08.04.2026 à 10:55
Mr Mondialisation
Apposé sur de plus en plus d’aliments du commerce, le Nutri-score est censé permettre aux citoyens de repérer les marchandises les plus saines. Mais est-il réellement efficace pour mieux manger et pour produire de façon plus éthique ? S’il paraît solutionner certains problèmes, d’autres restent toutefois laissés de côté. À ce titre, d’autres dispositifs pourraient s’avérer […]
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S’il semble rencontrer un certain succès, le Nutri-score suscite cependant quelques critiques légitimes. Celui-ci a en effet été accusé de procéder à des simplifications excessives parfois inopérantes et de ne pas répondre à autant d’enjeux qu’il ne le pourrait. Zoom sur un outil utile, mais encore insuffisant.
Proposé dans un rapport dès 2014, et mis en place début 2017, le Nutri-score était à l’origine une initiative scientifique soutenue par de nombreuses associations de consommateurs.
Dès le début, même si combattu par les lobbies et les industries agro-alimentaires, il a remporté un succès certain auprès de la population et a même été exporté dans plusieurs autres pays européens. Fin 2025, il avait d’ailleurs failli devenir obligatoire, avant que la droite de l’hémicycle ne réussisse à l’empêcher.

Avant tout, il avait été pensé dans un objectif de santé publique et dans une logique nutritionnelle. Il se penche ainsi particulièrement sur le sel, le sucre, la graisse, les fibres, les protéines, etc.
Certains se sont souvent étonnés de voir des produits comme des sodas mieux notés que des articles jugés plus intéressants pour le bon fonctionnement du corps. Pour autant, le Nutri-score sert surtout à comparer des denrées du même type. Dès lors, il n’y a aucune utilité à confronter l’évaluation d’une pizza à celle d’une boîte de haricots.
Le Nutri-score est donc pensé pour comparer des articles industriels de catégories similaires et pas pour juger un régime global. Comme dans beaucoup de domaines, les doses et les équilibres sont tout aussi importants. Ainsi, un produit très bien évalué peut devenir nocif s’il est consommé en grande quantité. De la même façon, un aliment très mal noté peut rester sans conséquence s’il est mangé avec parcimonie.
Et dans ce cadre, le Nutri-score a démontré son impact. En effet, il a déjà influencé le choix de nombreux citoyens, ce qui a naturellement poussé les industriels à revoir leurs recettes. Au départ, le système permettait donc seulement aux gens intéressés par ce sujet d’améliorer leur nutrition, mais par un effet domino, c’est bien tous les consommateurs qui ont maintenant à disposition de meilleurs produits.
En 2025, le Nutri-score a évolué pour être amélioré sur certaines évaluations considérées moins pertinentes. Les huiles ou les fruits à coque seront ainsi mieux jugés, tandis que la note de la viande rouge ou des produits trop sucrés et salés a encore été dégradée.
Cette nouveauté faisait suite à certaines critiques scientifiques et citoyennes et les entreprises auront deux ans au maximum pour se mettre en conformité. Pour autant, le Nutri-score reste focalisé sur les aliments d’un point de vue brut et il a toujours de nombreux angles morts.
Si l’on parle d’alimentation d’un point de vue purement nutritionnel, alors le Nutri-score est un outil pertinent. Pour autant, d’autres éléments entrent dans la balance du côté sanitaire. Ainsi, les additifs ou les produits phytosanitaires ont un impact réel sur le corps, mais sont mis de côté par le dispositif. Logiquement, une nourriture bio devrait être mieux notée qu’un concurrent qui ne l’est pas.

De la même façon, l’origine des ingrédients pourrait aussi être discutée tout autant que leur degré de transformation. Il est par exemple prouvé que des fruits et légumes cultivés hors saisons contiennent moins de nutriments que les autres. Comment dès lors ne pas prendre en compte de telles données si le but est d’améliorer la santé publique ?
Au-delà de l’aspect sanitaire, le mode de fonctionnement du Nutri-score pourrait également inspirer d’autres systèmes similaires (ce qui existe déjà plus ou moins avec certains labels). On pourrait, par exemple, observer les conditions de production de notre nourriture.
D’abord en matière de bien-être animal, mais aussi en ce qui concerne l’environnement, en particulier les émissions de gaz à effet de serre, l’impact sur la biodiversité et les sols ou encore la consommation d’eau. Le contexte social des exploitations agricoles pourrait également être un angle à analyser.
Dans ce cadre, il existe d’ailleurs déjà des modèles de ce type, comme le green-score, mais ils restent bien plus confidentiels. D’autant que ce genre de notation est moins répandue directement sur les paquets et nécessite parfois un smartphone et une application afin de scanner les produits, et par conséquent, une force de frappe moins importante.
On l’aura compris, un outil comme le Nutri-score, bien que lacunaire, demeure d’intérêt public. Néanmoins, il reste imparfait et mériterait d’être complété avec d’autres critères plus larges. De plus, pour avoir une véritable efficacité, il faudrait également que l’État les rende obligatoires afin que chacun puisse être informé sur ce qu’il mange.
Plus loin encore, il serait bénéfique de s’interroger sur une réglementation plus ferme sur les aliments transformés eux-mêmes. Il devrait ainsi être possible de légiférer sur les taux de sucre, de sel, d’additifs et toute substance potentiellement nocive, ainsi que sur la publicité. Une nécessité si l’on souhaite que cette question de santé publique ne repose plus uniquement sur les choix du consommateur, mais bien aussi sur la collectivité.
– Simon Verdière
Image d’en-tête : Exemple de Nutri-score sur l’emballage de trois produits Aldi-Süd en Allemagne. Source : Wikimedia Commons
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07.04.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
À Mukike, la culture de la pomme de terre transforme rapidement les paysages. Attirés par sa rentabilité, les agriculteurs défrichent massivement les collines, accélérant la déforestation. Entre pression démographique, impératifs économiques et risques environnementaux croissants, la région illustre les tensions entre survie rurale et préservation des ressources naturelles au Burundi. Dans la localité de Mukike […]
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Dans la localité de Mukike en commune de Rwibaga, en province de Bujumbura, là où s’étendaient autrefois des collines couvertes d’arbres, dominent aujourd’hui des champs de pommes de terre à perte de vue. Cette mutation, visible à l’œil nu, illustre un phénomène de déforestation croissante dans cette région montagneuse du Burundi.
« Avant, ces collines étaient couvertes d’arbres », raconte un habitant. « Aujourd’hui, presque tout est cultivé. » Attirés par la rentabilité de la pomme de terre, de nombreux agriculteurs abattent les arbres pour étendre leurs surfaces cultivables.
« La pomme de terre nous permet de gagner rapidement de l’argent », explique un cultivateur. « Les arbres prennent du temps à pousser, mais les récoltes de pommes de terre se vendent vite. »
Ce phénomène s’inscrit dans un contexte national marqué par une forte pression sur les terres. Selon le Bureau Central de Recencement (RGPHAE), la densité de population du Burundi dépasse 400 habitants par kilomètre carré, l’une des plus élevées d’Afrique. Cette pression démographique se traduit par une fragmentation extrême des terres agricoles.

Par ailleurs, d’après la FAO plus de 90 % de la population burundaise dépend de l’agriculture pour sa subsistance. Dans ces conditions, chaque parcelle devient précieuse, poussant les ménages à exploiter intensivement les terres, y compris les zones autrefois boisées ou protégées.
La pomme de terre s’impose comme une culture stratégique dans les régions de haute altitude comme Mukike, grâce à son rendement relativement élevé et à sa forte demande sur les marchés locaux et urbains.
À Mukike, les effets sont déjà tangibles. Plusieurs collines ont perdu une grande partie de leur couverture forestière au cours des dernières années, selon des observations locales. Cette tendance s’inscrit dans une dynamique plus large : selon des estimations de la FAO, la couverture forestière du Burundi est aujourd’hui inférieure à 10 % du territoire national, contre des niveaux bien plus élevés il y a quelques décennies.
« une stratégie à court terme »
Les arbres sont coupés pour laisser place aux cultures vivrières, en particulier la pomme de terre. Dans certains cas, cette expansion agricole est encouragée par des autorités locales désireuses de renforcer la sécurité alimentaire et d’augmenter les revenus des ménages ruraux. Mais cette stratégie à court terme soulève des inquiétudes croissantes chez les spécialistes de l’environnement.
Dans cette région montagneuse, la disparition des arbres a des conséquences directes sur la stabilité des sols. Un spécialiste de l’environnement affilié à l’Université du Burundi explique que :
« Sans couverture végétale, les sols sont exposés aux pluies, ce qui accélère leur érosion. »
Le phénomène est aggravé par les fortes précipitations qui caractérisent certaines zones du pays. Les pluies entraînent alors la couche fertile des sols, réduisant leur productivité à moyen et long terme. Selon plusieurs études agronomiques menées au Burundi, l’érosion des sols constitue l’un des principaux défis pour l’agriculture durable.
La déforestation observée à Rwibaga ne se limite pas à la dégradation des sols. Elle entraîne également une augmentation des risques de glissements de terrain, particulièrement dans les zones à forte pente.
Selon l’Office Burundais pour la Protection de l’Environnement (OBPE), la perte du couvert forestier perturbe le cycle de l’eau, augmente le ruissellement et diminue la capacité des sols à retenir l’humidité. Ces changements peuvent affecter les rendements agricoles et accentuer la vulnérabilité des populations face aux aléas climatiques.
Les forêts abritent de nombreuses espèces animales et végétales dont certaines pourraient disparaître avec la destruction de leur habitat. Cette perte, souvent invisible à court terme, peut avoir des conséquences écologiques colossales.
Pour les habitants de Mukike, la situation reflète un dilemme difficile. Dans un pays où une grande partie de la population vit dans des conditions économiques précaires, les priorités restent orientées vers la survie quotidienne. Un agriculteur confie son désarroi :
« Nous savons que couper les arbres n’est pas bon. Mais nous devons nourrir nos familles. »
Ce choix contraint illustre les tensions entre développement économique et protection de l’environnement. Sans alternatives viables, les agriculteurs continuent de privilégier des pratiques à court terme, malgré leurs conséquences à long terme.
Face à cette situation, plusieurs solutions sont envisagées. L’agroforesterie, qui combine cultures agricoles et plantation d’arbres, est présentée comme une option prometteuse. Cette pratique permet de limiter l’érosion, améliorer la fertilité des sols et diversifier les sources de revenus.
Des programmes soutenus par des organisations internationales, notamment la FAO, encouragent déjà ces approches au Burundi. Toutefois, leur adoption reste encore limitée dans certaines zones rurales, en raison du manque de sensibilisation, de formation et de moyens financiers.
À Mukike, l’avenir des montagnes dépendra de la capacité à trouver un équilibre entre production agricole et préservation de l’environnement. Sans une gestion durable des terres, les gains économiques liés à la culture de la pomme de terre pourraient être rapidement compromis par la dégradation des sols.
Dans les collines de Mukike, chaque arbre abattu pose ainsi une question essentielle : comment répondre aux besoins immédiats des populations tout en préservant les ressources naturelles pour les générations futures ?
– Landry Ingabire
Photo de couverture : Elderly Farmer holding a Hoe – Safari Consoler / Pexels
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L’Éthiopie a engagé la construction du futur aéroport international de Bishoftu, un projet présenté comme un symbole de puissance économique et d’intégration régionale. Mais derrière cette ambition, le chantier suscite déjà de vives critiques, notamment en raison des déplacements de populations et de ses impacts environnementaux. [Temps de lecture estimé : ~ 7 min] Le […]
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Le 10 janvier 2026, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a posé la première pierre du futur gigantesque aéroport international de Bishoftu, situé à environ 40 kilomètres au sud-est de la capitale d’Éthiopie, d’Addis-Abeba. Le projet, porté notamment par Ethiopian Airlines, prévoit à terme une capacité pouvant atteindre 110 millions de passagers par an, avec une première phase estimée à 60 millions.
Au-delà du simple désengorgement, Bishoftu incarne l’ambition de faire de l’Éthiopie un hub aérien majeur à l’échelle africaine et mondiale. Le projet s’inscrit dans une logique de concurrence directe avec les grands centres de transit du continent, tout en renforçant la position stratégique du pays dans des échanges mondiaux.
Cette ambition s’appuie sur la montée en puissance du transport aérien africain et sur la volonté de capter une part plus importante des flux de passagers et de services logistiques. Bishoftu devient ainsi un symbole de projection internationale, où le transport aérien est perçu comme un levier d’influence économique et géopolitique.
Selon le directeur général d’Ethiopian Airlines, Mesfin Tasew Bekele ce nouvel aéroport est « une porte d’entrée panafricaine qui stimulera le commerce intra-africain, le tourisme, et la connectivité mondiale ». C’est « un projet emblématique pour l’Afrique et pour le monde », ajoute Mesfin.
« Un catalyseur pour l’investissement privé et la transformation logistique du pays »
D’après un article de Forbes Afrique, publié en octobre 2025, les retombées économiques s’annoncent considérables. « Des dizaines de milliers d’emplois seront créés pendant et après la construction, avec un budget de 350 millions de dollars réservé à la réinstallation et à la compensation des populations concernées ». L’aéroport, servira aussi de « catalyseur pour l’investissement privé et la transformation logistique du pays. »
Comme l’a noté lors de la signature d’accord Akinwumi Adesina, alors président de la Banque africaine de développement (BAD), « la vitesse et la taille sont désormais les marques de fabrique de l’Éthiopie ».
Le projet dépasse largement la seule logique économique. Il s’inscrit dans une stratégie géopolitique visant à positionner l’Éthiopie comme un acteur central du transport aérien africain, en concurrence avec d’autres hubs régionaux. Addis-Abeba, déjà siège de l’Union africaine, cherche ainsi à consolider son rôle de carrefour diplomatique, commercial et logistique à l’échelle du continent.
La construction de l’aéroport international de Bishoftu implique l’acquisition de plus de 3 500 hectares de terres, incluant des zones agricoles, des habitations et des pâturages. Selon les estimations disponibles, entre 2 000 et 3 000 ménages – soit environ 15 000 personnes – seraient directement affectés.

Le Front de libération oromo (OLF), parti d’opposition, a fermement condamné le projet, le qualifiant de « déplacement forcé ». L’organisation affirme que des milliers d’habitants sont déracinés et réclame des mécanismes de compensation plus justes, notamment sous forme de participation au projet pour les agriculteurs concernés.
L’OLF dénonce également ce qu’il décrit comme une « campagne » de déplacement visant les populations autochtones oromo, accusant les autorités de contraindre les habitants à quitter leurs terres sans pouvoir récolter leurs cultures ni préserver leurs moyens de subsistance. Dans un pays marqué par des tensions politiques et ethniques récurrentes, ces accusations soulignent le risque d’une aggravation des conflits locaux et d’une instrumentalisation politique du projet.
L’organisation va plus loin en affirmant que, selon elle, « ces actions dépassent le cadre des déplacements liés au développement », qualifiant l’effet cumulatif des expropriations autour de la capitale de « nettoyage ethnique » et de destruction de l’identité.
Malgré les promesses de durabilité avancées par les porteurs du projet, les évaluations environnementales officielles reconnaissent l’existence d’impacts significatifs, notamment en matière de pollution, de pression sur les ressources en eau et de perturbation des écosystèmes locaux.

Développé par le U.S. Green Building Council, le label LEED Gold (Leadership in Energy and Environmental Design) est censé garantir un haut niveau de performance environnementale. Les promoteurs du projet de Bishoftu s’en réclament pour mettre en avant sa dimension durable.
Pourtant, des analyses soulignent un paradoxe : l’augmentation massive du trafic aérien pourrait fortement accroître les émissions de gaz à effet de serre du pays. Un effet susceptible de contredire, voire d’affaiblir, les objectifs affichés par l’Éthiopie en matière de transition vers une économie résiliente au climat.
Le projet d’aéroport international de Bishoftu s’implante dans un environnement particulièrement sensible. Située dans la vallée du Rift éthiopien, la zone est caractérisée par la présence de nombreux lacs de cratère – notamment Hora, Babogaya et Kuriftu – ainsi que de zones humides alimentées par les précipitations et les nappes phréatiques. Ces écosystèmes jouent un rôle central dans l’équilibre environnemental local, notamment en matière de régulation hydrique, de biodiversité et de maintien des activités humaines.

La construction d’une infrastructure aéroportuaire de cette ampleur implique des transformations profondes des sols : nivellement, drainage, remblayage. Ces opérations risquent d’entraîner la destruction ou l’assèchement des zones humides, compromettant leurs fonctions écologiques essentielles.
À cela s’ajoute un risque accru de pollution des eaux de surface et souterraines, lié aux activités aéroportuaires. Hydrocarbures, métaux lourds, eaux usées ou produits chimiques pourraient contaminer les bassins hydriques environnants, dans un contexte déjà marqué par de fortes pressions humaines.
De surcroît, les zones humides de la vallée du Rift éthiopien constituent des refuges pour des espèces d’oiseaux migrateurs et d’autres formes de vie aquatique, ce qui laisse entrevoir l’ampleur des conséquences potentielles liées à la construction et au fonctionnement d’un tel projet.
Selon Wetlands International, les zones humides et les lacs du Rift – notamment Ziway, Abijatta et Shalla – assurent des services essentiels : recharge des nappes phréatiques, filtration naturelle de l’eau, régulation des microclimats, habitat pour la biodiversité aquatique et soutien aux économies locales fondées sur la pêche et l’agriculture. Ces services sont déjà menacés par la pression humaine, l’extraction de l’eau et les changements d’usage des sols.

La vallée du Rift constitue par ailleurs un système hydrologique fermé, où les lacs ne s’écoulent pas vers l’extérieur. Toute perturbation des entrées ou sorties d’eau a donc des effets directs sur les niveaux des lacs, la qualité de l’eau et sa disponibilité.
Une étude publiée en février 2026 dans la revue Environmental Science and Pollution Research met en évidence une dégradation avancée des écosystèmes lacustres de la vallée du Rift éthiopien, sous l’effet des pressions humaines. Elle souligne notamment que « le lac Abijata a perdu environ 66 km² de surface entre 1972 et 2015, accompagné d’une augmentation de la salinité et d’une détérioration de son écosystème aquatique. »
À long terme, ces perturbations, cumulées, risquent d’aggraver durablement l’équilibre écologique du bassin de Bishoftu, mettant en tension les objectifs de développement infrastructurel et la nécessité de préserver des écosystèmes hydriques essentiels à la résilience environnementale et au bien-être des communautés locales.
Dans un paradoxe environnemental notable, la vallée du Rift où sera érigé le nouvel aéroport constitue également un espace agricole ancien et stratégique. Selon un rapport de l’Oakland Institute, ce territoire abrite l’un des plus anciens systèmes agricoles au monde, fondé sur un agroécosystème diversifié combinant cultures, agroforesterie et élevage.

Cette diversité permet aux populations locales de faire face à des environnements variables et renforce la résilience face aux pénuries alimentaires, dans un pays régulièrement confronté à des crises alimentaires.
Par ailleurs, la vallée du Rift est un système géologique majeur s’étendant sur plus de 6 000 kilomètres, de la mer Rouge au Mozambique. Elle traverse plusieurs pays et constitue un espace écologique interconnecté.
Dans ce contexte, les pressions environnementales – pollution, exploitation non durable des ressources et artificialisation des sols – soulèvent des enjeux qui dépassent le cadre national. Des évaluations environnementales appellent à une coopération régionale renforcée, notamment en matière de gestion de l’eau, d’usage des terres et de contrôle de la pollution.
« des ressources naturelles essentielles dont dépendent largement les populations locales »
La zone de Bishoftu est entourée de lacs volcaniques et de zones humides qui font partie intégrante du système écologique de la vallée du Rift. Ces milieux constituent des ressources naturelles essentielles dont dépendent largement les populations locales. La construction de ce nouvel aéroport implique l’utilisation de carburants, de solvants et d’autres substances potentiellement polluantes, dont la gestion rigoureuse est indispensable pour limiter les risques de contamination.
Par ailleurs, la question dépasse le seul cadre national. Bien que l’aéroport relève de la souveraineté éthiopienne, la vallée du Rift s’étend sur plus de 6 000 kilomètres et traverse plusieurs pays africains. Les perturbations écologiques qui pourraient en découler posent donc un enjeu régional.
– Therence HATEGEKIMANA
Photo de couverture : Ziway, Éthiopie / Pixnio
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. La « loi Yadan » dépasse 250 000 signatures de contestation La pétition contre le texte de Caroline Yadan sur les nouvelles formes d’antisémitisme a franchi le seuil des 250 000 signatures à l’Assemblée […]
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La pétition contre le texte de Caroline Yadan sur les nouvelles formes d’antisémitisme a franchi le seuil des 250 000 signatures à l’Assemblée nationale. Ses opposants dénoncent un risque de confusion entre antisémitisme et critique d’Israël, au détriment de la liberté d’expression. (Le Monde)
Jugé pour avoir laissé près de Vittel plus de 473 000 m³ de déchets plastiques sans autorisation, Nestlé Waters risque 750 000 euros d’amende et une remise en état des sites. Le parquet demande aussi une expertise indépendante pour évaluer l’ampleur de la pollution aux microplastiques autour des décharges. (Vert)
L’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution historique portée par le Ghana, affirmant que l’esclavage et la traite transatlantique des Africains constituent le « plus grave crime contre l’humanité ». Le texte, adopté par 123 voix, ouvre aussi la voie à des demandes de justice réparatrice, malgré l’opposition des États-Unis et les fortes réserves juridiques de plusieurs pays européens. (ONU)
Un collectif de près de 120 maires, avec Agir pour l’environnement et le CRIIGEN, conteste devant la justice européenne l’autorisation du glyphosate prolongée jusqu’en 2033. Ils dénoncent une évaluation scientifique défaillante et veulent faire reconnaître la dangerosité de l’herbicide pour la santé des habitants. (La Relève et la Peste)
En Pologne, la reconnaissance juridique et l’acceptation sociale des couples de même sexe continuent de progresser, sous l’effet d’une opinion publique plus favorable et de décisions de justice. Malgré ces avancées, la légalisation du mariage pour tous reste peu probable à court terme en raison des blocages politiques et institutionnels. (Deník Referendum)
En deux ans, l’Espagne a collecté 5,6 milliards d’euros grâce à la taxation exceptionnelle des banques et énergéticiens, tout en renforçant aides sociales, transports et pouvoir d’achat. Le gouvernement Sánchez a ainsi limité l’impact de la crise sans creuser davantage le déficit, en assumant une logique de redistribution. (La Relève et la Peste)
L’État prévoit de relâcher de nouveaux lynx en France dès 2027, probablement dans le massif du Jura, pour renforcer une population estimée à environ 200 individus. Les associations saluent l’annonce mais réclament des mesures complémentaires contre les collisions routières et le braconnage, principales menaces pour l’espèce. (France 3 Régions)
Le Chili s’apprête à étendre autour de l’archipel Juan Fernández une immense zone marine « no take » de près d’un million de km², l’une des plus vastes au monde.
Cette décision protège un hotspot exceptionnel de biodiversité, où les otaries à fourrure endémiques longtemps crues éteintes – sont passées d’une vingtaine d’individus retrouvés dans les années 1960 à environ 200 000 aujourd’hui. (The Guardian)
Réunis au Brésil, les États signataires de la Convention sur les espèces migratrices ont décidé de renforcer la protection de 40 espèces en déclin, dont le guépard et l’hyène rayée. Des programmes de conservation coordonnés entre pays ont aussi été lancés pour mieux protéger habitats et populations menacées. (Mongabay)
Dans le parc national des South Downs, le nombre d’engoulevents recensés aurait doublé en cinq ans, avec 78 oiseaux observés et 109 territoires identifiés, un record local.
Les gestionnaires attribuent ce rebond aux efforts de restauration des landes, à une meilleure protection des sites de nidification au sol et à la sensibilisation du public pour limiter le dérangement. (BBC)
* Image de couverture : unsplash
– Mauricette Baelen
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Trump préparerait une offensive terrestre en Iran Washington envisagerait des opérations au sol limitées en Iran, malgré les risques élevés pour les troupes autour du détroit d’Ormuz et de l’île de Kharg. Des experts affirment […]
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Washington envisagerait des opérations au sol limitées en Iran, malgré les risques élevés pour les troupes autour du détroit d’Ormuz et de l’île de Kharg. Des experts affirment que les États-Unis ont déjà perdu l’avantage stratégique, le régime iranien restant en place malgré les frappes. (Common Dreams)
Longtemps reléguées au second plan, des affaires de viols, séquestrations et tortures commises par plusieurs figures françaises du djihad commencent à être examinées par la justice. Le cas de Peter Chérif illustre cette prise en compte plus large des violences sexistes dans les trajectoires terroristes. (Politis)
Une recherche menée au Pérou met en évidence 436 zones où l’exposition environnementale aux pesticides coïncide avec des foyers de cancers, avec un risque moyen accru de 150 %. Pour la première fois, à l’échelle d’un pays, un lien solide entre pesticides et cancers est établi, notamment via des effets de mélange entre substances. (Vert)
Selon l’ONG, 3 550 milliards de dollars les richesses non imposées sont encore dissimulées dans les paradis fiscaux, majoritairement détenues par les 0,1 % les plus riches. Dix ans après les Panama Papers, l’ONG appelle à une coopération fiscale mondiale renforcée et à une taxation accrue des grandes fortunes. (Oxfam)
En riposte au refus français de laisser transiter des munitions destinées à la guerre contre l’Iran, Israël a annoncé l’arrêt de ses importations militaires en provenance de France. Cette décision illustre l’éloignement croissant entre Tel-Aviv et plusieurs alliés européens sur le dossier iranien. (Courrier international)
Portée par des réseaux catholiques conservateurs proches de Pierre-Édouard Stérin, cette méthode de fertilité « naturelle » à l’efficacité contestée poursuit son implantation. Déjà relayée dans des diocèses et au Parlement, elle lancera en 2026 sa première formation française à Versailles. (Reporterre)
Le rapport V-Dem 2026 indique que 74 % de la population mondiale vit désormais sous un régime autocratique, un niveau inédit depuis la fin des années 1970.
Les chercheurs soulignent une dégradation rapide des contre-pouvoirs, y compris dans plusieurs démocraties occidentales et au sein de l’Union européenne. (L’Alterpresse68)
Selon T&E, la hausse des prix du carburant liée au conflit en Iran pourrait générer 24 milliards d’euros de profits exceptionnels pour les compagnies pétrolières en 2026. L’ONG appelle l’Union européenne à rétablir une taxe temporaire sur ces gains pour financer l’électrification des transports. (Transport & Environment)
Une cartographie fondée sur plus de 8 000 liens documente l’influence structurelle de grands groupes comme EDF, TotalEnergies, Thales ou Safran dans les grandes écoles françaises. Présence dans les conseils d’administration, mécénat et financement étudiant dessinent plusieurs pôles d’influence autour de l’ingénierie, de la finance, du numérique et de la défense. (Observatoire des multinationales)
À Bordeaux, plusieurs associations demandent le maintien des 240 places d’hébergement d’urgence ouvertes cet hiver, alors que le 115 est déjà saturé. Elles redoutent une hausse des expulsions, des campements précaires et une aggravation rapide de la situation sanitaire des sans-abri. (Rue89 Bordeaux)
* visuel de couverture : wikicommons
– Mauricette Baelen
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Mr Mondialisation
Chaque semaine, Akim Omiri investit les ondes de Radio Nova avec son émission, La Riposte. Avec ses invités et ses chroniqueurs, il décrypte et dézingue l’actualité de sa plume acide et sans langue de bois. En parallèle, il continue de jouer sur scène Contexte, son dernier spectacle. Rencontre avec un humoriste adepte du poil à […]
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Recruté par Radio Nova suite à sa défense de Guillaume Meurice, Akim Omiri a rejoint l’équipe de Matthieu Pigasse en avril 2025 et s’exprime aujourd’hui librement dans son émission, La Riposte. Rempart contre l’extrême-droite et les médias dominants, Akim Omiri aime appuyer là où ça fait mal, quitte à se faire de nombreux ennemis.
Mais l’humoriste n’a jamais peur de dire ce qu’il pense et constitue en cela une bouffée d’air frais dans le paysage médiatique actuel. À la radio comme sur scène, Akim Omiri interroge notre société, nos comportements, nos déviances. Parce que « parler d’armoires IKEA ou du dernier dîner chez ma belle-mère » ne l’intéresse pas, l’humoriste utilise sa voix et sa notoriété pour défendre les valeurs qui lui sont chères. Rencontre.

Akim Omiri : « J’ai vécu mes premières années dans une cité des quartiers Nord du Havre. Mais ma mère ne voulait pas m’y voir grandir, alors elle a déménagé plus à l’ouest de la ville, dans un « beau quartier ». Je n’avais pas les moyens qui suivaient, et ai fait ma scolarité dans des établissements où on devait être deux à cinq rebeus maximum ! J’y ai subi un racisme de fou venant des profs, du CPE… »
Akim Omiri : « J’ai suivi un parcours dans le général pour avoir le plus de choix possibles, car rien ne me passionnait vraiment. J’avais envie de faire de la scène, mais il n’y avait rien pour ça au Havre, je ne savais pas par où commencer. Alors, comme on me répétait que j’étais à l’aise à l’oral, je me suis orienté vers le commerce via un DUT.
Ça me laissait le temps de réfléchir et de me réorienter au besoin… J’avais des facilités pour les études, mais je m’ennuyais. Après quelques stages en costard-cravate, j’ai réalisé que le commerce n’était pas du tout mon truc. J’ai trouvé comme prétexte une école de pub pour aller vivre à Paris.
J’aimais le côté créatif, je voulais faire des pubs marrantes, décalées. Mais j’ai vite compris qu’elles ne trouveraient jamais leur place. Le problème, un peu comme dans le milieu du cinéma, ce ne sont pas les gens qui écrivent, mais ceux qui financent… Et qui n’aiment pas prendre de risques. »
« j’ai tenté les scènes ouvertes en parallèle de mes études. C’est là que j’ai eu une révélation : peut-être étais-je fait pour ça ! »
Akim Omiri : « Oui, j’ai tenté les scènes ouvertes en parallèle de mes études. C’est là que j’ai eu une révélation : peut-être étais-je fait pour ça ! J’arrivais à faire rire, commençais à connaître un petit succès. J’ai suivi un Master en alternance pour avoir un salaire. Diplôme en poche, j’avais un an de chômage devant moi pour réussi dans le spectacle. J’ai alors rencontré Norman, Cyprien… J’ai commencé à écrire pour les autres et ai été recruté chez Golden Moustache. Je vivais alors de ce que j’écrivais. »

Akim Omiri : « Oui, j’ai fini par ne plus me reconnaître dans les vidéos que j’écrivais pour Norman. J’ai donc commencé à me recentrer sur mes écrits et ai réalisé un certain nombre de court-métrages sur ma chaîne YouTube. Ils ont cumulé des millions de vues.
J’étais alors sûr que j’allais pouvoir faire la transition vers des formats plus longs, notamment via Golden Moustache et le groupe M6. Finalement, j’ai perdu cinq ans de ma vie sur un film qui ne s’est jamais fait ! Nous l’avions écrit à deux avec Kaza, que j’ai connu au Comedy Club de Paname et avec qui j’écris tous mes textes. Nous sommes alors revenus au stand-up afin d’être plus libres. »
Akim Omiri : « Il bouge pas mal : j’ai retiré des extraits, que je diffuse ensuite sur les réseaux et remplace par des nouveautés. Le but de la com’ autour du spectacle était de le promouvoir sans en montrer d’extraits. Ce que je montre sur les réseaux disparaît du spectacle, afin que le public n’ait que de l’inédit.
J’ai également cédé l’intégralité de mon spectacle Fragment(s) sur YouTube, cumulant 917.000 vues. Contexte prendra fin l’an prochain. Ensuite, j’écrirai sans doute un autre spectacle mais je ne me projette pas beaucoup plus loin pour l’instant. »
Akim Omiri : « À l’origine, j’étais venu faire une chronique à France Inter. Sauf que j’avais été invité par Guillaume Meurice… qui était interdit d’antenne. Ma promo a pris la forme d’une chronique pour le défendre. Plus tard, quand Guillaume a démarré La Dernière sur Radio Nova, il m’a proposé de venir y faire une chronique. Par la suite, le directeur de Radio Nova, Matthieu Pigasse, m’a proposé de les rejoindre. C’est ainsi que j’ai atterri chez Radio Nova avec La Riposte, en avril 2025. »
Akim Omiri : « Oui, clairement. Ma responsabilité y est encore plus forte car plus on fait de l’audience, plus on doit faire attention. De l’autre côté, plus on continue, plus on est écoutés et plus ils essaient de nous éteindre ! Preuve en est avec Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée Nationale, qui m’a interpellé suite à l’émission dans laquelle je demandais pourquoi elle refusait d’ouvrir une commission d’enquête sur l’affaire Epstein. J’ai riposté et finalement, elle n’a jamais donné suite… »
Akim Omiri : « Oui, avec Kaza, nous sommes libres et choisissons tout. Radio Nova ne gère rien de notre émission, le contrat est basé sur une confiance réciproque et ma liberté de ton. Pour les chroniqueurs, on les choisit selon ce que l’on a pu voir de leur travail, notamment via les réseaux sociaux. Quant aux invités musicaux, je les contacte après avoir entendu une chanson qui me parle et qui a du sens. Ce sont toujours des gens qui partagent nos valeurs, donc ils sont contents de venir. »
Akim Omiri : « Ce sont des moments particuliers car les gens me disent merci. Cela me marque car c’est bizarre, quelque part ! Je réalise qu’ils sont tellement dans le désarroi et se sentent tellement seuls qu’ils nous remercient pour le spectacle et l’émission. Face à l’extrême droite et à la place qu’elle prend dans les médias, on est devenus précieux… Le public sait qu’on reçoit des menaces et a sans doute encore plus besoin de nous dire qu’on est utiles. C’est agréable et gratifiant. »

Akim Omiri : « Oui, mais franchement, les menaces me laissent assez indifférent. Je sais également que ma franchise et ma liberté de ton m’empêchent d’accéder à certains médias… Ce qui est quand même assez révélateur de l’époque dans laquelle on vit ! »
« Nous sommes la majorité ! Je suis optimiste : continuons de nous exprimer et de nous mobiliser ! »
Akim Omiri : « Ce serait de ne rien lâcher. On nous fait croire – parce que les médias mainstream sont détenus par des milliardaires d’extrême droite – qu’on est une minorité. Alors que c’est l’inverse. Nous sommes la majorité ! Je suis optimiste : continuons de nous exprimer et de nous mobiliser ! »
Akim Omiri est actuellement en tournée en France avec son spectacle de stand-up, Contexte. Dates et informations via son Linktree.
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : ©Raphaël Liot
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