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26.07.2026 à 06:00

Nature, enfants et posidonie : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. En Bretagne, la « prescription de nature » testée pour améliorer la santé Le projet breton Sainbiote expérimente la « prescription de nature » : des professionnels de santé peuvent proposer à leurs […]

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Texte intégral (996 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. En Bretagne, la « prescription de nature » testée pour améliorer la santé

Le projet breton Sainbiote expérimente la « prescription de nature » : des professionnels de santé peuvent proposer à leurs patients de passer du temps dans des espaces naturels en complément de leur traitement. Fondée sur des travaux scientifiques, cette démarche vise à améliorer la santé physique et mentale tout en renforçant le lien avec la nature. (Eco-Bretons)

Une ordonnance de protection créée pour les enfants

L’Assemblée nationale a adopté la création d’une ordonnance de protection pour les enfants, inspirée de celle qui existe pour les victimes de violences conjugales. Cette mesure, réclamée depuis plusieurs années par des associations, figurait parmi les principales recommandations de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. (Mediapart)

À Marseille, la posidonie devient une alliée contre l’érosion

La ville de Marseille conserve désormais les banquettes de posidonie sur certaines plages, alors qu’elles étaient autrefois retirées. Cette plante marine, longtemps perçue comme une nuisance, est aujourd’hui reconnue pour son rôle dans la protection du littoral, notamment en limitant l’érosion des plages. (Marcelle)

À Milan, un « parlement » donne une voix aux animaux urbains

La ville de Milan a organisé le premier « Parlement des espèces vivantes », où des représentants incarnant des animaux débattent de projets d’aménagement urbain. Cette initiative vise à intégrer les besoins de la biodiversité dans les décisions d’urbanisme et à favoriser une meilleure cohabitation entre humains et faune en ville. (Euronews)

Quimper met fin aux balades à dos d’âne

La mairie de Quimper a annoncé l’arrêt définitif des balades à dos d’âne après une pétition ayant recueilli plus de 20 000 signatures. Cette décision fait suite aux critiques dénonçant les conditions de vie des animaux et leur utilisation comme attraction en milieu urbain.(Mobilisation pour la Cause Animale)

New York suspend pendant un an les nouveaux grands centres de données

L’État de New York a instauré un moratoire pouvant aller jusqu’à un an sur la construction de nouveaux centres de données de grande taille. Cette pause doit permettre d’élaborer des règles encadrant leurs impacts sur le réseau électrique, la consommation d’eau et l’environnement, dans un contexte de forte croissance des besoins liés à l’intelligence artificielle. (Tech Xplore)

Le Burkina Faso interdit le « poverty porn »

Le Burkina Faso a interdit le « poverty porn », une pratique consistant à mettre en scène des personnes vulnérables lors de distributions d’aide sur les réseaux sociaux. Cette mesure s’inscrit dans un nouveau cadre réglementaire de l’aide humanitaire visant à mieux protéger la dignité des bénéficiaires et à promouvoir leur autonomie. (La Santé Publique)

Grenoble réduit drastiquement la publicité dans l’espace public

Grenoble a supprimé la majorité de ses panneaux publicitaires, qui ont désormais disparu de 90 % du territoire communal. La ville poursuit cette politique en contrôlant les affichages restants et affirme inspirer d’autres collectivités souhaitant limiter la pollution visuelle dans l’espace public. (Le Parisien)

Les livreurs Uber Eats et Deliveroo obtiennent une forte hausse de leur revenu minimal

Uber Eats et Deliveroo ont accepté de porter le revenu minimal horaire garanti des livreurs de 11,75 € à 19 € brut à partir du 1er septembre. Le nouvel accord prévoit aussi un calcul hebdomadaire de cette garantie, l’exclusion des pourboires de la rémunération minimale et une révision annuelle des conditions. (Libération)

Le Royaume-Uni investit 90 millions de livres pour sauver les espèces menacées

Le gouvernement britannique consacre 90 millions de livres à un vaste programme de restauration de la biodiversité, dont 60 millions pour financer 130 projets en faveur de 364 espèces menacées en Angleterre. L’objectif est de protéger des espèces en déclin, restaurer leurs habitats et contribuer à enrayer la perte de biodiversité. (GOV.UK)


Photo de couverture : TS Sergey – âne en liberté / Unsplash

– Mauricette Baelen

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25.07.2026 à 06:00

France Travail, Palestine et réseaux sociaux : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.France Travail mise sur un algorithme pour cibler les contrôles France Travail développe un modèle statistique pour mieux cibler les contrôles des demandeurs d’emploi en analysant 26 critères. L’objectif affiché est de gagner en efficacité, […]

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Texte intégral (1067 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1.France Travail mise sur un algorithme pour cibler les contrôles

France Travail développe un modèle statistique pour mieux cibler les contrôles des demandeurs d’emploi en analysant 26 critères. L’objectif affiché est de gagner en efficacité, mais La Quadrature du Net dénonce un manque de transparence et alerte sur les risques de biais et de généralisation du profilage automatisé. (Next)

2. La Palestine célèbre le sacre de l’Espagne malgré la poursuite des violences

À Gaza et en Cisjordanie, des milliers de Palestiniens ont célébré la victoire de l’Espagne en finale de la Coupe du monde, saluant notamment le soutien affiché par le gouvernement espagnol à la Palestine. Ces scènes de fête se sont déroulées alors que les attaques israéliennes se poursuivaient à Gaza et en Cisjordanie, faisant plusieurs victimes le même jour. (elDiario.es)

3. Le Parlement adopte l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

Le Parlement a adopté une loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans à partir du 1er septembre 2026. La Quadrature du Net dénonce une mesure qui imposerait une vérification d’âge pouvant conduire à un contrôle d’identité généralisé, menaçant selon elle les plateformes décentralisées et les libertés en ligne, et annonce espérer une censure du texte par le Conseil constitutionnel.(La Quadrature du Net)

4. Les 100 premiers jours des maires RN passés au crible

Basta! dresse un premier bilan des municipalités dirigées par le Rassemblement national et ses alliés, recensant des baisses de subventions aux associations, des annulations d’événements culturels, des restrictions visant les syndicats ou les initiatives LGBT+, ainsi que l’abandon de certains projets sociaux dans plusieurs communes. (Basta!)

5. Une loi contre les VSS sous condition de moyens

La proposition de loi contre les violences sexistes et sexuelles prévoit de renforcer la protection des victimes et la prévention. Mais les associations estiment que près de 3 milliards d’euros seront nécessaires pour appliquer réellement ces mesures, faute de quoi la réforme risque de rester largement symbolique. (Le Média)

6. Incendies : la prévention sacrifiée au profit des Canadairs

Face aux incendies précoces de 2026, des experts estiment que la France a surtout manqué d’anticipation. Ils dénoncent le sous-financement de la prévention et de l’Office national des forêts, rappelant que les Canadairs, malgré leur utilité, ne suffiront pas à faire face à l’aggravation du risque liée au changement climatique.(Bon Pote)

7. Trump durcit le ton face à l’Iran et aux Houthis

Trump affirme que les États-Unis tiendront l’Iran pour responsable de toute nouvelle attaque des Houthis et conditionne un accord nucléaire civil avec l’Arabie saoudite à sa participation aux accords d’Abraham. Parallèlement, les Houthis revendiquent des attaques contre deux pétroliers saoudiens, alimentant les tensions dans la région. (Al Jazeera)

8. La loi d’urgence agricole adoptée malgré les critiques

L’Assemblée nationale a adopté la loi d’urgence agricole par 296 voix contre 224, avec le soutien du bloc central, de la droite et de l’extrême droite. Le texte réintroduit notamment des pesticides interdits et est critiqué pour ses effets sur la santé et les ressources en eau. Une partie des députés macronistes s’est toutefois opposée au texte ou s’est abstenue. (Basta!)

9. La pétition contre la loi sur la « présomption de légitime défense » classée

La commission des Lois de l’Assemblée nationale a classé la pétition contre la loi sur la « présomption de légitime défense », malgré plus de 732 000 signatures. Cette décision écarte tout débat parlementaire sur le texte, adopté quelques jours plus tôt, et alimente les critiques sur le traitement réservé aux pétitions citoyennes. (Contre Attaque)

10. La fonte de la banquise arctique repart à la hausse

Une nouvelle étude montre que le ralentissement de la fonte de la banquise arctique observé au début des années 2020 n’était que temporaire. Après des hivers exceptionnellement doux, les années 2025 et 2026 enregistrent des niveaux de glace parmi les plus faibles jamais observés, confirmant la poursuite du déclin lié au réchauffement climatique. (Reporterre)


Photo de couverture : Sixteen Miles Out – adolescente sur son téléphone / Unsplash

– Mauricette Baelen

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24.07.2026 à 06:00

Été et abandons : l’ère des animaux jetables

Mr Mondialisation

Chaque été, le même scénario se répète : les abandons d’animaux repartent à la hausse, les refuges saturent et les appels à la responsabilité se multiplient. Malgré les campagnes de sensibilisation et le durcissement du discours public, la situation reste alarmante en 2026, au point que plusieurs structures alertent déjà avant le pic des départs […]

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Texte intégral (2678 mots)

Chaque été, le même scénario se répète : les abandons d’animaux repartent à la hausse, les refuges saturent et les appels à la responsabilité se multiplient. Malgré les campagnes de sensibilisation et le durcissement du discours public, la situation reste alarmante en 2026, au point que plusieurs structures alertent déjà avant le pic des départs en vacances.

[Article initialement publié le 7 août 2025, mis à jour le 24 juillet 2026 | temps de lecture estimé : ~ 6 min]

Refuges saturés, appels aux dons, campagnes de sensibilisation dans les rues, sur Internet ou à la télévision… Malgré les efforts de ceux qui se battent pour la cause animale, les résultats sur le terrain ne suivent pas. Le nombre de chiens et de chats admis en refuge ne cesse de croître, malgré les nombreuses adoptions. Comment en sommes-nous encore là ?

Les chiens catégorisés sont ceux qui remplissent le plus les cages des refuges / © Unsplash

Des refuges qui suffoquent

C’est une rengaine aux allures d’infini : chaque été, les refuges alertent sur leur situation critique et l’explosion du nombre d’abandons. Et l’été suivant, ça recommence.

Parmi tant d’autres, le refuge de Lintot, situé en Normandie, subit de plein fouet cette période tant redoutée :

« Nous sommes actuellement au complet avec 27 chiens et 106 chats, dont 71 chatons, détaille Dorothée, trésorière du refuge. Depuis deux mois, nous subissons un pic d’abandons au niveau des chiens, alors qu’ils sont souvent plutôt lissés sur l’année. Pour les chats, l’été est vraiment la pire période car elle coïncide avec la saison des reproductions… »

Été et abandons : à l'ère des animaux jetables
L’austérité d’un chenil par © Siebe Vanderhaeghen / Unsplash

Dans ces conditions, difficile d’accueillir de nouveaux pensionnaires. Ceux qui ont le « courage » de se rendre au refuge pour demander un abandon sont priés de patienter jusqu’à ce qu’une place se libère. Pour les cas urgents (animaux retrouvés errants ou retirés pour maltraitance), il existe des box de secours… souvent occupés.

« Dans les cas extrêmes, nous en venons à faire appel à des familles d’accueil ou à des pensions, que le refuge doit alors payer pour garder les animaux et leur éviter l’euthanasie, explique Dorothée. Mais ce sont des solutions à court terme et aujourd’hui, les sauvetages entre refuges n’existent presque plus, simplement parce que nous sommes tous saturés… »

Sur-représentés dans les refuges, les gros chiens et les chiens catégorisés y occupent également les box bien trop longtemps. Pour Audrey Jougla, philosophe spécialiste de l’éthique animale et auteure du livre Montaigne, Kant et mon chien, la réglementation sur leur détention n’est pas assez stricte. Elle permet de fait aux propriétaires de les adopter pour de mauvaises raisons, à savoir pour « l’image qu’ils renvoient, la représentation d’attributs de virilité, voire d’agressivité, pour des maîtres qui veulent des faire-valoir de leur masculinité. »

Responsabilité des propriétaires et sanctions pénales

En France, l’identification d’un animal de compagnie (chien, chat, furet) est obligatoire.  Pourtant, de nombreux propriétaires dérogent à la règle : un manque de responsabilité présent à la source et qui favorise l’abandon. « La grande majorité des animaux trouvés errants ne sont pas identifiés, déplore Dorothée. Ce sont des pages blanches, au passé inconnu, car nous ne pouvons pas retrouver leurs propriétaires. »

De fait, abandonner son animal au sein d’un refuge demande un minimum de courage. Peur d’être jugé, moqué, rejeté… :

« Les excuses sont toujours un peu les mêmes : des expulsions, avérées ou non, des divorces, ou souvent, le fait d’avoir sauvé un animal de la maltraitance mais de ne pas pouvoir le prendre en charge, explique Dorothée. Sans compter les problèmes de comportements pour lesquels les propriétaires n’ont pas cherché de solution. Malgré tout, les témoignages que nous recevons sont ceux de personnes surprises d’avoir été bien reçues » . En effet, un refuge préfèrera toujours accueillir un animal armé de son vécu, afin de faciliter son adoption future.

La grande majorité des animaux retrouvés errants ne sont pas identifiés / © Unsplash

L’État, quant à lui, joue rarement les garde-fous. Les enquêtes n’aboutissent pas, les sanctions ne tombent pas, et les fautifs recommencent. Une passivité qui n’encourage pas à la responsabilité et qui force les refuges à jouer le rôle de négociateurs quand il s’agit de récupérer des animaux maltraités.

« L’absence de peine pousse les gens à réitérer, déplore Dorothée. Nous avons eu le cas avec un propriétaire de malinois. Régulièrement, nous récupérons ses chiens saisis, que nous essayons de placer, puis… le maître recommence ! Dans ce genre de situation, nous devons vraiment prendre sur nous pour garder notre calme… »

Le fléau des dons et autres ventes illégales

Parmi les fléaux qui favorisent l’abandon, le site Leboncoin. S’il est devenu illégal d’y vendre un animal de compagnie hors élevage, les particuliers ont trouvé la parade : proposer le chien ou le chat sous forme de don, avec un faux numéro de puce ou de tatouage, puis demander de l’argent sous le manteau. Les réseaux sociaux ne sont pas en reste, avec de nombreuses ventes de particuliers, pourtant illégales.

« Nous récupérons souvent des chiens issus du site Leboncoin pour des problèmes de comportements, et là, c’es double peine »

Pour Dorothée, « c’est une catastrophe à tous les points de vue. Les gens peuvent laisser leurs animaux à n’importe qui et créer des situations de maltraitance. Nous récupérons souvent des chiens issus du site Leboncoin pour des problèmes de comportements, et là, c’es double peine. Un animal abandonné à plusieurs reprises devient traumatisé et a encore plus difficile à placer… »

Le malinois fait partie des races les plus représentées dans les refuges / © Unsplash

Le manque de sanction et les astuces pour contourner la loi sont un premier frein à la responsabilité morale des propriétaires. Mais le mal n’est-il pas plus systémique ?

L’animal comme « pansement émotionnel »

Parmi les demandes qui ont fait bondir Dorothée, des mails demandant (sic) « comment me débarrasser de mon chien », ou d’autres évoquant une lassitude : « Une dame m’a demandé une fois si elle pouvait échanger son chien avec un autre du refuge car la race ne lui plaisait plus ! » confie-t-elle, sidérée.

Des comportements pas si anecdotiques, qui témoignent d’un manque cruel de considération et d’empathie pour des animaux qui, eux, n’ont rien demandé. Pour Audrey Jougla, l’animal de compagnie « est devenu un pansement affectif et émotionnel, une sorte de doudou auquel on se raccroche dans une société où la solitude, l’isolement, l’individualisme sont de plus en plus forts. »

« Nous avons un rapport consumériste aux animaux de compagnie »

L’animal devient un cadeau à (s’)offrir et peut ne plus être considéré pour lui-même. Des soutiens émotionnels ponctuels acquis via des adoptions ou des achats impulsifs : une récompense du temps présent, sans projection sur les années à venir. En témoigne l’abandon de l’épagneule Louna – comme d’autres comme elle chaque année – etrouvée attachée à un poteau quelques jours après son adoption. La jeune propriétaire aurait expliqué sa désinvolture par le fait qu’elle ne « s’était pas rendu compte que c’était aussi contraignant »

Un animal n’est pas un cadeau à offrir sur un coup de tête ! / ©Unsplash

« Il faut marteler que c’est contraignant, que c’est un budget, que c’est une responsabilité qui s’étend au-delà d’une dizaine d’années, explique Audrey Jougla. Nous avons un rapport consumériste aux animaux de compagnie, que les animaleries ont entretenu, et qu’il faut changer. »

Repenser la place des animaux dans l’espace commun

Outre l’éducation, Audrey Jougla plaide pour une meilleure acceptation des animaux de compagnie dans la vie quotidienne : transports en commun, lieux publics, voire lieux de travail… « Trop souvent, des chiens sont encore laissés enfermés dans des voitures en plein soleil car le magasin ou le lieu où se rendait le propriétaire n’acceptait pas l’animal, même tenu en laisse : une plus grande tolérance est une piste. »

Quant aux vacances d’été, il existe aujourd’hui de nombreuses solutions comme la pension, la garde à domicile, ou simplement les hébergements « pet-friendly » : une fois de plus, il s’agit d’un budget à anticiper. Mais nos compagnons à quatre pattes n’ont-il pas droit à ce respect ?

Laissons la réponse à Audrey Jougla : « Les animaux nous font le cadeau d’un amour inconditionnel, et les humains ne sont pas à la hauteur de cette fidélité. »

Marie Waclaw


Source image d’en-tête : anna-kumpan / unsplash

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23.07.2026 à 06:00

Libre Forêt rachète des forêts… pour ne plus jamais y intervenir

Mr Mondialisation

Libre Forêt ne fait pas dans la demi-mesure : l’association achète des forêts et les laisse évoluer sans intervention humaine. Un défi de taille dans notre pays où l’exploitation forestière fait des ravages. Entretien. [Temps de lecture estimé : ~ 11 min] Face à l’effondrement de la biodiversité, à l’intensification de l’exploitation forestière et aux […]

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Texte intégral (3658 mots)

Libre Forêt ne fait pas dans la demi-mesure : l’association achète des forêts et les laisse évoluer sans intervention humaine. Un défi de taille dans notre pays où l’exploitation forestière fait des ravages. Entretien.

[Temps de lecture estimé : ~ 11 min]

Face à l’effondrement de la biodiversité, à l’intensification de l’exploitation forestière et aux effets grandissants du changement climatique, une autre vision de la forêt émerge. Loin des logiques de production, l’association Libre Forêt défend un principe simple mais radical : laisser la nature évoluer sans intervention humaine.

Pour ses membres, la meilleure façon de protéger les écosystèmes forestiers n’est pas de planter davantage d’arbres ou de gérer les parcelles, mais de préserver des forêts existantes en les soustrayant durablement à toute exploitation.

En acquérant des parcelles forestières destinées à la libre évolution, l’association souhaite recréer de véritables réservoirs de biodiversité, capables d’accueillir une faune et une flore aujourd’hui fragilisées. Une démarche qui interroge les pratiques de sylviculture et la place de l’humain dans les écosystèmes.

Dans cet entretien, Mr Mondialisation revient avec Libre Forêt sur les origines du projet, les fondements scientifiques et philosophiques de la libre évolution, les défis financiers de l’association, mais aussi les critiques auxquelles elle fait face. Une conversation qui invite à repenser notre manière d’habiter et de protéger les forêts.

Mr Mondialisation : Comment est née l’idée de Libre Forêt et quel problème cherchiez-vous à résoudre ?

Jean-François Petit : « D’abord, il y a eu la lecture de deux ouvrages : celui de Rachel Carson Un printemps silencieux, paru en 1962, et celui de de Jean Dorst, Avant que nature meure, publié en 1965, alors que je ne suis qu’un jeune adolescent. 

« Peu à peu, j’ai réalisé que l’Homme avait progressivement perdu le sens de l’équilibre avec le vivant. »

Il est devenu indispensable de repenser notre rapport à la nature et de réorienter nos actions. Face à l’effondrement des populations d’insectes, d’oiseaux et de mammifères, ainsi qu’aux difficultés rencontrées par certaines espèces emblématiques, comme le loup, pour se réimplanter durablement sur nos territoires, l’une des solutions consiste à laisser la nature évoluer librement, sans intervention humaine. C’est, à mes yeux, une condition essentielle pour permettre à la biodiversité de se reconstituer à l’échelle des territoires.

C’est ainsi qu’après 19 ans dans les métiers de l’exploitation forestière et de l’industrie lourde du bois, entre autres, j’en suis arrivé naturellement à la conclusion suivante : l’Homme est un grand extractiviste de nos forêts. La seule façon de lutter contre cette tendance sera de laisser la forêt évoluer comme bon lui semble. »

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi le rachat de forêts plutôt que la plantation d’arbres ?

Jean-François Petit : « À mes yeux, la plantation d’arbres n’est pas une solution pour préserver la biodiversité, bien au contraire. Dans nos forêts, les espèces locales vivent en équilibre avec les essences qui y sont naturellement présentes. Introduire des espèces exotiques, c’est risquer de rompre cet équilibre.

Ce qui est frappant, c’est qu’à partir du moment où l’on cesse d’intervenir, la nature reprend progressivement ses droits : des espèces recolonisent les milieux et les écosystèmes retrouvent peu à peu leur dynamique naturelle.

Notre action ne se limite d’ailleurs pas au rachat de forêts. Nous menons également un travail de sensibilisation et de plaidoyer, et nous constatons que de plus en plus de communes et de particuliers s’intéressent à cette approche.

Au-delà de la biodiversité, il y a aussi la question du carbone. Une forêt ancienne, composée de gros arbres, stocke davantage de carbone qu’une plantation récente. Une plantation repart de zéro : il faut des décennies avant qu’elle n’offre de réels bénéfices écologiques. À l’inverse, une forêt mature possède déjà toutes les caractéristiques d’un écosystème riche.

« Un vieux chêne peut abriter jusqu’à 2 500 espèces. Un jeune plant d’un an, lui, n’offre pratiquement aucun habitat à la biodiversité »

Mr Mondialisation : En quoi consiste concrètement le principe de « libre évolution » ? Quels liens avec la reforestation ?

Jean-François Petit : « La libre évolution consiste à ne plus intervenir sur la forêt. Cela signifie aucune gestion sylvicole, aucune exploitation et, dans l’idéal, aucune intervention humaine dans les parcelles.

« Pas de cueillette, pas de récolte, pas de chasse : en un mot, aucun extractivisme.»

À mes yeux, la libre évolution et la reforestation ne sont pas forcément incompatibles. Mais la reforestation suppose de disposer de terres à planter. Or, aujourd’hui, l’agriculture occupe une telle place dans l’occupation des sols qu’il est difficile de parler de véritable reforestation en France.

L’exemple de la reforestation des Landes, et des problèmes qu’elle a engendrés, illustre bien les limites de cette approche. »

Mr Mondialisation : Combien d’hectares avez-vous déjà acquis et quel est votre objectif à long terme ?

Jean-François Petit : « À ce jour, nous avons acquis 36 hectares placés en libre évolution. Notre ambition, sans doute un peu idéaliste, serait de posséder un maximum d’hectares dans chaque département. Malheureusement, nos moyens financiers restent limités.

Notre objectif ultime serait de créer des îlots de libre évolution au sein de chaque grand massif forestier. Ces espaces pourraient devenir de véritables réservoirs de biodiversité qui, grâce aux trames vertes et bleues, favoriseraient la diffusion des espèces et enrichiraient progressivement l’ensemble des forêts environnantes.

Est-ce un rêve ou une utopie ? Entre les deux peut-être. Mais c’est dans cette direction que nous avons choisi d’œuvrer. »

Mr Mondialisation : Comment financez-vous l’achat des parcelles forestières ?

Jean-François Petit : « Essentiellement grâce aux dons de particuliers, qui sont le plus souvent des adhérents de l’association. Ce sont eux qui rendent nos acquisitions possibles. Nous recevons également le soutien de quelques entreprises, mais notre financement repose avant tout sur cette mobilisation citoyenne.

Pour donner un ordre d’idée, un hectare de forêt coûte en moyenne autour de 6 000 euros, même si les prix peuvent varier selon les régions et les caractéristiques des parcelles. Chaque don, quel que soit son montant, contribue donc concrètement à protéger des espaces forestiers en les plaçant durablement en libre évolution. »

Forêt luxuriante – source : Unsplash

Mr Mondialisation : Qui sont les propriétaires qui vous vendent leurs forêts ?

Jean-François Petit : « Il s’agit principalement de particuliers qui délaissent leur bien, soit par méconnaissance du fonctionnement d’un écosystème forestier et des pratiques de gestion adaptées, soit parce qu’ils sont profondément découragés par l’évolution de leur forêt sous l’effet du changement climatique.

Face aux sécheresses répétées, aux dépérissements, aux maladies ou aux attaques de ravageurs, certains finissent par ne plus se sentir capables de l’entretenir ou de lui redonner un avenir, et préfèrent la céder à des personnes qui pourront en prendre soin sur le long terme. »

Mr Mondialisation : Quels critères utilisez-vous pour choisir une forêt à protéger ?

Jean-François Petit : « Nos principaux critères sont d’abord la superficie de la parcelle, qui doit être supérieure à 4 hectares, notamment en raison du droit de préférence.

Nous accordons également une grande importance au diamètre des arbres qui composent la forêt : plus ils sont âgés et de gros diamètre, plus leur intérêt écologique est élevé. La quantité de bois mort est aussi un critère essentiel, car c’est dans ce bois que se développe une grande partie de la biodiversité. Comme on le dit souvent, un arbre mort peut être plus vivant qu’un arbre vivant.

La présence de dendromicrohabitats (ndlr : petites structures présentes sur un arbre vivant ou mort qui servent d’habitat à de nombreuses espèces) est également prise en compte, mais ces éléments ne peuvent être évalués qu’à l’occasion d’une visite sur le terrain.

Enfin, nous disposons des connaissances nécessaires pour réaliser ces évaluations nous-mêmes, sans avoir besoin de faire appel à des associations comme la LPO. »

Mr Mondialisation : Que devient une forêt une fois qu’elle entre dans votre réseau ?

Jean-François Petit : « Une fois intégrée à notre réseau, la forêt est laissée en libre évolution. Contrairement à une forêt exploitée, où les arbres sont souvent récoltés alors qu’ils sont encore relativement jeunes, nous leur permettons d’accomplir l’ensemble de leur cycle de vie, jusqu’à leur mort naturelle.

En théorie, ces espaces ne devraient faire l’objet d’aucune intervention humaine. En pratique, une surveillance reste nécessaire, notamment pour vérifier les accès depuis les sentiers fréquentés, suivre d’éventuels dégâts causés par le gibier ou prévenir les intrusions, ces forêts pouvant susciter l’intérêt de photographes animaliers ou d’autres visiteurs. »

Mr Mondialisation : Quels changements observez-vous sur la biodiversité après quelques années de libre évolution ?

Jean-François Petit : « Très sincèrement et sans filtre, en sachant que nos observations sont des observations de naturalistes avertis mais avec des failles dans nos connaissances, on observe jusqu’ à maintenant la régression des EEE (Espèces Exotiques Envahissantes) quand on arrête toute intervention sylvicole.

Pour les plantes de nos régions qui deviennent rares, on observe leur développement lent mais sûr – seulement les canicules de cette année pourraient bien annihiler ces effets.

Pic mar, source : wikicommons

Quant à l’avifaune (ndlr : ensemble des espèces d’oiseaux présentes dans un milieu, une région ou un écosystème donné), on observe un accroissement subtil du nombre d’espèces de pics, comme le pic mar, le retour discret de la tourterelle des bois, on entend aussi le pigeon colombin, par exemple, qui sont des espèces inféodées aux gros arbres et loges de pic. »

Mr Mondialisation : Existe-t-il des études scientifiques qui démontrent les bénéfices de cette approche ?

Jean-François Petit : « Il existe des publications scientifiques sur le sujet, mais la recherche s’intéresse principalement aux méthodes d’exploitation forestière, à leurs impacts sur les sols, à l’introduction d’essences mieux adaptées au changement climatique, à la croissance des arbres ou encore au stockage du carbone. Ces travaux visent souvent à améliorer la production de bois et la productivité des forêts.

En revanche, il existe encore peu d’études démontrant directement les bénéfices de la libre évolution des forêts. C’est, du moins, mon analyse de la littérature disponible.

La Revue forestière française a consacré plusieurs articles sur le sujet. Dès l’introduction d’un numéro de 2021, les auteurs soulignent que « le terme de libre évolution reste néanmoins hautement discutable » et proposent plutôt d’interroger les « degrés de liberté » des systèmes écologiques forestiers, qui sont, par nature, des systèmes complexes. »

Mr Mondialisation : Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’une forêt non gérée devient plus vulnérable aux incendies ou aux maladies ?

Jean-François Petit : « Les maladies sont souvent la conséquence de déséquilibres créés en amont par certaines pratiques de gestion forestière.

Prenons l’exemple des scolytes : si nos forêts abritaient davantage de vieux arbres, de cavités et de bois mort, elles offriraient un habitat à de nombreux prédateurs naturels, comme certains pics ou des coléoptères saproxyliques, qui contribuent à réguler ces populations.

« Le véritable enjeu est donc celui de l’équilibre entre les espèces végétales et animales. Une forêt diversifiée et fonctionnelle est naturellement plus résiliente.»

Concernant les incendies, il est important de distinguer les forêts en libre évolution âgées des peuplements plus jeunes ou fortement exploités.

Les gros arbres et le bois mort de gros diamètre qui conservent une humidité résiduelle importante et créent un microclimat plus frais, ce qui peut ralentir la propagation du feu.

Un exemple souvent cité est celui de l’incendie de l’île de La Gomera, qui se serait arrêté aux limites d’une forêt de laurisylve particulièrement ancienne et préservée. Pour nous, là encore, le maître mot est l’équilibre. »

Mr Mondialisation : Quelle est la forêt que vous avez protégée dont vous êtes le plus fier, et pourquoi ?

Jean-François Petit : « La forêt du Hailbat, Qui est l’accomplissement d’un travail interassociatif entre le WWF qui finance, le CENL qui achète et Libre Forêt qui fait de la non gestion sur cet espace »

Mr Mondialisation : Quel est le plus grand malentendu sur la gestion des forêts que vous aimeriez déconstruire ?

Jean-François Petit : « Le plus grand malentendu, selon moi, est de considérer que les cloisonnements sont un élément indispensable de la gestion forestière moderne.

Je conteste cette idée ! Ces couloirs de circulation, destinés au passage des engins d’exploitation, peuvent représenter jusqu’à 25 % de la surface d’une parcelle. Les sols y sont fortement compactés, ce qui limite durablement leur fonctionnement écologique et leur capacité à produire de la matière ligneuse (ndlr: matière première exploitable extraite de la forêt, qui comprend aussi bien le tronc que les branches, les racines ou le feuillage des arbres.)

Cette évolution est aussi le reflet d’une mécanisation toujours plus importante de la filière. Les engins, de plus en plus imposants, ont progressivement remplacé des pratiques plus respectueuses des sols et des équilibres forestiers. À mes yeux, c’est une dérive qui met en péril l’avenir de nos forêts. Les générations précédentes ont su façonner de très belles forêts; il serait regrettable que les choix actuels compromettent cet héritage. »

Mr Mondialisation : Si vous pouviez convaincre un propriétaire forestier de laisser sa parcelle en libre évolution en une minute, quel serait votre principal argument ?

Jean-François Petit : « Je lui dirais qu’en laissant sa parcelle en libre évolution, il offre à sa forêt la possibilité de retrouver son fonctionnement naturel et de transmettre aux générations futures un patrimoine vivant. Une forêt riche en biomasse, en biodiversité, en carbone et en essences variées, où coexistent des arbres de tous âges et de tous diamètres.

Cette diversité crée un couvert forestier qui filtre naturellement la lumière, protège les jeunes pousses et favorise un microclimat plus stable. J’ajouterais qu’il est temps de sortir de l’idée qu’une forêt « propre » est forcément une forêt en bonne santé.

Bien au contraire, plus une forêt conserve son ambiance naturelle, avec ses vieux arbres, son bois mort et sa diversité, plus elle est belle, résiliente et accueillante pour le vivant.

Enfin, les forêts en libre évolution sont aussi une source d’émerveillement. Elles ont inspiré de nombreux artistes, notamment les peintres de l’école de Barbizon, preuve que leur valeur dépasse largement la seule production de bois. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture / Libre Forêt 

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22.07.2026 à 06:00

Tribune : Canicule, le grand tabou de l’élevage

Mr Mondialisation

Chaque nouvel épisode de canicule ravive les mêmes questions : comment protéger les populations, préserver les récoltes ou maintenir les services publics malgré des températures toujours plus extrêmes ? Mais face à l’urgence climatique, il ne suffit pas de s’adapter aux canicules. Il faut aussi interroger la place de l’élevage dans notre modèle agricole et […]

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Texte intégral (1670 mots)

Chaque nouvel épisode de canicule ravive les mêmes questions : comment protéger les populations, préserver les récoltes ou maintenir les services publics malgré des températures toujours plus extrêmes ? Mais face à l’urgence climatique, il ne suffit pas de s’adapter aux canicules. Il faut aussi interroger la place de l’élevage dans notre modèle agricole et alimentaire, à la lumière des connaissances scientifiques sur le climat, la biodiversité et la condition animale. Pour cela, nous relayons une tribune de Céline Marfaing et Jean-Marc Gancille, du parti de la Révolution Écologique pour le Vivant (REV).

Céline Marfaing et Jean-Marc Gancille dénoncent : les canicules ne sont pas de simples catastrophes naturelles auxquelles il faudrait apprendre à survivre. Elles sont le symptôme d’un système économique qui dépasse les limites planétaires.

À partir des travaux du GIEC, de la FAO et d’autres données scientifiques, ils plaident pour ouvrir un débat encore largement tabou en France : celui d’une sortie progressive de l’élevage, accompagnée d’une reconversion juste pour les agriculteurs et d’une transformation profonde de notre système alimentaire.

Tribune

Chaque été, les politiques se demandent comment survivre à la canicule. Très peu se questionnent sur les moyens d’empêcher la prochaine.

La France toute entière suffoque. Les records de chaleur tombent, les écoles ferment, on ne respire plus dans les hôpitaux, les travailleuses et travailleurs exposée·es sont mis·es en danger, les animaux non-humains des élevages meurent ou au mieux survivent dans des bâtiments surchauffés, partout les êtres vivants cherchent de l’eau.

À chaque épisode caniculaire, le débat public semble suivre le même scénario : il faut climatiser, ventiler, économiser l’eau. On modifie les horaires et on fait attention aux personnes et aux animaux domestiques plus vulnérables. Des mesurettes bien insuffisantes au regard des prévisions scientifiques. Une politique qui ne traite que les conséquences finit par organiser la survie dans un monde invivable.

La question centrale demeure toujours évitée. Quels sont les systèmes économiques qui rendent ces canicules plus fréquentes, plus longues et toujours plus intenses ?

Le GIEC est clair : le réchauffement climatique est causé par les activités humaines. Les scientifiques nous rappellent que les vagues de chaleur, telles que nous les subissons en ce moment, vont devenir plus nombreuses et plus sévères. La canicule n’est pas un accident isolé, elle est la conséquence d’un modèle de production qui dérègle les conditions mêmes de la vie. Et parmi les causes structurelles de ce dérèglement, l’élevage reste l’un des grands tabous du débat écologique français.

On parle parfois des conséquences de la canicule sur les élevages et il faut le faire. Les animaux exploités subissent eux aussi le stress thermique, l’enfermement, la déshydratation, les maladies et en meurent parfois. Mais il faut aller plus loin. L’élevage n’est pas seulement une victime du dérèglement climatique. Il en est aussi l’une des causes principales.

« L’élevage n’est pas seulement une victime du dérèglement climatique. Il en est aussi l’une des causes principales. »

Les études estiment que les aliments d’origine animale représentent environ 57 % des émissions du système alimentaire mondial et génèrent à eux seuls environ 16,5 Gt CO₂e par an à l’échelle mondiale. Pris isolément, l’élevage émet donc davantage que l’ensemble du secteur mondial des bâtiments (6%) et représente un volume comparable aux émissions du transport routier mondial et environ quatre à cinq fois plus que l’ensemble de l’aviation mondiale (2,5%).

En France, l’agriculture représente encore un poste majeur d’émissions. Derrière chaque élevage de vaches se trouve l’une des principales sources d’émission de méthane, un gaz dont le pouvoir de réchauffement est bien supérieur à celui du dioxyde de carbone. Sur vingt ans, il réchauffe environ 81 fois plus que le CO₂. Les ordres de grandeur alimentaires sont tout aussi parlants. Selon les données Agribalyse de l’ADEME, un kilogramme de « viande » de vache représente environ 28 kg CO₂e. En comparaison, un kilogramme de lentilles représente environ 0,582 kg CO₂e, soit 48 fois moins. Ce n’est pas une différence marginale. C’est un gouffre climatique.

Face à cela, la réponse ne peut pas être de demander aux individus de « faire des efforts » pendant que l’État continue de soutenir un modèle destructeur. La transition écologique doit être collective, planifiée, radicale et juste.

La REV défend une écologie radicale qui ne se contente pas d’adapter les populations aux conséquences du dérèglement climatique. Face à l’urgence, nous assumons la nécessité de transformer les causes structurelles de la catastrophe en cours. Cela implique de reconsidérer le principe même de l’élevage et d’engager une sortie progressive de toutes les formes d’exploitation des animaux. D’un point de vue scientifique et écologique, contrairement aux idées reçues, ni l’élevage industriel ni l’élevage paysan ne peuvent revendiquer de quelconques vertus. Bien au contraire, les deux se combinent pour maximiser les dégâts environnementaux d’une activité qui compte d’ores et déjà de nombreuses alternatives.

Mais cette transition ne peut se faire contre les agriculteur·ices. Nous proposons la création d’un véritable service public de l’agriculture, garantissant accompagnement, formation, sécurisation des revenus et reconversion vers des productions végétales, l’agroécologie et des activités compatibles avec les limites planétaires. Nous défendons également une sécurité sociale de l’alimentation permettant à toutes et tous d’accéder à une alimentation végétale saine, durable et choisie. Loin d’opposer justice sociale, justice climatique et condition animale, nous considérons qu’elles sont indissociables.

Enfin, nous refusons de séparer la question climatique de la condition animale. Les animaux non-humains ne sont pas seulement des unités de production. Ils sont des êtres sensibles, exposés à la chaleur, à la soif, à l’enfermement et à la violence d’un système qui les rend invisibles jusque dans les catastrophes qu’il contribue à produire.

Enfin, nous refusons de considérer les animaux comme de simples ressources économiques. Les connaissances scientifiques sont aujourd’hui largement établies sur leur sensibilité, tandis que les travaux du GIEC et de la FAO identifient la réduction des productions et consommations animales comme un levier important de lutte contre le changement climatique.

Pourtant, les propositions visant à ouvrir ce débat continuent d’être caricaturées ou disqualifiées dans l’espace politique, comme l’ont montré les réactions suscitées récemment à l’Assemblée nationale. Alors que, dans le cadre des discussions autour de la loi d’urgence agricole, Aymeric Caron défendait un amendement visant à intégrer un objectif de réduction de la viande pour des raisons climatiques, de nombreux députés ont préféré moquer cette proposition plutôt que d’admettre la réalité scientifique de ce texte.

Pour nous, la REV, reconnaître les animaux comme des êtres sensibles et transformer notre rapport à leur exploitation ne relèvent pas de l’utopie, mais d’une exigence écologique, démocratique et éthique. L’écologie radicale commence ici. Elle ne consiste pas à gérer les ruines du vivant, elle consiste à mettre fin aux systèmes qui les produisent.

Quelques ordres de grandeur

  • Élevage mondial ≈ 12 % des émissions mondiales (FAO, 2023)
  • Aviation mondiale ≈ 2,5 % (GIEC, 2022)
  • Transport maritime mondial ≈ 3 % (OMI, 2023)
  • Le bœuf émet jusqu’à 60 fois plus de GES que certaines protéines végétales (Poore et Nemecek, 2018)
  • Le régime végétalien constitue le potentiel de réduction le plus important parmi les régimes alimentaires étudiés par le GIEC (2019)

– Par Céline Marfaing et Jean-Marc Gancille,
référents du pôle Antispécisme de la Révolution Écologique pour le Vivant (REV),
parti d’écologie radicale fondé par Aymeric Caron


Photo de couverture : cottonbro studio / Pexels

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21.07.2026 à 06:00

Sony : pourquoi les joueurs ont raison de s’inquiéter

Mr Mondialisation

Le jeu vidéo est à un tournant. Après plusieurs années de recul des ventes de jeux physiques, Sony a annoncé qu’à partir de 2028, les nouveaux jeux PlayStation seront distribués exclusivement au format numérique. À première vue, le changement paraît anodin. Plus besoin de disque. Plus de boîtier à ranger. Les jeux sont accessibles immédiatement, […]

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Texte intégral (1667 mots)

Le jeu vidéo est à un tournant. Après plusieurs années de recul des ventes de jeux physiques, Sony a annoncé qu’à partir de 2028, les nouveaux jeux PlayStation seront distribués exclusivement au format numérique.

À première vue, le changement paraît anodin. Plus besoin de disque. Plus de boîtier à ranger. Les jeux sont accessibles immédiatement, sans déplacement. Le numérique promet davantage de simplicité. Mais cette évolution soulève une question bien plus large. Que devient la propriété lorsqu’une œuvre culturelle n’existe plus que sous la forme d’un fichier téléchargé depuis une boutique appartenant au fabricant de la console ?

Car derrière la disparition progressive du disque se cache une transformation profonde du marché. Avec le tout-numérique, Sony ne fabrique plus seulement une console, l’entreprise contrôle également le magasin, les prix, les promotions, les licences et l’accès aux œuvres. Pour les consommateurs, les conséquences sont loin d’être anodines.

Sony, bientôt seul maître à bord ?

Depuis des années, on peut acheter des jeux vidéo dans un marché relativement ouvert. Les grandes surfaces, les boutiques spécialisées, et les sites de vente en ligne proposent souvent des prix différents. Les promotions varient selon les distributeurs. Les joueurs peuvent comparer, attendre une réduction ou acheter un jeu d’occasion quelques mois après sa sortie.

Le support physique entretient une véritable concurrence. Avec une console entièrement numérique, cette concurrence disparaît. Sur PlayStation, chaque achat passera exclusivement par le PlayStation Store. Le constructeur devient donc également le distributeur exclusif des jeux disponibles sur sa plateforme. Cette situation lui confère un pouvoir inédit. Sony fixe les prix, décide des promotions et choisit les périodes de soldes. Le géant japonais peut retirer un jeu de la vente. Le consommateur, lui, n’a plus d’alternative. Contrairement au marché physique, il ne peut plus acheter ailleurs si le tarif lui paraît trop élevé. Il dépend entièrement de la politique commerciale d’une seule entreprise.

La fin de l’occasion 

Les autres victimes de cette évolution seront, bien sûr, les commerces spécialisés. Depuis plusieurs années, ces enseignes voient déjà leurs ventes diminuer au profit du téléchargement. Nombre d’entre elles ont d’ailleurs disparu à l’aube des années 2010. Pourtant, elles continuent de jouer un rôle essentiel. Elles conseillent les joueurs. Elles rachètent les jeux terminés. Elles permettent d’acheter d’occasion. Elles prolongent la durée de vie des consoles. Elles font vivre des centres-villes déjà fragilisés. La disparition du support physique risque d’accélérer leur déclin. Et avec elles, c’est tout un écosystème qui disparaît.

Le marché de l’occasion, lui, permet à de nombreux foyers de continuer à jouer malgré l’augmentation constante du prix des nouveautés. Revendre un jeu terminé pour financer le suivant est une pratique aussi ancienne que le jeu vidéo lui-même. Le numérique met fin à cette possibilité. Une licence téléchargée est liée à un compte utilisateur. Elle ne peut généralement pas être revendue ni prêtée. Chaque joueur doit acheter sa propre copie. Pour les éditeurs et les constructeurs, le modèle est extrêmement rentable.

Pour les consommateurs, il réduit les libertés. Le disque n’est pas seulement un objet. Il garantit aussi un droit. Celui de disposer librement d’un bien culturel une fois acheté. C’est précisément ce droit qui tend aujourd’hui à disparaître.

Photo de Denise Janssur Unsplash

Le numérique, une notion ambiguë de la propriété

Les défenseurs du tout-numérique mettent souvent en avant sa simplicité. Mais cette praticité cache une réalité moins connue : dans la plupart des cas, un jeu numérique n’est pas réellement acheté. Le joueur acquiert une licence d’utilisation.

Un disque peut être conservé toute une vie. Il peut être prêté, revendu, offert ou transmis. Une licence numérique, elle, reste soumise aux conditions fixées par la plateforme qui la distribue. Autrement dit, l’accès à une œuvre dépend désormais d’un compte utilisateur, d’une connexion à des serveurs et d’accords commerciaux conclus entre entreprises.

Sony l’a illustré en 2023. À la suite de l’expiration d’un contrat avec Discovery, plusieurs centaines de films et de séries achetés sur le PlayStation Store devaient disparaître des bibliothèques des utilisateurs. Face au tollé, un nouvel accord a finalement été trouvé et les contenus ont été conservés. L’épisode reste pourtant révélateur.

À terme, c’est aussi le rétrogaming qui pourrait en souffrir. Depuis plusieurs décennies, les collectionneurs participent à la conservation du patrimoine vidéoludique. Les cartouches, CD et Blu-ray permettent encore aujourd’hui de faire fonctionner des jeux parfois âgés de trente ou quarante ans. Le tout-numérique remet en cause cette transmission. Comment préserver une œuvre qui dépend d’une plateforme privée ? Comment rejouer à un titre lorsque les serveurs auront disparu ?

La question est également écologique. Les industriels présentent souvent le numérique comme une solution plus respectueuse de l’environnement. Il est vrai qu’il supprime une partie du plastique, des emballages et du transport. Mais cette comparaison est incomplète. Chaque téléchargement mobilise des centres de données, des infrastructures réseau et des équipements qui consomment eux aussi des ressources et de l’énergie. Un jeu physique peut vivre pendant plusieurs décennies. Il peut être revendu plusieurs fois, prêté ou transmis. Un seul exemplaire circule ainsi entre plusieurs joueurs. Une licence numérique, elle, est généralement achetée une seule fois… par une seule personne.

Une tendance qui se généralise

Le cas de Sony dépasse largement le monde des consoles. Depuis une quinzaine d’années, notre rapport à la culture change profondément. Les abonnements à Spotify, Prime et Netflix pour regarder des films et écouter de la musique sont devenus la norme. Les logiciels deviennent des abonnements mensuels. Le jeu vidéo semble suivre exactement la même trajectoire. On ne paie plus pour un produit, mais pour un service (GTA Online, Fortnite).

En 2026, près de 3,3 milliards de personnes jouent aux jeux vidéo dans le monde. Jamais un loisir culturel n’avait concerné autant d’individus. La question dépasse donc largement les utilisateurs PlayStation. À mesure que les supports physiques disparaissent, des centaines de millions de consommateurs deviennent toujours plus dépendants d’une poignée de multinationales. Ces entreprises contrôlent les catalogues. Les prix. Les promotions. Les licences. Et parfois même la disparition d’une œuvre.

Cette concentration du pouvoir soulève une question fondamentale. Que signifie encore « acheter » une œuvre culturelle lorsque son accès dépend entièrement d’une plateforme privée ? Alors que les appels à davantage de sobriété se multiplient, le modèle dominant continue de transformer toujours plus de biens culturels en services dépendants de plateformes privées.

Le discours est toujours le même. Plus rapide. Plus pratique. Plus moderne. Mais cette promesse s’accompagne d’une concentration sans précédent. Le débat ne porte donc pas seulement sur la disparition du disque. Il interroge notre rapport à la culture, et plus largement, le pouvoir croissant des grandes plateformes numériques.

Florian Doare


Photo de couverture de Yunming Wang sur Unsplash

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