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14.07.2026 à 06:00

Arménie : le succès de la révolution de « velours »

Mr Mondialisation

En ce jour de célébration de la révolution française de 1789, Mr Mondialisation revient sur une révolution plus récente : celle du soulèvement arménien du printemps 2018. En effet, il y déjà 8 ans, l’Arménie a réussi ce qu’aucune ancienne nation soviétique n’était parvenue à faire : renverser en douceur un régime corrompu sans mettre le […]

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Texte intégral (2175 mots)

En ce jour de célébration de la révolution française de 1789, Mr Mondialisation revient sur une révolution plus récente : celle du soulèvement arménien du printemps 2018. En effet, il y déjà 8 ans, l’Arménie a réussi ce qu’aucune ancienne nation soviétique n’était parvenue à faire : renverser en douceur un régime corrompu sans mettre le pays à feu et à sang. Reportage de Hélène Pillon. 

[Article initialement publié le 2 novembre 2018, mis à jour le 14 juillet 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 9 min]

Quelques mois après le soulèvement arménien du printemps 2018, Hélène Pillon est allée à la rencontre des habitant·es, recueillir les récits de cette révolution contemporaine.

Une révolution de « velours »

« T’étais jamais venue ici ? Pendant la révolution, l’Ilik café c’était un peu notre QG », explique Narek Aleksanyan, sur un coin de table de ce troquet bohème de la capitale arménienne. Alors que le thé infuse, le jeune homme remet un peu d’ordre dans ses cheveux et ses souvenirs : « J’étais présent au premier rassemblement à Erevan mi-avril, il n’y avait pas tant de monde que ça et pour être honnête, je n’y croyais pas trop, je n’aurais jamais pensé que ça marcherait ». À vrai dire, personne n’y croyait. Et pourtant, en un mois à peine, les Arméniens ont renversé un gouvernement autoritaire en place depuis 10 ans.

En 2017, le président républicain Serzh Sargsyan, arrivé à la limite des deux mandats présidentiels autorisés, décide de changer la constitution et de transférer l’essentiel des pouvoirs au Premier ministre, tout en promettant de ne pas se présenter à son poste. En avril 2018, sans surprise, il se retrouve à la tête du gouvernement. Un énième abus dans ce pays habitué à la corruption et aux élections truquées. Une mauvaise habitude que le leader de l’opposition, Nikol Pashinyan ne veut plus laisser passer. Le député entame alors une marche dans le pays pour réclamer la démission de Serzh Sargsyan, chose qu’il obtiendra, après avoir entraîné la population dans une joyeuse et pacifique grève générale de plusieurs semaines. Une révolution de « velours » qui aboutira à sa nomination à la tête de l’État le 8 mai.

Crédit image : Hakob Manukyan pour CivilNet

« Ce n’est pas la révolution de Nikol Pashinyan, c’est la révolution du peuple. »

Comme tous les Arméniens, Narek, s’empresse de corriger le tir : « Ce n’est pas la révolution de Nikol Pashinyan, c’est la révolution du peuple. Sans la société civile, ça n’aurait pas été possible ».

Dans les villes arméniennes, ce ne sont pas seulement des militant·es avisé·es qui ont défilé, mais aussi des étudiant·es, des parents et leurs jeunes progénitures, des chauffeurs qui font résonner leurs klaxons ou des femmes au foyer à leur fenêtre qui frappent sur des casseroles. Tatul Hakobyan, journaliste à Civilnet, analyse :

« Chaque Arménien a compris qu’ils comptaient autant que Nikol Pashinyan »

Le reporter se souvient clairement du jour où il a réalisé que ce mouvement était différent de tous ceux qu’il avait suivis depuis la chute de l’URSS. Le 20 avril, il couvre un rassemblement dans un quartier excentré de la capitale. Au début, seul un petit groupe est présent, il pleut et la police tente d’empêcher la manifestation.

Deux heures plus tard, le cameraman qui l’accompagne lui dit de monter sur un petit talus et de regarder derrière lui : « Il y avait 50 000 personnes ! ». Partout, tous les jours, les mêmes effets : la foule grossit sans cesse. Le 22 avril, alors que Nikol Pashinyan est brièvement détenu, plus de 100 000 habitant·es sur le million que compte Erevan, se retrouvent aux alentours de la place de la République au centre de la capitale. Le lendemain Serzh Sargsyan démissionnait en présentant ses excuses.

Le pacifisme comme stratégie

En France et ailleurs, un tel rassemblement politique se serait sans doute soldé par quelques débordements et une violente charge des forces de l’ordre. Jusqu’à présent, les activistes arménien·nes étaient également habitué·es aux tristes fins : en 2008, dix personnes avaient été tuées pendant des manifestations. Une décennie plus tard, Pashinyan et ses camarades ont tiré des leçons de cette expérience douloureuse.

Rapidement, ils ont donné un mot d’ordre : pas de violence. Pour Ashot Khachatryan qui milite depuis plusieurs années, c’est l’élément qui a fait la différence :

« Quand tu utilises la violence, tu as déjà perdu, car tu ne peux pas combattre le système avec sa propre force. Dès qu’on a décidé de miser sur la désobéissance civile, je savais qu’on allait gagner ».

Durant presque un mois, les manifestants vont bloquer certains bâtiments et les rues principales des grandes villes, y chanter, danser, faire des barbecues… Et lorsqu’ils se retrouvent face à des policiers cagoulés, uniformes anti-émeutes sur le dos, ils lèvent les mains au ciel en signe de paix et invitent « leurs frères » à venir les rejoindre.

Crédit image : Hakob Manukyan pour CivilNet

Un appel auquel il est difficile de résister tant les préoccupations de la foule sont simples et communes à tous les Arméniens. Les forces de l’ordre aussi pâtissent de la corruption qui remplit les poches des dirigeants haut placés, galèrent avec leur salaire dans un pays où le taux de pauvreté dépasse les 30% d’après l’OXFAM et voient leurs enfants sans avenir s’envoler vers d’autres contrées. Puis Ashot ajoute : « Tu sais l’Arménie est un petit pays, tout le monde se connaît et sait ce que tu fais ».

Le pouvoir des médias en ligne

Au début, les autorités ont cependant bien essayé de casser la révolte, mais à la différence de 2008, toutes les actions sont filmées, photographiées et relayées. Face à une télévision acquise au pouvoir, les médias en ligne diffusent l’information 24 heures sur 24.

Si un rassemblement spontané s’organise dans un quartier, la nouvelle est transmise à tous les habitants via les réseaux sociaux. Si un faux manifestant est envoyé pour perturber le mouvement, les caméras sont là pour le dénoncer. Si la police utilise la force, les images peuvent faire le tour du monde en quelques clics. Le risque de dégrader la réputation du pays à l’international est trop risqué. Tatul résume :

« En développant les live streams, nous sommes devenus les gardes du corps de l’opposition »

Sa collègue Ani Paitjan se souvient également au moment de l’annonce de la démission de Serzh Sargsyan, d’un mélange d’euphorie et de frustration de n’avoir pas pu participer à la révolution puisqu’elle la couvrait nuit et jour. Mais elle gardera tout aussi bien en mémoire ces mains qui se posent sur son épaule en voyant le badge press et qui lui disent « merci, c’est grâce à vous aussi ».

La jeunesse révolutionnaire

C’est en partie pour vivre ce soulèvement qu’Ani, a décidé de rentrer vivre dans son pays natal en 2016 après avoir passé 22 ans en Belgique : « J’avais comme une intuition, je disais à ma sœur, Il y a quelque chose qui bout en Arménie, il faut que j’y aille. Cette jeunesse est particulière, il va se passer quelque chose. »

La suite des événements lui a donné raison. Ce sont les étudiant·es que Nikol Pashinyan est d’abord allé chercher pour gonfler les rangs. Ce sont eux que l’on voit en masse souriants sur les photos de la révolution. Eux qui souvent ont incité leurs parents à rejoindre le mouvement. Eux qui nettoyaient les places après chaque rassemblement. Cette génération qui n’a connu ni l’URSS ni les années de misère qui ont suivi sa chute et ne peut donc pas se réfugier dans une nostalgie du soviétisme ou au contraire se rassurer en pensant que c’était pire avant.

Crédit image : Hakob Manukyan pour CivilNet

Des étudiant·es qui avaient pris l’habitude de regarder ce qui se passe ailleurs et faute d’avenir ici, allaient le construire en Russie, en Europe ou aux États-Unis – plus d’un million de personnes ont quitté le pays depuis son indépendance en 1991. Ani se réjouit :

« Maintenant, ils ont conscience que leur action peut avoir de l’impact, ils se disent : « On a fait une révolution, on l’a lancée et soutenue, on doit la maintenir » »

Une nouvelle énergie que partage le reste de la population. « Tous les matins depuis la révolution, je me réveille, j’ouvre les yeux et je ressens une sorte de joie. Rien n’a changé dans ma vie, mon salaire est le même, j’ai les mêmes soucis avec ma femme, mes enfants et pourtant je suis heureux », s’amuse Tatul.

Dans un taxi qui s’engouffre dans les bouchons du centre-ville, Aram, le chauffeur confirme ce sentiment d’allégresse collectif : « Bien sûr, je suis content, il faut juste être un peu patient et voir ce que nous apportera vraiment ce mouvement ». Et si à l’avenir il y avait quelques accros dans le velours de cette révolution ? Aram esquisse un sourire dans le rétroviseur : « On redescendra dans la rue, on sait comment ça marche maintenant ».

Hélène Pillon


Photo de couverture de Hakob Manukyan pour CivilNet

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13.07.2026 à 15:01

Rocher Mistral : quand le récit réactionnaire rencontre le désastre écologique

Mr Mondialisation

Des militant·es d’Extinction Rébellion ont mené une action de sensibilisation devant le Rocher Mistral, parc à thème installé au château de La Barben (Bouches-du-Rhône), en détournant des panneaux de signalisation avec les slogans « Parc à réacs, nature en vrac » et « Parc idéologique, désastre écologique ». À travers cette mobilisation, le collectif entend […]

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Texte intégral (1117 mots)

Des militant·es d’Extinction Rébellion ont mené une action de sensibilisation devant le Rocher Mistral, parc à thème installé au château de La Barben (Bouches-du-Rhône), en détournant des panneaux de signalisation avec les slogans « Parc à réacs, nature en vrac » et « Parc idéologique, désastre écologique ». À travers cette mobilisation, le collectif entend dénoncer un projet qu’il considère comme emblématique de la convergence entre un récit historique marqué à droite et des atteintes à l’environnement. 

Depuis son ouverture, le Rocher Mistral fait l’objet de controverses sur deux fronts : d’une part, les critiques visant la dimension idéologique de certains spectacles, accusés de promouvoir une lecture réactionnaire de l’Histoire ; d’autre part, une série de contentieux liés à des aménagements et travaux réalisés sur le site, portant notamment sur l’urbanisme, la protection du patrimoine et de la biodiversité.
C’est à l’intersection de ces enjeux, lutte contre l’extrême droite et défense de l’environnement, qu’Extinction Rébellion inscrit son action. Voici leur communiqué de presse.
Extinction Rébellion

Communiqué de presse

Loués soient la noblesse et le clergé ! Maudit soit le peuple révolté qui brûla le château de la Barben en 1630 ! Le seigneur Ponteves s’était pourtant vaillamment battu, de retour de croisade, pour reconquérir son fief et sa promise. Les moines, ces grands bâtisseurs régnaient alors en maîtres sur la Provence. La vie était si douce… Mais voilà que ces goujats de Cascavèus, ces indigents, ces misérables, ont osé tout gâcher en protestant contre la montée de l’impôt voulu par Richelieu ! Ne peuvent-ils pas laisser en paix ces bienheureux aristocrates et aller manger de la brioche ?
Ceci n’est pas une parodie. C’est en substance le message que cherche à faire passer le Rocher Mistral à travers ses spectacles réactionnaires, tout en se targuant « d’authenticité historique ». Rappelons que cette idée du « Puy du fou provençal » est sorti tout droit de la tête de Marion Maréchal-Le Pen en 2015.
Extinction Rébellion
Et ce n’est pas tout. Cette propagande historique mérite bien quelques petits écarts à la loi, non ? Le respect de l’environnement pèse si peu face à l’enjeu ! Allez, aménageons illégalement des parkings sur des terres agricoles (oups, on s’est fait gauler là-dessus). Faisons fi du classement Natura 2000 de ce lieu d’exception (on n’a pas lu les recommandations de la DRAC, déso).
Détruisons sans vergogne l’habitat d’une espèce protégée (franchement qui se soucie des chauve-souris ?). Démolissons une partie des écuries reconnues comme monument historique (ce bâtiment de palefrenier nous gâchait le paysage). N’accordons aucune attention aux riverains qui se plaignent de nombreuses nuisances (continuons les spectacles malgré les arrêtés municipaux).
Extinction Rébellion
Et le pire ? Tout ceci est assumé. Comment appelle-t-on les gens qui se croient au-dessus des lois, déjà ? Ah oui, des délinquants. La différence avec ceux que ces mêmes personnes pointent du doigt dans les cités ? Ils sont blancs, riches… Puissants.
C’est pourquoi Extinction Rébellion tient à ce que la population soit informée de ce scandale : le Rocher Mistral, c’est une imposture historique et un désastre écologique. Un parc à réacs qui met la nature en vrac !
Communiqué de presse de Extinction Rébellion

Photo de couverture : Extinction Rébellion

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12.07.2026 à 06:00

Chasse, air et dauphins : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Des associations demandent la suspension de la chasse pendant les canicules Plusieurs associations de protection de la faune réclament la suspension de la chasse lors des épisodes de canicule, estimant que les fortes […]

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Texte intégral (1039 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. Des associations demandent la suspension de la chasse pendant les canicules

Plusieurs associations de protection de la faune réclament la suspension de la chasse lors des épisodes de canicule, estimant que les fortes chaleurs, la sécheresse et les incendies fragilisent déjà fortement les animaux sauvages. Elles appellent le gouvernement à adapter la réglementation face au changement climatique. (La Relève et La Peste)

2. La qualité de l’air continue de s’améliorer en Europe

Selon un rapport du service Copernicus, la qualité de l’air en Europe poursuit son amélioration grâce à la baisse des émissions de polluants liées aux transports, à l’industrie et au développement des énergies renouvelables. Le rapport souligne toutefois que les canicules et les incendies continuent de dégrader ponctuellement la qualité de l’air. (Euronews)

3. La justice condamne l’État à renforcer la protection des dauphins du golfe de Gascogne

Le tribunal administratif de Paris a condamné l’État français pour préjudice écologique et lui ordonne de renforcer la protection des dauphins du golfe de Gascogne, avec l’objectif de limiter les captures accidentelles à 809 animaux par an dès l’hiver 2026-2027. (La Relève et La Peste)

4. L’OMS alerte sur les inégalités d’accès au sang malgré des progrès mondiaux

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 85 % des dons de sang proviennent désormais de donneurs bénévoles, mais de fortes inégalités d’accès aux transfusions persistent, notamment dans les pays à faibles revenus. L’organisation appelle les États à renforcer le financement et la gouvernance de leurs systèmes de transfusion. (Organisation mondiale de la santé (OMS))

5. À Londres, des castors aident à prévenir les inondations

Le quartier d’Ealing, à Londres, a réintroduit des castors pour restaurer une zone humide et limiter les inondations. Selon les responsables du projet, cette solution fondée sur la nature a permis de réduire les crues tout en favorisant le retour de la biodiversité.(CNN)

6. Barcelone va tester un asphalte à base de noyaux d’olive

La ville de Barcelone expérimentera un asphalte fabriqué avec du biochar issu de noyaux d’olive, capable de réduire jusqu’à 76 % les émissions de CO₂ liées à sa production. Ce projet entend valoriser les déchets agricoles tout en développant des infrastructures urbaines plus durables.(La Cara Buena del Mundo)

7. Des bénévoles contribuent à restaurer la forêt atlantique écossaise

En Écosse, une centaine de bénévoles ont récolté 11 millions de graines d’arbres indigènes, permettant de faire pousser près de 8 millions d’arbres pour restaurer la forêt atlantique, un habitat aujourd’hui fortement menacé par les activités humaines et le changement climatique. (The Guardian)

8. Hawaï maintient son interdiction de la pêche aux requins

En 2026, Hawaï confirme le maintien de son interdiction de la pêche aux requins, en vigueur depuis 2022, afin de protéger ces espèces essentielles aux écosystèmes marins. La loi interdit leur capture dans les eaux de l’État, sauf exceptions limitées pour la recherche scientifique ou la sécurité publique. (World Animal News)

9. La Corée du Sud peine à appliquer l’interdiction du commerce de viande de chien

À l’approche de l’interdiction du commerce de viande de chien prévue en 2027, la Corée du Sud fait face à de nombreuses difficultés, entre éleveurs en difficulté, absence de solutions pour les centaines de milliers de chiens encore détenus et inquiétudes sur leur prise en charge. (BBC News)

10. Une commune girondine transforme une vigne en verger pour protéger les écoliers des pesticides

À Gauriac (Gironde), la commune a racheté une parcelle de vigne située près de son école afin de créer une zone tampon et de réduire l’exposition des enfants aux pesticides. Le terrain est progressivement transformé en verger agroécologique, avec l’objectif de régénérer les sols et d’encourager la diversification agricole. (Vert)

– Mauricette Baelen

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11.07.2026 à 06:00

Loi Pauget, FIFA et LePen : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. L’Assemblée nationale adopte la proposition de loi Pauget sur les tirs policiers L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi d’Éric Pauget instaurant une présomption d’usage légitime de l’arme pour les […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. L’Assemblée nationale adopte la proposition de loi Pauget sur les tirs policiers

L’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi d’Éric Pauget instaurant une présomption d’usage légitime de l’arme pour les forces de l’ordre, par 313 voix contre 199. Soutenu par la droite, le RN et une partie du bloc central, le texte doit désormais être examiné par le Sénat. (Index Investigation)

2. Donald Trump accusé d’avoir obtenu la levée d’une suspension lors du Mondial 2026

Selon le journaliste Romain Molina, Donald Trump serait intervenu auprès de la FIFA pour faire lever la suspension de l’attaquant américain Folarin Balogun, expulsé face à la Bosnie lors de la Coupe du monde 2026. Cette affaire relance les interrogations sur l’indépendance de la FIFA face aux pressions politiques. (Le Média)

3. Marine Le Pen reconnue coupable mais éligible à la présidentielle de 2027

La cour d’appel a confirmé la culpabilité de Marine Le Pen dans l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen, mais a réduit sa peine d’inéligibilité, lui permettant d’être candidate à l’élection présidentielle de 2027. L’article souligne toutefois que sa candidature dépendra de sa décision de faire campagne malgré une peine aménagée sous bracelet électronique. (Bon Pote)

4. Le sommet de l’OTAN à Ankara ravive les critiques sur les droits humains en Turquie

À l’occasion du sommet de l’OTAN à Ankara, des défenseurs des droits humains dénoncent une multiplication des restrictions visant la liberté de manifester, la presse et les opposants, ainsi que des arrestations et des violations des droits fondamentaux. L’article estime que ces dérives s’inscrivent dans un contexte plus large d’atteintes aux droits humains en Turquie. (bianet)

5. À Trois-Bassins, une expérimentation de Sécurité sociale de l’alimentation prend forme

À Trois-Bassins (La Réunion), habitants, producteurs et associations expérimentent une Sécurité sociale de l’alimentation fondée sur les circuits courts, une monnaie locale et une gouvernance participative. Le projet vise à garantir un accès à une alimentation de qualité tout en assurant une juste rémunération des producteurs. (Parallèle Sud)

6. Le Bondy Blog dénonce l’« adultification » des enfants des quartiers populaires

Dans un billet, le Bondy Blog estime que le traitement médiatique d’Hamza, 14 ans, présenté comme un « ennemi public » après des incidents au canal Saint-Martin, illustre le phénomène d’adultification, qui conduit à priver certains enfants, notamment issus des quartiers populaires, de leur droit à l’enfance. (Bondy Blog)

7. Des chercheurs appellent à repenser les territoires face à l’intensification des incendies

Face à des incendies de plus en plus précoces et violents, chercheurs et agriculteurs estiment que la stratégie actuelle atteint ses limites et plaident pour des territoires plus résilients, misant sur la prévention, l’agriculture, le pastoralisme et un aménagement adapté des paysages. (Reporterre)

8. François-Noël Buffet proposé pour devenir Défenseur des droits

Emmanuel Macron a officiellement proposé la nomination de François-Noël Buffet au poste de Défenseur des droits, en remplacement de Claire Hédon. Ancien ministre et sénateur LR aux positions jugées sécuritaires, anti-immigration, anti-IVG et anti-LGBT+, sa désignation suscite des inquiétudes.  (L’Humanité)

9. Le gouvernement annonce 3 milliards d’euros de nouvelles économies

Le gouvernement a annoncé 3 milliards d’euros de coupes supplémentaires dans les dépenses publiques, dont 2 milliards pour l’État et 1 milliard pour la Sécurité sociale. De nouvelles économies pourraient également être demandées aux collectivités territoriales, dans un contexte de réduction des déficits publics. (L’Humanité)

10. Les sécheresses menacent le rôle des forêts comme puits de carbone

Selon des chercheurs, les sécheresses de plus en plus fréquentes contraignent les arbres à stopper leur photosynthèse, ce qui réduit leur capacité à stocker le CO₂ et peut même transformer certaines forêts en sources d’émissions de carbone. (La Relève et La Peste).

11.Les États-Unis frappent l’Iran, le cessez-le-feu est rompu

Les États-Unis ont mené des frappes contre plus de 80 cibles en Iran en réponse à des attaques contre des navires dans le détroit d’Ormuz, mettant fin au cessez-le-feu conclu en juin. En représailles, l’Iran a visé des bases militaires américaines au Koweït et à Bahreïn, ravivant les tensions au Moyen-Orient et faisant grimper les prix du pétrole. (Huffington Post)

– Mauricette Baelen

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10.07.2026 à 06:00

Élevage intensif : 50 ans après, l’article L214-1 est-il resté lettre morte ?

Mauricette Baelen

Alors que l’élevage intensif demeure le modèle dominant, L214 analyse les raisons de cette défaillance de l’État et plaide pour une mise en conformité du droit avec les connaissances scientifiques et les attentes de la société. [Temps de lecture estimé : ~ 9 min] Le 10 juillet 1976, la France adoptait une avancée majeure en […]

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Alors que l’élevage intensif demeure le modèle dominant, L214 analyse les raisons de cette défaillance de l’État et plaide pour une mise en conformité du droit avec les connaissances scientifiques et les attentes de la société.

[Temps de lecture estimé : ~ 9 min]

Le 10 juillet 1976, la France adoptait une avancée majeure en reconnaissant, à travers l’article L214-1 du Code rural, que les animaux sont des êtres sensibles dont les besoins biologiques et comportementaux doivent être respectés.

Cinquante ans plus tard, cette promesse est restée largement lettre morte. L’essor de l’élevage intensif, les dérogations réglementaires, la faiblesse des contrôles et les condamnations répétées de l’État pour carence fautive témoignent d’un écart profond entre le droit et sa mise en œuvre.

Truies en cages de maternité dans un élevage de cochons fournissant les magasins E.Leclerc, 2025. Avec toutes autorisations – L214

À l’occasion de cet anniversaire, le rapport Insensibles montre pourquoi le respect effectif de l’article L214-1 est incompatible avec le maintien du modèle d’élevage intensif. Nous avons interrogé Adeline Colonat, chargée de campagne au sein de l’association, sur les principaux constats qu’il met en lumière et les changements qu’il appelle.

Entretien avec Adeline Colonat

Mr Mondialisation : Pourquoi publier ce rapport aux 50 ans de l’article L214-1 ?

L214 : « Parce qu’au lieu de célébrer une avancée, cet anniversaire révèle une trahison :

« L’article L214  reconnaît pour la première fois les animaux comme des « êtres sensibles » n’a jamais été appliqué. S’il l’avait été, l’élevage intensif n’existerait pas. »

Voté le 10 juillet 1976, ce texte fondateur aurait dû freiner l’essor de l’élevage intensif. Or c’est l’inverse qui se produit : la loi d’urgence agricole met le cap sur le tout intensif, alors que des millions d’animaux enfermés en bâtiment meurent étouffés par la canicule. Ce rapport est là pour rappeler cette défaillance de l’État. »

Truie en cage et ses porcelets morts dans un élevage de cochons fournissant les magasins E.Leclerc, 2025. Avec toutes autorisations – L214

Mr Mondialisation : Qu’est-ce qui permet d’affirmer qu’une application de la loi rendrait l’élevage intensif impossible ?

L214 : « Appliquer la loi, c’est-à-dire l’article L214-1, impliquerait de respecter les besoins physiologiques et comportementaux des animaux : ne pas avoir faim ni soif, ne pas souffrir de maladies ou de blessures, ne pas éprouver de détresse, pouvoir se reposer confortablement et exprimer les comportements normaux de leur espèce, comme courir, se percher, etc.

Or, l’élevage intensif est précisément fondé sur la privation de ces besoins : confinement en bâtiment et/ou en cage, densités maximales ou au contraire isolement, mutilations, sélection génétique à outrance pour une productivité qui dégrade leur santé. Appliquer la loi n’implique pas des améliorations à la marge comme agrandir les cages ou ajouter quelques perchoirs. Cela impose la sortie du modèle intensif. »

Mr Mondialisation : Comment l’État est-il parvenu à contourner cette loi ?

L214 : « Il l’a fait par son inaction. Il avait pour mission d’interdire les pratiques qui vont à l’encontre de l’article L214 d’après les connaissances scientifiques actuelles : il ne l’a pas fait.

« Il devait aussi contrôler l’application de la loi dans les élevages et corriger les manquements : avec 1 % des élevages contrôlés chaque année et 2,7 % des élevages défaillants contrôlés, on en est loin. »

L’État a d’ailleurs été condamné 3 fois par le tribunal administratif pour cette carence fautive dans sa mission de contrôle en élevage. »

Mr Mondialisation : Quels sont les exemples les plus marquants d’incompatibilité avec les besoins identifiés par l’EFSA ?

L214 : « Les veaux destinés à la boucherie qui passerait 9h par jour à téter leur mère et qui, en élevage intensif,  passent 8 minutes à boire dans un seau et sont volontairement anémiés pour garantir une viande blanche.

Les truies qui ont besoin de construire un nid et d’interagir avec leurs petits, mais passent la moitié de leur vie immobilisées dans des cages.

Les poulets sélectionnés pour une croissance si rapide que 99 % d’entre eux souffrent de problèmes de démarche en fin de cycle. Sans compter leurs parentes, les reproducteurs, qui sont volontairement affamés et assoiffés durant toute leur vie. Les 99 % de porcelets qui ont la queue coupée à vif…. Ces souffrances graves et généralisées sont causées par l’élevage intensif : l’EFSA en recense 17 pour les poulets, 13 pour les cochons. » 

Mr Mondialisation : Quels exemples concrets d’un choix d’encadrer plutôt que d’interdire ?

L214 : « Au lieu d’interdire les cages pour les poules pondeuses, la France a inventé les cages dites « bien-être », qui leur accordent 50 cm² supplémentaires chacune, soit la surface d’un post-it.

« Au lieu de sortir les veaux de l’isolement, elle a seulement encadré les dimensions de leurs cages : 1,1 fois la longueur de leur corps, de quoi faire un seul pas en avant. »

Au lieu d’interdire les densités extrêmes dans les élevages, la France les a plafonnées à 22 poulets par m², ce qui n’a fait qu’entériner les pratiques. En 2015, elle a enfin interdit les cages individuelles pour les canards destinés au foie gras… pour les remplacer par des cages collectives.

Au final, en cinquante ans, la France n’a renforcé les normes européennes que deux fois, sous la pression des associations : pour interdire la castration à vif des porcelets et le broyage de (certains) poussins. »

Mr Mondialisation : Pourquoi « respecter la réglementation » ne signifie-t-il pas respecter l’article L214-1 ?

L214 : « Cela devrait être le cas. D’après l’article L214-3, les textes encadrant les conditions d’élevage doivent « assurer la protection de ces animaux contre les mauvais traitements ou les utilisations abusives » et leur « éviter des souffrances ».

Or, l’arrêté de 2003, censé assurer la protection des cochons, autorise le meulage des dents des porcelets sans anesthésie. Même logique pour l’arrêté protégeant les poulets tout en autorisant l’épointage de leur bec ou la castration à vif. Le droit est ici en contradiction : d’un côté, des normes minimalistes qui favorisent les intérêts économiques ; de l’autre, l’article L214, qui protège les animaux. »

Elevage de poules reproductrices et coqs reproducteurs de l’entreprise Sasso (Hendrix Genetics), 2025 – L214

Mr Mondialisation : Comment expliquer un objectif de contrôle limité à 1 % des élevages par an ?

L214 : « C’est un choix politique. Contrôler seulement 1 % des élevages par an au titre de la protection animale est l’objectif que l’État s’est lui-même fixé en 2016 dans son plan national de contrôles officiels pluriannuels.

Cela revient à dire qu’un élevage peut être inspecté, en moyenne, une fois tous les cent ans. Or, le tribunal administratif dit exactement l’inverse : en janvier dernier, il a condamné l’État pour carence fautive des services vétérinaires dans leur mission de contrôle d’un élevage de 20 000 cochons sous contrat avec Herta. Selon le juge, trois contrôles en dix-huit ans ne constituent pas un « contrôle régulier ».

Mr Mondialisation : 58 % de non-conformités, 2,7 % de sanctions : comment expliquer cet écart ?

L214 : « Là encore, c’est un parti pris de l’État. Ce 2,7 % témoigne de sanctions rares et peu dissuasives sur des élevages globalement peu contrôlés. Ses services sont censés apporter une réponse graduée et proportionnée à la gravité des faits et aux antécédents de l’élevage, avec un objectif clair : faire cesser les non-conformités et empêcher qu’elles se reproduisent. Concrètement, ces « non-conformités » signifient des souffrances graves endurées par un très grand nombre d’animaux. »

Mr Mondialisation : Quelles conséquences concrètes ont eu les trois condamnations de l’État pour carence fautive ?

L214 : « Sur le plan juridique, elles reconnaissent que l’objectif de contrôler 1 % des élevages par an ne suffit pas. Dans l’affaire de Corbeil, le tribunal a constaté qu’aucun contrôle sérieux n’avait eu lieu en 35 ans pour un élevage de 4 000 cochons.

Ces condamnations reconnaissent aussi l’illégalité de la caudectomie systématique et du claquage des porcelets ; c’est un pas en avant considérable. Sur le plan financier, en revanche, les indemnités sont modestes : 4 000 euros de préjudice moral pour L214 dans chaque affaire, parfois assortis de 1 500 euros de frais de justice.

« Ce n’est pas une sanction dissuasive, c’est une simple reconnaissance de la carence fautive de l’État. »

Le problème est que ces décisions n’obligent l’État à rien de concret. L214 a obtenu 10 condamnations de ce type en élevage et en abattoir, sans que les modalités et la fréquence des contrôles ne changent. »

Mr Mondialisation : Pourquoi les pouvoirs publics tardent-ils à appliquer pleinement la loi ?

L214 : « Parce qu’en matière d’élevage, l’État est juge et partie.

Depuis la loi sur l’élevage de 1966, l’augmentation des performances et de la productivité du cheptel fait partie intégrante de ses missions. Il a financé massivement l’intensification par le passé, et continue de soutenir ce modèle aujourd’hui.

La protection des animaux d’élevage est confiée au ministère chargé de défendre les intérêts économiques des filières. Or leur poids est considérable : le report de l’interdiction des cages individuelles de gavage a été obtenu par le CIFOG ; la cellule Déméter, qui a pour vocation de surveiller et freiner toute contestation de l’élevage intensif, a été instaurée via une convention entre le ministère de l’Intérieur et deux syndicats agricoles (la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs)…»

Mr Mondialisation : Comment mener la transition sans fragiliser les éleveurs ?

L214 : « Avec un moratoire sur l’élevage intensif progressif et accompagné. Il interdit immédiatement l’extension et la création d’élevages privant les animaux d’accès au plein air, puis interdit ces élevages sous dix ans.

Cela laisse le temps d’organiser la reconversion des personnes qui en dépendent aujourd’hui.

Leur accompagnement est indispensable, avec des échéanciers planifiés par filière et une urgence accrue pour les secteurs directement en concurrence avec l’alimentation humaine, comme les filières porcines et avicoles. Ils doivent bénéficier de dispositifs de reconversion, qui pourraient être financés par la réaffectation des fonds bénéficiant actuellement à l’élevage intensif, comme certaines subventions de la PAC.

La transition vers un modèle alimentaire plus végétal permettrait à notre agriculture de produire durablement sans dépendre des importations, et aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail sans endettement structurel. »

Mr Mondialisation : Quel rôle jouent les subventions dans le maintien de l’élevage intensif ?

L214 : « Un rôle central. La seule filière porcine, où 95 % des animaux sont enfermés en bâtiment, reçoit chaque année plus de 820 millions d’euros de subventions.

À cela s’ajoutent 2 milliards de dépenses publiques pour gérer l’impact environnemental et sanitaire de la filière, comme les maladies liées à la consommation de charcuterie. De l’argent public finance jusqu’à la recherche scientifique pour adapter toujours plus les animaux au système intensif. Le contribuable passe donc 3 fois en caisse : pour subventionner l’intensif, pour réparer ses dégâts et pour le pérenniser.»

Mr Mondialisation : Pourquoi viser 50 % d’animaux tués en moins d’ici 2030, et comment l’atteindre ?

L214 : « Respecter l’article L214 implique de sortir de l’élevage intensif.

Or, en France, le niveau de consommation de produits animaux est tel (85 kg de viande par an et par personne) que cela passe obligatoirement par une baisse de la demande.

Pour cela, nous avons besoin d’un objectif chiffré et atteignable : réduire de moitié le nombre d’animaux tués d’ici 2030. Cela permettrait de sauver 600 millions d’animaux, mais aussi de répondre aux enjeux de sécurité alimentaire, de protection de l’environnement et de santé publique. De nombreuses études proposent des objectifs de réduction de 50 à 90 % de la consommation de viande pour y répondre.

Cela requiert l’engagement actif des pouvoirs publics et des entreprises pour modifier notre environnement alimentaire, notamment grâce à un moratoire sur les élevages sans accès au plein air, la réorientation des subventions vers les productions végétales ou l’exclusion des protéines issues de l’intensif dans la restauration publique. »

Mr Mondialisation : Un seul message aux responsables politiques ?

L214 : « Simplement d’appliquer enfin la loi : respecter les besoins des animaux et leur éviter les souffrances et les mauvais traitements en élevage. Les dispositions de l’article L214 ne sont ni optionnelles ni symboliques ; elles constituent des obligations légales depuis un demi-siècle. Cesser de soutenir un modèle structurellement illégal est aussi une attente de la société : 84 % des Français sont favorables à l’interdiction de l’élevage intensif d’ici dix ans. »

Mauricette Baelen

Photo de couverture : Avec toutes autorisations – L214

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09.07.2026 à 06:00

Transhumanisme : un danger imminent pour l’humanité

Simon Verdiere

Tandis que le monde semble foncer droit vers l’effondrement, une minorité ne jure que par la technologie pour sauver une part de l’humanité. Grâce à des implants directement intégrés dans le corps, certains individus pourraient améliorer leurs performances intellectuelles et physiques, mais aussi tout bonnement leurs existences. Des idées séduisantes sur le papier, mais qui […]

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Texte intégral (1541 mots)

Tandis que le monde semble foncer droit vers l’effondrement, une minorité ne jure que par la technologie pour sauver une part de l’humanité. Grâce à des implants directement intégrés dans le corps, certains individus pourraient améliorer leurs performances intellectuelles et physiques, mais aussi tout bonnement leurs existences. Des idées séduisantes sur le papier, mais qui font craindre de terribles dérives, surtout dans un contexte où l’IA, les biotechnologies et les nanotechnologies s’accélèrent.

[Article initialement publié le 29 décembre 2022, mis à jour le 9 juillet 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 5 min]

Pour les détracteurs du transhumanisme, il ne s’agit bien sûr pas de renier tout recours à la science ni de prôner l’obscurantisme. Intégrer la technologie directement dans les corps pourrait de plus avoir un intérêt médical certain.

Si le progrès technique peut, à l’avenir, permettre de soigner ou de compenser des déficiences, qui pourrait sincèrement s’y opposer ? Mais dès qu’on sort du strict cadre médical pour parler d’« amélioration » de l’humain, de nombreux problèmes éthiques, sociaux et politiques surgissent.

Les limites du médical

À mesure que ces technologies progressent, de nombreux problèmes éthiques risquent néanmoins de se poser. la question de la limite entre médecine réparatrice et transformation dénaturante du corps humain devient cruciale. Ce dilemme existe déjà avec la chirurgie esthétique : lorsque celle-ci permet à des accidentés de se rapprocher de leur état antérieur, aucune critique ne paraît justifiée. En revanche, les possibilités infinies de ce procédé ont pu entraîner un certain nombre de dérives, en particulier chez des patients psychologiquement fragiles ou instables.

Le transhumanisme franchit clairement cette limite : il ne cherche plus seulement à soigner ou à réparer, mais à « augmenter » l’humain, à créer de nouvelles capacités qui n’existent pas naturellement. Dans cette logique, l’homme devient l’objet d’un projet technique : il ne se reçoit plus, il se fabrique.

Bientôt des implants dans le cerveau : de la promesse au risque

L’apport de la technologie dans le corps risque de mener à des conséquences bien plus importantes, notamment avec les implants cérébraux. particulièrement inquiétants. Ces dispositifs ne sont plus de la science-fiction : plusieurs équipes, et notamment celles du milliardaire v travaillent activement sur le sujet.

Par le biais de sa société Neuralink, le propriétaire de X (ex Twitter), promet ainsi de rendre la parole à des paralytiques ou de soigner des troubles neurologiques. Sur le long terme, il imagine même conférer aux êtres humains des facultés qu’ils ne pourraient pas développer naturellement : comme par exemple, une mémoire augmentée ou encore une connectivité directe avec l’IA.

À la recherche de cobayes

Le Sud-Africain d’origine a déjà expérimenté la puce cérébrale sur des animaux. Après l’avoir implantée à des cochons, il l’a ensuite intégrée au cerveau de macaques. Si beaucoup n’ont pas survécu, certains cobayes étaient capables d’utiliser le jeu vidéo Pong par la seule force de la pensée.

Bien que ces résultats puissent paraître impressionnants, ils ont pourtant déjà été obtenus par d’autres chercheurs moins en vue. Par ailleurs, les lourdes pertes parmi les animaux testés n’ont pas manqué de créer la polémique. Des controverses qui ont mis un coup de frein à ces scientifiques qui pensaient prochainement expérimenter leurs technologies sur des êtres humains.

Des problèmes éthiques évidents : : santé, consentement et contrôle

Même en supposant que ces appareils soient viables, ils poseraient trop de problèmes éthiques pour être utilisés. Il s’agirait d’abord d’un danger possible pour la santé. Comment garantir les effets sur le long terme lorsque l’on s’attaque à une partie aussi sensible que le cerveau ? Les effets secondaires, les rejets, les risques de dépendance technologique ou de manipulation sont encore largement imprévisibles.

Certains pourraient rétorquer que chacun serait libre de risquer sa vie à ses propres frais. Pour autant, intervenir sur le cerveau pourrait entraîner chez le patient un manque de discernement ou des pertes de conscience ou de contrôle de lui-même qui mettraient alors en péril le reste de la population. Dans un monde où l’IA et les systèmes automatisés contrôlent déjà des infrastructures critiques, la possibilité de « hack » cérébral ou de manipulation via des implants devient un risque réel.

Un nouveau fossé inégalitaire

Par ailleurs, permettre à certains d’améliorer leurs facultés relèverait de l’eugénisme. Et pour cause, on arriverait rapidement à une société à deux vitesses, avec d’un côté des « cyborgs » disposant de capacités intellectuelles et physiques supérieures, et de l’autre des êtres humains « classiques ».

Ces inégalités se feraient d’ailleurs une nouvelle fois à l’avantage des plus riches qui auront les moyens financiers d’accéder à ces technologies. Le transhumanisme creuserait alors d’autant plus le fossé qui existe déjà entre les différentes classes sociales, en transformant la vulnérabilité biologique en critère de distinction sociale.

À tel point que les individus « augmentés » auraient sans doute un pouvoir bien plus important et céderaient probablement à une volonté de domination des autres. Il suffit de voir la relation qu’exerce l’humanité en général vis-à-vis de certaines populations, de la nature et des animaux pour s’en convaincre.

Vers l’immortalité ? Une illusion qui menace la vie sociale

Dans cette même direction, les transhumanistes rêvent de pouvoir accéder à l’immortalité en numérisant leur cerveau ou en remplaçant indéfiniment leurs organes. Rien ne garantit pour autant, sur un plan philosophique, que ce soit une bonne idée, ni qu’un tel sort soit une source de bonheur. N’est-ce pas d’ailleurs parce que la vie a une fin que nous en profitons plus pleinement ? Si elle était, à l’inverse, éternelle, ne risquerions-nous pas de nous en lasser ?

L’intérêt collectif de l’immortalité n’est pas non plus évident. Comment la planète pourrait-elle supporter toujours plus d’êtres humains si aucun ne disparaissait jamais surtout dans un contexte de crise écologique et de limites des ressources ? Par ailleurs si nous numérisions notre esprit pour nous défaire de notre corps, qu’est-ce qui nous différencierait réellement d’une machine ou d’une intelligence artificielle ?

Et si on s’améliorait vraiment : comportement et sociétés

Avant de vouloir perfectionner notre corps et nos facultés intellectuelles, ne devrions-nous pas d’abord améliorer notre comportement et nos sociétés existantes ? Nous donner encore plus de puissance alors que nous sommes déjà en train de détruire notre seul lieu de vie avec nos capacités actuelles ne relève-t-il pas de la pure folie ?

Et si, après tout, l’humain « augmenté » était simplement quelqu’un de plus respectueux, plus bienveillant, plus solidaire, plus altruiste et surtout plus humble et conscient de ses propres limites et de celles de la planète ?

Simon Verdière (mis à jour par Mara Pron)


Photo de couverture : Marina Núñez – WikimediaCommons

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