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27.05.2026 à 13:14

Tribune : Ce que devient la recherche quand elle doit se vendre

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La recherche scientifique et académique connaît depuis plusieurs années une transformation profonde, marquée par la montée en puissance des logiques d’appels à projets, d’évaluation et de mise en concurrence. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle des moyens alloués à la recherche, mais aussi celle de ses finalités : que devient une recherche […]

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Texte intégral (3264 mots)

La recherche scientifique et académique connaît depuis plusieurs années une transformation profonde, marquée par la montée en puissance des logiques d’appels à projets, d’évaluation et de mise en concurrence. Dans ce contexte, la question n’est plus seulement celle des moyens alloués à la recherche, mais aussi celle de ses finalités : que devient une recherche sommée de démontrer son « impact » et de se justifier en permanence avant même d’avoir pu se déployer ?

Un lecteur de Mr Mondialisation nous a adressé la tribune qui suit. Nous avons choisi de la publier dans son intégralité. Sous une forme satirique et volontairement ironique, elle porte un regard critique sur les mécanismes de financement et d’évaluation de la recherche, notamment dans le contexte des Hautes Écoles en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Si le texte s’ancre dans un terrain institutionnel précis, il aborde des enjeux plus larges qui traversent aujourd’hui de nombreuses institutions académiques : précarisation des carrières, inflation bureaucratique et transformation du savoir en objet de compétition et de mesure.

Tribune

Ce matin, en ouvrant ma boîte mail, j’ai revu une partie de ma vie défiler. Ce qui, à mon âge, commence à prendre un certain temps et nécessite parfois une chaise. Le message m’invitait à « déposer » un projet au Fonds de la Recherche en Haute École (FRHE). Le verbe est important. On ne propose pas un projet. On ne partage pas une idée. On ne confie pas une intuition fragile à la communauté scientifique. Non : on la « dépose ». Comme on dépose un colis, une plainte, un enfant à la garderie ou un animal malade chez le vétérinaire en espérant qu’il revienne vivant.

J’ai donc relu le mail. Puis je l’ai relu encore, avec cette forme particulière d’attention que l’on réserve aux convocations administratives, aux résultats médicaux et aux messages commençant par « dans le cadre de la rationalisation de nos services ». Et là, une certitude m’est revenue : j’avais quitté la recherche académique il y a près de quinze ans non pas par accident, ni par paresse, ni parce que je préférais enfin dormir la nuit, mais par instinct de survie.

Car être chercheur, au départ, c’est magnifique. C’est se tenir devant le monde avec la stupéfaction d’un enfant qui démonte un réveil pour comprendre pourquoi le temps fait du bruit. C’est poser des questions là où tout le monde s’est habitué à répondre par des PowerPoint. C’est observer, douter, recommencer, se tromper, lire trop, boire trop de café, puis trouver parfois une petite chose vraie au milieu d’un grand tas de choses prétentieuses.

La recherche, dans sa version primitive, presque sauvage, consiste à dire : « Je ne comprends pas, donc je vais chercher. » La recherche académique contemporaine consiste plus souvent à dire : « Je ne comprends pas encore, mais je peux déjà remplir la case 12B relative aux livrables transférables et aux indicateurs d’impact transversal. » C’est moins romantique, mais ça rentre mieux dans un tableur Excel.

Et c’est là que le pouvoir politique intervient. Non pas pour dire aux chercheurs : « Allez, secouez-nous cette société, critiquez-nous, montrez-nous ce qui cloche, aidez-nous à inventer autre chose. » Ce serait dangereux. Des chercheurs qui cherchent vraiment finissent toujours par poser des questions désagréables. Pourquoi les pauvres sont-ils pauvres ? Pourquoi les riches sont-ils riches ? Pourquoi l’école reproduit-elle ce qu’elle prétend combattre ? Pourquoi l’innovation ressemble-t-elle si souvent à une machine à vendre des objets inutiles avec une application mobile ?

Non. Le pouvoir politique préfère une recherche bien élevée. Une recherche coiffée, budgétée, évaluée, classée, managée. Une recherche qui dit « impact sociétal » avant même d’avoir eu le temps d’émettre une pensée. Une recherche qui, comme un produit bien emballé, promet à l’avance qu’elle sera utile, rentable, transférable, valorisable, visible, durable, inclusive, innovante, interdisciplinaire et probablement biodégradable. Le tout pour une enveloppe qui permet de financer quelques projets et d’en laisser beaucoup d’autres sur le carreau.

Lors de l’appel FRHE 2024, 37 projets éligibles ont été soumis et 9 ont été sélectionnés, soit environ un projet sur quatre. C’est un système qui demande à des équipes entières de consacrer des semaines, parfois des mois, à construire une cathédrale administrative dont les trois quarts finiront au cimetière des PDF. Il faut être banquier pour y voir une politique scientifique. Un terme plus approprié pourrait être « machine à trier les vocations » : quelques-unes ressortent financées, les autres apprennent à appeler leur découragement « résilience ».

Pexels.

Le chercheur enthousiaste commence par lire le règlement. C’est son premier test. S’il survit, il découvre qu’il doit formuler une question de recherche, constituer un consortium, prévoir un calendrier, détailler les lots de travail, anticiper les résultats, décrire les risques, montrer l’impact, prouver la faisabilité, quantifier l’innovation, expliquer la dissémination, prévoir la valorisation, intégrer le genre, les objectifs de développement durable, la transition numérique, la transition écologique, la transition énergétique, la transition administrative et, si possible, la transition vers un état psychique compatible avec la poursuite de son existence.

Ensuite vient l’évaluation. Là aussi, tout est prévu pour rassurer. Votre projet ne sera pas abandonné à l’arbitraire d’une seule personne mal lunée ayant mal dormi dans un hôtel Ibis avant de lire votre résumé. Non. Il sera examiné par plusieurs experts, avec des critères pondérés. Pour le FRHE 2025-2026, les critères annoncés étaient par exemple la qualité scientifique, l’impact sociétal potentiel et la qualité de mise en œuvre, respectivement pondérés à 60 %, 30 % et 10 %. C’est beau, la pondération. Ça donne à l’injustice éventuelle une allure de recette de cake. Vous avez donc deux experts scientifiques. S’ils ne sont pas d’accord, on en ajoute un troisième, ce qui rappelle cette grande vérité démocratique : quand deux personnes ne suffisent pas à produire une décision discutable, il faut en trouver une troisième.

Puis arrive le moment merveilleux de l’impact. L’impact, c’est l’avenir radieux de la recherche. Avant, on demandait à une recherche si elle était juste, rigoureuse, originale. Aujourd’hui, on lui demande si elle va avoir de l’impact, comme une campagne de publicité pour une lessive, une trottinette connectée ou une nouvelle gamme de yaourts au bifidus. Votre projet étudie les inégalités scolaires ? Très bien. Quel impact ? Votre projet analyse les violences institutionnelles ? Très bien. Quel impact ? Votre projet montre que l’obsession de l’impact détruit les conditions mêmes d’une pensée critique ? Très intéressant. Mais pourriez-vous préciser l’impact de votre critique de l’impact, idéalement sous forme d’indicateurs mesurables ?

Et puis, au bout de la chaîne, il y a le gouvernement. C’est lui qui sélectionne finalement les projets financés. Il faut reconnaître que c’est pratique. Si votre recherche risque d’être trop critique envers le pouvoir, elle pourra toujours produire un effet mesurable : non pas sur la société, bien sûr, ni sur les politiques publiques ou sur votre compte bancaire, mais sur votre niveau de désillusion institutionnelle. Ce n’est pas exactement un indicateur d’impact, mais il a l’avantage d’être robuste. On me dira : « Mais enfin, tu exagères. Il faut bien évaluer. Il faut bien choisir. L’argent public n’est pas infini. » Bien sûr. C’est même précisément le problème : on organise la rareté, puis on appelle « excellence » la capacité à survivre dedans. On affame un secteur, puis on félicite les plus musclés d’avoir réussi à ramper jusqu’à la gamelle.

Pexels.

Apparaît alors la figure centrale de la recherche contemporaine : celle du bon chercheur, reconnaissable à la taille de son H-index. Jadis, les savants avaient des idées, des controverses, des correspondances, parfois des barbes. Aujourd’hui, ils ont des indicateurs. Le H-index est cette merveilleuse invention qui permet de donner une apparence scientifique à une vieille passion humaine : comparer la taille de ses attributs symboliques en prétendant parler d’excellence.

La communauté scientifique elle-même sait pourtant que ces métriques posent problème. La Déclaration de San Francisco sur l’évaluation de la recherche — DORA — appelle à améliorer les façons d’évaluer la production scientifique et critique notamment l’usage abusif des indicateurs bibliométriques dans les décisions d’évaluation. Mais c’est comme les recommandations nutritionnelles : tout le monde sait qu’il faut manger moins gras, moins sucré, moins salé, et pourtant la frite sauce andalouse continue d’avoir un avenir institutionnel solide.

Quand un chercheur devient vraiment « bon », c’est-à-dire quand ses indicateurs atteignent une taille socialement enviable, il est promu. Et quand il est promu, souvent, il ne cherche plus. Il coordonne, pilote, supervise. Il rédige des projets permettant d’obtenir l’argent qui permettra d’engager des chercheurs précaires qui, eux, chercheront vraiment, publieront vraiment, s’épuiseront vraiment, et contribueront discrètement à l’élargissement de l’attribut du chef.

Le chercheur précaire devient alors une sorte de complément alimentaire pour carrière académique. On le recrute pour deux ans, parfois trois, le temps qu’il produise des données, des articles, des rapports intermédiaires, des rapports finaux, des communications, des annexes, des preuves d’impact, puis on lui explique avec beaucoup d’émotion que son contrat touche à sa fin, mais que son travail a été très apprécié. Et c’est bien vrai. Son travail a été tellement apprécié qu’il est désormais dans le CV de quelqu’un d’autre.

Je force le trait ? À peine. La précarité académique est devenue un sujet de recherche en soi. Admirez plutôt : le système produit de la précarité, puis finance des recherches précaires sur la précarité des chercheurs. Des articles récents parlent même du precarity dividend (prime à la précarité), le bénéfice que certains acteurs plus stables peuvent tirer du travail des chercheurs précaires. C’est la version universitaire de la spéculation boursière : on mise sur l’exploitation à bas coût de travailleurs précaires pour gonfler son portefeuille de publications, puis on liquide l’humain dès que le dividende est encaissé.

Pexels.

Et maintenant, voilà que les Hautes Écoles sont invitées à entrer pleinement dans cette grande fête. Elles aussi doivent devenir des actrices de la recherche, de l’innovation, du développement, du rayonnement, de la compétitivité, de l’écosystème. Elles aussi doivent parler la langue merveilleuse des appels à projets, des livrables, des partenariats stratégiques, de la valorisation, des objectifs transversaux et de l’impact sociétal potentiel.

Je ne nie pas qu’il existe de beaux projets, des collègues sincères, des recherches utiles, des équipes courageuses. Bien sûr qu’il y en a, et c’est même ce qui rend la situation plus triste. Ce système fonctionne parce qu’il capture des désirs authentiques : celui de découvrir, de comprendre, d’agir, de faire mieux. Mais ces désirs, au lieu d’être soutenus, sont dévoyés pour exacerber la compétition de chacun contre tous. On ne demande pas aux chercheurs de chercher. On leur dit :

« Convainquez-nous que vous méritez peut-être d’avoir le droit de chercher, à condition de prouver avant de commencer que ce que vous n’avez pas encore trouvé produira des résultats mesurables dans les vingt-quatre mois. »

La scène est presque belle, si l’on aime l’absurde. Pour avoir le droit de chercher, il faut d’abord expliquer ce que l’on va trouver. Pour avoir le droit de découvrir, il faut prédire la découverte. Pour avoir le droit de douter, il faut remplir une grille dans laquelle le doute n’apparaît nulle part.

Alors oui, cher·es collègues enthousiastes, déposez des projets si vous le voulez. Faites-le même, parfois, parce qu’il faut bien arracher quelques moyens là où ils se trouvent. Mais ne confondez pas le guichet avec la recherche. Ne confondez pas l’appel à projets avec l’appel du large. Ne confondez pas le formulaire avec la pensée. Le danger n’est pas seulement que quelques projets soient refusés. Le danger est plus discret, plus profond, plus quotidien : c’est que nous finissions par intérioriser cette logique. Que nous apprenions à nous vendre avant de penser. À calibrer nos questions avant de les poser. À traduire nos colères en livrables, nos doutes en indicateurs, nos intuitions en diagrammes de Gantt.

Pexels.

Ce matin, en refermant ce mail, je me suis souvenu de la lettre de démission d’Annick Stevens que j’avais lue à la fin de ma thèse comme on lit un avertissement. Elle y décrivait une université renonçant peu à peu à sa fonction critique, absorbée par l’économisme, la concurrence et les standards productivistes. Je croyais alors lire le témoignage d’un monde que j’étais en train de quitter. Près de quinze ans plus tard, je comprends que je lisais peut-être la brochure d’accueil du monde qui arrivait.

Les Hautes Écoles aussi ont désormais leur vocabulaire de start-up, leur arobase pour faire moderne et probablement bientôt leur baby-foot stratégique. On nous dira que c’est le progrès. Que c’est une reconnaissance. Que c’est une chance. Mais une chance de quoi ? De chercher vraiment ? Ou d’apprendre à promettre, à calibrer, à séduire, à convertir nos questions en dossiers recevables ?

Si la recherche sert encore à quelque chose, c’est peut-être d’abord à refuser les évidences trop bien emballées. Et celle-ci en particulier : ce n’est pas parce qu’un système finance quelques recherches qu’il la soutient. Parfois, il l’organise simplement de manière à ce qu’elle ne dérange pas trop.

Un lecteur


Photo de couverture : Pexels.

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26.05.2026 à 17:00

Kinshasa : la capitale congolaise étouffe sous ses déchets

Mr Mondialisation

À Kinshasa, mégapole de plus de 15 millions d’habitants et capitale de la République démocratique du Congo, la gestion des déchets est devenue l’un des défis environnementaux et sanitaires les plus préoccupants. Certaines statistiques révèlent que chaque jour, la ville génère plus de 12 000 tonnes de déchets solides, dont environ 40 % sont constitués […]

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Texte intégral (2183 mots)

À Kinshasa, mégapole de plus de 15 millions d’habitants et capitale de la République démocratique du Congo, la gestion des déchets est devenue l’un des défis environnementaux et sanitaires les plus préoccupants. Certaines statistiques révèlent que chaque jour, la ville génère plus de 12 000 tonnes de déchets solides, dont environ 40 % sont constitués de matières plastiques. Ces déchets, souvent abandonnés dans les rues, les marchés, les caniveaux ou les cours d’eau, contribuent à l’insalubrité de la ville, aggravent les inondations pendant les saisons de pluie et favorisent la propagation de maladies.

Au fil des années, plusieurs mesures ont été adoptés par les autorités afin de limiter la production, l’importation et l’utilisation des sacs ainsi que d’autres emballages plastiques à usage unique. Des initiatives citoyennes, des organisations environnementales et des programmes publics tentent de sensibiliser la population et de promouvoir des pratiques plus durables.

Cependant, ces efforts demeurent encore limités au regard de l’ampleur de la pollution qui continue de dégrader le cadre de vie des habitants et de menacer les écosystèmes urbains de la capitale congolaise. L’application des textes reste largement insuffisante en raison du manque de contrôle, de l’absence d’alternatives accessibles pour les consommateurs et de la faiblesse des infrastructures de collecte et de recyclage.

Inaction, confusion institutionnelle et stratégies stériles

Selon Joël Munongo Yula, docteur en science politique, le problème des déchets persiste à cause de la faible capacité du gouvernement provincial de Kinshasa et des municipalités, pourtant décentralisées, à mobiliser les ressources nécessaires pour définir le problème et mettre en place des dispositifs de gestion. L’absence de coordination entre les paliers de pouvoir, notamment, le gouvernement central, la province et les municipalités, est l’une des entraves de l’action publique en matière des déchets, ajoute ce chercheur.

Concrètement, la gestion des déchets à Kinshasa souffre d’un problème de répartition des compétences. En théorie, la décentralisation confère des responsabilités aux communes et à la province en matière d’assainissement. Mais dans la pratique, le pouvoir reste fortement centralisé et les municipalités disposent de peu d’autonomie financière et technique. 

Au niveau national, le ministère de l’environnement a mis en place un document de cadrage sur la politique nationale des déchets, définie comme un aspect de la politique nationale d’assainissement (PONA). Cette stratégie était censée être mise en place depuis 2017. À ce jour, cette stratégie se présente encore sous forme de projet en étude.

Le rapport final des études de faisabilité du Projet de gestion intégrée des déchets de la Ville-Province de Kinshasa a été présenté, au mois de mai 2026, en présence du Ministre d’État Guylain Nyembo. Selon lui, « l’ambition de ce projet est d’ériger un centre de tri et de valorisation énergétique des déchets, conçu non seulement comme une infrastructure opérationnelle, mais également comme le pionnier d’un modèle reproductible à l’échelle métropolitaine et nationale ».

Face à cette ambition, la méfiance reste de mise. En effet, selon l’étude de Joël Munongo Yula, « depuis plus de trois décennies de nombreux projets sur la gestion des déchets à Kinshasa existent dans les administrations » mais les finalités des projets restent imprécises, le plan de déroulement occulté et les actions parfois inachevées et abandonnées.

Marché de Kinshasa. Wikimedia.

Urbanisation défaillante, une des causes

En avril 2025, les pluies diluviennes qui ont frappé Kinshasa ont causé plusieurs dizaines de morts, des centaines de ménages sinistrés et d’importants dégâts matériels. Au-delà des fortes précipitations, plusieurs observateurs et autorités locales ont mis en cause la mauvaise gestion des déchets dans la capitale : les immondices jetés dans les caniveaux et les rivières auraient contribué à obstruer les voies d’évacuation des eaux, aggravant ainsi les inondations dans plusieurs communes de la ville.

Dans ce contexte, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe a annoncé la convocation, le 16 avril 2025, de la Première ministre Judith Suminwa ainsi que des ministres sectoriels concernés, notamment ceux des Finances et du Budget, afin qu’ils répondent devant les députés aux questions relatives aux mesures préventives et à la gestion de cette catastrophe.

Par ailleurs, plusieurs acteurs institutionnels et de la société civile ont rappelé que ces inondations récurrentes sont aggravées par des problèmes structurels tels que l’insalubrité, les constructions chaotiques et la mauvaise gestion des déchets. Vital Kamerhe lui-même a évoqué les conclusions d’un rapport parlementaire sur l’insalubrité à Kinshasa, qui alertait déjà sur les risques d’inondation dans la capitale congolaise.

Pluie diluvienne le 22 Mars 2022 à Kinshasa. Wikimedia.

Des croyances populaires, un défi face à l’urgence sanitaire

Dans une étude consacrée aux perceptions populaires de l’environnement urbain à Kinshasa, Francis Lelo Nzuzi souligne l’influence de certaines croyances sur la gestion de la pollution dans la capitale congolaise. Le chercheur explique que de nombreux habitants attribuent les phénomènes d’érosion, d’inondations et d’accumulation des déchets à des causes surnaturelles.

Selon son analyse, les Kinois avancent principalement trois explications aux érosions qui touchent la ville : certains y voient une manifestation de la colère divine face aux fautes morales attribuées aux habitants, notamment en lien avec la transgression des Dix Commandements. D’autres explications relèvent de la sorcellerie, présentée comme une force hostile au développement de la ville, tandis que certains invoquent le mécontentement de chefs coutumiers face à l’occupation de terres considérées comme leur patrimoine.

Dans un autre registre, des pratiques s’appuient parfois sur des stéréotypes selon lesquels les populations noires seraient naturellement plus résistantes aux maladies et aux microbes. Cette idée, largement relayée dans des expressions populaires et des proverbes, participe à banaliser les risques sanitaires et à minimiser la gravité des conditions d’hygiène dégradées.

Pourtant, aucune base scientifique ne valide l’existence d’une immunité biologique particulière liée à la couleur de peau. Les connaissances médicales établissent au contraire que l’exposition prolongée à l’insalubrité accroît les risques de maladies infectieuses et de dégradation de la santé publique.

Dans ce contexte, la persistance de ces représentations ne peut être réduite à un simple problème technique de gestion des déchets. Elle révèle aussi des enjeux culturels et éducatifs plus larges, où certaines croyances et stéréotypes continuent d’influencer la perception des risques sanitaires et environnementaux, avec des conséquences concrètes sur la santé des populations.

Une politisation des déchets pendant la campagne électorale

La question de l’insalubrité est devenue un thème politique récurrent, particulièrement pendant les campagnes électorales. Les candidats et dirigeants utilisent régulièrement l’image de la ville sale, des montagnes d’ordures et des caniveaux bouchés comme un symbole de l’échec des autorités en place, mais surtout comme une promesse de changement capable de convaincre les électeurs. La saleté urbaine devient un outil de mobilisation politique et de conquête du pouvoir avec une ambition de la résoudre.

En ce sens, sur Top Congo FM, lors de l’émission Le débat du 22 avril 2024, Kevin Bolamba, candidat gouverneur de la ville de Kinshasa se montrait très préoccupé par la salubrité de la ville de Kinshasa : « J’ai identifié les problèmes des Kinois, je suis un homme de terrain. Nous avons un problème d’insalubrité qui ne permet pas de vivre paisiblement (…) l’assainissement du cadre de vie et gestion de l’espace »

Le cas de ce candidat n’était pas isolé. Lors des campagnes électorales de 2006 à 2024, il s’observait des conflictualités et concurrences entre les différents acteurs et candidats aux élections qui utilisaient le discours sur les déchets afin de persuader les électeurs et de contrôler le fief électoral. Or, jusque maintenant, le problème de salubrité dans la ville de Kinshasa n’a jamais eu une réponse adéquate.

Pour Byamungu Simon Walungu, ingénieur architecte interviewé dans le cadre de cet article, la définition des responsabilités du pouvoir central et des autorités provinciales doivent être mises en place afin de désambiguïser le rôle de chacun.

« Le pouvoir central doit élaborer des lois, règlements, mobiliser les financements, réaliser des études d’impact environnemental stratégique et social et faire le suivi et le contrôle du respect des normes et textes réglementaires. Pour le pouvoir provincial, il doit élaborer des stratégies de mise en œuvre de la politique nationale d’assainissement au niveau provincial et élaborer des programmes de renforcement des capacités dans le secteur de l’assainissement »

La lutte contre la pollution dans Kinshasa ne peut être efficace sans une stratégie globale associant les autorités publiques, les citoyens et les partenaires internationaux. L’amélioration de la gestion des déchets, le renforcement de l’urbanisme, la réhabilitation des infrastructures d’assainissement, le recyclage ainsi que la sensibilisation de la population apparaissent comme des solutions indispensables pour réduire l’insalubrité qui menace la santé publique et l’environnement urbain.

Therence Hategekimana


Photo de couverture : France 24

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25.05.2026 à 13:47

Comment Macron verrouille la République avant de quitter l’Élysée

Simon Verdiere

Dans moins d’un an, la France aura changé de président. Emmanuel Macron ne pourra en effet pas se représenter en 2027 et sera remplacé par un nouveau visage. Pour autant, avant de partir, le chef de l’État positionne ses pions au sein de l’Administration pour imposer son héritage. Si un dirigeant en rupture avec le […]

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Texte intégral (1521 mots)

Dans moins d’un an, la France aura changé de président. Emmanuel Macron ne pourra en effet pas se représenter en 2027 et sera remplacé par un nouveau visage. Pour autant, avant de partir, le chef de l’État positionne ses pions au sein de l’Administration pour imposer son héritage.

Si un dirigeant en rupture avec le courant actuel arrivait à la tête du pays en 2027, sa tâche serait considérablement compliquée par les dernières forces lancées dans la bataille par le Président actuel. En plaçant de nombreux proches à des postes clefs, Emmanuel Macron verrouille les institutions par un réseau fidèle à ses idées. Une tendance inquiétante qui appelle plus que jamais à une refonte de notre système politique et une redistribution démocratique du pouvoir.

Les rouages de la Ve république

Au sein d’une Ve République à bout de souffle, le locataire de l’Élysée et sa majorité disposent de nombreux droits de nomination à des postes cruciaux. Alors que certaines de ces fonctions sont censées constituer un contre-pouvoir face à l’exécutif.

Or, Emmanuel Macron semble bien décidé à utiliser ses prérogatives pour installer ses proches à des places importantes. Après Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel, puis Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, le premier élu de France vient de désigner Emmanuel Moulin, ancien secrétaire général de l’Élysée pour diriger la banque de France, et Marc Guillaume, ex-secrétaire général du gouvernement, à la vice-présidence du Conseil d’État. Une façon pour le fondateur de Renaissance de mettre des bâtons dans les roues de son futur successeur.

Un pouvoir tentaculaire

En soi, il serait déjà sain de remettre en question l’excès de pouvoir de désignation des élus. Au nom de quel idéal démocratique les représentants au sommet de l’État auraient-ils le droit de choisir tant de personnes à des places aussi importantes ?

D’autant que ce pouvoir concerne un nombre de sphères incalculables qui devraient pourtant être aux mains des citoyens et non d’élus en clair conflit d’intérêts. On peut ainsi citer, pêle-mêle, le Conseil d’État, l’ARCOM, la CNIL, l’autorité de la concurrence, l’audiovisuel public, l’inspection des finances, les préfets, les ministres, la direction du Trésor, les grandes entreprises publiques (EDF, SNCF, la Poste, RATP, etc.), et bien d’autres encore. De quoi imposer un contrôle quasi total sur le pays.

Le Conseil d’État détient, d’ailleurs, une influence considérable pour bloquer des mesures gouvernementales ou prendre des décisions hautement symboliques, comme lorsqu’il a validé le choix de l’exécutif de situer la France insoumise à l’extrême gauche, contre toute forme de logique.

L’exemple du Conseil constitutionnel

Le Conseil constitutionnel, quant à lui, est censé s’opposer aux transgressions de la Constitution. Pourtant, il est également désigné par les hautes sphères du pouvoir. Après dix ans d’exercice, Emmanuel Macron y a fait installer six membres sur neuf. Et cinq d’entre eux seront encore là au moins jusqu’en 2031, autrement dit la majorité.

Or, cette domination macroniste représente une protection considérable pour l’antique constitution de 1958. Ainsi, en théorie, il faudrait l’aval de l’Assemblée et du Sénat pour pouvoir la modifier. Or, le système électif anti-démocratique du Palais du Luxembourg lui assure une hégémonie bourgeoise permanente.

Imaginons, par exemple, qu’en 2027, Jean-Luc Mélenchon arrive à la tête de l’État. S’il décide de changer de constitution comme le prévoit son programme, il n’aura d’autre choix que passer par référendum, ne disposant pas de l’appui nécessaire au Sénat. Or, dans ce cas, certains constitutionnalistes affirment que ce procédé ne respecterait pas notre texte suprême. Et bien qu’il existe un précédent avec Charles de Gaulle en 1962, c’est le Conseil constitutionnel qui pourrait avoir le dernier mot.

Des postes parfois verrouillés pour longtemps

Certains pourraient arguer que tous les présidents de la cinquième république ont œuvré de cette façon, et que tout ce qui a été construit par l’un pourra être démantelé par le suivant. Et cet argument peut s’entendre sur certaines postes.

Pour d’autres, en revanche, ces nominations sont irrévocables. Ainsi, le poste d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes lui est garantie jusqu’à ses 68 ans. Or, celle-ci n’étant âgée que de quarante ans, elle pourrait rester en place jusqu’en 2053 ! Cette partisane de l’austérité budgétaire pourra alors mettre la pression sur les futurs gouvernements en produisant des rapports visant à détériorer les services publics au profit de la privatisation. Un argument de poids dans le débat politique pour l’avenir.

La banque de France comme blocage économique

Le constat est de même nature avec le gouverneur de la banque de France. Celui-ci est en effet nommé pour une durée de six ans. Autrement dit, en choisissant Emmanuel Moulin, le président Macron impose à son successeur un dirigeant néolibéral pendant l’intégralité de son mandat. Inquiétant lorsque l’on sait que celui-ci pèse sur les taux d’intérêt, le crédit, ou la stabilité financière.

De ce fait, si un président de gauche veut investir ou nationaliser massivement, ou bien sortir des règles budgétaires européennes, la banque de France pourra mettre tout son poids dans la balance pour effrayer la population, parler de risque économique et ainsi affoler les marchés et renforcer la pression de Bruxelles. Autant dire que le prochain locataire de l’Élysée devra s’avérer particulièrement solide dans ses convictions pour résister à de tels leviers.

Un système à bout de souffle

Même si ces aller-retour entre public et privé, et ce jeu de réseau n’ont rien d’inhabituel dans les hautes sphères de l’État, la Macronie paraît avoir franchi un nouveau palier dans le verrouillage des institutions.

Ces agissements sont une énième démonstration d’un système qui se tourne vers l’autoritarisme pour maintenir ses politiques à l’œuvre. Pour autant, les multiples crises, qu’elles soient sociales, environnementales ou démocratiques, pourraient soulever une force au sein de la population. Reste à savoir si cette force sera canalisée par une gauche de rupture ou phagocytée par une gauche complaisante avec le système en place, ou pire l’extrême droite.

Simon Verdière


Photo de couverture : Emmanuel Macron. Wikimedia.

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24.05.2026 à 06:00

Association Routes Vivantes, policiers et Brésil : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.  1. Animaux écrasés sur les routes : création de l’association Routes vivantes Une association nommée Routes vivantes a été créée pour réduire la mortalité des animaux sauvages due aux collisions routières. Elle cherche à sensibiliser les […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer. 

1. Animaux écrasés sur les routes : création de l’association Routes vivantes

Une association nommée Routes vivantes a été créée pour réduire la mortalité des animaux sauvages due aux collisions routières. Elle cherche à sensibiliser les automobilistes et à travailler avec les collectivités pour améliorer les passages à faune et mieux intégrer la biodiversité dans l’aménagement des infrastructures routières. (Le Zéphyr)

2. Des policiers appellent à désobéir aux ordres contre la liberté de la presse

Une association de policiers, PRC, dénonce les violences et entraves subies par les journalistes lors de manifestations. Elle appelle à sanctionner les comportements abusifs et invite même les policiers à refuser certains ordres jugés contraires à la liberté de la presse, tout en critiquant la concentration des médias. (Blast)

3.Vallée de l’Arve : des habitants participent à la recherche sur les pollutions

Dans la vallée de l’Arve (Haute-Savoie), l’une des zones les plus polluées de France, des habitants participent à un institut écocitoyen qui associe citoyens, scientifiques, élus et acteurs locaux. Ensemble, ils définissent les thèmes de recherche en santé-environnement (qualité de l’air, de l’eau, des sols, impacts sur la santé) afin de produire des études utiles aux décisions publiques et mieux comprendre les effets des pollutions locales. (Vert)

4. Dans un village de la Meuse, les habitants décident directement des projets locaux

À Ménil-la-Horgne, une assemblée citoyenne permet aux habitants de voter directement sur les projets du village (équipements, services, énergie). Le maire et le conseil municipal mettent ensuite en œuvre les décisions prises collectivement. Le dispositif renforce la participation et la cohésion locale, même s’il ne fait pas l’unanimité parmi les habitants.(Reporterre)

5. Au Brésil, réforme fiscale pour alléger la classe moyenne et taxer davantage les riches

Le gouvernement brésilien a adopté une réforme de l’impôt sur le revenu qui relève le seuil d’exonération, permettant à des millions de ménages de la classe moyenne de ne plus payer d’impôt. En parallèle, la contribution des plus riches est augmentée via la taxation des dividendes et un impôt minimum sur les très hauts revenus. (La Relève et la Peste)

6. Sanctuaire pour éléphants au Portugal : une alternative à la captivité en Europe

Un sanctuaire pour éléphants ouvre dans le sud du Portugal, dans la région de l’Alentejo. Il doit accueillir des animaux issus de cirques et de zoos européens, dont Julie, dernière éléphante de cirque du Portugal, et Kariba, une éléphante vivant seule dans un zoo en Belgique. (The Guardian)

7. Un nouveau scanner pour détecter l’endométriose

Des chercheurs d’Oxford testent un nouveau type de scanner combiné à un traceur pour détecter plus tôt l’endométriose. L’objectif est de réduire les années d’attente avant diagnostic, souvent très longues avec les méthodes actuelles. Les premiers résultats sont encourageants mais doivent être confirmés par des études plus larges. (BBC)

8.Victoire juridique contre la vénerie sous terre des blaireaux dans le Tarn-et-Garonne

Le tribunal administratif de Toulouse a annulé un arrêté préfectoral autorisant la chasse des blaireaux en période complémentaire dans le Tarn-et-Garonne. La décision juge cette pratique illégale, notamment car elle pouvait toucher des jeunes blaireaux encore dépendants dans les terriers. Les associations de protection de la nature obtiennent ainsi une victoire après plusieurs années de recours.(ASPAS)

Un modèle de placenta artificiel pour mieux tester les médicaments pendant la grossesse

Des chercheurs de l’Université de Berne ont développé un modèle de placenta artificiel en laboratoire pour étudier comment les médicaments passent de la mère au fœtus. L’objectif est de mieux évaluer les risques, car les effets sur les femmes enceintes sont souvent mal connus et difficiles à tester. Ce système pourrait aussi réduire le recours aux tests sur les animaux. (Swisscom / blue News)

À Varsovie, des canards prioritaires sur la route au printemps

À Varsovie, en Pologne, des bénévoles et la police interrompent temporairement la circulation chaque printemps pour permettre à des canards sauvages de traverser une route en toute sécurité. Ces opérations protègent notamment les jeunes harles bièvres lors de leur déplacement vers la rivière Vistule. (France 24)

– Mauricette Baelen

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23.05.2026 à 06:00

Transphobie, Bolivie et fraude : les 10 actus de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Aux États-Unis, soutenir les personnes trans assimilé au « terrorisme » Dans sa nouvelle stratégie antiterroriste, l’administration Trump cible les mouvements jugés « pro-trans » ou antifascistes, assimilés à des menaces intérieures. Des […]

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Texte intégral (984 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Aux États-Unis, soutenir les personnes trans assimilé au « terrorisme »

Dans sa nouvelle stratégie antiterroriste, l’administration Trump cible les mouvements jugés « pro-trans » ou antifascistes, assimilés à des menaces intérieures. Des militant·es dénoncent une criminalisation grandissante de la solidarité envers les personnes trans et des dérives sécuritaires héritées de l’après-11 septembre. (Problematik)

2. En Bolivie, la politique ultralibérale du président Rodrigo Paz provoque une vague de colère sociale

Mineurs, routiers, enseignants et agriculteurs manifestent depuis plusieurs semaines contre la hausse des prix, les pénuries de carburant et plusieurs réformes du gouvernement. Face à une mobilisation grandissante, les syndicats réclament désormais la démission du président bolivien. (L’Humanité)

3.La majorité des fraudes à la Sécurité sociale viendraient des professionnels de santé

Selon la CPAM des Bouches-du-Rhône, 72 % des montants frauduleux détectés sont liés à des professionnels de santé et non aux assurés. L’enquête met en lumière l’ampleur des détournements opérés par certains centres médicaux, praticiens ou réseaux organisés. (Marsactu)

4. Thales a fourni des radars de surveillance à l’armée birmane en plein massacre des Rohingya

Une enquête révèle que le groupe d’armement Thales a vendu des radars à la junte birmane entre 2017 et 2020, malgré un embargo européen et dans un contexte de répression violente des Rohingyas. Ces équipements soulèvent des soupçons de complicité indirecte dans la surveillance et la répression de civils. (Disclose)

5.Exécutions en hausse et recul global de l’abolition de la peine de mort

Un rapport d’Amnesty International indique une forte augmentation des exécutions dans plusieurs pays, dont les États-Unis, l’Iran ou l’Arabie saoudite, faisant grimper le nombre mondial à un niveau inédit depuis 44 ans. L’organisation dénonce l’usage de la peine de mort comme outil de répression politique et d’intimidation. (Common Dreams)

6.La Cour suprême américaine suspend une décision menaçant l’accès à la pilule abortive

La Cour suprême des États-Unis a temporairement bloqué une décision qui aurait restreint l’accès à la mifepristone par téléconsultation et livraison postale, maintenant ainsi l’accès au médicament dans plusieurs États. Cette affaire illustre les tensions juridiques persistantes autour du droit à l’avortement après l’annulation de Roe v. Wade. (Mother Jones)

7.Un dispositif unique en langue des signes pour la déclaration d’impôts à Dijon

Un centre des Finances publiques de Dijon met en place un accompagnement inédit en langue des signes pour aider les personnes sourdes ou malentendantes à effectuer leur déclaration de revenus en face-à-face. L’initiative vise à améliorer l’accessibilité administrative et à réduire la dépendance aux dispositifs uniquement numériques. (France Bleu)

8.La facture de gaz va baisser de 4,8 % en juin pour 6 millions de ménages

Après une forte hausse en mai, le prix du gaz recule légèrement en juin pour les foyers ayant un contrat indexé sur le prix repère de la CRE. Cette baisse reste limitée et ne compense qu’une partie de la hausse précédente, mais apporte un léger soulagement aux consommateurs concernés. (L’Indépendant)

9. Trois morts dans une attaque contre une mosquée à San Diego, sur fond de haine islamophobe aux États-Unis

Une attaque armée menée par deux adolescents contre une mosquée en Californie a fait trois morts avant que les assaillants ne se suicident. L’enquête privilégie un mobile islamophobe, dans un contexte de montée des discours de haine et de tensions religieuses dans le pays. ( L’Humanité )

10. Des pesticides interdits retrouvés dans des aliments importés vendus en Europe

Une enquête de l’association Foodwatch révèle que de nombreux produits alimentaires importés (thés, épices, riz) vendus en Europe contiennent des résidus de pesticides interdits, parfois au-delà des seuils légaux. L’ONG dénonce des failles dans la réglementation européenne et appelle à un durcissement des contrôles et à l’interdiction totale de ces substances dans les importations. (Vert)

– Mauricette Baelen

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22.05.2026 à 06:00

L’Histoire est un bien commun, pas une marchandise

Simon Verdiere

À une période où les fantômes du passé semblent ressurgir, l’importance de conserver notre patrimoine historique demeure plus que jamais déterminante. Or, le capitalisme appose, là encore, sa griffe sur des objets et des lieux privatisés par de grandes fortunes et retirés d’accès à la population. Lorsque l’on visite un musée ou un site historique, […]

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Texte intégral (1625 mots)

À une période où les fantômes du passé semblent ressurgir, l’importance de conserver notre patrimoine historique demeure plus que jamais déterminante. Or, le capitalisme appose, là encore, sa griffe sur des objets et des lieux privatisés par de grandes fortunes et retirés d’accès à la population.

Lorsque l’on visite un musée ou un site historique, on reste souvent contemplatif devant des vestiges ou des témoignages aussi remarquables de siècles lointains. Ces visites permettent également d’ouvrir une réflexion sur le présent en tirant des leçons d’époques révolues. Mais face aux États néolibéraux et à leurs cures d’austérité, l’Histoire n’est parfois plus perçue que comme une ressource économique. Pour endiguer ce phénomène, une réappropriation collective du patrimoine devient plus que jamais indispensable.

Une logique de marché

Notre patrimoine commun est parfois soumis à un système marchand comme n’importe quel autre objet, en particulier dans certaines nations, tels les États-Unis. Ainsi, au pays de l’oncle Sam, un fossile de dinosaure découvert sur un terrain privé appartient au propriétaire et non à l’État.

Dès lors, ce fonctionnement a engendré l’apparition de centaines de « chasseurs de dinosaures » qui sillonnent la région pour obtenir l’accord des ayants droit afin de fouiller leurs terres et partager les bénéfices. Certains spécimens peuvent en effet se revendre plusieurs millions de dollars auprès de riches collectionneurs. Et pendant ce temps, ces découvertes extraordinaires échappent aux scientifiques, aux musées et au regard des citoyens.

Ce type d’exemple ne fait malheureusement pas exception et tend à se généraliser dans l’ensemble du milieu. Les antiquités, en particulier lorsqu’elles ont une valeur artistique, deviennent ainsi de plus en plus de véritables actifs financiers sur lesquels la spéculation va bon train. Et à ce petit jeu, les établissements publics ne peuvent tout simplement pas rivaliser avec les grandes fortunes.

Un milieu sous pression économique

Si les institutions nationales de la conservation historique ont tant de mal à rivaliser avec les riches collectionneurs, c’est bien, avant tout, du fait de décisions politiques. En effet, c’est d’abord l’État qui choisit le budget alloué à ce secteur.

En France, en 2025, seuls 4,5 milliards étaient consacrés à la culture, et à peine 1,2 milliard à la sauvegarde du patrimoine. Des sommes dérisoires en comparaison de la fortune de certains individus friands d’objets de ce type.

Une dépendance accrue au secteur privé

Avec un tel contexte, les musées et les institutions du patrimoine se retrouvent astreints de générer leurs propres fonds, que ce soit par la billetterie, mais aussi via le mécénat privé. Ainsi, la recherche de partenaires ou de « sponsors » va parfois fragiliser leur indépendance.

Les donateurs n’agiront alors que rarement pour l’amour des arts, mais bien souvent pour imposer leur vision sur les expositions ou la façon de mettre en valeur les œuvres. À tel point que des temples de la connaissance se voient contraints de se travestir en véritables relais publicitaires de leurs « bienfaiteurs ».

En outre, cette situation édicte également une logique de rentabilité où les lieux de patrimoine ne sont plus seulement destinés à enrichir la culture du public, mais bien à rester au-dessus d’une ligne de flottaison financière.

Cure d’austérité généralisée

In fine, dans le domaine du patrimoine, comme dans la santé, l’éducation, l’écologie et tous les autres, c’est bel et bien la logique d’austérité budgétaire qui règne. Le sous-financement chronique de ce milieu impose donc de mettre en place des solutions souvent problématiques.

Ce processus, justifié par la « nécessité de faire des économies », organisée par le pouvoir autour d’une raréfaction des recettes de l’État, ouvre en réalité la voie à la privatisation massive. De plus en plus de musées fleurissent d’ailleurs déjà en dehors du giron public. Il ne s’agit plus d’un complément, mais bien d’une lente substitution.

Manque d’investissements

Or, si le droit à la connaissance et à l’Histoire dépend de fonds privés, la situation pourrait rapidement devenir problématique. D’abord parce que, pour faire face aux cures d’austérité, les musées devront augmenter leur tarif pour survivre.

Ces augmentations conduiraient alors tout droit à un accès à la culture à deux vitesses, entre ceux qui pourraient se payer les billets d’un côté, et les autres. Ce processus ne pourrait qu’aggraver la fracture sociale entre les classes populaires et les plus aisés.

Le secteur public risque, en outre, de devenir incapable de développer, préserver, et mettre en valeur ses collections. Le Louvre, par exemple, possède 480 000 objets, mais n’en présente que 36000 (soit 7,5 %). Le reste dort dans des réserves à l’abri des regards des gens. Une politique d’État ambitieuse pourrait investir pour bâtir des antennes à travers toute la France afin d’exposer un maximum de ces œuvres, et déconcentrer la culture de la région parisienne, à l’instar du Louvre-Lens.

Un danger pour la culture libre

Dans le même temps, la pression exercée par le marché privé pourrait empêcher le public d’accéder à des œuvres accaparées par des collections de riches propriétaires. Mais pire encore, ces grandes fortunes pourraient elles-mêmes orienter une certaine lecture de l’Histoire en organisant des rétrospectives présentant les événements pour servir une idéologie particulière.

Ainsi, le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin tente d’infiltrer le monde de la culture et de l’histoire pour imposer son agenda politique. Croyant intégriste, il a, par exemple, bénéficié de l’image du musée d’Orsay en 2023 en soutenant une exposition consacrée au peintre catholique Louis Janmot.

On peut aisément imaginer les conséquences si les grandes fortunes identitaires augmentaient leur emprise sur le milieu de la mémoire. Il suffit d’ailleurs de voir ce que le nationaliste Philippe De Villiers a fait avec le Puy du fou, un parc à la gloire de la monarchie française, qui réécrit sans vergogne certains épisodes historiques.

Reprendre le contrôle

Cette substitution organisée du secteur public par le marché engendre donc une perte évidente de souveraineté populaire sur le patrimoine et le savoir. Dans cette logique de rentabilité où les musées et expositions sont gérées comme des entreprises, l’attractivité économique passe avant une mission éducative indispensable.

Dans ce cadre, il s’avère crucial que l’État reprenne la main sur son patrimoine et institutionnalise l’accès gratuit à la culture historique. Pour ce faire, un réinvestissement massif dans ce secteur est nécessaire pour sortir de la dépendance au mécénat privé et à la participation financière des visiteurs.

La marchandisation de l’Histoire et la perte de contrôle sur le récit de celle-ci pourraient, en effet, entraîner une dangereuse orientation des esprits. Parce qu’en oubliant l’Histoire ou en inculquant une version altérée de celle-ci, les risques de voir les populations basculer à nouveau vers certaines horreurs du passé deviennent plus grands. Un écueil à éviter absolument pour se préserver d’une dépossession politique et espérer l’avènement d’une société plus juste et égalitaire.

Simon Verdière


Photo de couverture : Galerie du Temps du Louvre-Lens par Jean-Pierre Dalbéra – flickr 

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