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07.09.2026 à 06:00

Soudan : l’or et les terres agricoles au cœur de la guerre

Mr Mondialisation

Depuis avril 2023, la guerre fratricide entre les Forces armées soudanaises du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, a fracturé le Soudan en une immense tragédie humaine. En dépit de cette confrontation, réduire ce conflit à un simple duel pour le pouvoir à Khartoum masque […]

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Texte intégral (2073 mots)

Depuis avril 2023, la guerre fratricide entre les Forces armées soudanaises du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide de Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, a fracturé le Soudan en une immense tragédie humaine. En dépit de cette confrontation, réduire ce conflit à un simple duel pour le pouvoir à Khartoum masque une réalité géopolitique majeure : la prolongation de cette guerre dépend d’un vaste écosystème criminel et transnational.

La division des soutiens extérieurs dans la guerre au Soudan reflète une lutte d’influence géopolitique régionale. L’Égypte, l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie appuient les Forces armées soudanaises (SAF) pour préserver l’État central et stabiliser la mer Rouge, tandis que les Émirats arabes unis (EAU) soutiennent les Forces de soutien rapide (FSR) pour sécuriser leurs intérêts économiques et géostratégiques.

Le Soudan en vert. Wikimedia.

Une lutte d’influence géopolitique régionale

Leurs ambitions de L’Égypte, de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie, qui aident les SAF dans cette guerre, diffèrent. Selon Africa Defense Forum, l’Égypte voit dans l’armée régulière le garant de la stabilité du Soudan. Elle craint l’émergence d’un État dirigé par des milices à ses frontières alors qu’elle partage des intérêts vitaux et sécuritaire, notamment sur le bassin du Nil et la mer Rouge. L’Arabie saoudite, elle, cherche à stopper l’extension du conflit pour protéger ses côtes sur la mer Rouge et éviter l’émergence d’une base ennemie ou d’une arrivée migratoire massive. De plus, elle mise sur l’armée régulière pour garantir sa sécurité alimentaire à long terme via des investissements agricoles potentiels.

Quant à la Turquie, selon Jeune Afrique, Ankara cherche à étendre son influence géopolitique en Afrique de l’Est et le long de la mer Rouge. Le soutien aux SAF permet à la Turquie de consolider des partenariats diplomatiques et militaires officiels avec l’État soudanais. Le Qatar lui, apporte un soutien diplomatique et politique aligné sur la préservation des institutions étatiques soudanaises face aux paramilitaires.

Au cœur de l’économie : l’or

Les FSR, soutenues par les EAU, contrôlent les principales zones de production d’or au Soudan. Les mines du Darfour et du Kordofan alimentent un circuit d’exportation illégal très lucratif. Extrait dans des conditions rudimentaires, le minerai quitte le pays en contournant les canaux officiels de l’État via des filières d’exportation clandestines. L’or transite massivement par des réseaux frontaliers poreux vers les Émirats arabes unis, et en contrepartie, les liquidités générées par cette manne aurifère permettent aux belligérants d’entretenir des chaînes d’approvisionnement militaire sophistiquées.

Selon le rapport de Swissaid, les EAU se sont imposés comme une plaque tournante mondiale du commerce de l’or à l’origine controversée, notamment de l’or provenant de zones de conflit.

« En 2024, le pays a importé 1392 tonnes d’or, pour une valeur de 105,4 milliards de dollars américains, se plaçant au deuxième rang mondial des importateurs et se rapprochant toujours plus de la Suisse. Les EAU se sont une nouvelle fois affirmés comme la principale destination de l’or africain, avec 748 tonnes importées, soit une hausse de 18 % par rapport à l’année précédente. »

Cependant, l’or n’est pas le seul leit motiv. La lutte contre l’islamisme politique s’inscrit également dans les objectifs des EAU. Ces derniers soupçonnent l’état-major des SAF d’être perméable aux réseaux islamistes de l’ère Omar el-Béchir (notamment les Frères musulmans), que les EAU combattent farouchement dans la région.

Un choc économique qui dépasse les frontières du Soudan

Le conflit a détruit le tissu productif soudanais et brisé les flux commerciaux régionaux. Le cas le plus alarmant concerne le Soudan du Sud, dont l’économie dépend des pipelines traversant le territoire soudanais pour exporter son pétrole vers les marchés mondiaux. Les destructions d’infrastructures pétrolières asphyxient les finances publiques de Juba.

Parallèlement, des pays enclavés, comme la République centrafricaine, subissent une inflation galopante à cause de l’arrêt des importations transfrontalières de biens de première nécessité. De manière plus globale, comme le souligne l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), la paralysie des hubs de transport soudanais et l’insécurité en mer Rouge perturbent gravement les chaînes logistiques, pénalisant directement l’Égypte et l’Arabie saoudite d’où leur implication dans le conflit.

La militarisation de la région et le transnationalisme de la guerre

La guerre au Soudan catalyse la militarisation régionale, qui menace d’embraser la Corne de l’Afrique, le Sahel et la mer Rouge. Pour certaines puissances régionales, la guerre ne concerne pas uniquement le Soudan lui-même, mais aussi leurs propres intérêts en matière de sécurité nationale, ainsi que leur volonté d’étendre leur influence dans un ordre régional en pleine évolution et de plus en plus disputé.

Selon l’International Cris Group, les pays voisins du Soudan peuvent être entraînés dans le conflit en raison des avantages qui leur sont offerts pour servir de plateformes de transit pour les armes et les approvisionnements. Ces dynamiques risquent d’aggraver les lignes de fracture déjà existantes dans la Corne de l’Afrique et pourraient potentiellement entraîner la convergence de plusieurs conflits régionaux, avec le Soudan comme épicentre.

International Cris Group mentionne que les FSR s’appuient fortement sur des réseaux de recrutement à travers le Tchad, la Libye, le Niger et la Centrafrique. Des milliers de combattants sahéliens s’aguerrissent sur le front soudanais. Le retour des mercenaires lourdement armés et entraînés dans leurs pays d’origine fait peser une menace existentielle sur les régimes du Sahel, obligeant ces derniers à basculer dans une posture de militarisation intérieure accrue.

Un autre enjeu de la guerre soudanaise est le risque de la contagion des conflits ethniques. Les alliances de part et d’autre de la frontière tchado-soudanaise créent un risque d’entraînement direct. L’International Crisis Group met en garde contre l’impact de la guerre au Darfour, qui exacerbe les tensions intercommunautaires dans l’est du Tchad et pousse les factions locales à s’armer.

Une guerre qui détruit les écosystèmes

Cette guerre engendre une catastrophe environnementale majeure. Les combats détruisent les écosystèmes et aggravent la vulnérabilité du pays face au dérèglement climatique. Les déplacements internes de populations, la rareté des ressources et les facteurs socio-économiques intensifient la déforestation, la surpêche et le surpâturage, fragilisant davantage des écosystèmes déjà vulnérables. Selon le Conflict and Environnent Observatory (CEOBS)

« Alors que les zones protégées du Soudan étaient déjà confrontées à des menaces croissantes dont la dégradation de l’environnement, l’expansion des infrastructures, le changement climatique, l’empiètement agricole, la pollution et aux espèces invasives, le conflit a exacerbé certaines de ces pressions, tout en créant de nouveaux défis »

Toujours selon le CEOBS, le Soudan compte 23 zones protégées couvrant à la fois des habitats terrestres et marins, qui jouent un rôle essentiel dans la conservation de la biodiversité et la gestion durable des ressources. En raison de sa situation géographique, le pays revêt une grande importance pour les routes de migration saisonnière de la faune, reliant les écosystèmes à travers la région et se connectant à la mer Rouge et à l’Europe via la voie de migration Afrique de l’Est-Eurasie, un couloir critique pour la migration des oiseaux.

La Gezira, pilier de la sécurité alimentaire soudanaise

Située au cœur du Soudan, entre le Nil Bleu et le Nil Blanc, la région de la Gezira (Al-Jazirah) constitue le véritable centre de gravité agricole et économique du pays. Elle abrite le Gezira Scheme (le projet de Gezira), historiquement reconnu comme le plus vaste périmètre agricole irrigué d’un seul tenant au monde, s’étendant sur environ 880 000 hectares. Loin d’être une simple zone de production, la Gezira est le garant historique de la souveraineté et de la sécurité alimentaires du peuple soudanais.

Sudan Human Rights Hub alerte quant à la détérioration de cette zone depuis la guerre :

« Depuis le début de la guerre, en Avril 2023, ce système s’est drastiquement effondré laissant des millions de personnes sous l’insécurité alimentaire. »

Bien que les facteurs climatiques soient aussi impliqués dans la réduction de la récolte, l’analyse de Sudan Human Rights Hub montre que la diminution de la production agricole du Soudan est directement liée au conflit armé, aux déplacements forcés de population et aux perturbations des infrastructures.

La guerre au Soudan ne se joue donc pas uniquement sur les champs de bataille. Elle se prolonge dans les ressources naturelles jusque dans les écosystèmes. Le paradoxe est donc manifeste : la richesse d’un pays devient le carburant de sa propre destruction. Mettre fin à cette guerre ne signifiera donc pas seulement de faire cesser les armes mais aussi de protéger les ressources naturelles et reconstruire une agriculture capable de nourrir les populations.

Therence Hategekimana


Photo de couverture : Mohamed Hamdan Dagalo dit Hemedti, des Forces de soutien rapide (FSR). Wikimedia. 

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06.09.2026 à 06:00

Banc d’allaitement, dépollution des sols et retour du kākāpō : Top 10 bonnes nouvelles

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Pour contrer la morosité des actus, voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer ! 1. Des lycéens fabriquent un banc d’allaitement pour l’espace public À Avion, des élèves du lycée Auguste-Béhal de Lens ont conçu et fabriqué un banc d’allaitement installé au parc de la Glissoire, offrant aux parents un espace calme et intime […]

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Texte intégral (1187 mots)

Pour contrer la morosité des actus, voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer !

1. Des lycéens fabriquent un banc d’allaitement pour l’espace public

À Avion, des élèves du lycée Auguste-Béhal de Lens ont conçu et fabriqué un banc d’allaitement installé au parc de la Glissoire, offrant aux parents un espace calme et intime pour allaiter ou donner le biberon. Un second banc est prévu, dans une démarche visant à favoriser l’allaitement dans l’espace public. (La Voix du Nord)

2. Une cour d’appel confirme la protection fédérale des zones humides de Floride

La justice américaine a confirmé que l’État ne pouvait pas gérer seul certains permis de destruction des zones humides sans respecter les obligations de la législation sur les espèces menacées. Les autorisations resteront donc soumises au cadre fédéral, qui prévoit davantage de contrôle public et de consultation des nations autochtones. (Earthjustice)

3. À Dives-sur-Mer, la lutte contre la spéculation immobilière s’organise

À Dives-sur-Mer, où les résidences secondaires représentent près de la moitié des logements, la commune développe des BRS, logements sociaux, préemptions et taxes sur les résidences secondaires et logements vacants pour maintenir des habitant·es à l’année. Le dispositif BRS permet notamment à un trentenaire d’acheter son appartement 155 000 €, soit presque deux fois moins cher que les logements voisins. (Grand Format)

4. Une décision judiciaire renforce les droits des peuples autochtones face au projet de pipeline Line 5

La Cour suprême du Michigan a annulé le permis de construction du tunnel destiné à faire passer l’oléoduc Line 5 sous le détroit de Mackinac. La décision intervient après les recours de plusieurs nations autochtones et de collectifs écologistes opposés aux risques pour les eaux des Grands Lacs. (Earthjustice)

5. Des vêtithèques pour lutter contre la fast fashion

À Genève, l’association Vet’Lok permet aux familles d’emprunter des vêtements pour enfants plutôt que de les acheter, favorisant réemploi, partage et réduction des achats neufs. Le modèle, encore marginal, existe aussi en France et pourrait réduire la surconsommation textile. (la Brèche)

6. Des plantes peuvent contribuer à dépolluer les sols contaminés au cadmium

Certaines plantes, comme le tabouret des bois, le saule ou l’arabette de Haller, accumulent naturellement le cadmium et d’autres métaux lourds, ouvrant des pistes pour dépolluer les sols. La laitue est particulièrement efficace en laboratoire, mais son usage alimentaire pose problème puisqu’elle concentre aussi le cadmium présent dans les sols. (La Relève et la Peste)

7. Nantes transforme deux cours d’immeubles en jungle urbaine

À Nantes, l’artiste Evor a transformé progressivement deux cours d’immeubles en une jungle de 600 m² et des milliers de plantes, offrant un îlot de fraîcheur en plein centre-ville. Désormais intégrée au parcours du Voyage à Nantes, elle est accessible au public depuis un belvédère aménagé par la Ville. (Marcelle)

8. Après un été brûlant, la mobilisation écologiste se renforce

Face aux canicules, sécheresses et incendies de l’été, les associations écologistes constatent une hausse de la mobilisation citoyenne. Une dizaine de manifestations sont prévues en septembre, avec des convergences inédites entre syndicats, associations sociales et écologistes, tandis que les collectifs entendent maintenir la pression sur les enjeux climatiques à l’approche de la présidentielle de 2027. (Vert)

9. Le kākāpō dépasse les 300 individus pour la première fois depuis 75 ans

En Nouvelle-Zélande, la population du kākāpō, perroquet nocturne incapable de voler, atteint 325 individus, après une saison de reproduction exceptionnelle marquée par 90 nouveaux poussins. L’espèce, tombée à seulement 51 individus en 1995, bénéficie depuis de décennies d’un programme de conservation intensif combinant suivi scientifique, gestion des prédateurs et aide à la reproduction. (Le Cercle)

10. En Sardaigne, la mobilisation fait reculer un projet de « glamping » de luxe

En Sardaigne, la mobilisation de collectifs citoyens et environnementaux a conduit les autorités à révoquer les autorisations d’un projet de complexe touristique de luxe à Cala Finanza, qui bénéficiait d’un régime dérogatoire aux règles environnementales et paysagères. La décision bloque pour l’instant la construction du site, même si le promoteur a engagé un recours. (EuroNews)

Mara Pron


Photo de couverture : Kakapo – Dianne Mason / WikimediaCommons

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05.09.2026 à 06:00

Adaptation des hôpitaux, El Niño et administration Trump : Top 10 actus de la semaine

Mr Mondialisation

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actualité ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Canicule : des médecins portent plainte contre le gouvernement Des médecins portent plainte contre X contre l’inaction du gouvernement face aux canicules, dénonçant des hôpitaux et Ehpad dépassant parfois les 40 °C, avec des conséquences […]

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Texte intégral (1255 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actualité ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Canicule : des médecins portent plainte contre le gouvernement

Des médecins portent plainte contre X contre l’inaction du gouvernement face aux canicules, dénonçant des hôpitaux et Ehpad dépassant parfois les 40 °C, avec des conséquences sur les patient·es, les soins et les conditions de travail. Le syndicat Jeunes Médecins réclame des mesures concrètes pour adapter les établissements avant l’été 2027, après une réponse gouvernementale jugée insuffisante. (La Relève et la Peste)

2. L’OMM alerte sur un épisode El Niño potentiellement très intense

Selon l’Organisation météorologique mondiale, El Niño est désormais installé et pourrait atteindre une intensité très forte d’ici la fin de l’année, avec des effets aggravés sur les sécheresses, les incendies, les inondations et les températures mondiales. L’épisode devrait se prolonger jusqu’en février 2027. (Vert)

3. Un juge bloque l’offensive de Trump contre les normes antipollution de Californie

L’administration Trump voulait faire annuler par le Congrès plusieurs dérogations permettant à la Californie d’imposer des normes d’émissions plus strictes que les normes fédérales. Un juge fédéral a estimé que l’administration avait illégalement requalifié ces dérogations pour permettre au Congrès de les supprimer plus facilement. (Reuters)

4. Honduras : les communautés locales contre l’accaparement de leurs terres

Depuis le début du mois d’août, des communautés Garífuna occupent le parvis de la Cour suprême pour exiger l’abandon des poursuites visant cinq défenseur·euses du territoire et l’application de décisions reconnaissant leurs droits fonciers. Elles dénoncent la criminalisation de leur lutte et les expulsions menées au profit de projets privés. (Struggle La Lucha)

5. À Paris, les collectifs de sans-papiers appellent à manifester pour le logement et la scolarisation

La Coordination sans-papiers 75 et la Marche des solidarités appellent à une manifestation le 4 septembre pour exiger un logement pour toutes et tous ainsi que la scolarisation immédiate des enfants et des mineur·es isolé·es. Les organisations dénoncent le racisme institutionnel et l’absence de prise en charge des personnes à la rue. (Marche des solidarités)

6. À Lyon, des femmes et des enfants menacés d’expulsion

À Lyon, plus de 200 femmes et près de 70 enfants, sont menacées d’expulsion d’un bâtiment métropolitain qu’elles occupent depuis mars faute de solution d’hébergement. La justice a ordonné leur expulsion, malgré leur mobilisation et leurs témoignages affirmant être davantage en sécurité dans ce lieu qu’à la rue ; la métropole invoque, elle, des risques pour leur sécurité et leur santé et recevra le collectif mardi 8 septembre prochain. (France 3 Régions)

7. L’Australie autorise l’extension d’une mine de charbon jusqu’en 2055

La nouvelle agence environnementale australienne a autorisé l’extension de la mine à ciel ouvert de Saraji, dans le Queensland, permettant l’extraction de 55 millions de tonnes supplémentaires de charbon et la destruction d’habitats menacés, notamment celui des koalas. Cette décision intervient alors que le Premier ministre Anthony Albanese affirme vouloir prendre au sérieux le dérèglement climatique, suscitant la colère des organisations écologistes et des dirigeant·es du Pacifique. (The Guardian)

8. Agriculture : la Confédération paysanne juge insuffisant le plan d’urgence climatique

Face aux sécheresses et aux canicules, le gouvernement annonce 1,2 milliard d’euros d’aides mais la moitié vient du fonctionnement normal de l’indemnité de solidarité nationale (ISN). 82% de paysan·nes ne vont toucher que l’ISN qui se déclenche au-dessus de 50 % de pertes et n’indemnise que 28 % de ces pertes. La Confédération paysanne dénonce un dispositif qui laisse de côté la majorité des fermes non assurées, faute de modifier les règles d’indemnisation, et réclame notamment une aide directe de 5 000 € par paysan·ne touché. (Reporterre)

9. Les travailleuses et travailleurs portuaires néerlandais se mettent en grève

Des salarié·es des ports de Rotterdam, Amsterdam et Zélande ont cessé le travail le 4 septembre contre les projets de démantèlement de l’assurance-chômage et de l’assurance-invalidité. Le mouvement s’inscrit dans une série d’actions sectorielles prévues aux Pays-Bas en septembre.(CNV)

Le Royaume-Uni envisage de reprendre Thames Water en main publique

Le gouvernement britannique prépare une réforme législative qui pourrait faciliter le retour de Thames Water dans le secteur public, alors que l’entreprise croule sous les dettes et a été condamnée à une amende record pour des infractions liées aux eaux usées. La mesure reste à l’étude et ne constitue pas encore une renationalisation. (The Guardian)

Mara Pron


Photo de couverture : Vuminh Duy / Unsplash

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04.09.2026 à 06:00

Peut-on voter quand on veut abolir le système ?

Elena Meilune

Refuser l’État, le capitalisme ou la démocratie représentative peut conduire à considérer le vote comme une contradiction politique. Pourtant, ne pas reconnaître l’autorité de l’État n’empêche malheureusement pas l’État d’exercer son autorité sur quiconque. Et lorsque l’extrême droite se rapproche du pouvoir, choisir les conditions dans lesquelles on peut continuer à lutter devient peut-être plus […]

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Texte intégral (1642 mots)

Refuser l’État, le capitalisme ou la démocratie représentative peut conduire à considérer le vote comme une contradiction politique. Pourtant, ne pas reconnaître l’autorité de l’État n’empêche malheureusement pas l’État d’exercer son autorité sur quiconque. Et lorsque l’extrême droite se rapproche du pouvoir, choisir les conditions dans lesquelles on peut continuer à lutter devient peut-être plus important que jamais.

Depuis le début de ce dossier, il est essentiel de comprendre que voter ne suffira jamais à construire une société réellement émancipatrice. Les conquêtes sociales sont aussi le produit des grèves, des occupations, des mouvements féministes, antiracistes et écologistes, des syndicats, des associations, des désobéissances et des luttes menées en dehors des institutions. Pour une personne anarchiste, la critique va évidemment plus loin. Comment prétendre combattre l’État tout en participant à l’élection de celles et ceux qui vont l’administrer ?

La contradiction n’est pourtant qu’apparente si le vote n’est plus envisagé comme une adhésion, mais comme un outil stratégique parmi d’autres. On peut refuser la légitimité d’un système tout en préférant certaines des conditions qu’il impose à d’autres. Car l’État continuera d’exister le lendemain de l’élection. La question est aussi de savoir quelle puissance il déploiera contre celles et ceux qui veulent précisément le dépasser.

Voter, c’est aussi choisir le terrain de la lutte

Imaginons deux gouvernements qui maintiennent tous deux le capitalisme. Sous le premier, les syndicats peuvent s’organiser, les associations recevoir des financements, les médias indépendants travailler, les manifestations avoir lieu, les militants se réunir, les mouvements écologistes occuper des territoires et les organisations antifascistes exister légalement.

Sous le second, manifestations et occupations sont davantage réprimées, associations dissoutes ou asphyxiées financièrement, militants surveillés, étrangers expulsés, médias attaqués et opposants poursuivis voire emprisonnés.

« Plus le projet politique est radical, plus l’espace nécessaire pour le construire devient précieux »

Le système économique peut rester capitaliste dans les deux cas. Le terrain sur lequel on essaie de le combattre n’a pourtant plus grand-chose à voir. C’est pourquoi voter ne signifie pas nécessairement choisir le monde dans lequel on souhaite vivre. Cela peut simplement consister à choisir le terrain sur lequel on devra continuer à se battre. Et plus le projet politique est radical, plus l’espace nécessaire pour le construire devient précieux.

Une révolution a elle aussi besoin d’espace

Une transformation radicale de la société ne surgit pas spontanément le lendemain d’une élection. Elle nécessite de pouvoir se rencontrer, débattre, publier, enquêter, manifester, faire grève, occuper des lieux, organiser des solidarités, désobéir et construire des rapports de force.

Autrement dit, même un mouvement révolutionnaire a besoin d’espace pour devenir un mouvement révolutionnaire. Un régime va au contraire détruire de fait les infrastructures sociales permettant de penser et d’organiser le dépassement de l’État. Les premières organisations attaquées par l’extrême droite sont les syndicats combatifs, les associations antiracistes, les mouvements féministes et LGBT+, les organisations antifascistes, les médias critiques, les universitaires, les militants écologistes et les réseaux de solidarité.

« Qu’ils arrivent au pouvoir, les gens comprendront enfin »

Une autre idée traverse parfois les discours les plus désabusés : laisser l’extrême droite gouverner pourrait accélérer la prise de conscience populaire et provoquer une réaction suffisamment forte pour renverser le système. C’est le pari accélérationniste.

Mais rien ne garantit que rendre une société plus violente, plus pauvre et plus autoritaire la rapproche d’une révolution émancipatrice, bien au contraire. L’histoire du fascisme devrait suffire à rendre ce pari terrifiant.

L’arrivée de l’extrême droite au pouvoir n’a pas mécaniquement conduit les populations à « comprendre » puis à renverser le système : elle a aussi signifié l’écrasement des syndicats et des organisations révolutionnaires, l’emprisonnement et l’assassinat des opposants, des guerres, des écocides, des génocides et des millions de morts.

Et finalement, le renforcement du système capitaliste lui-même. Croire qu’il suffirait de laisser la situation empirer pour qu’en surgisse nécessairement quelque chose de meilleur revient à transformer une hypothèse politique en pari sur la vie des autres.

Celles et ceux qui proposent de « laisser essayer » l’extrême droite ne supporteront pas tous le même coût de l’expérience. Pour une personne aisée, blanche et disposant du bon passeport, quelques années de gouvernement réactionnaire peuvent principalement signifier une dégradation politique.

Pour une personne sans papiers menacée d’expulsion, une famille privée de droits, une personne trans dont l’existence devient une cible politique ou un militant poursuivi, certaines conséquences peuvent être immédiates et irréversibles. Les êtres humains ne sont pas du matériel pédagogique destiné à provoquer une future révolution.

Les dégâts ne disparaissent pas à l’élection suivante

Il existe également un autre problème avec l’idée consistant à laisser la situation empirer : tout n’est pas réversible. Un gouvernement suivant peut modifier une loi fiscale ou augmenter une allocation. Il ne peut pas ressusciter une personne morte en détention ou lors d’une expulsion. Tout comme il ne peut pas instantanément reconstruire une association détruite, un réseau militant dispersé ou un média disparu. Il ne restaure pas en quelques semaines des institutions affaiblies pendant des années. Et une forêt rasée ne repousse pas parce que la gauche remporte l’élection suivante.

Certaines décisions produisent des effets pendant des décennies. Certaines transformations institutionnelles permettent également à leur auteur de conserver une influence longtemps après leur départ. Empêcher une régression peut donc être une victoire politique réelle, même lorsqu’elle ne constitue absolument pas la transformation sociale que l’on souhaite. Défendre un espace de lutte n’est pas confondre cet espace avec l’émancipation.

Voter à gauche n’oblige pas à devenir réformiste

Voter pour une force de gauche ne signifie pas lui abandonner son autonomie politique. Cela n’oblige ni à rejoindre un parti, ni à cesser de manifester contre le gouvernement qu’il formerait, ni à renoncer à l’action directe, ni à considérer les institutions représentatives comme l’horizon ultime de la démocratie.

« On peut élire un gouvernement et devenir son opposant dès le lendemain »

On peut élire un gouvernement et devenir son opposant dès le lendemain. De même qu’on peut voter et faire grève, voter et occuper, voter et désobéir… Voter et défendre une démocratie beaucoup plus directe que celle proposée par les institutions existantes.

L’élection ne doit pas remplacer ces pratiques. Elle peut contribuer à déterminer l’espace dont elles disposeront. Pour quelqu’un qui souhaite aller beaucoup plus loin que la gauche institutionnelle, préserver cet espace n’est donc pas nécessairement une compromission mais simplement une nécessité stratégique.

Quand l’extrême droite approche des portes du pouvoir, l’abstention change de dimension

Plus l’extrême droite se rapproche du pouvoir, moins l’abstention peut être pensée uniquement comme un refus symbolique du système. Car ce qui se joue dans les urnes n’est plus seulement la couleur du prochain gouvernement. Ce sont aussi les conditions dans lesquelles chaque mouvement d’opposition pourra lutter. Il est paradoxal de vouloir abolir un système tout en abandonnant volontairement à ses adversaires le pouvoir d’en durcir les mécanismes.

Quand l’extrême droite est aux portes du pouvoir, voter peut simplement signifier refuser de lui abandonner les conditions dans lesquelles nous devrons continuer à la combattre. Le vote n’est donc toujours pas l’horizon. Mais peut-être faut-il cesser de lui demander d’être ce qu’il n’a jamais prétendu être.

Elena Meilune


Photo de couverture : Manifestation Gilets Jaunes, Flickr

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03.09.2026 à 06:00

Gauche, droite : oui, voter change vraiment quelque chose

Elena Meilune

Aucun gouvernement ne fait disparaître à lui seul le capitalisme, les rapports de classe ou le pouvoir des grandes fortunes. Mais de là à conclure que tous se valent, il y a un gouffre. Salaires, protection sociale, fiscalité, droits fondamentaux, immigration, libertés publiques ou destruction du vivant : selon qui gouverne, les conséquences peuvent être […]

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Aucun gouvernement ne fait disparaître à lui seul le capitalisme, les rapports de classe ou le pouvoir des grandes fortunes. Mais de là à conclure que tous se valent, il y a un gouffre. Salaires, protection sociale, fiscalité, droits fondamentaux, immigration, libertés publiques ou destruction du vivant : selon qui gouverne, les conséquences peuvent être radicalement différentes.

Dans le premier et le second volet de ce dossier, nous avons vu que l’abstention ne retire aucun pouvoir à ceux qui gouvernent et qu’elle intervient dans une société où les moyens d’influence sont déjà profondément inégalitaires. Reste l’un des arguments les plus solides en faveur du retrait électoral : à quoi bon choisir un gouvernement si tous administrent finalement le même système ?

Effectivement, une victoire électorale de gauche n’abolit ni le capitalisme, ni les rapports de domination qui structurent nos sociétés. Mais deux propositions peuvent être vraies simultanément : une élection ne permet pas de changer de système et son résultat peut bouleverser très concrètement l’existence de millions de personnes. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder ce que font réellement les gouvernements lorsqu’ils arrivent au pouvoir.

Le pouvoir économique pèse lourd mais il ne décide pas de tout

Les politistes américains Martin Gilens et Benjamin Page ont étudié 1 779 décisions de politique publique prises aux États-Unis entre 1981 et 2002. Leur conclusion est brutale : les élites économiques et les groupes d’intérêts représentant les entreprises disposent d’effets substantiels sur les politiques adoptées, tandis que les citoyens moyens n’exercent que peu ou pas d’influence indépendante mesurable.

Voilà un argument puissant contre l’illusion d’une démocratie parfaitement égalitaire. Mais il serait étrange d’en déduire que les élections ne servent à rien. Même à l’intérieur de ce système profondément biaisé, les gouvernements disposent encore d’un pouvoir immense pour déterminer qui paiera davantage d’impôts, qui recevra des aides, quels droits seront protégés, quelles industries seront réglementées, quelles personnes seront expulsées ou quelles ressources naturelles pourront être exploitées.

Ils déterminent aussi en partie l’espace laissé à la contestation et aux luttes plus radicales. En France, les mandats d’Emmanuel Macron ont déjà été marqués par un durcissement du maintien de l’ordre face aux mouvements sociaux et un recours important aux dissolutions administratives. Autant de leviers qu’un pouvoir d’extrême droite va pousser bien plus loin encore si elle arrive au pouvoir, en criminalisant davantage les organisations et les formes de contestation qui s’opposent à lui.

Les contraintes structurelles limitent le champ des possibles. Elles ne rendent pas toutes les possibilités identiques. Et l’Amérique de Donald Trump en offre aujourd’hui une démonstration particulièrement violente.

Trump : les conséquences bien réelles d’une élection… et d’une abstention massive

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le gouvernement américain a engagé une transformation politique dont les conséquences ne sont absolument pas symboliques. La loi budgétaire adoptée en 2025 en fournit une illustration spectaculaire. Selon le Congressional Budget Office, elle devrait réduire les ressources des ménages situés en bas de l’échelle des revenus tout en augmentant celles des ménages du milieu et surtout du sommet. Pour les 10 % les plus pauvres, la perte moyenne est estimée à environ 1 200 dollars ; pour les 10 % les plus riches, le gain atteint 13 600 dollars.

La réforme devrait également réduire les dépenses de Medicaid de 1 000 milliards de dollars, et faire perdre leur couverture santé à plus de 10 millions de personnes. Nous avons par ailleurs documenté de près de 200 mesures atroces mises en place par l’administration Trump depuis le début de son second mandat, avec une dernière mise à jour au 9 janvier 2026 (Mr Mondialisation / Simon Verdière / Elena Meilune).

ICE : « tous les gouvernements sont pareils », vraiment ?

En juillet 2026 seulement, l’ICE a arrêté et envoyé en détention plus de 51 000 personnes, un record mensuel depuis le début du second mandat de Trump. Plus de 238 000 personnes avaient été placées en détention au cours des sept premiers mois de l’année. Le taux de mortalité annuel en détention a bondi d’environ 140 % entre janvier 2025 et janvier 2026. Sous Trump, la violence de l’ICE n’a plus aucune limite.

Et les morts ne se limitent pas aux centres de détention. Onze personnes ont également été abattues lors d’opérations de la police de l’immigration, parmi lesquelles Renee Good et Alex Pretti, deux citoyens américains qui n’étaient pas des personnes recherchées par les agents lorsqu’ils ont été tués à Minneapolis en janvier 2026. Leur mort a provoqué une immense indignation et placé brutalement sous les projecteurs une violence infâme qui frappait déjà, dans l’ombre, les populations immigrées. L’administration Trump a tenté d’empêcher les poursuites contre les agents fédéraux coupables de ces crimes.

Les arrestations menées par l’ICE directement au sein des communautés ont bondi de 600 %, entraînant une hausse de 2 450 % du nombre de personnes sans casier judiciaire détenues chaque jour. Près de 73 % des personnes placées en détention par l’ICE n’ont aucune condamnation pénale à leur actif. A peine 5 % avaient des condamnations pénales pour actes violents.

Serait-il alors décent de dire à une personne arrêtée, enfermée ou séparée de sa famille que « tous les gouvernements se valent » ? Que reste-t-il de cet argument face aux enfants d’un parent froidement abattu par l’ICE, avec pour seul tort d’avoir croisé sa route ?

Tous les gouvernements ne laissent pas le même espace pour lutter

On peut vouloir dépasser radicalement une démocratie profondément imparfaite sans avoir intérêt à laisser détruire les libertés qui permettent précisément de contester le pouvoir. Sous Trump, l’espace civique s’est rapidement dégradé, avec une multiplication des pressions et attaques contre les défenseurs des droits humains, les organisations anticorruption et les voix critiques de l’État. Dans le même temps, les mécanismes de contrôle internes du ministère de la Justice ont été affaiblis, tandis que des procédures visant des adversaires de Trump se sont multipliées.

« la répression des mouvements sociaux et les tentatives de criminalisation de l’antifascisme montrent déjà combien cet espace peut se réduire »

Cette dimension devrait être fondamentale pour toute personne révolutionnaire, anarchiste ou simplement contestataire. Le droit de manifester, publier, enquêter, s’organiser, créer un syndicat, défendre des sans-papiers ou contester l’État détermine aussi la possibilité de construire une alternative à cet État. En France, le durcissement de la répression des mouvements sociaux et les tentatives de criminalisation de l’antifascisme montrent déjà combien cet espace peut se réduire.

Un gouvernement de gauche ne suffira évidemment pas à instaurer une démocratie réelle ou à renverser les rapports de domination. Mais le durcissement autoritaire de la droite, et plus encore l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, peuvent au contraire détruire une partie du peu d’espace politique dont disposent encore celles et ceux qui veulent transformer radicalement la société.

Quand les choix politiques se mesurent en hectares de forêt détruite et en espèces exterminées

La différence entre gouvernements se mesure également en tonnes de carbone, en hectares de forêt et en espèces détruites. L’administration Trump a mené une politique particulièrement meurtrière à cet égard et a enchaîné les mesures écocidaires. La liste est longue.

Parmi les exemples les plus récents, en juillet 2026, son administration est notamment revenue sur plus de cinquante ans de protection des espèces menacées en affaiblissant l’Endangered Species Act. La destruction de leur habitat n’étant désormais plus considérée en elle-même comme un dommage causé à ces espèces, des territoires essentiels à leur survie pourront davantage être livrés au forage pétrolier, aux mines, à l’agriculture ou aux projets immobiliers.

Pendant ce temps-là, au Brésil, sous Lula, les alertes de déforestation en Amazonie ont atteint un niveau historiquement bas, reculant de 36 % entre août 2025 et juillet 2026 par rapport aux douze mois précédents (2 874 km² déboisés d’août 2025 à juillet 2026). Sous Jair Bolsonaro, en 2022, la déforestation avait atteint un pic de 10 278 km².

Des exemples parmi tant d’autres de ce qu’un pouvoir en place peut préserver ou, au contraire, détruire. Plus un gouvernement sacrifie le vivant aux intérêts industriels, plus les dégâts s’accumulent, jusqu’à devenir irréversibles. Une espèce disparue ne reviendra pas au scrutin suivant. Et si voter peut servir à empêcher des destructions qu’aucune alternance future ne pourrait réparer, il peut aussi préserver davantage d’espace pour les luttes écologistes plus radicales que les urnes ne pourront jamais remplacer.

Espagne : des choix sociaux et diplomatiques qui font la différence

Depuis 2018, le salaire minimum espagnol a augmenté de 66 %. En 2026, il atteint 1 221 euros mensuels sur quatorze mois, après une nouvelle hausse de 3,1 %. Les loyers restent écrasants dans de nombreuses villes, les inégalités persistent et les politiques du gouvernement Pedro Sánchez sont parfaitement critiquables sur bien des sujets. Mais pour les 2,5 millions de travailleurs concernés par la hausse de 2026, le changement est concret.

« Face au gouvernement génocidaire israélien, l’Espagne est allée beaucoup plus loin que la plupart des pays européens »

Mais les différences entre gouvernements dépassent largement la fiche de paie. Pedro Sánchez s’est également distingué de nombreux dirigeants européens par ses positions face à Donald Trump et Benyamin Netanyahu. Il a notamment refusé l’objectif défendu par Trump de porter les dépenses militaires des pays de l’OTAN à 5 % du PIB, estimant qu’un tel niveau serait incompatible avec le maintien de l’État social.

Face au gouvernement génocidaire israélien, l’Espagne est allée beaucoup plus loin que la plupart des pays européens :

  • Embargo sur les armes à destination et en provenance d’Israël
  • Blocage de la logistique militaire israélienne (refus du transit de combustibles destinés à un usage militaire en Israël et fermeture de l’espace aérien espagnol aux appareils transportant du matériel militaire destiné à Israël)
  • Interdiction des produits issus des colonies israéliennes illégales
  • Reconnaissance officielle de l’État de Palestine
  • Soutien à la procédure engagée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la CIJ pour génocide
  • Soutien financier accru aux Palestiniens (plus de 75 millions d’euros pour Gaza et la Cisjordanie entre octobre 2023 et 2025, davantage de soutien à l’UNRWA et 50 millions d’euros supplémentaires à l’Autorité palestinienne en 2025)

Même système, choix opposés

On pourrait multiplier les exemples. Au Mexique, après plusieurs années de gouvernements de gauche, le salaire minimum a encore été augmenté de 13 % pour 2026. Depuis 2018, sa hausse cumulée atteint environ 150 %, tandis que le gouvernement de Claudia Sheinbaum prépare le passage progressif de la semaine maximale de 48 à 40 heures.

À l’inverse, les gouvernements d’extrême droite montrent que les élections peuvent également servir à retirer des droits. Sous Viktor Orbán en Hongrie, les droits des personnes LGBT+ ont été attaqués jusqu’à l’interdiction des marches des fiertés et l’autorisation de technologies de reconnaissance faciale pour identifier leurs participants.

Et parfois, quelques kilomètres suffisent

Il n’est même pas nécessaire de regarder des États entiers. À New York, l’élection de Zohran Mamdani a déjà produit des choix politiques concrets : gel des loyers lors des renouvellements de bail pour environ un million de logements stabilisés, investissement massif dans la garde d’enfants et lancement d’un réseau d’épiceries municipales destiné à proposer des produits essentiels à des prix inférieurs à ceux du marché.

En France aussi, l’échelle municipale permet de mesurer ce que peut changer une élection. À Saint-Denis-Pierrefitte, l’élection en mars 2026 de Bally Bagayoko (LFI) s’est faite sur un programme de rupture mêlant mesures sociales, écologie populaire et démocratie directe : maîtrise des loyers et des charges du parc public, fournitures scolaires prises en charge, mutuelle communale, nouvelles places en crèche publique, développement du logement social, soutien à une sécurité sociale de l’alimentation ou encore création d’un référendum d’initiative citoyenne local ouvert dès 16 ans et aux résidents étrangers.

Quelques mois à peine après son élection, plusieurs engagements ont déjà commencé à se concrétiser. Quelques exemples : réouverture de l’antenne jeunesse, gratuité des fournitures scolaires pour les élèves des écoles élémentaires, remboursement du forfait transport des enfants de 4 à 11 ans, inauguration de l’épicerie sociale et solidaire à l’université Paris-8  ou encore suppression des pénalités et de réservation pour la cantine gratuite.

Un peu de recul historique

En 1936, la victoire électorale du Front populaire n’a évidemment pas aboli le capitalisme. Elle a pourtant ouvert la voie à certaines des conquêtes sociales les plus importantes de l’histoire française.

Sous la pression décisive des grèves massives qui ont suivi l’élection pour pousser le gouvernement à agir rapidement, les accords de Matignon puis les lois adoptées par le gouvernement de Léon Blum ont notamment instauré les premiers congés payés et la semaine de 40 heures, tout en permettant d’importantes augmentations de salaires et en renforçant les droits syndicaux.

«  Les urnes et la lutte sociale ne s’opposent pas »

L’exemple rappelle aussi que les urnes et la lutte sociale ne s’opposent pas : les élections ont modifié le rapport de force institutionnel, tandis que les grèves ont imposé dans la rue et les entreprises des avancées que seul le bulletin n’aurait probablement pas suffi à obtenir.

« Tous pareils » : une phrase confortable, une réalité qui en est loin

Aucune de ces politiques ne constitue l’émancipation finale mais entre une société imparfaite dans laquelle il reste davantage de droits, de protections et d’espace pour lutter, et une société où ces espaces se referment progressivement, la différence peut devenir immense.

Reste alors le cas de celles et ceux qui ne veulent pas seulement obtenir des réformes, mais transformer radicalement la société. Dans quelles conditions vaut-il mieux mener cette lutte ? C’est ce que nous examinerons dans le quatrième volet de ce dossier.

Elena Meilune


Photo de couverture : Donald Trump, Flickr / Pedro Sánchez, Wikimedia Commons

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02.09.2026 à 06:00

Perspectives queer et féministes depuis les chorales militantes

Mr Mondialisation

Cent cinquante voix réunies au bord de la Drôme. Des chants de lutte, des polyphonies, des goguettes féministes, des bals : dans les chorales militantes, chanter est une manière de se retrouver, de transmettre et de faire collectif. Depuis plusieurs années, les chorales militantes essaiment sur l’Hexagone. Entre répertoires populaires, luttes féministes et queer, langues […]

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Texte intégral (2993 mots)

Cent cinquante voix réunies au bord de la Drôme. Des chants de lutte, des polyphonies, des goguettes féministes, des bals : dans les chorales militantes, chanter est une manière de se retrouver, de transmettre et de faire collectif. Depuis plusieurs années, les chorales militantes essaiment sur l’Hexagone. Entre répertoires populaires, luttes féministes et queer, langues régionales et pratiques d’autogestion, elles construisent des espaces où la musique devient un outil politique autant qu’un lieu de rencontre. Mais ces communautés ne sont pas exemptes des rapports de domination qui traversent le reste de la société. Comment ces espaces peuvent faire soin sans reproduire les oppressions systémiques qu’ils cherchent à combattre ?

Die, 21 juin, pic de canicule dans la Drôme.

À l’occasion de l’anniversaire des 15 ans d’une chorale du coin, 150 choristes de toute la France se sont réunies pour chanter dans un camping autogéré, que borde la Drôme. Au programme, des transmissions de chants populaires, des blind test, des répertoires communs qui ne cessent de grossir, et pour échapper à la chaleur, des virées à la rivière. Des hardes de chanteur·ses entonnent joyeusement sans jamais se lasser « de l’eau jaillit le feu », un hymne bien connu de la lutte victorieuse contre les mégabassines, tandis que les kayakistes qui descendent la rivière les observent d’un air amusé.

Aux flots de l’eau qui coule et au roulement des galets répondent les voix de femmes et de personnes queer de tous âges. Il règne un climat d’adelphité et les groupes se font et se défont au fil des chants lancés : certain.es se délectent de chants occitans polyphoniques ; d’autres répondent par des goguettes satiriques sur le régime hétéro-patriarcal ; et tous·tes ensembles reprennent en cœur les hits des dernières rencontres estivales autogérées de chants.

Se trouver et se retrouver

Certaines viennent pour la première fois. Ces espaces peuvent sembler difficiles d’accès pour qui n’a pas l’oreille musicale, ne connaît pas par cœur les 500 chansons du carnet rouge emblématique édité par une chorale chambéroise, et n’a pas encore l’usage courant de l’occitan. D’autres sont des habituées de ces espaces, et retrouvent à intervalle régulier depuis plus de dix ans parfois des camarades devenu·es ami·es d’autres chorales, et ne quittent guère la piste de bœuf avant des heures avancées de la nuit.

Pour autant, les rencontres de chorale sont des endroits d’expérimentation, de partages et de transmissions musicales, où toute personne même nouvelle peut trouver sa voix. Au delà de la culture militante et des pratiques d’autogestion, ce sont aussi des communautés de liens forts qui se créent, la musique reliant les cœurs, les luttes et les voix. Ce sont des espaces dans lesquels on revient, car les liens affectifs transcendés par la musique reproduisent des expériences uniques, intimes, engendrant un sentiment fort d’appartenance.

L’histoire des chorales de lutte

Si les chorales de lutte ne sont pas récentes, elles ont connu un tournant queer et féministes dans les années 2010, notamment avec l’arrivée de personnes queer, globalement plus jeunes que les anciennes choristes. Quand les chorales ne sont pas en mixité choisie, la majorité des choristes restent des femmes et des personnes queer, ce qui n’exclue pas la présence d’hommes pour autant.

Les chants anarchistes d’antan relatant les luttes ouvrières du siècle dernier continuent à être chantés, mais un nouveau répertoire donnant la voix aux luttes queer et féministes a su trouver son pupitre. Les chanteuses contemporaines reconnues comme Clara Ysé, Suzanne, Mathilde, Pomme y ont trouvé un public qui s’empare de leurs chants de deuil, de maternité, de féminisme en les arrangeant, c’est à dire, en créant de nouvelles polyphonies. Les chorales, à la créativité débordante et à l’oreille délicate, inventent également des nouveaux arrangements aux chansons d’Anne Sylvestre et de Louise Bernard, qui gardent tout leur mordant.

En parallèle, des choristes militant·es inventent de toute pièce de nouveaux chants, pour parler avec leurs mots de leurs vécus spécifiques. Les auteur·ices de la chanson Cette colère, par exemple, écrivent :

« L’envie était d’avoir un chant pour parler de découragement, de dépression face à la violence du monde capitaliste et la montée du fascisme. Un chant pour exprimer la peine et la peur, mais aussi l’espoir de la force du collectif et de l’amitié pour rester en mouvement et dans l’action. »

Créer du commun, perdurer dans les luttes

Les chants anti-autoritaires, anti-fascistes, queer et féministes diffusent une culture commune de lutte, par les messages qu’ils font passer, et par leur expression vocale dans les lieux publics et de lutte. Tout un chacun aura eu cette expérience d’avoir chanté une fois L’Estaca (Le pieu en français) en manifestation, et les plus chanceux·ses accompagné·es d’une fanfare militante. Cette union des voix renforce un sentiment d’appartenance, de faire corps ensemble, et donne du courage et une envie de résister dans les moments houleux des manifestations. On peut ainsi se sentir protégé·e lorsqu’un tuba continue de résonner de façon tonitruante, repris en cœur par des dizaines de manifestant·es.

Les chorales de lutte s’engagent physiquement en prêtant leurs voix aux personnes opprimées, donnent des concerts de soutien pour aider financièrement, et organisent des manifestations festives lors de rencontres annuelles en appui à des luttes locales (comme c’était le cas sur l’A69 et en Maurienne avec le NoTAV les années précédentes). Passeuses d’histoire à se réapproprier, véhicule d’affects et d’émotions partagés, espaces d’apprentissage horizontaux, les chorales aident véritablement à faire tenir la lutte dans la durée.

La chorale Les Jacqueline. Montreuil sous voix 2026.

Résistance culturelle et renouvellement des traditions

Les chants, témoins des luttes passées, en cours et à venir, ne cessent de s’actualiser, portant les revendications sociales et culturelles du moment. Pour contrer l’hégémonie de la langue française imposée au siècle dernier par coercition dans un déni des identités culturelles régionales et spécifiques, les chorales n’hésitent pas à excaver du passé des chants en breton, basque et occitan.

À l’instar des nombreux groupes récents qui font la joie des choristes adeptes de polyphonie (Barrut, la Mal coiffée, Les Mécanos etc.), chanter en langue occitane permet de faire vivre un héritage qui est loin d’avoir disparu et de redécouvrir les subtilités d’une langue changeante au grès des vallées et des montagnes. Un engouement autour des bals folks explose à nouveau, réinventant des manières de faire la fête et de se rencontrer. Les choristes ajoutent leur touche personnelle avec des bals à la voix, où chaque musique entraînante au rythme d’une mazurka (La vesina), valse (Su fratelli), d’un an dro (Penn Sardin) ou d’une bourrée à trois temps (Gallo negro, gallo rojo) permet de tournoyer sur la piste de danse dans une ivresse collective.

Émancipation queer

Dans le sillage états-unien, de plus en plus de chorales queers en mixité choisie voient le jour. À l’envie de partager des chants et des outils, s’ajoute celle de « célébrer [les] voix trans, hormonées et non hormonées, muées ou en cours de mue », souvent jugées « non conformes, graves, dissidentes », comme le rapporte l’équipe organisatrice de rencontres de voix queers. L’approche queer permet de plus de faire éclater la nomenclature figée des quatre pupitres soprano, alto, ténor et basse qui réserve traditionnellement les voix aiguës aux femmes et les voix graves aux hommes.

Ann-Lise témoigne ainsi pour La Déferlante : « Ton pupitre, c’est l’endroit où ta voix va sonner, sans se fatiguer ni se faire mal », aux antipodes des normes cishétéronormatives. Là où le langage parlé est plus genré, le chant permet de se ré-empouvoirer et de se réapproprier son corps et sa voix, réduisant ainsi la dysphorie de genre. Mariette témoigne également pour La Déferlante après un an sous testostérone :

« c’est hyper euphorisant d’entendre comment ma voix grave résonne, j’atteins des notes que je n’aurais jamais imaginé atteindre. »

Une difficile conciliation générationnelle

Le changement générationnel n’est pas sans difficultés, et la question se pose de réconcilier des manières d’agir et de lutter antagonistes. Un point clivant se situe dans le rapport à la consommation de produits animaux, les antispécistes souvent plus jeunes s’opposant aux omnivores souvent plus âgés. Ces derniers vont jusqu’à quitter les espaces de rencontres de chorale, brisant la transmission générationnelle. Le débat reste ouvert sur comment réussir à créer des espaces de lutte accueillant où chacun·e puisse se sentir entendu·e dans ses revendications sans gêner d’autres personnes dans des pratiques incommodantes voire douloureuses.

Un autre point de clivage se situe sur des questions d’appropriation culturelle et d’anticolonialisme. Des considérations plus récentes sur la légitimité de personnes blanches à reprendre des chansons issues de communautés opprimées, ou simplement de chanter légèrement des chansons d’autres cultures sans se questionner sur leur origine et la façon de leur rendre hommage trouvent peu d’échos chez les militant.es de la première heure.

Un exemple emblématique en est l’Hymne des femmes, créé en 1971, dont le refrain entonne « debout femmes esclaves », alors que les femmes blanches occidentales, bien qu’opprimées depuis des siècles, n’ont jamais subi une exploitation similaire à celle des personnes noires esclavagisées, et surtout, elles y ont pour certaines participé, et toutes bénéficié. Dans un article pour La Déferlante, la journaliste Pauline Baron expose que si « certain·es militant·es modifient le texte pour en expurger le racisme, dénoncé par les afroféministes, d’autres préfèrent ne plus le chanter ».

Un article de La Déferlante, écrit par Pauline Baron, dédié à une critique antiraciste de l’Hymne des femmes.

Le soin au cœur des rencontres

Les questions de soin sont de plus en présentes au sein des espaces militants et alternatifs, et les pratiques des rencontres de chorales illustrent cette évolution. Sont pensés conjointement l’accueil et la prise en charge collective des enfants dans une logique de commun pour délester les parent·es de la charge éducative, les questions dévalidistes pour permettre aux personnes handi de chanter, des espaces de détente et d’isolation sensorielle pour permettre aux personnes, à différents degrés de neurodivergence, de trouver des endroits ressources etc.

Malgré ces bonnes volontés, ces pratiques ne sont pas toujours suffisantes, notamment parce qu’elles restent contraintes par les moyens disponibles dans les milieux militants et alternatifs. Les rencontres ont souvent lieu dans des fermes, des squats ou des lieux associatifs disposant de ressources limitées, qui ne permettent pas toujours de garantir des conditions d’accueil pleinement accessibles. Face à cette nécessité d’amélioration, le pôle dévalidiste d’une rencontre de chorales a ainsi décidé de ne plus participer après une décision collective de l’organisation de changer de lieu d’accueil. Le nouvel espace ne permettait plus de garantir des conditions d’accueil dignes et adaptées aux personnes à mobilité réduite.

Par ailleurs, bien que majoritairement queers et féministes, ces espaces ne sont pas exempts de violences validistes, racistes, de genre, de classe… Car les espaces militants et alternatifs ne sont pas imperméables aux mécanismes liés aux oppressions systémiques : on peut y retrouver les mêmes phénomènes de minimisation, de déni, de lenteur, de complaisance ou d’inaction qu’ailleurs. Heureusement, des chorales se forment et se dotent peu à peu de protocoles pour prévenir ces violences et y réagir avec soin et responsabilisation lorsqu’elles surviennent. 

– Nina Fougère


Photo de couverture : Le choeur féministe et militant Nos Lèvres Révoltées qui chante pour lutter contre les formes d’oppressions liées au genre et aux sexualités et pour créer l’adelphité, avec un répertoire constitué de chants de luttes passées et actuelles, d’histoire d’oppressions ou d’adelphité © Remy El Sibaïe

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