frères Castro y est pour beaucoup. Pas une raison pour refuser à qui que ce soit le droit de se révolter même dans le « patio » des US.
Texte intégral (4771 mots)

Je vous parle du coeur dans cette chronique consacrée à Cuba que j’ai beaucoup aimée et que je vois s’enfoncer dans l’horreur et l’imminente implosion.

Je fais partie de ces générations pour lesquelles l’île et sa révolution ont représenté un mythe bien plus important que sa toute petite taille, dont la photo du héros le plus connu, le Che, a orné tant de chambres dans le monde entier.

Pas un rigolo, pour sûr, mais un type capable de renoncer au pouvoir pour aller semer des révolutions en différents coins de la planète.

Le gars qui appelait à créer « deux ou trois Vietnams » pour enrayer cet impérialisme américain que nous voyons revenir triomphant dans une version 2.0 mise à jour par Trump, comme un vulgaire programme d’ordinateur.

Un type suffisamment convaincu que se rebeller est la meilleure façon de commencer dans la vie, pour obtenir de la bureaucratie communiste que le quotidien réservé aux jeunes s’appelle Juventud Rebelde.

Un très bref responsable de la Banque centrale si peu respectueux des institutions qu’il signait les billets du pays de son surnom, simple interjection ultra-courante en Argentine où il était né.

BilletChe_cgb.fr.

Imaginez le résultat si ses compagnons l’avaient baptisé « Fucking » parce que, né aux US, il en parsemait toutes ses phrases ou, « Putain » s’il leur était arrivé de Marseille.

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Fidel Castro, le vrai patron, n’était pas né de la même argile. Personnage hors norme mais tête froide, il s’était gagné l’attention en menant une poignée de guérilleros au renversement d’un dictateur, en tenant tête face au géant du nord, dont il refusait que son pays soit le bordel, et en promettant - ce qu’il a réalisé pendant un certain temps - santé et éducation pour tous.

J’ai souvent écouté Fidel Castro à La Havane

Je l’ai écouté pendant des heures place de la Révolution (et m’y suis laissé prendre trop longtemps).

La première fois était en fin 1968, année commencée à Saigon où me surprit l’offensive du Têt qui me permit de voir l’armée américaine au boulot contre ceux qui n’en voulaient pas chez eux.

J’ai cru qu’il pouvait améliorer le sort des gens, à Cuba et ailleurs, que sa révolution politique pouvait y parvenir.

J’en ai fait l’expérience sur le terrain avec tous les éléments pour en comprendre la réalité.

J’y ai vécu en enseignant le français et le judo.

J’y ai coupé la canne pendant la fameuse et totalement merdique Zafra de los 10 millones de 1970.

Je m’y suis marié et que j’y ai eu un fils cubain dont je suis fier.

J’en suis reparti en me disant qu’il était bon d’aider les révolutionnaires d’Amérique centrale à en faire autant, en particulier les Nicaraguayens… dont les dirigeants sandinistes d’aujourd’hui rivalisent dans l’abject avec ceux de La Havane. Ils font même plutôt pire.

J’en ai profondément aimé les gens et la culture.

FidelColombesCamilo-°1959/01/08_Escambray.cu

Autant le dire clairement : j’assume et si c’était à refaire dans les conditions de l’époque, je le referais, comme je suis convaincu qu’il faut lutter contre le monde dans lequel nous plongent Trump et son équipe et non l’ignorer.

Résister toujours, mais différemment.

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Quand la Révolution fait « Pschiitt ! »

En tant que journaliste j’ai beaucoup écrit sur Cuba et sa révolution. Pour Le Monde et plusieurs autres médias. Je l’ai fait aussi honnêtement que possible ce qui ne veut pas dire parfaitement.

Pas totalement objectif. Que celle ou celui qui croit l’être lève la main. Au bout du compte et sur un sujet tabou, je l’ai fait d’une façon presque ordinaire dans la presse française qui a tant de mal à distinguer clairement faits et opinions.

Mais on tolère plus difficilement les entorses à l’impossible objectivité quand elle va contre les idées dominantes. Et nous n’avons pas de mécanismes pour afficher biais et engagements, assumer la transparence; le fameux « disclaimer » anglo-saxon.

Un des moments les plus difficiles pour moi fût, en 1980, au moment où Castro, incapable de contenir ou de satisfaire ses contestataires, leur a ouvert la sortie par le port de Mariel où les cousins de Miami sont venus les chercher.

125.000 en ont profité. Dont un couple que j’ai interrogé au moment où ils montaient sur le bateau libérateur.

— Pourquoi partez-vous ?

— Parce que nous voulons du progrès dans nos vies. Pouvoir acheter des Levi’s ou des Nikes.

Je l’ai raconté.

La révolution, tout d’un coup, a fait « Pschiitt ! ».

Et puis j’ai arrêté en 1992 quand mon fils est sorti. Je n’y suis jamais retourné.

Il s’y rend régulièrement pour organiser des concerts et faire de superbes films montrant la musique du chanteur Pablo Milanés qui l’a élevé, la passion de la jeunesse pour le reggaeton et voir sa mère souffrante. Il me parle de l’horreur de la réalité quotidienne sur l’île. Mais toujours circonscrite à sa maison familiale.

Tant d’années ont passé.

Je travaille, depuis 1993 sur les technologies de l’information (y compris dans leur phase intelligence artificielle) dans lesquelles j’ai vu un autre outil pour améliorer le monde. Une toute autre nébuleuse dont je vous entretiens régulièrement dans Myriades.

Cuba aujourd’hui

Puis Marco Rubio s’en est mêlé. Après le coup, bien porté contre Maduro - qui a aussi rendu manifeste que la sécurité cubaine ne comprenait rien au monde d’aujourd’hui - la pression exercée est telle que les gens bien informés estiment que Cuba n’a plus qu’une vingtaine de jours de pétrole.

OrduresPauvreté-©LucienLung-LeMonde.

Et là dessus je lis le reportage en trois épisodes de Jean-Philippe Rémy et Lucien Lung dans Le Monde. C’est terrifiant.

Non pas que j’y fasse de grandes découvertes. Mais parce que c’est du vrai journalisme. Partial, bien entendu, mais qui rapporte-raconte des situations dont leur public n’a pas la moindre idée alors qu’elles peuvent contribuer à changer leur monde.

Rémy et Lung décrivent l’effondrement d’un système qui n’a plus aucune raison d’être et qui réprime sans la moindre hésitation ceux qui le lui hurlent à grands risques.

Rien à bouffer. Rien à espérer. Il n’y a plus ni santé ni éducation.

Laissez un commentaire.

Outre la répression, le pire pour ceux qui y ont cru, c’est que les enfants de la révolution n’en défendront plus jamais les idéaux, ni même l’idée, en fuiront la perspective si jamais elle se présente à eux. Je les vois mal s’opposer fermement aux injustices, résister.

Mais les vieux qui l’ont faite tiennent le coup.

De quel échec s’agit-il ?

Il est possible que nous assistions à l’effondrement du régime issu de la révolution cubaine dans les quelques jours qui viennent.

Je trouve assez remarquable qu’elle aie pu aller jusqu’à sa totale perte de souffle vital. Une révolution était la seule voie pour libérer l’île de ses contraintes impérialistes. Elle a eu lieu, mais ses dirigeants ont été incapables de satisfaire les besoins du plus grand nombre.

Après avoir brièvement pu faire état d’une situation sociale meilleure que dans les pays voisins ils ont ramené leur pays à une pauvreté extrême sans perspective.

Sans joie. Un comble pour les Cubains.

≈082-CubaRépression_Bloomberg

Qu’ils dégagent ! crie l’Européen que je suis redevenu.

Et d’ajouter, pendant que j’y suis, que s’il reste encore un peu de dignité à ceux qui ont tant de fois crié « Patria o muerte! » ils peuvent au moins mettre un terme à leur propre vie quand ils font de la patrie ce qu’ils en ont fait.

Allende, dans des circonstances autrement honorables, a eu le courage de le faire. Que le Castro qui reste montre l’exemple.

Et puis j’hésite.

Pas pour lui sauver la mise.

Je connais trop cette histoire et celle du sous-continent pour ignorer la profondeur du défi lancé à l’intraitable géant du nord.

Pas celui qui a contribué à nous sauver d’Hitler.

Celui qui étouffe toute volonté d’indépendance dans sa cour intérieure, son « patio ».

D’où ces horribles questions qui émanent de l’échec patent de ceux qui ont essayé : en sont-ils les seuls responsables? Ont-ils eu tort de s’insurger? de se rebeller? de résister? de tenir tête?

Je ne peux pas répondre par la négative.

Surtout depuis que la clique Trump est au pouvoir.

J’entends cet autre voisin des US le canadien Carney qui nous invite à dire « No ! ».

(Biais que je ne sais pas nommer : je ne peux quand même pas les accuser de ne pas avoir réalisé mes rêves de jeunesse à ma place. )

Que reste-t-il alors ?

Leur échec, la répression, le bulldozer floridien, leur droit à l’insurrection dans la cour du géant du nord, la vie qui doit continuer, s’améliorer face à l’incapacité - et même au refus d’évoluer - de ce régime rigide, incapable de se remettre en question et de tolérer qu’on l’en implore.

En très clair : oui pour le droit à se révolter dans le patio des US et partout ailleurs, non au blocage idéologique et générationnel.

Résistance et rébellion doivent toujours être créatives. Au démarrage, pour tenir, puis l’emporter…

Et d’ailleurs, il y a peut-être un autre prisme pour aborder un des futurs possibles de l’île… en partant de la réalité de sa composition démographique et culturelle d’aujourd’hui.

Je vous en dis plus dans les jours qui viennent…

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21.01.2026 à 10:57

Groenland? Parce que tel est son bon plaisir! ≈081

Francis Pisani

Trump adore les shows et transforme l’actu en spectacle. Cette apparente légèreté pourrait bien cacher une méthode : la recherche implacable du pouvoir absolu. Ça passe par Versailles…
Texte intégral (2985 mots)

Bonjour et Bienvenue,

Nous nous demandons tous ce que Trump va faire au Groenland.

Ça fait partie de sa méthode. Distraire. D’autant plus efficacement que la menace est réelle.

Mais l’important, comme toujours, semble ailleurs et je vous propose de l’aborder par un détour. Les questions directes étant rarement la bonne façon d’obtenir une réponse utile.

Et si la piste se trouvait du côté de pulsions, de projets monarchiques ?

Image publiée par le très sérieux Globe and Mail canadien

Pas facile à suivre parce que tout se présente à l’envers.

Je dois dire qu’une des gymnastiques intellectuelles les plus difficiles pour moi consiste à voir les néocons (ceux qui, avec Trump, veulent briser le système d’hier) comme des « révolutionnaires » d’aujourd’hui.

J’écris ce texte un 20 janvier, jour anniversaire du retour de Trump au pouvoir, mais le publierai un 21 janvier.

C’est la date de la décapitation de Louis XVI, symbole de la détermination des sans-culottes à ne pas revenir en arrière. Message facilement compréhensible par tous les monarques européens de l’époque.

L’équipe Trump a compris que c’est un geste nécessaire à toute révolution et c’est ce qu’il fait symboliquement - en enlevant un chef d’État (illégitime, mais ça pourrait n’être qu’un début) - et, à l’envers, en s’entourant de symboles royaux. puisqu’il s’agit d’une révolution inversée.

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Pahlavi, Bourbons et les dorures de Versailles-a-Lago

Commençons par la périphérie. Que se passe-t-il si nous envisageons que les trois faits suivants dessinent un début de tendance (beaucoup plus intéressant, il me semble, que de les classer comme signaux faibles isolés).

  • Nous avons d’une part la tentative de retour du shah d’Iran qui, s’il n’a pas à montrer son pédigrée, a fait preuve de son allégeance au mouvement néocon en participant à plusieurs de leurs réunions (Hudson Institute et Foundation for Defense of Democracies, entre autres).

  • D’autre part, dans la situation caricaturalement inverse, Jordan Bardella, fils d’un prolétaire turinois, qui s’affiche de la façon la plus visible possible avec une princesse descendante d’une branche des rois de France contre laquelle la république s’est constituée, Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Ce roi français de la communication politique, possible président de la république, ne laisse rien au hasard, notamment le fait qu’elle frise les 200.000 followers sur Instagram et qu’elle est milliardaire. Ça peut toujours servir.

  • Et Trump dans tout ça ? Il y travaille aux yeux de tous en agrandissant la Maison Blanche d’une salle de bal sensée rappeler la Galerie des glaces, en mettant de l’or partout à commencer par dans sa résidence de Mar-a-Lago. Bref, en faisant de ses résidences des mini-Versailles de mauvais goût mais susceptibles de fournir un cadre à la hauteur de ses ambitions de pouvoir absolu. Car c’est bien de cela qu’il s’agit et la monarchie en est le meilleur support.

Je crains qu’il ne s’agisse pas que de forme et de dorures.

« Parce que tel est notre bon plaisir »

N’a-t-il pas expliqué récemment au New York Times que son guide dans l’application prudente de la violence qu’il pratique librement est « sa propre moralité ». Ça fait penser à la formule des édits royaux utilisée pour qu’il soit bien clair que le roi, en tant que souverain de droit divin, n’a de comptes à rendre à personne et que sa volonté est la loi suprême. Une des formes courantes étant « Parce que tel est notre bon plaisir… »

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Ainsi l’offensive, pour le moment verbale, contre le Groenland est une manifestation patente de l’arbitraire d’un monarque qui fait des territoires ce que bon lui semble. Un des exemples les plus clairs se trouve dans les relations de la Louisiane avec nos propres monarques absolus. Louis XIV la cède ou la reprend aux Espagnols suivant son bon plaisir et l’empereur la vend aux Américains.

Ces faits me semblent assez significatifs pour qu’on les qualifie de « faitincellles », mot que j’ai déjà utilisé pour signaler ceux qui peuvent déclencher des enchaînements explosifs.

Je note au passage qu’une partie de l’opposition américaine à la dérive d’extrême droite manifeste sous le slogan « No Kings », en référence à la fondation même des États-Unis contre la couronne britannique.

Du passé tout ça ?

Oui et non.

Idéologue MAGA des plus virulents, Curtis Yarvin pousse à l’établissement d’un modèle dans lequel les entreprises sont dirigés par des CEO travaillant comme des monarques absolus et que l’État doit fonctionner comme une entreprise privée. Sa formule : « CEO Monarchy », la monarchie d’entreprise (et vice versa).

Les premiers pas sont clairs mais ne lui suffisent pas. Proche du vice-président JD Vance, il pousse l’équipe en place à établir un régime de parti unique possédant un pouvoir absolu et fonctionnant avec une discipline militaire. Faute de le faire en 2026, dit-il, Trump aura échoué. Et il est inquiet.

Ne mettons pas la tête dans le sol

Les trois piliers de la sagesse… Photo Républicain-Lorrain.fr...

Si nous ne croyons pas à la monarchie, à sa capacité de séduction aujourd’hui, à sa viabilité, reconnaissons la fascination du pouvoir absolu du « locataire de la maison Blanche » comme disent nos médias. Ne fait-il pas tout pour limiter le système de checks and balances sur lequel repose ce qu’il reste de démocratie américaine?

Je suis de plus en plus convaincu que les midterms ne se dérouleront pas normalement. A ce que j’ai déjà dit s’ajoutent la prise de contrôle accrue de pans entiers du dispositif juridique américain avec les avanies causées à Jerome Powell, le président de la FED, par la ministre de la justice et le fait, entre autres, que les juges d’appel nommés par Trump se prononcent neuf fois sur 10 en sa faveur.

Le bon plaisir des monarques peuvent les conduire à des excès inacceptables, éventuellement sources de révolution (je pense à la Bastille où l’on vous enfermait « parce qu’il plaisait » au roi) mais aussi de ridicule scandaleux comme cette grande dame qui, selon Rousseau, aurait conseillé au peuple de manger des brioches à défaut de pain.

L’association ici va dans le sens de Don 1er écrivant au premier ministre norvégien qu’il a décidé de s’approprier le Groenland parce que l’institut Nobel a refusé de lui donner le prix de la paix. Le ridicule étant qu’il a accepté avec un grand sourire, à défaut du prix, la médaille de María Corina Machado, qui l’a remportée.

Pas sûr qu’il se contente - ou que son entourage le laisse se satisfaire - de dorures et de la puissance que lui confèrent les Delta Force qui ont kidnappé Maduro, les B2 qui ont bombardé l’Iran et d’ICE, son armée-hors-des-forces-armées au budget presque illimité…

Quête du pouvoir absolu ?

Qui s’épuise toujours.

Ouverture à la résistance…

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06.01.2026 à 08:08

Logique trumpienne : Vénézuéla, Cuba, midterms… ≈080

Francis Pisani

Le kidnapping de Maduro confirme deux hypothèses formulées dans des numéros récents de Myriades et nous permet de mieux comprendre ce qui risque fort de nous arriver...
Texte intégral (3550 mots)

Bonjour et bienvenue dans une année qui s’annonce si passionnante qu’on ne saurait la souhaiter à personne… mais nous y sommes.

Dans ce numéro ≈080

  • Le fric au poste de commande

  • Le futur « régional »

  • Pas certain que les élections de mi-mandat aient lieu

  • Realpolitik fiction

Commencée à Caracas dans la nuit du 2 janvier, elle s’étendra au moins jusqu’aux élections de mi-mandat de novembre prochain où le pouvoir de Trump pourrait bien basculer, sauf si…

Le fric au poste de commande

≈080-PlateformePétrolière-©thewalkingweb.fr.

Pour le Vénézuéla, l’objectif était donc le pétrole. Pour y parvenir il fallait éliminer Maduro, mais pas seulement. La grande astuce a consisté à marginaliser d’entrée María Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025.

  • Un psy de café du commerce dira que Trump ne lui pardonne pas de lui avoir sifflé la récompense à laquelle il aspirait. L’historien américain Timothy Snyder écrit qu’en fait il l’avait ex-filtrée quelques semaines plus tôt, apparemment pour qu’elle puisse recevoir le prix mais, en fait, pour qu’elle ne vienne pas perturber ses plans post « opération militaire extraordinaire » (on dirait Poutine).

  • La manip s’est faite (en tous cas pour le moment) au profit de Delcy Rodríguez, vice-présidente en place, cadre du régime et ministre du pétrole. Implacable logique.

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Je l’avais envisagée dans Cuba : Le prochain « deal » ? ≈079 du 15 décembre dernier, sous forme d’une lettre imaginaire de Trump Jr. à son père lui suggérant, pour éviter un déferlement de réfugiés cubains vers les États-Unis, de promettre la survie du régime en échange de l’accès à ses plages pour y construire des installations touristiques infiniment plus rentables que celles qu’il envisage de construire à Gaza. Vous pouvez y lire que :

  • « On se retrouve avec un contrôle total des principales richesses de l’île. C’est Le Parrain 2 avec les autorités à la Poutine (pour l’ordre) et une population qui nous devra tout. On en fait un vrai film avec toi à la place qui te revient.

  • Dad : ça rapporte plus qu’un Nobel ! Et quel superbe investissement pour la famille. »

  • Voilà pour la carotte. Pour le bâton, je suggérais « s’ils tardent à prendre leur décision : destruction d’installations militaires et de résidences de dirigeants en trois passages de l’’Air Force. Comme Bibi que tu as déjà suivi et comme tu l’as fait en Iran. » C’est presque dans le texte de la conférence de presse de samedi et c’est ce qu’il faut comprendre de la précision chirurgicale de l’opération d’enlèvement de Maduro. La Havane, qui a perdu 32 agents et militaires chargés de le protéger, aura reçu le message 5/5.

    Rien de tout cela n’est gage de réussite, mais la logique est strictement la même.

    Nous pouvons maintenant passer la suite de ce que nous réserve cette année « intéressante »…

Le futur « régional »

≈080monroe-doctrine-cartoon-granger-les-yeux-du-monde.fr

A plusieurs reprises au cours des derniers jours Trump ou Rubio, son secrétaire d’État, ont déclaré que « quelque chose devra être fait au Mexique » et que les dirigeants cubains feraient bien de s’inquiéter. Mêmes menaces contre la Colombie. Le Groenland est dans toutes les têtes.

Le président a clairement manifesté sa volonté de « gérer le Vénézuéla » et de dominer « l’hémisphère occidental », à savoir le continent américain. Il revendique même la transformation de la doctrine Monroe formulée en 1823 pour éloigner les anciennes puissances coloniales en « doctrine Donroe » (Don pour Donald) avec la volonté de se défaire, y compris par la force, de toutes les puissances extérieures.

La logique ne s’arrête pas là…

Aux milliards (et pour pouvoir en amasser plus) il faut ajouter le pouvoir le plus étendu possible.

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Pas certain que les élections de mi-mandat, aient lieu

≈080-national-guard-law-enforcement-©KCRA

Snyder, l’historien cité plus haut et dont je recommande la newsletter vient d’écrire : « Cet acte de guerre vise davantage à changer le régime américain qu’à s’attaquer au Venezuela. »

Dans ma chronique Tocsin ! ≈075, j’ai mentionné le Projet 2025 sur lequel s’appuie Trump depuis son retour au pouvoir. Mis en oeuvre par certains de ses plus proches collaborateurs ce texte de plus de 900 pages permet de comprendre bien des mesures prises par l’administration en place. J’y ai souligné que :

  • « Président de la Heritage Foundation, Kevin Roberts déclarait dès juin 2024 qu’il s’agissait d’un « projet de gouvernement, pas seulement pour janvier prochain mais pour un avenir lointain ».

  • « Tout est en place… sauf que la popularité de Trump est au plus bas. Ses chances de remporter les élections de mi-mandat en novembre 2026 semblent faibles…

  • « A moins que l’état d’urgence justifié par la lutte contre les « narco-terroristes » à l’intérieur comme à l’extérieur ne « contraigne » à les repousser… »

J’y suis peut-être allé un peu fort.

Mais The Atlantic rappelle que « les régimes autoritaires modernes aiment les élections » qu’il s’agisse de la Hongrie, de la Turquie et de la Russie. Ils en gardent le cadre apparent et rabotent, à tous les niveaux, les resources de l’opposition véritable. Une enquête publiée dans son numéro de décembre affirme que la loi fédérale interdit expressément la présence de troupes ou d’hommes armés sur tout lieu où se tiennent des élections, « à moins que le recours à la force ne soit nécessaire pour repousser les ennemis armés des États-Unis.» L’auteur affirme cependant que « certains des experts avec lesquels je me suis entretenu estiment qu’une intervention militaire est désormais non seulement possible, mais probable ». C’est à cela, selon moi, qu’a servi la transformation des narcos en « narco-terroristes ». Il suffirait aux soldats de se montrer devant certains bureaux de votes correspondant à une forte population latina ou africaine-américaine…

Vous doutez encore ?

Le Grand Continent rappelait le 30 janvier que Curtis Yarvin, idéologue de l’extrême droite américaine dont les sympathisants travaillent aux postes les plus élevés de l’administration, proclame que « hors du pouvoir absolu, tout le reste n’est qu’une manière de perdre. C’est la configuration même de notre moment historique ».

Realpolitik fiction

La « Realpolitik fiction », comme dit mon ami Antoine B. à propos de la lettre de Trump Jr. à son père, me semble utile dans un monde qui va trop vite pour que nous nous contentions de rendre compte de ce qui s’est déjà passé… si nous voulons comprendre.

Je me contenterai, ce matin, d’une question pour stimuler nos réflexions :

  • Que diront les dirigeants européens qui n’osent pas critiquer Trump si Zelensky est assassiné dans une opération spéciale, ou simplement par un drone russe ? Ne s’agit-il pas d’un président dont son trop grand voisin conteste la légitimité électorale ?

Imaginez…

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15.12.2025 à 08:51

Cuba : Le prochain « deal » ? ≈079

Francis Pisani

Nos yeux sont fixés sur le Vénézuéla, Maduro et les prétendus « narco-terroristes ». Regardons plutôt ce qui se passe et pourrait se passer à Cuba. Ouvrez-bien vos mirettes… avec prudence.
Texte intégral (4021 mots)

Bonjour et bienvenue,

Petite édition très spéciale aujourd’hui.

Un contact me dit avoir chopé ce document sur le dark web et m’affirme qu’il a l’air à la fois techniquement authentique et impossible à situer (origine et destinataire) en toute certitude.

S’il était plus court et plus simple, je serais tenté de croire qu’il vient du fils du président comme les apparences voudraient nous faire croire. Trop évident pour être crédible.

Un brouillon peut-être ? Mal effacé ? Un faux ?

Who knows?

Je vous sais suffisamment alertes pour ne pas vous laisser tromper par une plaisanterie de mauvais goût. Ne renoncez pas trop vite à votre incrédulité comme il est conseillé de le faire face à de la vraie fiction.

En tant qu’analyste ayant longtemps travaillé dans la région je me contenterai de vous assurer de deux choses : 1) le véritable objectif des pressions sur Maduro est, pour Marco Rubio, ministre US des affaires étrangères, de faire tomber le régime cubain. Ce que vient de rappeler le New York Times du samedi 13 décembre; 2) la situation cubaine est catastrophique et les risques d’explosions augmentent sans que les grands médias en parlent (voir les pistes à le fin de cette chronique).

A vous de juger ce que vaut ce texte à l’origine incertaine…

Hey Dad,

Tes conseillers se trompent.

Ceux qui croient encore à la politique.

Ne te laisse pas dévier sur le fond. Nous pouvons répéter le Gaza deal, mais dans notre patio. Les dingos y sont moins fanatiques et encore plus facilement achetables.

Let’s make it simple!

Photo publiée par le NYTimes - VantorViaAP

Slide 1 - Oublie Maduro

  • Maduro est un piètre dictateur sans danger réel pour nous. L’éliminer ne te donnera pas accès au Nobel de la paix dont on t’a privé. Et celui que t’a remis la FIFA compte plus aux yeux de nos fans. Good show.

  • Mais l’attaquer ou le renverser risque de nous entraîner dans des opérations militaires sans bénéfices.

  • Exploser les barcasses qui sortent du Vénézuéla a déjà produit son effet. Tous les narcos sont maintenant des terroristes aux yeux du monde entier et nous pourrons nous en servir le moment venu, si besoin est. Encore une bataille de la com brillamment remportée.

  • Quant au Fentanyl, qui t’obsède, nous savons tous qu’il passe par la côte pacifique ou est produit au Mexique. Autre dossier.

Mais, beware… aujourd’hui, les risques sont ailleurs.

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Slide 2 - Ça va péter à Cuba

  • Selon une pute cubaine avec laquelle j’ai passé une nuit à Mar-a, avant de prendre l’avion, le pays est sur le point d’exploser.

  • 3 gros problèmes : 1) il n’y a plus d’électricité et donc plus de quoi faire monter l’eau dans les réservoirs; 2) une forme de dengue ravageuse fait des morts tous les jours; 3) des gens protestent toutes les nuits dans tout le pays. J’ai vu des vidéos de femmes superbes en shorts tapants frénétiquement sur leurs casseroles. Elles ont faim. Raz la touffe du régime.

  • On ne te le dit pas assez clairement : la moindre étincelle mal placée peut tout faire voler en éclats. Avec retombées catastrophiques sur notre Floride. Rappelle-toi quand les Mexicains se lançaient par milliers sur nos autoroutes en Californie. Ces niggers là - ils se croient blancs mais ils sont aux trois-quarts blacks - sont capables de traverser en masse le détroit à la nage.

  • Alors Maduro, laisse béton. La présence de nos troupes, l’arraisonnement du pétrolier, votre call sont suffisants pour le calmer. Les Chinetoques, eux, ont compris qu’ils ne peuvent pas continuer à détourner notre pétrole sans payer le prix fort. Ils doivent lever le pied chez nous, comme nous sommes prêts à le faire pour leur île à eux.

D’où viennent les virus ? - Diario de Cuba.com

Slide 3 - Un super deal

Voici ma proposition, dans la ligne de tes plus jolis coups.

  • Le régime cubain est aux abois. Donnons lui des garanties de survie (sur lesquelles nous pourrons revenir à tout moment) en échange de ses plages et de ses installations touristiques (plus le nickel évidemment). J’en ai parlé à J. qui a souri. Ta chère L. applaudit des deux mains. Tu sais sa phobie des guerres étrangères.

  • Côté carotte, tu charges S. de leur faire cette offre irrésistible (bien plus facile qu’en Ukraine) : survie contre plages (et quelques bénefs discrets si besoin est, comme la participation aux ressources de certains hôtels. Les plus modestes, bien entendu).

    Playa de Cuba_DiarioDeUnMentiroso.com
  • Pour le bâton, s’ils tardent à prendre leur décision : destruction d’ installations militaires et de résidences de dirigeants en trois passages de l’’Air Force. Comme Bibi que tu as déjà suivi et comme tu l’as fait en Iran.

What’s in it for us ? [Qu’est-ce qu’on y gagne ?]

  • On se retrouve avec un contrôle total des principales richesses de l’île. C’est Le Parrain 2 avec les autorités à la Poutine (pour l’ordre) et une population qui nous devra tout. On en fait un vrai film avec toi à la place qui te revient.

  • Dad : ça rapporte plus qu’un Nobel ! Et quel superbe investissement pour la famille.

Tu pourras même reconstruire leur hôtel Habana libre. Trump Libertador Tower. Imagine l’inauguration ?

Articles sur la situation à Cuba de médias critiques du régime

En noviembre, nueva cifra récord de protestas y denuncias: 1.326

Se multiplican las protestas nocturnas contra los apagones de más de 12 horas

Epidemias en Cuba: ‘Lo peor está por venir’

2025: Lo que quedó, lo que se fue, lo que llegó para la economía cubana

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20.11.2025 à 08:32

A chaque culture son intelligence artificielle ≈078

Francis Pisani

Même avec l’intelligence artificielle, sensée tout savoir, pratiquons la diversité en abordant la technologie sous un angle culturel. Facile et fascinant, ça ouvre à d'autres « universels ».
Texte intégral (1707 mots)

Bonjour et bienvenue,

Que fait un journaliste quand il a une version d’un fait ? Il cherche une autre source.

Élémentaire mon cher Watson.

Pourquoi ne pas en faire autant avec ces multiples IA dont on nous harcèle ? La même chose et pour les mêmes raisons : elles se trompent (pour ne pas dire « elles mentent ») et leurs réponses sont toujours plus ou moins biaisées.

Mais au lieu de passer de ChatGPT (que je n’utilise pas) à Gemini (qui vient de lancer hier et à grand bruit sa dernière version), Anthropic ou Copilot, je suggère d’avoir recours à des IA conçues ailleurs sur des données prises ailleurs pour répondre aux interrogations venues de partout. Une question de culture tout autant que de technologie.

Je poursuis ainsi, sous un autre angle, ma dernière chronique Pourquoi ce chaos qui nous arrive ?

Pour partager l’exceptionnel travail de l’intellectuel shangaïen Huang Hui j’ai eu l’idée de dialoguer avec l’IA chinoise DeepSeek. Réponses simples et surprenantes de qualité, de précision et d’utilité.

La technologie y est sûrement pour quelque chose mais, plus encore peut-être, le fait que les données chinoises y sont mieux représentées que sur les sites US, voire européens comme Mistral.

Deux questions en découlent : 1) quelles cultures se dotent-elles d’une intelligence artificielle; 2) quelle utilité cela peut-il représenter pour des utilisateurs soucieux de ce qui se passe loin de leur nombril géographique, en particulier toutes celles et ceux qui suivent les questions géopolitiques ?

Laissez un commentaire.

Des réponses très différentes

J’ai posé exactement la même question - « Où se déroule en ce moment le conflit qui fait le plus de victimes humaines ? » - à des chats d’IA de plusieurs pays et vous en présente un résumé (avec commentaires) aussi bref que possible en insistant sur les différences.

Stop ! Avant de poursuivre, fermez les yeux et donnez votre réponse. Je vous fais confiance…

  • Mistral (Europe) : Gaza où « plus de 50 000 Palestiniens ont été tués, et la situation humanitaire reste extrêmement critique ». On est loin du compte généralement accepté.

  • Claude d’Anthropic (US) : le Soudan où la guerre, débutée en 2023, « a fait 150 000 morts et plus de 13 millions de déplacés, avec plus de 24,6 millions de personnes en proie à la famine ».

  • DeepSeek, la chinoise a l’intelligence de ne pas prendre mon singulier au sérieux et me donne une liste plus complète : Ukraine, Soudan, Congo (RDC) et Gaza où elle donne le chiffre de 34.OOO « tués » (attention au terme). En septembre, Le Monde parlait de 64.000 tués selon l’ONU.

  • Gemini (US) ignore également mon singulier. Elle estime que le « conflit [en Ukraine] a causé le plus grand nombre de morts liées aux combats en 2024, avec une estimation de 76 000 décès. » Pour Gaza le chiffre est de « 26 000 morts liées aux combats en 2024. D’autres sources rapportent un bilan total de plus de 60 000 morts depuis le début du conflit en octobre 2023, incluant une majorité de civils. » Pas très clair.

  • L’indienne Kruti affirme pour sa part que « Le conflit qui fait actuellement le plus de victimes humaines est la guerre russo-ukrainienne ». C’est, selon elle « le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale ». Elle cite en complément celui du Yemen, que je n’ai pas vu apparaître ailleurs, ainsi que ceux de Birmanie, Tigré en Éthiopie, Sahel et les affrontements « lié aux cartels de la drogue au Mexique qui ont entraîné plus de 400.000 morts depuis 2006 ».

  • La russe Yandex me dit : « Je ne peux pas répondre à cette demande. Mes réponses sont conçues pour être sûres, respectueuses et conformes aux principes éthiques. Vous pouvez poser une autre question. » Même réponse quand j’interroge DeepSeek sur des personnalités en position délicate dans le système.

Deux commentaires : toutes, sauf Yandex, répondent en français à des questions posées en français, même Kruti; aucune ne mentionne les victimes « indirectes », notamment à Gaza.

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Quelles cultures se dotent-elles d’une IA autonome ?

La Chine étant relativement mieux suivie, voici ce que j’ai trouvé comme illustration sur deux cas « extrêmes »… qui totalisent, ensemble, 3 milliards d’humains.

Inde

Ce pays-continent dont des ressortissants dirigent certaines des BigTech les plus puissantes des US (Alphabet et Microsoft, entre autres) se soucie de se doter d’une IA répondant à ses besoins spécifiques (22 langues officielles), lui permettant d’en démocratiser l’usage et de préserver une certaine indépendance face aux géants de Silicon Valley… entre autres. Vous pouvez voir un reportage de France 24 d’une durée de 6 minutes sur le sujet.

  • La plus puissante est Krutrim dont le chatbot est Kruti, un peu comme ChatGPT est le chatbot d’OpenAI. Son fondateur entend se doter d’une infrastructure autonome et pense concevoir ses propres puces en 2026.

  • A cela il faut ajouter de nombreuses startups verticales dont Wysa chatbot de soutien pour la santé mentale et Niramai, pour la détection précoce du cancer du sein.

Afrique

La multiplicité des langues - plus de 2000 sont africaines - y est encore plus grande qu’en Inde et la réalité politique bien différente. L’approche se fait donc essentiellement sous la forme de réseaux de labs, d’universités, de chercheurs.

  • Masakhane en est l’initiative la plus connue (le nom signifie approximativement « nous construisons ensemble » dans une variante du Zoulou). Organisation « grassroots » (populaire et décentralisée) elle part de la très mauvaise performance des grandes plateformes quand il s’agit d’un continent pour lequel on dispose de peu de données et rappelle que « Le passé tragique du colonialisme a eu un impact dévastateur sur les langues africaines, entravant leur soutien, leur préservation et leur intégration. Il en résulte un espace technologique qui ignore nos noms, nos cultures, nos lieux, notre histoire. »

  • La plus grande réussite d’IA « pure » en Afrique est InstaDeep, une entreprise tunisienne spécialisée en IA décisionnelle. Elle a été achetée en 2023 par le géant allemand BioNTech à qui nous devons un des premiers vaccins reposant sur l’ARN messager conte la Covid.

On rêve de voir l’IA contribuer à réduire l’impact du colonialisme. Ils y travaillent.

Ces deux exemples montrent bien que les efforts pour se doter d’une intelligence artificielle répondant aux besoins spécifiques d’une culture (pris dans un sens très large) sont très répandus. Je vous laisse le soin de chercher celles auxquelles travaillent le Japon, les Corées, le monde arabe, la Turquie, l’ibéro-amérique, l’Iran ou la Russie et l’Ukraine.

Notre « universel » semble bien loin d’être le seul…

Ça vous fait quoi ?

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