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21.05.2026 à 06:00

Éditions Evalou : faire entendre les voix que le marché invisibilise

Mauricette Baelen

Défendre la cause animale et l’écologie relève presque de l’acte de résistance. C’est le combat qu’ont choisi de mener les éditions Evalou, face au monde éditorial dominé par quelques grands groupes carnaciers. Pendant que l’industrie culturelle transforme les livres en produits, certaines voix irréductibles refusent encore de se soumettre aux lois du marché. Dans un […]

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Texte intégral (3485 mots)

Défendre la cause animale et l’écologie relève presque de l’acte de résistance. C’est le combat qu’ont choisi de mener les éditions Evalou, face au monde éditorial dominé par quelques grands groupes carnaciers.

Pendant que l’industrie culturelle transforme les livres en produits, certaines voix irréductibles refusent encore de se soumettre aux lois du marché. Dans un paysage éditorial verrouillé par quelques grands groupes, tels que ceux de Bolloré – où la rentabilité décide de ce qui mérite d’être publié ou invisibilisé, défendre la cause animale, l’écologie ou la critique du productivisme devient un acte militant.

David, créateur des Editions Evalou, Avec toutes autorisations – Evalou

Car parler des animaux, aujourd’hui, ce n’est pas seulement évoquer la souffrance ou l’alimentation. C’est remettre en cause un système économique fondé sur l’exploitation du vivant, interroger nos habitudes les plus ancrées et affronter des industries puissantes qui préfèrent le silence au débat.

Les éditions Evalou font partie de ces structures qui ont choisi de ne pas séparer culture et militantisme. À travers leurs livres, leurs combats et leur modèle atypique, elles défendent une vision profondément politique de l’édition : publier non pas ce qui se vend le mieux, mais ce qui doit être entendu.

Mr Mondialisation : À l’heure où une grande partie du monde de l’édition appartient à quelques groupes industriels et milliardaires, pourquoi était-il important pour vous de créer une maison d’édition indépendante et militante ?

David : « En France, on estime que 10 % des maisons d’édition publient près de 90 % des livres achetés. Cela s’explique notamment par la concentration des chaînes de librairies, des Relay H et par l’hypercentralisation des grands groupes éditoriaux qui, comme vous l’avez souligné, appartiennent souvent à de grandes fortunes.

Leur vocation première reste la rentabilité, quitte à laisser de côté des valeurs qui rapportent peu d’argent, comme la solidarité, la cause animale ou encore l’entraide entre les peuples. Militer, c’est donner l’occasion à des valeurs non lucratives d’exister. »

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi de placer la cause animale au cœur même de votre ligne éditoriale, alors qu’elle reste encore largement marginalisée dans le paysage culturel français ?

David : « Ce combat est profondément inégal, car le lobby de la viande et de la charcuterie dépense chaque année des millions d’euros pour faire croire qu’un repas équilibré doit forcément contenir de la viande.

Les initiatives comme celles des éditions Evalou sont totalement invisibilisées face aux actions menées par les géants du secteur, qui cherchent depuis la Seconde Guerre mondiale à ancrer l’idée que la viande est indispensable à la santé.

À notre échelle, nous essayons d’offrir un contre-discours en expliquant qu’il est possible d’être en parfaite santé – de même que des athlètes de haut niveau – sans consommer de viande. Mais il est vrai que cela peut parfois sembler décourageant. Cependant, de nombreux influenceurs, sensibles à nos valeurs, nous aident en partageant nos parutions et cela nous aide beaucoup à visibiliser nos livres engagés. »

Mr Mondialisation : Vos revenus sont en partie reversés à des associations de protection animale. Pourquoi était-il essentiel pour vous que l’édition ne soit pas seulement un discours engagé, mais aussi un soutien concret sur le terrain ?

David : « Effectivement, les éditions Evalou n’ont aucun salarié, que des bénévoles (3 au départ en 2017, douze aujourd’hui) et reversent une partie de leurs revenus à des associations de défense des animaux.

C’est un modèle économique unique en France : aucune autre maison d’édition ne fonctionne ainsi, et pourtant nos livres se vendent et sont nommés pour des prix littéraires d’envergure.

« Militer, c’est partager son temps, son énergie et ses convictions. C’est aussi redistribuer. »

De notre côté, il nous semblait important d’aider ceux dont nous admirons l’engagement, qu’il s’agisse de refuges comme Groin-Groin, d’éco-activistes comme Sea Shepherd ou d’associations à vocation juridique comme l’ASPAS ou encore l’Institut Jane Goodall, Pollinis, One Voice ou L214. Faire connaître leur travail, c’est aussi faire avancer la cause animale. »

Mr Mondialisation : Pensez-vous que la littérature et les essais engagés peuvent réellement faire évoluer notre rapport aux animaux et au vivant ?

David : « C’est indéniable. Peter Singer, philosophe animaliste, a publié en 1975 La Libération animale, un ouvrage qui sert aujourd’hui de référence à de nombreux militants de la cause animale. L’émergence de prix littéraires engagés, comme le Prix Tournesol au Festival international de la BD d’Angoulême, porté par les écologistes, ou le Prix Maya, consacré à la littérature animaliste, témoigne d’un véritable intérêt des lecteurs et du développement de cette branche littéraire qui invite à repenser notre rapport au vivant. »

Mr Mondialisation : Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises utilisent l’« engagement » comme argument marketing. Comment éviter de tomber dans cette logique et conserver une vraie cohérence militante ?

David : « Effectivement, certains éditeurs publient des collections sur le vivant – prétendument pour mieux prendre en compte la condition animale – tout en éditant, dans le même temps, des ouvrages pro-corrida.

« Ce greenwashing animaliste se retrouve un peu partout dans le paysage éditorial, de la littérature à la BD en passant par le manga. »

Au final, seule compte souvent la rentabilité, sans réelle motivation éthique derrière. »

Peter Singer – source : Wikicommons

Mr Mondialisation : Est-ce difficile de défendre une ligne éditoriale radicalement engagée dans un secteur dominé par des impératifs de rentabilité et de consommation culturelle rapide ?

David : « La cause animale et l’alimentation sans viande restent une niche. Même si nous ne disposons pas de représentants pour placer nos livres en librairie, nous avons la chance d’être soutenus par des influenceurs très engagés qui relaient nos ouvrages sur leurs réseaux et font connaître notre catalogue.

En termes de visibilité, nous n’avons rien à envier aux grandes maisons d’édition. Là où nous tirons notre épingle du jeu, c’est sur la rentabilité.

« Peu nous importe qu’un manga ne se vende qu’à 300 exemplaires : s’il correspond à nos valeurs, nous le publierons.»

J’ai passé les 25 dernières années dans différentes maisons d’édition, et le fameux CEP – le compte prévisionnel d’exploitation – reste le véritable maître des décisions éditoriales. En d’autres termes, si un livre n’est pas jugé assez rentable, il n’est pas publié. »

Mr Mondialisation : Quels types de récits ou de voix cherchez-vous à mettre en avant chez Éditions Evalou ?

David : « Au départ, les éditions Evalou proposaient principalement des livres destinés aux enfants de 3 à 8 ans, avec des collections emblématiques comme Captain Paul, consacrée aux campagnes de Paul Watson pour les plus jeunes, ou Tendresse végane, destinée à faire naître la bienveillance envers les animaux.

Mais depuis quelques années, nous nous sommes également tournés vers la BD, le manga et la littérature afin d’accompagner les jeunes en grandissant et de continuer à leur proposer des récits porteurs des mêmes valeurs.

Notre catalogue met donc en avant des ouvrages autour de l’écologie, de la défense des animaux et de l’alimentation sans viande. C’est un véritable impératif éditorial. »

Paul Watson avec le livre Captain Paul – avec toutes autorisations – Editions Evalou

Mr Mondialisation : Selon vous, pourquoi la souffrance animale reste-t-elle aussi difficile à regarder collectivement, même dans des milieux qui se disent humanistes ou progressistes ?

David : « La raison est simple : on n’entend pas les animaux. Ils souffrent en silence dans un monde où l’humain domine tout, partout.

« Défendre la cause animale demande une énergie immense, justement parce que ceux qui souffrent directement n’ont pas de voix pour témoigner.»

Et puis, les habitudes culturelles semblent parfois immuables : on considère encore comme normal qu’un agneau soit consommé à Pâques ou une dinde à Noël. Cela donne parfois l’impression que rien ne pourra jamais changer. Pourtant, les mentalités évoluent.

Aujourd’hui, même les géants de l’industrie agroalimentaire proposent des produits qui auraient semblé inconcevables il y a quelques années : Aoste commercialise du jambon végétal, Danone investit dans le lait végétal… Bien sûr, ces choix sont davantage motivés par des parts de marché que par une réflexion éthique, mais ils témoignent malgré tout d’un changement profond chez les consommateurs.

Désormais, beaucoup de personnes se préoccupent aussi des conditions d’élevage et vérifient, par exemple, si les animaux ont été élevés en plein air. Ce n’est pas encore suffisant, mais c’est déjà une évolution importante. »

Mr Mondialisation : Est-ce qu’il existe encore une forme de mépris culturel envers les œuvres et les discours centrés sur la condition animale ?

David : « Oui, cela se ressent encore fortement, notamment dans certains milieux conservateurs. Dans le manga philosophique L’éthique animale, parlons-en !, publié aux éditions Evalou, l’autrice rappelle d’ailleurs que ce type de discours moqueur a toujours existé face aux grandes avancées sociales.

On tournait déjà en dérision ceux qui réclamaient l’abolition de l’esclavage ou, plus récemment, le droit de vote des femmes. Ridiculiser des idées nouvelles ou des changements profonds du quotidien a toujours été une manière de tenter de discréditer certains combats. Mais, au final, lorsque la société souhaite évoluer, ces résistances finissent souvent par céder. La cause animale suit aujourd’hui ce même cheminement. »

Manga – L’éthique animale – Avec toute autorisatins – Editions Evalou

Mr Mondialisation : Vos ouvrages cherchent-ils seulement à sensibiliser ou aussi à déranger ?

David : « Notre vocation première est de sensibiliser. Certains titres, comme la BD ARCHE, qui dénonce le braconnage en Afrique, ou le roman Je m’appelais Lune, à paraître le 28 juin, peuvent aussi choquer ou interpeller les lecteurs. Mais notre objectif reste avant tout d’accompagner une réflexion et de conforter les personnes qui souhaitent développer un rapport plus respectueux et bienveillant envers les animaux.

Nous cherchons aussi à sensibiliser à l’alimentation sans viande, car beaucoup de gens affirment aimer les animaux tout en ne pensant qu’aux chats ou aux chiens, en occultant – consciemment ou non – les cochons, les veaux ou les agneaux qu’ils consomment. Il reste encore un immense chemin à parcourir, et nos livres ont justement vocation à accompagner ces évolutions personnelles et sociétales. »Mr Mondialisation : Dans le contexte écologique et politique actuel, quel rôle les maisons d’édition engagées ont-elles à jouer selon vous ?

David : « Depuis Gutenberg, le livre a toujours été un outil essentiel de transmission du savoir. Aujourd’hui, dans une époque marquée par les fake news, les contenus complotistes et l’information instantanée, le livre reste un espace de réflexion, de nuance et de débat.

Les maisons d’édition engagées ont donc un rôle fondamental à jouer : celui de permettre l’existence de voix, de récits et d’idées qui ne trouveraient sans doute pas leur place dans des groupes éditoriaux uniquement guidés par la rentabilité et le retour sur investissement.

Mais leur rôle va encore plus loin. Une maison d’édition engagée peut aussi contribuer à faire émerger de nouveaux imaginaires collectifs.

Pendant longtemps, l’écologie ou la condition animale étaient considérées comme des sujets marginaux. Aujourd’hui, ils deviennent des enjeux centraux de société. Les éditeurs indépendants ont la capacité d’accompagner cette transformation culturelle en donnant la parole à des auteurs, des artistes ou des penseurs qui interrogent notre rapport au vivant, à la consommation ou au progrès.

« L’engagement éditorial consiste aussi à préserver une diversité intellectuelle dans un paysage culturel de plus en plus concentré et formaté. »

Là où certains grands groupes privilégient des projets calibrés pour le marché, les structures indépendantes peuvent encore prendre des risques, publier des œuvres atypiques et défendre des convictions avant des logiques financières. À mes yeux, c’est indispensable dans une démocratie : une société qui ne laisse plus de place aux voix dissidentes, critiques ou alternatives finit par appauvrir le débat public. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : créateur de la maison d’éditions – avec toutes autorisationsEvalou 

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20.05.2026 à 06:00

Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales loin de l’agriculture dominante

Mauricette Baelen

Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales à la main, et tentent de bâtir une activité viable en dehors des logiques agricoles dominantes. Alma Sauvage est le nom de leur démarche, un choix de vie radical et une réalité bien plus exigeante que le fantasme du retour à la terre. Revenir à […]

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Texte intégral (3040 mots)

Au Pays basque, Marjorie et Alex cultivent des plantes médicinales à la main, et tentent de bâtir une activité viable en dehors des logiques agricoles dominantes. Alma Sauvage est le nom de leur démarche, un choix de vie radical et une réalité bien plus exigeante que le fantasme du retour à la terre.

Revenir à la terre, ralentir, produire autrement… Ces aspirations traversent de nombreuses trajectoires individuelles, comme une réponse à un sentiment diffus de décalage avec les rythmes contemporains. Derrière cette idée, souvent idéalisée, se cache pourtant une réalité bien plus complexe, faite de contraintes économiques fortes et d’un engagement quotidien total.

Sur moins d’un hectare, Marjorie et Alex cultivent et transforment les plantes. Une autonomie relative, qui implique en réalité une grande dépendance aux cycles naturels, mais aussi aux contraintes du marché. Avec Alma Sauvage, il ne s’agit pas seulement de cultiver des plantes médicinales. Mais bien de s’inscrire dans mode de vie cohérent, en lien avec le vivant, nourri de savoirs ancestraux et d’une certaine rigueur scientifique.

Dans cette interview pour Mr Mondialisation, le duo franco-chilien de paysan·nes herboristes racontent sans détour leur quotidien, les tensions entre leurs valeurs et le système agricole actuel, ainsi que les enseignements tirés de cette expérience encore en construction.

Mr Mondialisation : Pour commencer, comment décririez-vous simplement ce que vous faites aujourd’hui ?

Alma Sauvage : « Nous cultivons des plantes médicinales au Pays basque, en bio et sur sol vivant, que nous transformons ensuite en solutions buvables via la macération des plantes en amphore de terre cuite.

Nous cultivons des plantes de partout, choix inspiré de notre approche des médecines traditionnelles du monde et de notre double culture (franco-chilienne). Cela permet aussi de proposer une alternative locale et traçable de ces plantes. 

On cultive, entre autres, de l’Ashwagandha, Tulsi, Brahmi, Gotu Kola, Curcuma (plantes ayurvédiques), Jiaogulan, Yi Mu Cao, Mao Bo He (plantes de la médecine chinoise), Cedron (plante andine), et des plantes d’ici : armoise, sauge, millepertuis, camomille… »

Alex et Marjorie récoltant l’armoise ! Avec toutes autorisations – Alma Sauvage

Mr Mondialisation : En quoi votre pratique est-elle vivante, comme vous le proclamez ?

Alma Sauvage : « Concrètement, nous n’utilisons aucun engrais chimique, aucun pesticide, herbicide, etc. Cela signifie que nous retirons les limaces et les chenilles à la main, ce qui est possible sur un terrain de moins d’1 hectare.

Nous paillons nos cultures avec l’herbe ou la fougère que nous cueillons dans la forêt, ce qui crée un couvert végétal pour favoriser la vie du sol, décompacte et nourrit le sol.

Nous utilisons aussi le compost, le fumier d’une ferme voisine qui est en agriculture biologique, et le Bokashi, une technique japonaise de fermentation pour nourrir la terre, qui consiste à multiplier les micro-organismes de la terre de forêt, que nous allons chercher nous-même. »

Mr Mondialisation : Qu’est-ce que ce choix de vie a changé dans votre quotidien,  et votre manière d’habiter le travail ?

Alma Sauvage : « Nous sommes beaucoup plus connectés à la nature et aux éléments, puisqu’ils impactent directement notre activité. On est vraiment portés par notre passion des plantes et on se sent beaucoup plus libres aussi, ce qui est un privilège incroyable.

« Nous vivons aussi beaucoup plus en extérieur, et au rythme des conditions naturelles. Concrètement, cela veut dire que s’il pleut, nous effectuons les tâches administratives, si le temps est clément, nous travaillons au champ. Cela nous demande donc de nous adapter en permanence. »

Ce qui est à la fois exaltant mais difficile, c’est que nous portons à deux l’entière responsabilité du projet, les choix, les questionnements, les doutes ; ce qui représente une charge de travail autant physique que mentale. »

Mr Mondialisation : Votre rapport au temps a-t-il changé ?

Alma Sauvage : « J’aimerais dire que ce choix nous a permis de ralentir mais pour l’instant ce n’est pas le cas car nous ne sommes encore qu’au début de cette aventure. Malgré tout, l’agriculture nous ramène à l’essentiel et nous “force” à ralentir, à observer.

Notre cycle de production est sur une année entière, depuis les semis des graines en mars, jusqu’à la récolte, qui s’étend jusqu’à décembre notamment pour les racines, puis enfin la transformation.

« C’est comme s’il y avait une dualité entre le temps long de la nature, et le temps court du marché commercial actuel, qui nous pousse à accélérer. »

Mais nous devons composer avec ça, portés par nos valeurs et notre passion d’une vie et d’une activité en harmonie avec la nature. »

Marjorie récolte la camomille. Avec toutes autorisations @Alma Sauvage

Mr Mondialisation : À quel moment avez-vous compris que cette reconversion agricole était aussi une manière de quitter un système de production et de consommation qui ne vous convenait plus ?

Alma Sauvage : « Bien avant cette reconversion justement. Pour nous, tout est parti d’un désir de vivre au milieu de la nature, avec une certaine autonomie, notamment alimentaire.

On le pratiquait déjà à travers un potager, la culture de légumes et plantes aromatiques, la transformation et conservation en bocaux. On voulait vivre au rythme des saisons, se retirer du bruit et de l’inessentiel. Mais surtout de ce besoin de consommer pour combler le vide et pour se divertir. On ne se sentait plus vraiment en phase avec notre environnement.

On sentait le temps qui filait, la vie qui nous échappait. Et on avait envie de liberté, plus de se conformer à une vie déjà tracée et décidée pour nous.

« A l’époque, pourtant, nous étions tous les deux cadres à Paris, moi dans le marketing et Alex dans le commerce. Puis, un jour on en a eu assez. »

La découverte des plantes médicinales s’est fait ensuite, dans des fermes au Chili, puis dans d’autres pays, notamment en Inde. On a plongé dans leur médecine traditionnelle, et on a découvert qu’il y avait d’autres voies que le scénario dominant dans lequel on baignait. »

Alex retourne la terre en douceur. Avec toutes autorisations @Alma Sauvage

Mr Mondialisation : On fantasme beaucoup le « retour à la terre ». Dans quelle mesure votre quotidien raconte aussi la crise plus large du monde agricole et la difficulté de produire autrement aujourd’hui ?

Alma Sauvage : « En effet, nous l’avons aussi beaucoup fantasmé, pour être honnêtes. Ce fantasme répond à un besoin de sens que beaucoup cherchent à l’heure actuelle. Créer une ferme demande de partir de zéro : trouver des terres, construire des infrastructures, acheter du matériel coûteux. 

Il existe une vraie solidarité entre paysans, au-delà des pratiques agricoles. Cette entraide est précieuse pour tenir sur la durée, car ce métier demande un immense soutien moral et financier.

Le plus difficile, c’est que le système ne récompense pas le travail éthique qui préserve la nature. Il favorise surtout la productivité, les volumes et les prix bas. La valeur échappe souvent aux paysans pour se concentrer dans la transformation et la vente, alors que ce sont eux qui prennent tous les risques.

Le modèle agricole actuel favorise les grandes exploitations et les monocultures, notamment à travers des subventions de la PAC calculées à l’hectare. Pour s’en sortir, beaucoup doivent vendre en direct ou développer des activités annexes comme des ateliers, des visites ou de l’accueil à la ferme. »

Mr Mondialisation : Quels sont aujourd’hui vos produits phares, et qu’est-ce que leur succès raconte selon vous des besoins ou des fragilités de notre époque ?

Alma Sauvage : « Nos produits phares sont nos élixirs anti-stress, sommeil, concentration, bien-être féminin, énergie, ainsi que notre huile de CBD qui sont très utiles pour la douleur. Ils répondent à des problématiques souvent liées à une même cause : un mode de vie qui va à l’encontre de nos rythmes naturels.

Les personnes neuro-atypiques, comme celles atteintes de TDAH, ressentent aussi cette pression à rester performantes dans un système très normé et notre élixir concentration est une aide précieuse pour eux.

Pour le bien-être féminin, beaucoup de femmes ressentent un déséquilibre entre leur rythme naturel et les exigences de la vie professionnelle. Elles cherchent donc des solutions naturelles pour mieux vivre leur cycle et soutenir leur équilibre hormonal. »

Mr Mondialisation : Quand vous affirmez qu’un élixir agit sur le stress, le sommeil ou la concentration, sur quoi repose cette promesse : tradition d’usage, littérature scientifique, tests de conformité, retours empiriques ?

Alma Sauvage : « La validation du choix de nos synergies de plantes repose sur plusieurs de ces critères. Nous aimons partir de la tradition d’usage de médecines traditionnelles.

Ensuite, nous confrontons cela avec la littérature scientifique, et très souvent ces propriétés, quand elles ont été étudiées (car une plante, si elle n’est pas validée, ce n’est pas forcément à cause d’absence de bienfaits mais parce qu’elle n’a tout simplement pas été étudiée), sont validées par la littérature scientifique moderne.

C’est le cas par exemple, de l’armoise qui a été longtemps considérée dans l’histoire comme remède contre les entités parasitaires, a ensuite été largement reconnue scientifiquement comme telle.

Ensuite, nous faisons valider cette formule et obtenons son homologation par les instances officielles de régulation du marché des compléments alimentaires qui valident la liste de plantes ainsi que les mentions légales et de contre-indication.

Puis ensuite, on passe aux tests en réel, de manière empirique, d’abord sur nous-mêmes puis sur d’autres personnes. Cette démarche de multiples vérifications nous permet aujourd’hui d’avoir d’excellents retours. »

Mr Mondialisation : Votre procédé de macération lente en amphore est central dans votre démarche : qu’apporte-t-il réellement à l’extraction des principes actifs par rapport à des méthodes plus standardisées ?

Alma Sauvage : « Nous cherchions un procédé lent, naturel et respectueux du vivant. Nous aimons leur dimension traditionnelle, leur fabrication à partir d’éléments naturels et leur porosité, qui permet une micro-oxygénation et un procédé plus vivant. Même s’il existe une légère perte liée à cette porosité, la qualité de l’extrait obtenu compense largement.

Plusieurs études scientifiques, menées surtout dans le domaine du vin, montrent que les amphores favorisent une meilleure stabilité des composés et des échanges naturels avec la matière végétale. »

Amphores de macération, une technique ancestrale. Avec toutes autorisations – Alma sauvage.

Mr Mondialisation : À travers vos produits, défendez-vous seulement des remèdes, ou une autre vision du soin, de l’autonomie et du lien entre santé humaine et santé des écosystèmes ?

Alma Sauvage : « On défend tout aussi bien le lien entre santé humaine et santé des écosystèmes, qui vont de pair. Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. Aujourd’hui on voit une croissance des maladies dues aux causes environnementales qui va avec l’augmentation de la pollution.

« Aujourd’hui on voit une croissance des maladies dues aux causes environnementales qui va avec l’augmentation de la pollution » 

Quand tout cela devient trop angoissant, je m’en remets aux plantes, et ça m’apaise. En revanche, j’ai pris beaucoup de recul sur l’autonomie depuis notre installation, qui est une chimère selon moi. Nous sommes des êtres sociaux, et avons besoin des uns et des autres. »

Mr Mondialisation : Comment résiste-t-on à la tentation du storytelling “naturel” dans un marché du bien-être saturé de promesses parfois pseudo-scientifiques ?

Alma Sauvage : « Il y a beaucoup de storytelling dans le marché du bien-être malheureusement. C’est pour cela que nous préférons mettre l’accent sur du concret : la manière de de cultiver, des bienfaits issues des médecines traditionnelles et corroborées par des études scientifiques.

Nous n’avons pas besoin de créer un récit, nous montrons simplement notre réalité. Il ne faut pas oublier non plus que la science évolue constamment, et que les connaissances sur les plantes continueront d’évoluer elles aussi. »

Mauricette Baelen


Photo de couverture : Marjorie et Axel – avec toutes autorisations – Alma Sauvage 

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19.05.2026 à 06:00

Burundi : le compost, alibi de l’État face à la crise des engrais

Mr Mondialisation

Au cœur de l’Afrique des Grands Lacs, au Burundi, des milliers d’exploitants attendent désespérément des engrais chimiques qu’ils ont pourtant déjà payés. Face à ce vide, le gouvernement lance une campagne nationale de compostage, promettant une alternative écologique. Si cette méthode peut à long terme restaurer les sols et réduire la dépendance aux importations, elle […]

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Au cœur de l’Afrique des Grands Lacs, au Burundi, des milliers d’exploitants attendent désespérément des engrais chimiques qu’ils ont pourtant déjà payés. Face à ce vide, le gouvernement lance une campagne nationale de compostage, promettant une alternative écologique. Si cette méthode peut à long terme restaurer les sols et réduire la dépendance aux importations, elle peine à répondre à l’immédiateté des besoins. Pour les familles rurales dont la survie dépend de la prochaine récolte, le temps de maturation du compost est un luxe inabordable. 

Le ministère de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage a lancé une campagne nationale de creusage de fosses de compostage du 17 au 30 mai 2026. L’objectif affiché est d’encourager la population à transformer les déchets organiques en fertilisant naturel riche afin d’augmenter la production agricole. Des agents agricoles et administratifs, du niveau provincial jusqu’aux collines rurales, ont été mobilisés pour accompagner cette opération à travers tout le pays.

Sur le papier, la démarche semble logique. Mais dans les villages, elle s’ajoute à une réalité déjà tendue : celle d’une agriculture dépendante de fertilisants chimiques, dont les livraisons tardent malgré des paiements déjà effectués.

Pour de nombreux agriculteurs, le contraste est brutal. Alors que les champs exigent des fertilisants immédiatement pour sauver la saison agricole en cours, le discours officiel se tourne vers une alternative dont les effets ne seront visibles qu’à moyen ou long terme. Le risque est alors de transformer une stratégie écologique nécessaire en réponse de substitution face à une crise plus profonde des intrants agricoles.

Une solution écologique… mais pas immédiate

Le compost n’est pas une innovation. Depuis longtemps, agronomes et organisations internationales en vantent les avantages. Il améliore la fertilité des sols, favorise la rétention d’eau et contribue à une agriculture plus résiliente.

Dans un pays comme le Burundi, où les terres sont fortement exploitées sur de petites surfaces, ces bénéfices sont indéniables. Mais le compost possède une limite majeure : il ne répond pas à l’urgence. Sa production demande du temps, des matières organiques, de l’espace et des connaissances techniques. Entre la collecte des déchets, leur décomposition et la maturation du compost, plusieurs semaines, voire plusieurs mois, sont nécessaires avant utilisation. Or, le calendrier agricole, lui, n’attend pas.

Dans la Commune de Ngozi, un agriculteur résume la situation avec amertume : « On nous demande de faire du compost, mais nos cultures ont besoin d’engrais maintenant. » Pour les paysans, souvent confrontés à des parcelles réduites et à des ressources limitées, cette alternative apparaît davantage comme un déplacement du problème que comme une solution immédiate.

La photo montre un système de compostage réalisé par un agriculteur de la commune de Mwaro. On y voit des déchets organiques rassemblés dans une fosse afin d’être utilisés plus tard pour la fertilisation des champs.

Une crise qui ne dit pas son nom

Si la promotion du compostage fait l’objet d’une campagne médiatique, le sort des engrais chimiques déjà acquittés par les paysans reste, lui, dans l’ombre. Que sont devenus ces intrants ? Les causes de ce retard massif demeurent floues : s’agit-il de blocages logistiques, de difficultés financières de l’État, de tensions sur les marchés internationaux ou de dysfonctionnements internes ? Aucune réponse claire n’a été apportée à ce jour.

Ce silence institutionnel nourrit une inquiétude grandissante dans un secteur vital. Au Burundi, où l’agriculture constitue le principal revenu pour une large part de la population, toute rupture dans la chaîne d’approvisionnement des intrants a des répercussions immédiates et graves sur la sécurité alimentaire du pays.

Quand l’écologie devient un langage politique

Le compostage n’est pas le problème en soi ; c’est son instrumentalisation dans le débat public qui pose question. Présenté comme une panacée immédiate face à une crise structurelle, il risque de devenir le symbole d’une stratégie de contournement : une solution verte utilisée pour masquer les défaillances profondes du système agricole national.

Ce phénomène dépasse les frontières du Burundi. Le vocabulaire de la transition écologique peut être détourné pour occulter des carences de planification ou de gouvernance. L’écologie se mue alors en un langage politique commode, permettant d’afficher une vision durable sans pour autant régler les urgences du présent.

Sur le terrain, le débat, lui, n’a rien de théorique. Pour les agriculteurs, l’équation est brutale : sans intrants, les rendements s’effondrent. Et lorsque les récoltes diminuent, les conséquences sont directes et dramatiques : insécurité alimentaire, spirale de l’endettement et réduction forcée des repas quotidiens.

Une agriculture sous pression permanente

La crise actuelle met en lumière une fragilité structurelle du système agricole burundais. Depuis plusieurs années, les producteurs font face à une accumulation de contraintes : pression démographique, épuisement des sols, changements climatiques, hausse du coût des intrants et faibles revenus agricoles.

À cela s’ajoute une forte dépendance aux importations d’engrais chimiques. Dans un contexte mondial instable, les perturbations des chaînes d’approvisionnement se répercutent directement sur les pays les plus vulnérables.

Dans ce cadre, le compost constitue effectivement une piste intéressante. Mais une transition agricole ne peut être efficace que si elle est accompagnée, financée et progressive. Elle ne peut pas remplacer brutalement un système déjà fragilisé.

Sortir des oppositions simplistes

Le débat est souvent présenté de manière binaire : engrais chimiques contre solutions naturelles. Mais sur le terrain, cette opposition ne correspond pas à la réalité.

Des programmes agricoles montrent qu’une combinaison des deux approches est possible. Le compost améliore durablement les sols, tandis que les engrais chimiques, utilisés de manière raisonnée, permettent de répondre aux besoins immédiats de production.

L’enjeu n’est donc pas de choisir un camp, mais de construire un équilibre adapté aux conditions locales. Encore faut-il que les agriculteurs disposent réellement des intrants promis.

Une question de responsabilité publique

Au-delà du compost, c’est la question de la gouvernance des intrants agricoles qui se pose. La capacité des institutions à anticiper les pénuries, à gérer les chaînes d’approvisionnement et à informer la population de manière transparente est centrale dans un pays où l’agriculture reste vitale.

Sans cette transparence, les alternatives écologiques risquent d’être perçues non comme des solutions, mais comme des réponses de substitution à des défaillances structurelles.

Landry Ingabire


Photo de couverture : Champ de patates douces au Burundi. Wikimedia.

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18.05.2026 à 06:00

HK : « Résister est fondamental, mais pas suffisant »

Mr Mondialisation

HK, de son vrai nom Kaddour Hadadi, parcourt les routes de France en musique depuis plusieurs décennies. Dans sa besace : de la révolte, une sincérité à toute épreuve, et beaucoup d’amour. Bilan de plus de trente ans de combat. Révélé au grand public dans les années 1990 avec MAP (Ministère des Affaires Populaires), le […]

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HK, de son vrai nom Kaddour Hadadi, parcourt les routes de France en musique depuis plusieurs décennies. Dans sa besace : de la révolte, une sincérité à toute épreuve, et beaucoup d’amour. Bilan de plus de trente ans de combat.

Révélé au grand public dans les années 1990 avec MAP (Ministère des Affaires Populaires), le chanteur HK continue sa carrière en solo, en duo ou entouré de dizaines de « Saltimbanks ». En 2021, nous l’avions rencontré lors d’un rassemblement en Ardèche, en pleine crise du Covid-19. Sa chanson Danser encore avait alors déjà cumulé plusieurs millions de vues sur YouTube.

Cinq ans plus tard, HK est toujours là pour dénoncer l’absurde, les inégalités, la xénophobie, les entraves à nos libertés fondamentales. Depuis, il a également constaté à quel point les médias hexagonaux avaient changé : auparavant célébrés, ses musiciens et lui ont été peu à peu boudés, mis de côté par de nombreuses chaînes de télévision et de radios « mainstream ». 

Le chanteur HK est actuellement en tournée à travers la France ©Vincent CAPRARO

Dans son dernier album, Le Coeur au vent, HK mise sur la poésie des mots pour rappeler la nécessité de rester soudés, les dangers de la propagande ou le combat pour la démocratie. Il met également en musique le poème Il vous appartiendra de vivre, de l’écrivain Refaat Alareer, né et mort à Gaza, un territoire qu’il n’a jamais voulu quitter.

Rencontre avec un artiste profondément intègre, qui ne lâchera jamais rien.

Mr Mondialisation : Peux-tu nous raconter un peu ton parcours, l’environnement dans lequel tu as grandi et qui a forgé la personne que tu es aujourd’hui?

HK : « Je suis né à Roubaix en 1976, fils de parents immigrés d’Algérie. J’ai grandi dans cette ville, la plus pauvre de France, surtout dans ces années 80-90. Mais j’ai eu une jeunesse heureuse. Avec les copains, on a l’impression, avec le recul, d’être passés entre les gouttes. On voyait bien que c’était le désastre autour de nous, mais on vivait joyeusement. J’ai commencé la musique à 14, 15 ans. Le hip-hop débarquait d’outre-Atlantique dans nos quartiers, comme un tsunami.

J’ai choisi de prendre le micro quand d’autres copains se lançaient dans les graffitis, la danse hip-hop, ou le DJing. J’ai commencé dans le rap avec un premier groupe qui s’appelait Juste Cause. À l’époque, on pouvait faire des CD auto-produits qu’on mettait en dépôt-vente… Ça restait dans notre région, mais on était vraiment actifs. Notre premier maxi-CD s’appelait La dette de l’Occident. Notre second, Président, où on mettait un coup de pied dans la fourmilière. » 

Les concerts sont toujours des moments de communion ! ©Damien Blin
Les concerts sont toujours des moments de communion ! ©Damien Blin

Mr Mondialisation : Ta musique était engagée dès le départ ?

HK : « Oui, c’était du rap conscient, mais toujours avec un rapport à la mélodie et au chant. J’ai eu un autre groupe, Peace of Salam, qui est resté dans le milieu amateur. Un combo reggae et hip hop, avec des amis d’enfance. Puis, il y a eu ce projet, MAP, pour Ministère des Affaires populaires. Du rap avec un accordéon, un violon. Tout de suite, ça a explosé. On a eu la reconnaissance du public et même des professionnels.

D’un coup, on est sortis de notre région, on a trouvé un producteur, on a joué dans les plus grands festivals de France. Les gens ont connu MAP avec des morceaux comme Debout la d’dans, Elle est belle la France… Il y a toujours eu ce côté rap conscient, engagé, militant, avec une grande musicalité. »

Mr Mondialisation : Quand le projet HK est-il né ?

HK : « En 2009. J’ai lancé HK et les Saltimbanks avec l’album Citoyen du monde et des titres comme On lâche rien. J‘avais juste envie de chanter, presque de dire la même chose qu’avec MAP, mais sous une forme un peu différente. HK fonctionne depuis plus de quinze ans de façon assez collégiale. Beaucoup de musiciennes et musiciens sont devenus des amis, des sœurs et des frères de son. Des gens rencontrés sur la route et avec qui le feeling est passé. C’est une grande tribu musicale, une famille. » 

« Résister, c’est fondamental, mais ce n’est pas suffisant. » 

Mr Mondialisation : Ta musique est une invitation à la fête, à la communion. Est-ce l’une des meilleures façons de résister ?

HK : « Résister, c’est fondamental, mais ce n’est pas suffisant, parce que ça implique d’être sur la défensive. De ne pas se laisser écraser par le rouleau compresseur. Mais pour moi, il faut qu’il y ait autre chose. Il faut un autre ingrédient, une dimension qui est celle de la proposition, de la création, de l’alternative.

En tant qu’artistes, je pense qu’on a notre part à apporter. Surtout dans cette époque où tout est fait pour nous opposer, semer la haine, la discorde. En contrepartie, il faut essayer de bâtir des ponts entre les gens, de maintenir de l’unité partout où c’est possible, des moments et des espaces refuges où les gens peuvent juste être heureux d’être ensemble et de danser ensemble. » 

Mr Mondialisation : D’où ta chanson Danser encore, sortie pendant l’un des confinements dus au Covid… 

HK : « Oui, car on subissait alors une gestion ultra-autoritaire, ultra-sécuritaire. Et là, on se dit : tiens, la démocratie a été kidnappée. Cinq, six personnes dans un bureau décident de ce qui est bien pour des millions, sans aucune forme de discussion. Car l’urgence leur donne la soi-disant légitimité pour le faire. Elle dit tout ça, cette chanson. On est au moment du deuxième confinement, on nous dit que la musique est non-essentielle. Vous pourrez aller au supermarché, vous pourrez faire vos courses, mais la culture n’est pas essentielle.

Ce fut la goutte d’eau, l’absurdité totale. Je crois que le succès de la chanson vient du fait qu’on a été beaucoup à ressentir le même ras-le-bol, le même besoin de dire stop. Comme s’ils avaient décidé qu’au XXIe siècle, manger, boire et dormir suffisaient à faire de nous des êtres humains. Or ce n’est pas ce qu’on est en tant qu’individu, et en tant que société. On a donc balancé cette chanson comme ça, filmée avec le téléphone… On n’aurait jamais pensé que ça allait résonner à ce point. » 

Mr Mondialisation : D’autant qu’elle résonne toujours, des années après.

HK : « Oui, mais je me suis contenté de faire ce que j’ai toujours fait. Quand quelque chose me touche, me révolte, m’indigne, ou au contraire suscite des émotions positives, j’écris une chanson pour faire passer cette émotion. Et quand je chante « Ne soyons pas impressionnables / Par tous ces gens déraisonnables / Vendeurs de peur en abondance / Angoissants, jusqu’à l’indécence… », ça marche, ça crée une résonance auprès des gens. » 

Mr Mondialisation : Plus récemment, tu as pris le micro à Saint-Denis pour défendre son nouveau maire, Bally Bagayoko. Est-ce que c’était une évidence pour toi ?

HK : « C’était une évidence, oui. Il n’y a rien de pire pour moi que d’être spectateur. Là, je voulais m’exprimer, peu importe l’utilité ou l’impact. Il s’avère que j’étais à Paris le même jour, pour une autre manifestation. D’habitude, on me sollicite. Là, c’est moi qui ai appelé les copains pour proposer de venir chanter, affirmer ma solidarité, et qu’on soit le plus nombreux possible. Bally est devenu un symbole.

J’étais très heureux de pouvoir lui dire en direct : Tu es notre fierté. À nous, enfants des quartiers populaires, et pas juste enfants de l’immigration. Cette fierté, elle est également due à la dignité, la classe avec laquelle il a répondu à tout cet acharnement. »

Sur scène, HK et ses Saltimbanks répandent la joie... et la révolte ©Nicolas Lelièvre
Sur scène, HK et ses Saltimbanks répandent la joie… et la révolte ©Nicolas Lelièvre

Mr Mondialisation : Tu as senti un vrai élan populaire ? Et un peu d’espoir ?

HK : « Clairement. Les médias ont été obligés d’en parler, mais je pense qu’ils ont vraiment minimisé. De l’intérieur, c’était incroyable, et ça donne beaucoup espoir. On parlait de résistance… Quand tu vois ce marteau-piqueur qu’est l’empire Bolloré, ce bashing de toutes nos idées, nos valeurs, nos combats depuis toutes ces années… Ils essaient de faire croire à la population que nous, ceux qui résistent, on ne compte pas. » 

Mr Mondialisation : La main-mise de quelques-uns sur les médias, c’est un fait que tu constates personnellement ? 

HK : « Depuis dix ans, je constate ce processus d’invisibilisation. C’est criant. Au début, j’ai juste vu qu’on commençait à disparaître petit à petit des médias alors que beaucoup de gens nous suivaient, qu’on avait de l’actualité… Concrètement, on ne nous a jamais dit « Non, on ne veut pas de vous. » Mais il y avait toujours une bonne raison pour ne plus nous inviter. Ça, on l’a constaté et pendant un moment, on ne le comprenait pas.

« Aujourd’hui, on comprend les mécanismes de monopole des médias par une certaine caste. » 

Aujourd’hui, on comprend les mécanismes de monopole des médias par une certaine caste et en plus, au service d’une idéologie raciste, suprémaciste, xénophobe. Nous, on incarne exactement l’antithèse donc pourquoi nous laisser la parole, nous offrir la possibilité de répondre ?

Malheureusement, ces gens-là ont un impact, puisqu’ils sont matin, midi et soir à la télé, à la radio. Cette propagande, à force, elle fait des dégâts. Alors, rassembler des dizaines de milliers de personnes lors de rassemblements spontanés, ça nous rappelle qu’on est nombreux. Que ce soit pour Bally ou pour la journée du 10 septembre 2025… On est plus nombreux que ce qu’on veut nous faire croire. » 

Mr Mondialisation : Mais la difficulté reste de réussir à s’organiser. Et ça, ils le savent très bien… 

HK : « Oui, c’est à nous de trouver des solutions. C’est la part qui nous incombe, de se dire : Comment peut-on faire ? Il n’y a qu’un seul chemin, de toute façon, c’est sûr. » 

« Tant qu'il y a de la lutte, il y a de l'espoir. Tant qu'il y a de la vie, il y a du combat. » ©Vincent CAPRARO
« Tant qu’il y a de la lutte, il y a de l’espoir. Tant qu’il y a de la vie, il y a du combat. » ©Vincent CAPRARO

Mr Mondialisation : Tu as vu plusieurs générations grandir en France. Quels espoirs as-tu pour celles qui arrivent ?

HK : « Je vois ma fille aînée, qui a 27 ans et est ultra militante, active, radicale. Plus que moi sans doute ! Je les vois eux, et puis moi, en train de devenir un vieux dépassé (rires) ! Mais je le vois avec joie. Ils sont là. On va tous mettre la main à la pâte, et ça me donne beaucoup d’espoir. Le contexte général est complexe : la main-mise sur les médias, ce rouleau compresseur, et nous, avec nos petits moyens. Tant qu’il y a de la lutte, il y a de l’espoir. Tant qu’il y a de la vie, il y a du combat. » 

Mr Mondialisation : Tu joues aussi bien dans des salles moyennes que dans les quartiers, sur la place publique. Ressens-tu toujours le même élan ? 

HK : « Oui parce que, quel soit l’endroit, on arrive avec ce qu’on est, notre sincérité, donc ça connecte toujours. Elle résonne au fin fond de nos campagnes, quand on fait les bals paysans, comme au cœur des quartiers. Ma musique, ce n’est pas spontanément ce que les jeunes des quartiers vont écouter. Mais à chaque fois qu’on y joue, il se passe des moments extraordinaires. Il y a les daronnes, les darons, les enfants, et puis les ados qui se retrouvent embarqués par l’ambiance. Il y a même les chibanis, les anciennes, les anciens. Tu sens qu’il y a quelque chose qui prend. » 

« il y a encore une immense majorité de gens dans notre pays qui veulent juste vivre ensemble de façon heureuse, apaisée, respectueuse. » 

Mr Mondialisation : Des projets en ce sens à venir ? 

HK : « On va jouer chez nous dans le Nord pour les 40 ans de l’association de la Goutte d’or. J’adore jouer sur la place publique. Dans des endroits différents, pour des gens différents, en disant les mêmes choses. Parce que finalement, on aspire aux mêmes choses. Malgré la propagande puissante, il y a encore une immense majorité de gens dans notre pays qui veulent juste vivre ensemble de façon heureuse, apaisée, respectueuse. Notre travail, c’est de contrer ça, nourrir le vivre ensemble et le mettre en visibilité le plus possible. » 

Mr Mondialisation : Un dernier mot pour les lecteurs et lectrices de Mr Mondialisation ?

HK : « On continue, on lâche rien ! Aujourd’hui, comme hier, et comme demain. » 

Retrouvez toutes les dates de la tournée d’HK sur son site officiel.

Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photographie de couverture : ©Flavien Moras

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17.05.2026 à 06:00

Hippopotames, transats et forêt : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Colombie : un projet de relocalisation pour les hippopotames d’Escobar Alors que la Colombie envisage d’euthanasier une partie des hippopotames descendants des animaux introduits par Pablo Escobar, le milliardaire indien Anant Ambani propose […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Colombie : un projet de relocalisation pour les hippopotames d’Escobar

Alors que la Colombie envisage d’euthanasier une partie des hippopotames descendants des animaux introduits par Pablo Escobar, le milliardaire indien Anant Ambani propose de transférer environ 80 animaux vers un sanctuaire en Inde. Les autorités invoquent les risques écologiques liés à cette espèce invasive, tandis que des associations défendent des solutions non létales. (World Animal News)

2. La Grèce interdit les transats sur 251 plages protégées

La Grèce a interdit l’installation de transats, parasols et structures temporaires sur 251 plages afin de protéger des zones côtières sensibles, dont plusieurs sites marins classés Natura 2000. Le gouvernement veut limiter les effets du tourisme de masse et préserver les écosystèmes fragilisés par l’urbanisation et le changement climatique. (Euronews)

3. Un oiseau marin protégé réapparaît sur la Côte d’Opale

Le gravelot à collier interrompu, petit oiseau marin protégé disparu depuis plusieurs années de la Côte d’Opale, a été de nouveau observé en avril 2026. L’ONF appelle à renforcer la vigilance sur les plages, car cette espèce qui niche au sol reste très vulnérable aux activités humaines, aux chiens, au tourisme et à l’érosion du littoral. (France 3 Régions)

source : wikipédia

 4.Le Parlement européen autorise le vote par procuration pour les députées enceintes

Le Parlement européen a adopté une réforme permettant aux eurodéputées de déléguer leur vote jusqu’à trois mois avant et six mois après une naissance. Cette dérogation au vote en personne a été approuvée par 616 voix contre 24 et doit désormais être validée par le Conseil puis ratifiée par les États membres. (Parlement européen)

5. Des chercheurs développent un plastique à base de chanvre pour remplacer le PET

Une équipe de l’université du Connecticut a mis au point un plastique fabriqué à partir de cannabidiol (CBD), un composé du chanvre, pour remplacer certains plastiques issus du pétrole comme le PET utilisé dans les emballages alimentaires. Le matériau résiste à la chaleur et à l’eau, sans utiliser de bisphénol A (BPA), un composé controversé pour ses effets sur la santé. Les chercheurs travaillent désormais à industrialiser sa production. (DongA Science)

6. La population du cheval de Przewalski dépasse les 900 individus en Chine

Quarante ans après le lancement d’un programme de réintroduction, la population de chevaux de Przewalski en Chine dépasse désormais les 900 individus, soit environ un tiers de la population mondiale. Disparue à l’état sauvage dans les années 1970, cette espèce menacée a été réintroduite grâce à des programmes d’élevage et de réensauvagement dans le nord-ouest du pays. (China Daily)

7. L’UE prépare des sanctions contre des colons israéliens en Cisjordanie

L’Union européenne a approuvé des sanctions contre plusieurs organisations et figures du mouvement des colons israéliens en Cisjordanie, accusés d’alimenter les violences contre les Palestiniens. Les mesures, qui incluent gels d’avoirs et interdictions de visa, marquent un tournant après la levée du veto hongrois. Plusieurs États membres poussent aussi pour restreindre le commerce avec les colonies israéliennes. (EUobserver)

8. L’automobiliste qui a tué le cycliste Paul Varry sera jugé pour meurtre

Le conducteur du SUV ayant mortellement percuté puis écrasé le cycliste Paul Varry à Paris en octobre 2024 a été renvoyé devant les assises pour meurtre. La juge d’instruction estime qu’il a volontairement redémarré alors que la victime se trouvait devant son véhicule. La mort de ce militant de l’association Paris en selle avait suscité une forte émotion et relancé le débat sur les violences routières. (Le Monde avec AFP)

9. À Bornéo, des scientifiques réintroduisent des arbres dans les plantations d’huile de palme

En Malaisie, le projet TRAILS expérimente des systèmes agroforestiers mêlant palmiers à huile et arbres forestiers indigènes afin de restaurer la biodiversité dans les plantations de Bornéo. Menée avec des villageoises et des chercheurs du CIRAD, l’initiative montre le retour progressif d’oiseaux, d’insectes et d’autres espèces dans ces zones cultivées. Les chercheurs cherchent désormais à mesurer l’impact économique de ces modèles face aux monocultures intensives. (La Relève et la Peste)

10. Une association laisse des forêts évoluer librement dans la Meuse

L’association Libre forêt achète des parcelles pour les soustraire à l’exploitation et les laisser en libre évolution. Dans la Meuse, elle a organisé une balade pour montrer qu’une forêt non gérée peut rester riche en habitats, en espèces et en résilience, malgré l’image de désordre qu’elle renvoie souvent. (Reporterre)

* Visuel de couverture : Unsplash

– Mauricette Baelen

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16.05.2026 à 06:00

Aide à mourir, capitalisme rentier et agressions sexuelles : les 10 actus de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 1.Le Sénat rejette l’article clé sur l’aide à mourir Le Sénat a supprimé l’article central de la proposition de loi sur l’aide à mourir, défendant une version bien plus restrictive que celle votée à l’Assemblée […]

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Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.

1.Le Sénat rejette l’article clé sur l’aide à mourir

Le Sénat a supprimé l’article central de la proposition de loi sur l’aide à mourir, défendant une version bien plus restrictive que celle votée à l’Assemblée nationale. Les débats se sont concentrés sur ce dispositif, considéré comme le cœur du texte. (Politis)

2. Un chercheur alerte sur le “capitalisme rentier” qui transforme les locataires en nouvelle classe exploitée

Le sociologue Javier Gil estime que le logement est devenu l’un des principaux moteurs des inégalités sociales. Selon lui, la hausse des loyers et des prix immobiliers profite à des investisseurs qui captent une part croissante de la richesse des travailleurs via le marché locatif. (Mediabask)

3.Agressions sexuelles dans des hôtels du 115 : des alertes ignorées pendant des années

Deux hôtels sociaux parisiens ont fait l’objet de signalements visant le même gérant pour agressions sexuelles et harcèlement depuis 2019. Malgré plusieurs alertes internes et mains courantes, le Samusocial n’a mis fin à son partenariat avec l’un des établissements qu’en février 2026. (Bondy Blog)

4. Une vingtaine de néofascistes agressent des clients dans un bar parisien

Dans un bar du 15e arrondissement de Paris, une vingtaine de militants néofascistes ont effectué des saluts nazis avant de rouer de coups plusieurs clients venus les photographier. Parmi eux, StreetPress a identifié Gabriel Loustau, chef des Hussards Paris, déjà condamné pour violences et menaces haineuses. (StreetPress)

5. L’industrie de l’armement devient un symbole du “réarmement” européen

L’industrie de l’armement est désormais valorisée par les gouvernements, les médias et la finance au nom du “réarmement” européen. Les fabricants d’armes multiplient aussi les discours éthiques et écologiques, malgré l’usage meurtrier de leurs produits dans des conflits comme Gaza. (Le Monde diplomatique)

6. Une loi contre le cadmium bientôt débattue à l’Assemblée nationale

Une proposition de loi visant à limiter le cadmium dans les engrais phosphatés sera examinée début juin à l’Assemblée nationale, après des mois de mobilisation politique et scientifique. Ce métal lourd toxique, présent dans l’alimentation, est considéré comme un enjeu majeur de santé publique par l’Anses et plusieurs collectifs de médecins. (Vert)

7. Une note interne de Place publique crée un malaise autour de Raphaël Glucksmann

Une note de travail attribuée aux équipes de Place publique recommande de cibler les électeurs âgés et aisés plutôt que les jeunes et les classes populaires pour 2027. Face à la polémique, Raphaël Glucksmann a pris ses distances avec les conclusions du document. (Mediapart)

8. La majorité des Français pense payer un impôt sur l’héritage… à tort

Une étude rappelle que la majorité des Français n’est pas concernée par les droits de succession, mais surestime largement leur niveau et leur portée. En ligne directe, seuls 13 % des ménages paient cet impôt, alors que 60 % des Français pensent qu’il est beaucoup plus élevé qu’en réalité. (The Conversation)

9. La présidente de la FIJ alerte sur une vague d’assassinats de journalistes

La nouvelle présidente de la Fédération internationale des journalistes, Zuliana Lainez, alerte sur une « tuerie sans précédent » visant les journalistes en Ukraine, à Gaza, au Liban ou au Soudan, où les professionnels des médias sont de plus en plus ciblés et assassinés. Élue le 6 mai à Paris, elle promet de lutter contre l’impunité entourant ces crimes. (L’Humanité)

10. Le périscolaire parisien en grève face aux violences et au manque de moyens

Des agent·es du périscolaire parisien sont appelés à la grève après plusieurs affaires de violences révélées dans les écoles. Syndicats et professionnel·les dénoncent un secteur fragilisé par le manque de moyens, la précarité, le sous-effectif et des conditions de travail qui se dégradent depuis des années. (Alternatives Économiques)

* Visuel de couverture : wikipédia

– Mauricette Baelen 

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