Rédaction
La Maison commune de la décroissance a organisé au printemps 2026 un cycle de conférences intitulé « 4 images politiques pour penser la décroissance » mené par Michel Lepesant. La conférence introductive a eu lieu le mardi 14 avril 2026, à l’Académie du Climat (Paris). Le cycle s’est poursuivi les 19, 20 et 21 mai. Pour penser la convergence, la coordination et le degré de politisation des propositions décroissantes (et elles sont abondantes), il vous est proposé de penser la décroissance au moyen de 4 images pour visualiser 4 enjeux politiques : le commun, la robustesse, la radicalité, l’extension de la critique. L’objet de la Maison commune de la décroissance (la MCD) est de proposer à l’ensemble de la constellation décroissante un cadre politique commun. Aujourd’hui, malheureusement, l’ensemble des initiatives et propositions qui peuvent se revendiquer de la décroissance ressemble plus à une boîte remplie de pièces de puzzle qu’à un « paradigme » partagé. Et d’y répondre par 4 images : Les quatre images seront détaillées à travers 3 trois conférences, à découvrir ci-dessous ! Texte intégral (850 mots)
Si la décroissance était une langue, c’est comme s’il y avait un lexique mais sans (règles de) grammaire. Pourtant, ce n’est qu’à condition de partager des règles communes que chacun.e a la liberté de les utiliser comme il l’entend pour exprimer son idée. Une langue partagée est la condition de possibilité d’une parole individuelle.
Pour tenter de construire ce cadre, plutôt que de longues dissertations, la MCD vous propose de repérer 4 questions :
Suite et fin du cycle les 19, 20 et 21 mai 2026 à Paris




Michel Lepesant
Au moment où on semble assister, impuissant, à la disparition du droit et son emplacement par « le droit du plus fort », il est bon de se souvenir que J-J Rousseau qualifiait ce soi-disant droit de « galimatias inexplicable » ( Du contrat social, I, 3, 1762). Jugement toujours d’actualité, à l’heure où les médias mainstream arrivent de moins en moins à dissimuler leur fascination pour la brutalisation généralisée du díler maximo. Mais reste toujours cette question : pourquoi la force, si elle est vraiment si forte, doit-elle se donner les apparences d’être un « droit » ? Selon l’article 2 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) du 26 août 1789 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». Ce droit de résistance est garanti par la Constitution, puisque la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen fait partie du bloc de constitutionnalité et possède donc une valeur constitutionnelle. En réaffirmant, dans sa décision de janvier 1982, la valeur constitutionnelle des principes et droits proclamés en 1789, le Conseil constitutionnel reconnaît aussi la valeur constitutionnelle du droit de résistance à l’oppression prévu par l’article 2 de la DDHC. Comment, pourtant, ne pas constater que ce droit est aujourd’hui malmené ? Toute la question démocratique revient alors à se demander s’il s’agit d’une « dérive » illibérale de certains libéraux ou bien d’une « pente » illibérale du libéralisme ? Je voudrais aujourd’hui relire une pensée de Pascal (B298-L103) dont le titre est : Justice, force. Chacun voit bien de quoi il s’agit. 1ère distinction : d’un côté, la justice qui est affaire de volonté ; de l’autre, la force qui est contrainte. 1er croisement : la justice par elle-même n’a pas de moyens ; la force par elle-même n’a pas de justification. 2ème croisement : la justice et la force sont faibles dans l’ordre du dire. 3ème croisement : il faut les mettre ensemble dans l’ordre du faire. 2ème distinction : entre le dire et le faire. [Objection implicite : mise en garde contre une fausse symétrie, un pseudo équilibre] 3ème distinction : dans l’ordre du dire, la force a l’apparence de la justice alors que la justice « est sujette à dispute ». Conclusion : « on a fait que ce qui est fort fut juste ». Ce qui est (souvent mal) interprété comme une « victoire » de la force et une faiblesse de la justice devant la force. « Il est juste que ce qui est juste soit suivi. Il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. —- La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. La justice est sujette à dispute. La force est très reconnaissable et sans dispute. Ainsi on n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste, et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » Explication : Pascal écrit « on a fait » et n’écrit pas « on a dit que ce qui est fort fut juste ». Autrement dit, il est abusif d’interpréter cette conclusion comme une victoire de la force, comme si Pascal avait écrit : puisque c’est la force qui, de fait, gagne, alors on dit que la force est juste ; que ce qui est juste, c’est ce que dit la force (« la raison du plus fort »). « On a fait » renvoie à une contrainte : c’est la force qui se voit contrainte de se montrer juste. Autrement dit : entre l’idéalisme de la justice et le cynisme de la force, la victoire revient à la justice. La justice est plus forte que la force. C’est ce qui fait que même les régimes les plus autoritaires organisent des élections, fût-ce pour les truquer, ils ne peuvent se passer de l’apparence de la justice ; alors que – renversement de l’asymétrie – la justice ne peut pas se donner l’apparence de la force. Dans la réalité, les apparences de l’idéal sont plus réelles que celles du réalisme. Dans l’instant, cette vérité peut être brouillée, mais à la longue, elle est imparable. A la longue, l’injustice de la force ne peut pas gagner contre la force de la justice. Pascal insiste sur la différence entre l’ordre du dire et l’ordre du faire ; c’est parce qu’une partie de l’action politique se juge sur le choix des termes employés pour la décrire, et donc pour la juger. Que veut dire « résister » ? Si l’action terroriste peut être une dérive de toute résistance, à quel moment peut-on juger qu’un groupe de résistance devient un « groupe terroriste » ? C’est une question qu’il faut poser pour le Hamas. Mais, dans ce cas, c’est une question qu’il faut aussi poser pour l’État d’Israël, dont les politiques de colonisation, de négation du droit des palestiniens à disposer d’un État, d’usage sans retenue de la violence militaire contre des civils (à Gaza, en Cisjordanie, au Liban) sont une constante de ses gouvernements depuis sa création, création qui s’est d’emblée inscrite dans un négationnisme assumé selon la fameuse formule : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre » 3. D’autant qu’aujourd’hui c’est bien une extrême-droite suprémaciste et théocratique qui gouverne Israël ; et encore une fois, demandons-nous : pente ou dérive 4 ? Texte intégral (2569 mots)
1- La résistance est un droit

2- La pente illibérale du libéralisme
3- La force du droit, ou l’inévitable puissance de l’apparence
4- Conséquences sémantiques

Notes et références
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène