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02.07.2026 à 06:00

Neurodivergence : le poids du stress minoritaire chez les personnes autistes

Elena Meilune

De plus en plus de chercheurs mobilisent aujourd’hui le concept de stress minoritaire pour explorer les effets de la stigmatisation, de la discrimination et de l’exclusion sociale sur la santé mentale des personnes autistes. Développé à l’origine pour étudier les conséquences des préjugés subis par d’autres groupes minorisés, ce modèle ouvre de nouvelles pistes pour […]

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Texte intégral (3808 mots)

De plus en plus de chercheurs mobilisent aujourd’hui le concept de stress minoritaire pour explorer les effets de la stigmatisation, de la discrimination et de l’exclusion sociale sur la santé mentale des personnes autistes. Développé à l’origine pour étudier les conséquences des préjugés subis par d’autres groupes minorisés, ce modèle ouvre de nouvelles pistes pour comprendre certaines formes de souffrance psychique fréquemment observées au sein de cette population.

L’article précédent de ce dossier montrait que les troubles anxieux et dépressifs observés chez les personnes neurodivergentes n’apparaissent pas de manière soudaine, mais se construisent progressivement au fil des expériences de vie. Parmi les différentes hypothèses proposées pour comprendre ce phénomène, le modèle du stress minoritaire occupe aujourd’hui une place croissante dans la littérature scientifique consacrée à l’autisme.

Initialement développé pour étudier les effets de la discrimination sur les minorités sexuelles et de genre, il postule que l’appartenance à un groupe social stigmatisé peut engendrer une forme spécifique de stress chronique susceptible d’altérer la santé mentale.

Le stress chronique : un constat bien établi, des mécanismes incertains

Des niveaux de stress plus élevés chez les personnes autistes

Les personnes autistes rapportent fréquemment davantage de stress que la population générale. Une revue systématique de 31 études publiée en 2022 conclut que les personnes autistes présentent de façon constante des niveaux plus élevés de stress émotionnel – un phénomène cliniquement significatif selon les auteurs. Si ce constat ne fait plus réellement débat, en revanche, les mécanismes à son origine restent beaucoup plus difficiles à identifier.

Des marqueurs biologiques étonnamment incohérents

Lorsqu’on s’intéresse aux marqueurs biologiques du stress, les résultats deviennent beaucoup moins clairs. La même revue a examiné les recherches portant sur le cortisol (la principale hormone du stress). Certaines études observent une réponse accrue au stress, d’autres une réponse atténuée, tandis que plusieurs ne trouvent aucune différence significative avec les groupes témoins.

« Aucun profil biologique unique du stress »

Les rares études disponibles chez les adultes autistes rapportent même souvent des profils de cortisol globalement comparables à ceux de la population générale. Les auteurs concluent ainsi qu’aucun profil biologique unique du stress ne se dégage actuellement de la littérature.

Une forte variabilité entre les individus

Ces constats rejoignent ceux d’une synthèse publiée en 2022 dans Frontiers in Neuroscience, consacrée au fonctionnement du système de stress chez les enfants et adolescents autistes.

Les auteurs y explorent un large éventail de mécanismes biologiques susceptibles d’être impliqués dans le stress : axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, système nerveux autonome, réponses immunitaires, altérations cérébrales observées en neuroimagerie, mécanismes épigénétiques ou encore effets du stress précoce. Pourtant, malgré cette diversité d’approches, aucun consensus ne se dégage quant au fonctionnement du système de stress dans l’autisme.

Certaines études mettent en évidence une hyperactivation du système de stress, d’autres une hypoactivation. Là encore, les résultats sont très hétérogènes. L’un des constats les plus récurrents est l’importante variabilité observée entre les individus autistes, tant dans les niveaux de cortisol que dans les réponses aux différents stresseurs.

Pour expliquer ces divergences, les auteurs soulignent l’hétérogénéité des populations étudiées : âge, stade développemental, sévérité des difficultés, troubles associés, traitements médicamenteux. Ils évoquent également les différences méthodologiques (taille des échantillons, nature des stresseurs utilisés). Si leur cadre théorique demeure principalement biologique, leurs résultats montrent surtout la difficulté à identifier un mécanisme simple et universel.

Comprendre le stress suppose aussi d’observer l’environnement social / Crédit : Rawpixel

Les limites des approches biologiques

Les études citées ici s’inscrivent en effet dans un champ de recherche principalement orienté vers l’identification de mécanismes biologiques explicatifs. Or, malgré la diversité des approches mobilisées et l’accumulation des travaux, aucune signature biologique cohérente et généralisable ne permet aujourd’hui d’expliquer à elle seule les niveaux élevés de stress rapportés par les personnes autistes.

Lorsque le stress rapporté est robuste mais que les marqueurs biologiques demeurent contradictoires ou très variables, il devient légitime d’examiner davantage les expériences vécues et les conditions dans lesquelles évoluent les personnes concernées.

Ces résultats sont ainsi compatibles avec le fait que les environnements sociaux jouent un rôle important dans le développement et le maintien du stress chronique. C’est précisément cette question qu’aborde le modèle du stress minoritaire, aujourd’hui largement mobilisé pour comprendre les effets de la stigmatisation, de la discrimination et de l’exclusion sociale sur la santé mentale des groupes minorisés.

Le stress minoritaire : une forme particulière de stress

Un modèle développé pour comprendre les effets de la stigmatisation

Le stress minoritaire désigne le stress chronique que peuvent subir les personnes appartenant à des groupes socialement minorisés en raison des préjugés, de la discrimination, du rejet ou encore de la nécessité de rester vigilantes face à d’éventuelles attitudes hostiles.

Selon ce modèle, ces personnes ne sont pas seulement confrontées aux difficultés ordinaires de la vie quotidienne ; elles doivent également faire face à des facteurs de stress supplémentaires liés à leur statut minoritaire. Initialement développé dans les recherches sur les minorités sexuelles et de genre, ce modèle a reçu un soutien empirique important.

Une revue systématique publiée en 2025, portant sur 59 études, a montré que le stress minoritaire chez les minorités sexuelles et de genre était associé à un large éventail d’indicateurs : santé physique, sommeil, système immunitaire, santé cardiovasculaire, métabolisme, système hormonal, santé cérébrale, charge allostatique (usure biologique cumulée liée au stress chronique sur l’organisme, résultant des efforts d’adaptation répétés à un environnement), régulation épigénétique et transcriptionnelle.

Ces résultats suggèrent que les effets du stress minoritaire peuvent dépasser largement le cadre du seul bien-être psychologique.

L’application du modèle à l’autisme

Les travaux sur le stress minoritaire ont progressivement conduit plusieurs chercheurs à appliquer ce cadre théorique à l’autisme. Pendant longtemps, les difficultés psychologiques observées chez les personnes autistes ont principalement été interprétées comme des conséquences directes de l’autisme lui-même. Les facteurs sociaux susceptibles de contribuer à cette souffrance ont été relativement peu étudiés.

Une étude publiée en 2020 dans Society and Mental Health a proposé d’aborder la question sous un angle différent. Les auteurs soulignent que de nombreuses personnes autistes considèrent l’autisme comme une composante importante de leur identité et peuvent, à ce titre, être exposées à des formes de stigmatisation comparables à celles observées dans d’autres groupes minorisés.

Réalisée auprès de 111 adultes autistes, l’étude montre que la discrimination quotidienne, la stigmatisation internalisée et la dissimulation de caractéristiques autistiques (camouflage social) sont associées à une santé mentale plus fragile, même après prise en compte de l’exposition générale au stress. Les auteurs concluent que :

« Le modèle du stress minoritaire constitue une piste pertinente pour comprendre l’augmentation des difficultés psychologiques observées dans cette population. »

Quid des personnes autistes non diagnostiquées ?

Une hypothèse mérite d’être envisagée concernant les personnes autistes non diagnostiquées. Le stress minoritaire ne suppose pas nécessairement que l’individu se reconnaisse lui-même comme membre d’un groupe minorisé.

Souvent, le contexte de vie conduit inopinément à une auto-exclusion des individus stigmatisés qu’un diagnostic soit posé ou non / Crédit : Pexels

Une personne peut être perçue comme différente, subir des formes de rejet, d’incompréhension ou de discrimination liées à ses caractéristiques autistiques, sans disposer du moindre cadre pour interpréter ces expériences. Être régulièrement perçu comme étrange, maladroit, inadapté ou incompréhensible sans comprendre l’origine de ces réactions expose à un sentiment chronique de décalage.

L’absence de diagnostic ne protégerait donc pas du stress minoritaire. Elle pourrait au contraire amplifier certains de ses effets en transformant des expériences répétées de rejet ou d’incompréhension en preuves apparentes d’une défaillance personnelle. Dans cette perspective, une partie des troubles anxieux ou dépressifs observés chez certaines personnes autistes pourrait d’autant plus résulter de l’accumulation de ces expériences sociales négatives et de leur intériorisation découlant indirectement de l’errance diagnostique.

Des formes de marginalisation qui peuvent se cumuler

Les recherches récentes soulignent également que la neurodivergence peut aussi s’inscrire dans des trajectoires marquées par d’autres formes de minorisation. Une étude publiée en 2025 dans Autism in Adulthood, menée auprès de plus de 2 000 étudiants canadiens a montré que les personnes neurodivergentes étaient davantage représentées parmi les minorités sexuelles et de genre ainsi que parmi d’autres groupes s’écartant des normes sociales dominantes.

Dans cette cohorte, l’association entre neurodivergence et détresse psychologique variait selon plusieurs caractéristiques sociales, dont le genre, le revenu, l’origine ethnique et l’appartenance à une minorité linguistique. Les étudiants neurodivergents appartenant simultanément à plusieurs groupes minorisés rapportaient notamment davantage d’expériences de discrimination. Différentes formes de marginalisation pourraient ainsi se superposer et contribuer à accroître la vulnérabilité psychologique.

L’intériorisation de la stigmatisation

Une étude publiée en mai 2026 dans Autism, menée auprès de 831 adultes autistes apporte un éclairage supplémentaire sur les mécanismes par lesquels le stress minoritaire peut affecter la santé mentale. Les chercheurs ont observé que la stigmatisation liée à l’autisme, lorsqu’elle est intériorisée, est associée à davantage de solitude émotionnelle et sociale, laquelle est elle-même liée à une augmentation du stress et à une moindre satisfaction de vie.

Les auteurs suggèrent ainsi que les effets de la stigmatisation ne se limitent pas aux discriminations extérieures : ils peuvent progressivement s’intégrer à l’image que les personnes ont d’elles-mêmes et contribuer durablement à leur mal-être psychologique.

Parmi les stratégies développées pour faire face à la stigmatisation figure notamment le camouflage des traits autistiques, déjà abordé dans un précédent article de ce dossier. Une étude publiée en 2024 dans Autism in Adulthood, menée auprès de 412 adultes autistes transgenres et/ou non binaires suggère que le stress lié à l’appartenance à une minorité autiste ou de genre, ainsi que les stratégies de camouflage, sont associés à des niveaux plus élevés de dépression, d’anxiété, de stress et de stress post-traumatique.

La « psychophobie » ou le « validisme » banalisés au quotidien peuvent briser la confiance en soi et en autrui / Crédit : Pexels

Les auteurs observent notamment que les préjugés « anti-autistes » intériorisés, la discrimination quotidienne et le camouflage demeurent des facteurs significativement associés à plusieurs indicateurs de santé mentale.

Quand le sentiment d’appartenance s’effondre

Un risque suicidaire nettement plus élevé

Plusieurs travaux ont également mis en évidence un risque accru d’automutilation, de tentative de suicide et de décès par suicide chez les personnes autistes.

« Un risque de tentative de suicide plus de trois fois supérieur »

Une vaste étude de cohorte menée au Danemark auprès de plus de 6,5 millions de personnes, publiée en 2021 dans JAMA Network Open, a montré que les personnes autistes présentent un risque de tentative de suicide plus de trois fois supérieur à celui observé dans la population générale. L’étude met en évidence un risque particulièrement élevé chez les femmes autistes, dont le taux de tentative de suicide apparaît plus de quatre fois supérieur à celui des hommes autistes.

Plus de 90 % des personnes autistes ayant tenté de se suicider présentaient au moins un autre trouble psychiatrique associé, en sachant que ces troubles se développent souvent avec le temps, après de longues années d’exclusion et de stigmatisation, comme nous le montrions dans les articles précédents de ce dossier.

Les femmes autistes : une vulnérabilité particulière

Une étude de cohorte réalisée au Canada sur près de 380 000 personnes, publiée en 2023 dans JAMA Network Open apporte des éléments complémentaires. Les auteurs ont observé que les femmes autistes présentaient un risque de comportements d’automutilation supérieur de 83 % à celui des femmes non autistes, tandis que le risque était augmenté de 47 % chez les hommes autistes comparativement aux hommes non autistes.

Les auteurs soulignent l’importance de ne pas considérer les comportements suicidaires comme une conséquence directe ou inévitable de l’autisme. Ici aussi, les troubles psychiatriques associés apparaissent comme des facteurs explicatifs majeurs, invitant à s’intéresser davantage aux conditions susceptibles de favoriser leur développement.

Concernant la vulnérabilité accrue des femmes autistes, il serait également pertinent de s’intéresser au rôle des normes de genre dans une société encore largement structurée par des rapports de domination masculine.

Les femmes autistes ne sont pas seulement exposées au stress lié à la neurodivergence, elles évoluent également dans un environnement où les attentes pesant sur les femmes en matière de sociabilité, d’empathie, de disponibilité émotionnelle ou de conformité comportementale demeurent particulièrement fortes. La combinaison de ces contraintes contribue à accroître leur charge psychologique.

Camouflage, exclusion et besoins de soutien non satisfaits

D’autres travaux ont cherché à identifier les facteurs spécifiquement associés au risque suicidaire chez les adultes autistes. Une étude publiée en 2018 dans Molecular Autism a notamment mis en évidence plusieurs facteurs significativement associés au risque suicidaire chez les adultes autistes, parmi lesquels le camouflage des traits autistiques, les besoins de soutien non satisfaits, les antécédents d’automutilation et certaines difficultés psychologiques associées.

Plusieurs de ces facteurs renvoient ainsi directement à l’environnement social dans lequel évoluent les personnes autistes. Le camouflage, par exemple, est une stratégie développée pour éviter le rejet ou la stigmatisation. Les besoins de soutien non satisfaits renvoient quant à eux aux difficultés d’accès aux ressources, aux accompagnements et aux aménagements nécessaires. Si l’on retire le bruit des préjugés, combien de souffrances attribuées à l’autisme relèvent en réalité de la manière dont nos sociétés traitent celles et ceux qui s’écartent des normes ?

Elena Meilune

Références

• van der Linden, K., Simons, C., van Amelsvoort, T., et al. (2022). Emotional stress, cortisol response, and cortisol rhythm in autism spectrum disorders: A systematic review. Research in Autism Spectrum Disorders, 98, 102039.

• Makris, G., Agorastos, A., Chrousos, G. P., & Pervanidou, P. (2022). Stress System Activation in Children and Adolescents With Autism Spectrum Disorder. Frontiers in Neuroscience, 15, 756628.

• Flentje, A., Sunder, G., & Tebbe, E. (2025). Minority stress in relation to biological outcomes among sexual and gender minority people: A systematic review and update. Journal of Behavioral Medicine, 48(1), 22–42.

• Botha, M., & Frost, D. M. (2020). Extending the Minority Stress Model to Understand Mental Health Problems Experienced by the Autistic Population. Society and Mental Health, 10(1), 20–34.

• Bayeh, R., & Ryder, A. G. (2025). Neurodiversity, Minority Status, and Mental Health: A Quantitative Study on the Experiences of Culturally Diverse University Students in Canada. Autism in Adulthood, 7(4), 447–461.

• van Asselt, A., Roke, Y., & Scheeren A. M. (2026). Extending the Minority Stress Model of Autism: Internalized Stigma and Loneliness as Predictors of Stress and Life Satisfaction. Autism, 30(6).

• White, L. C. J., Vel Ixqe, K., Gillespie-Smith K.. (2024). Minority Stress, Camouflaging, and Mental Health Outcomes in Transgender and/or Non-binary Autistic Adults. Autism in Adulthood, 8(3).

• Kõlves, K., Fitzgerald, C., Nordentoft, M., et al. (2021). Assessment of Suicidal Behaviors Among Individuals With Autism Spectrum Disorder in Denmark. JAMA Network Open, 4(1).

• Lai, M.-C., Saunders, N. R., Huang, A., et al. (2023). Self-Harm Events and Suicide Deaths Among Autistic Individuals in Ontario, Canada. JAMA Network Open, 6(8).

• Cassidy, S., Bradley, L., Robinson, J., & Baron-Cohen, S. (2018). Risk markers for suicidality in autistic adults. Molecular Autism, 9, 42.

  • and Education, 16(1), 1–31.

Photo de couverture : Rawpixel

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01.07.2026 à 06:00

Et si écouter l’autre était un acte anticapitaliste ?

Mr Mondialisation

Dans l’ouvrage L’expulsion de l’autre du philosophe sud-coréen et allemand Byung-Chul Han, la société postmoderne apparaît comme aliénante. De là, sont développées des réflexions philosophiques,  critiques des logiques capitalistes, de surconsommation et de mondialisation. Dans cet essai incisif, la pratique de l’écoute d’autrui se dégage comme une voie à suivre. De l’isolement produit par le […]

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Texte intégral (2114 mots)

Dans l’ouvrage L’expulsion de l’autre du philosophe sud-coréen et allemand Byung-Chul Han, la société postmoderne apparaît comme aliénante. De là, sont développées des réflexions philosophiques,  critiques des logiques capitalistes, de surconsommation et de mondialisation. Dans cet essai incisif, la pratique de l’écoute d’autrui se dégage comme une voie à suivre.

De l’isolement produit par le néolibéralisme à l’effacement du lien à l’autre, Byung-Chul Han montre comment les logiques économiques façonnent nos existences. Son analyse conduit finalement à une question centrale : quelles conditions rendent encore possible une véritable vie commune ?

Désir de paix

L’une des premières phrases choc de Byung-Chul Han concerne le désir de paix, qui est assez communément partagé : un récent sondage IFOP révèle qu’environ 70% de la population française se positionne en soutien à la participation de leur pays aux opérations de maintien de la Paix avec l’ONU. Un désir pacifique partagé, mais des plans d’actions qui entrent en contradiction.

D’un point de vue de sécurité intérieure, de nombreux pays occidentaux se « protègent » derrière l’OTAN et les politiques interventionnistes des États-Unis, une protection qui à moyen-terme ne fait qu’augmenter les tensions et les risques de conflits généralisés. 

Réunion du G7 avec le secrétaire général de l’OTAN, 2025. Crédit : NATO (Flickr).

Mais la sécurité ne dépend pas uniquement des relations internationales. L’accroissement de la pauvreté, de la précarité, des discriminations ou encore des politiques d’exclusion à l’égard des étrangers alimente également les tensions au sein des sociétés. Loin de favoriser une paix durable, ces dynamiques nourrissent les fractures sociales et créent un terrain propice aux conflits.

Dans ce contexte, renforcer les politiques néolibérales au nom du pragmatisme ou d’une posture prétendument pacificatrice – « ni de droite ni de gauche », de « bon sens » face aux « extrêmes », à l’image du positionnement défendu par Raphaël Glucksmann – ne constitue pas une réponse neutre. Une telle orientation contribue à approfondir les inégalités produites par le libre marché et s’accompagne souvent d’une vision interventionniste des relations internationales, susceptible d’alimenter davantage les tensions qu’elle ne les résout.

Byung-Chul Han se veut ainsi extrêmement critique de la position de Kant, selon qui la paix s’installera forcément à travers « l’esprit commercial », car ce dernier serait incompatible avec la guerre. Le philosophe coréen considère au contraire que cette paix ne peut être que temporaire : c’est « la puissance de l’argent » qui contraint à la paix pour ses propres intérêts

Plus pertinent encore, Byung-Chul Han nomme la paix instaurée par la force de l’esprit commercial, une paix géographiquement limitée : la zone de bien-être est en effet entourée de barrières, de camps de concentration pour personnes migrantes et de théâtres de guerre. Une paix qui n’est donc qu’illusion et réservée à un groupe privilégié.

Pour le philosophe, la paix est au contraire permise par l’hospitalité, en tant que « promesse de réconciliation ». Selon lui, c’est la capacité d’accueil d’une société qui permet de mesurer son degré de civilité.

Crédit : Society for Medical Anthropology.

Aliénation et société de consommation 

Pour Byung-Chul Han, le système néolibéral est extrêmement dangereux, génère angoisse et insécurité, mais il isole surtout l’individu qui devient « un entrepreneur isolé de lui-même » :

« Ce processus d’isolement, accompagné d’un effritement de la solidarité et d’une concurrence généralisée, engendre de l’angoisse. La logique perfide du néolibéralisme veut que l’angoisse augmente la productivité. »

Le concept d’isolement est d’autant plus lisible dans notre rapport d’aliénation du travail, empêchant le travailleur de se réaliser. Byung-Chul Han perçoit même son travail comme « une annulation continue de soi », dont l’aliénation serait synonyme de mise en extériorité de l’objet produit par le travailleur : « celui-ci ne se reconnaît plus ni dans son produit, ni dans sa propre activité ». Ce que le travailleur produit lui est ainsi retiré : il devient « d’autant plus pauvre que sa quantité de production est riche ».

Le philosophe ajoute que nous vivons dans une société postmarxiste, où l’exploitation n’est plus seulement vérifiable sous la forme d’aliénation, mais plutôt sous la forme d’une dite « liberté », « autoréalisation » et « optimisation de soi ». Une liberté qu’il décrit comme fatale car elle ne rend plus possible aucune forme de résistance, de révolution. Byung-Chul Han parle donc d’une « auto-aliénation destructive », dès lors que l’individu perçoit son propre corps et son propre être comme objet fonctionnel à optimiser. 

L’aliénation du travail se manifeste alors de manière pathologique : anorexie, boulimie, binge eating, burn-out, dépression, sont autant de symptômes d’une « auto-aliénation croissante » selon l’auteur. La cause de ces troubles est souvent ramenée à la culpabilité individuelle : gestion du stress, manque d’activité physique, etc. L’injonction au bien-être agit comme un camouflage des véritables causes du mal-être.

L’importance de l’écoute

En conclusion, la capacité à écouter apparaît comme une forme de pratique décisive de résistance à un système néolibéral, lui-même destructeur du lien social, du bien-être et du sens à donner aux vies. L’écoute n’est pas une action passive mais bel et bien active. Selon Byung-Chul Han :

« écouter est une offre, un don, cela aide l’autre à prendre la parole ».

L’écoute précède même la parole, selon lui : « L’écoute invite l’autre à parler, elle lui ouvre un espace pour son altérité ». Elle peut même pousser les personnes à exprimer des pensées qui ne seraient jamais apparues en l’absence d’écoute.

Comment ne pas évoquer la communication digitale et les réseaux sociaux, qui paradoxalement nous mettent en réseau et, par la même, nous isolent : « je me procure les informations sur la toile, ainsi je ne dois pas m’adresser à un interlocuteur personnel. » Dans ce sens, en l’absence de l’autre, la communication se transforme en « échange accéléré d’informations, ce qui n’établit pas de relations, mais seulement des connexions ».  

Or, le relationnel est indispensable au discours politique : « l’espace politique est un espace où je rencontre les autres, je parle avec les autres et je les écoute ». C’est pourquoi Byung-Chul Han considère que l’écoute a une dimension politique, c’est une « participation active à l’existence des autres, mais aussi à leurs souffrances »

En revanche, il semble qu’aujourd’hui nous écoutons tant de choses mais perdons de plus en plus la capacité à écouter les autres et leurs douleurs : chacun·e est seul·e avec soi-même, « la souffrance est privatisée et individualisée », il n’existe plus de liens entre la souffrance de l’un et de l’autre, jusqu’à ignorer « la dimension sociale de la souffrance ».

Un constat pessimiste qui ne signifie pas que tout espace de lien social a disparu, mais la tendance semble indéniable. Surtout, les organes de pouvoir du régime néolibéral y ont tout à fait intérêt, afin de paralyser socialisation et politisation. En effet, la politisation induit le passage du privé au public, alors qu’aujourd’hui « le public se dissout peu à peu dans le privé ». 

Livre « L’expulsion de l’autre » de Byung-Chul Han dans sa version italienne. Crédit : Fsociete.fr

Pour conclure, quoi de mieux que la délicate mais incisive plume de Byung-Chul Han :

« La bruyante société de la fatigue est sourde. La société à venir pourrait être en revanche celle de l’écoute et de l’attention […] L’actuelle crise du temps ne concerne pas l’accélération, mais plutôt la totalisation du temps de soi. Le temps de l’autre se soustrait à la logique de l’amélioration des performances et de l’efficacité […] La politique néolibérale du temps élimine le temps de l’autre, considéré comme un temps improductif […], elle élimine aussi le temps de la fête, le temps de la célébration, qui échappe à la logique de production. Le temps festif est à proprement parler improductif. A l’opposé du temps de soi, qui nous rend seuls et nous isole, le temps de l’autre institue une communauté. Ce temps là, par conséquent, est un bon temps. »

Benjamin Remtoula (Fsociete.fr)


Photo de couverture : Priscilla Du Preez (Unsplash)

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30.06.2026 à 06:00

Routes vivantes : protéger les animaux sur les routes

Mr Mondialisation

Chaque année, des centaines de millions d’animaux domestiques et sauvages meurent sur les routes européennes. Une étude datant de 2020 estime que près de 194 millions d’oiseaux et 29 millions de mammifères  – sans parler des insectes dont l’hécatombe se comptent en milliards – sont victimes de collisions avec des véhicules chaque année, faisant des […]

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Texte intégral (3133 mots)

Chaque année, des centaines de millions d’animaux domestiques et sauvages meurent sur les routes européennes. Une étude datant de 2020 estime que près de 194 millions d’oiseaux et 29 millions de mammifères  – sans parler des insectes dont l’hécatombe se comptent en milliards – sont victimes de collisions avec des véhicules chaque année, faisant des infrastructures routières l’une des pressions majeures sur la biodiversité.

Cette mortalité reste largement absente du débat public. Aucun numéro d’urgence pour la faune sauvage, aucun service de secours ouverts 24h/24, ce qui semble pourtant une nécessité absolue au vu de la mortalité animale ces soixante-dix dernières années.

Hibou moyen duc sur une route – source : Valentin Marcheguay

Hérissons, écureuils, amphibiens, rapaces, renards ou encore blaireaux disparaissent dans une relative indifférence… C’est pour replacer le vivant au cœur de nos mobilités qu’est née Routes Vivantes. Pour Mr Mondialisation, Baptiste Trény, cofondateur de l’association Routes Vivantes, expose les solutions possibles pour repenser notre rapport aux routes.

Entretien avec l’association Routes Vivantes

Mr Mondialisation : Pouvez-vous présenter Routes Vivantes et expliquer comment est née l’association ?

Baptiste Trény : « Routes Vivantes est une association créée fin 2025 pour lutter contre la mortalité de la faune sur les routes. Nous agissons autour de trois axes : sensibiliser le public, accompagner les décideurs dans leurs politiques d’aménagement et soutenir les actions de terrain ainsi que la recherche scientifique.

Stickers de Routes Vivantes – que vous pouvez acheter sur le site !

L’idée est née en 2023, après un appel lancé sur les réseaux sociaux face à l’impuissance ressentie devant le nombre d’animaux tués sur les routes. Ce message a suscité une forte mobilisation et, avec Amélie Boulay et Jean-Michel Ledey, nous avons transformé cette dynamique en association. Aujourd’hui, Routes Vivantes rassemble déjà plus de 230 adhérents partout en France. »

Mr Mondialisation : Pourquoi la mortalité de la faune sur les routes est-elle devenue un sujet d’engagement pour vous ?

Baptiste Trény : « J’ai toujours été très attaché au vivant. En observant la nature, notamment à travers la photographie animalière, je suis confronté quotidiennement aux animaux victimes de la route. Les hérissons, écureuils, blaireaux, renards ou chouettes déclinent aussi à cause des collisions routières.

« À force, il m’est devenu impossible de considérer cela comme une fatalité. »

Beaucoup de membres de l’association partagent cette sensibilité : quand on aime le vivant, on ne peut accepter de le voir disparaître dans l’indifférence. Heureusement, tout reste à construire et chaque action peut avoir un impact. »

Mr Mondialisation : Dispose-t-on aujourd’hui de données fiables sur l’ampleur du phénomène en France ?

Baptiste Trény : « Oui. Le constat est désormais bien documenté : plus de 200 millions d’animaux sont tués chaque année sur les routes européennes, dont près de 2 millions de hérissons en France. Les données proviennent notamment des associations, des centres de soins, de l’OFB ou du Cerema.

Elles sous-estiment cependant la réalité, car beaucoup d’animaux disparaissent rapidement après leur mort ou succombent plus tard à leurs blessures. Notre ambition est de centraliser ces connaissances, de les harmoniser et de soutenir les initiatives locales afin de construire un outil scientifique de référence. »

Mr Mondialisation : Quelles sont les principales actions que mène Routes Vivantes sur le terrain ?

Baptiste Trény : « Notre priorité est aujourd’hui de structurer l’association et son réseau de bénévoles. Nous avons déjà diffusé plus de 500 stickers de sensibilisation, développons des groupes locaux et préparons un réseau de référents départementaux.

Nous travaillons également sur une grande exposition photographique itinérante qui mêlera art et pédagogie pour sensibiliser le grand public. Elle sera alimentée par un concours photo national et sera présentée dans des écoles, collectivités et festivals, notamment au FIFO en 2026. »

Renard qui traverse la route – source Stéphane Raimond – Objectif Loutres

Mr Mondialisation : Comment l’association est-elle financée ? Recevez-vous des subventions publiques ou des dons privés ?

Baptiste Trény : « Notre fonctionnement repose essentiellement sur les adhésions et les dons de nos membres. L’association fonctionne aujourd’hui entièrement grâce au bénévolat.

Nous avons également bénéficié du soutien d’un parrain fondateur, Rodolphe Landemaine, qui nous permet d’envisager une montée en puissance de notre organisation. À terme, nous chercherons aussi des financements pour développer notre exposition photo grâce au mécénat, aux subventions privées et aux partenariats. »

Mr Mondialisation : Selon vous, les pouvoirs publics prennent-ils suffisamment en compte l’impact des infrastructures routières sur la biodiversité ?

Baptiste Trény : « Non, pas à la hauteur des enjeux. Des initiatives existent, mais la biodiversité reste encore trop souvent secondaire dans les décisions d’aménagement.

« Les routes sont principalement pensées pour répondre aux besoins humains, alors qu’elles fragmentent les habitats et provoquent la mort de millions d’animaux. »

Le problème est aussi culturel : nous sommes largement déconnectés du vivant. Pourtant, des mesures simples pourraient être mises en œuvre rapidement, comme intégrer une formation à la protection de la faune dans le permis de conduire. Chaque année, près de 1,5 million de nouveaux conducteurs sont formés en France : c’est un levier considérable pour faire évoluer les comportements. »

Mr Mondialisation : Quelles mesures concrètes les collectivités pourraient-elles mettre en place pour réduire les collisions avec la faune sauvage ?

Baptiste Trény : « Il n’existe pas de solution unique, mais un ensemble d’actions complémentaires. Les collectivités peuvent sensibiliser les habitants, installer une signalisation adaptée, créer des corridors écologiques, des passages à faune ou encore préserver les continuités entre les jardins pour les petits mammifères. Elles peuvent aussi adapter l’usage de certaines routes lors des périodes sensibles ou repenser leur réseau lorsque cela est pertinent. »

« Chez Routes Vivantes, nous avons recensé plus d’une cinquantaine de mesures concrètes et souhaitons, à terme, créer un label pour valoriser les territoires engagés en faveur du vivant. »

Mr Mondialisation : Avez-vous le sentiment que les enjeux de biodiversité sont suffisamment intégrés dans les politiques d’aménagement du territoire ?

Baptiste Trény : « Clairement non. Si c’était le cas, de nombreuses associations de protection de la nature n’auraient plus lieu d’être. Malgré les discours, la biodiversité reste souvent une variable d’ajustement dans les projets d’aménagement, alors qu’elle devrait être un élément central de la réflexion.

Face au déclin du vivant, nous devons faire preuve de davantage d’ambition et intégrer pleinement ces enjeux dans nos choix d’aménagement et de développement. »

Putois d’Europe en balade – Source : Stéphane Raimond

Mr Mondialisation : Rencontrez-vous des résistances, qu’elles soient politiques, économiques ou culturelles, lorsque vous portez vos propositions ?

Baptiste Trény : « Nous rencontrons finalement peu d’opposition. Le sujet parle à beaucoup de monde, car chacun a déjà été confronté à un animal tué sur la route. Les principaux freins sont davantage le découragement et le sentiment que le problème est trop vaste. Notre conviction est inverse : chaque vie sauvée compte.

Les obstacles économiques, politiques ou culturels peuvent être dépassés grâce au dialogue, à la sensibilisation et à des solutions adaptées. Nous constatons aujourd’hui une réelle envie d’agir et une dynamique très positive autour de l’association. »

Mr Mondialisation : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux élu·es et aux individu·es pour mieux concilier mobilité humaine et protection du vivant ?

Baptiste : « J’inviterais chacun à se souvenir de l’enfant qu’il a été, capable de s’émerveiller devant un hérisson, un oiseau ou un insecte. Retrouver ce lien avec le vivant est sans doute la première étape pour changer nos comportements.

Concilier mobilité et biodiversité ne suppose pas de tout révolutionner, mais de porter un autre regard sur nos déplacements et nos aménagements. Si nous redonnons sa juste valeur au vivant, nous prendrons naturellement de meilleures décisions, individuellement comme collectivement. »

Enfant qui essaie de nourrir un écureuil – source : Unsplash

Mr Mondialisation : La protection de la biodiversité est souvent présentée comme une priorité. Entre les discours et les actes, estimez-vous que les décideurs publics sont à la hauteur de cet enjeu ?

Baptiste Trény : « Si les pouvoirs publics étaient réellement à la hauteur, la situation serait sans doute bien différente. Il existe heureusement des collectivités et des élu·es qui portent des initiatives exemplaires, et il est important de les valoriser. Mais, dans l’ensemble, l’écart reste important entre les ambitions affichées et les actions mises en œuvre.

Il ne faut pas non plus oublier que nous sommes tous des décideurs à notre échelle. Nos choix quotidiens, dans notre manière de nous déplacer ou d’aménager nos espaces de vie, peuvent eux aussi contribuer à préserver le vivant. »

Mr Mondialisation : Avez-vous observé une évolution de la prise de conscience du public concernant les collisions entre véhicules et faune sauvage ces dernières années ?

Baptiste Trény : « Oui, mais cette évolution reste mesurée. Les réseaux sociaux peuvent donner l’impression d’une prise de conscience générale alors que le sujet demeure encore largement méconnu. Beaucoup de personnes ne perçoivent pas l’ampleur du phénomène ou ne se sentent pas concernées.

Nous rencontrons néanmoins de plus en plus de citoyen·nes prêt·es à agir. C’est précisément pour élargir cette prise de conscience que nous développons des actions de sensibilisation, comme notre future exposition photographique itinérante, afin de faire de cette question un véritable enjeu de société. »

Mr Mondialisation : Parmi les solutions existantes (passages à faune, clôtures, limitation de vitesse, signalisation…), lesquelles vous paraissent les plus efficaces et pourquoi ?

Baptiste Trény : « Il n’existe pas de solution miracle. »

« L’efficacité repose sur la complémentarité des mesures : former les conducteurs, adapter les infrastructures, créer des passages à faune, améliorer la signalisation ou encore réduire la vitesse dans les zones sensibles. »

Notre ambition est justement de fédérer ces initiatives et de les déployer là où elles auront le plus d’impact. Rejoindre Routes Vivantes, c’est aussi contribuer à accélérer cette dynamique collective en faveur du vivant. »

Mr Mondialisation : Si vous aviez l’occasion de faire évoluer une seule loi ou réglementation concernant les infrastructures routières et la biodiversité, laquelle choisiriez-vous ?

Baptiste Trény : « Sans hésiter, je rendrais obligatoire une formation dédiée au vivant dans le cadre du permis de conduire. Chaque nouveau conducteur devrait comprendre les risques liés aux collisions avec la faune, savoir identifier les zones sensibles et adapter sa conduite.

Former les conducteurs dès le départ permettrait de transformer durablement notre rapport à la route. C’est un levier simple, concret et potentiellement très efficace pour réduire la mortalité animale et mieux intégrer la biodiversité dans notre culture de la mobilité. »

Maureen Damman 


Photo de couverture : Baptiste Treny – @Manu Masson

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29.06.2026 à 13:41

Comment démanteler les grands médias ?

Mr Mondialisation

Alors qu’il est essentiel de s’informer pour voter en connaissance de cause, les médias dominants imposent un agenda politique dicté par la volonté de leurs propriétaires. Ce conflit d’intérêt nuit à la possibilité d’une démocratie saine et impose la nécessité d’un démantèlement des empires journalistiques au profit d’un pluralisme idéologique, cadré par le respect de la dignité […]

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Texte intégral (1980 mots)

Alors qu’il est essentiel de s’informer pour voter en connaissance de cause, les médias dominants imposent un agenda politique dicté par la volonté de leurs propriétaires. Ce conflit d’intérêt nuit à la possibilité d’une démocratie saine et impose la nécessité d’un démantèlement des empires journalistiques au profit d’un pluralisme idéologique, cadré par le respect de la dignité de tous.

Le constat est sans appel : près de neuf médias sur dix appartiennent aujourd’hui à une dizaine de milliardaires. Comment, dès lors, avoir une opinion éclairée si le pouvoir d’informer se concentre entre les mains d’une poignée de gens dont les intérêts économiques convergent ?

La situation est d’autant plus inquiétante qu’une idéologie d’extrême droite essaime de plus en plus sur le milieu, notamment sous l’impulsion de grands patrons, comme Vincent Bolloré ou Pierre-Edouard Stérin. Il existerait pourtant des moyens politiques de limiter cette influence nuisible à la démocratie.

Une situation critique

En France, la question de la concentration des médias ne date pas d’hier. Même si l’empire tentaculaire de Vincent Bolloré a largement remis cette question dans le débat public, les ultra riches du pays achètent et échangent des rédactions de presse depuis de nombreuses décennies.

De Bernard Arnault à Xavier Niel en passant par Martin Bouygues, Patrick Drahi ou François Pinault, une poignée de milliardaires s’est octroyé le droit d’informer la population de la manière dont il l’entend. Et sa force de frappe est extrêmement puissante.

Ainsi, 93 % des quotidiens nationaux vendus en France sont sous le contrôle de cinq milliardaires. Dans cette catégorie, seules L’Humanité et La Croix n’appartiennent pas à une grande fortune. L’essentiel de l’audience à la radio et à la télévision est également capté par des médias de même nature.

Une influence tentaculaire

Et bien entendu, cette concentration pose un véritable problème démocratique. Les médias n’usurpent en effet pas leur surnom de « quatrième pouvoir ». Ils façonnent l’agenda public et influencent considérablement l’opinion. Chaque soir, 20 millions de Français s’informent d’ailleurs encore en regardant un journal télévisé.

Inutile de préciser à quel point détenir les clefs de ce genre d’outil permet d’orienter voire de contrôler une partie très importante des esprits. Le choix des sujets, des invités et des journalistes s’avère déterminant. Or, cette ligne éditoriale n’ira jamais à l’encontre des intérêts du propriétaire du titre.

Des conflits d’intérêt évident

Personne n’évoquera ainsi les ravages de l’extrême droite sur une radio de Vincent Bolloré, la critique des entreprises du luxe n’émergera pas dans un journal de Bernard Arnault, et une interminable liste de sujets allant à l’encontre des intérêts des plus fortunés n’aura certainement pas le droit à un traitement équitable.

De cette façon, l’écologie, le partage des richesses ou la remise en cause du capitalisme seront en revanche bien peu abordés. D’après une étude, l’environnement ne faisait l’objet que de 6 % des articles de presse en 2025. Et ce n’est pas un hasard, puisque les propriétaires sont, par ailleurs, les plus importants responsables de la catastrophe planétaire.

La remise en question du modèle économique dominant va aussi totalement à l’encontre de l’intérêt des plus grandes fortunes, mais également des groupes publicitaires qui abreuvent en masse la presse, posant un sérieux problème d’indépendance. À l’inverse, les polémiques stériles, les faits divers et les sujets destinés à servir l’extrême droite trouveront un écho retentissant dans tous les médias de ce type.

Le pluralisme ne sera pas suffisant

Néanmoins, on pourrait arguer qu’il existe des médias indépendants et portés sur des thèmes alternatifs, comme Mr Mondialisation. Mais comment comparer la force de frappe d’un milliardaire à celle de faibles fonds ?

De ce fait, le problème n’est pas seulement le manque de pluralisme, mais bien le système de l’information dans son intégralité, qui repose en grande partie sur la propriété privée d’un actionnaire. Également, le financement des journalistes ne permet pas de garantir leur liberté dans de nombreux cas. Pire, grâce à des écoles standardisées et des embauches privilégiant des profils bien précis, la diversité des professionnels du secteur se réduit d’année en année.

Un problème majeur pour la démocratie

Face à cette situation, il ne peut émerger de véritable démocratie. En effet, comme garantir qu’un citoyen puisse prendre des décisions éclairées pour son pays s’il ne dispose que d’une information extrêmement partiale et orientée vers un mode de pensée bien précis ?

Même s’il n’existe, bien entendu, aucune nouvelle neutre, l’absence d’un pluralisme équitable, avec des moyens de diffusion équivalents, pose un réel problème collectif. Et au-delà des opinions inévitables dans un média, la question de la désinformation factuelle n’est pas non plus négligeable. Que des journalistes puissent diffuser des contre-vérités sans conséquences dépasse largement le cadre de la liberté de la presse et fausse le débat public.

Si des chaînes comme CNEWS s’en sont fait une spécialité de manière particulièrement grossière, il ne faudrait pas penser que cette pratique reste cantonnée aux médias d’extrême droite de la sphère Bolloré. Le site Acrimed relève d’ailleurs régulièrement toutes les manipulations les plus choquantes dans les grands médias.

Comment changer d’orientation ?

Dès lors, restreindre la puissance politique des milliardaires apparaît comme une nécessité absolue. Pour ce faire, l’information doit être traitée tel un bien commun, d’une part en empêchant les situations de monopoles, et d’autre part en protégeant l’indépendance des rédactions.

Par là, la socialisation du journalisme devient une piste très sérieuse, notamment grâce au statut de coopérative. La refonte des écoles du secteur, pour des profils plus variés, peut également appartenir aux solutions possibles.

Un contrôle démocratique

Pour autant, afin de se prémunir d’une instrumentalisation de l’information par l’État, comme c’est souvent le cas dans le service public, la gestion de ce secteur doit nécessairement se soumettre à un contrôle citoyen.

Les pouvoirs de l’ARCOM pourraient ainsi s’étendre à toute la presse, après que ses membres aient été renouvelés, non plus par le gouvernement, mais par le peuple, ou bien par tirage au sort. De véritables sanctions devraient également être prononcées lorsque l’éthique journalistique n’est pas respectée et que de la désinformation a sciemment été partagée.

Reprendre le contrôle de la bourse

De la même manière, la question du financement doit être sérieusement reposée. Les aides à la presse, qui atteignent plus de 110 millions par an, sont aujourd’hui massivement captées par de grands groupes, ne laissant que des miettes aux médias indépendants.

La presse indépendante est d’ailleurs bien souvent contrainte de survivre avec les dons de ses lecteurs, sans pouvoir se développer davantage. Si ce modèle a plutôt bien fonctionné pour certains, il reste très limité pour la plupart d’entre eux et source de précarité financière pour ses journalistes.

Dès lors, proposer aux citoyens d’orienter l’argent public sur les médias de leurs choix pourrait représenter une solution viable. Dans tous les cas, force est de constater que, face à l’urgence des multiples crises traversées par le pays, l’information ne peut plus être traitée comme une simple marchandise à la merci des plus aisés.

Simon Verdière


Photo de couverture : Manifestation des travailleur·euses. 1er mai 2024. Paris. Paola Breizh. Flickr.

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28.06.2026 à 06:00

Chatbots, grossesse et poésie : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer. 1. La Norvège interdit les chatbots d’IA aux écoliers La Norvège interdira dès la rentrée l’usage des chatbots d’intelligence artificielle aux élèves de 6 à 13 ans, tout en les autorisant sous encadrement à partir de […]

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Texte intégral (991 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.

1. La Norvège interdit les chatbots d’IA aux écoliers

La Norvège interdira dès la rentrée l’usage des chatbots d’intelligence artificielle aux élèves de 6 à 13 ans, tout en les autorisant sous encadrement à partir de 14 ans. Le gouvernement estime que les enfants doivent d’abord acquérir les apprentissages fondamentaux avant de recourir à ces outils. (Next)

2. Grossesse : la Cour de cassation renforce la protection des salariées en période d’essai

La Cour de cassation juge que lorsqu’une période d’essai est rompue après l’annonce d’une grossesse, c’est désormais à l’employeur de prouver que sa décision est sans lien avec cet état. Cette décision renforce la protection des salariées contre les discriminations liées à la maternité. (The Conversation)

3. Une loi de réparation adoptée pour les « enfants de la Creuse »

Le Parlement a adopté une loi reconnaissant les préjudices subis par les 2 015 mineurs réunionnais déplacés de force vers l’Hexagone entre 1962 et 1984. Le texte prévoit notamment une commission pour la mémoire, une journée nationale d’hommage et un droit à réparation financé par l’État. (L’Humanité)

4. Des ateliers de poésie pour aider les personnes exilées à surmonter leurs traumatismes

À la Maison des réfugiés, à Paris, des ateliers d’apprentissage poétique du français offrent aux personnes en exil un espace d’expression, de lien social et d’apaisement. Sans se substituer à un suivi psychologique, ces ateliers sont reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé mentale de personnes souvent marquées par des violences et l’exil. (La Brèche)

5. Une victoire historique pour les beagles destinés aux laboratoires aux États-Unis

Ridglan Farms, un élevage du Wisconsin spécialisé dans les beagles destinés à l’expérimentation animale, va fermer ses portes après des années de mobilisations et d’enquêtes. Les défenseurs des animaux saluent une victoire majeure et espèrent désormais que les derniers chiens pourront être placés dans des familles. (World Animal News)

6. L’espérance de vie en Afrique a gagné dix ans en moins de vingt ans

Entre 2000 et 2019, l’espérance de vie moyenne en Afrique est passée de 54 à 64 ans, grâce notamment au recul de la mortalité infantile et aux progrès dans la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose. Cette amélioration s’est produite malgré les guerres, les famines et les crises sanitaires qui ont marqué le continent. (Good News Network)

7. Au Vietnam, la protection de la faune sauvage porte ses premiers fruits

Le renforcement de la lutte contre le braconnage et le trafic d’animaux sauvages a permis le retour de plusieurs espèces rares dans les écosystèmes vietnamiens. Les autorités mettent en avant les premiers résultats du plan national lancé en 2025, qui a conduit à près de 1 800 infractions traitées en trois mois. (Le Courrier du Vietnam)

8. Au Guatemala, des agriculteurs redonnent vie aux savoirs mayas pour réduire les pesticides

Des communautés agricoles guatémaltèques renouent avec des pratiques héritées des Mayas en fabriquant des biopesticides à base de plantes locales. Moins coûteuses et moins polluantes que les produits chimiques, ces solutions permettent de protéger les cultures tout en préservant les sols, l’eau et la biodiversité. (Mongabay)

9. Le Québec crée un dispositif pour vérifier les antécédents de violences d’un partenaire

Le gouvernement québécois a présenté une loi permettant à toute personne de 14 ans et plus de demander si son ou sa partenaire a des antécédents de violences conjugales, d’agressions sexuelles ou de fraude amoureuse. Inspiré de la « loi de Clare » britannique, ce dispositif vise à prévenir les féminicides et pourrait donner lieu à environ 10 000 demandes par an. (Le Journal de Québec)

10.L’Arcom met CNews en demeure pour non-respect du pluralisme

Après avoir analysé 168 heures de programmes, l’Arcom estime que CNews présente une « surexposition manifeste » d’un même courant de pensée et ne respecte pas l’obligation de pluralisme de l’information. La chaîne de Vincent Bolloré, déjà la plus sanctionnée par le régulateur, a annoncé un recours devant le Conseil d’État. (Les Nouvelles News)

Visuel de couverture : Unsplash

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27.06.2026 à 06:00

Climatosceptiques, canicule et familles d’accueil : les 10 actus de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. L’extrême droite française au rendez-vous des climato-sceptiques La conférence ARC rassemble notamment Marion Maréchal, des collaborateurs du RN, des représentants des réseaux de Pierre-Édouard Stérin et des figures du trumpisme, aux côtés de climato-sceptiques […]

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Texte intégral (1022 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. L’extrême droite française au rendez-vous des climato-sceptiques

La conférence ARC rassemble notamment Marion Maréchal, des collaborateurs du RN, des représentants des réseaux de Pierre-Édouard Stérin et des figures du trumpisme, aux côtés de climato-sceptiques et d’acteurs liés aux énergies fossiles, autour d’un discours opposé aux politiques climatiques et au « wokisme ». (Observatoire des multinationales)

2. Les familles d’accueil du Nord alertent sur l’épuisement de leur profession

Des assistantes familiales du Nord dénoncent des conditions de travail devenues intenables : surcharge, manque de repos, placements en urgence, informations incomplètes sur les enfants accueillis et soutien insuffisant, au point de menacer l’avenir de leur métier. (StreetPress)

3. La France décroche en Europe sur les hausses de salaires

Depuis la crise du Covid-19, les salaires augmentent moins vite en France que dans le reste de l’Europe. Les choix du gouvernement pour contenir l’inflation ont favorisé la modération salariale, sans permettre aux salariés de retrouver leur pouvoir d’achat d’avant les crises énergétiques. (Alternatives Économiques)

4. L’Iran accepte le retour des inspecteurs de l’AIEA dans le cadre d’un accord avec les États-Unis

L’Iran a accepté le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique en échange d’un allègement des sanctions américaines sur ses exportations de pétrole et de la réouverture du détroit d’Ormuz. Les discussions se poursuivent pour parvenir à un accord global sur le programme nucléaire iranien et un cessez-le-feu au Liban. (The Guardian)

5. Chlordécone : 80 % des Antillais restent contaminés, la justice confirme le non-lieu

Une nouvelle étude montre que 80 % des habitants de Martinique et de Guadeloupe présentent encore des traces de chlordécone dans le sang. Alors qu’une loi prévoit la reconnaissance de la responsabilité de l’État et une future indemnisation des victimes, la justice a confirmé le non-lieu dans ce scandale sanitaire. (L’Humanité ; Reporterre)

6. L’extrême droite remporte l’élection présidentielle en Colombie

L’avocat d’extrême droite Abelardo de la Espriella a remporté de justesse le second tour de l’élection présidentielle face au candidat de gauche Iván Cepeda. Élu avec moins d’un point d’avance dans un pays profondément divisé, il devra gouverner avec une faible représentation de son camp au Congrès. (elDiario.es)

7. Affaire Lyhanna : un rapport pointe de graves défaillances dans une précédente plainte visant Jérôme Barella

Les premières conclusions de la mission d’inspection estiment que la plainte déposée en 2025 par la mère d’une fillette de 11 ans, prénommée Rosa, qui accusait Jérôme Barella de plus de 50 viols, a été marquée par des pertes de temps et un défaut de suivi au parquet d’Auch, sans que le suspect ne soit jamais entendu. (L’Humanité)

8. Canicule : les fermetures d’écoles plongent les familles dans l’incertitude

Face à la canicule, des centaines d’établissements scolaires ferment ou adaptent leurs horaires selon les situations locales. Faute de consignes nationales claires, les parents doivent gérer au cas par cas la garde de leurs enfants, souvent dans l’urgence et en fonction de leurs contraintes professionnelles. Alors que les derniers jours ont été les plus chauds jamais enregistrés en France pour la période. (Libération)

9. Le chacal doré poursuit son expansion en France

Observé pour la première fois en France en 2017, le chacal doré continue de s’étendre et pourrait s’installer sur plus de 90 % du territoire, selon une étude scientifique. Les chercheurs estiment que cette expansion est favorisée par la disparition des loups gris dans de nombreuses régions d’Europe. (Vert)

10. Le Planning familial de Gironde perd un tiers de son budget

L’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine a décidé de supprimer 160 000 euros de subventions au Planning familial de Gironde, estimant que ses actions ne sont pas suffisamment « probantes ». L‘association dénonce une décision brutale et demande à la ministre de la Santé de revenir dessus. (Mediapart)

* Visuel de couverture : Unsplash

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