17.08.2026 à 06:00
Mr Mondialisation
Du 10 au 12 juillet, les Tanneries II à Dijon ont accueilli les deuxièmes rencontres des Bâtisseureuses des terres. Une journaliste de Mr Mondialisation s’est rendue sur place pour découvrir ce réseau qui rassemble des personnes issues du bâtiment, de l’architecture, de l’artisanat et de l’auto-construction autour d’une même ambition : mettre les savoir-faire constructifs […]
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Né en 2023, le réseau des Bâtisseureuses des terres rassemble des professionnel·les du bâtiment, architectes, artisan·es, aménageur·euses et aussi auto-constructeur·ices, usager·es de lieux collectifs, de lieux en lutte ou encore habitant·es de squats. Tous et toutes partagent une même conviction : les métiers du bâtiment peuvent devenir des outils d’émancipation et de transformation sociale.
Leurs actions prennent des formes multiples : construction de cabanes ou de charpentes sur des zones-à-défendre, accompagnement de contre-projets, enquêtes critiques, création d’outils partagés ou encore transmission de savoir-faire constructifs. Le réseau revendique une organisation souple, fondée sur l’autonomie, l’entraide, la coopération et la subsistance, loin des logiques d’expertise descendantes.
Après plusieurs années consacrées à structurer le réseau et à mener les premiers chantiers, ces deuxièmes rencontres avaient un objectif clair : élargir ce réseau et créer des ponts avec d’autres collectifs engagés sur les questions d’habitat, d’écologie et de justice sociale.

Dès le vendredi soir, les Tanneries II donnent le ton. Lieu emblématique des luttes dijonnaises, l’endroit accueille des participant·es venu·es de toute la France. Après le repas préparé par Commun Maïs, une association montreuilloise qui propose des cantines à prix libre en vue de faciliter l’accès à l’emploi et au logement de personnes sans-papiers, les premiers récits commencent.
La veillée « Retours de chantiers », proposée par le groupe « Traces & Cartes » constitué pour l’occasion, revient sur plusieurs jours de travaux réalisés collectivement avant les rencontres dans quatre lieux de la métropole dijonnaise et de la campagne voisine, l’Auxois. Malgré la chaleur caniculaire, les équipes racontent avoir réussi à œuvrer tout en accordant une attention particulière aux conditions de travail, à la répartition des tâches et au soin apporté aux personnes.

Les cartes, dessins et récits produits pendant ces chantiers sont mis en forme et imprimés à la risographie afin d’en conserver une mémoire directe.
Pendant ce temps, le documentaire Pied de biche est projeté dans la salle de cinéma. Le film suit plusieurs lieux autogérés de Dijon et sa périphérie, dont les Tanneries et le Quartier libre des Lentillères, où des collectifs expérimentent d’autres manières d’habiter, de construire et de lutter.
Le samedi matin, les organisateur·ices ouvrent officiellement les rencontres en rappelant la ligne directrice : réunir des personnes issues d’horizons variés afin de renforcer un réseau à la fois politique, professionnel et humain.
« Nous défendons l’idée que c’est de cette diversité, de ces échanges et de cette capacité à nous remettre en question collectivement que continuera à se renforcer notre réseau. »
Après un temps de présentation, place au mouvement. Un « débat mouvant » invite chacun·e à se positionner selon son lieu de vie, avant de multiplier les échanges en petits groupes. Derrière l’apparente simplicité de l’exercice, l’intention est de créer rapidement des liens entre des personnes qui, pour beaucoup, ne se connaissent pas mais partagent des préoccupations communes.
Pendant que certain·es rejoignent les cuisines de Commun Maïs pour préparer le déjeuner, d’autres assistent à une discussion consacrée aux luttes contre le mal-logement avec le collectif Locataires Ensemble. Dans les cuisines comme dans l’atelier, les discussions circulent librement : une enceinte retransmet les débats jusque derrière les fourneaux.

L’après-midi, un atelier réunit l’association A4, la mutuelle de La Kunda et Commun Maïs autour d’une question concrète : comment les métiers du bâtiment peuvent-ils devenir un levier de régularisation pour les personnes sans papiers ?
Les intervenant·es rappellent que des outils juridiques existent, mais restent largement méconnus. L’objectif est donc autant de partager ces ressources que d’encourager les artisan·es, coopératives ou petites entreprises à s’en saisir.
Les échanges mettent également en lumière une réalité souvent invisibilisée : une part importante de la main-d’œuvre du BTP est composée de personnes étrangères, pourtant particulièrement exposées à la précarité administrative, aux accidents du travail et aux contrôles. Avec les récentes évolutions réglementaires, plusieurs intervenant·es alertent sur la fragilité de situations où des personnes travaillant depuis des années en France peuvent perdre leur titre de séjour.
Pour A4, la solidarité ne peut cependant se limiter à l’accompagnement individuel. L’enjeu est aussi d’éviter les rapports de dépendance qui placent les personnes sans papiers sous la tutelle de celles et ceux qui les soutiennent. L’association défend une logique d’émancipation, fondée sur l’accès aux droits, la transmission des outils d’auto-défense juridiques et le développement de réseaux locaux d’entraide.
Il est également dénoncé le choix, chez certains militants privilégiés, d’actions de désobéissance civile spectaculaires au détriment d’un travail d’alliance plus long et moins visible avec des personnes sans papiers. Or, ces alliances peuvent permettre de les soutenir concrètement, de renforcer leur capacité collective à faire valoir leurs droits et, à terme, de contribuer à leur régularisation.

En fin de journée, un atelier en mixité choisie rassemble des femmes cisgenres hétérosexuelles et des personnes queers du bâtiment pour partager leurs expériences des violences sexistes et sexuelles dans les bureaux, les ateliers ou sur les chantiers. Réparti·es en groupes autour des notions d’autonomie, d’autodéfense et de fierté, les participant·es échangent sur leurs difficultés mais aussi sur les ressources qu’ils et elles construisent collectivement.
Mutualiser du matériel, gagner en autonomie financière, sortir du statut de débutant·e, se former entre pairs ou encore rendre les espaces militants plus accueillants pour les personnes neurodivergentes figurent parmi les préoccupations les plus souvent évoquées.
Les discussions mettent également en lumière un réseau grandissant d’initiatives destinées à transmettre des savoir-faire techniques entre personnes concernées : La Tenaille (Montpellier), la Cisaille (Grenoble), la Taloche (Paris), TekTek (Dijon), Selbst Gemacht DIY (Strasbourg), la Douille (Lyon), ou encore W19 à Paris.
Les restitutions, particulièrement chargées en émotion, rappellent combien les violences de genre demeurent une réalité quotidienne dans les métiers du bâtiment, renforçant l’urgence de transformer durablement ces milieux professionnels.

En soirée, un autre atelier aborde la notion de propriété d’usage : une manière d’envisager l’habitat à partir de l’usage réel d’un lieu plutôt que de sa valeur marchande.
Très vite, les échanges dépassent la seule question juridique. Comment transmettre un lieu collectif ? Que devient l’héritage lorsqu’il ne profite plus à une seule famille mais à un commun ? Comment accueillir de nouvelles personnes sans recréer de rapports de domination ? Autant de questions qui traversent aujourd’hui de nombreux habitats collectifs.
Si aucune réponse universelle n’émerge, plusieurs pistes reviennent régulièrement : documenter les décisions, organiser la transmission des savoir-faire, reconnaître les inégalités de départ entre les membres d’un collectif et construire des formes de gouvernance capables d’évoluer avec le temps.
Car tous les participant·es en conviennent : les communs ne tiennent pas uniquement grâce aux idéaux qu’ils portent, mais grâce au soin quotidien apporté aux relations humaines.
Après une journée dense en discussions sous une chaleur écrasante, un repas partagé, de la musique et de la danse laissent place à de la détente et de la légèreté.
Cette parenthèse festive n’a rien d’anecdotique. Elle rappelle qu’un réseau ne se construit pas uniquement dans des ateliers, mais aussi dans des moments informels où naissent les complicités qui feront vivre les futurs projets.

Le dimanche, plusieurs ateliers et discussions ont lieu simultanément. Des liens à créer entre luttes contre l’artificialisation des terres et luttes syndicales, aux réflexions sur les luttes enfantistes et antiracistes, un même fil rouge apparaît : celui de la défense de conditions de production et d’habitabilité des territoires justes pour toutes et tous.
Lors de l’atelier consacré à la création d’alliances entre luttes écologistes et luttes pour les droits des travailleur·euses du BTP, les intervenant·es reviennent sur l’absence criante de militant·es écologistes dans les luttes syndicales et vice-versa alors qu’a priori :
« La défense des conditions de la vie des sols sont aussi celles des conditions d’habitabilité de la Terre »
Raison pour laquelle ces compositions apparaissent nécessaire pour peser dans le rapport de force.
À partir de la mise en récit de mobilisations locales et nationales récentes contre des grands projets d’aménagement et les rares fois où des coalitions entre écologistes et syndicats ont émergé, les organisateur·ices insistent sur le fait qu’au-delà de la préservation des espaces naturels, l’artificialisation transforme durablement les territoires, fragilise les milieux et affecte directement les conditions de vie humaines comme non-humaines en premier lieux desquels les travailleur·euses de ces filières.
En réponse, la seconde partie de l’atelier invitait les participant·es à se regrouper par régions et/ou professions afin d’identifier des revendications communes et des solutions pour les faire émerger.

Pendant ce temps, une autre discussion se déroule à partir de luttes enfantistes. Des travailleur·euses sociales et militant·es de Dijon et de l’Auxois sont réuni·es pour partager des expériences d’éducation populaire autour d’un terrain d’aventure et d’une kid zone.
Un terrain d’aventure, c’est un espace où les enfants peuvent construire, bricoler, explorer, prendre des risques et transformer leur environnement, avec beaucoup plus de liberté que dans une aire de jeux classique. L’adulte n’est pas là pour tout contrôler : il accompagne, sécurise et laisse faire.
La discussion croisée aborde de nombreux sujets : surprotection et peur du risque, standardisation des espaces pour les enfants, confiscation de la liberté, violences intersectionnelles et biais racistes, classistes, validistes, et plus largement le constat d’une ville pensée par et pour les adultes, où l’enfant a de moins en moins de place pour expérimenter.
Plus tard dans la journée, un cercle de parole en mixité choisie entre personnes subissant du racisme permet à ses participant·es de faire remonter et de partager des expériences de violences et discriminations dont iels font l’objet au travail mais aussi dans les espaces militants où iels s’organisent – ces questions étant encore trop peu à l’agenda d’organisations écologistes encore en grande majorité blanches.
Si les thématiques diffèrent, toutes interrogent finalement une même question : comment construire des espaces réellement accueillants, solidaires et émancipateurs ?
Avant la clôture des rencontres, plusieurs participant·es profitent d’une visite improvisée du Quartier libre des Lentillères, situé à quelques minutes des Tanneries.
Depuis plusieurs années, ce territoire occupé expérimente d’autres façons d’habiter la ville : habitats légers et bâtis en bois, terre et paille, jardins maraîchers, espaces communs, ateliers et lieux culturels y coexistent dans une logique d’autogestion et de lutte contre des des projets destructeurs, issus des modes de construction conventionnels et de logiques capitalistes d’aménagement urbain. Nous documentions cette vie alternative sur Mr Mondialisation en 2022.
Pour beaucoup, cette visite agit comme une mise en perspective concrète des discussions du week-end : ici, les idées débattues dans les ateliers prennent corps.

Lors de la plénière de clôture, les retours convergent. Malgré un programme dense et parfois exigeant, ces deuxièmes rencontres sont largement saluées pour la qualité de leur organisation, la diversité des participant·es et l’attention portée aux questions de soin.
Des binômes d’écoute et de médiation mis en place par une équipe « soin », ont assuré tout au long du week-end un espace d’accueil pour les personnes qui en ressentaient le besoin. Accompagné·es par le collectif antiraciste et décolonial Tapages, ces dernières soulignent également les efforts entrepris pour rendre les rencontres plus accessibles, tout en rappelant le chemin qu’il reste à parcourir, notamment en matière de pluralité sociale et raciale.
Au-delà des ateliers, beaucoup retiennent la richesse des échanges informels, des repas partagés et des liens noués entre personnes venues d’horizons très différents. Et maintenant ?

Ces trois jours n’ont pas vocation à rester un moment suspendu. Avant même la fin des rencontres, plusieurs groupes de travail se constituent autour de thématiques comme le diagnostic énergétique, la création d’alliances entre lutte contre l’artificialisation des sols et syndicats du BTP, l’hébergement, les réseaux d’embauche ou encore le partage de ressources techniques.
Une réflexion revient également avec insistance : comment continuer à s’organiser sans dépendre exclusivement des outils numériques, pour des raisons à la fois de sécurité, d’accessibilité et de résilience collective ?
Les rencontres se referment ainsi moins sur une conclusion que sur une multitude de chantiers à poursuivre.

Le week-end s’achève au bord de l’Ouche. Après trois jours d’ateliers, de débats et de travaux collectifs, la baignade offre une respiration bienvenue. Les discussions continuent, mais elles prennent un autre rythme. Les corps se reposent.
Dans un monde traversé par les crises écologiques, sociales et politiques, ces rencontres auront rappelé qu’il est encore possible de construire autrement : des bâtiments, bien sûr, mais aussi des solidarités, des savoir-faire et des imaginaires communs. L’eau emporte avec elle la fatigue des derniers jours. Les promesses de se revoir circulent déjà entre celles et ceux qui reprennent la route.
Parce qu’en plus de bâtir des murs, ces rencontres ont pour vocation de construction des ponts, et surtout un réseau : aussi inspirant et robuste que créatif et pérenne.
– Marie-Alexandra Perron
avec les contributions de la coordo bat’dtr 2026
Photo de couverture : chantier de démoussage d’une toiture © coordo bat’dtr 2026
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Mr Mondialisation
1. Amazonie : la déforestation recule Au Brésil, la déforestation de l’Amazonie a atteint son niveau le plus bas en dix ans, avec 2 874 km² déboisés entre août 2025 et juillet 2026, soit 37 % de moins que l’année précédente. Cette baisse est notamment attribuée au renforcement de la surveillance, des contrôles et des […]
The post Amazonie, Gen Z, mobilisation nationale : les 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.Au Brésil, la déforestation de l’Amazonie a atteint son niveau le plus bas en dix ans, avec 2 874 km² déboisés entre août 2025 et juillet 2026, soit 37 % de moins que l’année précédente. Cette baisse est notamment attribuée au renforcement de la surveillance, des contrôles et des sanctions contre la déforestation illégale depuis le retour de Lula au pouvoir. (RFI)
Après plusieurs semaines de mobilisation contre les fuites d’examens et les dysfonctionnements du système éducatif, des dizaines de milliers de jeunes Indiens ont obtenu la démission du ministre de l’Éducation Dharmendra Pradhan le 25 juillet. Le mouvement, né en ligne sous le nom satirique de « Cockroach Janta Party », a ensuite mis fin à sa mobilisation, le gouvernement ayant accepté ses principales revendications. (Reuters)
Près de 1 000 citoyens et citoyennes ont signé un appel à un plan d’urgence climatique et annoncent des marches et grèves partout en France le 26 septembre. Ils demandent notamment des mesures d’adaptation, la rénovation des logements, davantage de moyens pour les secours et une sortie des énergies fossiles. (Vert)
Après une mobilisation de plusieurs années, des communautés locales et des ONG ont obtenu le retrait définitif des autorisations d’exploration offshore de Shell sur la Côte Sauvage (Wild Coast). La Cour constitutionnelle a notamment jugé que les habitants n’avaient pas été suffisamment consultés. Cette décision pourrait faire jurisprudence. (RFI)
En Bretagne, Finisterestes29 récupère des fruits, légumes, poissons, viandes et fromages écartés des circuits classiques mais encore consommables, et les revend à prix réduit. L’entreprise sauve notamment 50 tonnes de légumes par jour et contribue à rémunérer des producteurs tout en attirant des clients dans des commerces en difficulté. (Marcelle)
Au Sénégal, l’association CAJUST a réuni une cinquantaine de journalistes à Dakar pour les former aux enjeux climatiques, à la transition énergétique et au journalisme de solutions. L’objectif : mieux informer les citoyens et mettre en lumière les initiatives qui renforcent la résilience des communautés. (Emedia)
Face aux vagues de chaleur, France Nature Environnement appelle les citoyens à installer des points d’eau pour aider les animaux sauvages à survivre à la canicule. L’initiative, déjà mise en place par des habitants du Doubs, invite chacun·e à agir à son échelle, dans les jardins comme sur les balcons. (France 3 Régions)
Après plusieurs semaines de mobilisation réunissant syndicats, organisations environnementales, peuples autochtones, organisations paysannes et militants, le gouvernement argentin a retiré plusieurs modifications controversées d’un projet de loi. Parmi elles figuraient des changements à la législation sur l’achat de terres par des étrangers ainsi qu’à la loi sur la gestion des incendies, qui auraient affaibli la protection des forêts, zones humides et prairies. Greenpeace a qualifié le résultat de « victoire pour le peuple ». (Global Freedom Of Expression)
Saisi par cinq associations, le tribunal administratif de Martinique a suspendu la chasse de quatre espèces pour la saison 2026-2027, jugeant leur chasse incompatible avec leur état de conservation. Le pluvier bronzé, le bécasseau à échasses, le pigeon à cou rouge et le moqueur corossol sont ainsi épargnés cette saison : une victoire pour les associations mobilisées. (R1CI)
À San Vicente, des habitant·es patrouillent chaque nuit sur plus de 8 km de plage pour protéger les tortues olivâtres et leurs œufs, avec l’aide de l’ONG LAMAVE. Les œufs transférés dans des écloseries affichent un taux d’éclosion proche de 75 %, tandis que les habitant·es sont désormais directement impliqué·es dans la protection des tortues de leur région. (Mongabay)
– Mara Pron
Photo de couverture : Bill Salazar / Pexels
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Mr Mondialisation
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actualité ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer. 1. Éclipse : la prévention en recul depuis 1999 Alors que l’éclipse du 12 août 2026 a provoqué des pénuries de lunettes de protection en France, la prévention publique a été nettement moins visible qu’en 1999 : […]
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Alors que l’éclipse du 12 août 2026 a provoqué des pénuries de lunettes de protection en France, la prévention publique a été nettement moins visible qu’en 1999 : à l’époque, l’État avait organisé une campagne nationale avec distribution massive de lunettes et messages de prévention. Le bilan de 1999 avait recensé 122 personnes ayant subi une brûlure de la rétine, dont 87 avec une baisse de vision, certaines lésions étant définitives. (Charente Libre)
Vendredi 14 août, la France connaît le pic de son 5ᵉ épisode de canicule de l’été, tandis qu’une grande partie de l’Europe subit des températures dépassant les 35 °C.
L’épisode illustre la répétition et l’intensification des vagues de chaleur dans un contexte de dérèglement climatique. (L’Humanité)
Les pompiers ont été appelés à une grève nationale le 13 août, les neuf syndicats dénonçent le sous-effectif, le manque de matériel et des moyens insuffisants face à la multiplication des crises et des incendies. Ils réclament notamment davantage de recrutements et un financement pérenne, tandis que le ministre de l’Intérieur devait recevoir leurs représentants. (Ouest-France)
Le Conseil constitutionnel a validé la quasi-totalité de la loi d’urgence agricole, dont les dérogations temporaires permettant de réintroduire certains pesticides interdits et les mesures visant à doubler le stockage d’eau agricole d’ici 2035. Les sages ont toutefois censuré plusieurs dispositions, notamment sur le curage des retenues d’eau, l’information du public et les zones tampons autour des parcelles traitées aux pesticides. (Le Monde)
La justice a rejeté près de 240 000 euros de dépenses de campagne déclarées par Jordan Bardella pour les européennes de 2024, considérant notamment que certaines relevaient du fonctionnement habituel du RN. Parmi les frais invalidés figurent 400 euros pour 50 kits de dégustation de vins de Blaye, ainsi qu’une bouteille de champagne offerte au dirigeant de Vox. (Sud Ouest)
Un rapport de l’IGF et de l’IGAS remis au gouvernement préconise de calculer les APL des étudiants en fonction des revenus de leurs parents, ce qui pourrait supprimer l’aide pour plus de 200 000 d’entre eux et la réduire pour 150 000 autres.
Cette réforme, présentée comme une mesure d’économie, fait polémique alors que le logement pèse déjà lourdement dans le budget étudiant et que les situations de rupture ou d’émancipation familiale ne sont pas prises en compte. (L’Humanité)
Aminata Pouye, tête de liste de La Gauche au Sénat en Gironde, raconte son agression raciste dans la nuit du 8 au 9 août à Talence, alors qu’elle rentrait chez elle.
Elle a porté plainte et dénonce une agression « d’une rare violence », qui, selon elle, renforce sa détermination à poursuivre son engagement politique. (Sud Ouest)
Selon une analyse publiée par Le Vent Se Lève, l’extrême gauche française, qui représentait plus de 10 % des voix et plusieurs dizaines de milliers de militants au début des années 2000, a fortement décliné en vingt ans. La montée de LFI, les transformations du militantisme et des réseaux sociaux ainsi que l’essor de nouvelles mobilisations écologistes et féministes ont progressivement déplacé cet espace politique, sans pour autant faire disparaître les courants révolutionnaires. (Le Vent Se Lève)
Au Sud-Liban, près de 30 000 ruches ont été affectées par les bombardements israéliens, tandis que des apiculteurs ont dû fuir leurs terres et déplacer les colonies survivantes. La destruction des habitats menace également une biodiversité exceptionnelle, avec 800 à 900 espèces d’abeilles recensées dans le pays. Malgré les pertes, des apiculteurs déplacés s’organisent pour sauver les colonies restantes et reconstruire leur activité, notamment grâce à des réseaux de solidarité entre producteurs. (Reporterre)
Une marée noire menace les mangroves de Hara, sur l’île iranienne de Qeshm, alors que plusieurs pollutions pétrolières ont été détectées dans le golfe Persique depuis le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. L’origine de cette contamination n’est pas encore établie, mais elle pourrait affecter durablement les mangroves, la biodiversité, la pêche et les ressources en eau d’une région déjà soumise à un fort stress hydrique.
Photo de couverture : Valentin Lacoste / Unsplash
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À l’heure où les épisodes de forte chaleur se multiplient, Toulouse Anti-Cruauté invite à élargir le regard aux animaux non-humains, eux aussi exposés aux conséquences des canicules. Dans cette tribune, le collectif interroge les conditions qui les rendent vulnérables à la chaleur, mais aussi, plus largement, les formes d’exploitation et de mise à mort auxquelles […]
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On peut lire et entendre, ainsi que soi-même penser, que « la canicule tue ». La chaleur seule n’explique pas ces morts.
Au-delà d’un certain seuil de chaleur, une chose peut être endommagée par la dite chaleur. Avec du temps ou plus de chaleur, ça peut être fatal.
Mais le problème n’est pas la chaleur en soi, c’est d’y être exposé. Les choses inanimées et les plantes n’ont pas de prise sur leur environnement, elles ne peuvent que subir. Il en est autrement des animaux, et les humains en sont.
Quand il est dit que « la canicule tue » pour un ou des animaux, c’est très souvent du fait que celui-ci ou ceux-ci n’ont pas pu faire en sorte d’atténuer les effets de la chaleur environnementale. Dans les contextes fréquents qui nous intéressent ici, il y a eu empêchement, plus ou moins direct.
Par exemple, les travailleur·euses ne souffrent pas et ne meurent pas de la canicule. Ils et elles souffrent et meurent des conditions de travail qui leur sont imposées plus ou moins directement par l’encadrement ou la concurrence du marché. De même, nos aîné·es ne crèvent pas de la canicule, mais notamment du sous-financement chronique du système de santé et d’absence de lieux proches qui soient frais, ainsi que de de la faiblesse de certaines pensions.
Les radicaux iraient plus loin en affirmant que c’est avant tout causé par un système qui a cru et continue d’accroître la puissance et la fréquence des canicules. Cet angle n’est ici pas le nôtre.
Nous proposons d’ouvrir notre regard sur autre chose : les animaux non-humains sentients, ou zoo sentients. Comme les êtres humains, ils peuvent souffrir et ont donc un intérêt à ne pas se voir infliger de la souffrance, mais aussi à ne pas être tués contre leur gré. C’est pourquoi on dit qu’ils sont sentients. Pour les poules et les poulets, les vaches et les veaux, les cochons, les lapins, et d’autres animaux non humains, à peu près tout le monde reconnait la sentience, sans utiliser le mot.
Eux aussi se prennent la canicule. Certains sont sauvages et il est souvent plus difficile d’agir pour eux. D’autres sont domestiqués.
Bien que souvent enfermés, les animaux terrestres considérés comme compagnons, bénéficient en principe d’une certaine considération. Et c’est sans compter le nombre élevé d’abandons de ces derniers devenus ultra-dépendants des humains. Enfin, il y a ceux « dédiés » à l’alimentation, à l’habillement, aux cosmétiques, aux loisirs, etc.
Il est scientifiquement démontré depuis des décennies que nous n’avons pas besoin du moindre produit d’origine animale pour être en bonne santé à tous les âges de la vie, y compris pour les enfants, les femmes enceintes et les sportifs de haut niveau. Remplacer la viande, le poisson, les produits laitiers et les œufs, par des légumineuses : lentilles, haricots secs, pois secs, soja, notamment, ça coûte moins cher – les ersatz ne sont pas indispensables, tandis que la complémentation en vitamine B12 est peu coûteuse.
Nous savons qu’il existe des alternatives au cuir pour nos chaussures ou nos canapés. Nous savons que nous pouvons découvrir le vivant sans enfermer des zoo-sentients derrière des barreaux ou des vitres. Nous savons également que de nombreux cosmétiques peuvent être conçus sans produits d’origine zoo-sentiente ni expérimentation sur des zoo-sentients. Et ce ne sont là que quelques exemples.
Eux aussi crèvent de la chaleur que l’exploitation humaine leur fait subir. Mais canicule ou pas, il y a le plus souvent pour eux une mise à mort planifiée avant même la naissance, pour des produits et services dispensables. Nos « justifications » sont principalement la commodité et le plaisir. Le cas échéant, on consommerait des aliments animaux aussi peu que possible, en s’autorisant tout de même une marge de sécurité, aucune chaussure ne contiendrait du cuir ou tout autre produit d’origine zoosentiente, etc.
Souffrir et se faire tuer ne nous plait pas, il en est de même pour les zoosentients. Soyons justes : ne les exploitons pas, ne les tuons pas, et faisons en sorte d’en finir collectivement avec l’exploitation et la mise à mort volontaire des êtres sentients.
– Toulouse Anti-Cruauté
Photo de couverture : Montage / Unsplash
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Dans l’imaginaire collectif, une journée au zoo ou à l’aquarium représente la sortie familiale parfaite où les enfants peuvent s’émerveiller et découvrir la nature. Et pourtant, derrière ce tableau touchant se cache une réalité différente, celle d’un vivant en cage, privé de son environnement d’origine. [Temps de lecture estimé : ~ 6 min] Pas moins […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 6 min]
Pas moins de 24 millions de personnes visitent les parcs zoologiques français chaque année. Il s’agit donc d’une habitude largement ancrée dans les mœurs. À plusieurs égards, ne faudrait-il pas pour autant remettre en cause ce modèle où la biodiversité n’est plus qu’un objet de consommation comme un autre ?
Si l’on écoute les défenseurs de ces espaces, les zoos et les aquariums participeraient à la protection des animaux, à la sensibilisation du public et à la recherche scientifique. Plus loin, ils permettraient même la conservation des espèces par des programmes de reproduction ou de soin.
Malgré tout, face à ce discours, la réalité est plus limitée. D’abord, une grande partie des espèces détenues ne sont absolument pas menacées de disparition. En France, c’est le cas de deux tiers des bêtes dans les parcs. La logique première d’un zoo, dans son essence, est bien d’exhiber des créatures vivantes au regard des gens afin d’en tirer un bénéfice financier.
Certains animaux, tels les tigres, les pandas ou les éléphants, font d’ailleurs office de « stars » ; ils sont bien plus mis en avant que d’autres pour des raisons marketing. Utiliser la conservation comme argument pour justifier une activité basée sur l’exposition d’animaux a tout du greenwashing.
La réintroduction en milieu naturel est même relativement exceptionnelle en comparaison du nombre de bêtes en captivité. Ces rares réintroductions représentent plutôt une bonne excuse pour maintenir un business très lucratif (près de 400 millions d’euros par an en France), bien plus large. Le pourcentage des bénéfices octroyé à la conservation s’avère d’ailleurs dérisoire. Le zoo de Beauval, plus grand de France, n’y consacre, par exemple, que 1 % de son chiffre d’affaires.
Avant tout, les parcs demeurent des entreprises de loisirs dont le but reste de gagner beaucoup d’argent. Derrière les animaux, se cachent ainsi billetterie, restaurants, produits dérivés, boutique et animations.
En soi, vouloir protéger les animaux pourrait très bien être un objectif réel d’un parc de ce type. Toutefois, à quoi bon sauver un spécimen en cage si personne n’est capable de respecter et préserver son habitat naturel ?
Car la disparition des espèces est principalement due à la destruction des milieux, le dérèglement climatique ou encore l’exploitation industrielle. Et c’est bien l’humanité qui est directement responsable de cette sixième extinction de masse. Dans ce contexte, ce n’est pas déplacer quelques individus derrière une vitre, à l’abri des ravages de la civilisation, qui protégera nos écosystèmes.
Car si les animaux ont besoin d’être défendus, c’est bien pour maintenir un équilibre environnemental nécessaire à la survie de l’humanité. Recréer un milieu artificiel décorrélé de la nature ne fait donc pas reculer le problème.
Si les zoos et les aquariums ne sont pas une réponse à nos problèmes environnementaux, il devient alors beaucoup plus compliqué de justifier leur existence d’un point de vue éthique. Pour de nombreux êtres vivants, les études démontrent sans peine que la captivité nuit au bien-être de l’animal.
Certains poissons, mammifères et autres oiseaux sont habitués dans la nature à occuper de très grandes surfaces, voire à migrer sur plusieurs milliers de kilomètres. Privés de cette jouissance, certains animaux subissent des modifications physiques et comportementales. Leur santé peut alors se détériorer à cause du stress, allant parfois jusqu’à une dégradation du cerveau. Des mouvements répétitifs, des balancements et même des automutilations ont pu être observés.
Le manque d’espace n’est d’ailleurs pas le seul problème de la vie en captivité, puisque ces animaux sont aussi dépossédés du milieu pour lequel ils sont génétiquement programmés. L’exploration, la recherche de nourriture, les choix libres de trajectoires, et des interactions sociales complexes sont autant de comportements pour lesquels leurs espèces ont évolué et dont ils sont privés.
Parmi les arguments favoris des partisans des parcs animaliers, il existe la dimension pédagogique. Approcher de près des animaux permettrait de sensibiliser à la nature et engendrerait une volonté de la défendre.
L’idée de comprendre et apprendre à respecter les animaux est parfaitement louable et souhaitable. Et pourtant, ce genre de structure transmet un clair signal contre-productif : il serait normal de retenir captifs des êtres vivants pour les observer.
Le message est aussi clairement anthropocentré. L’être humain n’est plus une espèce animale appartenant à un tout, mais une entité supérieure qui aurait tous les droits sur le reste du vivant.
Pour les enfants, les animaux ne sont plus alors des membres d’un écosystème complexe, mais bien des individus soumis à la volonté humaine, transformés en simples objets de divertissement. On va ainsi voir des animaux, comme on va à Disneyland. Certains parcs, comme le Pal, n’hésitent d’ailleurs même pas à mélanger zoo et manèges. Les animaux ne sont plus là que pour amuser et piquer la curiosité, mais ils demeurent dans une position d’infériorité.
Bien conscients de la réalité de tous ces problèmes, plusieurs établissements tentent de rassurer les visiteurs en se prétendant plus modernes. Cette rhétorique du « changement » certifie que les espaces seraient plus adaptés, avec plus de normes de « bien être ».
Si certains centres font effectivement des efforts (autant pour la bonne publicité que pour répondre à ces enjeux), ils se heurteront toujours à des limites structurelles : un enclos restera un enclos et la captivité ne reproduira jamais les conditions de vie naturelles.
De fait, le problème n’est pas seulement la qualité des installations pour les animaux, mais bien le système de domination et d’exploitation imposé par l’être humain qui continue à se placer aux dessus des autres espèces.
À rebours des parcs, si l’on veut vraiment sensibiliser les jeunes générations, ne faudrait-il pas plutôt leur faire comprendre que la biodiversité représente un enjeu essentiel et que l’intelligence humaine ne lui confère pas tous les droits, mais au contraire, une grande responsabilité ?
Pour découvrir la faune, il existe des moyens beaucoup plus respectueux, comme les documentaires, les réserves naturelles, les sanctuaires, les sorties en milieu sauvage ou encore les associations de protection.
Rester à distances des spécimens exotiques en captivité, c’est aussi une bonne façon de rappeler que l’être humain n’a pas un privilège d’accès à tout et que les animaux vivent tous dans un habitat spécifique qu’il est indispensable de préserver. En ce sens, il est bien plus intéressant d’observer la faune locale, dans son habitat d’origine tout en apprenant à la comprendre et à la considérer.
En définitive, l’existence des parcs animaliers en dit long sur le rapport que l’être humain entretient avec l’environnement dans son ensemble. Et, si des sanctuaires destinés à soigner, sans but commercial, peuvent répondre à des cas d’urgence, il est surtout indispensable de garder à l’esprit que l’urgence va à la conservation des habitats naturels.
La meilleure façon d’interagir avec les animaux reste en effet de vivre en harmonie avec eux, en leur laissant l’espace de vivre, sans contrainte et sans intervention. Pour ce faire, il est primordial de ne plus les considérer comme des « bêtes curieuses », mais comme des membres à part entière d’un écosystème dont nous faisons également partie.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Parc Zoologique de Paris / WikimediaCommons
The post Faut-il renoncer aux zoos et aux aquariums ? first appeared on Mr Mondialisation.12.08.2026 à 06:00
Elena Meilune
Présenter l’immigration comme l’une des principales causes de la criminalité est devenu un argument central de l’extrême droite. Pourtant, les recherches en criminologie montrent que la délinquance ne s’explique pas par l’origine des individus, mais par un ensemble complexe de facteurs individuels, familiaux, scolaires et sociaux, eux-mêmes influencés par les conditions matérielles d’existence et les […]
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En 1993 déjà, une méta-analyse publiée dans Criminal Justice Review, rassemblant les résultats de 34 études, montrait que 97 % des 76 coefficients de corrélation entre les inégalités économiques et les crimes violents étaient positifs. Bien que publiée il y a plus de 30 ans, elle demeure une référence importante pour avoir systématiquement documenté le lien entre pauvreté, inégalités de revenus et criminalité violente. Les recherches plus récentes ont depuis cherché à mieux comprendre les mécanismes qui peuvent expliquer cette association.
Mais se concentrer sur les liens entre précarité et délinquance comporte aussi un angle mort : d’autres formes de criminalité et de violence, notamment celles qui s’exercent depuis des positions de pouvoir, sont beaucoup moins visibles.
Les inégalités économiques n’agissent pas uniquement de manière directe. Elles influencent également de nombreux facteurs qui, eux-mêmes, augmentent le risque de délinquance. Une vaste revue parapluie publiée en 2024 permet de dresser un état des connaissances particulièrement solide. Les auteurs ont synthétisé les résultats de 29 revues systématiques et méta-analyses, représentant plus de 800 études consacrées aux facteurs de risque de la délinquance chez les jeunes.
De cette analyse ressortent 11 facteurs bénéficiant des niveaux de preuve les plus élevés. Parmi eux figurent les troubles psychiques, les consommations de substances, les expériences adverses durant l’enfance, les mauvais traitements et la négligence, le manque de supervision parentale, des liens d’attachement fragiles, le harcèlement scolaire ainsi que la pression exercée par les pairs. À l’inverse, un environnement scolaire favorable apparaît comme un facteur protecteur.
Pris isolément, ces résultats pourraient donner l’impression que la criminalité s’explique avant tout par des caractéristiques individuelles ou familiales. Pourtant, ces facteurs s’inscrivent dans des trajectoires de vie façonnées par le contexte social.
Les recherches montrent que les enfants grandissant dans des situations de précarité sont davantage exposés à une accumulation de facteurs de risque. Une importante revue intégrative publiée en 2025 montre que la pauvreté façonne simultanément les environnements dans lesquels les enfants évoluent – le foyer, le quartier et l’école – en réduisant les ressources disponibles tout en augmentant l’exposition à de nombreux facteurs de stress sociaux et matériels.
Selon l’étude, la pauvreté entrave le développement émotionnel, comportemental, physique et cognitif des enfants. Les disparités de développement liées à la pauvreté s’accompagnent de taux plus élevés de troubles psychiques (qui à leur tour, sont un facteur de risque de la criminalité).
Au sein du foyer, la pauvreté est associée à davantage de stress parental, à des conditions de logement plus précaires, à une plus grande instabilité résidentielle ainsi qu’à un accès plus limité aux ressources éducatives et au soutien. Plusieurs revues montrent également que ces conditions favorisent un stress chronique susceptible d’altérer le développement cognitif, émotionnel et les fonctions exécutives de l’enfant.
Les recherches sur les effets de quartier aboutissent aux mêmes conclusions. Les quartiers les plus défavorisés concentrent davantage de pauvreté, de ségrégation résidentielle, de désorganisation sociale, de ressources institutionnelles limitées et de criminalité. Ces contextes influencent les interactions sociales, les opportunités éducatives, les réseaux de pairs et, plus largement, les trajectoires développementales des enfants et des adolescents, même si leurs effets restent variables selon les individus et les contextes.
Autrement dit, les conditions sociales créent des environnements où les facteurs de risque sont plus susceptibles d’apparaître, de s’accumuler et d’interagir entre eux. Les inégalités économiques ne constituent donc pas une cause unique de la criminalité mais elles augmentent l’exposition à de multiples expériences défavorables qui, combinées à d’autres facteurs individuels, familiaux ou scolaires, rendent le passage à l’acte plus probable.
Une étude publiée en 2024 s’est intéressée au concept de privation relative, c’est-à-dire au sentiment d’être désavantagé par rapport aux autres. Les résultats montrent que cette perception prédit aussi bien les atteintes aux biens que les comportements violents, indépendamment du revenu absolu.
Un résultat qui rappelle que les individus ne réagissent pas uniquement à leurs ressources matérielles, mais également à leur position sociale perçue. Les comparaisons avec les autres, le sentiment d’injustice ou d’exclusion et la visibilité des écarts de richesse influencent eux aussi certains comportements.
Une étude apporte un élément intéressant au regard des conditions sociales qui peuvent influencer la criminalité, en analysant les conséquences du Welfare Reform Act adopté au Royaume-Uni en 2012. Cette réforme a entraîné d’importantes réductions de prestations sociales, qui ont touché plus fortement les territoires déjà les plus défavorisés. Les résultats de l’étude montrent une hausse et une concentration accrue de la criminalité (tant violente que contre les biens) au sein des territoires les plus affectés par ce type de réformes.
Une vaste revue de littérature publiée en 2016 synthétise plusieurs décennies de recherches consacrées aux effets des quartiers défavorisés. Les auteurs montrent que les territoires concentrant les difficultés sociales présentent plus fréquemment des niveaux élevés de violence, de crimes violents dès l’adolescence, d’incarcération et de récidive. Mais leur principal apport réside dans l’identification des mécanismes qui relient ces contextes à la criminalité.
Ils mettent notamment en évidence les processus de désorganisation sociale, l’isolement institutionnel ainsi que la diminution des ressources collectives dans les quartiers les plus défavorisés. La concentration de la pauvreté affaiblit les liens familiaux et institutionnels, ce qui réduit la capacité collective à prévenir la criminalité.
Une étude publiée en 2025 explore quant à elle les mécanismes psychologiques et sociaux par lesquels le désavantage d’un quartier peut être associé aux comportements délinquants. Les auteurs montrent que le désavantage d’un quartier agit indirectement sur la délinquance en modifiant la manière dont les individus évaluent les risques, les coûts et les bénéfices associés au passage à l’acte.
Cette lecture de la criminalité comporte toutefois un risque : à force d’étudier la délinquance dans les milieux défavorisés, on peut oublier les violences qui s’exercent depuis les positions de pouvoir. Accidents du travail, maladies professionnelles, exposition aux pesticides, conditions de travail dangereuses, spéculation immobilière, démantèlement des services publics ou activités aggravant le dérèglement climatique peuvent produire des dommages considérables, parfois à l’échelle de millions de personnes.
Ces violences sont souvent diffuses, différées, difficiles à attribuer et parfois parfaitement légales. La question devient alors aussi celle de savoir quelles violences sont rendues visibles, lesquelles sont sanctionnées et lesquelles sont considérées comme relevant du fonctionnement normal de la société. Car ce qui est considéré comme criminel, ce qui est sanctionné ou ce qui est accepté socialement dépend des rapports de pouvoir et de ceux qui participent à définir les normes.
C’est précisément ce que permet d’éclairer la réflexion de l’évêque brésilien Helder Câmara sur les trois formes de violence qui peuvent s’enchaîner : la violence initiale d’un système injuste, la violence de celles et ceux qui se révoltent contre cette situation, puis la violence répressive de l’État qui cherche à maintenir l’ordre établi. Cette lecture invite à regarder au-delà de la seule violence directement visible et à interroger les conditions sociales et politiques qui la précèdent.
Depuis plusieurs décennies, des sociologues cherchent à comprendre comment les inégalités sociales influencent les trajectoires individuelles et peuvent favoriser certains comportements délinquants.
À la fin des années 1930, le sociologue américain Robert K. Merton développe la théorie de la tension (strain theory). Selon lui, les sociétés modernes valorisent des objectifs tels que la réussite économique, le statut social ou la consommation, mais tous les individus ne disposent pas des mêmes moyens légitimes pour les atteindre. Lorsque cet écart devient trop important, une tension apparaît. Certaines personnes peuvent alors être conduites à rechercher d’autres voies, parfois illégales, pour accéder à ces objectifs. Les structures sociales constituent ainsi une cause majeure de la criminalité.
Les travaux de Pierre Bourdieu prolongent cette réflexion en soulignant que les inégalités ne concernent pas uniquement les ressources économiques. Elles portent également sur l’accès au capital culturel, au capital social et aux différentes ressources qui permettent de réussir à l’école, de s’insérer professionnellement ou de développer des réseaux de soutien. Ces inégalités façonnent progressivement les trajectoires de vie, les aspirations, les possibilités d’action et les opportunités offertes aux individus.
À travers ce que Bourdieu nomme la violence symbolique, les hiérarchies sociales tendent à être intériorisées par ceux qui les subissent. Les difficultés scolaires, le sentiment d’illégitimité ou l’autocensure apparaissent alors comme les conséquences de rapports sociaux inégalitaires. Ces formes de domination contribuent à façonner les comportements criminels.
In fine, chercher les causes de la criminalité dans l’immigration sert en réalité un agenda raciste qui cherche à détourner le regard des véritables responsables : celles et ceux qui organisent la précarité. Fermer les frontières ne fera que précariser davantage celles et ceux qui les franchissent. A contrario, il est nécessaire de garantir un accueil, des droits et des conditions de vie qui permettent à chacun·e de vivre dignement.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Black bloc à Milan. 2015. Andrea Satta, CC BY 3.0. Wikimedia.
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