28.10.2026 à 05:00
Elena Meilune
Un homme assassiné, cinq personnes blessées, dont une enfant de 11 ans. Le 23 octobre, un homme radicalisé à l’extrême droite a ouvert le feu sur des personnes racisées à Trappes et La Verrière. Cet attentat s’inscrit dans un contexte de banalisation des discours racistes et xénophobes, où des populations entières sont régulièrement présentées comme […]
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Vendredi 23 octobre, aux alentours de 10 heures, Kévin T., 39 ans, entame un parcours meurtrier de douze kilomètres à travers Trappes et La Verrière, dans les Yvelines. Armé d’un pistolet-mitrailleur, il ouvre le feu à huit endroits différents, tirant au moins 128 munitions en une vingtaine de minutes.
Pengo Bossio Wangi, 26 ans, est assassiné dans un square. Cinq autres personnes sont blessées, dont une enfant de 11 ans, blessée par huit impacts de balles. Plusieurs victimes sont grièvement atteintes.
Trappes n’a pas attendu ce massacre pour devenir la cible d’une offensive idéologique. Du Rassemblement national aux plateaux de télévision, la ville a été méthodiquement transformée en symbole d’une prétendue menace civilisationnelle.
L’attaque ne présente rien d’un déchaînement improvisé. Au domicile du suspect, les enquêteurs découvrent des bouteilles de gaz reliées à un dispositif électrique et à un minuteur. Un exemplaire de Mein Kampf, manifeste idéologique d’Adolf Hitler, y est également retrouvé.
Selon une source proche du dossier citée par Le Parisien, l’homme se serait radicalisé à l’extrême droite au cours des dix dernières années, développant une hostilité obsessionnelle envers les populations arabes et noires.

Le Parquet national antiterroriste enquête pour assassinats et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante d’un mobile raciste. Si le suspect conteste désormais le caractère raciste de ses actes, les éléments de l’enquête contredisent cette version.
Sa garde à vue a par ailleurs été temporairement suspendue pour raisons psychiatriques, une décision qui étonne Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi, qui rappelle que de telles suspensions sont très rares. Il établit notamment un parallèle avec l’assassinat raciste d’Aboubakar Cissé, poignardé de plus de cinquante coups de couteau dans une mosquée du Gard en avril 2025, dont l’auteur présumé avait rapidement été présenté comme pénalement irresponsable.
Quand la psychiatrie prend toute la place, la haine raciste est reléguée au second plan. Une manière de dépolitiser ces violences, en privilégiant les troubles individuels au détriment des idéologies qui les alimentent. Or, souffrir de troubles psychiatriques n’efface pas les motivations racistes d’un acte. Si le suspect s’était appelé Mohammed, aurait-on autant insisté sur sa santé mentale plutôt que sur ses motivations idéologiques ?
Pour comprendre le contexte dans lequel cet attentat est survenu, il faut revenir sur la manière dont Trappes et ses habitants sont présentés depuis plus d’une décennie. Le média StreetPress a retracé dix années de stigmatisation politique et médiatique de cette commune des Yvelines, régulièrement dépeinte comme un bastion de l’islamisme, voire comme un territoire qui aurait échappé à la République.
En 2021, Éric Zemmour décrivait Trappes comme une « ville musulmane régie par la loi islamique », un territoire qui ne serait plus français. Jordan Bardella l’a notamment qualifiée de « capitale européenne du djihad » et de « République islamique ».
La même année, dans un communiqué intitulé Rendons Trappes à la France, le président du Rassemblement national réclamait la révocation du maire démocratiquement élu, Ali Rabeh, et la mise sous tutelle de la commune. Sa justification ? La réélection du maire aurait consacré la « mainmise de l’islamisme » sur la ville.
Marine Le Pen évoquait quant à elle un « territoire perdu de la République », qu’une immigration massive aurait profondément transformé. Sur les plateaux de télévision, les comparaisons se sont multipliées : « Trappistan », « Kaboul », territoire soumis à la charia…
À force de présenter une ville française comme une enclave étrangère, on finit par désigner ses habitants comme des intrus dans leur propre pays. Aucunement des maladresses, ces déclarations ont installé une représentation politique dans laquelle les populations musulmanes, immigrées ou simplement perçues comme telles deviennent collectivement suspectes. Le maire de Trappes a d’ailleurs engagé plusieurs procédures en diffamation contre des personnalités ayant contribué à cette stigmatisation.
Selon les premiers éléments de l’enquête, le suspect aurait affirmé avoir voulu viser des « noirs et des Arabes », car il en avait « marre d’eux » et souhaitait « venger » les commerçants victimes des pillages du 17 octobre. Une justification qui s’inscrit dans un contexte de surmédiatisation des dégradations survenues lors des manifestations.
Mais alors que des familles pleuraient leurs proches, certains commentateurs reprenaient déjà ces événements pour expliquer le massacre, au risque de présenter les victimes comme collectivement responsables de violences avec lesquelles elles n’avaient aucun lien, sur la seule base de leur origine réelle ou supposée.
Sur BFMTV, Hervé Morin rappelait ainsi que les Français avaient vu des pillages commis, selon lui, essentiellement par des « jeunes de quartier ». Un ancien responsable de l’antiterrorisme évoquait un « terrorisme de représailles ». Comme si les habitants de Trappes devaient répondre collectivement d’événements auxquels rien ne permet de rattacher les victimes.
Le maire, Ali Rabeh, dénonçait sur BFMTV les discours idéologiques fabriqués sur les plateaux de télévision et susceptibles de nourrir des passages à l’acte :
« C’est aussi sur ces plateaux que se fabrique le discours idéologique qui permet à des personnes d’organiser leurs attentats. »
Dans StreetPress, Naïla, fondatrice d’une association locale, résume cette mécanique : même lorsque les habitants sont victimes, ils se retrouvent désignés comme coupables. Un renversement de responsabilité que l’on retrouve aussi dans le traitement des violences sexuelles, lorsque les victimes de viol sont interrogées sur leur tenue, leur comportement ou leur présence à tel endroit plutôt que sur les actes de leur agresseur. Dans les deux cas, ce sont les victimes qui se retrouvent sur le banc des accusés, sommées de se justifier de la violence qu’elles ont subie.
Depuis des années, l’extrême droite présente l’immigration comme une invasion, les musulmans comme une menace civilisationnelle et les quartiers populaires comme des territoires à reconquérir. La théorie complotiste et xénophobe du « grand remplacement » prétend qu’une substitution organisée de population serait en cours. Les appels à la « remigration » prolongent cette logique d’exclusion, en faisant de l’origine réelle ou supposée des individus un critère de légitimité à vivre sur le territoire français.
Ces idées ne restent plus confinées aux groupuscules néonazis. Elles circulent désormais dans les discours politiques, les médias et les réseaux sociaux, jusqu’à être présentées comme de simples opinions parmi d’autres. À force de désigner certaines populations comme des menaces permanentes, ces discours contribuent à installer une représentation de la société divisée entre celles et ceux qui appartiendraient légitimement à la nation et celles et ceux qui n’y auraient pas leur place.
La responsabilité de cette banalisation dépasse de très loin les rangs de l’extrême droite. Depuis des années, une large partie du monde politique et médiatique contribue à légitimer ses obsessions. Les discours xénophobes s’invitent sur les plateaux de télévision, les théories complotistes deviennent des sujets de débat et les populations immigrées ou musulmanes sont régulièrement sommées de justifier leur place dans la société. Comme si le racisme – qui est un délit – pouvait relever d’une simple divergence d’opinions.
La liberté d’expression ne transforme pourtant ni les théories racistes en faits, ni l’incitation à la haine en opinion ordinaire. La provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale est d’ailleurs censée être punie par la loi française. En théorie, du moins.
La répétition de ces discours participe à leur normalisation. Ce qui aurait autrefois suscité une indignation générale devient progressivement un sujet de controverse télévisée, avec ses chroniqueurs, ses contradicteurs et ses audiences.
Les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron ont aussi participé à cette évolution, et c’est peu dire. Le durcissement des politiques migratoires et la place accordée aux questions d’immigration, d’identité et de sécurité ne datent pas d’hier. En 2021, Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, qualifiait Marine le Pen de « trop molle ».
La loi dite « contre le séparatisme » de 2021, présentée comme un moyen de lutter contre l’islamisme radical, a notamment renforcé le contrôle des associations et des cultes. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) avait pourtant dénoncé un projet de loi « dangereux pour la cohésion nationale et les droits et libertés fondamentales », pointant notamment des atteintes aux libertés d’association et de culte.
Deux ans plus tard, la loi immigration de décembre 2023, durcie au cours des négociations parlementaires, était adoptée avec les voix du Rassemblement national, dont Marine Le Pen revendiquait une « victoire idéologique ».
La responsabilité politique ne se limite toutefois pas aux décisions gouvernementales. Elle concerne aussi les discours que les responsables publics choisissent de reprendre, les représentations qu’ils contribuent à diffuser et les préjugés qu’ils laissent prospérer.
Les discours politiques et médiatiques façonnent directement les représentations collectives, influencent la perception de certains groupes sociaux et peuvent contribuer à banaliser les discriminations. La désignation répétée de boucs émissaires nourrit la radicalisation et les justifications idéologiques de la violence.
Après l’attentat, Marine Le Pen a dénoncé le mobile raciste du massacre. Le summum de l’indécence. Comment ne pas relever la contradiction obscène entre cette condamnation et des années de discours présentant Trappes comme un territoire perdu sous l’effet de l’immigration ?
On ne peut pas continuellement alimenter la peur de populations entières, les décrire comme une menace pour la nation, puis s’étonner que certains individus les considèrent comme des ennemis. L’assassin présumé devra répondre de ses actes devant la justice. Quant aux responsables politiques et médiatiques, ils doivent répondre publiquement des discours qu’ils diffusent continuellement.
Car non, le racisme ne commence pas avec les coups de feu. Il se construit d’abord dans les mots, les représentations et les silences qui rendent progressivement certaines vies moins dignes d’être protégées que d’autres.
Difficile de parler de la banalisation de l’extrême droite sans évoquer les ultra-riches, dont Vincent Bolloré et son empire médiatique, incluant notamment CNews, chaîne sanctionnée à de multiples reprises par l’Arcom pour des propos discriminatoires ou incitant à la haine. Ou encore Pierre-Édouard Stérin, milliardaire exilé fiscal en Belgique, dont le projet Périclès a pour but de faire arriver l’extrême droite au pouvoir.
Car derrière tout cela se joue aussi une question de classe. Le Rassemblement national, qui prétend défendre les classes populaires, vote systématiquement main dans la main avec Macronie sur les lois les plus antisociales et les plus favorables aux intérêts des plus fortunés. Rien de nouveau sous le soleil.
La désignation permanente de boucs émissaires – immigrés, musulmans, étrangers – permet de détourner la colère sociale de ceux qui concentrent les richesses et le pouvoir. Pendant que les plus précaires sont dressés les uns contre les autres, les privilèges des plus riches se renforcent. Est-il vraiment étonnant que les idées d’extrême droite se banalisent dans des médias largement contrôlés par une poignée de milliardaires ?
Pendant qu’on désigne sans relâche des coupables parmi les plus pauvres et les plus opprimés, qui demande des comptes à ceux qui prospèrent sur notre misère collective ? À ceux qui alimentent les haines et désignent les boucs émissaires pour détourner les regards du pouvoir qu’ils exercent sur nos vies ? Il serait peut-être temps de regarder dans leur direction et d’exiger qu’ils répondent de leurs actes. Car ils ont du sang sur les mains.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Manifestation contre le racisme (« Marche des solidarités ») du 22 mars 2025, de la place de la République à la place de la Nation à Paris. / Wikimedia
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Elena Meilune
La France insoumise est constamment accusée d’attiser les violences lors des mobilisations sociales. Pendant ce temps, des néonazis agressent des manifestants sous les yeux des forces de l’ordre, qui les laissent repartir sans procéder à leur interpellation. Pourquoi certaines violences déclenchent-elles une avalanche d’accusations politiques, tandis que d’autres ne suscitent que des démentis ministériels incapables […]
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Dès le début du mouvement lycéen, le gouvernement accusait déjà La France insoumise d’être à la manœuvre, sans s’encombrer de ces formalités désuètes que sont les preuves. Après les violences du 17 octobre, le gouvernement s’est empressé de désigner l’« ultragauche » comme responsable, alors même que la procureure de Paris déclarait ne pas pouvoir confirmer l’appartenance des auteurs à cette mouvance.
Les accusations se sont ensuite concentrées à nouveau sur LFI. Un tour de passe-passe politique où accusations infondées et amalgames grossiers se confondent opportunément. Plus troublant encore, selon Mediapart, un commissaire des services de renseignement affirmait avoir reçu pour consigne de désigner LFI comme responsable du mouvement, contre l’avis de ses propres collègues.
Pendant ce temps, des groupuscules d’extrême droite s’en prenaient déjà à des manifestants le 17 octobre et se mêlaient aux casseurs. Une semaine plus tard, de nouvelles agressions étaient filmées dans de nombreuses villes. Sur certaines images, les forces de l’ordre laissent les agresseurs agir ; sur d’autres, elles interviennent contre les manifestants qui viennent pourtant d’être pris pour cible.
Le 24 octobre, des militants nationalistes descendent dans les rues de nombreuses villes françaises. Sous le prétexte fallacieux de défendre les commerçants contre les pillages, plusieurs groupuscules organisent des opérations visant les manifestants contre la vie chère.
Avant même la mobilisation, la cellule investigation de Radio France avait documenté l’organisation de militants d’ultradroite sur TikTok, Discord et Telegram. Dans les conversations consultées, certains évoquaient la constitution de groupes dans plusieurs départements, la coordination de leurs actions et la possibilité d’affrontements :
« Un couteau permettra de faire reculer l’ennemi. »
Si plusieurs participants affirmaient ne pas vouloir recourir à la violence ou se mettre en danger, d’autres envisageaient ouvertement de venir équipés de matraques, de poings américains ou de couteaux.
Autrement dit, les risques n’étaient pas seulement prévisibles – des préparatifs inquiétants étaient documentés publiquement avant les manifestations. Selon Radio France, le ministère de l’Intérieur redoutait d’ailleurs que l’ultradroite ne cherche à s’ériger en « défenseur des commerçants ». Des signalements avaient été effectués sur Pharos concernant des appels à la violence de différentes mouvances politiques.
Le 24 octobre, les inquiétudes se concrétisent. Des opérations de groupuscules d’extrême droite sont observées dans de nombreuses villes, notamment à Nice, Rouen, Nancy, Montpellier, Tours, Dijon et Lyon. Les vidéos pullulent sur les réseaux sociaux. Des hommes cagoulés, parfois munis de brassards blancs, frappent des manifestants ou lancent des projectiles. Certains ne se gardent pas de faire des saluts nazis.
À Rouen, une enquête vidéo de Blast montre plusieurs militants nationalistes poursuivre et rouer de coups un homme à terre. Quelques instants plus tard, des policiers traversent le groupe d’agresseurs pour se diriger vers la victime, tandis que les assaillants s’éloignent en scandant des slogans nationalistes. Une enquête pour violences aggravées a été ouverte.
Blast a également rassemblé d’autres vidéos montrant des militants identitaires défiler et s’en prendre à des manifestants dans plusieurs villes françaises, en toute impunité :
À Nancy, les images obtenues par Mediapart sont tout aussi troublantes. Des hommes cagoulés lancent des projectiles sur des manifestants alors qu’un escadron de gendarmes mobiles se trouve à une vingtaine de mètres derrière eux. Une minute plus tard, les gendarmes chargent en direction des manifestants visés, dépassant les agresseurs sans procéder à la moindre interpellation ni au moindre contrôle d’identité. Les hommes cagoulés applaudissent alors les militaires.
À Montpellier, un jeune homme est violemment frappé par cinq militants d’extrême droite. Une de ses amies rapporte une scène particulièrement troublante :
« Avant et après qu’ils s’en prennent à mon ami, on les a vus discuter avec les CRS, on a donc préféré partir vite. »
D’autres vidéos montrent des militants d’extrême droite s’en prendre à des manifestants, avant qu’une charge des CRS ne soit dirigée contre ces derniers. Ces scènes provoquent l’indignation de plusieurs élus. Les maires de Rouen, Montpellier et Nancy demandent des explications, tandis que celui de Montpellier effectue un signalement à la justice.
À Nice, la préfecture elle-même reconnaît qu’une centaine de militants d’ultradroite masqués ont convergé vers le centre-ville pour affronter physiquement les manifestants. Onze hommes ont été interpellés avant les violences, certains en possession de matraques, de gazeuses et de matériel permettant de dissimuler leur identité.
Le contraste est d’autant plus frappant que les autorités avaient considérablement renforcé leur dispositif pour le 24 octobre. Selon Politis, 70 000 policiers et gendarmes étaient annoncés, contre 60 000 la semaine précédente. Blindés, drones, unités d’élite et dispositifs anti-pillage accompagnaient une multiplication des interdictions de manifester.
À Montpellier, même une manifestation déclarée par un syndicat avait été interdite. À Lyon, une grande partie du centre-ville était concernée par des restrictions. Amnesty International dénonçait une surenchère sécuritaire portant atteinte aux libertés fondamentales.
Un dispositif considérable pour encadrer, restreindre ou empêcher les manifestations. Et pourtant, dans plusieurs villes, des militants d’extrême droite ont pu agresser des manifestants sous les yeux des forces de l’ordre sans être inquiétés.
À Lorient, des messages internes consultés par Mediapart évoquent même une coordination avec des policiers. Face à l’accumulation des images, Laurent Nuñez dément toute protection policière de l’ultradroite. Le ministère de l’Intérieur reconnaît néanmoins que ces militants n’ont pas systématiquement été interpellés, tout en assurant qu’aucune consigne de les épargner n’a été donnée. Il invoque les difficultés du maintien de l’ordre et annonce de possibles poursuites judiciaires.
Mais comment justifier que, dans des scènes filmées, les forces de l’ordre chargent les manifestants agressés tandis que leurs agresseurs repartent sans même être contrôlés ? Et comment expliquer de telles situations alors que l’organisation de groupes d’extrême droite, leurs intentions violentes et la possibilité qu’ils soient armés avaient été signalées avant le 24 octobre ? Les faits auraient-ils l’insolence de contredire le ministre de l’Intérieur ?
Alors que les nombreuses images du 24 octobre montrent un maintien de l’ordre à géométrie variable face aux violences d’extrême droite, le gouvernement n’avait pas attendu autant d’éléments pour désigner des responsables politiques aux débordements du 17 octobre.
Dans des échanges écrits datés du 18 octobre et consultés par Mediapart, un commissaire du renseignement territorial affirme avoir reçu pour consigne de présenter LFI comme étant à l’origine du mouvement, alors même que cette interprétation serait contraire aux constats de ses collègues : « Quand on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des RT, forcément on a des décisions politiques. »
Si le ministère de l’Intérieur dément avoir donné de telles instructions, ce témoignage n’est pas le seul à mettre en cause le récit gouvernemental. Un responsable syndical policier interrogé par Mediapart conteste lui aussi les accusations contre LFI, qu’il ne porte pourtant pas « dans son cœur » :
« C’est dangereux de politiser ainsi un échec aussi grossier et surtout de ne pas en assumer l’entière responsabilité. »
Une note de renseignement du 15 octobre, également consultée par le journal, illustre la fragilité des éléments avancés pour établir une responsabilité politique. Parmi les faits recensés figure notamment l’annonce de la participation d’élus insoumis à certaines manifestations.
Soutenir une mobilisation et ses revendications légitimes deviendrait-il donc une preuve suffisante pour être tenu responsable de toutes les violences qui s’y produisent ? Comme si des milliers de personnes ne pouvaient se révolter contre leurs conditions d’existence sans attendre les instructions de Jean-Luc Mélenchon.
Pendant que le gouvernement désigne La France insoumise comme responsable des débordements, il est utile de jeter un œil à ses propres décisions en matière de maintien de l’ordre. Selon Le Canard enchaîné, les services de renseignement avaient anticipé environ 200 000 manifestants le 17 octobre. Ils ont été près de trois fois plus nombreux.
Face à cette mobilisation, le ministère de l’Intérieur avait prévu 60 000 policiers et gendarmes. À titre de comparaison, 89 000 membres des forces de l’ordre avaient été mobilisés en décembre 2018 face à 125 000 Gilets jaunes.
Plus troublant encore, 14 des 56 compagnies de CRS seraient restées au repos, alors qu’elles étaient, selon l’hebdomadaire, prêtes à intervenir. Laurent Nuñez assurait pourtant avoir déployé l’ensemble des forces mobiles disponibles.
Et pendant que les effectifs manquaient dans plusieurs villes, Le Canard enchaîné révèle qu’une compagnie de CRS était affectée à la protection de boutiques de chocolat de la famille Trogneux, à Amiens et au Touquet. Un choix de déploiement qui mériterait, lui aussi, quelques explications.
Soutenir un mouvement social n’équivaut pas à organiser des violences. Appeler à manifester ne constitue pas une incitation à agresser. Cette distinction élémentaire semble pourtant s’effacer lorsqu’il s’agit de La France insoumise.
Mais pourquoi cette logique de responsabilité politique ne s’appliquerait-elle pas avec la même exigence aux discours de l’extrême droite – discours dont la violence n’est plus à démontrer –, surtout après les agressions de militants nationalistes du 24 octobre et l’attentat raciste de Trappes ?
En octobre 2021, Jordan Bardella publiait notamment un communiqué intitulé « Rendons Trappes à la France », dénonçant une prétendue « mainmise de l’islamisme » sur la ville et réclamant la révocation de son maire et la mise sous tutelle de la ville par l’État.
Il y a pourtant une autre question, largement évacuée par cette recherche de responsables politiques : pourquoi tant de personnes se mobilisent-elles ? La vie chère, les difficultés d’accès au logement, la dégradation des services publics et les inégalités socio-économiques alimentent des contestations bien au-delà de la France. Au Portugal, en Italie, en Serbie ou au Maroc, d’autres mouvements expriment des colères sociales et politiques qui répondent à leurs propres réalités.
« Un système capitaliste qui détruit peu à peu nos droits et étouffe la majorité de la population au profit d’une infime minorité privilégiée »
Ces contestations n’ont ni les mêmes organisateurs ni exactement les mêmes revendications. Mais elles ont pour point commun un système capitaliste qui détruit peu à peu nos droits et étouffe la majorité de la population au profit d’une infime minorité privilégiée. Plutôt que de chercher qui appelle à manifester, ne faudrait-il pas enfin s’interroger sur les raisons qui poussent des populations entières à se soulever à travers le monde ?
À moins, évidemment, que Jean-Luc Mélenchon ne soit aussi responsable de la crise du logement au Portugal et du sursaut de la génération Z au Brésil. Mais dans ce cas, s’il est capable d’orchestrer des mouvements sociaux à l’échelle planétaire, pourquoi perdrait-il son temps à l’Assemblée nationale ?
Ces événements rappellent une fois de plus que les forces de l’ordre sont moins préoccupées par la protection de la population que par celle de l’ordre établi. Quant à la Macronie, si prompte à accuser LFI mais bien moins à interroger les discours haineux de l’extrême droite et ses responsabilités politiques face aux violences de l’extrême droite, elle continue de dérouler éhontément le tapis rouge au RN. Avec, en toile de fond, la défense d’un système qui protège les privilèges des ultra-riches, par les votes comme par les mots.
– Elena Meilune
Photo de couverture : « Les forces de l’ordre ont-elles laissé des groupuscules d’ultradroite attaquer des manifestants ? » / Reportage France TV (26 octobre 2026)
The post LFI accusée de tous les maux, l’extrême droite sous protection first appeared on Mr Mondialisation.26.10.2026 à 09:00
Simon Verdiere
Lors des contestations étudiantes de l’automne 2026, l’essentiel des médias de masse a largement pointé du doigt les pillages qui ont pu ponctuer certaines manifestations. Toutefois, si l’on peut regretter ces débordements, il faut garder à l’esprit qu’ils découlent d’un système capitaliste lui-même carnassier et qui détruit en profondeur nos ressources communes. Qu’il soit organisé […]
The post 5 pillages dont les grands médias ne vous parleront pas first appeared on Mr Mondialisation.Qu’il soit organisé par l’État, par les plus fortunés ou les multinationales, qu’il concerne les services publics ou la nature, le pillage de trésors collectifs est bien moins mis en lumière que le saccage de grandes enseignes parisiennes. Mr Mondialisation vous présente cinq exemples d’attaques bien palpables contre ce qui devrait pourtant appartenir à tous.
Les services publics n’ont pas besoin d’être cambriolés ou incendiés pour être méthodiquement démantelés. Et pourtant, leur dégradation au cours des dernières décennies est incontestable. Le bilan est par ailleurs similaire en ce qui concerne la protection sociale.
Depuis quarante ans, pas moins de 17 000 écoles ont ainsi été fermées dans le pays, avec à la clef des classes surchargées et des enseignants débordés. Eux-mêmes ont d’ailleurs vu leurs effectifs amputés de pas moins de 10 000 professionnels depuis 2017.
Dans le secteur de la santé, la situation est tout aussi désastreuse, comme l’a révélé la crise du Covid-19. Selon le syndicat Force ouvrière, la France aurait même supprimé près de 100 000 lits dans les hôpitaux depuis l’an 2000. Les urgences saturées et le manque de personnel sont bien les premiers symptômes de cette destruction méthodique.
En parallèle, le gouvernement a repoussé l’âge du départ à la retraite de deux ans, tout en baissant les allocations chômage, en attendant un gel des aides au logement prévu pour 2027. À cela, il faut enfin ajouter la fermeture de nombreux services publics de proximité, comme les postes ou les guichets de gare.
S’il y a bien un pillage massif organisé par l’État ces dernières années, c’est sans aucun doute celui des richesses produites par les travailleurs au profit des grandes fortunes. Ainsi, 53 milliardaires possèdent aujourd’hui autant que les 32 millions de Français les plus pauvres. Depuis 2017, le patrimoine de ces mêmes milliardaires a doublé.
Et pourtant, ces richesses, en grande partie construites sur la spéculation, reposent intégralement sur le labeur des salariés qui voient le fruit de leur travail accaparé par une minorité d’individus. De surcroît, ces fortunes se sont largement bâties avec la complaisance d’Emmanuel Macron et sa politique de cadeaux aux plus aisés. Rien de concret n’a d’ailleurs été mis en place face à l’évasion fiscale, qui ferait perdre aux Français près de 100 milliards d’euros tous les ans, ni contre l’optimisation, toujours légale.
Mais la mainmise des milliardaires sur la société ne s’arrête pas là, puisque leur latitude financière leur confère aussi d’immenses pouvoirs. Parmi eux, la question médiatique pose clairement problème, puisque plus de 90 % des médias leur appartiennent. Plus qu’un pillage, il s’agit même d’une confiscation de la démocratie.
Les connaissances de l’humanité représentent sans doute l’un de ses plus grands trésors. Certaines recherches sont mises à disposition de tous dans l’intérêt du bien commun. Mais dans une société capitaliste où l’argent est roi, des acteurs privés ont pourtant décidé de monétiser et privatiser une partie de ce savoir.
Ainsi, de nombreux chercheurs formés dans l’enseignement public mènent d’abord des recherches financées par les impôts de tous. Par la suite, le fruit de ce travail va souvent déboucher sur des brevets et des produits distribués par des entreprises privées.
Si la situation peut déjà être regrettable lorsque de simples publications scientifiques sont verrouillées par le marché de l’édition commerciale, elle peut tourner au drame quand elle concerne des champs aussi cruciaux que la médecine. Le profit organisé par certains laboratoires grâce à l’exploitation commerciale de connaissances qui devraient pourtant bénéficier à toute l’humanité a en effet largement de quoi susciter l’indignation.
Mais ce pillage ne s’arrête pas là, puisqu’il peut aller jusqu’à la privatisation du vivant. Il n’est ainsi pas rare, dans le monde, d’observer des demandes de brevets déposées sur des semences pour en limiter l’utilisation ou la reproduction. Une démonstration du fait que, lorsqu’on laisse l’innovation et la recherche aux mains des grands groupes, sans aucune réglementation, ils n’auront jamais de scrupules à s’emparer de ce bien commun de toutes et tous.
L’humanité a toujours eu besoin d’exploiter les ressources fournies par la planète pour subsister et se développer. Néanmoins, le système capitaliste néolibéral a définitivement détruit toute idée de limites. Et pourtant, ces ressources sont loin d’être infinies.
L’accaparement de l’eau, un bien indispensable à la vie, illustre d’ailleurs à merveille cet aveuglement. À l’heure du réchauffement climatique et des sécheresses, son accès constitue déjà enjeu crucial à très court terme. Cela n’empêche toutefois pas certaines compagnies ou grandes sociétés agricoles se s’accaparer cette ressource vitale.
La même mentalité s’applique aux forêts saccagées pour le profit, aux espaces naturels artificialisés, à la production polluante qui touche pas moins de 1700 rivières en France, aux exploitations minières qui détruisent tout sur leur passage, et, bien sûr, à la biodiversité et aux écosystèmes complètement ravagés par la soif de dividendes des plus fortunés.
Si les milliardaires parviennent à accaparer une aussi grande part des richesses produites, c’est bien entendu avec le concours de l’État, mais en particulier grâce aux cadeaux aux multinationales. Selon certaines estimations, pas moins de 211 milliards d’aides iraient aux sociétés de France, sans aucune contrepartie.
Ce poste représente d’ailleurs la plus grosse enveloppe du budget français, tous secteurs confondus. Et on parle bien ici d’entreprises privées, et non publiques. Si certaines d’entre elles ont sans doute besoin de subventions, il est, cependant, difficile de voir autre chose qu’une soumission absolue aux plus aisés lorsque l’on évoque des compagnies atteignant plusieurs milliards de chiffre d’affaires.
Le processus est d’autant plus choquant lorsque l’on sait que ces sociétés ne doivent rendre aucun compte pour obtenir ces fonds. Dès lors, une entreprise qui licencie, pollue ou œuvre contre le bien commun peut malgré tout bénéficier d’un soutien financier public.
À la lumière de ces exemples, il apparaît plus clair que le pillage des commerces, mis en avant par les médias mainstream lors de certains mouvements populaires, reste certes dramatique, mais sert également de diversion pour détourner l’attention de saccages légaux de grande envergure.
Pourtant, ces destructions des biens communs ont largement de quoi susciter une indignation générale quand au comportement d’une minorité possédante vis-à-vis de la masse de la société. Plus loin, on peut même espérer que si l’État s’occupait de ces injustices sociales, les manifestations et les pillages qui s’y greffent parfois prendraient sans doute fin.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Emmanuel Macron / Rawpixel
The post 5 pillages dont les grands médias ne vous parleront pas first appeared on Mr Mondialisation.25.10.2026 à 05:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. 202 communes des Pyrénées s’opposent aux projets NACRE et E-CHO Dans les Pyrénées-Atlantiques, 202 communes s’opposent aux projets industriels NACRE et E-CHO, qui prévoient de produire des carburants à partir de biomasse, notamment […]
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Dans les Pyrénées-Atlantiques, 202 communes s’opposent aux projets industriels NACRE et E-CHO, qui prévoient de produire des carburants à partir de biomasse, notamment forestière. E-CHO pourrait prélever jusqu’à 3,1 millions de m³ d’eau par an. Selon une déclaration antérieure d’Elyse Energy rapportée dans l’article, l’approvisionnement des installations nécessiterait la coupe de 14 000 hectares de forêt au cours des cinq premières années. (La Relève et la Peste)
Dans le Puy-de-Dôme, le Syndicat des Vallées de la Veyre et de l’Auzon aménage une zone humide de 1,5 hectare à la confluence de la rase de la Narse et du Charlet. Le projet prévoit un bassin de sédimentation, un lit sinueux, sept mares et des débordements favorisant l’infiltration de l’eau. L’objectif est de retenir les sédiments, d’améliorer la qualité de l’eau et de favoriser la biodiversité. La parcelle sera végétalisée avec des plantes, des saules et des arbres issus de prélèvements locaux. (Tikographie)
Des salariés de Geodis syndiqués à la CGT et des militants des Soulèvements de la Terre ont noué une alliance autour de la lutte contre le projet d’entrepôt Green Dock, abandonné en février 2026 après le refus du permis de construire. Après avoir soutenu une grève ayant permis aux salariés d’obtenir 150 euros bruts supplémentaires par mois en 2025, les militants écologistes les appuient désormais face à ce qu’ils dénoncent comme une répression syndicale. Ensemble, ils élaborent un contre-projet pour le port de Gennevilliers, fondé notamment sur davantage de fret ferroviaire, de transports en commun et d’espaces de repos pour les travailleurs. (StreetPress)
Le Parlement brésilien a adopté une réforme constitutionnelle ramenant la durée hebdomadaire du travail de 44 à 40 heures et permettant à de nombreux salariés de bénéficier de deux jours de repos par semaine au lieu d’un. Approuvée par 75 voix contre une au Sénat, la réforme doit être mise en œuvre progressivement sur quatorze mois. Lula espère qu’elle renforcera sa position avant le second tour de la présidentielle aujourd’hui. Son rival Flavio Bolsonaro, qui avait critiqué le texte, a finalement voté pour. (Le Monde)
La forêt de Mata Nacional do Bussaco, au Portugal, est devenue la première forêt thérapeutique certifiée de la péninsule Ibérique. Elle abrite 250 espèces d’arbres et d’arbustes sur 105 hectares. Sont observés une amélioration du bien-être et de certains indicateurs de santé mentale chez des participants à des séances de thérapie forestière. Le projet européen PHorestAll étudie les liens entre biodiversité forestière et santé humaine, tandis que cette certification, valable jusqu’en 2031, devra ensuite être réévaluée. (La Relève et la Peste)
Le Parlement hongrois a voté le 13 octobre la suppression de dispositions d’une loi de 2021 sur la « protection de l’enfance » qui interdisaient d’évoquer l’homosexualité et l’identité de genre auprès des mineurs. Il s’agit de la première suppression significative de restrictions anti-LGBT+ depuis l’arrivée au pouvoir de Peter Magyar en mai 2026. Le Premier ministre affirme que cette réforme permettra à la Hongrie de se conformer au droit européen, tout en la présentant comme un renforcement de la protection de l’enfance plutôt que comme un rétablissement des droits LGBT+. (franceinfo)
En République dominicaine, plus de 195 couples reproducteurs de cette buse endémique d’Hispaniola ont été recensés en 2026 et plus de 135 jeunes ont pris leur envol. En Haïti, 44 individus ont été comptés dans l’archipel des Cayemites, un record depuis le début du suivi local. Ces résultats suivent plusieurs années de mesures de protection et de réintroduction. Malgré cette progression, l’espèce reste classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). (Ornithomedia)
Sept millions d’hectares de forêts ont été détruits dans le monde en 2025, soit 15 % de moins qu’en 2024, selon le collectif Forest Declaration Assessment. Cette baisse s’explique notamment par le ralentissement de l’expansion agricole en Amazonie brésilienne et une situation plus favorable en Amérique latine. À l’inverse, la déforestation a atteint 2,4 millions d’hectares en Afrique tropicale. Les auteurs mettent en garde contre les risques accrus de sécheresses et d’incendies liés à un épisode intense d’El Niño. (franceinfo)
La ville de New York a mis fin aux promenades en calèche, notamment dans Central Park, après plus de 150 ans de tradition. Le conseil municipal devrait voter une loi en ce sens, à la suite notamment de la mort en juin d’un touriste indien de 18 ans, Romanch Mahajan, tombé d’une calèche tirée par un cheval emballé. Le maire Zohran Mamdani a annoncé vouloir protéger les chevaux et accompagner les travailleurs et propriétaires concernés, notamment grâce à un plan de transition professionnelle et à d’éventuelles compensations. (Sky News)
En Australie, les herbiers marins de Cairns ont retrouvé leur superficie et leur biomasse d’avant les inondations de 2009 à 2011, qui avaient entraîné une baisse de 98 % de leur surface. L’abondance des poissons et le nombre d’espèces ont également retrouvé leurs niveaux antérieurs. Toutefois, une étude fondée sur 34 années de données (1991-2025) montre que les espèces présentes ont changé : la restauration de l’habitat ne signifie donc pas le retour à l’écosystème initial. (Oceanographic)
Photo de couverture – Unsplash – Cuvii
– Mauricette Baelen
24.10.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Les interdictions de manifester se multiplient avant le 24 octobre Après les affrontements, barricades et les pillages du 17 octobre, plusieurs préfectures restreignent les mobilisations prévues aujourd’hui. Dans les Bouches-du-Rhône, toutes les manifestations sont […]
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Après les affrontements, barricades et les pillages du 17 octobre, plusieurs préfectures restreignent les mobilisations prévues aujourd’hui. Dans les Bouches-du-Rhône, toutes les manifestations sont interdites et les transports en commun seront suspendus dès 5 heures. À Lyon, Lille et dans le centre de Nice, les rassemblements sont également interdits. À Paris, seul le cortège de la CGT entre Bastille et Nation est autorisé, tandis que celui d’Interfac et des Gilets jaunes est interdit. Emmanuel Macron a annoncé que seules les manifestations organisées à la demande des syndicats pourraient être autorisées. (Franceinfo)
Le parquet a requis dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité contre l’eurodéputée de La France insoumise, jugée pour « apologie du terrorisme ». L’affaire porte sur un tweet publié le 26 mars, depuis supprimé, citant Kozo Okamoto, l’un des auteurs de l’attentat de 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv, qui avait fait 26 morts. Il s’agit de réquisitions du parquet, et non d’une condamnation. (L’Humanité)
L’anxiété des lycéens face à Parcoursup profite à des établissements privés qui recrutent en dehors de la plateforme et présentent celle-ci comme injuste pour attirer les familles. Selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche, l’enseignement supérieur privé lucratif accueille environ 15 % des étudiants, soit près de 400 000 jeunes. (Le Canard enchaîné)
À l’approche du second tour de la présidentielle brésilienne, prévu demain, la justice a donné 24 heures à Meta pour démontrer qu’elle n’a pas favorisé Flávio Bolsonaro au détriment du président sortant Lula. Le camp de Lula accuse le groupe de biais dans ses algorithmes, ses outils d’intelligence artificielle et la modération des contenus. Meta conteste ces accusations et invoque des problèmes techniques (lol) ; en cas de non-respect de la décision, l’entreprise risque une pénalité journalière doublée. (Next)
Le 15 octobre, des centaines de personnes ont installé des tentes devant la gare Termini, rebaptisant symboliquement la place « Piazza Maricarmen Abascal », en hommage aux luttes pour le droit au logement en Espagne. Les manifestants dénoncent la hausse des loyers, la spéculation immobilière et le projet du gouvernement de Giorgia Meloni, qui prévoit notamment de faciliter les expulsions. Une grève générale est prévue le 30 octobre pour réclamer de meilleurs salaires et davantage de droits. (El Salto)
Au premier semestre 2026, TotalEnergies a engrangé 11,4 milliards de dollars de bénéfices, soit 4,7 milliards de plus qu’un an auparavant. Le groupe prévoit 4,7 milliards de dollars de rachats d’actions supplémentaires d’ici début 2027 et promet d’augmenter ses dividendes d’au moins 5 % par an jusqu’en 2030. Selon l’Observatoire des multinationales, ces annonces représentent entre 11,1 et 11,6 milliards de dollars supplémentaires destinés aux actionnaires. (Observatoire des multinationales)
Le 24 septembre, le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, et sa majorité municipale se sont abstenus sur un vœu qui associait la lutte contre l’excision au soutien à une proposition de loi contre les violences sexistes et sexuelles. Ils soutenaient la lutte contre l’excision, mais demandaient de retirer la référence à la loi, encore en discussion et jugée insuffisamment aboutie, notamment sur le financement et l’accompagnement des victimes. L’opposition ayant refusé cette modification, le vœu a été adopté malgré 44 abstentions. (Les Surligneurs)
Après six mois d’enquête, une commission du Sénat estime qu’au moins 211 milliards d’euros d’aides publiques de l’État ont été versés aux entreprises en 2023, hors aides des collectivités territoriales et de l’Union européenne.
Ses 26 propositions réclament davantage de transparence et d’évaluation, des conditions plus strictes pour bénéficier de ces aides, leur remboursement en cas de délocalisation de l’activité concernée dans les deux ans, ainsi qu’une réduction d’un tiers du nombre de dépenses fiscales et de subventions budgétaires aux entreprises d’ici 2030. (Public Sénat)
Environ 150 000 enseignants vacataires assurent des cours dans les universités françaises, souvent pour des rémunérations qui ne couvrent ni la préparation ni la correction des copies, avec des paiements parfois retardés de plusieurs mois. Face au manque de postes titulaires et à des besoins d’enseignement permanents, le collectif Je suis Léa réclame des emplois stables, un plan de titularisation et une hausse du tarif horaire à 80 euros, tandis que le nombre de recrutements d’enseignants-chercheurs a chuté de 30 % entre 2009 et 2023. (Basta!)
Une enquête conjointe de StreetPress, Index et ViolencesPolicières.fr recense des dizaines de blessés et examine une cinquantaine de cas de violences présumées lors des manifestations, à Paris, Lyon, Marseille et dans d’autres villes. Les témoignages, vidéos et certificats médicaux font état notamment de blessures graves à la tête et aux yeux, de mutilations liées à des grenades et de coups de matraque sur des personnes au sol ; l’IGPN a été saisie dans trois cas, tandis que la préfecture de police de Paris et la police nationale n’ont pas répondu aux questions de StreetPress. (StreetPress)
* Photo de couverture : wikicommons – Silanoc
– Mauricette Baelen
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Elena Meilune
Les manifestations du 17 octobre, marquées notamment par des pillages et des dégradations, ont relancé les discours sécuritaires et les accusations politiques. Une fois encore, l’immigration est érigée par l’extrême droite en coupable idéal, tandis que les inégalités sociales, la précarité et les politiques qui les aggravent disparaissent du procès. Pourtant, les recherches en criminologie […]
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[Article initialement publié le 12 août 2026, mis à jour le 23 octobre 2026 | Temps de lecture estimé : 9 min]
En 1993 déjà, une méta-analyse publiée dans Criminal Justice Review, rassemblant les résultats de 34 études, montrait que 97 % des 76 coefficients de corrélation entre les inégalités économiques et les crimes violents étaient positifs. Bien que publiée il y a plus de 30 ans, elle demeure une référence importante pour avoir systématiquement documenté le lien entre pauvreté, inégalités de revenus et criminalité violente. Les recherches plus récentes ont depuis cherché à mieux comprendre les mécanismes qui peuvent expliquer cette association.
Mais qui produit et entretient cette précarité ? Les inégalités sociales ne sont pas une fatalité. Elles résultent aussi de choix politiques, de rapports de domination et d’un système économique qui concentre les richesses et les ressources entre les mains d’une minorité.
Les inégalités économiques n’agissent pas uniquement de manière directe. Elles influencent également de nombreux facteurs qui, eux-mêmes, augmentent le risque de délinquance. Une vaste revue parapluie publiée en 2024 permet de dresser un état des connaissances particulièrement solide. Les auteurs ont synthétisé les résultats de 29 revues systématiques et méta-analyses, représentant plus de 800 études consacrées aux facteurs de risque de la délinquance chez les jeunes.
De cette analyse ressortent 11 facteurs bénéficiant des niveaux de preuve les plus élevés. Parmi eux figurent les troubles psychiques, les consommations de substances, les expériences adverses durant l’enfance, les mauvais traitements et la négligence, le manque de supervision parentale, des liens d’attachement fragiles, le harcèlement scolaire ainsi que la pression exercée par les pairs. À l’inverse, un environnement scolaire favorable apparaît comme un facteur protecteur.
Pris isolément, ces résultats pourraient donner l’impression que la criminalité s’explique avant tout par des caractéristiques individuelles ou familiales. Pourtant, ces facteurs s’inscrivent dans des trajectoires de vie façonnées par le contexte social.
Les recherches montrent que les enfants grandissant dans des situations de précarité sont davantage exposés à une accumulation de facteurs de risque. Une importante revue intégrative publiée en 2025 montre que la pauvreté façonne simultanément les environnements dans lesquels les enfants évoluent – le foyer, le quartier et l’école – en réduisant les ressources disponibles tout en augmentant l’exposition à de nombreux facteurs de stress sociaux et matériels.
Selon l’étude, la pauvreté entrave le développement émotionnel, comportemental, physique et cognitif des enfants. Les disparités de développement liées à la pauvreté s’accompagnent de taux plus élevés de troubles psychiques (qui à leur tour, sont un facteur de risque de la criminalité).
Au sein du foyer, la pauvreté est associée à davantage de stress parental, à des conditions de logement plus précaires, à une plus grande instabilité résidentielle ainsi qu’à un accès plus limité aux ressources éducatives et au soutien. Plusieurs revues montrent également que ces conditions favorisent un stress chronique susceptible d’altérer le développement cognitif, émotionnel et les fonctions exécutives de l’enfant.
Les recherches sur les effets de quartier aboutissent aux mêmes conclusions. Les quartiers les plus défavorisés concentrent davantage de pauvreté, de ségrégation résidentielle, de désorganisation sociale, de ressources institutionnelles limitées et de criminalité. Ces contextes influencent les interactions sociales, les opportunités éducatives, les réseaux de pairs et, plus largement, les trajectoires développementales des enfants et des adolescents, même si leurs effets restent variables selon les individus et les contextes.
Autrement dit, les conditions sociales créent des environnements où les facteurs de risque sont plus susceptibles d’apparaître, de s’accumuler et d’interagir entre eux. Les inégalités économiques ne constituent donc pas une cause unique de la criminalité mais elles augmentent l’exposition à de multiples expériences défavorables qui, combinées à d’autres facteurs individuels, familiaux ou scolaires, rendent le passage à l’acte plus probable.
Une étude publiée en 2024 s’est intéressée au concept de privation relative, c’est-à-dire au sentiment d’être désavantagé par rapport aux autres. Les résultats montrent que cette perception prédit aussi bien les atteintes aux biens que les comportements violents, indépendamment du revenu absolu.
Un résultat qui rappelle que les individus ne réagissent pas uniquement à leurs ressources matérielles, mais également à leur position sociale perçue. Les comparaisons avec les autres, le sentiment d’injustice ou d’exclusion et la visibilité des écarts de richesse influencent eux aussi certains comportements.
Une étude apporte un élément intéressant au regard des conditions sociales qui peuvent influencer la criminalité, en analysant les conséquences du Welfare Reform Act adopté au Royaume-Uni en 2012. Cette réforme a entraîné d’importantes réductions de prestations sociales, qui ont touché plus fortement les territoires déjà les plus défavorisés. Les résultats de l’étude montrent une hausse et une concentration accrue de la criminalité (tant violente que contre les biens) au sein des territoires les plus affectés par ce type de réformes.
Une vaste revue de littérature publiée en 2016 synthétise plusieurs décennies de recherches consacrées aux effets des quartiers défavorisés. Les auteurs montrent que les territoires concentrant les difficultés sociales présentent plus fréquemment des niveaux élevés de violence, de crimes violents dès l’adolescence, d’incarcération et de récidive. Mais leur principal apport réside dans l’identification des mécanismes qui relient ces contextes à la criminalité.
Ils mettent notamment en évidence les processus de désorganisation sociale, l’isolement institutionnel ainsi que la diminution des ressources collectives dans les quartiers les plus défavorisés. La concentration de la pauvreté affaiblit les liens familiaux et institutionnels, ce qui réduit la capacité collective à prévenir la criminalité.
Une étude publiée en 2025 explore quant à elle les mécanismes psychologiques et sociaux par lesquels le désavantage d’un quartier peut être associé aux comportements délinquants. Les auteurs montrent que le désavantage d’un quartier agit indirectement sur la délinquance en modifiant la manière dont les individus évaluent les risques, les coûts et les bénéfices associés au passage à l’acte.
Cette lecture de la criminalité comporte toutefois un risque : à force d’étudier la délinquance dans les milieux défavorisés, on peut oublier les violences qui s’exercent depuis les positions de pouvoir. Accidents du travail, maladies professionnelles, exposition aux pesticides, conditions de travail dangereuses, spéculation immobilière, démantèlement des services publics ou activités aggravant le dérèglement climatique peuvent produire des dommages considérables, parfois à l’échelle de millions de personnes.
Ces violences sont souvent diffuses, différées, difficiles à attribuer et parfois parfaitement légales. La question devient alors aussi celle de savoir quelles violences sont rendues visibles, lesquelles sont sanctionnées et lesquelles sont considérées comme relevant du fonctionnement normal de la société. Car ce qui est considéré comme criminel, ce qui est sanctionné ou ce qui est accepté socialement dépend des rapports de pouvoir et de ceux qui participent à définir les normes.
C’est précisément ce que permet d’éclairer la réflexion de l’évêque brésilien Helder Câmara sur les trois formes de violence qui peuvent s’enchaîner : la violence initiale d’un système injuste, la violence de celles et ceux qui se révoltent contre cette situation, puis la violence répressive de l’État qui cherche à maintenir l’ordre établi. Cette lecture invite à regarder au-delà de la seule violence directement visible et à interroger les conditions sociales et politiques qui la précèdent.
Depuis plusieurs décennies, des sociologues cherchent à comprendre comment les inégalités sociales influencent les trajectoires individuelles et peuvent favoriser certains comportements délinquants.
À la fin des années 1930, le sociologue américain Robert K. Merton développe la théorie de la tension (strain theory). Selon lui, les sociétés modernes valorisent des objectifs tels que la réussite économique, le statut social ou la consommation, mais tous les individus ne disposent pas des mêmes moyens légitimes pour les atteindre. Lorsque cet écart devient trop important, une tension apparaît. Certaines personnes peuvent alors être conduites à rechercher d’autres voies, parfois illégales, pour accéder à ces objectifs. Les structures sociales constituent ainsi une cause majeure de la criminalité.
Les travaux de Pierre Bourdieu prolongent cette réflexion en soulignant que les inégalités ne concernent pas uniquement les ressources économiques. Elles portent également sur l’accès au capital culturel, au capital social et aux différentes ressources qui permettent de réussir à l’école, de s’insérer professionnellement ou de développer des réseaux de soutien. Ces inégalités façonnent progressivement les trajectoires de vie, les aspirations, les possibilités d’action et les opportunités offertes aux individus.
À travers ce que Bourdieu nomme la violence symbolique, les hiérarchies sociales tendent à être intériorisées par ceux qui les subissent. Les difficultés scolaires, le sentiment d’illégitimité ou l’autocensure apparaissent alors comme les conséquences de rapports sociaux inégalitaires. Ces formes de domination contribuent à façonner les comportements criminels.
In fine, chercher les causes de la criminalité dans l’immigration sert en réalité un agenda raciste qui cherche à détourner le regard des véritables responsables : celles et ceux qui organisent la précarité. Fermer les frontières ne fera que précariser davantage celles et ceux qui les franchissent. A contrario, il est nécessaire de garantir un accueil, des droits et des conditions de vie qui permettent à chacun·e de vivre dignement.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Black bloc à Milan. 2015. Andrea Satta, CC BY 3.0. / Wikimedia.
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