16.07.2026 à 06:00
Simon Verdiere
Le procès pour détournement de fonds publics du Rassemblement National ne cesse d’éclabousser la vie politique française. Tandis que Marine Le Pen a décidé de se présenter malgré tout aux présidentielles de 2027, le spectre de nombreuses condamnations passées revient à nouveau hanter le parti à la flamme. Le Rassemblement National s’est souvent vanté d’être […]
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Le Rassemblement National s’est souvent vanté d’être une organisation « différente », irréprochable, et épargnée par les affaires. En 1993, l’ex-Front National avait même adopté « mains propres, tête haute », comme slogan de campagne. Et pourtant, les déboires judiciaires du mouvement de Jordan Bardella sont loin d’être une exception. Mr Mondialisation relate neuf des pires condamnations le concernant.
En 2012, le FN, qui vient tout juste de passer sous la direction de Marine Le Pen, organise un grand montage financier pour tromper l’État. À l’époque, le parti d’extrême droite oblige presque tous ses 572 candidats à acheter des kits de campagne, facturés 16 550 € chacun. Ces kits, produits par la société Riwal, tenue par Frédéric Châtillon, proche conseiller de Marine Le Pen, ne contenaient pourtant que des affiches, tracts et site internet.
La structure « Jeanne », elle aussi proche du parti, concédera des emprunts à chaque prétendant pour leur éviter d’avancer de l’argent. En bout de chaîne, les candidats ayant dépassé 5 % (tous sauf 35), feront alors valoir leurs droits au remboursement de cette immense surfacturation. Au passage, les responsables en profitent pour s’enrichir un peu plus avec les intérêts du prêt. Résultat : une condamnation à 250 000 € d’amende pour le parti, et plusieurs peines de prison et d’inéligibilité pour les cerveaux de l’affaire.
Les déboires judiciaires du fondateur du FN, Jean-Marie Le Pen, ne sont un secret pour personne. Condamné à de multiples reprises, il a notamment été épinglé pour « contestation de crime contre l’humanité ». Il affirmait ainsi en 1990, puis en 2017, dans le plus grand des négationnismes, que les chambres à gaz étaient un « point de détail de l’Histoire de la seconde guerre mondiale », ce qui lui a valu plus de 200 000 € d’amende.
Certains pourraient arguer que ces faits sont anciens et que, depuis, le RN « aurait changé ». Toutefois, il serait utile de se rappeler que Catherine Lesné, conseillère municipale RN d’Agen, avait repris ces propos à son compte en 2018, avant d’être condamnée à deux mois de prison avec sursis et à cinq ans d’inéligibilité.
En 2000, Frédéric Boccaletti, déjà connu pour avoir tenu une librairie vendant des ouvrages négationnistes, prend part à une rixe avec une bande de jeunes gens racisés. Pendant un collage d’affiche, le ton monte et des insultes racistes auraient même fusé. S’en suit une course poursuite en voiture durant laquelle l’actuel député RN confie une arme à feu au militant de 19 ans qui l’accompagnait ce soir-là. Ce dernier tire alors en direction de leurs opposants, sans que personne ne soit blessé.
Malgré tout, Boccaletti, qui n’avait pas de permis pour ce revolver, sera condamné à un an de prison, dont six mois ferme, pour « violence en réunion avec armes ». Après quatre mois d’incarcération, il sera gracié pour raison de santé.
Pendant la campagne législative de 2012, Jean-Luc Mélenchon décide d’affronter Marine Le Pen dans la circonscription d’Hénin-Beaumont où celle-ci s’est établie. Se sentant probablement menacée, la nouvelle dirigeante du FN fait circuler de faux tracts du candidat du Front de Gauche.
Le papier sur fond vert, couleur de l’islam, reprend une phrase du futur fondateur de LFI : « Il n’y a pas d’avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb », accompagné d’un slogan « Votons Mélenchon » et sa traduction en arabe. Pour cette affaire, la quadruple aspirante aux présidentielles sera condamnée à 10 000 € d’amende.
Si les propos racistes sont innombrables au sein du RN, beaucoup sont cependant passés au travers des mailles du filet judiciaire. Ce n’est toutefois pas le cas Davy Rodriguez, ancien numéro 2 du Front National Jeunesse, condamné en 2019 pour avoir traité un videur lillois de « sale nègre de merde ».
Bien habitué aux mensonges et aux calomnies, des membres du RN ont, par ailleurs, été condamnés pour diffamation. Marine Le Pen s’est, par exemple, vue infliger 500 € d’amende avec sursis en 2025 pour ses propos contre une association d’aides aux migrants, tout comme Laurent Jacobelli à 300 € pour avoir traité un député racisé de « racaille ».
Anne Claire Bell, candidate RN aux législatives en Mayenne en 2024, a largement fait parler d’elle pour une condamnation remontant à 1995. En effet, à l’époque, celle-ci voyait sa société en difficultés financières et menacée de dépôt de bilan. Pour protester, elle avait pris en otage le secrétaire général de la mairie. Durant cet épisode, elle a d’ailleurs tiré un coup de feu après une bataille avec l’employé. Heureusement, sans blessé, cette affaire a malgré tout abouti à de la prison ferme.
Le conseiller régional RN Florent de Kersauson a été condamné pour de multiples délits financiers, à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros. Puni de deux ans de prison avec sursis et de 50 000 € d’amende, l’élu breton a également écopé de cinq ans d’inéligibilité, d’une interdiction de diriger une entreprise et de 229 000 € d’indemnisation pour les victimes.
Il lui est notamment reproché d’avoir trompé des investisseurs en utilisant leur argent pour renflouer une société en cessation de paiement. Une récidive, puisque celui-ci avait déjà été sanctionné pour d’autres délits financiers en 2022.
L’affaire a secoué toute la France, puisqu’elle concerne directement Marine Le Pen et sa candidature aux présidentielles de 2027. Il s’agit ici d’un véritable dispositif de détournement de fonds publics qui a été épinglé par la justice, avec pas moins de 2,8 millions d’euros de préjudice. Vingt-cinq membres du RN ont été sanctionnés dans cette affaire, dont Louis Alliot, Julien Odoul et, surtout, Marine Le Pen. Cette dernière a écopé de trois ans de prison, dont un ferme, d’une amende de 100 000 € et de 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis.
Le parti a été reconnu coupable d’avoir créé un système entre 2004 et 2016. Ainsi, chaque eurodéputé RN avait reçu la consigne de n’engager qu’un seul assistant parlementaire avec l’enveloppe allouée à chaque élu par l’UE. Le reste de l’argent était accaparé par le mouvement d’extrême droite pour rétribuer de faux assistants qui exerçaient en réalité d’autres tâches sans rapport avec le parlement. Le majordome de Jean-Marie Le Pen a, par exemple, été rémunéré par des fonds publics, ce qui induisait un clair enrichissement personnel.
Des procédés qui pourraient également concerner Jordan Bardella, pour le moment pas encore mis en examen, mais épinglé par les médias pour avoir produit des preuves falsifiées.
« Quand allons-nous tirer les leçons et mettre en place l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce ou à l’occasion de leur mandat ? »
se demandait d’une manière hypocrite Marine Le Pen en 2013, alors qu’elle avait déjà inventé ce système. La question elle-même, pourtant, est légitime et partagée.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Vox España – WikimediaCommons
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Mr Mondialisation
Héritier du pain au levain et d’une prestigieuse famille de boulangers, Julien Poilâne s’est récemment détourné de la boulangerie industrielle pour se tourner vers l’artisanat. Un parcours axé sur la santé, le savoir-faire et le rejet des transformations modernes du pain. [Temps de lecture estimé : ~ 12 min] Maître artisan boulanger à Lyon, Julien […]
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Maître artisan boulanger à Lyon, Julien Poilâne a tourné le dos au pain fabriqué à la chaîne pour revenir à l’essentiel. Son grand-père, Pierre Poilâne, a fondé la marque du même nom en 1932 et défendait déjà un « art du pain ». Celui-ci reprend tout son sens aujourd’hui. En effet, face aux problèmes grandissants de santé publique et d’environnement, ralentir et proposer un pain sain constitue un acte subversif.
Julien Poilâne l’a bien compris. Ajouts de gluten, d’émulsifiants, d’additifs et autres levures intensives… Nombre de personnes sont devenues intolérantes à ce qui est devenu la base de l’alimentation occidentale. Alors, le maître artisan a décidé de prendre le contre-pied de ce qui est en train de détruire le métier de boulanger.
Panification et pousse lentes, usage de farines bio et locales, maintien du germe et du son de blé, cuisson au feu de bois… Pour son fils, pour les générations futures, pour l’environnement, pour les apprenti·es qu’il forme, Julien Poilâne renoue avec une exigence d’authenticité, de santé et de transparence.

Julien Poilâne : « Malgré mon grand-père et mon père qui étaient boulangers, je ne me prédestinais pas forcément à faire ce métier. J’ai commencé par faire ce qui me plaisait, c’est-à-dire une maîtrise d’économie internationale, puis un master de gestion. J’ai fini chez KPMG, à Luxembourg, à faire des trusts pour des familles qui étaient vraiment très riches ! Je faisais de l’optimisation fiscale, mais à 23 ans, j’ai réalisé que je ne pouvais pas continuer dans cette branche…
Je suis donc revenu chez mon père, sans prévenir personne. Finalement, les ouvriers avec qui je travaillais m’ont dit au bout de trois mois « C’est fou, c’est comme si tu savais déjà ». Notre métier est hyper instinctif et avant tout basé sur la température de l’eau. Et alors que je n’avais pas encore le CAP, le responsable de mon père m’a laissé le fournil avec un nouveau. J’étais jeté dans le grand bain, mais j’ai réussi à mener deux fours à bois face à face… »
Julien Poilâne : « J’ai travaillé d’abord un an chez mon père, puis j’ai passé mon CAP pour avoir les mêmes acquis que les gens avec qui j’allais travailler. Mon but était d’ouvrir une boulangerie, à Lyon. À Paris, ma famille est déjà très présente : ma cousine, ma sœur… Et avant, il y a eu mon grand-père, Pierre Poilâne, puis ses deux fils, Lionel et Max, mon père, qui ont été en conflit. Je voulais m’éloigner de tout ça et être mon propre patron.
Je suis arrivé à Lyon en 2006, où j’ai trouvé mon four à bois et j’ai pu continuer à travailler comme mon père et mon grand-père. Ce qui m’a amené au métier, on l’a vu encore plus avec la crise du COVID, c’est de donner un sens à ce qu’on fait. Faire de l’optimisation fiscale, ça a quand même assez peu de sens… »
Julien Poilâne : « J’ai tout d’abord ressenti la fierté de perdurer le travail familial. Et puis, il y a l’aspect santé : le mérite de mon grand-père fut de revenir au pain comme on le faisait il y a 3 000 ans. Partir de l’ingrédient, la farine écrasée doucement à la meule de pierre et non par broyage au cylindre métallique, c’est l’essentiel.

Ici, on écrase le blé avec son germe, contrairement aux farines blanches qui l’enlèvent et le chauffent. Alors que quasiment toute la vitalité du blé est présente dans son germe. Si vous jetez un grain de blé dans la terre et que vous l’arrosez, il poussera un épi de blé. Si vous enlevez le germe… rien ne poussera. C’est bien la preuve qu’on a retiré la vie du blé. »
Julien Poilâne : « Oui. En fait, ce qu’apprenaient mon grand-père puis mon père, c’est le ralentissement de la panification, c’est-à-dire le retour à la lenteur, de la mouture jusqu’au façonnage. J’ai doublé le temps de fermentation, qui est de 48 heures chez moi. La miche n’a pas besoin d’ajout de gluten pour être façonnée la veille et fermentée au froid.
Je conserve le germe, mais également les sons qui contiennent énormément de minéraux. L’autre ingrédient essentiel, c’est le levain : il donne au pain son goût, sa couleur, sa conservation. J’ai un levain qui est pur, naturel, et qui a également une fonction santé, car il assure la dégradation du gluten. »

Julien Poilâne : « Alors que c’est naturel, mais qu’on nous l’a faite consommer à l’excès. Les gens ne savent souvent pas que la farine de tradition, par exemple, contient des ajouts de gluten. C’est pour cela que je ne travaille qu’avec des farines 100% blé, sans aucun ajout. Le souci, c’est que des gens en boutique viennent nous demander du pain sans gluten. Alors, j’essaie de leur expliquer qu’ils ont été surexposés, via le pain ou les viennoiseries.
« 80% des boulangers achètent leur viennoiserie surgelée… »
Moi-même, en défaut de personnel, un mois d’août, j’en ai acheté. J’ai demandé la meilleure qualité qui soit, mais l’étiquette d’ingrédients était énorme : farine de blé, gluten, émulsifiants et tous les E qu’on peut imaginer. Je comprends que les gens fassent ça pour l’aspect économique, mais il faut voir ce que ça implique… Malheureusement, le rythme imposé aux boulangers les contraint à trouver des alternatives pour accélérer le processus. Donc, on ajoute du gluten, des émulsifiants… Résultat, on se retrouve avec un métier qui s’est tiré une balle dans le pied, car les gens ne digèrent plus ces produits-là. »
Julien Poilâne : « Oui car au départ, j’étais dans la grande distribution. J’avais 50 personnes, 80 points de vente. En 2019, la rentabilité s’est essoufflée, tout était devenu trop gros, les équipes étaient épuisées. Je ne pouvais plus avoir de qualité du produit, parce que je demandais des volumes. C’était impossible de concilier les deux.
« Je ne pouvais plus avoir de qualité du produit, parce que je demandais des volumes. C’était impossible de concilier les deux. »
Il y a eu cette problématique humaine, puis environnementale : du pain emballé dans du plastique, l’obligation de remplir mes rayons en commandant plus que nécessaire et donc en jetant de la marchandise… J’imaginais brûler un tiers des champs de blé que je sollicitais pour faire ma farine, le travail humain combiné à ça, et puis cette pression permanente, cette décision du prix.
J’ai donc voulu me recentrer sur mes boutiques. J’en avais trois qui tournaient bien. Mais le Covid a très fortement impacté mes chiffres d’affaires. J’ai donc fini par me séparer de mes boutiques avenue de Saxe et avenue des Frères Lumière, pour me recentrer sur ma première boulangerie, rue Casimir Périer. »

Julien Poilâne : « Oui, car cela me permet d’avoir un impact positif. Je suis par exemple passé en farine bio et locale, d’un moulin qui est à 75 km de chez moi. Chose impossible à faire en grande distribution. Mon crédo, c’est de se dire que mon fils doit pouvoir manger ce qu’il veut dans ma boutique, sans jamais mettre sa santé en péril. Je ne veux pas l’empoisonner, tout comme je veux préserver la planète dans laquelle il va vivre. Pour mes sandwichs, j’utilise du beurre français, des œufs élevés en plein air, parce que je pense que l’animal compte aussi. »
Julien Poilâne : « En fait, beaucoup d’entre eux m’ont suivi fermeture après fermeture, jusqu’à la boutique actuelle rue Casimir Périer. Ça a été très bien perçu. Certains sont un peu tristes de ne pas me retrouver dans plus d’endroits.
« Mais encore une fois, je pense vraiment que la qualité passe par les petites quantités. »
En fait, le système est fait de telle sorte que soit tu es très grand, soit tu es très petit. Or, pour rester artisan et bien faire son travail, il faut rester à taille humaine. »

Julien Poilâne : « J’aimerais bien rayonner un peu plus autour de moi, notamment redistribuer aux restaurants. J’ai aussi en tête l’idée d’une école. J’ai eu mon titre de maître artisan après avoir formé 20 apprentis. La formation m’attire, car je trouve que c’est important de transmettre. Et c’est vraiment sympa de partager ces valeurs-là, parce qu’il y a de plus en plus de gens qui y sont sensibles. »
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : Julien Poilâne / Ô Le Pain
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Mr Mondialisation
En ce jour de célébration de la révolution française de 1789, Mr Mondialisation revient sur une révolution plus récente : celle du soulèvement arménien du printemps 2018. En effet, il y déjà 8 ans, l’Arménie a réussi ce qu’aucune ancienne nation soviétique n’était parvenue à faire : renverser en douceur un régime corrompu sans mettre le […]
The post Arménie : le succès de la révolution de « velours » first appeared on Mr Mondialisation.[Article initialement publié le 2 novembre 2018, mis à jour le 14 juillet 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 9 min]
Quelques mois après le soulèvement arménien du printemps 2018, Hélène Pillon est allée à la rencontre des habitant·es, recueillir les récits de cette révolution contemporaine.
« T’étais jamais venue ici ? Pendant la révolution, l’Ilik café c’était un peu notre QG », explique Narek Aleksanyan, sur un coin de table de ce troquet bohème de la capitale arménienne. Alors que le thé infuse, le jeune homme remet un peu d’ordre dans ses cheveux et ses souvenirs : « J’étais présent au premier rassemblement à Erevan mi-avril, il n’y avait pas tant de monde que ça et pour être honnête, je n’y croyais pas trop, je n’aurais jamais pensé que ça marcherait ». À vrai dire, personne n’y croyait. Et pourtant, en un mois à peine, les Arméniens ont renversé un gouvernement autoritaire en place depuis 10 ans.
En 2017, le président républicain Serzh Sargsyan, arrivé à la limite des deux mandats présidentiels autorisés, décide de changer la constitution et de transférer l’essentiel des pouvoirs au Premier ministre, tout en promettant de ne pas se présenter à son poste. En avril 2018, sans surprise, il se retrouve à la tête du gouvernement. Un énième abus dans ce pays habitué à la corruption et aux élections truquées. Une mauvaise habitude que le leader de l’opposition, Nikol Pashinyan ne veut plus laisser passer. Le député entame alors une marche dans le pays pour réclamer la démission de Serzh Sargsyan, chose qu’il obtiendra, après avoir entraîné la population dans une joyeuse et pacifique grève générale de plusieurs semaines. Une révolution de « velours » qui aboutira à sa nomination à la tête de l’État le 8 mai.

Comme tous les Arméniens, Narek, s’empresse de corriger le tir : « Ce n’est pas la révolution de Nikol Pashinyan, c’est la révolution du peuple. Sans la société civile, ça n’aurait pas été possible ».
Dans les villes arméniennes, ce ne sont pas seulement des militant·es avisé·es qui ont défilé, mais aussi des étudiant·es, des parents et leurs jeunes progénitures, des chauffeurs qui font résonner leurs klaxons ou des femmes au foyer à leur fenêtre qui frappent sur des casseroles. Tatul Hakobyan, journaliste à Civilnet, analyse :
« Chaque Arménien a compris qu’ils comptaient autant que Nikol Pashinyan »
Le reporter se souvient clairement du jour où il a réalisé que ce mouvement était différent de tous ceux qu’il avait suivis depuis la chute de l’URSS. Le 20 avril, il couvre un rassemblement dans un quartier excentré de la capitale. Au début, seul un petit groupe est présent, il pleut et la police tente d’empêcher la manifestation.
Deux heures plus tard, le cameraman qui l’accompagne lui dit de monter sur un petit talus et de regarder derrière lui : « Il y avait 50 000 personnes ! ». Partout, tous les jours, les mêmes effets : la foule grossit sans cesse. Le 22 avril, alors que Nikol Pashinyan est brièvement détenu, plus de 100 000 habitant·es sur le million que compte Erevan, se retrouvent aux alentours de la place de la République au centre de la capitale. Le lendemain Serzh Sargsyan démissionnait en présentant ses excuses.
En France et ailleurs, un tel rassemblement politique se serait sans doute soldé par quelques débordements et une violente charge des forces de l’ordre. Jusqu’à présent, les activistes arménien·nes étaient également habitué·es aux tristes fins : en 2008, dix personnes avaient été tuées pendant des manifestations. Une décennie plus tard, Pashinyan et ses camarades ont tiré des leçons de cette expérience douloureuse.
Rapidement, ils ont donné un mot d’ordre : pas de violence. Pour Ashot Khachatryan qui milite depuis plusieurs années, c’est l’élément qui a fait la différence :
« Quand tu utilises la violence, tu as déjà perdu, car tu ne peux pas combattre le système avec sa propre force. Dès qu’on a décidé de miser sur la désobéissance civile, je savais qu’on allait gagner ».
Durant presque un mois, les manifestants vont bloquer certains bâtiments et les rues principales des grandes villes, y chanter, danser, faire des barbecues… Et lorsqu’ils se retrouvent face à des policiers cagoulés, uniformes anti-émeutes sur le dos, ils lèvent les mains au ciel en signe de paix et invitent « leurs frères » à venir les rejoindre.

Un appel auquel il est difficile de résister tant les préoccupations de la foule sont simples et communes à tous les Arméniens. Les forces de l’ordre aussi pâtissent de la corruption qui remplit les poches des dirigeants haut placés, galèrent avec leur salaire dans un pays où le taux de pauvreté dépasse les 30% d’après l’OXFAM et voient leurs enfants sans avenir s’envoler vers d’autres contrées. Puis Ashot ajoute : « Tu sais l’Arménie est un petit pays, tout le monde se connaît et sait ce que tu fais ».
Au début, les autorités ont cependant bien essayé de casser la révolte, mais à la différence de 2008, toutes les actions sont filmées, photographiées et relayées. Face à une télévision acquise au pouvoir, les médias en ligne diffusent l’information 24 heures sur 24.
Si un rassemblement spontané s’organise dans un quartier, la nouvelle est transmise à tous les habitants via les réseaux sociaux. Si un faux manifestant est envoyé pour perturber le mouvement, les caméras sont là pour le dénoncer. Si la police utilise la force, les images peuvent faire le tour du monde en quelques clics. Le risque de dégrader la réputation du pays à l’international est trop risqué. Tatul résume :
« En développant les live streams, nous sommes devenus les gardes du corps de l’opposition »
Sa collègue Ani Paitjan se souvient également au moment de l’annonce de la démission de Serzh Sargsyan, d’un mélange d’euphorie et de frustration de n’avoir pas pu participer à la révolution puisqu’elle la couvrait nuit et jour. Mais elle gardera tout aussi bien en mémoire ces mains qui se posent sur son épaule en voyant le badge press et qui lui disent « merci, c’est grâce à vous aussi ».
C’est en partie pour vivre ce soulèvement qu’Ani, a décidé de rentrer vivre dans son pays natal en 2016 après avoir passé 22 ans en Belgique : « J’avais comme une intuition, je disais à ma sœur, Il y a quelque chose qui bout en Arménie, il faut que j’y aille. Cette jeunesse est particulière, il va se passer quelque chose. »
La suite des événements lui a donné raison. Ce sont les étudiant·es que Nikol Pashinyan est d’abord allé chercher pour gonfler les rangs. Ce sont eux que l’on voit en masse souriants sur les photos de la révolution. Eux qui souvent ont incité leurs parents à rejoindre le mouvement. Eux qui nettoyaient les places après chaque rassemblement. Cette génération qui n’a connu ni l’URSS ni les années de misère qui ont suivi sa chute et ne peut donc pas se réfugier dans une nostalgie du soviétisme ou au contraire se rassurer en pensant que c’était pire avant.

Des étudiant·es qui avaient pris l’habitude de regarder ce qui se passe ailleurs et faute d’avenir ici, allaient le construire en Russie, en Europe ou aux États-Unis – plus d’un million de personnes ont quitté le pays depuis son indépendance en 1991. Ani se réjouit :
« Maintenant, ils ont conscience que leur action peut avoir de l’impact, ils se disent : « On a fait une révolution, on l’a lancée et soutenue, on doit la maintenir » »
Une nouvelle énergie que partage le reste de la population. « Tous les matins depuis la révolution, je me réveille, j’ouvre les yeux et je ressens une sorte de joie. Rien n’a changé dans ma vie, mon salaire est le même, j’ai les mêmes soucis avec ma femme, mes enfants et pourtant je suis heureux », s’amuse Tatul.
Dans un taxi qui s’engouffre dans les bouchons du centre-ville, Aram, le chauffeur confirme ce sentiment d’allégresse collectif : « Bien sûr, je suis content, il faut juste être un peu patient et voir ce que nous apportera vraiment ce mouvement ». Et si à l’avenir il y avait quelques accros dans le velours de cette révolution ? Aram esquisse un sourire dans le rétroviseur : « On redescendra dans la rue, on sait comment ça marche maintenant ».
– Hélène Pillon
Photo de couverture de Hakob Manukyan pour CivilNet
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Mr Mondialisation
Des militant·es d’Extinction Rébellion ont mené une action de sensibilisation devant le Rocher Mistral, parc à thème installé au château de La Barben (Bouches-du-Rhône), en détournant des panneaux de signalisation avec les slogans « Parc à réacs, nature en vrac » et « Parc idéologique, désastre écologique ». À travers cette mobilisation, le collectif entend […]
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Photo de couverture : Extinction Rébellion
12.07.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Des associations demandent la suspension de la chasse pendant les canicules Plusieurs associations de protection de la faune réclament la suspension de la chasse lors des épisodes de canicule, estimant que les fortes […]
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Plusieurs associations de protection de la faune réclament la suspension de la chasse lors des épisodes de canicule, estimant que les fortes chaleurs, la sécheresse et les incendies fragilisent déjà fortement les animaux sauvages. Elles appellent le gouvernement à adapter la réglementation face au changement climatique. (La Relève et La Peste)
Selon un rapport du service Copernicus, la qualité de l’air en Europe poursuit son amélioration grâce à la baisse des émissions de polluants liées aux transports, à l’industrie et au développement des énergies renouvelables. Le rapport souligne toutefois que les canicules et les incendies continuent de dégrader ponctuellement la qualité de l’air. (Euronews)
Le tribunal administratif de Paris a condamné l’État français pour préjudice écologique et lui ordonne de renforcer la protection des dauphins du golfe de Gascogne, avec l’objectif de limiter les captures accidentelles à 809 animaux par an dès l’hiver 2026-2027. (La Relève et La Peste)
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 85 % des dons de sang proviennent désormais de donneurs bénévoles, mais de fortes inégalités d’accès aux transfusions persistent, notamment dans les pays à faibles revenus. L’organisation appelle les États à renforcer le financement et la gouvernance de leurs systèmes de transfusion. (Organisation mondiale de la santé (OMS))
Le quartier d’Ealing, à Londres, a réintroduit des castors pour restaurer une zone humide et limiter les inondations. Selon les responsables du projet, cette solution fondée sur la nature a permis de réduire les crues tout en favorisant le retour de la biodiversité.(CNN)
La ville de Barcelone expérimentera un asphalte fabriqué avec du biochar issu de noyaux d’olive, capable de réduire jusqu’à 76 % les émissions de CO₂ liées à sa production. Ce projet entend valoriser les déchets agricoles tout en développant des infrastructures urbaines plus durables.(La Cara Buena del Mundo)
En Écosse, une centaine de bénévoles ont récolté 11 millions de graines d’arbres indigènes, permettant de faire pousser près de 8 millions d’arbres pour restaurer la forêt atlantique, un habitat aujourd’hui fortement menacé par les activités humaines et le changement climatique. (The Guardian)
En 2026, Hawaï confirme le maintien de son interdiction de la pêche aux requins, en vigueur depuis 2022, afin de protéger ces espèces essentielles aux écosystèmes marins. La loi interdit leur capture dans les eaux de l’État, sauf exceptions limitées pour la recherche scientifique ou la sécurité publique. (World Animal News)
À l’approche de l’interdiction du commerce de viande de chien prévue en 2027, la Corée du Sud fait face à de nombreuses difficultés, entre éleveurs en difficulté, absence de solutions pour les centaines de milliers de chiens encore détenus et inquiétudes sur leur prise en charge. (BBC News)
À Gauriac (Gironde), la commune a racheté une parcelle de vigne située près de son école afin de créer une zone tampon et de réduire l’exposition des enfants aux pesticides. Le terrain est progressivement transformé en verger agroécologique, avec l’objectif de régénérer les sols et d’encourager la diversification agricole. (Vert)
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. L’Assemblée nationale adopte la proposition de loi Pauget sur les tirs policiers L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi d’Éric Pauget instaurant une présomption d’usage légitime de l’arme pour les […]
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L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi d’Éric Pauget instaurant une présomption d’usage légitime de l’arme pour les forces de l’ordre, par 313 voix contre 199. Soutenu par la droite, le RN et une partie du bloc central, le texte doit désormais être examiné par le Sénat. (Index Investigation)
Selon le journaliste Romain Molina, Donald Trump serait intervenu auprès de la FIFA pour faire lever la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun, expulsé face à la Bosnie lors de la Coupe du monde 2026. Cette affaire relance les interrogations sur l’indépendance de la FIFA face aux pressions politiques. (Le Média)
La cour d’appel a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen dans l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen, mais a réduit sa peine d’inéligibilité, lui permettant d’être candidate à l’élection présidentielle de 2027. L’article souligne toutefois que sa candidature dépendra de sa décision de faire campagne malgré une peine aménagée sous bracelet électronique. (Bon Pote)
À l’occasion du sommet de l’OTAN à Ankara, des défenseurs des droits humains dénoncent une multiplication des restrictions visant la liberté de manifester, la presse et les opposants, ainsi que des arrestations et des violations des droits fondamentaux. L’article estime que ces dérives s’inscrivent dans un contexte plus large d’atteintes aux droits humains en Turquie. (bianet)
À Trois-Bassins (La Réunion), habitants, producteurs et associations expérimentent une Sécurité sociale de l’alimentation fondée sur les circuits courts, une monnaie locale et une gouvernance participative. Le projet vise à garantir un accès à une alimentation de qualité tout en assurant une juste rémunération des producteurs. (Parallèle Sud)
Dans un billet, le Bondy Blog estime que le traitement médiatique d’Hamza, 14 ans, présenté comme un « ennemi public » après des incidents au canal Saint-Martin, illustre le phénomène d’adultification, qui conduit à priver certains enfants, notamment issus des quartiers populaires, de leur droit à l’enfance. (Bondy Blog)
Face à des incendies de plus en plus précoces et violents, chercheurs et agriculteurs estiment que la stratégie actuelle atteint ses limites et plaident pour des territoires plus résilients, misant sur la prévention, l’agriculture, le pastoralisme et un aménagement adapté des paysages. (Reporterre)
Emmanuel Macron a officiellement proposé la nomination de François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits, en remplacement de Claire Hédon. Ancien ministre et sénateur LR aux positions jugées sécuritaires, anti-immigration, anti-IVG et anti-LGBT+, sa désignation suscite des inquiétudes. (L’Humanité)
Le gouvernement a annoncé 3 milliards d’euros de coupes supplémentaires dans les dépenses publiques, dont 2 milliards pour l’État et 1 milliard pour la Sécurité sociale. De nouvelles économies pourraient également être demandées aux collectivités territoriales, dans un contexte de réduction des déficits publics. (L’Humanité)
Selon des chercheurs, les sécheresses de plus en plus fréquentes contraignent les arbres à stopper leur photosynthèse, ce qui réduit leur capacité à stocker le CO₂ et peut même transformer certaines forêts en sources d’émissions de carbone. (La Relève et La Peste).
Les États-Unis ont mené des frappes contre plus de 80 cibles en Iran en réponse à des attaques contre des navires dans le détroit d’Ormuz, mettant fin au cessez-le-feu conclu en juin. En représailles, l’Iran a visé des bases militaires américaines au Koweït et à Bahreïn, ravivant les tensions au Moyen-Orient et faisant grimper les prix du pétrole. (Huffington Post)
– Mauricette Baelen
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