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21.10.2026 à 06:00

17 octobre : « Au chaos de l’État policier, le peuple répond par la solidarité »

Mr Mondialisation

Samedi 17 octobre 2026 s’est déroulée une journée de mobilisation massive, marquée par le déploiement d’armes de guerre sur les manifestant·es. Une de nos journalistes était sur place ; elle témoigne de la répression, mais surtout de l’entraide populaire pour y faire face. Un reportage-édito à la première personne, bien éloigné de ceux qui dominent […]

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Texte intégral (3276 mots)

Samedi 17 octobre 2026 s’est déroulée une journée de mobilisation massive, marquée par le déploiement d’armes de guerre sur les manifestant·es. Une de nos journalistes était sur place ; elle témoigne de la répression, mais surtout de l’entraide populaire pour y faire face. Un reportage-édito à la première personne, bien éloigné de ceux qui dominent l’espace médiatique.

[Temps de lecture estimé : ~ 12 min]

Samedi 17 octobre 2026, je rejoins la mobilisation « des convergences » à Paris. Elle est un soutien aux revendications lycéennes, mais aussi à celles d’une grande majorité des français·es, de celles que j’ai pu revendiquer quelques années auparavant à travers le slogan « fin du monde, fin du mois, même combat ».

Non sans appréhension, je m’oriente vers la place de la République pour assister au concert de l’Orchestre du Nouveau Monde, avant de rejoindre le cortège qui doit prendre son départ depuis la place.

Quand le chaos du « vieux monde » s’abat sur l’« Orchestre du Nouveau Monde »

Avant même le début des festivités, les camions de CRS et de gendarmes sont déjà nombreux autour de la place.

En nous dirigeant vers le lieu de départ du cortège, nous sommes retenu·es par des cordons de gendarmes. Ces gendarmes cherchent à dialoguer avec nous. L’un d’entre eux nous pose des questions sur nos masques FFP2, pour savoir s’ils sont vraiment efficaces. Du tac-au-tac, on leur demande à notre tour s’ils ont des protections, « pas vraiment ».

Le gendarme nous parle de son stage de formation qui a eu lieu quelques jours avant, en Dordogne, durant lequel lui et son équipe ont été mis à l’épreuve des gaz lacrymogènes. On lui demande ce qu’il pense des potentiels risques pour la santé. Il nous partage son inquiétude vis-à-vis de certains gaz, dont un qui était vert. Il nous explique aussi certaines contraintes du métier et insiste sur le fait que des propos injurieux à l’égard des manifestant·es peuvent leur valoir des sanctions professionnelles irrévocables. Ce gendarme semblait tenir à se distinguer des CRS.

Toujours retenu·es par ce cordon, nous observons la place de loin, en attendant de pouvoir y entrer. Les CRS ont déjà commencé à tirer des grenades lacrymogènes en direction de l’orchestre et de la foule, calme et statique, qui les entoure. Immédiatement, cela provoque un mouvement de foule.

Les gendarmes nous libèrent du cordon et nous conseillent de rejoindre le début du cortège en direction du boulevard Magenta, de l’autre côté de la place. Malgré nos doutes sur le bien-fondé de ces indications, nous les suivons.

Les gens essaient de se faufiler comme iels peuvent. Il est difficile de circuler sans se bousculer. Je suis coincé·e sur la place, entre des grilles de CRS et leurs canons à eau, sans parvenir à rejoindre la tête du cortège.

Les palets de désencerclements lancés par les CRS pleuvent. Et les forces de l’ordre peuvent charger d’un moment à l’autre. La situation devient chaotique.

L’angoisse monte en moi, mais je tente de garder mon calme. J’essaye de crier des indications aux personnes autour de moi pour que nous puissions circuler au mieux. Dans ces conditions, il est difficile de s’organiser et de savoir où aller. Je fini par chercher à m’éloigner de cette zone, malgré la nasse dans laquelle je suis piégée.

Le dit camion « canons à eau », également doté d’une caméra… / © Guillaume S.

Les premier·es blessé·es

À ce moment-là, je croise une personne d’une vingtaine d’années, recroquevillée sur elle-même, qui semble en détresse. Étant concernée par l’autisme, je sais qu’il peut s’agir d’une « crise autistique » générée par la très grande surcharge sensorielle que constituent les tirs de grenades et autres lacrymos.

Je lui pose tout doucement quelques questions, notamment sur ses besoins. Je tente de la rassurer en lui disant que je suis moi-même autiste, que je comprends ce qui est en train de lui arriver. Je me doute qu’elle ne serait bientôt plus en mesure de me répondre. Il faut agir vite. L’objectif est de l’écarter rapidement du mouvement de foule pour essayer de la protéger. Des street-medics nous rejoignent. Je leur indique ce que j’ai compris de l’état de la personne, des besoins que je perçois.

Autour de nous, la situation est de plus en plus préoccupante. Et je continue de m’improviser secouriste de manif’.  Une autre personne a le bras ensanglanté et brûlé, son tee-shirt est incrusté sur sa peau. Il faut la faire évacuer le plus vite possible par les urgences.

Le gaz commence à se rapprocher de notre emplacement. Avec d’autres street-medics, tentant elles aussi d’évacuer les blessé·es, nous insistons auprès des CRS pour nous laisser sortir de la nasse. Ils finissent par nous laisser passer. Nous avançons au rythme de la personne en crise, et nous rejoignons finalement une pharmacie qui, face à notre détresse, nous laisse entrer.

Un après-midi à attendre les secours

À l’intérieur, plusieurs personnes sont déjà en train d’être prises en charge par les pharmacien·nes qui nous ont accueilli·es.

Nous passons une grande partie de l’après-midi dans cette pharmacie, à observer le chaos et à attendre l’intervention du SAMU. La personne que nous accompagnons ne peut plus se lever. Elle venait de traverser un « shutdown », puis un « meltdown », dans un environnement particulièrement éprouvant.

Pour une personne autiste, une situation de ce type peut être extrêmement difficile à supporter : le bruit, la foule, les mouvements imprévisibles, les gaz et l’impossibilité de s’extraire de la situation peuvent provoquer une surcharge (sensorielle) considérable.

Nous accompagnons la personne, notamment en réalisant des gestes de massage et de compression – avec son consentement – afin de l’aider à retrouver de l’énergie et revenir à elle. En parallèle, le street-medic rassuré de pouvoir compter sur ma présence, contacte les secours pour pouvoir évacuer les blessé·es – parfois graves. Le SAMU doit prioriser les urgences les plus immédiates.

Une civière improvisée en geste de solidarité

Vers 18 heures, les pharmacien·nes, épuisé·es, doivent fermer boutique. La personne que nous accompagnons ne peut toujours pas se déplacer seule. Il faut trouver un moyen de la transporter vers un endroit plus sécurisant, où nous pourrons attendre les secours.

Certaines personnes, toutes de noir vêtues et pouvant être assimilées à des black blocs, viennent nous aider. Un panneau de mélaminé trouvé dans la rue est transformé en civière de fortune. Des soignant·es, venu·es soutenir la mobilisation, nous demandent si nous avons besoin d’aide. Des commerçant·es et des restaurateur·ices nous proposent de nous mettre à l’abri pour attendre le SAMU – surchargé par les interventions – dans de meilleures conditions.

Nous discutons toustes ensemble. Nous nous demandons comment chacun·e va, et nous continuons à chercher des solutions pour aider notre camarade. Cette solidarité très concrète, spontanée, se déroule entre des personnes qui ne se connaissent pas et qui n’ont ni forcément les mêmes parcours, ni les mêmes conditions de vie.

Plus tard, la personne en crise sera prise en charge par le SAMU, et ses parents seront contacté·es, avec son consentement. Ses parents ont pu la récupérer à l’hôpital. Nous avons appris qu’elle avait retrouvé l’usage de ses jambes, retrouvé ses esprits et pu reprendre des forces. Elle était rassuré d’avoir été pris en charge.

C’est aussi et surtout ça le 17 octobre.

Reproduction illustrée de la scène de la civière de fortune et d’une solidarité diversifiée © Marie-Alexandra Perron

Ce que les images de « casse » ne racontent pas

Depuis cette journée, les flash-back s’accumulent : le déchaînement des CRS sur une population parquée, les mouvements de foule, les personnes blessées, les difficultés à circuler, mais aussi et surtout les gestes d’entraide qui se sont multipliés.

Par le passé, j’ai pu condamner toute forme de violence. Parce que je ne comprenais pas. Parce que je ne voyais pas.

« […] Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. » Hélder Câmara

Aujourd’hui, je pense qu’il est possible de porter de la compassion et du soutien aux petit·es commerçant·es concernée·es par les dégradations matérielles, mais je ne suis personne pour délégitimer le fait d’en arriver à « casser » et à « voler ». Certain·es parlent même de réquisition et d’auto-réduction. Je pense, au contraire, qu’il est plus que nécessaire que de chercher à comprendre pourquoi certain·es y ont recours, plutôt que de s’arrêter, en surface, à une condamnation morale.

Des jeunes ont témoigné avoir récupéré de la nourriture pour leurs familles, des protections menstruelles, des vêtements ou d’autres produits de première nécessité. D’autres ont distribué des vivres à des personnes sans abri.

Ces récits ne suffisent pas à caractériser l’ensemble des actes commis ce jour-là. Ils rappellent néanmoins que la réappropriation subsiste encore, qu’il existe des réalités sociales derrière les images de pillage, et qu’elles méritent d’être racontées elles aussi.

Quand des jeunes expliquent que leur mère n’a jamais pu goûter à certains produits, quand des personnes récupèrent de quoi manger ou des produits essentiels d’hygiène, il faut pouvoir dénoncer les conditions matérielles dans lesquelles elles vivent.

Cela ne signifie pas que toute appropriation de biens est automatiquement légitime, ni que les conséquences des dégradations doivent être ignorées. Cela signifie qu’on ne peut pas comprendre une mobilisation en réduisant celles et ceux qui y participent à une opposition entre bons et mauvais manifestant·es. Tout comme on ne devrait pas distinguer les « bonnes » et les « mauvaises » victimes.

Pourquoi les images de casse occupent-elles autant de place dans le débat public, tandis que les gestes de solidarité restent souvent invisibles ? Pourquoi parle-t-on si peu des personnes qui portent secours, des street-medics, des commerçant·es qui ouvrent leurs portes, des inconnu·es qui improvisent une civière pour évacuer une personne en détresse ?

La casse est spectaculaire. La solidarité, elle, se construit souvent dans des gestes discrets, sans caméra ni mise-en-scène. Pourtant, ce sont aussi ces gestes qui permettent de tenir, de se protéger et de continuer à avancer collectivement.

Qui sont les vrais « casseurs-pilleurs » ?

Et à qui profite le chaos ?

Les débats sur les « pillages » et les dégradations ne peuvent pas être dissociés des violences économiques et sociales qui traversent notre société.

Pendant que les grandes fortunes continuent d’accumuler des richesses, que des entreprises tirent profit de l’exploitation des ressources et que les populations du Sud global en subissent les conséquences, des personnes peinent à satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.

Qui produit les richesses ? Qui les accumule ? Qui supporte les coûts humains, sociaux et environnementaux de leur production ? Qui nettoie les bureaux et les maisons des grands patrons ? Qui travaille dans les mines pour extraire les matériaux nécessaires à nos technologies ? Qui assume les tâches pénibles et invisibles qui permettent à d’autres de préserver leur confort ?

Il ne s’agit pas de prétendre que toutes les formes de violence sont identiques. Il s’agit de refuser que seules certaines soient immédiatement visibles, condamnées et érigées en problème public. Que faisons-nous de la violence institutionnelle, du mépris de classe, du racisme, de la misogynie, des LGBTphobies ou encore du validisme ? Que faisons-nous des personnes qui subissent plusieurs de ces violences à la fois ?

« Sans les 99 %, les 1 % les plus riches ne survivent pas. »

Les richesses ne sont pas produites par les grands patrons : elles reposent sur le travail de millions de personnes, sur les ressources de nos sous-sols, sur le dépassement des limites humaines et planétaires, et sur des systèmes d’exploitation dont les conséquences sont trop souvent minimisées ou invisibilisées.

Raconter les solidarités

Face au désespoir, à la désinformation, à la panique morale et au désarroi, nous devons continuer à raconter ce que nous vivons, à confronter les discours aux faits et à faire circuler d’autres récits.

Le 17 octobre, j’ai vu des personnes en difficulté, des personnes blessées et une organisation collective mise à mal par une situation chaotique imposée par la police de Nuñez. Mais j’ai aussi vu des inconnu·es s’entraider, des street-medics prendre soin des autres, des commerçant·es ouvrir leurs portes et des personnes de tous horizons se mobiliser pour transporter un camarade qui ne pouvait plus marcher. Je ne veux pas que cette solidarité disparaisse derrière les seules images de casse. Je le dis :

« Se ranger derrière une simple condamnation des destructions, c’est jouer le jeu de la fascisation en cours »

Le danger autoritaire et la banalisation des discours fascistes nous obligent à rester sur nos gardes. Nous ne devons pas laisser la peur et les tentatives de division nous empêcher de voir qui sont les vrais responsables et ce que nous sommes capables de construire ensemble.

Pendant que certain·es sont des milliers à hurler à la « destruction du patrimoine » (alors que j’ai moi-même un certain attachement au bâti ancien), nous sommes des millions à privilégier la vie, à improviser la survie, la solidarité et à ne pas être dupe. Nous nous devons de garder le cap, de faire preuve de patience, de solidarité et d’organisation. Le peuple vaincra. Je nous invite, pour maintenant et pour la suite, à garder en tête, les mots d’Antonio Gramsci :

« Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

– Marie-Alexandra Perron


Photo de couverture : Place de la République, 17 octobre 2026 / © Guillaume S.

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20.10.2026 à 06:00

Du Chili à la France : quand la répression embrase la révolte lycéenne

Mr Mondialisation

En octobre 2026, en France, la mobilisation lycéenne ravive une question que d’autres mouvements sociaux ont déjà posée avant elle : jusqu’où un gouvernement est-il prêt à aller pour faire taire la contestation ? Entre répression policière, mutilations, comparutions immédiates, couvre-feux et la colère d’une jeunesse qui refuse de se résigner, les événements actuels font […]

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En octobre 2026, en France, la mobilisation lycéenne ravive une question que d’autres mouvements sociaux ont déjà posée avant elle : jusqu’où un gouvernement est-il prêt à aller pour faire taire la contestation ? Entre répression policière, mutilations, comparutions immédiates, couvre-feux et la colère d’une jeunesse qui refuse de se résigner, les événements actuels font écho à un soulèvement survenu six ans plus tôt, à des milliers de kilomètres de là. En octobre 2019, au Chili, un mouvement lycéen parti des couloirs du métro de Santiago allait rapidement embraser tout le pays. Rétrospective.

[Article publié le 22 octobre 2019 – Mis à jour le 20 octobre 2026. Temps de lecture estimé : ~ 10 min]

Octobre 2019. À Santiago, la capitale chilienne, des lycéens en ont plus qu’assez des augmentations successives du prix des tickets de métro. En entrant massivement dans les stations sans payer, ils ne savent peut être pas encore qu’ils sont sur le point de déclencher une révolte qui dépassera largement la question des transports. Face à la mobilisation, le gouvernement répond par une répression massive. Loin d’étouffer la contestation, cette réponse ne fait qu’attiser la colère. Très vite, c’est tout un pays qui se soulève, révélant au grand jour des décennies d’inégalités, d’abus et d’injustices accumulées.

La répression pour écraser les revendications

« On manifestait pacifiquement lorsqu’ils ont commencé à lancer les bombes lacrymogènes » : Alvaro, étudiant ingénieur et Romina, étudiante en droit, sont encore sous le choc. « Les gens jouaient de la musique, dansaient, il y avait de jeunes enfants et des personnes âgées » continue Romina. « Lorsque les carabiniers ont lancé les bombes lacrymogènes, certaines sont tombées à côté de moi. J’ai essayé d’aider un vieil homme à sortir de là, mais il ne voyait plus rien, ses yeux étaient rouges et il avait du mal à respirer ».

En octobre 2019, cela fait des dizaines d’années que la société chilienne, réprimée et soumise, a dû subir l’ironie de ses ministres, le meurtre des membres de la communauté mapuche, les discours sarcastiques d’une classe dirigeante intouchable par la justice, le négationnisme de la dictature, l’inflation, les violences policières, le détournement de fonds institutionnels, la déforestation et les crises environnementales.

La hausse du prix du ticket de métro a été la petite goutte qui a fait déborder le vase. Les Chiliens et les Chiliennes, et par-dessus tout les étudiants ont commencé à échapper collectivement au paiement des transports souterrains. La première réponse du gouvernement a été la répression policière. Mais cette violence répressive n’a fait qu’enflammer la population. Conséquences : des « invasions » massives du métro, des scènes d’émeutes, la destruction de plus de quarante stations de métro.

En quelques jours, des mouvements de protestation ont éclaté dans diverses villes du pays. C’est la catharsis collective d’un historique d’abus, d’excès et de détournement des droits des classes modestes de la société chilienne qui semble s’exprimer.

Les Chiliens et les Chiliennes sont fatigués et ne manquent pas de le faire savoir : un système de santé publique précaire couplé à un système de santé privé inaccessible, des retraites insuffisantes et indignes, et une éducation qui reproduit les inégalités sociales. En parallèle, le président Piñera s’érige en chef de file dans le domaine de la revendiquée protection de l’environnement… Alors que des zones du pays sont privées d’eau, et que le peu qui reste accessible se retrouve privatisé pour une poignée de privilégiés. Alors que les militants pour l’environnement meurent dans des circonstances suspectes dans toute l’Amérique latine, au Chili y compris.

Le retour de la dictature

Après les premières protestations, la réaction de l’exécutif ne s’est pas faite attendre. Depuis l’aube du samedi 19 octobre 2019, l’état d’urgence qui avait été déclaré s’est transformé en un « état d’exception » voire même un état de guerre selon les mots du président. En pratique, le président a remis la responsabilité de maintenir l’ordre et le contrôle de la population dans les mains des militaires.

Dans le but de regagner le contrôle sur une situation qui échappe au gouvernement, un général de l’armée a été mandaté pour rétablir l’ordre dans la région métropolitaine. À minuit, le jour même, c’était les forces navales qui se voyaient octroyer ce même droit pour deux autres régions. Placer l’armée pratiquement au pouvoir, c’était une décision non seulement radicale, mais aussi hautement symbolique dans un pays où nombre de ses membres ayant pris part à la dictature n’ont jamais vraiment été jugés.

Crédit Image : Eliana Fuenzalida

L’objectif était clair : rétablir l’ordre. Selon la perspective de la classe privilégiée, cela signifie de revenir à l’état imposé au cours de deux siècles d’oppression et de contrôle, cristallisé durant la dictature de Pinochet dans la Constitution. Une société obéissante, aliénée, qui accepte la fraude et les crimes de personnalités politiques, de chefs d’entreprises et de personnes de pouvoir en uniforme, devenus intouchables par la justice. Alors que cette même justice écrase dans la violence un dirigeant d’un mouvement social, un vendeur ambulant, ou une personne qui n’a pas payé son ticket de métro. Cette injustice institutionnalisée, les chiliens ne semblent plus en pouvoir.

La riposte vient de la jeune génération

Mais, contrairement à l’effet attendu, en dépit de milliers d’arrestations, la mobilisation populaire s’est intensifiée. La population s’est réunie sur les places centrales des villes de province pour taper sur des casseroles, symbole de la résistance face aux manipulations injustes de l’État. En quelques heures, la présence des militaires dans les rues a décuplé la rage nourrie par ce profond sentiment d’injustice. La mobilisation populaire, qui jusqu’ici était concentrée dans la capitale de Santiago, s’est propagé à travers tout le pays. Les grandes villes comme Valparaiso ou Concepción ont bien sûr réagit, mais plus surprenant encore, même les petites villes rurales comme Talca ou Valdivia se sont réveillées.

La présence militaire n’étant pas suffisante pour calmer les manifestants, la décision du gouvernement fut d’instaurer un couvre-feu : une interdiction de circuler et de se réunir en dehors des heures imposées par les autorités.

Crédit Image : Eliana Fuenzalida

Contrairement au temps de la dictature de Pinochet, durant laquelle les agents des services de renseignements capturaient et emprisonnaient des individus arbitrairement, ou torturaient et assassinaient en pleine rue, aujourd’hui, la voix de la population est accompagnée de milliers de photos et de vidéos qui inondent les réseaux sociaux chiliens : passages à tabac, actes de violence injustifiés, policiers infiltrés parmi les manifestants jusqu’aux coups de feu tirés à bout portant.

Romina en témoigne ; une de ses amies a été touchée à la jambe par les tirs à balles réelles des forces armées. Au 20 octobre 2019, 18 morts au moins étaient décomptés à travers le pays et 1 500 arrestations.

Crédit Image : Ayleen Castro

Le mouvement s’organise pour durer

Les médias officiels ou à forte couverture médiatique ont mis en avant le discours du chef de l’État sur les ondes : un schéma binaire entre d’un côté, une société civile passive, et de l’autre, les vandales qui cassent (les méchants). Une vision manichéiste systématisée d’un pays à l’autre lors de chaque révolte populaire.

Médias et autorités ont centré la cause du problème sur l’augmentation du prix du ticket de métro, alors que la réaction de la population est la conséquence inévitable de 17 années de dictature suivies de 30 années d’un simulacre de démocratie. Cette dernière a permis l’enrichissement de certaines familles de pouvoir et d’influence au-delà de l’entendement, dont font partie beaucoup de politiciens.

Plus encore, l’histoire de la répression au Chili prend racine dans la domination espagnole et le génocide des Mapuches, revenant sans cesse sous différentes formes : gouvernorat, indépendance, conservateurs, libéraux, guerres, dictatures, démocraties déformées, etc. Rien n’a vraiment changé. Et le peuple chilien l’a bien compris.

« Salut je suis Sebastian et je veux tout !! »
Crédit Image : Monica Monsalve-Chamorro

Romina reprend :

« On a aussi vu beaucoup de bienveillance, de solidarité. Des gens distribuaient des citrons et de l’eau mélangée à du bicarbonate (NDLR contre les effets irritants pour les yeux et la gorge du gaz lacrymogène), des infirmiers et des médecins proposaient bénévolement leur aide. Si un manifestant tombait, tout le monde autour s’arrêtait pour le relever ».

Elle l’affirme, ces manifestations lui ont « redonné espoir en un Chili qui se tient ensemble contre les injustices ». Pour Alvaro et Romina, la réponse brutale du gouvernement ne change en rien leur détermination : « il faut qu’on soit présent pour manifester, tous les jours. On attend ça depuis tellement longtemps, et surtout, on n’a rien à perdre. »

– Luis Herrera et C.G.

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19.10.2026 à 22:58

5 signes que Raphaël Glucksmann est la nouvelle vitrine du macronisme

Mr Mondialisation

Vainqueur de la primaire du Parti socialiste et de ses alliés, Raphaël Glucksmann représentera donc la mouvance sociale-libérale lors des prochaines élections présidentielles. Il est désigné comme le représentant d’un certain renouveau politique par plusieurs grands médias alors que ses positionnements flirtent avec le macronisme et que son argument de campagne est d’être opposé à […]

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Vainqueur de la primaire du Parti socialiste et de ses alliés, Raphaël Glucksmann représentera donc la mouvance sociale-libérale lors des prochaines élections présidentielles. Il est désigné comme le représentant d’un certain renouveau politique par plusieurs grands médias alors que ses positionnements flirtent avec le macronisme et que son argument de campagne est d’être opposé à la gauche de rupture prônée par LFI. Décryptage.

Les similitudes entre Raphaël Glucksmann et le candidat Emmanuel Macron de 2017 ne cessent de se multiplier. Que ce soit dans son parcours, son programme, son entourage, sa vision internationale, son accointance avec la droite, ses éléments de langage, tout laisse entrevoir dans son projet une continuité avec le pouvoir actuel. Mr Mondialisation vous présente cinq preuves du macronisme du candidat Glucksmann.

1. Un parcours néoconservateur et libéral jamais vraiment soldé

Avant d’atterrir sur le devant de la scène en 2019 en devenant la tête de liste du PS aux Européennes, Raphaël Glucksmann a eu une trajectoire plus que sinueuse pour quelqu’un se prétendant de gauche. Issu d’une famille de la haute bourgeoise – il est notamment le fils du philosophe atlantiste André Glucksmann – il connaît un parcours plus que classique dans le milieu : classe préparatoire au lycée Henri IV et passage par Sciences Po après avoir échoué à entrer à l’ENS.

À 23 ans, il intègre le Cercle des Oratoires, un club de réflexion néoconservateur qui soutient ouvertement le président Bush et ses interventions militaires au Moyen-Orient. À 27 ans, il s’engage pour le parti ultralibéral Alternative libérale et se désiste au dernier moment pour le représenter aux législatives. Ce parti appuyait ni plus ni moins que la suppression de la Sécurité sociale. Même si le fondateur de Place Publique se défend aujourd’hui d’avoir partagé cette opinion, au vu de ses «  petits arrangements » concernant cette époque, il est permis de fortement douter.

En 2008, à 29 ans, il salue d’ailleurs Nicolas Sarkozy, qu’il décrit comme le « candidat de l’anticonservatisme » qui « brise les tabous ». Un an plus tard, à tout juste 30 ans, Glucksmann devient conseiller du nouveau président géorgien, Mikheil Saakachvili. Connu pour avoir utilisé des méthodes très autoritaires de répression des protestations, le dirigeant a aussi mené un programme économique qui fait froid dans le dos : abolition du salaire minimum, licenciement de 60 000 fonctionnaires et suppression massive d’impôts pour les plus riches.

Le président géorgien Mikheil Saakachvili au congrès du Parti populaire européen en juin 2013. Wikimedia.

Difficile d’évaluer l’influence de Raphaël Glucksmann dans une telle politique, mais l’actuel compagnon de Léa Salamé n’a cependant pas jugé bon de s’en désolidariser en quittant son poste. C’est finalement lorsque son employeur perdra les élections qu’il décide de rentrer en France. En 2014, il affirme toujours que cela ne l’a « jamais fait vibrer » de « manifester pour les retraites ». C’est à partir de 2018 et de la fondation de son parti qu’il se proclame à gauche. Un positionnement pour autant difficile à entendre après un tel passif, d’autant que l’homme s’est totalement opposé au Nouveau Front Populaire.

2. Un programme social bien faible

Si Raphaël Glucksmann met bien sur la table quelques mesures de partage des richesses un peu plus ambitieuses que celles d’Emmanuel Macron en 2017, leurs portées réelles restent pour autant bien loin des réponses nécessaires à la hausse du coût de la vie.

L’eurodéputé propose, par exemple, de rehausser le SMIC à 1600 € d’ici 2029. Or, d’après les projections de la banque de France, l’inflation devrait naturellement pousser le SMIC à plus de 1 560 € d’ici là. L’augmentation promise demeure donc très faible au regard des difficultés des plus précaires, d’autant plus que le programme de Place Publique ne propose pas la moindre revalorisation des aides aux logements ou des minima sociaux.

Sur la retraite, le candidat aux présidentielles fait planer l’incertitude. Il affirme qu’il faut « cesser la focalisation sur le seul âge légal qui produit l’injustice et fonder notre philosophie sur les inégalités de conditions et d’espérance de vie ». Même s’il a indiqué souhaiter revenir à 62 ans durant le débat des primaires, il reste évasif sur le nombre d’annuités et assure que « certains devront travailler plus longtemps ». Il a aussi certifié vouloir « converger vers une simplification des régimes », ce qui n’est pas sans rappeler le fameux système de retraite par capitalisation porté par Édouard Philippe lorsqu’il était Premier ministre.

3. Une équipe et des soutiens inquiétants

Si certains se fient aux discours de Raphaël Glucksmann, observer ses soutiens politiques et son équipe de campagne offre un bon indicateur de ses opinions réelles. Il est, par exemple, appuyé par l’ancien député LREM, Sacha Houlié, mais aussi par l’ex-ministre de la Santé d’Emmanuel Macron, Aurélien Rousseau, ou encore par Simon Bernard, ex-conseiller d’Élisabeth Borne et ex-directeur de cabinet d’Amélie Oudéa-Castera.

Pire, Marguerite Cazeneuve, ancienne conseillère d’Emmanuel Macron et d’Édouard Philippe, et ex-consultante chez McKinsey, qui a notamment élaboré la fameuse tentative de réforme des retraites à points en 2019, a été chargée de coordonner le programme de Place Publique.

Marguerite Cazeneuve à SanteExpo en 2022. Wikimedia.

À ce tableau déjà assez inquiétant pour un homme prétendument de gauche, il faut ajouter diverses personnalités venues de la faction la plus droitière du PS, comme Serge Kalfon, Jérôme Guedj, Aurore Lalucq, Patrick Kanner, Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol, mais aussi l’écologiste libéral, Yannick Jadot.

En définitive, c’est peut-être le député européen Renaissance, Bernard Guetta, qui résumait le mieux la situation en 2024 :

« neuf fois sur dix, le candidat PS-Place publique vote les mêmes textes que nous (…) Alors, pourquoi Glucksmann n’est pas avec nous ? »

4. Un atlantisme béat et un droit international à géométrie variable

Fidèle à ses premières amours, Raphaël Glucksmann se montre particulièrement bienveillant à l’égard des États-Unis et de leurs alliés. À l’inverse, sa virulence envers les pays non alignés, comme la Chine, la Russie ou encore le Venezuela, n’a jamais faibli.

On l’a ainsi vu défendre, à ce titre, des personnalités d’extrême droite comme Maria Corina Machado ou Alexeï Navalny. Celui qui s’est largement fait connaître pour son combat en faveur des Ouïghours n’hésitait pas à parler de génocide. Et pourtant, il n’a jamais daigné en faire autant en ce qui concerne la situation en Palestine. Son programme ne contient d’ailleurs aucune sanction à l’égard du gouvernement israélien.

Contrairement aux aspirations historiques de paix du camp progressiste, le leader de Place Publique propose, en outre, un renforcement militaire massif, notamment au niveau européen. Il a, dès lors, mis sur la table un plan à 500 milliards d’euros à l’échelon continental. Sa fervente allégeance à l’Union européenne et sa politique néolibérale sont aussi de grands points communs avec le macronisme. De quoi laisser craindre que, sans rapport de force, aucune mesure sociale ne puisse être appliquée en France sous sa gouvernance.

5. La drague des électeurs RN

À l’instar de la macronie, Raphaël Glucksmann semble bien avoir compris que sa cible électorale se situait sur sa droite. Ainsi, comme le président de la République, il tente largement de séduire un public tourné vers le RN en s’appropriant ses thématiques.

Il a, de cette façon, mis sur la table l’idée d’une « convention citoyenne » sur la question de l’immigration. Un procédé qu’Emmanuel Macron avait d’ailleurs déjà utilisé sur le climat, sans tenir compte des conclusions. Comme le fondateur d’En Marche, Glucksmann évoque également des concepts flous sans jamais dire concrètement ce qu’il entend. C’est le cas, par exemple, de son « nouveau contrat patriotique ».

Il a aussi fait de la sécurité un « axe majeur » de sa campagne, en jouant la carte de la lutte contre l’islamisme. Il a par également fait preuve de banalisation complaisante envers les banquets du « Canon français », pourtant bien identifiés pour leur ancrage à l’extrême droite.

Dernière station avant le désert ?

Dans ce contexte de scrutin présidentiel, Raphaël Glucksmann s’inscrit donc plutôt comme un candidat se disputant les miettes d’un macronisme à l’agonie, aux côtés de Gabriel Attal et d’Édouard Philippe. Si la carte du « en même temps » à la fois « de gauche » et « libéral » pourrait séduire certaines irréductibles, elle a cependant peu de chance d’éveiller l’intérêt d’un électorat réellement de gauche.

Face aux défis environnementaux et sociaux de plus en plus urgents, la volonté d’une rupture radicale avec dix ans de pouvoir macroniste pourrait en effet prendre le dessus. Dès lors, dans cette optique, la candidature soutenue par le PS risque de ne pas faire illusion très longtemps.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Raphael Glucksmann le 3 mars 2024 au Congrès du PSE. Wikimedia.

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18.10.2026 à 06:00

Grand tétras, bruit et Nobel : les 10 bonnes nouvelles de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine. 1. À Nantes, une caisse alimentaire veut élargir son dispositif La caisse commune de l’alimentation permet à des foyers d’accéder à des produits alimentaires de qualité grâce à une monnaie locale. Elle compte 71 […]

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Texte intégral (1198 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.

1. À Nantes, une caisse alimentaire veut élargir son dispositif

La caisse commune de l’alimentation permet à des foyers d’accéder à des produits alimentaires de qualité grâce à une monnaie locale. Elle compte 71 foyers participants, et la maire de Nantes, Johanna Rolland, souhaite tripler ce nombre avant de décider si le dispositif sera pérennisé. (Mediacités)

2. La chasse au grand tétras désormais interdite en France

Un décret a retiré le grand tétras de la liste des espèces chassables après son classement comme espèce strictement protégée en septembre 2026. Dans les Pyrénées, ses effectifs ont chuté de près de 80 % depuis 1960. (La Relève et la Peste)

3. En Suisse, des panneaux solaires installés au-dessus des vergers

À Conthey, en Valais, une installation expérimentale associe des arbres fruitiers à des panneaux photovoltaïques semi-transparents qui modulent la lumière reçue par les cultures. Le projet vise à produire de l’électricité tout en protégeant les fruits des fortes chaleurs, du gel et de la grêle. (Ecoportal)

4. Quatre lauréates récompensées pour leur combat en faveur de la justice

Le prix Right Livelihood, surnommé le « Nobel alternatif », a récompensé quatre personnes et organisations qui luttent contre l’autoritarisme, les violences patriarcales et les dérives de l’intelligence artificielle. Parmi elles figurent la chercheuse Timnit Gebru, l’avocate pakistanaise Jalila Haider, l’organisation africaine Rural Women’s Assembly et l’association géorgienne des jeunes avocats, engagées respectivement pour une IA plus juste, les droits des Hazara, l’autonomie des femmes rurales et la démocratie en Géorgie. (Positive News)

5. En Nouvelle-Zélande, plus de 11 000 wētāpunga relâchés dans la nature

Un programme d’élevage et de réintroduction a permis de relâcher plus de 11 000 wētāpunga, considérés comme les insectes les plus lourds du monde, dans des habitats protégés. Leur statut de conservation national s’améliore, signe d’un rétablissement encourageant. (The Guardian)

wētāpunga, source : wikipédia

6. Un hôpital britannique réduit le bruit grâce aux alertes silencieuses

Au Royal Cornwall Hospital, les sonneries bruyantes ont été remplacées par des alertes silencieuses envoyées directement aux soignants, dans le service de maternité. Résultat : les patientes dorment mieux et se sentent moins anxieuses. Le dispositif aurait également permis d’économiser plus de 70 000 livres en six mois grâce à la réduction de la durée des séjours. (Reasons to Be Cheerful)

7. En Thaïlande, des chats léopards préparés au retour dans la nature

Un centre de sauvetage thaïlandais réhabilite des dizaines de chats léopards chaque année avant de les relâcher en forêt. Entre janvier et août 2026, il a recueilli plus de 60 petits, dont plus de la moitié avaient été retrouvés dans des champs brûlés. Faute de dispositif de suivi individuel, leur taux de survie après le relâcher reste inconnu. (Mongabay)

8. Des chercheurs découvrent une piste pour régénérer le cartilage des genoux

Des chercheurs de Stanford ont découvert qu’en bloquant la protéine 15-PGDH, liée au vieillissement, ils pouvaient régénérer du cartilage chez des souris âgées et limiter le développement de l’arthrose après une blessure. Des échantillons de cartilage humain ont également réagi au traitement en produisant du nouveau cartilage. Des essais cliniques seront toutefois nécessaires pour vérifier son efficacité et son innocuité chez les patients. (ScienceDaily)

9. À Saint-Denis, onze personnels occupent leur lycée en soutien aux élèves

Le 12 octobre, onze enseignants et surveillants du lycée Paul-Éluard ont occupé l’établissement pour dénoncer le manque de moyens et les violences policières. Ils réclament notamment que les élèves mobilisés ne soient pas sanctionnés et que les jours de grève soient payés. (Bondy Blog)

10. La Caisse des Dépôts renonce à de nouvelles obligations pétrolières

À partir du 1er janvier 2027, la Caisse des Dépôts prévoit de ne plus acheter de nouvelles obligations émises par des entreprises productrices de pétrole. Cette mesure ne met pas fin à tous ses investissements dans les énergies fossiles : le gaz reste notamment hors du champ de cet engagement. (La Relève et la Peste)

* Photo de couverture : wikipedia

– Mauricette Baelen

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17.10.2026 à 06:00

Lycéens, Dati et VSS : les 10 infos de la semaine

Mauricette Baelen

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.  1. Les lycéens défient le gouvernement et dénoncent les violences policières Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté à Paris en direction de Matignon, déterminés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à aujourd’hui. Ils dénoncent notamment […]

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Texte intégral (1269 mots)

Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine. 

1. Les lycéens défient le gouvernement et dénoncent les violences policières

Des milliers de lycéens et d’étudiants ont manifesté à Paris en direction de Matignon, déterminés à poursuivre leur mobilisation jusqu’à aujourd’hui. Ils dénoncent notamment le manque d’enseignants et la répression policière : des affrontements ont éclaté avec les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau. L’intersyndicale de la jeunesse revendique 480 000 manifestants en France, contre 161 500 selon le ministère de l’Intérieur. (StreetPress)

2. Des parents dénoncent les violences contre les lycéens et appellent à la mobilisation

Des collectifs de parents appellent à soutenir les lycéens mobilisés et à répondre à leurs revendications : des bâtiments scolaires fonctionnels, davantage d’enseignants, des emplois du temps moins chargés et une orientation moins dépendante d’algorithmes opaques. Dans cette tribune, ils dénoncent aussi les violences policières contre les jeunes, les conséquences des canicules dans les établissements et la réduction des moyens destinés à rafraîchir les écoles. Ils appellent à des rassemblements aujourd’hui et le 14 novembre, ainsi qu’à la création d’un réseau de solidarité pour protéger les élèves mobilisés. (Vert)

3. Rachida Dati jugée pour des soupçons de lobbying rémunéré

Entre 2009 et 2013, Rachida Dati a perçu 900 000 euros dans le cadre d’un contrat de conseil lié à Renault-Nissan, alors qu’elle était députée européenne. Au procès, le Parquet national financier soupçonne des activités de lobbying dissimulées, tandis que la défense affirme qu’il s’agissait de missions de conseil pour développer Renault au Moyen-Orient et au Maghreb. (Le Média)

4. Les femmes étrangères écartées d’une loi contre les violences sexistes et sexuelles

L’Assemblée nationale a rejeté l’article 62 d’une proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles, qui visait à protéger les femmes étrangères victimes de violences. Cette décision a suscité la colère des associations de terrain, qui dénoncent l’exclusion de ces femmes d’un texte censé lutter contre les violences sexistes et sexuelles. (Politis)

5. Greta Thunberg apporte son soutien aux lycéens mobilisés en Seine-Saint-Denis

Greta Thunberg s’est rendue devant le lycée Paul-Éluard, à Saint-Denis, bloqué depuis plus de trois semaines pour dénoncer la vétusté des bâtiments, les classes surchargées et le manque d’enseignants et d’infirmières. La militante pour la justice climatique a salué la mobilisation des jeunes, dénoncé une répression policière qu’elle juge « extrêmement violente » et appelé à unir les luttes étudiantes, sociales, pour les droits des personnes migrantes et pour le climat face à un système qu’elle estime incompatible avec les droits humains. (Reporterre)

6. Oxfam attaque l’État en justice pour dénoncer les inégalités fiscales

Oxfam a engagé un recours en justice contre l’État, lui reprochant de ne pas garantir une imposition juste et égale. Alors que le gouvernement présente un nouveau projet de budget marqué par des économies, l’organisation dénonce une répartition inéquitable de l’effort fiscal, estimant que les ultra-riches échappent largement à l’impôt tandis que les classes populaires et moyennes risquent de subir le gel de certaines prestations sociales.(L’Humanité)

7. La Finlande ordonne la suspension de deux chantiers de Google après l’abattage de plus de 500 hectares de forêt

Les autorités finlandaises ont ordonné l’arrêt temporaire de travaux sur deux sites de data centers à Muhos et Kajaani, où environ 530 hectares de forêt avaient été abattus avant l’achèvement de l’étude d’impact environnemental obligatoire. Google doit fournir des explications et se conformer aux exigences environnementales. Les projets ne sont pas annulés et pourront reprendre une fois l’étude terminée. L’entreprise prévoit notamment de replanter 130 hectares à Muhos, une mesure jugée insuffisante par une spécialiste du droit de l’environnement, qui rappelle que de jeunes arbres ne remplacent pas une forêt mature. (La Relève et La Peste)

8. Au Portugal, la colère monte face à la crise du logement

Des milliers de personnes ont manifesté à Lisbonne, ainsi qu’à Aveiro, Braga et Porto, contre la hausse du coût de la vie et les difficultés d’accès au logement. La mobilisation vise notamment la réforme de la loi sur les locations proposée par le gouvernement de Luís Montenegro, qui prévoit entre autres de faciliter les expulsions pour impayés, de supprimer un plafond de hausse des loyers pour certains nouveaux contrats et d’élargir les garanties demandées aux locataires. (El Salto)

9. Une éruption de pétrole au Niger provoque d’importants dégâts environnementaux

Depuis le 25 septembre, un puits exploité par CNPC Niger Petroleum, filiale du groupe chinois CNPC, projette du pétrole brut et du gaz à plus de dix mètres de hauteur, déversant des hydrocarbures sur des centaines de mètres. Selon les autorités nigériennes, deux employés ont été hospitalisés, la plateforme est fortement dégradée et deux puits voisins sont menacés. Une enquête indépendante a été ouverte pour établir les causes de l’accident, tandis que les pistes criminelle et terroriste ont été écartées. (L’Humanité)

10. L’Union européenne maintient son soutien à l’Ukraine malgré les tensions avec Washington

Réunis à Bruxelles hier, les dirigeants de l’Union européenne ont réaffirmé leur soutien à Volodymyr Zelensky et refusé d’envisager la levée des sanctions contre la Russie tant que la guerre se poursuit. Sur le front, l’état-major ukrainien a recensé 304 affrontements jeudi, tandis que de nouvelles attaques russes ont fait deux morts à Kharkiv et plusieurs blessés dans les régions de Rivne et de Tcherkassy, selon les autorités locales. (Le Monde)

* Photo de couverture : Flicker

– Mauricette Baelen

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16.10.2026 à 06:00

Opération Milliard : le capital doit financer la transition

Mauricette Baelen

Lancée en 2024, l’Opération Milliard veut réorienter les flux financiers vers les associations et entreprises qui répondent aux besoins essentiels tout en préservant le vivant. Mr Mondialisation a échangé sur ce projet ambitieux avec Alice Rahmoun, membre de l’association. [Temps de lecture estimé : ~ 10 min] Face aux crises écologiques et sociales, l’argent ne […]

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Lancée en 2024, l’Opération Milliard veut réorienter les flux financiers vers les associations et entreprises qui répondent aux besoins essentiels tout en préservant le vivant. Mr Mondialisation a échangé sur ce projet ambitieux avec Alice Rahmoun, membre de l’association.

[Temps de lecture estimé : ~ 10 min]

Face aux crises écologiques et sociales, l’argent ne manque pas toujours : il est aussi question de savoir où il va.

Alors que les initiatives qui renforcent le lien social, réduisent les inégalités et préservent le vivant, peinent souvent à trouver des financements à la hauteur de leurs besoins, d’autres modèles économiques continuent d’attirer des capitaux considérables. Depuis 2024, l’Opération Milliard entend inverser cette logique en redirigeant les flux financiers vers les organisations qui construisent concrètement une société plus juste et respectueuse des limites planétaires.

« Son ambition : faire en sorte que ces structures puissent, elles aussi, accéder à des financements à l’échelle du milliard. »

Car pour ses membres, la transition écologique ne peut se faire sans justice sociale, ni sans remettre en question les critères qui déterminent aujourd’hui où va l’argent. De la responsabilité des banques et des pouvoirs publics au rôle de l’épargne citoyenne, en passant par une collecte solidaire organisée dans Minecraft, l’association défend une conviction : les alternatives existent déjà, mais elles ont besoin de moyens pour changer d’échelle.

Violaine Pierre, co-DG, et Bastien Sibille, président de l’opération Millard / Opération Milliard

Mr Mondialisation : Pour commencer, qu’est-ce que l’Opération Milliard et pourquoi avoir lancé cette association en 2024 ? Quel constat de départ vous a poussé à agir ?

Alice Rahmoun : « Notre société fait face à de nombreuses crises sociales, environnementales et démocratiques. Notre système économique est à bout de souffle, tout comme les écosystèmes auxquels nous appartenons.

Nous avons collectivement besoin d’une société et d’une économie capables de satisfaire dignement les besoins humains, tout en préservant le vivant et en respectant les limites planétaires. Pour y parvenir, nous devons faire advenir une transition juste.

 « Face à ces crises, on entend souvent qu’il faut créer de nouveaux modèles et de nouveaux récits. Or, ces modèles économiques et ces récits existent déjà. »

Ils sont portés par des entreprises et des associations qui, partout en France et au quotidien, renforcent le lien social, réduisent les inégalités et répondent aux besoins humains dans la dignité, tout en respectant les limites planétaires. Pourtant, les modes de financement dominants, construits pour servir la rentabilité à court terme, ne reconnaissent pas suffisamment leur valeur et freinent leur développement. »

Mr Mondialisation : Vous parlez de « rediriger les flux financiers vers la transition juste ». De quels flux financiers parle-t-on concrètement, et surtout, d’où vient ce milliard que vous cherchez à mobiliser ?

Alice Rahmoun :  « Nous parlons principalement des financements qui alimentent une économie extractiviste et capitaliste traditionnelle, dont l’objectif est avant tout de faire de l’argent avec l’argent.

La recherche de rendements élevés à court terme, tout comme l’attractivité de modèles de start-up dans la tech ou l’intelligence artificielle, permet à certaines activités d’accéder facilement aux financements, même lorsqu’elles ne remettent pas en question des modèles économiques aux impacts sociaux ou environnementaux importants.

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi le chiffre d’un milliard d’euros ? Est-ce un objectif symbolique, réaliste, ou correspond-il à un besoin financier précis des structures de la transition ?

Alice Rahmoun : « Nous sommes partis du constat qu’il faudrait au minimum 60 milliards d’euros par an pour réaliser la transition environnementale, selon le rapport Pisani-Ferry.

Or, les entreprises et les associations de la transition juste parviennent à se financer à hauteur de quelques milliers, de dizaines de milliers, parfois de millions d’euros, mais rarement de milliards.

« À l’inverse, les grandes entreprises technologiques, par exemple, peuvent lever des sommes considérables. »

Pour réussir la transition, les organisations qui transforment nos façons de vivre, de travailler, de consommer, de produire et de créer du lien doivent pouvoir accéder à des financements à l’échelle du milliard. »

« Les milliards existent, mais la transition n’en récolte que les miettes. »

Mr Mondialisation : Vous estimez que beaucoup d’argent existe déjà, mais qu’il est mal orienté. Quels sont, selon vous, les principaux mécanismes qui font aujourd’hui partir l’argent vers des activités incompatibles avec une transition écologique et sociale ?

Alice Rahmoun : « Le premier, c’est la recherche de rendements élevés du capital. Même lorsqu’un particulier souhaite placer son argent, le réflexe est souvent de rechercher les rendements les plus importants. On vise parfois des rendements à deux chiffres, alors que les organisations commerciales de la transition juste, par exemple, redistribuent les bénéfices à leurs salarié·es, les réinvestissent et ne rémunèrent pas le capital à de tels niveaux.

Le deuxième mécanisme, c’est la méconnaissance de ces modèles. L’économie sociale et solidaire et la transition juste restent peu connues. Ces modèles, qui ne sont pas toujours enseignés dans les écoles de commerce ni suffisamment conseillés aux personnes qui créent leur entreprise, sont pourtant de véritables modèles entrepreneuriaux qui fonctionnent.

Il est même possible d’entreprendre dans le monde associatif. Entreprendre ne signifie pas nécessairement détenir du capital et diriger une entreprise : c’est aussi mettre en œuvre une idée au sein d’une organisation.

Mr Mondialisation : Concrètement, comment comptez-vous convaincre les citoyennes et les citoyens de déplacer leur argent ? Est-ce principalement une question d’épargne, de dons, d’investissement, de consommation… ?

Alice Rahmoun : « C’est une question qui concerne l’ensemble des flux financiers ! Les investisseurs privés comme institutionnels devraient faire évoluer leurs stratégies d’investissement.

Les associations dont les modèles mêlent des enjeux sociaux et environnementaux rencontrent également des difficultés pour obtenir des dons. Les financeurs ont souvent l’habitude de soutenir des projets qui entrent dans des catégories précises : uniquement le social, uniquement le climat, ou encore des actions destinées à des bénéficiaires directs. Les initiatives qui croisent plusieurs enjeux peinent alors à trouver leur place.

Et, bien évidemment, il y a l’épargne ! Des milliards d’euros d’épargne ne sont aujourd’hui pas orientés vers la transition, parfois sans que les personnes qui la détiennent le sachent ou sachent qu’elles peuvent choisir des produits plus vertueux. Pourtant, ces produits existent. »

Mr Mondialisation : Comment choisissez-vous les organisations qui bénéficient des fonds ? Quels critères permettent de déterminer qu’une association, une coopérative ou une entreprise appartient réellement à la « transition juste » ?

Alice Rahmoun : « Nous avons défini une liste de critères à partir de plusieurs éléments. D’abord, l’activité de l’association ou de l’entreprise doit répondre à un besoin essentiel : se nourrir, se déplacer, se loger, créer du lien, se former ou apprendre, par exemple – tout en garantissant la dignité des personnes, le respect du vivant et celui des limites planétaires.

Ensuite, sa gouvernance doit être participative et démocratique. Enfin, lorsqu’il s’agit d’une organisation commerciale, sa lucrativité doit être limitée. Le partage de la valeur avec les salarié·es ou les bénéficiaires doit également être mis en place.»

Mr Mondialisation : Comment évitez-vous le risque de « greenwashing » ou de récupération du vocabulaire de la transition par des acteurs qui ne changent pas réellement leurs pratiques ?

Alice Rahmoun : « Nous essayons de mettre en avant des organisations qui respectent ces critères, tout en nous efforçant de les appliquer à nous-mêmes. Il arrive toutefois que certains contextes nous obligent à déroger à des pratiques que nous souhaiterions voir évoluer.

C’est notamment le cas du financement NoPlanetB, que nous avons cofinancé avec l’ONG ACTED. Les fonds provenant de l’Union européenne, un appel à projets devait être organisé. 

Pour le prochain financement via le Fonds de dotation, nous financerons l’Opération Milliard et les lieux représentés dans le jeu, qui avaient déjà candidaté à NoPlanetB. Cela leur évitera de déposer un nouveau dossier, une démarche longue et fastidieuse. C’est aussi un changement de pratique que nous voulons défendre.

Mr Mondialisation : Votre démarche repose beaucoup sur la réorientation de l’argent. Mais jusqu’où peut-on transformer le système sans s’attaquer directement aux structures qui produisent les inégalités et la crise écologique ? La finance est-elle le levier principal ou seulement l’un des leviers ?

Alice Rahmoun : « L’argent est un levier majeur : c’est le nerf de la paix. Sans argent, il n’y a pas de projet, pas de salaire, pas d’équipe.

Aujourd’hui, les structures économiques qui produisent des inégalités et aggravent la crise écologique n’ont pas toujours à rendre des comptes sur leurs impacts, et pourtant, elles sont financées. À l’inverse, celles qui limitent leurs impacts et redistribuent la valeur manquent de financements.

Il existe aussi d’autres leviers, culturels, éducatifs ou liés à la gouvernance. Mais eux aussi peuvent être activés à grande échelle lorsqu’on leur donne les moyens financiers nécessaires ! »

Mr Mondialisation : Vous défendez l’idée d’une finance au service de l’intérêt général. Est-ce que votre objectif est de réformer le système financier existant ou, à terme, d’en sortir pour construire d’autres modèles économiques ?

Alice Rahmoun : « Notre objectif est de construire d’autres modèles économiques. Ou plutôt, de les valoriser, car beaucoup existent déjà ! Certaines des organisations que nous mettons en avant et que nous souhaitons voir financées sont présentes depuis plusieurs dizaines d’années. Nous voulons que leurs modèles deviennent majoritaires dans l’économie de demain. »

Mr Mondialisation : Quel rôle les pouvoirs publics devraient-ils jouer dans cette redistribution des richesses ? Une initiative citoyenne comme la vôtre peut-elle réellement compenser les insuffisances de l’État et des collectivités ?

Alice Rahmoun : « Non, notre initiative ne peut pas compenser, par exemple, la baisse des subventions publiques. L’objectif n’est pas de faire reposer le financement des associations uniquement sur le secteur privé.

Concernant le financement des entreprises de la transition, nous souhaitons également que l’État puisse créer un fonds de garantie destiné aux fonds d’investissement qui soutiennent ces organisations. Cela permettrait de sécuriser ces financements et de leur donner davantage d’ampleur. »

Mr Mondialisation : Vous avez créé un Fonds de dotation pour la transition juste. Comment fonctionne-t-il concrètement, et qui décide de la destination de l’argent récolté ?

Alice Rahmoun : « L’argent collecté par le Fonds de dotation pour la transition juste lors de l’événement caritatif Cité Solidaire, organisé sur Minecraft, financera l’Opération Milliard et les lieux représentés dans le jeu, en fonction des sommes récoltées.

Collecte solidaire organisée dans Minecraft / Opération Milliard

Ces lieux sont des démonstrateurs de la transition juste sur leurs territoires. Ils ont été sélectionnés dans le cadre de l’appel à projets NoPlanetB, porté avec ACTED, mais n’avaient pas pu bénéficier du premier financement.

Les critères retenus portent sur la transition juste : gouvernance partagée, réponse aux besoins essentiels, dignité humaine, respect du vivant et des limites planétaires. L’implication de ces lieux dans leur territoire a également été étudiée.

Ces critères ont été définis par les membres de l’Opération Milliard, en lien avec son conseil scientifique, composé de chercheur·euses et d’économistes spécialistes de la transition juste. »

Mr Mondialisation : Pourquoi avoir choisi Minecraft et le streaming comme moyens de sensibilisation et de collecte ? Qu’est-ce que ces univers peuvent apporter à un combat social et écologique ?

Alice Rahmoun : « Nous voulions montrer que la transition juste est partout ! Elle peut se vivre aussi bien en ligne, dans un jeu vidéo, que dans la vraie vie, au sein des lieux qui la font avancer et de l’Opération Milliard.

Nous voulions aussi montrer que les notions de ressources, d’entraide et de coopération peuvent trouver leur place dans un jeu qui semble opposer quatre équipes pendant trois jours. 

Minecraft repose notamment sur l’utilisation des ressources, leur limitation et la construction. Pour nous, le monde qui suivra la transition juste reste à bâtir. Cette symbolique nous semblait donc particulièrement cohérente avec notre démarche. »

Mr Mondialisation : Avec La Cité solidaire, vous représentez dans Minecraft 14 lieux de la transition qui existent réellement. Pourquoi était-il important pour vous de mettre en avant ces initiatives locales plutôt que de rester sur un discours général sur l’écologie ?

Alice Rahmoun : « On entend souvent qu’il faut inventer de nouveaux modèles ou de nouveaux récits, comme s’il fallait tout créer de zéro. Pourtant, ces 14 lieux existent déjà, parmi des centaines, voire des milliers d’autres. Ils fonctionnent et démontrent que la transition est en cours. Elle a simplement besoin d’être soutenue et financée ! »

Mr Mondialisation : Vous demandez aux citoyens de reprendre en main l’orientation de leur argent. Mais est-ce que cela ne revient pas, finalement, à faire peser sur les individus une responsabilité qui devrait d’abord incomber aux banques, aux entreprises et aux pouvoirs publics ?

Alice Rahmoun : « Le changement que nous cherchons est systémique. D’un côté, nous appelons les citoyennes et les citoyens à se rassembler pour peser collectivement sur les banques, les entreprises et les pouvoirs publics, afin de faire évoluer les choses. Chacune et chacun doit agir à la hauteur de ses responsabilités.

« Les pouvoirs publics dépendent notamment des élu·es que nous choisissons. Notre système économique est également lié à ce que nous achetons et aux endroits où nous travaillons. »

De notre côté, à l’Opération Milliard, nous menons des actions de plaidoyer auprès des financeurs, des banques et des pouvoirs publics pour les inciter à repenser la répartition de leur argent au profit de la transition juste.

Il est essentiel de montrer que d’autres modèles existent et qu’ils permettent de construire une vie plus digne et plus juste pour toutes et tous. »

– Mauricette Baelen


Photo de couverture : l’équipe de l’Opération Milliard

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