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31.07.2026 à 20:15

Où sont les preuves de la tribune du Monde accusant LFI d’antisémitisme ?

Elena Meilune

En publiant une tribune affirmant que La France insoumise ferait de l’antisémitisme un « arsenal de prise de pouvoir », Le Monde offre une large visibilité à une accusation d’une gravité exceptionnelle. Encore faudrait-il qu’une telle affirmation repose sur une démonstration à la hauteur de ce qu’elle prétend établir. Décryptage. La tribune de l’historien Jean-Frédéric […]

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En publiant une tribune affirmant que La France insoumise ferait de l’antisémitisme un « arsenal de prise de pouvoir », Le Monde offre une large visibilité à une accusation d’une gravité exceptionnelle. Encore faudrait-il qu’une telle affirmation repose sur une démonstration à la hauteur de ce qu’elle prétend établir. Décryptage.

La tribune de l’historien Jean-Frédéric Schaub publiée par Le Monde le 12 juillet 2026 affirme que, chez LFI, « la mise en circulation de motifs antisémites fait partie de l’arsenal de la prise de pouvoir ». Cette conclusion, aussi spectaculaire soit-elle, n’est pourtant jamais démontrée. Mais précisément parce que le sujet est grave, il impose une exigence de rigueur absolue.

La méthodologie du Baromètre du rapport de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur lequel se base Jean-Frédéric Schaub mettent en évidence une évolution concernant les sympathisants de plusieurs formations politiques, dont La France insoumise (LFI). Cependant, le rapport de la CNCDH ne conclut ni que l’évolution des opinions des sympathisants de LFI est provoquée par le parti lui-même, ni qu’elle résulte d’une stratégie politique délibérée. Rien, dans ce rapport, ne permet d’établir une telle conclusion.

Quand la conviction remplace les faits

Le rapport de la CNCDH précise qu’une fois prises en compte les autres caractéristiques des personnes interrogées, la proximité avec LFI « ne joue plus ». Autrement dit, les auteurs estiment eux-mêmes que les différences observées s’expliquent par les caractéristiques socioculturelles de cet électorat, et non par la proximité partisane en tant que telle. Ils ajoutent :

« La prise en compte simultanée de toutes ces variables (…) confirme, toutes choses égales par ailleurs, un lien privilégié entre préjugés antisémites et affinité avec le RN, mais pas avec LFI. »

Et précisent enfin : « Les gros bataillons de l’antisémitisme se composent de non Musulmans, et de sympathisants d’autres partis que LFI. »

Où sont les preuves ?

Au moment d’attribuer à LFI une stratégie de conquête du pouvoir fondée sur l’antisémitisme, Jean-Frédéric Schaub écrit : « La réponse est, sans conteste, positive. » Une certitude surprenante en sachant qu’une conclusion aussi grave ne peut se satisfaire d’une telle assurance ; elle exige une démonstration à la hauteur de ce qu’elle prétend établir.

Mais alors, où sont les preuves ? C’est précisément ce qui frappe à la lecture de la tribune : elles n’y figurent pas. L’auteur évoque des « allusions », des « jeux de mots », des « accusations explicites », une « accumulation », une « récidive », voire des « dog whistles », mais sans citer ni analyser les propos auxquels il fait référence.

Quelle accumulation ? Quels jeux de mots ? Quelles accusations ? Quels messages codés ? Or c’est précisément cette démonstration qui devrait constituer le cœur de son argumentation. Une telle accusation exige de présenter des faits précis, de les analyser et de montrer en quoi ils révèlent effectivement une stratégie.

Le paradoxe de l’historien en guerre contre les faits

Jean-Frédéric Schaub est un historien reconnu, spécialiste notamment de l’Espagne moderne, des empires ibériques et des constructions historiques de la race. Cette expertise mérite naturellement le respect. En revanche, la tribune ne repose ni sur une recherche consacrée à l’antisémitisme contemporain, ni sur une enquête empirique portant sur les discours de La France insoumise, ni sur une analyse systématique de ses prises de position.

Il ne s’agit pas ici d’un article scientifique, mais d’une tribune d’opinion. Ce format autorise les hypothèses et les prises de position. Il n’autorise pas, en revanche, à présenter comme démontré ce qui ne l’est pas. L’autorité académique de son auteur ne saurait se substituer aux preuves.

La responsabilité du média

C’est précisément là que se pose la question du rôle d’un quotidien de référence. Publier une tribune polémique n’a rien d’illégitime car la confrontation des idées fait partie du débat démocratique. En revanche, publier une accusation d’une telle gravité sans qu’elle soit étayée par une démonstration solide engage également la responsabilité du journal qui lui offre sa légitimité.

Une interprétation politique risque ainsi d’acquérir, par la seule autorité du média qui la publie, le statut de vérité établie. Le prestige d’un quotidien de référence confère inévitablement à ce type de texte une crédibilité qui dépasse largement celle d’une simple opinion.

Mais ce récit s’inscrit dans une séquence plus large où La France insoumise fait l’objet d’une entreprise permanente de délégitimation méthodique. Une dynamique qui ne peut être dissociée de la concentration des grands médias entre les mains de quelques milliardaires qui ont tout intérêt à ce que l’extrême droite arrive au pouvoir. À ce sujet, vous pouvez (re)lire notre article Comment Jean-Luc Mélenchon est devenu une cible privilégiée.

À force de tout confondre, le mot « antisémitisme » finit par perdre son sens

Depuis plusieurs années, une large partie du débat public tend à interpréter toute critique du gouvernement de Benyamin Netanyahu à travers le prisme de l’antisémitisme. La dénonciation du génocide à Gaza, des violations du droit international ou de la politique menée par le gouvernement israélien se retrouve régulièrement assimilée, explicitement ou implicitement, à une forme d’hostilité envers les personnes juives. On l’a vu avec la loi Yadan sur laquelle vous pouvez également (re)lire notre article Loi Yadan : la critique d’Israël bientôt pénalisée en France ?

Pourtant, ces réalités ne se confondent pas. Critiquer un gouvernement, aussi fermement soit-il, n’est pas critiquer un peuple. L’antisémitisme consiste à discriminer ou essentialiser des personnes parce qu’elles sont juives, non à contester les choix d’un État. En brouillant cette distinction, on finit par banaliser l’accusation elle-même. Un concept qui désigne des réalités très différentes perd progressivement sa capacité à nommer précisément ce qu’il est censé combattre. La lutte contre l’antisémitisme n’en sort pas renforcée, elle s’en trouve affaiblie.

« L’un des ressorts historiques de l’antisémitisme : réduire un groupe humain à une identité supposée homogène »

Assimiler systématiquement les personnes juives à la politique israélienne revient à leur attribuer collectivement les choix d’un gouvernement. Comme si tous partageaient les mêmes positions, les mêmes intérêts ou les mêmes responsabilités. Or cette logique d’essentialisation constitue précisément l’un des ressorts historiques de l’antisémitisme : réduire un groupe humain à une identité supposée homogène.

Le brouillage des repères démocratiques : LFI et le RN ne sont pas comparables

Jean-Frédéric Schaub ne se contente pas d’accusations infondées, il ajoute une pierre à l’édifice d’une mise en équivalence de plus en plus fréquente entre La France insoumise et le Rassemblement national, alors même que leurs projets de société sont fondamentalement opposés. L’un prône notamment la réduction des inégalités et une vie digne pour chacun·e ; l’autre repose sur l’exclusion et le maintien des privilèges des ultra-riches. À ce propos, on vous invite à (re)lire notre article : L’extrême gauche et l’extrême droite ne sont pas comparables

Aussi, le RN est l’héritier direct du Front national, fondé notamment par d’anciens Waffen-SS et des sympathisants néonazis. L’un de ses fondateurs, Jean-Marie Le Pen, a été condamné à plusieurs reprises, notamment pour avoir qualifié les chambres à gaz de « détail de l’histoire ». Au fil des décennies, de nombreux élus ou candidats du parti ont également été condamnés ou mis en cause pour des propos ou des actes racistes, antisémites ou xénophobes. Mr Mondialisation a d’ailleurs récemment dressé le Top 9 des pires affaires judiciaires du Rassemblement national

Rappeler cette histoire ne revient pas à considérer La France insoumise comme irréprochable. Aucun parti ne devrait échapper à la critique. Mais comparer mécaniquement ces deux formations finit par brouiller les repères historiques et démocratiques. Lorsque toute opposition radicale est renvoyée dos à dos, les spécificités idéologiques disparaissent et l’extrême droite voit son histoire progressivement relativisée.

Une lecture sélective du racisme

Cette mise en parallèle est d’autant plus sournoise que le Rassemblement national demeure au cœur des débats sur le racisme, la xénophobie et l’islamophobie en France. Le rapport de la CNCDH ne se limite pas à l’étude de l’antisémitisme. Il décrit l’ensemble des formes de racisme et de xénophobie en France. Il relève notamment une augmentation de 88 % des actes antimusulmans enregistrés en 2025. Les sympathisants du RN sont ceux qui présentent les scores les plus élevés d’islamophobie.

Pourtant, ces évolutions, particulièrement préoccupantes, ne donnent lieu à aucune réflexion comparable sur les responsabilités politiques ou les stratégies électorales des partis dont les sympathisants sont les plus concernés. Le rapport est mobilisé uniquement lorsqu’il permet d’étayer une thèse sur La France insoumise. Ainsi, LFI est mise sur le même plan que le RN sur l’antisémitisme alors que le RN est vecteur de toutes les formes de racisme.

La différence entre une accusation démontrée et une accusation reposant sur une conviction tient souvent à une chose : les faits. Un exemple simple et récent : un slogan raciste « Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir ! » – a récemment été scandé, à la même période, par deux groupes de jeunes qui ne se connaissaient pas, à près de 250 kilomètres de distance, donnant lieu à des enquêtes judiciaires pour provocation à la haine. Ici, les éléments à examiner sont concrets : des propos précisément identifiés, des auteurs identifiables, des faits datés et documentés.

Quand la répétition devient une stratégie de persuasion

La tribune de Jean-Frédéric Schaub accuse quant à elle La France insoumise sans citer ni analyser un seul exemple concret permettant au lecteur d’apprécier la réalité ou la portée de son accusation.

« à force d’être martelée, une idée peut finir par s’imposer »

À défaut de preuves, une affirmation ne gagne pas en solidité parce qu’elle est répétée. Pourtant, l’effet de vérité illusoire montre qu’à force d’être martelée, une idée fallacieuse peut finir par s’imposer non parce qu’elle repose sur des faits, mais parce qu’elle est devenue familière. Si la thèse d’une stratégie de conquête du pouvoir par LFI fondée sur l’antisémitisme demeure, au terme de cette tribune, dépourvue de démonstration, les preuves d’une stratégie médiatique de discrédit de La France insoumise, eux, s’accumulent chaque jour.

À cet égard, certains historiens gagneraient peut-être à accorder davantage d’attention aux faits tangibles qu’à leurs propres convictions.

Elena Meilune


Photo de couverture : Jean-Frédéric Schaub / Vidéo de la Revue Esprit

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30.07.2026 à 22:43

Nawal a créé ManYaya, une librairie dédiée à l’antiracisme

Mr Mondialisation

Créer une librairie entièrement consacrée à l’antiracisme, c’est, pour Nawal, une nécessité. Face à l’intensification des discours racistes et à une histoire coloniale que la France peine encore à regarder en face, elle a voulu rassembler, dans une librairie en ligne, des ouvrages qui permettent de comprendre les mécanismes du racisme et de découvrir des […]

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Texte intégral (3055 mots)

Créer une librairie entièrement consacrée à l’antiracisme, c’est, pour Nawal, une nécessité. Face à l’intensification des discours racistes et à une histoire coloniale que la France peine encore à regarder en face, elle a voulu rassembler, dans une librairie en ligne, des ouvrages qui permettent de comprendre les mécanismes du racisme et de découvrir des voix souvent invisibilisées. Avec ManYaya, elle défend l’idée que les livres peuvent contribuer à mettre en lumière rapports de domination structurés par la suprématie blanche et à ouvrir des pistes d’émancipation pour les personnes appartenant à la majorité globale.

Ingénieure pendant plus de quinze ans, Nawal a choisi de changer de voie pour créer, au printemps 2026, ManYaya, une librairie en ligne entièrement consacrée à l’antiracisme.

Son ambition : rendre accessibles des ouvrages qui permettent de mieux comprendre les mécanismes du racisme, de mettre en lumière des voix trop souvent invisibilisées et d’alimenter une réflexion ouverte à toutes et tous. Elle répond à nos questions sur son projet, le contexte politique actuel et la place de la littérature dans la lutte contre les discriminations.

Entretien

Mr Mondialisation : Dites-nous en plus sur vous et ce projet de librairie…

Nawal : « Je suis Nawal et j’ai ouvert la librairie ManYaya au printemps 2026. C’est une libraire dédiée à l’antiracisme et en ligne entièrement. J’aime bien la présenter comme une librairie généraliste, c’est-à-dire qu’il y a toutes sortes de livres : romans, bandes dessinée, littérature jeunesse, essais, et même un rayon vie pratique – avec un angle antiraciste.

De mon côté, j’ai travaillé en tant qu’ingénieure pendant plus de 15 ans, et puis j’ai profité d’une période de transition pour me réorienter complètement et choisir de me lancer dans un projet qui me tient à cœur. »

Mr Mondialisation : Pourquoi est-ce aujourd’hui plus que nécessaire de créer une librairie antiraciste en France ?

Nawal :  « Il me semblait important de créer un espace où les lectures proposées ont systématiquement un angle antiraciste. Et il y a beaucoup de façons d’y parvenir : par la représentation, la mise en avant de personnages historiques oubliés, l’apprentissage des origines du racisme moderne, des ouvrages didactiques, etc. Or cet angle de vue n’est pas facilement accessible dans le monde du livre, c’est pourquoi il me paraissait primordial de créer ManYaya. »

Avec toutes autorisations – ManYaya

Mr Mondialisation : Diriez-vous que le racisme est aujourd’hui banalisé dans le débat public ? Avez-vous le sentiment que la parole raciste s’est intensifiée ces dernières années ?

Nawal : « La parole raciste existe depuis bien longtemps dans l’espace et le débat public, elle en fait partie. En revanche, elle est aujourd’hui plus courante, car employée – entre autres – par un plus large spectre du champ politique. »

« François Bayrou qui, quelques semaines après sa nomination comme premier ministre, parle de « sentiment de submersion » migratoire en est une illustration : une personnalité politique qui se revendique du centre reprend un discours s’inspirant clairement de la théorie d’extrême droite du grand remplacement. »

Mr Mondialisation : Dans un contexte où l’extrême droite progresse électoralement, votre projet est-il aussi une forme d’engagement politique ?

Nawal : « Oui, d’une certaine manière. Face à une extrême droite de plus en plus présente, il est important de créer des espaces qui proposent une opposition claire à ces idées, comme ManYaya. »

Mr Mondialisation : Certains estiment que parler de racisme divise la société. Que leur répondez-vous ?

Nawal : « Que la société est déjà très divisée sur ce sujet, et que ça ne date pas d’hier !

« D’une façon générale, on n’améliore pas une situation en évitant soigneusement d’en parler. Le fait de nommer le racisme et d’en parler ne le rend pas plus présent. »

Mais pour comprendre ça, il faut déjà accepter que la France a du mal à voir son racisme en face… »

Mr Mondialisation : Pourquoi le mot « antiraciste » suscite-t-il encore autant de méfiance selon vous ?

Nawal : « Le mot antiraciste fait presque peur parfois ! Pourtant il n’existe pas d’autre terme pour parler de la lutte contre le racisme. Il créé autant de tensions car les discussions sur les questions raciales sont encore très difficiles en France.

C’est certainement lié à notre histoire, et surtout à la façon dont on a essayé de la réécrire a posteriori : aujourd’hui le discours dominant prétend que la colonisation n’a pas eu que des mauvais côtés, minimise la participation de la France dans le commerce triangulaire et se souvient peu du climat antisémite qui régnait avant la seconde guerre mondiale… En n’affrontant pas notre passé honnêtement on ne le guérit pas. »

Mr Mondialisation : Pensez-vous que la France regarde suffisamment son histoire coloniale en face ?

Nawal : « Non, évidemment. Il suffit, pour s’en rendre compte, de se souvenir de la polémique qui avait suivi la déclaration d’Emmanuel Macron, qui, en pleine campagne présidentielle en février 2017, avait qualifié la colonisation française de crime contre l’humanité. Il a d’ailleurs rapidement tempéré ses propos. »

Mr Mondialisation : Avez-vous déjà été la cible de critiques ou d’attaques en raison de la ligne éditoriale de ManYaya ?

Nawal : « Nous sommes encore jeunes, ManYaya a ouvert au printemps 2026, et pour l’instant, nous avons échappé aux attaques. Pas aux critiques bien sûr, mais ça fait partie du jeu.

Le fait que nous soyons uniquement en ligne nous préserve peut-être aussi un peu pour l’instant. Mais nous avons bien en tête que ça peut arriver, et pour en avoir parlé avec plusieurs librairies engagées, peu y échappent ! Un des exemples les plus manifestes de ces derniers mois est celui de l’excellente librairie parisienne Violette and Co. »

Mr Mondialisation : À qui s’adresse votre librairie : aux personnes concernées ou à celles qui refusent encore de voir le problème ? Comment faire lire des ouvrages sur le racisme à un public qui ne se sent pas concerné ?

Nawal : « ManYaya a en premier lieu été pensée comme un lieu de ressource pour les personnes subissant du racisme, mais elle s’adresse à toute personne qui a envie de nourrir une réflexion à ce sujet.

Pour les personnes qui ne voient pas le problème, je pense qu’il leur faut un déclic pour s’y intéresser, et dans mon expérience il vient souvent d’un proche ou d’une rencontre. Alors si vous en avez le courage, et que la personne en face vous est chère, essayez ! »

Mr Mondialisation : En quoi la littérature peut-elle faire évoluer les mentalités face aux discriminations ?

Nawal : « Pour qu’une discrimination reste efficace et perdure, un des moyens utilisés est la déshumanisation. La communauté déshumanisée – quelle qu’elle soit – est ainsi perçue comme un ensemble uniforme et homogène.

Lire des fictions avec des personnages divers, complexes, avec leurs subtilités, leur humour, leurs qualités et leurs défauts permet d’inverser ce processus. En ça, je pense que ça peut-être un moyen efficace. »

Avec toutes autorisations – ManYaya

Mr Mondialisation : Les maisons d’édition françaises prennent-elles suffisamment leur part dans la lutte contre les discriminations ?

Nawal : « Je ne peux pas parler de l’ensemble de maisons d’éditions (il y en a des centaines !). Mais il y en a plusieurs qui ont à cœur de mettre en avant des sujets, autrices et auteurs pour une meilleure compréhension des systèmes de dominations et de discriminations, et elles le font très bien.

Et nous tentons de les représenter dignement chez ManYaya ! Beaucoup d’entre elles sont d’ailleurs en très grande difficulté en ce moment même car leur distributeur Makassar est lui-même en risque de faillite, allez lire leur message sur sauvonslesindes »

Mr Mondialisation : Avez-vous le sentiment que certaines voix restent invisibilisées dans l’édition française ?

Nawal : « Oui, et c’est à l’image de la société et du milieu culturel français : certaines voix sont très présentes et nous avons accès à toute la subtilité de leur vécu, et d’autres sont totalement invisibilisées, ou alors réduites à certains clichés.

Cette invisibilisation a beaucoup à voir avec ce qui est considéré par certains éditeurs comme portant un message universel et ce qui est vu comme niche, et qui, ne peut prétendument pas parler à tout le monde. »

[ndlr : lire notre interview de la maison d’éditions végane Evalou !]

Mr Mondialisation : Existe-t-il encore des angles morts dans la représentation des personnes racisées en littérature ?

Nawal : « Il persistera toujours des angles morts dans les fictions écrites par des personnes non concernées. C’est assez normal, car ce n’est évidemment pas uniquement une question raciale, mais de culture, de vécu, de milieu social, etc. C’est le cas pour tout le monde : on transmet moins bien ce qu’on ne connaît pas ou peu. »

Mr Mondialisation : Quels sont les mécanismes du racisme qui sont, selon vous, les plus mal compris par le grand public ?

Nawal : « Je dirais : l’omniprésence du racisme dans notre société. Il n’est pas le fruit de bons ou de mauvais comportements individuels, mais d’un système qui a hiérarchisé depuis des siècles les personnes en fonction de leurs origines et leur couleur de peau.

Ce rapport de domination est encore très présent dans la société française et se manifeste de façon très concrète : discrimination à l’embauche, dans l’accès à un logement, etc. »

« Nous avons toutes et tous à déconstruire des réflexes racistes intériorisés : cette déconstruction a forcément un coût, elle n’est pas facile, ni confortable. Mais c’est une démarche qui en vaut largement la peine. »

Mr Mondialisation : Le racisme est souvent présenté comme une succession d’actes individuels. N’oublie-t-on pas sa dimension systémique ?

Nawal : « Oui, ce sont deux façons très différentes de théoriser le racisme. Dans l’antiracisme qu’on appelle moral, le racisme est une affaire individuelle : on décide d’être raciste ou de ne pas l’être, et on accorde son comportement en fonction.

L’antiracisme politique part du principe qu’il n’est pas question que des relations interpersonnelles mais plutôt d’un système qui discrimine les personnes non blanches, système directement issu du passé colonial et esclavagiste de la France. Le problème ne se résume pas à des actes, c’est un fonctionnement de société qui perdure. »

Mr Mondialisation : Les réseaux sociaux favorisent-ils la diffusion des discours racistes ou permettent-ils au contraire de mieux les dénoncer ?

Nawal : : « Les deux ! Ce sont à la fois des lieux pour mieux comprendre, dénoncer, diffuser les combats antiracistes : les personnes porteuses de ce discours y trouvent un espace et c’est une bonne chose. Mais à l’opposé, les discours racistes y sont également très présents, décomplexés, et organisés en raids. »

Mr Mondialisation : Avez-vous l’impression que les jeunes générations abordent ces questions différemment de leurs aînés ?

Nawal :  « Oui, chaque génération à sa façon d’aborder ce sujet. C’est très lié à l’histoire de l’immigration post-coloniale. Les nouvelles générations ne sont plus comme les premières générations qui avaient comme projet initial de rentrer au pays après quelques années. Les vécus et les perspectives ne sont plus les mêmes, la question du racisme n’est donc pas appréhendée de la même façon. »

Mr Mondialisation : Quel livre conseilleriez-vous à une personne persuadée que « le racisme n’est plus un problème en France » ?

Nawal : « Une super bande dessinée d’introduction est Le petit manuel antiraciste pour les enfants (mais pas que) de Rachid Sguini (Rakidd). Il y a aussi le livre très didactique de Rokhaya Diallo et Grace Ly issu du podcast du même nom Kiffe ta race. »

Mr Mondialisation : Si ManYaya pouvait faire évoluer une seule chose dans le débat public français, laquelle serait-ce ?

Nawal : « J’aimerais que ManYaya participe à dépassionner les débats sur le racisme. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : Nawal de ManYaya

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29.07.2026 à 06:00

Tourisme : 5 pistes pour des vacances plus responsables

Mr Mondialisation

Pendant l’été, certaines personnes profitent de leurs congés pour aller se détendre loin de chez elles. Si les vacances sont censées incarner un moment de plaisir, elles soulèvent aussi quelques questions : quel sera l’impact du voyage sur l’environnement, les habitants ou les territoires visités ? Voici quelques réflexes simples pour voyager de manière plus […]

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Pendant l’été, certaines personnes profitent de leurs congés pour aller se détendre loin de chez elles. Si les vacances sont censées incarner un moment de plaisir, elles soulèvent aussi quelques questions : quel sera l’impact du voyage sur l’environnement, les habitants ou les territoires visités ? Voici quelques réflexes simples pour voyager de manière plus responsable.

Voyager représente un privilège que tout le monde ne peut pas se permettre. Quatre Français sur dix ne partent pas une seule journée dans l’année. Pour les plus modestes, le chiffre grimpe même à cinq Français sur dix, alors qu’il s’effondre à deux sur dix pour les plus aisés.

Dans ce contexte, les plus chanceux pourraient souhaiter compenser leurs privilèges en prenant des vacances plus éthiques. Limiter son impact social et environnemental (en 2022, le tourisme dans le pays représentait l’équivalent des émissions annuelles de 10 millions de Français) est une aspiration compréhensible, mais surtout, une nécessité. Mr Mondialisation donne cinq pistes en ce sens.

1. Mieux choisir sa destination

À plus d’un titre, le choix de la destination a un impact important sur l’empreinte socio-environnementale d’un voyage. Le premier critère est la distance : plus une destination est lointaine, plus le déplacement nécessitera d’énergie et plus son bilan carbone sera élevé.

Les destinations proches permettent aussi plus facilement de privilégier des modes de transport moins polluants, comme le train, le covoiturage ou d’autres transports collectifs. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de partir à l’autre bout du monde pour être dépaysé : des régions voisines regorgent de patrimoines et de paysages méconnus. Une fois sur place, il est par ailleurs possible de louer un véhicule peu polluant si cela s’avère nécessaire, plutôt que d’effectuer tout le trajet avec sa voiture.

Enfin, le choix de la destination peut aussi avoir des conséquences sur les territoires visités. Il peut ainsi être préférable d’éviter les lieux touchés par le surtourisme,certaines villes ou certains littoraux subissent une forte pression estivale, tant pour les habitants que pour les écosystèmes.

2. Choisir un logement à taille humaine

La question du logement pendant un séjour s’avère elle aussi cruciale. Les grandes plateformes de location touristique bouleversent en effet le marché de l’immobilier dans de nombreuses destinations. Dans les zones les plus fréquentées, une part croissante des logements est transformée en hébergements destinés aux vacanciers, ce qui contribue à faire grimper les loyers et le prix du foncier, et complique l’accès au logement pour les habitants à l’année.

Dans ce contexte, il peut être préférable de privilégier des formes d’hébergement qui profitent davantage au territoire, comme les petits hôtels familiaux, les campings ou les gîtes ruraux. Il est aussi envisageable de loger chez l’habitant, par exemple en écolieu ou via l’accueil paysan. Enfin, certaines pratiques permettent d’être hébergé gratuitement, comme l’échange de maisons, le couchsurfing ou le woofing.

3. Respecter la faune et la flore

Beaucoup de touristes choisissent les grands espaces pour s’évader durant leurs vacances. Or, de nombreux comportements peuvent fragiliser ces lieux. Il est, par exemple, indispensable d’éviter d’approcher de trop près les animaux sauvages et de les nourrir. Mais il faut aussi s’abstenir de cueillir des espèces protégées ou de ramener chez soi des éléments naturels, comme des plantes, du sable ou des coquillages.

Pour ne pas bouleverser l’environnement, il est également nécessaire de respecter les sentiers et les zones protégées, en particulier en période sensible pour le vivant. D’autres attitudes tombent sous le sens, comme limiter ses déchets (et ne pas les jeter n’importe où), économiser l’eau dans les régions sèches et éviter les comportements susceptibles de déclencher un incendie (mégots, barbecue, feux de camp, etc.).

Pour finir, il est préférable de bannir les activités touristiques qui exploitent les animaux : spectacles, zoos, aquarium, cirques, corrida, calèche, chevauchées, etc. De même, pourquoi ne pas profiter de vos vacances et de restaurants pour essayer une cuisine plus végétale qui n’a pas nécessité la mort d’un être sensible ?

4. Consommer de manière raisonnable

En vacances, l’envie de « profiter » peut aussi encourager une consommation plus impulsive. Souvenirs à bas coût fabriqués à l’autre bout du monde, vêtements achetés pour l’occasion ou objets dont l’utilité reste limitée : ces achats ont souvent un coût environnemental et profitent peu aux territoires visités.

À l’inverse, privilégier les artisans, les producteurs locaux et les petits commerces permet de soutenir davantage l’économie du territoire. Il est également possible de choisir des restaurants qui travaillent avec des produits locaux et, pourquoi pas, d’en profiter pour découvrir une cuisine plus végétale.

Comme pour le logement, l’objectif est d’éviter que l’essentiel des retombées économiques du tourisme ne bénéficie aux grandes chaînes internationales. Consommer de manière plus responsable, c’est aussi contribuer à faire vivre les acteurs locaux.

Enfin, avant chaque achat, prendre quelques instants pour se demander s’il est réellement nécessaire peut éviter bien des achats superflus. Les meilleurs souvenirs tiennent parfois davantage dans les expériences vécues, les rencontres ou les photographies que dans un énième objet en plastique.

5. Choisir la basse saison

Lorsque cela est possible, partir en dehors de l’été peut aussi constituer une option intéressante. Une grande partie de la fréquentation touristique se concentre en effet sur les mois de juillet et d’août, ce qui accentue les phénomènes de surtourisme dans certaines destinations.

Voyager au printemps, en automne, voire en hiver, contribue à répartir la fréquentation sur l’année et à réduire la pression exercée sur les territoires. Avec le dérèglement climatique et la multiplication des canicules, ces périodes peuvent d’ailleurs offrir des conditions plus agréables dans de nombreuses régions.

Hors saison, les prix sont également souvent plus accessibles, même si cette possibilité dépend des contraintes professionnelles, familiales ou scolaires de chacun. Une fréquentation plus faible permet aussi de découvrir les lieux dans un cadre plus paisible et de favoriser des retombées économiques réparties sur une période plus longue, au bénéfice des habitants comme des acteurs locaux.

Simon Verdière


Photo de couverture de Pascal Bernardon sur Unsplash

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28.07.2026 à 06:00

En Auvergne, la Trappe ouvre un lieu pour faire village autour des enfants

Mr Mondialisation

Dans une société où la parentalité se vit souvent dans l’isolement, où les solidarités de proximité sont fragilisées et où les enfants évoluent dans un monde pensé avant tout par et pour les adultes, des voix appellent à refaire du commun autour de l’enfance. Car prendre soin des enfants ne relève pas seulement de la […]

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Dans une société où la parentalité se vit souvent dans l’isolement, où les solidarités de proximité sont fragilisées et où les enfants évoluent dans un monde pensé avant tout par et pour les adultes, des voix appellent à refaire du commun autour de l’enfance. Car prendre soin des enfants ne relève pas seulement de la sphère privée : c’est une question profondément politique. C’est de ce constat qu’est née la Trappe, un projet de lieu d’accueil parents-enfants en cours de création en Auvergne.

À Domaize, dans le Puy-de-Dôme, un collectif est en train de donner vie à la Trappe, un lieu d’accueil parents-enfants pensé comme un lieu-refuge, ouvert à toutes et tous. Projet enfantiste, féministe et de sécurité sociale populaire, la Trappe se définit comme un lieu de recherche et d’expérimentation autour de la parentalité, de la coopération entre adultes et enfants et de la place des plus jeunes. Un projet qui entend réinventer l’enfance et la parentalité collective.

Wikipedia.

Prendre soin des enfants… et des parents

L’arrivée d’un enfant, les nuits trop courtes, la fatigue qui s’accumule, le besoin de cuisiner sans devoir tout gérer seul·e, de prendre une douche en toute tranquillité ou simplement d’échanger quelques mots avec un autre adulte. Autant de situations ordinaires qui, pour beaucoup de jeunes parents, se vivent aujourd’hui dans un profond isolement.

Beaucoup de parents avancent avec très peu de soutien humain autour d’eux. La Trappe est née de ce besoin : créer un endroit où l’on peut venir une heure, une journée ou plus longtemps, souffler un peu, être entouré·e, partager un repas, discuter pendant que les enfants jouent ou simplement ne plus porter seul·e.

La Trappe

L’idée est d’avoir accès à des ressources pendant la grossesse et le post-partum, d’échanger sur le quotidien avec un enfant, de rencontrer d’autres parents, de se reposer et de jouer. Prendre soin des enfants, c’est aussi prendre soin des adultes qui les accompagnent.

Mais la Trappe ne veut pas seulement accueillir les familles : elle souhaite créer un lieu pensé à hauteur d’enfant. Parce que les enfants vivent dans un monde largement conçu par et pour les adultes, leurs besoins, leur rythme et leur voix doivent compter pleinement dans l’organisation du lieu.

Expérimenter des enfances et parentalités collectives

Le collectif de la Trappe souhaite explorer une autre voie que celle de l’individualisme : construire un lieu où puissent s’expérimenter collectivement des manières de vivre qui consomment moins de ressources tout en améliorant la qualité de vie. Partager certains espaces plutôt que les multiplier, mutualiser des outils et des savoir-faire, prendre soin des enfants à plusieurs, découvrir qu’en faisant village, on peut parfois vivre mieux… avec moins.

Comment accompagner des enfants à plusieurs ? Comment mutualiser les outils, les réflexions, les espaces essentiels à l’accompagnement des enfants et à la parentalité ? Comment permettre à un adulte de souffler pendant qu’un autre joue avec les enfants ? L’objectif n’est pas de dire comment faire, mais d’offrir un endroit où chacun·e peut venir essayer, quelques heures, quelques jours ou plus longtemps, avant de repartir avec des idées qu’il ou elle aura envie d’adapter chez soi.

La Trappe

Une maison ouverte

La Trappe n’est pas pensée comme un lieu avec des horaires d’ouverture fixes. L’idée est plutôt que chacun·e puisse y passer lorsqu’il en ressent le besoin. Certains jours, un repas sera en train de se préparer ou un chantier collectif sera en cours ; d’autres, le lieu sera plus calme. Il sera possible de venir y prendre une boisson, de bricoler, papoter, laisser les enfants jouer en sécurité ou simplement changer d’air après une nuit compliquée.

L’équipe de la Trappe ne veut pas que les plus jeunes soient simplement tolérés dans les marges de la vie adulte. Elle considère que ce n’est pas aux enfants de trouver leur place dans un monde pensé sans eux, mais aux adultes d’imaginer avec eux des espaces où ils puissent participer, explorer, apprendre, jouer et grandir pleinement. Cette attention collective permet aussi de partager une partie de la charge mentale liée aux enfants.

La Trappe

Pour les enfants, l’équipe imagine un véritable terrain d’aventures : des cabanes dans les bois, des outils à disposition, d’autres enfants avec qui grandir, des adultes disponibles, de la nature, du mouvement et du temps passé dehors.

Déjà deux ans de rencontres parents-enfants

L’histoire de la Trappe commence avec une expérience très concrète. Arrivée en Auvergne avec un bébé de deux mois, Anouk se retrouve très seule au quotidien. Elle découvre « cette fatigue particulière des jeunes parents » et ressent « ce besoin immense de trouver des lieux où l’on peut simplement être là avec son bébé sans devoir tout porter seul·e ». Elle se souvient :

« Quand je suis devenue maman, j’ai découvert à quel point il pouvait être difficile d’élever un enfant en étant souvent seule au quotidien. J’ai aussi découvert combien la présence d’autres adultes, d’autres enfants, d’autres regards bienveillants pouvait tout changer. »

En 2024, Anouk et Nicolas commencent à organiser des temps d’accueil parents-enfants à La Perm, à Billom. Très vite, une évidence s’impose : beaucoup de familles cherchent déjà à refaire village autour des enfants. Depuis deux ans, la Trappe a pris la forme de rencontres mensuelles, de discussions, de plans de cabanes dessinés dans des carnets et d’un même rêve partagé : créer le lieu qu’ils auraient aimé trouver en devenant parents.

Un rêve devenu concret avec une grange à rénover

Aujourd’hui, ce rêve devient concret. L’équipe a trouvé une grange et un terrain boisé d’environ 8 000 m² à Domaize. Le lieu est en cours d’achat et, en août 2026, il sera définitivement sorti du marché immobilier grâce aux Communs des bois, une association d’auto-défense administrative gérée par ses usager·ères.

Cette structure souhaite faciliter les expérimentations communalistes en collectant terres, richesses et biens afin de les soustraire au système marchand pour en faire des communs dans l’esprit de la sécurité sociale de 1945. L’usage du lieu est en cours de transmission à l’association La Trappe, qui en assurera la gestion et développera les activités.

La Trappe

Les travaux restent entièrement à réaliser. Une grande partie sera menée par l’équipe, avec l’aide de bénévoles et lors de chantiers participatifs. Une campagne de financement participatif a donc été lancée. Un premier palier de 12 500 € permettra de rendre le lieu sommairement habitable : raccordement à l’eau, compteur de chantier, installation photovoltaïque d’occasion, yourte et plateforme, sécurisation de la grange, cuisine et salle de bain provisoires.

Le deuxième palier, de 44 600 € cumulés, financera la transformation de la grange en véritable lieu de vie. Le troisième, de 58 300 € cumulés, permettra la construction d’une grande salle commune de 80 m² adaptée aux tout-petits, équipée d’un poêle de masse.

La Trappe

L’aventure de la Trappe peut être suivie sur Instagram, via un canal Telegram et sur le site de la campagne de financement. Le fonds de dotation de cette campagne est reconnu d’intérêt général : chaque don ouvre droit à une réduction d’impôt de 66 %.

Soutenir la Trappe, c’est contribuer à rendre possible un endroit où les premières années avec des enfants pourront se vivre un peu moins seul·e. Et, faire circuler cette idée constitue déjà un soutien précieux.

Victoria Berni-André


Photo de couverture : la Trappe / avec toutes autorisations

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27.07.2026 à 06:00

Colonisation de Gaza : après le génocide, l’extrême droite israélienne veut s’installer sur les ruines

Mr Mondialisation

Le 19 juillet 2026, environ 2 000 Israéliens ont marché en direction de la bande de Gaza. Leur objectif était clair : réclamer le retour des colonies israéliennes dans l’enclave palestinienne. La marche était organisée par Nachala, un mouvement qui prône la colonisation. Selon El País, elle a bénéficié de la participation annoncée de 28 […]

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Texte intégral (2223 mots)

Le 19 juillet 2026, environ 2 000 Israéliens ont marché en direction de la bande de Gaza. Leur objectif était clair : réclamer le retour des colonies israéliennes dans l’enclave palestinienne. La marche était organisée par Nachala, un mouvement qui prône la colonisation. Selon El País, elle a bénéficié de la participation annoncée de 28 ministres et parlementaires israéliens. Parmi les participants figurait notamment Nir Barkat, ministre de l’Économie et membre du Likoud de Benyamin Netanyahou.

Depuis le 7 octobre 2023, l’idée d’une recolonisation de Gaza s’est intensifiée chez certains israéliens. Elle est non seulement défendue par des organisations de colons, mais aussi par plusieurs membres du gouvernement. Ils évoquent des projets concrets. Cette évolution intervient dans un contexte particulier. Après près de trois années d’offensive israélienne, Gaza n’est plus qu’un champ de ruines.

En septembre 2025, la Commission d’enquête internationale indépendante des Nations unies sur le territoire palestinien occupé a conclu qu’Israël avait commis un génocide. Mais pendant que la justice internationale poursuit son travail, une autre bataille a lieu depuis longue date. Celle de la terre. Car Gaza n’est pas seulement détruite. Certains responsables israéliens veulent y installer une nouvelle population.

Un territoire ravagé par le génocide

L’ampleur des destructions à Gaza est difficile à concevoir. Selon une analyse satellite des Nations unies, environ 81 % des structures de la bande de Gaza avaient été endommagées au 11 octobre 2025.

La destruction touche les infrastructures nécessaires à la vie quotidienne, mais aussi les terres agricoles. Le territoire est à présent recouvert de millions de tonnes de débris sous lesquels se trouvent encore des restes humains. Cette destruction massive intervient après une offensive qui a provoqué des dizaines de milliers de morts.

La commission d’enquête indépendante mandatée par les Nations Unies a conclu qu’Israël avait commis un génocide dans la bande de Gaza. Une qualification bien évidemment démentie par l’État mis en cause, au point qu’il envisage aujourd’hui des projets de colonisation.

La chronologie est essentielle. La destruction massive de Gaza après octobre 2023 n’a pas fait naître l’idée d’une recolonisation israélienne du territoire. Celle-ci existe depuis longtemps au sein du mouvement colonial israélien. Dès avant le retrait de Gaza en 2005, une partie des organisations de colons considérait l’abandon des implantations comme une erreur historique et revendiquait leur maintien ou leur restauration. Les destructions massives du territoire et les déplacements répétés de la population palestinienne ont ainsi accompagné une accélération politique d’un projet qui existait déjà auparavant.

En juillet 2026, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a annoncé son intention d’établir trois implantations dans le nord de Gaza. Les lieux évoqués correspondent à d’anciennes colonies israéliennes évacuées en 2005 (Dugit, Elei Sinai et Nisanit). Le choix est hautement symbolique. Cette annonce ne constitue donc pas l’apparition du projet, mais une étape supplémentaire dans la normalisation institutionnelle d’une revendication portée depuis longtemps par le mouvement colonial.

Colons et ministres israéliens préparent ouvertement leur « retour » à Gaza

Israël a déjà colonisé la bande de Gaza. Jusqu’en 2005, 21 colonies israéliennes existaient dans l’enclave. Environ 8 000 colons y vivaient. Le gouvernement d’Ariel Sharon avait finalement décidé leur évacuation dans le cadre du plan de désengagement israélien.

Pour le mouvement colonial, ce retrait demeure un traumatisme. Depuis le début du génocide palestinien, plusieurs organisations réclament donc ouvertement un retour. L’une des organisations les plus actives est Nachala. Elle est dirigée par Daniella Weiss, une figure historique du mouvement colonial israélien, qualifiée d’extrémiste par le quotidien britannique The Guardian. Son projet est clair : réinstaller des familles israéliennes dans la bande de Gaza. En 2024, Nachala affirmait avoir déjà recruté entre 600 et 700 familles candidates à l’installation.

Les partisans de la recolonisation imaginent déjà une transformation profonde de Gaza. En 2025, un projet présenté à la Knesset prévoyait jusqu’à 850 000 logements, de nouvelles villes et d’importantes infrastructures, dans l’esprit d’une future « Riviera ». Un an plus tard, certaines images promotionnelles de la marche pour la recolonisation de juillet 2026 représentaient des villas face à la Méditerranée.

Bezalel Smotrich, ministre des Finances et figure majeure de l’extrême droite israélienne, défend depuis longtemps l’expansion de la colonisation. Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale, soutient également le retour des colonies à Gaza. D’autres ministres et parlementaires ont participé ou apporté leur soutien à des événements réclamant cette recolonisation.

En juillet 2026, Israel Katz est allé encore plus loin. Le ministre de la Défense a déclaré vouloir créer trois avant-postes Nahal dans le nord de Gaza. Historiquement, les avant-postes Nahal associent présence militaire et implantation territoriale. Plusieurs ont ensuite laissé place à des colonies civiles permanentes.

Bezalel Smotrich avait lui-même affirmé quelques semaines auparavant que les plans pour trois implantations à Gaza étaient prêts. Il ne manquerait plus qu’un feu vert politique. À ce stade, il serait donc faux d’affirmer qu’un vaste programme officiel de colonisation civile de Gaza est déjà définitivement adopté.

Mais le changement est majeur. L’idée n’est plus seulement portée par quelques militants suprémacistes. Des ministres en exercice préparent désormais concrètement une présence permanente dans certaines zones. Et cette ambition pose une question incontournable : Quel sort va être réservé aux Palestiniens qui ont survécu au génocide ?

Coloniser les ruines de Gaza ?

Gaza n’est pas une terre vide. Avant le 7 octobre 2023, environ 2,2 millions de Palestiniens vivaient sur un territoire de seulement 365 km². La densité de population y était l’une des plus importantes au monde.

Coloniser Gaza implique donc nécessairement une lutte pour l’espace. Pour installer une nouvelle population, il faut obtenir des terres. Et pour obtenir ces terres, il faut empêcher ceux qui y vivaient auparavant de les récupérer. C’est ici que le projet colonial rejoint directement la question du déplacement des Palestiniens.

Plusieurs figures de l’extrême droite israélienne ont déjà défendu leur départ de Gaza. Bezalel Smotrich a évoqué une « émigration volontaire ». Itamar Ben-Gvir a également défendu cette perspective. Mais dans le contexte actuel, le terme « volontaire » pose un problème évident. Peut-on parler de départ volontaire lorsqu’un territoire a été presque entièrement dévasté ? Lorsque les logements ont été détruits ? Lorsque les infrastructures essentielles ont disparu ? Lorsque la population est exterminée ? Lorsque reconstruire un semblant de vie normale est impossible ?

Détruire les conditions permettant à une population de vivre sur son territoire, puis lui proposer de partir, pose évidemment la question de la réalité de ce choix. Cette situation prend une dimension historique particulière pour les Palestiniens. Une grande partie de la population de Gaza est elle-même constituée de réfugiés palestiniens et de leurs descendants. Des familles expulsées ou ayant fui des villes et villages situés sur le territoire devenu Israël lors de la Nakba de 1948. Pour elles, un nouveau déplacement signifierait donc parfois un second exil.

La Cisjordanie montre par ailleurs comment un processus colonial peut progressivement devenir un fait accompli. La colonisation commence par une présence militaire. Puis un avant-poste et quelques bâtiments. Suivent une route, des infrastructures. Et finalement des familles.

C’est précisément ce qui rend les projets d’implantations Nahal à Gaza particulièrement inquiétants. Ils pourraient créer les premières bases d’une présence territoriale durable. Le droit international est pourtant clair sur la colonisation des territoires occupés. La quatrième Convention de Genève interdit à une puissance occupante de transférer une partie de sa propre population civile dans le territoire qu’elle occupe.

En juillet 2024, la Cour internationale de Justice a également rappelé le caractère illégal de la politique de colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés. La Cisjordanie en offre déjà l’exemple le plus spectaculaire. Des centaines de milliers de colons israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Et cette expansion continue. En juillet 2026, Bezalel Smotrich a annoncé 1,3 milliard de shekels de financement, soit plus de 400 millions de dollars, pour soutenir l’expansion des colonies en Cisjordanie occupée.

Des voix israéliennes en lutte contre la colonisation

Ainsi, après le génocide dénoncé par l’ONU, la destruction massive du territoire et le déplacement de sa population, une nouvelle bataille commence. Celle qui déterminera qui pourra vivre sur cette terre encore gorgée de sang. Car derrière la nostalgie des colons se trouve une réalité beaucoup plus brutale : pour s’installer sur les ruines de Gaza, il faut prendre la terre à ceux qui y vivent.

Et cette perspective est loin de faire l’unanimité en Israël. Depuis plusieurs décennies, des organisations israéliennes dénoncent la colonisation des territoires palestiniens et s’opposent à toute tentative d’installation de colonies à Gaza. Elles considèrent que l’expansion territoriale menée au nom du mouvement colonial met en danger à la fois les droits des Palestiniens et l’avenir politique d’Israël.

Des mouvements comme La Paix maintenant (Shalom Akhshav), fondé en 1978 par des Israéliens opposés à la colonisation, documentent depuis longtemps l’expansion des colonies et appellent à leur démantèlement. Après le 7 octobre 2023, l’organisation a continué à dénoncer les projets de retour des colonies à Gaza, estimant qu’ils aggraveraient le conflit et rendraient impossible toute perspective de solution politique.

D’autres collectifs, comme B’Tselem ou des mouvements d’anciens soldats tels que Breaking the Silence, ont également alerté sur les conséquences de la colonisation et de l’occupation militaire. Ces voix, souvent minoritaires dans l’espace politique israélien actuel, rappellent que la recolonisation de Gaza n’est pas un consensus israélien, mais un projet porté principalement par les courants nationalistes religieux et l’extrême droite.

Florian DOARE


Photo de couverture : Israël – Palestine : l’image au cœur d’une guerre des récits – Le dessous des images. ARTE

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26.07.2026 à 06:00

Nature, enfants et posidonie : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. En Bretagne, la « prescription de nature » testée pour améliorer la santé Le projet breton Sainbiote expérimente la « prescription de nature » : des professionnels de santé peuvent proposer à leurs […]

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Texte intégral (996 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. En Bretagne, la « prescription de nature » testée pour améliorer la santé

Le projet breton Sainbiote expérimente la « prescription de nature » : des professionnels de santé peuvent proposer à leurs patients de passer du temps dans des espaces naturels en complément de leur traitement. Fondée sur des travaux scientifiques, cette démarche vise à améliorer la santé physique et mentale tout en renforçant le lien avec la nature. (Eco-Bretons)

Une ordonnance de protection créée pour les enfants

L’Assemblée nationale a adopté la création d’une ordonnance de protection pour les enfants, inspirée de celle qui existe pour les victimes de violences conjugales. Cette mesure, réclamée depuis plusieurs années par des associations, figurait parmi les principales recommandations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. (Mediapart)

À Marseille, la posidonie devient une alliée contre l’érosion

La ville de Marseille conserve désormais les banquettes de posidonie sur certaines plages, alors qu’elles étaient autrefois retirées. Cette plante marine, longtemps perçue comme une nuisance, est aujourd’hui reconnue pour son rôle dans la protection du littoral, notamment en limitant l’érosion des plages. (Marcelle)

À Milan, un « parlement » donne une voix aux animaux urbains

La ville de Milan a organisé le premier « Parlement des espèces vivantes », où des représentants incarnant des animaux débattent de projets d’aménagement urbain. Cette initiative vise à intégrer les besoins de la biodiversité dans les décisions d’urbanisme et à favoriser une meilleure cohabitation entre humains et faune en ville. (Euronews)

Quimper met fin aux balades à dos d’âne

La mairie de Quimper a annoncé l’arrêt définitif des balades à dos d’âne après une pétition ayant recueilli plus de 20 000 signatures. Cette décision fait suite aux critiques dénonçant les conditions de vie des animaux et leur utilisation comme attraction en milieu urbain.(Mobilisation pour la Cause Animale)

New York suspend pendant un an les nouveaux grands centres de données

L’État de New York a instauré un moratoire pouvant aller jusqu’à un an sur la construction de nouveaux centres de données de grande taille. Cette pause doit permettre d’élaborer des règles encadrant leurs impacts sur le réseau électrique, la consommation d’eau et l’environnement, dans un contexte de forte croissance des besoins liés à l’intelligence artificielle. (Tech Xplore)

Le Burkina Faso interdit le « poverty porn »

Le Burkina Faso a interdit le « poverty porn », une pratique consistant à mettre en scène des personnes vulnérables lors de distributions d’aide sur les réseaux sociaux. Cette mesure s’inscrit dans un nouveau cadre réglementaire de l’aide humanitaire visant à mieux protéger la dignité des bénéficiaires et à promouvoir leur autonomie. (La Santé Publique)

Grenoble réduit drastiquement la publicité dans l’espace public

Grenoble a supprimé la majorité de ses panneaux publicitaires, qui ont désormais disparu de 90 % du territoire communal. La ville poursuit cette politique en contrôlant les affichages restants et affirme inspirer d’autres collectivités souhaitant limiter la pollution visuelle dans l’espace public. (Le Parisien)

Les livreurs Uber Eats et Deliveroo obtiennent une forte hausse de leur revenu minimal

Uber Eats et Deliveroo ont accepté de porter le revenu minimal horaire garanti des livreurs de 11,75 € à 19 € brut à partir du 1er septembre. Le nouvel accord prévoit aussi un calcul hebdomadaire de cette garantie, l’exclusion des pourboires de la rémunération minimale et une révision annuelle des conditions. (Libération)

Le Royaume-Uni investit 90 millions de livres pour sauver les espèces menacées

Le gouvernement britannique consacre 90 millions de livres à un vaste programme de restauration de la biodiversité, dont 60 millions pour financer 130 projets en faveur de 364 espèces menacées en Angleterre. L’objectif est de protéger des espèces en déclin, restaurer leurs habitats et contribuer à enrayer la perte de biodiversité. (GOV.UK)


Photo de couverture : TS Sergey – âne en liberté / Unsplash

– Mauricette Baelen

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