12.04.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Le Parlement européen approuve l’interdiction des deepfakes sexuels par IA Les eurodéputés ont voté à une large majorité l’interdiction des outils d’IA permettant de créer des images sexuelles ou de “nudifier” une personne […]
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Les eurodéputés ont voté à une large majorité l’interdiction des outils d’IA permettant de créer des images sexuelles ou de “nudifier” une personne identifiable sans son consentement. Le texte, qui vise notamment les usages liés à Grok sur X, doit désormais être négocié avec le Conseil de l’UE. (Toute l’Europe)
Dès la rentrée 2026, les étudiantes souffrant de règles douloureuses pourront s’absenter sans pénalité avec certificat médical, avant la mise en place prévue en 2027 de dix jours de congé menstruel annuels sans justificatif. (France Info)
La Suède oblige les propriétaires à vérifier l’état de leur chat au moins deux fois par jour et à lui assurer un contact social régulier, afin de prévenir stress, isolement et négligence. Cette réglementation, assortie de sanctions, fait du bien-être félin une obligation légale et relance le débat européen sur la protection animale. (Le Fonds Saint-Bernard)
La Fashion Week de Reykjavik adopte une politique sans fourrure après la diffusion d’images d’infiltration montrant blessures, cadavres et graves souffrances dans des élevages de visons islandais. Cette décision aligne l’événement sur d’autres grandes capitales de la mode et relance la pression pour une interdiction nationale de l’élevage à fourrure. (Humane World for Animals)
Près de 300 organisations ont lancé une initiative citoyenne européenne pour faire reconnaître le droit à une alimentation saine et durable, avec l’objectif d’imposer des indicateurs de suivi et une meilleure protection des agriculteurs comme des consommateurs face aux déséquilibres du système alimentaire. (La Relève et la Peste)
Le Brésil a fortement réduit l’insécurité alimentaire grâce au retour des aides sociales, des cantines scolaires, des achats publics auprès de l’agriculture familiale et de plans alimentaires locaux, relancés depuis le retour de Lula au pouvoir. (La Relève et la Peste)
Le NIH a annoncé un investissement record de 150 millions de dollars pour développer des méthodes de recherche biomédicale sans expérimentation animale, comme les organes sur puce, les tissus 3D et les simulations par IA. (Humane World Blog)
Le premier ministre canadien Mark Carney a présenté un plan de 3,8 milliards de dollars pour créer de nouveaux parcs et aires marines afin de protéger 30 % du territoire d’ici 2030, avec l’appui attendu du secteur privé.(Radio-Canada)
Le parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse va creuser 140 mares d’ici fin 2026 pour reconstituer un réseau de zones humides essentiel à 40 % de la biodiversité, en forêt comme dans les paysages agricoles. Ce projet vise notamment à soutenir amphibiens, chauves-souris et espèces emblématiques comme la cigogne noire. (RTBF)
À Bayanga, près du complexe protégé de Dzanga-Sangha, un centre des droits humains a traité 880 dossiers depuis 2022 et aide les populations autochtones Ba’aka à accéder à la justice, aux papiers d’identité et à la vie publique. Ce dispositif local, né dans un contexte de tensions entre conservation et droits autochtones, s’impose comme un outil de médiation et de paix sociale. (Mongabay)
* Image de couverture : Unsplash
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Silence médiatique autour d’accusations de torture à Gaza Une chronique d’Arrêt sur images relaie le témoignage d’une famille gazaouie accusant l’armée israélienne d’avoir détenu et torturé un enfant de 2 ans, tout en pointant […]
The post Gaza, flotille et Bagayoko : les 10 actus de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.Une chronique d’Arrêt sur images relaie le témoignage d’une famille gazaouie accusant l’armée israélienne d’avoir détenu et torturé un enfant de 2 ans, tout en pointant l’absence de reprise de cette affaire par les grands médias français. Le texte interroge ainsi les mécanismes d’invisibilisation médiatique du conflit. (Arrêt sur images)
Une vingtaine de voiliers ont quitté l’Estaque à Marseille avec à leur bord des militants pro-palestiniens déterminés à rejoindre Gaza pour tenter de briser le blocus israélien et acheminer des vivres. L’opération, préparée depuis plusieurs semaines, se veut à la fois humanitaire et symbolique. (Marsactu)
Des milliers de personnes se sont rassemblées à Saint-Denis en soutien au maire Bally Bagayoko après des propos racistes visant son élection, tandis que l’édile a porté plainte et dénoncé le silence de l’exécutif. Plusieurs figures de gauche ont participé à ce rassemblement contre le racisme et l’extrême droite. (La Relève et la Peste)
Malgré le cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, Israël poursuit ses frappes au Liban, exclu de l’accord selon les États-Unis et Israël. Téhéran menace de riposter, tandis que plus de 250 morts en une journée au Liban fragilisent déjà la trêve.(Reuters)
Le parquet de Paris a ouvert une enquête après la plainte d’un gendarme de la Garde républicaine, qui dénonce six années de discriminations et la réception d’une lettre anonyme raciste dans sa caserne parisienne. L’affaire relance les soupçons de racisme au sein de cette unité d’élite. (Mediapart)
Le navire Bandero, lié à Paul Watson et Sea Shepherd France, est entré en collision avec un chalutier norvégien pêchant le krill en Antarctique lors d’une action contre cette industrie jugée destructrice pour l’écosystème. Aucun blessé n’est signalé, malgré de vives accusations croisées entre militants écologistes et armateur. (Reporterre)
Un rapport provisoire de l’Inspection générale des finances dénonce des dépenses immobilières jugées injustifiées et des manquements dans le contrôle de médecins signalés comme dangereux, notamment à Grenoble. Plusieurs familles accusent l’Ordre d’avoir protégé un chirurgien mis en cause au détriment des patients. (franceinfo)
Dans plusieurs grandes villes, des bailleurs imposent illégalement des baux « code civil » réservés aux résidences secondaires pour échapper au plafonnement des loyers et réduire les droits des locataires. Cette pratique, facilitée par certaines plateformes, expose les occupants à des loyers excessifs, sans APL ni protections classiques. (StreetPress)
Malgré des destructions militaires, civiles et la mort de plusieurs hauts responsables, l’Iran revendique une « grande victoire » après le cessez-le-feu avec Washington et aborde les négociations en position de résistance, notamment sur Ormuz et le nucléaire. Le régime, affaibli mais toujours solide, mise sur sa capacité de nuisance régionale et la cohésion de son appareil sécuritaire. (franceinfo)
Après trois ans et demi au pouvoir, la popularité de Giorgia Meloni recule sur fond de scandales, d’échec relatif de sa politique migratoire et de tensions autour des libertés culturelles, des droits des femmes et des minorités. Son gouvernement apparaît davantage marqué par une continuité économique libérale et des offensives symboliques que par la rupture promise. (Politis)
* Visuel de couverture : Instagram de Bally Bagayoko
– Mauricette Baelen
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Mr Mondialisation
Le macareux moine, emblème des côtes bretonnes, a fortement décliné ces derniers mois, avec des épisodes d’échouages massifs. Camille Robert, coordinatrice nationale du Réseau Echouage Oiseaux Marins sur la façade Atlantique (REOMA) et membre de l’association de la protection des oiseaux (LPO) raconte. [Temps de lecture estimé : ~ 5 min] Chaque hiver, les côtes […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 5 min]
Chaque hiver, les côtes françaises révèlent une réalité souvent invisible en mer : celle de la mortalité des oiseaux marins.
Cette année, l’échouage de plusieurs dizaines de milliers de macareux moines sur la façade atlantique a particulièrement marqué les esprits, suscitant de nombreuses interrogations sur l’ampleur du phénomène, ses causes et ses conséquences. Elle a aussi suscité une mobilisation sans précédent de bénévoles prêts à se relayer de jour comme de nuit pour sauver l’oiseau marin, emblème de la Ligue de Protection des Oiseaux.
Si ces images des échouages impressionnent, elles ne représentent pourtant qu’une partie de la réalité. Les oiseaux retrouvés sur le littoral ne sont que la fraction visible d’une mortalité qui se joue en mer, largement difficile à quantifier. Derrière cet épisode, se dessinent des mécanismes complexes, mêlant conditions météorologiques, disponibilité des ressources alimentaires et dynamiques océaniques.
Cet événement, bien que rare, n’est pas inédit. Il s’inscrit dans une série d’épisodes similaires déjà observés par le passé – comme l’épisode de 2014 – et interroge sur le rôle possible de facteurs environnementaux plus larges, notamment dans un contexte de changements globaux. Pour Mr Mondialisation, nous avons eu la chance d’échanger avec Camille Robert, de la LPO, dû à sa forte chasse en Bretagne.
Camille : « Je suis Camille Robert, coordinatrice nationale du Réseau Echouage Oiseaux Marins sur la façade Atlantique (REOMA). Je travaille dans l’équipe Mer et Littoral au sein du service de réduction des pressions sur la biodiversité à la LPO France. »
Camille : « Environ 41 000 oiseaux ont été retrouvés échoués sur la façade atlantique française. Toutefois, il est difficile d’estimer le nombre réel d’individus morts en mer. Les oiseaux retrouvés sur le littoral ne représentent que la partie visible du phénomène.
Une estimation plus précise nécessiterait l’utilisation de modèles de dérive inverse – similaires à ceux développés pour les mammifères marins – et dépend de nombreux facteurs : flottabilité des cadavres, courants, vents ou encore conditions climatiques. Nous ne sommes qu’au début de l’analyse de ce phénomène. »
Camille : « Un événement très similaire avait déjà été observé en 2014, avec près de 43 000 macareux échoués sur les côtes françaises.
Si ces chiffres peuvent paraître impressionnants, ce type de phénomène n’est pas totalement inédit, mais il reste relativement rare. La visibilité de ces mortalités massives est en grande partie conditionnée par les tempêtes et les courants, qui favorisent l’arrivée simultanée d’un grand nombre de cadavres sur le littoral.
En réalité, une vague de mortalité des macareux se produit probablement chaque année en mer, mais elle passe souvent inaperçue car les oiseaux ne sont pas systématiquement poussés vers les côtes. Les échouages massifs rendent simplement ces phénomènes visibles, offrant aux scientifiques l’occasion d’étudier et de documenter les causes et l’ampleur de ces pertes.
Cette perspective rappelle que ces épisodes, bien que spectaculaires, s’inscrivent dans un cycle naturel de mortalité qui se joue en grande partie hors de notre regard. »

Camille : « Les analyses menées ont permis d’écarter la piste de la grippe aviaire. Les examens montrent des oiseaux maigres à très maigres, avec une perte de masse pouvant atteindre 30 à 50 %, ainsi qu’un état de déshydratation et un contenu digestif vide. Ces éléments orientent vers une hypothèse d’épuisement physiologique.
Les tempêtes pourraient avoir modifié la répartition des ressources alimentaires, en les rendant moins accessibles, notamment car situées plus en profondeur. Les macareux, qui plongent généralement à une dizaine de mètres (mais peuvent atteindre jusqu’à 60 mètres), auraient ainsi rencontré des difficultés accrues pour se nourrir, en particulier les individus les moins expérimentés.
Un lien direct avec une diminution globale des ressources halieutiques ne peut toutefois pas être établi à ce stade. »
Camille : « Non, les tempêtes à elles seules ne permettent pas d’expliquer l’ampleur des échouages observés. Elles constituent un facteur important, mais s’inscrivent dans un ensemble de mécanismes qui ont probablement agi simultanément.
« Les conditions météorologiques […] peuvent d’une part fragiliser les individus en augmentant leurs dépenses énergétiques, et d’autre part favoriser l’échouage des cadavres en les poussant vers le littoral. »
Les conditions météorologiques, notamment la succession de tempêtes, peuvent d’une part fragiliser les individus en augmentant leurs dépenses énergétiques, et d’autre part favoriser l’échouage des cadavres en les poussant vers le littoral. Elles rendent ainsi le phénomène plus visible, sans nécessairement en être l’unique cause.
D’autres facteurs entrent en jeu. L’âge des individus, par exemple, peut influencer leur capacité à faire face à des conditions difficiles, les oiseaux les plus jeunes étant généralement moins expérimentés pour accéder à des ressources alimentaires devenues moins disponibles ou plus difficiles d’accès. La répartition des ressources alimentaires constitue également un élément clé.
Enfin, des modifications plus larges des courants océaniques peuvent aussi intervenir, en influençant la distribution des masses d’eau et, par conséquent, celle des ressources alimentaires. »

Camille : « Le changement climatique peut être considéré comme un facteur aggravant, même s’il ne peut pas, à lui seul, expliquer l’événement observé.
Ces changements peuvent rendre les proies moins accessibles, en les déplaçant vers d’autres zones ou à des profondeurs différentes, ce qui complique leur exploitation, en particulier pour les individus les plus vulnérables. Dans ce contexte, le changement climatique peut accentuer des déséquilibres déjà existants et augmenter la probabilité d’épisodes de mortalité comme celui observé.
« Les modifications des paramètres océaniques, telles que la température de l’eau, la salinité ou encore la dynamique des courants, peuvent influencer la disponibilité et la répartition des ressources alimentaires des macareux. »
Cependant, il convient de replacer cet événement à une échelle plus globale. La population mondiale de macareux est estimée à plusieurs dizaines de millions d’individus. Mais seule l’étude et le suivi des colonies pourront nous renseigner sur l’impact réel de cet épisode à long terme.
L’enjeu principal réside désormais dans l’analyse des conséquences sur le succès reproducteur des colonies. C’est en suivant ces indicateurs dans le temps qu’il sera possible d’évaluer l’impact réel de ces événements et d’identifier d’éventuelles tendances à long terme. »
Camille : « Les données disponibles ne permettent pas encore de déterminer précisément les classes d’âge les plus touchées. Les oiseaux échoués présentent une diversité d’âges, même si une dominance de jeunes individus semble se dessiner. Les individus plus âgés pourraient présenter un meilleur taux de survie, certains ayant été retrouvés vivants et pris en charge en centre de soins.
Les analyses en cours permettront d’affiner ces résultats. Concernant l’origine des oiseaux, les bagues retrouvées indiquent qu’ils proviennent principalement de colonies d’Europe du Nord, notamment des îles britanniques. »
Camille : « Chez le macareux moine, chaque couple ne produit généralement qu’un seul œuf par an. Cela signifie que la perte d’adultes reproducteurs peut avoir un effet direct sur la reproduction de la saison en cours, en réduisant le nombre de couples capables de pondre et d’élever un poussin. À l’échelle mondiale, la population de macareux compte plusieurs dizaines de millions d’individus.
En revanche, si ce type d’événement devenait plus fréquent ou plus intense, notamment sous l’effet de changements environnementaux, à long terme, il pourrait réduire le nombre d’adultes reproducteurs et affecter la dynamique des populations, avec des conséquences possibles sur le succès reproducteur des colonies et la stabilité des effectifs. »
Camille : « Plusieurs suivis scientifiques sont menés : analyse des données d’échouages, mesures biométriques, détermination de l’âge et de l’origine des individus, ainsi que des suivis sur les colonies, notamment britanniques. »
Camille : « En théorie, oui. Les aires marines protégées (AMP) ont pour objectif de préserver les écosystèmes et les ressources halieutiques. En protégeant les zones de pêche et en limitant les activités humaines, elles permettent aux populations de poissons et autres proies des macareux moines de se maintenir ou de se reconstituer, ce qui améliore la disponibilité alimentaire pour ces oiseaux.
Cette protection locale peut avoir des effets positifs au-delà des limites des AMP, car les macareux se déplacent pour se nourrir et peuvent bénéficier indirectement de la concentration de ressources dans ces zones protégées. Elles contribuent à renforcer la résilience des colonies en garantissant un accès régulier à des ressources alimentaires essentielles. »
Camille : « Le signalement des oiseaux échoués, avec l’application NaturaList, par exemple, permet d’améliorer la connaissance de l’ampleur des événements et d’alimenter les bases de données scientifiques.
Depuis quelques années, la LPO a mis en place le Réseau National Échouages Oiseaux Marins Atlantique (REOMA), afin de permettre notamment de centraliser ces informations et de mieux documenter les épisodes d’échouages massifs, et de sauvetage dans certains cas. Grâce aux nombreux bénévoles du REOMA, un suivi protocolé est mis en place chaque hiver et permet d’avoir des estimations fiables des échouages sur la façade atlantique.
Il est également essentiel de se rapprocher des associations et structures compétentes, que ce soit des refuges, des centres de soins, ou autres autour de chez vous. Elles vont ainsi coordonner ces suivis et orienter les actions à adopter pour éviter l’affolement de personnes qui pensent bien faire.
Enfin, chacun peut contribuer en relayant les bonnes pratiques : éviter de manipuler les animaux sans précaution, limiter le dérangement et suivre les consignes diffusées par les structures spécialisées. Vous pouvez également faire un don à ces associations. »
– Propos recueillis par Mauricette Baelen
Source photo de couverture : deux macareux moines. Unsplash
The post Macareux moines : une hécatombe sur la façade atlantique first appeared on Mr Mondialisation.09.04.2026 à 06:00
Elena Meilune
L’exclusion sociale des personnes neurodivergentes se manifeste dès les premières expériences de socialisation, notamment à l’école, puis se prolonge dans les espaces professionnels et relationnels. Elle s’inscrit dans des normes implicites qui hiérarchisent les fonctionnements cognitifs, valorisent certains profils et en disqualifient d’autres. L’invalidation qui en découle produit des effets durables et favorise le développement […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 9 min]
Le premier volet de ce dossier sur la neurodivergence montrait que la souffrance psychique fréquemment observée ne peut être réduite aux seuls fonctionnements neurocognitifs. Elle prend forme dans les conditions sociales dans lesquelles ces fonctionnements s’inscrivent. Le présent texte approfondit cette analyse en examinant la manière dont l’invalidation structurelle peut conduire, au fil du temps, à des formes de trauma chronique.
L’exposition répétée à des environnements hostiles, dévalorisants et imprévisibles ne produit pas seulement des effets psychiques immédiats : elle engage des processus durables susceptibles d’affecter les régulations biologiques.
Pour beaucoup de personnes neurodivergentes, le rejet social est une expérience qui s’installe tôt, se répète, et finit par structurer profondément la perception de soi et le rapport aux autres. D’après une méta-analyse portant sur 40 études et plus de 5,6 millions de participant·es, les personnes autistes ont environ deux fois plus de risque de vivre des expériences adverses (maltraitance, négligence, harcèlement, difficultés familiales) durant l’enfance que les personnes non autistes.
Des résultats comparables sont observés chez les enfants présentant un TDAH : plusieurs études montrent qu’ils y sont aussi significativement plus exposés que ceux n’ayant pas de TDAH.
Dès le plus jeune âge, notamment à l’école, des normes tacites organisent les comportements attendus sans être explicitement enseignées. Les élèves neurodivergents sont ainsi évalués et sanctionnés selon des codes socialement construits dont la maîtrise inégale tend à les désavantager, tandis que l’institution échoue simultanément à reconnaître et comprendre leurs modes de fonctionnement, transformant notamment des différences interactionnelles en déficits individuels.

Il y a ici un parallèle intéressant avec les travaux de Lisa Delpit sur les inégalités raciales à l’école, qui mettent en évidence l’existence d’une culture du pouvoir fondée sur des règles implicites définissant les manières légitimes de parler, de se comporter et de produire du travail scolaire. Parce que ces normes sont naturalisées par les groupes qui les maîtrisent, elles structurent les attentes et les modalités d’évaluation tout en restant non questionnées.
Ces mécanismes dépassent le cadre scolaire et se prolongent dans la famille, les relations sociales et le monde du travail. Les comportements atypiques sont fréquemment interprétés comme des manquements volontaires, ce qui ouvre la voie à des réponses punitives.
Le rejet social ne repose pas uniquement sur des discriminations explicites. Il s’exprime aussi à travers des micro-violences ordinaires – interprétations négatives, exclusions implicites, remarques et corrections répétées, culpabilisation – qui, parce qu’elles sont banales et peu nommées, produisent un climat d’insécurité permanent.
À force de répétition, ces expériences installent l’idée que les comportements spontanés sont inadaptés et doivent être continuellement ajustés. La spontanéité cesse alors d’aller de soi et devient difficile à mobiliser : les interactions sont davantage anticipées, préparées ou contrôlées afin de limiter les risques d’erreur, d’incompréhension ou de sanction.
Ce processus favorise l’auto-surveillance, le camouflage social (masquage des traits autistiques dans un but d’intégration et par peur des discriminations) ainsi que des formes de retrait – autant de réponses cohérentes à normes sociales dominantes oppressives.
L’exposition répétée à des situations invalidantes s’accompagne du développement d’une conscience aiguë du regard porté sur soi – stéréotypisation, jugement, discrimination – en lien avec la fréquence et la prévisibilité de ces expériences. L’intériorisation du stigmate conduit notamment à une diminution de l’estime de soi et une fragilisation de l’identité, liée à l’effacement progressif des repères spontanés.
« le camouflage social est le mécanisme clé par lequel se manifeste l’effet négatif sur la santé psychique. »
Une étude publiée en octobre 2025 dans la revue Scientific Reports suggère que les traits autistiques n’auraient pas d’impact direct sur le bien-être mental : c’est le camouflage social – lui-même fortement conditionné par l’exclusion – qui constitue le mécanisme clé par lequel se manifeste l’effet négatif sur la santé psychique.
Le rejet social répété produit des effets durables, tant sur le plan psychique que somatique. Pour comprendre ces effets, il est nécessaire de distinguer le traumatisme ponctuel – associé à un événement identifiable et circonscrit – du trauma chronique, qui résulte d’une exposition prolongée à un environnement social imprévisible et invalidant. Les vécus des personnes neurodivergentes relèvent fréquemment de cette seconde configuration.
Dès l’enfance, l’accumulation de sanctions, d’incompréhension et de rejet installe un état de vigilance permanente. Le harcèlement scolaire constitue à cet égard une forme particulièrement fréquente de cette violence : les jeunes présentant des troubles neurodéveloppementaux ou psychiatriques y sont deux à trois fois plus exposés que leurs pairs, ce qui est associé à la dégradation de leur santé mentale, selon une méta-analyse publiée en 2024 dans The Lancet Child & Adolescent Health.
L’instabilité constante et les difficultés à déchiffrer l’environnement social génèrent un stress durable, qui ne repose pas sur un danger immédiat, mais sur l’anticipation répétée d’une erreur, d’une humiliation ou d’une exclusion.
Avec le temps, l’invalidation cesse d’être une série d’événements isolés pour devenir une condition d’existence. C’est dans ce contexte que peuvent se développer des formes de trauma complexe (au sens de traumatismes prolongés et répétés), caractérisées par une atteinte progressive au sentiment de sécurité, à l’estime de soi et à la confiance dans les relations.
L’environnement social est alors vécu comme structurellement hostile. Les stratégies de retrait, d’hypervigilance ou d’inhibition émotionnelle, bien qu’ultérieurement pathologisées, sont en réalité avant tout des mécanismes de protection face à une violence diffuse, rarement nommée comme telle.
Certaines de ces manifestations peuvent être rapprochées des tableaux de stress post-traumatique (TSPT), notamment en ce qui concerne l’hypervigilance ou l’évitement. Toutefois, une méta-analyse publiée en 2025 souligne que les critères diagnostiques actuels du TSPT peinent à saisir pleinement la manière dont le traumatisme est vécu et exprimé par les personnes autistes, conduisant à des situations de sous-diagnostic, avec des conséquences potentiellement néfastes sur leur santé mentale.
Des travaux sur le trauma complexe montrent par ailleurs que ses effets dépassent largement les cadres diagnostiques du stress post-traumatique : de nombreuses personnes présentent des réactions durables – émotionnelles, cognitives ou somatiques – sans pour autant répondre aux critères cliniques formels.
Parmi ces configurations, certaines peuvent correspondre, dans les cas les plus marqués, à un trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C), tel que défini dans la CIM-11. Une méta-analyse publiée en 2025, portant sur plus de 138 000 participant·es estime la prévalence du TSPT-C à environ 6,2 % dans la population générale.
Bien que le TSPT-C fasse l’objet d’une reconnaissance grandissante, sa prise en compte reste partielle et inégale, et les cadres diagnostiques dominants peinent encore à appréhender l’ampleur et la spécificité des atteintes liées à des expositions prolongées à des environnements adverses.
Les recherches contemporaines en neurosciences et en épigénétique montrent que le stress social chronique agit sur les mécanismes biologiques de régulation et sur l’expression de certains gènes, notamment des transporteurs de sérotonine comme SLC6A4. Ces travaux permettent ainsi de dépasser l’opposition entre biologique et social qui sont en réalité, profondément imbriqués et interdépendants.
Les personnes neurodivergentes présentent, comme l’ensemble de la population, des particularités biologiques diverses, polygéniques et non déterministes. Bien qu’il existe des vulnérabilités statistiques, elles ne constituent ni des déficits en soi, ni des prédictions linéaires de souffrance psychique.
« une activation répétée des systèmes biologiques de réponse au stress »
En revanche, l’exposition prolongée à un environnement social hostile – marqué par le rejet, l’invalidation et l’insécurité – entraîne une activation répétée des systèmes biologiques de réponse au stress. Cette activation durable peut affecter les mécanismes de régulation émotionnelle, de sommeil et d’attention, et influencer l’activité de certains gènes impliqués dans la réponse au stress.
Il ne s’agit pas d’une transformation du patrimoine génétique, mais une « modulation » de son expression en fonction des conditions environnementales. Autrement dit, les gènes ne déterminent pas mécaniquement les parcours de vie ; leur expression est dynamique et sensible aux contextes.
Les troubles anxieux, dépressifs ou de l’humeur fréquemment observés chez les personnes neurodivergentes apparaissent fortement modulés par les conditions sociales, comme le suggèrent les variations observées selon les contextes de vie et l’exposition à des stress sociaux prolongés. Ils ne peuvent donc être réduits à une conséquence intrinsèque de la neurodivergence, mais s’inscrivent dans des interactions complexes entre facteurs biologiques et environnements défavorables.
Les conditions de vie jouent ainsi un rôle majeur sur l’expression de vulnérabilités latentes. Il est essentiel de souligner que ces processus ne sont pas irréversibles. La plasticité cérébrale implique que les circuits neuronaux façonnés par le stress chronique peuvent évoluer lorsque les environnements deviennent plus adaptés aux besoins.
Lorsque les contextes sont plus protecteurs – reconnaissance, sécurité relationnelle, adaptation des cadres éducatifs et professionnels – les indicateurs de stress diminuent et l’environnement cesse d’épuiser les ressources psychiques des personnes concernées, permettant une récupération progressive. Mais l’accès à des environnements protecteurs dépend de structures sociales, qui distribuent à ce jour de manière inégale les conditions de sécurité et de reconnaissance.
Les institutions sociales jouent un rôle majeur dans la production et la perpétuation du trauma chronique. En refusant de reconnaître la diversité des fonctionnements cognitifs, elles transforment de simples différences en handicaps sociaux, et des stratégies d’adaptation en symptômes pathologiques. Tout ceci s’inscrit dans un système validiste qui hiérarchise les personnes selon leur conformité à des normes productives et relationnelles strictes – normes établies par des catégories dominantes de la population.
« une violence qui s’exerce de manière invisible en imposant comme légitimes des normes sociales arbitraires »
On retrouve là le concept de « violence symbolique » développé par Pierre Bourdieu : une violence qui s’exerce de manière invisible en imposant comme légitimes des normes sociales arbitraires, que les individus finissent par intérioriser. Ce processus ne concerne pas uniquement les personnes neurodivergentes – il structure plus largement les rapports sociaux en conduisant les groupes dominés à percevoir comme naturelles des normes qui les désavantagent.
Les catégories dominantes de la population imposent des normes et organisent leur application inégale, exposant certains groupes à des formes renforcées de contrôle, d’invalidation et de marginalisation. L’exclusion de la neurodivergence s’intensifie là où celle-ci croise d’autres rapports de domination.
Les femmes sont soumises à des normes plus strictes en matière de régulation émotionnelle, de disponibilité relationnelle et de conformité sociale, ce qui tend à rendre plus visibles et plus sanctionnés les écarts aux attentes. Les personnes racisées sont, quant à elles, plus fréquemment confrontées à des interprétations négatives de leurs comportements, dans des contextes marqués par des stéréotypes raciaux persistants, des micro-agressions systématiques qui contribuent à installer un climat d’insécurité durable et des formes de suspicion institutionnalisée.
Les individus issus des classes populaires sont également davantage exposés à des dispositifs de contrôle social et à des sanctions plus rapides, notamment dans les sphères scolaires, professionnelles et administratives.
Cette distribution inégale de l’exposition aux environnements adverses apparaît dès l’enfance. Une méta-analyse publiée en 2025 dans Jama Pediatrics, portant sur près de 500 000 enfants dans 18 pays montre que l’exposition aux expériences adverses est nettement plus fréquente dans certains contextes sociaux : enfants issus de milieux précaires, placés en institution ou appartenant à des groupes historiquement marginalisés.
Tous ces mécanismes se combinent et se renforcent. Les personnes situées à l’intersection de plusieurs rapports de domination sont ainsi confrontées à des formes plus précoces, plus intenses et plus durables de violence sociale et institutionnelle. Les difficultés psychiques qui en résultent ne peuvent être comprises indépendamment des structures oppressives : ce qui est souvent interprété comme une fragilité individuelle est en fin de compte en grande partie le produit d’environnements qui contraignent, invalident et hiérarchisent les manières d’être.
Le volet suivant, qui sera publié le 16 avril prochain, examinera plus en détail le masquage social et son coût psychique, la vulnérabilité accrue aux violences, ainsi que le problème de la double empathie.
– Elena Meilune
Photo de couverture : jeune fille seule dans sa classe, par RDNE Stock Project – Pexels
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Simon Verdiere
Apposé sur de plus en plus d’aliments du commerce, le Nutri-score est censé permettre aux citoyens de repérer les marchandises les plus saines. Mais est-il réellement efficace pour mieux manger et pour produire de façon plus éthique ? S’il paraît solutionner certains problèmes, d’autres restent toutefois laissés de côté. À ce titre, d’autres dispositifs pourraient s’avérer […]
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[temps de lecture estimé : ~ 4 min]
S’il semble rencontrer un certain succès, le Nutri-score suscite cependant quelques critiques légitimes. Celui-ci a en effet été accusé de procéder à des simplifications excessives parfois inopérantes et de ne pas répondre à autant d’enjeux qu’il ne le pourrait. Zoom sur un outil utile, mais encore insuffisant.
Proposé dans un rapport dès 2014, et mis en place début 2017, le Nutri-score était à l’origine une initiative scientifique soutenue par de nombreuses associations de consommateurs.
Dès le début, même si combattu par les lobbies et les industries agro-alimentaires, il a remporté un succès certain auprès de la population et a même été exporté dans plusieurs autres pays européens. Fin 2025, il avait d’ailleurs failli devenir obligatoire, avant que la droite de l’hémicycle ne réussisse à l’empêcher.

Avant tout, il avait été pensé dans un objectif de santé publique et dans une logique nutritionnelle. Il se penche ainsi particulièrement sur le sel, le sucre, la graisse, les fibres, les protéines, etc.
Certains se sont souvent étonnés de voir des produits comme des sodas mieux notés que des articles jugés plus intéressants pour le bon fonctionnement du corps. Pour autant, le Nutri-score sert surtout à comparer des denrées du même type. Dès lors, il n’y a aucune utilité à confronter l’évaluation d’une pizza à celle d’une boîte de haricots.
Le Nutri-score est donc pensé pour comparer des articles industriels de catégories similaires et pas pour juger un régime global. Comme dans beaucoup de domaines, les doses et les équilibres sont tout aussi importants. Ainsi, un produit très bien évalué peut devenir nocif s’il est consommé en grande quantité. De la même façon, un aliment très mal noté peut rester sans conséquence s’il est mangé avec parcimonie.
Et dans ce cadre, le Nutri-score a démontré son impact. En effet, il a déjà influencé le choix de nombreux citoyens, ce qui a naturellement poussé les industriels à revoir leurs recettes. Au départ, le système permettait donc seulement aux gens intéressés par ce sujet d’améliorer leur nutrition, mais par un effet domino, c’est bien tous les consommateurs qui ont maintenant à disposition de meilleurs produits.
En 2025, le Nutri-score a évolué pour être amélioré sur certaines évaluations considérées moins pertinentes. Les huiles ou les fruits à coque seront ainsi mieux jugés, tandis que la note de la viande rouge ou des produits trop sucrés et salés a encore été dégradée.
Cette nouveauté faisait suite à certaines critiques scientifiques et citoyennes et les entreprises auront deux ans au maximum pour se mettre en conformité. Pour autant, le Nutri-score reste focalisé sur les aliments d’un point de vue brut et il a toujours de nombreux angles morts.
Si l’on parle d’alimentation d’un point de vue purement nutritionnel, alors le Nutri-score est un outil pertinent. Pour autant, d’autres éléments entrent dans la balance du côté sanitaire. Ainsi, les additifs ou les produits phytosanitaires ont un impact réel sur le corps, mais sont mis de côté par le dispositif. Logiquement, une nourriture bio devrait être mieux notée qu’un concurrent qui ne l’est pas.

De la même façon, l’origine des ingrédients pourrait aussi être discutée tout autant que leur degré de transformation. Il est par exemple prouvé que des fruits et légumes cultivés hors saisons contiennent moins de nutriments que les autres. Comment dès lors ne pas prendre en compte de telles données si le but est d’améliorer la santé publique ?
Au-delà de l’aspect sanitaire, le mode de fonctionnement du Nutri-score pourrait également inspirer d’autres systèmes similaires (ce qui existe déjà plus ou moins avec certains labels). On pourrait, par exemple, observer les conditions de production de notre nourriture.
D’abord en matière de bien-être animal, mais aussi en ce qui concerne l’environnement, en particulier les émissions de gaz à effet de serre, l’impact sur la biodiversité et les sols ou encore la consommation d’eau. Le contexte social des exploitations agricoles pourrait également être un angle à analyser.
Dans ce cadre, il existe d’ailleurs déjà des modèles de ce type, comme le green-score, mais ils restent bien plus confidentiels. D’autant que ce genre de notation est moins répandue directement sur les paquets et nécessite parfois un smartphone et une application afin de scanner les produits, et par conséquent, une force de frappe moins importante.
On l’aura compris, un outil comme le Nutri-score, bien que lacunaire, demeure d’intérêt public. Néanmoins, il reste imparfait et mériterait d’être complété avec d’autres critères plus larges. De plus, pour avoir une véritable efficacité, il faudrait également que l’État les rende obligatoires afin que chacun puisse être informé sur ce qu’il mange.
Plus loin encore, il serait bénéfique de s’interroger sur une réglementation plus ferme sur les aliments transformés eux-mêmes. Il devrait ainsi être possible de légiférer sur les taux de sucre, de sel, d’additifs et toute substance potentiellement nocive, ainsi que sur la publicité. Une nécessité si l’on souhaite que cette question de santé publique ne repose plus uniquement sur les choix du consommateur, mais bien aussi sur la collectivité.
– Simon Verdière
Image d’en-tête : Exemple de Nutri-score sur l’emballage de trois produits Aldi-Süd en Allemagne. Source : Wikimedia Commons
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07.04.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
À Mukike, la culture de la pomme de terre transforme rapidement les paysages. Attirés par sa rentabilité, les agriculteurs défrichent massivement les collines, accélérant la déforestation. Entre pression démographique, impératifs économiques et risques environnementaux croissants, la région illustre les tensions entre survie rurale et préservation des ressources naturelles au Burundi. Dans la localité de Mukike […]
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Dans la localité de Mukike en commune de Rwibaga, en province de Bujumbura, là où s’étendaient autrefois des collines couvertes d’arbres, dominent aujourd’hui des champs de pommes de terre à perte de vue. Cette mutation, visible à l’œil nu, illustre un phénomène de déforestation croissante dans cette région montagneuse du Burundi.
« Avant, ces collines étaient couvertes d’arbres », raconte un habitant. « Aujourd’hui, presque tout est cultivé. » Attirés par la rentabilité de la pomme de terre, de nombreux agriculteurs abattent les arbres pour étendre leurs surfaces cultivables.
« La pomme de terre nous permet de gagner rapidement de l’argent », explique un cultivateur. « Les arbres prennent du temps à pousser, mais les récoltes de pommes de terre se vendent vite. »
Ce phénomène s’inscrit dans un contexte national marqué par une forte pression sur les terres. Selon le Bureau Central de Recencement (RGPHAE), la densité de population du Burundi dépasse 400 habitants par kilomètre carré, l’une des plus élevées d’Afrique. Cette pression démographique se traduit par une fragmentation extrême des terres agricoles.

Par ailleurs, d’après la FAO plus de 90 % de la population burundaise dépend de l’agriculture pour sa subsistance. Dans ces conditions, chaque parcelle devient précieuse, poussant les ménages à exploiter intensivement les terres, y compris les zones autrefois boisées ou protégées.
La pomme de terre s’impose comme une culture stratégique dans les régions de haute altitude comme Mukike, grâce à son rendement relativement élevé et à sa forte demande sur les marchés locaux et urbains.
À Mukike, les effets sont déjà tangibles. Plusieurs collines ont perdu une grande partie de leur couverture forestière au cours des dernières années, selon des observations locales. Cette tendance s’inscrit dans une dynamique plus large : selon des estimations de la FAO, la couverture forestière du Burundi est aujourd’hui inférieure à 10 % du territoire national, contre des niveaux bien plus élevés il y a quelques décennies.
« une stratégie à court terme »
Les arbres sont coupés pour laisser place aux cultures vivrières, en particulier la pomme de terre. Dans certains cas, cette expansion agricole est encouragée par des autorités locales désireuses de renforcer la sécurité alimentaire et d’augmenter les revenus des ménages ruraux. Mais cette stratégie à court terme soulève des inquiétudes croissantes chez les spécialistes de l’environnement.
Dans cette région montagneuse, la disparition des arbres a des conséquences directes sur la stabilité des sols. Un spécialiste de l’environnement affilié à l’Université du Burundi explique que :
« Sans couverture végétale, les sols sont exposés aux pluies, ce qui accélère leur érosion. »
Le phénomène est aggravé par les fortes précipitations qui caractérisent certaines zones du pays. Les pluies entraînent alors la couche fertile des sols, réduisant leur productivité à moyen et long terme. Selon plusieurs études agronomiques menées au Burundi, l’érosion des sols constitue l’un des principaux défis pour l’agriculture durable.
La déforestation observée à Rwibaga ne se limite pas à la dégradation des sols. Elle entraîne également une augmentation des risques de glissements de terrain, particulièrement dans les zones à forte pente.
Selon l’Office Burundais pour la Protection de l’Environnement (OBPE), la perte du couvert forestier perturbe le cycle de l’eau, augmente le ruissellement et diminue la capacité des sols à retenir l’humidité. Ces changements peuvent affecter les rendements agricoles et accentuer la vulnérabilité des populations face aux aléas climatiques.
Les forêts abritent de nombreuses espèces animales et végétales dont certaines pourraient disparaître avec la destruction de leur habitat. Cette perte, souvent invisible à court terme, peut avoir des conséquences écologiques colossales.
Pour les habitants de Mukike, la situation reflète un dilemme difficile. Dans un pays où une grande partie de la population vit dans des conditions économiques précaires, les priorités restent orientées vers la survie quotidienne. Un agriculteur confie son désarroi :
« Nous savons que couper les arbres n’est pas bon. Mais nous devons nourrir nos familles. »
Ce choix contraint illustre les tensions entre développement économique et protection de l’environnement. Sans alternatives viables, les agriculteurs continuent de privilégier des pratiques à court terme, malgré leurs conséquences à long terme.
Face à cette situation, plusieurs solutions sont envisagées. L’agroforesterie, qui combine cultures agricoles et plantation d’arbres, est présentée comme une option prometteuse. Cette pratique permet de limiter l’érosion, améliorer la fertilité des sols et diversifier les sources de revenus.
Des programmes soutenus par des organisations internationales, notamment la FAO, encouragent déjà ces approches au Burundi. Toutefois, leur adoption reste encore limitée dans certaines zones rurales, en raison du manque de sensibilisation, de formation et de moyens financiers.
À Mukike, l’avenir des montagnes dépendra de la capacité à trouver un équilibre entre production agricole et préservation de l’environnement. Sans une gestion durable des terres, les gains économiques liés à la culture de la pomme de terre pourraient être rapidement compromis par la dégradation des sols.
Dans les collines de Mukike, chaque arbre abattu pose ainsi une question essentielle : comment répondre aux besoins immédiats des populations tout en préservant les ressources naturelles pour les générations futures ?
– Landry Ingabire
Photo de couverture : Elderly Farmer holding a Hoe – Safari Consoler / Pexels
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