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16.07.2026 à 21:29

Juillet-août 2026 : nouvelles parutions

Desk Russie

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05.07.2026 à 12:50

La tension monte entre la Pologne et l’Ukraine  

Petr Janyška

Pour plaire à l'extrême droite nationale, le président Karol Nawrocki a mis en danger la politique de son pays vis-à-vis de l’Ukraine. Ce qui réjouit Poutine.

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Texte intégral (3761 mots)

Comment Nawrocki a mis en péril les intérêts internationaux de son pays

Dans la crise qui agite les relations ukraino-polonaises, sans précédent depuis l’indépendance des deux pays, le président Karol Nawrocki porte une lourde responsabilité. Pour plaire à l’extrême droite nationale, il a mis en danger la politique internationale de son pays vis-à-vis de l’Ukraine. Ce qui réjouit Poutine. Sa décision n’est qu’un prétexte pour s’attaquer au Premier ministre Donald Tusk.

Le président polonais Karol Nawrocki incarne la frange nationaliste extrême de la Pologne, qui a toujours été anti-ukrainienne et qui a toujours regardé les Ukrainiens de haut. C’est en grande partie à cette frange de l’électorat qu’il doit son élection, et c’est à elle qu’il cherche à plaire.

Pour marquer des points sur la scène nationale, il vient de sacrifier l’un des principaux piliers de la politique étrangère auquel la Pologne tenait depuis 1990, fondé sur la nécessité d’entretenir de bonnes relations avec l’Ukraine en tant qu’État indépendant et démocratique, censé servir de rempart entre la Pologne et la Russie impérialiste. Un objectif sur lequel tous les hommes politiques polonais sans exception ont travaillé depuis 1990, qu’il s’agisse des libéraux de droite de Tusk, de la gauche ou de l’ancien président Andrzej Duda du parti Droit et justice (PiS), ainsi que de nombreux hommes politiques ukrainiens, dont Zelensky. Ce principe fondateur de l’État polonais avait été formulé dès l’après Seconde guerre mondiale déjà par Jerzy Giedroyć, une autorité morale polonaise, vivant en exil en France à Maisons-Laffitte, qui stipulait que la Pologne ne pourrait avoir une existence tranquille – sans être menacée par la Russie impérialiste – que si elle avait comme voisins une Ukraine et un Bélarus indépendants et démocratiques1.

Il existe entre Polonais et Ukrainiens une histoire complexe, mal connue à l´étranger, faite de sommets et d’abîmes, d’ascensions et de chutes, de sang et de résistance, de vastes territoires qui ont tour à tour appartenu à la Pologne et à l’Ukraine. Les Polonais non nationalistes affirment que l’avenir ne peut se construire sur le passé car celui-ci ne changera pas. Il faut bien sûr le nommer et l’assumer, ce qui est le travail des historiens, mais non celui des hommes politiques. L’avenir doit se construire en regardant vers l’avant, dans l’intérêt des deux États, et cet intérêt est aujourd’hui sans équivoque : que l’Ukraine tienne bon et ne succombe pas à la Russie impérialiste. Les Polonais perçoivent Poutine comme une menace majeure pour eux-mêmes ; c’est pourquoi ils s’arment autant qu’ils le peuvent, consacrant déjà 5 % de leur PNB à la défense (la France reste à 2 %).

L’extrême droite polonaise anti-ukrainienne

Dans ce contexte, il est difficile pour un étranger de comprendre que la droite nationaliste polonaise s’en prenne bien davantage à Bruxelles, à Berlin et même à l’Ukraine qu’à la Russie. Et ce pas seulement verbalement, mais parfois physiquement à l’encontre des Ukrainiens vivant en Pologne. Les attaques contre eux dans les lieux publics se multiplient. Certains des responsables de la droite radicale, appelée « Confédération de la Couronne polonaise », soutiennent même ouvertement le discours russe et n’hésitent pas à accepter les invitations aux cocktails organisés à l’ambassade de Russie.

Tout récemment, Nawrocki a reçu à Varsovie le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, au cours de sa tournée européenne. Il a exprimé l’espoir que celui-ci devienne président de la France. Nawrocki est en quelque sorte une version polonaise de Marine Le Pen. Il s’appuie sur l’extrême droite en calculant que, lorsque Jarosław Kaczyński, âgé de 77 ans, aura quitté la scène politique, le parti PiS s’effondrera et qu’il prendra la tête d’une nouvelle droite unifiée, comprenant même ses extrêmes radicaux (qui totalisent aujourd’hui 20 % dans les sondages).

Il n’a jamais particulièrement soutenu l’Ukraine ; sa campagne électorale comportait déjà de nombreux éléments anti-ukrainiens et, depuis son accession à la présidence il y a un an , il ne s’est pas rendu une seule fois dans ce pays. Il n’a rencontré Zelensky que lorsque celui-ci était venu le voir à Varsovie en décembre dernier.

Or son prédécesseur Andrzej Duda, bien qu’élu lui aussi sous la bannière de la droite nationaliste de Kaczyński, s’était rendu en Ukraine une quinzaine de fois. Et ce, aussi bien à la veille de l’invasion russe qu’après, en avril 2022, premier homme d’État étranger à aller à Kyïv, accompagné des représentants baltes. Il y est retourné à sept reprises. Son soutien inconditionnel à l’Ukraine honore grandement Duda.

Contrairement à lui, Nawrocki, quand il a reçu pour leur première rencontre le président Zelensky à Varsovie, lui a offert tout de go un livre sur les crimes perpétrés par des Ukrainiens contre les Polonais, appelés en Pologne « le massacre de Volhynie ». Une pure provocation de sa part, que Zelensky a très mal vécue.

Comment tout cela a-t-il commencé ?

Zelensky a fait décerner il y a quelques semaines à une unité militaire, qui en avait fait la demande, le titre de « héros de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, UPA », en référence à l’ancienne organisation militaire de lutte pour l’indépendance nationale. Personne n’y aurait probablement prêté attention en Pologne, mais le président Nawrocki, fort de son passé d’historien spécialisé dans certains aspects du XXᵉ siècle, a eu vent de cette affaire. Il a bien senti que cela pourrait lui rapporter des points auprès de son électorat d’extrême droite et a gonflé l’affaire jusqu’à en faire un grand problème de la politique internationale et des relations avec l’Ukraine. Il a lancé un ultimatum peu diplomatique à Zelensky, lui demandant de changer ce nom et, comme le président ukrainien n’a pas obéi, il a pris une mesure absurde : il a décidé de lui retirer la plus haute distinction polonaise, l’ordre de l’Aigle blanc – que Zelensky n’avait d’ailleurs pas reçue de lui, mais de son prédécesseur, Andrzej Duda.

Depuis plus de quatre ans, Zelensky vit avec une énorme pression, portant sur ses épaules tout le poids de la guerre russe, parcourant le monde pour expliquer et persuader, manœuvrant face à l’imprévisible Trump. Le nom d’une unité militaire aura très probablement échappé à sa capacité de discernement, il avait d’autres chats à fouetter. Il ne pouvait pas soupçonner que le chef de l’État polonais s’emparerait d’une affaire isolée pour en faire un incident international majeur.

Escalade

Les choses se sont accélérées ensuite. Zelensky empaquette sa décoration et l’envoie par la poste à Nawrocki ; tous les anciens présidents ukrainiens, ainsi que l’ambassadeur ukrainien à Varsovie, l’imitent en renvoyant leurs distinctions polonaises au président Nawrocki. 

À Varsovie, en revanche, les libéraux, y compris les grandes figures de l’opposition anticommuniste, se mobilisent contre la décision de Nawrocki. Plusieurs d’entre eux, en signe de solidarité avec Zelensky, rendent à Nawrocki les décorations polonaises reçues par le passé. Une initiative voit le jour pour décerner à Zelensky une nouvelle distinction civique polonaise, diverses autres manifestations de soutien à l’Ukraine émergent. À l’inverse, Jarosław Kaczyński et le vice-président du Sénat Michał Kamiński (proche des chrétiens-démocrates) annoncent leur intention de rendre leurs décorations ukrainiennes à Kyïv.

Inspiré par le président polonais et sans aucune raison tangible, le député tchèque Jindřich Rajchl de l’extrême droite nationaliste a tout récemment demandé au président tchèque d’ôter à Zelensky la plus haute distinction de l’État tchèque, le Lion blanc. Une bonne occasion pour lui de montrer sa haine de l’Ukraine et de son président et pour appuyer ses amis de l’extrême droite polonaise.

Adam Michnik, l’une des figures de proue de la Pologne libérale, rédacteur en chef du quotidien Gazeta Wyborcza, a qualifié l’acte de Nawrocki de « geste inacceptable, un crachat au visage du président d’un pays en guerre contre la Russie de Poutine. C’était odieux, erroné, faux », a-t-il déclaré. Mais c’était aussi, selon lui, « un crachat au visage de toute la tradition démocratique polonaise », qui reposait sur la devise « Pour notre liberté et la vôtre ». Par son geste, Nawrocki s’est, selon lui, rangé du côté de la propagande grand-russe.

Le premier à applaudir Nawrocki est bien sûr Poutine. Diviser les Ukrainiens et les Polonais est son rêve, et il n’aurait sans doute jamais imaginé que ce soit le président polonais qui s’en charge à sa place. Et gratuitement. « La Pologne a enfin découvert des sympathisants nazis en Ukraine », a déclaré Kirill Dmitriev, conseiller de Poutine.

La démarche de Nawrocki, intentionnelle selon certains observateurs, a précédé de près la tenue, ces derniers jours, d’une grande conférence internationale sur la reconstruction de l’Ukraine. Elle s’est tenue pour la première fois en Pologne, où se sont rendus des dizaines de responsables politiques européens de premier plan, dont la Présidente de la Commission européenne et le chancelier allemand, ainsi que des centaines d’hommes d’affaires. La conférence fut un grand succès pour le Premier ministre Tusk qui a su la faire venir dans sa ville natale de Gdańsk.

Mais le protagoniste principal, Zelensky, y manquait. Seule la Première ministre ukrainienne y a participé. Cela n’a pas empêché la signature de cent soixante contrats commerciaux mais, sur le plan symbolique, c’était un coup dur. Cependant, après la décision de Nawrocki, Zelensky ne pouvait venir.

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Volodymyr Zelensky remet le drapeau de combat au 144ᵉ Centre indépendant des opérations spéciales (Pivnitch), le 28 mai 2026 // Compte Instagram du Centre Pivnitch, capture d’écran

L’UPA n’a pas la même signification pour les Polonais et pour les Ukrainiens

Décerner le titre de héros de l’UPA à une unité a certainement été un faux pas de la part de Zelensky. Ses conseillers auraient dû l’avertir que l’UPA était pour la Pologne comme un chiffon rouge pour un taureau. Mais on touche là au fait que chacun de ces peuples perçoit différemment certains éléments de leur histoire commune. L’UPA a une signification différente pour les Ukrainiens et pour les Polonais. Pour ces derniers, il s’agit d’une organisation qui, pendant la guerre, a massacré des dizaines de milliers de Polonais sur le territoire de l’Ukraine occidentale. Certains historiens parlent de cent mille, d’autres de quatre-vingts mille, d’autres encore de quarante mille victimes. L’objectif était de procéder à un nettoyage ethnique de ce territoire, l’UPA misant sur l’hypothèse d’un référendum qui y serait organisé après la guerre et souhaitait n’y voir qu’une population ukrainienne.

Ces événements restent, en Pologne, un sujet sensible, voire douloureux pour certains. Ils réclament des exhumations et des excuses de la part des Ukrainiens. Mais c’est avant tout un sujet que la droite polonaise, très nationaliste, remet de temps à autre sur le tapis dans des buts purement conjoncturels. Celle-ci a quatre thèmes de prédilection : les Juifs, les Ukrainiens et l’Ukraine, l’Allemagne en tant que menace présumée et l’Union européenne en tant qu’espace libéral, non catholique.

Pour beaucoup d’Ukrainiens en revanche, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, l’UPA, est le symbole de la lutte pour l’indépendance nationale. S’ils devaient la rejeter, il ne leur resterait peut-être pas grand-chose. Tout le monde n’a pas eu la chance de se libérer de l’occupant par une révolution de velours. Les combattants de l’UPA y sont, surtout dans l’ouest du pays, considérés comme des héros nationaux qui ont combattu les Soviétiques, et ce même après la guerre ; certaines de ses unités ont ainsi tenu bon jusqu’aux années 1950. Un peu comme les « soldats maudits » polonais, aujourd’hui la fierté de la Pologne, qui ont eux aussi résisté au pouvoir communiste plusieurs années encore après la guerre.

Comme l’a fait remarquer l’ancien ministre polonais des Affaires étrangères Adam D. Rotfeld, Zelensky, l’enfant de son temps, né en 1978, pouvait ne voir dans les soldats de l’UPA que des combattants pour l’indépendance ukrainienne contre le communisme moscovite. Comme à l’école soviétique, on les qualifiait de « fascistes », de « nazis » ou de « bandéristes », il ne pouvait que prendre le contre-pied. Sans se douter de la perception toute différente de l’UPA en Pologne.

En Europe, surtout dans sa partie occidentale, il est difficile de comprendre la profonde blessure qui marque les relations entre Ukrainiens  et Polonais. Beaucoup de choses n’ont pas encore été dites par les historiens, il reste des angles morts dans les manuels scolaires, l’histoire mutuelle étant complexe.

Il faut également voir que durant les siècles où l’Ukraine occidentale, y compris la ville de Lviv, faisait partie de la Pologne, les Polonais se comportaient envers la population ukrainophone comme une caste supérieure, pour ne pas dire carrément comme des colonisateurs. Les Ukrainiens étaient pour la plupart des paysans, bons tout au plus pour le ménage ou comme main-d’œuvre, la population urbaine étant essentiellement composée de Juifs et de Polonais.

La fin de la Première Guerre mondiale fut un moment crucial pour les deux peuples, chacun essayant d’imposer son propre État. Les Polonais ont gagné la guerre contre les Ukrainiens pour la Galicie de l’Est en 1919, se sont ensuite brièvement unis avec eux pour conquérir Kyïv, d’ou ils ont été chassés par les Soviétiques. Ces derniers furent ensuite battu par les Polonais en 1921, de sorte que la Pologne a gagné une grande part de l’Ukraine occidentale.

L’une des figures de proue de la droite nationaliste polonaise d’avant-guerre, Roman Dmowski, affirmait que les Ukrainiens n’existaient pas, qu’aucune nation de ce nom n’existait. Il tenait là le même discours que les Russes impérialistes. Dans ses réflexions sur l’avenir de la Pologne, il misait sur l’assimilation et la polonisation des minorités, qui représentaient, entre les deux guerres, un bon tiers de la population.

La cible de Nawrocki était Tusk

Le deuxième objectif de l’initiative de Nawrocki était le Premier ministre Donald Tusk. Depuis son élection, la priorité du président est d’affaiblir Tusk et son parti et de mener la droite, y compris les deux formations de l’extrême droite, appelées « Confédération » et « Confédération de la Couronne polonaise », à la victoire lors des prochaines élections. Aussi bloque-t-il une grande partie des lois proposées par Tusk et adoptées par le Parlement. Au cours de sa première année au pouvoir, il a opposé son veto à plus de lois que son prédécesseur Duda ne l’avait fait pendant tout son mandat.

Après la décision malencontreuse de Zelensky, Tusk a rencontré le président ukrainien pour un long tête-à-tête. Très probablement, il lui a discrètement expliqué ce que l’UPA représentait pour les Polonais, y compris pour lui-même, et lui a demandé de reconsidérer la nomination de l’unité. Mais dès le lendemain, Nawrocki a annoncé publiquement qu’il retirait à Zelensky la plus haute distinction polonaise, comme s’il voulait prendre de court l’initiative de Tusk. À ce moment, Zelensky ne pouvait bien sûr plus faire marche arrière, il aurait perdu la face dans son pays. Lui aussi doit gérer la droite nationaliste chez lui. Quant à Tusk, il n’était plus à même d’apaiser la situation. Pour éviter que la droite polonaise ne le qualifie de traître à la nation, il a dû lui aussi condamner la décision de Zelensky.

Nawrocki a transformé un fait mineur en scandale international sans prendre en compte les conséquences de son acte. En politique internationale, il est novice, il n’a jamais pratiqué la diplomatie ni la négociation. Il ne réagit que sur le plan de la politique intérieure et se laisse guider par son animosité contre les libéraux et contre Tusk.

Le conflit a déjà un écho à l’étranger. C’est bien sûr de l’eau au moulin de tous ceux qui ne se sont pas précipités pour soutenir l’Ukraine et qui peuvent désormais dire : « Vous voyez, même le président polonais affirme que les Ukrainiens sont ingrats, les Polonais ont tant fait pour eux et Zelensky soutient les fascistes. »

Maintenant on ne peut qu’attendre de voir jusqu’où le conflit va s’étendre et comment il sera réglé. La Pologne s’efforce de participer à tous les débats et coalitions européennes concernant l’Ukraine. Cependant, en tant que pays qui a si bêtement créé un conflit avec l’Ukraine, elle n’aura pas la tâche facile. Elle perd son statut de soutien incontestable.

Des relations refroidies et transactionnelles

À quoi pourront ressembler les relations polono-ukrainiennes à l’avenir ? J’ai vécu ce conflit à Varsovie et là-bas, on entendait dire que les relations allaient se refroidir, d’autant plus que cela n’a pas été le premier point de discorde entre les deux capitales. On pouvait entendre que la Pologne s’efforcerait de leur donner un aspect plus transactionnel. Elle continuera à soutenir l’Ukraine dans la guerre, mais plutôt sur la base d’un donnant-donnant : finie l’aide désintéressée. On ignore pour l’instant ce que cela impliquera, mais la droite polonaise est convaincue que les Ukrainiens devraient se montrer reconnaissants et remercier la Pologne. Sans cesse et à l’infini. Il est alarmant de constater que, selon certains sondages, la sympathie envers les Ukrainiens cesse d’être le sentiment dominant en Pologne.

Donald Tusk s’efforce de minimiser la tension, il voit bien le danger d’une rupture polono-ukrainienne. Mais il sait que la tâche est difficile, car le conflit est avant tout une guerre locale menée par Nawrocki contre lui, alors que Zelensky et l’UPA ne sont que des prétextes.

Dans ce contexte, la fédération des entreprises polonaises vient d’appeler au calme, rappelant les milliers de liens commerciaux entre les deux pays, la Pologne étant le deuxième partenaire de l’Ukraine. Et les entreprises polonaises ont tout intérêt à se tailler une part du gâteau de la reconstruction d’après-guerre qui commence à se profiler. Un appel similaire à l’apaisement des émotions a d’ailleurs été publié par six médias dans les deux pays.

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05.07.2026 à 12:49

Anges blancs : dans la zone de la mort, les agents de la dernière chance

Antoine Laurent

À Sloviansk et Kramatorsk, notre correspondant a suivi l'unité de police spécialisée dans l’évacuation des familles avec enfants.

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Texte intégral (5868 mots)

S’exposer à tous les dangers pour secourir les habitants qui n’ont pas quitté leur domicile alors qu’approche l’armée russe, c’est la manière dont on pourrait résumer le travail des secouristes qui opèrent sur les arrières immédiats du front, dans l’oblast de Donetsk. Parmi eux figurent les Anges blancs, une unité de police spécialisée dans l’évacuation des civils et des familles avec enfants. Insensés pour certains, héros pour la plupart, c’est à Sloviansk et Kramatorsk que notre correspondant les rencontre.

Dans l’oblast de Donetsk, l’étau se resserre de toute part. À l’Est, Siversk est tombée en décembre. Au Sud, depuis des mois, les troupes russes semblent décidées à raser Kostiantynivka plutôt qu’à la conquérir, ce qui laisse présager le pire. Au Nord, on se bat déjà dans la périphérie de Lyman. La plupart des habitants ont déjà quitté les lieux par leurs propres moyens. À Sloviansk et Kramatorsk, les deux dernières grandes villes de l’oblast que contrôle Kyïv, c’est encore possible. Des lignes de car demeurent, quelques routes plus ou moins sûres permettent pour l’heure de rejoindre le reste de l’Ukraine libre ; mais si l’on s’approche encore du front, la situation diffère. Plus qu’ailleurs dans l’oblast, les drones FPV volent, les bombes tombent et l’artillerie frappe. Les transports en commun qui ont souvent continué de fonctionner au-delà de toute espérance ont fini par être suspendus. Pour les derniers habitants, qui ne disposent pas toujours d’une voiture, qui sont parfois blessés, âgés, handicapés, ou qui sont demeurés sur place avec leurs enfants, constater que l’on a atteint sa limite de tolérance au risque est une chose. Être en mesure de partir, sans être pris pour cible, c’en est une autre. C’est dans ces circonstances qu’interviennent les Anges blancs.

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Hennadiy Youdine, chef des Anges blancs de l’oblast de Donetsk, fusil à l’épaule, à Pokrovsk. Oblast de Donetsk. 2025. Photo : Diego Herrera et Anatoliy Stepanov

Nés dans l’urgence, validés par l’État

« One shot, one drone » ; et un fusil à pompe. L’écusson que Pavlo Diatchenko, le chargé de relations presse des Anges blancs de l’oblast, porte sur sa banane, résume bien les conditions de travail de son unité. En dépit de leur statut civil, explique Pavlo, 42 ans, que je rencontre en terrasse à Sloviansk, les policiers sont régulièrement pris pour cible par les pilotes de drones FPV ou par l’artillerie. Véhicules blindés, détecteurs et brouilleurs de drones, gilets pare-balles, casques lourds, trousses de secours militaires… et fusils à pompe chargés à la grenaille – le meilleur moyen d’abattre les drones FPV en dernier recours –, tel est le matériel qui constitue leur panoplie. En outre, précise notre hôte, un entraînement spécifique s’impose. « Nous utilisons des casques de réalité augmentée qui simulent différents scenarii d’attaques de drones, que vous devez tenter d’abattre », précise-t-il, avant de se figer un instant. « Quelqu’un a tiré. » Détendu en apparence, Pavlo reste sur ses gardes. Sloviansk et Kramatorsk sont aussi à portée des drones russes. En une fraction de seconde, il a détecté un bruit qui m’a échappé. Ses yeux se sont portés sur la porte du café, puis dans ma direction. Détection du danger, identification du refuge. Le réflexe en dit long.

« Le nom nous a été donné par les gens, par les enfants », reprend-il calmement. Tout a commencé début 2022, par la décision d’un groupe de policiers de se porter volontaires pour évacuer la population de Marïnka, une commune de la périphérie de la ville de Donetsk, alors située en première ligne. « On leur a donné une ambulance et une voiture blanches. Ils ont évacué un grand nombre de civils, des blessés et même des morts », se souvient-il, en enchaînant les cigarettes, non sans avoir poliment demandé la permission de fumer. Depuis, face à l’avancée incessante de l’armée russe dans l’oblast et aux risques croissants auxquels sont exposés civils et secouristes, le groupe de volontaires est devenu une unité officielle, dont les membres sont toujours recrutés « sur la base du volontariat » au sein des effectifs de la police. L’initiative a même été reproduite dans d’autres oblasts.

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Deux membres des Anges blancs équipent une petite fille d’un gilet pare-balle pour enfant. Oblast de Donetsk. 12/11/2024. © Police nationale d’Ukraine

Évacuations et recherches sous les frappes russes

Ce tableau général esquissé, mon interlocuteur me suggère de poursuivre l’entretien à Kramatorsk où, précise-t-il, je pourrai rencontrer « un autre Ange blanc ». Je suis venu à pied. Pavlo propose de me conduire à ma voiture. Au moment de quitter le café, un cavalier surgit dans un galop moyennement maîtrisé, une branche à la main. Au volant d’un pick-up, un militaire klaxonne. Le cheval repart en trombe dans le sens inverse. Éclat de rire général. Ici, on se concentre sur l’essentiel. Quelques dizaines de minutes plus tard, je découvre que mon nouvel interlocuteur n’est autre que le chef des Anges blancs de l’oblast, le lieutenant-colonel Hennadiy Youdine. Poignée de main. L’homme retire de l’étui pectoral le téléphone avec lequel il m’a probablement filmé jusqu’alors. Sécurité oblige : l’armée russe est à une quinzaine de kilomètres.

Interrogé sur le nombre de personnes que les Anges blancs de l’oblast sont parvenus à évacuer depuis 2022, Hennadiy répond sans hésiter : « 19 561 personnes, dont 3 660 enfants. Et aussi les dépouilles de 262 personnes. Nous avons aussi réalisé 1 232 évacuations médicales dont celles de 4 enfants et de 19 soldats blessés, tous transportés ensuite vers des structures médicales2. » Les statistiques qui s’affichent sur son téléphone, précise-t-il, sont actualisées chaque semaine. En ce moment, précise Hennadiy d’une voix fatiguée, le travail des Anges blancs se concentre sur des communes des alentours de Sloviansk et Kramatorsk et sur certaines rues de ces deux villes. L’évacuation obligatoire des familles avec enfants y a été prononcée par l’administration militaire régionale ; ce qui signifie que la police nationale ukrainienne peut y procéder à l’évacuation forcée des mineurs, y compris sans leurs responsables légaux, dans le cas où ces derniers refuseraient de les accompagner. Dans ce genre de cas, qui demeurent rares, précise Hennadiy, les mineurs sont confiés à des services de la protection de l’enfance3.

À ce jour, 318 enfants demeureraient encore dans les zones soumises à l’évacuation obligatoire. Comme le rappelait le journal Ukrainska Pravda au mois de juin, celles-ci sont d’ailleurs toujours plus nombreuses. Pour les 22 hommes et femmes qui constituent l’effectif des Anges blancs de l’oblast, dont neuf ont déjà été blessés, la tâche est délicate ; d’autant que, dans certains cas, souligne Hennadiy, « les gens cachent leurs enfants » pour éviter qu’ils ne soient évacués. Entre drones tueurs et bombes planantes, les policiers doivent donc mener l’enquête. Dans d’autres cas, poursuit-il calmement, « les familles reviennent clandestinement chez elles après avoir été évacuées… » Cette dernière situation, précise-t-il, s’est encore produite le 30 juin à Droujkivka, une commune du Sud de Kramatorsk où pullulent les drones FPV… alors même qu’il avait fallu plusieurs semaines aux policiers pour retrouver la trace des deux derniers enfants de la ville.

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Deux policiers consultent leur détecteur de drones. Oblast de Donetsk 23/05/2026. © Police nationale d’Ukraine

Dialoguer avec l’absurde ? Ou comment convaincre les retardataires

Pourquoi, face à l’avancée d’un danger mortel, attendre le dernier moment pour quitter son domicile ? Pourquoi même retourner clandestinement dans ces lieux voués à la ruine ? De telles questions, celles et ceux qui ont un jour pris part au travail d’évacuation se les sont posées à diverses reprises, dans des circonstances plus ou moins teintées d’adrénaline – et, parfois, d’une pointe d’agacement. L’un des éléments de réponse réside dans le fait que le danger augmente presque aussi lentement que l’armée russe progresse. Dans l’oblast, depuis la contre-offensive ukrainienne de 2022, les troupes du Kremlin ont progressé de quelques dizaines de kilomètres tout au plus. Aussi les habitants ont-ils tout le temps de normaliser les risques, jusque dans des proportions extrêmes.

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Au volant lors d’une mission. Sur l’écusson de la jeune femme, on peut lire « Région de Donetsk. Ange blanc. Unité spéciale ». Oblast de Donetsk. 19/01/2023. © Police nationale d’Ukraine

Et puis, des raisons, il y en a d’autres : pensions misérables de retraités dont le logement et le potager constituent la seule richesse ; refus de terminer sa vie dans un centre d’accueil inconnu ; propagande russe accusant les Anges blancs d’enlèvement d’enfants ou de trafic d’organes4 ; lassitude de l’exil, que certains ont déjà connu depuis la première guerre du Donbass ; espoir, teinté de déni, que la guerre s’arrêtera au seuil de son jardin ; position pro-russe ou indifférence politique doublée d’un certain manque de lucidité… Car se réveiller indemne ou en possession d’un logement habitable de l’autre côté du front demeure très improbable. Marïnka, Soledar, Bakhmout, Avdiïvka, Siversk, Kostiantynivka… Toutes ces villes dont les Anges blancs ont contribué à évacuer la population ont été dévastées. Aussi, indique Hennadiy, lorsque les mots ne suffisent pas, « on essaie de [convaincre les habitants] en leur montrant des vidéos. On leur montre que certaines personnes qui sont restées ont été blessées, voire tuées, pour leur faire comprendre […] qu’ils devraient évacuer, pour éviter que ça leur arrive. » La méthode est directe. Elle a le mérite d’éviter les malentendus.

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Hennadiy Youdine et son coéquipier aident une femme âgée à descendre de leur véhicule. Kostiantynivka. 2025. Photo : Diego Herrera et Anatoliy Stepanov

Patience et reconnaissance

Dissiper le déni ou l’inconscience, a fortiori dans l’urgence, n’est pas chose facile. Ce n’est parfois qu’après un événement tragique, venu briser l’accoutumance, que les retardataires finissent par changer d’avis. « On a vécu cette situation à plusieurs reprises, explique Hennadiy, qui, lui-même, a dû évacuer sa belle-mère in extremis d’Avdiïvka, en janvier 2024. On arrive chez les gens, on tente de les convaincre et ils nous répondent “non”. Au cours de la nuit, leur maison est bombardée, quelqu’un est tué… Le jour d’après, ils nous rappellent pour nous dire “s’il-vous-plaît, évacuez-nous, ça n’a plus de sens de rester ici !” » Dans d’autres cas, c’est le schéma inverse qui se produit. Au mois de mars, se souvient Pavlo, son équipe reçoit une demande d’évacuation de la part de deux femmes âgées de Dobropillia, autre ville du Sud de Kramatorsk. « La situation était mauvaise. Il y avait trop de drones FPV dans la ville. On a dû se garer en périphérie et se rendre chez elles à pied », explique notre interlocuteur, qui précise avoir parcouru près de quatre kilomètres sur le qui-vive, en tentant d’avancer à couvert, rue après rue ; pour finalement rejoindre les deux habitantes… qui avaient changé d’avis. Un grand classique. Deux explosions retentissent. Nous commandons un autre café.

Si le travail des Anges blancs requiert, à bien des égards, des nerfs à toute épreuve, il a du moins l’avantage d’avoir du sens. Au cours de l’été 2023, se souvient Hennadiy, « nous avions une évacuation à Avdiïvka. Nous étions à la recherche d’un enfant. Des gens s’étaient réfugiés dans la cave d’un ATB [une enseigne de supermarché, NDLR]. Nous y avons trouvé cet enfant ; et aussi une femme qui tenait par la main une petite fille de trois ans. Elles n’étaient pas sur la liste. Elles s’étaient cachées sous un escalier : la famille avait fait un trou à cet endroit, pour qu’on ne les trouve pas, parce qu’ils savaient qu’on pourrait les rechercher. On a réussi à convaincre cette femme de partir […], on l’a confiée à des volontaires. Ils l’ont aidée à obtenir un passeport, de l’argent… Elle est partie [avec sa fille] pour Helsinki, en Finlande. » Fin janvier 2024, peu avant la prise de la ville par l’armée russe, indique l’officier, une bombe planante s’est écrasée sur le supermarché, que la mère et le frère de la jeune femme avaient refusé d’évacuer. Bilan estimé, en l’absence de possibilité de récupérer les corps : 18 morts environ. « Elle m’a appelé, pour me demander s’il existait un moyen de se renseigner sur le sort de son frère et de sa mère, poursuit Hennadiy. Je pense qu’ils ont été ensevelis sous les décombres. Voilà l’histoire. Elle nous a remerciés de l’avoir tirée de là. C’était une bonne chose […]. Je ne suis même pas sûr que les Russes aient déblayé les gravats. »

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En mission. Oblast de Donetsk. 23/02/2023. © Police nationale d’Ukraine

Des plaies sous la cuirasse

L’atmosphère de l’oblast, marquée par l’omniprésence de la mort, est éprouvante. La mort d’ailleurs, ce n’est pas seulement celle des inconnus, des enfants que l’on n’a pas pu secourir à temps ou des collègues. Les Anges blancs sont pour beaucoup originaires de l’oblast. Comme nombre d’habitants, ils portent aussi le deuil de leurs proches. Courant 2023, confie Pavlo, originaire de Kostiantynivka, l’ancien compagnon de sa mère est décédé. Cet homme, précise-t-il, d’une voix quelque peu fébrile, l’avait « élevé comme un fils ». Il était doté d’une excellente condition physique ; mais il « prenait les choses trop à cœur ». Le déclenchement de la guerre, indique Pavlo, l’a bouleversé ; et plus encore les bombardements, dont celui du marché de Kostiantynivka, en septembre 2023, où il tenait un commerce5. « On vivait à 200 mètres l’un de l’autre, se souvient le policier, mais je ne trouvais pas le temps d’aller le voir. Je rentrais de l’enfer. Pendant des mois, j’ai enchaîné les missions. Je rentrais chez moi épuisé, avec le sang de quelqu’un sur mes vêtements. Je lançais une machine, je me réveillais le matin et je repartais en mission. » Un jour enfin, Pavlo parvient à rendre visite à son beau-père ; pour le trouver inhabituellement fatigué. « Je n’ai pas vu le cancer arriver… Je m’en veux pour ça », explique-t-il sans emphase. Aujourd’hui, poursuit Pavlo, la tombe même de cet être cher lui est devenue inaccessible. Son beau-père repose à Kostiantynivka, c’est-à-dire sur la ligne de front.

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Pavlo Diachenko, lieutenant-colonel de police et chargé de relations presse des Anges blancs de l’oblast, avec une enfant, lors d’une évacuation. Oblast de Donetsk. 08/02/2023. © Police nationale d’Ukraine

Quant à Hennadiy, c’est en lui demandant si le fait d’être père de famille pourrait l’avoir motivé à rejoindre les Anges blancs que je réalise le poids qui pèse sur ses épaules. « Toute ma famille vient d’Avdiïvka, ma femme vient d’Avdiïvka. Notre fille aînée vit à Varsovie, en Pologne. Mon épouse […] vit dans la région de Kyïv. Moi je suis ici, à Kramatorsk », répond-il, soudainement crispé. Un sanglot lui échappe. « Difficile de parler… Notre autre fille, elle avait 13 ans… Son cœur n’a pas supporté… » À ce stade, cet homme de 49 ans, à la carrure solide et à la poigne décidée, ne parvient plus à retenir ses larmes. Il continue pourtant son récit, difficile à suivre, entrecoupé, pour expliquer qu’une nuit de 2022, son épouse et sa fille cadette ont vécu un terrible bombardement ; et qu’au matin, son enfant ne s’est pas réveillée. « C’est elle, ici », indique-t-il en montrant le tatouage qu’il porte à l’avant-bras.

Suite à cet événement, poursuit-il, en se reprenant, son épouse et lui décident d’adopter un enfant, suivent les formations requises et s’arment de patience. Jusqu’à ce jour de 2024, où l’administration d’une commune aujourd’hui située en zone occupée lui demande de procéder au retrait de son domicile d’une petite fille subissant des maltraitances. « Aujourd’hui, cette enfant fait partie de la famille […] », résume Hennadiy, qui explique que son épouse et lui-même en ont obtenu la garde en tant que famille d’accueil. « Elle avait un an moins trois jours. À présent, elle a déjà deux ans et onze mois. Elle grandit et a donné un sens à notre vie », indique-t-il enfin, en montrant la vidéo d’une fillette blonde en pleine forme, courant vers lui bras tendus6. Des sourires dans ce reportage, enfin.

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Évacuation d’un corps placé dans une housse. L’homme situé au premier plan porte une cartouchière à la manche. Entre deux attaques de drones, quelques secondes de plus pour recharger son arme sont un gain précieux. Pokrovsk. 2025. Photo : Diego Herrera et Anatoliy Stepanov

Coordination tous azimuts

Heureusement, les Anges blancs ne sont pas seuls. Pour fournir aux policiers les informations nécessaires à leurs missions, tous les services publics, des unités de polices locales à l’administration régionale, se mobilisent.  « Il y a aussi le service d’État des situations d’urgence [l’équivalent des pompiers, NDLR], les volontaires, l’administration militaire… Eux aussi ont des véhicules blindés, on coopère avec eux [sur le terrain]. Il y a beaucoup de monde impliqué », explique Pavlo, tandis que Hennadiy débute une longue liste d’associations dont les noms, singuliers, rappellent les conditions extrêmes dans lesquelles opèrent leurs volontaires : « Souffle d’espoir, la Patrouille des aumôniers, les Volontaires de Dieu… » Hennadiy comme Pavlo prennent d’ailleurs part aux évacuations et, à ce titre, ont été décorés à plusieurs reprises.

« Au début, se souvient Pavlo, les habitants appelaient tous les numéros [d’urgence] en panique ; et il nous arrivait de nous retrouver tous à la même adresse. Aujourd’hui, on travaille en étroite collaboration pour savoir qui se rend où. » De plus, ajoute Hennadiy « nous avons une ligne téléphonique directe sur laquelle les gens peuvent nous joindre […] et nous disposons d’une application : Kryla [ « Ailes », en ukrainien]. Si quelqu’un appelle sur la ligne, on reçoit une notification. L’application a été spécialement développée par des volontaires pour améliorer la coordination du processus d’évacuation. Toutes les organisations de volontaires y ont accès. On peut y voir le statut de la requête : traitée, en cours de traitement… »

Les Anges blancs, précise l’officier, se chargent systématiquement des directions les plus risquées et leurs collaborateurs sont parfois pris pour cible. Le 25 juin, à Droujkivka, les volontaires du projet « Route de la vie », porté par l’association de Kramatorsk Communauté de la Vieille Ville, ont été visés par un drone FPV ; en dépit de l’inscription « Évacuation », peinte en grandes lettres blanches sur fond noir, qui figurait sur leur véhicule. L’intention du pilote était claire : le drone s’est écrasé sur le pare-brise. Heureusement, celui-ci était en verre blindé. Les deux conducteurs et leurs passagers s’en sont tirés quasiment indemnes. Depuis le début de l’année, c’est la deuxième fois qu’un fourgon de l’association est touché par un drone, précise au téléphone Oleksii Kotchetov, l’un des volontaires qui prenaient part à la mission. Les Anges blancs, indique enfin Hennadiy, coopèrent également avec les soldats. Les zones les plus proches du front sont inaccessibles aux véhicules, même blindés. Si les habitants restants décident de quitter les lieux, ils doivent le faire à pied. Lorsque cela se produit, indique notre interlocuteur, les militaires tentent d’avertir son service, afin que les infortunés puissent être récupérés à distance plus raisonnable du front – s’ils survivent au voyage.

<p>Cet article Anges blancs : dans la zone de la mort, les agents de la dernière chance a été publié par desk russie.</p>

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