30.03.2026 à 20:00
lundimatin
Dans lundimatin, on écrit et on parle trop. Parfois il y a un peu de dessin ou de peinture voir des bribes de cinéma, de la musique par contre, il n’y en a jamais assez. Alors quand nous avons croisé Laura Perrudin et sa harpe, nous l’avons immédiatement invitée et ça a donné cet entretien musical qui dit certainement plus, en tous cas largement tout autant, que beaucoup de nos mots. Et sans doute que certaines vibrations et mélodies déploient des dimensions de l’existence heureusement plus épaisses que ce que l’on appelle platement politique. Un petit extrait est disponible en attendant et en cliquant sur la vignette.
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24.03.2026 à 11:00
lundimatin
Lorsqu’il avait 14 ans, Ritchy Thibault est allé sur un rond-point, il est devenu l’une des figures du mouvement des Gilets jaunes. Depuis, il a été assistant parlementaire jusqu’à se faire bannir de l’assemblée nationale et congédier par son employeur, passé un nombre incalculable d’heures en cellules de garde à vue, fondé le PEPS , propagé pas mal de Zbeul, animé des émissions sur le web, écrit des articles ainsi que trois livres, et se prépare à affronter dans la joie et la bonne humeur trois procès au tribunal judiciaire de Paris qui l’opposent à la crème de ceux qui nous gouvernent (le président lui-même, évidemment mais aussi Bruno Retailleau ou encore Laurent Nunez). Pour comprendre d’où lui vient une telle énergie et pourquoi elle ne se départ par de beaucoup d’humour, il faut livre son dernier livre :
Voleurs de poules, combattre l’antitsiganisme (Libertalia). Cette irréductibilité au pouvoir autant que cette disposition au coup d’éclat, on ne peut la comprendre qu’à partir du récit historique et éthique qu’il fait de l’antitsiganisme et de la guerre livrée depuis toujours par l’État contres les populations Roms, Sinti, Manouches, Gitans, Yéniches et Voyageurs. Des formes de vie, qu’il a toujours fallu surveiller, contrôler, réduire et même éradiquer tant elles incarnent ce petit caillou dans la chaussure d’une civilisation qui ne peut tolérer qu’elle-même. Cette interview est aussi longue qu’elle est intelligente et drôle ; pour s’y repérer, nous l’avons accompagnée d’un chapitrage qui servira tout autant de sommaire. On y parle de l’antitsiganisme et de son histoire évidemment, mais depuis là découle tout le reste, jusqu’aux stratégies nécessaires et adéquats pour lutter contre l’État et le pouvoir sans jamais en accepter les méthodes, les schémas et les armes. Au reste, il s’agit certainement de l’unique occasion que vous aurez de sauver une poule en achetant un livre.
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17.03.2026 à 20:00
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Dans son dernier livre, La violence en spectacle (La Fabrique), Elsa Deck Marsault reprend le chantier entamé dans le précédent (Faire justice), en l’occurrence, tenter de comprendre comment la question du féminisme se noue avec celle de la justice. Il y a évidemment toute une pensée libérale qui se fait beaucoup de souci pour tous ces pauvres hommes qui pourraient se retrouver injustement mis à l’amende publiquement et sans que leurs soient octroyées les garanties du droit bourgeois. Mais ce n’est pas du tout de cela dont il est question ici.
Ce qu’étudie Elsa Deck Marsault, c’est la manière dont le mouvement féministe s’est historiquement rapporté au droit et à l’État, ou plutôt comment un certain féminisme dominant a évacué tout critique de la justice jusqu’à s’en remettre à l’État punitif. Pour cela, l’autrice questionne la construction même de la figure de la victime dans toutes ses ambivalences, à commencer par celle qui consiste à devoir renier toute forme de puissance politique. À la promesse de sécurité qu’elle considère autant comme une illusion que comme un piège, elle propose de substituer une attention collective et des procédures révolutionnaires, — forcément expérimentales —, qui permettent de destituer la justice en préservant le souci de l’autre.
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10.03.2026 à 20:00
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En 1966, à la question « Qu’est-ce qui prend la place de la philosophie aujourd’hui ? », Heidegger répondit : « La cybernétique. » Aujourd’hui nous invitons Ivan Bouchardeau, docteur en philosophie et enseignant à l’Université de Toulouse, pour son livre États d’esprit. Cybernétique et techniques de gouvernement (Champ Vallon). Son travail aborde frontalement la question à laquelle Heidegger répond à la volée. Il se confronte au difficile problème de la définition de la "cybernétique", cette science du contrôle et de la communication, cette "utopie de l’information", ou encore, étymologiquement, cette science du gouvernement (kubernétès, en grec : gouvernail).
Dans son livre, Ivan Bouchardeau ne prend pas la cybernétique à la lettre, mais il la prend au sérieux, à la fois comme discours mythique dans les modalités de la science moderne opposant le chaos de l’entropie à l’ordre de l’information, et comme aboutissement de traditions pluriséculaires : pour les uns (Heidegger), la cybernétique venait se substituer à la philosophie en réalisant le Logos grec ; pour d’autres (Musso), elle était l’ultime incarnation de l’esprit depuis que l’idéologie chrétienne d’un dieu fait chair se serait répandu en occident. Pour d’autres encore, la cybernétique était le développement logique, nécessaire, et annoncé par Marx de la division sociale du travail en division cognitive du travail, et de la réification du capital en tant que technologie de la productivité mentale. On y découvre (ou re-découvre) que la cybernétique ne fut pas qu’une tentative de science ou de mythification et de relance de la modernité après deux guerres mondiales, mais aussi un paradigme de gouvernement, une manière de faire tenir ensemble spontanéité contrôlée et planification douce, voire insensible. Ce paradigme fut mis en oeuvre tant par des socialistes, comme Allende au Chili avec le projet Cybersyn, que par les néo-libéraux qui y virent une méthode pour réaliser la main invisible du marché. Un ouvrage très riche, dont l’un des aspects les plus original est peut-être la mise en évidence du renversement de Heidegger par des apôtres de l’IA qui envisagèrent, il n’y a pas si longtemps, des « IA heideggérienne » dotées de leur être-au-monde.
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23.02.2026 à 20:00
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Comment optimiser et maximiser l’exploitation ? Quel est cet art du capitalisme qui consiste à discipliner le travail et donc les travailleurs ? C’est ce que propose de découvrir Anthony Galluzzo grâce au Manuel de management décomplexé qu’il vient de publier aux éditions Zones. 200 pages qui recensent les mille et une méthodes, techniques et tactiques mises en œuvre par le patronat global pour maintenir et perfectionner son emprise sur le monde ouvrier. Accessible à tous ceux qui auraient la flemme de faire une école de commerce ou d’employer des consultants, Galluzzo propose une enquête et une synthèse des meilleurs tuyaux.
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12.02.2026 à 14:00
lundimatin
(Si vous ne comprenez pas l'anglais et que vous n'entendez pas les sous-titres, ils sont lisibles sur la version vidéo de cet entretien)
Depuis que le pouvoir existe, on a essayé de le nommer. L’enjeu est de taille. En effet, nous présupposons (à tort ou à raison) qu’il n’y a qu’en comprenant adéquatement ses logiques, ses mécanismes et ses représentations qu’il est possible de le combattre ou de l’esquiver. Nous héritons de toute une palette de concepts et de mots plus ou moins ronflants et accessibles : société de classe (Marx), du spectacle (Debord), de contrôle (Deleuze), on en passe et des moins bons. De fait, la société (ou ce qu’il en reste) évolue et la domination s’affine et se perfectionne (ou se brutalise), il est donc impératif de nommer aussi précisément ce par quoi nous sommes tenus ou écrasés. C’est ce que tente de faire Ian Alan Paul avec son livre La société réticulaire que nous avons traduit et publié en octobre dernier.
L’idée est simple mais se devait d’être élaborée : au pouvoir souverain de l’État et à la discipline de l’économie, au spectacle et à la biopolitique, s’est surajoutée ces dernières années une nouvelle couche : la forme réseau. Cette société réticulaire se manifeste par un maillage toujours plus serré de la surveillance autant que par notre dédoublement subjectif derrière des filtres et posts instagram. L’IA rédige nos déclarations d’amour et optimise des bombardements meurtriers, l’accumulation massive de données nous prévient d’une épidémie de grippe avant même qu’elle soit propagée et transforme toute la complexité de nos vies en pâte à modeler pour publicités. Bref, la société réticulaire, c’est une manière de nommer la pointe avancée de l’organisation du capital et du pouvoir aujourd’hui dans l’objectif de la faire dérailler.
Pour que tout cela ne reste pas trop abstrait, on est parti de la situation actuelle aux Etats-Unis et de la résistance à ICE. D’un côté des entreprises de la tech qui vendent leurs données au gouvernement pour traquer les migrants, de l’autre des patrouilles de quartier qui s’organisent sur des messageries cryptées pour avertir les habitants de chaque opération de police.
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