Arthur Zarrouki
« Condamnez-vous les violences ? », et voilà que ça recommence… Nous pourrions continuer longtemps ainsi, suivant que l’interlocuteur soit seulement aliéné, ou alors une truite, un couteau, une chips, ou un con. Le départ d’une arborescence sans fin et d’une totale vacuité ; la société du spectacle dites-vous ? Un peu de sérieux s’il vous plaît. Texte intégral (732 mots)
Et si nous options plutôt pour l’offensive ? Et si nous refusions de jouer le rôle cousu de fil blanc que l’on nous propose ? Quitte à ne choisir ni le rôle, ni la pièce, ni le théâtre, ne vaudrait-il pas mieux rester chez soi ?
« Comment osez-vous ? » – le maintenant célèbre How dare you ? de Greta Thunberg – voilà une réplique qu’il serait bien plus agréable d’endosser (à rétorquer d’un ton ferme et néanmoins amical). Ah, le mérite de l’ambiguïté. Nous voilà avec un interlocuteur perturbé, incertain de ce qu’on lui reproche : d’oser mettre en doute notre condamnation des violences ? Ou à l’inverse, d’oser nous demander de les condamner ?
Puis poursuivre notre offensive, tout en douceur, en feignant la naïveté : « Quelles violences voudriez-vous que nous condamnions ? ». Sous-entendu : n’hésitez pas à faire votre liste, nous sommes toujours ravi.e.s de condamner les violences. Voilà notre interlocuteur rasséréné : les violences seront condamnées, l’ordre sera défendu.
Imaginons quelques qualificatifs, et approfondissons notre méthodique démonstration par l’absurde :
Arthur Zarrouki
Collectif Moins !, La décroissance chemins faisant (2024), Antipodes, Collection Aux arbres, etc. Un livre à lire (absolument) si la décroissance vous intéresse, ou à offrir à toute personne sensible aux exploitations, dominations et aliénations (ce qui je l’espère constitue l’essentiel, si ce n’est la totalité, de vos proches) ! Car il est très accessible, tout en offrant une solide présentation de la décroissance (malgré un léger dérapage individualiste en deuxième partie), et une grande richesse de thèmes, de quoi correspondre aux intérêts de tous et toutes, et stimuler la pensée. Moins ! est un bimestriel romand d’écologie politique (https://www.achetezmoins.ch/), qui « diffuse depuis 2012 les idées de la décroissance en Suisse romande et au-delà », que nous ne pouvons que vous conseiller ! À partir d’articles parus dans le journal depuis sa création, sa rédaction, « militante, bénévole et éconoclaste », a composé cet ouvrage aussi intéressant que riche. Rédaction (« une vingtaine de plumes différentes », p. 4) qui est d’ailleurs à l’origine de la majorité des articles présents dans ce livre. Cet ouvrage est une belle démonstration de l’intérêt du recyclage, lorsqu’il est bien pensé : nulle impression de juxtaposition. Il est également un sain rappel à nous tous et toutes, en premier lieu militants et militantes décroissants : nous ne sommes pas immunes à l’emprise que la « stabilisation dynamique »[1] exerce sur nos imaginaires. Plus encore, cela demande une vigilance constante. Une décolonisation chemin faisant… Comme nous le rappelle Le Paresseux dans la préface de cet ouvrage : « Ne dit-on pas parmi vous que “c’est dans les vieilles casseroles que l’on fait les meilleures soupes” ? » (p. 4). L’ouvrage est articulé en trois parties, et couvre de très nombreux sujets. Il ne serait pas raisonnable d’en faire une recension exhaustive, contentons-nous donc dans un premier temps de reproduire ici le plan du livre, dans les grandes lignes. Et ainsi offrir un aperçu de la diversité des sujets pouvant être approfondis à l’aide de cet ouvrage : il s’agit d’ailleurs d’une de ses forces. Non pas à travers une approche universitaire, qui ambitionnerait de définir l’objet de son étude, de l’inscrire dans une généalogie — d’autres ouvrages le font très bien — mais via des regards qui se croisent et se répondent, vivants et à même de faire vivre leur sujet, de nourrir la réflexion. À l’inverse, nous pouvons regretter l’absence d’introduction et de conclusion, aussi bien au sein des parties que générales, ce qui aurait pu offrir une hauteur supplémentaire à ce recueil. Dans un deuxième temps, attardons-nous sur la première partie, « Décroissance ou chaos ? » (pages 9 à 78), qui s’attelle à la difficile, mais indispensable tâche, de définition de la décroissance. Tout simplement car il s’agit du cœur même de l’activité de la Maison commune de la décroissance[2]. Nous avons d’ailleurs été particulièrement sensibles à l’ouverture de ce livre avec André Gorz[3], en particulier le rappel que « l’écologie politique véritable ne se conçoit ainsi pas comme une simple défense de la nature, mais bien comme celle d’un “monde vécu”, comme celles des structures qui nous permettent de maîtriser réellement nos vies et de leur donner du sens, de manière libre et autonome » (p. 10). Le choix des articles est pertinent, leur enchaînement fluide, et ils sont suffisamment riches et divers pour couvrir un panorama à même d’offrir une présentation de qualité de ce qu’est la décroissance, notamment car elle n’est pas réduite à sa dimension économique (et matérielle), ce qui demeure un des écueils principaux à une visibilité crédible de la décroissance. Ce satisfecit est particulièrement vrai pour la première sous-partie « La décroissance : pour une écologie politique radicale », au sein de laquelle nos désaccords sont suffisamment marginaux pour ne pas les souligner. Contentons de partager quelques morceaux choisis : « il est ainsi nécessaire de repolitiser l’écologie […], de décoloniser nos imaginaires des visions libérales qui individualisent les problèmes » (p. 12) », « Dumont insiste sur la nécessité de combattre non pas la pauvreté, mais la richesse » (p. 13), « Les besoins — que l’on croyait caractérisés par leur nécessité — sont ainsi transformés en simples désirs inexprimés, dont nous ignorerions jusqu’à l’existence » (p. 28), « La croissance n’est pas compatible avec l’idée même d’autolimitation, que les sagesses du monde entier prônent pourtant depuis des millénaires » (p. 28), ou encore « le chemin choisi plus ou moins consciemment [par les sociétés modernes], celui de l’hypertrophie de la raison, de l’individualisme et du matérialisme » (p. 34). Et pour finir, l’extrait d’un article de Maria Mies[4] : « cette infinitude est mythique et ne peut être soutenue que par des divisions coloniales : entre centres et périphéries, hommes et femmes, régions urbaines et rurales, sociétés industrielles modernes du Nord et sociétés “arriérées”, “traditionnelles” ou “sous-développés” du Sud. La relation entre ces couples est hiérarchique, non égalitaire et caractérisée par l’exploitation, l’oppression et la domination » (p. 41). La seconde sous-partie « En route pour la décroissance » est plus faible et moins marquante, peut-être car plus légère, et probablement aussi à cause d’une impression dominante de juxtaposition d’articles plutôt que d’une articulation bien pensée. Tout en ayant conscience de la difficulté intrinsèque du format (un recueil) et de celle de composer avec l’ancienneté des articles (2012 pour les plus anciens) : la tentation est toujours grande de vouloir remettre l’ouvrage sur le métier, riche des enseignements passés… Quitte à insister, l’ajout d’introduction et de conclusion, aussi bien au sein des parties que générales, aurait pu être un bon compromis, comme liant et comme recul. À l’inverse de la précédente sous-partie, ce qu’il nous semble le plus important de souligner ici sont les désaccords et déceptions, un en particulier. Tandis que nous ne pouvons que nous féliciter du rappel de la nécessité « de trois niveaux d’actions différents et complémentaires » (p. 45), à savoir « la responsabilité individuelle » (p. 45), « les alternatives collectives » (p. 47), et le « projet politique » (p. 48), nous regrettons qu’ils semblent mis sur un pied d’égalité. Impression renforcée par la suite à la lecture des « dix premiers conseils pour entrer en résistance » (par la rédaction du journal La Décroissance), 9 sur 10 s’inscrivent (principalement) dans le champ de la responsabilité individuelle, jusqu’à défendre le « développement personnel » (p. 54) — une maladresse peut-être ? — et affirmer « changeons et le monde changera » (p. 54), quelle terrible responsabilité à porter sur nos épaules humaines, trop humaines. N’est pas Atlas qui veut… Revenons sans attendre sur le cas du journal La Décroissance, en l’occurrence notre regret et notre déception de ne pas lire (par exemple en note de bas de page) un commentaire critique de ce journal. Peut-être n’était-il pas problématique en 2013 (date de publication de l’article susmentionné), mais ce livre date de 2024. Il nous semble essentiel de prendre position, le plus explicitement possible, aussi bien (et les deux sont liés) face au brouillard qu’il engendre quant au fond, que face au mal qu’il fait à l’image de la décroissance au sein des autres mouvements militants de gauche : combien de fois avons-nous dû montrer patte blanche ? Nous vous invitons à consulter cette sélection de trois articles à ce propos : ED : de quelques décroissants en dégringolade, Notre décroissance n’est ni de droite ni d’extrême-droite et Grand remplacer les hidées d’extrême-droite grâce à la décroissance. Enfin, pour retourner, et en finir avec notre mouton, celui de l’approche individualiste de la décroissance. Bien sûr que nous ne pouvons que nous en offusquer : nous défendons une décroissance politique, nous définissons la décroissance comme l’opposition politique à la croissance. Et par cela nous entendons une opposition à l’ensemble du paradigme de la croissance[5], et nous appelons à un triple renversement : la décrue économique, la décolonisation de nos imaginaires et la repolitisation, dont le point de départ serait la repolitisation. En effet, que nous est-il permis d’espérer du temps que nous demeurons dans le régime politique de croissance ? Ce régime politique de dépolitisation[6], dont les fondements sont l’individualisme, l’horizontalisme, le neutralisme… Permettons-nous donc d’aller encore plus loin, jusqu’à se réjouir que cela suscite notre indignation, notre colère : « Un être humain, ce n’est pas que de la raison ; ce sont aussi des émotions : et ce n’est jamais la raison qui mobilise, qui met en mouvement, qui meut : ce qui meut, c’est une émotion (dans le vocabulaire du 18ème siècle, “la raison est sans passion”, David Hume) » (Michel Lepesant). Fort heureusement, cet écueil ne resurgit pas dans le reste du livre (ou alors très ponctuellement). Ouf, de quoi reprendre la lecture sereinement, mais non sans une certaine amertume : quel dommage de ne pas avoir su éviter ce piège, et d’y être tombé si tôt. Et pour finir, quelques commentaires, en vracs. Essentiellement des satisfecit que nous souhaitons souligner — non pas dans une logique de classement hiérarchique de ce qui compterait plus ou moins, tout simplement ce qui nous plaît le plus, et les choisir ne fut pas trivial —. Mais aussi quelques objections face à des points qui nous semblent importants. [1] Le concept de stabilisation dynamique est d’Hartmut Rosa, un sociologue et philosophe allemand qui s’inscrit dans le sillage de la théorie critique (École de Francfort). Il s’agit d’une thèse La thèse selon laquelle notre société moderne ne peut rester sur ses rails qu’au prix du toujours plus (la croissance stricto sensu), du toujours nouveau (l’innovation) et ce toujours plus vite (l’accélération). L’expression de « stabilisation dynamique » peut donc être comprise comme synonyme de « la croissance pour la croissance ». Pour approfondir, découvrez l’article « Pourquoi faut-il lire Hartmut Rosa » de Michel Lepesant (sur son blog), qui renvoie à plusieurs recensions : https://decroissances.ouvaton.org/2020/05/01/pourquoi-faut-il-lire-hartmut-rosa/ [2] Notamment à travers son travail de découverte du noyau de la décroissance, constitué d’une définition claire (https://ladecroissance.xyz/definition-claire-lopposition-politique-a-la-croissance/), d’un fondement juste (https://ladecroissance.xyz/fondement-juste-plancher-plafond/), d’un objectif désirable (https://ladecroissance.xyz/obectif-desirable-vye-sociale/) et d’un mobile acceptable (ou tolérable) (https://ladecroissance.xyz/mobile-acceptable-depense/). [3] La rencontre de nos (f)estives 2026 lui a été consacrée, l’ensemble des comptes rendus sont accessibles sur notre site : https://ladecroissance.xyz/festives-2026-2/. [4] Maria Mies est une sociologue et écoféministe allemande, pionnière d’une critique radicale de notre société de croissance et de la perspective de la subsistance. [5] À découvrir à travers l’image de l’iceberg : https://ladecroissance.xyz/image-iceberg/ [6] Qu’entendre par politique, dépolitisation et repolitisation ? À découvrir sur notre site : https://ladecroissance.xyz/2026/06/05/politique-depolitisation-repolitisation/ [7] Nous vous laissons le plaisir de chercher les définitions de ces différentes propositions. [8] Le teukein correspond à la capacité de faire, celle de la technique, de la technè, en opposition au legein, qui correspond à la capacité de produire la signification du monde par la parole, via une vision collectivement partagée dans la réflexion et la discussion. Pour en savoir plus, découvrez la Rencontre avec Onofrio Romano de nos (f)estives 2025 : https://ladecroissance.xyz/2025/09/10/la-rencontre-avec-onofrio-romano-mardi-et-mercredi. [9] Ivan Illich, Énergie et équité, Le Seuil, 1975. [10] Il s’agit d’un pilier du noyau de la décroissance défendu par la MCD, en l’occurrence l’objectif : https://ladecroissance.xyz/obectif-desirable-vye-sociale/ [11] Il s’agit d’un pilier du noyau de la décroissance défendu par la MCD, en l’occurrence le fondement : https://ladecroissance.xyz/fondement-juste-plancher-plafond/ [12] Notamment à travers les travaux d’André Gorz, qui fut l’objet de la Rencontre de nos (f)estives 2026 (https://ladecroissance.xyz/2026/07/20/apports-gorz-decroissance-politique/) [13] Notamment à travers les travaux de Fabrice Flipo, en particulier son livre Changer les modes de vie : une dialectique matérialiste par-delà le plan et le marché, (Éditions du Croquant, 2024) dont une recension est en cours. [14] Telle que la rapporte Onofrio Romano (sociologue italien, compagnon de la MCD) dans son texte Ulysse-Personne, publié sur le site de la MCD le mois dernier : https://ladecroissance.xyz/2026/09/18/ulysse-personne/ Texte intégral (4808 mots)

Arthur Zarrouki
Plus de 6 années se sont écoulées depuis la conclusion de la convention citoyenne pour le Climat (CCC), constatons que nos dirigeants ont choisi le chemin du business as usual, tout au plus teinté en vert. Et deux autres, spécifiquement adressées à cette initiative, qui émane d’un thuriféraire de l’expertise, et qui promeut « un accès à l’information sur les grands enjeux abordés […] sous la forme d’auditions de scientifiques et d’experts, avec une approche factuelle » : Sur ce, nos meilleurs vœux à cette convention citoyenne ! Puisse-t-elle aller puiser jusqu’aux apports de la décroissance… Texte intégral (568 mots)
À l’aube du lancement de l’initiative « Un commun accord » de Jean-Marc Jancovici (une assemblée citoyenne de « 150 citoyens tirés au sort [qui] se retroussent les manches pour s’attaquer aux grands dilemmes de notre époque »), n’y aurait-il pas des leçons à en tirer ?
En particulier des leçons de méthode, pertinentes pour toute nouvelle convention citoyenne, et indispensables pour ne pas se condamner inévitablement à l’échec. Soulignons en trois, générales :
Onofrio Romano
Quelques mots de la MCD. Un grand merci à Onofrio Romano, compagnon de la MCD de la première heure, pour nous avoir transmis le texte de son intervention lors de la rencontre Pollen de cet été (compte-rendu ici). D’autant que de ce texte dense, nous pouvons indiquer au moins 3 axes d’intérêt direct pour une décroissance politique telle que plaidée par la MCD. Résumé. La « culture de la variété » méditerranéenne associée à Franco Cassano, c’est-à-dire la coexistence d’univers symboliques, aboutit en fin de compte à un neutralisme postmoderne qui exclut toute recherche de modes de vie alternatifs. En revisitant les derniers écrits de Cassano, cette communication met en évidence la rupture non résolue engendrée par la crise du marxisme : une fois l’horizon normatif effondré, la diversité remplace la transformation, et l’intellectuel se voit simplement chargé de gérer les frontières entre les mondes culturels. Dans ce contexte, cet article propose une autre figure méditerranéenne : non pas Ulysse du nostos, mais Ulysse en tant que « Personne ». Ce masque fait écho à la formation, sur plusieurs siècles, d’une « anthropologie de l’absence de la basse Adriatique », façonnée par la marginalité, le mimétisme et un anticolonialisme métaphysique qui refuse l’impératif d’« être » et de « produire », typique de la subjectivité moderne. Cette anthropologie offre des ressources conceptuelles pour comprendre les processus contemporains de démodernisation théorisés dans la sociologie du milieu du XXe siècle. L’argument est ensuite étendu au « Royaume du Milieu » (la Chine), où les débats émergeants sur la gouvernance algorithmique et l’érosion du risque entrepreneurial — qu’ils soient pleinement réels ou encore spéculatifs — font écho à l’intuition ancienne d’Adam Smith selon laquelle la Chine serait une civilisation de « développement naturel ». Lorsque le risque est absorbé par la planification, la dimension souveraine de la vie redevient envisageable au-delà de la servilité capitaliste. Penser la Méditerranée aujourd’hui, c’est donc penser à l’échelle mondiale : utiliser la mer non pas comme un cadre régional, mais comme un outil conceptuel pour explorer des qualités de vie alternatives et de nouvelles imaginations politiques. La figure de « Personne » devient un pont entre les marges méditerranéennes, les impulsions de démodernisation et les trajectoires expérimentales de post-croissance de la Chine. Il y a, dans les derniers écrits de Franco Cassano, et en particulier dans L’inquietudine del pensiero (Laterza, Bari 2024) quelque chose qui permet à notre sens de relire l’ensemble de son parcours intellectuel. Le texte pourrait paraître mineur, presque modeste dans sa forme, puisqu’il se présente comme un long dialogue avec Pasquale Serra. C’est précisément pour cette raison qu’il est particulièrement précieux. Il nous livre non seulement le Cassano achevé, le Cassano, pour ainsi dire, « d’exportation », mais la généalogie même de son mouvement intellectuel. Que trouve-t-on à l’origine de ce mouvement ? Un traumatisme : la crise du marxisme. Cassano n’a jamais simplement rejeté le marxisme. Il lui reconnaît au contraire une puissance analytique et critique extraordinaire. Et on pourrait en dire autant aujourd’hui : nombre de catégories marxiennes restent indispensables pour comprendre le capitalisme, les inégalités, l’exploitation et le désordre global contemporain. Le problème, selon Cassano, est ailleurs. Il ne tient pas seulement à l’échec de la prophétie historique marxiste, au fait que les contradictions internes du capitalisme n’ont pas mécaniquement engendré son dépassement. Le problème est plus profond. Il est normatif. Le marxisme ne fournirait pas les instruments nécessaires pour penser l’« au-delà » : une autre qualité de vie, une autre forme d’existence, un autre rapport entre production, société, politique, connaissance et pouvoir. C’est là le point décisif. Pour Cassano, le marxisme reste, malgré lui, une forme radicale d’occidentalisation du monde. Il conteste certes le capitalisme, mais souvent au nom de la généralisation du mode de vie occidental : il s’agit, au fond, de généraliser la vie des maîtres. Les classes et les peuples subalternes devraient enfin pouvoir vivre comme vivent les classes et les peuples dominants. Ce n’est pas là un problème secondaire. C’est le problème. Pasolini (Lettere luterane, Garzanti, Milano 2015) l’avait perçu avec une extraordinaire lucidité. Lorsqu’il s’adresse au jeune militant radical qui attaque le capitalisme avec une passion révolutionnaire, il lui reproche au fond de ne pas vouloir une autre vie. Certes, il combat les maîtres, mais ce qu’il désire est de pouvoir vivre comme eux. L’émancipation finit ainsi par coïncider avec la distribution universelle d’une même vie. La question de Cassano prend naissance dans cette déception. Et si l’émancipation ne pouvait pas être ramenée à l’accès ? Si se libérer ne signifiait pas simplement entrer dans le monde que la modernité a déjà construit ? Si le véritable enjeu était au contraire celui d’une autre qualité de vie ? Or c’est ici qu’apparaît une difficulté. On pourrait s’attendre à ce que Cassano, parti de cette constatation, se consacre à l’élaboration d’un tel horizon, qu’il cherche à définir un nouveau projet normatif, une nouvelle imagination politique, une autre forme d’existence après l’épuisement aussi bien du capitalisme que du marxisme classique. Ce n’est pourtant pas exactement ce qui arrive. À notre sens, un déplacement se produit progressivement dans sa pensée. Une fois écroulée la vérité marxiste, une fois que le marxisme ne peut plus prétendre au statut de science de l’histoire, Cassano ne part pas à la recherche d’une autre vérité. Il commence plutôt à se méfier de la vérité elle-même. Une partie importante de son œuvre peut ainsi être relue comme une critique de la certitude (La certezza infondata, Dedalo, Bari 1983), une déconstruction des prétentions de la vérité, un effort pour la suivre au plus près afin d’en faire apparaître la fragilité. La fin de la vérité ne signifie donc nullement la fin de la pensée. Elle inaugure une autre tâche : faire coexister les univers symboliques. Cassano passe ainsi de la vérité à la variété. Voilà, à notre sens, le passage décisif. La question n’est plus : qu’est-ce qui est vrai ? Ni même : quel monde voulons-nous construire ? Elle devient : comment des univers symboliques différents peuvent-ils vivre ensemble sans s’anéantir réciproquement ? Il faut prendre au sérieux ce déplacement. Les êtres humains ne sauraient vivre sans mondes symboliques. Il leur faut des récits, des significations, des promesses, des consolations, des horizons. Ces univers sont toujours partiels, fragiles et, dans une certaine mesure, peut-être toujours faux. Ils n’en sont pas moins nécessaires. Il ne s’agit donc plus de conduire des guerres de vérité, encore moins d’imposer un univers symbolique à tous les autres, mais d’en organiser la coexistence. La pensée méditerranéenne de Cassano finit ainsi par devenir, en un certain sens, une théorie de la frontière (La pensée méridienne, Éditions de l’Aube, La Tour-D’Aigues 1998). L’intellectuel n’est plus le prêtre d’un univers symbolique particulier. Il n’est pas davantage le critique adornien qui juge la société du point de vue de la rédemption, c’est-à-dire à partir de l’horizon d’une autre vie possible. Il se tient plutôt entre les mondes. Il organise leur rencontre. Il administre la variété. C’est ici que les ombres commencent à apparaître. Car l’administration de la variété est une opération beaucoup plus ambiguë qu’elle ne le paraît. Elle risque de reproduire, sous une forme nouvelle, le régime occidental de la neutralité : une sorte de culte postmoderne de la variation où prolifèrent les cultures, les identités, les récits et les différences, sans que cette prolifération ne conduise jamais à la formulation d’un critère, d’un conflit véritable, encore moins d’une autre qualité de vie. À bien y regarder, la frontière est une position confortable. Elle permet de parler des cultures sans véritablement pénétrer en elles ; de célébrer le mélange sans se demander ce qui est mélangé, par qui, suivant quels rapports de pouvoir et, surtout, quelles formes de vie concrètes sortent de cette rencontre. Plus encore, la rhétorique de la frontière risque paradoxalement de substantialiser les cultures : celles-ci sont alors imaginées comme des entités existant en elles-mêmes, déjà constituées, qui, dans un second temps, se rencontreraient, se heurteraient, s’hybrideraient ou cohabiteraient. Mais les cultures existent-elles vraiment de cette manière ? Rien n’est moins sûr. Et peut-être la question n’est-elle justement pas celle de l’organisation de la coexistence entre des substances culturelles préalablement constituées. Peut-être faut-il chercher, dans la Méditerranée, non pas la variété des cultures, mais les traces d’autres qualités de vie. C’est sur ce point que nous voudrions nous éloigner de Cassano, tout en reconnaissant pleinement notre dette à son égard. Dans le méridianisme cassanien, Ulysse devient le modèle anthropologique de référence. Il est le héros du nostos, du retour : celui qui parcourt la Méditerranée, traverse une multitude de mondes, accumule expérience, savoir et ruse, mais ne perd jamais la nostalgie de sa maison, là où finalement il retourne. Il tient ainsi ensemble le monde et la demeure, la mobilité et l’enracinement, la modernité et la tradition. L’image est puissante. Mais une autre figure d’Ulysse nous paraît aujourd’hui plus féconde : non pas Ulysse, l’homme du retour, mais Ulysse-Personne. Lorsqu’il aveugle Polyphème, le Cyclope lui demande son nom. Ulysse lui donne pour nom : Personne. Ainsi, lorsque Polyphème appelle les autres Cyclopes à son secours, il ne peut que leur dire que « Personne l’attaque ». On interprète d’habitude l’épisode comme l’une des nombreuses manifestations de la ruse d’Ulysse. Il nous semble pourtant qu’il contient quelque chose de plus. Il met en scène un geste à la fois métaphysique et politique. Ulysse se sauve en se soustrayant à l’identité. Il survit en devenant absent. Il triomphe non pas parce qu’il réussit à affirmer qui il est, mais parce qu’il suspend précisément la prétention à être quelqu’un. Ce masque de Personne est particulièrement suggestif si on essaie de penser l’espace de la basse Adriatique : les Pouilles, l’Albanie, les deux rives d’une petite mer marginale qui, pendant des siècles, a vécu comme l’appendice de formations impériales plus vastes. Ce territoire a longtemps été la périphérie d’empires qui colonisaient simultanément ses deux rives sans permettre pour autant qu’elles entrent véritablement en relation. Espace de domination, sans doute. Mais aussi espace d’esquive. On y rencontre ce que nous pourrions appeler une anthropologie de l’absence. Elle se déploie suivant un double mouvement. Le premier est celui du mimétisme. Le sujet colonisé apprend à s’adapter au colonisateur du moment. Vous voulez que je sois musulman ? Je serai musulman. Vous voulez que je sois catholique ? Je serai catholique. Vous voulez que je parle votre langue ? Je la parlerai. L’identité devient un masque, une technique de survie, une forme d’accommodement stratégique. Mais, sous ce mimétisme, autre chose persiste. Un monde vernaculaire, un monde de subsistance qui ne se laisse jamais entièrement absorber par les récits historiques imposés par le colonisateur. Dans certaines régions du nord de l’Albanie, par exemple, on a pu retrouver des formes de syncrétisme religieux dans lesquelles une même communauté participait à des pratiques appartenant à différents univers confessionnels. Non pas en raison d’un déficit d’identité, mais parce que l’identité n’était précisément pas l’enjeu ultime de l’existence. À bien y regarder, il ne s’agit donc pas de tolérance. Encore moins de la coexistence libérale entre plusieurs univers symboliques. Il y a là quelque chose de plus radical : un refus de la prétention métaphysique de l’identité elle-même. Voilà pourquoi on pourrait parler d’un anticolonialisme métaphysique : non pas seulement la résistance à tel ou tel colonisateur, mais une soustraction à l’impératif même d’avoir à être quelque chose. Non pas seulement le refus de tel empire, de telle identité ou de telle histoire imposée, mais le refus de l’exigence d’être, d’appartenir entièrement à l’histoire, d’occuper une position reconnaissable et reconnue dans le monde. Voilà ce qui, à notre sens, relie la Méditerranée au présent d’une manière plus profonde que ne le fait la rhétorique de la variété. Car le présent semble traversé par un mouvement souterrain de démodernisation. Par démodernisation, nous n’entendons ni un retour au passé, ni la nostalgie, ni une régression culturelle. Nous désignons plutôt un mouvement de soustraction à l’impératif fondamental du sujet moderne : être davantage, produire davantage, croître davantage, s’affirmer davantage. À quoi il faudrait ajouter : se définir toujours plus nettement, devenir toujours plus visible, repousser sans cesse ses propres limites. La modernité s’est construite sur ce qu’on pourrait appeler une anthropologie de la présence. Le sujet doit apparaître, agir, produire, accumuler, dominer, s’exprimer, se réaliser, devenir visible. L’épuisement de ce modèle nous contraint peut-être aujourd’hui à regarder ailleurs, du côté d’anthropologies de l’absence, c’est-à-dire de formes de vie qui ne placent plus en leur centre le sujet souverain, productif et constamment occupé à manifester sa propre existence. C’est ici que, d’une manière apparemment surprenante, la Méditerranée entre en résonance avec un autre « milieu » : non plus la mer du Milieu, mais l’Empire du Milieu, la Chine. Il faut avancer avec prudence. Il ne s’agit aucunement de présenter la Chine comme un modèle à imiter. À plusieurs égards, son régime politique et social soulève des problèmes considérables et ne nous paraît nullement désirable en soi. L’enjeu n’est donc pas celui de l’admiration. Il est celui de la résonance. Certaines interprétations récentes de la trajectoire chinoise permettent en effet d’entrevoir une possible transformation du rapport entre planification, capitalisme, technologie et subjectivité. L’utilisation massive de l’intelligence artificielle et des systèmes algorithmiques dans les processus de planification économique et politique paraît réduire, ou tout au moins reconfigurer, la place du risque entrepreneurial, qui constitue l’une des justifications classiques du profit capitaliste (Arlacchi, La Cina spiegata all’Occidente, Fazi, Roma 2025). Si le risque est progressivement absorbé par des systèmes de prévision et de planification, la figure héroïque du capitaliste, l’entrepreneur comme acteur souverain qui engage son avenir dans l’incertitude, perd du même coup une partie de sa légitimité métaphysique. La planification algorithmique pourrait ainsi, paradoxalement, engendrer une nouvelle forme d’absence du sujet. On retrouve là, de manière certes lointaine, une résonance avec l’ancienne distinction d’Adam Smith entre le développement « naturel » (de la Chine) et le développement non naturel (de l’Occident), reprise ensuite par Giovanni Arrighi (Adam Smith a Pechino, Mimesis, Milano 2021). L’hypothèse est que la Chine aurait historiquement cultivé une forme de développement davantage liée à la reproduction et à la conservation des ressources existantes qu’à l’expansion illimitée typique du capitalisme occidental. Encore une fois, aucune innocence ne doit être attribuée au gouvernement algorithmique. Bien au contraire. Les risques politiques qu’il comporte sont énormes. Mais c’est justement pour cette raison qu’une question jusque-là en partie occultée redevient centrale : qui gouverne l’absorption algorithmique du risque ? Qui contrôle la planification lorsque celle-ci tend à s’automatiser ? On ne peut laisser une telle question aux seuls experts. Il s’agit, à proprement parler, d’une question politique. C’est ici que Bataille redevient utile (La part maudite, Les Éditions de Minuit, Paris 2014). Lorsque la question servile — celle de la reproduction biologique de la vie — est techniquement réorganisée ou, au moins en partie, résolue, nous nous retrouvons sur le seuil de la souveraineté. Tant que nous sommes dans l’ordre du servile, nous savons ce que nous devons faire : assurer notre survie, satisfaire les besoins, reproduire la vie. Mais quand le nécessaire est assuré, une autre question apparaît. Que faire de ce qui excède la nécessité ? Qu’est-ce qu’une existence souveraine, c’est-à-dire une existence qui ne soit pas entièrement subordonnée à la production, à l’utilité, à la croissance et à la préparation de l’avenir ? Chez Bataille, précisément, l’« au-delà de l’utilité » définit le domaine de la souveraineté. Voilà peut-être le point où la Méditerranée peut encore dire quelque chose d’universel. Non parce qu’elle serait un musée des identités. Non parce qu’elle offrirait au regard une variété pittoresque de peuples, de langues, de religions et de traditions. Non davantage parce qu’elle constituerait une belle frontière où tout pourrait paisiblement rencontrer tout le reste. La Méditerranée nous intéresse si elle nous permet de penser autrement. Elle nous intéresse si elle nous aide à sortir de la simple administration de la variété pour nous ramener à la question d’autres qualités de vie. Si, à travers la figure de Personne, l’anthropologie de l’absence et la mémoire de mondes marginaux et vernaculaires, elle permet de mettre en doute l’obsession moderne de la présence, de l’identité, de la croissance et de la maîtrise. Parler de la Méditerranée ne signifie donc pas seulement parler d’une aire géographique particulière. Cela signifie penser avec la Méditerranée. Ou, mieux encore, penser avec la mer. Une mer n’est pas un territoire. Elle n’est pas une identité. Elle n’est pas une patrie au sens habituel du terme. Elle sépare et met en relation. Elle ouvre des distances et trace des routes. Elle rend la clôture difficile. Elle nous rappelle que toute forme est provisoire, que toute identité est exposée, que tout retour demeure incertain. Les études méditerranéennes ne devraient donc pas se réduire à l’étude de ce qui se passe dans un espace géographiquement délimité. Elles pourraient devenir une manière d’interroger le monde présent à partir d’un angle particulier : celui de la mer, de la frontière, de l’absence, de Personne. C’est peut-être là que réside aujourd’hui leur tâche. Non pas célébrer la variété comme une valeur en soi. Non pas administrer les différences comme si leur simple coexistence pouvait suffire. Mais se demander si, dans les ombres de la variété, il est encore possible de trouver les matériaux d’une autre qualité de vie. Onofrio Romano, Université de Rome Texte intégral (4359 mots)
Entre la mer du Milieu et l’Empire du Milieu

Notes et références
Voltigeur
Plutôt que de fonder une critique politique sur une prophétie, il semble plus solide de la valider en prenant du recul. D’où la publication des ces deux courtes chroniques avec 9 et 6 ans de délai. Car en effet, après la crise du Covid, tout a recommencé comme avant. Quant à Thomas Pesquet, il continue d’assurer le sav de la « conquête » spatiale… Et c’est ainsi que tourne la ritournelle de la croissance ♪♫♪ L’année 2017 nous a tenus en haleine par deux évènements marquants sur la scène de notre pays : Thomas Pesquet et les pandas 1. Pour ceux qui n’auraient pas suivi (y en a-t-il ?), sachez que le premier est un spationaute qui a passé plusieurs mois (six mois je crois) en orbite dans la station spatiale internationale. Je doute qu’il ait fait grand-chose d’utile là-haut. Il est français, c’est un héros. S’est-on un peu foutu de notre gueule à payer un gugusse pour tourner pendant 6 mois au-dessus de nos têtes, en orbite, aux frais du contribuable ? Et le gars nous prend en photos et nous envoie des twits. Apparemment ce gars-là, un français bardé de diplômes et parlant plusieurs langues (personne n’en doute) n’a pas grand-chose à foutre là-haut pour s’occuper. C’est un héros. Profession : héros. Il est français. Le deuxième, c’est les pandas : il y a eu une naissance d’un bébé panda au zoo de Beauval en France, et on a attendu avant de le présenter au public et de le faire baptiser par –tenez-vous bien- la femme du président de la république française ! Si si. Alors c’est à ça que sert ce qu’on appelle une première dame : baptiser les nounours qui sont si mignons et qui ont tellement de mal à copuler qu’il faut les aider, ces messieurs pandas n’étant parait-il pas très portés sur la gaudriole. J’inverserais bien les rôles entre le spationaute et le panda : le panda en orbite et le spationaute au zoo ! On pourrait en faire : un reportage, une revendication avec des manifestations de soutien à la clé, un pandathon, une émission de réalité qui consisterait à filmer le panda dans la station spatiale, le spationaute dans le cocon de son zoo et visité par la souriante femme du président prenant la pose pour Paris match en lui donnant son biberon… Et puis peut-être que monsieur panda montrera une libido un peu plus active en apesanteur ? Ce qui pourrait régler le problème de l’extinction de l’espèce, même au prix d’une grosse dépense de carburant et de quelques tonnes de métal de fusée désagrégées dans l’atmosphère. Ces deux évènements peuvent se résumer par une phrase entendue au journal télé : « il a su créer les moments pour créer de l’émotion ». Diable. Fichtre. Pas beau ça ? Profession : créateur d’émotion. Ça tombe bien : j’adore l’émotion. Mais il faut faire ça dans l’ordre. Créer d’abord des moments pour pouvoir s’émotionner. On ne peut pas s’émotionner dans les transports en commun quotidiens. C’est un peu comme ces moments d’authenticité : l’authenticité d’une tribu de papous tapant du pied dans la poussière et les ornements de plumes devant les flashs et les caméras et smartphones des touristes suant en surpoids, un bus climatisé attendant à quelques mètres en arrière hors du champ des prises de vue. J’adore entendre ce genre de phrases : « savoir créer des moments pour créer de l’émotion ». Emballez-moi pour 500 grammes d’émotion, c’est pour consommer ce soir. On est là, on fabrique un moment. Pop ! En voilà un. Comme une bulle de savon bien irisée. Et puis dans la foulée : pop ! On vous fabrique quelques grammes d’émotion en apesanteur. Vive les voyages dans l’espace ! Vive les pandas ! On pourrait très bien voir les choses comme ça, d’ailleurs on les voit comme ça, d’ailleurs elles sont comme ça : Dieu a créé la terre et les hommes et les femmes et les animaux et les plantes et les cailloux et le pétrole etc., à peu près comme il est dit dans la Bible. Jusque-là rien d’étonnant. Puis il s’est reposé un peu (refrain connu) puis il est allé ailleurs dans l’univers pour fabriquer d’autres planètes et ça fait un moment qu’il est pas revenu voir ce qui se passait sur la terre. Il est très occupé, c’est un sacré bâtisseur d’univers, ses journées sont très remplies et il n’a pas vraiment le temps de prendre des vacances. Il n’arrête pas. Très récemment il s’est dit « tiens, je me demande comment c’est géré sur la planète terre. Ça fait un bail que j’ai pas été y voir. Bon dieu ! D’après mon agenda je n’ai même pas été voir depuis que j’ai bricolé cette planète. Je vais y faire un saut vite fait. » Il est arrivé plein pot dans la galaxie, après un virage sur les chapeaux de roue il a bifurqué vers le système solaire et est arrivé comme une balle vers la planète terre. En s’approchant il a appuyé à fond sur les freins et après quelques soubresauts il a fini par se mettre en orbite. (Il allait falloir faire réviser ces freins, se dit-il, je suis trop négligent avec les aspects sécurité.) Après ça il a sorti sa vision télescopique et oh là là, il a pas fini de passer les continents en revue qu’il comprend que ça déconne sévère. Alors il est venu pour voir et il a vu tout de suite que c’était parti en couille. Je vous fais pas un dessin. Je vous le fais pas parce que vous avez bien constaté tout seul que c’est un beau bordel. On peut dire que depuis Adam et Eve et le coup de la pomme et du serpent c’était parti dans tous les sens et pas dans le bon sens. Dieu a tout de suite vu, avec son œil divin capable d’embrasser un vaste champ de vue, que c’était parti en couille dans tous les recoins de la planète. Merde alors, qu’il se dit. Je l’aimais bien cette planète, la première que j’ai réussie. J’en ai fabriqué depuis de plus jolies et plus efficaces, mais je garde un sentiment pour celle-là. Et qui est-ce qui m’a foutu un bordel pareil ? Ah ben oui, c’est pas étonnant et c’était même couru d’avance j’aurais dû m’en douter, c’est les humains. Bon dieu qui aurait pu prévoir que ces deux couillons d’Adam et Eve allaient engendrer… Regardez-moi ça : ils ont tout foutu en vrac, mon joli écosystème et tout et tout. Ça m’énerve. Quand Dieu s’énerve, vaut mieux pas être dans les parages les gars. Et ça a pas loupé : d’un imperceptible froncement de son sourcil gauche, Dieu a créé une paire de virus en forme de couronne et l’a balancée à travers l’atmosphère polluée de la planète. En lançant la paire il a dit à papa virus et maman virus : « croissez et multipliez ». Puis il a ajouté : « Mettez-moi un peu d’ordre dans tout ça ». Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec ce coronavirus à la con qui a fait péter la croissance économique et tout et tout. Mais on va s’en sortir les gars. Attendons juste que Dieu tourne le dos, et il va pas tarder à le faire parce qu’il a d’autres chats à fouetter qu’à tourner autour de cette planète. Il faut qu’il retourne au turbin lui aussi. Et alors vous allez voir ce que vous allez voir, on va te le remodeler son écosystème. Et ça va nous rapporter un max. Y’a un business après le virus. Le voltigeur Texte intégral (1730 mots)
Fin 2017 : En orbite et les pandas, deux évènements marquants de l’année

2020 : On va se faire un max de blé quand tout ça sera fini.
Notes et références
Arthur Zarrouki
Les Caisses de Redirection Écologique (CRE) est un concept théorisé par Alter Kapitae dans la cadre d’une réflexion prospective sur de nouvelles institutions financières basées sur la comptabilité écologique pour la transformation écologique des territoires. Les CRE se veulent donc être de nouvelles institutions capables de financer la décroissance. Dans le cadre du focus de nos (f)estives 2026, carte blanche a été offerte à nos camarades d’Alter Kapitae pour présenter leur concept de Caisses de Redirection Écologique et questionner ensemble ce qui pourrait freiner leur déploiement. (245 mots)
Une courte vidéo de présentation est accessible sur la chaîne Youtube d’Alter Kapitae (voir ci-dessous)
Le rapport complet est accessible sur le site d’Alter Kapitae.
Ci-dessous la captation de la première partie (une conférence) de la matinée, qui a été suivie d’une seconde partie sous la forme d’un atelier, visant à réfléchir collectivement aux freins aux Caisses de Redirection Écologique. Elle devrait faire l’objet d’un article… À suivre !
Michel Lepesant
L’un des symptômes le plus manifeste d’une immaturité politique est l’attaque dirigée contre l’exigence de précision et de distinction dans l’usage du vocabulaire : Aujourd’hui, le livre le plus important dans la bibliothèque décroissante n’est-il pas celui coordonné par G. D’Alisa, F. Demaria et G. Kallis, Décroissance, Vocabulaire pour une nouvelle ère (2015) ? Voilà pourquoi « les mots sont importants » : très bonne occasion de renvoyer chacun.e d’entre nous à l’excellent site qui reprend cette expression éponyme : https://lmsi.net/ Les mots sont importants, les mots importent. Mais alors qu’est-ce que les mots importent ? Ce qu’il s’agit de reconnaître c’est que l’exigence de précision et de clarté dans notre usage des mots ne doit surtout pas être confondue avec l’illusion d’une maîtrise. Nous ne devons pas céder à la prétention d’Humpty-Dumpty (dans Alice au pays des merveilles) qui croit que « quand j’utilise un mot, il signifie exactement ce que j’ai décidé qu’il signifie, ni plus, ni moins… The question is which is to be master – that’s all ». Ce que les mots importent, c’est ce dont ils sont pleins. Car les mots ne sont pas des formes creuses que nos intentions viendraient remplir comme on comble un vide. Les mots sont remplis de discussions. Et ces discussions sont déjà là quand nous utilisons un vocabulaire, comme la langue est toujours déjà-là avant que je ne la parle. Respecter le cadre d’un vocabulaire (et de sa grammaire), c’est ouvrir son esprit aux discussions. C’est de discussion dont la décroissance a besoin… Texte intégral (817 mots)
« L’homme qui parle est au-delà des mots, près de l’objet ; le poète est en deçà. Pour le premier, ils sont domestiques, pour le second, ils restent à l’état sauvage », Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ? (1948).
Notes et références
Michel Lepesant
Depuis 1 an, une discussion lancée par une interview de Jason Hickel existe au sein de la nébuleuse degrowth sur la question de la stratégie. La MCD compte y prendre sa part. L’un des enjeux de ces discussions porte sur l’écosocialisme, et ses relations avec la décroissance/degrowth. Pour donner une idée de la tonalité de l’itw, voici le chapeau : « Degrowth is a gateway into socialist thought for the 21st century » ; pour Jason Hickel, ce socialisme du 21ème siècle, c’est l’écosocialisme. Autrement dit, la décroissance ne serait pas le projet mais seulement la transition vers une destination qui serait l’écosocialisme, pour reprendre le titre de la préface que Timothée Parrique a écrite (en 2024) pour un livre d’entretiens avec Daniel Tanuro 1. Ajoutons que cette offensive stratégique n’a pas commencé avec cette itw de Jason Hickel et que la question des « convergences » entre écosocialisme et décroissance nourrit déjà un corpus de prises de positions : Mais qu’est-ce alors que l’écosocialisme ? « Vouloir retrouver le sens du marxisme exclusivement dans ce que Marx a écrit, en passant sous silence ce que la doctrine est devenue dans l’histoire, c’est prétendre, en contradiction directe avec les idées centrales de cette doctrine, que l’histoire réelle ne compte pas, que la vérité d’une théorie est toujours et exclusivement « au-delà », et finalement remplacer la révolution par la révélation et la réflexion sur les faits par l’exégèse des textes. » Mais qu’est-ce alors que l’écosocialisme ? Michael Löwy a publié en 2011 un ouvrage qui prétend justement fournir la réponse la plus directe. Il a d’autant plus de légitimité pour le faire qu’il est avec Joel Kovel le co-auteur du Manifeste écosocialiste international (2001). A la sortie de ce livre de Michael Löwy, Fabrice Flipo avait publié (en janvier 2012) une recension qui permet de recadrer et de clarifier certaines facilités que M. Löwy s’accorde, en particulier quand, pour équilibrer le rouge et le vert, il en passe par un équilibre des critiques qu’il adresse aux uns comme aux autres : et, là, il faut reconnaître que les 2 plateaux de la balance ne sont pas faciles à équilibrer. Car, le socialisme du 21ème siècle doit en passer par une critique radicale du « socialisme réel » : et là les références ne manquent pas. Alors pour faire bon poids, Michael Löwy n’est pas toujours exempt de mauvaise foi dans les critiques qu’il adresse à la tradition écologiste : la recension de Fabrice Flipo rétablit la balance. https://www.contretemps.eu/quest-ce-que-l-ecosocialisme/ Notre présentation ne veut pas « rentrer dans les détails » (relever telle expression, telle incohérence entre une phrase et une autre, telle maladresse, telle mauvaise foi…), elle essaie de dézoomer le plus possible sans rentrer dans les variétés et autres variantes de l’écosocialisme. Car il s’agit d’appliquer à l’écosocialisme la même exigence méthodologique que pour la décroissance : « pas de variations sans invariant ». D’autant que les débats existants entre décroissance et écosocialisme se font quand même à un haut degré de généralité. Du côté écosocialiste, dans les premiers débats, la décroissance est simplifiée à une critique de la croissance – et donc à l’objection de croissance. Aujourd’hui, les écosocialistes reprennent la définition mainstream de la décroissance telle que formulée par Timothée Parrique : une réduction économique de la production et de la consommation dans le cadre de valeurs démocratiques, écologiques et sociales. La question est donc : quelles convergences et quelle(s) divergence(s) entre le noyau de l’écosocialisme et le noyau de la décroissance ? Pour la décroissance, nous prétendons à la MCD avoir largement entamé ce travail de conceptualisation, qui a abouti à dégager 4 piliers dans le noyau de la décroissance (la décroissance comme opposition politique à la croissance, l’éloge du limitisme, l’éloge de la vye sociale et l’éloge de l’abondance par le partage). Pour l’écosocialisme, ce travail n’a pas été formellement fait mais il faut reconnaître que les textes de Michael Löwy s’inscrivent toujours dans une intention idéologique d’unité conceptuelle. Décroissance et écosocialisme partagent la plupart des critiques que l’on peut adresser au système dominant actuel, système avec lequel nous voulons explicitement rompre. Cette convergence des critiques est une analyse convergente des crises. Non seulement nous partageons l’inventaire des crises – écologiques, sociales, démocratiques… – mais surtout nous partageons l’idée que ces crises sont « intrinsèquement liées et devraient être perçues comme les manifestations différentes des mêmes forces structurelles » (Manifeste de 2001). Plus profondément, nous devons aussi valider que l’écosocialisme ne dirige pas cet inventaire des critiques seulement contre le système dominant mais qu’il procède d’un mea culpa dirigé contre le socialisme tel qu’il a historiquement existé. Autrement dit, à la critique du système est intrinsèquement associée une critique des critiques du système 3 : et ces critiques sont écologiques, et aussi sociales, et aussi politiques. Lisons Löwy : → Pour l’écosocialisme, cette convergence des crises justifie une convergence des luttes : « Le combat pour une nouvelle civilisation, à la fois plus humaine et plus respectueuse de la nature, passera par une mobilisation de l’ensemble des mouvements sociaux émancipateurs qu’il faut associer » (p.45). C’est évident mais reste à se demander si cette mobilisation, qui est nécessaire, est suffisante pour gagner le combat. Suffit-il de converger dans le contre sans converger pour des objectifs communs ? Décroissance et écosocialisme partagent beaucoup d’objectifs de ce que devrait être une société libérée des souffrances (exploitations, aliénations et dominations). Comment ne pas se réjouir de lire – déclaration écosocialiste internationale de Belém, en 2008 – que « l’écosocialisme propose des transformations radicales dans : Comment ne pas se satisfaire de lire que l’écosocialisme doit se saisir de la question alimentaire et de l’agriculture paysanne (p.69), de la question des ressources énergétiques renouvelables pour sortir des énergies fossiles et de la « fausse alternative » qu’est le nucléaire (p.70), de la question des transports, tant la voiture individuelle que le transport routier des marchandises (p.71), de la publicité (p.72)… → Reste à se demander si la réalisation de tous ces objectifs suffirait pour faire système et sortir vraiment d’un paradigme de la croissance dont les objectifs se parent toujours des termes de « progrès » et de « développement » ? Décroissance et socialisme partagent un fond commun de valeurs : « Socialisme et écologie se réclament tous les deux de valeurs qualitatives » (p.26) .C’est cette « éthique écosocialiste » que parcourt Michael Löwy dans son chapitre 5. Le socialisme moderne est l’héritier de cette protestation sociale, de cette « économie morale ». Il entend fonder la production non plus sur les critères du marché et du capital… mais sur la satisfaction des besoins sociaux, le « bien commun », la justice sociale. Il s’agit de valeurs qualitatives, irréductibles à la quantification mercantile et monétaire ». Quels sont les éléments d’une telle éthique écosocialiste ? → Reste à rappeler qu’il ne suffit pas de partager des valeurs pour réussir une transformation écologique et sociale : parce que si les valeurs peuvent critiquer, si elles peuvent motiver, elles ne peuvent néanmoins mobiliser qu’à condition de s’ouvrir à un horizon d’espérance. Michael Löwy conclut son chapitre sur l’éthique écosocialiste en consacrant quelques paragraphes à une discussion entre Principe Responsabilité (Hans Jonas) et Principe Espérance (Ernst Bloch), malheureusement, pour forcer leur accord, il simplifie l’un et caricature l’autre. Reste donc posée la question de la transformation en tant que stratégie. Les convergences entre décroissance et écosocialisme sont nombreuses. On pourrait facilement les résumer en disant tout simplement que ces deux mouvances sont de gauche. Mais on ne peut pas réduire les relations entre décroissance et écosocialisme aux seules convergences pour en déduire que la décroissance mène à l’écosocialisme, ou que l’écosocialisme a intégré véritablement l’apport de la décroissance à la question de la transformation écologique, démocratique et sociale. Reste à aborder vraiment la question de la transformation sous l’angle du comment : et c’est là qu’il y a une nette divergence entre décroissance et écosocialisme. Comment la formuler le plus directement possible ? C’est que l’écosocialisme enferme la question de la stratégie dans la confusion entre stratégie et scénario et se facilite cette question du scénario en continuant – dans la lignée d’un marxisme pour lequel le matérialisme historique est un déterminisme – de l’aborder en la réduisant au levier de la contradiction. → Mais, cependant, toutefois… l’écosocialisme en ajoutant, voire en substituant, une seconde contradiction (verte) à une première contradiction (rouge) continue de penser la transition, la transformation, la redirection… sous la forme d’une contradiction inéluctable du capitalisme et de l’écosocialisme comme (ré)solution de cette contradiction. Autrement dit, qu’il soit rouge ou vert, l’écosocialisme maintient son schéma stratégique dans un même cadre : celui de la contradiction qui ne peut pas ne pas aboutir à l’effondrement du système critiqué. Analytiquement, on pourrait distinguer entre la mécanique de la contradiction et la critique d’un système par ses contradictions internes mais en réalité il s’agit des 2 faces d’un même argument : l’argument de la nécessité 4 qui est au coeur de la critique fonctionnaliste, cette critique d’un système parce qu’il ne fonctionne pas, parce qu’il échoue (« Le changement climatique montre que le capitalisme est au bout du rouleau » affirme ainsi La perspective écosocialiste, Cancún, 2010) ou qu’il ne peut pas ne pas finir par échouer. Chacun peut facilement mesurer le grand écart stratégique entre critiquer un système parce qu’il échoue et le critiquer parce qu’il réussit. Il ne s’agit pas par ces rappels de refuser à l’écosocialisme une conscience écologiste. Il s’agit néanmoins de ne pas se laisser duper par le degré de volontarisme politique dont cette conscience dispose : les écosocialistes consentent à prendre en considération les questions écologiques mais c’est à reculons, à regret, faute de mieux, comme moindre mal. C’est là toute la différence entre une décroissance subie et une décroissance choisie, entre une décroissance consentie et une décroissance délibérée, entre l’argument de la nécessité (dont les variantes sont le marxisme scientifique, la collapsologie, l’expertocratie écologique…) et l’argument du « même si » ou du « quand bien même ». Même et surtout si une croissance infinie était possible, ce serait à nos yeux une raison de plus pour la refuser pour rester humain. […] Notre combat est avant tout un combat de valeurs. Nous refusons cette société du travail et de consommation dans la monstruosité de son ordinaire et pas seulement dans ses excès ». Avant de conclure : pourquoi est-ce là une divergence forte, pourquoi confondre la question de la stratégie (cadrer les mobilisations) avec celle du scénario (prophétiser les résultats des mobilisations) est regrettable, pourquoi préférer l’argument de la nécessité à celui du « même si » constitue-t-il peut-être une faute politique ? Parce que ces confusions « mépolitisent » la stratégie. Car s’il y a une leçon stratégique à tirer des échecs du socialisme réel, la voici : cadrer une mobilisation, ce n’est pas la diriger ni même lui indiquer les pistes (on peut penser aux « alternatives concrètes », aux « luttes »…), c’est juste commencer un inventaire de ce qu’il ne faut pas faire ; et cette modestie socratique vaut avant tout au moment d’autocritiquer nos propres mobilisations, nos échecs. Il s’agit là d’un double renversement : au lieu de critiquer le système pour ses échecs, on le critique pour ses réussites. Au lieu de croire que nos mobilisations passées n’ont encore jamais réussi à renverser le système par faute de nombre (d’où les appels incessants à l’unitude, « tous ensemble, tous ensemble »), on tire les leçons idéologiques de nos échecs historiques. A l’occasion de nos travaux pour proposer une Fresque de la décroissance, nous nous sommes aperçus que l’on pouvait déterminer les types de rapports entre organisations en croisant deux entrées : 1/ vis-à-vis du « système », intention de continuité ou intention de rupture ; 2/ cette attitude est-elle délibérée (idéalisme du Bien) ou consentie (réalisme du moindre mal) ? Nous avons ainsi repéré 4 types de rapports (de sens, plutôt que de rapports de force) : les « ennemis », les « adversaires », les « alliés » et les « camarades ». Écosocialistes et décroissants sont des « alliés » grâce aux convergences de critiques, d’objectifs et de valeurs. Mais ils ne sont pas des « camarades » à cause d’une divergence stratégique 5. Du point de vue de cette différence, difficile de se réjouir en lisant les écrits récents de Michael Löwy dans lesquels il en vient à défendre une « décroissance écosocialiste » : * Car si nous reprenons les 4 piliers de ce que nous avons repéré comme noyau de la décroissance, cette divergence stratégique se répercute sur chacun d’entre eux : * Bref, si l’entrée en décroissance signifie une « sortie de l’économie », nous avons du mal à croire que l’écosocialisme pourrait apporter le projet dont la décroissance serait le trajet, à croire que la décroissance serait une porte d’entrée vers l’écosocialisme (J. Hickel, T. Parrique). Pour autant, nous ne prétendons pas vraiment savoir ce que serait une post-décroissance : bien évidemment un post-capitalisme, mais pas seulement. Nous nous sentons plus assurés si nous nous limitons à indiquer d’ores et déjà ce que la post-décroissance ne devrait pas être, à la lumière des leçons tirées des échecs passés. Texte intégral (6179 mots)
Présentations écosocialistes de l’écosocialisme
▼ Le manifeste écrit par J.Kovel et M. Löwy en 2001
▼ Présentation de l’écosocialisme par Michael Löwy (2023)
Présentation décroissante de l’écosocialisme
Une convergence des critiques

Une convergence des objectifs
Une convergence des valeurs
Quelle divergence fondamentale ?
En conclusion : plutôt une alliance qu’une camaraderie

Notes et références
Arthur Zarrouki
Un retour en vidéo de l’introduction de la rencontre avec André Gorz de nos (f)estives 2026 : pourquoi s’intéresser à André Gorz ? (135 mots)
Entre point de méthode (savoir lire et discuter collectivement d’un texte), brève présentation de la décroissance et ce qui a conduit à choisir André Gorz pour notre rencontre :
Arthur Zarrouki
Militant décroissant, aspirant militant-chercheur. Membre depuis 2025 de la Maison commune de la décroissance, et d’Atler Kapitae depuis 2024. Docteur en chimie de l’Université Claude Bernard Lyon 1 (2017) Mes compétences sont en construction (mais ne le sont-elles pas toujours ?) (326 mots)

Avec une double casquette côté MCD, bénévole en premier lieu, et « salarié » depuis avril 2026, comme coordonnateur du plaidoyer et des partenariats.
Après plus d’une douzaine d’années dans l’industrie chimique (essentiellement en Recherche & Développement), il fut temps du grand bon en avant. Soyons honnête, tout autant pour contribuer plus positivement à la société que suivre ce qui m’anime.
Diplômé du master Degrowth: Ecology, Economics and Policy de l’Université de Barcelone (2026)
Avec pour intérêt principal la décroissantologie et la philosophie politique.
Mes domaines d’interventions :
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
Journalistes d'Investigation Ecologie Climat
Journalistes & Ecrivains Nature Ecologie
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
Observatoire des médias sur l Écologie
🌱 Observatoire de l'Anthropocène