06.07.2026 à 17:22
Mr Mondialisation
Avec le dérèglement climatique engendré par l’activité humaine, les vagues de chaleur vont inévitablement se multiplier, et si rien n’est fait, la situation va encore empirer. Si les impacts sur la santé humains sont péniblement médiatisés, ceux sur la santé animale le sont encore moins. Que ce soit les animaux domestiques, d’élevage, sauvages, tous sont […]
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Que ce soit les animaux domestiques, d’élevage, sauvages, tous sont frappés de plein fouet par les fortes températures. Face à ces fléaux, il existe bon nombre de solutions… de l’action individuelle à l’action politique.
Plus de 6 Français sur 10 partagent leur vie avec au moins un animal, ce qui représente pas moins de 75 millions d’individus. Néanmoins, face à des conditions extrêmes, les dangers peuvent se multiplier : coup de chaleur, déshydratation, brûlures des coussinets, etc.
Si, bien sûr, laisser un compagnon dans une voiture est absolument à proscrire, il existe d’autres réflexes à adopter : rendre de l’eau fraîche toujours disponible, éviter les promenades aux heures les plus chaudes ou encore prévoir des zones d’ombres ventilées. Les chiens peuvent être particulièrement vulnérables si leurs températures dépassent leur capacité naturelle de régulation. À cet instant, refroidir l’animal au plus vite, sans attendre d’arriver chez le vétérinaire devient crucial sous peine de risquer son décès.
Pour se préserver de ce genre de mésaventure, il convient de privilégier les sorties très tôt le matin ou très tard le soir et de rester à l’ombre et sur l’herbe en faisant attention à la température du sol. Limiter l’activité physique de chaleur s’avère aussi indispensable.
Pour autant, les animaux de compagnie, tant qu’ils partagent la vie d’êtres humains responsables, ne sont sans doute pas les plus à plaindre. En effet, dans le secteur de l’élevage, où la destination finale reste de toute façon l’abattoir, les conditions d’existence, déjà bien souvent critiquables en temps normal, peuvent se transformer en réel calvaire lors d’épisodes caniculaires.
La canicule du mois de juin 2026 a même provoqué une véritable hécatombe, puisque plusieurs millions d’animaux ont succombé à la chaleur. La catastrophe est d’une telle ampleur que le nombre précis de victimes a d’ailleurs été impossible à déterminer. Mais ce sont bien des milliers de tonnes de cadavres qui emplissaient certains élevages. À tel point que beaucoup d’agriculteurs, notamment en Bretagne, ont exceptionnellement été autorisés à enterrer ces dépouilles.
Il faut dire que l’élevage industriel en France représente ce qui se fait de pire en Europe : l’Hexagone tolère en effet des exploitations avec vingt-deux poulets au mètre carré. 95 % des cochons sont quant à eux en ferme-usine où la surface moyenne n’est que d’un mètre carré pour un animal de 110 kg. Entassés dans des bâtiments où la température frôle parfois les 40 degrés, les bêtes n’ont aucune chance de survie. Certains élevages, y compris en plein air, ont vu plus de dix mille individus mourir en une journée.
Dans ce contexte horrifique, certains médias, comme le journal 20 minutes, s’interrogent : « Va-t-on manquer de poulet dans nos assiettes ? ». L’heure n’est donc pas à la remise en question. Le gouvernement, quant à lui, envisage de financer des brumisateurs et des ventilateurs pour les élevages.
Le vrai sujet, pourtant, est plutôt celui du modèle agricole actuel qui inflige de tels traitements. Plus ironique encore, l’élevage est l’un des principaux responsables du dérèglement climatique. Dans ces conditions, c’est une nouvelle fois la thématique de la sobriété qui s’impose.
Il devient urgent de réduire notre consommation de viande, et même de considérer les animaux comme ce qu’ils sont : des êtres vivants et sensibles, et non une marchandise à notre disposition. Dans cette optique, les questions de la rupture avec l’élevage industriel, ainsi que de l’exploitation animale dans son ensemble, devrait clairement être posée sur la table. Un objectif qui nécessite d’être planifié longuement avec de la prévention et de l’éducation, mais aussi un accompagnement des professionnels dans des reconversions vers le secteur végétal.
Au-delà des animaux en étroit contact avec les êtres humains, restent encore ceux qui vivent dans la nature, à la merci des aléas climatiques engendrés par les actions de l’espèce humaine Que ce soit les oiseaux, les poissons ou les mammifères, tous sont frappés à divers degrés par ces conditions.
La déshydratation guette particulièrement les individus incapables de se mettre au frais. Les oisillons, dont les nids se trouvent souvent sous des toitures, vont dans certains cas se jeter à l’extérieur pour ne pas mourir de chaud, sans être prêts à voler. Le réchauffement des rivières fragilise les poissons qui manquent parfois d’oxygène, tandis que les amphibiens et autres mammifères sont directement touchés par l’assèchement des points d’eau.
Dans l’urgence, il existe des façons simples d’aider quelque peu les animaux les plus touchés. Mettre à l’ombre une petite réserve d’eau peu profonde, que l’on renouvelle chaque jour, pourra sans doute soulager quelques individus sur le court terme.
Préserver des herbes hautes ou des zones à l’abri du soleil s’avère aussi absolument essentiel. Enfin, en cas de rencontre avec un animal en détresse, le geste le plus efficace reste sans aucun doute de contacter un centre de soin de faune sauvage pour savoir quel comportement adopter.
Malgré quelques ajustements d’urgences possibles, il reste indispensable de garder à l’esprit la nécessité d’agir à grande échelle au niveau de l’État et surtout dans le temps long. Si la lutte contre le dérèglement climatique apparaît aujourd’hui évidente, aucune politique d’envergure n’est pourtant mise en place pour basculer vers un autre modèle.
Car, pour préserver la santé de la faune et de l’ensemble de la biodiversité dont l’humanité dépend, il demeure crucial de repenser les modèles socio-économiques dominants, en se fondant non plus sur le profit et l’exploitation du vivant, mais bien sur un changement de cadre basé sur la soutenabilité et la dignité des écosystèmes.
– Simon Verdière
Photo de Oleksandr Kurchev sur Unsplash
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Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Des habitants se mobilisent pour protéger la vallée de la Credogne face à un projet de micro-centrale Dans le Livradois-Forez, en Auvergne l’association Asca conteste un projet de micro-centrale hydroélectrique qu’elle juge menaçant […]
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Dans le Livradois-Forez, en Auvergne l’association Asca conteste un projet de micro-centrale hydroélectrique qu’elle juge menaçant pour la biodiversité et le débit de la rivière Credogne. Forte d’un inventaire écologique mené depuis quatre ans, elle réclame une protection renforcée de l’ensemble de la vallée et poursuit son recours en justice. (Tikographie)
Des dockers italiens, rejoints par des syndicats européens, multiplient les blocages de navires transportant des armes ou des marchandises liées à Israël, dans le but de dénoncer la guerre à Gaza. Héritier d’une longue tradition antifasciste et internationaliste, ce mouvement entend désormais coordonner ses actions à l’échelle européenne pour entraver les flux de l’économie de guerre. (La Brèche)
Les créatrices de contenus Karelle et Sara, fondatrices du collectif Œil au Beurre Noire, utilisent Twitch et les réseaux sociaux pour vulgariser les idées féministes, antiracistes et anticapitalistes auprès d’un jeune public. À l’approche de la présidentielle, elles ambitionnent de « féminiser et radicaliser Twitch » tout en restant indépendantes des partis politiques. (StreetPress)
Le tribunal judiciaire de Paris a condamné TotalEnergies à prendre en compte les émissions de scope 3, liées à l’utilisation de ses produits, dans son plan de vigilance climatique. Une décision inédite qui pourrait faire jurisprudence et obliger d’autres grandes entreprises à prévenir les risques climatiques liés à l’ensemble de leurs activités. (Vert)
La municipalité de New York a contraint Amazon à régler plus de 9 millions de dollars d’amendes liées à des infractions répétées aux règles anti-ralenti de ses véhicules de livraison. La ville entend renforcer l’application de ces mesures, destinées à réduire la pollution de l’air et à responsabiliser les grandes entreprises. (NYC Mayor’s Office)
La ville de New York (encore) a présenté son premier plan stratégique pour la forêt urbaine, avec l’objectif de faire passer la couverture arborée de 23,4 % à 30 % d’ici 2040. Le programme vise en priorité les quartiers les plus exposés aux îlots de chaleur, où le manque d’arbres est considéré comme un enjeu de justice environnementale. (NYC Mayor’s Office of Climate & Environmental Justice)
Menacée par le braconnage pour le commerce des oiseaux de cage, la pie verte de Java ne compterait plus qu’une cinquantaine d’individus à l’état sauvage. Un programme international de conservation mise désormais sur l’élevage, la réintroduction et l’implication des communautés locales pour éviter la disparition de cette espèce emblématique. (Mongabay)
Une étude de l’Imperial College London estime que les décès attribuables à la pollution de l’air ont diminué de 40 % entre 2019 et 2024 dans la capitale britannique. Si les chercheurs soulignent que les effets sanitaires de la pollution restent plus importants qu’estimé auparavant, le maire Sadiq Khan voit dans ces résultats une validation de la zone à faibles émissions (Ulez). (The Guardian)
Six mois après son inauguration dans le Colorado, le plus grand écopont au monde a été traversé pour la première fois par trois wapitis, l’espèce pour laquelle il avait été conçu. L’ouvrage doit permettre de réduire les collisions routières et de restaurer les corridors écologiques pour la grande faune. (Good Good Good)
L’association L214 met à disposition un livret gratuit de 31 recettes végétales destiné aux cantines scolaires, conçu avec Cap Veggie. L’objectif est d’aider les collectivités à réduire l’impact climatique de la restauration scolaire, tout en proposant des repas équilibrés et en favorisant une alimentation plus respectueuse des animaux. (Communiqué de presse – L214)
* Image de couverture : L214
– Mauricette Baelen
The post Association Asca, dockers et oeil au beurre noire : les 10 bonnes nouvelles de la semaine ! first appeared on Mr Mondialisation.04.07.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Le Conseil d’État valide définitivement la poursuite du chantier de l’autoroute A69 Le Conseil d’État a rejeté les derniers recours contre l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, jugeant que le projet répond à une « […]
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Le Conseil d’État a rejeté les derniers recours contre l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, jugeant que le projet répond à une « raison impérative d’intérêt public majeur », malgré son impact sur 157 espèces protégées. Les opposants dénoncent une décision contraire au droit européen et envisagent un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne. (Vert)
Face à des canicules de plus en plus meurtrières, l’Espagne a déployé un vaste réseau de refuges climatiques accessibles gratuitement, notamment à Barcelone où 99 % des habitants vivent à moins de dix minutes d’un refuge. Ce modèle inspire désormais d’autres villes, tout en soulignant la nécessité de politiques publiques durables pour adapter les espaces urbains au réchauffement climatique. (The Conversation)
Selon une enquête de Disclose, Matignon et Bercy auraient modifié les règles de deux appels à projets de l’Ademe afin d’accorder plus de 300 millions d’euros au pétrochimiste Ineos, pourtant jugé initialement inéligible. Des juristes évoquent un possible « délit de favoritisme », tandis que l’exécutif conteste toute irrégularité. (Disclose)
Dans un entretien collectif, des habitant·es d’une banlieue parisienne racontent comment l’insalubrité des logements, les pollutions industrielles et les discriminations façonnent leur rapport à l’écologie. Ils plaident pour une écologie indissociable des questions sociales, raciales et de justice environnementale, loin des discours jugés déconnectés de leur quotidien. (Terrestres)
Le collectif Grève des loyers lance la campagne « Pas de volets, pas de loyer ! » pour dénoncer les « bouilloires thermiques », responsables selon lui de nombreux décès lors des canicules. Les militants demandent l’adoption de la loi « Zéro Logement Bouilloire », l’installation facilitée de protections solaires et la suspension du loyer pour les logements devenus inhabitables. (La Relève et la Peste)
Une enquête de Reporterre et Mediacités montre que 1 691 cours d’eau français présentent des dépassements de seuils pour des micropolluants (pesticides, PFAS, métaux lourds ou résidus de médicaments), compromettant l’objectif européen de bon état des eaux d’ici 2027. Les auteurs alertent sur les effets cocktails de ces substances et leurs conséquences pour les écosystèmes comme pour l’eau potable. (Reporterre)
À peine dix jours après la signature d’un mémorandum entre les États-Unis et l’Iran, de nouvelles hostilités remettent en cause l’accord. En cause, des interprétations divergentes sur le cessez-le-feu au Liban et la gestion du détroit d’Ormuz, deux points clés dont le flou alimente les tensions entre les parties. (The Guardian)
Portée par le succès de la médecine esthétique et des injections de Botox, une partie des dermatologues délaisse les soins médicaux classiques, aggravant les difficultés d’accès aux consultations, notamment à Nice. Face à cette tendance, les pouvoirs publics cherchent à mieux encadrer le secteur et à lutter contre la multiplication des pratiques illégales. (Alternatives Économiques)
Dans une analyse critique, Politis dresse le bilan de six mesures emblématiques du second quinquennat d’Emmanuel Macron qu’il juge contraires aux objectifs climatiques : affaiblissement du Fonds vert, validation de l’A69, recul du ZAN, réforme de MaPrimeRénov’, politique forestière et loi Duplomb. Le média estime que ces choix ont contribué à fragiliser l’adaptation de la France au réchauffement climatique. (Politis)
Un rapport publié par le Palestinian Feminist Collective et Progressive International affirme que les violences sexuelles commises contre des Palestiniens relèvent d’une pratique systématique inscrite dans la politique de colonisation israélienne. Fondé sur des témoignages, des documents déclassifiés et des enquêtes d’ONG, il documente ces violences comme un outil de domination et de destruction. (L’Humanité)
* Visuel de couverture : Wikicommons
– Mauricette Baelen
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Elena Meilune
L’année 2026 va probablement rentrer dans l’histoire comme l’année la plus sûre jamais enregistrée par la ville de New York. La criminalité continue de reculer et atteint des niveaux historiquement bas sous le mandat de Zohran Mamdani. Le nouveau maire a lancé plusieurs réformes sociales ambitieuses destinées à agir sur les inégalités, qui sont intrinsèquement […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 5min]
Quelques mois seulement après son entrée en fonction, le maire de New York, Zohran Mamdani, peut déjà s’appuyer sur des chiffres qui attirent l’attention. Les principales statistiques de criminalité poursuivent leur baisse et plusieurs indicateurs atteignent des records historiques.
Si ces évolutions prolongent une tendance amorcée avant son arrivée, son administration a toutefois commencé à mettre en œuvre plusieurs engagements majeurs de son programme et agit notamment sur le coût de la vie, le logement, les services publics et la santé mentale. Autrement dit, il s’attaque à plusieurs des facteurs sociaux que la littérature scientifique identifie depuis longtemps comme des déterminants importants de la délinquance.
New York enregistre actuellement les niveaux de violence les plus faibles jamais observés pour un début d’année depuis que ces statistiques sont compilées. Le nombre de meurtres a baissé de 20,9 %, celui des fusillades de 5,7 %, le nombre de victimes par arme à feu de 7,1 % et les crimes majeurs de 6,2 % par rapport à la même période en 2025. Les cambriolages, les vols avec violence, les vols de véhicules et les vols aggravés sont également en baisse.
Une partie des adversaires de Mamdani annonçait pourtant qu’un maire issu de la gauche provoquerait une explosion de l’insécurité. À ce stade, c’est l’inverse qui est observé.
Bien entendu, six mois de mandat ne suffisent pas à établir un lien de causalité entre ces chiffres et les politiques municipales. Mais il est clair qu’une politique de réduction des inégalités sociales va contribuer à la baisse de la criminalité en sachant que les deux facteurs sont étroitement liés (ce sujet précis sera exploré plus en détail dans un futur article).
L’une des premières priorités de Mamdani concerne la petite enfance. Dès sa première semaine de mandat, il a conclu avec la gouverneure Kathy Hochul un accord prévoyant un investissement de 1,7 milliard de dollars pour étendre l’accueil des jeunes enfants.
Le programme prévoit notamment la création d’un dispositif gratuit pour les enfants de deux ans à New York, l’extension des aides à la garde d’enfants et un objectif de généralisation progressive de l’accueil universel. Au-delà de son aspect social, cette mesure vise aussi à faciliter l’accès à l’emploi, en particulier pour les parents isolés, tout en réduisant les dépenses contraintes des ménages.
Le logement constitue l’autre grand chantier du mandat. Dès son arrivée à la mairie, Mamdani a signé plusieurs décrets renforçant la protection des locataires, notamment en réactivant le Mayor’s Office to Protect Tenants. Son administration a également créé un Mayor’s Office of Deed Theft Prevention, chargé de lutter contre les fraudes immobilières qui touchent particulièrement certains quartiers populaires.
« Gel des loyers pour les renouvellements de bail d’environ un million de logements »
Aussi, ce 25 juin 2026, l’une des promesses phares de Zohran Mamdani s’est concrétisée. Le Rent Guidelines Board de la ville de New York a voté le gel des loyers pour les renouvellements de bail d’environ un million de logements, pour une durée pouvant aller jusqu’à deux ans. Une décision historique pour soulager les ménages confrontés à la crise du logement et au coût de la vie, qui concerne près d’un quart des habitants de la ville.
Dans le même temps, son administration a réorienté la prise en charge des personnes sans domicile fixe en confiant les opérations aux services chargés de l’hébergement d’urgence et à des équipes de travailleurs sociaux, la police n’intervenant plus comme pilote principal de ces opérations.
La municipalité a engagé plusieurs mesures destinées à protéger les consommateurs. Elle a notamment créé un groupe de travail municipal chargé de coordonner les actions contre les frais cachés et les pratiques commerciales trompeuses, tout en renforçant les pouvoirs du Department of Consumer and Worker Protection pour faire appliquer la législation existante.
Autre promesse en cours de concrétisation : la création d’un réseau d’épiceries municipales. En prenant en charge une partie des coûts de fonctionnement, la ville entend permettre la vente d’un panier de produits essentiels à des prix inférieurs à ceux du marché. Les deux premiers sites ont été annoncés à East Harlem et dans le Bronx. Le magasin du Bronx doit ouvrir d’ici fin 2027, tandis que celui d’East Harlem est prévu d’ici 2029.
Le nouveau maire a également annoncé un renforcement des investissements dans les services de santé mentale, avec 47,3 millions de dollars supplémentaires par an destinés à améliorer l’accès aux soins.
L’administration a également lancé deux cliniques « Elevate You » destinées aux jeunes de 16 à 25 ans. Conçues pour éviter les ruptures de suivi au moment du passage à l’âge adulte, elles associent accompagnement psychologique, soins médicaux, soutien social et aide à l’insertion professionnelle. La prévention et la prise en charge des troubles psychiques constituent l’un des leviers mobilisés pour prévenir certaines situations de violence ou de délinquance.
Contrairement à certaines caricatures relayées pendant la campagne, Mamdani n’a pas démantelé la police de New York. Il a conservé à son poste la commissaire Jessica Tisch, sous la direction de laquelle le NYPD poursuit ses actions contre les violences armées et la criminalité organisée.
En parallèle, son administration a créé l’ « Office of Community Safety », chargé de développer une stratégie municipale de sécurité et de coordonner plusieurs politiques de prévention. Cette nouvelle structure supervise notamment les programmes de prévention des violences armées, d’aide aux victimes, de lutte contre les violences conjugales et les crimes haineux, ainsi que les services municipaux de santé mentale. Elle est également chargée de renforcer la coordination entre les différentes agences de la ville.
Mais le maintien de l’ordre ne constitue qu’un des leviers de la sécurité publique. La nouvelle administration mise largement sur des politiques de prévention en s’attaquant aux facteurs sociaux qui sont généralement minimisés et qui jouent pourtant un rôle conséquent dans la criminalité.
En France, cette conception de la sécurité, qui articule maintien de l’ordre, prévention et action sur les causes de la délinquance, rejoint des orientations défendues de longue date par La France insoumise, notamment autour du triptyque « prévention, répression, réparation ».
Une chose est déjà certaine : contrairement aux prédictions alarmistes formulées pendant la campagne, l’arrivée de Zohran Mamdani à la tête de New York ne s’est pas accompagnée d’une flambée de la criminalité. Les premiers mois de son mandat coïncident au contraire avec des niveaux de violence historiquement faibles. Les prophéties d’explosion de l’insécurité devront, au minimum, attendre encore un peu.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Wikimedia Commons
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Elena Meilune
De plus en plus de chercheurs mobilisent aujourd’hui le concept de stress minoritaire pour explorer les effets de la stigmatisation, de la discrimination et de l’exclusion sociale sur la santé mentale des personnes autistes. Développé à l’origine pour étudier les conséquences des préjugés subis par d’autres groupes minorisés, ce modèle ouvre de nouvelles pistes pour […]
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L’article précédent de ce dossier montrait que les troubles anxieux et dépressifs observés chez les personnes neurodivergentes n’apparaissent pas de manière soudaine, mais se construisent progressivement au fil des expériences de vie. Parmi les différentes hypothèses proposées pour comprendre ce phénomène, le modèle du stress minoritaire occupe aujourd’hui une place croissante dans la littérature scientifique consacrée à l’autisme.
Initialement développé pour étudier les effets de la discrimination sur les minorités sexuelles et de genre, il postule que l’appartenance à un groupe social stigmatisé peut engendrer une forme spécifique de stress chronique susceptible d’altérer la santé mentale.
Les personnes autistes rapportent fréquemment davantage de stress que la population générale. Une revue systématique de 31 études publiée en 2022 conclut que les personnes autistes présentent de façon constante des niveaux plus élevés de stress émotionnel – un phénomène cliniquement significatif selon les auteurs. Si ce constat ne fait plus réellement débat, en revanche, les mécanismes à son origine restent beaucoup plus difficiles à identifier.
Lorsqu’on s’intéresse aux marqueurs biologiques du stress, les résultats deviennent beaucoup moins clairs. La même revue a examiné les recherches portant sur le cortisol (la principale hormone du stress). Certaines études observent une réponse accrue au stress, d’autres une réponse atténuée, tandis que plusieurs ne trouvent aucune différence significative avec les groupes témoins.
« Aucun profil biologique unique du stress »
Les rares études disponibles chez les adultes autistes rapportent même souvent des profils de cortisol globalement comparables à ceux de la population générale. Les auteurs concluent ainsi qu’aucun profil biologique unique du stress ne se dégage actuellement de la littérature.
Ces constats rejoignent ceux d’une synthèse publiée en 2022 dans Frontiers in Neuroscience, consacrée au fonctionnement du système de stress chez les enfants et adolescents autistes.
Les auteurs y explorent un large éventail de mécanismes biologiques susceptibles d’être impliqués dans le stress : axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, système nerveux autonome, réponses immunitaires, altérations cérébrales observées en neuroimagerie, mécanismes épigénétiques ou encore effets du stress précoce. Pourtant, malgré cette diversité d’approches, aucun consensus ne se dégage quant au fonctionnement du système de stress dans l’autisme.
Certaines études mettent en évidence une hyperactivation du système de stress, d’autres une hypoactivation. Là encore, les résultats sont très hétérogènes. L’un des constats les plus récurrents est l’importante variabilité observée entre les individus autistes, tant dans les niveaux de cortisol que dans les réponses aux différents stresseurs.
Pour expliquer ces divergences, les auteurs soulignent l’hétérogénéité des populations étudiées : âge, stade développemental, sévérité des difficultés, troubles associés, traitements médicamenteux. Ils évoquent également les différences méthodologiques (taille des échantillons, nature des stresseurs utilisés). Si leur cadre théorique demeure principalement biologique, leurs résultats montrent surtout la difficulté à identifier un mécanisme simple et universel.

Les études citées ici s’inscrivent en effet dans un champ de recherche principalement orienté vers l’identification de mécanismes biologiques explicatifs. Or, malgré la diversité des approches mobilisées et l’accumulation des travaux, aucune signature biologique cohérente et généralisable ne permet aujourd’hui d’expliquer à elle seule les niveaux élevés de stress rapportés par les personnes autistes.
Lorsque le stress rapporté est robuste mais que les marqueurs biologiques demeurent contradictoires ou très variables, il devient légitime d’examiner davantage les expériences vécues et les conditions dans lesquelles évoluent les personnes concernées.
Ces résultats sont ainsi compatibles avec le fait que les environnements sociaux jouent un rôle important dans le développement et le maintien du stress chronique. C’est précisément cette question qu’aborde le modèle du stress minoritaire, aujourd’hui largement mobilisé pour comprendre les effets de la stigmatisation, de la discrimination et de l’exclusion sociale sur la santé mentale des groupes minorisés.
Le stress minoritaire désigne le stress chronique que peuvent subir les personnes appartenant à des groupes socialement minorisés en raison des préjugés, de la discrimination, du rejet ou encore de la nécessité de rester vigilantes face à d’éventuelles attitudes hostiles.
Selon ce modèle, ces personnes ne sont pas seulement confrontées aux difficultés ordinaires de la vie quotidienne ; elles doivent également faire face à des facteurs de stress supplémentaires liés à leur statut minoritaire. Initialement développé dans les recherches sur les minorités sexuelles et de genre, ce modèle a reçu un soutien empirique important.
Une revue systématique publiée en 2025, portant sur 59 études, a montré que le stress minoritaire chez les minorités sexuelles et de genre était associé à un large éventail d’indicateurs : santé physique, sommeil, système immunitaire, santé cardiovasculaire, métabolisme, système hormonal, santé cérébrale, charge allostatique (usure biologique cumulée liée au stress chronique sur l’organisme, résultant des efforts d’adaptation répétés à un environnement), régulation épigénétique et transcriptionnelle.
Ces résultats suggèrent que les effets du stress minoritaire peuvent dépasser largement le cadre du seul bien-être psychologique.
Les travaux sur le stress minoritaire ont progressivement conduit plusieurs chercheurs à appliquer ce cadre théorique à l’autisme. Pendant longtemps, les difficultés psychologiques observées chez les personnes autistes ont principalement été interprétées comme des conséquences directes de l’autisme lui-même. Les facteurs sociaux susceptibles de contribuer à cette souffrance ont été relativement peu étudiés.
Une étude publiée en 2020 dans Society and Mental Health a proposé d’aborder la question sous un angle différent. Les auteurs soulignent que de nombreuses personnes autistes considèrent l’autisme comme une composante importante de leur identité et peuvent, à ce titre, être exposées à des formes de stigmatisation comparables à celles observées dans d’autres groupes minorisés.
Réalisée auprès de 111 adultes autistes, l’étude montre que la discrimination quotidienne, la stigmatisation internalisée et la dissimulation de caractéristiques autistiques (camouflage social) sont associées à une santé mentale plus fragile, même après prise en compte de l’exposition générale au stress. Les auteurs concluent que :
« Le modèle du stress minoritaire constitue une piste pertinente pour comprendre l’augmentation des difficultés psychologiques observées dans cette population. »
Une hypothèse mérite d’être envisagée concernant les personnes autistes non diagnostiquées. Le stress minoritaire ne suppose pas nécessairement que l’individu se reconnaisse lui-même comme membre d’un groupe minorisé.

Une personne peut être perçue comme différente, subir des formes de rejet, d’incompréhension ou de discrimination liées à ses caractéristiques autistiques, sans disposer du moindre cadre pour interpréter ces expériences. Être régulièrement perçu comme étrange, maladroit, inadapté ou incompréhensible sans comprendre l’origine de ces réactions expose à un sentiment chronique de décalage.
L’absence de diagnostic ne protégerait donc pas du stress minoritaire. Elle pourrait au contraire amplifier certains de ses effets en transformant des expériences répétées de rejet ou d’incompréhension en preuves apparentes d’une défaillance personnelle. Dans cette perspective, une partie des troubles anxieux ou dépressifs observés chez certaines personnes autistes pourrait d’autant plus résulter de l’accumulation de ces expériences sociales négatives et de leur intériorisation découlant indirectement de l’errance diagnostique.
Les recherches récentes soulignent également que la neurodivergence peut aussi s’inscrire dans des trajectoires marquées par d’autres formes de minorisation. Une étude publiée en 2025 dans Autism in Adulthood, menée auprès de plus de 2 000 étudiants canadiens a montré que les personnes neurodivergentes étaient davantage représentées parmi les minorités sexuelles et de genre ainsi que parmi d’autres groupes s’écartant des normes sociales dominantes.
Dans cette cohorte, l’association entre neurodivergence et détresse psychologique variait selon plusieurs caractéristiques sociales, dont le genre, le revenu, l’origine ethnique et l’appartenance à une minorité linguistique. Les étudiants neurodivergents appartenant simultanément à plusieurs groupes minorisés rapportaient notamment davantage d’expériences de discrimination. Différentes formes de marginalisation pourraient ainsi se superposer et contribuer à accroître la vulnérabilité psychologique.
Une étude publiée en mai 2026 dans Autism, menée auprès de 831 adultes autistes apporte un éclairage supplémentaire sur les mécanismes par lesquels le stress minoritaire peut affecter la santé mentale. Les chercheurs ont observé que la stigmatisation liée à l’autisme, lorsqu’elle est intériorisée, est associée à davantage de solitude émotionnelle et sociale, laquelle est elle-même liée à une augmentation du stress et à une moindre satisfaction de vie.
Les auteurs suggèrent ainsi que les effets de la stigmatisation ne se limitent pas aux discriminations extérieures : ils peuvent progressivement s’intégrer à l’image que les personnes ont d’elles-mêmes et contribuer durablement à leur mal-être psychologique.
Parmi les stratégies développées pour faire face à la stigmatisation figure notamment le camouflage des traits autistiques, déjà abordé dans un précédent article de ce dossier. Une étude publiée en 2024 dans Autism in Adulthood, menée auprès de 412 adultes autistes transgenres et/ou non binaires suggère que le stress lié à l’appartenance à une minorité autiste ou de genre, ainsi que les stratégies de camouflage, sont associés à des niveaux plus élevés de dépression, d’anxiété, de stress et de stress post-traumatique.

Les auteurs observent notamment que les préjugés « anti-autistes » intériorisés, la discrimination quotidienne et le camouflage demeurent des facteurs significativement associés à plusieurs indicateurs de santé mentale.
Plusieurs travaux ont également mis en évidence un risque accru d’automutilation, de tentative de suicide et de décès par suicide chez les personnes autistes.
« Un risque de tentative de suicide plus de trois fois supérieur »
Une vaste étude de cohorte menée au Danemark auprès de plus de 6,5 millions de personnes, publiée en 2021 dans JAMA Network Open, a montré que les personnes autistes présentent un risque de tentative de suicide plus de trois fois supérieur à celui observé dans la population générale. L’étude met en évidence un risque particulièrement élevé chez les femmes autistes, dont le taux de tentative de suicide apparaît plus de quatre fois supérieur à celui des hommes autistes.
Plus de 90 % des personnes autistes ayant tenté de se suicider présentaient au moins un autre trouble psychiatrique associé, en sachant que ces troubles se développent souvent avec le temps, après de longues années d’exclusion et de stigmatisation, comme nous le montrions dans les articles précédents de ce dossier.
Une étude de cohorte réalisée au Canada sur près de 380 000 personnes, publiée en 2023 dans JAMA Network Open apporte des éléments complémentaires. Les auteurs ont observé que les femmes autistes présentaient un risque de comportements d’automutilation supérieur de 83 % à celui des femmes non autistes, tandis que le risque était augmenté de 47 % chez les hommes autistes comparativement aux hommes non autistes.
Les auteurs soulignent l’importance de ne pas considérer les comportements suicidaires comme une conséquence directe ou inévitable de l’autisme. Ici aussi, les troubles psychiatriques associés apparaissent comme des facteurs explicatifs majeurs, invitant à s’intéresser davantage aux conditions susceptibles de favoriser leur développement.
Concernant la vulnérabilité accrue des femmes autistes, il serait également pertinent de s’intéresser au rôle des normes de genre dans une société encore largement structurée par des rapports de domination masculine.
Les femmes autistes ne sont pas seulement exposées au stress lié à la neurodivergence, elles évoluent également dans un environnement où les attentes pesant sur les femmes en matière de sociabilité, d’empathie, de disponibilité émotionnelle ou de conformité comportementale demeurent particulièrement fortes. La combinaison de ces contraintes contribue à accroître leur charge psychologique.
D’autres travaux ont cherché à identifier les facteurs spécifiquement associés au risque suicidaire chez les adultes autistes. Une étude publiée en 2018 dans Molecular Autism a notamment mis en évidence plusieurs facteurs significativement associés au risque suicidaire chez les adultes autistes, parmi lesquels le camouflage des traits autistiques, les besoins de soutien non satisfaits, les antécédents d’automutilation et certaines difficultés psychologiques associées.
Plusieurs de ces facteurs renvoient ainsi directement à l’environnement social dans lequel évoluent les personnes autistes. Le camouflage, par exemple, est une stratégie développée pour éviter le rejet ou la stigmatisation. Les besoins de soutien non satisfaits renvoient quant à eux aux difficultés d’accès aux ressources, aux accompagnements et aux aménagements nécessaires. Si l’on retire le bruit des préjugés, combien de souffrances attribuées à l’autisme relèvent en réalité de la manière dont nos sociétés traitent celles et ceux qui s’écartent des normes ?
– Elena Meilune
• van der Linden, K., Simons, C., van Amelsvoort, T., et al. (2022). Emotional stress, cortisol response, and cortisol rhythm in autism spectrum disorders: A systematic review. Research in Autism Spectrum Disorders, 98, 102039.
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• White, L. C. J., Vel Ixqe, K., Gillespie-Smith K.. (2024). Minority Stress, Camouflaging, and Mental Health Outcomes in Transgender and/or Non-binary Autistic Adults. Autism in Adulthood, 8(3).
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Photo de couverture : Rawpixel
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Mr Mondialisation
Dans l’ouvrage L’expulsion de l’autre du philosophe sud-coréen et allemand Byung-Chul Han, la société postmoderne apparaît comme aliénante. De là, sont développées des réflexions philosophiques, critiques des logiques capitalistes, de surconsommation et de mondialisation. Dans cet essai incisif, la pratique de l’écoute d’autrui se dégage comme une voie à suivre. De l’isolement produit par le […]
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De l’isolement produit par le néolibéralisme à l’effacement du lien à l’autre, Byung-Chul Han montre comment les logiques économiques façonnent nos existences. Son analyse conduit finalement à une question centrale : quelles conditions rendent encore possible une véritable vie commune ?
L’une des premières phrases choc de Byung-Chul Han concerne le désir de paix, qui est assez communément partagé : un récent sondage IFOP révèle qu’environ 70% de la population française se positionne en soutien à la participation de leur pays aux opérations de maintien de la Paix avec l’ONU. Un désir pacifique partagé, mais des plans d’actions qui entrent en contradiction.
D’un point de vue de sécurité intérieure, de nombreux pays occidentaux se « protègent » derrière l’OTAN et les politiques interventionnistes des États-Unis, une protection qui à moyen-terme ne fait qu’augmenter les tensions et les risques de conflits généralisés.

Mais la sécurité ne dépend pas uniquement des relations internationales. L’accroissement de la pauvreté, de la précarité, des discriminations ou encore des politiques d’exclusion à l’égard des étrangers alimente également les tensions au sein des sociétés. Loin de favoriser une paix durable, ces dynamiques nourrissent les fractures sociales et créent un terrain propice aux conflits.
Dans ce contexte, renforcer les politiques néolibérales au nom du pragmatisme ou d’une posture prétendument pacificatrice – « ni de droite ni de gauche », de « bon sens » face aux « extrêmes », à l’image du positionnement défendu par Raphaël Glucksmann – ne constitue pas une réponse neutre. Une telle orientation contribue à approfondir les inégalités produites par le libre marché et s’accompagne souvent d’une vision interventionniste des relations internationales, susceptible d’alimenter davantage les tensions qu’elle ne les résout.
Byung-Chul Han se veut ainsi extrêmement critique de la position de Kant, selon qui la paix s’installera forcément à travers « l’esprit commercial », car ce dernier serait incompatible avec la guerre. Le philosophe coréen considère au contraire que cette paix ne peut être que temporaire : c’est « la puissance de l’argent » qui contraint à la paix pour ses propres intérêts
Plus pertinent encore, Byung-Chul Han nomme la paix instaurée par la force de l’esprit commercial, une paix géographiquement limitée : la zone de bien-être est en effet entourée de barrières, de camps de concentration pour personnes migrantes et de théâtres de guerre. Une paix qui n’est donc qu’illusion et réservée à un groupe privilégié.
Pour le philosophe, la paix est au contraire permise par l’hospitalité, en tant que « promesse de réconciliation ». Selon lui, c’est la capacité d’accueil d’une société qui permet de mesurer son degré de civilité.

Pour Byung-Chul Han, le système néolibéral est extrêmement dangereux, génère angoisse et insécurité, mais il isole surtout l’individu qui devient « un entrepreneur isolé de lui-même » :
« Ce processus d’isolement, accompagné d’un effritement de la solidarité et d’une concurrence généralisée, engendre de l’angoisse. La logique perfide du néolibéralisme veut que l’angoisse augmente la productivité. »
Le concept d’isolement est d’autant plus lisible dans notre rapport d’aliénation du travail, empêchant le travailleur de se réaliser. Byung-Chul Han perçoit même son travail comme « une annulation continue de soi », dont l’aliénation serait synonyme de mise en extériorité de l’objet produit par le travailleur : « celui-ci ne se reconnaît plus ni dans son produit, ni dans sa propre activité ». Ce que le travailleur produit lui est ainsi retiré : il devient « d’autant plus pauvre que sa quantité de production est riche ».
Le philosophe ajoute que nous vivons dans une société postmarxiste, où l’exploitation n’est plus seulement vérifiable sous la forme d’aliénation, mais plutôt sous la forme d’une dite « liberté », « autoréalisation » et « optimisation de soi ». Une liberté qu’il décrit comme fatale car elle ne rend plus possible aucune forme de résistance, de révolution. Byung-Chul Han parle donc d’une « auto-aliénation destructive », dès lors que l’individu perçoit son propre corps et son propre être comme objet fonctionnel à optimiser.
L’aliénation du travail se manifeste alors de manière pathologique : anorexie, boulimie, binge eating, burn-out, dépression, sont autant de symptômes d’une « auto-aliénation croissante » selon l’auteur. La cause de ces troubles est souvent ramenée à la culpabilité individuelle : gestion du stress, manque d’activité physique, etc. L’injonction au bien-être agit comme un camouflage des véritables causes du mal-être.
En conclusion, la capacité à écouter apparaît comme une forme de pratique décisive de résistance à un système néolibéral, lui-même destructeur du lien social, du bien-être et du sens à donner aux vies. L’écoute n’est pas une action passive mais bel et bien active. Selon Byung-Chul Han :
« écouter est une offre, un don, cela aide l’autre à prendre la parole ».
L’écoute précède même la parole, selon lui : « L’écoute invite l’autre à parler, elle lui ouvre un espace pour son altérité ». Elle peut même pousser les personnes à exprimer des pensées qui ne seraient jamais apparues en l’absence d’écoute.
Comment ne pas évoquer la communication digitale et les réseaux sociaux, qui paradoxalement nous mettent en réseau et, par la même, nous isolent : « je me procure les informations sur la toile, ainsi je ne dois pas m’adresser à un interlocuteur personnel. » Dans ce sens, en l’absence de l’autre, la communication se transforme en « échange accéléré d’informations, ce qui n’établit pas de relations, mais seulement des connexions ».
Or, le relationnel est indispensable au discours politique : « l’espace politique est un espace où je rencontre les autres, je parle avec les autres et je les écoute ». C’est pourquoi Byung-Chul Han considère que l’écoute a une dimension politique, c’est une « participation active à l’existence des autres, mais aussi à leurs souffrances ».
En revanche, il semble qu’aujourd’hui nous écoutons tant de choses mais perdons de plus en plus la capacité à écouter les autres et leurs douleurs : chacun·e est seul·e avec soi-même, « la souffrance est privatisée et individualisée », il n’existe plus de liens entre la souffrance de l’un et de l’autre, jusqu’à ignorer « la dimension sociale de la souffrance ».
Un constat pessimiste qui ne signifie pas que tout espace de lien social a disparu, mais la tendance semble indéniable. Surtout, les organes de pouvoir du régime néolibéral y ont tout à fait intérêt, afin de paralyser socialisation et politisation. En effet, la politisation induit le passage du privé au public, alors qu’aujourd’hui « le public se dissout peu à peu dans le privé ».

Pour conclure, quoi de mieux que la délicate mais incisive plume de Byung-Chul Han :
« La bruyante société de la fatigue est sourde. La société à venir pourrait être en revanche celle de l’écoute et de l’attention […] L’actuelle crise du temps ne concerne pas l’accélération, mais plutôt la totalisation du temps de soi. Le temps de l’autre se soustrait à la logique de l’amélioration des performances et de l’efficacité […] La politique néolibérale du temps élimine le temps de l’autre, considéré comme un temps improductif […], elle élimine aussi le temps de la fête, le temps de la célébration, qui échappe à la logique de production. Le temps festif est à proprement parler improductif. A l’opposé du temps de soi, qui nous rend seuls et nous isole, le temps de l’autre institue une communauté. Ce temps là, par conséquent, est un bon temps. »
– Benjamin Remtoula (Fsociete.fr)
Photo de couverture : Priscilla Du Preez (Unsplash)
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