LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie BLOGS Revues Médias
Mr Mondialisation

Think tank informel et citoyen francophone à visée internationale


▸ les 10 dernières parutions

07.01.2026 à 05:00

Comment le polyester empoisonne la planète et les corps

Mr Mondialisation

Depuis des années, Mr Mondialisation documente l’emprise du plastique sur nos sociétés, de l’explosion des microplastiques jusque dans nos cerveaux, à la contamination silencieuse des sols, des océans et de l’ensemble du vivant, en passant par la responsabilité écrasante des grands industriels de la pétrochimie. Le polyester, fibre reine de l’industrie textile contemporaine, s’inscrit pleinement […]

The post Comment le polyester empoisonne la planète et les corps first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (2945 mots)

Depuis des années, Mr Mondialisation documente l’emprise du plastique sur nos sociétés, de l’explosion des microplastiques jusque dans nos cerveaux, à la contamination silencieuse des sols, des océans et de l’ensemble du vivant, en passant par la responsabilité écrasante des grands industriels de la pétrochimie. Le polyester, fibre reine de l’industrie textile contemporaine, s’inscrit pleinement dans cette dépendance mortifère au plastique. Zoom sur ce produit d’un modèle industriel fondamentalement incompatible avec le vivant.

Le polyester et ses dérivés ont peu à peu supplanté le coton, la laine, le lin et les autres fibres textiles naturelles — c’est-à-dire des fibres que l’on récolte directement sur des plantes ou des animaux — au profit de fibres synthétiques, fabriquées industriellement à partir de ressources fossiles. D’abord adoptés pour des raisons économiques, puis pour certaines propriétés techniques comme la durabilité ou l’imperméabilité, ces matériaux représentent aujourd’hui, avec les autres fibres synthétiques, près de 60,1 % de la consommation textile mondiale.

Pourtant, le contact direct du plastique – que ce soit avec les aliments, la peau, les muqueuses, en les portant ou en vivant et travaillant dans des intérieurs recouverts de plastique – s’avère un danger largement sous-estimé, pour le vivant dans son ensemble, comme le prouvent les études scientifiques récentes qui en dénonce les multiples risques : allergies, perturbations hormonales, toxicité des additifs, et même impact sur la fertilité.

Les océans contaminés au plastique 

Les produits dérivés du pétrole, comme le polyester, le nylon, l’élasthanne, ou encore l’acrylique, sont extrêmement nocifs pour le vivant, et se retrouvent, par la production et l’utilisation que nous en faisons, en quantité astronomique partout : en Antarctique, dans les placentas, le lait maternel, les poêles, les emballages alimentaires, nos cerveaux et même la pluie.

Ces particules, une fois dans l’environnement, reviennent dans la chaîne alimentaire et peuvent être absorbées par la peau ou ingérées, posant un risque sanitaire supplémentaire à long terme, comme la pollution, on ne peut plus avérée, des océans.

Avec toutes autorisations Naja Bertolt Jensen – Unsplash

Selon Ifremer, 80 % des déchets dans les mers et les océans sont des plastiques. Mais la pollution aux microplastiques et nanoplastiques bien qu’établie, reste encore mal connue. Les macrodéchets, repérables à l’œil nu, ne représentent que 10 % du nombre des morceaux de plastique en mer. La grande majorité de cette pollution plastique reste invisible puisqu’elle est constituée de morceaux de moins de 5 millimètres de diamètre. Les microplastiques représentent 90 % du nombre de plastiques : ce sont 24 000 milliards qui flottent à la surface des océans.

Parmi ces microplastiques, les microplastiques primaires sont directement libérés dans l’environnement sous forme de petites particules. Ils proviennent notamment des fibres textiles relâchées lors du lavage en machine, des granulés ou microbilles plastiques, des fibres issues des filets de pêche, ou encore de fragments provenant de l’usure des pneus. Selon une étude publiée en septembre 2025 sur la revue scientifique ScienceDirect :

« Plus de 700 000 microfibres seraient ainsi produites lors d’une machine de 6 kg »

La faune et la flore impactées

Sur les 102 tortues marines examinées dans une étude internationale en 2018, toutes étaient contaminées par du plastique, avec plus de 800 particules retrouvées dans certains individus. Cette quantité ne concernait qu’une partie de leur système digestif, ce qui laisse penser que la quantité totale pourrait être jusqu’à 20 fois supérieure.

Il en est de même pour les amphipodes des abysses. Ces petits crustacés vivant dans les fosses océaniques profondes (jusqu’à près de 6 500 mètres) présentent des taux de contamination record : dans la fosse des Mariannes, 100 % des amphipodes étudiés avaient du plastique dans leur intestin postérieur, surtout du PET (polyester). 

Avec toutes autorisations – Pascal Garret Flickr

Pour les oiseaux marins, c’est la même chose : plus d’un quart des décès d’oiseaux de mer sont liés à l’ingestion de plastique, et la quasi-totalité des espèces (albatros, mouettes, manchots, etc.) sont touchées. Les oiseaux peuvent accumuler de nombreux fragments dans leur estomac, ce qui cause obstructions, malnutrition et mortalité.

Les baleines, dauphins, lions de mer et phoques ingèrent également de grandes quantités de plastique sous toutes ses formes, parfois sous forme de gros débris qui provoquent des blessures internes ou la mort. Les poissons marins, notamment ceux vivant près des estuaires, sont aussi fortement contaminés (jusqu’à 86 % pour certaines espèces comme le merlu européen), selon une étude menée par l’Université autonome de Barcelone dans le cadre du projet de recherche I plastic qui analyse la présence de ces particules dans les rivières et les estuaires.

Le polyester : un danger sanitaire

Commençons par l’eau potable, qui peut également devenir une bombe de plastique, selon un article du CNRS, révélant que la majorité des microplastiques présents dans l’eau potable échappent aux détections actuelles en raison de leur petite taille (< 20 µm). Qu’elle soit en bouteille en plastique, ou non, l’eau est polluée, en somme – sans parler des scandales Nestlé en cours pour ses eaux contaminées vendues à prix d’or

Concernant les vêtements et les intérieurs en plastique, le contact du polyester ou de toute autre matière plastique avec la peau provoque régulièrement des réactions allergiques et des irritations, surtout chez les personnes sensibles. Plusieurs études cliniques et observations dermatologiques le confirment : peu respirant, il favorise la transpiration et les frottements. Résultat : rougeurs, éruptions cutanées, démangeaisons, voire eczéma chez certains individus.

Le port de sous-vêtements en polyester augmente le risque de cystites et d’infections urinaires, car les fibres retiennent l’humidité et la chaleur, créant un environnement propice à la prolifération bactérienne. Même partiellement doublé de coton, le polyester peut libérer des microfibres qui contaminent les muqueuses et accroissent le risque d’infections, voire de syndrome du choc toxique. Le contact direct avec les muqueuses vaginales par exemple peut avoir de lourds effets, puisque les muqueuses, en général, absorbent davantage toute sorte de polluants que le reste du corps, mais les muqueuses vaginales sont encore plus perméables que les autres.

Mais surtout, selon l’ANSES, le polyester est systématiquement traité avec des colorants, agents de finition, anti-froissements, retardateurs de flamme, phtalates, etc, des substances sont loin d’être inoffensives : ce sont des perturbateurs endocriniens avérés. Ils peuvent migrer du tissu vers la peau, puis pénétrer dans l’organisme. 

Cerise sur le gâteau de l’ultrapollution textile, une étude publiée en juin 2024 a montré que les PFAS présents dans de nombreux textiles synthétiques traversent facilement la barrière cutanée : 

Selon les tests réalisés sur des modèles de peau humaine, jusqu’à 59 % de certaines molécules PFAS sont absorbées après 24 à 36 heures d’exposition.

Enfin, les microfibres de polyester, libérées lors du port ou du lavage, peuvent être absorbées par la peau ou inhalées. Elles servent de vecteurs à des substances toxiques, notamment le BPA, dont l’exposition est associée à des troubles du développement cérébral et de la prostate chez les enfants et les fœtus.

Impact sur la fertilité et le système hormonal : des études préoccupantes

Le polyester et ses dérivés peuvent présenter des risques pour le système endocrinien, mais la dangerosité dépend principalement des substances chimiques ajoutées lors de la fabrication et de la finition des textiles, plutôt que du polymère de polyester lui-même. Plus précisément, le polyester pur, composé d’éthylène glycol et d’acide téréphtalique, n’est pas intrinsèquement classé comme perturbateur endocrinien.

Cependant, selon Santé.gouv, et comme évoqué, les textiles en polyester sont traités avec divers additifs chimiques, qui peuvent migrer du tissu vers la peau, notamment en cas de chaleur ou de transpiration, puis être absorbées par l’organisme. Les effets potentiels incluent des troubles de la fertilité, des anomalies du développement, des troubles hormonaux, et d’autres pathologies liées à une perturbation du système endocrinien.

Une étude sur des sujets exposés en continu à des vêtements en polyester a montré une azoospermie (absence de spermatozoïdes) après 140 jours. Le phénomène était réversible, mais souligne la capacité du polyester à perturber la spermatogenèse, probablement via son potentiel électrostatique élevé et la migration de substances chimiques.

Les dangers des tissus plastiques dans nos intérieurs 

Tout comme le polyester, les tissus synthétiques comme le polyamide, le nylon ou l’élasthanne incluent des perturbateurs endocriniens, des cancérigènes, des neurotoxiques et des mutagènes qui peuvent migrer dans l’air ou être en contact direct avec la peau. Tous ces effets délétères sont également sublimés par vos textiles d’intérieur, à savoir vos rideaux, vos canapés, tapis, coussins et oreillers, draps, matelas, etc… Donc, si vos enfants ont des peluches, ce sont également des réserves de polluants ultra-toxiques. 

La toxicité des matelas pour enfants a été mise en exergue par deux études publiées par l’université de Toronto le 15 avril 2025 :

« les bébés et les jeunes enfants peuvent respirer et absorber des produits chimiques nocifs contenus dans les matelas lorsqu’ils dorment »

Les bébés et les enfants sont encore plus susceptibles d’être exposé à ces polluants, à cause de leur peau plus perméable, le fait qu’ils mettent fréquemment leur main à la bouche et sont plus près des tissus et du sol, réceptacle de microplastiques et autres polluants en tout genre (comme les produits d’entretien synthétiques). 

Pour réduire leur exposition, les chercheurs conseillent aux parents de réduire le nombre d’oreillers, de couvertures et de jouets. Ils recommandent aussi de laver régulièrement la literie et les vêtements, car ils agissent comme une barrière protectrice, ainsi que de favoriser les tissus non teints ou aux couleurs neutres. La conservation des couleurs vives nécessite l’ajout de filtres UV et autres additifs pouvant être nocifs. Couplé à la toxicité et des rejets des meubles, ainsi qu’aux produits d’entretien, il est très important d’aérer régulièrement. 

Une responsabilité industrielle écrasante

La généralisation du polyester et des fibres synthétiques est la conséquence directe de stratégies industrielles et politiques. En privilégiant des matériaux issus de la pétrochimie, peu coûteux et hautement rentables, les industriels ont imposé un modèle textile fondé sur la surproduction, l’opacité et l’externalisation des coûts sanitaires et environnementaux. Le discours dominant, qui fait peser la responsabilité sur les consommateurs, occulte le rôle central des grands groupes de la fast fashion et de la pétrochimie dans l’organisation de cette dépendance au plastique.

Présenté comme une solution « écologique » par le biais du recyclage, le polyester recyclé demeure aussi une source majeure de microplastiques et de substances toxiques. Réduire réellement l’impact du textile implique un changement structurel : encadrer strictement la production de fibres synthétiques, imposer la transparence sur les substances chimiques utilisées, et mettre fin aux fausses solutions industrielles. Tant que les industriels ne seront pas tenus pleinement responsables des dommages qu’ils causent aux écosystèmes et à la santé humaine, le polyester restera l’un des symboles les plus visibles d’une économie qui sacrifie le vivant à la rentabilité.

Maureen Damman


Photo de couverture de EqualStock sur Unsplash

The post Comment le polyester empoisonne la planète et les corps first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

06.01.2026 à 05:00

En Charente, le Little Phoenix Sanctuary vient au secours des animaux

Mr Mondialisation

Sanctuaire antispéciste, le Little Phoenix Sanctuary accueille une centaine d’animaux sur 10 hectares de terrain, en Charente. Une oasis de paix pour d’anciens animaux d’élevage, tenue par William Lenoir, également créateur de l’association L-PEA. Rencontre avec un militant de la cause animale. Fondée en 2011, l’association L-PEA (Lumière sur les Pratiques d’Élevage et d’Abattage) a […]

The post En Charente, le Little Phoenix Sanctuary vient au secours des animaux first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (4041 mots)

Sanctuaire antispéciste, le Little Phoenix Sanctuary accueille une centaine d’animaux sur 10 hectares de terrain, en Charente. Une oasis de paix pour d’anciens animaux d’élevage, tenue par William Lenoir, également créateur de l’association L-PEA. Rencontre avec un militant de la cause animale.

Fondée en 2011, l’association L-PEA (Lumière sur les Pratiques d’Élevage et d’Abattage) a vu le jour dans le département de la Creuse, avant de s’installer définitivement en Charente. William Lenoir, son fondateur, milite depuis l’adolescence en faveur des droits animaux et humains.

Cet amour d’enfance pour les animaux l’a d’abord mené à cofonder un sanctuaire pour les primates en Inde, puis à ancrer son action dans sa vie quotidienne, de retour en France. Aujourd’hui, il s’occupe à temps plein d’une centaine d’animaux. Son refuge, Little Phoenix Sanctuary, accueille, protège et défend des animaux d’élevage ou victimes de maltraitance. Le résultat d’années de combat et de militantisme en faveur des animaux victimes de l’exploitation humaine.

William Lenoir, fondateur Sanctuaire Little Phoenix

Mr Mondialisation : Pouvez-vous vous présenter ? Quand et comment avez-vous fondé l’association L-PEA ?

William Lenoir : « Je suis le président et fondateur de l’association L-PEA. Le combat a débuté en 2011 avec une campagne contre un abattoir situé à Guéret, en Creuse. Il s’agissait du premier abattoir européen sans étourdissement. Un combat qui a reçu énormément de soutien à l’époque, et que nous avons fini par gagner en 2014. Je l’avais commencé seul, et cela s’est fini en larges manifestations…

J’ai alors eu la preuve qu’il existait un potentiel de travail sur les animaux de ferme. Pendant un an, je me suis interrogé sur l’angle à choisir. Abolitionniste (ndlr : pour l’abolition totale de l’exploitation animale) ou welfariste (ndlr : pour une amélioration de leurs conditions de vie) ? J’ai d’abord dû faire des compromis, via le welfarisme, pour que notre discours soit acceptable. Mais je vivais mal ce que je disais, je trouvais cela contradictoire… De fait, avec le temps, L-PEA est devenue abolitionniste car c’était la seule posture cohérente pour moi. Elle synthétise tous mes combats contre la maltraitance animale : chasse, cirque, foie gras, etc.

Au Little Phoenix Sanctuary, les rescapés coulent des jours heureux, et sereins ©L-PEA
Au Little Phoenix Sanctuary, les rescapés coulent des jours heureux, et sereins ©L-PEA

Je tiens à préciser que, personnellement, je lutte pour cette cause car elle représente une injustice flagrante. Je ne fais pas ça par excès d’empathie pour les animaux, ou parce que cela me touche plus que la souffrance humaine. Les deux vont de pair, nous ne pouvons pas les faire s’entrechoquer. L’antispécisme, par définition, prend en compte les deux car nous ne voulons hiérarchiser aucune espèce. »

« Que ce soit côté humain ou animal, il y a de l’injustice, de la douleur et de la souffrance. Elles doivent toutes être combattues. » 

Mr Mondialisation : D’où vous vient votre amour pour les animaux ? Et l’envie de défendre spécifiquement ceux victimes de l’élevage ?

William Lenoir : « Je me suis très tôt posé la question de savoir ce que je voulais faire de ma vie. Des questionnements qui m’ont mené jusqu’en Inde, ou qui m’ont poussé, adolescent, à lutter pour les droits des populations humaines indigènes. En parallèle, j’ai vite commencé à recueillir des animaux. Finalement, j’ai choisi cette cause car c’est là que je pouvais avoir le plus d’impact. J’ai une meilleure aptitude au contact animal qu’au contact humain, je savais donc où et comment je pourrais réellement aider. » 

« Si l’image populaire des sanctuaires est souvent idyllique, la réalité, c’est plutôt quelqu’un d’épuisé avec de la boue jusqu’aux oreilles ! » 

Mr Mondialisation : À quoi ressemble une journée ordinaire au sanctuaire Little Phoenix ?

William Lenoir : « C’est un travail difficile ! Mes journées se répartissent entre les clôtures, les soins, le nourrissage, les abris… Mais je suis seul et le corps commence à ne plus suivre. Malheureusement, le système de bénévolat n’est pas assez fiable, car il faut bien connaître les animaux pour les soigner. Si l’image populaire des sanctuaires est souvent idyllique, la réalité, c’est plutôt quelqu’un d’épuisé avec de la boue jusqu’aux oreilles !

Cochons, chèvres, dindons, chats... L-PEA recueille une centaine de rescapés ©L-PEA
Cochons, chèvres, dindons, chats… L-PEA recueille une centaine de rescapés ©L-PEA

Le quotidien de base est tenable, mais quand à cela s’ajoute des épidémies, des maladies, ou des intrusions de chasseurs sur le terrain… Alors je n’ai même plus le temps de manger. De plus, je crée un journal chaque mois pour donner des informations aux donateurs et parrains sur les animaux. Très peu de gens se rendent compte de l’investissement réel. Parfois, cela me blesse. Je ne demande évidemment pas de médaille, mais juste la reconnaissance d’un travail assez éreintant. Auquel s’ajoutent les morts, agonies et accidents, que l’on porte sur la conscience quoi qu’il arrive.

L’épuisement m’a contraint à céder mes bovins à la Fondation Brigitte Bardot, car il m’était devenu trop difficile de m’en occuper… « Sombrer dans le chaos ou rebondir avec méthode », voilà ce que je me suis dit à l’époque. De fait, il m’a fallu trouver des solutions pour ne pas couler. » 

Mr Mondialisation : Travaillez-vous seul par contrainte ou par choix ?

William Lenoir : « Un mélange des deux. D’abord, il y a la question des fonds. Nous avons réalisé une collecte l’an dernier qui a bien marché. Cela nous permet de rémunérer des pet-sitters à l’heure, mais impossible d’embaucher en contrat régulier. Et personnellement, je vis une phobie sociale qui fait que je n’arrive pas à travailler avec quelqu’un à côté de moi. J’ai donc deux problèmes à résoudre : sécuriser mon budget, et régler un problème d’espace pour accueillir les bonnes volontés. » 

Mr Mondialisation : D’où viennent vos rescapés ?

William Lenoir : « Des quatre coins de la France. Ils sont souvent sauvés d’abattoirs, mais également de maltraitance ou d’abandon. Parfois, nous sommes directement contactés par les éleveurs. Le sanctuaire est un asile pour des animaux oppressés par le système. Nous recevons des centaines de SOS, auxquels nous répondons quand c’est possible… Cela demande que les conditions soient réunies en termes d’espace, de temps, ou encore de soins nécessaires. Je privilégie la qualité sur la quantité. Actuellement, je ne récupère plus d’animaux.

« Le sanctuaire accueille une centaine d’animaux : chienS, chats, cochons, dindons, chèvres, moutons, oies, jars, poules, canards… » 

Les dindons sont les plus abîmés. De par leurs conditions d’élevage et de modifications génétiques, ils n’ont aucune défense immunitaire. C’est vraiment terrible. Ils souffrent de toutes les bactéries possibles, les mêmes qui sont inoffensives pour les autres animaux. Nous les soignons du mieux que nous pouvons. Le sanctuaire a même été élu refuge où les dindons étaient les mieux soignés de France !…

Les dindons font partie des animaux les plus malmenés par l'élevage intensif ©L-PEA
Les dindons font partie des animaux les plus malmenés par l’élevage intensif ©L-PEA

Enfin, je prends soin des animaux sauvages qui passent sur mon terrain, des rongeurs aux escargots en passant par les hérissons. Mais aujourd’hui, je ne vois plus de hérissons, même morts. Nous assistons à leur disparition en direct… » 

Mr Mondialisation : Vous reste-t-il du temps pour agir sur le terrain ?

William Lenoir : « Non, malheureusement… Ce qui est dommage car l’association a un gros potentiel. Nous sommes bons sur le travail de communication, ou juridique. Mais les campagnes menées sont épuisantes, elles peuvent rester bloquées des années sur un sujet, pendant que dix autres apparaissent en parallèle… Je garde toutefois espoir. Lors du combat contre l’abattoir de Guéret, il n’y avait aucun militantisme sur le terrain quand je suis arrivé. Après cette bataille, des habitants du coin sont revenus me voir pour me dire qu’ils étaient devenus végétariens. Un mot que nous n’avions pourtant jamais évoqué.

« Le problème, si on n’aborde ces sujets que par le biais du drame, c’est que les gens s’habituent et passent à autre chose. » 

Je veux revenir sur le terrain militant. Cela fait partie d’un plus vaste projet qui inclut notamment des opérations artistiques. J’aimerais créer des événements pour faire passer le message autrement : théâtre, musique, expositions… L’objectif est de faire entrer les sujets de l’élevage et du spécisme dans l’esprit de chacun, mais sans que ce ne soit trop militant, ni dramatique. En effet, si on n’aborde ces sujets que par le biais du drame, le risque est que les gens s’habituent et passent à autre chose. Or il suffit de voir la famine dans certains pays d’Afrique : on y est tellement habitués qu’on n’y pense plus… 

Enfin, j’aimerais également fonder un « think tank » sur la réflexion de la consommation de produits animaux. Y rassembler philosophes, psychologues, économistes… Le but serait de développer des théories réalistes et concrétisables, autour d’un réseau de collaboration voire de création collective. Mais tout cela demande temps et énergie ! » 

Mr Mondialisation : Vous luttez également contre la chasse, votre sanctuaire faisant l’objet d’intrusions régulières…

William Lenoir : « Oui, je subis des intrusions à répétition – ce qui est le cas d’énormément de refuges… Récemment, des chiens de chasse sont entrés dans le bâtiment. Malheureusement, je n’avais rien pour filmer. Les chèvres étaient en panique, les cochons naviguaient au milieu des chiens… À se demander comment ils ont réussi à ne pas être blessés.

Nous avions également un sanglier qui venait régulièrement sur le terrain. Il s’est échappé de l’enclos et a été tué. Et dans ce cas-là, je peux rien dire… Mais c’est absolument épuisant, physiquement et mentalement. Et ça reste le quotidien de nos weekends, la moitié de l’année, quand on habite en milieu rural.

« Quand les chasseurs sont là, tout s’arrête, je ne peux plus travailler, et je risque de prendre une balle sur mon propre terrain ! » 

Cette atteinte à mon travail et mon intégrité physique est insupportable. Cela nous tient en angoisse tout le weekend, même quand ils ne sont pas là. Mon terrain a beau être classé hors-chasse, notre pouvoir sur eux est ridicule. En cas de conflit, ils pourraient se venger sur un animal et je ne pourrais rien faire.

La quiétude des lieux est malheureusement souvent perturbée par les chasseurs... ©L-PEA
La quiétude des lieux est malheureusement souvent perturbée par les chasseurs… ©L-PEA

Alors à force, je me suis équipé. J’ai une caméra, et un pic électrique pour repousser les chiens – car oui, les chasseurs me poussent au point d’être prêt à faire du mal à des animaux pour protéger les miens ! Cette situation est aberrante dans un « pays des Droits de l’Homme ». Il faut nous rendre à l’évidence que personne ne devrait subir ça. Comment est-ce possible que des chasseurs se retrouvent à évoluer armés sur ma propriété ? Que diraient-ils si je venais jouer au volley dans leur jardin – juste ça, sans arme ?

Je ne peux m’empêcher de penser que cela pourrait très mal finir, et je ne parle pas forcément de moi. Heureusement, s’il tend à y avoir une omerta sur ce sujet, les lignes commencent à bouger. Les gens parlent, portent plainte, et les gendarmes écoutent – pour l’avoir vécu personnellement. » 

Mr Mondialisation : Aux abords des fêtes, vous proposiez la vente d’œuvres d’art gracieusement cédées par des artistes qui soutiennent votre combat. Le dernier en date est Pierre Chart, dont les œuvres sont cotées et reconnues. Comment le lien entre vous s’est-il fait ?

William Lenoir : « Pierre Chart m’a sauvé la vie ! C’est lui qui m’a mis à la peinture. Depuis, je ne lâche plus mes pinceaux. Cela me permet de m’exprimer, rebondir, trouver de l’énergie… Pierre est un militant de la cause animale. Ses œuvres sont puissantes, fortes. Elles jettent la souffrance animale à la face du monde. C’est un écorché vif qui dénonce le sort subi par d’autres écorchés.

L'artiste Pierre Chart a cédé six de ses oeuvres au profit de l'association L-PEA ©Pierre Chart
L’artiste Pierre Chart a cédé six de ses œuvres au profit de l’association L-PEA ©Pierre Chart

L’idée de créer une galerie d’art pour la cause animale me séduit. Cela permettrait de soutenir les sanctuaires. Car nos opérations artistiques fonctionnent bien et dégagent des fonds. Bientôt, nous allons recevoir des œuvres d’une peintresse vénicienne, Tatiana Furlan. Il y aura également le recueil de poésie Solastalgique de l’écrivaine végane et féministe Meryl Pinque. La moitié de son prix d’achat sera reversé au sanctuaire. » 

Mr Mondialisation : Comment les lecteur·ices de Mr Mondialisation peuvent-ils aujourd’hui vous aider ?

William Lenoir : « La première chose qu’ils peuvent faire, c’est nous suivre, marquer leur approbation et partager nos informations sur les réseaux. Ensuite, nous avons évidemment besoin de ressources financières. La plus efficace reste le parrainage, via des dons mensuels : un apport régulier qui aide à se projeter, financer des soins ou des travaux.

Les dons matériels sont également possibles. En retour, j’envoie chaque mois un journal numérique avec des nouvelles des animaux. Quand le réseau artistique sera développé, nous pourrons donner davantage aux parrains, comme des prix sur les œuvres, des billets d’entrée pour des événements… Enfin, nous cherchons des gardiens sur des périodes données, pour surveiller le terrain en mon absence. J’offre alors de quoi habiter sur place. » 

Logo Little Phoenix Sanctuary

Mr Mondialisation : Un dernier mot à ajouter ? 

William Lenoir : « Oui, car une réflexion me revient souvent. Autour de moi, j’entends les gens écrire ou dire « Mais que fait le gouvernement ? » face à la souffrance animale et à l’élevage – intensif, surtout. Or, il n’y a rien à en attendre.

« On ne peut pas espérer manger de la viande pas chère sans entrer dans un système aussi délétère, pour tout le monde – hommes, animaux, environnement. » 

On ne peut pas espérer manger de la viande pas chère sans entrer dans un système aussi délétère, pour tout le monde – humains, animaux, environnement. Le gouvernement est enfermé dans le lobbying, il ne résoudra jamais le problème. Alors oui, on peut se sentir impuissant. Et surtout, nous diluons notre responsabilité dans le collectif, ce qui aide à rester éteint alors que nous détenons les clés. La solution, c’est nous ! Nous avons tous une responsabilité individuelle. C’est elle qui, cumulée, peut tout renverser. » 

– Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : ©William Lenoir

The post En Charente, le Little Phoenix Sanctuary vient au secours des animaux first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

05.01.2026 à 05:00

En finir avec le mythe du dirigeant qui dort peu

Mr Mondialisation

Dans notre société capitaliste, on entend régulièrement des dirigeants politiques ou de riches patrons assurer qu’ils ne dorment que quelques heures par nuit. Une manière de mettre en scène la légende du leader infatigable qui sacrifie son sommeil pour réussir. Par là, ces derniers tentent de légitimer la méritocratie et les inégalités. Or, cette narration […]

The post En finir avec le mythe du dirigeant qui dort peu first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (1935 mots)

Dans notre société capitaliste, on entend régulièrement des dirigeants politiques ou de riches patrons assurer qu’ils ne dorment que quelques heures par nuit. Une manière de mettre en scène la légende du leader infatigable qui sacrifie son sommeil pour réussir. Par là, ces derniers tentent de légitimer la méritocratie et les inégalités. Or, cette narration fait l’apologie d’une pratique sanitaire dangereuse.

Construit à grand renfort de récits médiatiques, le mythe du dirigeant qui dort peu revient souvent à la une. Basé sur l’idéologie de la performance et du travail glorifié, ce mythe met en péril la santé de ceux qui y adhéreraient, mais il induit également qu’un besoin vital comme le repos relèverait d’un choix personnel. Le tout pour faire accepter une compétition délétère et aiguiser un sens du sacrifice à l’autel du capitalisme.

Petits dormeurs ou gros menteurs ?

Le mythe du leader qui dort peu, très relayé par les médias, ne date pas d’hier. Margaret Thatcher, Joseph Staline, Napoléon Bonaparte ou encore Winston Churchill s’en vantaient déjà en leur temps. Plus récemment, Donald Trump expliquait que dormir peu était sa « tactique de succès », Emmanuel Macron assurait, lui, qu’il « dormait peu », tout comme son ex-Premier ministre Gabriel Attal.

Il y a peu, la cheffe de l’exécutif japonais, Sanae Takaichi, a aussi déclenché la polémique en affirmant ne dormir que deux heures par nuit.

Sanae Takaichi préside une réunion du Quartier général de la stratégie démographique pour discuter des mesures à prendre pour lutter contre le déclin démographique. Novembre 2025. Wikimedia.

Selon certaines études, il pourrait bel et bien exister un gène qui permettrait à quelques personnes de dormir assez peu, mais il serait extrêmement rare. À partir de là, deux hypothèses sont sur la table : soit une large partie des dirigeants du monde serait touchée par cette exception génétique peu répandue, soit beaucoup d’entre eux mentent.

Le mythe de la méritocratie

« Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler », disait déjà Emmanuel Macron en 2016, alors qu’il n’était encore que ministre de l’Économie. Une phrase emplie de mépris de classe, révélatrice de sa vision du monde, un an avant son accès à la plus haute marche. Ainsi, selon lui, si quelqu’un occupe une bonne place dans la société, c’est nécessairement qu’il a mis du cœur à l’ouvrage plus que les autres.

Et le mythe du dirigeant qui dort peu s’inscrit directement dans cette croyance. Il serait, de ce fait, impossible de « réussir » en se reposant comme une personne « normale ». Il faudrait sacrifier sa santé corps et âme pour parvenir à gravir les échelons.

Cette logique permet non seulement de justifier le fait que les plus aisés détiennent leurs positions de pouvoir, mais elle favorise, de plus, la soumission des travailleurs en vue d’une ascension sociale. Or, il existe bon nombre de gens qui se tuent à la tâche sans faire fortune, quand il y a, par ailleurs, des riches qui n’ont jamais vraiment travaillé de leur existence. Une démystification à laquelle procédait d’ailleurs déjà Mr Mondialisation dans un précédent article.

Un outil de soumission

En parlant ainsi, les partisans du néolibéralisme établissent d’abord leur supériorité, mais ils incitent aussi les employés à les imiter. Dans une entreprise, vouloir travailler « toujours plus » va d’ailleurs souvent devenir un synonyme de loyauté. Nombreux sont encore à penser que quitter son poste à l’heure est mal vu. Certains iront jusqu’à culpabiliser et considérer comme « faignants » ceux qui réclameront simplement de se reposer.

S’épuiser pour son travail serait ainsi le symbole ultime du salarié modèle, capable de sacrifier sa propre santé pour le bien de l’entreprise. En 2023, le milliardaire Elon Musk avait même voulu faire dormir ses employés dans les locaux de son entreprise pour qu’ils y consacrent encore plus de temps. L’apothéose de l’exploitation capitaliste.

Un danger sanitaire

Et pourtant, la privation de sommeil est extrêmement dangereuse pour la santé. Les besoins peuvent, en effet, varier selon les individus, mais ils se situent généralement entre sept et neuf heures pour un adulte. Sauf exception, en dessous de ce seuil, la plupart des gens finiront par en payer les conséquences sur leur corps à long terme. D’un point de vue immédiat, on peut déjà devenir plus irritable, mais également perdre en concentration ou en mémoire.

Plus grave encore, sur la durée, le manque de repos peut favoriser l’obésité, le diabète, la dépression, l’hypertension, la baisse du système immunitaire et même les troubles cardio-vasculaires. Pire, le risque de développer certains cancers, comme celui du sein ou de la prostate, se trouve lui aussi augmenté.

Sommeil et classes sociales

De même, se vanter de peu dormir quand l’on exerce une profession intellectuelle apparaît également comme plutôt malhonnête. En effet, il est bien plus simple de passer des nuits plus courtes lorsque l’on ne fait pas un métier physiquement pénible qui nécessite une plus grande récupération.

De la même manière, faire partie des classes aisées permet de se délester facilement de tâches ménagères éreintantes, comme entretenir la maison, faire la cuisine, s’occuper des enfants, gérer les factures, faire les courses, etc.

Une stupidité économique

Le pire, c’est que, y compris d’un point de vue économique, pousser ses employés à dormir moins pour travailler plus, relève d’un contresens scientifique. Le constat est d’ailleurs similaire pour la durée du temps de travail : plus on passe d’heures à la tâche, moins l’on devient productif.

Cette même productivité sera d’autant plus entamée par les conséquences d’une insuffisance de sommeil : explosion des burn-out, maladies plus fréquentes, manque de lucidité, perte de motivation ou de créativité, etc. Autant de facteurs qui sont tout l’inverse que ce qu’un employeur pourrait souhaiter d’un salarié.

Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash

Le monde a besoin de repos

En définitive, l’être humain n’est, en outre, pas le seul à avoir besoin de repos. La planète, elle aussi, est à bout de souffle. Par voie de conséquence, laisser les gens respirer un peu plus longtemps, c’est donc également vertueux pour l’environnement.

Dormir n’est, d’autre part, pas une option, c’est une nécessité vitale, et par conséquent, un droit humain, tout comme manger ou boire. La liberté de se reposer a d’ailleurs toujours été l’une des composantes majeures des mouvements sociaux de travailleurs à travers l’Histoire. Dans ce cadre, pouvoir passer suffisamment de temps au lit ne devrait pas représenter un luxe ; et le bien-être devrait prévaloir indubitablement sur l’enrichissement économique de quelques-uns.

Simon Verdière


Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash

The post En finir avec le mythe du dirigeant qui dort peu first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

03.01.2026 à 16:09

Trump lance un coup d’État contre le Venezuela : le pays bombardé, Maduro enlevé

Simon Verdiere

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2025, l’administration Trump a lancé un coup d’État contre le Venezuela, bombardant le pays et enlevant le président Nicolas Maduro et son épouse. Une violation nette du droit international, qui intervient après 27 ans d’étranglement économique imposé au pays sud-américain. Le président américain a même annoncé la […]

The post Trump lance un coup d’État contre le Venezuela : le pays bombardé, Maduro enlevé first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (1358 mots)

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2025, l’administration Trump a lancé un coup d’État contre le Venezuela, bombardant le pays et enlevant le président Nicolas Maduro et son épouse. Une violation nette du droit international, qui intervient après 27 ans d’étranglement économique imposé au pays sud-américain. Le président américain a même annoncé la mise sous tutelle du pays.

En pleine nuit, les habitants de Caracas ont assisté à des attaques à peine croyables sur le territoire vénézuélien (qui auraient fait plusieurs morts selon les autorités), notamment à proximité de l’aéroport et d’une base militaire.

Dans la foulée, le président américain, Donald Trump, a fièrement revendiqué l’offensive sur son réseau « Truth Social », expliquant avoir exfiltré le dirigeant local. Il accusait ce dernier d’être à l’origine d’un gigantesque narcotrafic et avait même offert 50 millions de dollars pour sa capture.

Première réserve de pétrole au monde

Pourtant, dans les faits, cette intervention s’inscrit dans près de 27 ans de persécutions économiques et militaires de la part des États-Unis. Depuis l’avènement au pouvoir d’Hugo Chávez en 1999, Washington a multiplié les tentatives de coup d’État contre le Venezuela, notamment en 2002, puis après l’arrivée de Nicolas Maduro à la présidence en 2013.

Sous couvert de « combat pour la démocratie » ou de « lutte contre le narcotrafic », les États-Unis défendent avant tout leurs finances. En effet, avant le chavisme, Washington puisait allègrement dans les réserves de pétrole vénézuéliennes — les plus importantes au monde — via des sociétés privées. Or, Chávez avait nationalisé ces réserves, nuisant directement aux intérêts américains. Une décision que Washington, tous gouvernements confondus, n’a jamais digérée.

Des décennies de violation du droit international

Soutenues par la droite et l’extrême droite locales, ainsi que par l’ensemble des médias occidentaux de masse, les actions impérialistes des États-Unis envers Caracas — notamment des sanctions économiques dantesques qui ont fini par plonger le peuple dans la misère — violent pourtant le droit international.

De ce point de vue, la plupart des journaux mainstream n’ont jamais relevé le moindre problème dans ce comportement, se contentant de dépeindre le pays sud-américain comme une « dictature ». Point d’orgue de cette indécence : la désignation au prix Nobel de la paix de l’opposante d’extrême droite Maria Corina Machado, en octobre dernier.

Ces ingérences, menées notamment grâce à la CIA, n’ont d’ailleurs rien de nouveau venant des USA, déjà auteurs de plusieurs coups d’État en amérique latine, en particulier contre les gouvernements socialistes. Le plus célèbre étant sans doute celui du Chili en 1973 qui avait abouti à l’une des pires dictatures d’extrême droite, dirigée par Pinochet. Un scénario similaire reste d’ailleurs à craindre au Venezuela, surtout lorsque l’on connait la nature de l’opposition locale.

Trump annonce « diriger le pays » et y installer des entreprises pétrolières américaines

De son côte le président américain, dans une conférence de presse lunaire, n’a d’ailleurs pas caché ses intentions. Après avoir publié un cliché du président vénézuélien menotté et les yeux bandés, il a annoncé que ce dernier allait être jugé aux États-Unis. Or, Nicolas Maduro n’est pas américain et n’a commis aucun délit sur le sol américain ; ce procès n’a donc aucune légitimité.

Pas arrêté pour autant par ces considérations juridiques, le président d’extrême droite a assuré que les États-Unis vont « diriger le pays » en attendant un « changement de régime » et la prise de contrôle des réserves de pétrole. Une guerre impérialiste non dissimulée, digne des pires heures de notre Histoire.

Le gouvernement du Venezuela demande de résister

Même sans Nicolas Maduro, le gouvernement vénézuélien n’est pour l’instant pas encore officiellement tombé,bien que Donald Trump affirme prendre le contrôle du pays. Par l’intermédiaire de sa vice-présidente, Delcy Rodríguez, il a d’ailleurs communiqué et appelé au respect de la souveraineté nationale.

Dans un communiqué traduit par le journaliste Romain Migus, Caracas a ainsi condamné la « très grave agression militaire perpétrée par l’actuel gouvernement des États-Unis d’Amérique contre le territoire et la population vénézuélienne ». Elle a également rappelé que « l’objectif de cette attaque n’est autre que de s’emparer des ressources stratégiques du Venezuela, en particulier de son pétrole et de ses minerais ».

Appel à la révolte

En outre, un appel à la résistance a été lancé sur tout le territoire. Le gouvernement a ainsi demandé à « toutes les forces sociales et politiques du pays d’activer les plans de mobilisation et de condamner cette attaque impérialiste » en « descendant dans la rue ».

Des rassemblements ont ainsi lieu partout dans le pays et dans le monde, y compris en France, à Paris. Pour autant,Donald Trump ne compte pas en rester là et les conséquences pourraient être dramatiques à l’échelle du Venezuela et du monde entier.

– Simon Verdière

The post Trump lance un coup d’État contre le Venezuela : le pays bombardé, Maduro enlevé first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

02.01.2026 à 14:58

Crustacés, marché et forêts millénaires : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici les 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Le Royaume-Uni s’apprête à interdire l’ébouillantage des crustacés  Après avoir reconnu en 2021 que les homards, crabes et crevettes sont des êtres sensibles, le gouvernement britannique prépare une interdiction de l’ébouillantage à […]

The post Crustacés, marché et forêts millénaires : les 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (1082 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici les 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Le Royaume-Uni s’apprête à interdire l’ébouillantage des crustacés 

Après avoir reconnu en 2021 que les homards, crabes et crevettes sont des êtres sensibles, le gouvernement britannique prépare une interdiction de l’ébouillantage à vif pour 2030. Des méthodes d’abattage alternatives, jugées moins cruelles, devraient être imposées. La Suisse, la Norvège, l’Autriche et la Nouvelle-Zélande l’ont déjà proscrit. (Reporterre)

2. Dans ce marché, les clients choisissent le prix qu’ils paient

Dans les locaux de l’ancienne Manufacture des tabacs, dans un quartier populaire de Bergerac, aucun tarif n’est affiché au marché “des trois prix” : chacun donne selon ses moyens ou ce qu’il estime juste. Ce système solidaire permet l’accès à une alimentation de qualité tout en assurant l’équilibre économique du lieu. (Reporterre)

3. Des mobilisations pour sauver les forêts millénaires du Canada

Dans la forêt de Walbran, sur l’île de Vancouver, au Canada, militants, habitants et communautés autochtones s’opposent à des projets d’exploitation menaçant des forêts anciennes. Ils dénoncent la destruction d’écosystèmes irremplaçables, essentiels à la biodiversité et au climat. (La Relève et la Peste)

4. Les politiques écologiques urbaines s’installent durablement

Bio dans les cantines, pistes cyclables, rues aux écoles : dans de nombreuses grandes villes comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers, Grenoble ou Marseille, ces mesures ne sont plus remises en cause. Même les alternances politiques ne reviennent pas sur ces transformations. (Libération)

5. Une espèce disparue depuis un siècle réapparaît en Lot-et-Garonne

Sur les bords de la Garonne vers Agen, le castor d’Europe, absent des observations locales depuis près de cent ans, a été repéré le long d’un fleuve. Une redécouverte liée à l’amélioration progressive des milieux naturels. (Actu)

6. Des orangs-outans sauvés du trafic vont à l’école de la jungle

A l’Orangutan Information Centre (OIC), à Sumatra, en Indonésie, les orang-outans victimes du commerce illégal, vont ensuite à l’école de la jungle, suivre une longue réhabilitation pour réapprendre à se nourrir seuls, construire des nids et éviter les humains avant leur réintroduction. (Mongabay)

7. Un recensement inédit du léopard des neiges au Népal

397 individus léopards des neiges ont été recensés à travers sept régions montagneuses du Népal, avec une densité moyenne de 1,56 léopard pour 100 km². Une prouesse rendue possible grâce à des années de relevés de terrain. Menacé dans les 12 pays où il est présent. Ce recensement permet d’orienter les actions de protection, notamment dans les zones non protégées où subsistent encore de nombreux léopards des neiges. (WWF)

8. Le chauffage urbain va coûter moins cher à Paris

Au 1er janvier 2027, Dalkia remplacera Engie à la tête du réseau de chaleur parisien (décision validée le 17 décembre par le Conseil de Paris), via un contrat annoncé à 15 milliards d’euros sur 25 ans. La Ville annonce une baisse des tarifs en 2027 pour 69 % des usagers. (Journal du Geek)

9. Un label pour identifier le bœuf sans déforestation au Brésil

Un nouveau label reposant sur quatre niveaux de certification pour le bœuf sans déforestation a été lancé au Brésil. Si la filière bovine brésilienne ne l’a pas encore largement adopté, les entreprises devraient progressivement s’y engager à mesure que la demande de bœuf certifié BoT augmente chez les exportateurs. Un premier pas qui amènera sans doute à quelques critiques prochainement.  (Mongabay)

10. Un tribunal suédois bloque l’abattage de loups prévu pour 2026

En Suède, un tribunal administratif a suspendu un projet d’abattage de loups prévu pour 2026, estimant que les conditions légales n’étaient pas réunies pour justifier ces tirs. La décision rappelle que le loup est une espèce strictement protégée par le droit européen et que les autorités doivent démontrer l’absence d’alternatives et l’absence d’impact négatif sur l’état de conservation de l’espèce. (30 Millions d’Amis)

–  Mauricette Baelen

The post Crustacés, marché et forêts millénaires : les 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.
PDF

02.01.2026 à 14:57

Bernard Arnault, gobelets et CNews : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

 Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Bernard Arnault rachète Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche Le groupe LVMH (Bernard Arnault), a annoncé le rachat de Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche. Les rédactions dénoncent un “saut dans le […]

The post Bernard Arnault, gobelets et CNews : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.
Texte intégral (1435 mots)

 Vous n’avez pas eu le temps de lire l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Bernard Arnault rachète Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche

Le groupe LVMH (Bernard Arnault), a annoncé le rachat de Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche. Les rédactions dénoncent un “saut dans le vide” et expriment de fortes inquiétudes sur l’indépendance éditoriale et l’emploi. Reporters sans frontières et des syndicats de journalistes ont saisi la justice administrative et l’Autorité de la concurrence. (Reporterre)

2. Gobelets contenant du plastique : l’interdiction repoussée à 2030

L’interdiction des gobelets jetables contenant du plastique a été reportée à 2030. En effet, les gobelets en carton peuvent encore contenir jusqu’à 8 % de plastique. Les ministères de la Transition écologique et de l’Économie invoquent une non-faisabilité technique des alternatives, un argument contesté par Zero Waste France, qui rappelle que des solutions comme le réemploi et la recharge existent déjà. (Reporterre)

3. CNews : première chaîne d’information de France en 2025

En France, CNews arrive en tête des chaînes d’info en 2025 avec 3,4 % de part d’audience, devant BFM-TV à 2,8 %, selon Médiamétrie. C’est la première fois que la chaîne est seule leader sur une année complète, malgré une audience cumulée inférieure à celle de BFM-TV (45 millions contre 39 en décembre). (Le Monde)

4. A69 : la justice valide la poursuite du chantier

Le 30 décembre, la cour administrative d’appel de Toulouse a annulé les jugements du 27 février 2025 et rétabli les autorisations environnementales de l’autoroute A69 reliant Toulouse à Castres, autorisant ainsi la reprise du chantier. La cour estime que le projet répond à une raison impérative d’intérêt public majeur, notamment l’argument du désenclavement du bassin Castres–Mazamet. Les opposants annoncent un pourvoi en cassation. (Reporterre)

5. La Patagonie : un refuge climatique pour les ultra-riches

Sauve qui peut ! La Patagonie attire des Argentins aisés, des célébrités et des milliardaires étrangers en quête de refuges face au dérèglement climatique. La pression foncière s’accentue, avec des terres pouvant atteindre 300 000 dollars l’hectare, malgré une loi limitant la propriété étrangère à 1 000 hectares par personne et à 15 % des terres agricoles au niveau national. (La Relève et la Peste)

Avec toutes autorisations – Unsplash

6. Climat : un scénario de point de non-retour redouté par les scientifiques

En s’appuyant sur l’extinction massive du Permien Trias, des chercheurs montrent comment un réchauffement brutal peut entraîner l’effondrement des forêts, réduire la capacité de la planète à absorber le CO₂ et enclencher un emballement climatique durable. Selon cette étude, une fois certains seuils franchis, le système climatique peut rester bloqué dans un état chaud pendant des millions d’années, illustrant le risque d’un point de bascule irréversible si le réchauffement actuel se poursuit. (Futura Sciences)

7. Six mégabassines en Charente-Maritime : un projet contesté

En Charente-Maritime, le Syres 17, syndicat public de gestion de l’eau, prévoit la construction de six réserves de substitution destinées à l’irrigation agricole. Fortement critiqué en raison de ses impacts sur les cours d’eau, notamment dans le bassin-versant de la Boutonne, le projet se base sur un modèle économique jugé risqué pour les agriculteurs comme coûteux pour les finances publiques. (Mediapart)

8. Les magistrats ayant condamné Marine Le Pen dans le viseur de l’administration Trump

Aux États-Unis, l’administration de Donald Trump envisage des sanctions individuelles, dont des interdictions de visa. Les magistrats français ayant condamné Marine Le Pen en mars pourraient être ciblés, la Maison-Blanche attendant la décision de la cour d’appel avant d’agir. Cette stratégie s’inscrit dans une offensive politique contre la justice et l’État de droit, déjà illustrée par le cas de Thierry Breton, ancien commissaire européen privé de visa. (L’Humanité)

9. Une Soudanaise en exil dénonce les crimes contre les femmes et l’indifférence internationale

Exilée en France, la militante soudanaise Alaa Busati documente les violences massives contre les femmes depuis le début de la guerre au Soudan le 15 avril 2023, notamment les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre. Elle dénonce l’impunité des responsables, l’effondrement des services de protection et l’indifférence de la communauté internationale, alors que la population civile fait face à une crise humanitaire majeure. (Basta!)

10. Gaza : 37 ONG interdites d’exercer, alerte l’ONU

À Gaza, malgré l’accord de cessez-le-feu du 10 octobre, l’accès à l’aide humanitaire reste fortement restreint : 100 à 300 camions par jour entrent, loin des 600 prévus, selon les ONG et l’ONU. Depuis le 1er janvier, Israël prévoit en outre d’interdire l’activité de 37 organisations humanitaires internationales à Gaza et en Cisjordanie occupée. (L’Humanité)

– Mauricette Baelen

The post Bernard Arnault, gobelets et CNews : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.
PDF
6 / 10
 Persos A à L
Carmine
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
Lionel DRICOT (PLOUM)
EDUC.POP.FR
Marc ENDEWELD
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Michel LEPESANT
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Jean-Luc MÉLENCHON
MONDE DIPLO (Blogs persos)
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Thomas PIKETTY
VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
Michaël ZEMMOUR
LePartisan.info
 
  Numérique
Blog Binaire
Christophe DESCHAMPS
Louis DERRAC
Olivier ERTZSCHEID
Olivier EZRATY
Framablog
Tristan NITOT
Francis PISANI
Irénée RÉGNAULD
Nicolas VIVANT
 
  Collectifs
Arguments
Bondy Blog
Dérivation
Économistes Atterrés
Dissidences
Mr Mondialisation
Palim Psao
Paris-Luttes.info
ROJAVA Info
 
  Créatifs / Art / Fiction
Nicole ESTEROLLE
Julien HERVIEUX
Alessandro PIGNOCCHI
Laura VAZQUEZ
XKCD
🌓