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Think tank informel et citoyen francophone à visée internationale


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23.08.2026 à 06:00

Réseaux sociaux, séniors, auto-construction : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

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Pour contrer le blues du dimanche soir (ou plutôt des lundis capitalistes), voici 10 bonnes nouvelles de la semaine ! 1. Réseaux sociaux : la loi interdisant l’accès aux moins de 15 ans, censurée par le Conseil constitutionnel La loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été censurée par […]

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Pour contrer le blues du dimanche soir (ou plutôt des lundis capitalistes), voici 10 bonnes nouvelles de la semaine !

1. Réseaux sociaux : la loi interdisant l’accès aux moins de 15 ans, censurée par le Conseil constitutionnel

La loi visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été censurée par le Conseil constitutionnel, qui a jugé l’atteinte aux libertés disproportionnée. Ils ont notamment critiqué son périmètre trop large, l’absence de prise en compte de l’autorité parentale et les risques liés à la vérification d’âge. Le gouvernement prévoit un nouveau texte d’ici au printemps 2027. (le Monde)

2. Les Insatiables redonnent l’appétit à des séniors

La dénutrition toucherait un million de personnes de plus de 65 ans en France et peut entraîner perte d’énergie, amaigrissement et problèmes de santé. Pour la prévenir, l’association Les Insatiables organise notamment des ateliers et concours culinaires en Ehpad, qui permettent de sensibiliser les seniors à l’importance de bien manger tout en favorisant le plaisir, l’autonomie et le lien social. (Marcelle Média)

3. En Ariège, elles construisent leur maison en bois, terre et paille

En Ariège, Jocelyne et Dominique ont construit leur maison avec du bois, de la terre et de la paille, des matériaux bruts ou peu transformés. Dix ans après, la maison de 54 m² n’a pas bougé, grâce notamment à une conception protégeant la terre de l’humidité. Construite en chantier participatif, elle leur a coûté 50 000 euros au total. (Reporterre)

4. Quimper : échanges culturels entre jeunes breton·nes et palestinien·nes

Des collégien·nes breton·nes ont accueilli huit jeunes Palestinien·nes du camp de Balata, en Cisjordanie, pour une tournée mêlant danses, visites et rencontres. À travers le Dabke et plus globalement la culture locale, ces échanges ont permis de mettre en lumière les traditions communes, créer des liens entre les deux jeunesses et d’offrir aux jeunes Palestinien·nes une parenthèse de liberté et de sérénité. (La Relève et la Peste)

5. Un vaccin personnalisé montre des résultats prometteurs contre le mélanome

Un vaccin personnalisé à ARN messager développé par Moderna et Merck a donné des résultats positifs en phase 3 chez plus de 1 100 patients atteints d’un mélanome avancé. Associé à une immunothérapie, il a amélioré significativement la survie sans récidive par rapport au traitement seul. Les laboratoires doivent désormais présenter les résultats détaillés et demander son autorisation. (20minutes)

6. Dans le sud-ouest de l’Angleterre, la martre des pins se reproduit avec succès

La réintroduction de la martre des pins porte ses premiers fruits dans le sud-ouest de l’Angleterre : des caméras ont filmé quatre petits à Exmoor et deux à Dartmoor, après le relâcher de 34 individus depuis 2024. Ces naissances constituent les premières preuves de reproduction depuis le lancement du programme visant à restaurer l’espèce, disparue localement depuis plus d’un siècle. (Devon Wildlife Trust)

7. La nigelle des champs réapparaît en Sarthe après 150 ans d’absence

Après 150 ans d’absence, la nigelle des champs a été retrouvée en Sarthe, où sa dernière observation remontait à 1879. Classée en danger critique d’extinction, cette petite fleur a réapparu sur une parcelle où des pratiques agricoles favorables permettent aussi à d’autres fleurs des moissons de se développer. (Reporterre)

10. Une loutre réapparaît à New York après plus d’un siècle d’absence

Après plus d’un siècle d’absence, une loutre d’Amérique a été photographiée dans la Bronx River, à New York. Son retour témoigne de la restauration progressive de cette rivière, autrefois fortement polluée, grâce à des décennies d’efforts pour améliorer la qualité de l’eau et les habitats. (The Guardian)
Mara Pron

Photo de couverture : Ryan Reynoso / Unspalsh

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22.08.2026 à 06:00

Arbres abattus, haïtiens expulsés, écologistes accusés : Top 10 actus de la semaine

Mr Mondialisation

Vous n’avez pas pu suivre les actualités de la semaine ? Voici 10 informations à ne pas manquer ! 1. Marseille : 37 arbres abattus, une décision controversée Ce lundi 20 août, la municipalité de Marseille lance l’abattage de 37 arbres de grande taille au parc de Bonneveine, officiellement pour « sécuriser » le site. […]

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Vous n’avez pas pu suivre les actualités de la semaine ? Voici 10 informations à ne pas manquer !

1. Marseille : 37 arbres abattus, une décision controversée

Ce lundi 20 août, la municipalité de Marseille lance l’abattage de 37 arbres de grande taille au parc de Bonneveine, officiellement pour « sécuriser » le site. Annoncée le vendredi précédent, l’opération place les citoyen·nes devant le fait accompli. Les riverain·es du collectif Les Amoureux du Parc de Bonneveine dénoncent une gestion « précipitée », un manque de transparence et demandent une réévaluation des risques que représentaient réellement ces arbres.(La Relève et la Peste)

2. États-Unis : 161 Haïtiens expulsés après la fin du statut de protection temporaire

Les États-Unis ont expulsé jeudi 20 août 161 Haïtiens vers leur pays d’origine, dont certains bénéficiaient du statut de protection temporaire (TPS), supprimé par l’administration Trump. Cette première vague d’expulsions depuis la fin du TPS intervient alors qu’Haïti reste plongé dans une grave crise humanitaire et sécuritaire, avec 1,5 million de personnes déplacées et plus de 3 000 morts depuis le début de l’année selon l’ONU. (RFI)

3. Incendies en Gironde : les écologistes accusés à tort

Au lendemain des incendies en Gironde, Bruno Lafon, président de l’association de défense des forêts contre l’incendie (DFCI) en Nouvelle-Aquitaine, tient les normes environnementales de préservation de la biodiversité pour responsables. Selon lui, elles empêcheraient la création de pare-feux pour limiter les incendies. Pourtant, la réalité est plus complexe : la responsabilité est plurielle et des solutions existent, comme des plans de gestion diversifiant les essences. (Reporterre)

4. Ukraine : les illusions d’une victoire qui s’éloigne

Selon Anatol Lieven, la guerre en Ukraine reste dans une impasse, tandis que les deux camps entretiennent des illusions sur leur capacité à obtenir une victoire décisive. Malgré les lourdes pertes et les destructions, la Russie comme l’Ukraine et leurs soutiens européens restent attachés à des positions qui rendent difficile un compromis. L’auteur estime que cette prolongation du conflit accroît surtout le risque d’une escalade directe entre la Russie et l’OTAN, et appelle à retrouver une volonté de détente. (Le Vent Se Lève)

5. Dans les Vosges, le ministère envisage d’abandonner la réintroduction du grand tétras

Au vu des résultats insatisfaisants des tentatives de réintroduction, le ministère de la Transition écologique prévoirait de stopper l’expérience dès la fin de la campagne en cours. Ce gallinacé, qui prospère surtout dans les environnements froids et enneigés, se retrouve dans des forêts vosgiennes durement touchées par le réchauffement climatique. Plusieurs associations dénoncent ainsi les conditions particulièrement défavorables et prématurées de sa réintroduction. (Reporterre)

6. Guadeloupe : l’enfer des sargasses s’intensifie

En Guadeloupe, les échouages massifs des sargasses (algues brunes) se sont intensifiés depuis 2011, notamment sous l’effet du dérèglement climatique. À l’instar des algues vertes sur les côtes bretonnes, leur décomposition dégage des gaz toxiques pouvant provoquer divers troubles de santé et endommager appareils et matériaux. À La Désirade, des habitantes témoignent de l’impact de ces nuisances sur leur quotidien, jusqu’à devoir cesser de travailler. (Street Press)

7. Pollution aux métaux lourds : des dizaines de maisons inhabitables en Charente-Maritime

À Tonnay-Charente, près de la moitié des 92 parcelles analysées autour de l’ancienne usine d’engrais Timac Agro présentent des sols jugés incompatibles avec un usage résidentiel et l’autoproduction alimentaire, en raison d’une pollution aux métaux lourds. Fin juillet, la préfecture a ordonné à l’entreprise de présenter sous six mois un plan de dépollution, tandis que les habitant·es craignent de devoir quitter leurs maisons. (L’Humanité)

8. Smartphone ou minimalisme volontaire

De nombreux jeunes adultes lassés de l’hyperconnexion troquent leurs smartphones contre des téléphones à clapet ou des appareils volontairement bridés. L’objectif est de réduire l’addiction en réintroduisant une friction matérielle volontaire, bien que l’absence d’outils et d’applications modernes complique cette transition vers la déconnexion. (GNT)

9. Présidentielle 2027 : Marine Tondelier appelle encore à l’union de la gauche

Aux Journées d’été des Écologistes à Grenoble, Marine Tondelier a de nouveau appelé les forces de gauche à dépasser leurs divisions pour construire une candidature commune face à l’extrême droite en 2027. Alors que son propre parti est partagé entre plusieurs stratégies, elle estime qu’une victoire de la gauche est encore possible et défend l’écologie comme « la mère de toutes les batailles ». (le Monde)

10. Record de participation attendu aux universités d’été de LFI

Les universités d’été de La France insoumise réunissent cette année à Châteauneuf-sur-Isère, dans la Drôme, 6 000 personnes préinscrites, soit deux fois plus que les années précédentes. Cette affluence record intervient à quelques mois de la présidentielle de 2027. (Le Dauphiné Libéré)

Mara Pron


Photo de couverture : sargasses échouées sur les côtes caribéennes / WikimediaCommons

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21.08.2026 à 06:00

5 raisons de végétaliser les cours d’école

Simon Verdiere

De nombreuses générations d’enfants ont connu le modèle traditionnel de la cour d’école entièrement recouverte de bitume et même parfois privée de tout végétal. Aujourd’hui, de plus en plus d’établissements expérimentent d’autres manières d’aménager leurs cours, en laissant davantage de place à la nature. Une configuration qui offre de multiples avantages, notamment en termes écologiques […]

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De nombreuses générations d’enfants ont connu le modèle traditionnel de la cour d’école entièrement recouverte de bitume et même parfois privée de tout végétal. Aujourd’hui, de plus en plus d’établissements expérimentent d’autres manières d’aménager leurs cours, en laissant davantage de place à la nature. Une configuration qui offre de multiples avantages, notamment en termes écologiques et éducatifs. Après un été caniculaire quasiment partout en France – n’en déplaise aux climato-négationnistes dans le déni, Mr Mondialisation revient sur un projet de renaturation plus que nécessaire.

[Article initialement publié le 13 mai 2024, mis à jour le 19 août 2026 | Temps de lecture estimé : ~ 4 min]

En juin dernier, des parents très inquiets se sont mobilisés pour limiter la surchauffe des salles de classe, devenues de vraies fournaises.

Pourtant, avec des moyens et une organisation collective anticipée, végétaliser une cour de récréation pourrait devenir vital. Opter pour cette solution permettrait de lutter activement contre l’emballement climatique, mais aussi d’ouvrir l’esprit des plus jeunes à des problématiques environnementales et sociales. Mr Mondialisation vous présente à nouveau cinq raisons de généraliser cette idée à tous les établissements scolaires.

1) Lutter contre le dérèglement climatique

Si les environnementalistes se battent pour limiter l’intensité du réchauffement climatique, celui-ci est inévitable et a d’ailleurs déjà bien commencé. Résultat, les fortes températures, les sécheresses et les canicules vont se multiplier ces prochaines années.

Or, les espaces artificialisés, en particulier avec du bitume noir, favorisent grandement les îlots de chaleur. À l’inverse, les végétaux peuvent rafraîchir une zone, notamment grâce à l’ombre que peuvent offrir les arbres.

En outre, les plantes ont également l’avantage de capturer du CO2 et donc de contribuer à limiter le dérèglement climatique. Enfin, retirer le bitume permet aussi au sol d’absorber l’eau de pluie et faciliter son cycle naturel.

2) Apprendre à vivre ensemble

C’est un rapport que l’on fait sans doute moins spontanément, et pourtant, une cour végétalisée offre plusieurs avantages au niveau de la socialisation des enfants. Elle permet d’abord de diversifier les jeux et mieux intégrer les filles.

En effet, les espaces traditionnels mettent fréquemment les garçons à l’honneur, notamment avec un terrain de football qui occupe généralement une place centrale dans l’école. Un sport qui a tendance à moins intéresser le genre féminin, qui de fait reste souvent en marge, comment le montre une enquête de l’UNICEF.

Avec une organisation spatiale différente, les enfants peuvent participer à plus d’activités ludiques et améliorer leur relation et leur coopération. Cette diversité permet en outre aux occupations des uns de ne pas empiéter sur celles des autres et donc de mieux cohabiter et intégrer tout le monde.

3) Améliorer sa santé et ses capacités

Une étude néerlandaise établit un lien de cause à effet entre la présence de la verdure et la diminution de l’agressivité, la violence et le harcèlement entre enfants. Il faut dire que de nombreuses recherches confirment également que le contact avec la nature fait énormément baisser le stress.

Mais ce n’est pas tout, puisque cette exposition améliorerait aussi le système immunitaire, les capacités motrices (notamment par la diversification des jeux et l’interaction avec l’environnement) et l’estime de soi. Elle inciterait les enfants à se dépenser. Et pour couronner le tout, le contacte avec la nature augmenterait tout simplement la sensation de sérénité.

4) Rêver

En présence d’un terrain vide, bétonné et sans vie, il est sans doute beaucoup plus simple de surveiller les élèves. Et c’est probablement pour cette raison que les cours d’école modernes ont été conçues ainsi.

Et pourtant, pour évoluer de façon équilibrée, un enfant a, à l’inverse, besoin d’être stimulé, pour pouvoir rêver, escalader, manipuler, construire, inventer, ou encore se cacher. La diversité des espaces offerts par la végétalisation peut contribuer à fournir les éléments nécessaires à tous ces besoins.

Ce foisonnement va aussi permettre de développer une plus grande créativité à travers tout un imaginaire, mais également à encourager la curiosité et à porter un intérêt réel et empathique à tout ce qui entoure l’écolier.

5) S’ouvrir à la nature

Dans un monde où l’urbanisation est galopante et où les écoles en milieu rural ferment les unes après les autres, les établissements scolaires sont de plus en plus situés dans les agglomérations où la nature est elle-même déjà bien discrète.

Pour beaucoup d’enfants citadins, il n’existe donc presque plus aucun moyen de se connecter avec elle et d’apprendre à la respecter et à la protéger. Dans ce contexte, les cours végétalisées peuvent devenir une fabuleuse façon d’atteindre ces buts.

Mieux, elles peuvent même prendre une dimension éducative avec une participation au jardinage, à la découverte des plantes ou encore à l’observation de la biodiversité (notamment les insectes et les oiseaux) favorisée par une telle configuration. Et dans une époque où la défense de la planète s’avère de plus en plus cruciale, ouvrir les futurs citoyens à ce genre d’enjeux apparaît comme une nécessité absolue.

– Simon Verdière, mise à jour par Mara Pron


Photo de couverture de Vitolda Klein sur Unsplash

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20.08.2026 à 06:00

Tribune : L214 révèle 300 cadavres de cochons dans un élevage Eureden

Mr Mondialisation

L214 publie des images tournées les 3 et 4 août 2026 dans deux sites d’un élevage porcin des Côtes-d’Armor lié à la coopérative Eureden. Plus de 300 cadavres de cochons et de porcelets y sont visibles, certains momifiés ou réduits à l’état de squelettes, tandis que des animaux vivants évoluent encore au milieu des morts. […]

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L214 publie des images tournées les 3 et 4 août 2026 dans deux sites d’un élevage porcin des Côtes-d’Armor lié à la coopérative Eureden. Plus de 300 cadavres de cochons et de porcelets y sont visibles, certains momifiés ou réduits à l’état de squelettes, tandis que des animaux vivants évoluent encore au milieu des morts. L’association, qui dénonce l’un des pires cas d’abandon d’animaux qu’elle ait documentés en élevage, porte plainte et demande la fermeture immédiate de l’exploitation. Tribune.

[Temps de lecture estimé : ~ 3 min | Images sensibles]

Les situations d’abandon d’animaux ne sont malheureusement pas inconnues dans les élevages intensifs. Mais les images tournées dans ces deux sites de la SCEA du Tertre És Lys montrent une situation qui dépasse les cas habituellement documentés. Dans plusieurs bâtiments, des cadavres de cochons sont laissés à même les cases d’élevage, parfois depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois.

Certains corps sont momifiés, d’autres réduits à l’état de squelettes presque complets. Des restes d’animaux jonchent les sols, dans des cases vides ou à proximité de cochons encore vivants.

Des cochons vivants au milieu des morts

Au total, plus de 300 cadavres sont visibles sur les images tournées dans les deux sites. À Saint-Carreuc, plusieurs salles contiennent des cadavres dans un état de décomposition très avancé. À Hénon, une salle entière est jonchée de cadavres, tandis que des cochons sont encore en vie dans l’exploitation.

Ces corps délaissés témoignent d’une situation d’abandon massif et d’une absence manifeste d’évacuation des cadavres. L’état très avancé de décomposition de certains animaux laisse penser qu’ils sont morts depuis plusieurs semaines, voire depuis plusieurs mois pour certains.

Cadavres de porcelets – images tournées pendant l’enquête, les 3 et 4 août 2026 / © L214

L’élevage modèle d’Eureden vire au charnier

Quelques semaines avant la découverte de ces cadavres, cet élevage qui a perçu 18 318 € d’aides de la PAC pour la période d’octobre 2024 à octobre 2025, faisait l’objet d’une importante communication de la coopérative agro-industrielle Eureden. Le 19 juin 2026, une journée portes ouvertes y a réuni environ 500 personnes autour d’un bâtiment présenté comme l’avenir de l’élevage porcin, avec un fort accent mis sur le « bien-être animal ».

Sur le site de Hénon, dans le bâtiment d’une maternité porcine équipée de cases dites « liberté », les images révèlent une véritable hécatombe de porcelets. Selon les constats réalisés sur place, environ 80 % des porcelets sont morts, soit plus de 200 animaux.

Cette affaire est d’autant plus révélatrice qu’elle ne concerne pas un élevage marginal, caché loin des regards. Il s’agit au contraire d’un élevage vitrine, présenté comme un modèle de modernité et de bien-être animal. Dans un article publié par la revue Sesame de l’INRAE, des chercheurs posent clairement les limites de la vision d’un élevage intensif « amélioré » :

« non, améliorer le bien-être des animaux dans les systèmes intensifs n’est pas possible ».

Certaines mesures peuvent réduire des souffrances concrètes, et L214 se bat pour qu’elles soient mises en œuvre, mais elles ne doivent pas masquer les limites structurelles de ces systèmes. Derrière les innovations de bâtiment et les éléments de langage, les animaux sont pris au piège dans des bâtiments fermés, privés de leurs besoins les plus fondamentaux.

L214 saisit la justice et demande une fermeture d’urgence

L’association saisit le procureur de la République du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc pour mauvais traitements (code rural) et abandon d’animaux (code pénal). L’association signale les faits aux services de la préfecture des Côtes-d’Armor afin qu’une intervention urgente soit diligentée.

L214 demande la fermeture immédiate de l’exploitation, la mise à l’abri des cochons encore vivants et l’interdiction pour l’exploitant de détenir ou d’exercer une activité auprès d’animaux. L’association interpelle également Eureden sur son absence d’engagement à respecter le Pig Minimum Standards, un ensemble de critères minimaux destinés à mettre fin aux pires pratiques de l’élevage intensif des cochons.

Il s’agit de la deuxième enquête menée par L214 dans un élevage de cochons fournissant Eureden en trois mois, après une première enquête au mois d’avril dans une maternité collective du Morbihan.

Pour Sébastien Arsac, directeur des enquêtes de L214 : « Ce que montrent ces images est difficilement soutenable, même pour une association habituée à documenter les pires pratiques d’élevage. Les truies vivent au milieu des cadavres de leurs porcelets, des cochons adultes sont abandonnés jusqu’à devenir des squelettes, laissant imaginer l’agonie précédant la mort de ces animaux.

Nous parlons de plus de 300 cadavres dans une exploitation liée à Eureden, présentée il y a quelques semaines comme un modèle de l’élevage porcin de demain. C’est l’un des pires cas d’abandon que L214 ait jamais documentés depuis sa création. Les services de l’État doivent intervenir sans délai : cet élevage doit fermer, les animaux vivants doivent être mis à l’abri et les responsabilités doivent être établies. »

Une pétition que vous pouvez signer complète l’appel au Sauvetage du Siècle.

L214


Photo de couverture : Capture d’écran d’une vidéo des portes ouvertes de la SCEA du Tertre És Lys

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19.08.2026 à 06:00

Depuis 1928, elle se bat pour les animaux : dans les coulisses de la CNDA, presque centenaire et pourtant méconnue

Mr Mondialisation

Fondée en 1928, la Confédération Nationale Défense de l’Animal (CNDA) réalise un travail plus discret que d’autres associations bien plus connues du grand public. Pourtant, son combat contre la maltraitance animale prend différentes formes essentielles. Rencontre avec Bruno Navarro, son délégué général. Il est des associations dont on entend peu parler. C’est le cas de […]

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Fondée en 1928, la Confédération Nationale Défense de l’Animal (CNDA) réalise un travail plus discret que d’autres associations bien plus connues du grand public. Pourtant, son combat contre la maltraitance animale prend différentes formes essentielles. Rencontre avec Bruno Navarro, son délégué général.

Il est des associations dont on entend peu parler. C’est le cas de la Confédération Nationale Défense de l’Animal. Elle agit pourtant depuis près d’un siècle auprès des animaux domestiques. Moins populaire que d’autres grands noms de la protection animale, elle est pourtant présente dans 97 départements français.

Son mode d’action se décline sous forme d’aide apportée aux refuges fédérés, de pédagogie, d’actions en justice ou encore de sauvetages. Grâce à la force de son réseau et le travail d’une équipe soudée et dévouée, la CNDA parvient à sauver plus de 200 000 animaux chaque année.

Elle est également particulièrement présente et vigilante face aux contenus de maltraitance diffusés sur les réseaux sociaux. Suite à sa plainte déposée à l’encontre d’un influenceur pour sa vidéo malmenant un chien, Bruno Navarro, délégué général de la CNDA, a accepté de faire le point avec Mr Mondialisation.

Logo Defense del'Animal ©CNDA
Le logo de la Confédération Nationale Défense de l’Animal © CNDA

Mr Mondialisation : Pouvez-vous présenter le travail de la Confédération Nationale Défense de l’Animal à nos lecteurs ?

Bruno Navarro : « La Confédération Nationale Défense de l’Animal, souvent appelée CNDA, va fêter son centenaire en 2028. Par le nombre de refuges, c’est l’organisation la plus importante en France. Nous confédérons environ 260 associations de protection animale dans l’Hexagone ainsi qu’aux Outre-Mers. La particularité, c’est que les gens qui viennent se confédérer dans notre organisation sont des associations dites « indépendantes ». Elles ont chacune leur propre statut, leurs propres moyens de subsistance, etc.

Ce que nous apportons en tant que confédération, c’est un appui sur tous les aspects de la gestion quotidienne d’un refuge. À savoir ce qui a trait au bien-être animal, les problématiques rencontrées dans les gouvernances, les relations en termes de droit social vis-à-vis des salariés… Enfin, nous sommes une association reconnue d’utilité publique, ce qui nous autorise à traiter pour le bénéfice de ces associations les dons et les legs que le public peut leur attribuer. » 

Les chiens récupérés dans les refuges peuvent être accompagnés par un éducateur ©CNDA
Les chiens récupérés dans les refuges peuvent être accompagnés par un éducateur ©CNDA

Mr Mondialisation : En quoi consiste votre rôle en tant que délégué général ?

Bruno Navarro : « Cette confédération est composée d’un conseil d’administration de 12 membres bénévoles. Le siège de la confédération se situe à Lyon et comporte 10 salariés, dont moi-même. Et en tant que délégué général, je mets en œuvre la politique décidée par le bureau du conseil d’administration. Celui-ci est constitué de cinq membres: un président, deux vice-présidents, un trésorier et un secrétaire général.

Bénévoles et salariés sont tous arrivés chez la CNDA parce qu’ils ont chevillé au corps la protection animale. Ils sont impliqués au quotidien, et remarquables d’engagement et de stabilité émotionnelle. Parfois pourtant, c’est très difficile parce qu’ils font face chaque jour à la violence et à la maltraitance. Il faut être là pour les soutenir. » 

« plus on entre dans la crise économique, plus la subsistance de nos refuges devient critique. » 

Mr Mondialisation : D’où viennent les fonds qui permettent à la CNDA de mener ses actions ?

Bruno Navarro : « Essentiellement de la générosité du public. Ce qui explique d’ailleurs que, plus on entre dans la crise économique, plus la subsistance de nos refuges devient critique. L’une des grandes questions posée par les refuges, c’est comment nourrir les animaux et comment les soigner. Nous assistons à une explosion des prix de l’alimentation animale, ainsi qu’à celle des interventions vétérinaires, que ce soient les médicaments ou les actes vétérinaires en eux-mêmes. Nos actions servent donc à aider financièrement ou matériellement les refuges qui en ont le plus besoin. » 

La Confédération Nationale Défense de l'Animal participe à des collectes pour les refuges ©CNDA
La Confédération Nationale Défense de l’Animal participe à des collectes pour les refuges ©CNDA

Mr Mondialisation : La CNDA agit également contre la maltraitance animale. Récemment, vous avez déposé plainte contre le tiktokeur Mortadon suite au coup de poing que celui-ci a asséné à un malinois, en Albanie, le 25 juillet 2026. Pourquoi cette décision ?

Bruno Navarro : « Nous combattons systématiquement ces vidéos. Un animal ne peut pas être un accessoire de divertissement, ni l’instrumentalisation du désir de faire mal. En l’occurrence, lorsqu’un influenceur fait souffrir, terrorise ou maltraite un animal pour obtenir des vues, notre réaction s’inscrit dans le refus que la souffrance de l’animal devienne un outil de communication. Nous ne pouvons pas accepter ce passage systématique de la maltraitance à la mise en scène.

Pourquoi ? Parce que derrière, on a quelqu’un qui, pour obtenir des vues et augmenter le nombre des abonnés, voire parfois obtenir de l’argent, va mettre en scène volontairement une maltraitance, la filmer et puis la diffuser. Il s’agit d’un enchaînement d’actes tout à fait réfléchi et conscientisé, dans un but que nous ne pouvons pas accepter. » 

Sabine Fghoul, présidente de la Confédération et de la SPA de Haguenau et environs (67). ©CNDA / Christophe Boulair

Mr Mondialisation : Sachant qu’aucun modérateur n’a interdit cette vidéo… 

Bruno Navarro : « En fait, il s’agit d’un cercle vicieux. C’est via les réseaux sociaux que l’alerte concernant une maltraitance se propage. Donc, le sujet, c’est à la fois d’utiliser intelligemment ces réseaux sociaux, mais également d’attirer l’attention du public. En effet, relayer des scènes de maltraitance, c’est apporter de l’eau au moulin de celui ou celle qui l’a causée, dans la perspective de faire de l’audience.

Le vrai sujet est double. C’est d’abord celui de la modération sur les réseaux sociaux, mais aussi de l’éducation du grand public, en expliquant qu’il ne faut surtout pas relayer ce type de contenu, mais le signaler auprès de plateformes comme Pharos. De ce point de vue, nous avons probablement une œuvre de sensibilisation à mener. Je suis en pleine réflexion avec les administrateurs sur la façon dont nous pourrons faire cela, dès septembre. » 

Mr Mondialisation : Avez-vous déjà obtenu des résultats suite à d’autres plaintes ?

Bruno Navarro : « J’ai pris la décision, il y a maintenant deux ans, de créer un véritable service juridique au sein de la CNDA. Une salariée, juriste, s’occupe activement de gérer ce genre d’affaires. Elle travaille avec un certain nombre d’avocats spécialisés, notamment dans le droit des animaux. Nous sommes donc déjà sur un certain nombre d’affaires, et avons obtenu des décisions de justice avec des sanctions à la clé. Soit le maltraitant se voyait retirer l’animal, soit il recevait une interdiction pendant plusieurs années, voire ad vitam aeternam, d’en détenir un. Mais il y a encore du chemin à parcourir… » 

« il faudrait intégrer dans les programmes scolaires de vraies actions éducatives pour expliquer aux enfants qu’un animal est un être sensible. » 

Mr Mondialisation : Voyez-vous règlements et lois aller plutôt dans le bon sens ?

Bruno Navarro : « Il y a des progrès, certes, mais il faut probablement aller plus loin. Il y a désormais notamment un référent animal dans chaque gendarmerie. Des progrès ont été faits, mais plus largement, je pense qu’il faudrait intégrer dans les programmes scolaires de vraies actions éducatives pour expliquer aux enfants qu’un animal est un être sensible. 

C’est un tout, complexe. S’y mêlent la volonté des pouvoirs publics, la sensibilité des politiques, la création de programmes éducatifs, la capacité des juges à faire dire la loi avec suffisamment de fermeté et faire en sorte que les peines soient véritablement appliquées… Ou encore l’audience que l’on peut donner aux institutions de protection animale comme la CNDA, peu connue du grand public et qui ne vit pourtant que de sa générosité. » 

C'est essentiellement avec les dons des particuliers que la CNDA peut accomplir ses missions ©CNDA
C’est essentiellement avec les dons des particuliers que la CNDA peut accomplir ses missions ©CNDA

Mr Mondialisation : Avez-vous mis en place des outils pour lutter, plus globalement, contre cette violence systémique ?

Bruno Navarro : « Oui, car nous travaillons de façon générale sur la question du lien humain-animal. Nous savons tout d’abord que lorsqu’il y a des violences intra-familiales, du fait de l’homme dans environ 97% des cas, l’animal en est souvent directement victime. Ou bien, il peut être instrumentalisé de deux façons. La première, c’est de menacer de lui faire du mal si femme et enfants ne se soumettent pas aux volontés du maltraitant. La deuxième, pour éviter que la femme parte avec les enfants, leur prédateur dit qu’il va se venger sur le chien, le chat ou le hamster.

Des situations qui font que, souvent, la femme battue préfère rester au foyer quel qu’en soit le coût à payer, pour sa santé et même sa vie. Nous avons donc signé deux protocoles que nous avons appelés « Violence intra-familiale ». L’un, avec le parquet général de Toulouse, l’autre, avec le parquet général d’Aix-en-Provence. Et d’autres encore vont suivre, car nous y travaillons activement.

« lorsqu’il y a des violences intra-familiales, du fait de l’homme dans environ 97% des cas, l’animal en est souvent directement victime »

À ce titre, dès lors que le juge a connaissance de violences intra-familiales et qu’il y a un animal au foyer, il alerte la CNDA qui, sur réquisition du juge, récupère l’animal et le met à l’abri dans un endroit qui est tenu secret vis-à-vis du maltraitant. Cela donne le temps à la victime de se retourner afin de trouver une solution pérenne pour l’animal. Et pendant ce temps-là, la CNDA prend en charge tous les frais, alimentation ou vétérinaires. C’est une avancée sur laquelle je fonde beaucoup d’espoir. »

Chaque année, la CNDA sauve plus de 200 000 animaux domestiques, comme c'est le cas ici avec Saphir ©CNDA
Chaque année, la CNDA sauve plus de 200 000 animaux domestiques, comme c’est le cas ici avec Saphir ©CNDA

Mr Mondialisation : Pour finir sur une note positive, pouvez-vous nous parler d’une de vos réussites concernant un animal récupéré par la CNDA ? 

Bruno Navarro : « Nous essayons de nous battre contre la double peine encourue par les chiens maltraités puis abandonnés. À chaque fois que je peux, je tente de sortir les chiens de la fourrière. Après cela, il faut leur trouver des points de chute dans les refuges, puis des financements avec de bons éducateurs pour les remettre sur les rails. Malgré un passé éprouvant, nous avons par exemple eu un chien remarquable, Usko, qui a réappris à faire confiance en l’humain et a fini par trouver un maître.

Quand il est parti, nous avions tous les larmes aux yeux parce qu’on savait que ce chien le méritait amplement. Alors que si vous l’aviez vu au sortir de la fourrière, je vous assure qu’il fallait y croire, et oser. C’est malheureusement la réalité quotidienne et tragique de ces animaux que les humains maltraitent. Alors, quand nous pouvons les aider et les sauver, c’est sans doute la plus belle des récompenses. » 

Entretien réalisé par Marie Waclaw


Photo de couverture : ©CNDA

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18.08.2026 à 06:00

Faut-il nationaliser Doctolib ?

Mr Mondialisation

Au fil des années, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux Doctolib s’est imposée comme un outil incontournable pour une grande partie de la population. Au point de devenir un véritable intermédiaire entre les patient·es et le système de soins. Derrière ce service largement utilisé se trouve pourtant une entreprise privée, qui occupe désormais une […]

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Texte intégral (2023 mots)

Au fil des années, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux Doctolib s’est imposée comme un outil incontournable pour une grande partie de la population. Au point de devenir un véritable intermédiaire entre les patient·es et le système de soins. Derrière ce service largement utilisé se trouve pourtant une entreprise privée, qui occupe désormais une place centrale dans un domaine aussi essentiel que la santé.

L’accès aux soins constitue un droit fondamental et relève de l’intérêt général. Qu’une infrastructure devenue aussi importante appartienne à une société à but lucratif revient à privatiser une fonction qui devrait relever de la puissance publique. Dans ce contexte, la nationalisation de Doctolib mérite au moins d’être envisagée comme une piste de réflexion.

Pratique n’est pas forcément éthique

Doctolib permet de consulter en temps réel les créneaux disponibles chez de nombreux praticiens et de prendre rendez-vous directement en ligne, sans multiplier les appels téléphoniques. Ce fonctionnement constitue un gain de temps considérable pour les patient·es. Ainsi, les services proposés par Doctolib répondent à un besoin particulièrement important dans un contexte d’accès aux soins de plus en plus contraint.

Cette efficacité ne suffit toutefois pas à écarter les questions que soulève le modèle de la plateforme. Doctolib revendique près de 50 millions d’utilisateurs et occupe ainsi une place centrale dans le parcours de soins d’une partie importante de la population. Les données personnelles et de santé associées à ces usages sont dès lors confiées à une entreprise privée, dont l’activité répond également à une logique économique.

La face sombre de Doctolib

La situation crée une rupture d’égalité entre les personnes qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas avoir recours à ce service. Certains praticiens imposent en effet déjà Doctolib comme moyen de prise de rendez-vous, faisant de l’usage d’une plateforme privée une condition pratique d’accès à leurs consultations.

Confier des données aussi sensibles à une entreprise privée pose une question fondamentale : celle de la marchandisation d’informations liées à la santé et, plus largement, de la place du profit dans la gestion d’un bien commun. À l’été 2026, plusieurs médias ont d’ailleurs rapporté que Doctolib entendait recourir à l’intelligence artificielle pour analyser ces données afin d’« optimiser le parcours de soin ».

Mais que se passerait-il si l’entreprise se décidait à aller plus loin ? N’étant pas une structure publique, aucun contrôle démocratique n’est possible. Cette inquiétude est d’autant plus vive lorsque l’on prend en considération que le fondateur et PDG de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau, avait auparavant lancé Otium Capital, société d’investissement de Pierre-Edouard Stérin. Ultraconservateur, catholique intégriste, et ouvertement libertarien, le profil du milliardaire Pierre-Edouard Stérin, et son projet Périclès ont de quoi faire frémir.

Le fondateur et PDG de Doctolib, Stanislas Niox-Chateau « Frontiers Health 2016 » par Frontiers Conferences, CC BY 2.0

La question essentielle de la souveraineté

La question de la gestion des données de santé reste néanmoins centrale. Doctolib, entreprise française, s’appuie en effet sur l’infrastructure de stockage du géant américain Amazon pour héberger ses données. Si cette organisation est conforme au cadre légal en vigueur, elle n’en soulève pas moins des interrogations quant à la souveraineté numérique et à la capacité de la France à conserver la maîtrise d’infrastructures liées à des informations aussi sensibles.

Même si cette pratique est légale, elle soulève des interrogations importantes en matière de souveraineté numérique. La maîtrise collective des outils qui hébergent et traitent ces données apparaît essentielle pour garantir un contrôle démocratique, plutôt que de laisser leur gestion dépendre uniquement d’intérêts économiques. Lorsque ces infrastructures essentielles reposent en outre sur des acteurs étrangers, la question de la souveraineté se pose avec d’autant plus de nécessité.

Une alternative publique ?

Certains pensent, à tort, que seul le privé serait capable de créer des dispositifs numériques efficaces. Or, dans ce domaine, il existe pourtant « Mon espace santé ». Ce dispositif public, devenu obligatoire pour les médecins, recense des dossiers médicaux, des documents de santé et les échanges praticiens-patients pour tous les adhérents de la Sécurité sociale.

Il pourrait, de fait, être un sérieux concurrent à Doctolib, à la différence près que celui-ci ne permet pas la prise de rendez-vous. Comment donc justifier que l’État parvienne avec succès à gérer l’essentiel de l’infrastructure numérique de santé, mais qu’il laisse une entreprise privée occuper un rôle aussi crucial dans l’organisation des rendez-vous ?

Réguler n’est pas suffisant

Une autre approche consisterait à encadrer plus strictement les pratiques de Doctolib et à renforcer la protection des données, notamment en limitant leur marchandisation et en imposant davantage de transparence.

Cependant, ces mesures permettraient de mieux encadrer l’activité de la plateforme, mais ne modifieraient pas sa nature. Doctolib resterait une entreprise privée guidée par une finalité économique, tandis que la collectivité demeurerait dépendante d’une infrastructure essentielle qu’elle ne contrôle pas directement.

Ces considérations faites, il apparaît évident que l’intégralité du système de santé doit rester sous le giron public. De lors, la nationalisation de Doctolib devient une option plus qu’envisageable. Bien sûr, il serait également possible d’améliorer une structure comme « Mon espace santé » et de fermer légalement l’entreprise.

Une nécessaire transformation

Il serait possible d’envisager une fusion avec « Mon espace santé », ce qui permettrait de planifier des rendez-vous et de référencer tous les praticiens de la même manière (tout en écartant certains charlatans actuellement présents sur la plateforme). Cet espace offrirait une protection maximale des données, gérées par l’État, sur des serveurs français. Elle pourrait également fournir un accès à tous en fondant une alternative téléphonique pour les personnes éloignées du numérique.

Il ne s’agirait pas de recréer un clone gouvernemental de l’actuel Doctolib, mais d’en garder le meilleur tout en lui apportant des ajustements nécessaires. Ce nouvel outil constituerait alors une plateforme publique, sur laquelle l’intégralité des praticiens serait intégrée, et qui pourrait devenir la porte d’entrée vers l’ensemble du parcours numérique de soin, prise de rendez-vous comprise.

Le symptôme d’un problème plus large

En fin de compte, Doctolib illustre un phénomène de société de plus en plus présent : des groupes privés deviennent progressivement propriétaires ou gestionnaires d’infrastructures dont les individus ne peuvent plus se passer.

Cette forme de privatisation est facilitée par le numérique, puisqu’il la rend plus discrète. Ce ne sont plus directement les hôpitaux où les établissements qui tombent entre les mains d’entrepreneurs, mais des outils sans lesquels il s’avère plus compliqué de fonctionner.

La même question se pose d’ailleurs déjà pour d’autres secteurs, comme le cloud, l’IA, les données publiques, les logiciels administratifs ou encore les machines elles-mêmes. La prédominance des firmes américaines sur ces secteurs est, en outre, particulièrement inquiétante, d’autant plus à l’heure dans un contexte de fascisation sur le Vieux Continent et les États-Unis.

Un nouvel horizon

De facto, la question ne concerne même plus la qualité ou la probité des entreprises qui endossent ce type de fonction, mais un sujet de société plus profond : l’accès au soin peut-il dépendre en toute sérénité d’une infrastructure privée ? Il paraît d’autant plus logique que le réseau numérique lié au secteur soit géré de manière collective, puisque c’est bien de cette façon que le système de santé français dans son ensemble est financé.

À l’heure où le quotidien est de plus en plus dématérialisé, la possible nationalisation de Doctolib pourrait ne pas être qu’une simple exception, mais bien le premier débat d’une longue série sur ce que les individus souhaitent considérer comme un bien commun, à éloigner de la quête du profit.

Simon Verdière


L’équipe Doctolib à ses débuts en 2014. « We need a word for that amount of awesome » par Thomas Wickham, CC BY-NC-SA 2.0

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