09.02.2026 à 23:29
Mr Mondialisation
Le 15 décembre 2025, le tribunal correctionnel de Lorient jugeait douze personnes poursuivies pour une action de désobéissance civile visant des infrastructures ferroviaires utilisées par l’agro-industrie. L’audience aura surtout mis en lumière un paradoxe : celui d’un procès centré sur une action militante, tandis que les dégâts environnementaux, sanitaires et démocratiques du modèle agricole dominant […]
The post Le procès du train : 12 prévenu·es face à l’agro-industrie first appeared on Mr Mondialisation.Le « procès du train » trouve son origine dans une action menée le 19 mars 2022, près de Saint-Gérand, dans le Morbihan (Bretagne). Ce jour-là, une cinquantaine de militant·es du collectif Bretagne contre les fermes-usines et d’Extinction Rebellion ont immobilisé un train de marchandises transportant du blé destiné à la fabrication d’aliments pour animaux d’élevage, érigé un mur de parpaings sur les voies et déversé une partie de la cargaison sur la voie ferrée. Cette opération visait à dénoncer le modèle agro-industriel et l’élevage hors-sol considérés comme destructeurs de l’environnement et du vivant.
L’action a entraîné l’ouverture d’une enquête pour entrave à la circulation ferroviaire, dépôt de matériel sur la voie et dégradation de biens, ainsi que des mises en examen de plusieurs militant·es. Plus de trois ans après les faits, douze personnes ont été jugées le 15 décembre 2025 devant le tribunal correctionnel de Lorient pour leur participation à cette opération, pour laquelle la procureure a requis des peines de prison avec sursis.

Dès l’ouverture de sa plaidoirie, Maître Jérôme Bouquet-Elkaïm, un des avocat·es de la défense, a posé une question centrale : qui devrait réellement être jugé dans ce procès ? Plutôt que de rester en surface, l’avocat a déplacé le regard : Il a interrogé la responsabilité d’un système agricole et agro-industriel dont les impacts environnementaux, sanitaires et sociaux sont désormais largement documentés.
Il a rappelé que le droit à un environnement sain fait partie des droits fondamentaux, et que l’atteinte massive et durable à l’eau, à la biodiversité et à la santé publique constitue une violence bien plus profonde que celle imputée aux militant·es jugé·es ce jour-là. Selon lui, la réponse pénale apportée à cette action de désobéissance civile apparaît disproportionnée au regard des dommages structurels produits par le modèle agricole dominant.
C’est dans ce cadre que s’est ouvert, le 15 décembre 2025, le procès de Lorient : non comme le simple examen d’un fait isolé, mais comme un révélateur des impensés, des angles morts et des contradictions de la politique agricole française.

Maître Olivier Pacheux, avocat pénaliste, a lui méthodiquement pointé la fragilité du dossier d’instruction. Il a souligné de multiples incohérences dans les procès-verbaux, notamment des confusions d’identité entre les personnes mises en cause, des attributions inexactes de propos, ainsi que l’usage de photographies sans certitude quant à l’identité des individus qu’elles étaient censées représenter.
Pour la défense, ces approximations ne relèvent pas de simples erreurs techniques mais participent d’un phénomène plus large : celui d’une criminalisation accélérée des mobilisations écologistes, où l’exigence de preuve semble parfois s’effacer au profit d’un récit déjà écrit.
Plusieurs avocat·es de la défense ont insisté sur un traitement judiciaire différencié des actions militantes selon la position sociale des militant·es qui y prennent part. Des actions menées par des syndicats agricoles majoritaires, notamment la FNSEA et ses déclinaisons régionales, ont été rappelées à l’audience : destructions de bâtiments publics, incendies, dégradations d’infrastructures, et même des faits impliquant des violences animales, comme l’immolation de moutons vivants lors de mobilisations passées.
Ces actions militantes ont rarement fait l’objet de poursuites d’une rigueur comparable à celles engagées contre des militant·es écologistes. Elles tranchent avec la sévérité requise à l’encontre de ces derniers, qui n’ont tiré aucun bénéfice personnel ou financier de leurs actions. Une asymétrie que la défense a qualifiée de « liberté d’expression à géométrie variable ».
Maître Sébastien Mabille, également avocat des Soulèvements de la Terre lors de la tentative de dissolution du mouvement en 2023, a replacé les faits reprochés dans une histoire longue de la désobéissance civile. Citant Henry David Thoreau, emprisonné en 1846 pour son refus de financer l’esclavage et la guerre, Martin Luther King et les suffragettes, il a rappelé que nombre d’avancées démocratiques majeures sont nées d’actes jugés illégaux à leur époque.
Il a également dénoncé l’indécence de voir des syndicats agricoles majoritaires — FNSEA, FDSEA, FRSEA — se constituer parties civiles contre douze prévenu·es, pour la plupart paysan·nes ou futur·es paysan·nes en parcours d’installation, sans jamais répondre sur le fond aux arguments soulevés : ni sur les conflits d’intérêts, ni sur les ravages environnementaux de l’agro-industrie, ni même sur les raisons précises justifiant leur constitution en partie civile.

L’audience a donné une place centrale à des témoignages d’expert-es, venu·es éclairer ce que le dossier pénal ne dit pas.
La journaliste d’investigation Inès Léraud a décrit, dans une déposition dense et étayée, la « fabrique du silence » qui entoure l’agro-industrie bretonne : pressions sur les salarié·es, autocensure des agriculteur·ices, dépendance économique des médias locaux, conflits d’intérêts entre dirigeants coopératifs et élu·es. Elle a rappelé que plusieurs coopératives, constituées en parties civiles, ont été impliquées dans des scandales sanitaires et environnementaux majeurs, et que des lanceur·euses d’alerte, y compris elle-même, ont payé un prix personnel élevé pour avoir parlé.
Cette parole a trouvé un écho poignant dans le témoignage de Pierre Philippe, médecin urgentiste aujourd’hui retraité, cité dans Algues vertes, l’histoire interdite. Il est revenu sur une série de décès survenus sur la plage de Saint-Michel-en-Grève : un joggeur retrouvé mort, un ramasseur d’algues victime d’un coma convulsif, puis, quelques années plus tard, un cavalier dont le cheval s’est enfoncé jusqu’au garrot dans une vasière au même endroit. Une quarantaine d’autres animaux sauvages ou domestiques ont été retrouvés dans ce coin au fil des années.
Autant d’éléments qui, selon lui, illustrent une minimisation systémique des risques sanitaires liés aux pollutions agricoles.
Les avocat·es de la défense ont d’ailleurs rappelé des ordres de grandeur généralement absents des débats judiciaires. Le coût social des externalités négatives de l’agro-industrie et de l’agro-alimentaire en France est estimé à 10 milliards d’euros par an, selon les travaux de Sylvain Ly, également témoin au procès. Une étude de chercheurs de l’Université de Louvain-la-Neuve chiffre à 8 milliards d’euros le coût social du glyphosate en France, sans même intégrer les impacts sanitaires.
L’agronome, ethnologue et essayiste Jacques Caplat a, lui, déconstruit le cœur du modèle agro-industriel. Standardisation génétique extrême, spécialisation territoriale, dépendance aux intrants, endettement structurel des agriculteurs : selon lui, l’agriculture industrielle repose sur un leurre rendu possible par un climat tempéré qui n’existe déjà plus. Soulignant que ce système écrase les pays du Sud via les exportations européennes, tout en accaparant l’eau et les sols vivants, il a rappelé que :
« On produit 1,5 fois ce dont l’humanité a besoin pour se nourrir, et pourtant on fabrique de la pauvreté paysanne »
L’anthropologue et sociologue au CNRS, Alix Levain, auditionnée comme experte, a dressé un tableau sévère de la conflictualité agricole en Bretagne. Forte de quinze années de recherches et de plus de 250 entretiens, elle a décrit :
Ses travaux montrent que les inquiétudes environnementales se déplacent aujourd’hui vers des enjeux de santé publique, notamment autour des pesticides, et que le registre possible d’actions légales pour la population civile se réduit drastiquement.

Ainsi, à mesure que l’audience avançait, une question s’est imposée : que reste-t-il comme espace d’expression lorsque les alertes scientifiques sont ignorées, les voies légales épuisées, et que seules les actions symboliques permettent encore de rendre visible l’invisible ?
Alors que le tribunal rendra sa décision le 11 février, ce procès aura surtout mis en lumière un déséquilibre profond : celui d’une justice prompte à juger les lanceur·euses d’alerte, mais encore incapable de faire comparaître le système qu’ils dénoncent.
– Aleksandra Dergacova, vidéojournaliste prévenue
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Mr Mondialisation
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Fin du « devoir conjugal » votée à l’unanimité Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la suppression du « devoir conjugal » du code civil, précisant qu’aucune obligation sexuelle […]
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Le 28 janvier 2026, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la suppression du « devoir conjugal » du code civil, précisant qu’aucune obligation sexuelle n’existe entre époux et que le refus ne constitue plus une faute en cas de divorce. Cette réforme, transpartisane et motivée par une condamnation de la France par la CEDH en 2025, vise à prévenir les violences sexuelles dans le couple et à briser un tabou, tout en renforçant le mariage. L’adoption définitive dépend encore du Sénat et l’évolution des mœurs de la sensibilisation des citoyens. (Le Monde)
Fin janvier, l’Espagne a lancé une régularisation exceptionnelle visant environ 500 000 personnes sans papiers présentes avant fin 2025, leur donnant un titre de séjour et le droit de travailler (candidatures d’avril à juin). Le gouvernement socialiste présente cette mesure comme pragmatique, tandis que les médias européens la saluent comme une réponse réaliste aux besoins économiques et sociaux du pays. (Courrier International)
Une action civile d’ampleur inédite est lancée à Lyon contre Arkema et Daikin pour la pollution aux PFAS : près de 200 citoyens et associations demandent réparation. Portée par le cabinet Kaizen Avocat ce lundi 2 février, la procédure vise à faire reconnaître la responsabilité des industriels et à appliquer le principe pollueur-payeur. Après des années de mobilisation, ce procès marque une avancée majeure pour la reconnaissance des préjudices subis. Il ouvre aussi la voie à une meilleure prise en compte judiciaire des scandales sanitaires environnementaux. (Reporterre)
Marine Le Pen est jugée en appel depuis le 13 janvier 2026 dans l’affaire des assistants parlementaires européens, après sa condamnation en première instance en mars 2025 à une peine de prison et cinq ans d’inéligibilité. Lors de ce procès, les procureurs ont requis, le 3 février 2026, une peine similaire — notamment cinq ans d’inéligibilité — ce qui pourrait la priver de se présenter à l’élection présidentielle de 2027 si la cour suit ces réquisitions. Son recours se poursuivra avec un jugement attendu avant l’été. (Mediapart)
Au Groenland, peuple majoritairement inuit et territoire autonome du Danemark, les autorités et la population affirment leur contrôle sur leurs terres et ressources et rejettent toute idée de vente ou de cession à une puissance étrangère, en réponse aux appétits exprimés par Donald Trump. Le mouvement local souligne que le Groenland n’est « pas à vendre » et défend son droit à l’autodétermination. (L’Humanité)
Le mouvement paysan français de début 2026, initialement né contre l’abattage des troupeaux pour lutter contre une maladie bovine, s’est radicalisé en ciblant le traité de libre‑échange UE‑Mercosur, qu’il juge néfaste pour l’agriculture française et l’environnement. Il mène des blocages de routes, ports et dépôts, et réunit des agriculteurs de différentes tendances avec des écologistes et citoyens préoccupés par les pesticides et la biodiversité ; il est ainsi à la croisée entre un repli corporatiste productiviste et une possible revendication pour une agriculture plus durable. (Frustration Magazine)
L’Indonésie a interdit les promenades à dos d’éléphant dans les zoos, parcs animaliers, aires de conservation et sites touristiques, une première en Asie. La mesure vise à mettre fin à une pratique jugée néfaste pour le bien-être des animaux, dont la morphologie n’est pas adaptée au port de charges. Des sanctions sont prévues en cas d’infraction, avec quelques exemptions possibles sur autorisation ministérielle. Toutefois, cette décision ne suffit pas à protéger l’éléphant de Sumatra, toujours menacé par la déforestation et le braconnage. (L’Humanité)
Dans le Puy‑de‑Dôme, le projet de construction de deux mégabassines — très grandes réserves d’eau — a été abandonné, après avoir suscité une forte opposition locale et des manifestations importantes en 2024. Ces ouvrages, qui auraient été parmi les plus grands de France, étaient jugés « gigantesques, démesurés et mal ficelés » par leurs détracteurs et ont connu des problèmes techniques qui ont finalement bloqué leur réalisation. Les opposants locaux se félicitent de cette décision tout en restant vigilants, craignant que d’autres projets plus petits ne soient proposés à l’avenir. (Le Parisien)
Un État indien d’environ 25 millions d’habitants a annoncé un passage à 100 % d’agriculture biologique, abandonnant l’usage de pesticides et d’engrais chimiques après un scandale sanitaire et en réponse à des préoccupations environnementales et de santé publique. Cette transition, qui s’inscrit dans une politique volontaire de longue date pour développer une agriculture sans produits chimiques, vise à protéger l’environnement, améliorer la qualité des sols et encourager des pratiques agricoles durables malgré les défis économiques et structurels. (Reporterre)
Les députés ont adopté en première lecture, le 29 janvier 2026, une proposition de loi visant à rendre gratuits les parkings des hôpitaux publics pour les patients, leurs proches et le personnel, avec une gratuité limitée à deux heures pour les visiteurs avant l’application d’un tarif plafonné. Cette mesure, portée notamment par des députés socialistes, est présentée comme un moyen de faciliter l’accès aux soins en allégeant les coûts annexes, mais le texte doit encore être examiné par le Sénat et a suscité des débats sur l’étendue de la gratuité. (France Bleu)
– Mara Pron
Source photo de couverture : ©Pexels
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07.02.2026 à 05:00
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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. Friend : l’« ami » IA qui exploite la solitude et banalise la surveillance permanente Depuis fin janvier, une campagne de publicité pour le collier IA Friend dans le métro parisien — présenté comme […]
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Depuis fin janvier, une campagne de publicité pour le collier IA Friend dans le métro parisien — présenté comme un « ami virtuel » censé lutter contre la solitude — suscite une vive controverse, en particulier à cause de son écoute permanente de l’environnement de la personne qui le porte, des inquiétudes sur la vie privée et des réactions d’internautes qui jugent le concept dystopique ou dangereux pour les relations humaines. (l’Humanité)
Loin d’une théorie du complot sataniste, c’est le caractère tristement banal et systémique qui se cache derrière la publication brute de plus de 3 millions de pages de documents sur le dossier Epstein. Ces fichiers exposent des victimes (noms, photos) tout en laissant les élites protégées par l’opacité du DOJ — le Department of Justice (Ministère de la Justice des États‑Unis) — une gestion critiquée pour noyer l’information sérieuse dans le chaos médiatique. (Mediapart)
Le budget 2026 a été adopté malgré le recours au 49.3 et l’échec des motions de censure (gauche : 260 voix, RN : 135). Il maintient 35 milliards d’euros de coupes, supprime 4 000 postes d’enseignants et exclut certains étudiants des APL, tout en augmentant le budget militaire (+6,7 milliards) (L’Humanité)
Le parquet de Paris a perquisitionné le 3 février les locaux français de X et convoqué Elon Musk et Linda Yaccarino le 20 avril prochain pour des auditions libres dans le cadre d’une enquête sur des images pédopornographiques, des deepfakes sexuels, le négationnisme et l’administration illicite de la plateforme, avec le soutien de l’UNCyber et d’Europol (les Numériques)
Une enquête de Reporterre et StreetPress montre que plusieurs cadres de la Coordination rurale, syndicat agricole dit apolitique, diffusent des propos racistes, climatosceptiques et proches de l’extrême droite, et participent à des actions violentes ou identitaires. (Reporterre / StreetPress)
Lors des Grammys 2026, Bad Bunny et Kendrick Lamar ont remporté des prix majeurs, Lamar devenant le rappeur le plus récompensé de l’histoire. La cérémonie a été marquée par des discours dénonçant la détention de migrants par l’ICE. Des célébrités comme Bad Bunny, Billie Eilish et Kehlani appelant à l’humanité et à l’amour face aux politiques anti-immigration. Un engagement anti-ICE déjà visible au festival de Sundance à travers les propos d’Olivia Wilde et de Natalie Portman. (The Guardian)
L’accord entre Damas et les Forces démocratiques syriennes (FDS) entre en vigueur le 2 février 2026, après trois semaines d’offensives, l’armée syrienne récupère 80% du nord-est, sonnant la fin du rêve d’autonomie kurde. Cet accord prévoit l’intégration des FDS à l’État comprenant : brigades, police locale, gouvernance de la province de Hassaké et une garantie des acquis de ces dernières années pour les Kurdes, malgré une certaine prudence et la crainte de trahison émises par ces derniers. (rfi)
La construction de data centers explose en France, encouragée par l’État et la course à l’IA. Un collectif en recense 350 existants et 47 en projet, tandis que l’ADEME alerte sur leur forte consommation d’énergie et d’eau, menaçant les objectifs climatiques et provoquant des tensions locales. (La Relève et la Peste)
En Norvège arctique, des activistes et Sámies (population autochtone) ont tenu 225 jours de ZAD pour bloquer la mine de cuivre Nussir, dénonçant l’accaparement de leurs terres. Le camp est levé, mais des actions et recours juridiques se poursuivent. (Reporterre)
Une étude montre que 70 % des sols européens contiennent des pesticides, principalement des fongicides. Cette pollution affecte fortement la biodiversité souterraine et perturbe des fonctions essentielles du sol, comme les cycles des nutriments, menaçant durablement les écosystèmes et l’agriculture. (Futura Sciences)
– Mara Pron
Source photo de couverture : pub Friend métro – par une lectrice, avec toutes autorisations
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Mr Mondialisation
Animé par Julien Devaureix, le podcast Sismique sonde auprès de scientifiques, penseur·euses ou acteur·rices contemporain·es les trajectoires de notre société, avec l’ambition de comprendre pourquoi notre société est au pied du mur et à quoi pourra ressembler demain. Retour sur un podcast enrichi par des perspectives de plus en plus diverses. [Temps de lecture : […]
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Les trois ondes qui structurent l’analyse systémique de Julien Devaureix sur les mutations globales. Elles correspondent aux dynamiques interconnectées qui « font bouger le monde » selon lui.
Et les trois grands systèmes qui structurent l’approche de Sismique :

Toute l’originalité de Sismique est de sortir des sentiers battus et de propulser ses auditeur·rices dans de nouvelles réflexions indispensables pour mieux comprendre les articulations qui font le monde d’aujourd’hui et de demain.
Parmi les sujets abordés, on compte des « classiques » comme celui de la déplétion des métaux avec Philippe Bihouix ou de la décroissance avec Vincent Liegey, mais aussi plus récemment sur les « oubliés de l’écologie », traitant des angles morts de l’écologie dominante avec Féris Barkat. Le podcast traite également des problématiques moins médiatiques, mais tout aussi épineuses, comme celles liées à la géopolitique, à l’avenir de la médecine ou encore au risque cybernétique.
À quelques exceptions près « personne ne semble en mesure d’appréhender correctement l’onde de choc qui arrive », explique Julien Devaureix selon qui « le monde va mal ». L’auteur du podcast, qui travaille depuis 15 ans dans le numérique a commencé à s’intéresser aux analyses holistiques de notre monde il y a trois ans environ.
« Je me suis rendu compte que, alors que j’avais une lecture positive de l’avenir, que la situation est bien plus complexe », se souvient-il. Il commence alors à s’intéresser aux symptômes « des multiples crises » en cours ou à venir et qui laissent présager une « phase de correction, avec de nouvelles crises, de nouvelles révolutions » et à étudier les « liens » entre elles.
« Je veux savoir à quoi pourrait ressembler demain, ce qui est probable, souhaitable ou au contraire à éviter, pour décider de comment vivre ma vie aujourd’hui […] »
Pour expliquer sa démarche, il écrit sur Médium : « Je veux savoir à quoi pourrait ressembler demain, ce qui est probable, souhaitable ou au contraire à éviter, pour décider de comment vivre ma vie aujourd’hui : Quelle compétence développer ? Quel travail faire ? Quels liens construire ? Quelle éducation donner, quoi transmettre ? Que faire de mes économies ? Comment consommer ? Sur quoi m’engager ? Comment voter ?… »
Pour découvrir Sismique et suivre Julien, rendez-vous sur son site ou sa page Facebook. Et si vous aimez les Podcasts, vous pouvez également suivre celui d’Alexia Soyeux, Présages, également consacré à l’avenir de la civilisation thermo-industrielle.
– Mr Mondialisation
Source photo de couverture : avec toutes autorisations – Sismique
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Et si l’humanité n’était qu’un élevage destiné à nourrir une autre espèce ? C’est une des réflexions qui intrigue à la lecture du manga à succès, The Promised Neverland. Le duo Kaiu Shirai et Posuka Demizu interroge la domination, l’exploitation et la valeur de la vie — autant de thèmes que ce petit bijou de […]
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Avant L’éthique animale, parlons-en ! un manga pédagogique analysé chez Mr Mondialisation, est paru The Promised Neverland de Kaiu Shirai et Posuka Demizu : un thriller fantastique qui inverse les rôles et questionne avec originalité et sensibilité la domination humaine sur les animaux.
Spoiler alerte ! Cet article contient des révélations sur l’évolution de l’histoire de The Promised Neverland, mais ne dévoile pas son dénouement. La lecture de cet article est tout de même recommandé afin de vous donner l’envie de vous plonger dans ce manga.

C’est sans doute la question principalement posée à la lecture de The Promised Neverland : est-il éthique de continuer à manger des animaux ? Question que l’on pourrait même se poser de manière plus utilitariste : est-il dans l’intérêt des humains de manger des animaux ?
D’un point de vue éthique, la question semble relativement claire : si l’on admet que la consommation de chair animale n’est ni vitale ni indispensable à la santé, alors l’élevage intensif et les conditions de mise à mort d’animaux posent un véritable problème moral. À ce propos, Victor Duran-Le Peuch dénonçait « notre indifférence » à l’égard de l’antispécisme.
Selon L214, près de 1 380 milliards d’êtres sensibles auraient ainsi été tués en 2018 pour l’alimentation, soit environ 3,8 milliards chaque jour. Ces chiffres donnent la mesure d’un phénomène d’une ampleur sans précédent, qui interroge le rapport des sociétés humaines au vivant et à la violence institutionnalisée.

La grande force de The Promised Neverland, c’est qu’il ne se présente à aucun moment comme un outil militant ou comme une idéologie sûre d’elle, mais comme un simple objet de divertissement. Sa mise en situation est pourtant singulière, car elle invite ses dizaines de milliers de lecteurs à projeter — de manière fictive mais ô combien réaliste — l’espèce humaine en tant que bétail destiné à être mangé par des démons, ceux-ci n’étant que le reflet de la société humaine.
L’héroïne Emma est quant à elle le reflet de la militante — ou du militant — révolutionnaire idéale, d’abord ignorante de sa condition d’opprimée, puis éveillée à la cruauté de son monde, et enfin déterminée à changer le monde, parce qu’il n’y a pas d’autre alternative pour la libération collective. The Promised Neverland joue donc sur deux tableaux : la sensibilisation à la cruauté de la production de viande animale d’un côté ; de l’autre, un appel à s’éveiller et à s’élever contre les injustices sociales de ce monde.
Emma est une « adolescente bétail », élevée et enfermée dans une ferme d’élevage de haute qualité, qui lui est présentée comme un simple orphelinat. Ce qu’elle ignore, c’est qu’elle ne sera pas envoyée dans une famille adoptive à ses 13 ans, mais qu’elle sera exécutée et dévorée par des démons.
Emma est un produit de haute qualité, ce qui signifie qu’elle a grandi dans d’excellentes conditions : sorties en plein air, nourriture abondante de qualité, et même traitement plein d’amour et de tendresse de la part de sa « maman », qui est en réalité son éleveuse.
Cette mise en situation est une réponse directe au mythe de l’existence possible d’une viande d’élevage qui serait éthique : si l’humain n’était que du bétail, certainement que de bonnes conditions de vie lui seraient préférables. Mais ni lui, ni aucun autre être sensible, n’accepterait d’être exécuté à un jeune âge.
The Promised Neverland est une inversion de l’anthropomorphisme et de l’anthropocentrisme, à savoir qu’il n’attribue pas aux animaux des comportements humains, et réfute également l’idée d’une supériorité de l’espèce humaine vis-à-vis des autres espèces sensibles.
Au contraire, The Promised Neverland conçoit l’être humain à l’image des animaux d’élevage — un sens de comparaison important — doté de sensibilité aussi bien que poulets ou cochons qui finissent dans les assiettes. Le manga semble ensuite montrer que la domination de l’espèce humaine sur le reste du vivant n’est pas une affaire de supériorité, mais plutôt d’opportunisme.

Kaiu Shirai, auteur de The Promised Neverland, cache-t-il derrière cette fiction un militantisme végan ? À l’échelle individuelle, si tant est qu’Emma reflète sa pensée, Kaiu semble davantage être en proie au doute. L’héroïne, qui apprend à chasser des oiseaux dans une logique de survie, se questionne : « nous ne voulons pas être mangés. Nous voulons vivre. Mais nous aussi, nous avons toujours mangé. Et nous continuerons à devoir manger, pour survivre. »
La force du personnage d’Emma est qu’il est capable de se mettre dans la peau des autres, grâce à sa forte sensibilité et son sens aiguë de la justice. La sensibilité humaine est d’ailleurs la seule échappatoire pour les animaux d’élevage de ce monde, elle seule peut les épargner de l’abattage massif qu’elle leur fait subir, dès lors que les études montrent qu’une alimentation végétarienne, voire 100% végétale, est viable pour l’être humain. Une différence fondamentale avec le cas d’Emma qui est dans une contrainte de survie.
Si le manga, habilement, ne pointe pas du doigt, déculpabilise même les personnes qui mangent de la viande, il incite en revanche à mener collectivement des réflexions antispécistes. C’est là que le manga montre sa portée révolutionnaire, puisque les héros veulent renverser le pouvoir, libérer les individus opprimés — démons et humains compris — d’un système de domination profondément inégalitaire ; conscients que leur salut ne passera que par l’action collective.
Le renversement qui consiste à imaginer un échange de conditions entre les humains et les animaux d’élevage, rappelle les travaux artistiques de Barbara Daniels. Cette irlandaise expatriée à Berlin en Allemagne, a publié un livre illustré et traduit en français, nommé « Le règne animal », où les humains ne sont que d’impuissantes victimes d’un monde dominé par les animaux et leur bon vouloir, aidant à remettre en cause les pratiques spécistes.

La métaphore la plus habile est sans doute celle du « sang maléfique ». Dans The Promised Neverland, les démons pensent être contraints de devoir manger de la viande humaine pour maintenir leur forme physique et mentale. Or, la démone Mujika possède un antidote : son propre sang.
En boire une seule goutte permettrait aux démons de survivre sans devoir s’alimenter de viande humaine. Mais ce sang est diabolisé et défini comme « maléfique » par la classe dominante des démons, peu encline à bouleverser un système qui lui profite, et lui permet de jouir des plaisirs que procurent la viande humaine de haute qualité, réservée aux élites.
La métaphore prend alors tout son sens. L’antidote, « le sang maléfique » ou plutôt « bénéfique », représente la connaissance : ces études scientifiques qui annoncent la viabilité pour l’être humain d’une alimentation végétarienne ou végétalienne, mais aussi comment s’y prendre : alimentation équilibrée, apports caloriques suffisants, supplémentation en vitamine B12, bien que ces impératifs soient aussi vrai pour une alimentation omnivore.
La diabolisation des personnes ayant bu le sang maléfique, est à s’y méprendre avec la diabolisation des écologistes et des militants végans. Ceux qui défendent l’intérêt général sont régulièrement la cible des classes dominantes qui les traitent de « woke », « agressifs » ou même « terroristes ».

Ces attaques et ces manipulations de l’opinion visent à maintenir des systèmes de domination injustes : envers les animaux, mais aussi envers les classes populaires voire moyennes, contraintes économiquement de se nourrir de viande malsaine produite intensivement. Pendant ce temps, les élites se gavent de viande de haute qualité : on se rappelle tous de l’épisode des homards et de ces luxueux dîners financés aux frais de la République et organisés par l’ex-ministre français François de Rugy.
Par ailleurs, il est regrettable que les problèmes écologiques liés à la surproduction de viande humaine dans The Promised Neverland soient inexistants, alors que la pollution mais aussi les dangers sanitaires liés à l’élevage intensif de ce monde, sont des arguments essentiels à la nécessité de réduire drastiquement la consommation de viande.
En effet, ces enfants bétail auraient pu finir, comme la grande majorité des humains, dans une ferme d’élevage intensif, où l’on y trouve des milliers d’enfants légumes engraissés qui n’existent que pour être mangés : « les humains qui naissent là, n’apprennent même pas à parler. Ils n’ont pas de nom. Ils n’ont pas de volonté propre, ni même de raisonnement propre. »
À l’image de ces 75 milliards de poulets tués en 2018 pour l’alimentation selon L214, les humains sont ici perçus comme de la simple marchandise, de la nourriture bon marché, à produire en masse pour répondre aux besoins de la population.
L’argument utilisé par la « maman » est ici celui du « moindre mal ». Puisque la majorité des humains vivent sans exister, les enfants des fermes de haute qualité devraient se satisfaire de leur condition « privilégiée ».
Cette rhétorique du moindre mal est constamment utilisée dans ce monde par les classes dirigeantes : « continuez à nous élire » disent-ils, sinon le pire arrivera, à savoir l’arrivée au pouvoir du fascisme. Celui-là même qu’ils ont fait grandir en accentuant les inégalités sociales.
Ce discours, maintes fois entendu, consiste à se satisfaire du système néolibéral et de ses logiques de domination sur des groupes d’humains et sur le reste du vivant. Ce type de discours, n’est rien d’autre qu’un aveu de résignation et d’indifférence à la souffrance d’autrui.
Abandonner l’ambition de changer le monde, c’est abandonner les plus vulnérables à leur sort. À la lecture de The Promised Neverland, on croirait impossible pour ces enfants victimes de changer le système et d’améliorer leur condition. Pourtant, Emma, activiste révolutionnaire, tentera de vous prouver le contraire.

L’auteur de The Promised Neverland, Kaiu Shirai, ne revendique pas directement une pensée antispéciste, révolutionnaire ou même féministe. Pourtant, ses choix scénaristiques ne laissent place à aucun doute sur son idéal de société. Ce n’est pas un hasard si la protagoniste du manga est une jeune fille, devenue meneuse naturelle grâce à ses qualités sociales, mentales, stratégiques, psychologiques mais aussi physiques.
Emma peut être considérée comme une figure féministe pour ses qualités intrinsèques, mais surtout parce qu’elle évolue dans un groupe où personne ne la dévalorise et ne conteste son aura et son leadership parce qu’elle est femme.
Emma est clairement une militante, une meneuse destinée à changer le monde. Son combat est une sorte de reflet des activistes révolutionnaires de ce monde. Bien qu’elle agisse d’abord pour le bien de sa famille, elle remet constamment en question ce qui est juste ; pour les siens mais aussi pour les autres, et même ses pires ennemis.
« Tuer est-il vraiment le seul moyen [pour les êtres humains de survivre] ? N’y a-t-il pas un autre moyen que la violence ? […] Je ne veux pas qu’un autre humain soit tué. […] Mais cela ne signifie pas que je veuille te tuer. »
Cela dit, Emma n’est pas naïvement pacifiste : si sa tentative de dialogue échoue, elle se résout à prendre les armes, par légitime défense. Ceci est une nouvelle métaphore utile à cet activisme : la voie idéale des combats est toujours la voie pacifique, mais si le pouvoir maintient sa violence, son cynisme et ses menaces sur les droits fondamentaux des humains et sur leur propres vies ; alors le pouvoir devient le seul responsable des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestant.es.
Les dirigeants, tout comme Lewis, décuplent leur violence dès lors qu’ils refusent le dialogue et toute perspective de cesser leur violence première et systémique dont on rappelle que l’agression physique — dans ce monde — n’est pas sa seule forme : la violence institutionnelle est d’abord sociale et économique.
« la peur m’a saisie sans prévenir… des doutes m’ont envahie. était-ce la décision juste ? Ne faisons-nous pas fausse route ? »
Ces doutes, tant qu’ils ne paralysent pas l’action, sont non seulement bénins, mais indispensables à tout activisme politique. Kaiu Shirai se fait ainsi rousseauiste : à l’image du philosophe des Lumières, le mangaka rejette l’idée d’une nature humaine bonne en soi, corrompue uniquement par la société.
Cependant, il considère à travers le personnage d’Emma, que l’être humain possède cette capacité de raisonnement, d’action et de communication, lui permettant de tendre constamment vers la justice sociale, de corriger au mieux les injustices de la nature ou bien celles créées par les sociétés humaines qui auraient fait fausse route.

L’héroïne est tout bonnement un exemple à suivre, notamment pour sa capacité d’écoute, de compréhension des autres, quand bien même iels auraient mal agi. Elle cherche constamment le dialogue et le soutien psychologique. Sa capacité à discuter des problèmes pour les résoudre est une clef essentielle pour, collectivement, mener à bien la révolution : « ouvrons nos cœurs et parlons », dit-elle à Yugo, un homme aigri prêt à la tuer.
« Plus j’y pense et plus je suis convaincue qu’on a pas besoin d’être des ennemis. […] Nous devons nous comprendre et nous aider les uns les autres. »
Grâce à cet état d’esprit, les querelles de la gauche de ce monde seront enfin résolues ? Pas exactement, car Emma emporte avec elle l’ensemble des victimes d’un système qui les oppresse. Sa « maman », qui participe au massacre d’êtres humains malgré tout l’amour qu’elle leur transmet, peut être comparée aux éleveurs de bétail de ce monde.
Ceux-ci élèvent et tuent des animaux, mais ont-ils d’autres choix pour survivre — tant bien que mal d’ailleurs — économiquement ? La « maman » s’est résolue à devenir éleveuse car c’était là le seul moyen de survivre, avant que ne s’ouvre la voie de la révolution : « l’obéissance ne nous donne pas de futur. […] Je ne veux plus être l’esclave de personne », dit-elle.
L’une des principales leçons que donne Emma sur l’activisme, concerne la capacité à dissocier la haine de l’ennemi de celle du système ; ce dernier étant la cible à abattre. Voici les propos d’Emma face à son bourreau ultime, Peter Ratri, l’être humain gagé de perpétuer le système en sacrifiant les « enfant-bétails » :
« Nous ne pardonnons absolument pas. Mais je ne veux pas résoudre la situation en te tuant. […] Nous voulons nous libérer de tout, pas seulement de notre destinée et de notre condition, mais aussi de la haine et de la peur ! »
Emma rappelle que les conditions sociales et les classes ne sont pas choisies : elles sont subies, imposées de l’extérieur. Quiconque se retrouve en position de dominé ou de dominant agit alors selon ses intérêts immédiats, mais surtout selon son conditionnement — son éducation, son formatage social.
Voilà pourquoi la haine envers les dominants a ses limites. Épargner l’adversaire reste un luxe — ou plutôt un objectif ultime — possible uniquement quand il est acculé, en position de faiblesse. C’est d’ailleurs ainsi qu’Emma ouvre le dialogue avec ses bourreaux : une fois qu’elle détient le pouvoir, et que l’adversaire risque de tout perdre.

Cette analyse montre bien à quel point The Promised Neverland est un indispensable. Une œuvre de divertissement, destinée à un public plutôt jeune, qui cache en réalité tout un lot de valeurs, principalement antispécistes et révolutionnaires.
« Le pays imaginaire promis » n’est-il pas celui d’un monde post-révolution ? Ce monde, si lointain mais si accessible à la fois, où l’être humain cesserait d’employer ses logiques de domination sur l’espèce humaine et sur la nature.
– Benjamin Remtoula @Fsociété
Photo de couverture : une des couvertures du manga par Yêu Phim sur ©Flickr
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Elena Meilune
Parler de l’autisme sans les personnes autistes est une habitude profondément ancrée dans nos sociétés. Atyp(oet)ique – Le spectre autistique de A à Z en 250 poèmes prend le contre-pied de cette logique en donnant la parole à celles et ceux qui vivent l’autisme au quotidien. À travers la poésie et l’art graphique, cet ouvrage […]
The post « Atyp(oet)ique » : le spectre de l’autisme en poèmes first appeared on Mr Mondialisation.Conçu par le collectif bénévole aRtistes Anonymes, Atyp(oet)ique est une anthologie gratuite et collaborative, née du besoin urgent de visibilité et de reconnaissance des vécus autistiques. Structuré comme un abécédaire, le recueil rassemble 250 textes et œuvres graphiques originales, rédigés par des personnes autistes ou proches de personnes concernées.
Refusant toute hiérarchisation des vies et toute vision pathologisante, l’ouvrage s’inscrit clairement dans une démarche de sensibilisation, d’inclusion et de lutte contre le validisme. Ici, la poésie devient un outil politique : dire, transmettre, et refuser la normalisation imposée.

Les textes d’Atyp(oet)ique ne cherchent ni l’uniformité ni la performance littéraire. Ils assument au contraire la pluralité des formes, des voix et des rythmes, à l’image du spectre autistique lui-même. Poèmes en vers libres, haïkus, proses poétiques, micro-récits ou témoignages se succèdent et se répondent, chacun portant un fragment de réel. Une diversité formelle qui est une traduction directe de fonctionnements cognitifs multiples, irréductibles à une norme unique.
Le recueil s’attaque frontalement aux représentations dominantes de l’autisme, encore largement façonnées par les clichés médiatiques, le sensationnalisme ou une vision strictement médicale. Ici, pas de figures de génie fantasmé ni de caricatures misérabilistes. Les textes parlent de surcharge sensorielle, de fatigue chronique, de crises, de violence institutionnelle, de diagnostic tardif, de précarité sociale et professionnelle. Ils rappellent que l’autisme n’est pas une métaphore ni une curiosité, mais une réalité vécue, souvent douloureuse, toujours politique.

Atyp(oet)ique se positionne contre le validisme, c’est-à-dire contre l’ensemble des normes et pratiques qui hiérarchisent les existences en fonction de leur conformité à un idéal de performance, d’autonomie et de productivité. De nombreux textes dénoncent l’injonction au camouflage, l’exclusion scolaire, le chômage massif des personnes autistes, ainsi que les maltraitances ordinaires dans les sphères médicale et sociale. Le recueil rappelle que ce ne sont pas les personnes autistes qui sont inadaptées, mais les environnements qui refusent de s’adapter.
Pour beaucoup d’auteur·ices, l’écriture apparaît comme un outil vital : un moyen de régulation, de compréhension de soi, mais aussi de reprise de pouvoir sur un récit trop souvent confisqué. La poésie devient un espace où la parole peut exister sans être corrigée, interprétée ou disqualifiée. En ce sens, Atyp(oet)ique ne relève pas seulement de la création artistique, mais aussi d’une démarche de soin collectif, non médicalisé, fondé sur l’écoute et la bienveillance.

Entièrement bénévole, gratuit, diffusé hors de toute logique marchande, le projet revendique une organisation horizontale et inclusive. Il fait le choix conscient de l’accessibilité, notamment par une attention portée à la lisibilité des textes et à l’explicitation de certains termes. En refusant toute récupération commerciale ou institutionnelle, Atyp(oet)ique affirme que la visibilité des personnes autistes ne doit pas être conditionnée à leur rentabilité ou à leur conformité.
Le principe politique et éthique du « rien sur nous sans nous » est revendiqué de longue date par les mouvements de personnes neurodivergeantes et en situation de handicap. Trop souvent, l’autisme est raconté par des experts, des institutions ou des proches, au détriment des personnes directement concernées. Ce recueil opère un renversement clair : ici, ce sont les personnes autistes qui parlent d’elles-mêmes, avec leurs mots, leurs formes, leurs silences et leurs colères. Il s’agit d’une auto-représentation qui conditionne la justesse du propos. Elle rappelle que toute réflexion sur l’autisme, toute politique publique, toute démarche de soin ou d’inclusion qui exclut les premiers concernés est non seulement illégitime, mais structurellement violente.

À l’heure où les discours sur l’inclusion restent trop souvent déclaratifs, Atyp(oet)ique apporte une matière brute, incarnée, impossible à ignorer. Il ne demande pas la compassion, mais la reconnaissance. Il ne cherche pas à rassurer, mais à faire comprendre. Ce recueil s’adresse autant aux personnes concernées qu’à celles qui ne le sont pas encore – parce qu’il est temps que la société accepte de remettre en question ce que l’on appelle encore, trop facilement, la « normalité ».
– Elena Meilune
Image d’en-tête : Autism Spectrum Disorder
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