LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs Revues MÉDIAS
Au Poste – Flux des émissions
 
Média indépendant en ACCÈS LIBRE sans publicité, défend les libertés fondamentales et le regard critique sur le monde.

▸ Les 10 dernières parutions

18.02.2026 à 20:25

Violences politiques, Quentin D. : l’émotion contre la contextualisation

Au Poste

La mort de Quentin Deranque à Lyon ouvre la seconde partie de l’émission comme une déflagration. Les images d’un jeune « identitaire », massacré au sol, envahissent les écrans, saturent le débat et imposent l’émotion avant toute analyse.
Texte intégral (1117 mots)

Faut-il s’arrêter au choc ou interroger une séquence inscrite dans des années d’affrontements entre extrême droite et antifascistes ? Derrière le drame, une question traverse le plateau : la contextualisation est-elle encore possible ? En amont de ce séisme, Extrêmorama revenait sur 50 ans d’histoire du FN/RN, et de sa longue liste des numéros 2. Avec cette question : Bardella, “Tu quoque mi fili”… Toi aussi, mon fils ?

Sébastien Bourdon, est l'auteur de «Drapeau noir, jeunesses blanches. Enquête sur le renouveau de l'extrême droite radicale" (Éditions du Seuil, 2025).

Joseph Beauregard, de «François Duprat, l'homme qui inventa le Front national» (Denoël), et de "Dans l'Ombre des Le Pen. Une histoire des n°2 du FN" (Nouveau Monde)

Sarah Proust, Première adjointe Paris XVIIIe (PS) et autrice de «Front National: Le Hussard Brun Contre la Republique» (Le Bord de l'eau, 2013) et «Apprendre de ses erreurs. La gauche face au Front national» (Jean Jaurès, 2017).

Débat Quentin Déranque. Avec Nicolas Lebourg et Sebastien Bourdon

Sebastien Bourdon décrit sa réaction immédiate à l’annonce de la mort de Quentin Deranque : «Ce que j’ai ressenti, malheureusement, c’est plutôt une absence de surprise», rappelant «des affrontements très réguliers à Lyon entre groupes d’extrêmement radicales et groupes anti-fascistes» et évoquant «un contexte d’implantation particulièrement forte des différentes mouvances extrêmement radicales dans la ville de Lyon».

Sébastien Bourdon dresse un panorama précis des groupes identitaires implantés à Lyon, évoquant «les royalistes représentés essentiellement par l’Action française», mais aussi «Génération L’Identitaire» qui a ouvert «un bar La Traboule puis une salle de sport attenuante La Gaugé» dans le Vieux-Lyon. Il mentionne également les «nationalistes révolutionnaires, néonazis, identitaires et autres» actifs localement, ainsi que le groupe «Audace», présenté comme «groupe nationaliste révolutionnaire actif à l’heure actuelle» lié à la mouvance néo-fasciste locale. L’ensemble compose, selon lui, une implantation «au long cours» où «toutes les mouvance qui ont été représentées» coexistent dans la ville.

Il souligne que «des images de personnes au sol frappées, en fait on le voit assez régulièrement», expliquant l’existence de «canaux sur les réseaux sociaux, notamment sur la messagerie Telegram» qui «servent à revendiquer des violences ou en tout cas des affrontements».

Nicolas Lebourg insiste sur la puissance du choc visuel : «C’est un jeune homme qui se fait massacrer au sol», distinguant cette scène d’«un affrontement entre 20 gaillards de chaque côté».

David Dufresne tente de replacer le drame dans une dynamique plus large : «Parmi ces agressions, 70% émanent d’activistes de droite, visant en majorité les personnes racisées ou perçues comme telles, et des adversaires politiques», rappelant que «les agressions ont plus que doublé par rapport à la précédente période, 96-2016».

Nicolas Lebourg analyse l’évolution des pratiques violentes : «Tout ce que tu vois dans ces affaires, les gants coqués, etc, les gazeuses, c’est des usages post-2017» et affirme que «c’est vraiment la poursuite d’une dynamique».

Le débat s’élargit à la sociologie lyonnaise. Nicolas Lebourg décrit «Lyon une ville bourgeoise», évoque «la droite lyonnaise est une droite de notable» et précise que «la plupart des membres des groupuscules dont on parle fréquentent des paroisses qui sont des paroisse de la notabilité lyonnaise».

Il ajoute que «les bourgeois font d’autres aussi bon racistes que les autres» et rappelle que ces milieux «n’aimaient pas le FN», le jugeant «vulgaire», dessinant un ancrage social spécifique.

Sébastien Bourdon insiste sur le décalage entre la perception immédiate et la compréhension ultérieure des faits : «les toutes premières images qui sortent, c’est la scène de lynchage en tant que telle», mais «depuis, on a d’autres images qui permettent de mieux comprendre cette scène», soulignant la difficulté d’analyser «à l’instant T» un événement déjà saturé d’émotion.

David Dufresne interroge le traitement médiatique différencié : «nous n’avons pas des images des trois militants kurdes», «pas plus que nous avons des images de la mort d’Ishem Mirraoui», posant la question de l’émotion sélective.

Enfin, l’émission met en tension émotion et analyse. À la question de savoir si «la contextualisation, il n’y en aura pas», les intervenants opposent le temps long de la recherche à l’instantanéité des images, révélant une fracture entre sidération médiatique et compréhension politique.

Débat Bardella. Avec Sarah Proust et Joseph Beauregard

Le débat s’ouvre sur la dynamique des radicalités. Nicolas Lebourg rappelle que «dans les groupuscules que ça se passe», soulignant que les thématiques qui paraissent marginales aujourd’hui structurent souvent «ce qui vont être au cœur de l’espace public ensuite».

Sarah Proust analyse la stratégie de normalisation du RN et estime que «le RN a réussi à faire oublier son histoire», décrivant un processus de transformation d’image sans rupture doctrinale fondamentale.

Joseph Beauregard insiste sur cette continuité idéologique : «les idées sont toujours là», expliquant que la mutation observée est avant tout une évolution de présentation et de stratégie.

Nicolas Lebourg décrit un fonctionnement concurrentiel structurant : «il y a un marché des militants dans la vie politique», où les différents groupes se répartissent rôles, postures et degrés de radicalité.

Sarah Proust souligne le travail d’implantation territoriale et culturelle, évoquant une progression qui passe par «la bataille des mots» et par l’installation durable dans le paysage médiatique et politique.

Joseph Beauregard rappelle que «toutes les courants sont implantés», insistant sur la coexistence de sensibilités variées — royalistes, identitaires, nationalistes révolutionnaires — qui participent d’un même écosystème idéologique.

Nicolas Lebourg insiste sur la profondeur historique des recompositions : les radicalités ne surgissent pas ex nihilo, elles s’inscrivent dans des traditions anciennes qui se réactualisent selon les contextes politiques.

Enfin, le débat met en tension stratégie électorale et matrice idéologique : entre dédiabolisation, ancrage militant et production intellectuelle des marges, les intervenants décrivent un continuum entre radicalité groupusculaire et conquête institutionnelle.

17.02.2026 à 18:20

Big Brother sourit encore, le film-alerte de Raoul Peck

Au Poste

Au fil d’une causerie exceptionnelle, dense et souriante à la fois, Raoul Peck démonte les mécanismes du mensonge contemporain en s’appuyant sur Orwell.
Texte intégral (522 mots)

De la Birmanie coloniale à la guerre d’Espagne, de Trump à Bolloré, il relie passé et présent avec une rigueur implacable. Le dialogue navigue entre cinéma, mémoire, propagande et responsabilité démocratique. Il revient sur son travail, ses recherches, sa science du montage. Un dialogue lumineux, où chaque mot compte — parce que, justement, c’est par les mots que tout commence.

« Orwell : 2+2=5 » est bien plus qu'un documentaire sur George Orwell. C’est une boîte à outils pour comprendre notre époque. Avec ce film, Raoul Peck – l'immense réalisateur haïtien – plonge dans les derniers mois de la vie de l’écrivain britannique, alors qu’il achève 1984. Au-delà de la biographie, Peck montre comment les concepts orwelliens (Big Brother, novlangue, double pensée) sont devenus nos réalités quotidiennes --- des régimes autoritaires aux démocraties en crise. Par un montage percutant, mêlant archives (Guerre d'Espagne, Gaza, Trump, Poutine, Fox News, l'Empire britannique), fictions, news et I.A., Peck interroge : comment résister ? Comment transmettre ? Comment éviter que 2 + 2 n’égalent définitivement 5 ? Rencontre avec un réalisateur pour qui le cinéma est une arme de mémoire. Un honneur que de le recevoir ce soir.

La rencontre avec Raoul Peck

Raoul Peck affirme qu’Orwell a «établi la boîte à outils du totalitarisme» et qu’il décrit «la dégradation du langage» comme condition préalable à «la dégradation de la démocratie».

Il insiste sur l’importance quotidienne de défendre les institutions : «La démocratie, c’est un élément qu’il faut défendre tous les jours, que ce n’est pas un bien de consommation.»

Fort de son histoire personnelle en Haïti, il évoque la dictature et la peur : «À la maison, il fallait parler tout bas pour qu’on ne nous entende pas.»

Il analyse la manipulation lexicale contemporaine : «Quand on n’arrive plus à nommer les choses, on se perd.»

Sur la concentration des médias, il prévient : «Quand dans une société, la communication se retrouve entre les mains d’une minorité, ça devient un problème démocratique.»

Concernant Orwell, il rappelle : «1984, c’est un avertissement.» et souligne que l’auteur écrivait à partir de son vécu, notamment en Birmanie et en Espagne.

Il revendique une indépendance artistique totale : «Les considérations économiques ne peuvent pas être un argument pour ne pas faire les films que je fais.»

Sur la propagande moderne, il cite Steve Bannon : «Flood the zone with shit» pour illustrer la stratégie d’«inonder la zone» afin d’empêcher toute réflexion critique.

À propos du mensonge politique : «Le mensonge organisé […] est une partie intégrante du totalitarisme.» et «Le totalitarisme exige une altération continue du passé.»

Enfin, il appelle à l’engagement concret : «On ne peut plus se contenter d’envoyer des petits messages.» et rappelle que partout «les jeunes filles de Téhéran […] mettent leur vie en danger».

16.02.2026 à 08:36

Scandale Epstein ou le miroir d’une élite offshore + France : la carte électorale n’est pas (du tout) celle qu’on raconte + l’affaire Quentin D.

Au Poste

Pour cette matinale, revue de presse complète sur la mort du militant nationaliste Quentin D. Et deux invités, deux enquêtes, un même fil rouge : décrypter les mécanismes invisibles du pouvoir. Thomas Vonderscher dévoile une cartographie électorale inédite fondée sur 70 000 bureaux de vote, qui bouscule les clichés sur le RN, les classes populaires et l’abstention. Martine Orange, elle, plonge dans l’affaire Epstein pour révéler la face cachée d’une élite offshore mondialisée. Entre données brutes et finance dérégulée, l’émission met au jour les structures profondes qui façonnent nos démocraties.
Texte intégral (802 mots)

A 7h30: Thomas Vonderscher, éditeur et historien, co-auteur avec Youssef Souidi de Nouvelle cartographie électorale de la France (Textuel), sera avec nous pour tordre le cou à certains clichés: ainsi, contrairement à une idée tenace, le RN n’est pas majoritaire chez les précaires. Leur travail révèle une France politique fragmentée : un RN ancré dans le périurbain et les classes moyennes, une gauche urbaine aux électorats distincts, et une coalition présidentielle soutenue par les plus aisés.

A 8h30, avec Martine Orange, co-fondatrice de Médiapart, on discute de sa thèse sur Epstein: Il est impossible de dissocier le financier criminel du monde dans lequel il évolue. Les millions de documents publiés par le département de la justice des États-Unis renvoient l’image hideuse et glaçante d’une classe dirigeante globalisée qui a prospéré avec le néolibéralisme et fait désormais sécession.
Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.

Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant. "France Déter" accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent. C’est en direct, c’est fait maison. Préparez le café!

La rencontre avec Thomas Vonderscher et Martine Orange

Thomas Vonderscher présente une méthode fondée sur le croisement des résultats du ministère de l’intérieur et des données sociales de l’INSEE: «on croise 3 jeux de données, on a évidemment les données du ministère de l’intérieur qui donnent les résultats par bureau de vote», ce qui permet selon lui de «produire une cartographie qui nous permet de se passer de sondage» et d’atteindre «une finesse au niveau des près de 70 000 bureaux de vote en France».

Il distingue quatre blocs structurants du paysage politique: «un quatrième bloc et auquel on tient beaucoup qui est l’abstention», précisant que «ce quatrième bloc, on l’appelle l’iceberg» car «c’est le bloc majoritaire».

Sur le vote RN et les classes populaires, il affirme: «Dans ces 5% les plus faibles, qu’est ce qu’on voit? C’est que l’extrême droite n’arrive pas en tête», rappelant que «c’est l’abstention qui est largement majoritaire» et que «c’est la gauche unie qui arrivent avec quasiment un quart des électeurs».

Concernant la présence d’immigrés et le vote d’extrême droite, il souligne la régularité statistique: «quand il y a 0% d’individus nés hors de l’Union européenne, là, l’extrême droite fait largement son meilleur score» tandis que «là où il y a 30% et plus, l’extrême droite arrive à moins de 10% des inscrits».

Sur le front républicain, il observe une évolution: «En 2024, réapparition du Front Républicain», détaillant que «l’extrême droite progresse de 5 points, mais la gauche elle progresso d’11 points» et que «ceux qui profitent le plus de ce front républicain (…) c’est la coalition présentielle et la droite traditionnelle».

Martine Orange replace l’affaire Epstein dans un système global: «Il est impossible de dissocier le financier criminel du monde dans lequel il évolue», estimant que «c’était aussi le problème d’une classe qui savait et qui s’est tue».

Elle définit le néolibéralisme financier comme «la volonté de financiariser absolument tous les éléments de la vie, quel qu’ils soient, et d’en tirer un profit quelconque», décrivant «un système qui est bâti sur la corruption, le chantage».

Sur le offshore, elle est explicite: «le offshore, c’est des gens qui (…) ne veulent plus avoir rien à faire avec un État», et résume: «L’ offshore, c’ est, la loi n’ est pas pour moi, je suis au-dessus des lois».

Elle décrit une élite mondialisée sans ancrage: «c’t’une transhumance permanente», ajoutant que «ils se déplacent et ils ne veulent rien avoir à faire avec personne».

Enfin, elle met en garde contre les amalgames et les dérives: «ce n’est pas parce qu’il y a des personnes qui sont malhonnêtes que le monde entier est malhonnête», insistant sur la nécessité de «faire un vrai travail de journaliste» et de «vérifier, peser».

9 / 10
  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Catastrophes naturelles
Conspis
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Information
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
🌓