22.10.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
« Barricades ». C’est certainement l’un des mots qui a été répété en boucle à l’hiver 2018, au fil des directs et des journaux télévisés sur les chaînes d’infos pour commenter les manifestations du mouvement des Gilets Jaunes. Teinté de mépris pour la révolte populaire, le commentaire oublie que les barricades ont été l’un des […]
The post Barricades : toute une Histoire de France first appeared on Mr Mondialisation.« Barricades ». C’est certainement l’un des mots qui a été répété en boucle à l’hiver 2018, au fil des directs et des journaux télévisés sur les chaînes d’infos pour commenter les manifestations du mouvement des Gilets Jaunes. Teinté de mépris pour la révolte populaire, le commentaire oublie que les barricades ont été l’un des piliers de la construction de nos régimes contemporains, rappelle Léa Tourret, autrice de Sur les Barricades, paru aux éditions Le Laboratoire Existentiel. Mr Mondialisation revient sur le sujet de cette interview, toujours autant d’actualité.
Léa Tourret : « Toutes les barricades apparaissent singulières, car leurs matériaux divergent. Quand on regarde leur forme, on doit bien admettre qu’elles semblent toutes uniques, soumises à l’aléatoire empilement de choses diverses.
Ce qui fait leur point commun, c’est donc plutôt un geste. Celui de réunir dans l’urgence des matériaux, objets, ou autres afin de bloquer ou de ralentir l’arrivée des forces de l’ordre. Puisqu’on fait des barricades avec ce que l’on a sous la main, en suivant les modalités de l’espace qui nous entoure, on peut donc considérer que ce qui rassemble toutes les barricades et fait leur point commun serait une forme de captation immédiate d’un présent, et d’un détournement de ce qui est là, au profit d’un réaménagement apparemment éphémère de l’espace.
Mais cette captation immédiate du présent, c’est également une critique. Lorsqu’on utilise ce qu’on a sous la main pour le détourner de sa fonction initiale et dresser une barricade, c’est aussi une manière de montrer que l’on n’est pas d’accord avec ce présent, cet espace ; on met en évidence dans quel contemporain les barricades émergent en même temps qu’on critique ce contemporain. »

Léa Tourret : « Comme dans tout mouvement social, les revendications sont diverses et ne sont pas unanimes. Il s’agit en outre d’un mouvement inédit, qui mobilise des forces qui n’avaient pas forcément l’habitude de manifester auparavant, qui se sentaient rejetées de la politique sous toutes ses formes. Une des intentions de ceux qui érigent des barricades peut donc être tout simplement de se ressaisir d’un pouvoir qu’on a trop longtemps méprisé.
C’est d’ailleurs quelque chose qui revient assez souvent dans le discours des gilets jaunes, cette volonté de dénoncer le mépris du gouvernement. Ce n’est pas seulement une question de style ou de manière qu’a Macron de s’adresser aux gens, c’est aussi une exclusion d’un système qui favorise les riches par rapport aux pauvres, les habitants du centre-ville par rapport à ceux qui vivent en banlieue, dans les zones périurbaines ou à la campagne, etc.
« les précédentes manifestations pacifiques n’ont jamais fait reculer les différents gouvernements, les gens ne sont pas dupes. »
Le fait est que cela fonctionne effectivement. Ces derniers jours, on a entendu pour la première fois des gens dont la parole était auparavant inaudible dans les médias. La distinction « bon manifestant » / « mauvais casseur » est, selon moi, très éloignée de la réalité. La politique est un rapport de forces, les précédentes manifestations “pacifiques” n’ont jamais fait reculer les différents gouvernements, les gens ne sont pas dupes. »
Léa Tourret : « L’espace depuis lequel émergent les barricades n’est jamais neutre, et c’est ce que permettent de montrer les barricades. D’ailleurs, les barricades ne s’érigent pas seulement dans l’espace public, ou en tout cas, elles permettent de montrer que l’espace public n’est pas si public que ça, ou alors déjà visé par les injonctions des rapports de force et de pouvoirs.
Quand on voit par exemple les piqueteros argentins qui participent à des mouvements sociaux en Argentine, notamment en bloquant les grands axes routiers qui relient les grandes villes entre elles. Ils bloquent justement ces routes parce qu’ils vivent aux abords des grandes villes, à la lisière des grands axes routiers – symbole de la violence des flux mondialisés – qui constituent donc à la fois leur paysage, et ce dont ils sont exclus.
Mais il y a toujours un rapport local, une implantation concrète dans un endroit. Faire une barricade, c’est parfois une manière de dire “c’est notre espace, et regardez à quel point on tente de nous le spolier”.
En outre, les barricades nous imposent un devenir piéton, nous invitent à un arpentage différent du milieu urbain en disjonction avec l’injonction à la circulation ou à la soumission aux divers appareils ou dispositifs de contrôle (biométrie etc.). Les revendications des barricadiers peuvent être diverses, pour certains il s’agira de revendiquer un autre mode de production, de consommation, de vie, pour d’autres non… Mais même l’enjeu le plus “trivial” dévoile déjà un conflit sur l’espace qui est profondément politique. »

Léa Tourret : « Lorsque j’ai écrit Sur les barricades la forme de lutte la plus privilégiée dans les villes en France n’étaient plus les barricades, au détriment d’actions plus ponctuelles comme les manifestations, l’envoi de projectiles sur les forces de l’ordre où la casse des symboles du capitalisme. Cela s’expliquait peut-être par une implantation locale rendue toujours plus précaire et instable, des dispositifs de contrôle plus efficaces en ville, et un aménagement urbain qui tente toujours de prévenir l’édification des barricades (D’Haussmann au bitumage en passant par les travaux les plus récents, etc)…
Mais attention, et les événements récents l’ont prouvé, cela ne signifiait pas que les barricades étaient tout à coup devenues “ringardes” ou inefficaces à Paris et dans les autres villes françaises, car on a vu que les manifestations récentes des gilets jaunes ont remis les barricades à l’honneur dans les villes.
Mais avant cela, effectivement, là où on retrouvait principalement cette forme d’action politique en France, c’était sur les ZAD. Je ne trouve pas que cela aurait un sens de faire une distinction entre barricades urbaines et barricades rurales, car c’est encore sur les routes que se fixent les barricades des ZAD, et que la distinction urbain/rural est à mon sens un peu galvaudée.
On voit bien avec les ZAD que les barricades supposent toujours une forme d’occupation des lieux. Les barricades sont efficaces si jamais ceux qui les édifient habitent le lieu. C’est ça qui fait que ça marche, pour faire des barricades, il faut en être. »

Léa Tourret : « Le paradoxe de la démocratie républicaine, c’est qu’elle suppose toujours qu’on puisse la remettre en cause. Si ce sont les barricades qui ont permis de mettre en place ce régime, de nouvelles barricades pourraient donc entraîner sa chute. C’était flagrant pendant le XIXème siècle en France, où des insurrections successives ont donné parfois lieu à des changements de régime, parfois non.
Ce sont généralement les vainqueurs qui attribuent la légitimité ou non aux barricades, ce qui explique qu’elles puissent apparaître tour à tour comme légitimes ou illégitimes. Ici on parle de la légitimité accordée par le pouvoir institutionnel qui est en place donc. Mais parfois, l’opinion générale peut être favorable, alors même qu’une barricade est considérée comme illégitime.
« Ce sont généralement les vainqueurs qui attribuent la légitimité ou non aux barricades »
En tout cas, si les barricades sont le signe d’un certain désordre, elles apparaissent aussi comme le symbole de la démocratie, étant par définition l’arme du “peuple”, et mettant en scène une sorte de dénuement démocratique puisqu’elles ne nécessitent aucune compétence ou matériel prérequis. Les barricades, avec d’autres pratiques insurrectionnelles comme l’usage de projectiles, sont par définition les moyens de ceux qui ne disposent pas d’armes plus “sophistiquées”, à qui on ne donne pas les paroles et qui sont rendus invisibles par ceux qui sont pourtant censés les représenter.
Cependant, toutes les barricades n’ont ni le même traitement ni le même statut. Et parfois, le statut va même changer à travers l’histoire. Paradoxalement, il y a par exemple des gens qui vont louer les barricades du passé (par exemple celles du XIXe), et ranger les mouvements actuels du côté de l’apolitisme ou de la violence aliénée.
C’est même assez répandu dans un certain discours républicain institutionnel. De manière générale, il faut toujours garder en tête que faire de l’Histoire, c’est opérer à une reconstruction du passé. Il faut aussi comprendre que les choses ne sont jamais si manichéennes que ça, parce que les individus vivent dans le présent, et que le présent n’est pas encore modelé par l’Histoire.
Aujourd’hui, avec le mouvement des gilets jaunes, on voit à quel point cette question de la légitimité est cruciale. D’où le fait que la « La République en marche » en appelle aux autres partis et institutions, comme les syndicats, pour leur demander de faire un “front républicain” en se désolidarisant de toute “violence” – dont l’érection de barricades fait partie dans leur discours. À l’inverse, les manifestants vont exprimer le fait que ce sont eux, le vrai peuple légitime et que les barricades sont donc l’expression de la démocratie, quand du côté du gouvernement on cherche à les faire passer pour antidémocratiques. »
Léa Tourret : « Les barricades apparaissent en effet éphémère par définition. Le retour à l’ordre exige même qu’on efface leurs traces, on va nettoyer la rue, faire comme si rien ne s’était passé. Mais ce que j’essaye de faire dans mon livre, c’est justement de dépasser cette perception des barricades simplement comme un événement impromptu et temporaire.
Tout d’abord, les barricades ne naissent pas de manière inopinée. On a vu qu’il fallait, en quelque sorte, y habiter. Les quartiers où étaient érigées des barricades au XIXe siècle à Paris, étaient les quartiers ouvriers, les quartiers où il y avait un réseau de sociabilité politique important, des clubs politiques, des bistrots, etc. Aujourd’hui, si les ZAD sont très difficiles à évacuer, c’est parce que beaucoup de zadistes y habitent. De plus, les liens créés pendant les insurrections ne s’évanouissent pas une fois les barricades démontées. »

Ainsi, pour bien cerner les barricades, il faut comprendre qu’elles prennent racine dans le long terme, dans un terrain social déjà constitué ; et qu’elles ont des effets qui dépassent leur simple présence matérielle. En d’autres termes, ce qui se passe avant, pendant, et après les barricades, n’a certes pas la même intensité, mais ne constitue pas des temps séparés. C’est la même chose pour les mouvements sociaux.
Bien sûr que chaque mouvement social renvoie à une sensation hors du temps, où l’on retrouve parfois des gens que l’on ne côtoie pas en dehors de ce mouvement, où l’on recrée des pratiques, des ambiances, qui semblent profondément circonscrites à un temps qui apparaît propre au mouvement social. Pourtant, celui-ci ne s’évanouit jamais définitivement et ne nait pas de manière si accidentelle que cela, car les moments où il n’y a pas de mouvements sociaux sont toujours constamment traversés par des fibres insurrectionnelles sous-jacentes. »
Après des études en Philosophie, Léa Tourret publie Sur les barricades, fruit d’un travail de recherche en Master 2. Dans cet essai, elle propose une approche philosophique et historique de la barricade en essayant de saisir dans l’espace et dans le temps cet objet à la fois protéiforme et commun. L’ouvrage est illustré par Eärendil Nubigena.
– Mr Mondialisation
Photo de couverture : Combat dans la rue Saint-Antoine, 28 juillet 1830. / © Photothèque des Musées de la Ville de Paris – Cliché Degraces.
The post Barricades : toute une Histoire de France first appeared on Mr Mondialisation.21.10.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Samedi 17 octobre 2026 s’est déroulée une journée de mobilisation massive, marquée par le déploiement d’armes de guerre sur les manifestant·es. Une de nos journalistes était sur place ; elle témoigne de la répression, mais surtout de l’entraide populaire pour y faire face. Un reportage-édito à la première personne, bien éloigné de ceux qui dominent […]
The post 17 octobre : « Au chaos orchestré par l’État policier, le peuple répond par la solidarité » first appeared on Mr Mondialisation.[Temps de lecture estimé : ~ 10 min]
Samedi 17 octobre 2026, je rejoins la mobilisation « des convergences » à Paris. Elle est un soutien aux revendications lycéennes, mais aussi à celles d’une grande majorité des français·es, de celles que j’ai pu revendiquer quelques années auparavant à travers le slogan « fin du monde, fin du mois, même combat ».
Non sans appréhension, je m’oriente vers la place de la République pour assister au concert de l’Orchestre du Nouveau Monde, avant de rejoindre le cortège qui doit prendre son départ depuis la place.
Avant même le début des festivités, les camions de CRS et de gendarmes sont déjà nombreux autour de la place.
En nous dirigeant vers le lieu de départ du cortège, nous sommes retenu·es par des cordons de gendarmes. Ces gendarmes cherchent à dialoguer avec nous. L’un d’entre eux nous pose des questions sur nos masques FFP2, pour savoir s’ils sont vraiment efficaces. Du tac-au-tac, on leur demande à notre tour s’ils ont des protections, « pas vraiment ».
Le gendarme nous parle de son stage de formation qui a eu lieu quelques jours avant, en Dordogne, durant lequel lui et son équipe ont été mis à l’épreuve des gaz lacrymogènes. On lui demande ce qu’il pense des potentiels risques pour la santé. Il nous partage son inquiétude vis-à-vis de certains gaz, dont un qui était vert. Il nous explique aussi certaines contraintes du métier et insiste sur le fait que des propos injurieux à l’égard des manifestant·es peuvent leur valoir des sanctions professionnelles irrévocables. Ce gendarme semblait tenir à se distinguer des CRS.
Toujours retenu·es par ce cordon, nous observons la place de loin, en attendant de pouvoir y entrer. Les CRS ont déjà commencé à tirer des grenades lacrymogènes en direction de l’orchestre et de la foule, calme et statique, qui les entoure. Immédiatement, cela provoque un mouvement de foule.
Les gendarmes nous libèrent du cordon et nous conseillent de rejoindre le début du cortège en direction du boulevard Magenta, de l’autre côté de la place. Malgré nos doutes sur le bien-fondé de ces indications, nous les suivons.
Les gens essaient de se faufiler comme iels peuvent. Il est difficile de circuler sans se bousculer. Je suis coincé·e sur la place, entre des grilles de CRS et leurs canons à eau, sans parvenir à rejoindre la tête du cortège.
Les palets de désencerclements lancés par les CRS pleuvent. Et les forces de l’ordre peuvent charger d’un moment à l’autre. La situation devient chaotique.
L’angoisse monte en moi, mais je tente de garder mon calme. J’essaye de crier des indications aux personnes autour de moi pour que nous puissions circuler au mieux. Dans ces conditions, il est difficile de s’organiser et de savoir où aller. Je fini par chercher à m’éloigner de cette zone, malgré la nasse dans laquelle je suis piégée.

À ce moment-là, je croise une personne d’une vingtaine d’années, recroquevillée sur elle-même, qui semble en détresse. Étant concernée par l’autisme, je sais qu’il peut s’agir d’une « crise autistique » générée par la très grande surcharge sensorielle que constituent les tirs de grenades et autres lacrymos.
Je lui pose tout doucement quelques questions, notamment sur ses besoins. Je tente de la rassurer en lui disant que je suis moi-même autiste, que je comprends ce qui est en train de lui arriver. Je me doute qu’elle ne serait bientôt plus en mesure de me répondre. Il faut agir vite. L’objectif est de l’écarter rapidement du mouvement de foule pour essayer de la protéger. Des street-medics nous rejoignent. Je leur indique ce que j’ai compris de l’état de la personne, des besoins que je perçois.
Autour de nous, la situation est de plus en plus préoccupante. Et je continue de m’improviser secouriste de manif’. Une autre personne a le bras ensanglanté et brûlé, son tee-shirt est incrusté sur sa peau. Il faut la faire évacuer le plus vite possible par les urgences.
Le gaz commence à se rapprocher de notre emplacement. Avec d’autres street-medics, tentant elles aussi d’évacuer les blessé·es, nous insistons auprès des CRS pour nous laisser sortir de la nasse. Ils finissent par nous laisser passer. Nous avançons au rythme de la personne en crise, et nous rejoignons finalement une pharmacie qui, face à notre détresse, nous laisse entrer.
À l’intérieur, plusieurs personnes sont déjà en train d’être prises en charge par les pharmacien·nes qui nous ont accueilli·es.
Nous passons une grande partie de l’après-midi dans cette pharmacie, à observer le chaos et à attendre l’intervention du SAMU. La personne que nous accompagnons ne peut plus se lever. Elle venait de traverser un « shutdown », puis un « meltdown », dans un environnement particulièrement éprouvant.
Pour une personne autiste, une situation de ce type peut être extrêmement difficile à supporter : le bruit, la foule, les mouvements imprévisibles, les gaz et l’impossibilité de s’extraire de la situation peuvent provoquer une surcharge (sensorielle) considérable.
Nous accompagnons la personne, notamment en réalisant des gestes de massage et de compression – avec son consentement – afin de l’aider à retrouver de l’énergie et revenir à elle. En parallèle, le street-medic rassuré de pouvoir compter sur ma présence, contacte les secours pour pouvoir évacuer les blessé·es – parfois graves. Le SAMU doit prioriser les urgences les plus immédiates.
Vers 18 heures, les pharmacien·nes, épuisé·es, doivent fermer boutique. La personne que nous accompagnons ne peut toujours pas se déplacer seule. Il faut trouver un moyen de la transporter vers un endroit plus sécurisant, où nous pourrons attendre les secours.
Des manifestant·es nous viennent en aide. Un panneau de mélaminé trouvé dans la rue est transformé en civière de fortune. D’autres personnes, toutes de noir vêtues, pouvant être assimilées à des black blocs, en proposent également. Des soignant·es, venu·es soutenir la mobilisation, s’enquièrent de nos besoins. Des commerçant·es et des restaurateur·ices nous offrent quant à elles·eux de nous mettre à l’abri, afin d’attendre le SAMU dans de meilleures conditions, alors que celui-ci est débordé par les interventions.
Nous discutons toustes ensemble. Nous nous demandons comment chacun·e va, au vu des circonstances, et nous continuons à chercher des solutions pour aider notre camarade. Cette solidarité très concrète, spontanée, se déroule entre des personnes qui ne se connaissent pas et qui n’ont ni forcément les mêmes parcours, ni les mêmes conditions de vie.
Plus tard, la personne en crise sera prise en charge par le SAMU, et ses parents seront contacté·es, avec son consentement. Ses parents ont pu la récupérer à l’hôpital. Nous avons appris qu’elle avait retrouvé l’usage de ses jambes, retrouvé ses esprits et pu reprendre des forces. Elle était rassuré d’avoir été pris en charge.
C’est aussi et surtout ça le 17 octobre.

Depuis cette journée, les flash-back s’accumulent : le déchaînement des CRS sur une population parquée, les mouvements de foule, les personnes blessées, les difficultés à circuler, mais aussi et surtout les gestes d’entraide qui se sont multipliés.
Par le passé, j’ai pu condamner toute forme de violence. Parce que je ne comprenais pas. Parce que je ne voyais pas.
« […] Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » Hélder Câmara
Aujourd’hui, je pense qu’il est possible de porter de la compassion et du soutien aux petit·es commerçant·es concernée·es par les dégradations matérielles, mais je ne suis personne pour délégitimer le fait d’en arriver à « casser » et à « voler ». Certain·es parlent même de réquisition et d’auto-réduction. Je pense, au contraire, qu’il est plus que nécessaire de chercher à comprendre pourquoi certain·es y ont recours, plutôt que de s’arrêter, en surface, à une condamnation morale.
Des jeunes ont témoigné avoir récupéré de la nourriture pour leurs familles, des protections menstruelles, des vêtements ou d’autres produits de première nécessité. D’autres ont distribué des vivres à des personnes sans abri.
Ces récits ne suffisent pas à caractériser l’ensemble des actes commis ce jour-là. Ils rappellent néanmoins que la réappropriation subsiste encore, qu’il existe des réalités sociales derrière les images de pillage, et qu’elles méritent d’être racontées elles aussi.
Quand des jeunes expliquent que leur mère n’a jamais pu goûter à certains produits, quand des personnes récupèrent de quoi manger ou des produits essentiels d’hygiène, il faut pouvoir dénoncer les conditions matérielles dans lesquelles elles vivent.
Cela ne signifie pas que toute appropriation de biens est automatiquement légitime, ni que les conséquences des dégradations doivent être ignorées. Cela signifie qu’on ne peut pas comprendre une mobilisation en réduisant celles et ceux qui y participent à une opposition entre bons et mauvais manifestant·es. Tout comme on ne devrait pas distinguer les « bonnes » et les « mauvaises » victimes.
Pourquoi les images de casse occupent-elles autant de place dans le débat public, tandis que les gestes de solidarité restent souvent invisibles ? Pourquoi parle-t-on si peu des personnes qui portent secours, des street-medics, des commerçant·es qui ouvrent leurs portes, des inconnu·es qui improvisent une civière pour évacuer une personne en détresse ?
La casse est spectaculaire. La solidarité, elle, se construit souvent dans des gestes discrets, sans caméra ni mise-en-scène. Pourtant, ce sont aussi ces gestes qui permettent de tenir, de se protéger et de continuer à avancer collectivement.
Et à qui profite le chaos ?
Les débats sur les « pillages » et les dégradations ne peuvent pas être dissociés des violences économiques et sociales qui traversent notre société.
Pendant que les grandes fortunes continuent d’accumuler des richesses, que des entreprises tirent profit de l’exploitation des ressources et que les populations du Sud global en subissent les conséquences, des personnes peinent à satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.
Qui produit les richesses ? Qui les accumule ? Qui supporte les coûts humains, sociaux et environnementaux de leur production ? Qui nettoie les bureaux et les maisons des grands patrons ? Qui travaille dans les mines pour extraire les matériaux nécessaires à nos technologies ? Qui assume les tâches pénibles et invisibles qui permettent à d’autres de préserver leur confort ?
Il ne s’agit pas de prétendre que toutes les formes de violence sont identiques. Il s’agit de refuser que seules certaines soient immédiatement visibles, condamnées et érigées en problème public. Que faisons-nous de la violence institutionnelle, du mépris de classe, du racisme, de la misogynie, des LGBTphobies ou encore du validisme ? Que faisons-nous des personnes qui subissent plusieurs de ces violences à la fois ?
« Sans les 99 %, les 1 % les plus riches ne survivent pas. »
Les richesses ne sont pas produites par les grands patrons : elles reposent sur le travail de millions de personnes, sur les ressources de nos sous-sols, sur le dépassement des limites humaines et planétaires, et sur des systèmes d’exploitation dont les conséquences sont trop souvent minimisées ou invisibilisées.
Face au désespoir, à la désinformation, à la panique morale et au désarroi, nous devons continuer à raconter ce que nous vivons, à confronter les discours aux faits et à faire circuler d’autres récits.
Le 17 octobre, j’ai vu des personnes en difficulté, des personnes blessées et une organisation collective mise à mal par une situation chaotique imposée par la police de Nuñez. Mais j’ai aussi vu des inconnu·es s’entraider, des street-medics prendre soin des autres, des commerçant·es ouvrir leurs portes et des personnes de tous horizons se mobiliser pour transporter un camarade qui ne pouvait plus marcher. Je ne veux pas que cette solidarité disparaisse derrière les seules images de casse. Je le dis :
« Se ranger derrière une simple condamnation des destructions, c’est jouer le jeu de la fascisation en cours »
Le danger autoritaire et la banalisation des discours fascistes nous obligent à rester sur nos gardes. Nous ne devons pas laisser la peur et les tentatives de division nous empêcher de voir qui sont les vrais responsables et ce que nous sommes capables de construire ensemble.
Pendant que certain·es sont des milliers à hurler à la « destruction du patrimoine » (alors que j’ai moi-même un certain attachement au bâti ancien), nous sommes des millions à privilégier la vie, à improviser la survie, la solidarité et à ne pas être dupe. Nous nous devons de garder le cap, de faire preuve de patience, de solidarité et d’organisation. Le peuple vaincra. Je nous invite, pour maintenant et pour la suite, à garder en tête, les mots d’Antonio Gramsci :
« Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »
– Marie-Alexandra Perron
Photo de couverture : Place de la République, 17 octobre 2026 / Guillaume S.
The post 17 octobre : « Au chaos orchestré par l’État policier, le peuple répond par la solidarité » first appeared on Mr Mondialisation.20.10.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
En octobre 2026, en France, la mobilisation lycéenne ravive une question que d’autres mouvements sociaux ont déjà posée avant elle : jusqu’où un gouvernement est-il prêt à aller pour faire taire la contestation ? Entre répression policière, mutilations, comparutions immédiates, couvre-feux et la colère d’une jeunesse qui refuse de se résigner, les événements actuels font […]
The post Du Chili à la France : quand la répression embrase la révolte lycéenne first appeared on Mr Mondialisation.
[Article publié le 22 octobre 2019 – Mis à jour le 20 octobre 2026. Temps de lecture estimé : ~ 10 min]
Octobre 2019. À Santiago, la capitale chilienne, des lycéens en ont plus qu’assez des augmentations successives du prix des tickets de métro. En entrant massivement dans les stations sans payer, ils ne savent peut être pas encore qu’ils sont sur le point de déclencher une révolte qui dépassera largement la question des transports. Face à la mobilisation, le gouvernement répond par une répression massive. Loin d’étouffer la contestation, cette réponse ne fait qu’attiser la colère. Très vite, c’est tout un pays qui se soulève, révélant au grand jour des décennies d’inégalités, d’abus et d’injustices accumulées.
« On manifestait pacifiquement lorsqu’ils ont commencé à lancer les bombes lacrymogènes » : Alvaro, étudiant ingénieur et Romina, étudiante en droit, sont encore sous le choc. « Les gens jouaient de la musique, dansaient, il y avait de jeunes enfants et des personnes âgées » continue Romina. « Lorsque les carabiniers ont lancé les bombes lacrymogènes, certaines sont tombées à côté de moi. J’ai essayé d’aider un vieil homme à sortir de là, mais il ne voyait plus rien, ses yeux étaient rouges et il avait du mal à respirer ».
En octobre 2019, cela fait des dizaines d’années que la société chilienne, réprimée et soumise, a dû subir l’ironie de ses ministres, le meurtre des membres de la communauté mapuche, les discours sarcastiques d’une classe dirigeante intouchable par la justice, le négationnisme de la dictature, l’inflation, les violences policières, le détournement de fonds institutionnels, la déforestation et les crises environnementales.
La hausse du prix du ticket de métro a été la petite goutte qui a fait déborder le vase. Les Chiliens et les Chiliennes, et par-dessus tout les étudiants ont commencé à échapper collectivement au paiement des transports souterrains. La première réponse du gouvernement a été la répression policière. Mais cette violence répressive n’a fait qu’enflammer la population. Conséquences : des « invasions » massives du métro, des scènes d’émeutes, la destruction de plus de quarante stations de métro.
En quelques jours, des mouvements de protestation ont éclaté dans diverses villes du pays. C’est la catharsis collective d’un historique d’abus, d’excès et de détournement des droits des classes modestes de la société chilienne qui semble s’exprimer.
Les Chiliens et les Chiliennes sont fatigués et ne manquent pas de le faire savoir : un système de santé publique précaire couplé à un système de santé privé inaccessible, des retraites insuffisantes et indignes, et une éducation qui reproduit les inégalités sociales. En parallèle, le président Piñera s’érige en chef de file dans le domaine de la revendiquée protection de l’environnement… Alors que des zones du pays sont privées d’eau, et que le peu qui reste accessible se retrouve privatisé pour une poignée de privilégiés. Alors que les militants pour l’environnement meurent dans des circonstances suspectes dans toute l’Amérique latine, au Chili y compris.
Après les premières protestations, la réaction de l’exécutif ne s’est pas faite attendre. Depuis l’aube du samedi 19 octobre 2019, l’état d’urgence qui avait été déclaré s’est transformé en un « état d’exception » voire même un état de guerre selon les mots du président. En pratique, le président a remis la responsabilité de maintenir l’ordre et le contrôle de la population dans les mains des militaires.
Dans le but de regagner le contrôle sur une situation qui échappe au gouvernement, un général de l’armée a été mandaté pour rétablir l’ordre dans la région métropolitaine. À minuit, le jour même, c’était les forces navales qui se voyaient octroyer ce même droit pour deux autres régions. Placer l’armée pratiquement au pouvoir, c’était une décision non seulement radicale, mais aussi hautement symbolique dans un pays où nombre de ses membres ayant pris part à la dictature n’ont jamais vraiment été jugés.

L’objectif était clair : rétablir l’ordre. Selon la perspective de la classe privilégiée, cela signifie de revenir à l’état imposé au cours de deux siècles d’oppression et de contrôle, cristallisé durant la dictature de Pinochet dans la Constitution. Une société obéissante, aliénée, qui accepte la fraude et les crimes de personnalités politiques, de chefs d’entreprises et de personnes de pouvoir en uniforme, devenus intouchables par la justice. Alors que cette même justice écrase dans la violence un dirigeant d’un mouvement social, un vendeur ambulant, ou une personne qui n’a pas payé son ticket de métro. Cette injustice institutionnalisée, les chiliens ne semblent plus en pouvoir.
Mais, contrairement à l’effet attendu, en dépit de milliers d’arrestations, la mobilisation populaire s’est intensifiée. La population s’est réunie sur les places centrales des villes de province pour taper sur des casseroles, symbole de la résistance face aux manipulations injustes de l’État. En quelques heures, la présence des militaires dans les rues a décuplé la rage nourrie par ce profond sentiment d’injustice. La mobilisation populaire, qui jusqu’ici était concentrée dans la capitale de Santiago, s’est propagé à travers tout le pays. Les grandes villes comme Valparaiso ou Concepción ont bien sûr réagit, mais plus surprenant encore, même les petites villes rurales comme Talca ou Valdivia se sont réveillées.
La présence militaire n’étant pas suffisante pour calmer les manifestants, la décision du gouvernement fut d’instaurer un couvre-feu : une interdiction de circuler et de se réunir en dehors des heures imposées par les autorités.

Contrairement au temps de la dictature de Pinochet, durant laquelle les agents des services de renseignements capturaient et emprisonnaient des individus arbitrairement, ou torturaient et assassinaient en pleine rue, aujourd’hui, la voix de la population est accompagnée de milliers de photos et de vidéos qui inondent les réseaux sociaux chiliens : passages à tabac, actes de violence injustifiés, policiers infiltrés parmi les manifestants jusqu’aux coups de feu tirés à bout portant.
Romina en témoigne ; une de ses amies a été touchée à la jambe par les tirs à balles réelles des forces armées. Au 20 octobre 2019, 18 morts au moins étaient décomptés à travers le pays et 1 500 arrestations.

Les médias officiels ou à forte couverture médiatique ont mis en avant le discours du chef de l’État sur les ondes : un schéma binaire entre d’un côté, une société civile passive, et de l’autre, les vandales qui cassent (les méchants). Une vision manichéiste systématisée d’un pays à l’autre lors de chaque révolte populaire.
Médias et autorités ont centré la cause du problème sur l’augmentation du prix du ticket de métro, alors que la réaction de la population est la conséquence inévitable de 17 années de dictature suivies de 30 années d’un simulacre de démocratie. Cette dernière a permis l’enrichissement de certaines familles de pouvoir et d’influence au-delà de l’entendement, dont font partie beaucoup de politiciens.
Plus encore, l’histoire de la répression au Chili prend racine dans la domination espagnole et le génocide des Mapuches, revenant sans cesse sous différentes formes : gouvernorat, indépendance, conservateurs, libéraux, guerres, dictatures, démocraties déformées, etc. Rien n’a vraiment changé. Et le peuple chilien l’a bien compris.

Romina reprend :
« On a aussi vu beaucoup de bienveillance, de solidarité. Des gens distribuaient des citrons et de l’eau mélangée à du bicarbonate (NDLR contre les effets irritants pour les yeux et la gorge du gaz lacrymogène), des infirmiers et des médecins proposaient bénévolement leur aide. Si un manifestant tombait, tout le monde autour s’arrêtait pour le relever ».
Elle l’affirme, ces manifestations lui ont « redonné espoir en un Chili qui se tient ensemble contre les injustices ». Pour Alvaro et Romina, la réponse brutale du gouvernement ne change en rien leur détermination : « il faut qu’on soit présent pour manifester, tous les jours. On attend ça depuis tellement longtemps, et surtout, on n’a rien à perdre. »
– Luis Herrera et C.G.
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Mr Mondialisation
Vainqueur de la primaire du Parti socialiste et de ses alliés, Raphaël Glucksmann représentera donc la mouvance sociale-libérale lors des prochaines élections présidentielles. Il est désigné comme le représentant d’un certain renouveau politique par plusieurs grands médias alors que ses positionnements flirtent avec le macronisme et que son argument de campagne est d’être opposé à […]
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Les similitudes entre Raphaël Glucksmann et le candidat Emmanuel Macron de 2017 ne cessent de se multiplier. Que ce soit dans son parcours, son programme, son entourage, sa vision internationale, son accointance avec la droite, ses éléments de langage, tout laisse entrevoir dans son projet une continuité avec le pouvoir actuel. Mr Mondialisation vous présente cinq preuves du macronisme du candidat Glucksmann.
Avant d’atterrir sur le devant de la scène en 2019 en devenant la tête de liste du PS aux Européennes, Raphaël Glucksmann a eu une trajectoire plus que sinueuse pour quelqu’un se prétendant de gauche. Issu d’une famille de la haute bourgeoise – il est notamment le fils du philosophe atlantiste André Glucksmann – il connaît un parcours plus que classique dans le milieu : classe préparatoire au lycée Henri IV et passage par Sciences Po après avoir échoué à entrer à l’ENS.
À 23 ans, il intègre le Cercle des Oratoires, un club de réflexion néoconservateur qui soutient ouvertement le président Bush et ses interventions militaires au Moyen-Orient. À 27 ans, il s’engage pour le parti ultralibéral Alternative libérale et se désiste au dernier moment pour le représenter aux législatives. Ce parti appuyait ni plus ni moins que la suppression de la Sécurité sociale. Même si le fondateur de Place Publique se défend aujourd’hui d’avoir partagé cette opinion, au vu de ses « petits arrangements » concernant cette époque, il est permis de fortement douter.
En 2008, à 29 ans, il salue d’ailleurs Nicolas Sarkozy, qu’il décrit comme le « candidat de l’anticonservatisme » qui « brise les tabous ». Un an plus tard, à tout juste 30 ans, Glucksmann devient conseiller du nouveau président géorgien, Mikheil Saakachvili. Connu pour avoir utilisé des méthodes très autoritaires de répression des protestations, le dirigeant a aussi mené un programme économique qui fait froid dans le dos : abolition du salaire minimum, licenciement de 60 000 fonctionnaires et suppression massive d’impôts pour les plus riches.

Difficile d’évaluer l’influence de Raphaël Glucksmann dans une telle politique, mais l’actuel compagnon de Léa Salamé n’a cependant pas jugé bon de s’en désolidariser en quittant son poste. C’est finalement lorsque son employeur perdra les élections qu’il décide de rentrer en France. En 2014, il affirme toujours que cela ne l’a « jamais fait vibrer » de « manifester pour les retraites ». C’est à partir de 2018 et de la fondation de son parti qu’il se proclame à gauche. Un positionnement pour autant difficile à entendre après un tel passif, d’autant que l’homme s’est totalement opposé au Nouveau Front Populaire.
Si Raphaël Glucksmann met bien sur la table quelques mesures de partage des richesses un peu plus ambitieuses que celles d’Emmanuel Macron en 2017, leurs portées réelles restent pour autant bien loin des réponses nécessaires à la hausse du coût de la vie.
L’eurodéputé propose, par exemple, de rehausser le SMIC à 1600 € d’ici 2029. Or, d’après les projections de la banque de France, l’inflation devrait naturellement pousser le SMIC à plus de 1 560 € d’ici là. L’augmentation promise demeure donc très faible au regard des difficultés des plus précaires, d’autant plus que le programme de Place Publique ne propose pas la moindre revalorisation des aides aux logements ou des minima sociaux.
Sur la retraite, le candidat aux présidentielles fait planer l’incertitude. Il affirme qu’il faut « cesser la focalisation sur le seul âge légal qui produit l’injustice et fonder notre philosophie sur les inégalités de conditions et d’espérance de vie ». Même s’il a indiqué souhaiter revenir à 62 ans durant le débat des primaires, il reste évasif sur le nombre d’annuités et assure que « certains devront travailler plus longtemps ». Il a aussi certifié vouloir « converger vers une simplification des régimes », ce qui n’est pas sans rappeler le fameux système de retraite par capitalisation porté par Édouard Philippe lorsqu’il était Premier ministre.
Si certains se fient aux discours de Raphaël Glucksmann, observer ses soutiens politiques et son équipe de campagne offre un bon indicateur de ses opinions réelles. Il est, par exemple, appuyé par l’ancien député LREM, Sacha Houlié, mais aussi par l’ex-ministre de la Santé d’Emmanuel Macron, Aurélien Rousseau, ou encore par Simon Bernard, ex-conseiller d’Élisabeth Borne et ex-directeur de cabinet d’Amélie Oudéa-Castera.
Pire, Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe, et ex-consultante chez McKinsey, qui a notamment élaboré la fameuse tentative de réforme des retraites à points en 2019, a été chargée de coordonner le programme de Place Publique.

À ce tableau déjà assez inquiétant pour un homme prétendument de gauche, il faut ajouter diverses personnalités venues de la faction la plus droitière du PS, comme Serge Kalfon, Jérôme Guedj, Aurore Lalucq, Patrick Kanner, Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol, mais aussi l’écologiste libéral, Yannick Jadot.
En définitive, c’est peut-être le député européen Renaissance, Bernard Guetta, qui résumait le mieux la situation en 2024 :
« neuf fois sur dix, le candidat PS-Place publique vote les mêmes textes que nous (…) Alors, pourquoi Glucksmann n’est pas avec nous ? »
Fidèle à ses premières amours, Raphaël Glucksmann se montre particulièrement bienveillant à l’égard des États-Unis et de leurs alliés. À l’inverse, sa virulence envers les pays non alignés, comme la Chine, la Russie ou encore le Venezuela, n’a jamais faibli.
On l’a ainsi vu défendre, à ce titre, des personnalités d’extrême droite comme Maria Corina Machado ou Alexeï Navalny. Celui qui s’est largement fait connaître pour son combat en faveur des Ouïghours n’hésitait pas à parler de génocide. Et pourtant, il n’a jamais daigné en faire autant en ce qui concerne la situation en Palestine. Son programme ne contient d’ailleurs aucune sanction à l’égard du gouvernement israélien.
Contrairement aux aspirations historiques de paix du camp progressiste, le leader de Place Publique propose, en outre, un renforcement militaire massif, notamment au niveau européen. Il a, dès lors, mis sur la table un plan à 500 milliards d’euros à l’échelon continental. Sa fervente allégeance à l’Union européenne et sa politique néolibérale sont aussi de grands points communs avec le macronisme. De quoi laisser craindre que, sans rapport de force, aucune mesure sociale ne puisse être appliquée en France sous sa gouvernance.
À l’instar de la macronie, Raphaël Glucksmann semble bien avoir compris que sa cible électorale se situait sur sa droite. Ainsi, comme le président de la République, il tente largement de séduire un public tourné vers le RN en s’appropriant ses thématiques.
Il a, de cette façon, mis sur la table l’idée d’une « convention citoyenne » sur la question de l’immigration. Un procédé qu’Emmanuel Macron avait d’ailleurs déjà utilisé sur le climat, sans tenir compte des conclusions. Comme le fondateur d’En Marche, Glucksmann évoque également des concepts flous sans jamais dire concrètement ce qu’il entend. C’est le cas, par exemple, de son « nouveau contrat patriotique ».
Il a aussi fait de la sécurité un « axe majeur » de sa campagne, en jouant la carte de la lutte contre l’islamisme. Il a par également fait preuve de banalisation complaisante envers les banquets du « Canon français », pourtant bien identifiés pour leur ancrage à l’extrême droite.
Dans ce contexte de scrutin présidentiel, Raphaël Glucksmann s’inscrit donc plutôt comme un candidat se disputant les miettes d’un macronisme à l’agonie, aux côtés de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe. Si la carte du « en même temps » à la fois « de gauche » et « libéral » pourrait séduire certaines irréductibles, elle a cependant peu de chance d’éveiller l’intérêt d’un électorat réellement de gauche.
Face aux défis environnementaux et sociaux de plus en plus urgents, la volonté d’une rupture radicale avec dix ans de pouvoir macroniste pourrait en effet prendre le dessus. Dès lors, dans cette optique, la candidature soutenue par le PS risque de ne pas faire illusion très longtemps.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Raphael Glucksmann le 3 mars 2024 au Congrès du PSE. Wikimedia.
The post 5 signes que Raphaël Glucksmann est la nouvelle vitrine du macronisme first appeared on Mr Mondialisation.18.10.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. À Nantes, une caisse alimentaire veut élargir son dispositif La caisse commune de l’alimentation permet à des foyers d’accéder à des produits alimentaires de qualité grâce à une monnaie locale. Elle compte 71 […]
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La caisse commune de l’alimentation permet à des foyers d’accéder à des produits alimentaires de qualité grâce à une monnaie locale. Elle compte 71 foyers participants, et la maire de Nantes, Johanna Rolland, souhaite tripler ce nombre avant de décider si le dispositif sera pérennisé. (Mediacités)
Un décret a retiré le grand tétras de la liste des espèces chassables après son classement comme espèce strictement protégée en septembre 2026. Dans les Pyrénées, ses effectifs ont chuté de près de 80 % depuis 1960. (La Relève et la Peste)
À Conthey, en Valais, une installation expérimentale associe des arbres fruitiers à des panneaux photovoltaïques semi-transparents qui modulent la lumière reçue par les cultures. Le projet vise à produire de l’électricité tout en protégeant les fruits des fortes chaleurs, du gel et de la grêle. (Ecoportal)
Le prix Right Livelihood, surnommé le « Nobel alternatif », a récompensé quatre personnes et organisations qui luttent contre l’autoritarisme, les violences patriarcales et les dérives de l’intelligence artificielle. Parmi elles figurent la chercheuse Timnit Gebru, l’avocate pakistanaise Jalila Haider, l’organisation africaine Rural Women’s Assembly et l’association géorgienne des jeunes avocats, engagées respectivement pour une IA plus juste, les droits des Hazara, l’autonomie des femmes rurales et la démocratie en Géorgie. (Positive News)
Un programme d’élevage et de réintroduction a permis de relâcher plus de 11 000 wētāpunga, considérés comme les insectes les plus lourds du monde, dans des habitats protégés. Leur statut de conservation national s’améliore, signe d’un rétablissement encourageant. (The Guardian)

Au Royal Cornwall Hospital, les sonneries bruyantes ont été remplacées par des alertes silencieuses envoyées directement aux soignants, dans le service de maternité. Résultat : les patientes dorment mieux et se sentent moins anxieuses. Le dispositif aurait également permis d’économiser plus de 70 000 livres en six mois grâce à la réduction de la durée des séjours. (Reasons to Be Cheerful)
Un centre de sauvetage thaïlandais réhabilite des dizaines de chats léopards chaque année avant de les relâcher en forêt. Entre janvier et août 2026, il a recueilli plus de 60 petits, dont plus de la moitié avaient été retrouvés dans des champs brûlés. Faute de dispositif de suivi individuel, leur taux de survie après le relâcher reste inconnu. (Mongabay)
Des chercheurs de Stanford ont découvert qu’en bloquant la protéine 15-PGDH, liée au vieillissement, ils pouvaient régénérer du cartilage chez des souris âgées et limiter le développement de l’arthrose après une blessure. Des échantillons de cartilage humain ont également réagi au traitement en produisant du nouveau cartilage. Des essais cliniques seront toutefois nécessaires pour vérifier son efficacité et son innocuité chez les patients. (ScienceDaily)
Le 12 octobre, onze enseignants et surveillants du lycée Paul-Éluard ont occupé l’établissement pour dénoncer le manque de moyens et les violences policières. Ils réclament notamment que les élèves mobilisés ne soient pas sanctionnés et que les jours de grève soient payés. (Bondy Blog)
À partir du 1er janvier 2027, la Caisse des Dépôts prévoit de ne plus acheter de nouvelles obligations émises par des entreprises productrices de pétrole. Cette mesure ne met pas fin à tous ses investissements dans les énergies fossiles : le gaz reste notamment hors du champ de cet engagement. (La Relève et la Peste)
* Photo de couverture : wikipedia
– Mauricette Baelen
17.10.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Les lycéens défient le gouvernement et dénoncent les violences policières Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté à Paris en direction de Matignon, déterminés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à aujourd’hui. Ils dénoncent notamment […]
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Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté à Paris en direction de Matignon, déterminés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à aujourd’hui. Ils dénoncent notamment le manque d’enseignants et la répression policière : des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau. L’intersyndicale de la jeunesse revendique 480 000 manifestants en France, contre 161 500 selon le ministère de l’Intérieur. (StreetPress)
Des collectifs de parents appellent à soutenir les lycéens mobilisés et à répondre à leurs revendications : des bâtiments scolaires fonctionnels, davantage d’enseignants, des emplois du temps moins chargés et une orientation moins dépendante d’algorithmes opaques. Dans cette tribune, ils dénoncent aussi les violences policières contre les jeunes, les conséquences des canicules dans les établissements et la réduction des moyens destinés à rafraîchir les écoles. Ils appellent à des rassemblements aujourd’hui et le 14 novembre, ainsi qu’à la création d’un réseau de solidarité pour protéger les élèves mobilisés. (Vert)
Entre 2009 et 2013, Rachida Dati a perçu 900 000 euros dans le cadre d’un contrat de conseil lié à Renault-Nissan, alors qu’elle était députée européenne. Au procès, le Parquet national financier soupçonne des activités de lobbying dissimulées, tandis que la défense affirme qu’il s’agissait de missions de conseil pour développer Renault au Moyen-Orient et au Maghreb. (Le Média)
L’Assemblée nationale a rejeté l’article 62 d’une proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, qui visait à protéger les femmes étrangères victimes de violences. Cette décision a suscité la colère des associations de terrain, qui dénoncent l’exclusion de ces femmes d’un texte censé lutter contre les violences sexistes et sexuelles. (Politis)
Greta Thunberg s’est rendue devant le lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis, bloqué depuis plus de trois semaines pour dénoncer la vétusté des bâtiments, les classes surchargées et le manque d’enseignants et d’infirmières. La militante pour la justice climatique a salué la mobilisation des jeunes, dénoncé une répression policière qu’elle juge « extrêmement violente » et appelé à unir les luttes étudiantes, sociales, pour les droits des personnes migrantes et pour le climat face à un système qu’elle estime incompatible avec les droits humains. (Reporterre)
Oxfam a engagé un recours en justice contre l’État, lui reprochant de ne pas garantir une imposition juste et égale. Alors que le gouvernement présente un nouveau projet de budget marqué par des économies, l’organisation dénonce une répartition inéquitable de l’effort fiscal, estimant que les ultra-riches échappent largement à l’impôt tandis que les classes populaires et moyennes risquent de subir le gel de certaines prestations sociales.(L’Humanité)
Les autorités finlandaises ont ordonné l’arrêt temporaire de travaux sur deux sites de data centers à Muhos et Kajaani, où environ 530 hectares de forêt avaient été abattus avant l’achèvement de l’étude d’impact environnemental obligatoire. Google doit fournir des explications et se conformer aux exigences environnementales. Les projets ne sont pas annulés et pourront reprendre une fois l’étude terminée. L’entreprise prévoit notamment de replanter 130 hectares à Muhos, une mesure jugée insuffisante par une spécialiste du droit de l’environnement, qui rappelle que de jeunes arbres ne remplacent pas une forêt mature. (La Relève et La Peste)
Des milliers de personnes ont manifesté à Lisbonne, ainsi qu’à Aveiro, Braga et Porto, contre la hausse du coût de la vie et les difficultés d’accès au logement. La mobilisation vise notamment la réforme de la loi sur les locations proposée par le gouvernement de Luís Montenegro, qui prévoit entre autres de faciliter les expulsions pour impayés, de supprimer un plafond de hausse des loyers pour certains nouveaux contrats et d’élargir les garanties demandées aux locataires. (El Salto)
Depuis le 25 septembre, un puits exploité par CNPC Niger Petroleum, filiale du groupe chinois CNPC, projette du pétrole brut et du gaz à plus de dix mètres de hauteur, déversant des hydrocarbures sur des centaines de mètres. Selon les autorités nigériennes, deux employés ont été hospitalisés, la plateforme est fortement dégradée et deux puits voisins sont menacés. Une enquête indépendante a été ouverte pour établir les causes de l’accident, tandis que les pistes criminelle et terroriste ont été écartées. (L’Humanité)
Réunis à Bruxelles hier, les dirigeants de l’Union européenne ont réaffirmé leur soutien à Volodymyr Zelensky et refusé d’envisager la levée des sanctions contre la Russie tant que la guerre se poursuit. Sur le front, l’état-major ukrainien a recensé 304 affrontements jeudi, tandis que de nouvelles attaques russes ont fait deux morts à Kharkiv et plusieurs blessés dans les régions de Rivne et de Tcherkassy, selon les autorités locales. (Le Monde)
* Photo de couverture : Flicker
– Mauricette Baelen
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