Qu’est-ce qu’un État en guerre ? À quoi ressemble-t-il, hors des clichés qui défilent en continu sur nos petits écrans ? À quoi pensent les gens ? Comment le vivent-ils au quotidien ? Ont-ils encore des rêves, des rages, des revendications ? Les tergiversations occidentales n’ont rien à voir avec ce qui se passe chez les villageois. Qu’ils vivent ici ou là, ils ont d’ores et déjà emménagé dans un autre pays, l’État en guerre. Dans cet État-là, tout y est à la fois
Il fut un temps où les intellectuels s’intéressaient à la forme la plus appauvrie et aliénante du travail manuel : la chaîne d’usine. C’étaient les années 1970. Le plus connu d’entre ces militants fut sans doute Robert Linhart, avec son ouvrage L’Établi, paru en 1978, qui raconte une année de travail comme ouvrier spécialisé (OS) dans une usine Citroën. Il s’agissait d’une démarche politique visant à la fois à leur permettre d’acquérir une expérience personnelle
Un jour, quand les historiens tenteront d’expliquer le xxie siècle américain, ils se pencheront sans doute sur ce grand déferlement de progressisme culturel qu’il est désormais convenu d’appeler le Great Awokening1. Pour l’analyser, il faudrait réfléchir au « wokisme » comme expérience vécue. Le phénomène woke est un exemple relativement rare d’un mouvement dans le domaine des idées ayant eu des effets concrets sur la vie quotidienne. Soudainement, aux alentours de 2020,
Après la victoire inattendue de Donald Trump à la présidence des États-Unis en 2024, des journalistes ont commencé à parler d’une « nouvelle ère de la politique américaine » caractérisée par « le populisme conservateur de la marque Trump1 ». Alors que la tonalité du discours inaugural du premier mandat de Trump en 2016, avec son évocation d’un « carnage américain », gagnait en amertume pendant ses années d’exil actif, alors même qu’il faisait l’objet d’une enquête
« Narratif », dites-vous ? En veux-tu en voilà, plein les oreilles ! Voyez comme on cause, voyez comme on danse ! D’abord, au premier temps, on rit. La grenouille et le bœuf, le geai et le paon : la comédie se joue depuis longtemps ; la ronde change de costumes, mais garde son pas. Un éternel Laurel se veut Hardy et se rend ridicule dans cet effort même (les rôles peuvent tourner, la polarité subsiste). C’est que Hardy, pense-t-il, détient le secret de la maîtrise. Vadius et
En choisissant cette année de publier Kaïdara, un conte de l’écrivain peul Amadou Hampâté Bâ, Diane de Selliers a choisi de couronner une œuvre qui est à la fois contemporaine, puisqu’elle a été écrite en 1968, et patrimoniale, parce que son auteur s’ancre dans toute la tradition orale dont il a été un inlassable défenseur et collecteur. Il n’est pas sans signification de publier ainsi un texte qui vient de l’Afrique noire, et plus précisément de l’Afrique sahélienne