03.04.2025 à 17:35
Coline Laroche
Les 17 et 18 mars derniers, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel, ont annoncé leur départ de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Ces retraits s’inscrivent dans un contexte géopolitique plus large de dégradation des relations entre la France et les pays du Sahel, de recompositions régionales ainsi que d’une remise en question de l’ordre international établi et d’initiatives multilatérales à ce jour encore façonnées sur un modèle occidental post-Seconde guerre mondiale. Comment expliquer le départ de ces États et quels seront les répercussions de ceux-ci sur l’OIF ? En quoi ces départs témoignent-il en partie d’un étiolement des relations entre la France et les pays du Sahel ? Le point avec Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Afrique/s. Dans quel contexte s’inscrivent les retraits successifs du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’Organisation internationale de la francophonie ? Comment expliquer de telles décisions ? Le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont successivement annoncé entre le 17 et le 18 mars leur retrait de l’OIF soit à quelques heures de l’anniversaire de cette organisation célébré le 20 mars de chaque année. Un des premiers objectifs clairs de cet agenda était le coup d’éclat quitte à ternir la fête de l’Organisation et de ses États membres. Le retrait de l’OIF apparaît d’abord motivé par des considérations souverainistes. Le Niger du général Tiani avait déjà suspendu, il y a plusieurs mois, sa coopération avec l’organisation après en avoir été suspendu à la suite du coup d’État perpétré contre le président Mohamed Bazoum en juillet 2023. L’OIF avait alors exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la libération de M. Bazoum, séquestré depuis le putsch avec son épouse dans le palais présidentiel. Le courrier adressé […]
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Les 17 et 18 mars derniers, le Mali, le Burkina Faso et le Niger, trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel, ont annoncé leur départ de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Ces retraits s’inscrivent dans un contexte géopolitique plus large de dégradation des relations entre la France et les pays du Sahel, de recompositions régionales ainsi que d’une remise en question de l’ordre international établi et d’initiatives multilatérales à ce jour encore façonnées sur un modèle occidental post-Seconde guerre mondiale. Comment expliquer le départ de ces États et quels seront les répercussions de ceux-ci sur l’OIF ? En quoi ces départs témoignent-il en partie d’un étiolement des relations entre la France et les pays du Sahel ? Le point avec Caroline Roussy, directrice de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Afrique/s.
Dans quel contexte s’inscrivent les retraits successifs du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’Organisation internationale de la francophonie ? Comment expliquer de telles décisions ?
Le Niger, le Burkina Faso et le Mali ont successivement annoncé entre le 17 et le 18 mars leur retrait de l’OIF soit à quelques heures de l’anniversaire de cette organisation célébré le 20 mars de chaque année. Un des premiers objectifs clairs de cet agenda était le coup d’éclat quitte à ternir la fête de l’Organisation et de ses États membres.
Le retrait de l’OIF apparaît d’abord motivé par des considérations souverainistes. Le Niger du général Tiani avait déjà suspendu, il y a plusieurs mois, sa coopération avec l’organisation après en avoir été suspendu à la suite du coup d’État perpétré contre le président Mohamed Bazoum en juillet 2023. L’OIF avait alors exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la libération de M. Bazoum, séquestré depuis le putsch avec son épouse dans le palais présidentiel. Le courrier adressé par le ministère des Affaires étrangères et par la Coopération internationale malienne au ministère des Affaires étrangères français en sa qualité d’hôte de l’Organisation justifie également son retrait comme suit : « […] depuis l’avènement de la transition, l’OIF au lieu d’accompagner le Mali dans la réalisation des aspirations légitimes de son peuple, s’est illustrée par l’application sélective des sanctions et le mépris de la souveraineté du Mali ». Il poursuit : « Le Mali ne peut demeurer membre d’une organisation aux agissements incompatibles avec les principes constitutionnels qui guident l’action publique au Mali, fondés sur la souveraineté de l’État, les choix souverains du peuple et la défense de ses intérêts ».
En filigrane, ces pays critiquent l’OIF suspecte de pratiquer le « deux poids, deux mesures ». En effet, la Guinée du général Mamadi Doumbouya ne semble pas subir le même traitement. Si elle a bien été suspendue de l’Organisation à la suite du coup d’État perpétré par Doumbouya en septembre 2021, cette suspension avait été levée par l’Organisation à la veille du 19e Sommet de l’organisation qui s’est tenu à Paris en octobre 2024. Si des parallèles peuvent être légitimement établis, la justification était l’adoption d’une nouvelle Constitution soumise à référendum à la date désormais connue du 21 septembre 2025. C’est pour soutenir ce processus que l’Organisation avait décidé « d’exprimer sa solidarité avec ce pays membre ». Malgré des ressemblances de façade, les processus à ce stade engagés entre les différents pays pour un retour à l’ordre constitutionnel diffèrent totalement et l’argument du « deux poids deux mesures » s’épuise ici. En revanche, il apparaît que les décisions de l’Organisation sont volontairement ou non mal comprises.
Un autre argument qui n’a pas été développé en place publique, mais que certains analystes ont pu soulever est la proximité de l’OIF avec la France. Pour certains, l’Organisation est le « cheval de Troie » de la politique française. Il faut avouer que la France entretient une relation ambivalente avec l’institution. Paris accueille son siège, la France est l’un de ses principaux bailleurs de fonds et en sa qualité de membre fait partie du Conseil permanent de la francophonie (CPF), de la Conférence ministérielle de la francophonie (CMF) et participe au sommet des chefs d’État. Cependant, en dehors de ses périmètres institutionnalisés, il y a rarement eu prise de parole pour définir clairement la relation de la France avec la francophonie. Ce mutisme a fait naître la suspicion : désintérêt ou politique d’influence masquée ? Malaise et suspicions nourrissant les fantômes de la Françafrique. S’il est évident qu’il y a eu une diplomatie active menée par la France pour que la candidate rwandaise soit élue face à la Canadienne Michaëlle Jean, alors candidate à sa propre succession, afin de favoriser les conditions d’un rapprochement avec le Rwanda de Paul Kagame, il ne faut pas éluder non plus que l’Union africaine avait apporté son soutien à la candidature de Mme Mushikiwabo.
Il serait erroné de croire que les différents secrétaires généraux qui se sont succédés à la tête de l’institution et que ses différents organes exécutifs soient inféodés à la France, n’oublions pas que l’Organisation réunit des pays bien au-delà du tête-à-tête France/pays d’Afrique francophone. En revanche, on ne peut éluder que l’OIF pâtisse d’un manque d’identification de ces missions.
Dans quelle mesure ces retraits risquent-ils d’impacter l’OIF et le projet qu’elle porte ?
Malgré des déclarations plutôt lénifiantes de la part de fonctionnaires autorisés de l’OIF selon lesquelles ils expriment un regret tout en réitérant la volonté de rester au plus près des populations, le malaise est en réalité extrêmement profond.
D’une part, il convient de rappeler que le Niger et le Mali sont des membres historiques de la francophonie. C’est à Niamey, en 1970, dans le Niger dirigé par Hamani Diori (père fondateur du projet aux côtés de Léopold Sédar Senghor, d’Habib Bourguiba ou du prince Norodom Sihanouk) que l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT) a été créée. C’est à Bamako, en 2000, que l’un des textes majeurs de la construction politique de la francophonie institutionnelle a été adopté dans le cadre de la Déclaration éponyme.
D’autre part, la question soulevée par les trois pays s’inscrit dans un contexte plus global de remise en question de l’ordre international au nom d’une inégalité de traitement. En effet, pourquoi l’Organisation ne délibère-t-elle pas sur les cas de manipulations des votes et/ou de la Constitution ? En quoi les régimes militaires seraient-ils plus coupables ou moins représentatifs de la souveraineté du peuple que d’autres qui se drapent dans un voile démocratique dont le vernis est pourtant plus qu’écaillé ? Sans être exhaustif citons les coups d’État constitutionnels en Côte d’Ivoire (2020) et plus récemment au Togo ou le maintien multi décennal de Paul Biya à la tête du Cameroun ou de Denis Sassou-Nguesso à la tête du Congo. Nul doute que l’Organisation soit âprement confrontée à ces questions dans les années à venir. Bien que la démocratie et le respect de l’État de droit demeurent des horizons souhaitables, comment faire en sorte que les pays y adhèrent véritablement au-delà du discursif, et que la démocratie et l’État de droit soient issus de processus endogènes et non perçus comme étant de facture exogène pour ne pas dire occidental ou répondant à des critères occidentaux.
Même si certains peuvent chercher à minimiser le départ des trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) qui se révèlent multirécidivistes en 2025 puisqu’ils ont déjà quitté la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier, il n’empêche qu’ils soulèvent des questions de fond auxquelles l’Organisation ne pourra se soustraire. Il en va à la fois de la crédibilité et de la pérennité de ses missions politiques.
Que nous disent ces retraits de la position de la France au Sahel ? D’autres pays tirent-ils profit de cette détérioration des relations avec Paris ?
Pour commencer, je pense qu’il faut vraiment dissocier la France de l’Organisation internationale de la francophonie qui dispose de ses propres instances et textes régulateurs, et ce quand bien même dans les représentations cette dernière peut être perçue comme le « cheval de Troie » de la politique française.
En revanche, s’il s’agit d’interroger la position stricto sensu de la France au Sahel, il est avéré que les relations entre les différents pays se sont largement étiolées. La France a été contrainte, sous les huées, de quitter le théâtre des opérations malien en 2022 et la réarticulation de son dispositif militaire post-Barkhane s’est révélé être un échec, les putschistes ayant demandé le départ des militaires français en 2023 après avoir renversé le président Mohamed Bazoum. En 2024, le Sénégal et le Tchad ont demandé le retrait des bases françaises dans leur pays montrant certes une détérioration des relations, mais également une nécessité de les banaliser à terme.
Loin d’être isolés, les pays de l’AES se sont rapprochés de la Russie et de la Chine. Des éléments de la société militaire privée (SMP) Wagner et d’Africa Corps – sous la tutelle du GRU ou service de renseignement militaire de la Fédération de Russie – permettent la sanctuarisation des chefs militaires au pouvoir. Au Mali, certains de ces éléments sont plus directement engagés dans des opérations aux côtés des forces de défense et de sécurité. La Chine quant à elle ne semble pas en reste. Elle pourrait, selon différentes sources, investir dans plusieurs secteurs que sont les minerais critiques et leur exploitation, la vente d’armes et la médiation diplomatique entre ces pays et ceux de la sous-région et dont les relations ont été altérées depuis leur départ de la CEDEAO.
Si des retraits/retours peuvent faire partie de cycles dans la vie des organisations régionales et/ou internationales, il n’empêche que les décisions prises par les pays de l’AES concourent à une recomposition géopolitique régionale et internationale et que les questions posées dans le cas d’espèce à l’OIF, par leur retrait, sont légitimes et que des réponses doivent y être apportées indépendamment des jugements quant à la nature de leur régime.
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02.04.2025 à 17:01
stagiairedecomm@iris-france.org
Pascal Boniface · Démantèlement de l'USAID : impacts sur le système humanitaire mondial. Avec Olivier Routeau | Entretiens géopo Alors que les États ont tendance à réduire leurs budgets consacrés à l’aide humanitaire mondiale, celle-ci subit de plein fouet l’investiture de Donald Trump. Quelques mois seulement après sa prise de poste, le président américain et son administration ont démantelé l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international), dont les financements représentaient plus de 40 % de l’aide humanitaire mondiale en 2024, dans le cadre d’une refonte des budgets états-uniens. Licenciements massifs, sélectivité brutale, coupure nette de financements, les répercussions de cette suspension sur les activités des organisations non gouvernementales dépassent le cadre des frontières états-uniennes. Un positionnement qui incite ces organisations à envisager une restructuration profonde de leurs activités et à diversifier leurs sources de financements dans un contexte géopolitique où le retrait des États-Unis pourrait profiter à la Chine. Quels sont les tenants et aboutissants du démantèlement de l’USAID ? Quelles pourraient être les conséquences sur la population de la baisse généralisée des budgets consacrés à l’aide humanitaire internationale ? La Chine pourrait-elle être susceptible de prendre le relais sur le financement de l’aide humanitaire ? Quelles questions éthiques soulève le besoin croissant de financements au sein du secteur humanitaire ? Autant d’enjeux abordés dans ce podcast avec Olivier Routeau, responsable des urgences & du développement opérationnel de Première urgence internationale.
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Alors que les États ont tendance à réduire leurs budgets consacrés à l’aide humanitaire mondiale, celle-ci subit de plein fouet l’investiture de Donald Trump. Quelques mois seulement après sa prise de poste, le président américain et son administration ont démantelé l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international), dont les financements représentaient plus de 40 % de l’aide humanitaire mondiale en 2024, dans le cadre d’une refonte des budgets états-uniens. Licenciements massifs, sélectivité brutale, coupure nette de financements, les répercussions de cette suspension sur les activités des organisations non gouvernementales dépassent le cadre des frontières états-uniennes. Un positionnement qui incite ces organisations à envisager une restructuration profonde de leurs activités et à diversifier leurs sources de financements dans un contexte géopolitique où le retrait des États-Unis pourrait profiter à la Chine. Quels sont les tenants et aboutissants du démantèlement de l’USAID ? Quelles pourraient être les conséquences sur la population de la baisse généralisée des budgets consacrés à l’aide humanitaire internationale ? La Chine pourrait-elle être susceptible de prendre le relais sur le financement de l’aide humanitaire ? Quelles questions éthiques soulève le besoin croissant de financements au sein du secteur humanitaire ? Autant d’enjeux abordés dans ce podcast avec Olivier Routeau, responsable des urgences & du développement opérationnel de Première urgence internationale.
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02.04.2025 à 15:24
Coline Laroche
Les doutes ayant surgi après la Conférence de Munich sur la sécurité, marquée par le discours du vice-président américain J.D. Vance, se sont renforcés avec les tarifs douaniers hostiles à l’Union européenne (UE), le rapprochement entre les États-Unis et la Russie, et l’altercation entre le président Donald Trump et le président Volodymyr Zelensky devant le public. Ces événements survenus en moins d’un mois ont conduit l’Union européenne à repenser sa sécurité en tissant de nouveaux partenariats. Le sommet de Londres, le 2 mars 2025, avec la participation du ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a dessiné les traits d’une coopération émergente autour d’intérêts communs. Effectivement, le Premier ministre polonais, qui assure la présidence du Conseil de l’Union européenne, qui a visité la Turquie le 13 mars 2025, n’a pas seulement souligné le rôle d’Ankara dans la sécurité européenne, mais a soutenu l’adhésion de celle-ci à l’Union européenne. Alors que le paradigme de la politique internationale évolue, la Turquie, qui a investi dans sa défense ces deux dernières décennies, s’impose comme une alliée indispensable, pour l’Union européenne.
L’article L’essor de l’armement turc : un catalyseur pour une nouvelle alliance entre la Turquie et l’Union européenne ? est apparu en premier sur IRIS.
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