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16.10.2026 à 06:00

Opération Milliard : le capital doit financer la transition

Mauricette Baelen

Lancée en 2024, l’Opération Milliard veut réorienter les flux financiers vers les associations et entreprises qui répondent aux besoins essentiels tout en préservant le vivant. Mr Mondialisation a échangé avec Alice Rahmoun, autrice de l’association, sur ce projet ambitieux. [Temps de lecture estimé : ~ 10 min] Face aux crises écologiques et sociales, l’argent ne […]

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Texte intégral (3309 mots)

Lancée en 2024, l’Opération Milliard veut réorienter les flux financiers vers les associations et entreprises qui répondent aux besoins essentiels tout en préservant le vivant. Mr Mondialisation a échangé avec Alice Rahmoun, autrice de l’association, sur ce projet ambitieux.

[Temps de lecture estimé : ~ 10 min]

Face aux crises écologiques et sociales, l’argent ne manque pas toujours : il est aussi question de savoir où il va.

Alors que les initiatives qui renforcent le lien social, réduisent les inégalités et préservent le vivant, peinent souvent à trouver des financements à la hauteur de leurs besoins, d’autres modèles économiques continuent d’attirer des capitaux considérables. Depuis 2024, l’Opération Milliard entend inverser cette logique en redirigeant les flux financiers vers les organisations qui construisent concrètement une société plus juste et respectueuse des limites planétaires.

« Son ambition : faire en sorte que ces structures puissent, elles aussi, accéder à des financements à l’échelle du milliard. »

Car pour ses membres, la transition écologique ne peut se faire sans justice sociale, ni sans remettre en question les critères qui déterminent aujourd’hui où va l’argent. De la responsabilité des banques et des pouvoirs publics au rôle de l’épargne citoyenne, en passant par une collecte solidaire organisée dans Minecraft, l’association défend une conviction : les alternatives existent déjà, mais elles ont besoin de moyens pour changer d’échelle.

Violaine Pierre, co-DG, et Bastien Sibille, président de l’opération Millard / Opération Milliard

Mr Mondialisation : Pour commencer, qu’est-ce que l’Opération Milliard et pourquoi avoir lancé cette association en 2024 ? Quel constat de départ vous a poussé à agir ?

Alice Rahmoun : « Notre société fait face à de nombreuses crises sociales, environnementales et démocratiques. Notre système économique est à bout de souffle, tout comme les écosystèmes auxquels nous appartenons.

Nous avons collectivement besoin d’une société et d’une économie capables de satisfaire dignement les besoins humains, tout en préservant le vivant et en respectant les limites planétaires. Pour y parvenir, nous devons faire advenir une transition juste.

 « Face à ces crises, on entend souvent qu’il faut créer de nouveaux modèles et de nouveaux récits. Or, ces modèles économiques et ces récits existent déjà. »

Ils sont portés par des entreprises et des associations qui, partout en France et au quotidien, renforcent le lien social, réduisent les inégalités et répondent aux besoins humains dans la dignité, tout en respectant les limites planétaires. Pourtant, les modes de financement dominants, construits pour servir la rentabilité à court terme, ne reconnaissent pas suffisamment leur valeur et freinent leur développement. »

Mr Mondialisation : Vous parlez de « rediriger les flux financiers vers la transition juste ». De quels flux financiers parle-t-on concrètement, et surtout, d’où vient ce milliard que vous cherchez à mobiliser ?

Alice Rahmoun :  « Nous parlons principalement des financements qui alimentent une économie extractiviste et capitaliste traditionnelle, dont l’objectif est avant tout de faire de l’argent avec l’argent.

La recherche de rendements élevés à court terme, tout comme l’attractivité de modèles de start-up dans la tech ou l’intelligence artificielle, permet à certaines activités d’accéder facilement aux financements, même lorsqu’elles ne remettent pas en question des modèles économiques aux impacts sociaux ou environnementaux importants.

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi le chiffre d’un milliard d’euros ? Est-ce un objectif symbolique, réaliste, ou correspond-il à un besoin financier précis des structures de la transition ?

Alice Rahmoun : « Nous sommes partis du constat qu’il faudrait au minimum 60 milliards d’euros par an pour réaliser la transition environnementale, selon le rapport Pisani-Ferry.

Or, les entreprises et les associations de la transition juste parviennent à se financer à hauteur de quelques milliers, de dizaines de milliers, parfois de millions d’euros, mais rarement de milliards.

« À l’inverse, les grandes entreprises technologiques, par exemple, peuvent lever des sommes considérables. »

Pour réussir la transition, les organisations qui transforment nos façons de vivre, de travailler, de consommer, de produire et de créer du lien doivent pouvoir accéder à des financements à l’échelle du milliard. »

« Les milliards existent, mais la transition n’en récolte que les miettes. »

Mr Mondialisation : Vous estimez que beaucoup d’argent existe déjà, mais qu’il est mal orienté. Quels sont, selon vous, les principaux mécanismes qui font aujourd’hui partir l’argent vers des activités incompatibles avec une transition écologique et sociale ?

Alice Rahmoun : « Le premier, c’est la recherche de rendements élevés du capital. Même lorsqu’un particulier souhaite placer son argent, le réflexe est souvent de rechercher les rendements les plus importants. On vise parfois des rendements à deux chiffres, alors que les organisations commerciales de la transition juste, par exemple, redistribuent les bénéfices à leurs salarié·es, les réinvestissent et ne rémunèrent pas le capital à de tels niveaux.

Le deuxième mécanisme, c’est la méconnaissance de ces modèles. L’économie sociale et solidaire et la transition juste restent peu connues. Ces modèles, qui ne sont pas toujours enseignés dans les écoles de commerce ni suffisamment conseillés aux personnes qui créent leur entreprise, sont pourtant de véritables modèles entrepreneuriaux qui fonctionnent.

Il est même possible d’entreprendre dans le monde associatif. Entreprendre ne signifie pas nécessairement détenir du capital et diriger une entreprise : c’est aussi mettre en œuvre une idée au sein d’une organisation.

Mr Mondialisation : Concrètement, comment comptez-vous convaincre les citoyennes et les citoyens de déplacer leur argent ? Est-ce principalement une question d’épargne, de dons, d’investissement, de consommation… ?

Alice Rahmoun : « C’est une question qui concerne l’ensemble des flux financiers ! Les investisseurs privés comme institutionnels devraient faire évoluer leurs stratégies d’investissement.

Les associations dont les modèles mêlent des enjeux sociaux et environnementaux rencontrent également des difficultés pour obtenir des dons. Les financeurs ont souvent l’habitude de soutenir des projets qui entrent dans des catégories précises : uniquement le social, uniquement le climat, ou encore des actions destinées à des bénéficiaires directs. Les initiatives qui croisent plusieurs enjeux peinent alors à trouver leur place.

Et, bien évidemment, il y a l’épargne ! Des milliards d’euros d’épargne ne sont aujourd’hui pas orientés vers la transition, parfois sans que les personnes qui la détiennent le sachent ou sachent qu’elles peuvent choisir des produits plus vertueux. Pourtant, ces produits existent. »

Mr Mondialisation : Comment choisissez-vous les organisations qui bénéficient des fonds ? Quels critères permettent de déterminer qu’une association, une coopérative ou une entreprise appartient réellement à la « transition juste » ?

Alice Rahmoun : « Nous avons défini une liste de critères à partir de plusieurs éléments. D’abord, l’activité de l’association ou de l’entreprise doit répondre à un besoin essentiel : se nourrir, se déplacer, se loger, créer du lien, se former ou apprendre, par exemple – tout en garantissant la dignité des personnes, le respect du vivant et celui des limites planétaires.

Ensuite, sa gouvernance doit être participative et démocratique. Enfin, lorsqu’il s’agit d’une organisation commerciale, sa lucrativité doit être limitée. Le partage de la valeur avec les salarié·es ou les bénéficiaires doit également être mis en place.»

Mr Mondialisation : Comment évitez-vous le risque de « greenwashing » ou de récupération du vocabulaire de la transition par des acteurs qui ne changent pas réellement leurs pratiques ?

Alice Rahmoun : « Nous essayons de mettre en avant des organisations qui respectent ces critères, tout en nous efforçant de les appliquer à nous-mêmes. Il arrive toutefois que certains contextes nous obligent à déroger à des pratiques que nous souhaiterions voir évoluer.

C’est notamment le cas du financement NoPlanetB, que nous avons cofinancé avec l’ONG ACTED. Les fonds provenant de l’Union européenne, un appel à projets devait être organisé. 

Pour le prochain financement via le Fonds de dotation, nous financerons l’Opération Milliard et les lieux représentés dans le jeu, qui avaient déjà candidaté à NoPlanetB. Cela leur évitera de déposer un nouveau dossier, une démarche longue et fastidieuse. C’est aussi un changement de pratique que nous voulons défendre.

Mr Mondialisation : Votre démarche repose beaucoup sur la réorientation de l’argent. Mais jusqu’où peut-on transformer le système sans s’attaquer directement aux structures qui produisent les inégalités et la crise écologique ? La finance est-elle le levier principal ou seulement l’un des leviers ?

Alice Rahmoun : « L’argent est un levier majeur : c’est le nerf de la paix. Sans argent, il n’y a pas de projet, pas de salaire, pas d’équipe.

Aujourd’hui, les structures économiques qui produisent des inégalités et aggravent la crise écologique n’ont pas toujours à rendre des comptes sur leurs impacts, et pourtant, elles sont financées. À l’inverse, celles qui limitent leurs impacts et redistribuent la valeur manquent de financements.

Il existe aussi d’autres leviers, culturels, éducatifs ou liés à la gouvernance. Mais eux aussi peuvent être activés à grande échelle lorsqu’on leur donne les moyens financiers nécessaires ! »

Mr Mondialisation : Vous défendez l’idée d’une finance au service de l’intérêt général. Est-ce que votre objectif est de réformer le système financier existant ou, à terme, d’en sortir pour construire d’autres modèles économiques ?

Alice Rahmoun : « Notre objectif est de construire d’autres modèles économiques. Ou plutôt, de les valoriser, car beaucoup existent déjà ! Certaines des organisations que nous mettons en avant et que nous souhaitons voir financées sont présentes depuis plusieurs dizaines d’années. Nous voulons que leurs modèles deviennent majoritaires dans l’économie de demain. »

Mr Mondialisation : Quel rôle les pouvoirs publics devraient-ils jouer dans cette redistribution des richesses ? Une initiative citoyenne comme la vôtre peut-elle réellement compenser les insuffisances de l’État et des collectivités ?

Alice Rahmoun : « Non, notre initiative ne peut pas compenser, par exemple, la baisse des subventions publiques. L’objectif n’est pas de faire reposer le financement des associations uniquement sur le secteur privé.

Concernant le financement des entreprises de la transition, nous souhaitons également que l’État puisse créer un fonds de garantie destiné aux fonds d’investissement qui soutiennent ces organisations. Cela permettrait de sécuriser ces financements et de leur donner davantage d’ampleur. »

Mr Mondialisation : Vous avez créé un Fonds de dotation pour la transition juste. Comment fonctionne-t-il concrètement, et qui décide de la destination de l’argent récolté ?

Alice Rahmoun : « L’argent collecté par le Fonds de dotation pour la transition juste lors de l’événement caritatif Cité Solidaire, organisé sur Minecraft, financera l’Opération Milliard et les lieux représentés dans le jeu, en fonction des sommes récoltées.

Collecte solidaire organisée dans Minecraft / Opération Milliard

Ces lieux sont des démonstrateurs de la transition juste sur leurs territoires. Ils ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à projets NoPlanetB, porté avec ACTED, mais n’avaient pas pu bénéficier du premier financement.

Les critères retenus portent sur la transition juste : gouvernance partagée, réponse aux besoins essentiels, dignité humaine, respect du vivant et des limites planétaires. L’implication de ces lieux dans leur territoire a également été étudiée.

Ces critères ont été définis par les membres de l’Opération Milliard, en lien avec son conseil scientifique, composé de chercheur·euses et d’économistes spécialistes de la transition juste. »

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi Minecraft et le streaming comme moyens de sensibilisation et de collecte ? Qu’est-ce que ces univers peuvent apporter à un combat social et écologique ?

Alice Rahmoun : « Nous voulions montrer que la transition juste est partout ! Elle peut se vivre aussi bien en ligne, dans un jeu vidéo, que dans la vraie vie, au sein des lieux qui la font avancer et de l’Opération Milliard.

Nous voulions aussi montrer que les notions de ressources, d’entraide et de coopération peuvent trouver leur place dans un jeu qui semble opposer quatre équipes pendant trois jours. 

Minecraft repose notamment sur l’utilisation des ressources, leur limitation et la construction. Pour nous, le monde qui suivra la transition juste reste à bâtir. Cette symbolique nous semblait donc particulièrement cohérente avec notre démarche. »

Mr Mondialisation : Avec La Cité solidaire, vous représentez dans Minecraft 14 lieux de la transition qui existent réellement. Pourquoi était-il important pour vous de mettre en avant ces initiatives locales plutôt que de rester sur un discours général sur l’écologie ?

Alice Rahmoun : « On entend souvent qu’il faut inventer de nouveaux modèles ou de nouveaux récits, comme s’il fallait tout créer de zéro. Pourtant, ces 14 lieux existent déjà, parmi des centaines, voire des milliers d’autres. Ils fonctionnent et démontrent que la transition est en cours. Elle a simplement besoin d’être soutenue et financée ! »

Mr Mondialisation : Vous demandez aux citoyens de reprendre en main l’orientation de leur argent. Mais est-ce que cela ne revient pas, finalement, à faire peser sur les individus une responsabilité qui devrait d’abord incomber aux banques, aux entreprises et aux pouvoirs publics ?

Alice Rahmoun : « Le changement que nous cherchons est systémique. D’un côté, nous appelons les citoyennes et les citoyens à se rassembler pour peser collectivement sur les banques, les entreprises et les pouvoirs publics, afin de faire évoluer les choses. Chacune et chacun doit agir à la hauteur de ses responsabilités.

« Les pouvoirs publics dépendent notamment des élu·es que nous choisissons. Notre système économique est également lié à ce que nous achetons et aux endroits où nous travaillons. »

De notre côté, à l’Opération Milliard, nous menons des actions de plaidoyer auprès des financeurs, des banques et des pouvoirs publics pour les inciter à repenser la répartition de leur argent au profit de la transition juste.

Il est essentiel de montrer que d’autres modèles existent et qu’ils permettent de construire une vie plus digne et plus juste pour toutes et tous. »

– Mauricette Baelen


Photo de couverture : l’équipe de l’Opération Milliard

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15.10.2026 à 06:00

Crise socio-climatique : l’alerte du GIEC était claire, l’inaction politique persiste

Benjamin Remtoula

Publié en 2023, le rapport de synthèse du GIEC compile l’ensemble de ses travaux, dont les rapports de 2022 ont reçu une attention médiatique encore limitée. Jamais la responsabilité humaine dans la crise climatique n’avait fait l’objet d’un consensus scientifique aussi large. Au-delà des scénarios d’effondrement écologique, le GIEC insiste sur l’interdépendance des écosystèmes et […]

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Texte intégral (2742 mots)

Publié en 2023, le rapport de synthèse du GIEC compile l’ensemble de ses travaux, dont les rapports de 2022 ont reçu une attention médiatique encore limitée. Jamais la responsabilité humaine dans la crise climatique n’avait fait l’objet d’un consensus scientifique aussi large. Au-delà des scénarios d’effondrement écologique, le GIEC insiste sur l’interdépendance des écosystèmes et rappelle que seule une action politique ambitieuse permettra de limiter les dégâts à venir.

[Temps de lecture estimé : 7 min]

Bien que le GIEC n’affirme fondamentalement rien de nouveau – la crise climatique étant connue de longue date – un consensus scientifique aussi massif, accompagné de rapports détaillés, en font un outil puissant : il scelle le caractère irréfutable de l’urgence climatique, mais aussi de l’impact destructeur de nos modes de vie, ou encore de la criminelle inaction climatique de nos dirigeants.

Rappel des avertissements du GIEC

« Chaque dixième de degré compte » : c’est l’un des principaux enseignements du GIEC. En effet, chaque dixième de degré supplémentaire a des conséquences importantes voire irréversibles sur le climat, la santé et l’activité humaine.

L’objectif n’est donc pas de limiter le réchauffement à +1,5°C ou à +2°C dans le cas échéant, mais à +1,6°C à partir du moment où rester sous le seuil des +1,5°C est devenu inatteignable. Cette approche permet également de couper court aux discours fatalistes du type « de toute façon c’est trop tard » ou « on est déjà foutu ». Il n’est jamais trop tard pour agir, mais chaque jour passé sans le faire est périlleux pour notre avenir.

« Il n’est jamais trop tard pour agir, mais chaque jour passé sans le faire est périlleux pour notre avenir. »

Les conséquences néfastes du réchauffement climatique sur les écosystèmes et les sociétés humaines présentées par le GIEC sont déjà réelles : intensification des évènements climatiques extrêmes (sécheresses, canicules, incendies, inondations, etc.), menace de disparation d’une grande partie de la biodiversité, insécurité alimentaire, chute du rendement agricole, ou encore raréfaction de l’eau potable. 

Conséquences du cyclone Sidr qui a frappé le Bengladesh en 2007 : des milliers de morts, des millions d’habitats ainsi qu’une grande partie de la biodiversité détruits / Sue McIntyre, USAID

Et injustement, ce sont les pays les plus pauvres et historiquement les moins responsables qui subissent en premier les conséquences de l’effondrement climatique. En effet, les populations les plus vulnérables sont celles qui ont le moins de ressources pour s’adapter.

Les pays du Sud global cumulent souvent les risques climatiques entre zones géographiques vulnérables, conflits et inégalités structurelles, aggravant l’insécurité alimentaire, énergétique et la dégradation des habitats. Les populations autochtones, habitant·es de bidonvilles ou de périphéries urbaines, sont aussi davantage vulnérables face aux évènements climatiques extrêmes.

De leur côté, nombre d’agriculteur·rices se retrouvent endêté·es derrière les promesses du technosolutionnisme. Les gains de productivité profitent aux multinationales alors que les paysan·nes perdent en autonomie, en indépendance et ne sortent pas pour autant de la précarité (20 % des agricultrices et agriculteurs en France vivraient aujourd’hui sous le seuil de pauvreté). Une productivité d’ailleurs discutable à long-terme avec une perte de la biodiversité des sols et des monocultures rendant les parcelles de plus en plus vulnérables face aux aléas climatiques de plus en plus fréquents.

La sourde oreille de Macron

Plus connu pour son inaction climatique, ses cadeaux faits aux plus riches et aux plus pollueurs, et au mieux pour son greenwashing, le gouvernement Macron a t-il à minima agit dans le sens des recommandations du GIEC ?

« la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. »

« Dans la France de Macron », les engagements climatiques subissent au contraire un inquiétant recul selon le média Bon Pote, qui s’appuie sur un rapport de 2025 du Haut Conseil pour le Climat. Le HCC conclut en effet que « la France n’est pas prête à faire face aux impacts du changement climatique. »

Grande action de désobéissance civile non-violente à la Défense : EDF, Total, Société Générale et le Ministère de la Transition Écologique dans le viseur, 19 avril 2019. / Julien Helaine

Tout d’abord, Bon Pote rappelle la corrélation entre précarité et dépendance aux énergies fossiles. Or la précarité énergétique s’aggrave pour 1,2 millions de ménages français, qui ont subi en 2024 des limitations de fourniture d’énergie, soit une hausse de +24% en un an. La précarité alimentaire est quant à elle passée de 9 à 12% entre 2016 et 2024.

Le HCC déplore l’inaction politique du gouvernement Macron en matière de baisse de l’empreinte carbone. Les émissions de gaz à effet de serre sont toujours en grande partie issues de la combustion des énergies fossiles. Chaque année, ce sont 70 milliards d’investissements fossiles qui sont effectués en France, dont 40 dans les voitures thermiques et hybrides.

Bon Pote affirme que ces dépenses ont des conséquences désastreuses à la fois sur le réchauffement climatique et la santé des Français. Pas de baisse du trafic aérien non plus à l’horizon, et l’usage du jet privé continue d’être défendu par la majorité présidentielle à l’Assemblée Nationale. 

Criminalisation des mouvements écologistes

Ces chiffres qui pointent la responsabilité du gouvernement Macron dans l’aggravation de la crise climatique, résonnent avec la criminalisation des mouvements écologistes depuis la prise de pouvoir de « Jupiter » en 2017. Reporterre rappelle que la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a été fortement réprimée à coup de bulldozers et de gendarmes mobiles.

N’oublions pas non plus l’abandon des engagements du président à appliquer les propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat (149 propositions formulées par 150 citoyens tirés au sort). Finalement, seules 10% des propositions ont été reprises par le gouvernement, alors que Reporterre recense une majorité de mesures – prises par le gouvernement – nuisibles à la planète dans le domaine de l’écologie (entre 2017 et 2021).

L’une des répressions les plus violentes fut celle du mouvement contre les mégabassines à Sainte-Soline, où le collectif des Soulèvements de la Terre sera qualifié d’« écoterroriste » et menacé de dissolution par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. La répression policière aura été extrêmement violente et traumatisante avec pas moins de 200 blessé·es, dont plusieurs manifestant·es qui ont frôlé la mort.

Un·e manifestant·e se protège face aux répressions policières, Sainte-Soline, 25 mars 2023. / Christophe Noisette

Les dernières années de macronisme ne feront qu’aggraver le bilan écologique et les passages en force antidémocratiques. Pour preuve, le budget 2025 de François Bayrou, adopté après un recours au 49.3, contient 2,1 milliards d’euros de coupes budgétaires sur la mission écologie. L’éphémère mandat de Bayrou se termine sur la même note, avec une série de décrets de reculs écologiques. 

Est-il encore temps ?

« à force de dire que “nous sommes tous sur le même bateau”, nous avons tendance à croire que d’autres finiront bien par agir à notre place. »

Envisager un monde écologique, la sobriété ou la décroissance n’a rien d’irréaliste ni d’indésirable. Au contraire, nos prouesses techniques et notre organisation sociale productiviste, qui engendrent un réchauffement climatique de plusieurs degrés, constituent un scénario absolument délirant – un scénario que l’on aurait jugé improbable il y a quelques siècles, voire quelques décennies.

Quelle société pleinement démocratique, où les citoyen·nes choisiraient librement et en pleine conscience les contours du monde dans lequel iels souhaitent vivre, planifierait l’aliénation au travail, l’intoxication alimentaire par les produits chimiques, le massacre quotidien de milliards d’animaux, des modes de vie favorisant les maladies physiques et mentales, la détresse psychologique – le tout en menaçant gravement l’existence même de notre espèce ?

Salle de gavage pour canards destinés à l’industrie du foie gras, équipée en cages individuelles – Sud-ouest de la France, 2004. / L214.

Affirmer aujourd’hui qu’il est « trop tard pour agir » relève davantage d’une volonté de laisser faire et d’une indifférence vis-à-vis des jeunes générations, que d’une réelle certitude. De plus, à force de dire que « nous sommes tous[tes] sur le même bateau », nous avons tendance à croire que d’autres finiront bien par agir à notre place.

Les efforts individuels – trier ses déchets, réduire sa consommation de protéines animales, se déplacer à pied, à vélo ou en transports en commun lorsque c’est possible, acheter de seconde main, privilégier le bio et le local, diminuer sa consommation d’énergie – ne suffisent guère.

Ils restent limités si nous recyclons moins que nous ne produisons d’emballages, si les produits carnés continuent de remplir les supermarchés sans révéler la souffrance animale qui se cache derrière, si les villes ne sont pas pensées pour les alternatives à la voiture individuelle, ou si les banques et les fournisseurs d’énergie recourent aux énergies fossiles ou les financent.

On peut se dire alors que « les actions individuelles n’ont pas de sens », qu’elles ne seront jamais suffisantes, car l’humain – et, par extension, les sociétés humaines – sont égoïstes par « nature ». Or, cette affirmation relève davantage d’un biais ethnocentré que d’un constat biologique : elle projette sur l’ensemble de l’humanité des représentations propres à certaines sociétés contemporaines. Au-delà d’être scientifiquement infondée, elle nourrit le pessimisme et l’inaction, précisément parce qu’on choisit d’y croire.

Certes, les actions individuelles sont insuffisantes et ne susciteront que de la frustration si la société refuse d’accompagner et d’organiser les changements nécessaires à la transition écologique. Cette frustration devient néfaste lorsqu’elle mène au désespoir et à l’abandon des efforts individuels. Elle peut toutefois nourrir le besoin d’agir collectivement, de lutter pour obtenir des changements institutionnels et de dépasser la sphère privée. C’est cette dynamique qui semble la plus favorable à la politisation et au renforcement des luttes sociales et écologistes.

Benjamin Remtoula (Fsociété).


Photo de couverture : Adoption du rapport limitant le réchauffement à 1,5°C, IPCC, 2018 / WikimediaCommons

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14.10.2026 à 06:00

Espagne : Lorsque Podemos remportait Barcelone

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Octobre 2026. En France, la jeunesse se soulève et la gauche de rupture est créditée d’environ 19-20 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2027. Cette dynamique est l’occasion d’une rétrospective sur la victoire, en Espagne, du mouvement Podemos. Les Indignés avait fait, en 2015, de la démocratie participative, de […]

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Texte intégral (2054 mots)

Octobre 2026. En France, la jeunesse se soulève et la gauche de rupture est créditée d’environ 19-20 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle de 2027. Cette dynamique est l’occasion d’une rétrospective sur la victoire, en Espagne, du mouvement Podemos. Les Indignés avait fait, en 2015, de la démocratie participative, de la lutte contre la corruption et du refus de l’austérité, les leviers d’une rupture avec l’ordre politique établi.

[Temps de lecture estimée : ~ 6 minutes]

Le dimanche 24 mai 2015, la politique espagnole connait une petite révolution : Podemos et ses alliés sont arrivés en tête aux élections municipales à Barcelone et pourraient remporter Madrid, fief des conservateurs depuis 1991.

Créé seulement un an auparavant, dans la lignée du mouvement des Indignés, le jeune parti anti-austérité allié aux listes citoyennes insuffle l’espoir de mettre fin au bipartisme espagnol, le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), qui dirige tour à tour l’Espagne depuis la fin de la dictature, empêtré dans les scandales financiers et les affaires de corruption.

Un vent démocratique souffle sur l’Espagne

Ils étaient attendus, ils en sont sortis grands gagnants : Podemos et ses alliés, des listes citoyennes regroupant collectifs et militants associatifs, ont fait basculer la scène politique espagnole, malgré l’opposition des grands médias acquis aux partis traditionnels. Ada Colau, militante anti-expulsions tête de liste à Barcelone, a remporté la ville avec 25,21 % des suffrages aux élections municipales.

À Madrid, la candidature de « Ahora Madrid », soutenue par Podemos et emmenée par la juge Manuela Carmena, arrive en deuxième position derrière le Parti Populaire (PP) de Esperanza Aguirre, elle aussi empêtrée dans plusieurs scandales de corruption, à l’image de son parti. Si Podemos décide de s’allier avec les « socialistes » du PSOE arrivés troisième, ils pourraient ravir la mairie de la capitale au Parti Populaire, dans des terres historiquement conservatrices.

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Ada Colau – Source : www.naciodigital.cat

D’autres villes ont vu les plateformes citoyennes arriver en tête ou légèrement derrière le PP : Saragosse, Corogne, Santiago… La particularité de ces plateformes est d’avoir regroupé des acteurs d’horizons divers se tenant habituellement à l’écart de la politique dite « professionnelle » et surtout des partis traditionnels.

La future maire de Barcelone, Ada Colau, est une activiste du droit au logement depuis les années 2000, après avoir milité dans les mouvements antilibéraux dénonçant le G8. Suite à la crise financière et immobilière qui frappa durement l’Espagne, elle fonda en 2009 la plateforme anti-expulsion PAH (Plataforma d’Afectats per la Hipoteca) afin d’apporter une aide juridique aux expulsés ou menacés d’expulsion immobilière.

Guanyem : démocratie participative, droit au logement, lutte contre la corruption et les inégalités

La liste qu’Ada Colau a menée à la tête de Barcelone, « Barcelona en Comu », est composé de membres de Guanyem (ex-Indignés présents localement en Catalogne), d’indépendantistes catalans, de syndicalistes, de militants associatifs, d’écolos, de membres de Podemos et de divers mouvements sociaux catalans.

« De cette crise, personne ne sortira comme avant. Ce qui nous attend, c’est, au choix, un horizon féodal, avec une augmentation brutale des inégalités, une concentration sans précédent des richesses, de nouvelles formes de précarité pour la majorité des citoyens. Ou alors, une révolution démocratique, où des milliers de personnes s’engagent, pour changer la fin du film. Cette opportunité, certains, comme Podemos, l’ont saisie à l’échelle nationale. Nous, il nous a semblé que Barcelone était le cadre idéal pour lancer cette démocratisation », expliquait Ada Colau, dans un entretien à Mediapart en novembre 2014.

Membre de Guanyem, Ada Colau a pu notamment compter sur le soutien de Joan Subirats, un universitaire spécialiste des questions d’exclusion sociale à Barcelone, et celui de l’avocat des droits humains, Jaume Assens, très critique envers ce qu’il nomme le « clan Pujol » en référence à Jordi Pujol, ex-président de la Catalogne aujourd’hui empêtré dans un vaste scandale de corruption. La force de Guanyem fut d’organiser de nombreuses rencontres et débats dans les quartiers de Barcelone afin de connaitre les souhaits, les problèmes et attentes des habitants.

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Affiche de Barcelona en Comu en faveur de la démocratie participative – Source : barcelonaencomu.cat

Madrid pourrait « tomber » aussi… dans la voix de la démocratie

Encore plus surprenant que la victoire de « Barcelona en Comu », l’ex-juge anti-corruption Manuela Carmena pourrait remporter la mairie de Madrid, acquise aux conservateurs depuis 24 ans et siège du PP. Ancienne juge du Tribunal suprême et fondatrice de l’association Juges pour la démocratie, l’ex-magistrate a toujours voulu rester en dehors de la politique traditionnelle, jusqu’à ce qu’elle prenne la tête de la liste citoyenne Ahora Madrid. Sur le même modèle que celle de Barcelone, cette liste regroupe des membres des partis de gauche et écolos, ainsi que des citoyens, des ex-Indignés, des acteurs des mouvements sociaux et des militants associatifs.

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Manuela Carmena © Myriam Navas / Ahora Madrid

Arrivée juste derrière le PP au premier tour (32% / 34%), cette militante de longue date pour les droits humains, ancienne avocate soutenant les victimes du franquisme, pourrait prendre la tête de la ville si elle reçoit le soutien du PSOE. Face à elle, la candidate du PP, l’aristocrate Esperanza Aguirre, réputée pour ses positions très conservatrices et ultralibérales, qui représente pour beaucoup la caste au pouvoir en Espagne depuis des décennies, gangrenée par les scandales de corruption.

Admiratrice de Margaret Thatcher, opposée à l’avortement, ex-ministre et ex-présidente du Sénat, Esperanza Aguirre fut présidente de la région de Madrid entre 2003 et 2012, période durant laquelle se succédèrent les affaires de corruption. Surnommée par les Indignés la « comtesse de la corruption », Esperanza Aguirre est soupçonnée d’avoir couvert les membres de son parti visés dans les scandales de corruption. De son coté, Manuela Carmena propose notamment de lutter…contre la corruption, d’ouvrir la gestion de la mairie aux citoyens et de diviser par deux son salaire de maire.

Que reste-t-il en 2026 ?

Le 13 juin 2015, Manuela Carmena est devenue maire de la capitale espagnole grâce au soutien du PSOE. Mais cette dynamique ne va pas suivre une trajectoire linéaire. En 2019, la droite reprend la mairie de Madrid, tandis qu’Ada Colau est réélue à Barcelone avant de perdre son mandat en 2023. Sur le plan national, Podemos est entré au gouvernement en 2020 aux côtés des socialistes. Mais les rivalités internes, les désaccords stratégiques et la concurrence entre les différentes composantes de la gauche ont affaiblit le mouvement.

Podemos. Pride de Madrid. 2016. Wikimedia

Onze ans après les élections municipales qui avaient fait souffler un vent d’espoir sur l’Espagne, le bilan est donc contrasté. Podemos n’a pas réussi à remplacer durablement le bipartisme qu’il combattait, mais il a contribué à bouleverser le paysage politique espagnol et à imposer au débat public des questions longtemps reléguées au second plan : le droit au logement, les inégalités sociales, l’austérité et la corruption. Son passage au pouvoir a également montré qu’une force issue des mouvements sociaux pouvait obtenir des avancées concrètes, tout en révélant les difficultés liées aux compromis gouvernementaux.

À l’heure où une partie de la jeunesse française exprime sa défiance envers le libéralisme et où la gauche de rupture pourraient gagner en 2027, l’histoire de Podemos résonne particulièrement. Car si le plus difficile est parfois de gagner une élection, le véritable défi reste de transformer l’espoir suscité par cette victoire en un changement politique durable.

– Mr Mondialisation


Photo de couverture : Ada Colau lors de la nuit électorale de Barcelona en Comú de lors des élections de 2015. Wikimedia.

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13.10.2026 à 06:00

Pesticides, cancers : l’État loin des 20 % de bio dans les cantines publiques

Mr Mondialisation

Huit ans après son adoption, la loi EGalim peine à s’imposer dans la restauration collective. Cette législation de 2018 exige pourtant 50 % de produits durables, dont 20 % de bio, ainsi que 100 % de viandes et poissons durables. Malgré ces obligations, les seuils sont loin d’être atteints. Face à cette inertie, une coalition […]

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Texte intégral (1148 mots)

Huit ans après son adoption, la loi EGalim peine à s’imposer dans la restauration collective. Cette législation de 2018 exige pourtant 50 % de produits durables, dont 20 % de bio, ainsi que 100 % de viandes et poissons durables. Malgré ces obligations, les seuils sont loin d’être atteints. Face à cette inertie, une coalition d’associations a lancé un recours juridique officiel le 17 septembre dernier. Cette nécessité de santé publique résonne fortement avec le refus de Mathilde Panot de porter le ruban d’Octobre rose pour dénoncer l’hypocrisie de l’État face aux pesticides.

[Temps de lecture estimée : ~ 5 minutes]

Plus de bio dans la restauration collective – cantines, hôpitaux, restaurants universitaires, restauration d’entreprise, c’est pour quand ? Pas tout de suite, apparemment. Et pour cause : les chiffres dévoilés par l’analyse des déclarations faites sur le site gouvernemental « Ma Cantine » révèlent que l’État lui-même ne fait pas vraiment preuve d’exemplarité. Dans les ministères, les CROUS, les prisons ou les entreprises publiques comme la SNCF et EDF, seuls 35,4 % des produits déclarés sont considérés comme durables, avec à peine 12,8 % issus de l’agriculture biologique. Ces données montrent un écart significatif par rapport aux 20 % de bio exigés par la loi.

Mais alors, qu’est-ce qui bloque ? On se le demande, surtout que l’approvisionnement en aliments bios et locaux n’est pas le problème, comme l’admet elle-même l’administration, qui reconnaît ce retard comme « incompréhensible ».  L’exemple n’est donc pas donné par l’État, dont l’inaction s’inscrit dans une tendance plus large au niveau national : sur l’ensemble de la restauration collective, moins de 7 % des achats sont en bio, loin de l’objectif légal. En d’autres termes, sans mécanisme de contrôle effectif ni de sanctions au niveau national, la loi risque de rester un vœu pieux plutôt qu’un outil de transformation.

Un enjeu de santé publique et de soutien aux agriculteur·ices

Au-delà du simple respect administratif, l’application d’EGalim porte des enjeux majeurs. Pour la santé publique, augmenter la part de bio permet de réduire l’exposition aux pesticides et aux polluants chimiques comme les PFAS, particulièrement importants pour les enfants qui consomment chaque jour les repas servis à la cantine.

Cette question de santé publique résonne particulièrement en ce mois d’Octobre rose. Mathilde Panot a récemment dénoncé les liens historiques entre l’industrie à l’origine de la campagne et le géant des pesticides Syngenta, qu’elle accuse également d’être « étroitement lié au projet d’expansion coloniale d’Israël » via sa filiale Adama. Le 3 octobre 2026, des milliers de personnes, parmi lesquelles des malades du cancer, des agriculteur·ices et des militant·es, se sont mobilisées devant un site de Syngenta pour dénoncer les ravages des pesticides ; une partie du cortège a été exposée aux gaz des forces de l’ordre.

Sans oublier la loi Duplomb, votée en juillet 2025 par la majorité de l’Assemblée nationale après une alliance entre la droite et l’extrême droite, c’est une succession d’épisodes qui interroge, une fois de plus, les priorités d’un gouvernement davantage prompt à réprimer les mobilisations qu’à protéger la santé publique, alors même que la jeunesse se mobilise dans les lycées.

Pour le monde agricole, l’enjeu est majeur et trace la voie vers la transition écologique et agricole. En effet, les producteurs qui s’engagent dans la transition ont besoin de débouchés stables et rémunérateurs. La commande publique représente un marché considérable (près de 4 milliards de repas servis annuellement) qui pourrait sécuriser leurs revenus et structurer durablement les filières biologiques et locales. Refuser d’utiliser ce levier, c’est freiner la transition en ne garantissant pas les conditions économiques nécessaires à sa réussite. Une vision défendue aujourd’hui par les associations qui œuvrent pour la défense d’une alimentation et d’une agriculture plus respectueuse des paysan·nes et du vivant.

Une coalition exige l’exemplarité avant de saisir la justice

Face à cette inertie, cinq associations – Notre Affaire à Tous, Générations Futures, Bio Consom’acteurs, Agir pour l’environnement et le Collectif Les Pieds dans le Plat – ont décidé d’agir. Elles ne demandent pas une nouvelle loi, mais l’application stricte de celle qui existe déjà. Leur demande préalable vise à obtenir de l’État qu’il respecte ses propres objectifs dans ses cantines, qu’un contrôle effectif soit mis en place et que la commande publique serve enfin les filières locales et biologiques.

Si le gouvernement ne donne pas suite sous deux mois, la coalition prévoit de saisir la justice administrative. Cette démarche rappelle que la loi n’est pas facultative et que l’exemplarité de l’État est indispensable pour crédibiliser les politiques, qu’elles soient alimentaires ou touchent à d’autres enjeux sociétaux. Car, comme le rappellent les associations engagées dans cette procédure, derrière chaque assiette servie se dessine un choix de société : celui de continuer sur un modèle industriel ou de construire une agriculture soutenable face à l’urgence climatique et écologique.

– Emilie Fenaughty


Photo de couverture : Mathilde Panot. Wikimedia.

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12.10.2026 à 18:48

Parcoursup : huit ans d’une machine libérale qui broie les rêves de la jeunesse

Simon Verdiere

La suppression de Parcoursup figure en bonne place des revendications majeures des mobilisations de l’automne 2026. Créé en 2018 par Emmanuel Macron, ce dispositif en ligne était censé optimiser l’orientation des bacheliers vers l’enseignement supérieur. Huit ans plus tard, Parcoursup est largement dénoncé par les élèves, les parents, les professionnels de l’éducation et du supérieur. [Temps […]

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Texte intégral (2266 mots)

La suppression de Parcoursup figure en bonne place des revendications majeures des mobilisations de l’automne 2026. Créé en 2018 par Emmanuel Macron, ce dispositif en ligne était censé optimiser l’orientation des bacheliers vers l’enseignement supérieur. Huit ans plus tard, Parcoursup est largement dénoncé par les élèves, les parents, les professionnels de l’éducation et du supérieur.

[Temps de lecture estimée : ~ 8 minutes]

Chaque année, des centaines de milliers de lycéens se trouvent sous la pression de Parcoursup. Pendant des mois, les étudiants subissent l’angoisse des résultats et sont déjà soumis à une âpre mise en concurrence dès leur plus jeune âge. La plateforme s’est, en outre, transformée en véritable outil de ségrégation, reproduisant, sans ambiguïté, les inégalités. Zoom sur un échec absolu, symbole d’un séparatisme social institué par le macronisme.

Journée « Lycées morts » à Strasbourg. 31 mai 2018. Flickr.

La machine à angoisses

Depuis ses débuts, Parcoursup n’a cessé d’être critiqué pour la pression qu’il engendre. Certains lycéens peuvent ainsi passer des mois à scruter leurs vœux, leurs rangs et d’interminables listes d’attente.

L’outil était censé mettre fin au tirage au sort qui avait parfois lieu auparavant lorsqu’une formation avait plus de demandes que de places et que d’autres critères avaient été épuisés (académie, niveau de préférence, situation familiale…).

Frédérique Vidal, ministre de l’Éducation de l’époque, promettait même qu’aucun bachelier ne « recevrait un non » sur le portail. Et pourtant, tous les ans, des milliers d’étudiants peinent à trouver une issue. En juillet 2026, ils étaient près de 100 000 sans affectation.

Un système obscur

Dès ses débuts, le système était déjà contesté, accusé d’opérer un tri entre les lycéens. Si le procédé précédent était loin d’être parfait, il installait néanmoins l’idée que l’obtention du baccalauréat offrait un droit aux études supérieures. Avec Parcoursup, l’entrée n’est plus garantie, et la sélection entre postulants reste opaque.

Il existe certes un algorithme national qui classe les élèves en fonction de leurs résultats au lycée et au bac. Mais d’autres critères viennent s’ajouter au niveau local. Et à ce petit jeu, chaque université dispose d’une liberté de discrétion. Impossible alors de ne pas y voir une sorte de tri social déguisé.

Des inégalités criantes

Dans ce contexte, les lycéens ne disposent évidemment pas tous des mêmes cartes. L’établissement d’origine joue d’abord un rôle prépondérant. Ainsi, dans certaines filières prestigieuses, un bachelier issu d’une banlieue défavorisée aura nettement moins de chances qu’un élève des beaux quartiers parisiens, y compris si ses résultats sont brillants. Le défenseur des droits a d’ailleurs déjà été saisi sur cette question.

Ces inégalités sociales sont aussi trahies par les lettres de motivation ou par certains documents que doivent produire les lycéens et qui laissent parfois transparaître leur milieu social. Là encore, les adolescents venant de familles privilégiées disposeront, en outre, d’appuis beaucoup plus solides pour construire leur dossier grâce au bagage culturel ou professionnel de leurs parents. Ceux-ci seront, de surcroît, plus en mesure d’indiquer à leurs enfants les parcours à choisir pour atteindre leur but et d’expliquer comment multiplier les stratégies.

Lors du passage de la licence au master, une autre plateforme du même type a aussi été mise en place. Mais ici, les noms des candidats ne sont plus anonymisés, comme c’est le cas pour les bacheliers. De ce fait, une étude a ainsi démontré que les personnes avec des patronymes à consonances « africaines » avaient moins de chances d’être retenues.

Former des petits soldats du capitalisme

Au-delà de l’injustice soulevée par ce système opaque, c’est aussi le logiciel de pensée instillé par la macronie qui pose question. Dans une société déjà de plus en plus basée sur l’individualisme, les lycéens sont placés en concurrence les uns avec les autres avant même d’arriver à l’âge adulte.

Cette ambiance installe un stress permanent avec l’enjeu suivant : la moindre note au lycée pourrait influencer toute une vie. Comme si un jeune de 17 ans était tenu de construire un projet professionnel tout tracé.

La compétition plutôt que l’orientation

Mais plus loin encore, les adolescents ne sont pas seulement sommés de trouver un avenir, il leur faudra aussi se battre entre eux pour être certains de voir leur vœu se réaliser. Cette philosophie brise dès le plus jeune âge toute idée de solidarité et installe la croyance qu’il est nécessaire « d’écraser les autres pour réussir ».

En somme, le gouvernement libéral d’Emmanuel Macron a déjà tenté pendant près de dix ans de soumettre les nouvelles générations à son dogme du « tous contre tous », comme si l’université devait former de futurs travailleurs corvéables et prêts à surpasser tout le monde. Assujettir les lycées à une immense charge de labeur et à une pression constante s’inscrit d’ailleurs également dans ce mode de pensée.

Abandonner ses rêves

Cette sélectivité accrue va, en outre, conduire certains étudiants à renoncer à leurs véritables aspirations pour bifurquer vers des choix « raisonnables ». La décision de l’orientation peut même devenir une sorte d’auto-censure. Là où plusieurs filières et universités resteront pratiquement intouchables, d’autres ouvriront plus largement leurs portes, mais ne seront pas valorisées pour une entrée en master.

De quoi décourager bon nombre de jeunes et tout simplement les pousser à abandonner leurs cursus pour se tourner directement vers le milieu du travail ou des secteurs moins « ambitieux » et moins en phase avec leurs rêves. Parcoursup et son système de compétition installent aussi une forme de résignation et de soumission au monde capitaliste.

Ce système met également en place une logique de rentabilité : les élèves doivent choisir des études pour espérer en tirer un emploi et un revenu. Les filières sont alors hiérarchisées, à l’instar des établissements, et un certain prestige prend même le dessus sur le droit à l’éducation, la culture, la formation et l’émancipation intellectuelle.

Rendre le droit d’étudier aux lycéens

L’alternative à ce système ne consiste donc pas seulement à créer un Parcoursup plus « humain » ou plus « transparent ». Le problème est plus profond et plus simple à la fois : il n’y a pas assez de places pour tout le monde aux endroits où les jeunes veulent étudier.

Là encore, la logique austéritaire interdit d’investir et le sous-financement de l’enseignement supérieur est directement responsable de la situation. Plutôt qu’instaurer une concurrence sans pitié, il conviendrait donc de rendre au baccalauréat son statut de sésame pour l’université.

Manifestation du 5 février 2019 à Paris à l’appel des syndicats CGT, Solidaires, et FO, des gilets jaunes, d’Attac, de la France Insoumise…. Pour une justice fiscale et sociale et une hausse des salaires. Flickr.

Changer de vision

Si une faculté n’a plus assez de places pour ses étudiants, alors elle doit en ouvrir des supplémentaires plutôt que trier les gens. Pour ce faire, il est indispensable de rénover et d’agrandir les installations, de faciliter l’accès au logement et renforcer les équipes enseignantes.

De facto, les jeunes n’ont pas à porter la responsabilité de pénuries organisées par un manque de volonté politique. C’est au contraire à l’État d’assumer cette charge pour mettre fin à un système aussi inégalitaire que Parcoursup. Parce qu’à 18 ans, chacun devrait pouvoir choisir ce qu’il veut apprendre sans avoir l’impression de jouer son avenir à la loterie.

– Simon Verdière


Paris le 6 février 2018. Journée de grève et d’action contre la réforme du lycée et de l’université. Pour le maintien du bac comme diplôme national et pour l’abandon du plan Étudiant (projet de loi Vidal). Flickr.

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11.10.2026 à 06:00

Mobilité, sols et chants : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Des véhicules intermédiaires pour réduire la dépendance à la voiture en zone rurale À Saint-Augustin, en Corrèze, le festival « Roue Libre en Folie » a présenté des véhicules intermédiaires, entre vélo et […]

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Texte intégral (1190 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Des véhicules intermédiaires pour réduire la dépendance à la voiture en zone rurale

À Saint-Augustin, en Corrèze, le festival « Roue Libre en Folie » a présenté des véhicules intermédiaires, entre vélo et voiture, pour faciliter les déplacements ruraux. Speed bikes, vélos à habitacle, véhicules à assistance solaire ou quadricycles électriques peuvent atteindre jusqu’à 80 km/h selon les modèles. Pour des acteurs locaux de la mobilité, ces véhicules pourraient répondre à une partie des trajets du quotidien, dans des territoires où les transports en commun sont limités. (Télé Millevaches)

2. Dans la Crau, une plante pourrait aider à stabiliser des sols contaminés par des munitions

Dans la plaine de la Crau, près d’Arles, des chercheurs expérimentent depuis novembre 2025 la plantation de 900 pieds de brachypode sur d’anciens sites militaires contaminés par des métaux lourds. L’objectif n’est pas de dépolluer les sols, mais de limiter la dispersion des polluants grâce à la couverture végétale et au système racinaire de la plante. Les premiers résultats préliminaires sont encourageants, notamment après une période de sécheresse exceptionnelle (La Relève et La Peste)

3. Le chant des oiseaux et la nature réduisent le stress, y compris en ville

Une étude menée auprès de 95 participants montre que l’exposition à des environnements naturels et l’écoute de chants d’oiseaux sont associées à une diminution du stress physiologique. Les chercheurs ont notamment observé une baisse de la fréquence cardiaque lors de l’écoute de chants d’oiseaux, y compris dans un environnement urbain. Ces effets étant indépendants, les auteurs estiment que la végétation et les ambiances sonores naturelles pourraient aussi contribuer au bien-être en ville. (HuffPost)

4. En Écosse, des millions de jeunes arbres témoignent du retour des forêts

Dans le parc national des Cairngorms, en Écosse, une étude menée par l’Université de Cambridge a recensé plus de 6 millions d’arbres sur 569 km² grâce à des relevés LiDAR analysés avec l’aide de l’IA. Parmi eux, 2,65 millions sont des arbres de petite taille, soit plus de 40 % des arbres recensés. Ces résultats témoignent de la régénération des forêts natives portée notamment par le projet Cairngorms Connect, engagé sur 200 ans. (BBC Countryfile Magazine)

5. En Angleterre, les musées nationaux resteront gratuits pour les touristes étrangers

Le gouvernement britannique a finalement renoncé à faire payer l’entrée des musées nationaux aux visiteurs étrangers. La gratuité, en vigueur depuis 2001 dans 15 institutions subventionnées comme le British Museum ou la National Gallery, sera donc maintenue. En 2023-2024, les visiteurs étrangers représentaient 43 % de leur fréquentation. (franceinfo)

6. Au Brésil, le retour du tapir illustre la renaissance d’une forêt tropicale

Dans l’État de Rio de Janeiro, la famille Locke a planté environ 840 000 arbres indigènes en deux décennies sur d’anciennes terres d’élevage dégradées. Ce reboisement a restauré plus de 600 hectares et permis le retour du tapir du Brésil, disparu de la région depuis environ un siècle. Réintroduits dans la réserve de Guapiaçu à partir de 2017, trois premiers individus se sont reproduits et la population dépasse désormais une vingtaine d’animaux. (Linternaute)

7. Deux millions de dépistages d’IST réalisés en un an grâce à un dispositif gratuit pour les moins de 26 ans

En 2025, environ 2 millions de dépistages d’infections sexuellement transmissibles ont été réalisés dans le cadre de « Mon test IST », lancé en septembre 2024. Le dispositif permet aux moins de 26 ans de se faire dépister gratuitement, sans rendez-vous ni ordonnance, pour cinq IST : VIH, hépatite B, syphilis, gonorrhée et chlamydia. Dans les laboratoires Cerballiance, ces tests représentent un tiers des dépistages d’IST et permettent notamment de détecter une part importante des infections chez les jeunes.  (franceinfo)

8. En Australie, lutter contre une étoile de mer protège les coraux et crée des emplois

Dans le Queensland, un programme de lutte contre l’étoile de mer « couronne d’épines », qui contribue à la perte de coraux sur la Grande Barrière, a généré environ 20 millions de dollars australiens de retombées économiques en 2024-2025, pour 5,5 millions investis. Il a également soutenu 61 emplois équivalents temps plein dans la région de Cairns.  (Oceanographic Magazine)

9. Un champignon forestier produit des molécules rares contre les insectes

Dans le Kentucky, des chercheurs ont découvert un champignon vivant dans une graminée sauvage qui produit une combinaison rare de trois alcaloïdes – molécules pourraient contribuer à protéger la plante contre les insectes. L’étude publiée dans Applied and Environmental Microbiology pourrait aussi aider à mieux comprendre ces interactions et à développer des graminées fourragères plus sûres. (Phys.org)

10. À Poitiers, des ateliers pour limiter l’exposition aux perturbateurs endocriniens

Depuis 2023, le CHU de Poitiers propose des ateliers pour apprendre à réduire les polluants comme les perturbateurs endocriniens présents dans l’air intérieur et les produits du quotidien. Ouverts à tous depuis octobre 2026, ils abordent notamment les produits ménagers, les cosmétiques et l’alimentation. Le dispositif pourrait désormais être étendu à l’ensemble de la Vienne. (Vert)

* Photo de couverture : Unsplash

– Mauricette Baelen

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