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23.06.2026 à 06:00

Thaïs d’Escufon : du racisme au validisme, la haine décomplexée

Elena Meilune

Visiblement, les condamnations et les poursuites successives pour son racisme et sa xénophobie ne lui ont pas suffi. Il a fallu que Thaïs d’Escufon s’en prenne également aux personnes en situation de handicap. En suggérant que certaines personnes seraient moins aptes que d’autres à exercer leurs droits fondamentaux, elle exhume une vision du monde qui […]

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Visiblement, les condamnations et les poursuites successives pour son racisme et sa xénophobie ne lui ont pas suffi. Il a fallu que Thaïs d’Escufon s’en prenne également aux personnes en situation de handicap. En suggérant que certaines personnes seraient moins aptes que d’autres à exercer leurs droits fondamentaux, elle exhume une vision du monde qui a nourri les pages les plus sombres de notre histoire.

Récemment, Thaïs d’Escufon s’est de nouveau illustrée par sa haine de la différence, avec des propos visant les personnes porteuses de trisomie 21 et, plus largement, une remise en cause du suffrage universel.

La militante d’extrême droite s’est notamment indignée du fait que sa voix « vaille autant que celle d’un trisomique », avant d’évoquer l’idée de conditionner le droit de vote à des critères de quotient intellectuel, remettant en cause un droit fondamental sur lequel repose la démocratie.

L’obsession du tri humain

L’idée de conditionner le droit de vote aux capacités intellectuelles n’est pas seulement antidémocratique, elle renvoie aux bases-même de la mouvance eugéniste et des horreurs auxquelles elle a conduit.

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, de nombreux responsables politiques, médecins et universitaires défendent l’idée qu’il existerait des individus « aptes » et d’autres « inaptes ». Les personnes handicapées, avec des troubles psychiatriques ou celles considérées comme « déficientes » sont alors perçues comme un problème social qu’il faudrait contrôler, corriger ou faire disparaître.

Des pays qui se prétendent « civilisés » – États-Unis, Canada, Suède, Japon, France – ont mis en œuvre des politiques de stérilisation forcée au nom de cette logique. En Allemagne nazie, au-delà des 400 000 stérilisations, la mécanique eugéniste atteint son aboutissement le plus meurtrier avec le programme Aktion T4 : une campagne d’extermination de dizaines de milliers de personnes handicapées, jugées « inutiles » ou « indignes de vivre ». Même après ces horreurs, des politiques de stérilisation contrainte se sont poursuivies dans de nombreux pays jusqu’à la fin du XXe siècle.

Décider, comme le fait Thaïs d’Escufon, que certains citoyens valent moins et devraient avoir moins de droits, c’est toujours ainsi que ça commence. Rarement ainsi que ça s’arrête.

Et rappelons-le, l’eugénisme n’est pas seulement une abomination éthique. C’est aussi une absurdité scientifique. La diversité humaine n’est pas une anomalie à éradiquer – c’est le fondement même de la survie de notre espèce. Vouloir la réduire au nom d’un idéal de pureté, c’est se tromper à la fois sur l’histoire et sur la biologie. Et sacrifier au passage ce qui nous reste d’humanité.

Le suffrage universel dans le viseur

C’est précisément pour empêcher cette hiérarchisation que le suffrage universel existe. Le droit de vote n’est pas une récompense accordée aux individus considérés comme suffisamment intelligents ou compétents. Il repose sur un principe fondamental : tous les citoyens sont égaux politiquement et doivent pouvoir participer aux décisions qui les concernent. Le principe même du suffrage universel est de refuser que l’accès à la citoyenneté dépende d’un niveau d’études, d’un patrimoine, d’une origine ou d’une capacité intellectuelle supposée.

Cette idée qui paraît aujourd’hui évidente a pourtant longtemps été combattue. Les femmes n’ont obtenu le droit de vote en France qu’en 1944. Elles aussi ont longtemps été considérées comme incapables de participer correctement à la vie démocratique.

Thaïs d’Escufon, le visage instagrammable du fascisme contemporain

Thaïs d’Escufon est une figure bien connue de l’extrême droite française. Ancienne porte-parole de Génération identitaire, mouvement dissous en 2021 par le gouvernement pour provocation à la haine et à la discrimination, elle s’est depuis reconvertie dans l’influence politique sur les réseaux sociaux.

Son discours repose largement sur les thématiques classiques de la mouvance identitaire : obsession migratoire, théorie du « grand remplacement », dénonciation d’un prétendu effondrement civilisationnel et désignation récurrente de boucs émissaires. Toujours la même mécanique, celle qui rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire : identifier un groupe, le présenter comme un danger, justifier son exclusion.

Quand une agression devient un discours raciste

Thaïs d’Escufon affirme avoir été victime d’une agression sexuelle commise par un homme qu’elle présente comme un migrant tunisien. Toute agression sexuelle doit être condamnée. Mais une expérience personnelle ne constitue pas la démonstration d’une vérité générale sur des millions de personnes. Si l’on appliquait cette logique, chacun pourrait prétendre tirer des conclusions sociologiques à partir de son seul vécu.

En décembre 2023, invitée sur BFM TV, Thaïs d’Escufon affirme que le principal danger pour les femmes, ce sont les hommes « immigrés africains, noirs et arabes ». Des propos qui lui valent une condamnation pour « injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation ou la race » en juin 2026.

Cette condamnation s’ajoute à un parcours déjà marqué par plusieurs démêlés judiciaires. En 2021, dans le cadre de l’opération anti-migrants « Mission Pyrénées » menée par Génération identitaire à la frontière franco-espagnole, elle comparaît pour injures publiques. Condamnée en première instance à deux mois de prison avec sursis, elle sera finalement relaxée en appel en 2022.

Son engagement au sein de Génération identitaire l’a également conduite à participer à l’intrusion violente menée dans les locaux de SOS Méditerranée à Marseille en 2018. Dans cette affaire, les condamnations des militants impliqués ont été confirmées en appel en 2026. L’opération visait une association de sauvetage en mer venant en aide aux personnes migrantes en Méditerranée.

Le plus ironique dans tout ceci, c’est qu’après avoir consacré une grande partie de son engagement politique à dénoncer les migrants et à présenter l’immigration comme une menace pour les sociétés européennes, Thaïs d’Escufon a récemment évoqué sa volonté d’immigrer elle-même dans un autre pays : 

« Je prévois potentiellement de m’expatrier, notamment à cause de tous les problèmes judiciaires que je rencontre. Je ne veux pas avoir de casier judiciaire parce que ça complique un petit peu ce genre de choses. Donc, si je peux faire reculer une condamnation au maximum, je le ferais jusqu’au bout. »

Ce que disent réellement les chiffres des violences sexuelles

Les violences sexuelles constituent un phénomène massif. Mais contrairement à l’imaginaire entretenu par l’extrême droite, les principaux agresseurs ne sont pas des individus issus de l’immigration. En France, les données disponibles montrent que l’immense majorité des victimes de viol ou de tentative de viol connaissent leur agresseur. Selon les chiffres officiels, cette proportion atteignait 91 % en 2017. Conjoints, ex-conjoints, membres de la famille, amis, collègues, voisins. La réalité des violences sexuelles ressemble rarement au fantasme du prédateur étranger surgissant dans une ruelle sombre. Le danger se trouve bien plus souvent dans l’entourage proche.

L’affaire Gisèle Pélicot a révélé l’existence de dizaines d’hommes ordinaires, issus de milieux sociaux variés, qui ont participé pendant des années à des viols organisés par son mari. Aucun lien avec la couleur de peau ou l’origine supposée.

Même constat avec Jeffrey Epstein aux États-Unis, ou avec les nombreuses affaires impliquant des personnalités publiques qui usent de leur pouvoir, de leur notoriété ou de leur position sociale pour se croire en droit sur le corps des femmes. Les violences sexuelles traversent l’ensemble de la société. Elles ne sont pas le monopole d’un groupe ethnique.

Prétendre le contraire permet seulement de détourner l’attention des véritables mécanismes des violences sexistes et sexuelles, et non de protéger les femmes. Mais l’extrême droite excelle dans la désignation de boucs émissaires chargés d’expliquer à eux seuls des phénomènes sociaux complexes et généralisés.

Un seul et même projet

Le racisme et le validisme reposent sur une même vision du monde : celle qui consiste à hiérarchiser les êtres humains, à les ranger dans des catégories et à leur attribuer une valeur différente selon ce qu’ils sont. C’est le cœur de toutes les idéologies d’exclusion. La base du fascisme. Certaines personnes compteraient davantage que d’autres. Certaines mériteraient plus de droits. D’autres moins.

La démocratie repose sur le principe inverse : les droits fondamentaux ne dépendent ni de l’origine, ni de la religion, ni du handicap. C’est précisément parce que les êtres humains sont différents qu’ils doivent être égaux devant la loi. Et c’est bien pour ça que l’extrême droite et l’extrême gauche ne sont pas comparables.

Elena Meilune

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22.06.2026 à 10:52

Derrière l’affaire Lyhanna, un système qui permet infanticide et violences sexuelles

Mr Mondialisation

Depuis le meurtre de la petite Lyhanna, une formule revient en boucle dans les médias et les discours politiques : celle d’un « dysfonctionnement » de la justice. Le terme semble évident. Des plaintes existaient. Des signalements avaient été effectués. Pourtant, rien n’aurait été fait à temps pour empêcher le drame. Mais ce terme « […]

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Texte intégral (1207 mots)

Depuis le meurtre de la petite Lyhanna, une formule revient en boucle dans les médias et les discours politiques : celle d’un « dysfonctionnement » de la justice. Le terme semble évident. Des plaintes existaient. Des signalements avaient été effectués. Pourtant, rien n’aurait été fait à temps pour empêcher le drame. Mais ce terme « dysfonctionnement » pose problème.

Parler de dysfonctionnement suppose qu’il s’agit d’une anomalie. D’une erreur exceptionnelle. D’un système qui fonctionne correctement la plupart du temps mais qui, dans ce cas précis, aurait connu une panne.

Or l’affaire Lyhanna soulève une autre question : et si le problème n’était pas une défaillance ponctuelle, mais le fonctionnement normal d’un système incapable de protéger efficacement les femmes et les enfants victimes de violences ?

Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas une priorité politique

Chaque gouvernement prétend faire de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles une priorité. En 2018, la loi Schiappa devait la renforcer. Pourtant, les résultats racontent une autre histoire.

Des milliers de victimes renoncent chaque année à porter plainte. En 2021, 24 d’entre elles renonçaient à passer la porte du commissariat. Parce que ça n’aurait servi à rien. Parmi celles qui franchissent cette étape pour des affaires de violences sexuelles, 86% voient leur dossier classé sans suite, 94% pour des affaires de viols. Les associations spécialisées dénoncent régulièrement le manque de moyens (et de formation) de la justice, de la police, de la protection de l’enfance et du secteur médico-social.

Le sort de Lyhanna s’inscrit dans ce contexte. Les informations rendues publiques indiquent que le principal suspect, Jérôme Barella, avait déjà fait l’objet de signalements et d’accusations avant le meurtre de l’enfant. Pourtant, aucune mesure n’a été mise en place pour empêcher le passage à l’acte.

La réaction politique a immédiatement consisté à rechercher des responsabilités individuelles : un magistrat, un enquêteur, un service particulier. Cette approche permet de désigner quelques coupables sans remettre en cause l’organisation générale du système.

Pourtant, lorsqu’un même phénomène se répète pendant des décennies, malgré les alertes des associations, des travailleurs sociaux, des chercheurs et même de nombreux magistrats, il devient difficile de parler d’accident. Un dysfonctionnement est exceptionnel. La répétition est un système.

L’impunité change de visage, pas de logique

Certaines affaires ont montré comment des hommes puissants pouvaient bénéficier de mécanismes de protection informels.

L’affaire Epstein est probablement l’exemple le plus spectaculaire. Pendant des années, des victimes ont dénoncé un système d’exploitation sexuelle impliquant des mineures. Malgré de nombreuses alertes, Jeffrey Epstein a bénéficié de traitements judiciaires particulièrement favorables avant que l’ampleur de l’affaire ne soit pleinement reconnue.

Les accusations visant Gérard Depardieu ont également ravivé le débat sur la difficulté de mettre en cause des personnalités influentes. Notoriété, soutien médiatique, réseaux professionnels : autant de facteurs susceptibles de retarder la prise en compte de la parole des victimes.

Mais réduire le problème aux seuls hommes puissants serait une erreur. Le sort tragique de Lyhanna démontre précisément l’inverse. Jérôme Barella n’est ni une célébrité, ni un milliardaire, ni une personnalité bénéficiant d’une influence nationale. Pourtant, là aussi, les alertes n’ont pas suffit.

L’impunité ne résulte donc pas uniquement du pouvoir social des agresseurs. Elle résulte également de la faiblesse des mécanismes de protection des victimes. Qu’il s’agisse d’un homme célèbre ou d’un inconnu vivant dans un quartier populaire, le résultat peut être le même : des signalements ignorés, des procédures interminables et des victimes laissées seules face à leurs agresseurs. La différence réside parfois dans les moyens utilisés pour échapper aux conséquences. Mais l’issue finale reste souvent identique.

Classements sans suite : une silenciation institutionnalisée

L’une des réalités les plus dérangeantes concerne l’écart entre le nombre de violences sexuelles signalées et les réponses judiciaires effectivement apportées.

Derrière les classements sans suite de la quasi-totalité des plaintes pour violences sexuelles se trouve des institutions libérales et structurées par la culture du viol : le type de preuves exigées ne correspond pas à la réalité de ce que sont les violences sexuelles, stéréotypes sexistes, manque de moyens, lacunes du droit pénal. Pour les victimes, le résultat est souvent le même : l’absence de procès et l’absence de condamnation. Autrement dit, une part considérable des violences dénoncées disparaît avant même d’atteindre un tribunal. Et dans l’imaginaire collectif, cela laisse supposer que le mise en cause serait innocenté.

Dans ce contexte, le meurtre de Lyhanna apparaît comme la conséquence prévisible d’un système qui rechigne structurellement à protéger les femmes et les enfants. Lorsque les mêmes mécanismes produisent les mêmes résultats année après année, malgré les alertes répétées des associations, des chercheurs et des professionnels de terrain, c’est un système d’infanticide et de féminicide qui est à l’œuvre. 

Combien d’autres vies seront broyées avant d’admettre que le problème vient de la machine elle-même, et qu’elle soit radicalement transformée ?

Florian Doare


Photo de couverture : Marche blanche pour Lyhanna

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21.06.2026 à 06:00

Sécheresse, réseaux et dépistage : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine. 1. Face à la sécheresse, le Plan Or Bleu fait de la prévention son principal atout Grâce à son Plan Or Bleu, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur mise sur l’anticipation, le stockage et une gestion durable […]

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Texte intégral (977 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne pas manquer cette semaine.

1. Face à la sécheresse, le Plan Or Bleu fait de la prévention son principal atout

Grâce à son Plan Or Bleu, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur mise sur l’anticipation, le stockage et une gestion durable de l’eau pour renforcer sa résilience face au changement climatique et limiter les risques de sécheresse. (Marcelle)

2. SEL et Accorderies : des réseaux qui favorisent les échanges sans argent

Les Systèmes d’échange locaux (SEL) et les Accorderies permettent d’échanger des services fondés sur le temps plutôt que sur l’argent, tout en renforçant les liens sociaux, la solidarité et l’expérimentation de modèles économiques alternatifs. (Revue Silence)

3. Le dépistage du cadmium est remboursé, mais réservé en priorité aux patients à risque

Depuis le 16 juin, le dépistage de la contamination au cadmium est remboursé sur ordonnance pour les personnes jugées surexposées, notamment en raison de leur lieu de résidence, tandis que les associations et certains médecins réclament un accès élargi à l’ensemble de la population. (Vert)

4. En Australie, une organisation autochtone rachète une vaste zone humide pour la protéger

Le Nari Nari Tribal Council a acquis une propriété de 33 000 hectares abritant la majeure partie du Great Cumbung Swamp, afin d’assurer sa conservation à long terme et de restaurer cet écosystème majeur pour la biodiversité et les espèces menacées. (Mongabay)

5. Lyon : quatre militants pro-palestiniens relaxés après une action de détournement publicitaire

Le tribunal correctionnel de Lyon a relaxé quatre activistes poursuivis pour une action de soutien à la Palestine, en annulant leur garde à vue pour vice de procédure, une décision saluée par les militants comme une victoire contre la répression des actions militantes. (La Relève et la Peste)

6. À Villetaneuse, un jardin partagé cultive l’entraide et l’écologie populaire

À Villetaneuse, un jardin partagé est devenu un lieu de solidarité, de distribution alimentaire, de transmission des savoirs et de mobilisation écologique, offrant aux habitants des quartiers populaires un espace d’émancipation et de lien social. (Reporterre)

7. En Chine, la mobilisation citoyenne suspend un projet d’autoroute menaçant une espèce en danger

La mobilisation de citoyens, de scientifiques et d’ornithologues a conduit les autorités chinoises à suspendre un projet d’autoroute qui traversait l’habitat du bécasseau spatule, une espèce en danger critique d’extinction, en attendant l’étude d’itinéraires alternatifs. (Sixth Tone)

8. Le Sri Lanka renforce sa lutte contre le plastique à usage unique

Le Sri Lanka interdit désormais les bouteilles d’eau en plastique à usage unique lors des événements publics et impose un paiement pour les sacs plastiques, afin de réduire une pollution dont seule une faible part est aujourd’hui recyclée. (Mongabay)

9. Cadmium : les députés votent un durcissement des normes pour protéger la santé publique

L’Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à réduire rapidement la teneur en cadmium des engrais phosphatés, contre l’avis du gouvernement, afin de limiter l’exposition de la population à ce métal lourd toxique présent dans les sols et l’alimentation. (Le Monde)

10. Portland interdit le foie gras issu du gavage pour lutter contre la maltraitance animale

Le conseil municipal de Portland a voté l’interdiction de la vente de foie gras produit par gavage, rejoignant plusieurs villes américaines qui dénoncent une pratique jugée cruelle pour les canards et les oies et renforcent la protection du bien-être animal. (World Animal News)

* Visuel de couverture : Unsplash

– Mauricette Baelen

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20.06.2026 à 06:00

Coupe du monde, G7 et prince : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Coupe du monde 2026 : des militants dénoncent la gentrification et les expulsions Des associations aux États-Unis, au Canada et au Mexique alertent sur les déplacements de populations, la hausse des loyers et le […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Coupe du monde 2026 : des militants dénoncent la gentrification et les expulsions

Des associations aux États-Unis, au Canada et au Mexique alertent sur les déplacements de populations, la hausse des loyers et le renforcement des politiques sécuritaires liés à l’organisation de la Coupe du monde de football 2026. (Agência Pública)

2. G7 d’Évian : le climat relégué au second plan face à Donald Trump

Plusieurs ONG dénoncent l’absence des enjeux climatiques, de justice sociale et de sortie des énergies fossiles à l’agenda du G7, accusant la France et ses partenaires de privilégier l’apaisement avec Donald Trump au détriment de leurs engagements. (Reporterre)

3. Norvège : le fils de la princesse héritière condamné à quatre ans de prison

Marius Borg Høiby, fils de la princesse héritière Mette-Marit, a été condamné à quatre ans de prison après avoir été reconnu coupable de deux viols, de violences conjugales et de plusieurs autres infractions, dans une affaire qui ébranle la monarchie norvégienne. (The Guardian)

4. BlackCore : une fausse ONG pro-palestinienne liée à une campagne de désinformation

Une enquête de Libération et Haaretz révèle qu’une fausse ONG d’aide à la Palestine, relayée par des faux comptes sur les réseaux sociaux, serait liée à BlackCore, l’entité soupçonnée d’avoir orchestré une campagne de désinformation visant des candidats de La France insoumise. (Libération)

5. Mois des fiertés : les droits des personnes LGBTQI+ sous pression dans plusieurs pays

Du Ghana à la Turquie en passant par les États-Unis, les personnes LGBTQI+ font face à une recrudescence des lois restrictives, de la répression et des annulations de marches des fiertés, malgré la poursuite des mobilisations pour l’égalité. (Portail des médias indépendants)

6. En Espagne, une régularisation massive redonne des droits à des centaines de milliers de migrants

Portée par une mobilisation citoyenne et associative, la régularisation exceptionnelle engagée par le gouvernement espagnol pourrait bénéficier à près de 500 000 personnes, avec des effets attendus sur leurs droits, l’emploi et l’économie. (Frustration Magazine)

7. Violences sexuelles sur les enfants : la Ciivise dénonce l’inaction de l’État

Dans un rapport remis au gouvernement, la Ciivise estime que seules 3 des 17 mesures d’urgence proposées en 2023 ont été appliquées, pointant un manque d’action persistant dans la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. (Mediapart)

8. Un an après #MeTooPolice, le débat progresse mais les réformes tardent

Un an après l’enquête #MeTooPolice, qui a recensé 429 victimes de violences sexuelles commises par des policiers et gendarmes, le sujet a gagné en visibilité politique et médiatique, mais les réformes institutionnelles et les sanctions restent limitées. (Rembobine)

9. Limiter les vols à deux allers-retours par an pourrait réduire fortement les émissions

Selon une étude du Forum Vies Mobiles, limiter chaque personne à deux voyages aller-retour en avion par an (hors déplacements professionnels) permettrait de réduire le trafic aérien de 24 %, en ciblant les 10 % de voyageurs les plus fréquents, responsables de l’essentiel des émissions. (Reporterre)

10. Un millier d’acteurs de la musique appellent à résister à l’extrême droite

Plus de 1 000 artistes et professionnels de la musique lancent un appel en faveur d’une culture libre, diverse et coopérative, dénonçant la concentration de l’industrie culturelle et les menaces que ferait peser l’extrême droite sur la liberté de création. (Politis)

11. Accord États-Unis-Iran : un cessez-le-feu aux concessions limitées

L’accord conclu entre Washington et Téhéran prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, un cessez-le-feu et des allègements économiques, mais reporte les négociations sur le programme nucléaire iranien, laissant en suspens les principaux points de désaccord. (Courrier international)

* Visuel de couverture : Unsplash

– Mauricette Baelen

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19.06.2026 à 06:00

Ouvrir toujours plus de mines est une folie environnementale

Simon Verdiere

La course aux minerais, et en particulier aux métaux dits « critiques », ne semble pas pouvoir s’arrêter tant la civilisation thermo-industrielle s’en est rendue dépendante. Pourtant, à mesure que les gisements s’épuisent, le coût écologique de leur extraction ne cesse d’augmenter. En plus de leur coût social – les mines étant la première cause […]

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La course aux minerais, et en particulier aux métaux dits « critiques », ne semble pas pouvoir s’arrêter tant la civilisation thermo-industrielle s’en est rendue dépendante. Pourtant, à mesure que les gisements s’épuisent, le coût écologique de leur extraction ne cesse d’augmenter. En plus de leur coût social – les mines étant la première cause de meurtre des militants écologistes -, les dégâts considérables causés par ces activités sur l’environnement sont aujourd’hui largement documentés. Retour sur ce décryptage toujours d’actualité.

[Article initialement publié le 9 décembre 2022, mis à jour le 19 juin 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 6 min]

En invoquant une industrie minière occidentale supposément plus « propre » que celle des pays du Sud global, les gouvernements européens cherchent à relancer l’ouverture de sites extractifs sur leur territoire. Une stratégie renforcée depuis l’adoption du Critical Raw Materials Act (2024), qui vise à sécuriser l’approvisionnement en ressources stratégiques. Ces projets déplacent les impacts sans les réduire et s’accompagnent souvent d’un déficit démocratique.

Pollutions en cascade

Une exploitation minière entraîne systématiquement des dommages environnementaux majeurs. C’est d’abord une pollution de l’air due aux machines utilisées, mais également aux particules libérées par le déroulement des opérations. Parmi elles figurent des substances toxiques comme le plomb, l’arsenic ou le cadmium, dont l’inhalation est associée à de graves pathologies. À cela s’ajoutent des conditions de travail souvent dégradées dans de nombreuses régions du monde.

Les impacts sur l’eau sont tout aussi préoccupants. Non seulement les activités minières peuvent gravement contaminer les milieux aquatiques aux métaux lourds, mais elles participent également à l’érosion des sols, à l’acidification des sources et à la dégradation des nappes phréatiques.

Un nouveau front extractiviste suscite ces dernières années de vives inquiétudes : l’exploitation minière des fonds marins (deep sea mining). Alors que la recherche appelle fermement au devoir de précaution, des projets avancent sous pression industrielle. Pendant ce temps, ces écosystèmes, encore largement méconnus, mettent des milliers voire des millions d’années à se constituer – et pourraient être détruits en quelques décennies.

Un désastre environnemental

Ces pollutions ont des conséquences sur les quatre principaux enjeux environnementaux de notre siècle.

Elle dégrade d’abord les terres, jusqu’à les rendre infertiles et instables sur le long terme. Elle perturbe ensuite le cycle de l’eau et met donc en danger les sources potables, ce qui est particulièrement dramatique dans les pays arides. Par ailleurs, cette industrie est extrêmement gourmande en eau : selon certaines estimations, elle rivalise avec les usages de grandes puissances industrielles telles que les États-Unis.

Les conséquences sur la biodiversité sont également massives. Des grands mammifères aux micro-organismes du sol, de nombreuses espèces voient leur habitat détruit ou fragmenté.

Enfin, le secteur minier contribue au dérèglement climatique, à la fois par sa forte intensité énergétique et par la libération de carbone stocké dans les sols lors des excavations.

Relocalisation et « mines vertes » : un récit contesté

Face aux critiques, les industriels et certains responsables politiques n’hésitent pas à user du greenwashing et mettre en avant l’idée de « mines responsables » ou « durables », relocalisées en Europe, dans une logique de souveraineté industrielle.

Pourtant, cette promesse se heurte à plusieurs réalités. Même encadrée, l’activité minière reste intrinsèquement destructrice. Par ailleurs, l’histoire minière européenne – y compris en France – a laissé de nombreux passifs environnementaux encore mal gérés : pollutions persistantes, sites abandonnés, coûts de dépollution supportés par la collectivité. Pour approfondir le revers de la transition énergétique, notre article sur la crise des minerais est à consulter.

En Belgique, les « DoMineurs » face aux lobbies et au déni démocratique

Face à ces enjeux, le collectif citoyen belge « DoMineurs » mène la lutte contre les mensonges des industriels qui tentent de s’installer dans le plat pays. Il note d’ailleurs qu’il est « totalement illusoire de croire que le fait d’ouvrir des mines ici va en fermer là-bas ».

DoMineurs Belgique Tribune : Pour une démocratisation immédiate de la question minière en Belgique

L’association est, en outre, particulièrement inquiète de la rédaction d’un nouveau code minier pour la Belgique, à propos duquel elle a publié une Tribune citoyenne et explicative dans le média Le Soir : Pour une démocratisation immédiate de la question minière en Belgique. Et pour cause, ce dit code pourrait potentiellement élargir les pouvoirs des exploitations contre les droits du vivant et entraîner un véritable massacre environnemental.

Elle réclame par ailleurs « une information transparente sur la question de la relance minière ainsi qu’une concertation citoyenne la plus large et médiatisée possible ». Il faut dire que les riverains des exploitations de ce type ne sont jamais consultés et que les États pourraient passer en force, contre l’avis des peuples, ou en profitant simplement d’un climat de désinformation sur le sujet, dont l’aspect trop technique ou scientifique est souvent cultivé par ceux qui ont à y gagner.

Une fois de plus, les gouvernements européens ne semblent qu’obéir aux directives de l’Union européenne. En septembre 2022, le vice-président de la commission Maroš Šefčovič paraphrasait même Margaret Thatcher en assurant qu’il « n’y a pas d’alternative » à l’industrie minière en Europe.

Une dépendance structurelle

Pour appuyer son propos sur la nécessité d’ouvrir des mines, le diplomate slovaque a décrit une économie « décarbonée et numérique » à laquelle nous « aspirons tous ». Si effectivement on ne peut que souhaiter une société qui atteint la neutralité carbone, on peut, en revanche, très largement remettre en cause notre modèle actuel.

Cette vision repose sur un paradoxe majeur : la transition actuelle reste fortement dépendante de ressources finies. Énergies renouvelables, véhicules électriques, infrastructures numériques – tous nécessitent des quantités importantes de minerais.

La dépendance aux métaux ne cesse ainsi de croître, alors même que les gisements s’appauvrissent. Les coûts énergétiques, environnementaux et sociaux de l’extraction augmentent en conséquence.

Contrairement à l’idée de « dématérialisation », le numérique repose sur une infrastructure matérielle lourde : serveurs, câbles, antennes, centres de données.

Quelles solutions ?

Face à ces constats, une bifurcation apparaît nécessaire. Selon Aurore Stéphant, ingénieure spécialisée dans l’étude des mines, il faut ériger en priorité la « diminution drastique de la consommation métallique dans tous les secteurs possibles ». Autrement dit, il est urgent de se passer de cette ressource partout où on le peut.

Pour elle, le recyclage, bien qu’utile, ne représente pas une solution d’envergure et ne doit être envisagé qu’en « dernier recours » notamment en raison des pertes et de la complexité des matériaux. De plus, il importe sans doute de revoir nos rapports aux objets en cessant d’en jeter et en racheter constamment.

Les États devraient, de ce fait, lutter plus ardemment contre l’obsolescence programmée et promouvoir la réparation, la durabilité, l’allongement de la durée de vie des objets et la réduction des usages superflus, notamment dans le numérique.

Plus largement, c’est toute une société qui doit être repensée. Mais passer de la surenchère technologique permanente qui nous est vendue aujourd’hui par le capitalisme, à un monde basé sur la low-tech risque de devenir de plus en plus difficile à accepter tant on s’évertue à entretenir un mirage.

Et pourtant, rien n’y fera, une croissance infinie sur une planète aux ressources limitées demeure non seulement une illusion mais aussi une impossibilité physique.

– Simon Verdière, mise à jour par Mara Pron


Photo de couverture : Montage Mr Mondialisation à partir de @Photothèque-Greenpeace/Flickr

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18.06.2026 à 06:00

Crise du logement : 5 menaces qui pèsent sur la France

Simon Verdiere

Avec les multiples troubles économiques subis par le pays et l’inflation toujours élevée, la crise du logement n’a pas fini de faire parler d’elle. Entre dimensions environnementale et sociale, elle pourrait bien devenir l’un des principaux enjeux des prochaines années en France. Tour d’horizon de ses composantes majeures. [Article initialement publié le 15 octobre 2022, […]

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Texte intégral (2725 mots)

Avec les multiples troubles économiques subis par le pays et l’inflation toujours élevée, la crise du logement n’a pas fini de faire parler d’elle. Entre dimensions environnementale et sociale, elle pourrait bien devenir l’un des principaux enjeux des prochaines années en France. Tour d’horizon de ses composantes majeures.

[Article initialement publié le 15 octobre 2022, mis à jour le 18 juin 2025 | Temps de lecture estimé : ~ 7 min]

1) Les passoires et bouilloires thermiques

À chaque hiver, la question des passoires thermiques revient inévitablement sur le devant de la scène. La France compte encore 7,2 millions d’habitations peu ou pas isolées, dont 5,2 millions de résidences principales, ce qui représente environ 17% du parc immobilier. Le reste correspond à des résidences secondaires (environ 1,2 million) et à des logements vacants (environ 800 000).

Si cette contrainte occasionne évidemment un inconfort certain, aussi bien par grand froid qu’en période de canicule, elle signifie également un coût financier important. Selon une étude de 2020, les ménages occupant une passoire thermique débourseraient entre 600 € et 1400 € par an de plus que si leur demeure était rénovée. Nul doute, d’ailleurs, que ce coût a encore progressé avec l’explosion du prix de l’énergie de ces dernières années. 

Vivre dans un logement mal chauffé peut, de même, entraîner un risque pour la santé. Un  logement sous la barre des 18°C met déjà en danger les plus fragiles, notamment les seniors. À 16°C, il existe une menace psychologique et respiratoire, à 12°C c’est une exposition à des dysfonctionnements cardiovasculaires et à 6°C pointe l’hypothermie.  

Et bien sûr, une température constamment trop basse augmente les chances de tomber malade. Selon une autre étude, du Ministère de la Transition Énergétique lui-même, mettre fin aux passoires thermiques et bouilloires énergétiques permettrait de réaliser une économie annuelle de 10 milliards d’euros à la sécurité sociale. Ce type de logement engendre également une certaine forme d’exclusion. En effet, beaucoup de Français souffrent de honte à l’idée d’inviter des amis ou des voisins dans de telles conditions. 

Enfin, les passoires thermiques provoquent évidemment un désastre écologique. Rien qu’en France, celles-ci seraient responsables de pas moins de 6 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année. Pour arriver à un parc immobilier à zéro émission de gaz à effet de serre d’ici 2050 en France, la rénovation d’environ 700 000 logements par an s’impose.

Or, on est très loin du compte avec le rythme actuel puisque l’hexagone effectue le minimum requis sur à peine 40 000 habitations par an. Il faut dire que les travaux nécessaires coûteraient pas moins de 30 milliards d’euros par an ; un investissement que l’État ne semble pas prêt à réaliser pour l’instant, malgré les bénéfices d’une autre nature qui en découleraient.  

2) Le mal-logement 

Il va souvent de pair avec les passoires thermiques ; le manque de confort de base toucherait plus de 2 millions de personnes selon la Fondation pour le Logement des Défavorisés. Dans les logements concernés, fait défaut au moins un élément fondamental, comme l’eau chaude, le chauffage, une salle de bains, ou encore une installation électrique sécurisée.

160 000 d’entre eux sont même sous le coup d’un arrêt d’insalubrité d’après l’INSEE. Ce chiffre ne prend évidemment en compte que les logements signalés. Or, un certain nombre d’habitats non conformes ne sont pas dénoncés par leurs occupants.  D’abord, parce qu’ils en sont eux-mêmes les propriétaires et n’ont pas les moyens de les  rénover.

Les locataires, ensuite, n’osent pas toujours déclencher des démarches, surtout lorsqu’ils traversent une situation délicate qui leur fait craindre la rue. Enfin, il se peut également que le résidant n’ait tout simplement pas conscience d’avoir affaire à un marchand de sommeil, comme c’est parfois le cas pour des étudiants étrangers.

Il y a également un mal-logement systémique, souvent invisible car hérité de dizaines d’années de politiques d’urbanisation, auquelle la population s’est habituée, comme à une évidence. Qui connaît véritablement l’histoire récente des constructions de bâtiments en banlieue parisienne ? C’est pourtant, en creusant un peu, la source d’une injustice réelle : des immeubles en kit, connu pour être « friables », de très mauvaise qualité, et impossibles à rénover, ont permis de concentrer des populations pauvres à un même endroit, rapidement.

L’État et certains médias n’ont pas hésité à tenir les habitants responsables du délabrement de leurs locaux, afin de ne pas avoir – la plupart du temps – à y remédier. C’est pourtant l’insalubrité programmée de ces lieux qui, à force, aura davantage découragé leur entretien par leurs occupants dévalorisés.

Les plus précaires, qui ont beaucoup de mal à trouver un logement, peuvent donc avoir peur d’avertir les autorités, d’autant plus s’ils ne sont pas à jour de tous leurs paiements de loyer. Pire encore, quelques propriétaires peu scrupuleux peuvent profiter de la situation illégale de certains immigrés… Pour finir, il est possible de noter également le problème de certaines résidences universitaires régulièrement décriées pour leur état déplorable. 

Par ailleurs, 934 000 personnes manqueraient d’espace dans leur logement. Selon l’INSEE, une habitation est dite « surpeuplée » dès lors qu’elle n’est pas dotée d’au moins une pièce de vie, d’une chambre pour un couple, et d’une chambre pour deux enfants du même sexe ou de moins de 7 ans (sinon une chambre par occupant supplémentaire). Cette promiscuité a d’ailleurs été particulièrement ressentie par certaines familles lors des confinements imposés par la crise du COVID-19. 

Mais le cas le plus grave reste celui des personnes ne disposant tout simplement pas de toit. Dans ce contexte, 643 000 résidants français sont hébergés par  des tiers et près de 50 000 individus séjournent en foyer où à l’hôtel. Enfin, 300 000  personnes vivent encore la rue, et ce malgré les promesses d’Emmanuel Macron de mettre fin au sans-abrisme en 2017. 

3) Le coût financier 

D’année en année, la part du budget des ménages consacrée au logement ne cesse d’augmenter. À l’aube des années 60, elle s’élevait à peine à 12 %, en 2021, elle avait franchi les 34 %. Il n’a, en effet, échappé à personne que les loyers gonflent sans arrêt, surtout dans les grandes villes, tandis que la progression des salaires ne suit pas. 

Cette hausse n’est évidemment pas étrangère à celle des tarifs de l’immobilier, surtout depuis le début du millénaire. Paris est d’ailleurs un très bon exemple, la métropole fait face à des augmentations démentielles : le prix du mètre carré a ainsi été multiplié par 10 depuis 1960 et il repart à la hausse depuis le début de l’année 2026.

Au rayon des grosses dépenses, il faut également compter celui de l’énergie : non seulement le coût de l’électricité ne cesse de progresser, mais les divers moyens de chauffage semblent tous subir de la même façon les  conséquences de l’inflation. À titre d’exemple, on peut noter que le prix des pellets de bois pour les poêles à granulés a doublé en 2022 suite à la guerre en Ukraine et a retrouvé une stabilité depuis 2024.

4) Le bruit 

La concentration des habitats et surtout la mauvaise isolation acoustique de beaucoup de  logements sont la source d’un problème auquel de nombreux Français sont confrontés ; celui du bruit.  

Dans un rapport de 2021, le coût social de ce fléau était même évalué à 147,1 milliards  d’euros par an. Il s’agit d’abord d’un véritable enjeu de santé publique puisque 20 % de la population européenne est suffisamment exposée aux nuisances sonores pour en subir des conséquences sanitaires. 

La première raison (66,5 %) de ces pollutions auditives résulte du transport routier, de  nombreuses habitations se situant près des voies de circulation. Mais dans 18 % des cas, les bruits dérangeants proviennent directement du voisinage. Là encore, les personnes pauvres sont les moins bien lotis, surtout en milieu urbain.

Et pour cause, les demeures les moins bien isolées contre le froid le sont aussi contre le bruit. Les plus précaires sont également ceux qui ont les logements les moins bien localisés, les plus petits et les plus concentrés. Autant de facteurs qui ne font que décupler les nuisances sonores.

Manifestation Nationale pour l’accès au logement 10/2020 @Gwenael Piaser/Flickr

5) Une offre insuffisante 

De plus en plus de Français ont du mal à trouver un toit. Il faut dire que l’offre immobilière se restreint chaque année. Dans les grandes villes, c’est même la croix et la bannière pour  dénicher un logement décent. Une enquête de « Particulier à particulier » indiquait  d’ailleurs que 76,4 % des prétendants à la location éprouvaient des difficultés à trouver  chaussure à leur pied. 

Et pour cause, l’explosion des prix de la pierre a détourné de nombreux potentiels acheteurs vers la location. Résultat des courses, le marché s’est profondément tendu. Un préjudice qui  touche notamment les étudiants et les jeunes. À Paris, les garanties financières demandées aux postulants se multiplient chaque année, à tel point que beaucoup de candidats sont forcés de falsifier leur dossier. De plus, beaucoup d’entre eux doivent travailler en parallèle de l’université, réduisant ainsi leur chance de réussite.

La situation devient tellement complexe pour certains élèves précaires qu’ils sont contraints de refuser de suivre leur cursus dans certaines villes où les loyers sont trop élevés. D’autant plus que l’État ne fait pas grand-chose pour développer sérieusement son parc immobilier étudiant. Il n’existe en effet que 380 000 places en résidence publique alors qu’il y a 2,7 millions de personnes engagées en faculté. 

D’autres régions connaissent une certaine pénurie d’habitats en raison d’un élément auquel on pense peu : l’attrait touristique. En Bretagne ou sur la côte basque, par exemple, l’offre se raréfie considérablement à cause de citadins qui s’achètent des maisons secondaires (1 logement sur 10 en France) ou des biens loués uniquement en saison (type Airbnb).  

Ce phénomène fait donc grimper les prix et oblige les locaux les plus précaires à s’éloigner de leur lieu de travail. Un cercle vicieux qui a d’ailleurs également des conséquences environnementales puisque ces déracinés n’ont pas d’autre choix que d’utiliser plus souvent leur voiture. 

Une chose est certaine, si les pouvoirs publics ne prennent pas rapidement la situation en main, la question du logement pourrait très vite se transformer en une bombe à retardement, autant au niveau social qu’écologique ; et une fois de plus, ce sont les plus pauvres qui en paieront les pots cassés.

Simon Verdière, mis à jour par Mara Pron


Photo de couverture : montage Mr Mondialisation

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