07.06.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. L’interdiction des sachets de nicotine entre en vigueur en France Depuis le 1er avril, la vente, la détention et l’usage des sachets de nicotine ainsi que d’autres produits oraux contenant de la nicotine sont […]
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Depuis le 1er avril, la vente, la détention et l’usage des sachets de nicotine ainsi que d’autres produits oraux contenant de la nicotine sont interdits en France. Les associations de lutte contre le tabagisme saluent une mesure destinée à limiter l’accès à des produits jugés particulièrement addictifs, notamment chez les jeunes. (franceinfo)
Une charte reconnaît désormais la rivière Wye, qui traverse le pays de Galles et l’Angleterre, comme un écosystème vivant doté de droits propres, notamment à la préservation de sa biodiversité et à la protection contre la pollution. Cette initiative, soutenue par plusieurs collectivités locales, intervient alors que la rivière fait face à une importante dégradation environnementale. (Oceanographic Magazine)
Une louve grise suivie par satellite a été détectée dans le parc national de Sequoia, une première connue depuis la disparition de l’espèce en Californie dans les années 1920. Les spécialistes y voient un signe du retour progressif des loups dans l’État après plusieurs décennies d’absence. (USA Today)
Des spécialistes estiment que le lynx pourrait s’installer durablement en Belgique dans les prochaines années, notamment en province de Liège, grâce à la proximité d’une population présente dans l’Eifel allemand. Les scientifiques considèrent ce possible retour comme un signe positif pour les écosystèmes forestiers et la biodiversité. (RTBF)
Un tribunal néerlandais a jugé que les chalutiers de fond ne peuvent plus opérer dans la partie néerlandaise du Dogger Bank sans autorisation et évaluation environnementale. Cette décision renforce les exigences de protection de cette aire marine protégée et pourrait avoir des répercussions sur la gestion des zones protégées à l’échelle européenne. (The European Times)
L’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution affirmant que les États peuvent être tenus responsables de politiques climatiques jugées insuffisantes au regard de leurs engagements. Bien que non contraignant, ce texte soutenu par 141 pays renforce la reconnaissance internationale des obligations climatiques des États. (Reporterre)
Selon une étude fondée sur les données de mobilité en France, la pratique actuelle du vélo permet déjà d’éviter près de 2 000 décès par an et plusieurs milliers de cas de maladies chroniques. Les chercheurs estiment qu’un report partiel des trajets courts en voiture vers le vélo renforcerait ces bénéfices tout en réduisant les émissions de CO₂. (The Conversation)
L’association Quota Climat et le média Les Surligneurs ont lancé la plateforme Droit à l’info pour détecter et vérifier rapidement les fausses informations susceptibles de circuler dans le débat public. La phase de lancement se concentrera pendant trois mois sur la désinformation climatique avant un élargissement à d’autres thématiques. (Vert)
Dans le Tarn, un cabinet médical itinérant propose des consultations de médecine générale et des soins dentaires dans plusieurs communes rurales. Présenté comme une réponse concrète aux difficultés d’accès aux soins, ce dispositif ne règle toutefois pas la question plus large de la répartition des professionnels de santé sur le territoire. (Alternatives Économiques)
Une étude menée sur 55 ans montre une baisse marquée de plusieurs PFAS, ou « polluants éternels », dans les œufs de fous de Bassan au Canada. Les chercheurs attribuent cette évolution aux restrictions et aux réglementations mises en place depuis les années 2000, tout en soulignant que ces substances persistent durablement dans l’environnement. (The Guardian)
– Mauricette Baelen
The post Nicotine, rivière Wye et loup gris : les 10 bonnes nouvelles de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.06.06.2026 à 06:00
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. La progression russe en Ukraine atteint son plus faible rythme depuis 2023 Selon Deep State, l’armée russe n’a gagné que 14 km² en mai 2026 malgré une hausse du nombre d’attaques. Les pertes […]
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Selon Deep State, l’armée russe n’a gagné que 14 km² en mai 2026 malgré une hausse du nombre d’attaques. Les pertes russes restent élevées, autour de 1 100 soldats tués ou blessés par jour. L’article souligne le rôle des drones et des frappes ukrainiennes dans ce ralentissement. (Le Grand Continent)
Les États membres de l’UE, le Parlement européen et la Commission se sont accordés sur une réforme des procédures d’éloignement des personnes en situation irrégulière. Le texte autorise notamment la création de centres de détention dans des pays tiers et élargit les possibilités de placement en rétention, y compris pour les familles et certains mineurs. Son adoption définitive doit encore être confirmée par un dernier vote. (L’Humanité)
Le tribunal judiciaire de Lyon a condamné la CPAM pour avoir refusé la prise en charge de soins à quatre personnes trans, dont une mineure. La justice a estimé que l’exigence d’un suivi médical de deux ans avant remboursement constituait une discrimination fondée sur l’identité de genre. Cette décision s’inscrit dans une série de condamnations similaires prononcées ces dernières années contre l’Assurance maladie. (Problematik)
En Colombie, le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella a remporté le premier tour de l’élection présidentielle avec 43,7 % des voix, devant le candidat de gauche Iván Cepeda (40,9 %). Les deux hommes s’affronteront au second tour le 21 juin. La gauche conteste par ailleurs certains résultats préliminaires du scrutin. (El Salto)
À l’occasion de la hausse du Smic de 2,41 %, l’économiste Gilles Raveaud défend une indexation générale des salaires sur l’inflation. Il estime que la crainte d’une « spirale prix-salaires » n’est pas confirmée par les études récentes et que cette mesure permettrait d’éviter de nouvelles pertes de pouvoir d’achat pour les salariés. (Politis)
Dix ans après la loi pénalisant les clients, une proposition de loi portée par la sénatrice écologiste Anne Souyris vise à décriminaliser le travail du sexe. Le texte, élaboré avec des personnes concernées et des associations, s’oppose à d’autres initiatives parlementaires défendant des approches plus répressives. (StreetPress)
Des avocats du barreau de Seine-Saint-Denis alertent sur des retards de paiement de l’aide juridictionnelle et sur le rejet fréquent de recours en urgence devant le tribunal administratif de Montreuil. Selon eux, ces difficultés compliquent l’accès à la justice des personnes les plus vulnérables, notamment en matière de droit au séjour et de logement. (StreetPress)
L’Organisation météorologique mondiale estime à 80 % la probabilité d’un retour du phénomène climatique El Niño à partir de cet été. Celui-ci pourrait entraîner une hausse supplémentaire des températures mondiales ainsi que des événements météorologiques extrêmes dans plusieurs régions du monde. (Vert)
Un rapport sénatorial estime que sur 100 euros dépensés en alimentation, seuls 8 reviennent aux agriculteurs contre 40 à la grande distribution. Les sénateurs dénoncent des pratiques de négociation jugées déséquilibrées et formulent plusieurs propositions pour mieux répartir la valeur au sein de la chaîne alimentaire. (La Relève et la Peste)
Le Collectif Les Morts de la Rue a rendu hommage aux 929 personnes sans domicile décédées en 2025, un chiffre en hausse par rapport à l’année précédente. L’association estime que cette augmentation reflète l’insuffisance des politiques d’hébergement et de logement destinées aux personnes les plus précaires. (L’Humanité)
– Mauricette Baelen
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Mr Mondialisation
L’initiative citoyenne « My Voice, My Choice » a été lancée en 2024 par un collectif d’associations féministes issues de l’Union européenne. Son objectif : défendre l’accès à l’avortement en toute sécurité pour toutes les citoyennes européennes. En récoltant plus d’un million de signatures, l’initiative a été présentée en décembre 2025 au Parlement européen, qui […]
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Le 26 février 2026, la Commission européenne a remis à son tour sa décision : les États membres peuvent désormais mobiliser des fonds européens pour prendre en charge les frais d’avortement de toute citoyenne européenne qui choisit leur pays pour y recourir.
Cette avancée représente une victoire pour le mouvement, bien qu’elle reste partielle. En effet, l’UE n’a pas créé, comme il avait été demandé, un fonds spécifiquement dédié à cette cause, alors même que le droit à l’avortement est menacé par la montée du conservatisme dans plusieurs pays européens.
L’Union européenne se pose souvent en défenseuse des droits humains – et pourtant, en son sein, les droits des femmes à disposer de leurs corps font encore face à de nombreux obstacles. Dans plusieurs États membres influencés par des pans de population ultraconservatrice, l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est loin d’être acquis : tantôt encadré par des délais particulièrement restrictifs, tantôt purement et simplement interdit à l’exception de conditions très limitées.
À Malte, l’avortement était totalement illégal jusqu’en 2023. Aujourd’hui, la législation demeure extrêmement restrictive puisqu’elle n’autorise l’avortement qu’en cas de danger mortel pour la mère ou de fœtus non viable. Plus encore, la femme enceinte doit obtenir l’accord préalable de trois médecins pour accéder à l’intervention, constituant ainsi un obstacle supplémentaire dans des situations qui peuvent pourtant s’avérer urgentes.
En Pologne, même son de cloche. L’IVG n’y est autorisée que si elle est la conséquence d’un viol ou d’un inceste, ou encore si la vie de la mère est en danger immédiat. Dans tous les autres cas, l’IVG est strictement illégale. La loi a même été durcie en 2021 : les malformations graves du fœtus, susceptibles d’entraîner sa mort à la naissance, ne constituent plus un motif légal.
Cette disposition concernait pourtant plus de 95% des avortements pratiqués jusqu’alors. Résultat : seuls 627 avortements légaux ont été recensés en 2025. Aider une femme à avorter en dehors de ces conditions est également considéré comme illégal et passible de trois ans de prison. En mars 2023, une militante a d’ailleurs été condamnée à des travaux d’intérêt général pour avoir envoyé des pilules abortives par la poste à une femme souhaitant interrompre sa grossesse.
Depuis quelques années, la Hongrie a durci sa législation sur l’avortement. Les femmes enceintes souhaitant recourir à l’IVG sont désormais dans l’obligation d’être confrontées aux « fonctions vitales » du fœtus en écoutant les battements de cœur. Elles doivent en outre passer par deux consultations médicales généralement destinées à les dissuader d’avorter.
En Italie, au Portugal ou encore en Slovaquie, les médecins peuvent se déclarer « objecteurs de conscience » et refuser de pratiquer des avortements. Ils sont nombreux à s’être revendiqués comme tels. En Italie, 60% des gynécologues ont adopté cette position. Dans certaines régions, cette proportion atteint 84%, voire la totalité du personnel médical de certains hôpitaux. Cette pénurie de praticiens contraint les habitantes à se rendre dans d’autres régions, ou à l’étranger, pour avorter.
Enfin, la question financière peut aussi constituer un obstacle pour certaines femmes souhaitant recourir à l’IVG. En Croatie, le coût d’un avortement peut atteindre 5 000 €.
Toutes ces difficultés forcent de nombreuses citoyennes européennes à avoir recours à l’IVG à l’étranger ou de manière clandestine, dans des conditions précaires mettant leur vie en danger.
C’est en réponse à ces manquements que la campagne « My Voice, My Choice » est née, initiée par l’Institut du 8 mars, ONG féministe slovène reconnue pour ses initiatives civiles. Forte de son expérience au niveau national, l’organisation a cherché à s’engager à l’échelle européenne par le biais du mécanisme de démocratie directe.
En avril 2024, en collaboration avec plusieurs organisations féministes issues de différents États membres, cette ONG a lancé My Voice, My Choice en tant qu’initiative citoyenne européenne (ICE). Ce mécanisme oblige le Parlement européen à examiner et à voter tout projet ayant réuni un million de signatures en moins d’un an.
Les organisations participantes ont alors relayé la campagne dans de nombreux pays membres et sur les réseaux sociaux. Elle a rapidement acquis une résonance mondiale, portée par des personnalités publiques telles que Mark Ruffalo ou Sophia Bush, permettant à l’ICE de récolter près de 1,12 million de signatures et d’être soumise au vote du Parlement européen.
En décembre 2025, l’initiative My Voice, My Choice franchit une étape décisive lorsque le Parlement européen adopte un texte reprenant les demandes de la pétition, résolution alors transmise à la Commission pour examen.
Le 26 février 2026, la Commission européenne rend à son tour sa décision : toute femme européenne pourra se rendre dans un autre pays de l’UE pour avorter avec l’aide d’un financement européen.
En pratique, et compte tenu des compétences limitées de l’UE en matière de santé publique, la Commission autorise ses États membres à mobiliser le Fonds social européen (FSE+) pour financer, en tant que pays d’accueil, le transport, l’hébergement et le suivi médical d’une citoyenne européenne souhaitant recourir à une interruption de grossesse.
Celle-ci précise que le FSE+ « peut appuyer l’action des États membres concernés, tout en les laissant libres de déterminer les modalités et les conditions d’accès d’un avortement légal et sans risque ». À la suite de cette décision, la leadeuse du mouvement, Nika Kovač, a déclaré :
« Ce qui est historique aujourd’hui, c’est que […] la Commission européenne affirme très clairement que les fonds de l’UE peuvent être utilisés pour garantir l’accès à l’avortement sécurisé, en particulier pour les femmes qui […] ne peuvent pas y avoir recours quelles que soient les circonstances. »
Les coordinatrices de l’initiative ont toutefois exprimé leur déception sur certaines demandes restées sans réponse. Le mouvement souhaitait en effet la mobilisation de ressources financières supplémentaires spécifiquement allouées à l’accès à l’IVG.
Cette victoire seulement partielle s’explique notamment par la volonté d’eurodéputés, principalement de gauche et du centre, de contourner les résistances des groupes conservateurs et d’extrême droite qui revendiquaient la compétence nationale sur les politiques de santé – dont l’accès à l’avortement relève selon eux.
Ces derniers ont, au cours de la campagne de My Voice, My Choice, multiplié les attaques nauséabondes contre le droit à l’avortement, brandissant des arguments traditionalistes et pro-vie et dénonçant ce qu’ils qualifient de « tourisme abortif ».
Au moment du vote au Parlement européen, des députés du groupe Fratelli d’Italia ont mené des actions anti-avortement, créant de vives tensions au sein du Parlement. Début février, le groupe d’extrême droite ECR (Conservateurs et Réformistes européens) a déployé une banderole anti-IVG au Parlement européen de Strasbourg, à l’initiative du député européen chypriote Geadis Geadi.
Quelques semaines à peine après la décision de la Commission d’ouvrir le FSE+ aux remboursements des frais d’avortement, le groupe ECR a continué l’offensive en déposant un amendement dans le cadre des orientations générales pour le budget 2027, suggérant que le fonds européen devrait se limiter à financer les services de santé tels que définis dans la directive sur les soins de santé transfrontaliers.
Ces attaques de l’extrême droite restent heureusement jusqu’ici sans écho. En effet, depuis lors, l’initiative My Voice, My Choice a été incluse dans les orientations budgétaires de l’UE pour 2027. Plus significatif encore, elle figure dans le rapport intermédiaire d’avril 2026 sur le prochain budget pluriannuel de l’UE, qui couvrira la période 2028-2034.
Ce rapport fait référence à la résolution votée suite à l’examen de l’ICE en rappelant que le Parlement européen « réaffirme que des ressources suffisantes devraient être consacrées à la lutte contre la violence sexiste et au soutien des services et de la santé sexuels et génésiques, des organisations de défense des droits des femmes ainsi que des initiatives et organes de l’Union qui favorisent une véritable égalité entre les citoyens, indépendamment de leur genre, de leur âge, de leur orientation sexuelle ou de leur origine ethnique […] ».
À cette occasion, le Parlement a demandé à la Commission européenne d’intégrer l’initiative dans le cadre financier pluriannuel, réitérant « sa demande d’un mécanisme de participation volontaire visant à apporter un soutien financier aux États membres pour leur permettre de garantir une interruption de grossesse en toute sécurité, conformément à leur droit national, à toute personne résidant dans l’Union qui n’a toujours pas accès à un avortement sûr et légal ».
Plus encourageant encore : les passages du texte relatifs à My Voice, My Choice ont recueilli un soutien massif parmi les députés, avec 435 voix pour et 135 contre, selon le mouvement.
Si la décision de la Commission européenne ne représente qu’une victoire partielle pour My Voice, My Choice, la campagne a néanmoins replacé les droits reproductifs au cœur du débat public. Le mouvement a permis de sensibiliser à un enjeu que beaucoup croient acquis dans nos pays, alors qu’il reste fragile même en Europe – comme en attestent les nombreux signalements envoyés à My Voice, My Choice sur ses réseaux sociaux.
La campagne adresse aussi un signal fort : les mobilisations citoyennes peuvent produire des résultats concrets.
Le chemin est encore long dans la lutte pour le droit des femmes à disposer de leurs corps. En ce qui concerne My Voice, My Choice, pour Nika Kovač, « La prochaine étape, maintenant, c’est de s’assurer que les femmes reçoivent bien ce soutien, en pratique » et de convaincre un maximum de pays membres d’avoir recours à ce mécanisme.
– Delphine de H.
Sources
Photo de couverture : My Voice, My Choice (page Facebook)
The post Union Européenne : vers un droit à l’avortement sûr et accessible pour toutes ? first appeared on Mr Mondialisation.04.06.2026 à 06:00
Elena Meilune
Pourquoi l’anxiété et la dépression sont-elles si fréquentes chez les personnes neurodivergentes ? Les recherches longitudinales récentes invitent à dépasser les explications purement biologiques pour penser des trajectoires évolutives, dans lesquelles prédispositions individuelles, expériences sociales et stress chronique s’alimentent mutuellement au fil du temps. [Temps de lecture estimé : ~ 10 min] Les précédents articles […]
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[Temps de lecture estimé : ~ 10 min]
Les précédents articles de ce dossier abordaient la pathologisation de la neurodivergence, l’exclusion sociale qui peut conduire au trauma complexe, et les coûts psychiques du camouflage social. Ce nouveau volet s’intéresse plus spécifiquement aux trajectoires anxieuses et dépressives observées chez les personnes neurodivergentes, plus particulièrement dans l’autisme et le TDAH.
De nombreuses études montrent des niveaux particulièrement élevés d’anxiété, de dépression et d’épuisement psychique dans ces populations, souvent dès l’enfance ou l’adolescence. Longtemps interprétées principalement comme des conséquences directes des particularités neurodéveloppementales, ces difficultés sont aujourd’hui étudiées de manière plus dynamique, à travers leurs évolutions dans le temps, leurs formes de chronicisation et le rôle des expériences sociales et relationnelles dans leur expression.
Une revue parapluie intégrant une méta-analyse des études individuelles, publiée fin avril 2026, constitue l’une des synthèses les plus larges disponibles sur la prévalence des troubles psychiques chez les enfants et adolescents neurodivergents.
Construite à partir de 33 revues systématiques portant sur 113 études individuelles et 14 608 participants âgés de 3 à 18 ans, elle examine la fréquence des troubles psychiques concomitants dans les troubles du neurodéveloppement tels que définis par le DSM-5, incluant le trouble du spectre autistique (TSA), le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), la déficience intellectuelle et les troubles spécifiques des apprentissages.
« 3 à 15 fois plus susceptibles de souffrir d’anxiété, de dépression ou de troubles du comportement »
Les écarts avec la population générale sont colossaux. D’après les études analysées, les enfants et adolescents ayant un TND sont 3 à 15 fois plus susceptibles de souffrir d’anxiété, de dépression ou de troubles du comportement que leurs pairs neurotypiques. Les estimations varient fortement selon les études, mais les données agrégées mettent en évidence une prévalence élevée d’anxiété et de dépression dans plusieurs catégories de troubles du neurodéveloppement.
En moyenne, selon les études analysées, 41,9 % des jeunes autistes présentent un trouble anxieux au moment de l’évaluation, et 48,5 % en ont déjà présenté un au cours de leur vie. Les troubles dépressifs concernent quant à eux 12,1 % des jeunes autistes lors de l’évaluation, tandis que 23,6 % ont déjà connu un épisode de trouble dépressif majeur.
Chez les jeunes ayant un TDAH, les troubles anxieux concernent près d’un tiers des participants, tandis que les troubles du comportement apparaissent particulièrement fréquents – notamment le trouble oppositionnel avec provocation, qui concerne 47,3 % des jeunes étudiés.
Des troubles psychiques concomitants sont également fréquemment observés chez les jeunes présentant une déficience intellectuelle ou des troubles spécifiques des apprentissages, mais les données disponibles restent plus limitées pour ces groupes.
Les auteurs insistent aussi sur l’importante hétérogénéité méthodologique des études disponibles. Une grande partie des recherches reposent sur des échantillons probablement peu représentatifs, et les résultats varient fortement selon les méthodes utilisées, les critères diagnostiques retenus ou les populations étudiées. L’autisme reste par ailleurs de loin le TND le plus étudié, suivi du TDAH, ce qui limite la généralisation de certains résultats à l’ensemble des personnes neurodivergentes, certains profils neurodéveloppementaux étant quasi-absents de la littérature scientifique.

Malgré ces limites, plusieurs tendances fortes ressortent de manière relativement constante dans les études, notamment des niveaux particulièrement élevés d’anxiété et de dépression observés dès l’enfance et l’adolescence dans plusieurs catégories diagnostiques neurodéveloppementales étudiées.
Au-delà de la prévalence des troubles, il est essentiel de se pencher sur leur apparition et leur évolution dans le temps. Les données longitudinales montrent que ces difficultés tendent à se renforcer progressivement, particulièrement à l’adolescence et au début de l’âge adulte.
La revue parapluie souligne d’ailleurs l’existence de « cycles auto-renforçants », dans lesquels des facteurs tels que l’isolement social, le harcèlement, la mauvaise estime de soi et les limitations de participation scolaire et sociale peuvent s’alimenter mutuellement avec l’anxiété et la dépression, avec des effets durables sur la qualité de vie.
« une relation bidirectionnelle entre anxiété et dépression »
Publiée en 2017, une méta-analyse de 66 études longitudinales portant sur plus de 88 000 participants, suggère une relation bidirectionnelle entre anxiété et dépression, chaque trouble prédisant l’autre dans le temps. Selon les auteurs, l’anxiété et la dépression fonctionnent fréquemment comme des facteurs de risque mutuels plutôt que comme des catégories totalement séparées.
Par ailleurs, plusieurs travaux suggèrent notamment que l’anxiété durant l’enfance constitue un facteur de risque important pour le développement ultérieur de symptômes dépressifs à l’adolescence.
Or, beaucoup de personnes neurodivergentes évoluent dans des contextes marqués très tôt par différentes formes de stress, notamment social et relationnel, avec des effets potentiels sur le développement de certaines régions cérébrales impliquées dans le traitement des émotions et les réponses au stress, comme le suggère notamment une étude publiée en 2025 dans Brain Structure & Function portant sur le stress précoce chez des enfants et adolescents autistes et TDAH.
On constate ainsi des dynamiques évolutives, construites dans l’interaction entre vulnérabilités biologiques, expériences sociales répétées et environnements durablement inadaptés, vecteurs de stress chronique, plutôt que des troubles strictement séparés et immuables.

Cette logique évolutive est notamment soulignée dans une revue systématique d’analyses longitudinales publiée en 2024 dans la revue Brain Sciences, qui rappelle que les trajectoires anxieuses et dépressives dans l’autisme restent extrêmement hétérogènes, mais que plusieurs facteurs sociaux et environnementaux apparaissent régulièrement associés à l’aggravation des symptômes au fil du temps.
Les symptômes précoces d’anxiété ou de dépression apparaissent souvent associés à un risque accru de difficultés psychiques ultérieures, suggérant des dynamiques cumulatives plutôt que des états indépendants et figés.
Une étude longitudinale publiée en 2022 dans Psychiatry Research, menée auprès de 4 492 jumeaux nés en Suède et évalués à 9 puis à 15 ans, a observé que les symptômes anxieux ou dépressifs apparaissant dès l’enfance étaient plus fréquemment associés à des troubles du neurodéveloppement, notamment l’autisme ou le TDAH, que ceux apparaissant principalement à l’adolescence. Les TND apparaissaient particulièrement fréquents chez les jeunes présentant des symptômes anxieux ou dépressifs persistants de l’enfance à l’adolescence.
Une autre étude de la même équipe, publiée la même année dans BMC Psychiatry, à partir des mêmes données longitudinales, nuance toutefois fortement l’idée d’une continuité simple entre neurodivergence et souffrance psychique ultérieure.

Les symptômes anxieux observés durant l’enfance apparaissent comme le principal prédicteur (parmi ceux étudiés) des difficultés internalisées à l’adolescence, tandis que les caractéristiques neurodéveloppementales infantiles n’en expliquent qu’une part relativement limitée. Au total, l’ensemble des facteurs étudiés ne rend compte que d’environ 16 % de la variance observée.
Les auteurs suggèrent ainsi que les troubles internalisés* observés à l’adolescence ne constituent pas simplement la prolongation mécanique de caractéristiques présentes dès l’enfance. Les manifestations psychiques semblent évoluer et se transformer au fil du développement, l’adolescence étant une période marquée par des dynamiques émotionnelles, relationnelles et sociales spécifiques – souvent dans des contextes d’exclusion, de surcharge, de stigmatisation et d’adaptation contrainte pour les personnes neurodivergentes.
Une vaste enquête américaine menée auprès d’adolescents autistes de 12 à 17 ans met aussi en évidence des niveaux élevés d’anxiété et de dépression, surtout en cas de cooccurrence avec un TDAH, et plus particulièrement chez les filles. Les auteurs soulignent le rôle du camouflage social, du harcèlement, de la stigmatisation et du manque d’inclusion dans l’aggravation des difficultés psychiques.
« le camouflage social constitue un prédicteur significatif de symptômes internalisés. »
Une étude publiée en 2023 dans Autism Research observe également que le camouflage social constitue un prédicteur significatif de symptômes internalisés chez les enfants et adolescents autistes.
De surcroît, une étude publiée en 2022 dans Autism suggère que les relations amicales jouent un rôle ambivalent dans la santé mentale des adolescent·es autistes. Globalement, des relations amicales positives apparaissent associées à moins de symptômes dépressifs, tandis que les relations conflictuelles sont liées à davantage de détresse psychique.
Toutefois, chez les filles autistes uniquement, des relations amicales perçues comme positives apparaissent aussi associées à des niveaux plus élevés d’anxiété, possiblement en lien avec les efforts de camouflage social et l’insécurité relationnelle.
*Les troubles internalisés désignent des difficultés psychiques principalement tournées vers la souffrance émotionnelle interne, comme l’anxiété, la dépression ou le retrait social. À l’inverse, les troubles externalisés se manifestent davantage par des comportements dirigés vers l’extérieur, comme l’impulsivité, l’agressivité ou l’opposition.
Une étude longitudinale publiée en 2023 dans Autism Research, portant sur des adultes autistes et des adultes présentant d’autres troubles du développement apporte un éclairage supplémentaire sur la chronicisation des difficultés psychiques. En suivant les mêmes participants entre le début de l’âge adulte et la vingtaine avancée, les chercheurs observent que l’anxiété et la dépression tendent à se maintenir dans le temps et à s’alimenter mutuellement.
Les analyses montrent notamment que des symptômes anxieux importants peuvent prédire des symptômes dépressifs ultérieurs, tandis que certaines données en auto-évaluation suggèrent également la dynamique inverse. Les auteurs décrivent ainsi des liens longitudinaux entre anxiété et dépression, avec des effets cumulatifs susceptibles de participer à la chronicisation des difficultés psychiques.
Les auteurs plaident ainsi pour des approches transdiagnostiques, moins centrées sur des catégories psychiatriques isolées, tout en rappelant le rôle probable des facteurs sociaux et relationnels dans les trajectoires de souffrance psychique des personnes neurodivergentes.
L’étude est également intéressante parce qu’elle ne réduit pas la santé mentale à la seule présence de symptômes psychiatriques. Les auteurs montrent notamment que l’anxiété et la dépression sont associées à des altérations importantes de certaines dimensions du bien-être psychologique, comme le sentiment d’avoir un but ou une direction dans la vie, l’acceptation de soi ou encore le sentiment de croissance personnelle.
Les symptômes dépressifs apparaissent particulièrement associés à une perte de sens et à une diminution de la capacité à se projeter dans l’avenir, tandis que l’anxiété et la dépression sont toutes deux liées à une moindre acceptation de soi.
Ces résultats font écho à d’autres travaux sur la manière dont l’anxiété et la dépression affectent durablement les représentations du futur. La souffrance psychique dépasse alors largement les seules manifestations cliniques observables. Elle transforme progressivement la perception des possibles, le rapport au temps, aux autres et à soi-même. Ces mécanismes peuvent eux-mêmes renforcer l’anxiété, le retrait social ou les états dépressifs, contribuant à des spirales de chronicisation dont il devient difficile de sortir.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Pexels
03.06.2026 à 06:00
Simon Verdiere
Absente du second tour depuis une éternité, la gauche fera-t-elle enfin son come-back à ce stade de l’élection présidentielle en 2027 ? Si la classe médiatique et sondagière déroule le tapis rouge au rassemblement national, il existe cependant des motifs d’espoir à un retour en force de cette mouvance politique. Face aux crises actuelles et au […]
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Face aux crises actuelles et au délitement du camp libéral, une gauche de rupture semble plus que jamais en position de s’inviter à la table des potentiels vainqueurs du scrutin présidentiel de l’an prochain. Contre l’extrême droite, elle devra mobiliser toutes ses forces pour l’emporter. Mr Mondialisation vous expose cinq raisons d’y croire.
En dix ans de macronisme, la France a été traversée par de multiples crises, qu’elles soient sociales, environnementales ou démocratiques. Or, ces trois enjeux représentent également des piliers programmatiques de la gauche de rupture.
Les feuilles de route du NFP et de la NUPES, largement inspirées de celle de la France insoumise, faisaient ainsi la part belle à la redistribution des richesses, la diminution du temps de travail, la retraite à 60 ans, ou encore l’augmentation des salaires. Autant de mesures capables de rassembler les Français. D’autant que le pouvoir d’achat reste la première préoccupation de la population.
L’urgence écologique pourrait aussi revenir dans la campagne présidentielle, tant les catastrophes environnementales, comme les canicules, les inondations ou les tempêtes se sont multipliées ces dernières années. Enfin, la sixième république et le renforcement des services publics pourraient également répondre à l’essoufflement des institutions et aux nombreuses cures d’austérité.
Les thématiques portées par la gauche, en particulier en matière de luttes pour les minorités, de féminisme ou encore d’écologie, touchent plus particulièrement les générations Y – nées entre le milieu des années 1980 et celui des années 1990 – et suivantes. Or, ce contingent ne cesse de croître avec l’évolution démographique naturelle.
En 2017 et 2022, La France insoumise avait d’ailleurs été plébiscitée par les 18-24 ans. Lors des dernières présidentielles, Jean-Luc Mélenchon avait, en outre, pris également la tête chez les 25-34 ans. À supposer que cette même tranche reste fidèle à ses engagements d’il y a cinq ans, cet électorat pourrait grossir.
En effet, la France voit, chaque année, environ 700 000 personnes obtenir leur majorité. Sur cinq ans, ce contingent représente donc pas moins de 3,5 millions de citoyens. De plus, une proportion presque similaire d’individus décèdent chaque année dans le pays. Or, la plupart de ces décès concernent des tranches d’âge élevé. Un phénomène au bénéfice de la gauche, puisque les seniors votent massivement à droite. Le facteur démographique dépendra cependant de la fidélisation des trentenaires et surtout de la mobilisation des plus jeunes.
Après bientôt dix ans à l’exécutif, la doctrine macroniste est plus que jamais à bout de souffle, même si les médias de milliardaires s’occupent de la soutenir ardemment,. Désavouées par le peuple, les velléités libérales n’ont définitivement plus la cote tant elles ont mis à mal les services publics, l’idéal démocratique, le pouvoir d’achat et l’environnement.
Ainsi, avec les potentielles candidatures d’Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann et peut-être même d’autres, comme François Hollande, cet espace politique sera plus que jamais fracturé, ce qui pourrait ouvrir un boulevard à Jean-Luc Mélenchon pour aller défier le RN. Pour éviter un troisième duel entre la droite et l’extrême droite, l’électorat de gauche pourrait donc massivement se mobiliser pour le candidat le mieux placé.
Par le passé, les projets dits de gauche, mais manquant de radicalité, ont parfois eu du mal à rassembler les électeurs. En 1981, c’est bien un plan de rupture qui avait fait gagner François Mitterrand. En 2012, François Hollande l’avait lui emporté plus par rejet de Nicolas Sarkozy que par enthousiasme programmatique. Son bilan l’avait d’ailleurs démontré.
À sa suite, il avait fallu reconstruire l’idée même de gauche, tombée en décrépitude. Un travail auquel s’est attelée la France insoumise d’abord épaulée par le PCF, ce qui avait permis d’obtenir 19 % à la présidentielle de 2017, puis 22 % en 2022.
Cette dynamique s’est encore confirmée par un triomphe idéologique, puisque l’ensemble de la gauche (et même le macronisme) reprend aujourd’hui des thèmes de l’avenir en commun. Cette victoire s’est d’ailleurs constatée au sein des programmes de la NUPES puis du NFP, largement inspiré du projet insoumis.
Cet élan ascendant pourrait bien se poursuivre grâce à cette radicalité, mais aussi cette clarté de mieux en mieux identifiée par l’électorat. En ce sens, la notoriété de Jean-Luc Mélenchon pourrait également lui offrir un bel atout d’incarnation, d’autant plus avec les bons résultats des municipales comme tremplin.
Même si l’ensemble des médias et des instituts sondagiers affirment aujourd’hui l’inverse, la volonté des Français d’éviter le Rassemblement National est bien présente. En témoigne d’ailleurs la victoire surprise du NFP lors des dernières législatives.
Si les enquêtes d’opinions, dont l’efficacité a largement été remise en question, certifient que le RN l’emporterait sans problème face à LFI, c’est en grande partie pour décourager les électeurs d’opter pour ce choix au premier tour, au profit d’un candidat plus libéral.
Pour autant, interroger une personne sur sa décision au second tour avant que celui-ci ne soit officialisé biaise forcément la réponse. Ainsi, un sympathisant d’Emmanuel Macron pourrait assurer s’abstenir dans un sondage entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mais dans la situation effective, face au risque du RN au pouvoir, beaucoup d’entre eux pourraient y réfléchir à deux fois.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Jean-Luc Mélenchon. Wikimedia.
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Elena Meilune
Des militants font irruption dans un théâtre, interrompent une émission devant un public familial et accusent Akim Omiri d’antisémitisme – une scène qui pourrait sembler surréaliste si elle n’était pas symptomatique d’une époque où les critiques d’un gouvernement génocidaire sont systématiquement renvoyées à une seule et même accusation. Celle qui dispense de débattre, parce que […]
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Le lundi 25 mai, l’enregistrement de La Riposte, l’émission animée par Akim Omiri sur Radio Nova, a été interrompu par d’un groupe de militants du collectif sioniste Nous Vivrons venus l’accuser d’antisémitisme. Plusieurs individus sont entrés de force dans le théâtre, ont filmé le public sans son consentement, malgré les protestations des spectateurs, et provoqué l’arrêt temporaire du tournage. Dans la salle se trouvaient des familles, des enfants, des spectateurs venus assister à une émission humoristique, pas à une opération d’intimidation politique.
Face à cette intrusion, Akim Omiri aurait pu refuser le dialogue et exiger l’évacuation des personnes venues interrompre l’émission. Il a choisi de faire l’inverse : donner la parole à la représentante du groupe, l’inviter à exposer publiquement ses reproches et lui répondre point par point, calmement, devant les caméras, en rendant l’intégralité de l’échange public pour que chacun puisse se faire sa propre opinion. Dans les jours qui ont suivi, il a publié une vidéo sur sa chaîne YouTube, revenant en détail sur chacune des accusations formulées contre lui.
Une accusation aussi grave, plus particulièrement lorsqu’elle vient dans un contexte d’irruption forcée dans un évènement privé, devrait a minima reposer sur des faits précis, des citations exactes. Une vraie démonstration, des arguments tangibles, et non des impressions, des sous-entendus ou des montages partiels.
À plusieurs reprises, Akim Omiri demande à ses accusateurs de citer des propos antisémites qu’il aurait tenus. À plusieurs reprises, les exemples avancés sont manifestement flous, approximatifs, tronqués, ou sortis de leur contexte.
Le simple fait d’évoquer la présence médiatique d’Arthur quand il faisait la promotion de son livre est présenté comme une référence au cliché antisémite du contrôle juif des médias. Une blague sur Ruth Elkrief est interprétée comme une attaque contre les juifs.
Le fait de citer Patrick Bruel parmi d’autres personnalités publiques est présenté comme la preuve d’une focalisation sur les juifs. Un sketch satirique mettant en scène un personnage volontairement complotiste est présenté comme l’expression des convictions de ses auteurs. À chaque fois, le contexte disparaît. À chaque fois, l’interprétation remplace la démonstration.
Si les accusations étaient aussi solides que leurs auteurs l’affirment, pourquoi ne pas avoir saisi la justice ? L’antisémitisme est un délit. Les tribunaux existent précisément pour traiter ce type d’affaires. Encore faut-il pouvoir présenter des faits précis.
Visiblement, il est plus simple de faire irruption dans un théâtre, d’interrompre une émission, d’effrayer des spectateurs – parmi lesquels, des enfants – et de lancer des accusations vagues devant un public venu assister à un spectacle. On peut difficilement imaginer meilleure illustration de la différence entre dénoncer et intimider.
Akim Omiri est l’une des rares personnalités médiatiques à assumer publiquement une critique frontale de la politique génocidaire menée par le gouvernement israélien et ce, malgré le risque que cela représente. Parce que depuis des années, celles et ceux qui osent dénoncer le massacre de dizaines de milliers de civils – dont des milliers d’enfants – sont constamment discrédités, poursuivis, accusés d’antisémitisme. Comme si critiquer les actions d’un gouvernement revenait automatiquement à attaquer un peuple ou une religion.
Pourtant, dès les débuts de l’émission La Riposte, Akim Omiri a rappelé qu’il condamnait l’antisémitisme et refusait l’amalgame entre les personnes juives et l’État d’Israël. Ce principe devrait pourtant faire consensus. Les juifs du monde entier ne sont pas responsables des crimes du gouvernement israélien.
Or une grande partie du débat public fonctionne aujourd’hui sur cette confusion permanente. Une confusion profondément dangereuse parce qu’elle contribue à entretenir l’idée que les juifs formeraient un bloc homogène partageant les mêmes opinions politiques, ce qui est une essentialisation raciste. C’est exactement le contraire de la réalité. De nombreuses personnes juives sont fermement opposées à la politique génocidaire de Netanyahu.
Si la lutte contre l’antisémitisme est évidemment une nécessité, elle ne peut être crédible que si elle combat les discours, les actes et les idéologies qui visent réellement les juifs en tant que juifs. Lorsqu’elle est mobilisée pour discréditer des opinions politiques, faire taire des critiques légitimes ou entretenir des amalgames, elle est détournée de sa raison d’être pour nourrir la haine même qu’elle combat.
Car lorsque tout devient antisémite, plus rien ne l’est vraiment. Les véritables discours de haine se retrouvent noyés dans un flot d’accusations lancées contre quiconque ose exprimer une opinion politique dissidente.
Akim Omiri est humoriste, pas politicien. Pourtant, l’énergie déployée pour le discréditer est phénoménale. Il fait constamment l’objet de campagnes de dénonciation, de polémiques médiatiques et d’accusations récurrentes sur les réseaux sociaux. Harcèlement et menaces font partie de son quotidien.
Quelques semaines avant l’interruption de La Riposte, des militants s’étaient déjà rassemblés devant le théâtre où était enregistrée l’émission pour dénoncer Akim Omiri et son équipe. L’intrusion récente n’est au final qu’une étape supplémentaire dans une campagne d’intimidation qui vise autant l’émission que son animateur, et qui se déplace aujourd’hui de l’espace public, vers l’intérieur même du lieu privé où se tient l’émission.
Une des explications de cette campagne d’intimidation tient au succès croissant de La Riposte : l’émission rencontre un public de plus en plus large grâce à sa critique frontale des puissants, des médias dominants et des responsables politiques. Cette audience nouvelle dérange nécessairement ceux qui préfèrent voir certains sujets rester hors du débat.
Akim Omiri est l’un des rares humoristes à avoir construit une audience importante tout en refusant de se plier au rôle que le paysage médiatique continue d’assigner à ceux qui n’ont pas le profil d’un homme blanc issu des milieux favorisés. En intervenant sur les questions de pouvoir, de politique étrangère, de médias et de démocratie, il occupe un espace qui dérange l’ordre établi.
Dans une société où le racisme est structurel et la liberté d’expression à géométrie variable, toutes les paroles ne bénéficient pas de la même légitimité. Certaines voix peuvent tout dire, d’autres doivent se justifier en permanence, non pas à cause de ce qu’elles disent réellement, mais en raison de qui elles sont et de qui elles osent critiquer.
Depuis toujours, les grandes figures de la satire ont dirigé leurs attaques vers les puissants : Coluche ou les Guignols n’ont pas marqué leur époque en choisissant les cibles les plus faciles, mais en tournant en dérision ceux qui détenaient le pouvoir politique, économique ou médiatique.
L’humour ne devient politiquement pertinent que lorsqu’il dérange ceux qui sont déjà en position de force, lorsqu’il révèle des contradictions, des privilèges ou des abus, pas lorsqu’il recycle les mêmes clichés sur celles et ceux qui servent déjà d’éternels boucs émissaires dans le débat public. Car l’humour oppressif ne demande aucune imagination. C’est le refuge des lâches sans idées.
Et pendant qu’on traque chez Akim Omiri des sous-entendus supposés à travers des interprétations bancales, des personnalités médiatiques et politiques tiennent régulièrement des propos explicitement violents à l’égard des minorités opprimées sans susciter une fraction de l’indignation déployée ici. Un décalage qui en dit long la manière dont certaines paroles sont surveillées, disséquées et suspectées davantage que d’autres.
En instrumentalisant la lutte contre l’antisémitisme pour faire taire toute critique d’un État ou de ses représentants, on ne protège plus des personnes contre la haine – on protège un pouvoir contre la contestation. La lutte contre l’antisémitisme ne peut avoir de sens que si elle s’inscrit dans une lutte cohérente contre toutes les formes de racisme – sinon elle perd de sa force et de sa légitimité, et finit par ressembler davantage à un instrument de tri politique qu’à une défense sincère des personnes visées par la haine.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Akim Omiri / partagée avec toutes autorisations
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