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31.03.2026 à 06:00

Le blaireau, cet animal qui mérite un regard nouveau

Mr Mondialisation

En France, le terme blaireau désigne aussi bien un discret mammifère carnivore de la famille des mustélidés qu’une personne considérée comme stupide ou minable. Une polysémie qui a participé à la discréditation de cet animal de nos forêts. Avec l’aide de Yann Lebecel, fondateur de l’association Blaireau & Sauvage, tentons de lui apporter (enfin) le […]

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En France, le terme blaireau désigne aussi bien un discret mammifère carnivore de la famille des mustélidés qu’une personne considérée comme stupide ou minable. Une polysémie qui a participé à la discréditation de cet animal de nos forêts. Avec l’aide de Yann Lebecel, fondateur de l’association Blaireau & Sauvage, tentons de lui apporter (enfin) le respect qu’il mérite.

Avec son joli masque noir et blanc, le blaireau est un animal à l’apparence remarquable. Il est également discret, pacifique et mène sa vie généralement caché de l’homme – à croire qu’il a appris à s’en méfier. Pourtant, ce petit mammifère reste très mal connu du grand public et victime de nombreuses fausses idées. Il est également, chaque année, massacré en nombre par les chasseurs dans des conditions particulièrement cruelles.

Aujourd’hui, naturalistes et associations se battent pour réhabiliter l’image du blaireau. L’ASPAS a même lancé la Journée mondiale des blaireaux chaque 15 mai : une date symbolique qui correspond à l’ouverture de la saison complémentaire de son déterrage.

Avec l’aide de Yann Lebecel, naturaliste et fondateur de l’association Blaireau & Sauvage, nous avons cherché à en savoir plus sur ces discrets omnivores afin d’apprendre à mieux les protéger et les respecter. Entretien.

Depuis 25 ans, Yann Lebecel étudie le blaireau, notamment grâce à des pièges photographiques ©Yann Lebecel
Depuis 25 ans, Yann Lebecel étudie le blaireau, notamment grâce à des pièges photographiques ©Yann Lebecel

Mr Mondialisation : D’où vous vient votre passion pour le blaireau ?

Yann Lebecel : « Cela fait vingt-cinq ans que je m’intéresse à la faune sauvage, en devenant naturaliste de métier. Je suis très vite tombé amoureux du blaireau, même si je m’intéresse également au castor, au loup, au renard, etc. Dans les années 2000, lorsque je cherchais des informations sur la faune sauvage, je me tournais encore vers les livres. Il existait très peu d’ouvrages français à ce sujet, ou alors très succincts. L’un des plus riches d’alors était Mammifères sauvages d’Europe, du suisse Robert Hainard, qui s’avérait être à la fois philosophe, écrivain, dessinateur…

Dans cet ouvrage, le blaireau, cet animal à tête blanche rayée de noir, m’a intrigué. J’ai commencé les observations et les affûts, durant dix ans. C’était de l’observation pure, pour le plaisir. Puis j’ai voulu rapporter des images, notamment des vidéos. J’ai acheté un caméscope et ai commencé à m’investir dans des associations près de chez moi, en Lorraine. C’est vraiment là que j’ai découvert que le blaireau était peu connu. » 

Mr Mondialisation : Quand et pourquoi avez-vous créé l’association Blaireau & Sauvage

Yann Lebecel : « Je l’ai fondée en 2018, constatant qu’il y avait peu de dynamique autour du blaireau dans le milieu associatif. Blaireau & Sauvage suit trois objectifs principaux : mieux faire connaître l’animal car il souffre d’un a priori négatif, mieux le comprendre car il reste plein de choses à découvrir à son sujet, et enfin, mieux le protéger. »

Mr Mondialisation : Le blaireau est un animal mal connu et souvent mal aimé. La sémantique ne joue pas non plus en sa faveur. Comment expliquez-vous un tel désamour pour cet animal pourtant inoffensif ?

Yann Lebecel : « La bonne nouvelle, c’est qu’après m’être renseigné auprès d’un ami qui enseigne en collège, ses élèves ne connaissent même pas l’insulte. Elle tend donc à disparaître à mesure du temps ! Mais elle a tout de même créé un a priori négatif. Il existe également une confusion avec la moufette, connue pour pouvoir dégager une odeur nauséabonde.

« Lorsqu’ils sont chassés, les blaireaux sont terriblement stressés et acculés, développant naturellement des comportements de défense. Or c’est cette image « agressive » que retiennent et diffusent les chasseurs. » 

Le problème, c’est que la majeure partie des informations au sujet du blaireau viennent du monde de la chasse… et sont donc majoritairement négatives. Lorsqu’ils sont chassés, les blaireaux sont terriblement stressés et acculés, développant naturellement des comportements de défense. Or c’est cette image « agressive » que retiennent et diffusent les chasseurs.

Mais quand, avec l’association, nous en parlons autour de nous, les gens tombent souvent des nues car ils ne réalisent pas ce que l’animal incarne réellement. Certaines personnes, toutes générations confondues, ne le reconnaissent même pas sur une photo ! »

Mr Mondialisation : Le blaireau est un animal discret, difficile à observer. Vos images vous ont-elles aidé à mieux le cerner ?

Yann Lebecel : « Oui, photos comme vidéos. Le blaireau est un animal essentiellement nocturne, donc peu observé, d’autant qu’il n’est pas très grand : d’une hauteur d’environ 30 cm au garrot, il peut facilement se cacher dans les hautes herbes. Mais il peut très bien venir dans les jardins et se rapprocher des habitations. 

Le blaireau peut parfois être observé à proximité des habitations ©Yann Lebecel

La science a tendance à décrire des comportements stéréotypés et à faire entrer les animaux dans des cases, comme s’ils étaient des robots. Mais un individu ne fait pas l’autre ! Chez le renard par exemple, la femelle va déplacer ses jeunes par le cou. Chez le blaireau, on s’est aperçu que certains individus le faisaient aussi. En général, le blaireau ne déplace pas ses petits car il perçoit son terrier comme une forteresse. Aucun prédateur naturel ne va l’en faire sortir. Mais il y a l’homme… »

Mr Mondialisation : Manque-t-on de documentation pour l’observer, l’étudier et donc mieux le comprendre ?

Yann Lebecel : « Oui, mais ceci reste malheureusement valable pour la plupart des espèces, d’autant que nous manquons de données actualisées à leur sujet.

Il existe deux aspects principaux à connaître chez le blaireau, peu documentés : comportemental, et de densité de population. Les Britanniques observent beaucoup la question de la population, mais ce qui est étudié là-bas n’est pas forcément transposable ailleurs car l’aspect insulaire a un impact. Nous travaillons donc sur une estimation de densité à des échelles locales, mais les chiffres manquent car les informations des naturalistes peinent à se mutualiser et se croiser.

« Leur chasse et leur persécution ont clairement participé au comportement nocturne des blaireaux » 

Le même manque revient quant à la question du comportement. Nous savons que c’est un animal qui vit généralement en groupe de trois à cinq adultes, mais les interactions entre eux demandent plus d’observations. Par exemple, nous avons découvert que les blaireaux peuvent sortir en pleine journée.

Leur chasse et leur persécution ont clairement participé au comportement nocturne des blaireaux. Nous avons constaté qu’ils sortent plus tôt dans des territoires dépourvus de chasse. Mais c’est aussi parce que l’on manque d’informations qu’on ne sait pas tout sur ce comportement. Car, parce qu’on le pensait nocturne, nous avons limité l’observation diurne. Aujourd’hui, nous devons repenser nos méthodes d’observation. »

Contrairement à ce que les données scientifiques ont longtemps défendu, le blaireau sort également de son terrier en journée ©Yann Lebecel
Contrairement à ce que les données scientifiques ont longtemps défendu, le blaireau sort également de son terrier en journée ©Yann Lebecel

Mr Mondialisation : Le blaireau n’est pas classé ESOD (Espèce susceptible d’occasionner des dégâts), mais il est encore chassé…

Yann Lebecel : « Oui, par le biais d’une pratique appelée vénerie sous terre, communément appelée « déterrage ». Or, il s’agit d’une chasse de loisir, très cruelle. C’est une pratique qui fait elle-même débat au sein du milieu de la chasse.

La vénerie sous terre reste une chasse très confidentielle, qui crée un vrai malaise. Nous avons très peu d’informations à ce sujet : s’il est facile d’assister à une battue de sanglier ou de chevreuil, les veneurs ne veulent pas qu’on voit ce qu’ils font subir aux blaireaux.

Le terrier des blaireaux est un labyrinthe de galeries et de chambres. Les chasseurs y envoient leurs chiens, qui vont acculer un ou plusieurs blaireaux en aboyant. Les veneurs creusent ensuite d’énormes trous, par lesquels ils saisissent les blaireaux avec des pinces et les tuent. Un acharnement qui peut durer une demi-journée, voire une journée, et qui cause un stress inouï à l’animal. Les chiens en reviennent souvent blessés car évidemment, les blaireaux ne se laissent pas faire… » 

Mr Mondialisation : Quels sont les arguments avancés par les chasseurs pour justifier la traque des blaireaux ?

Yann Lebecel : « La chasse au blaireau reste un loisir, car il n’est pas classé ESOD ni consommé pour sa viande. Évidemment, les chasseurs cherchent arguments et excuses. Mais en analysant ce cas de façon rigoureuse, on s’aperçoit qu’ils basent leurs prétextes sur des a priori et de vieilles connaissances, comme les dégâts dans les cultures. Or, c’est un argument presque exclusif des chasseurs, car la plupart des agriculteurs ne s’en plaignent pas du tout. Les plaintes ne sont d’ailleurs pas plus fortes dans les zones françaises non chassées. En Belgique, où il est protégé, le blaireau fait vingt-quatre fois moins de dégâts que le sanglier…

Un autre argument est lié au maladies qu’ils peuvent véhiculer, comme la tuberculose bovine. Un mal assez terrible pour les éleveurs, mais très localisé car il touche moins de 0,1% des élevages. Si le blaireau peut localement entretenir la maladie dans des zones déterminées, ailleurs, l’animal est sain. Sur les zones touchées, notamment le Sud, la vénerie est interdite car il existe un risque de transmission au chien. Au-delà de ces zones, l’ANSES a précisé qu’il n’y avait pas lieu de réguler préventivement. En 2024, 20 % des cas de tuberculose se situaient en Corse, or… il n’y a pas de blaireau en Corse !

Le blaireau est victime de fausses croyances, qui poussent à une chasse inutile et cruelle ©Yann Lebecel
Le blaireau est victime de fausses croyances, qui poussent à une chasse inutile et cruelle ©Yann Lebecel

Un autre argument ressassé est que le blaireau n’a pas de prédateur naturel et donc que c’est à nous de le réguler. C’est un raisonnement simpliste proche des images de chaînes alimentaires vues à l’école… L’auto-régulation vient d’ailleurs, notamment des maladies. Sans oublier la cause humaine avec la mortalité routière

L’espèce reste plutôt bien représentée en France, malgré une dynamique de renouvellement assez lente. Heureusement, la vénerie n’a pas d’impact fort sur les populations. Et si vraiment, tuer des blaireaux s’avérait un jour nécessaire, il existe d’autres méthodes beaucoup moins barbares et nettement plus efficaces que celle du déterrage. »

Mr Mondialisation : Que faudrait-il changer, d’un point de vue légal et/ou sociétal, pour cesser de chasser sans raison le blaireau ?

Yann Lebecel : « Notre réglementation est complexe. Il existe deux périodes de chasse : l’ouverture générale du 15 septembre au 15 janvier, et la période complémentaire dès le 15 mai. C’est souvent là que la plupart des blaireaux sont déterrés, or c’est également la période d’élevage des jeunes : en tuant les adultes, on condamne les blaireautins qui ne peuvent encore se débrouiller seuls. Beaucoup d’associations travaillent à limiter ces périodes, et y arrivent ! La justice se rend compte que les arguments des chasseurs ne tiennent pas, sans chiffres ni données fiables.

Avec son beau masque noir et blanc, le blaireau est un animal particulièrement photogénique ©Pixabay

Mais la question de l’abolition totale est purement politique, et non idéologique. On sait aujourd’hui que les protecteurs du blaireau ont raison, et sa chasse est en perte de vitesse. Certains équipages l’arrêtent. Mais c’est loin d’être gagné côté politique ! »

Mr Mondialisation : Quels outils proposez-vous pour mieux comprendre et respecter cet animal ?

Yann Lebecel : « Tout d’abord, en parler car « on ne protège que ce qu’on connaît ». Mais au-delà de l’échelle individuelle, il y a une grosse part de politique derrière. À titre d’exemple, lorsqu’elle était députée, Barbara Pompili avait co-signé un courrier demandant au ministre de l’écologie d’alors d’arrêter la vénerie. Mais elle n’a rien fait une fois devenue elle-même Ministre, ce qui démontre le poids du lobby de la chasse dans la balance…

« C’est un animal très sympathique, très photogénique, et vraiment formidable à observer. »

Mais n’oublions pas de parler aussi du blaireau par le biais de l’aspect contemplatif ! Il faut s’y intéresser par ses aspects biologiques, naturalistes, esthétiques : de façon positive. Comme le disait Robert Hainard, le blaireau est « un culte de l’ours ramené aux dimensions de notre modeste nature ». En effet, il possède l’allure d’un ourson. C’est un animal très sympathique, très photogénique, et vraiment formidable à observer. » 

–  Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : ©Yann Lebecel

 

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30.03.2026 à 06:00

Enquête : la famille Sander au cœur du lobby agricole industriel

Simon Verdiere

Tout écologiste sait que le lobby de l’agrobusiness bénéficie de relais extrêmement puissants au sein des pouvoirs publics français et européens. Peu ont, cependant, entendu parler de la famille Sander, véritable baronnie au service de l’agriculture chimique. Du père, Jean-Marie, ex-dirigeant du Crédit Agricole SA entre 2010 et 2015, à la fille, Anne, ancienne députée […]

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Texte intégral (2192 mots)

Tout écologiste sait que le lobby de l’agrobusiness bénéficie de relais extrêmement puissants au sein des pouvoirs publics français et européens. Peu ont, cependant, entendu parler de la famille Sander, véritable baronnie au service de l’agriculture chimique.

Du père, Jean-Marie, ex-dirigeant du Crédit Agricole SA entre 2010 et 2015, à la fille, Anne, ancienne députée européenne, en passant par le fils, Frank, vice-président de la FNSEA, l’influence du clan Sander sur le milieu paysan et politique semble tentaculaire. Zoom sur ces liens dangereux pour la démocratie.

Agriculture, banque et politiques main dans la main

Si les médias ont beaucoup évoqué le sénateur Laurent Duplomb pour sa fameuse loi destinée à faire réautoriser certains néonicotinoïdes, ces célèbres pesticides responsables de dégâts dévastateurs pour la biodiversité, ils ont beaucoup moins parlé du cas de Frank Sander, qui a pourtant joué un rôle crucial dans l’affaire.

Car cette loi, même si elle a été en partie censurée, ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un rapport de force structuré par le syndicalisme de l’agrobusiness et surtout la filière betteravière. Or, Frank Sander est un véritable baron dans le domaine en sa qualité de vice-président de la FNSEA, mais aussi de président de la Confédération Générale des Planteurs de Betteraves.

Les pesticides dont il était question ici sont, en effet, largement employés dans les exploitations industrielles de betteraves et ils bénéficient évidemment au secteur du sucre qui en découle. Derrière ces structures, se cache donc un réseau d’influence articulé autour de l’intérêt de grandes entreprises et de financiers. Et pour comprendre pourquoi les néonicotinoïdes reviennent toujours par la fenêtre, il faut regarder qui tient le gouvernail de cette machine.

Le mythe du petit agriculteur

À l’image de nombreux responsables de la FNSEA, Frank Sander aime répéter qu’il défend les exploitations modestes, comme en avril 2024, lorsqu’il déclarait devant l’Assemblée nationale que les normes  favorisent « l’agrandissement des fermes », regrettant que l’on soit en train de « tuer le petit modèle d’agriculture familiale ».

Et pourtant, l’Alsacien est à la tête d’un domaine de pas moins de 150 hectares à Ohlunger, dans le Bas-Rhin. Il y cumule cultures de betteraves, maïs, houblon et blé. Sans compter sur ses activités lucratives dans les secteurs de la méthanisation et du photovoltaïque.

De ce fait, si l’on ajoute les revenus de ses divers mandats, notamment en se basant sur les salaires réputés conséquents des dirigeants de la FNSEA, il ne fait aucun doute que Franck Sander perçoit bien plus de dix mille euros par mois. Des profits très éloignés de la moyenne des agriculteurs, dont la surface médiane des exploitations s’élevait en 2020 à seulement 54 hectares, et dont la rémunération médiane par ménage avoisinait les 1800 €.

Des intérêts divergents

À l’image de l’ensemble des dirigeants de la FNSEA, on comprend donc très aisément que les intérêts d’une famille comme celle des Sander ne sont pas exactement ceux des petits paysans qu’elle prétend défendre.

De fait, comme l’expliquait déjà Mr Mondialisation dans un précédent article, le problème des exploitations agricoles ne réside pas dans les « normes » que Franck Sander appelle à « simplifier », mais bien dans un système capitaliste fait pour avantager les plus gros au détriment des plus modestes.

Au service de l’agrochimie

Et c’est précisément ce système qui est défendu par la FNSEA, puisqu’il permet aux plus gros de s’enrichir toujours plus en libéralisant la profession. Lutter pour la réintroduction de pesticides dangereux pour la biodiversité, ce n’est alors en aucun cas un combat pour les petites exploitations, mais bien un moyen d’engendrer encore plus de profits pour les « super-fermes ».

Et pour nourrir cette soif de productivisme effréné, l’agriculteur ne voit pas d’autres solutions qu’un apport chimique massif. Comme le rapportait le Nouvel Obs, Sander déclarait ainsi :

« on a tout essayé, les alternatives aux néonicotinoïdes n’existent pas si on veut produire au niveau du marché mondial. »

La confédération générale des planteurs de betteraves, que Sander dirige, ne se cache d’ailleurs pas d’être intimement liée aux plus grandes entreprises de pesticides, comme Bayer ou BASF. Sur le site du syndicat, ces « partenaires » sont même fièrement affichés.

Les partenaires affichés sur le site de la CGPB

Un lobbying actif

Et pour l’aider à défendre son parti, Franck Sander peut bien sûr compter sur la droite et l’extrême droite du spectre politique, à l’image du sénateur Duplomb, lui-même en large conflit d’intérêts.

Plus loin, même, sa propre sœur, Anne Sander, a d’ailleurs généreusement pris sa part dans ce combat, puisqu’elle a elle-même été députée européenne « Les Républicains » entre 2014 et 2024. Ardente partisane du productivisme et des pesticides, elle a grandement milité en faveur de néonicotinoïdes et faisait partie de ceux et celles qui ont encouragé la prolongation de l’autorisation du glyphosate dans l’UE.

Juge et partie ?

Et les conflits d’intérêts ne s’arrêtent pas là, puisque Franck Sander est également président du conseil d’administration de FranceAgriMer. Or, cet organisme d’État a pour mission de gérer et répartir des aides publiques destinées aux filières agricoles.

Il supervise des plans de soutien, des dispositifs de crise et des financements pour l’innovation, en lien direct avec les priorités fixées par la France et l’Union européenne. C’est, par exemple, lui qui pouvait être chargé de trouver des alternatives aux néonicotinoïdes.

La question des fonds publics

Bien que Franck Sander n’attribue pas les aides lui-même, son rôle lui donne malgré tout une position centrale dans l’orientation des politiques agricoles. FranceAgriMer a d’ailleurs bien mis en place des indemnisations pour le secteur de la betterave en 2023.

Lorsqu’une même personne représente une filière professionnelle et participe à l’instance qui encadre la distribution de fonds publics, la question de l’équilibre et de l’indépendance peut en effet légitimement être posée. Il est, en outre, extrêmement problématique qu’un responsable de cet organisme dise que l’on a « tout essayé » tandis que des recherches sont toujours en cours.

Des alternatives existantes

Et de fait, malgré les déclarations de Franck Sander qui assure se placer du côté de la « science, rien que la science », il y a bien des alternatives aux néonicotinoïdes vantés par le baron de la betterave. Hervé Jactel, ingénieur agronome, directeur de recherche à l’INRAE, expert auprès de l’ANSES et de l’EFSA, et auteur d’une analyse sur le sujet, l’affirmait d’ailleurs haut et fort dans le média Natura Sciences.

D’après une étude menée par le spécialiste, il existerait d’autres moyens dans « 96 % des cas » d’usage des néonicotinoïdes. Il assure même que « dans 78 % des cas, au moins une alternative non chimique est déployable ». Parmi les nombreuses solutions, il évoque, par exemple, l’introduction d’espèces « prédatrices des insectes ravageurs », des « composés olfactifs naturels », des « pièges », de « l’argile », ou encore des « associations ou des rotations végétales ».

Une nécessaire bifurcation

Des solutions cependant rejetées par les grands exploitants, comme Franck Sander, puisque celles-ci demanderaient sans doute plus de temps et d’argent face à l’immédiateté des néonicotinoïdes. Et pourtant, sur le long terme, la préservation de la biodiversité et des sols reste indispensable à l’agriculture ; le modèle chimique n’étant absolument pas viable pour le vivant, et donc pour l’être humain.

Il est même possible d’aller plus loin, en sortant d’une logique productiviste et en acceptant des pertes. D’autant plus que la France est déjà le premier manufacturier de sucre d’Europe et qu’elle en fabrique bien plus qu’elle n’en a besoin. Dans ce contexte, vouloir toujours plus augmenter les rendements n’a aucun sens, d’autant plus lorsque l’on sait les ravages que cette denrée peut engendrer d’un point de vue médical.

De quoi repenser l’intégralité de notre modèle agricole en priorisant la biodiversité, la santé humaine et la qualité de nos terres afin d’assurer un avenir serein aux futures générations, et ce, même si cela doit passer par la réorganisation de nos subventions publiques et la reconversion de certains travailleurs. Pour autant, il demeurera impossible d’aller dans cette voie tant que notre politique alimentaire restera guidée par une logique de profits avant celle de l’intérêt général.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Image libre de droits / Rawpixel

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28.03.2026 à 08:35

Beagles, foie gras et tribu : les 10 bonnes nouvelles

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bones nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. Des militants libèrent 22 beagles d’un élevage d’expérimentation Des militants ont libéré 22 beagles d’un centre lié à l’expérimentation animale, dénonçant des actes de cruauté, dont des opérations sans anesthésie. Plusieurs activistes ont été […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bones nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

Des militants libèrent 22 beagles d’un élevage d’expérimentation

Des militants ont libéré 22 beagles d’un centre lié à l’expérimentation animale, dénonçant des actes de cruauté, dont des opérations sans anesthésie. Plusieurs activistes ont été arrêtés, tandis que des milliers de chiens resteraient encore enfermés dans ces installations (World Animal News)

New York autorise l’interdiction du foie gras après des années de bataille judiciaire

La ville de New York peut désormais interdire la vente de foie gras, en raison des pratiques de gavage jugées cruelles. L’entrée en vigueur reste suspendue à des recours, dans un conflit entre bien-être animal et intérêts économiques (Time Out)

Une tribu autochtone restaure des terres ravagées par la pollution minière

Après un siècle de contamination, la Quapaw Nation a dépollué ses sols et relancé une agriculture productive. Ce projet mené localement a permis de recréer des écosystèmes viables et de renforcer l’autonomie économique de la communauté (The Guardian)

Des pêcheurs rémunérés pour retirer les déchets plastiques en pleine mer

À Hawaï, un programme paie les pêcheurs pour récupérer filets et déchets avant qu’ils n’atteignent les côtes ou la faune marine.Cette approche transforme une activité économique en levier direct de protection des océans (Good News Network)

Des loutres recolonisent une région après avoir disparu pendant des décennies

Disparues à cause de la pollution et de la chasse, les loutres reviennent dans les Grands Lacs grâce à des programmes de réintroduction et à l’amélioration de l’eau. Leur présence indique un rétablissement des écosystèmes, malgré des menaces persistantes comme les polluants chimiques (Rewilding Magazine)

Des rapaces autrefois menacés recolonisent les Alpes grâce à la protection

Des espèces comme le gypaète barbu et le milan royal réapparaissent dans les Alpes suisses après avoir été presque éradiquées. Ce retour est le résultat de décennies de conservation et témoigne d’un équilibre écologique retrouvé (RTS)

Un rapace disparu localement revient après 30 ans mais reste très fragile

Dans les Pyrénées-Orientales, deux couples d’aigles de Bonelli se sont réinstallés après des décennies d’absence. L’espèce reste en danger et dépend d’une surveillance étroite en raison de sa reproduction incertaine. (France 3 Régions)

La justice bloque une mesure jugée dangereuse pour les zones humides

Le Conseil d’État a annulé un texte facilitant la création de plans d’eau au détriment des zones humides. La décision renforce la protection environnementale face aux pressions agricoles. (La Relève et la Peste)

Un centre scientifique vise à restaurer un écosystème lagunaire dégradé

Un complexe de recherche sera construit près du Mar Menor pour étudier et protéger les espèces locales. Il doit permettre d’améliorer les connaissances et guider les politiques de restauration écologique. (Onda Regional de Murcia)

Les fortes pluies améliorent nettement les réserves d’eau souterraine

Les nappes phréatiques en France ont été fortement rechargées après des précipitations importantes, avec une majorité de niveaux au-dessus des normales. Cette amélioration reste dépendante des conditions climatiques à venir. (La Relève et la Peste)

* Visuel de couverture : Unsplash

–  Mauricette Baelen

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28.03.2026 à 08:34

VSS, Meta et Stérin : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne pas manquer cette semaine. Des élus accusés de violences sexuelles et sexistes (VSS), élus aux municipales Onze candidats mis en cause dans des affaires de violences sexistes et sexuelles, dont François Bayrou ou Damien Abad, ont été élus ou sont […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne pas manquer cette semaine.

Des élus accusés de violences sexuelles et sexistes (VSS), élus aux municipales

Onze candidats mis en cause dans des affaires de violences sexistes et sexuelles, dont François Bayrou ou Damien Abad, ont été élus ou sont arrivés en tête au premier tour des municipales 2026. (Bon Pote)

Meta condamné pour exploitation de mineurs

Meta a été condamné à 375 millions de dollars d’amende par un jury du Nouveau-Mexique pour avoir trompé sur la sécurité de ses plateformes et permis des abus, dont l’exploitation sexuelle d’enfants. Le groupe conteste la décision et prévoit de faire appel (The Guardian)

Un milliardaire accusé de promouvoir un agenda d’extrême droite

Pierre-Edouard Stérin est présenté comme finançant et soutenant des réseaux d’extrême droite en France, avec un programme anti-social et conservateur. Il défend notamment des positions radicales comme l’interdiction de l’avortement et influence des acteurs politiques et médiatiques (La Relève et la Peste)

Nestlé accusé d’avoir dissimulé des preuves dans l’affaire des décharges sauvages

Nestlé est accusé d’avoir caché des analyses et une note interne contredisant ses déclarations niant toute pollution lors d’un procès pour décharges illégales. Des documents obtenus montrent que des éléments importants n’ont pas été transmis à la justice (Mediapart)

Trump reporte son ultimatum contre l’Iran

Donald Trump repousse de cinq jours son ultimatum menaçant l’Iran, évoquant des discussions en cours non confirmées par Téhéran. Ce revirement intervient dans un contexte d’escalade militaire (FranceInfos)

Tensions persistantes au Moyen-Orient

Malgré des ouvertures diplomatiques américaines, Israël intensifie ses opérations au Liban contre le Hezbollah. À Gaza, des frappes continuent malgré un cessez-le-feu fragile (La Presse)

Percée du RN dans le bassin minier

Le Rassemblement national passe de 2 à 14 mairies dans le Pas-de-Calais après les municipales de 2026. Cette progression s’explique par l’usure des équipes sortantes et son ancrage local (Mediacités)

L’IA s’invite dans les jouets, des inquiétudes émergent

Mattel s’associe à OpenAI pour intégrer l’IA dans les jouets, un marché en forte croissance. Des experts alertent sur les risques pour le développement des enfants (La Brèche)

Des infirmières sans salaire en pleine crise

Les infirmières de l’association Asalée ne sont plus payées depuis janvier malgré la poursuite des soins. Un conflit avec l’Assurance maladie a conduit à une mobilisation nationale (Altermidi)

Alerte sur la contamination au cadmium

L’alimentation est la principale source d’exposition au cadmium en France, notamment via les produits céréaliers liés aux engrais phosphatés. L’Anses alerte sur des risques sanitaires à long terme (Vert)

* Photo de couverture : wikicommons

– Mauricette Baelen

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27.03.2026 à 17:00

Porcherie industrielle à Vassivière : menace sur les lacs, les habitant·es et leurs activités

Mr Mondialisation

L’association FUTUR dénonce le projet de porcherie intensive de Royère-de-Vassivière, pointant des risques majeurs de pollution pour les lacs environnants et le tourisme local. [Temps de lecture estimé : ~ 11 min] Le plateau de Millevaches est-il en passe de devenir une nouvelle terre d’industrie porcine ? À Royère-de-Vassivière, le projet d’installation de 1200 cochons […]

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L’association FUTUR dénonce le projet de porcherie intensive de Royère-de-Vassivière, pointant des risques majeurs de pollution pour les lacs environnants et le tourisme local.

[Temps de lecture estimé : ~ 11 min]

Le plateau de Millevaches est-il en passe de devenir une nouvelle terre d’industrie porcine ? À Royère-de-Vassivière, le projet d’installation de 1200 cochons par la coopérative Cirhyo suscite une levée de boucliers sans précédent. Entre menaces sur la qualité des eaux de baignade, épandages de lisier à proximité de sites Natura 2000 et opacité des procédures administratives, la colère gronde chez les habitant·es et les défenseurs de l’environnement.

Pour comprendre les enjeux de ce dossier qui dépasse les frontières de la Creuse, nous avons rencontré Louis, chargé d’enquêtes pour l’association FUTUR. Spécialisée dans la sensibilisation et la médiatisation des scandales écologiques et animaliers, l’organisation apporte aujourd’hui son expertise technique et juridique au collectif local Non à la porcherie du lac.

Vue aérienne du lac de Vassivière – Wikipedia

Mr Mondialisation : Pouvez-vous vous présenter et présenter votre association, son rôle et ses actions sur le territoire ?

Louis : « Bonjour, je suis Louis, tout nouveau chargé d’enquêtes chez FUTUR. FUTUR est une association de production audiovisuelle qui encourage un changement culturel quant à la perception qu’on peut avoir des animaux non-humains.

Nous produisons des contenus de sensibilisation et nous sommes fréquemment appelés par des particuliers ou d’autres associations qui souhaitent enquêter ou médiatiser des scandales animaliers c’est notre versant le plus connu.

Mais nous avons aussi des aspects plus positifs, comme le projet des sanctuaires du Futur pour la démocratisation de l’adoption des animaux de ferme, et un réseau, de centaines de militant·es dans toute la France qui se rencontrent et aident sur tous ces projets. »

Louis, association FUTUR

Mr Mondialisation : Pouvez-vous expliquer en quoi consiste ce projet d’élevage porcin à Royère-de-Vassivière et pourquoi votre association s’y oppose ?

Louis : « Le projet industriel porcin de Royère-de-Vassivière ressemble malheureusement à beaucoup d’autres : 1200 cochons dans 1000 m2, c’est même assez petit par rapport à ce qu’on peut voir par exemple dans l’ouest.

Mais c’est un prémisse : la coopérative Cirhyo aborde agressivement ce territoire, et n’hésite pas à faire pression en rassemblant des gros bras lors de réunions publiques. Les breton·nes qui ont vu l’écologie de leur territoire détruite par cette filière tirent la sonnette d’alarme pour que cela n’arrive pas à d’autres régions. »

Mr Mondialisation : Pourquoi ce projet vous semble-t-il particulièrement problématique pour le territoire du Lac de Vassivière ?

Louis : « La réponse est dans la question : on parle carrément d’épandages de lisier autour non pas d’un lac, mais de trois lacs de la région. Le lac de Vassivière, celui de la Vaud-Gélade et le lac de Faux. »

Mr Mondialisation : Quels sont selon vous les principaux risques environnementaux liés à cet élevage intensif ?

Louis : « Les risques environnementaux sont multiples, et déjà présents, sur un site ayant pourtant de nombreuses zones protégées Natura 2000.

Nous avons eu quelques entretiens avec Vincent Magnet, ingénieur et spécialiste de la gestion des eaux et vrai passionné de ce territoire, qui observe une dangereuse acidification du plateau de Millevaches au moins depuis dix ans, ainsi que la dégradation de nombreux autres paramètres environnementaux, alors que les projets d’ouverture et d’extension d’élevages sont acceptés sans sourciller par la préfecture qui reconnaît pourtant que la pollution des élevages est réelle. »

Mr Mondialisation : Craignez-vous un impact sur la qualité de l’eau et les zones humides du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin ?

Louis : « C’est naturellement la première conséquence et malheureusement pas la dernière : en polluant l’amont de ces trois lacs, déjà saturés par le lisier bovin – dont une partie provient par ailleurs du même groupe d’exploitants, la GAEC du Villard – la nature même de ce sol montagneux laisse filer assez directement une double pollution à l’azote et au phosphore vers les milieux humides.

Le lisier porcin est hautement plus riche que le lisier bovin et dégradera d’autant plus le milieu, surtout que les volumes sont importants pour l’endroit. »

Élevage industriel de porcs – Unsplash

Mr Mondialisation : Que reprochez-vous précisément à la procédure administrative utilisée pour instruire ce dossier ?

Louis : « La GAEC du Villard a de drôles de façon de procéder – ayant d’abord annoncé l’enregistrement de son projet quand une étude environnementale lui a été demandée, elle revient finalement en force… avec tout un plan économique préparé par Cirhyo, et plein de pièces complémentaires bâclées.

Comme un plan d’épandage plein de fautes d’orthographes, qui s’amuse à mesurer parcelle par parcelle le taux de pollution admissible en essayant de toujours rester en-dessous – sauf que dans le cas présent, les trois lacs se rejoignent et que toute cette pollution massivement distillée finira quand même par se concentrer jusqu’à des endroits fort éloignés. »

Mr Mondialisation : Pourquoi estimez-vous que la concertation autour de ce projet a été insuffisante ?

Louis : « Légalement, la procédure est encadrée, et la concertation est d’ailleurs en cours ! N’hésitez pas à contribuer, d’où que vous veniez, en envoyant un mail à la préfecture, on vous explique tout sur notre site. Mais l’aspect légal est un peu décevant pour les habitant·es du territoire… »

« Depuis le remembrement des terres promu par les syndicats agricoles, on voit beaucoup de très gros exploitants multi-propriétaires qui sacrifient la qualité de vie de tous pour leur seul profit. »

Mr Mondialisation : Selon vous, quels acteurs auraient dû être consultés dans ce dossier ?

Louis : « Les conséquences de ce projet franchissant les frontières du département (le lac de Vassivière étant à cheval entre la Creuse et la Haute-Vienne), il est étonnant que la consultation publique ne se limite qu’à trois communes creusoises.

Par ailleurs, alors que plusieurs installations d’EDF sont en aval, du barrage de Vassivière jusqu’à la centrale de Civaux, le fournisseur d’électricité n’était pas au courant de ce projet, et n’est pas en capacité de produire une étude d’impact sur la durabilité de ses ouvrages exposés – une compétence qui relève de la préfecture. »

« Plutôt que l’économie de dépenses du contribuable en éventuels frais de maintenance, la préfecture a choisi de faire des économies administratives en ignorant splendidement le sujet. »

Mr Mondialisation : Quelles pourraient être les conséquences pour l’économie touristique autour du Lac de Vassivière ?

Louis : « Le lac de Vassivière accueille 15 0000 visiteurs par an, et a investi dans un objectif de doubler l’affluence. La région est d’ailleurs en train d’achever le nouveau système d’épuration pour un coût total de 8 millions d’euros, car la qualité des eaux de baignade laisse parfois à désirer

Je me demande quelle tête a fait le président de région, par ailleurs habitué des lieux, lorsqu’il a appris qu’on allait étendre du lisier en amont de ce nouvel investissement prometteur.

Par ailleurs, des épandages de lisier sont prévus autour du tracé du GR46 sur une belle portion, des deux côtés du sentier, et le clou : l’élevage est prévu pour s’installer à proximité directe de gîtes accueillant des enfants à la semaine pour des colonies de vacances. Je ne suis pas sûr que la destination plaise autant à l’avenir ceci dit… »

Panorama sur une partie du lac, bateaux et embarcations au port. – Wikipedia

Mr Mondialisation : Comment les habitant·es et les élus locaux réagissent-ils à ce projet ?

Louis : « Le collectif Non à la porcherie du lac, géré par des locaux, a été notre principale source d’informations, ainsi que d’autres habitants non affiliés, des politiques – toutes tendances confondues, des voisin·es…

« Il est difficile de trouver des habitant·Es sacrifiant leur territoire avec le sourire principalement au profit d’une coopérative basée dans un autre département. »

Lors de la précédente réunion publique, les principales voix pour le projet étaient… des dizaines d’agriculteur·ices syndiqué·es de la coopérative et d’ailleurs, venu·es de toute la région, pour mettre la pression aux habitant·es en les forçant à se presser pour leur juteux business. »

Mr Mondialisation : Quelles actions votre association a-t-elle engagées jusqu’à présent ?

Louis : « Nous disposons de quelques militant·es à proximité, mais notre action n’est pas tellement locale – le terrain appartient aux habitant·es concernés, ainsi que l’initiative de la lutte.

Notre façon de procéder sur cette affaire est double :

  •  comprendre tous les ressorts du projet pour faire de la communication ciblée – non médiatisée – auprès des victimes potentielles, qu’il s’agisse d’entreprises, d’organismes de gestion des territoires, d’instances étatiques de diverses degrés… pour rassembler des alliés de poids contre le projet.

« L’espoir est que le projet marche sur les pieds de quelqu’un de suffisamment important, AINSI le préfet respecterait la prise de contact. »

  •  assister à la médiatisation de plus grande ampleur, en relançant régulièrement les médias régionaux sur cette problématique, et en essayant de faire connaître au plus possible la consultation publique.

Nous proposons par ailleurs l’assistance de notre avocat, maître Pierre Pelissier, qui apporte conseils et aide à monter les recours. »

Mr Mondialisation : Envisagez-vous d’autres mobilisations ou des recours juridiques ?

Louis : « La question d’une mobilisation est à l’étude, et si elle se fait devant la préfecture nous pourrons aider à faire grossir les rangs mais la façon qu’ont nos adversaires de se mobiliser face à ce type d’initiatives nous préoccupe un peu – bien qu’elle soit loin de nous décourager.

Par ailleurs, nous nous tenons prêt·es pour d’éventuels recours, si cette folie persiste et que le projet passe à travers les lignes du bon sens. »

Mr Mondialisation : Qu’attendez-vous désormais des autorités concernant ce projet ?

Louis : « Depuis que je m’intéresse au sujet, je pense que peu d’argumentaires contre l’ouverture d’un élevage ont pu être si diversifiés au regard des problématiques qu’il suscite. L’opposition populaire sur place est présente depuis le début et largement majoritaire. Alors si ce projet délirant et égoïste réussit, quelle est notre possibilité, nous citoyen·nes, de nous défendre contre d’autres projets destructeurs montés par des industriels avides ? »

 – Propos recueillis par Mauricette Baelen


Photo de couverture : Plateau de Millevaches ©Wikipédia 

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26.03.2026 à 17:00

Réseau Atlas : la toile d’influence que la complosphère préfère ignorer

Mr Mondialisation

Si la sphère complotiste ne manque pas d’imagination pour inventer toute sorte de théories farfelues, elle semble cependant bien moins s’attarder sur des sujets réels et documentés, pourtant souvent ignorés du grand public. C’est le cas, par exemple, du réseau Atlas, véritables conglomérats de think tanks libertariens américains clairement orientés vers l’extrême droite. Un réseau […]

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Texte intégral (1248 mots)

Si la sphère complotiste ne manque pas d’imagination pour inventer toute sorte de théories farfelues, elle semble cependant bien moins s’attarder sur des sujets réels et documentés, pourtant souvent ignorés du grand public. C’est le cas, par exemple, du réseau Atlas, véritables conglomérats de think tanks libertariens américains clairement orientés vers l’extrême droite. Un réseau qui ne cesse d’étendre son influence, notamment en France.

[Temps de lecture estimé : ~ 4 min]

Comme le révélait l’observatoire des multinationales dès 2024, l’extrême droite mondiale bénéficie de nombreux soutiens financiers à travers le globe et s’avère être la dernière carte systématiquement jouée par la machine capitaliste lorsqu’elle entre en crise. Dans ce cadre, le réseau Atlas agit en sous-marin pour orienter le débat public et l’agenda politique dans le monde entier.

Une machine d’influence idéologique mondialisée

Derrière le réseau Atlas se cache un tissu impressionnant de think tanks défendant les thèses libertariennes. Ce courant ultralibéral, souvent lié aux sphères d’extrême droite, prône la réduction la plus poussée du rôle de l’État au profit du marché, mais aussi des idées antisociales et climatosceptiques.

Né aux États-Unis en 1981, ce réseau coordonne ainsi près de 600 groupes de réflexions à travers le monde avec un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars. Et derrière ces fonds, on retrouve sans surprise de très grosses entreprises ayant tout intérêt à l’avènement de ces théories. On y compte, par exemple, des industriels du pétrole, du tabac ou encore du médicament. Et ces investissements restent bien sûr très discrets.

À travers cette organisation, le but est de produire des rapports et faire circuler des pensées allant dans le sens des grandes compagnies. Grâce à ces « laboratoires d’idées », ces points de vue obtiennent une crédibilité certaine dans les médias et auprès des masses, comme s’ils venaient « d’experts » indépendants.

Le marché avant les gens

Et pour défendre les intérêts de ses instigateurs, les groupes liés au réseau Atlas mettent en avant des narratifs politiquement orientés qui n’ont rien d’une vérité scientifique. Ceux-ci veulent, par exemple, déréguler le plus possible le monde de l’entreprise. Comprendre par là, supprimer un maximum de droits aux travailleurs et obtenir la liberté la plus complète pour le patronat.

« Et pour défendre les intérêts de ses instigateurs, les groupes liés au réseau Atlas mettent en avant des narratifs politiquement orientés qui n’ont rien d’une vérité scientifique. »

Et cette liberté de pouvoir tout détruire sur son passage dans le seul but de générer des profits doit également s’appliquer à l’environnement. C’est pour cette raison que ce type d’institut soutient des thèses infondées d’un point de vue scientifique. En France, on a par exemple vu l’IFRAP, think tank lié au réseau d’après l’observatoire des multinationales (bien qu’il s’en défende), propager de fausses informations sur les énergies renouvelables.

En matière d’économie, l’État, pourvoyeur de services publics qui limitent les profits du patronat, est constamment pointé du doigt. À l’inverse, ce sont plutôt les organismes privés qui sont mis en avant à grands coups de messages simplistes, mais surtout de désinformation et manipulation du grand public.

Un « complot » qui n’intéresse pas les complotistes

Et curieusement, ce type d’information ne semble toutefois pas intéresser le moins du monde les réseaux de la « complosphère ». Peut-être parce qu’il ne s’agit pas d’un « groupe secret », « caché dans l’ombre » dont on ne peut pas prouver l’existence, mais bien d’un phénomène documenté.


Rien de sensationnaliste, mais des actes concrets qui influencent pourtant la vie de milliards de personnes à travers le monde. Le réseau a néanmoins bien joué un rôle dans des évènements aussi importants que le Brexit, l’élection de Javier Milei, ou encore le rejet d’une constitution progressiste au Chili.

« Croire à un « complot pédo-sataniste » ou « islamo-wokiste » est bien plus confortable que se confronter à la réalité brute du système capitaliste. »

Si tout cela ne passionne pas le milieu complotiste, c’est peut-être également parce que celui-ci est étroitement lié à l’extrême droite qui partage de nombreuses aspirations avec le réseau Atlas. Croire à un « complot pédo-sataniste » ou « islamo-wokiste » est bien plus confortable que se confronter à la réalité brute du système capitaliste. D’un point de vue médiatique, il est aussi bien plus facile d’évoquer des théories ridicules pour conserver l’ordre établi plutôt qu’aborder des faits questionnant les privilèges bourgeois.

Se recentrer sur le réel

De fait, il est nécessaire de recadrer les véritables enjeux de notre temps. Dans une époque saturée d’informations, savoir distinguer les faits documentés des fantasmes s’avère crucial. À l’inverse des hypothèses infondées et farfelues de certains milieux, les activités du réseau Atlas sont bien réelles et leur impact sur le débat public mérite d’être souligné.

Par là, chaque citoyen a alors le devoir d’approfondir son regard critique pour analyser ce qui se présente à lui. Dans le cas contraire, il prend le risque de se perdre dans des théories sans valeur et de passer à côté de phénomènes se déroulant sous ses yeux et nuisant à ses propres intérêts.

Simon Verdière


Photo de couverture : montage photo par Mr Mondialisation

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