31.08.2026 à 22:31
zemmour
Une version courte de ce texte a été publiée dans Le Monde
Le débat budgétaire revient, et avec lui la recherche de mesures d’économies, notamment concernant les retraites. Notons d’abord que ce débat s’ouvre malheureusement comme un écho à celui des années précédentes et fait jusqu’ici l’impasse sur les enjeux climatiques. Pourtant, la gestion des risques de l’été prochain (écoles fournaises, hôpitaux non rafraîchis, incendies, gestion de l’eau…) est bien l’affaire de ce gouvernement et de cette assemblée et devrait donc être au premier rang des sujets en cette rentrée, quelles que soit les mesures de recettes par ailleurs nécessaires.
Pour en revenir aux retraites, il est bien sûr possible de se servir de la désindexation des pensions comme source d’économie. La recette peut marcher (budgétairement), elle n’est pas un tabou (on y a déjà eu recours), mais elle revient toutefois sur le contrat intrinsèque passé avec les assurés (et inscrit dans la loi) que les pensions de base, si elles ne progressent jamais, ne perdent pas de valeur au cours du temps, ce qui est un des éléments de la confiance nécessaire au système. En revanche il serait difficile de faire passer la mesure pour la correction d’une injustice : les retraités n’ont pas été particulièrement épargné récemment et ne sont pas le groupe privilégié que certains croient voir. D’autres outils sont plus adaptés pour mettre les ménages aisés à contribution. Regardons dans le détail.
Un premier motif légitime pour désindexer les pensions serait si les revenus des actifs avaient connu un choc économique permanent, et qui ne se serait pas transmis aux pensions de retraite. Mais dans la période récente, les pensions n’ont pas connu une évolution particulièrement favorable. D’abord les retraites complémentaires du privé (AGIRC-ARRCO), qui représentent un tiers de la pension des retraités modestes et plus pour les pensions élevées, sont déjà sous-indexées. De plus des mesures ciblées (désindexation des retraites de base en 2014, hausse de la CSG en 2018), ont accentué le phénomène. Certes, en 2022 et 2023, années de forte inflation, les pensions de base ont progressé davantage que les salaires, mais toutes les autres années, c’est l’inverse qui se passe. Sur une décennie le pouvoir d’achat des pensions totale est ainsi en légère baisse, que l’on regarde la « pension moyenne », les pensions des nouveaux retraités, ou l’évolution du pouvoir d’achat des personnes déjà retraitées. Cette baisse est plus marquée pour les pensions élevées, mais le taux de pauvreté des retraités, sensiblement inférieur à celui du reste de la population, a également connu un rebond.
Mais au-delà de leur évolution les pensions ne sont-elles pas trop élevées ? Le ministre de l’économie a mis dans la discussion la désindexation des retraites de bases (retraites de la fonction publique et retraites de la sécurité sociale). Puis le ministre du pouvoir d’achat a précisé qu’il fallait cibler en particulier les pensions supérieures à 3000€. Les deux mesures sont très différentes. La première rapporte de l’ordre de 6 milliards (peut-être un peu moins via les effets induits sur les recettes fiscales), la seconde présente un rendement inférieur au milliard. En effet si désindexer les pensions de retraite peut « rapporter » beaucoup, c’est surtout parce qu’il y a beaucoup de retraités, pas parce que les pensions sont très hautes.
En 2020, la pension nette médiane était de 1200€ pour les femmes et 1600€ pour les hommes. Les pensions de retraite totale brutes supérieures à 3000€ concernaient moins de 6% des retraités (9% des hommes et 3% des femmes)[1]. Par comparaison, en équivalent temps plein 20% des salariés du privé avaient un salaire net supérieur à 3000€ la même année[2].
Bien-sûr, les retraités n’ont souvent pas d’enfant à charge, c’est en tenant compte de cette correction qu’on peut calculer leur « niveau de vie ». Celui-ci connaît quasiment la même distribution que le reste de la population : ménages modestes, ménages moyens, et ménages aisés ; les retraités pauvres sont un peu moins pauvres que les autres ménages (car le minimum vieillesse est supérieur au RSA), et les retraités riches sont moins riches que les riches d’âge actif qui bénéficient de hauts revenus d’activité ou du patrimoine. La tranche la plus aisée, en moyenne, sont les actifs de plus de 50 ans, et si un groupe se distingue, négativement, ce sont les jeunes. On peut encore ajuster la comparaison en soulignant que parmi les retraités, 7 sur 10 sont propriétaires et ont moins de charge de logement[3], mais même avec cela le niveau de vie moyen des retraités est comparable (légèrement inférieur) à celui des actifs.
Et le patrimoine ? Il y a bien un effet d’âge sur la détention de patrimoine, l’écart entre jeunes et plus de de 50 ans, s’est fortement creusé depuis 2010. Mais là encore c’est l’hétérogénéité qui domine parmi les retraités : comme chez les actifs, une petite minorité de ménages fortunés, et une majorité de ménage ne possédant que leur logement. Le taux d’épargne des retraités n’est lui non plus pas si haut puis qu’il représente de l’ordre de 6% du revenu disponible brut des retraités (sans doute beaucoup plus élevé au niveau individuel chez les 20% du haut).
N’y a-t-il donc aucun sujet ? Pas tout à fait. Le niveau de vie relatif des retraités par rapport aux actifs a bien connu un point historiquement haut en 2015 - tiré à la fois par un ralentissement des revenus des actifs, et une amélioration des pensions des femmes - et reste relativement élevé à la fois au regard de l’histoire, et des pays étranger. Mais il est clairement déjà sur la pente descendante, et cela va s’accentuer dans le futur par des phénomènes prévisibles : sous-indexation des pensions du privé, baisse en valeur des pensions à liquidation (en particulier dans la fonction publique).
On pourrait chercher à piloter cette baisse et pour cela à la fois relever les recettes, mais également « mettre en réserve » (par exemple via le FRR), une partie des ressources destinées aux retraités d’aujourd’hui. Cela signifierait qu’on cherche à éviter un décrochage sur trente ans, en baissant un peu plus sur les dix premières années, pour relever un peu les pensions sur les dix dernières. Mais un tel mouvement mériterait du temps et une forme de consensus -sans doute atteignable - sur une cible de niveau de pensions dans le futur, d’âge et de recettes. La discussion qui prend corps à chaque rentrée budgétaire relève d’un tout autre exercice...
Si la période est aux efforts budgétaires, et que chacun doit en prendre sa part, ménages – y compris retraités - et entreprises, il existe des outils plus appropriés : gel ou relèvement du barème de l’impôt sur le revenu, taxation des revenus financiers (plus dynamiques ces temps-ci que les revenus d’activité), imposition du patrimoine. Ces outils, n’épargneraient pas les retraités aisés, mais organiserait un effort progressif et mieux répartis sur l’ensemble des revenus. La révision de dispositifs fiscaux spécifiques aux retraités (alignement du taux de CSG des retraités aisés sur celui des autres ménages, révision de l’abattement de 10% à l’impôt sur le revenu) pourrait également être mobilisée s’il s’agit d’avoir une action différenciée sur ce public, ce qui n’a en soi rien d’une évidence.
[1] DREES d’après données EIR.
[2] Insee.
[3] Insee
09.04.2026 à 15:34
zemmour

La croissance des inégalités dégrade l’activité économique, et ça se voit à l’œil nu !
Dans la période récente, la stagnation des salaires (dont le pouvoir d’achat a baissé) et le dynamisme des revenus financier explique pour partie un taux d’épargne élevé, et un ralentissement de la croissance. Si le mécanisme est connu, il est rare de pouvoir observer à l’œil nu une hausse si marquée des inégalités qu’elle se traduit par des effets macroéconomiques immédiats.
En macroéconomie on sait que la conjoncture économique dépend pour partie de la demande, qui inclut l’investissement, la consommation publique (éducation, santé), mais aussi la consommation privée des ménages.
La consommation privée des ménages, dépend du revenu des ménages. Ainsi, un peu plus de revenu pour les ménages, génère un accroissement de la demande, et – si les entreprises sont en mesure de répondre à cette demande - un accroissement de la croissance.
Mais la consommation privée, dépend également de la « propension à consommer » des ménages, c’est-à-dire de la part du revenu qu’ils consacrent en moyenne à la consommation. Plus la propension à consommer est forte, plus la croissance du revenu se traduit en demande ( et plus les multiplicateurs keynésiens sont élevés) .
Sauf que depuis la sortie des confinements, le « taux d’épargne », c’est-à-dire au niveau macro-économique la part du revenu qui n’est pas consommée, est montée à des niveau anormalement élevés… et ne redescend pas, ce qui intrigue et inquiète les macro économistes (Figure 1).
Figure 1

Taux d'épargne des ménages, trimestre, France, en % du RDB, cvs-cjo;
Source : Banque de France. Lecture : depuis le premier trimestre 2024 le taux d’épargne se situe à un palier de 18%, bien au-dessus de sa moyenne de long terme.
Il peut y avoir de multiples explications à cela : épargne de précaution, face à l’incertitude de l’avenir, achat immobilier ancien (qui comptablement apparaît comme de l’épargne dans les comptes nationaux), ou…accroissement des inégalités.
En effet, on sait que les ménages modestes et moyen consomment tout ou presque tout leur revenu, tandis que les ménages aisés vont avoir une propension à épargner élevée, et qui croit avec le revenu.
De ce fait, quand les inégalités augmentent, le revenu est en moyenne de moins en moins consommé et de plus en plus épargné. Or précisément, dans la période récente, la stagnation des salaires et le dynamisme (relatif) des revenus du capital sont à l’origine d’un creusement marqué des inégalités.
Ainsi l’INSEE a relevé l’an passé qu’en 2024 la hausse marquée des inégalités était due à la conjonction
Bref, les inégalités augmentent, et cela joue sur le taux d’épargne, comme un frein à l’activité économique. A tel point que certains prévisionnistes se disent que désormais pour prédire l’évolution de la consommation des ménages, il ne faut plus suivre l’évolution des revenus en général (revenus du travail + revenus financiers), mais celle des salaires en particulier, parce que les revenus financiers ont tendance à être conservés sous forme d’épargne, et donc que leur croissance n’alimente pas la consommation. Un point déjà souligné par une étude de la Banque de France en 2020, mais qui joue sans doute un rôle encore plus important depuis 2024 (voir aussi ce blog OFCE et l’étude à laquelle elle se refère).
Il y a sans doute d’autres raisons pour lesquelles le taux d’épargne reste élevé (incertitude, inflation, effet de génération, etc.), mais la croissance inégale du revenu dans la période récente est sans doute une part importante de l’explication et c'est ce qu'on retrouve actuellement dans les publications des différents instituts de prévision macro économique. Ainsi la Banque de France considère que 1,8 points du taux d'épargne (sur les 3,8 points exceptionnels à expliquer en 2024) s'explique par l'évolution de la structure du revenu. la . Ainsi a . De même l’OFCE dans sa prévision d’avril 2026, estime qu’au premier trimestre 2026, de l’ordre de 1,8 point du taux d’épargne (sur les 4 à 5 points à expliquer) s’explique par la part des revenus financiers dans le revenu total.
Pour le dire autrement, nous vivons une période économique où les inégalités de revenu -restées relativement contenues entre 2008 et 2018 ont connu une accélération telle qu’on en voit les effets macro-économiques, à court terme, et à l’œil nu. Si le mécanisme est connu, sa manifestation aussi visible dans les statistique macro me semble relativement rare.
Et cet accroissement des inégalités, est due, avant tout, à la stagnation préoccupante des salaires qui n’avaient toujours pas retrouvé fin 2024 leur pouvoir d’achat moyen de 2019.
27.10.2025 à 19:08
zemmour
Tribune parue initialement dans Le Monde le 25/10/2025 sous le titre "Les fondements de la réforme des retraites ne sont en rien remis en cause"
Malgré les éléments de discours évoquant une « suspension », la réforme des retraites devrait s’appliquer intacte, avec une génération de décalage.
Ce décalage aura un effet réel : permettre un départ 3 mois plus tôt que prévu par la réforme de 2023 aux personnes nées de 1964 à 1968. Les personnes nées en 1967 pourraient par exemple partir à 63 ans et 6 mois au lieu de 63 ans et 9 mois. De même les personnes des générations 1964 et 1965 pourront atteindre le taux plein un trimestre plus tôt que prévu. Ce n’est pas rien, mais c’est tout. En particulier les fondements de la réforme ne sont en rien remis en cause. La marche à 64 ans reste inscrite dans la loi, et toute les personnes âgées de moins de 60 ans aujourd’hui continueront de voir leur âge de départ progressivement décalé pour atteindre 64 ans à la génération 1969. Pour arrêter cette marche il faudrait une nouvelle loi.
Un succès historique mais des défis importants
Partant, toutes les questions qui se posent aujourd’hui à notre système restent ouvertes. Alors que la Sécurité sociale fête cette année ses 80 ans, le système de retraite français compte à son actif une belle réussite : la mise en sécurité sociale de tout un âge de la vie. Pour autant des défis importants restent à relever dans les décennies qui viennent.
Le premier est celui de la situation des personnes dont la carrière s’arrête autour de la 60aine, sans pour autant pouvoir prétendre à la retraite. Cette situation due à l’usure professionnelle et au comportement des employeurs concerne plus d’un ouvrier sur trois, plus d’une employée sur quatre. Des travaux récents présentés cet automne[1] viennent encore confirmer que le report de l’âge de la retraite a pour effet de creuser les écarts de niveau de vie, avant et après la retraite entre les catégories modestes et les catégories aisées.
Le second défi est celui du niveau des pensions dans le futur. Les actifs d’aujourd’hui doivent s’attendre à une baisse plus marquée de leur niveau de vie à la retraite. Il ne s’agit pas de « ne pas avoir de retraite » mais d’avoir un niveau de vie nettement plus faible : alors que la pension nette moyenne (moins de 1700€ en 2023[2]) est aujourd’hui de 60% du revenu d’activité moyen, elle serait à horizon 2050 proche de 50%, occasionnant ainsi un décrochage social plus marqué lors du passage à la retraite. Les pensions de l’AGIRC ARRCO et de la fonction publique seraient particulièrement concernées. Seule une programmation, mesurée mais régulière d’une hausse des recettes du système pourra l’enrayer pour partie.
A la liste des questions ouvertes on peut ajouter : la faiblesse persistante des pensions des femmes ayant eu des enfants du fait d’un calcul de montant de pension pensé pour des carrières masculines et sans accroc, calquées sur la norme des Trente Glorieuses. Les iniquités des personnes qui touchent des pensions dans différents régimes (« poly pensionnés »). Les âges bien trop avancés (respectivement 65 ans et 67 ans), pour prétendre au minimum vieillesse et à l’annulation de la décote, qui concernent prioritairement des personnes (le plus souvent des femmes) qui de toute façon ne peuvent prétendre qu’à des droits faibles.
Une focalisation sur les aspects techniques qui esquive les questions de fond
Une conférence sociale sur le travail et les retraites est annoncée pour novembre. Si la discussion sur le travail en crise est bienvenue, et prend enfin le problème du bon côté, le volet retraite, nécessaire, ne s’annonce pas sous les meilleurs hospices : la recherche par les acteurs d’une solution « technique » parée de toutes les vertus (capitalisation, système à point, suppression de la notion d’âge …) évite soigneusement les questions substantielles : quel niveau de retraite voulons nous dans les décennies à venir ? A quel âge et pour qui ? Et quels moyens sommes-nous prêts à y consacrer alors que le nombre de retraités va augmenter ? Voulons-nous d’une pension «de base », et à laquelle on n’a accès que lorsqu’on n’est plus en situation physique d’être en emploi ? Ou souhaitons préserver l’invention des années 80, et qui n’existe pas dans tous les pays, d’un âge de la vie vécu en situation de sécurité sociale et au cours duquel l’activité sociale se fait en dehors de l’emploi ?
Il n’y a pas de système qui réponde magiquement à ces questions par lui-même. La « liberté de partir à l’âge de son choix » ne vaut pas grand-chose si la pension ainsi obtenue ne permet pas de vivre décemment ou si la personne n’est pas en situation de poursuivre son activité professionnelle. La capitalisation, on le voit en Allemagne, ne protège pas intrinsèquement contre les pensions insuffisantes, et est associée le plus souvent à des inégalités plus importantes de pension. Pire, beaucoup des pistes envisagées ont en commun de faire porter prioritairement aux individus les risques inhérentes au système, par un « ajustement automatique » des paramètres d’âge ou de pension.
Pour un minimum de pension garanti
Quelle que soit l’option retenue, l’instauration d’une réelle pension minimum individuelle garantie, et accessible dès un âge précoce, 60 ans par exemple, serait de nature à régler plusieurs des problèmes actuels. Il donnerait l’accès à un statut protecteur, celui de retraité, à des salariés qui souvent ne sont souvent déjà plus en emploi, ont des retraites plus courtes, et qui parfois doivent attendre plusieurs années pour liquider leur pension d’un montant de toute façon faible. De plus un tel système ne risque pas de dissuader les personnes aux revenus les plus élevés – qui ne se satisferont pas de cette retraite minimum - de poursuivre leur activité pour prétendre à une pension à taux plein.
[1] Impact of a Retirement Age’s Rise on Labour Market Status and Living Standards. Patrick Aubert (IPP), Antoine Bozio (IPP, EHESS), Maïlys Pedrono (IPP) et Maxime Tô (IPP), Communication au colloque « Retraite et vieillissement 2025».
[2] Pension nette moyenne, y compris réversion et majoration, DREES.
14.10.2025 à 22:41
zemmour

L'annonce du Premier Ministre laisse prévoir un décalage du calendrier de la réforme de 2023, d'environ 3 mois pour les générations 1964 à 1968 (3,5 m de personnes). La cible des 64 ans et 172 annuité continuerait d'être poursuivie au même rythme, décalé d'une année de naissance.
Le Premier Ministre a annoncé « C’est pourquoi, je proposerai au Parlement dès cet automne que nous suspendions la réforme de 2023 sur les retraites jusqu’à l’élection présidentielle. Aucun relèvement de l’âge n’interviendra à partir de maintenant jusqu’à janvier 2028, comme l’avait précisément demandé la CFDT. En complément, la durée d’assurance sera elle aussi suspendue et restera à 170 trimestres jusqu’à janvier 2028. » Lors de son discours de politique générale du 14 octobre 2025.
Sous un jeu d’hypothèse raisonnables, et sous réserve de voir comment l’amendement gouvernemental sera rédigé voici ce qu’on peut comprendre :

Détail des calculs :
Actuellement l’âge de départ est de 62 ans et 9 mois et la durée de cotisation de 170 trimestres.
Pas d’augmentation avant janvier 2028, veut dire a priori, que toutes les générations qui partirons entre aujourd’hui et 2027 partiront à 62 ans et 9 mois et 170 trimestres.
Les personnes qui auront 62 ans et 9 mois en décembre 2027, les dernières qui seront concernées par cette mesure, sont nées en mars 1965. On peut en déduire que les personnes nées en avril 1965 partiront à 63 ans et 171 trimestres. Puis la réforme poursuivra son cours ordinaire (on peut même imaginer que ça aille plus vite).
Au total, les générations 1964, 1965, 1966, 1967 et 1968 (3,5 millions de personnes) gagnent probablement un trimestre d’âge et un trimestre de durée (et même peut être 6 mois pour les personnes nées en début d’année 65. Les autres générations ne gagnent rien et voient l’âge de 64 ans et l’accélération de la réforme Touraine toujours inscrits dans la loi.
Analyse faite en peu de temps, remarques, et amendements bienvenus.
07.03.2025 à 18:25
zemmour
Aujourd'hui en écho avec la mobilisation aux USA, une journée de mobilisation a été organisée (en un temps record), par le collectif militant Stand up for science France (bravo à elles et eux!) . La mobilisation a été forte dans de nombreuses villes universitaires.
J'ai eu l'occasion de participer à une conférence à Jussieu organisée par le collectif. En style télégraphique et en reprenant des idées formulées par les intervenantes et intervenants (je m'excuse auprès d'elles et eux par avance, je synthétise et j'aurais du mal à réattribuer les propos aux unes et aux autres), voici ce que je retiens (subjectivement) des échanges durant la conférence (dont la vidéo ici) et dans la manifestation:
1) Les attaques aux Etats-Unis ne sont ni seulement symboliques ni étroitement ciblées. On a encore bien sûr du mal à comprendre quel sera l'état final des choses (des recours sont en cours, des hésitations), mais à cette date les échos des collègues sont que les attaques sont larges et massives, notamment au moyen de la suppression de financement fédéraux (suppression de poste, de crédits, en raison du thème de recherche réel ou supposé), de censure (mise hors ligne de document, de données), ou encore d'intimidations et de menaces.
2) L'attaque contre la science vise délibérément un des organes de la démocratie: le gouvernement Trump met en œuvre des politiques de dégradation délibérée du climat, de persécution des minorités, en ciblant tout particulièrement les personnes trans, de suppression de budget d'aide internationale. Pour affaiblir les résistances ou les oppositions potentielles, il éteint la lumière, en entravant la recherche sur le sujet.
Ce qui est visé c'est à la fois la capacité de la société à se connaître elle-même et à connaitre l'état du monde pour mieux en délibérer. C'est également un outil de résistance juridique, les études scientifiques étant souvent considérées comme un élément de preuve dans les recours en justice.
On sait déjà que les données médicales ou sur le changement climatiques sont compromises. On peut également être inquiet concernant les données objectivant par exemple les inégalités de conditions de vie, les inégalités femmes hommes ou les discriminations, lorsque celles-ci sont produites ou hébergées par des organismes publics.
3) Ce qui se passe aux USA (qui se passe et s'est déjà passé aussi dans d'autres pays ayant connu des basculement, l'Argentine était notamment citée) nous inquiète pour trois raisons:
i/ par solidarité avec la population et avec nos collègues
ii/ parce que la recherche US est un élément structurant et critique de la recherche mondiale (revues, données, financement). Les destructions à l'oeuvre ont des conséquences directes sur l'état des connaissances partout dans le monde. Certaines publications ou données sont déjà reproduites, pas toutes.
iii/ parce que nous avons la conviction, ayant l'exemple US sous les yeux, que nous ne sommes pas à l’abri de tels basculement.
La situation actuelle en France n'est bien sûr pas du même ordre, mais elle fait écho à des choses que nous observons, depuis longtemps de ce côté de l'atlantique.
D'une part la crise de financement de la recherche publique montre que cet outil de la vie démocratique est mal traitée (les diminutions budgétaire sont massives - moins 1 Md de crédit en 2024 -, une journée de mobilisation est d'ailleurs appelée par les organisations syndicales et au-delà le 11 mars prochain).
D'autre part dans la période récente des paroles politiques ou des responsables publics ont remis en cause, à plusieurs reprise non pas telle ou telle étude, mais des disciplines entière, des thèmes de recherche, ou sans motif valable, la crédibilité d'organismes publiques ou d'agence chargé d'établir des données ou de produire des études dont les résultats déplaisaient. Les universités sont également régulièrement la cible de discours politiques.
Enfin et surtout la situation aux Etats-Unis montre à quelle point les basculement peuvent être rapides et interroge sur la capacité de résistance de la société et des institutions, même face à des attaques outrancières et parfois manifestement illégales.
Pour finir sur une note volontaire, il semble que malgré la sidération (le mot est revenu souvent), la compréhension des enjeux est très claire parmi les collègues de l'ESR qui ont participé à cette journée. Il nous reste à la partager largement, avec l'ensemble de la société, mais en particulier avec les autres groupes sociaux dont la fonction sociale est notamment de participer à la vitalité démocratique (journalistes, juristes, associations, corps constitués, syndicats...). Il nous faut également soutenir, par tous les moyens à notre disposition, les résistances civiles et institutionnels qui s'organisent aux Etats-Unis.
Nb: Je reprend ici, plus ou moins fidèlement, des idées exprimées par notamment Florence Débarre, Johanna Siméant-Germanos, Valérie Masson Delmotte, Dorian Guinard, Sébastien Barot et Marine de Gugliemo Weber qui intervenaient également, ainsi que et de nombreux autres collègues intervenus lors des échanges.