15.09.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Durant les élections municipales de mars 2026, une opération numérique a cherché à discréditer La France insoumise et plusieurs de ses candidats. Baptisée « Rokh Solis », cette campagne est désormais considérée par les autorités françaises comme une ingérence numérique israélienne. Dans un rapport publié le 11 juin 2026, Viginum, le service technique et opérationnel […]
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Dans un rapport publié le 11 juin 2026, Viginum, le service technique et opérationnel de l’État français chargé de la vigilance et de la protection contre les ingérences numériques étrangères, affirme avoir identifié plusieurs indices techniques indiquant « l’implication d’acteurs israéliens ».
Les investigations conduisent notamment vers une structure appelée BlackCore, spécialisée dans les opérations d’influence numérique. Mais une question essentielle demeure : qui a commandité cette campagne contre LFI ?
Viginum a détecté Rokh Solis en mars 2026, pendant les élections municipales. Le dispositif reposait sur plusieurs sites partageant des caractéristiques techniques communes. Leurs contenus étaient ensuite relayés sur TikTok, Instagram, Facebook et X par des comptes présentant plusieurs signes d’inauthenticité.
Pour Viginum, l’objectif politique de cette manœuvre d’influence ne fait guère de doute. L’écosystème présentait une ligne éditoriale « résolument hostile » à La France insoumise. Le service décrit une « stratégie de discrédit général » du mouvement.
Trois candidats ont particulièrement été ciblés : Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix. À Marseille, un site intitulé Le Blog de Sophie s’en est notamment pris à Sébastien Delogu. Une prétendue victime l’y accusait de faits criminels.
Le dispositif dépassait donc les simples publications politiques hostiles. Il consistait à créer un écosystème capable de donner une apparence de crédibilité à des contenus trompeurs. Le parquet de Paris a depuis ouvert une enquête sur les campagnes ayant visé les trois candidats insoumis.
Un autre volet de Rokh Solis cherchait à associer La France insoumise à l’islamisme. Un faux site baptisé L’Alternative 2026 se présentait comme un guide électoral destiné aux musulman·es français·es.
Autour de lui gravitaient deux sites aux positions apparemment opposées. Le premier reprenait le nom de Forsane Alizza, une organisation islamiste radicale dissoute en 2012. Ce faux groupe affichait son soutien à L’Alternative 2026. Le second, RCN France, adoptait au contraire une ligne conservatrice, identitaire et souverainiste. Il dénonçait l’existence du prétendu projet islamiste. Les opérateurs fabriquaient ainsi les deux camps d’une même confrontation. De prétendus islamistes soutenaient un projet présenté comme favorable à LFI, tandis que de faux militants conservateurs dénonçaient cette proximité.
Viginum estime que cette mécanique cherchait à polariser le débat public français en instrumentalisant la communauté musulmane. Les enquêteurs ont également identifié plusieurs indices conduisant vers Israël. Des caractères hébreux apparaissaient dans les métadonnées d’un site, et un compte TikTok associé au dispositif était localisé en Israël.
Des faux comptes ont aussi partagé des publications islamophobes liées à l’organisation pro-israélienne ELNET et diffusé les hashtags #TheWestIsNext et #TheWestIsNow. Pour Viginum, ces différents éléments indiquent « l’implication d’acteurs israéliens » mais ne démontrent pas qu’ELNET aurait organisé la campagne.
Les investigations françaises ont surtout conduit vers une structure : BlackCore.Cette entité se présentait comme une entreprise israélienne spécialisée dans l’influence et la guerre informationnelle. Viginum a identifié une infrastructure Internet associée à BlackCore et des outils permettant notamment l’amplification artificielle de contenus. Son existence juridique reste pourtant difficile à établir. Viginum parle ainsi d’une « pseudo-entreprise », qui ne semble pas inscrite au registre israélien des sociétés.
BlackCore disposait néanmoins d’un site Internet enregistré en août 2025 et d’une présence sur LinkedIn. Plusieurs sous-domaines permettaient d’entrevoir ses activités dont la formation en communication numérique auprès du gouvernement angolais. D’autres renvoyaient vers des outils d’amplification sur les réseaux sociaux. BlackCore a ensuite largement disparu d’Internet. Son site et sa page LinkedIn ont notamment été mis hors ligne après les premières révélations.
Son activité pourrait par ailleurs dépasser le cas français. Selon Reuters, les autorités soupçonnent BlackCore d’avoir participé à des opérations d’influence concernant des élections à New York, en Écosse, en Angola et au Togo. D’après Viginum, une campagne avait notamment visé Zohran Mamdani, élu maire de New York en 2025. En Écosse, des contenus négatifs ont ciblé le Premier ministre John Swinney. Tous deux ont publiquement critiqué la politique menée par Israël à Gaza, tout comme LFI qui est particulièrement engagée contre le génocide palestinien.
C’est la principale inconnue de l’affaire. Viginum établit l’existence d’une ingérence numérique étrangère et relève des marqueurs indiquant l’implication d’acteurs israéliens. BlackCore constitue également une piste importante de l’enquête.
Mais rien ne permet actuellement d’attribuer spécifiquement l’opération. Viginum précise qu’aucun élément ne permet d’établir « l’identité et l’origine des commanditaires » ayant pu recourir aux services de BlackCore. Le rôle éventuel d’ELNET reste lui aussi indéterminé. La diffusion de ses publications par certains comptes ne constitue pas une preuve de commandite.
Malgré une audience limitée, Rokh Solis pose néanmoins un problème démocratique majeur. Pour Viginum, l’opération a délibérément cherché à influencer l’opinion publique dans le cadre d’un scrutin. À quelques mois de la présidentielle de 2027, l’affaire illustre aussi la professionnalisation des opérations privées d’influence.
– Florian Douare
Photo de couverture de Julio Lopez sur Unsplash
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Mr Mondialisation
Lorsque des difficultés scolaires, attentionnelles, comportementales ou développementales apparaissent chez un enfant expatrié, l’éloignement géographique peut révéler un frein inattendu : l’accès à une évaluation neuropsychologique adaptée à sa langue maternelle et à son parcours scolaire. Comment accompagner un enfant lorsque les outils disponibles localement ne correspondent pas toujours à ses références linguistiques et culturelles […]
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Vivre à l’étranger est souvent présenté comme une opportunité offrant aux enfants un environnement riche, multiculturel et stimulant. Mais cette vision masque des réalités très différentes selon les contextes.
Le vocabulaire lui-même en témoigne : on parle volontiers d’« expatriation » pour décrire les mobilités professionnelles, diplomatiques ou économiques favorisées de personnes disposant de visas facilités et de ressources stables, tandis que les départs contraints, les migrations précaires et les situations administratives irrégulières sont qualifiés de « migration » ou d’« immigration », avec tout ce que ces termes charrient d’obstacles structurels, de racisme, d’instabilité et de rapports de pouvoir hérités de la colonisation.
C’est à la première de ces situations – celle des familles francophones « expatriées » – que s’intéresse cet entretien.
Coline Pawlowski : « Parce que plusieurs facteurs se superposent. Il y a d’abord les difficultés propres à l’enfant, mais aussi le contexte linguistique, le changement de système scolaire, parfois le bilinguisme ou le plurilinguisme, et l’accès très variable aux professionnels selon les pays.
Une difficulté d’attention, de lecture ou d’organisation peut être attribuée un temps à l’adaptation à l’expatriation. À l’inverse, il faut également éviter de pathologiser ce qui relève simplement d’une période d’adaptation. Toute la difficulté consiste à replacer les observations dans l’histoire développementale, linguistique et scolaire de l’enfant. »
Coline Pawlowski : « Une évaluation neuropsychologique ne consiste pas simplement à traduire des consignes. Les outils sont construits et étalonnés pour une population donnée. Le vocabulaire, la compréhension des consignes, les références culturelles et le parcours scolaire peuvent influencer les résultats.
Lorsque l’enfant est scolarisé dans le système français et que sa langue de référence est le français, disposer d’outils adaptés permet une interprétation beaucoup plus pertinente. Cela ne signifie pas qu’un bilan réalisé localement est nécessairement inadapté, mais que la question de la langue et des normes utilisées doit être examinée avec attention. »

Coline Pawlowski : « Les motifs sont très variés : difficultés persistantes en lecture ou en mathématiques, lenteur, problèmes d’attention, impulsivité, fatigabilité, difficultés de mémorisation ou d’organisation, décalage dans les interactions sociales, suspicion de TDAH, de trouble dys, de TSA ou, plus largement, interrogations sur le fonctionnement cognitif de l’enfant.
Le bilan ne doit pas être pensé comme une recherche systématique de diagnostic. Il sert d’abord à comprendre un fonctionnement, à identifier les points d’appui et les fragilités, puis à déterminer si des investigations ou des accompagnements complémentaires sont nécessaires. »
Coline Pawlowski : « Oui, dans certaines situations. Les parents peuvent ne pas savoir vers qui se tourner, les délais peuvent être importants, ou les professionnels disponibles peuvent ne pas disposer des outils correspondant à la langue d’origine de l’enfant. Les familles peuvent également attendre un retour en France pour engager les démarches.
Pendant ce temps, l’enfant continue à rencontrer les mêmes difficultés et l’école tente souvent de mettre en place des ajustements avec les informations dont elle dispose. Ce délai peut avoir des conséquences sur les apprentissages, mais aussi sur l’estime de soi et le vécu scolaire. »
Coline Pawlowski : « C’est essentiel. Un compte rendu utile ne devrait pas seulement comporter des scores. Il doit traduire les résultats en éléments compréhensibles pour la famille et l’équipe pédagogique : pourquoi l’enfant se fatigue, pourquoi certaines tâches lui demandent davantage d’effort, quels aménagements peuvent être pertinents, quelles stratégies peuvent l’aider.
Pour les enfants expatriés scolarisés dans un établissement français, le fait que les recommandations puissent être directement mises en lien avec leur environnement scolaire facilite aussi la continuité de l’accompagnement. »
Coline Pawlowski : « Le projet est né très concrètement au sein de mon cabinet en Lozère, à partir de la situation d’un enfant lozérien vivant à l’étranger avec sa famille. Il rencontrait des difficultés dans son parcours scolaire et ses parents se heurtaient à la difficulté de trouver, sur place, une évaluation neuropsychologique adaptée et réalisée avec des outils français. La famille a finalement choisi de revenir en France, en Lozère, afin que leur enfant puisse réaliser son bilan au cabinet.
Cette situation m’a amenée à réfléchir à ce que vivent de nombreuses familles expatriées : devoir parfois organiser un retour en France uniquement pour accéder à une évaluation dans la langue maternelle de leur enfant, avec des outils adaptés à son parcours scolaire et culturel. C’est à partir de cette expérience très concrète qu’est née l’idée de Neuropsy Pawlowski Expat : plutôt que de demander systématiquement aux familles de revenir en France, pourquoi ne pas envisager, lorsque cela est possible, de déplacer cette expertise jusqu’aux enfants français et francophones vivant à l’étranger ? »

Coline Pawlowski : « Des déplacements sont envisagés à partir de 2027, en lien avec des établissements français à l’étranger et selon les possibilités réglementaires de chaque pays. Le principe serait de regrouper plusieurs évaluations sur une période déterminée afin que les familles puissent accéder localement à un bilan en français.
Il ne s’agit pas de remplacer les professionnels présents dans le pays, mais de proposer une réponse complémentaire lorsqu’un besoin spécifique existe, avec l’objectif de travailler en articulation avec les équipes éducatives et, lorsque c’est nécessaire, les professionnels de santé locaux. »
Coline Pawlowski : « Elle peut être très utile pour certains entretiens, restitutions, échanges avec les parents ou les équipes scolaires. En revanche, de nombreuses épreuves neuropsychologiques standardisées nécessitent des conditions de passation précises, du matériel spécifique et une observation clinique directe. On ne peut donc pas transposer automatiquement l’intégralité d’un bilan derrière un écran sans s’interroger sur la validité de ce que l’on mesure. »

Coline Pawlowski : « Éviter qu’un enfant passe plusieurs années à entendre qu’il ne fait pas assez d’efforts alors que personne n’a encore compris pourquoi certaines tâches sont si coûteuses pour lui.
Un diagnostic peut être important lorsqu’il est indiqué, mais le véritable objectif reste la compréhension du fonctionnement de l’enfant. Mettre des mots sur ses difficultés, identifier ses ressources et proposer des réponses adaptées peut changer profondément son rapport à l’école. »
Coline Pawlowski : « Il faudrait surtout fluidifier les parcours : mieux informer les familles sur les ressources existantes, développer les liens entre établissements français à l’étranger et professionnels francophones, faciliter les échanges avec les professionnels locaux et penser davantage la continuité des accompagnements lors des mobilités internationales. L’expatriation ne devrait pas créer une rupture dans l’accès à l’évaluation ou à l’accompagnement d’un enfant. »
Photo de couverture de Ben Mullins sur Unsplash
13.09.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Pour contrer un peu le blues du dimanche, voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine ! 1. Mexique : inégalités et pauvreté au plus bas Depuis 2018, les politiques sociales et salariales menées par les gouvernements de gauche auraient permis à 13,4 millions de Mexicains de sortir de la pauvreté. Selon les […]
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Depuis 2018, les politiques sociales et salariales menées par les gouvernements de gauche auraient permis à 13,4 millions de Mexicains de sortir de la pauvreté. Selon les chiffres présentés par le gouvernement de Claudia Sheinbaum, les inégalités auraient également atteint leur niveau historique le plus bas. (L’Humanité)
En Côte-d’Or, la restauration de ruisseaux, mares et zones humides permet de mieux retenir et infiltrer l’eau, maintenant des sols et des prairies plus humides en période sèche. Des éleveurs témoignent avoir ainsi évité d’acheminer de l’eau à leurs troupeaux tout l’été, tandis que la biodiversité a également progressé. (Reporterre)
Parcs, bibliothèques, musées ou centres culturels : le réseau permet à 99 % des habitant·es d’accéder à un refuge à moins de dix minutes à pied. La ville veut encore renforcer le dispositif, alors que seules 19 des 52 capitales provinciales espagnoles disposent actuellement d’un réseau similaire. (Reporterre)
Une vingtaine de mutuelles, couvrant 14 millions de personnes, demandent l’application stricte de la réglementation européenne et une sortie totale des pesticides. Elles défendent notamment la généralisation des « ordonnances vertes » pour les femmes enceintes et développent un mouvement mutualiste qui parcourt l’Europe depuis 2025 en vue d’imposer un nouveau chapitre en terme de santé publique. (La Relève et La Peste)
Au moins 75 projets de data centers, représentant 130 milliards de dollars d’investissements, ont été bloqués ou retardés aux États-Unis entre janvier et mars 2026. Face à leur forte consommation d’eau et d’électricité, les mobilisations locales se multiplient : 833 groupes d’opposition sont désormais actifs dans 49 États, tandis que plusieurs États imposent moratoires, recours ou audits avant d’autoriser de nouveaux projets. (Futura)
Six orangs-outans, dont deux bébés, ont été secourus en une semaine alors que les incendies menaçaient leur habitat dans le Kalimantan occidental. Avec ces sauvetages, 15 orangs-outans ont été évacués en un mois grâce aux autorités, aux associations et aux habitants mobilisés sur place. (France 24 | AFP)
Quatorze laboratoires vont tester l’allongement de la durée de conservation de 73 médicaments, dont le paracétamol, la lévothyroxine et la mélatonine, avec jusqu’à cinq années supplémentaires envisagées pour certains. Une mesure qui pourrait réduire le gaspillage, alors que 40 % des médicaments rapportés en pharmacie ne sont pas périmés et que les médicaments non utilisés coûtent chaque année 517 millions d’euros à l’Assurance maladie. (Que Choisir)
Depuis cette rentrée, tous les étudiants peuvent bénéficier d’un repas à 1 euro dans les restaurants universitaires du Crous, une mesure réclamée de longue date face à la précarité étudiante. Mais l’extension s’accompagne de limites : un seul repas à 1 euro par jour, une qualité jugée en baisse et des moyens humains encore insuffisants dans les Crous. (Alternatives Economiques)
Sept femmes Siekopai surveillent les nids de tortues charapa, déplacent les œufs menacés par les crues, les prédateurs et la pollution, puis relâchent les jeunes tortues dans le fleuve Aguarico. Lors de la saison 2025-2026, elles ont ainsi fait éclore et relâché 208 tortues sur 235 œufs collectés, tout en transmettant ces pratiques de conservation aux générations suivantes. (MongaBay)
– Mara Prone
Photo de Couverture : Claudia Sheinbaum en 2018 / WikimediaCommons
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Mr Mondialisation
Vous n’avez pas pu suivre l’actualité cette semaine ? Voici 10 infos à ne pas manquer ! 1. L’extrême droite triomphe en Saxe-Anhalt L’AfD a remporté 43,8 % des voix aux élections régionales du 6 septembre, obtenant 39 des 83 sièges mais restant juste sous la majorité absolue. La CDU de Friedrich Merz s’effondre à […]
The post AfD, loi intégrale et A412 : Top 10 actus de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.L’AfD a remporté 43,8 % des voix aux élections régionales du 6 septembre, obtenant 39 des 83 sièges mais restant juste sous la majorité absolue. La CDU de Friedrich Merz s’effondre à 17,2 %, tandis que l’AfD cherche désormais à gouverner malgré le refus affiché des autres partis de former une coalition avec elle. (Reuters)
Portée politiquement par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et inspirée des propositions d’une coalition féministe et enfantiste de plus de 150 organisations, la proposition prévoit notamment prévention, protection des victimes, justice spécialisée et renforcement de la prise en charge. La commission spéciale de l’Assemblée nationale a débuté ses travaux le 7 septembre ; l’examen en commission est prévu à partir du 21 septembre. (Le Monde)
Alors que les travaux de l’A412 viennent de débuter en Haute-Savoie, des opposant·es se mobilisent pour empêcher les déboisements, dénonçant des travaux qu’ils estiment irréguliers alors que certaines expropriations sont encore en cours. Le projet de 16,5 km doit artificialiser au moins 177 hectares, dont 70 ha de terres agricoles et 56 ha de zones humides, malgré un avis défavorable du Conseil national de la protection de la nature. (Reporterre)
Donald Trump promet 5 000 $ à chaque citoyen·ne américain·e majeur·e si les républicains conservent la Chambre et le Sénat en novembre, une mesure qui coûterait plus de 1 000 milliards de dollars. Lors de la convention républicaine au Texas, il a aussi appelé les électeur·rices à « faire comme si j’étais sur le bulletin », alors que sa popularité reste faible et que les républicains risquent de perdre la Chambre. (The Guardian)
Des maires, auditionnés par une commission d’enquête du Sénat, alertent sur les failles du périscolaire face aux violences faites aux enfants : manque de contrôle et de formation, mais surtout mauvaise coordination avec la justice. Ils réclament notamment un meilleur partage d’informations entre collectivités, Éducation nationale et justice, ainsi que des formations au repérage des violences pour les personnels. (Public Sénat)
Une vidéo tournée à leur insu en novembre 2025 révèle, sur près de six heures de patrouille, une succession de propos racistes, misogynes, homophobes et appelant notamment à une dictature. Le principal auteur des propos, proche du RN et membre de son service d’ordre, a été exclu du parti ; les quatre policiers concernés ont été suspendus et une enquête judiciaire est ouverte. (L’Humanité)
À Glomel, en Bretagne, des salariés et intérimaires d’Imerys dénoncent une exposition à des poussières de silice cristalline, cancérogènes et responsables de graves maladies respiratoires. Des contrôles auraient révélé des dépassements des seuils réglementaires, tandis qu’un ancien intérimaire poursuit l’entreprise pour faute inexcusable. (Splann)
La Slovaquie va saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour contester le nouveau règlement européen sur les nouvelles techniques génomiques (NGT), adopté en juin. Le gouvernement de Robert Fico estime que les garanties sanitaires et environnementales sont insuffisantes ; des scientifiques, apiculteurs, agriculteurs et ONG slovaques contestent également le texte au nom du principe de précaution. (Terre Net)
Le 4 septembre 2026, à Saintes, une conférence de La Boussole Saintaise et de Bassines Non Merci consacrée aux mégabassines a été reportée après l’arrivée d’une trentaine de personnes se présentant comme des agriculteurs pro-bassines. Le groupe aurait intimidé les participant·es, menacé de revenir à 200 personnes et bloqué le portail avec un antivol, tandis que l’association dénonce une atteinte à la liberté de débat et prévoit de déposer plainte. (CP La Boussole Saintaise & BNM 17 | France 3 Aquitaine)
Une enquête de Haaretz révèle que le président émirati Mohamed ben Zayed aurait personnellement averti Netanyahu, dix jours avant le 7 Octobre, qu’une opération majeure préparée par Yahya Sinwar était imminente. Selon l’enquête, Netanyahu aurait minimisé la menace sans transmettre l’alerte aux services de sécurité ; son bureau dément catégoriquement et menace Haaretz de poursuites. (Truthout)
– Mara Prone
Photo de couverture : mobilisation contre l’AfD, 2025 / WikimediaCommons
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Renard polaire
C’est un projet actuellement mené par un seul homme, mais au potentiel mondial. Améliorer la fin du mois, anticiper la fin d’un monde : avec EQO, les plus dépensiers seraient pénalisés, et les plus sobres récompensés grâce à un système de redistribution de « monnaie carbone ». Et si ça fonctionnait ? Cela fait plus […]
The post Fin du monde et fin du mois : enfin conciliables avec le projet EQO ? first appeared on Mr Mondialisation.Cela fait plus de cinq ans que Laurent travaille sur EQO. Alarmé par la situation climatique et le fait qu’elle soit majoritairement imputable aux plus privilégiés, cet avocat de 35 ans décide de formuler une proposition visant à articuler réduction des émissions et redistribution sociale.
Passionné par la science, les chiffres et les proportions, Laurent s’inspire des premiers modèles nés dans les années 1990 et même mis sur la table en 2008 par le gouvernement britannique. En somme, EQO consiste à attribuer à tout un chacun une part de carbone égale et échangeable : les plus pauvres et les plus riches partent ainsi sur un pied d’égalité. Moins d’EQO dépensés qu’attribués ? Le reliquat est remboursé en euros. Besoin de plus d’EQO que la moyenne ? Il faudra mettre la main au portefeuille.
En plus d’un système qui se veut égalitaire et redistributif, EQO s’inscrit dans une optique de sobriété à la fois nécessaire et choisie. Celle-ci valorise l’occasion et le réemploi et fait prendre conscience de l’impact de tous les achats – alimentaires, vestimentaires, de loisir, etc. Le site d’EQO présente en détail les principes et les hypothèses du projet. Rencontre avec Laurent, son créateur.
[Pour le moment, ce projet reste une proposition personnelle de son concepteur, qui n’a pas encore été soumise à une évaluation indépendante contradictoire. Ses effets sociaux, démocratiques, économiques et écologiques mériteraient donc d’être examinés au-delà de la seule réduction des émissions de gaz à effet de serre. / ndlr*]

Laurent : « J’ai 35 ans et suis avocat auprès de collectivités territoriales, donc j’exerce auprès du secteur public. Je suis également l’heureux papa d’un enfant d’un an et demi. Les sciences m’ont toujours intéressé, même si je ne me suis pas destiné à cette carrière-là, avec regret parfois. Je crois que je suis également « éco-anxieux », même si je déteste ce terme… Je travaille sur EQO depuis plus de cinq ans, en dilettante car très pris par mon travail. Mais à la naissance de mon fils, je me suis dit que je lui devais d’apporter ma petite contribution à la réflexion générale… »
Laurent : « Celle d’un réflexe que j’ai pour tout : j’ai besoin d’avoir le sens des proportions. Je change d’échelle constamment pour avoir un ordre d’idée, notamment via des tableurs Excel. Par exemple : la Terre, au lieu d’avoir 4,5 milliards d’années, elle a 45 ans. Du coup, une vie, c’est 20 secondes, l’humanité, une journée, etc.
Le réchauffement climatique étant une préoccupation majeure pour moi, j’ai essayé de comprendre notre budget carbone. On entend souvent parler de 2,5 tonnes. J’ai lu beaucoup de rapports pour comprendre les calculs, puis j’ai fait les miens. L’ADEME, notamment, exprime la quantité carbone en kilos ou en grammes. Mais ce n’est pas parlant pour la majorité des gens.

J’ai donc raccroché ce calcul à quelque chose qui nous est familier. Qui dit dépense, dit argent : 2,5 tonnes, ça peut vite se ramener à 25 000. Or, 25 000, c’est quasiment le revenu médian des Français. Il s’avère que le ratio EQO / euro fonctionne naturellement bien. Par exemple, sur l’électricité, le tarif réglementé est de 20 centimes le kilowatt-heure. Moi, je tombe à 20 centimes d’EQO.
Le ratio devient d’autant plus parlant sur d’autres produits, comme le bœuf. On sait qu’il pollue énormément, mais pas toujours à quel point. Un kilo de poulet équivaut à 30 ou 40 EQO : un kilo de bœuf, c’est 300. On retrouve un ordre de grandeur plus familier en appliquant cette unité nouvelle, qui s’appuie sur notre familiarité avec les prix en euros. »
« Les politiciens nous sortent de grandes phrases sur la nécessité d’agir, mais ils ne font rien. Alors, à nous de trouver des solutions qui marchent ! »
Laurent : « Oui, car plus le revenu augmente, plus les dépenses aussi et, donc l’empreinte carbone qui va avec. Il y a une vraie injustice à échelle mondiale. Les populations qui vont le plus souffrir du réchauffement climatique, notamment via des pénuries d’eau, des assèchements ou des pertes de culture, sont celles qui y ont le moins contribué.
Le but d’EQO est de créer un système redistributif basé sur un budget carbone qui permettrait d’assurer effectivement l’atteinte des 2,5 tonnes en 2050. Je pense que c’est rassurant d’imaginer que ça soit possible. Les politiciens nous sortent de grandes phrases sur la nécessité d’agir, mais ils ne font rien. Alors, à nous de trouver des solutions qui fonctionnent !
Il s’agit vraiment d’un système équitable au sein duquel les plus riches qui ne voudront pas faire d’efforts seront contraints de payer pour acheter des EQO et continuer à consommer. [Mais cela soulève une question importante : jusqu’où une capacité financière peut-elle permettre de maintenir des consommations fortement émettrices sans envisager un changement profond de paradigme ? / ndlr*]. C’est un moyen social pour réduire les écarts. De plus, selon mes simulations, quelqu’un qui vivrait très sobrement, sans pour autant faire de l’autosuffisance complète, pourrait quasiment toucher un SMIC chaque mois – sans que ça ne pèse sur l’économie. EQO ne coûtera pas un euro à l’État ni à une quelconque autre collectivité publique. »

Laurent : « Par une autorité indépendante, purement scientifique. Elle aurait une existence supra législative, donc impossible à supprimer par une simple nouvelle loi. C’est pour cela que je propose une loi référendaire pour son adoption. La première vocation de cette autorité serait de fixer des forfaits de prix par type de produit, donc une nomenclature – un peu comme l’a fait l’ADEME jusqu’à maintenant avec sa base carbone. Il faut absolument que cela reste scientifique, loin de tout lobbying.
La deuxième vocation serait de gérer le marché des EQO, afin qu’ils passent toujours par l’autorité, qu’elle joue un rôle tampon entre acheteur et vendeur. Cela permettrait d’avoir un stock pour qu’il n’y ait jamais de pénurie d’EQO mais sans jamais en créer, puisque ils sont reportés d’une année à l’autre. L’autorité scientifique agirait comme une sorte de régulateur de marché.
Son deuxième rôle majeur, c’est qu’elle achète au vendeur les EQO à un prix réglementé fixé dans la loi, à savoir une dotation globale qui passe en gros de 80 000 et quelques à 25 000, divisé par le revenu médian. Cela permettrait de stabiliser la valeur de l’EQO tout en s’assurant qu’en cas de gros événements économiques, il ne s’effondre pas. »
« EQO ne concerne que le neuf. Les achats d’occasion ne rentrent pas dans le système, donc les espèces gardent un sens sur tous les achats d’occasions. »
[EQO ne concernerait que les biens neufs dans la version actuelle du projet. Les achats d’occasion en seraient exclus afin de favoriser le réemploi, mais cette distinction soulève des questions de traçabilité et de périmètre : comment traiter le reconditionné, les pièces détachées, les réparations, les importations ou les biens revendus plusieurs fois ? / ndlr*]
Laurent : « EQO ne concerne que le neuf. Les achats d’occasion ne rentrent pas dans le système, donc les espèces gardent un sens sur tous les achats d’occasions. Pour le neuf, soit on supprime les espèces, soit il faut tenir une comptabilité. Mais finalement, le risque de fraude n’est pas plus grand que celui qui existe aujourd’hui pour la TVA… »
Laurent : « Pour moi, il faut un référendum. Cela reste un changement de paradigme assez radical. L’intérêt, par contre, c’est qu’il est progressif et transparent. C’est-à-dire qu’on sait où on va et ça se fait petit à petit, jusqu’en 2050. Par ailleurs, cela va créer de nouveaux emplois car le marché de l’occasion va exploser, ainsi que celui de la réparation. C’est donc aux Français de décider.

EQO offre la possibilité de choisir entre rester dans notre modèle actuel, qui nous mène dans le mur, ou de réfléchir à l’avenir de nos enfants. Il demande des efforts, mais progressifs, et il incarne une solution équitable. Je ne sais pas quels politiques pourraient s’en saisir, si près des présidentielles… J’aimerais plutôt que des scientifiques comme Jean-Marc Jancovici ou Aurélien Barrau s’y penchent et montrent que c’est possible.
[Mais aussi des économistes, des juristes, des sociologues, des spécialistes des inégalités et des personnes directement concernées devraient examiner le projet, en discuter les hypothèses et en identifier les limites. / ndlr*]. EQO est un projet scientifique, pas politique. Il n’y a pas de marge d’appréciation, pas de négociation, pas de lobbying possible. »
[EQO s’appuie sur des données et des méthodes scientifiques, mais il implique aussi des choix politiques et démocratiques : définir une dotation – qui prendrait en compte le handicap, la maladie, la ruralité, la précarité énergétique, la taille des ménages ou de l’absence d’alternatives à la voiture – fixer des règles d’échange, déterminer les biens concernés et organiser une autorité de contrôle. L’objectif est de limiter autant que possible l’arbitraire et les conflits d’intérêts, sans prétendre que le dispositif puisse être totalement séparé du débat politique. / ndlr*]
« les pays riches profitent d’un système qui conduit à un avenir désastreux, y compris pour des populations qui n’en bénéficient pas. »
Laurent : « En réalité, je l’ai conçu au niveau mondial. Pendant que les pays pauvres sont accusés de polluer en essayant de s’en sortir, les pays riches profitent d’un système qui conduit à un avenir désastreux, y compris pour des populations qui n’en bénéficient pas. C’est une injustice flagrante.
Or, ce qui est intéressant, c’est que tous ces pays entre 2 et 4 tonnes de CO2 par habitant sont des vendeurs. Ils le seront toujours car ils sont déjà habitués à faire autrement, tout en gagnant en confort et niveau de vie. EQO créerait un échange global qui pourrait les avantager. Pour une fois, on compenserait un peu toute l’injustice qui pèse aujourd’hui dans le monde ! Ce rééquilibrage mondial, c’est la première chose que j’avais en tête.
Mais j’ai conscience de la difficulté d’application à échelle mondiale. J’ai donc espoir que la France puisse devenir l’exemple. Nous avons souvent été précurseurs. La montée du nationalisme et du fascisme correspond à une perte de sens. Quand on n’a plus de fierté individuelle, on recherche la fierté collective…
Pourquoi ne pas en faire quelque chose de beau, loin du racisme et du repli sur soi ? EQO pourrait redonner de la fierté aux Français en se basant sur un rationalisme de long terme, soit tout l’opposé de ce que portent beaucoup de politiques aujourd’hui. Puis, je vois ça comme une traînée de poudre… Si les autres pays voient que ça fonctionne, ça peut aller très vite. »

Laurent : « L’urgence, tout d’abord ! Si on ne se saisit pas de ce sujet-là dès maintenant et que le pire arrive en 2027, je pense qu’il sera trop tard en 2032, vu la vitesse avec laquelle le climat se dérègle. Si rien n’est fait maintenant pour stabiliser nos émissions, les +3°C en 2100 seront atteints.
Mon objectif à court terme est évidemment de convaincre le plus grand nombre, mais aussi d’avoir un retour de spécialistes, de recevoir oppositions et contestations afin de savoir si mon simulateur tient la route. J’ai essayé de trouver les failles, en ai identifié et réparé quelques unes, mais il y en a peut-être qui m’échappent. Je pense que certains économistes auront des remarques pertinentes.
S’il s’avérait qu’EQO est irréalisable à cause d’une faille que je n’ai pas su identifier, au moins, j’aurai essayé. Pour l’instant, il sonne pour moi comme une évidence, même si je sais que les évidences, parfois, il faut s’en méfier. J’aimerais toutefois que ça le devienne pour plein de gens, quitte à ce que, pour d’autres, cela devienne un sujet d’opposition majeure. EQO assure avec une efficacité quasi certaine l’atteinte d’une neutralité carbone à l’horizon 2050, et ce n’est pas rien. J’aurai honte tout le restant de ma vie si je n’essaie pas a minima de faire connaître ce projet. »
[EQO est présenté par son concepteur comme un projet scientifique et non politique. Pourtant, attribuer une dotation carbone, définir les biens concernés, organiser un marché d’échange et créer une autorité indépendante implique des choix politiques, juridiques et éthiques. La science peut documenter les émissions et les budgets carbone, mais elle ne peut pas décider seule de ce qui est juste, acceptable ou souhaitable.
Le projet soulève également des questions qui dépassent la seule neutralité carbone : prise en compte des émissions indirectes et importées, responsabilités historiques, situations de handicap et de précarité, surveillance des achats, rapports entre pays « riches » et pays « moins émetteurs », biodiversité, ressources et pollutions. EQO demeure donc une hypothèse à discuter et à tester, plutôt qu’une solution démontrée. Sa pertinence dépendrait notamment d’une expertise contradictoire et d’une gouvernance réellement démocratique. / ndlr*]
– Entretien réalisé par Marie Waclaw (relu et annoté par Mara Prone)
Photo de couverture : ©Unsplash
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Elena Meilune
Voter ne renversera pas le capitalisme, ne remplacera jamais une grève et ne donnera pas soudainement le pouvoir à la population. Mais aucune de ces limites ne constitue une raison suffisante pour abandonner les urnes. Le véritable enjeu est surtout celui de voter sans jamais réduire la politique au vote. Les quatre premiers volets de […]
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Les quatre premiers volets de ce dossier ont défendu une idée qui pourrait sembler paradoxale : le vote mérite d’être utilisé précisément parce qu’il ne suffit pas. Nous avons vu que l’abstention n’empêche personne de gouverner, que le pouvoir économique reste profondément inégalitaire, que tous les gouvernements ne produisent pas les mêmes conséquences et qu’un pouvoir autoritaire peut réduire jusqu’aux possibilités de le combattre.
Mais défendre le vote comporte aussi le risque de laisser croire que déposer périodiquement un bulletin constituerait à lui seul une participation politique suffisante. Ce serait remplacer une impasse par une autre. Car si l’abstention n’est pas nécessairement antisystème, voter ne l’est évidemment pas davantage. Tout dépend de ce que l’on fait avant, pendant et surtout après l’élection.
Une partie du débat politique repose sur une l’opposition entre ceux qui feraient confiance aux élections et ceux qui privilégieraient les luttes sociales, l’action directe, la grève ou la désobéissance. Mais pourquoi faudrait-il choisir ? Voter prend quelques minutes et n’interdit absolument rien du reste.
Une élection permet de peser ponctuellement sur la distribution du pouvoir institutionnel. Une grève permet de s’attaquer directement au fonctionnement économique. Une manifestation construit un rapport de force. Une association organise des solidarités. Un syndicat permet aux travailleurs de défendre collectivement leurs intérêts. Aucun de ces outils n’annule l’utilité des autres.
La critique anarchiste touche en revanche quelque chose de fondamental lorsqu’elle dénonce une conception de la démocratie réduite aux élections. Une société dans laquelle la population choisit périodiquement ses dirigeants avant de redevenir spectatrice pendant plusieurs années constitue une conception extraordinairement pauvre du pouvoir populaire.
Les transformations sociales majeures n’ont d’ailleurs jamais attendu tranquillement le prochain scrutin. Droits syndicaux, réduction du temps de travail, droits des femmes, luttes antiracistes, droits LGBT+, conquêtes écologiques : les avancées politiques naissent aussi de mobilisations qui imposent aux institutions des sujets qu’elles auraient parfois préféré ignorer.
Encore faut-il que le pouvoir en place puisse céder face au rapport de force plutôt que chercher à l’écraser. C’est aussi là que le choix électoral prend son importance : tous les gouvernements n’offrent pas la même prise aux luttes qui cherchent à leur arracher des avancées.
Voter pour un candidat ne signifie pas approuver chacune de ses propositions, lui accorder sa confiance pour cinq ans ou promettre de défendre son gouvernement quoi qu’il fasse. Une voix n’est pas un contrat de loyauté.
On peut voter pour empêcher une victoire de l’extrême droite. Pour préserver un droit menacé, obtenir une avancée sociale, favoriser le programme disponible le plus proche de ses intérêts. Ou simplement parce qu’entre plusieurs terrains politiques imparfaits, l’un permettra davantage de conquêtes futures. Puis combattre dès le lendemain une décision prise par celui que l’on a contribué à élire. Le bulletin ne remplace pas le contre-pouvoir. Le véritable enjeu commence après l’élection car le contre-pouvoir empêche les gouvernants de gouverner seuls.
« Construire des forces capables de peser sur ceux pour lesquels on a voté »
Si une victoire de gauche renvoie chacun chez soi dans l’attente des prochaines élections, les rapports de pouvoir qui traversent la société continueront largement à fonctionner. Le poids des grandes fortunes, des multinationales et des propriétaires de médias ne disparaîtra pas avec un changement de majorité. Il faut donc construire des forces capables de peser sur ceux pour lesquels on a voté.
C’est peut-être ici qu’anarchisme et participation électorale cessent réellement d’être contradictoires. On peut voter pour préserver des services publics tout en défendant leur gestion démocratique par leurs travailleurs et leurs usagers.
Mais aussi pour renforcer les droits syndicaux tout en souhaitant que le pouvoir économique quitte progressivement les mains des propriétaires. Comme pour protéger les associations tout en construisant des réseaux de solidarité autonomes. Et pour davantage de démocratie tout en considérant que la démocratie représentative demeure terriblement insuffisante.
Utiliser une institution n’oblige pas à considérer cette institution comme indépassable. Les mouvements qui souhaitent transformer radicalement la société ont même intérêt à utiliser tous les espaces qui leur permettent de construire leur puissance collective plutôt qu’à abandonner ceux qu’ils jugent imparfaits. Le bulletin peut alors cesser d’être un symbole d’adhésion au système.
Il redevient ce qu’il est : un outil limité dans une boîte à outils qui doit en contenir beaucoup d’autres.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Mouvement des Indignés, Paris 11 octobre 2011 / Flickr
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