Voltigeur
Plutôt que de fonder une critique politique sur une prophétie, il semble plus solide de la valider en prenant du recul. D’où la publication des ces deux courtes chroniques avec 9 et 6 ans de délai. Car en effet, après la crise du Covid, tout a recommencé comme avant. Quant à Thomas Pesquet, il continue d’assurer le sav de la « conquête » spatiale… Et c’est ainsi que tourne la ritournelle de la croissance ♪♫♪ L’année 2017 nous a tenus en haleine par deux évènements marquants sur la scène de notre pays : Thomas Pesquet et les pandas 1. Pour ceux qui n’auraient pas suivi (y en a-t-il ?), sachez que le premier est un spationaute qui a passé plusieurs mois (six mois je crois) en orbite dans la station spatiale internationale. Je doute qu’il ait fait grand-chose d’utile là-haut. Il est français, c’est un héros. S’est-on un peu foutu de notre gueule à payer un gugusse pour tourner pendant 6 mois au-dessus de nos têtes, en orbite, aux frais du contribuable ? Et le gars nous prend en photos et nous envoie des twits. Apparemment ce gars-là, un français bardé de diplômes et parlant plusieurs langues (personne n’en doute) n’a pas grand-chose à foutre là-haut pour s’occuper. C’est un héros. Profession : héros. Il est français. Le deuxième, c’est les pandas : il y a eu une naissance d’un bébé panda au zoo de Beauval en France, et on a attendu avant de le présenter au public et de le faire baptiser par –tenez-vous bien- la femme du président de la république française ! Si si. Alors c’est à ça que sert ce qu’on appelle une première dame : baptiser les nounours qui sont si mignons et qui ont tellement de mal à copuler qu’il faut les aider, ces messieurs pandas n’étant parait-il pas très portés sur la gaudriole. J’inverserais bien les rôles entre le spationaute et le panda : le panda en orbite et le spationaute au zoo ! On pourrait en faire : un reportage, une revendication avec des manifestations de soutien à la clé, un pandathon, une émission de réalité qui consisterait à filmer le panda dans la station spatiale, le spationaute dans le cocon de son zoo et visité par la souriante femme du président prenant la pose pour Paris match en lui donnant son biberon… Et puis peut-être que monsieur panda montrera une libido un peu plus active en apesanteur ? Ce qui pourrait régler le problème de l’extinction de l’espèce, même au prix d’une grosse dépense de carburant et de quelques tonnes de métal de fusée désagrégées dans l’atmosphère. Ces deux évènements peuvent se résumer par une phrase entendue au journal télé : « il a su créer les moments pour créer de l’émotion ». Diable. Fichtre. Pas beau ça ? Profession : créateur d’émotion. Ça tombe bien : j’adore l’émotion. Mais il faut faire ça dans l’ordre. Créer d’abord des moments pour pouvoir s’émotionner. On ne peut pas s’émotionner dans les transports en commun quotidiens. C’est un peu comme ces moments d’authenticité : l’authenticité d’une tribu de papous tapant du pied dans la poussière et les ornements de plumes devant les flashs et les caméras et smartphones des touristes suant en surpoids, un bus climatisé attendant à quelques mètres en arrière hors du champ des prises de vue. J’adore entendre ce genre de phrases : « savoir créer des moments pour créer de l’émotion ». Emballez-moi pour 500 grammes d’émotion, c’est pour consommer ce soir. On est là, on fabrique un moment. Pop ! En voilà un. Comme une bulle de savon bien irisée. Et puis dans la foulée : pop ! On vous fabrique quelques grammes d’émotion en apesanteur. Vive les voyages dans l’espace ! Vive les pandas ! On pourrait très bien voir les choses comme ça, d’ailleurs on les voit comme ça, d’ailleurs elles sont comme ça : Dieu a créé la terre et les hommes et les femmes et les animaux et les plantes et les cailloux et le pétrole etc., à peu près comme il est dit dans la Bible. Jusque-là rien d’étonnant. Puis il s’est reposé un peu (refrain connu) puis il est allé ailleurs dans l’univers pour fabriquer d’autres planètes et ça fait un moment qu’il est pas revenu voir ce qui se passait sur la terre. Il est très occupé, c’est un sacré bâtisseur d’univers, ses journées sont très remplies et il n’a pas vraiment le temps de prendre des vacances. Il n’arrête pas. Très récemment il s’est dit « tiens, je me demande comment c’est géré sur la planète terre. Ça fait un bail que j’ai pas été y voir. Bon dieu ! D’après mon agenda je n’ai même pas été voir depuis que j’ai bricolé cette planète. Je vais y faire un saut vite fait. » Il est arrivé plein pot dans la galaxie, après un virage sur les chapeaux de roue il a bifurqué vers le système solaire et est arrivé comme une balle vers la planète terre. En s’approchant il a appuyé à fond sur les freins et après quelques soubresauts il a fini par se mettre en orbite. (Il allait falloir faire réviser ces freins, se dit-il, je suis trop négligent avec les aspects sécurité.) Après ça il a sorti sa vision télescopique et oh là là, il a pas fini de passer les continents en revue qu’il comprend que ça déconne sévère. Alors il est venu pour voir et il a vu tout de suite que c’était parti en couille. Je vous fais pas un dessin. Je vous le fais pas parce que vous avez bien constaté tout seul que c’est un beau bordel. On peut dire que depuis Adam et Eve et le coup de la pomme et du serpent c’était parti dans tous les sens et pas dans le bon sens. Dieu a tout de suite vu, avec son œil divin capable d’embrasser un vaste champ de vue, que c’était parti en couille dans tous les recoins de la planète. Merde alors, qu’il se dit. Je l’aimais bien cette planète, la première que j’ai réussie. J’en ai fabriqué depuis de plus jolies et plus efficaces, mais je garde un sentiment pour celle-là. Et qui est-ce qui m’a foutu un bordel pareil ? Ah ben oui, c’est pas étonnant et c’était même couru d’avance j’aurais dû m’en douter, c’est les humains. Bon dieu qui aurait pu prévoir que ces deux couillons d’Adam et Eve allaient engendrer… Regardez-moi ça : ils ont tout foutu en vrac, mon joli écosystème et tout et tout. Ça m’énerve. Quand Dieu s’énerve, vaut mieux pas être dans les parages les gars. Et ça a pas loupé : d’un imperceptible froncement de son sourcil gauche, Dieu a créé une paire de virus en forme de couronne et l’a balancée à travers l’atmosphère polluée de la planète. En lançant la paire il a dit à papa virus et maman virus : « croissez et multipliez ». Puis il a ajouté : « Mettez-moi un peu d’ordre dans tout ça ». Et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec ce coronavirus à la con qui a fait péter la croissance économique et tout et tout. Mais on va s’en sortir les gars. Attendons juste que Dieu tourne le dos, et il va pas tarder à le faire parce qu’il a d’autres chats à fouetter qu’à tourner autour de cette planète. Il faut qu’il retourne au turbin lui aussi. Et alors vous allez voir ce que vous allez voir, on va te le remodeler son écosystème. Et ça va nous rapporter un max. Y’a un business après le virus. Le voltigeur Texte intégral (1730 mots)
Fin 2017 : En orbite et les pandas, deux évènements marquants de l’année

2020 : On va se faire un max de blé quand tout ça sera fini.
Notes et références
Arthur Zarrouki
Les Caisses de Redirection Écologique (CRE) est un concept théorisé par Alter Kapitae dans la cadre d’une réflexion prospective sur de nouvelles institutions financières basées sur la comptabilité écologique pour la transformation écologique des territoires. Les CRE se veulent donc être de nouvelles institutions capables de financer la décroissance. Dans le cadre du focus de nos (f)estives 2026, carte blanche a été offerte à nos camarades d’Alter Kapitae pour présenter leur concept de Caisses de Redirection Écologique et questionner ensemble ce qui pourrait freiner leur déploiement. (245 mots)
Une courte vidéo de présentation est accessible sur la chaîne Youtube d’Alter Kapitae (voir ci-dessous)
Le rapport complet est accessible sur le site d’Alter Kapitae.
Ci-dessous la captation de la première partie (une conférence) de la matinée, qui a été suivie d’une seconde partie sous la forme d’un atelier, visant à réfléchir collectivement aux freins aux Caisses de Redirection Écologique. Elle devrait faire l’objet d’un article… À suivre !
Michel Lepesant
L’un des symptômes le plus manifeste d’une immaturité politique est l’attaque dirigée contre l’exigence de précision et de distinction dans l’usage du vocabulaire : Aujourd’hui, le livre le plus important dans la bibliothèque décroissante n’est-il pas celui coordonné par G. D’Alisa, F. Demaria et G. Kallis, Décroissance, Vocabulaire pour une nouvelle ère (2015) ? Voilà pourquoi « les mots sont importants » : très bonne occasion de renvoyer chacun.e d’entre nous à l’excellent site qui reprend cette expression éponyme : https://lmsi.net/ Les mots sont importants, les mots importent. Mais alors qu’est-ce que les mots importent ? Ce qu’il s’agit de reconnaître c’est que l’exigence de précision et de clarté dans notre usage des mots ne doit surtout pas être confondue avec l’illusion d’une maîtrise. Nous ne devons pas céder à la prétention d’Humpty-Dumpty (dans Alice au pays des merveilles) qui croit que « quand j’utilise un mot, il signifie exactement ce que j’ai décidé qu’il signifie, ni plus, ni moins… The question is which is to be master – that’s all ». Ce que les mots importent, c’est ce dont ils sont pleins. Car les mots ne sont pas des formes creuses que nos intentions viendraient remplir comme on comble un vide. Les mots sont remplis de discussions. Et ces discussions sont déjà là quand nous utilisons un vocabulaire, comme la langue est toujours déjà-là avant que je ne la parle. Respecter le cadre d’un vocabulaire (et de sa grammaire), c’est ouvrir son esprit aux discussions. C’est de discussion dont la décroissance a besoin… Texte intégral (817 mots)
« L’homme qui parle est au-delà des mots, près de l’objet ; le poète est en deçà. Pour le premier, ils sont domestiques, pour le second, ils restent à l’état sauvage », Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ? (1948).
Notes et références
Michel Lepesant
Depuis 1 an, une discussion lancée par une interview de Jason Hickel existe au sein de la nébuleuse degrowth sur la question de la stratégie. La MCD compte y prendre sa part. L’un des enjeux de ces discussions porte sur l’écosocialisme, et ses relations avec la décroissance/degrowth. Pour donner une idée de la tonalité de l’itw, voici le chapeau : « Degrowth is a gateway into socialist thought for the 21st century » ; pour Jason Hickel, ce socialisme du 21ème siècle, c’est l’écosocialisme. Autrement dit, la décroissance ne serait pas le projet mais seulement la transition vers une destination qui serait l’écosocialisme, pour reprendre le titre de la préface que Timothée Parrique a écrite (en 2024) pour un livre d’entretiens avec Daniel Tanuro 1. Ajoutons que cette offensive stratégique n’a pas commencé avec cette itw de Jason Hickel et que la question des « convergences » entre écosocialisme et décroissance nourrit déjà un corpus de prises de positions : Mais qu’est-ce alors que l’écosocialisme ? « Vouloir retrouver le sens du marxisme exclusivement dans ce que Marx a écrit, en passant sous silence ce que la doctrine est devenue dans l’histoire, c’est prétendre, en contradiction directe avec les idées centrales de cette doctrine, que l’histoire réelle ne compte pas, que la vérité d’une théorie est toujours et exclusivement « au-delà », et finalement remplacer la révolution par la révélation et la réflexion sur les faits par l’exégèse des textes. » Mais qu’est-ce alors que l’écosocialisme ? Michael Löwy a publié en 2011 un ouvrage qui prétend justement fournir la réponse la plus directe. Il a d’autant plus de légitimité pour le faire qu’il est avec Joel Kovel le co-auteur du Manifeste écosocialiste international (2001). A la sortie de ce livre de Michael Löwy, Fabrice Flipo avait publié (en janvier 2012) une recension qui permet de recadrer et de clarifier certaines facilités que M. Löwy s’accorde, en particulier quand, pour équilibrer le rouge et le vert, il en passe par un équilibre des critiques qu’il adresse aux uns comme aux autres : et, là, il faut reconnaître que les 2 plateaux de la balance ne sont pas faciles à équilibrer. Car, le socialisme du 21ème siècle doit en passer par une critique radicale du « socialisme réel » : et là les références ne manquent pas. Alors pour faire bon poids, Michael Löwy n’est pas toujours exempt de mauvaise foi dans les critiques qu’il adresse à la tradition écologiste : la recension de Fabrice Flipo rétablit la balance. https://www.contretemps.eu/quest-ce-que-l-ecosocialisme/ Notre présentation ne veut pas « rentrer dans les détails » (relever telle expression, telle incohérence entre une phrase et une autre, telle maladresse, telle mauvaise foi…), elle essaie de dézoomer le plus possible sans rentrer dans les variétés et autres variantes de l’écosocialisme. Car il s’agit d’appliquer à l’écosocialisme la même exigence méthodologique que pour la décroissance : « pas de variations sans invariant ». D’autant que les débats existants entre décroissance et écosocialisme se font quand même à un haut degré de généralité. Du côté écosocialiste, dans les premiers débats, la décroissance est simplifiée à une critique de la croissance – et donc à l’objection de croissance. Aujourd’hui, les écosocialistes reprennent la définition mainstream de la décroissance telle que formulée par Timothée Parrique : une réduction économique de la production et de la consommation dans le cadre de valeurs démocratiques, écologiques et sociales. La question est donc : quelles convergences et quelle(s) divergence(s) entre le noyau de l’écosocialisme et le noyau de la décroissance ? Pour la décroissance, nous prétendons à la MCD avoir largement entamé ce travail de conceptualisation, qui a abouti à dégager 4 piliers dans le noyau de la décroissance (la décroissance comme opposition politique à la croissance, l’éloge du limitisme, l’éloge de la vye sociale et l’éloge de l’abondance par le partage). Pour l’écosocialisme, ce travail n’a pas été formellement fait mais il faut reconnaître que les textes de Michael Löwy s’inscrivent toujours dans une intention idéologique d’unité conceptuelle. Décroissance et écosocialisme partagent la plupart des critiques que l’on peut adresser au système dominant actuel, système avec lequel nous voulons explicitement rompre. Cette convergence des critiques est une analyse convergente des crises. Non seulement nous partageons l’inventaire des crises – écologiques, sociales, démocratiques… – mais surtout nous partageons l’idée que ces crises sont « intrinsèquement liées et devraient être perçues comme les manifestations différentes des mêmes forces structurelles » (Manifeste de 2001). Plus profondément, nous devons aussi valider que l’écosocialisme ne dirige pas cet inventaire des critiques seulement contre le système dominant mais qu’il procède d’un mea culpa dirigé contre le socialisme tel qu’il a historiquement existé. Autrement dit, à la critique du système est intrinsèquement associée une critique des critiques du système 3 : et ces critiques sont écologiques, et aussi sociales, et aussi politiques. Lisons Löwy : → Pour l’écosocialisme, cette convergence des crises justifie une convergence des luttes : « Le combat pour une nouvelle civilisation, à la fois plus humaine et plus respectueuse de la nature, passera par une mobilisation de l’ensemble des mouvements sociaux émancipateurs qu’il faut associer » (p.45). C’est évident mais reste à se demander si cette mobilisation, qui est nécessaire, est suffisante pour gagner le combat. Suffit-il de converger dans le contre sans converger pour des objectifs communs ? Décroissance et écosocialisme partagent beaucoup d’objectifs de ce que devrait être une société libérée des souffrances (exploitations, aliénations et dominations). Comment ne pas se réjouir de lire – déclaration écosocialiste internationale de Belém, en 2008 – que « l’écosocialisme propose des transformations radicales dans : Comment ne pas se satisfaire de lire que l’écosocialisme doit se saisir de la question alimentaire et de l’agriculture paysanne (p.69), de la question des ressources énergétiques renouvelables pour sortir des énergies fossiles et de la « fausse alternative » qu’est le nucléaire (p.70), de la question des transports, tant la voiture individuelle que le transport routier des marchandises (p.71), de la publicité (p.72)… → Reste à se demander si la réalisation de tous ces objectifs suffirait pour faire système et sortir vraiment d’un paradigme de la croissance dont les objectifs se parent toujours des termes de « progrès » et de « développement » ? Décroissance et socialisme partagent un fond commun de valeurs : « Socialisme et écologie se réclament tous les deux de valeurs qualitatives » (p.26) .C’est cette « éthique écosocialiste » que parcourt Michael Löwy dans son chapitre 5. Le socialisme moderne est l’héritier de cette protestation sociale, de cette « économie morale ». Il entend fonder la production non plus sur les critères du marché et du capital… mais sur la satisfaction des besoins sociaux, le « bien commun », la justice sociale. Il s’agit de valeurs qualitatives, irréductibles à la quantification mercantile et monétaire ». Quels sont les éléments d’une telle éthique écosocialiste ? → Reste à rappeler qu’il ne suffit pas de partager des valeurs pour réussir une transformation écologique et sociale : parce que si les valeurs peuvent critiquer, si elles peuvent motiver, elles ne peuvent néanmoins mobiliser qu’à condition de s’ouvrir à un horizon d’espérance. Michael Löwy conclut son chapitre sur l’éthique écosocialiste en consacrant quelques paragraphes à une discussion entre Principe Responsabilité (Hans Jonas) et Principe Espérance (Ernst Bloch), malheureusement, pour forcer leur accord, il simplifie l’un et caricature l’autre. Reste donc posée la question de la transformation en tant que stratégie. Les convergences entre décroissance et écosocialisme sont nombreuses. On pourrait facilement les résumer en disant tout simplement que ces deux mouvances sont de gauche. Mais on ne peut pas réduire les relations entre décroissance et écosocialisme aux seules convergences pour en déduire que la décroissance mène à l’écosocialisme, ou que l’écosocialisme a intégré véritablement l’apport de la décroissance à la question de la transformation écologique, démocratique et sociale. Reste à aborder vraiment la question de la transformation sous l’angle du comment : et c’est là qu’il y a une nette divergence entre décroissance et écosocialisme. Comment la formuler le plus directement possible ? C’est que l’écosocialisme enferme la question de la stratégie dans la confusion entre stratégie et scénario et se facilite cette question du scénario en continuant – dans la lignée d’un marxisme pour lequel le matérialisme historique est un déterminisme – de l’aborder en la réduisant au levier de la contradiction. → Mais, cependant, toutefois… l’écosocialisme en ajoutant, voire en substituant, une seconde contradiction (verte) à une première contradiction (rouge) continue de penser la transition, la transformation, la redirection… sous la forme d’une contradiction inéluctable du capitalisme et de l’écosocialisme comme (ré)solution de cette contradiction. Autrement dit, qu’il soit rouge ou vert, l’écosocialisme maintient son schéma stratégique dans un même cadre : celui de la contradiction qui ne peut pas ne pas aboutir à l’effondrement du système critiqué. Analytiquement, on pourrait distinguer entre la mécanique de la contradiction et la critique d’un système par ses contradictions internes mais en réalité il s’agit des 2 faces d’un même argument : l’argument de la nécessité 4 qui est au coeur de la critique fonctionnaliste, cette critique d’un système parce qu’il ne fonctionne pas, parce qu’il échoue (« Le changement climatique montre que le capitalisme est au bout du rouleau » affirme ainsi La perspective écosocialiste, Cancún, 2010) ou qu’il ne peut pas ne pas finir par échouer. Chacun peut facilement mesurer le grand écart stratégique entre critiquer un système parce qu’il échoue et le critiquer parce qu’il réussit. Il ne s’agit pas par ces rappels de refuser à l’écosocialisme une conscience écologiste. Il s’agit néanmoins de ne pas se laisser duper par le degré de volontarisme politique dont cette conscience dispose : les écosocialistes consentent à prendre en considération les questions écologiques mais c’est à reculons, à regret, faute de mieux, comme moindre mal. C’est là toute la différence entre une décroissance subie et une décroissance choisie, entre une décroissance consentie et une décroissance délibérée, entre l’argument de la nécessité (dont les variantes sont le marxisme scientifique, la collapsologie, l’expertocratie écologique…) et l’argument du « même si » ou du « quand bien même ». Même et surtout si une croissance infinie était possible, ce serait à nos yeux une raison de plus pour la refuser pour rester humain. […] Notre combat est avant tout un combat de valeurs. Nous refusons cette société du travail et de consommation dans la monstruosité de son ordinaire et pas seulement dans ses excès ». Avant de conclure : pourquoi est-ce là une divergence forte, pourquoi confondre la question de la stratégie (cadrer les mobilisations) avec celle du scénario (prophétiser les résultats des mobilisations) est regrettable, pourquoi préférer l’argument de la nécessité à celui du « même si » constitue-t-il peut-être une faute politique ? Parce que ces confusions « mépolitisent » la stratégie. Car s’il y a une leçon stratégique à tirer des échecs du socialisme réel, la voici : cadrer une mobilisation, ce n’est pas la diriger ni même lui indiquer les pistes (on peut penser aux « alternatives concrètes », aux « luttes »…), c’est juste commencer un inventaire de ce qu’il ne faut pas faire ; et cette modestie socratique vaut avant tout au moment d’autocritiquer nos propres mobilisations, nos échecs. Il s’agit là d’un double renversement : au lieu de critiquer le système pour ses échecs, on le critique pour ses réussites. Au lieu de croire que nos mobilisations passées n’ont encore jamais réussi à renverser le système par faute de nombre (d’où les appels incessants à l’unitude, « tous ensemble, tous ensemble »), on tire les leçons idéologiques de nos échecs historiques. A l’occasion de nos travaux pour proposer une Fresque de la décroissance, nous nous sommes aperçus que l’on pouvait déterminer les types de rapports entre organisations en croisant deux entrées : 1/ vis-à-vis du « système », intention de continuité ou intention de rupture ; 2/ cette attitude est-elle délibérée (idéalisme du Bien) ou consentie (réalisme du moindre mal) ? Nous avons ainsi repéré 4 types de rapports (de sens, plutôt que de rapports de force) : les « ennemis », les « adversaires », les « alliés » et les « camarades ». Écosocialistes et décroissants sont des « alliés » grâce aux convergences de critiques, d’objectifs et de valeurs. Mais ils ne sont pas des « camarades » à cause d’une divergence stratégique 5. Du point de vue de cette différence, difficile de se réjouir en lisant les écrits récents de Michael Löwy dans lesquels il en vient à défendre une « décroissance écosocialiste » : * Car si nous reprenons les 4 piliers de ce que nous avons repéré comme noyau de la décroissance, cette divergence stratégique se répercute sur chacun d’entre eux : * Bref, si l’entrée en décroissance signifie une « sortie de l’économie », nous avons du mal à croire que l’écosocialisme pourrait apporter le projet dont la décroissance serait le trajet, à croire que la décroissance serait une porte d’entrée vers l’écosocialisme (J. Hickel, T. Parrique). Pour autant, nous ne prétendons pas vraiment savoir ce que serait une post-décroissance : bien évidemment un post-capitalisme, mais pas seulement. Nous nous sentons plus assurés si nous nous limitons à indiquer d’ores et déjà ce que la post-décroissance ne devrait pas être, à la lumière des leçons tirées des échecs passés. Texte intégral (6179 mots)
Présentations écosocialistes de l’écosocialisme
▼ Le manifeste écrit par J.Kovel et M. Löwy en 2001
▼ Présentation de l’écosocialisme par Michael Löwy (2023)
Présentation décroissante de l’écosocialisme
Une convergence des critiques

Une convergence des objectifs
Une convergence des valeurs
Quelle divergence fondamentale ?
En conclusion : plutôt une alliance qu’une camaraderie

Notes et références
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
Journalistes d'Investigation Ecologie Climat
Journalistes & Ecrivains Nature Ecologie
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
Observatoire des médias sur l Écologie
🌱 Observatoire de l'Anthropocène