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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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29.08.2026 à 07:00

Légumes brûlés, maïs en chute libre, prairies grillées… Les chiffres chocs d’un été catastrophique pour l’agriculture française

Esteban Grépinet

Texte intégral (2025 mots)
Fleurance (Gers), le 19 août 2026. Une rangée de tournesols gravement flétris, en pleine période de sécheresse. © Isabelle Souriment/Hans Lucas via AFP

Le réchauffement climatique frappe de plein fouet l’agriculture française. Après un été record, marqué par une succession de canicules et d’incendies, ainsi qu’une sécheresse générale historique, les premières estimations des filières montrent l’étendue des dégâts, dans tout l’Hexagone comme dans les outre-mer.

«Les maraîchers, les arboriculteurs, les céréaliers, les éleveurs, les vignerons, les agriculteurs de toute la France, presque sans exception, en subissent de graves conséquences», a résumé jeudi la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, à l’issue d’une réunion de crise avec les préfet·es de région. D’après les remontées de ces dernier·es, des pertes de rendement de 50% ou plus sont déjà constatées dans plusieurs territoires, et les besoins d’aides dépassent généralement les 10 000 euros par exploitation.

Grandes cultures : le maïs et la pomme de terre s’effondrent, les plantations d’hiver moins impactées

🌽 Il est probablement la victime la plus emblématique de cet été caniculaire : le maïs s’effondre partout en France, avec une production en baisse de près de 45% sur un an pour le maïs grain et d’environ 50% pour le maïs fourrage (récolté en entier, avant la maturation des grains), selon les données communiquées jeudi par l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). «Une catastrophe jamais vue», selon cette dernière, qui évoque une perte de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour les exploitations. Outre la réduction des surfaces cultivées, le maïs, plante particulièrement gourmande en eau sur la période estivale, a subi de plein fouet la sécheresse, notamment dans les plaines du centre et de l’ouest de la France.

Un maïs fortement impacté par la sécheresse, sur une exploitation de Haute-Saône, à la mi-août. © Esteban Grépinet/Vert

🌾 Pour les autres céréales, la chute est moins prononcée : la production de blé tendre est en baisse de 4% par rapport à 2025, l’orge de 7% et l’avoine de 21%, selon les données du service statistique du ministère de l’agriculture (l’Agreste), en date du 7 août. «Composées essentiellement de cultures d’hiver [semées à l’automne pour être récoltées au début de l’été, NDLR], les céréales à paille ont nettement moins souffert des conditions caniculaires, survenues en fin de cycle, que le maïs», explique l’Agreste.

🌻 Du côté des plantes oléagineuses, cultivées pour leur huile, les nettes baisses de rendements du tournesol, du soja ou encore du colza pourraient être globalement compensées par l’augmentation des surfaces cultivées en 2025, selon les estimations provisoires de l’Agreste. Par exemple, le rendement du tournesol serait le plus faible depuis un demi-siècle, mais la hausse des surfaces donnerait, à ce stade, une récolte équivalente à celle de l’an dernier.

🥔 La récolte de pommes de terre devrait diminuer de 23% sur un an, selon les chiffres de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui parle d’une «chute sans précédent». La filière, qui avait réduit ses surfaces cultivées en début d’année, a subi une nette baisse des rendements à cause des canicules et du manque d’eau.

🚜 Les betteraves enregistrent un choc similaire, avec une baisse de la production nationale de 20% par rapport à la moyenne des cinq dernières années, d’après la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). «Au-delà du manque d’eau, les températures extrêmes enregistrées au cours de l’été ont provoqué un stress physiologique majeur des cultures», explique-t-elle.

Fruits et légumes : de lourdes pertes pour les salades, poireaux, oignons, bananes ou encore fruits rouges

🥬 Mi-juillet, les pertes de salades, carottes, poireaux, échalotes, ail ou encore oignons se comptaient «en milliers de tonnes par produits», atteignant pour certaines filières les 50% de récoltes annuelles, d’après la fédération Légumes de France. «Des “manquants” sont à attendre à court terme dans les magasins, car l’import n’est pas en capacité de couvrir les manques», alerte cette dernière. «Il y a des tensions sur les tomates, les salades, les poireaux et les concombres, mais pas d’envolée générale des prix», a tenté de rassurer le ministère de l’agriculture, ce vendredi, lors de sa conférence de presse.

🥦 Dans le nord-ouest de la France, la marque Prince de Bretagne signale «des pertes allant de 15% à 100% selon les cultures et les conditions d’irrigation» : plus de 40% pour les petits pois, environ 60% pour les brocolis, jusqu’à 100% pour les artichauts, 25% pour les courgettes, 35% pour les salades…

🍓 Côté fruits, la situation apparaît plus contrastée : les canicules ne semblent pas, à ce stade, avoir impacté considérablement les volumes de pommes, poires, pêches ou encore abricots, notamment du fait de l’irrigation des vergers, selon l’Agreste. La production de fraises est en «léger recul» dans le Sud-Ouest, «perturbée par l’alternance de fraîcheurs et de fortes chaleurs», toujours selon l’Agreste – mais, au niveau national, la récolte devrait rester au même niveau que 2025.

🍌 De lourdes pertes ont en revanche été remontées par les préfet·es de région concernant certains fruits rouges (cerises, cassis, groseilles…), pouvant atteindre 100% dans certaines zones. En Martinique, qui fait également face à une importante sécheresse depuis juin, la production de bananes est en recul de 15%, selon le ministère de l’agriculture. En manque d’eau, parfois brûlés par la chaleur et le vent, les fruits et légumes récoltés sont aussi plus petits, plus abîmés : la grande distribution a d’ailleurs annoncé assouplir ses calibres d’acceptation des produits.

Élevage : forte mortalité de volailles et inquiétude sur les stocks de fourrages

🐔 Poulets, pintades, dindes et canards ont particulièrement souffert face aux fortes chaleurs : entre trois et quatre millions de volailles (soit 1% de la production nationale) sont mortes à cause des canicules cet été, notamment en Bretagne et dans les Pays de la Loire, lors de la vague de chaleur de juin. «Nous avons observé des surmortalités dans tous les types d’élevages, aussi bien en bio qu’en label rouge ou en standard», détaille Yann Nédélec, directeur de l’interprofession des volailles de chair (Anvol). Si l’équarrissage est mutualisé au sein de la filière, les dépenses énergétiques et les tensions sur les matières alimentaires (notamment le maïs) pourraient mener à une hausse des coûts de production.

🐄 La chaleur affecte aussi les vaches laitières : d’après les estimations provisoires transmises à Vert par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), la production de lait a diminué de près de 7% en juin, et de 5% en juillet, par rapport aux valeurs de l’an dernier. En additionnant ces pertes et la hausse des coûts de production (liées par exemple au manque de fourrages pour alimenter le bétail), le surcoût pour les éleveur·ses représenterait entre 40 et 60 euros pour 1 000 litres de lait produits.

🌱 Sécheresses et canicules ont enfin un effet indirect sur l’élevage bovin : les prairies, où pâturent les animaux, sont grillées depuis deux mois sur la quasi-totalité du territoire (notre reportage). Au 20 août, la pousse de l’herbe est en recul de 36% par rapport à la moyenne de la période 1989-2018, d’après l’Agreste. Les éleveur·ses doivent déjà puiser dans leurs stocks d’hiver, qui peinent à se reconstituer faute d’herbe à faucher et d’autres fourrages (comme le maïs). Les stocks de fourrages sont inférieurs de plus de 50% à la moyenne dans cinq régions, dont l’Occitanie, d’après les remontées des préfet·es.

Face à cette situation climatique historique, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, doit présenter le 3 septembre prochain un vaste plan d’aides d’urgence, qui devrait se chiffrer en milliards d’euros.

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28.08.2026 à 10:30

Il va disparaître des Vosges : le grand tétras ne sera plus réintroduit dans le massif, après deux ans de lâchers critiqués

Esteban Grépinet

Texte intégral (978 mots)
Il ne reste plus qu’une vingtaine de grands tétras dans les forêts des Vosges. © Francesco Veronesi/Flickr

Trente-trois oiseaux réintroduits, une seule reproduction réussie et au moins 15 morts : ainsi s’achève le très controversé programme de sauvetage du grand tétras dans les Vosges. Jeudi, le ministère de la transition écologique a assuré à Vert vouloir mettre fin dès maintenant aux opérations de lâchers de cet oiseau emblématique des forêts de montagne, au bord de l’extinction dans le massif du nord-est de la France.

«Le retour d’expérience dont nous disposons à ce stade sur la mortalité des individus déplacés, ainsi que les informations disponibles sur l’évolution de l’habitabilité du massif des Vosges à moyen et long terme [au regard du réchauffement climatique, NDLR] nous conduisent à ne pas envisager de nouvelles opérations de translocation au-delà de celles déjà réalisées», détaillent les services du ministère, confirmant une information de l’Agence France-Presse (AFP). La décision doit être confirmée officiellement lors d’une réunion de suivi en fin d’année.

Le 21 août, le ministère de la transition écologique avait dans un premier temps évoqué auprès du média Reporterre «l’achèvement du programme à l’issue de sa période de validité actuelle», qui court encore sur trois ans. S’il affirme désormais plus franchement ne pas souhaiter de nouveau lâcher, le cabinet précise que les oiseaux réintroduits «continueront à faire l’objet d’un suivi jusqu’à l’achèvement du programme en 2029».

«Le vrai chantier commence maintenant»

Actuellement, seule une vingtaine de grands tétras subsiste dans les forêts vosgiennes : moins de 17 oiseaux réintroduits en mai dernier (au moins trois sont déjà morts), un à deux individus ayant survécu aux lâchers des précédents printemps, ainsi qu’une à trois poules autochtones, naturellement présentes dans le massif. Quatre jeunes ont également été observés ce mois d’août, marquant le tout premier succès de reproduction de l’espèce depuis le lancement du programme de «réintroduction».

Imposant oiseau de montagne, le grand tétras peuple encore les sous-bois des Pyrénées, du Jura ou encore des Cévennes. Dans les Vosges, la population, qui comptait encore plus de 500 individus à la fin des années 1970, s’est effondrée à cause de la dégradation de son habitat, du dérangement croissant des activités touristiques et du changement climatique. Pour empêcher son extinction dans le massif, l’État et le parc naturel régional des Ballons des Vosges ont lancé en 2024 un programme de sauvetage, principalement basé sur la capture et le lâcher d’oiseaux norvégiens.

Mais cette opération a suscité une levée de boucliers chez une partie des associations locales de protection de la nature. Ces dernières pointent une «opération de communication», reprochant aux autorités de ne pas chercher à résoudre d’abord les causes du déclin de la biodiversité dans les Vosges (développement touristique, dégradation des forêts…). En juin 2025, le tribunal administratif de Nancy (Meurthe-et-Moselle) avait rejeté leur recours contre l’arrêté de la préfecture des Vosges autorisant le lâcher de 200 grands tétras sur cinq ans (les associations ont fait appel).

«On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»

«C’est la reconnaissance de notre combat collectif depuis trois ans, salue auprès de Vert Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges et fer de lance de l’opposition au projet, après l’annonce du ministère de la transition écologique. Mais le vrai chantier commence maintenant. L’objectif essentiel, désormais, c’est la restauration des milieux et la question des politiques d’équipement massif de loisirs. On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»

Dans un communiqué publié jeudi, le collectif d’associations appelle à réorienter les moyens destinés aux ex-futures campagnes de lâchers vers une «politique beaucoup plus ambitieuse de restauration du massif» : amélioration de la résilience des forêts face aux sécheresses, protection des secteurs encore favorables aux derniers grands tétras et autres espèces (comme la gélinotte des bois), maîtrise de la fréquentation touristique… Contacté par Vert, le parc naturel régional des Ballons des Vosges n’a pas répondu.

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28.08.2026 à 06:00

Près de Lyon, ils apprennent à construire leur maison en paille et en bois : «C’est un choix politique, qui allie écologie et économie»

Emma Poesy

Texte intégral (1680 mots)
Dominique Mourrain s’est inscrit à la formation afin de bâtir lui-même une extension de sa maison, respectueuse de l’environnement. © Emma Poesy/Vert

«Si vous pouvez l’avancer un peu par ici !», lance Simon Subtil, la petite soixantaine, qui tient dans ses mains un grand cadre en bois aux airs de charpente miniature. Depuis quelques jours, le retraité se consacre avec sept autres camarades à une série de tâches peu habituelles : tailler, densifier et ficeler d’épaisses bottes de paille afin de les insérer dans une ossature de bois… Il a l’espoir qu’un jour ces quelques planches – assemblées par la petite bande la veille, pour s’entraîner – deviennent les fondations d’une véritable maison.

L’atelier auquel il participe est organisé par l’association Oïkos, qui dispense depuis plus de vingt ans des formations pour les particuliers qui veulent s’initier à l’autoconstruction de bâtiments en matériaux biosourcés – principalement du bois et de la paille.

Pendant toute une semaine, en ce mois d’août, les stagiaires se réunissent dans les locaux de l’association, à L’Arbresle, une petite ville de la périphérie de Lyon (Rhône), pour apprendre la théorie ; et l’appliquent l’après-midi sur un plateau technique situé à La Tour-de-Salvagny, une autre ville du coin. Sur place, elles et ils apprennent les rudiments de cette méthode de construction, qui a l’avantage d’être accessible à tout le monde, performante d’un point de vue énergétique, peu chère et, surtout, respectueuse de l’environnement.

Contourner les constructeurs traditionnels

Ce matin-là, les participant·es sont aligné·es dans une petite salle de classe et écoutent avec attention les conseils dispensés par Emmanuel Deragne, un artisan spécialiste de la construction en bois et en paille. «Surtout, ne forcez jamais pour faire entrer votre botte de paille dans l’ossature, prévient le formateur. C’est le meilleur moyen de vous blesser et de ruiner votre isolation.» Avant de vanter les mérites de cette pratique, encore très confidentielle en France : «L’une de mes stagiaires a isolé sa maison à la paille. Aujourd’hui, il fait 24 degrés chez elle, même quand le thermomètre affiche 38 dehors.»

L’après-midi, un petit groupe se forme pour apprendre à scier les bottes de paille, qui doivent impérativement être sèches, rectangulaires et compactes pour être utilisées comme isolant. De l’autre côté du chantier, abrité·es sous le toit d’une grange semi-ouverte, les autres stagiaires s’entraînent à manipuler une charpente, collée à un mur.

Emmanuel Deragne, artisan spécialiste de la construction en bois et en paille et formateur à Oïkos, a commencé à s’intéresser «par hasard» à cette discipline, avant d’être convaincu par ses nombreux avantages. © Emma Poesy/Vert

«C’est assez simple», sourit Isabelle Martin, qui a fait le déplacement depuis la Sarthe. Avec l’aide de l’association, cette propriétaire d’une chambre d’hôtes espère pouvoir bientôt construire un nouveau gîte en paille sur son terrain. «Ce qui m’a décidée, c’est l’envie de faire moi-même et celle de contourner les entreprises du BTP, confie-t-elle. Pour la rénovation d’un autre bâtiment, j’avais fait appel à une entreprise qui n’a respecté aucune de mes consignes en matière d’écologie. Ça m’a dégoûtée.»

Tout comme Isabelle Martin, Jérôme Benois, un autre stagiaire, souhaite contourner les entreprises du bâtiment pour réaliser l’extension de sa maison. «Je viens d’Isère et, là-bas, tout le monde peut constater les dégâts que causent les cimentiers», lâche-t-il en référence à la condamnation récente de l’exploitant d’une carrière pour négligences après l’effondrement d’un pan du Vercors (notre article). «Je n’ai pas envie de contribuer à la destruction d’autres carrières, dont les déchets bouchent en ce moment même une route près de chez moi», poursuit Jérôme Benois.

Construire autrement

Née en 1991, Oïkos a été créée par des particuliers et des architectes qui voulaient contester l’hégémonie du béton dans la construction, matériau devenu incontournable pour reconstruire la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale. «L’utiliser à ce moment de l’Histoire avait du sens, notamment parce qu’il y avait beaucoup à reconstruire, qu’il était bon marché et facile à utiliser, rembobine François Leroux, salarié de l’association. Aujourd’hui, c’est une aberration ; le béton consomme énormément de ressources naturelles et d’énergie.»

Pour construire une maison en ciment, il faut extraire la roche d’une carrière de calcaire, puis la faire chauffer dans un four à 1 800 degrés. La paille, elle, présente l’avantage d’être nettement moins énergivore : renouvelable et produite localement – il suffit de la commander en amont à un·e agriculteur·ice près de chez soi –, elle est isolante en toutes saisons, nécessite une très faible transformation et est peu onéreuse.

Isabelle Martin, stagiaire chez Oïkos et propriétaire d’une chambre d’hôtes dans la Sarthe, souhaite autoconstruire pour contourner les entrepreneurs du BTP. © Emma Poesy/Vert

Si son utilisation sur les chantiers est encore rare, les grands groupes du secteur s’y mettent progressivement, et quelques grands bâtiments publics en paille ont déjà vu le jour : le lycée professionnel Gergovie à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), sorti de terre en 2021, ou encore l’atelier de construction de décors de la Comédie-Française, à Sarcelles (Val-d’Oise), une ancienne passoire thermique isolée avec de la paille en 2024.

Ce matériau est d’autant plus intéressant qu’il est léger et donc facile à manipuler. «Chez les professionnels du bâtiment, le secteur de la paille est celui dans lequel on retrouve le plus de femmes, précise Emmanuel Deragne. Avec ce matériau, on est plus efficace en utilisant des outils qu’en usant de sa force.»

Sur le papier, les particuliers ont doublement raison de s’y intéresser : «Ça peut vite devenir intéressant financièrement, estime François Leroux. En autoconstruction avec de la paille, on peut payer entre 30% et 50% moins cher que pour du bâti traditionnel, selon les travaux que l’on fait.»

Lutter contre les préjugés

En pratique, cela implique de se former et d’y mettre pas mal d’huile de coude. «Quand j’étais plus jeune, il y avait très peu de spécialistes de la paille et j’ai dû passer beaucoup de temps à bosser seul pour perfectionner mes techniques», relate Emmanuel Deragne, qui a commencé sa carrière d’artisan comme spécialiste du bois.

Opter pour la paille implique aussi de passer outre les préjugés. «J’ai parlé de mon projet à mes oncles, qui se sont moqués en disant que je n’avais qu’à m’installer dans le Cantal pour vivre ma vie d’écolo, souffle Artus Beberins, infographiste de 28 ans installé en région parisienne. Et puis, quand on ne connaît pas, ça ne paraît pas solide : tout le monde connaît l’histoire des trois petits cochons, c’est la maison en paille qui s’effondre en premier.»

À La Tour-de-Salvagny (Rhône), les stagiaires d’Oïkos s’entraînent à découper des bottes de paille, qui serviront plus tard à l’isolation d’une bâtisse. © Emma Poesy/Vert

Pour certains, comme Dominique Mourrain, construire soi-même est une manière concrète de lutter contre le dérèglement climatique, en normalisant de nouvelles pratiques plus vertueuses. «Ça fait trente ans que je m’intéresse à l’écologie, explique cet ex-ambassadeur du tri au sein d’un syndicat d’élimination des déchets. Bâtir ma maison à la campagne avec un matériau capable d’absorber le CO2, c’est avant tout un choix politique.»

Un choix que l’association Oïkos tente, à son échelle, de faciliter, en prêtant à ses membres tout le matériel nécessaire à la conduite d’un chantier bois-paille. Et, souvent, Emmanuel Deragne, qui n’exerce plus que rarement comme artisan, retourne chez d’ancien·nes stagiaires-constructeur·ices, pour filer un coup de main. Une manière de transmettre ce savoir qui pourrait un jour devenir indispensable.

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27.08.2026 à 15:32

La crue meurtrière au Népal et au Tibet est-elle liée au réchauffement climatique ?

Mathilde Picard

Texte intégral (1235 mots)
Le 27 août 2026, à Nuwakot (Népal). Une rue a été envahie par la boue après l’effondrement glaciaire. Les équipes de sauveteur·ses récupèrent les corps et les résident·es déplacé·es trouvent refuge dans les hauteurs. © Sanjit Pariyar/Nurphoto via AFP

Mis à jour le vendredi 28 août à 9h30. Avec l’ajout du dernier bilan en date et d’une nouvelle alerte aux inondations.

Une immense vague de boue et d’eau a déferlé sur la région à la frontière entre le Népal et le Tibet, mercredi. Pour les expert·es de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), référence mondiale en sismologie, un effondrement glaciaire a entraîné la crue. D’après le bilan des autorités de ce vendredi matin, la catastrophe a fait au moins 472 mort·es et plus de 1 400 disparu·es. Dans la zone tibétaine, la topographie extrême de l’Himalaya a aggravé les risques.

Le glaciologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Étienne Berthier, est membre d’un groupe de scientifiques du monde entier qui cherchent à identifier la source de la crue. Elles et ils analysent des images satellites des montagnes. «C’est maintenant une certitude : une fracture très nette s’est formée au milieu d’un glacier, une partie s’est décrochée et est à l’origine de la catastrophe», explique l’expert à Vert.

Il précise : «La question à résoudre, c’est de savoir s’il s’agit “seulement” du glacier qui a glissé et s’est pulvérisé ou si un pan entier de la montagne s’est aussi décroché avec toutes les roches sur lesquelles reposait le glacier.» L’hypothèse d’un éboulement pourrait éclairer l’origine des secousses sismiques importantes relevées dans la zone. Celles-ci sont difficilement explicables par l’effondrement du seul glacier.

C’est également l’avis de l’USGS. L’institution a d’abord relevé à tort un tremblement de terre de magnitude 4,4, réévaluée à 5,2. Elle a finalement établi «que cet événement sismique était dû à un effondrement glaciaire et à une coulée de débris qui ont entraîné des conséquences catastrophiques en aval».

L’Himalaya déstabilisé par le changement climatique

Le Centre international pour le développement intégré de la montagne (Icimod), basé à Katmandou (Népal), n’a détecté «aucune anomalie» du côté tibétain de la frontière. «Nous pensons qu’une avalanche de roches et de glace s’est produite au Népal, bloquant la rivière Lhende et causant la crue», explique Sarthak Shrestha, analyste en télédétection et géoinformation à l’Icimod.

Ce décrochement glaciaire a-t-il été provoqué par le changement climatique ? Les conséquences du dérèglement sur l’Himalaya sont largement documentées, à l’image des débordements de lacs glaciaires.

«Ce qui est sûr, c’est que l’Himalaya, comme les autres massifs montagneux dans le monde, est déstabilisé par le changement climatique, rappelle Étienne Berthier. Il fait reculer les glaciers, réduit le permafrost [cet état thermique qui fait de la glace le ciment de la montagne, NDLR] et change leurs températures en profondeur. Des masses autrefois collées par le froid à leur lit rocheux peuvent donc glisser, voire s’effondrer.»

«Ce genre de phénomènes peut, par exemple, provoquer des glissements de terrain et des crues soudaines», détaille Dorothy Heinrich, chercheuse à l’université britannique de Reading. Le glaciologue français abonde : «Ces mécanismes sont certainement en jeu dans cette catastrophe mais, pour l’instant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour déterminer précisément le rôle du changement climatique.»

Dans les jours à venir, les scientifiques du monde entier étudieront un potentiel lien entre le dérèglement du climat et la catastrophe, avec des modèles de simulation pour comparer la probabilité d’un tel événement aujourd’hui par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850).

Une avalanche «de béton liquide»

«Ces phénomènes au niveau glaciaire sont rares ; on n’est pas en mesure de les prévoir», constate Étienne Berthier. Le seul moyen de l’anticiper est d’identifier un glacier dangereux. «C’est ce qui s’est passé à Blatten, en Suisse, en 2025, raconte le scientifique. Ils ont constaté des chutes de pierres en d’énormes quantités sur le glacier et ont évacué le village ; la catastrophe s’est ensuite déroulée sans victime.» Mais le massif de l’Himalaya est bien plus grand que l’arc alpin, et les zones glaciaires sont reculées. «Les analyser est un vrai défi», souligne-t-il.

Les solutions pour échapper à ce type de calamités, quand le flot arrive, sont alors limitées. «Courir n’aidera pas», tout comme essayer de s’enfuir dans son véhicule, affirme Hatim Sharif, hydrologue à l’université du Texas de San Antonio (États-Unis). La boue et l’eau, quand elles évoluent à très haute vitesse, forment une combinaison mortelle s’apparentant à «du béton liquide». Il estime que la seule solution est de monter sur une colline d’au moins six mètres.

Un outil de prévention possible, selon l’hydrologue, serait de placer des capteurs de niveau d’eau dans les rivières, transmettant leurs informations en temps réel aux autorités, ce qui donnerait entre vingt et trente minutes d’avance aux habitant·es.

«Dans ces environnements montagneux, les rivières peuvent être assez étroites», explique Dorothy Heinrich. Tout ce qui les bloque, qu’il s’agisse d’une avalanche ou d’un glissement de terrain, va entraîner «une grande accumulation d’eau, puis provoquer ces crues incroyablement rapides».

Une nouvelle alerte aux inondations a été déclenchée par les autorités népalaises : la rivière Bhote Koshi au Tibet a été bloquée par un amas constitué par la crue et un lac s’y est formé. Face au risque de rupture et de nouvelle crue en aval, le gouvernement demande aux habitant·es de rester à distance des zones exposées.

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27.08.2026 à 06:00

Après un été brûlant, la rentrée s’annonce chaude : tour d’horizon des principales manifestations pour le climat et l’écologie

Mathilde Picard

Texte intégral (1396 mots)
Paris, le 20 juillet 2026. Une mobilisation contre la controversée loi d’urgence agricole. © Daniel Perron/Hans Lucas via AFP

«J’attends avec impatience les manifestations de la rentrée», confiait une lectrice de Vert à la suite de notre appel à témoignages au mois de juillet. L’été, marqué par les incendies et les canicules, a donné envie à nombre d’entre vous de s’engager contre le réchauffement climatique. Voici les différentes mobilisations à ne pas manquer aux mois de septembre et octobre.

Mardi 15 septembre. Ministère de l’économie (Paris), de 19h30 à 21h. Rassemblement pour des moyens concrets face au réchauffement climatique

Une grande coalition d’associations, collectifs et syndicats appelle à un rassemblement devant le ministère de l’économie et des finances, à Paris, mardi 15 septembre, à 19h30. Syndicat de pompier·es, d’infirmier·es, la Fondation pour le logement des défavorisés, Médecins du monde, Greenpeace, France nature environnement ou encore le collectif féministe Nous toutes réclament des moyens concrets d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique.

Les militant·es ont choisi Bercy comme lieu symbolique pour faire valoir leurs revendications, en prévision de la prochaine loi de finances, qui doit acter le budget de l’État pour l’année prochaine. Ils et elles souhaitent que le futur texte permette de faire face à la crise climatique, pour ne pas revivre de canicules durant lesquelles des «milliers de personnes ont perdu la vie dans la plus grande indifférence». Plus d’infos ici.

Dimanche 20 septembre. Lieu à définir, Paris. Manifestation contre «le permis de tuer»

Save (Stop aux violences d’État), le Comité Adama, Flagrant déni, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, l’Association des avocats pénalistes et Amnesty international France appellent à se rassembler contre la proposition de loi votée le 7 juillet dernier à l’Assemblée nationale. Celle-ci vise à instaurer la présomption de légitime défense pour un·e policier·e ou un·e gendarme qui ferait usage de son arme à feu. Le texte doit encore être discuté au Sénat. Il est qualifié par les associations et les syndicats de magistrat·es et d’avocat·es de «permis de tuer en toute impunité».

Alors que la pétition contre cette mesure avait recueilli plus de 730 000 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale, la commission des lois a décidé de la classer. Elle ne sera donc pas débattue dans l’hémicycle. Plus d’infos ici.

Samedi 26 septembre, dans 50 villes de France. Marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale

À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de mille personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Dans ce texte que Vert a publié en exclusivité, elles et ils appellent à une mobilisation nationale le samedi 26 septembre.

Près de 50 manifestations seront organisées partout en France ce jour-là, comme à Lyon, Vannes, Saint-Nazaire, Toulon, Metz, Amiens, Calais ou encore Guéret. Des groupes locaux sont également actifs dans d’autres villes et en outre-mer pour organiser des mobilisations. Plus d’infos ici.

Cliquez sur la carte pour savoir si une mobilisation est prévue près de chez vous.

26, 27, 28 et 29 septembre. Place de la République, Paris. Manifestation des pompier·es

À la suite d’une réunion avec le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez le 13 août dernier, les représentant·es des syndicats des pompier·es ont appelé à des manifestations statiques les 26, 27 et 28 septembre prochains, place de la République, à Paris. Ils et elles dénoncent le manque de moyens humains et matériels pour lutter contre les incendies après les feux historiques de cet été. Leurs actions s’ajoutent à la journée de mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Pour celle-ci, les représentant·es de syndicats appellent à la grève et à une manifestation pour obtenir une augmentation des salaires.

Samedi 3 octobre. Saint-Pierre-la-Garenne, Eure. Mobilisation contre l’industrie des pesticides

Sur le mot d’ordre «L’agriculture on veut en vivre, pas en mourir», la Confédération paysanne, le collectif Cancer colère, le Comité de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et les Soulèvements de la Terre appellent à la mobilisation «contre les pesticides et pour les vivant·es» devant un important site de production de ces substances chimiques. Le rassemblement est prévu à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), devant l’usine de Syngenta. Les militant·es demandent la mise à l’arrêt de ce site de production majeur. Plus d’infos ici.

Une manifestation pour la biodiversité, en avril 2025, à Paris. © Yann Castanier/Vert

Samedi 3 octobre. De la place d’Italie à la place de la Bastille, Paris, 13h30. Marche des fiertés

Initialement prévue le 27 juin, la manifestation avait été annulée par la préfecture en raison de la canicule. Elle se tiendra finalement le samedi 3 octobre au départ de la place d’Italie, à Paris, pour défendre les droits des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, trans, non binaires, queer et asexuelles. Plus d’infos ici.

Week-end du 9 au 11 octobre. Lieu à définir. Dernière mobilisation contre l’A69

Extinction rebellion, ZAD A69 et les Soulèvements de la Terre ont appelé à un grand week-end de mobilisation avant la mise en service de l’autoroute A69 entre Castres (Tarn) et Toulouse (Haute-Garonne). L’inauguration de l’ouvrage tant décrié est prévue le 15 octobre, selon le concessionnaire Atosca.

Dimanche 11 octobre. Bruxelles, Belgique. 13h. Marche pour le climat

La marche annuelle pour le climat en Belgique est prévue le 11 octobre à Bruxelles, avec une demande centrale de la Coalition climat, qui réunit 70 ONG belges : «un plan de sortie des énergies fossiles». Plus d’infos ici.

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26.08.2026 à 12:03

Tornade à Pomas : ce genre de phénomène devient-il plus fréquent et plus intense avec le réchauffement climatique ?

Mathilde Picard, Sophie Roland

Texte intégral (1114 mots)
Pomas (Aude), le 25 août 2026. La tornade qui a frappé le village a fait près de 50 blessé·es. © Idriss Bigou-Gilles/AFP

«Ce que nous voyons, c’est d’abord la nature qui prend le dessus», a commenté la journaliste Sonia Mabrouk, sur BFMTV lundi soir, face aux images de la tornade dans l’Aude. Figure emblématique des médias de Vincent Bolloré qui vient d’être recrutée chez BFM, elle répondait à son confrère Bruno Jeudy, qui affirmait que «l’année 2026 est celle où les Français prennent conscience de la crise climatique». «Il ne faut pas tout renvoyer à la politique ; la nature, quand elle se fâche, voilà ce que ça donne», a-t-elle répondu.

La tornade a frappé le village de Pomas et ses environs, dans l’Aude, le 24 août en fin d’après-midi, vers 17 heures. 48 blessé·es ont été pris·es en charge, aucun·e en urgence absolue, et 300 habitations ont été abimées sur les 496 que compte la commune, dont 102 entièrement détruites, d’après la préfecture.

Un évènement d’une telle intensité est-il aggravé par le réchauffement climatique ? Davide Faranda, climatologue et co-auteur du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est spécialiste des orages au sein desquels se développent les tornades. Selon lui, «il existe bien un lien indirect entre changement climatique et intensité des tornades».

«C’est un phénomène naturel, mais dire que c’est seulement la nature qui se fâche est trompeur, argue-t-il auprès de Vert. Le changement climatique modifie les conditions qui permettent à ces phénomènes de se produire, notamment en renforçant la chaleur et l’humidité disponibles pour les orages.» Plusieurs études récentes documentent «une évolution des environnements favorables aux phénomènes violents et suggèrent une intensification des orages producteurs de tornades», indique-t-il encore.

Des tornades pas plus fréquentes mais plus intenses

Les conditions atmosphériques actuelles étaient déjà propices à l’arrivée d’orages, ceux-ci ont alors été dopés par la chaleur emmagasinée dans les mers. «Ils prennent leur intensité dans la chaleur humide, or avec les températures très élevées des océans, il y a en ce moment une grande disponibilité de chaleur humide sur la mer Méditerranée et sur l’Atlantique», poursuit le chercheur.

Le changement climatique influe indirectement sur l’intensité de ce phénomène, pas sur sa fréquence. «Il n’y a pas plus de tornades, mais elles peuvent vivre plus longtemps et créer des dommages comme ce que l’on a vu lundi», appuie le spécialiste. Au-delà de ce phénomène général, il n’y a toutefois pas d’étude qui relie l’intensité de la tornade de Pomas au dérèglement climatique. Météo-France indique que se produisent en moyenne une dizaine de tornades par an en France, la plupart de faible intensité. Celles-ci ne durent pas plus de quelques minutes et restent localisées sur plusieurs centaines de mètres.

Cliquez sur la carte pour accéder aux prévisions de Météo-France par département. © Météo-France

Météo-France a classé ce mercredi 12 départements du nord-ouest en vigilance orange pour le risque d’orages. Dans la soirée, de fortes précipitations sont attendues, des grêlons «de taille moyenne à grosse», de nombreux éclairs et des rafales jusqu’à 100 kilomètres-heure. L’institut prévient qu’une grande majorité du pays devrait être concernée par une alerte jaune ou orange dans la journée de jeudi. Lorsque Météo-France prévoit un risque de tornade sur un territoire, le bulletin de l’agence, consultable ici, indique un «risque de phénomènes tourbillonnaires», comme ça a été le cas lundi.

«Avec le réchauffement climatique, les effets d’une tornade ou d’un orage sont amplifiés en termes de risques car le territoire est déjà vulnérable», rappelle le climatologue au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et co-auteur du Giec Christophe Cassou.

Les territoires touchés déjà vulnérables à cause du changement climatique

«Attribuer l’intensité d’un aléa au réchauffement climatique est important mais il ne faut pas s’arrêter là, insiste-t-il. Le réchauffement climatique accroît surtout la vulnérabilité des territoires parce qu’ils subissent aussi ses effets chroniques, au-delà des évènements extrêmes.»

L’Aude a vécu cet été une sécheresse historique et des chaleurs très élevées qui ont alimenté des incendies. Le chercheur relève : «On est dans un territoire déjà sinistré, tous ces risques liés au changement climatique s’additionnent pour les populations, il ne faut pas les regarder de manière isolée.»

Cette multiplication des risques a notamment de lourdes conséquences économiques. Le chercheur note par exemple que «les ressources financières pour réparer les calamités sont moindres car elles doivent être partagées entre les dégâts de la tornade, ceux du retrait-gonflement des argiles liés à la sécheresse et ceux des calamités agricoles…»

Selon lui, les propos de la journaliste Sonia Mabrouk «sont d’un autre siècle. Dire “la nature se fâche”, c’est cacher toutes les conséquences systémiques du changement climatique.»

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26.08.2026 à 10:30

«Groenland, échos arctiques» : une BD pour naviguer au cœur du réchauffement climatique

Coline Vigot

(441 mots)

Comment raconter le réchauffement climatique sans empiler les chiffres ni sombrer dans le catastrophisme ? Lauriane Miara relève le défi dans Groenland, échos arctiques (août 2026, Les Étages Éditions), une bande dessinée née d’une expédition scientifique menée en 2023 sur la côte ouest de l’île. Embarquée à bord du voilier de recherche Forel pour réaliser des dessins de vulgarisation à destination d’un public scolaire, l’illustratrice est rentrée avec une conviction : cette aventure méritait d’être racontée au plus grand nombre.

Résultat : un roman graphique aussi beau que percutant. Les aquarelles aux teintes douces, rehaussées d’encre de Chine, rendent presque palpables le silence, la lumière des glaciers et l’immensité des paysages arctiques.

«Groenland, échos arctiques», de Lauriane Miara, Les Étages Éditions, août 2026, 128 pages, 29 euros. © Les Étages Éditions

Mais le Groenland que raconte Lauriane Miara ne se résume pas à la fonte des glaces. Le regard de l’autrice se porte surtout sur celles et ceux qui y vivent. Au fil des pages, elle dépeint une société qui s’adapte à un environnement en mutation, tout en préservant un rapport spirituel au vivant. Ici, l’animal n’est ni une ressource à exploiter ni un être à protéger à tout prix : il est respecté pour ce qu’il apporte à la communauté. Cette conception, portée par la culture inuite, pousse les lecteur·ices à interroger leurs propres représentations.

La bédéaste n’occulte pas non plus l’histoire coloniale de l’île. Un habitant témoigne du traumatisme de la «danisation», cette politique d’assimilation imposée aux Groenlandais·es pendant des décennies. Une manière de rappeler que les populations les plus exposées aux bouleversements climatiques sont aussi les plus grandes victimes des rapports de domination.

«J’entends par échos arctiques les messages perceptibles émis par les milieux et les sociétés arctiques auxquels nous devrions tendre l’oreille», explique Lauriane Miara. C’est précisément ce que réussit ce livre : faire entendre ces voix, humaines autant que non humaines, sans jamais donner de leçon.

«Groenland, échos arctiques», de Lauriane Miara, Les Étages Éditions, août 2026, 128 pages, 29 euros.

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