24.12.2024 à 12:21
Le petit mot de Noël 2024
Un odieux connard
Lire la suite (420 mots)
Comme chaque année, voici l’heure du petit mot de Noël.
Une tradition visant à donner force, courage et surtout, cynisme à vous, courageux lecteurs qui allez devoir affronter le réveillon. Un moment rituel durant lequel les envies de gifler, fuir et parfois un savant mélange des deux ne manqueront pas. Si l’ennui vous gagne, n’oubliez pas d’orienter le sujet sur les discussions politiques : certes, vous aurez toujours envie de gifler et de fuir, mais au moins, il y aura un peu d’action.
Et pour passer un moment moins difficile, n’ayez pas peur d’être hypocrite : après tout, tout le monde n’est là que pour les cadeaux, aussi être faux cul est non seulement autorisé mais aussi limite traditionnel.
Par ailleurs, cette année, je ne vous félicite pas, car vous n’avez vraiment pas dû être sages. Limite à pratiquer des rituels sataniques à base de chatons et de bûchers en douce. Sinon, comment expliquer qu’au lieu de simple charbon dans nos pantoufles, on retrouve Rachida Dati et Manuel Valls dans notre gouvernement ? Palsembleu, le charbon, n’était-ce pas suffisant Père Noël ? Qu’a-t-on fait pour mériter ça ?

Image rare d’un enfant croyant encore à la joie de Noël alors que François Bayrou vient de la supprimer.
Je ne vous dis pas bravo.
En attendant : bon réveillon, et bonne chance.
19.12.2024 à 08:53
Quelques idées pour de derniers cadeaux
Un odieux connard
Texte intégral (4053 mots)
Noël approche et vous voici les mains aussi moites que vides ? Votre esprit, épuisé après une année de dur labeur, ne parvient plus à trouver quelque idée que ce soit ?
Comme toujours, vous pouvez compter sur votre serviteur pour vous aider. Passons donc en revue quelques trouvailles qui sauront faire plaisir aux petits et aux grands aux personnes à verticalité réduite et aux plus-size-body-positive-en-hauteur (nous sommes en 2024 et j’aimerais finir l’année sans emmerdes, merci). En route.
Question : Un membre de ma famille est enseignant, que lui offrir ?
Réponse : Une mitrailleuse de 12,7.
Si à Noël, il est de bon ton d’offrir des douceurs, laissez-moi vous présenter la « doucette », nom qui lui vient aussi bien de la mauvaise prononciation de son calibre que du réconfort qu’elle apporte à qui la reçoit. Testée dans tous les milieux hostiles du monde (Jungle, désert, bars avec une affichette « prix libre »), la 12,7 se fixe aisément à un bureau et permet d’obtenir le silence dans la classe environ 500 fois par minute. Démontable, vous pouvez aussi l’emmener aux réunions parents-profs, afin d’expliquer en termes courtois – mais fermes – que non, Manon-Léa n’est pas surdouée, mais bien aussi stupide que ses parents dont l’ADN est une insulte à l’évolution elle-même.
Tout comme la sacoche, la 12,7 peut s’emmener en salle des professeurs afin d’obtenir plus facilement la réponse à la question « Qui a fini le café sans en refaire ? » ou encore « Qui a bourré la photocopieuse ? ». Plusieurs enseignants de Seine Saint-Denis saluent cette arme qui a l’avantage de permettre d’enfin concurrencer les kalashnikovs que leurs élèves emmènent en cours. Notez que même si la personne à qui vous souhaitez l’offrir n’exerce pas devant une classe (proviseur, documentaliste, etc), elle est tout aussi utile puisqu’elle permet d’atteindre aisément, et même à plus de 100 mètres, un élève qui aurait refusé de présenter son carnet.
Bien sûr, vous me direz « Mais enfin, si vous tirez sur un enfant, ses parents vont se plaindre ! ». Ce à quoi je réponds : relisez le premier paragraphe. La 12,7 est un outil pédagogique fabuleux pour tous les âges, et comme le disait Britney Spears au sujet de la peine de mort : « Après, ils ne recommencent plus. » Enfin un outil qui permet de dire : « La leçon est retenue » sans douter !
Question : Je n’ai rien pour la personne qui partage ma vie, que lui offrir ?
Réponse : Du charbon.
Vous connaissez le principe : le Père Noël offre des jouets aux enfants sages, et laisse un bout de charbon à ceux qui ont été vilains. Quant à ceux qui écrivent « celleux », le Père Noël chie dans leurs pantoufles, lance lesdites charentaises dans la cheminée, provoque ainsi un feu alimenté au biogaz qui atteint le sapin, et s’enfuit pour regarder de l’extérieur la demeure et ses habitants se consumer dans les flammes au son de leurs cris désespérés.
Mais je m’égare : revenons au charbon.
En l’offrant à la personne qui partage votre vie, vous ferez passer un message : t’as merdé. Obligeant ainsi l’être aimé à tout faire pour vous montrer son amour un peu plus. Mais là où vous faites coup double, c’est qu’au prix de l’électricité, et en hiver, un bout de charbon est plus que bienvenu pour chauffer la demeure. Ainsi, votre cadeau vous bénéficiera, puisqu’il servira à vous chauffer, vous et vos pieds froids (tututu, on sait). Le prix que vous aurez mis dans le cadeau ayant fini dans votre note de chauffage que vous auriez dû payer quoiqu’il arrive, c’est donc parfait : c’est une opération blanche, sauf que maintenant, la personne avec qui vous êtes sait qu’elle doit s’améliorer et que vous n’hésiterez pas sinon à lui offrir un vieux bout charbon.
Si l’être aimé se contente de s’offusquer, voire de s’indigner et ne voit pas votre génie diabolique, soyons francs : il ne vous mérite pas.
Question : Je suis invité au Noël de l’Elysée, que dois-je amener ?
Réponse : Du solvant.
On s’ennuie dans les châteaux, et le châtelain le plus célèbre de France s’est récemment découvert une passion pour la dissolution de trucs. Ça a commencé doucement : d’abord, c’était la promesse de zéro SDF avant fin 2017. Hop ! Dissoute ! Ensuite, un certain nombre d’autres promesses ont suivi. Le larron s’amusait tellement qu’il s’est demandé s’il pouvait dissoudre plus gros, comme par exemple, un député. Et puis, une idée en entrainant une autre, hop, ça a été toute l’assemblée. Puis est venu le tour de tout le gouvernement qui a disparu sans laisser de traces ! Quel magicien.
L’Elysée étant devenu le plus gros concurrent de Téléshopping sur les articles de nettoyage pour faire disparaître un peu de tout, nul doute que venir avec un peu de solvant saura faire plaisir au maître des lieux, qui en aura bien besoin ces prochains mois. Cela est plus original qu’une bouteille de champagne, et pour la qualité, pas la peine d’investir : de toute façon, comme pour les mauvais produits, à la fin, il restera quand même des traces dégueulasses qui feront rire tous les visiteurs.
Attention à bien étiqueter « Ne pas boire« , sinon, un Sébastien Delogu en maraude pourrait se tromper.
Question : Je dois offrir un cadeau à un cinéaste français, lequel choisir ?
Réponse : Le même que l’an dernier.
Inutile de vous creuser la tête à tenter d’être créatif : comment quelqu’un pourrait-il vous remercier pour un effort dont il ignore tout lui-même ?
Le cinéaste français est une créature qui a ses habitudes : année après année, il peut produire exactement le même film avec quelques variations mineures (« Alors cette fois, c’est Romain Duris qui découvre les vraies valeurs de la vie, mais dans un camping-car, alors que l’an dernier, c’était dans une maison de campagne« ). Rendez-lui donc la pareille en lui offrant exactement la même chose, avec éventuellement une variation mineure (un pull, oui, mais d’une autre couleur !). Si vraiment vous voulez être joueur, glissez des pantoufles plus petites dans ses pantoufles. Exactement du même modèle. Quand il s’exclamera « Mais enfin, c’est la même chose mais en moins bien ! », expliquez-lui que vous appelez cela « une suite ». Et vous pouvez répéter l’opération d’année en année, jusqu’à arriver à de minuscules pantoufles qui n’ont aucun intérêt et qu’on regarde à peine du coin de l’œil : là, vous serez bel et bien arrivé au bout du concept de « suites ».
Attention cependant : si vous faites le coup trop souvent, il y a un risque non-négligeable que Disney tente de vous racheter en tant que licence. Méfiance, donc, parce qu’on déconne, mais à un moment, il faut se respecter.
Question : Je prévois un cadeau pour un spécialiste du bien-être en entreprise, que faire ?
Réponse : Un Powerpoint.
Le coach bien-être en entreprise est probablement l’une des plus grandes causes de mal-être qui soit dans le monde du travail. En effet, au lieu de donner du pognon ou du temps libre aux employés, on donne ledit pognon à cette créature du démon pour qu’elle vienne pomper le temps libre des honnêtes travailleurs à grands renforts « d’ateliers » aux noms aussi longs que cons. Si les cercles de l’enfer existent, croyez bien qu’il y en a un rien que pour ces gens, et que même Satan ne s’y rend pas de peur qu’ils ne lui adressent la parole.
En conséquence, et puisqu’ils ont une passion secrète pour les Powerpoints remplis de messages cucul la praline, bombardez-les. Après tout, s’ils pensent que ça fait du bien aux autres, ils ne devraient pas s’en plaindre d’en recevoir en cadeau. Et s’ils osent un « Je m’attendais à quelque chose de plus concret. », répondez-leur que c’est précisément ce que répondent 100% des gens qui assistent à leurs ateliers, à part éventuellement les rombières du service compta, les mêmes qui insistent pour envoyer à toute la boîte leurs plus belles photos de sculptures en trombone chaque lundi.
Après, vous avez le droit d’être taquin, et de faire porter votre Powerpoint sur un sujet inattendu, comme « Les 100 plus belles photos de moi te montrant mon majeur« . Gardez-le en stock, il pourra aussi vous servir pour le prochain référendum national.
Question : Je suis obligé de faire un cadeau à ma mamie qui me demande quand est-ce que je me reproduis, que faire ?
Réponse : Un radiateur.
Il n’existe que deux options à cette problématique : soit vous vous reproduisez, et mamie pourra ainsi régulièrement accueillir votre bambin, le pourrir-gâter au-delà de toute raison et en faire un immense trou du cul, soit vous offrez un radiateur. Un très beau de préférence, le genre qui coûte une blinde parce qu’il est connecté, donne la température intérieure, extérieure, et même celle de votre moi-même profond (ce radiateur est vraiment taquin). Oui, en effet, c’est cher. Non, mamie ne s’en servira pas.
Mais qui, l’été prochain, pourra à distance pousser le radiateur à fond en pleine canicule, faisant passer Mamie de l’état d’emmerdeuse à celui de pruneau en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « EHPAD » ?
Voilà. Mamie ne vous embêtera plus à Noël, et mieux encore, grâce à l’héritage, l’investissement dans le radiateur sera bien rentabilisé. Vous n’aurez plus alors qu’à déplacer l’appareil chez la prochaine personne âgée qui vous brise les rouleaux. Et attention, je vous vois venir : non, si vous installez soudainement 348 radiateurs au palais du Luxembourg, ça ne passera pas inaperçu. Choisissez vos vieux plus subtilement. Ou en tout cas, moins groupés.
Question : Et pour mon tonton raciste, que prendre ?
Réponse : Un test ADN.
Vous connaissez le principe : vous offrez la bête à Tonton et ses préjugés sur son 100% pure souche, Tonton découvre qu’il est en réalité issu de quantité de peuples étranges et mystérieux (par exemple, les habitants du Poitou alors qu’il était persuadé d’être Bourguignon), et le voici en pleine crise existentielle. Réalisant qu’il est en partie étranger, Tonton décide de s’auto-expulser et prend le premier charter pour repartir auprès des siens dans La Brousse (sur la D104, après Asnières-en-Poitou). Le triomphe est total, on se croirait dans un téléfilm France 2.
C’est là qu’arrive le deuxième problème : maintenant que vous avez gagné et que vous vous foutez joyeusement de la gueule de Tonton au motif qu’en fait, il était étranger depuis le début, vous voici à votre tour en train d’être xénophobe, et vous vous transformez ainsi en nouveau tonton raciste de la table. Ne vous étonnez donc pas si votre nièce vous offre un test ADN : vous savez ce qu’il en est.
Le tonton raciste est immortel : s’il est vaincu, il revient tout simplement sous une nouvelle forme autour de la table. Inutile de le combattre : servez-lui à boire jusqu’à ce qu’il s’endorme devant Patrick Sébastien.
Question : Et pour mon neveu qui m’insupporte ?
Réponse : Une boîte de Warhammer 40,000.
Votre neveu est un petit con et vous ne pouvez le stériliser à la brique là, de suite ? Warhammer 40,000 est pour lui.
Sorte de Starcraft en plus plastique, mais surtout, plus cher, il réduira instantanément à néant la vie sexuelle du larron, qui se retrouvera à passer ses soirées dans des associations remplies de messieurs barbus à l’hygiène douteuse qui pourront disserter des heures sur qui c’est la figurine en plastique la plus forte. Repoussoir à femelles plus efficace qu’une figurine en résine d’Evangélion sur une étagère ou qu’un deck de cartes Magic plastifiées, Warhammer 40,000 plongera le pauvre enfant dans une vie où tout projet d’avenir est impossible : faire des économies pour des projets ? Tentez donc quand la moindre figurine de votre hobby peut coûter 40€ pièce ! Avoir des enfants ? Impossible de s’accoupler quand votre principal sujet de conversation est de savoir kikicé Alpharius (si vous avez la réponse, non seulement vous êtes Alpharius, mais en plus, vous êtes un gros geek, vous me dégoûtez, monstre !).
Les parents, qui devront offrir à leur rejeton des boîtes hors de prix à chaque anniversaire, vous haïront aussi, mais en même temps, c’est eux qui n’avaient à pas commencer en produisant une descendance qui appelle les claques.
Question : Et pour les autres ?
Je connais un type qui fait d’excellentes bédés, mais n’en parlons pas : ma modestie proverbiale me perdra.
En attendant, si vous n’avez vraiment aucune idée, et pour tous les autres cas, n’oubliez pas : une boîte de chocolats fourrés au chloroforme, c’est la garantie d’un réveillon calme où personne ne viendra se plaindre de vos présents.
03.12.2024 à 10:25
Gladiator II trop
Un odieux connard
Texte intégral (12826 mots)
Hollywood, un jeudi, 13h42
– Vite ! Il nous fait encore une crise, dépêchez-vous !
Armés de seringues, de camisoles et de couches, les infirmiers se ruent vers la porte de la petite chambre qu’ils ouvrent avec tant de force qu’ils parviennent à la faire claquer contre le mur capitonné.
– Attention, il va…
Hélas, il est déjà trop tard. Assis au milieu de la chambre, entouré de ses déjections, Ridley Scott est en train de rédiger le script d’un nouveau film à l’aide de l’un de ses plus récents excréments.
– Nous n’avons pas été assez rapides, soupire l’un des soignants. Regardez, il a déjà écrit le titre.
– « Gladiator II ? » lit avec surprise un autre employé de la maison de retraite pour réalisateurs gâteux. Mais enfin Monsieur Scott, vous n’êtes pas sérieux !
En réponse, un étron vole au travers de la pièce, frôlant le visage du dernier intervenant avant d’aller s’écraser mollement quelques mètres plus loin.
– Si ! s’exclame Ridley Scott. Je fais des films si j’veux, et là, ben j’fais Gladiator II !
– Mais enfin Monsieur Scott, soyez sérieux. Votre film se suffisait à lui-même. Il ne peut pas y avoir de suite.
– Ah ouais ? Ben si. Parce que… ben… si j’veux.
– Monsieur Scott…
Mais déjà, le réalisateur pousse à s’en éclater les veines du front pour produire un nouveau crayon maison, dont il se sert pour souligner le titre de sa dernière œuvre.
– Non mais j’ai une super idée. Vous vous souvenez comme le précédent film, c’était un général romain jeté dans l’arène ?
– Oui ?
– Ben là, comme c’est Gladiator II, y en aura deux !
Les infirmiers échangent un regard fatigué, pendant que l’un d’entre deux prépare une dose de tranquillisant pour éléphant.
– Et l’empereur fou ? Vous vous souvenez de l’empereur fou ?
– Vous n’allez pas nous dire que…
– Ben si ! Comme c’est Gladiator II, y en aura deux !
Le long soupir collectif des soignants en dit long sur leur opinion du sujet. Quand soudain, l’un d’entre eux claque des doigts dans un sourire malicieux.
– Très bieeen, Monsieur Scott ! Vous allez mettre deux fois plus de tout ! Mais regardez, le propriétaire de votre général romain là… lui, vous ne pouvez pas en mettre deux ! Parce qu’un esclave ne peut pas appartenir à deux personne à la fois ! Donc si vous ne pouvez pas doubler ça… pas de deuxième film, pas vrai ?
La ruse semble fonctionner, puisque Ridley Scott lève son stylo improvisé, perdu. Pendant un moment, il semblerait que le danger soit écarté. Le réalisateur bredouille.
– Ah euh… eh bien l’esclave appartiendra à deu… deu…
– Je crois que je l’ai eu ! Préparez la camisole les gars !
– À Deunzel Washington.
– Oh putain.
Et avant que quelqu’un ne puisse attacher le malandrin, un producteur débarque, lâche des dizaines de millions de dollars dans la pièce en cette époque où tout le monde veut des suites, des préquels et autres, pourvu qu’il y ait une licence, et voilà comme une idée débile devient un blockbuster. Notez que les deux sont tout de même souvent liés.
Alors, Gladiator II, est-ce deux fois mieux ?
Spoilons, mes bons !

L’affiche : un gros tas de personnages, du plus ou moins feu, des débris… non, on est bien dans le niveau zéro de la créativité d’entrée de jeu.
Le film s’ouvre dans la dernière cité libre de la côte numide, nommée ainsi en raison de la mer qui vient en mouiller les récifs. C’est là que nous retrouvons nos héros, le brave fermier Hanno, prénommé ainsi après que le réalisateur ait compris que lui donner un non en « -us » risquait de rappeler les origines de film. Et alors qu’Hanno est en train de nourrir les poules en bon petit prolétaire et de rouler des patins à sa femme (plus ou moins dans cet ordre), voilà que l’alerte est donnée : la flotte romaine vient d’apparaître au large ! Tout le monde prend donc les armes, et c’est ainsi qu’Hanno et sa compagne se retrouvent sur les murailles. Où la femme d’Hanno est archère, alors qu’Hanno, lui, est… général.
Oui, il est à la fois fermier et général. Probablement que le chef de la cité l’a un jour promu fermier-général, un poste prestigieux comme les historiens du cru vous le diront, mais qu’Hanno étant un peu con, il a compris qu’il devait être mi-fermier, mi-général. Ce qui donne des résultats intéressants : il sait faire avancer les poules en formation, et creuser des tranchées pour y planter des radis comme personne.
Hélas pour notre héros, en face, c’est un général-général qui mène les légions romaines : le redouté Pedrus Pascalus. Redouté, oui, car on découvre qu’il dispose d’un super pouvoir :
À chaque fois qu’il parle, toute sa flotte, pourtant étalée sur une sacrée distance, l’entend. Il crie « Archers, tirez ! » ou « Catapultes, catapultez ! » ? Pas besoin de signaux ou de relais quelconques : instantanément, 150 navires lui obéissent. Le type a la voix qui porte, c’est le moins qu’on puisse dire.
Mais Hanno doit être on frère secret, puisqu’il a le même pouvoir ! Dès qu’il gueule un ordre depuis ses murailles, tout le monde suit, y compris sur le mur situé 200 mètres plus loin. Toujours est-il que la bataille entre nos deux candidats à The Voice démarre : des flèches volent, des gros projectiles enflammés aussi, et finalement, les Romains parviennent à atteindre les murailles ennemies. C’est la grosse bagarre, tout le monde distribue des coups de glaive, d’arc ou de sandalette, mais au milieu de tout ce chaos, voici que la femme d’Hanno tire une flèche qui tue un adjoint de Pedrus Pascalus.
Aussitôt, et alors que c’est le chaos complet, Pedrus localise l’archère.
– Là-bas ! Vous voyez la muraille ? Le deuxième niveau ? Le chemin de ronde ? Bon, ben la troisième personne en partant de la gauche, au deuxième rang, abattez-la !
Car oui, alors qu’il y a environ 200 flèches qui volent par seconde, et que Pedrus ne regardait même pas dans la bonne direction, il sait instantanément qui a touché son copain au milieu de toute une troupe d’archers ennemis. Et les Romains peuvent donc tirer une flèche dans la coquine, qui en décède. Son corps sans vie bascule par-dessus les murailles.
– Oh, hé, ho, ben non, hé, dites voir !
S’exclame Hanno, qui a tout vu, et devient en conséquence un mari fort marri. Mais il n’a pas le temps de se venger : un Romain l’assomme et jette son corps, là-aussi, par-delà les murs de la ville. Plouf, fait donc Hanno, qui perd brièvement conscience en sombrant dans les vagues qui fouettent la côte numide. Dans un demi-rêve, il aperçoit alors sa femme sur les bords du Styx, alors que Charon, le célèbre passeur des morts, la fait grimper sur son pédalo et s’en va en faisant floupoufloupoufloupou (les jours de bataille, Charon a plein de monde à faire passer, alors le pédalo c’est quand même plus pratique, merde, je vous y verrais à ramer 900 fois dans la journée).
C’est à peu près à ce moment-là qu’Hanno se réveille en train de flotter au milieu des corps jetés au bas des murailles de sa cité : la bataille est terminée, les Romains ont gagné, et tout autour de lui, ces vils latins pillent les corps.
On notera que Ridley Scott ne peut pas tout faire, et a donc oublié de dire aux figurants de réagir. En conséquence, alors qu’au milieu des corps, un ennemi potentiellement armé se relève, les Romains se contentent de le regarder sans rien dire. Du genre :
– Eh, t’as vu Michel là-bas ? On dirait qu’un ennemi remue encore ! Sinon, ta femme va bien ?
Ce qui laisse le temps à Hanno d’évidemment chercher et trouver le corps flottant de sa femme (malgré son armure) sans être dérangé par les 250 types qui l’entourent et de casser la flèche plantée dans son torse pour en garder un bout. Oui, il est comme ça. Il se dit que comme souvenir, c’est quand même plus original qu’un aimant ou une carte postale.
Cela fait, les Romains viennent enfin trèèèèès gentiment se saisir d’Hanno pour l’emmener. Mais doucement, façon « Allez, c’est fini, viens« . Et pas du tout un peu brutalement saveur « Tu es notre prisonnier p’tit bâtard.« . Là encore, quelle direction !
Toujours est-il qu’Hanno étant désormais un prisonnier de guerre, son sort est évident : il est réduit en esclavage et balancé au fond d’une galère, direction Rome. On le débarque quelques jours plus tard « à proximité de Rome », nous dit le sous-titre, et sachez qu’à l’époque, visiblement, le réchauffement climatique fait déjà des ravages puisque tout le secteur est couvert de sable et peuplé de gens enturbannés. Ah, la célèbre grande banlieue désertique de Rome ! Mais, qu’importe le climat : c’est là qu’Hanno est jeté pour la première fois dans une petite arène, en compagnie de ses compagnons d’arme, pour y affronter…
Des babouins.
Mais alors des babouins de combat puisqu’ils ont des dents à effrayer Nosferatu, Dracula et l’amicale des dentistes britanniques d’un coup d’un seul. Les babouins, rendus fous par leurs dresseurs (qui les forcent à regarder Emily in Paris jour et nuit afin de les enrager), se ruent sur les pauvres prisonniers de guerre qu’ils égorgent plus ou moins. Je dis « plus ou moins », car les babouins étant numériques, et que là encore, la direction du film laisse à désirer, vous pouvez apercevoir tout du long en fond des gladiateurs qui glandent avec personne qui ne les attaque, ou alors qui font mine de se protéger de singes qu’on a oublié de faire apparaître devant-eux en post-prod.
On va donc supposer que c’est une arène où l’on jette à la fois les candidats à la profession de gladiateur et à celle de mime.
Mais les babouins ayant flairé l’odeur du héros, ils se ruent sur lui, pour découvrir qu’Hanno n’est pas du genre à se rendre facilement.
– Recule, babouin ! lance crânement notre protagoniste.
– Hou hou hou ! (« Je n’ai pas peur, humain !« )
– Sache que j’ai été entraîné par Joey Starr à péter du singe !
– Hou hou ! (« Ah merde, je vais douiller ! »)
Et en effet : Hanno défonce du singe, quitte à les mordre au besoin. C’est ce geste qui lui vaut les acclamations de la foule, qui se met à chanter joyeusement : « HANNO ! HANNO ! »
Une foule très forte, donc, puisqu’à aucun moment on n’a annoncé le nom des gladiateurs. On va supposer que pour un sachet de pop-corn acheté à l’entrée de l’arène, un script était offert. C’est probablement ce qui attire l’attention de Denzelus, un patron d’écurie de gladiateurs qui se trouvait là.
– Hmmm… le disciple de Joey Starr, là, je l’achète. Qu’on me le fasse livrer directement chez moi.
Et voilà comment Hanno se retrouve désormais gladiateur professionnel.
Pendant que Diego ramène du brandy, permettez-moi de souligner une autre preuve de la grande qualité de ce film : dans cette petite arène provinciale, l’animateur qui annonce l’entrée des gladiateurs dispose d’un porte-voix. Alors que l’arène est la seule assez petite dans tout le film pour qu’un mec gueulant un peu fort puisse se faire entendre. Et donc, ça sera la seule fois de cette œuvre où quelqu’un aura un porte-voix. Cela peut paraître un détail, mais cela signifie que quelqu’un dans l’équipe de réalisation a compris qu’il fallait que les personnages se fassent entendre, et donc, a très officiellement acheté cet accessoire, un porte-voix, pour ce faire. Mais donc, que la même équipe s’est dit ensuite : « Surtout, ne le mettez dans AUCUNE scène à part la SEULE où on n’en aurait pas besoin ! Juste dans celle de la petite arène où c’est inutile, pour bien montrer qu’on avait l’accessoire, qu’on était conscient du problème, mais qu’on s’en foutait ! »
Je pense vraiment qu’à ce stade, une partie des films actuels est en partie basés sur des paris à la con entre professionnels bourrés du genre « Regardez, je vais faire de la merde volontairement et ça va passer !« . Ce qui expliquerait aussi toute une partie de la production cinématographique française, mais passons.
Et revenons à Hanno. Qui arrive à Rome, dans le centre d’entraînement de Denzelus, où celui-ci lui propose de voir s’il se bat aussi bien contre un homme que contre un singe. Denzelus demande à l’un de ses hommes d’enfiler des cestes à pointes pour péter la gueule du héros, mais plusieurs choses se passent.
- D’abord, Hanno refuse de se battre et se contente d’encaisser, tel djizousse.
- Ensuite, quand Hanno prend un coup de pointes dans la gueule, il est juste un peu rouge. Faudrait pas qu’il ait une sale gueule pour le reste du film.
- Finalement, il latte le vilain à mains nues pour qu’il arrête de le taper parce que djizousse, ça va deux minutes, mais à un moment tu peux faire une croix dessus.
Denzelus est content. Tellement qu’il annonce :
– Formidable ! Excellent ! Quel champion ! Emmenez ce gladiateur dans mon bureau, je veux lui parler.
C’est là que Rududus, son esclave favori, lui fait remarquer que c’est un peu con.
– Chef, vous venez d’acheter une dizaine de gladiateurs en plus de ce « Hanno ». Ceux qu’on voyait assis dans le banc près de lui dans cette scène. Vous ne voulez pas les voir se battre eux aussi ? Avant de faire d’Hanno votre chouchou ?
– Hmm… attends Rududus, rappelle-moi le nom des autres gladiateurs ?
– Eh bien voyons voir : Jean-Jacus, Jean-Jacus, Jean-Jacus…
– Alors ?
– Nan mais d’accord. Le film est tellement bien écrit qu’un seul d’entre eux a un nom.
– Voilà. Donc gagnons du temps : Hanno sera mon chouchou.
Et voici Hanno qui se retrouve traîné dans le bureau de son nouveau propriétaire qui lui explique comment ça va se passer.
– Écoute mon petit Hanno, désormais, tu es à moi. Mais ici, à Rome, si tu combats bien, tu pourras gagner ta liberté, Et comme je suis sympa, je suis aussi prêt à t’offrir ce que tu veux.
– Alors je ne vois pas trop d’où ça sort, mais soit : je veux la tête du général Pedrus Pascalus, qui a donné l’ordre de tuer ma femme.
– Ah ben dis-donc, c’est arrivé comment ?
– En pleine bataille.
– Et en pleine bataille, à 100 mètres, tu as identifié qui a donné l’ordre de tirer très exactement sur ta zouzette ?
– Pedrus Pascalus a la voix qui porte.
– Ah oui c’est vrai.
Il n’empêche que Denzelus est impatient de montrer son nouveau champion à Rome. Et ça tombe bien, car pendant que ça discute, filons à la capitale de l’empire latin où nous retrouvons justement Pedrus Pascalus, de retour de la guerre, qui est acclamé en héros par la foule. Avant d’être reçu au palais par les empereurs jumeaux : Caracalla et Geta. Que nous appellerons ici Rox et Rouquin pour d’évidentes raisons capillaires. Ces derniers sont évidemment laids, et alors que le moindre esclave a un sourire hollywoodien, eux ont des chicots pourris. Hmmm, je me demande s’ils sont méchants !
Enfin : ils accueillent Pedrus avec des claques dans le dos.
– Général Pedrus Pascalus ! Ta conquête de la Numidie est terminée, l’empire est plus grand encore qu’il ne l’était déjà il y a 16 ans, lorsque Marc-Aurèle est mort.
– Merci, vos altesses impériales. Je suis content d’avoir œuvré pour Rome. Maintenant, je ne rêve que de retrouver ma femme Jeannine et de profiter d’un peu de paix.
– Ah, oui, à ce sujet : on t’autorise une brève pause, on va même célébrer ta victoire avec des jeux et tout. Mais ensuite, au turbin, hein. On voudrait aussi conquérir la Perse, l’Inde… tout ça.
– Messeigneurs ! Votre soif de conquête est donc sans fin ?
– Eh bien figure-toi que oui. Allez zou.
Et figurez-vous que la femme de Pedrus, Jeannine… n’est autre que la fille de Marc-Aurèle, du précédent film Gladiator ! Elle est toute heureuse de retrouver son mari.

« Tu devrais te méfier, généralement, je porte la poisse aux généraux qui veulent juste profiter de leur famille »
– Tu es vivant !
– Oui, mais j’en ai assez de la guerre et de tuer pour la soif de conquête de Rox et Rouquin…
– Alors oui, mais on est Rome ici, pas à Arcachon, en fait. L’expansion, c’est un peu notre truc, si tu n’avais pas remarqué. Et tu es général.
– Oui mais la guerre, c’est mal.
– Hmmm… Pedrus, méfie-toi : on dirait que tes dialogues ont été écrits par un artiste de 2024 ! Dans deux minutes, tu vas me dire que…
– … l’esclavage, c’est pas bien.
– Bon, okay, je crois qu’il est temps d’aller se coucher.
Et sur ces bonnes paroles, ron pshit, comme on dit chez les grands écrivains comme au hasard, Marlène Schiappa.
Dès le lendemain, au palais impérial, la teuf continue, et pendant que les deux empereurs se bourrent la gueule, on leur propose une petite animation : un combat de gladiateurs. Impliquant Anonymus d’un côté, et Hano de l’autre. On leur donne à chacun une épée, et les voilà qui se lattent aux pieds de Rox et Rouquin. Là encore, on sent que ce film ne se fout pas de la gueule du monde : oui, il y a des gardes prétoriens pour assurer la sécurité. Mais quelqu’un les a intelligemment placés à l’autre bout de la pièce, du côté opposé aux empereurs qu’ils sont supposés protéger, faisant qu’on laisse deux esclaves armés, et arrivés ici comme prisonniers de Rome, juste devant les empereurs qui les ont réduits en esclavage. Heureusement, tout le monde étant très con, personne ne remarque ce très gros souci, et malgré ses tentatives de refuser de tuer son opposant, Hanno se retrouve obligé de le faire lorsque ledit opposant ne lui laisse aucun répit.
Sitôt qu’Hanno a triomphé, les deux empereurs applaudissent joyeusement.
– Bravo, gladiateur ! Quel est ton nom ?
– …
– Tu ne le dis pas ? Mais comment vais-je faire pour te nommer ? C’est pas comme si j’étais un spectateur de combat de gladiateurs de province : moi, je ne peux pas deviner magiquement ton nom pour le scander.
– …
– Tu ne réponds toujours pas ? Tu ne m’amuses plus gladiateur ! Parle ! Et vite !
Et Hanno de prendre une grande inspiration.
– Sapés.
– Pardon ?
– Sapés comme jamaiiiis.
– Mais ? Serais-tu en train de citer du Maître Gims ? Incroyable ! Quelle érudition !
En effet : Hanno se met à déclamer un poème (dans le film, c’est du Virgile, mais c’est assez proche), ce qui surprend un peu tout le monde.
– Eh bien, gladiateur ! Tu es donc un poète ? Voilà comment je te nommerai : le Poète ! Denzelus, ton esclave nous a bien divertis, tu peux prendre ton pognon et te casser.
Ce qui est dit est fait, mais déjà, il faut se préparer, car tout ceci n’était qu’un apéritif de violence : la grosse marrave au Colisée, le cœur des festivités qui arrivent, débute le lendemain. Et Hanno est donc jeté avec quatre Jean-Jacus dans l’arène pour affronter le gladiateur favori des écuries de l’empereur, un grand costaud qui débarque monté… sur un rhinocéros.
On notera la prestation toute particulière d’un Jean-Jacus qui s’exclame en voyant ses camarades se disperser devant la charge du gros machin :
– Lâches ! Moi je vais l’affronter !
Et ce… 0,3 secondes avant de partir en courant en sens inverse en agitant les bras en l’air. Ce qui s’avère mortel, le rhinocéros décidant de latter en premier cette incohérence sur pattes. Eh bien, merci pour ce grand moment de dialogue, film. J’aime quand un personnage annonce un truc avant de faire exactement l’inverse et que vous le gardez dans le montage final. On sent vraiment le souhait de bien faire.
Pendant que le Jean-Jacus sert d’appeau à rhino, Hanno plante son épée dans le sol, prend une poignée de sable de l’arène pour l’étudier (« Oooh, alors, c’est du sable vierge ou du sable de mer ? Parce que ça va gueuler si le prestataire de l’arène nous a encore refilé de la merde !« ), et ce geste étonne Jeannine, la femme de Pedro, qui depuis la tribune impériale… reconnait là une des habitudes de Maximus, le héros du précédent film ! Hélas, elle n’a pas trop le temps d’y réfléchir, car le rhinocéros, qui lui n’en a rien à battre, fonce sur Hanno. Mais après un peu de sable dans la truffe et quelques ruses, Hanno parvient à faire tomber le cavalier et à l’affronter en duel car…
Pardon ? Que font les autres Jean-Jacus pendant ce temps ? Allons, je crois que j’ai déjà évoqué l’incroyable direction des figurants. Puisque ceux-ci se contentent de rester en arrière à ne rien faire. On imagine bien leurs conversations hors-caméra.
– Dis Jean-Jacus, on devrait pas l’aider ?
– Alors que notre vie est en jeu ? Et qu’en plus, là, on est en train de laisser la vedette à Hanno, alors que nous aussi, p’têtre qu’on a envie d’être célèbres, puis un jour libres ?
– Voilà.
– Non, Jean-Jacus. Je propose de plutôt rester là à ne rien faire, ce qui pourrait permettre au méchant de gagner, remonter sur son rhino et tous nous tuer.
– Okay, super !
Heureusement pour eux, Hanno finit par triompher du méchant, et c’est la grosse victoire. Là encore, tout le Colisée se met à scander son nom… alors qu’une fois de plus, à aucun moment, il n’a été annoncé. Si un jour, vous devez identifier quelqu’un, inutile de faire une enquête : allez interroger le public des combats romains. Visiblement, ils connaissent l’identité de tout le monde au premier coup d’œil. Il n’empêche que voir Hanno agir comme Maximus a quelque peu émoustillé, disons, la curiosité de Jeannine, qui en son temps, avait un gros béguin pour le général romain déchu. Elle file aussitôt demander un entretien avec Hanno. Et est introduite dans la cellule du gladiateur-chouchou qui se reposait pépère après son combat.
– Hmmm bonsoâââr, beau guerrier… je suis Jeannine et je suis si… oooh… chaude… comme le sable de l’arène… veux-tu me prendre dans tes mains moi aussi pour m’étudier de plus pr…-
– Euh, maman ?
– HEINKEKOIPARDON ? Ahem, pardon, je voulais dire : « Gladiateur, tu agis et parles comme un certain Maximus que j’ai bien connu, qui es-tu vraiment ? ». Si tu as entendu autre chose, il y a erreur.
– Bé oui maman ! C’est moi, Lucius ! Ton fils dans le premier film ! Tu sais, à la fin, je devais devenir empereur. Mais regardons plutôt ces flashbacks où l’on voit qu’étant en danger, même après la mort de Commode, tu as dû me cacher loin de toi après le précédent volet… si bien que j’ai disparu à force de fuir de cachette en cachette ! J’avais fini chez les Numides, mais me revoilà ! Et visiblement, je ne suis pas le seul à être un peu numide ici. Alors on se calme.
– Oui bon, euh, mon p’tit Lucius… visiblement, je t’avais demandé de te cacher, mais tu as profité de ce temps pour faire de la muscu avec un régime riche en protéines.
– Si on arrêtait de parler de mon corps luisant d’huile ?
– Oui, excuse-moi Lucius, je suis si heureuse de te retrouver ! Je te pensais mort ! Je peux aussi te révéler un secret : tu es le fils de Maximums, qui était mon amant ! Maintenant, tu vas pouvoir rentrer à la maison !
– Sauf que non.
– Hein ?
– Oui. Parce que je sais que tu es l’épouse de Pedrus Pascalus. Pedrus Pascalus qui a tué ma femme. Alors excuse-moi, mais d’abord, je compte bien, buter ton mari.
– Ah, et moi là-dedans ? Faut me le dire si je vous fais chier, hein !
J’aime beaucoup des films ultra-progressistes où le moindre pécor est contre l’esclavage et profondément antiraciste, par contre, une femme, ça peut toujours bien fermer sa gueule.
Mais Hanno/Lucius est décidé. Il ne veut pas parler à sa maman plus avant, et la fait même jeter hors de sa cellule, estimant que tous ses malheurs étant de la faute de son mari, c’est aussi un peu sa faute à elle aussi. J’en connais un qui a beau jouer la diva de l’arène, a surtout besoin d’un divan.
Cependant, et puisque l’on parle de Pedrus Pascalus, revenons à lui. Car il commence à en avoir un peu marre de Rox et Rouquin, et se dit qu’il les renverserait bien pour rétablir une Rome belle et démocratique, comme celle du rêve de Marc-Aurèle, le père de sa femme. Et ça tombe bien, son armée arrive bientôt au port d’Ostie, près de Rome. Il explique donc son plan à sa femme.
– Chérie, je compte renverser la dictature en cours à Rome avec mon armée grâce à mon autorité de général populaire !
– C’est super mon choubidou, mais sans vouloir t’embêter, la dernière fois qu’un général populaire m’a dit ça, il a fini dans l’arène.
– Rhooo, c’est le deuxième film, ils ne réutiliseraient pas deux fois la même intrigue !
– T’ai-je parlé du fait qu’il y a « deux » dans le titre ?
– Du calme, du calme. Bref, mon plan est que le dernier jour des jeux, j’investisse la ville avec mes troupes. Nous capturerons tous les sites stratégiques, y compris le Colisée.
– Ah ?
– Oui, j’insiste : y compris le Colisée.
C’est là que Jeannine se met à pousser des cris d’orfraie.
– Tu ne peux pas faire ça !
– Ben euh… si ? Et en plus, tu étais plutôt d’accord jusqu’ici dans toutes les scènes où on en parlait entre deux bastons de gladiateur.
– Oui mais justement : je viens de découvrir qu’Hanno est mon fils !
– Ah ben merde, dis voir.
– C’est lui, Lucius ! L’héritier légitime de Marc-Aurèle ! Son descendant direct !
– Mais c’est une super nouvelle ! Attends, pour mon coup d’état, ça veut dire qu’on a l’héritier perdu de l’empereur aimé avec nous !
– Alors à ce sujet…
– Oui ?
– Je propose de ne surtout pas en parler.
C’est vrai qu’au moment de faire un coup d’état pour soutenir le rêve de Marc-Aurèle, ce serait con de profiter du fait d’avoir l’héritier disparu légendaire dudit Marc-Aurèle. Et ainsi, ils n’en parleront plus. Ou du moins, pas dans les termes qu’on imagine. Car soudain, Jeannine lance :
– Pedrus, tu dois décaler ton coup d’état !
– C’est-à-dire que c’est un truc qui implique toute une armée et des objectifs à atteindre en temps et en heure, c’est pas vraiment un dîner chez mamie qu’on peut décommander par téléphone.
– Tu ne comprends pas : il faut d’abord sauver Hanno ! Enfin, Lucius ! Bref, mon fils, ma bataille, le fruit de mes entrailles !
– Et où se trouve-t-il ?
– Au Colisée.
– Le Colisée où j’ai bien insisté dans le dialogue précédent qu’il faisait partie de mes cibles à capturer ?
– Oui.
– Le Colisée où se trouve ton fils et dont je prendrai le contrôle ? Sauvant ainsi ton fils ?
– Oui.
– Ton plan est donc d’annuler ma prise de contrôle… pour que je sauve ton fils.
– C’est ça.
– Mais ça n’a aucun putain de sens ? Tu te rends compte que tu me demandes de sauver ton fils dans un Rome sous contrôle ennemi au lieu de prendre le contrôle de Rome et de sauver ton fils sans risque ?
– Voilà.
C’est ainsi que très sérieusement, Jeannine propose de remettre à plus tard le plan qui sauverait son fils… au motif qu’elle doit sauver son fils. Mieux ? Le nouveau plan visant à sauver Hanno a pour date… le dernier jour des festivités ! Soit le jour exact où le coup d’état devait avoir lieu ! J’aime ces dialogues qui donnent plein de détails juste pour que chacun d’entre eux enfonce un peu plus le film. J’insiste : à ce stade, ce sont des paris au sein de l’équipe de réalisation, c’est impossible autrement.
Retournons donc du côté d’Hanno, en espérant que ce qu’il fait pendant ce temps est moins con. En effet, on l’a installé avec ses potes sur une espèce de rameur géant pour se préparer à faire avancer une galère, car le prochain combat dans l’arène… sera naval ! Et comme Hanno a fait une blague pendant l’exercice, on lui fait même passer des heures à ramer seul, selon la célèbre formule latine « Salui fera lecu » .
Avant d’annoncer brillamment que… lors du combat, Hanno dirigera la galère au lieu de ramer !
Voilà voilà. Toute une scène pour préparer Hanno à un exercice qu’il ne pratiquera pas. Ça aurait été malin de lui apprendre à commander une galère, à la place ! Au lieu de lui bousiller les mains devant tenir son épée sur des rames ! Mais non : tout le monde s’en fout, n’enseigne rien à notre héros, et part du principe qu’Hanno est secrètement capitaine de corvette dans la marine romaine. Allons ! Il était fermier-général, pas fermier-amiral !
Sauf que si : il sait commander une galère comme ça, pif pouf.
Cela tombe bien, car nous revoici bientôt dans l’arène, qui comme annoncé, a été remplie d’eau, et où flotte une galère remplie de méchant équipés d’arcs. Alors que les gladiateurs d’Hanno, eux, n’ont que leurs épées. Voilà un rude combat qui s’annonce, surtout vu que dans les deux mètres d’eau de l’arène se trouvent de grands requins blancs qui…
Pardon ? Mais oui, de grands requins blancs, pourquoi ? L’empire romain en avait toujours plein, c’est proverbial et surtout, une espèce injustement méconnue : le grand requin blanc d’eau douce, capable de respirer dans, disons, une arène inondée. On le trouvait souvent les jours de pluie dans les flaques autour de Rome. Si vous voulez en savoir plus, je vous recommande la lecture d’Hannibal, et plus particulièrement son chapitre couvrant la campagne d’Italie intitulé « Le jour où mon éléphant a trébuché sur un grand requin blanc, ou comment j’ai arrêté la drogue« .
Mais bon, on va dire qu’ils ont emprunté leurs requins à Sous la Seine.
En attendant, c’est parti pour le combat, et Hanno commande donc fièrement ses camarades.
– Mes amis ! L’ennemi a des archers, et pas nous ! Heureusement, l’arène est si petite que nos navires sont à portée d’abordage !
– Super !
– C’est pourquoi je propose que l’on tourne inutilement autour du navire ennemi un petit coup histoire de se faire flécher la gueule gratos !
– Pardon ?
Et c’est ainsi que l’équipe d’Hanno essuie des pertes ridicules sans grande explication autre qu’Hanno soit complètement con. Ce n’est qu’après ce tour gratuit (Hanno ayant probablement décroché la queue de Mickey qui pendait dans le Colisée) qu’il décide que « Eeeeh, et si on attaquait l’ennemi en l’abordant ? » L’occasion de voir Hanno combattre en usant de prises de catch, typiques du IIIème siècle de notre ère, alors que lui et ses camarades pètent la mouille des archers ennemis. Mais profitant d’un instant de confusion, Hanno s’empare d’une arbalète d’époque qui trainait, et la braque vers la tribune impériale où se trouvent les empereurs, Jeannine, mais aussi ce coquin de Pedrus Pascalus. Et tire ! Hélas, si son carreau atterrit en plein milieu de tout ce beau monde sans tuer personne, il n’en crée pas moins une belle panique !
Les empereurs sont évacués, les gladiateurs aussi, et tout le monde retourne se cacher, qui, dans son palais, qui, dans sa cellule qui pue. Cet événement marquant la fin des festivités officielles, c’est cependant le moment que Pedrus Pascalus a choisi pour rassembler une vingtaine d’hommes de sa meilleure légion et les infiltrer dans Rome pour tenter d’aller libérer Hanno. Hélas, alors qu’ils sont dans un souterrain, voilà qu’ils n’aperçoivent pas des dizaines de gardes prétoriens qui les observent depuis les ombres… et sortent leurs arcs pour abattre tout ce petit monde ! Et ce, avec une précision diabolique. En un seul instant, tous s’effondrent. Seul Pedrus Pascalus est épargné, pour mieux être arrêté par le centurion local.
– Général Pedrus Pascalus. Je vous arrête pour complot contre Rome.
– Damnation ! Qui m’a balancé ?
– Vous et votre femme avez impliqué dans le complot le sénateur Grotraitrus. Vous serez étonné d’apprendre qu’il vous a trahis.
– Crotte de bique ! Mais attendez, avant de m’emmener, j’ai deux autres questions.
– Oui ?
– D’abord, comment alors que mes hommes et moi étions tous encapés et encapuchonnés de la même manière et donc impossibles à distinguer les uns des autres, avez-vous réussi à tous les tuer en une seconde sans vous tromper de cible et me tuer au passage ?
– En fait on a tiré sur tout le monde. Et le seul qui avait une armure en scriptonium, hop, ça l’a épargné.
– Ça se tient. Mais j’en viens à ma deuxième question.
– Oui ?
– Bordel, mais vous tirez à QUOI pour que TOUS mes hommes se soient effondrés instantanément sans même un cri ? Même pas un « Ouuuille ! » ou « Aaah ! » ou un vague râle une fois au sol ?
– On tire à l’arc de film américain : s’il touche un Jean-Jacus, celui-ci meurt instantanément. Par contre s’il touche un personnage majeur, ce dernier aura le temps de nous raconter sa vie avec tous les détails après une longue agonie.
– Bon ben merci. Maintenant, je vous suis.
C’est donc un Pedrus Pascalus qui est emmené au palais impérial escorté par les gardes prétoriens, et sur place, il retrouve sa femme Jeannine, elle aussi arrêté avec d’autres membres du complot. C‘est en effet le sénateur Grotraitrus qui les a balancés, et ce, avec un petit coup de pouce de Denzelus qui visiblement, aime bien foutre la merde. Les deux empereurs, eux, sont furieux.
– Général Pedrus Pascalus, nous sommes déçus. Nous voulons une Rome grande et unie, et vous, vous nous trahissez.
– Oui mais en même temps, vous êtes deux tyrans.
– Roooh, ça vaaaa ! Si vous vous arrêtez à ça aussi ! Vous savez, on peut très bien aimer la liberté et finir par suivre un tyran sans hésiter.
– Ah oui ? Va falloir m’expliquer comment !
– Vous ai-je déjà parlé de notre parti, La Rome Insoumise ?
– Raah, pitié, non ! Condamnez-moi à mort, plutôt !
– Eh bien soit, faisons ça.
Mais Denzelus, toujours taquin, et qui était là pour son aimable collaboration avec le régime, glisse :
– Pour l’exécution, faites-le dans l’arène. Ça passera mieux auprès du peuple s’il meurt les armes à la main.
– Bon alors vous mourrez dans l’arène, Pedrus Pascalus !
Et c’est ainsi que le glorieux général Pascalus se retrouve condamné à être gladiateur pour avoir trop aimé une Rome libre et belle, contrairement au(x) vilain(s) empereur(s).
Noooon, ça ne vous rappelle rien. Vraiment rien. Rien puissance Maximus, même.
Le lendemain, c’est donc tout Rome qui se presse au Colisée pour voir mourir celui qui hier encore, était un héros. Son premier combat est bien simple : cinq gardes prétoriens l’attendent dans l’arène pour le latter. Et Pedrus les affronte sans hésiter. Eux par contre, un peu plus : vous voulez qu’on reparle de la réalisation ? Comme vous l’aurez deviné, et dans un moment digne des Power Rangers, ses adversaires prennent bien soin de partir se faire les ongles sitôt qu’ils pourraient avoir l’avantage du nombre. On les voit faire autre chose en fond, voire ils disparaissent carrément entre deux plans. Disons que ça rend le tout un peu moins épique. Et encore, ça, c’est sans évoquer que depuis le début du film, on ne compte plus le nombre de bagarres où à un moment, le héros finit en mauvaise posture… mais où l’on voit son ennemi ne surtout pas utiliser son arme, alors qu’il a moyen de tuer instantanément le gentil. Il ne faudrait pas terminer le film ! Donc, oui : même les combats sont régulièrement sujets à de sérieux ratés. Avec des ennemis finalement jamais vraiment menaçants.
Si à Rome, les flaques d’eau étaient super dangereuses (à cause des grands requins blancs, suivez un peu, merde), les gens armés, eux, étaient plutôt inoffensifs.
C’est donc sans gros problème que Pedrus triomphe de ses adversaires, avant que l’on n’annonce l’entrée dans l’arène d’un champion pour lui péter la gueule : Hanno. Ce dernier arrive d’un pas décidé. Alors que Pedrus tente de lui parler, parce que tuer son beau-fils, c’est un coup à dormir sur le canapé au moins deux ou trois nuits. Or, c’est Hanno qui a besoin d’un divan, pas lui.
– Hanno ! Ne nous entretuons pas ! Sache que si je suis ici, c’est parce que je souhaitais te délivrer !
– OUAIS BEN T’AS BUTÉ MA FEMME, AUSSI !
– Raah ouiiii mais note qu’elle me tirait un peu dessus ! Et puis attends, pense à ta mère…
– JUSTEMENT ! TU COUCHES AVEC MA MERE !
– Hmmm c’est vrai que je n’aurais pas dû amener le sujet moi-même !
Tant pis pour Pedrus : Hanno l’attaque furieusement, mais à sa grande surprise, Pedrus finit par lâcher son arme et se rendre. Et Hanno, qui rêvait pourtant de le tuer, décide de l’épargner, car il ne peut tuer un homme désarmé. Plus encore un homme qui essaie de le prendre par les sentiments.
– Tu as bien raison ! lance Pedrus. Car sache que je t’ai toujours aimé, ainsi que ta mère… et ton père Maximus !
Ce genre de discours lassant les deux empereurs depuis leur tribune, ces derniers font signe à leurs prétoriens de sortir leurs arcs pour flécher lourdement la gueule de Pedrus. Qui se prend donc une vingtaine de flèches, et meurt en marmonnant :
– C’est donc vrai… là où une seule flèche suffit pour un Jean-Jacus… moi il en faut 20, et encore, je meurs après une longue agonie où je raconte ma vie avec tous les détails… argh !
Et ainsi meurt Pedrus.

Adieu, Pedrus. Ah, si seulement, tu avais capturé le Colisée avec ton armée au lieu de décider de t’y faufiler avec vingt gugusses !
Hélas, cela n’est pas du goût du public romain, qui voit ainsi mourir dans l’arène celui qu’il adulait hier encore. Si à Rome, on peut être héros un jour et condamné le lendemain, est-ce que Jojo le pécor a la moindre chance ? Une question qui agite les esprits. Et la foule : l’affaire tourne à l’émeute ! Rox et Rouquin, obligés de battre en retraite jusqu’à leur palais, s’y enferment avec leur garde prétorienne. J’insiste : ils s’entourent d’hommes pour ne pas courir le moindre risque. Retenez bien cela, et passons à la suite. Car Denzelus profite d’être lui aussi au palais pour aller parler à Rouquin, l’un des deux blaireaux impériaux.
– Rouquin, mon ami, je te sens nerveux.
– Ben, y a un peu émeute, là. Le peuple est aux portes.
– Tu sais ce que je pense ? Je pense que pour calmer les émeutiers, ton frère Rox va t’accuser d’être derrière tout ce qui ne va pas à Rome.
– Oooooh ! Mais c’est pas juste !
– Eeeh oui… mais que veux-tu, c’est ainsi… PEUT-ÊTRE QUE LE SEUL MOYEN DE T’EN SORTIR SERAIT DE LE TUER ?
– Mais ? Pourquoi vous criez ?
– TU DEVRAIS TUER TON FRERE, HOLALA OUI !
Car oui, Denzelus hurle son projet pourri de complot au beau milieu du palais impérial. Vous me direz « Ah putain, c’est pas subtil, il doit chercher à se faire arrêter ! » Non. Ca sert juste à souligner que… mais oui ! Là encore, tous les figurants ont disparu : sans aucune explication, le palais qui grouillait de gardes est soudainement entièrement vide ! Oui, le film fait hurler le personnage juuuuste pour montrer qu’il n’a plus à chuchoter parce que héhé, on a oublié les gardes !
Ne me demandez pas ce que ces gens cherchent à faire : je ne cherche pour ma part plus.
Mieux encore, Rouquin et Denzelus peuvent revenir dans la salle principale où se trouvait Rox, pour découvrir que, là aussi, tous les gardes sont partis en cure à La Bourboule. Ils peuvent donc poignarder tranquillement Rox jusqu’à ce qu’il soit tué, puis mort, et enfin, décédé. Voilà ! Rome n’a plus qu’un empereur, et c’est ce que Rouquin vient annoncer au Sénat le lendemain. Avant de montrer à quel point il est mi-fou, mi-débile, mi-bourré, mais 150% empereur, en nommant premier consul… Dondus.
Dondus est peut-être le personnage le plus charismatique du film (notez que j’ai retenu son nom), et surtout, celui qui dit le moins de conneries. En effet, Dondus est un petit singe, animal de compagnie de Rouquin. Mais cela ne retire rien au fait que vraiment, ses dialogues sont les seuls qui ne soient pas complètement cons.
Il ne reste donc plus à Rouquin qu’à nommer un deuxième consul : Denzelus. Qui entre ainsi au sénat tout fiérot de ses complots, et sort d’un sac la tête coupée de Rox.
– Sénateurs, voyez ce que je tiens ! La tête d’un empereur. Cela vous montre à quel point je suis puissant. Dangereux. Et…
– Chef, chef !
– Raaah, Rududus, mon fidèle, je t’avais dit de ne pas m’interrompre lors de mon grand discours !
– Non mais chef, c’est pas super productif ce que vous faites. Au lieu de laisser Rouquin porter la responsabilité du meurtre de Rox, vous venez ici crier « JE SUIS CLAIREMENT DERRIERE LE COMPLOT ! ».
– Oui mais ça montre que je suis, je sais pas moi, fort, influent et redoutable et donc, pas un type à emmerder !
– Chef, c’est pas pour vous rabaisser, mais on parle du Sénat Romain, là. Un endroit qui ne manque pas de spécialistes du complot. Pour eux, un petit assassinat, ce n’est pas un problème. Donc là, vous n’impressionnez personne. Par contre, vous vous mettez une énorme cible dans le dos.
– Ah euh… vous êtes sûr ?
– Chef, venir se vanter d’un meurtre devant des sénateurs romains en espérant que ça va les impressionner, c’est comme venir vous vanter d’avoir volé un portefeuille devant des députés français : ça fait amateur.
Denzelus est embêté, Rududus viré de sa maisonnée (non mais c’est vrai, quoi !) et tout le monde peut aller écouter le nouvel empereur parler des festivités qu’il compte lancer pour célébrer son début de règne.
– Bon, hier, on a tué Pedrus Pascalus et c’était marrant. Aussi, aujourd’hui, je propose de faire exécuter dans l’arène tous les autres comploteurs… à commencer par Jeannine, la femme de Pedrus ! Et pour ça, j’ai une super idée : après avoir démantelé ce complot, j’ai cru comprendre qu’Hanno n’était autre que son fils, alias Lucius, descendant de Marc-Aurèle, dont le nom suffit à mettre en danger mon règne. Je propose donc de faire un combat… où Hanno doit défendre sa mère contre une armée de mes gardes, héhé !
L’idée est validée, et tout le monde se prépare. À commencer par Denzelus, qui profite que l’empereur tourne le dos cinq minutes pour se faire voter le contrôle complet de la garde prétorienne par le Sénat. Et, oui, les Sénateurs approuvent sans broncher. Ils sont comme ça : sympas. Donner le contrôle de toute l’armée au type qui vient de leur avouer être un meurtrier, pas de souci, hop. Ainsi, Denzelus a désormais le contrôle de la plus puissante force armée de Rome, et l’empereur est un pantin qui ne pense qu’aux jeux, à la picole, et à gueuler que le premier consul fait caca partout… les méchants auraient-ils triomphé ?
Nenni. Car ce que les méchants ignorent, c’est que pendant ce temps, Hanno n’apprécie que moyennement que l’on menace sa mère. Aussi, il a un plan.
D’abord, usant de sa grande influence au sein de l’écurie de Denzelus, il n’a aucun mal à se faire remettre les clés des cellules et à libérer ses compagnons pour tuer tous les suppôts au service de Denzelus qui les gardaient à l’œil. Ensuite, on lui a indiqué sous le Colisée où se trouvait la tombe de Maximus. Et au-dessus de laquelle trône son ancienne armure (en excellent état, bien évidemment : conservateurs de musées, prenez-en de la graine !). Hanno/Lucius enfile donc l’armure de son célèbre papounet, et prépare ses hommes à la baston. Il confie à l’un d’eux une bague ayant appartenu à Maximus, bague qui lui venait de Marc-Aurèle avant lui, et marquée de ces fameux noms. Et explique l’objectif :
– Mon p’tit Gégé, l’armée de feu Pedrus Pascalus campe non loin de Rome. Tu vas aller les trouver, leur montrer cette bagouze, et quand quelqu’un te demandera d’où elle sort, tu leur dis « Lucius, descendant de Marc-Aurèle et héritier du trône impérial, demande votre aide ! »
– Attendez, « héritier du trône impérial » ? Vous ne vouliez pas abolir l’empire, rétablir la République et laisser le peuple décider ?
– Nan mais taggle, fais ce que je te dis.
Et le brave Gégé de partir chercher l’armée de Pedrus. Pendant qu’il est en chemin, les jeux de l’arène, eux, recommencent. Hanno s’y prépare en astiquant l’armure de Maximus, et en déposant son ancienne dans un coin. Avant de placer dessus… le bout de la flèche qui a tué sa femme. Vous me direz « Pardon ? Le mec a été réduit en esclavage, d’où ça fait des mois qu’il trimballe un bout de flèche cassée sans que personne ne le remarque ? » La réponse, mes jeunes amis, tient dans un mot latin qui rime avec « atrium ».
Cela fait, Hanno est invité à entrer seul dans l’arène pour y affronter seul une trentaine de prétoriens qui encerclent sa mère, grimpée sur un chariot tiré par les autres comploteurs qui y sont enchaînés. L’empereur Rouquin rigole bien (avec le premier consul, bien sûr, le deuxième se contentant de rester derrière à faire des bruits de comploteur), jusqu’à ce que déboule de sous le Colisée des dizaines de gladiateurs libérés d’Hanno, ce qui rééquilibre lourdement le combat. Hanno parvient d’ailleurs à grimper sur le char pour y libérer sa mère, lorsque soudain, depuis la tribune impériale…
– Il commence à me courir sur le haricot, celui-là.
Lance Denzelus. Car avec l’arrivée des gladiateurs, c’est un gigantesque bazar dans l’arène, mais aussi dans les tribunes où la foule se soulève, et donc, plus grand monde ne le regarde. Il peut ainsi prendre un arc… et envoyer une flèche en plein dans la poitrine de Jeannine ! Juste au moment où elle allait être sauvée !
– Raaah, maudites flèches ! s’exclame Hanno. Elles ont pris ma femme, et maintenant, ma mère ! Je les hais, et je jure de ne jamais en être une !
Aucun risque.
Comme le veut la tradition, là où des soldats d’élite des légions romaines mourraient instantanément à la première flèche venue, Jeannine se met à soupirer :
– Hanno… laisse-moi te raconter ma vie avec tous les détails pendant ma longue agoniiiiiie…
Mais Hanno a mieux à faire : il compte bien latter la gueule de Denzelus. Denzelus qui est en pleine forme, puisque profitant encore un peu plus de la confusion générale, il bute l’empereur Rouquin. Comme ça, hop. Et là encore, personne ne dit rien. Les gens sont comme ça : sympas. Puis, Denzelus prend la poudre d’escampette.
Hanno quitte l’arène pour partir à sa poursuite, et les deux se coursent à cheval au travers de tout Rome, avant d’en sortir pour se diriger vers un endroit connu de tous deux : la route prise par l’armée rebelle de Pedrus Pascalus. Car si elle a bien reçu le signal et s’est mise en marche, elle a été repérée par les Prétoriens, et Denzelus a ordonné à ces derniers d’aller à la rencontre de ces maudits petits empêcheurs de tyranniser en rond. Hanno et Denzelus se retrouvent bientôt entre les deux armées lorsqu’enfin, ils descendent de cheval pour se mettre sur la gueule.
– Denzelus ! Tu vas payer !
– Ah nan mais que dalle. Moi, j’ai tenu ma part du marché : je t’ai bâti une belle carrière, je t’ai même envoyé dans l’arène la tête du général Pascalus, comme convenu… nan franchement, celui qui fait un peu chier, là, c’est quand même toi !
– Non ! Car toi, tu es un nouveau tyran, Denzelus ! Là où moi, je suis venu bâtir une Rome libre, appartenant à son peuple et à son sénat, comme le voulait Marc-Aurèle, mon grand-père qui…
– Qui n’a pas rendu Rome au Sénat, et a vécu tout son règne en bon gros empereur, note.
– Maiiiiiiiiiis ! Arrêtez de souligner que… bon, tant psi : BAGARRE !
Et c’est bagarre.
Une bagarre nullissime, avec tous les clichés de film américain : « Ah, on est en duel final, personne ne nous vient en aide ! », « On rampe par terre ! », « Oh non, mon arme ! Vite, coup de poing ! », etc. Le top du top est que tout semble fini lorsque Denzelus parvient à pousser Hanno dans la rivière locale (le Rubitrècon), et à le mettre dans une situation dont il ne peut se sortir.
Non, pas à cause des grands requins blancs.
Il coince juste Hanno sous lui, et prend son glaive à deux mains pour le planter encore, encore et encore dans notre héros mais… l‘armure d’Hanno arrête 100% des coups. Pourquoi ? Comment ? Et quand bien même, comment est-ce qu’aucun de ces trente coups de glaive ne parvient-il pas à faire un minimum bobo ? Eh bien, on l’ignore, mais on sait désormais que cette armure est donc littéralement en pur scriptonium. L’équipe du film a dû avoir un grand moment à l’écriture de cette scène.
– Et là, Denzelus plante trente fois Hanno.
– Ah ben c’est chiant, parce qu’Hanno meurt du coup.
– Non… on n’a qu’à dire que son armure arrête absolument tous les coups.
– Ou alors, on fait un meilleur combat, un truc où cette situation ridicule n’arrive pas ? Comme ça, on n’a pas à justifier avec cette histoire d’armure ?
– … ahaha, il est rigolo le stagiaire !
Bref.
Finalement, et après ce passage nullissme, notre héros se redresse sans souci, avant de castagner Denzelus, puis de le buter, hop.
Hanno marche alors hors du Rubitrècon, seul, trempé et épuisé, entre l’armée prétorienne qui fait face à l’armée de Pedrus Pascalus, et s’écrie alors d’une voix forte :
– Assez ! Assez de guerres ! Rangez vos armes ! Nous sommes tous ici des défenseurs de Rome ! Assez de sang versé ! Nous allons plutôt construire ensemble une Rome libre, où les réfugiés pourront venir en sachant qu’ils seront soignés, où les pauvres seront réconfortés, où il n’y aura plus de misère… le Rome dont rêvait Marc-Aurèle !
Et les soldats des deux camps, les yeux mouillés, rangent leurs armes avant de les ressortir (ne cherchez pas) pour mieux les pointer vers le ciel en acclamant Lucius.
On notera que là encore, la voix de Lucius porte à une distance faramineuse, et que visiblement, les Romains sont très touchés par les discours progressistes, car logiquement, ça aurait dû donner ceci, par exemple, du côté du décurion Caius Fabius, positionné à 150 mètres de là avec sa décurie.
– … vos armes…
– HEIN ? QU’EST-CE QU’IL DIT ? PARLEZ PLUS FORT, MONSIEUR ! Raaah, les gars, qu’est-ce qu’il dit ? Quelqu’un entend quelque chose ?
– Je crois qu’il dit qu’on ne devrait pas se mettre sur la gueule.
– Ah ben super ! La moitié de ma solde provient de pillages, et l’autre, là, il veut que je m’assoie dessus ? Ben voyons !
– … réfugiés…
– Et là ? ARTICULEZ, MONSIEUR ! ON ENTEND RIEN ! Qui a capté ?
– Là, il dit qu’on devrait accueillir les réfugiés et les soigner gratos.
– Non mais attendez ? Je suis un décurion du troisième siècle ! Et l’autre il croit vraiment que j’ai une passion secrète pour la sécurité sociale ? Eh, connard ! Quand je vois un civil dans un pays ravagé par la guerre, je lui colle des chaînes, pas une carte vitale ! Qu’est-ce qu’il a cru ? Qu’on était l’amicale des légionnaires de gauche ? Mec, mes idées politiques feraient passer Marine Le Pen pour une poétesse grecque !
– … Marc-Aur…
– Eeeh putain, on entend rien ! Bon allez, moi j’en ai plein le cul, je charge !
En effet, le légionnaire d’époque était rarement connu pour son ouverture d’esprit et sa passion secrète pour les questions sociales. Il lisait rarement Zola sur le dos de l’esclave qui lui servait de bureau (contrairement à moi, donc). Cependant, et puisque grâce à la voix magique et aux célèbres légionnaires progressistes du IIIème siècle, tout va bien, c’est un Hanno très fier de lui qui rentre dans une Rome apaisée, et se rend dans l’arène vide pour aller toucher le char abandonné où se trouvait sa mère quelques heures plus tôt. Il chuchote alors :
– Mère…
Puis il se rend là où Maximus était tombé des années auparavant, y prend un peu de sable, et chuchote :
– Père… parle-moi.
On n’entend pas alors le sable lui répondre « Je ne suis pas ton père : je suis juste une forme de tout petits gravillons, espèce de gros couillon », car l’écran s’assombrit et…
FIN.
Ah oui. Vraiment. Ce deuxième volet était nécessaire à l’humanité.
Hollywood, un vendredi, 21h12
– Dépêchez-vous les gars ! C’est Monsieur Scott, il a encore…
La porte de la cellule capitonnée à peine ouverte, un infirmier défaille à la vue du titre fraîchement écrit sur le sol à l’aide de matériaux maison. L’un d’entre eux, après avoir retenu une nausée, lance :
– En même temps, c’est pas plus con que Gladiator II.
On peut en effet lire en lettres brunes :
Napoléon II.
16.11.2024 à 10:12
Top Grolles – Ou l’aéronavale en 1940
Un odieux connard
- Persos A à L
- Mona CHOLLET
- Anna COLIN-LEBEDEV
- Julien DEVAUREIX
- Cory DOCTOROW
- EDUC.POP.FR
- Marc ENDEWELD
- Michel GOYA
- Hubert GUILLAUD
- Gérard FILOCHE
- Alain GRANDJEAN
- Hacking-Social
- Samuel HAYAT
- Dana HILLIOT
- François HOUSTE
- Tagrawla INEQQIQI
- Infiltrés (les)
- Clément JEANNEAU
- Paul JORION
- Michel LEPESANT
- Frédéric LORDON
- Blogs persos du Diplo
- LePartisan.info
- Persos M à Z
- Henri MALER
- Christophe MASUTTI
- Romain MIELCAREK
- Richard MONVOISIN
- Corinne MOREL-DARLEUX
- Timothée PARRIQUE
- Thomas PIKETTY
- PLOUM
- VisionsCarto
- Yannis YOULOUNTAS
- Michaël ZEMMOUR
- Numérique
- Christophe DESCHAMPS
- Louis DERRAC
- Olivier ERTZSCHEID
- Olivier EZRATY
- Framablog
- Francis PISANI
- Pixel de Tracking
- Irénée RÉGNAULD
- Nicolas VIVANT
- Collectifs
- Arguments
- Bondy Blog
- Dérivation
- Dissidences
- Mr Mondialisation
- Palim Psao
- Paris-Luttes.info
- ROJAVA Info
- Créatifs / Art / Fiction
- Nicole ESTEROLLE
- Julien HERVIEUX
- Alessandro PIGNOCCHI
- XKCD