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21.02.2025 à 11:23
Rédaction
Texte intégral (1205 mots)

Nous diffusons sans retenue ce rapport de Terre de Liens sur l’état de l’agriculture en France. Il met parfaitement en lumière les absurdités d’une approche productiviste et exportatrice d’une agriculture qui aujourd’hui marche largement sur la tête. Nous ne cachons pas non plus notre inquiétude quand on voit les résultats des dernières élections professionnelles ainsi que l’adoption par le Parlement du projet de loi d’orientation agricole.

« À l’approche du Salon de l’agriculture et alors que la tension dans le monde agricole est toujours palpable, le Sénat devrait adopter mardi, la loi d’orientation pour la souveraineté agricole et le renouvellement des générations en agriculture.

Dans son 4ème rapport sur l’état des terres agricoles en France publié lundi 17 février, Terre de Liens révèle que la France a perdu la capacité à nourrir sa population. En l’état, la nouvelle Loi qui devrait être adoptée ne devrait qu’aggraver 75 ans de déconnexion politique entre agriculture et alimentation. 

2100 m2 de terres par habitant, là où il en faudrait le double

Avec un potentiel nourricier de 130 %, la France dispose en théorie d’assez de terres agricoles pour nourrir sa population. Mais dans son nouveau rapport sur l’état des terres agricoles, Terre de Liens révèle que cette prétendue souveraineté alimentaire est aujourd’hui réduite à une chimère politique. Tandis qu’elle exporte la production de 43 % de ses terres (12 millions d’hectares), la France importe aujourd’hui l’équivalent de 10 millions d’hectares de terres, la surface de l’Islande, pour notre alimentation. Dans ces conditions, en France, la surface de terres nourricières est réduite à 2 100 m2 par habitant, quand il en faudrait le double pour nourrir une personne. 

Les pâtes illustrent l’absurdité de la situation : avec nos 250 000 hectares de blé dur cultivés chaque année, nous pourrions aisément produire 15 kg de pâtes par personne, surpassant la consommation moyenne de 8,5 kg/personne. Hélas, le blé produit sur deux tiers de ces surfaces est vendu hors de nos frontières et de nos estomacs. Résultat : la France importe trois quarts des pâtes et semoules qui nourrissent sa population

Ou encore le lait. Tandis que Lactalis réduit sa collecte de lait de 9 % en France, laissant sur le carreau plusieurs centaines d’éleveurs laitiers, il n’a pas fait mystère de son intérêt pour le lait en poudre néo-zélandais, dont l’importation est facilitée par un récent accord de libre-échange.

La situation de l’agriculture française se résume en un triste palmarès : accro aux intrants importés pour produire en masse et tenir la cadence des exportations, la France ne cesse d’accroître ses importations pour remplir nos assiettes. Elles ont doublé en 20 ans. 

Agriculture et alimentation, 75 ans de déconnexion politique

D’un côté de la chaîne, les agriculteurs·trices crient leur désespoir d’un revenu indigne face à la concurrence mondiale. De l’autre, la précarité alimentaire des Français augmente et les conséquences de notre alimentation sur notre santé se chiffrent en milliards.

Dans son rapport, Terre de Liens dresse un état des lieux effarant : entre agriculture et alimentation, 75 ans de déconnexion politique ont conduit à la situation que nous connaissons aujourd’hui. À l’heure où la France entend se doter d’une loi d’orientation agricole pour “préserver” sa souveraineté alimentaire, Terre de Liens appelle le gouvernement à prendre acte que cette dernière n’est plus. Ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est de mettre en cohérence production agricole et besoins alimentaires, de toute urgence. Les leviers sont éminemment politiques : 

  • La PAC, dont aujourd’hui 20 % des plus gros bénéficiaires perçoivent 51 % des aides directes, encourage une production industrielle tournée vers le commerce international, au détriment de la durabilité des systèmes. Il est impensable de maintenir en l’état ce levier financier, qui représente en moyenne 74 % du revenu courant avant impôt des agriculteurs·trices, calibré de telle sorte qu’il nous prive de souveraineté alimentaire ;
  • Les accords de libre-échange (Nouvelle Zélande, CETA, Mercosur) accroissent les kilomètres entre le champ et l’assiette, faisant perdre de vue où et comment est produite l’alimentation. Il est temps d’en finir avec la mauvaise foi du gouvernement qui a signé des dizaines de traités de libre-échange ;
  • Les acteurs de l’aval (transformation, distribution) reçoivent chaque année 16,4 milliards principalement sous forme d’exonérations fiscales et de cotisations sociales. Or, ces acteurs orientent considérablement la production agricole. Ces exonérations fiscales représentent donc un levier important de politique publique. 
  • Le départ massif à la retraite des agriculteurs entraîne la disparition de 200 fermes par semaine en France. Une véritable politique d’accès à la terre et d’installation doit voir le jour sans plus tarder pour remplir les objectifs de renouvellement des générations inscrits dans la loi.

En l’état, la loi qui devrait être adoptée mardi passe à côté de son objectif : des terres et des agriculteurs·trices pour une souveraineté alimentaire préservée. Sans moyens sur l’enjeu de renouvellement des générations et de la résilience des fermes (le long terme qui devrait être central dans une loi d’orientation), elle a fait semblant de donner des gages aux agriculteurs•trices par un abaissement généralisé des normes qui ne règlera pas leur problème de revenu et consacre dans le même temps une vision de la souveraineté alimentaire calquée sur la balance commerciale de la France. »

Liens et accès au rapport

RAPPORT :

https://ressources.terredeliens.org/les-ressources/souverainete-alimentaire-un-scandale-made-in-france-rapport-4

SYNTHÈSE :

https://ressources.terredeliens.org/les-ressources/souverainete-alimentaire-un-scandale-made-in-france-synthese-rapport-4

21.02.2025 à 08:32
Rédaction
Texte intégral (662 mots)

Dans notre dernière lettre en date du 7 janvier et intitulée « La xénophobie est à la mode », nous nous inquiétions de la banalisation du rejet et de la peur de l’autre. Certains des messages reçus après cette lettre nous confortent dans l’idée qu’il y a là une bataille politique à mener : celle de la question sociale, qui se préoccupe de l’égalité, contre la question sociétale,  qui se préoccupe de l’identité. La décroissance a donc quelques pistes pour « grand remplacer » l’extrême-droite : 

  • Préférence pour l’altérité contre préférence nationale : parce que vivre ensemble ça n’est pas vivre uniquement avec des gens qui nous ressemblent.
  • Pluriversalisme contre occidentalisation des mœurs : pour un universel qui n’érige pas la particularité occidentale comme modèle ni ne tombe dans le piège du relativisme culturel : un universalisme en construction permanente et nourri de la diversité, à la recherche de notre commune humanité.
  • Civilisation du temps libéré contre éloge du travail et de l’esprit d’entreprise : pour un revenu inconditionnel accordé à tout membre de la société, sans aucune exclusion et accordé sans contrepartie « laborieuse ».
  • Goût pour les limites contre technosolutionnisme : quand bien même nous trouverions des solutions techniques aux problèmes écologiques, nous questionnerions les impacts de ces technologies sur la vie sociale.
  • Décolonisation contre rémigration : défense d’une triple émancipation : de la nature, des femmes et des colonies, que le capitalisme considère comme des ressources gratuites et illimitées.
  • Écologie contre survivalisme :  pour se réinstaller dans les interdépendances avec le vivant et la nature.
  • Égalité contre sécurité : la première des libertés n’est pas la sécurité mais l’égalité : la première décroissance est donc celle des inégalités.
  • Priorités aux activités de soin plutôt que ressentiment contre l’assistanat : parce que sont les activités de conservation et de reproduction de la vie de la société qui comptent réellement et qui sont « la plateforme », « la base » sur laquelle toute activité productive repose.
  • Biorégionalisme contre souveraineté nationale : pour des territoires qui ne soient pas des espaces d’exclusion politique définis par des frontières arbitraires mais dessinés par des limites géographiques prenant en compte les communautés humaines et les écosystèmes.
  • Démocratie contre illibéralisme : contre certaines faiblesses de la démocratie représentative c’est toujours de la démocratie qu’il faut (assemblées populaires, part de démocratie directe, encadrement des mandats, jurys citoyens…) et non pas une remise de nos destins aux mains d’une figure providentielle et autoritaire.

Si ces belles valeurs veulent pouvoir arriver à réellement contrer celles de l’extrême-droite, à cette époque de grande insensibilité politique, il faut se demander pourquoi aujourd’hui personne ne les écoute : c’est tout l’intérêt de réfléchir aux racines du mal : celle de la domination du régime de croissance, qui neutralise les effets du discours des valeurs par toute une série d’outils de dépolitisation (individualisme, neutralisme institutionnel, horizontalisme…)

Amitiés xénophiles renouvelées

19.02.2025 à 16:48
Rédaction
Lire plus (184 mots)

Chargé de cours en sciences sociales dans l’enseignement supérieur (notamment à Sciences-Po Lyon et à l’université Lyon II) et en formation continue (à l’Institut Transitions). Auteur et traducteur de plusieurs livres de critique sociale. Derniers ouvrages parus : « Ce que nos salaires disent de nous » (Payot, 2023) et « Travailler sans patron », coécrit avec Simon Cottin-Marx (Gallimard, 2024).

Ses domaines d’intervention :

Baptiste Mylondo

  • décroissance,
  • justice environnementale,
  • travail,
  • limites sociales de la croissance,
  • perspectives post-croissance.

Sur la zone géographique, il faut que ce soit accessible facilement en train à partir de Lyon (Marseille, Montpellier, Clermont-Ferrand, Grenoble, Paris, Dijon).

18.02.2025 à 18:03
Fleur Bertrand-Montembault
Texte intégral (626 mots)

Le mot de la MCD : David Cham nous a fait le plaisir et l’honneur de venir écouter les intervenants de la Caravane contre-croissance lors de l’étape nantaise, et d’en tirer trois podcasts qu’il a publiés sur sa chaîne de podcasts « Taf Punk« . Un grand merci à lui pour ces enregistrements de qualité. De ces trois interviews, voilà ce que nous retenons de nature à consolider le corpus commun décroissant :

  1. Avec Vincent d’Eaubonne : l’apport de Françoise d’Eaubonne et de l’écoféminisme a été de démontrer que la nature et la domination des femmes (et l’on pourrait y ajouter les colonies, comme d’autres auteures l’ont fait) ont une racine commune : le patriarcat. Plus spécifiquement, « Françoise », comme l’appelle simplement Vincent, a démontré que la recherche de l’égalité hommes-femmes au travail est une récupération de ce combat d’émancipation pour alimenter le développement du capitalisme : il n’y a rien à espérer d’un féminisme qui cherche à rattraper les hommes dans les aliénations de la sphère productive. Comme Vincent, nous sommes les héritiers de cette pensée écoféministe, qui fait de Françoise d’Eaubonne l’une des précurseuses de la décroissance.
  2. Avec Tristan Riom : l’idée que la pratique politique a besoin de se nourrir d’une réflexion de fond et de concepts qu’elle peut ensuite traduire au quotidien : c’est le projet qui porte la MCD dans le champ de la décroissance. Ensuite, il est intéressant de noter qu’il existe actuellement des matrices politiques toutes faites, nourries des imaginaires dominants de compétition, de concurrence, de standardisation… pour penser les territoires : attractivité, compétitivité, développement urbain… La décroissance doit pouvoir proposer d’autres matrices pour les territoires, comme celle soulignée par Tristan : l’économie de la subsistance ; ou celle proposée par la MCD, l’espace écologique (penser des politiques publiques systématiquement encadrées par des mesures « plancher » et « plafond »).
  3. Avec Romain Allais : la distinction entre consommation obligatoire (de satisfaction des besoins), ostentatoire (de positionnement social) et compensatoire (pulsionnelle et de récompense). De plus, l’idée que nous avons besoin de commun et donc de communautés, qui ne peuvent être recréées virtuellement et sur les réseaux sociaux que parce que les individus ont été préalablement séparés. Ce qui nous anime en tant que décroissant-es, c’est de conserver et préserver ces communs préalables aux individus, à même de donner du sens à nos vies.

Pour écouter les autres podcasts de la chaîne Taf Punk : https://shows.acast.com/tafpunk.

Il est également possible de ré-écouter l’émission de Radio Campus Clermont-Ferrand qui présente l’événement, « La caravane contre-croissance s’arrête à Clermont-Ferrand ! » enregistrée en décembre 2024 .

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