Michel Lepesant
Suffit-il de se proclamer « politique » ou même « radicalement politique » pour l’être ? Et inversement, quand une association se déclare « apolitique » ou qu’on le lui reproche, que veut-on dire et surtout peut-elle vraiment l’être ? C’est pour répondre à ces interrogations que la MCD place au cœur de ce qu’elle nomme sa saison 2 une réflexion sur ce que veut dire « politique ». Et, de façon plus interne : pour donner une visibilité politique à la saison 1, qui a été plutôt consacrée à la crédibilité idéologique. Pas question pour autant de prétendre faire le tour de tout ce que « politique » peut vouloir dire. Se contenter donc de quelques fragments, façon puzzle. Quiconque en a déjà fait sait que l’on commence en faisant des tas. Je vais donc commencer en faisant 3 tas : que peut-on entendre par « politique », en quoi le régime politique de croissance est-il un dispositif politique de dépolitisation, où et comment repolitiser ? Par politique, de façon très générale, j’entends tout ce qu’un groupe envisage pour organiser son organisation : « La politique est l’art d’unir les hommes de sorte à établir, cultiver et conserver entre eux la vie sociale ». Démocratiquement, cet art devrait avoir pour finalité l’auto-institution de la société. Mais, en réalité, cette finalité circulaire qui devrait être un cercle vertueux peut se révéler être un cercle vicieux dans lequel l’action politique perd son horizon pour devenir un moyen au service de sa seule survie. On peut penser que cela est dû à l’attraction politique pour le pouvoir : ceux qui mènent une action politique se retrouvent à la tête d’une organisation dont les moyens peuvent être détournés de la « cause » pour être mis au service du seul maintien au pouvoir. C’est ainsi que le scénario marxiste-léniniste d’un État prolétarien ayant comme fin en vue la disparition de l’État n’a abouti historiquement qu’à l’installation d’un pouvoir totalitaire. « Y a-t-il encore en définitive dans le champ politique des fins en fonction desquelles nous pourrions nous orienter en toute confiance ? Et, à supposer qu’il y en ait, leurs critères ne sont-ils pas impuissants et par conséquent utopiques, en sorte que chaque entreprise politique, une fois qu’elle a été mise en mouvement, ne se soucie plus des fins ni des critères, mais suit un cours interne que rien d’extérieur ne peut arrêter ? » Interrogations plus facilement compréhensibles si on valide qu’en politique « il faut distinguer entre le but, la fin et le sens ». « Le sens d’une chose, contrairement à son but, réside en elle-même, et le sens d’une activité ne peut persister qu’aussi longtemps que cette activité dure… En ce qui concerne le but d’une chose, c’est précisément l’inverse ; il ne commence à devenir réel que lorsque l’activité qui l’a produit est parvenue à son terme… En ce qui concerne les fins en fonction desquelles nous nous orientons, elles établissent des critères en fonction desquels tout ce qui s’accomplira devra être jugé. » Autrement dit, dans le lexique d’Hannah Arendt, cela revient à constater que le sens d’une action politique en vient (souvent ou toujours ?) à se débarrasser de ses fins. Cela est-il vrai d’une activité politique en particulier ou bien de toute politique en tant qu’action (qu’Hannah Arendt prend soin de ne confondre ni avec le travail, ni avec l’œuvre) ? Il me semble que cette distinction entre le sens et la fin de la politique est plus féconde que la traditionnelle – mais floue – distinction entre le et la politique 1 (tout simplement parce que le politique ne peut que préparer la politique, qu’ils ne sont que les 2 faces d’une même activité politique, et qu’ils ne sont séparés et séparables que par abstraction précisément de cette activité politique comme lieu de résolution par arbitrages des problèmes rencontrés dans le réel des interdépendances). C’est à partir de cette distinction entre le sens et la fin que l’on peut remonter à ce qu’Hannah Arendt écrivait dans un autre fragment de ce texte : quand elle distinguait entre la politique comme « relation entre dominants et dominés » (p.46) et la politique comme « domaine du monde dans lequel les hommes pénètrent tout d’abord en tant qu’acteurs et octroient aux affaires humaines une durabilité à venir qu’elles ne pourraient pas obtenir autrement » (p.47). Ce qui nous amène à nous demander s’il n’y a pas dans tout projet politique une faille – un risque de faillite – que l’on peut formuler comme dérive de la fin en sens, qui fait que le pouvoir qui ne devrait que mettre à disposition des moyens passe à disposition d’une nouvelle domination ? D’où vient cette faille ? Dans La condition de l’homme moderne (1958), Hannah Arendt associait à chacun des types de la vita activa une forme particulière de « faille » : la futilité pour le travail, l’utilitarité pour l’œuvre, la fragilité pour l’action. Voilà donc pourquoi Althusius définissait la politique comme un « art » ; car ce n’est ni une science ni une technique mais une pratique toujours menacée par une fragilité intrinsèque. Là encore, c’est Hannah Arendt qui explique pourquoi cette fragilité est intrinsèque à toute action politique : parce que la condition humaine de l’action politique est la pluralité. Si je peux travailler ou œuvrer tout seul, je ne peux pas agir tout seul : l’action (et la parole) se déroule toujours en compagnie d’autres hommes (pour, avec, contre, sans). La politique n’est pas une robinsonnade. « La politique repose sur un fait : la pluralité humaine… Pour toute pensée scientifique, aussi bien en biologie qu’en psychologie, en philosophie qu’en théologie, seul l‘homme existe, de même qu’en zoologie il n’y a que le lion. Autrement dit, les lions au pluriel seraient une affaire qui n’intéresserait que les lions. » « L‘homme est a-politique. La politique prend naissance dans l’espace-qui-est-entre-les hommes, donc dans quelque chose de fondamentalement extérieur à-l’homme. Il n’existe donc pas une substance véritablement politique. La politique prend naissance dans l’espace intermédiaire et elle se constitue comme relation. » Autrement dit, dire que l’homme est a-politique, c’est dire que l’individu particulier l’est. On peut en déduire que l’individualisation des membres d’une société est un processus de dépolitisation ; idem si l’intérêt particulier passe avant l’intérêt général. On peut ajouter une autre raison (que la pluralité) pour expliquer la fragilité de l’action politique : c’est que toute vie humaine n’est pas d’emblée une vie politique. « Il n’est pas indifférent que la référence à Aristote soit fondée sur un malentendu très ancien, même s’il est post-classique. Aristote, pour lequel le mot politikon était essentiellement un adjectif qualifiant l’organisation de la polis, et non pas une désignation quelconque de la communauté de vie humaine, n’a en fait nullement voulu dire que tous les hommes étaient politiques ni qu’il y avait du politique, c’est-à-dire une polis, partout où vivaient les hommes… Il voulait simplement dire qu’il y a une particularité en l’homme qui consiste en ce qu’il peut vivre dans une polis et que l’organisation de cette polis représente la forme la plus haute de la communauté humaine… ainsi la politique au sens d’Aristote… n’est donc nullement une évidence et ne se trouve pas partout où les hommes vivent ensemble ». Autrement dit, la forme la plus haute de la vie active est la vie politique, en tant qu’action comme en tant que parole. Et comme la politique prend naissance dans l’espace public, l’activité politique est interaction et interlocution. Dans La condition de l’homme moderne, Hannah Arendt définit les activités politiques comme les « plus hautes et plus enrichissantes pour lesquelles il vaudrait la peine de gagner [la] liberté ». C’est à partir de ces catégories arendtiennes que nous pouvons maintenant moins nous étonner quand nous faisons le diagnostic que des propositions décroissantes peuvent être d’un « apolitisme assourdissant » (Atelier Paysan). Ni même qu’en tant que décroissants politiques, nous puissions juger que le régime de croissance est un dispositif politique de… dépolitisation. Pourquoi ce dernier jugement n’est-il pas contradictoire ? En faisant de la fragilité la « faille » de l’action politique, fragilité qui résulte de la pluralité comme condition (humaine) de toute action et parole, Hannah Arendt indique le lieu où les adversaires de la politique comme rapport d’auto-organisation de la société par elle-même tentent de la remplacer par la politique comme rapport de domination et de pouvoir. Dans le premier cas, la liberté caractérise une société alors que dans le second cas, il s’agit d’abord (sinon exclusivement) de liberté individuelle. Dans les 2 cas, on va prétendre défendre la liberté mais dans un cas par la politisation, et dans l’autre par la dépolitisation. Commençons par donner des exemples de ce second cas. C’est pour s’opposer à ces politiques de fragilisation que la décroissance peut explicitement se ranger du côté de la repolitisation. En effet, si le régime politique de croissance est une politique de dépolitisation = individualisation = fragilisation alors, pour s’y opposer, il faut imaginer une politique de repolitisation explicitement en faveur de la solidarité. Car si la solidarité est du côté de la solidité, c’est parce que, de l’autre côté, des politiques de la « fragilarité » exploitent la fragilité de l’action politique. Par politique de repolitisation, il ne faut pas attendre un « programme clefs en main » de ce qu’il faut faire ; pour au moins 2 raisons : Dans quels champs politiques peut se dérouler ce champ d’expérience ? Dans des champs dans lesquels les « problèmes » seront résolus par des « arbitrages ». Je propose d’en repérer facilement 3 : Rien que ce survol général des champs de la repolitisation permet de repérer où le bât blesse : c’est que trop souvent, « de notre côté », nous n’avons investi au mieux qu’une politisation tronquée (réduite aux dispositifs de délibération, de contrôle mais critique sur les dispositifs de participation et de représentation, et affichant souvent une forme de mépris sinon de rejet pour les institutions et la visée d’une ordre mondial) alors que, « de l’autre côté », leur dépolitisation ciblée (contre les dispositifs démocratiques) s’articule à une politisation renforcée dans les 2 autres champs (celui des institutions et d’une vision politique mondiale). Autrement dit, là où nous prétendons être forts, ils nous attaquent en sapant les bases politiques de toute vie démocratique, et là où ils installent les cadres de leur domination, nous les leur abandonnons au nom d’un rejet naïf de toute verticalité : comme si on ne pouvait opposer au top down de l’organisation qu’un horizontalisme compatible avec la forme du régime de croissance, en négligeant la voie verticale ascendante du bottom up. Comment faire de la politique si on veut l’inscrire dans une démarche de repolitisation qui se réfléchit explicitement contre des politiques de dépolitisation ? Je propose de localiser 5 zones de repolitisation en faisant une analogie avec la permaculture. https://ladecroissance.xyz/2025/08/11/les-5-zones-de-la-permapolitique-premier-reperage/ Par rapport à une première présentation assez complète de cette analogie, je rajoute 3 précisions : Certes, chacun.e peut préférer telle ou telle zone suivant son engagement, ses disponibilités ; pas question de hiérarchiser. Pour autant, seule la zone 5 permet de révéler la politisation des autres zones. Je rajoute une comparaison : celle avec la couleur de mon polo qui déteint légèrement à chaque lavage. Je ne peux visualiser cette déteinte qu’à condition d’avoir conservé un deuxième polo que je n’ai jamais exposé au soleil ni au lavage; mais si je le compare à celui que j’utilise, la différence va sauter aux yeux. Et plus j’aurais usé un polo, plus la perte de couleur sera évidente. La zone 5 de la permapolitique, c’est ce polo qui a gardé sa couleur. C’est en ridiculisant comme « utopique », ou comme « extrémiste », ou comme « idéaliste » cette zone 5, que les dispositifs politiques de dépolitisation installent leur emprise, en opacifiant toute possibilité de comparaison avec une radicalité politique. Attention donc dans les 4 zones les plus fréquentées de ne pas tomber dans un anti-intellectualisme de convention qui, en croyant assurer l’efficacité du « pratico-pratique », ne fait en réalité que saper la condition d’une repolitisation de rupture. Tels pourraient être les cadres politiques à l’intérieur desquels chacun.e suivant ses choix pourrait inscrire sa trajectoire politique de décroissance. Le pari de ces cadres c’est que chaque trajet même le plus personnel ne pourrait que s’harmoniser avec d’autres projets tout aussi personnels pour tresser un faisceau de trajectoires décroissantes, sans chercher l’hégémonie mais sans pour autant tomber dans le relativisme que toute trajectoire se vaut : c’est pour cela que le jugement a besoin de critères pour : Si la croissance est un non-sens (« une croissance qu’elle soit infinie ou non, dans un monde qu’il soit fini ou non, est absurde »), la décroissance ne sera du bon sens que s’il s’agit d’un sens commun. La dépolitisation, c’est la perte du sens commun comme sens politique par excellence. * Mais y a-t-il une raison pour qu’une politique de repolitisation soit une politique seulement portée par la critique décroissante ? Après tout, les cadres de la repolitisation sont-ils exclusivement ceux de la décroissance ? Pour répondre, il me semble qu’il suffit de rappeler qu’une politique de repolitisation est en opposition à une politique de dépolitisation dont les traits principaux ont été repérés dans la deuxième partie. A contrario, on peut en déduire les traits d’une politique de repolitisation : Texte intégral (6221 mots)

1. Ce que « politique » peut signifier ?

2. Politiques de dépolitisation
3. Les cadres de la repolitisation
3.1 Les domaines de la politisation / repolitisation
3.2 Les 5 zones de la permapolitique

4. Pour conclure
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Notes et références
Rédaction
Les voix se lèvent en soutien à l’ADEME, une fois encore menacée par les vents conservateurs, qui ont depuis longtemps préféré le dogmatisme du déni au courage de la radicalité face aux enjeux environnementaux et sociaux. Ici via le projet de loi de décentralisation du gouvernement. Nous ne pouvons que soutenir l’ADEME en ces temps troublés et troublants, où l’écologie semble descendre chaque jour un barreau de plus de l’échelle des priorités, alors que la sévérité des diagnostics emprunte le chemin inverse. Devrions-nous être surpris dans un monde où la raison et le droit s’évanouissent inévitablement ? Un chef d’Etat se revendique fièrement d’actions de piraterie, et seul un silence glaçant pour l’accueillir. Même si nous sommes loin d’être sans critique à son encontre, soutenir sans ne rien mettre sous le tapis, cela ne fait pas partie de nos habitudes. Nous n’oublions pas que l’ADEME, dans son étude prospective « Transitions 2050 », visant à la réduction de notre empreinte carbone, a été capable d’acter son échec sans rougir, et à en faire porter la responsabilité aux autres pays, plus précisément « à l’absence de politique concertée au niveau international »… Pourtant, n’aurait-elle pas pu elle-même prédire cet échec à venir, au vu de l’absurdité de sa démarche ? Qu’attendre d’une étude où le scénario le mieux disant, « Génération frugale », conduit à une hausse du PIB de 36 % d’ici à 2050 (47-48 % pour les trois autres scénarios) ? Pis encore, en associant ce même scénario à la décroissance ! Comme quoi, lorsqu’il est fait l’impasse d’une remise en cause radicale des fondements et structures de notre société, une priorité réelle accordée à l’écologie, aussi sincère soit-elle, ne peut qu’être vaine. Nulle animosité, l’ADEME n’est en aucun cas une ennemie, certaines de ses initiatives sont éminemment utiles, par exemple ses simulateurs d’empreinte carbone et eau. Un exercice salutaire, non pas pour se culpabiliser ou culpabiliser, dans le monde de la croissance nos modes de vie sont contraints. Mais pour réaliser l’ampleur des évolutions demandées. Les changements auxquels nous appelons sont structurels, à faire toutes et tous ensemble pour toutes et tous. Néanmoins, ne serait-il pas naïf de penser que l’ADEME serait nécessairement une alliée ? Ne pourrait-elle pas être une adversaire politique ? Pouvons-nous faire l’impasse de ces questions ? A nous de faire notre part, en politique, comme en amitié et en amour, il est vital d’être honnête. Envers soi et envers les autres. Texte intégral (1111 mots)
Transition(s) 2050 – L’ADEME piégée par le paradigme de la croissance



Rédaction
La Maison commune de la décroissance a organisé au printemps 2026 un cycle de conférences intitulé « 4 images politiques pour penser la décroissance » mené par Michel Lepesant. La conférence introductive a eu lieu le mardi 14 avril 2026, à l’Académie du Climat (Paris). Le cycle s’est poursuivi les 19, 20 et 21 mai. Pour penser la convergence, la coordination et le degré de politisation des propositions décroissantes (et elles sont abondantes), il vous est proposé de penser la décroissance au moyen de 4 images pour visualiser 4 enjeux politiques : le commun, la robustesse, la radicalité, l’extension de la critique. L’objet de la Maison commune de la décroissance (la MCD) est de proposer à l’ensemble de la constellation décroissante un cadre politique commun. Aujourd’hui, malheureusement, l’ensemble des initiatives et propositions qui peuvent se revendiquer de la décroissance ressemble plus à une boîte remplie de pièces de puzzle qu’à un « paradigme » partagé. Et d’y répondre par 4 images : Les quatre images seront détaillées à travers 3 trois conférences, à découvrir ci-dessous ! Texte intégral (850 mots)
Si la décroissance était une langue, c’est comme s’il y avait un lexique mais sans (règles de) grammaire. Pourtant, ce n’est qu’à condition de partager des règles communes que chacun.e a la liberté de les utiliser comme il l’entend pour exprimer son idée. Une langue partagée est la condition de possibilité d’une parole individuelle.
Pour tenter de construire ce cadre, plutôt que de longues dissertations, la MCD vous propose de repérer 4 questions :
Suite et fin du cycle les 19, 20 et 21 mai 2026 à Paris




Michel Lepesant
Au moment où on semble assister, impuissant, à la disparition du droit et son emplacement par « le droit du plus fort », il est bon de se souvenir que J-J Rousseau qualifiait ce soi-disant droit de « galimatias inexplicable » ( Du contrat social, I, 3, 1762). Jugement toujours d’actualité, à l’heure où les médias mainstream arrivent de moins en moins à dissimuler leur fascination pour la brutalisation généralisée du díler maximo. Mais reste toujours cette question : pourquoi la force, si elle est vraiment si forte, doit-elle se donner les apparences d’être un « droit » ? Selon l’article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) du 26 août 1789 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». Ce droit de résistance est garanti par la Constitution, puisque la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen fait partie du bloc de constitutionnalité et possède donc une valeur constitutionnelle. En réaffirmant, dans sa décision de janvier 1982, la valeur constitutionnelle des principes et droits proclamés en 1789, le Conseil constitutionnel reconnaît aussi la valeur constitutionnelle du droit de résistance à l’oppression prévu par l’article 2 de la DDHC. Comment, pourtant, ne pas constater que ce droit est aujourd’hui malmené ? Toute la question démocratique revient alors à se demander s’il s’agit d’une « dérive » illibérale de certains libéraux ou bien d’une « pente » illibérale du libéralisme ? Je voudrais aujourd’hui relire une pensée de Pascal (B298-L103) dont le titre est : Justice, force. Chacun voit bien de quoi il s’agit. 1ère distinction : d’un côté, la justice qui est affaire de volonté ; de l’autre, la force qui est contrainte. 1er croisement : la justice par elle-même n’a pas de moyens ; la force par elle-même n’a pas de justification. 2ème croisement : la justice et la force sont faibles dans l’ordre du dire. 3ème croisement : il faut les mettre ensemble dans l’ordre du faire. 2ème distinction : entre le dire et le faire. [Objection implicite : mise en garde contre une fausse symétrie, un pseudo équilibre] 3ème distinction : dans l’ordre du dire, la force a l’apparence de la justice alors que la justice « est sujette à dispute ». Conclusion : « on a fait que ce qui est fort fut juste ». Ce qui est (souvent mal) interprété comme une « victoire » de la force et une faiblesse de la justice devant la force. « Il est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. —- La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » Explication : Pascal écrit « on a fait » et n’écrit pas « on a dit que ce qui est fort fut juste ». Autrement dit, il est abusif d’interpréter cette conclusion comme une victoire de la force, comme si Pascal avait écrit : puisque c’est la force qui, de fait, gagne, alors on dit que la force est juste ; que ce qui est juste, c’est ce que dit la force (« la raison du plus fort »). « On a fait » renvoie à une contrainte : c’est la force qui se voit contrainte de se montrer juste. Autrement dit : entre l’idéalisme de la justice et le cynisme de la force, la victoire revient à la justice. La justice est plus forte que la force. C’est ce qui fait que même les régimes les plus autoritaires organisent des élections, fût-ce pour les truquer, ils ne peuvent se passer de l’apparence de la justice ; alors que – renversement de l’asymétrie – la justice ne peut pas se donner l’apparence de la force. Dans la réalité, les apparences de l’idéal sont plus réelles que celles du réalisme. Dans l’instant, cette vérité peut être brouillée, mais à la longue, elle est imparable. A la longue, l’injustice de la force ne peut pas gagner contre la force de la justice. Pascal insiste sur la différence entre l’ordre du dire et l’ordre du faire ; c’est parce qu’une partie de l’action politique se juge sur le choix des termes employés pour la décrire, et donc pour la juger. Que veut dire « résister » ? Si l’action terroriste peut être une dérive de toute résistance, à quel moment peut-on juger qu’un groupe de résistance devient un « groupe terroriste » ? C’est une question qu’il faut poser pour le Hamas. Mais, dans ce cas, c’est une question qu’il faut aussi poser pour l’État d’Israël, dont les politiques de colonisation, de négation du droit des palestiniens à disposer d’un État, d’usage sans retenue de la violence militaire contre des civils (à Gaza, en Cisjordanie, au Liban) sont une constante de ses gouvernements depuis sa création, création qui s’est d’emblée inscrite dans un négationnisme assumé selon la fameuse formule : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » 3. D’autant qu’aujourd’hui c’est bien une extrême-droite suprémaciste et théocratique qui gouverne Israël ; et encore une fois, demandons-nous : pente ou dérive 4 ? Texte intégral (2569 mots)
1- La résistance est un droit

2- La pente illibérale du libéralisme
3- La force du droit, ou l’inévitable puissance de l’apparence
4- Conséquences sémantiques

Notes et références
Rédaction
Au moment où on se demande ce qu’attend la communauté internationale pour engager des poursuites contre le président des USA (et sa cour, nationale et internationale) pour crimes (répétés) de guerre, on peut aussi se demander comment il se fait qu’un tel psychopathe soit à la tête de l’impérialisme le plus puissant de la planète ? Si on lit le livre d’Arnaud Miranda, on comprend aussi que, pour les psychopathes néoréactionnaires, c’est l’Entreprise qui est la forme la plus efficace de l’État. C’est donc sans surprise que celui qui se présente comme « le roi du deal » ait atteint aujourd’hui le tête d’un État. C’est dans le très bon livre de Kate Pickett et Richard Wilkinson, Pour vivre heureux, vivons égaux ! (2019, Les Liens qui Libèrent) que l’on trouve la référence à un article sur les « personnes dérangées au travail », au chapitre 6 qui est intitulé « La folie des grandeurs ». « Est-il vrai que l’on trouver davantage de psychopathes aux postes de direction qu’aux échelons inférieurs des entreprises ? Les psychologues britanniques Belinda Board et Katarina Fritzon ont comparé les traits de personnalité de 39 hauts dirigeants (uniquement des hommes) à un échantillon de 768 patients de l’hôpital psychiatrique de Broadmoor, un établissement de haute sécurité. Tous les patients de Broadmoor avaient été officiellement diagnostiqués comme malades mentaux ou psychopathes, et avaient été soit condamnés pour des crimes graves, soit jugés inaptes à subir leur procès. L’étude a révélé que les hommes d’affaires présentaient des scores plus élevés que les malades internés à Broadmoor, relativement à plusieurs caractéristiques négatives, dont celles relevant des troubles de la personnalité histrionique (charme superficiel, duplicité, égocentrisme, tendance à la manipulation), des troubles de la personnalité narcissique (surestimation de soi, absence d’empathie, exploitation de ses semblables, indépendance) et des troubles compulsifs (rigidité, obstination, penchants dictatoriaux ». Autrement dit, même si le pouvoir ne rendait pas fou, ce sont déjà les fous qui sont au pouvoir. (438 mots)
Arthur Zarrouki
Lucile Schmid, Urgence politique, nécessité écologique (2026), Presses universitaires de France. Commençons par questionner le titre de cet essai à l’aune de son image de couverture (choix de l’autrice et non de l’éditeur). Urgence politique : une figure gouvernementale menacée de submersion. Ce choix présage de ce qui est entendu par politique dans cet essai : avant toute chose l’exercice du pouvoir par les gouvernements et les institutions. Nécessité écologique : un archipel menacé de disparition face à la montée des eaux. Ce choix donne un avant-goût du traitement de l’écologie dans cet essai : absent quant à ce qui fonderait cette nécessité, déjà établie définitivement, la survie devenant une fin en soi. « L’enjeu n’est pas de convaincre de la nécessité de l’écologie, mais de créer les conditions de sa mise en pratique. » (p.29) * L’essai est divisé en quatre parties, « L’écologie contre le peuple, un récit qui fonctionne », « La politique contre l’écologie, pourquoi c’est vrai », « Démocratie et écologie, un nouvel espace-temps », et « Bifurcations », avec pour fil rouge la critique du pouvoir, aussi bien de ceux qui l’exercent (gouvernements et institutions) que de ceux qui y prétendent, en particulier comment l’écologie demeure une priorité de seconde zone, souvent la variable d’ajustement quand le bateau tangue. Le quasi-abandon du Green Deal sous les coups de boutoir successifs de la guerre en Ukraine puis de la crise agricole de 2023 l’atteste. La première partie traite de l’avènement, voire la domination, de l’écologie punitive dans les discours politiques et médiatiques. Tout en reconnaissant qu’elle ne surgit pas de nulle part, car notamment fruit de politiques écologiques mal articulées et au volet social souvent impensé, l’écologie punitive demeure principalement une instrumentalisation politique, qui en « paralysant l’action […] permet de maintenir le jeu d’intérêts puissants, qui ne souhaitent pas de transformation structurelle » (p.29). Similairement, le frein à l’avènement de l’écologie ne serait selon l’autrice pas idéologique, mais lié à « des enjeux d’organisations et de système » (p.35) : le conservatisme des institutions et le règne de l’immédiateté, en particulier médiatique. Non sans paradoxe, l’autrice identifiant, à juste titre, des freins importants à l’hégémonie culturelle de l’écologie, notamment le rapport aux libertés (« Jusqu’où pouvons-nous confondre liberté et consommation ? » p.46) ou encore à la nature (« La nature est considérée exclusivement comme une ressource – la raison d’être de cette ressource étant de nous servir », p.68). Des questions d’idéologie pourtant, non ? L’autrice approfondit la question politique au sein de la deuxième partie : « La politique contre l’écologie, pourquoi c’est vrai ». L’autrice pointe d’ailleurs la vulnérabilité du pacte vert, en rappelant les reculs récents (e.g. la loi « omnibus » de novembre 2025), qu’elle attribue à l’absence d’une dimension politique assumée : « pour construire son avenir vert, l’Union européenne doit s’inscrire dans un récit plus politique, et cesser de s’appuyer sur une approche seulement normative. » (p.116) S’agit-il donc seulement « de créer les conditions de sa mise en pratique », « l’enjeu n’[étant] pas de convaincre de la nécessité de l’écologie » (p.29) ? A priori non, sauf à penser qu’une dimension politique ou que les freins à l’hégémonie culturelle de l’écologie ne soient qu’une question de mise en pratique, et non le projet même. L’autrice ne se trompe d’ailleurs pas, selon nous, en rappelant les propos du socialiste Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne à l’aube des dernières élections européennes : « Comme le mouvement socialiste au XXIe siècle avec la révolution industrielle, nous devons maintenant réinventer la solidarité sur la base des contraintes écologiques et climatiques, et présenter un projet de redistribution globale. » (p.121). En sous-estimant l’importance du travail de définition du projet, l’autrice fait l’économie d’une critique radicale aussi bien de la superstructure (par exemple du (néo)libéralisme) que de l’infrastructure (par exemple du capitalisme). Paradoxalement, tout en soulignant l’importance de la dimension politique de tout projet qui se voudrait juste, désirable et acceptable. Sa critique de la gauche – « que peu d’effort en matière de programme » – qui ne porterait « aucune proposition marquante pour donner un contenu à ce que serait une écologie du quotidien » (p79) en est une parfaite illustration. Cela limite à notre sens fortement la dimension du propos, et conduit l’autrice à se contenter d’une critique superficielle de l’un et de l’autre, non sans talent et pertinence, et à se retrancher confortablement, derrière le concept d’écologie du quotidien, sans faire l’effort, à son tour, d’expliciter ce qu’elle serait. L’autrice n’échappe d’ailleurs pas à l’écueil du commentariat, fort heureusement en de rares instants, mais qui méritent d’être soulignés, notamment à la mode de l’anti-mélenchonisme: « Jean-Luc Mélenchon assume avec délectation d’être le chef de la gauche, tendance despote » (p.78) ou encore « Il a plaidé avec conviction pour l’agroécologie. Mais aujourd’hui seule compte sa guerre contre les socialistes, et il en oublie cet engagement » (p.79). Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’au sein de cette deuxième partie, la radicalité est uniquement évoquée par l’autrice à propos des modes d’action des activistes, en particulier le rapport à la violence. À juste titre, l’autrice souligne que l’évolution de l’activisme écologique traditionnel (i.e. non violent et fondé sur l’action légale, en particulier la manifestation et les poursuites judiciaires) vers une écologie des luttes est le résultat des échecs du premier. Cela dit, ce point de vue souligne une méconnaissance du mouvement écologiste en dehors des cercles bourgeois et occidentaux, par exemple, ce que Joan Martinez Alier a appelé l’écologisme des pauvres, qui a toujours été une écologie des luttes. Plus généralement, bien qu’appelant à un nouveau monde politique, comme nous le verrons par la suite, et donc critique du système actuel, la position de l’autrice est sans conteste profondément réformiste et légaliste. D’une part, une critique de la personnalisation et de la centralisation du pouvoir, qu’elle juge intrinsèquement incompatible avec l’écologie (« Trop complexes, trop coopératifs, trop sensibles, les enjeux écologiques ne sont pas sujets pour les grands loups solitaires de la politique et leurs louveteaux qui veulent du sang. » p.82), plus encore dans sa forme hyperprésidentialisée dont le macronisme est l’acmé. Et une critique de l’illusion que l’écologie pourrait se limiter à une approche électorale (« Mouvement plus que parti, voilà sans doute la meilleure perspective pour les écologistes en France. Il s’agit bien sûr de définir des compromis concrets, d’entrer dans le réel, d’associer les contraintes climatiques et les obligations sociales. Mais aussi de construire autour de l’écologie une ossature démocratique, une sociologie du pouvoir et un imaginaire partagé. Le récit, les grands principes symboliques, les institutions d’une démocratie écologique. Voilà la nécessité. Inventer le langage politique de ce nouvel état du monde – la nécessité écologique – est la condition nécessaire à sa légitimation. » p94). D’autre part, malgré tout, une défense, peut-être en creux ou faute de mieux, de ce système politique : « Il est temps de quitter le stade de la dénonciation : État trop sécuritaire, trop sensible aux intérêts capitalistes, capté par des élites administratives sourdes et muettes à l’idée d’un modèle alternatif. C’est à la fois caricatural, paresseux et inefficace. Investir l’État est prioritaire. » (p.93), et en légitimant même des excès qui conduisent à désespérer de la politique : « Être chef de gauche et être au pouvoir, c’est toujours trahir un peu ou beaucoup » (p.78) ou encore en reprenant à son compte l’opposition « entre les réalistes et les activistes » (p.90). La prise de pouvoir semble demeurer pour l’autrice un préalable à l’avènement de l’écologie (cela apparaît particulièrement nettement lors d’une revue historique, très instructive, du parti politique des Verts, et de ses successeurs). En effet, et non sans paradoxe, tout en rappelant l’importance de la société civile dans l’établissement de l’écologie politique, en particulier des ONG, l’autrice réserve la possibilité d’incarner le changement aux partis politiques, en attribuant un caractère apolitique à ces dernières (« L’apolitisme des ONG est une valeur fondatrice, et marque une culture fondée sur l’alerte, l’interpellation et l’activisme. » p89). Une des raisons de l’échec politique des Verts serait d’ailleurs à chercher dans l’absence d’une mue complète de l’associatif au politique. La vie associative demanderait de « garder son esprit critique et sa liberté de parole » (p89), tandis que la vie partisane demanderait des qualités autres : « concurrence féroce entre les individus pour un même poste, discipline de vote, respect hiérarchique. À négliger ce qui caractérise un parti politique et les manières de s’en servir pour acquérir de la légitimité et du pouvoir, les Verts sont restés dans un entre-deux, freinant leur dynamique. » (p.89) Au travers de la troisième partie, « Démocratie et écologie, un nouvel espace-temps », l’autrice s’autorise des critiques plus frontales du système politique, par exemple à propos de l’alimentation (« Entre la publicité et la santé il faut choisir. Le gouvernement a choisi la publicité contre la santé. » p.151), et commence à dessiner ce que pourrait être l’écologie du quotidien, à partir d’expériences réelles. Le chapitre X est d’ailleurs consacré aux initiatives locales, au réel potentiel de transformation, mais aux conséquences limitées, notamment face au manque de soutien de l’État, en particulier sous la forme de financements, et parfois à l’opposition entre les dynamiques nationale et locales. Le rôle des décideurs politiques est d’autant plus critiqué que « jamais les décideurs n’ont eu à ce point de diagnostics clairs entre les mains. Jamais l’étanchéité entre le monde politique, l’État et la recherche n’a autant frappé. » (p.159). Des diagnostics, mais pas seulement, des propositions également, portées par des chercheurs universitaires ou bien associatifs (par exemple au sein de negaWatt ou du ShiftProject). L’autrice salue d’ailleurs l’évolution du monde de la recherche, en particulier les nombreux chercheurs qui « deviennent militants. Délaissant la sacro-sainte neutralité, ils entrent dans l’alerte et la désobéissance civile » (p.157), et l’incite à aller plus loin encore : « après être sortis du laboratoire, après s’être rapprochés des activistes et des ONG, les chercheurs doivent désormais se poser explicitement la question de leur rôle politique » (p.165). Tout comme elle exhorte également les décideurs politiques à s’appuyer sur la recherche publique (plutôt qu’aux cabinets de conseil par exemple), non pas dans une approche technosolutionniste, fermement critiquée, mais écologique qui conduit à repenser notre rapport à l’innovation et à la technique. La Convention citoyenne pour le climat fait également l’objet d’un chapitre (XII), qui fut une réussite citoyenne, démontrant entre autres choses la possibilité de s’acculturer à la complexité de l’écologie, mais un échec politique, faute d’avoir pensé son atterrissage institutionnel et d’une réelle ambition gouvernementale (voire d’une opposition à la concrétisation des mesures avancées par la convention). La création de nouvelles institutions, comme le Haut Conseil pour le climat, le Commissariat général au développement durable ou encore le Secrétariat général à la planification écologique, acte la prise en compte du sujet écologique par les gouvernants, mais, en l’absence d’une volonté politique, les avancées sont faibles, si ce n’est nulles, voire des reculs. « En 2022, l’ancien président de l’Autorité environnementale au ministère de l’Écologie, Philippe Ledenvic, n’hésitait pas à affirmer que « la transition écologique n’était pas amorcée en France », dénonçant des modèles à bout de souffle qui conduisent « à présenter toujours les mêmes programmes, les mêmes financements, les mêmes projets. » (p.162) Que faire donc ? « Une nouvelle sociologie du pouvoir », sans quoi « jamais les scénarios du GIEC, jamais les hypothèses mises sur la table par d’éminents chercheurs, d’ardents activistes, des hauts fonctionnaires convaincus, ne sortiront des tiroirs » (pp.164-165). La dernière partie, « Bifurcations », s’attelle à l’identification de pistes pour le renouveau démocratique que l’écologie appelle, ou plus précisément, à « créer les conditions de sa mise en pratique. » (p.29), conformément à l’engagement introductif. Le lecteur restera sur sa faim quant à ce que pourrait être l’écologie du quotidien, la précédente partie se limitant à l’identification de sources d’inspiration, en particulier d’initiatives locales réussies, et ne s’aventure pas à proposer une vision systémique de ce que serait l’écologie du quotidien. Non sans paradoxe, une fois encore : « C’est sur l’idéalisme et les convictions que peut se fonder un renouveau politique. » (p.185). L’autrice propose d’ailleurs de « réexaminer certains des principes fondateurs de la construction européenne, le libre-échange et la libre concurrence au premier chef » (p.200) et de « repolitiser l’univers européen, de s’autoriser à avoir une vision historique et de se projeter dans le futur. » (p.203) Pour l’autrice, il est clair que la bifurcation écologique appelée de ses vœux ne saurait avoir lieu sans l’État. Non sans évolutions, qui ne sauraient d’ailleurs se limiter à des évolutions procédurales (bien qu’importantes, par exemple via des études d’impact pour tout grand texte de loi sur l’écologie), mais qui doivent également se reposer sur une évolution des acteurs. La fonction publique serait d’ores et déjà bien plus attachée (et compétente) aux enjeux écologiques que ne le sont les dirigeants politiques. Les hauts fonctionnaires sont d’ailleurs présentés comme un levier majeur d’une transformation écologique, qui pourrait être amplifiée en favorisant l’engagement des agents publics, l’expression et la défense de leurs convictions, notamment face au devoir de réserve souvent surinterprété. * L’appel à une nouvelle sociologie du pouvoir, évoquée précédemment, apparaît être la thèse principale de cet essai. Non pas la nature des institutions, mais la diversité des personnes exerçant le pouvoir, voilà l’enjeu premier pour l’autrice. « C’est bien une autre sociologie du pouvoir qu’il faut construire, avec des personnes issues d’une vraie diversité d’horizons qui associent le courage des convictions au goût des connaissances. Assumer cet idéalisme, c’est aussi faire preuve de réalisme face au monde qui vient. Qui croit encore que la politique de huis clos et des apparatchiks fonctionne ? Pas les électeurs. » (p.185) Et pour ce faire, en premier lieu, « rompre avec le mythe de l’homme providentiel, et le présidentialisme » (p.184), et accorder une centralité à « deux sujets essentiels : celui des savoirs et de la compétence, celui du dégoût croissant à l’endroit du monde politique » (p.182). Et ainsi, in fine, décider autrement, collégialement, avec des décideurs pluriels et ayant le temps de s’informer, notamment en s’inspirant des expériences démocratiques comme les conventions, afin « de nourrir une vie démocratique qui ne se réduise pas aux élections » (p.198). Comme indiqué au début de cette recension, la définition même de l’écologie, et donc de la société à laquelle aspirer, n’est qu’abordée succinctement, principalement via le prisme d’une « réconciliation entre les sociétés et la nature, les enjeux de sobriété et de mieux-vivre » (p.201). Ne pas définir ce que serait ce projet écologique, a fortiori donc ses fondements, ses objectifs et ses mobiles, traduit la position de l’autrice : l’échec de l’écologie serait avant tout une question politique, plus précisément de stratégie et de tactique. Il faut entendre ici petite politique, à savoir l’exercice du pouvoir gestionnaire, et non la grande politique, comme définition commune d’un destin collectif. Nous ne pouvons que le déplorer, d’autant plus que l’autrice identifie pourtant des points cruciaux, qui auraient mérité un développement. Par exemple, le rapport aux limites : « Si limites il y a, c’est la conception des responsabilités qui change. » (p.26) ou « on interdit d’imaginer que la redéfinition des contraintes et des libertés entraîne un mieux-être. » (pp.27-28). Ou encore le rapport à la nature : « La protection de la nature implique de ne pas considérer tout espace vierge comme un espace agricole potentiel ou comme une zone de construction. » (p.25) ou encore « éteindre la nature, c’est nous arracher à nous-même. » (p.208). Bien que questionnable au vu du titre et du quatrième de couverture de cet essai, nous pourrions comprendre le choix de ne pas traiter de ce qu’est l’écologie, en partant du principe qu’une définition commune et connue préexiste. Ou même en considérant qu’une compréhension rudimentaire de ce qu’est l’écologie pourrait suffire à appréhender l’objet principal de ce livre, à savoir l’urgence politique. Cela est d’autant plus questionnable que l’autrice reconnaît elle-même que « la principale rupture, pour porter l’écologie au pouvoir, est d’abord celle des contenus » (p.190). Pour quels contenus donc ? L’écologie ne revêt pas une seule réalité, même quant à une critique fonctionnaliste, front pourtant le plus avancé. Toute écologie serait donc bonne à prendre (seule la dictature verte est explicitement disqualifiée) ? Ce serait bien évidemment une erreur, aussi bien pour des raisons fonctionnalistes, que morales ou éthiques. Cette question se pose néanmoins à la lecture de cet essai, notamment lorsqu’à l’occasion d’une critique de « l’immaturité politique des Verts », qui par pureté idéologique se refuseraient à être majoritaires, l’autrice salue l’existence d’autres acteurs représentants de l’écologie, notamment les candidats à la présidentielle déclarés Delphine Batho, Marine Tondelier, Cécile Duflot et Yannick Jadot et rappelle que « [les Verts] ont été une écurie pour les macronistes écolos ». De la décroissance à la croissance verte donc ? Tandis qu’il est attribué aux Verts de « prôner une politique migratoire ouverte, dénoncer le rejet de l’islam sans s’attarder aux enjeux terroristes, et traiter des enjeux écologistes en dénonçant les politiques actuelles sans s’attarder outre mesure à élaborer ses propres propositions » (p.190), l’autrice qualifie les convictions de Delphine Batho (qui se réclame de la décroissance) sur les sujets régaliens de « très fermes » et de « fortes » sur les sujets écologiques. Nous aurions plus volontiers qualifié les premières de conservatrices. Et plus généralement que cette décroissance n’est pas la nôtre, et même que cette décroissance n’en est probablement pas une (voir le travail de définition de la décroissance porté par la Maison commune de la décroissance). S’appuyer sur la société civile donc pour atteindre l’hégémonie culturelle. Conquérir le pouvoir en acceptant de devenir majoritaire. Renouveler les acteurs politiques et les modalités de gouvernance. Voilà le triptyque défendu dans cet essai, dans l’ordre ou le désordre du reste. Mais pour quel projet, pour quelle écologie ? Le mystère demeure. Peu importe semblerait-il, se revendiquer de l’écologie serait-il suffisant ? La conquête du pouvoir à (presque) tout prix, puis aviser ensuite ? Enfin, la lecture du quatrième de couverture, se terminant par « Le temps des engagements est venu », peut être source d’une déception, pour qui viendrait y chercher inspiration ou motivation. Ce n’est qu’à la fin de l’essai que la notion d’engagement apparaît pleinement, et ce faisant donne du corps à un essai plutôt lisse jusqu’à lors. L’importance du changement et de l’engagement est d’ailleurs soulignée avec justesse, mais non sans contradictions. Disons dans un syncrétisme qui nous semble naïf. La seconde partie de cette citation nous apparaît absolument pertinente, mais elle devient surprenante, voire cocasse, lorsque lue avec, pour n’en citer qu’un, les dirigeants économiques à l’esprit. « Pourrons-nous changer ? En avons-nous l’envie et la force ? L’engagement de personnes qui n’appartiennent pas au monde politique est la seule manière de trouver l’élan. Ceux qui créent, qui entreprennent, qui exercent des responsabilités, qui enquêtent et portent des savoirs, les chercheurs, les dirigeants économiques, les professeurs, les journalistes, les responsables associatifs, les citoyens engagés. Pour être plus forte, l’écologie doit être incarnée par cette diversité de visages, de rôles sociaux et de comportements. Pour être majoritaires un jour, ils accepteront d’être minoritaires aujourd’hui. Assumer des risques, savoir désigner l’ennemi, retrouver de la liberté, de la créativité et de l’audace, relativiser la place de l’argent et oublier les stéréotypes de la réussite sociale. Voilà la nouvelle vie qui vient. » (pp.188-189) D’autre part, l’autrice semble s’inscrire en marge de cet engagement, deux options apparaissent. Se poser en tant qu’observatrice, dans une posture typiquement journalistique, qui semble parfois endosser, en creux, la prétendue neutralité si souvent brandie par les journalistes. Ou alors, plus tristement, celle d’une actrice, reconnue et aux multiples expériences passées ou actuelles (haute fonctionnaire, élu locale, membre de laboratoires d’idées) qui se saurait condamnée à demeurer sur le quai du train de l’engagement qui lui apparaîtrait pourtant incontournable, car incapable du prix de l’embarquement : un pas de côté et un lâcher-prise. La lecture du dernier chapitre, aux connotations personnelles, le laisse à penser. * Cet essai, d’une autrice érudite, apparaît avant tout comme un texte très informé (nourri de nombreux regards historiques et d’exemples foisonnants), à propos de la place de l’écologie au sein du monde politique et institutionnel, et dans une moindre mesure au sein du monde associatif. En revanche, il nous semble faire face à deux écueils majeurs, deux absences en l’occurrence : celle d’une définition de l’écologie telle que défendue ici, et celle d’une critique radicale et systémique, en premier lieu du capitalisme et du libéralisme, et plus généralement de la croissance, son monde et son régime. Ce faisant, cet essai se limite malheureusement à une critique, argumentée et pertinente du reste, du fonctionnement du monde politique, et se condamne ainsi à la défense de solutions, absolument nécessaires (en premier lieu une nouvelle sociologie du pouvoir et un nouvel exercice du pouvoir), mais insuffisantes. A minima pour qui considère que le capitalisme ne saurait être réformé, et que les causes premières ne situent pas dans cette organisation économique, aussi terrible soit-elle, mais plus profond encore : dans nos imaginaires et dans notre régime politique. Pourquoi cette recension ? Par respect pour l’autrice, que j’ai eu la chance de côtoyer, et pour son engagement que je sais absolument sincère. Parce que le sujet de l’écologie est suffisamment sérieux pour que toutes les bonnes volontés osent la discussion publique. Pour converger vers notre objectif commun. La hauteur des enjeux nous le commande : non seulement assurer notre survie, mais, et ce plus encore, savoir qu’il y a une vie bonne à la clef. Nulle convergence possible sans définition d’un objet commun. Travail de définition, travail de fond, auquel s’attelle la Maison commune de la décroissance. Répondre au quoi ? Une opposition politique à la croissance. Au pour quoi ? Un fondement juste : le suffisant et la double autolimitation plancher-plafond. Au vers quoi ? Un objectif désirable : l’éloge de la vye sociale. Au comment ? Un mobile acceptable : l’éloge de la dépense. Texte intégral (4340 mots)

Henri pérouze
Vincent Cheynet, Liberté et décroissance (2026), Éditions R&N Pourquoi publier cette recension du dernier livre de Vincent Cheynet sur le site de la MCD alors que la liberté dont il y est question ne semble qu’une variante d’une conception libérale de la liberté ? Parce qu’Henri Perouze a pris la peine de lire le livre en entier et d’en rendre compte en entier ; à la différence donc de la façon dont le journal La Décroissance avait (mal-)traité le livre de la MCD, La décroissance et ses déclinaisons (2022) dont le rédacteur avait semblé n’avoir survolé qu’un seul chapitre, et pour en dire du mal, parce que la MCD n’était pas aussi « travailliste » que lui ! Manière aussi de vérifier que le mouvement de la décroissance, s’il ne prend pas la peine de partager un noyau politique commun, risque de continuer à se perdre dans l’éparpillement des polémiques et l’esprit de chapelle. Co-fondateur et rédacteur en chef pendant 25 ans des revues Casseurs de pub et de La Décroissance, Vincent Cheynet vient de condenser ses réflexions sur le double enjeu de sauvegarde d’un monde habitable et de l’exercice de nos libertés. Il considère que l’écologie n’est pas une fin en soi mais a pour objectif la liberté de conscience, celle de penser par soi-même. Nous avons la responsabilité de discerner le bien et le mal, le vrai et le faux, le beau et le laid en s’affranchissant du sentiment de toute puissance pour faire preuve d’humilité. « Je crois au Verbe. Je conçois l’introduction du mot décroissance comme un travail de sape destiné à ouvrir une brèche dans le monde des idées, ou du moins pour éviter que cette fissure ne se referme et nous engloutisse dans la matière » (p.14) Entendre ce qui nous dérange, défendre l’idée qu’on ne partage pas est gage de liberté. « La tentation de l’évitement est le moteur de la tyrannie » (p.25). Vincent Cheynet nous enjoint de dépasser le registre émotionnel pour prendre du recul, faire prévaloir la raison, assumer la liberté de celui qui pense autrement, résister à la propagande du Progrès et donc accepter de se retrouver souvent isolé voire conspué par troupeau des suiveurs à gauche comme à droite. « Quand la réponse à la crise écologique pousse au déni de la liberté, les droitards répondent en niant la crise climatique » (p.20). La défense de l’esprit dialectique, de la légitimité des antagonismes de la pensée lui apparait comme fondement de la liberté. Il pourfend les censures prônées par certains représentants de l’écologie institutionnelle comme l’empêchement de certaines conférences au sein des universités. La gestion autoritaire de la crise du COVID lui est apparue symptomatique de l’abandon de nos responsabilités, de notre intelligence critique. Il s’insurge contre les restrictions imposées par les gouvernants. Sous prétexte de sauvegarder la santé de la planète et des humains, beaucoup ont accepté de donner tout pouvoir à la bureaucratie pour sacrifier leur liberté, gérer les pénuries. Il redoute que le développement de l’intelligence artificielle accélère et amplifie ce cauchemar techno-totalitaire. Vincent Cheynet souligne la logique énergétique du système technique à l’œuvre dans les « avancées » sociétales comme par exemple la PMA, la vasectomie, le mariage pour tous, le transhumanisme et autres « cultes du désir d’un capitalisme libidinal ». Il dénonce vigoureusement la destruction des limites et des tabous fondateurs de la civilisation pour un utilitarisme totalitaire où règne la loi de la jungle sous couvert de progrès. « Les institutions en viennent à inscrire le déni de l’altérité sexuelle dans la loi » (p.116). Il dénonce une nouvelle fois la collusion du libéralisme économique de droite et du libéralisme culturel de gauche, idiot utile du capitalisme. Sa violente remise en cause du clivage droite-gauche englobe la décroissance qui ne doit pas devenir une idéologie prétendant répondre à tout, un pouvoir omnipotent et violent au nom du Bien ! Loin d’apparaitre comme une reconnaissance des enjeux psychosociaux de l’autolimitation, l’entrée de la décroissance dans les universités dénature son fondement en la réduisant aux chiffres, à l’économisme. « Les degrowth studies fournissent une version de la décroissance expurgée de tout ce qui peut déranger les mass médias, à commencer bien entendu par leur critique » (p.84). Et comme les médias qui fabriquent l’opinion publique appartiennent à une dizaine d’oligarques, l’auteur en déduit que toute personne accédant à la parole publique doit donc être suspecte. L’auteur attire notre attention sur nos systèmes de croyances. Si croire lui apparait constitutif de la psyché humaine, il redoute les religieux athées qui ont déserté les structures religieuses pour sacraliser à leur insu d’autres objets comme la croissance, l’innovation, la consommation, le technosolutionnisme, le salut par la science. Les croyants inconscients sont alors les pires des fondamentalistes, car ils ne peuvent objectiver leur subjectivité tandis que les croyants conscients de leur croyance la reconnaissent. Il nous enjoint de ne pas céder aux diktats des institutions, (système de santé, médias, université, justice, Eglise…) qui se prennent pour leurs propres finalités dans un coup d’état permanent. Il brocarde par exemple l’idéologie libérale de la Cour européenne des droits de l’homme et du conseil constitutionnel, son complice dans le dessaisissement de nos libertés ! « Le danger vient de la technocratie européenne qui a sombré dans le totalitarisme… organisation du désastre… politique écologique liberticide… » (p.72). La liberté n’est jamais acquise, elle se caractérise par une conquête permanente, elle exige d’élargir la fissure dans laquelle souffle le vent de la liberté. Nous sommes le produit d’une culture, d’un conditionnement qui anesthésie notre sens critique à défaut d’une vigilance permanente. Selon l’auteur, le concept d’éco-anxiété traduit une incapacité puérile à assumer notre finitude, une inaptitude à se tourner vers le futur. Il s’appuie sur la loi de l’entropie pour énoncer l’incompatibilité entre la décroissance soutenable et un développement durable. Il nous rappelle l’inégalité omniprésente dans la nature. Il est angélique de croire que la coopération prime sur la loi de la jungle. Accepter les contraintes, c’est être adulte. La limite n’est pas une finalité mais un point d’appui pour notre force de vie, notre créativité. L’humanité a le désir vital de l’accroissement mais bute sur des limites. Pour exercer notre liberté, nous devons diminuer notre consommation, ralentir notre prédation des ressources, viser la robustesse des productions, maitriser nos outils de travail. Les énergies renouvelables ne sont pas la panacée. La décroissance est invitation au débat, à la dialectique alors que l’éco-technocratie brutalise la démocratie en confiant le pouvoir aux experts. L’auteur brocarde la passion mortifère des collapsologues, leur écologisme borné… Dans cet ouvrage, Vincent Cheynet revient plusieurs fois sur ce qu’il considère comme les dérives libérales et culturelles de la gauche « moderne » qui nie selon lui la différenciation sexuelle fondamentale, biologique et ouvre la voie à la techno-marchandisation de la reproduction :mariage pour tous, procréation médicale assistée, gestation par autrui, interruption volontaire de grossesse, etc. Il déplore le détournement de la constitution pour interdire le débat, criminaliser certaines idées plutôt que porter attention à des jeunes en difficulté d’identification sexuelle. Il interroge la condamnation de la transphobie, la guerre des sexes, la consommation de l’autre donc la fin de l’amour. La femme est la matrice de la vie tandis que l’homme dirige vers la mort … l’idéologie du genre refuse le dualisme … hystérie néo-féministe, foncièrement misogyne … (p.121). L’auteur s’oppose au chantage des transhumanistes qui voudraient abolir les vieilles barrières morales qui entravent notre marche vers le Progrès pour survivre dans la compétition mondiale. Sommes-nous prêts à être du côté des perdants ? à renoncer à la morale pour survivre ? Nous devons affronter et soutenir une double contrainte : celle de la puissance « pour répondre aux exigences de la vie terrestre et l’autolimitation qui nous enjoint à tendre vers la liberté, à l’altérité » (p.48). L’auteur revient plusieurs fois sur les questions d’éducation, notamment sur les conséquences désastreuses de l’effacement de la fonction paternelle. Il évoque le refoulement, la destruction du père symbolique, tiers séparateur indispensable. Il dénonce le fantasme de retour à la mère archaïque, dans un monde unifié, indifférencié, fusionnel, paradisiaque … donc totalitaire ! Ne pas se laisser enfermer dans les mâchoires du robot, la perfection des solutions définies par l’intelligence artificielle. L’indiscipline des enfants rois, la peur de l’autorité, la démission parentale, les lâchetés de l’adulte qui n’assume pas ses responsabilité… une fausse bienveillance propice à la pédophilie, le réductionnisme matérialiste constituent selon lui un tournant anthropologique majeur.À la névrose chrétienne s’est substitué la névrose anti-chrétienne… haine de la tradition, de la filiation, donc du père symbolique… (p.132). « L’élan vital c’est la vie. L’altérité crée le désir. Nous sublimons ce désir pour donner sens à la vie. Nous nous donnons alors des limites pour rebondir et grandir » (p.119). Cette phrase nous apparait résumer la problématique de l’auteur soit la résolution de l’oxymore apparent du titre « Liberté et décroissance » avec une lucidité radicalement anticonformiste. Cependant la multitude des thèmes abordés (24 chapitres en 140 pages !) rendent la lecture de ce petit ouvrage trop dense pour une pédagogie de la transmission des grandes questions chères à l’auteur et à ses mentors habituels abondamment cités : J.Ellul, B.Charbonneau, I.Illich, S.Latouche, JC.Michéa, G.Thibon, etc. De même, la violence du ton comme plusieurs de ses notes de bas de page intitulées « Supplique aux imbéciles » (pp.15, 40, 45…) contraste avec son plaidoyer pour un débat ouvert. Il dénonce pourtant l’insulte qui rompt la dialectique, transforme le contradicteur en ennemi à anéantir plutôt que de le remercier de révéler ma subjectivité. Tendre vers l’amour et la liberté, deux valeurs en tension, certes mais comment rester serein dans le chaos actuel ? Henri Pérouze, mars 2026 Texte intégral (2213 mots)

De même, il déplore le transfert de la souveraineté populaire aux instances judiciaires et pourtant il reconnait qu’il nous faut des institutions pour contrer l’atomisation de la société.
Le slogan No kid, pointe émergée d’une culture de mort, fantasme de toute puissance…
Alors que nous régressons toujours davantage vers le matriarcat archaïque, chantage affectif qui amène le sujet à céder à son désir, notre société se considère toujours dans le patriarcat soumission à une autorité extérieure (p.117).
Rédaction
Dans l’exercice généralisé du commentaire permanent, il y a un dispositif particulièrement irritant pour faire passer le journaliste en service pour un observateur neutre. Après avoir visionné des images, ou avoir évoqué une situation, le journaliste se tourne vers son invité et lui demande : « qu’est-ce que ça nous dit de… ?« . Comme si des images pouvaient parler toutes seules et délivrer une factualité indiscutable ! En réalité, il n’y a là qu’une ruse de… ventriloque. Cette manipulation repose sur la confusion entre « neutralité » et « impartialité ». Alors que la neutralité est une chimère rhétorique et manipulatrice, l’impartialité est une exigence éthique. C’est Jean Jaurès qui affirmait : « Il n’y a que le néant qui soit neutre ». L’impartialité – dont la déclinaison scientifique s’appelle l’objectivité » – ne consiste pas à prétendre abstraitement être détaché de tout parti pris ou de tout intérêt ; mais elle est une exigence concrète d’honnêteté : ne pas cacher ses engagements, remettre en perspective toute analyse factuelle à la lumière de ses valeurs. Dans tout énoncé factuel, il y a une part d’évaluation : parce tout énoncé est un jugement (de valeur). Donnons 2 exemples d’actualité : Dans ces 2 exemples, le dispositif est le même : faire passer la partialité pour de la neutralité en la dissimulant sous la factualité de faits dont la présentation médiatique n’est que facticité, mise en scène. Ce spectacle « technique » est en réalité un dispositif politique dont l’objectif mystificatoire est assez bien décrit par ce qu’Onofrio Romano nomme « régime de croissance » : le discours politique de la neutralité est un dispositif de neutralisation. Sous couvert de présenter des faits sans jugement (de valeur), la neutralité permet de placer sur un pied d’équivalence les énoncés éclairés honnêtement (et donc discutables au sens de « soumis à la discussion et à la controverse ») et les « vérités alternatives » (qui sont indiscutables, au sens où, dénuées d’argumentation, elles ne sont que des opinions). C’est ce monde de la neutralité qui nous met la tête à l’envers. C’est lui qu’il faut renverser. Texte intégral (717 mots)
Rédaction
Rédaction
L’arrivée commence le samedi 11 juillet dans l’après-midi : pour une tranquille mise en place logistique de la rencontre. Mais la soirée sera déjà festive ♪♫. Puis la semaine se divise en 2 moments → la rencontre (2 jours : le dimanche 12 et le lundi 13) et le focus (3 jours : mardi 14, mercredi 15 et jeudi 16). Le vendredi 17 est consacré au rangement, au nettoyage, à un moment d’échanges sur les (f)estives et à envisager celles des années suivantes. Les inscriptions sont ouvertes ! Ces (f)estives 2026 de la décroissance, continuent de creuser le sillon idéologique dans lequel nous plaçons la MCD : Il s’agit donc toujours de poursuivre notre critique systémique de l’individualisme : non, au commencement, il n’y a pas des individus isolés et indépendants qu’il s’agirait de relier ; au commencement, il y a des relations et des interdépendances. Tableau des covoiturages proposés : cliquer sur ce lien Paiement : sur place, dès votre arrivée (espèces ou chèque) ou en amont par chèque : à l’ordre de Maison commune de la décroissance, envoyé à Festives/c/ Thierry Brulavoine, 13 rue de l’espérance, 75 013, Paris. Tarif pour 1 journée : 15 € (inscription + 1 repas), ou 20 € (inscription + 2 repas) (si plus d’1 journée) → Pour toute demande d’information supplémentaire, contactez : 06 72 99 66 04 (Arthur) ou contact@ladecroissance.xyz Texte intégral (1540 mots)

Les 3 jours de focus sont précédés de 2 jours de rencontre
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