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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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01.10.2026 à 10:56

«La parole des scientifiques est bafouée» : le Conseil européen s’accorde sur le prolongement des autorisations de nombreux pesticides

Zoé Moreau

Texte intégral (1205 mots)
Plus de 500 scientifiques et médecins demandaient la suspension des négociations sur l’Omnibus X. © Mary-Lou Mauricio/Vert

Voilà plusieurs mois que des scientifiques alertent sur les risques liés au paquet législatif «Omnibus X» sur les pesticides. Cette réforme prévoit notamment d’allonger la durée d’autorisation de nombreuses substances actives utilisées dans les pesticides, sans nouvelle évaluation de leur dangerosité. Elle a été présentée il y a près d’un an par la Commission européenne comme un moyen de «réduire les charges réglementaires inutiles» pesant sur les agences européennes.

La semaine dernière encore, 573 scientifiques et médecins demandaient la suspension des négociations, jusqu’à la réalisation d’une évaluation indépendante de ses conséquences sanitaires et environnementales.

Mais cette mise en garde n’a pas infléchi le cap des États européens. Réuni·es mercredi, leurs représentant·es au Conseil se sont accordé·es, après des mois de tergiversations, sur une version définitive du texte à défendre dans les débats à venir. Un vote qui donne un véritable coup d’accélérateur à l’Omnibus X, alors que les négociations patinaient depuis des mois et que plusieurs pays, dont la France, affichaient jusqu’ici une opposition au projet.

«Ce vote envoie un signal extrêmement préoccupant»

Vert a examiné en détail ce nouvel accord entre États : malgré quelques garde-fous supplémentaires par rapport à la proposition initiale de novembre 2025, il conserve les principaux bouleversements voulus par la Commission.

C’est un «compromis honteux», «la parole des scientifiques est bafouée», a réagi l’ONG Générations futures. «Ce vote envoie un signal extrêmement préoccupant quant à l’engagement de l’Union européenne en faveur de politiques publiques fondées sur les données scientifiques», a commenté Salomé Roynel, du réseau d’action contre les pesticides PAN Europe.

Dans le détail, le compromis soutenu par les États membres rompt avec la logique de réévaluation systématique de la toxicité des substances qui prévaut dans l’Union européenne. Il prévoit, à la place, des autorisations sans limite de durée pour les molécules considérées comme «à faible risque». Il est légèrement plus protecteur que la version initiale du texte, qui ambitionnait d’autoriser sans limite de temps la quasi-totalité des pesticides (hormis les plus dangereux).

Du glyphosate et de l’acétamipride à gogo

Les substances à risque «normal à élevé» resteraient soumises à un réexamen périodique, mais la durée d’approbation passerait à quinze ans à la première autorisation (contre dix actuellement) et à vingt-cinq ans lors des renouvellements (contre quinze aujourd’hui). L’argument avancé est avant tout administratif : l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) est submergée par le volume de dossiers à traiter, ce qui entraîne engorgements et retards.

Ce n’est pas tout. L’Omnibus X prévoit un mécanisme d’extension automatique des approbations déjà en vigueur. Une cinquantaine de substances actives – parmi lesquelles l’acétamipride ou encore le captane – verraient leur autorisation prolongée. L’acétamipride ne serait ainsi pas réexaminé avant 2043, tandis que le captane pourrait rester sur le marché jusqu’en 2049, sans aucune réévaluation de sa dangerosité.

Avec cette mesure, «il y a un risque que les avancées de la science relatives à la toxicité des pesticides soient ignorées pendant de longues années», déplore auprès de Vert Andy Battentier, de Générations futures.

Ce risque est loin d’être théorique. Ces dernières années, de nombreux pesticides dangereux ont été interdits précisément à l’issue de ces réexamens. Générations futures en a recensé 31 depuis 2011, dont l’insecticide neurotoxique chlorpyrifos ou le fongicide mancozèbe, reconnu toxique pour la reproduction et perturbateur endocrinien.

La «production» comme mot d’ordre

Un garde-fou a tout de même été ajouté au texte : en cas de doute sur la toxicité d’une substance (lié à la publication d’une nouvelle étude, par exemple), les États pourront demander à la Commission européenne des évaluations «ciblées». Toutefois, ils ne pourront plus interdire directement des produits que leurs agences sanitaires nationales auraient préféré bannir.

Le détricotage ne s’arrête pas là. Le compromis conserve l’allongement jusqu’à trois ans des «délais de grâce» accordés aux industriels pour écouler leurs stocks après une éventuelle interdiction de produits jugés dangereux, alors qu’ils sont aujourd’hui limités à un an et demi. Il sera également plus facile pour les agriculteur·ices de bénéficier de dérogations pour user de pesticides interdits dans les cas où la «production» serait menacée. 

«À l’heure où les données scientifiques suscitent des inquiétudes croissantes au sujet des pesticides, les États membres ne devraient pas soutenir l’ouverture de nouvelles voies permettant à des substances dangereuses de continuer d’être utilisées», déplore Salomé Roynel, de PAN Europe.

De son côté, Générations futures invite chacun·e à se mobiliser le weekend des 10 et 11 octobre dans plusieurs villes de France contre ce projet «politiquement indéfendable tant il va à l’encontre de la volonté générale». L’appel est soutenu par plus de 70 organisations, parmi lesquelles Cancer colère, France nature environnement, Greenpeace France ou encore Notre Affaire à tous.

Le compromis trouvé mercredi ne signifie pas que la réforme est adoptée. Mais elle fixe la ligne que défendra désormais le Conseil face au Parlement européen. Ce dernier doit encore arrêter sa propre position dans les prochaines semaines : les négociations reprendront le 5 octobre, selon le média Contexte. Les deux institutions devront ensuite négocier un texte commun avant une éventuelle adoption définitive.

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30.09.2026 à 17:11

Un «costard en kevlar» : l’affaire Bardella révèle le visage du fascisme et l’honneur du journalisme

Loup Espargilière

Texte intégral (628 mots)
Marine Le Pen s’en est pris aux journalistes de Mediapart, après les révélations sur Jordan Bardella. © Daniel Perron/Hans Lucas via AFP

Marine Le Pen, mardi 29 septembre, devant une assemblée de journalistes : «Il va falloir dire à Mediapart d’enfiler son costard en kevlar.» En France, en 2026, la présidente de l’une des principales forces politiques suggère aux journalistes d’un média indépendant de s’équiper d’un gilet pare-balles.

«Officine d’extrême gauche», «fanatiques», «barbouzerie», «islamo-gauchistes», «prémices d’une guerre totale»… Après que Mediapart a révélé de nombreux écrits antisémites attribués à Jordan Bardella (qui aurait pu prédire ?), mettant à mal des années de «dédiabolisation», le RN contre-attaque de la manière la plus vile qui soit. Et révèle de nouveau son vrai visage.

Cette offensive politique est appuyée par les médias du groupe Bolloré, qui créent des éléments de langage pour défendre leur poulain, et même pire : ils partent en chasse contre les «taupes» du RN qui parlent aux journalistes, comme le révèle Le Monde ce mercredi.

J’en sais quelque chose pour y avoir travaillé jadis : par son indépendance, son exigence et son intransigeance avec les valeurs de notre métier, par ses milliers d’enquêtes, ses révélations folles sur Cahuzac, Sarkozy, Fillon, Le Pen et tant d’autres… Mediapart fait honneur au journalisme. Et le journalisme, c’est un pilier de la démocratie qui est en danger.

«Le RN n’a jamais changé»

Contrairement à ce qu’ont affirmé beaucoup de titres de presse, Mediapart «n’accuse» personne de quoi que ce soit par ces révélations. Ni policier·es, ni juges, notre métier de journalistes consiste à découvrir, vérifier, révéler et porter dans le débat public des faits importants pour la démocratie.

Les Français·es ont besoin de savoir que le président du RN, qui pourrait devenir le prochain premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen : a baigné dans l’antisémitisme d’Alain Soral ; a été assistant de l’eurodéputé RN défenseur du négationnisme Jean-François Jalkh ; a frayé avec la figure néofasciste Frédéric Chatillon ; a pour bras droit actuel François Paradol, qui a fait partie des réseaux d’Alain Soral.

Si ces gens-là parviennent au pouvoir, les médias qui ne mettront pas un genou à terre seront leurs premières cibles. La Hongrie ou les États-Unis nous l’ont bien montré : une démocratie, ça ne tient pas bien longtemps quand la presse libre est mise au pas.

En bref, le RN n’a jamais changé. Il avait juste enfilé une cravate. Tout notre soutien à nos confrères et consœurs de Mediapart.

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30.09.2026 à 11:26

Des traces de matière fécale dans l’eau d’un collège de Bagnolet : «Elle sortait souvent trouble des robinets»

Rémi-Kenzo Pagès, Giovanni Simone

Texte intégral (1682 mots)
Plus d’une vingtaine de membres du personnel ont exercé leur droit de retrait, lundi, au collège Georges-Politzer de Bagnolet. © Giovanni Simone/Vert

«Madame, c’est vrai qu’il y a du caca dans l’eau ?» La question fuse, directe et sans filtre. Face au collège Georges-Politzer, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), un petit attroupement se forme autour de bouteilles remplies d’un liquide jaunâtre. Les professeur·es sont en effervescence, brandissent des pancartes et des autocollants, s’attroupent autour d’une banderole, prêt·es à partir pour la manifestation organisée dans le cadre de la grève nationale de la fonction publique, ce mardi.

Dans un contexte déjà tendu, l’eau du collège a été déclarée non conforme, samedi. Une décision du département prise dans la foulée en interdit la consommation. Des taux anormalement élevés d’entérocoques et de bactéries coliformes (présentes dans les matières fécales) ont été mesurés dans l’eau froide du collège, en plusieurs points de prélèvement. Le rapport d’analyse, consulté par Vert, conseille «de réaliser une désinfection générale de l’installation avec contre-analyse sur l’ensemble des points».

Le personnel du collège, prêt à partir en manifestation à l’occasion de la grève nationale de la fonction publique, mardi. © Giovanni Simone/Vert

Une vingtaine de membres du personnel de l’établissement ont exercé leur droit de retrait, lundi, puis une trentaine le lendemain. Dans le registre des dangers graves et imminents (RGDI), elles et ils ont dit leurs inquiétudes concernant leur santé et celle des élèves. 

Plusieurs mois d’attente pour avoir les résultats

L’affaire date de bien plus longtemps. Dès le 10 février, au sein du comité d’hygiène et de sécurité, puis le 18 mai, en conseil d’administration, le personnel avait fait remonter des questions sur la qualité de l’eau. «Elle sortait souvent trouble des robinets, notamment au retour des vacances ou après des périodes de fermeture, indique Amélie Pialla, professeure documentaliste. La direction a sollicité le département, et on a eu des analyses en juin.» Tout coulait de source, jusqu’aux résultats des analyses, réalisées le 4 juin dernier par le laboratoire Aquatycia et communiqués au personnel samedi dernier seulement.

«Le département nous a indiqué n’avoir eu connaissance des analyses que le 4 septembre, mais on se demande pourquoi ils ont attendu trois semaines pour nous en faire part», continue Amélie Pialla. Un couac qui interroge jusqu’à la mairie de Bagnolet. «Il y a eu un problème de suivi, puisque le département ne les a reçus que le 6 septembre ; mais, entre le 6 et le 26, il y avait le temps de communiquer», regrette Édouard Denouel, le maire de la commune (soutenu par Les Écologistes et La France insoumise aux dernières municipales). Lui-même dit avoir été informé par une communication destinée aux parents d’élèves.

Les enseignant·es ont pris soin de prélever des échantillons de l’eau en différents endroits du collège. ©Giovanni Simone/Vert

De son côté, la préfecture de la Seine-Saint-Denis a ordonné la fermeture de l’établissement ce mercredi, pour décontaminer l’eau. «Ils vont mettre du chlore dans les tuyaux et il ne faut absolument pas que les élèves en boivent, pointe Clémence Jaubert, professeure d’espagnol. La cantine restera fermée potentiellement jusqu’au mardi 6 octobre s’il faut refaire une décontamination.»

Le personnel affirme être dans l’incapacité de garantir que les élèves ne boiront pas l’eau chlorée dans l’ensemble de l’établissement. La situation fait des remous parmi les jeunes. «Certains collégiens n’ont pas pu manger du tout parce qu’ils habitent loin, dénonce Joakim, élève de quatrième. Il y a toujours des problèmes d’eau à la cantine.» «Lundi dernier, ils ont mis des sacs-poubelles sur la machine à eau à la cantine, c’était bizarre», précise Narvina, élève de sixième. 

Un département délaissé

«Dès que je suis arrivée, on m’a dit de ne pas boire l’eau», témoigne Lucie Morel, professeure de français. «C’était déjà le cas quand je suis arrivée», confirme Clémence Jaubert, en poste au collège depuis huit ans. Une parent d’élève, ancienne collégienne de l’établissement, abonde : «Il y a toujours eu des problèmes d’hygiène.»

Samuel Mauve, délegué syndical CGT et CPE du collège Politzer, et Jérémy Vallat, élu syndical SUD éducation au collège. © Giovanni Simone/Vert

Pour les syndicats d’enseignant·es, la situation reflète un délaissement plus général de l’Éducation nationale dans le département. La campagne du Plan d’urgence 93, menée par une intersyndicale réunissant CGT, SUD éducation, CNT et FSU, met en avant depuis 2024 les besoins urgents du département. Les élèves de Seine-Saint-Denis reçoivent 30% de moyens en moins par rapport à la moyenne française, selon une note de la préfecture en 2023.

Un constat qui se répercute à tous les étages, du manque de personnel à la qualité du bâti. «Nous avons demandé des audiences à l’administration pour discuter de ce plan d’urgence, pointe Samuel Mauve, délégué syndical de la CGT Educ’action 93 et conseiller principal d’éducation (CPE) du collège Georges-Politzer. La première fois, on nous a répondu qu’ils ne savaient pas de quoi on parlait ; la deuxième, qu’ils ne pourraient rien faire.»

Amel Meddah, mère d’un élève : «Je trouve qu’on ne donne pas le bon exemple aux enfants avec ce manque de transparence.» © Giovanni Simone/Vert

Un sentiment d’abandon partagé par les habitant·es du département le plus pauvre de France hexagonale. Amel Meddah tient un kiosque de sandwichs et frites devant le collège. Mère d’un élève, elle s’inquiète pour sa santé : «Je trouve cela désolant qu’il y ait ce flou sur des résultats qu’il fallait communiquer. Ce n’est pas aux professeurs de les réclamer alors qu’ils sont là pour enseigner. On se demande si on est mis de côté parce qu’on est en Seine-Saint-Denis.»

Une enquête interne ouverte

Le sujet est sensible. Contactées, les autorités se renvoient la responsabilité ou se murent dans le silence. La direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de Seine-Saint-Denis précise que «les mesures de précaution sont maintenues jusqu’à l’obtention d’un rapport attestant de la conformité de l’eau». Pour le reste, elle renvoie vers le Département, propriétaire des bâtiments et l’instance compétente pour la désinfection des installations.

Le Département annonce l’ouverture d’une enquête interne : «Une révision complète du réseau d’eau de l’établissement sera engagée pour identifier l’origine du problème et éviter qu’il ne se reproduise. De nouvelles analyses seront réalisées à l’issue des travaux. Les restrictions ne seront levées que si l’ensemble des échantillons prélevés est déclaré conforme.»

Aucun problème sur le réseau de la régie publique de l’eau

Si les eaux du collège sont contaminées, qu’en est-il du quartier ? «Les riverains sont en droit de se poser des questions, confie le maire Édouard Denouel. La situation est sérieuse et problématique mais, à ce stade, à partir des éléments que j’ai, il n’y a que le collège qui est concerné.» Selon la municipalité, il n’y a aucun problème détecté sur le réseau de la régie publique de l’eau, ce que confirment les analyses publiques du réseau d’eau potable consultées par Vert. Une réunion publique d’information aura lieu jeudi. Histoire de ne plus nager en eaux troubles.

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30.09.2026 à 10:39

La dessinatrice Laura Pozzi nous emmène dans «La Dernière Forêt» primaire d’Europe, à la rencontre de sa gardienne Simona Kossak

Coline Vigot

Texte intégral (692 mots)
«La Dernière Forêt», de Laura Pozzi. © Actes Sud BD

Au début des années 1970, Simona Kossak, jeune diplômée en biologie, arrive par dépit dans l’extrême nord-est de la Pologne. Désireuse de travailler dans la recherche mais confrontée à la misogynie du monde académique, elle n’a obtenu qu’un poste d’assistante technique dans un institut scientifique. Elle se fait alors une promesse : elle n’y restera que trois ans, le temps d’acquérir de l’expérience afin de retourner dans sa région natale. Ainsi s’ouvre le roman graphique de la dessinatrice Laura Pozzi, La Dernière Forêt, publié ce mercredi aux éditions Actes Sud.

Mais c’est surtout l’histoire de la forêt primaire de Białowieża et de son écosystème que nous raconte l’autrice. Des planches très colorées, au crayon et à l’aquarelle, alternent avec des dessins en noir et blanc. Ces derniers ont été réalisés avec une encre élaborée à partir de l’écorce d’arbres consumés lors de l’incendie qui a ravagé les Landes en 2022. Un choix graphique qui donne corps à la menace qui pèse sur la forêt : celle de sa disparition.

Une vie au coeur de la forêt

Grâce à une amie, Simona découvre un ancien refuge situé au cœur du massif forestier, baptisé Dziedzinka. Isolé, non raccordé à l’électricité ni à l’eau courante, la chercheuse y passera pourtant le reste de sa vie.

Au fil des années, elle développe une relation singulière avec les animaux qui l’entourent. Elle recueille un marcassin qui vivra dix-neuf ans à ses côtés, est adoptée comme l’une des leurs par un troupeau de chevreuils et accueille chez elle oiseaux, loirs et serpents, quitte à modifier son quotidien pour s’adapter à leurs besoins.

À travers ses recherches en zoopsychologie, elle renouvelle profondément notre approche des mammifères : elle a notamment prouvé que ceux-ci peuvent avoir des émotions, qu’ils peuvent agir autrement que par instinct ou nécessité, dans le seul but d’éprouver de la joie. Elle mènera également un travail militant, avec des campagnes contre la chasse, la mise au point d’un système destiné à prévenir les animaux de l’arrivée d’un train, et l’écriture de plusieurs romans pour sensibiliser le grand public.

Un écosystème sous pression

À cheval entre la Pologne et la Biélorussie, la forêt de Białowieża constitue l’un des derniers vestiges de forêt primaire du continent européen. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, elle abrite notamment les derniers bisons européens, mais aussi des arbres centenaires et une biodiversité exceptionnelle.

Cette richesse n’a pourtant pas empêché l’exploitation forestière de s’y développer, soutenue par les gouvernements successifs. Au fil des décennies, des milliers d’arbres ont été abattus, perturbant en profondeur l’écosystème.

Dans La Dernière Forêt, Laura Pozzi fait ainsi dialoguer deux histoires : celle d’une femme qui a choisi de consacrer sa vie au vivant et celle d’un écosystème dont la survie demeure fragile. À travers le parcours de Simona Kossak, la dessinatrice rappelle surtout qu’une forêt primaire n’est pas seulement un ensemble d’arbres à préserver, mais un monde complexe, peuplé d’êtres interdépendants. Et que, lorsque ce monde disparaît, c’est tout un pan de l’histoire qui meurt avec lui.

«La Dernière Forêt», de Laura Pozzi, Actes Sud BD, septembre 2026, 230 pages, 32,90 €.

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30.09.2026 à 06:00

Au Brésil, les femmes autochtones à la conquête du pouvoir : «La violence politique est extrêmement forte»

Anaïs Richard

Texte intégral (1993 mots)
Lors de chacune de ses interventions, la députée fédérale Célia Xakriabá appelle à soutenir les candidatures autochtones et à réélire le président sortant, Lula da Silva. © Anaïs Richard/Vert

Un jaguar cousu à la poitrine, des plumes dans les cheveux, la forêt imprimée jusque sur les pommettes. Célia Xakriabá s’élance au milieu des immeubles de Belo Horizonte (Brésil), son territoire sur les épaules. «Quand une femme autochtone arrive au Congrès, la Terre est à ses côtés», scande la députée, d’une voix que l’enchaînement de journées de campagne a rendue rauque.

Ce 20 septembre, l’élue du Parti socialisme et liberté (PSOL) vient d’ouvrir la marche pour le climat dans son fief de l’État du Minas Gerais. Du haut de son mètre cinquante, elle porte les espoirs d’1,7 million d’autochtones brésilien·nes.

Dimanche 4 octobre, elle briguera un nouveau mandat lors des élections générales, qui renouvellent le pouvoir à tous les étages : présidence, Parlement et gouverneur·es des États. L’enjeu est de taille. Depuis 1982, date de l’élection de Mário Juruna, premier autochtone à pousser les portes de la Chambre des députés, jamais un·e autochtone n’a réussi à être réélu·e.

Si elle grandit à 12 heures de route de Belo Horizonte, bien loin des couloirs du pouvoir, la députée foule la moquette du Parlement dès ses 13 ans. Son cacique – le chef communautaire – décèle en elle un potentiel politique et la propulse au pupitre. La jeune Xakriabá s’adresse alors à un parterre de député·es, parmi lesquel·les se trouve… le futur président d’extrême droite, Jair Bolsonaro.

Célia Xakriabá rassemble ses soutiens à Belo Horizonte, le 20 septembre 2026, à l’occasion de la marche pour le climat. © Anaïs Richard/Vert

«À l’époque, on n’aurait jamais pensé qu’un homme aussi abject puisse se hisser jusqu’au sommet de l’État», se décompose-t-elle auprès de Vert. Aujourd’hui, Flávio Bolsonaro marche dans les pas de son père, dont il assume l’héritage climatosceptique. Le sénateur du Parti libéral (PL) est candidat à la présidence face au sortant, Lula da Silva. Les derniers sondages le placent au coude-à-coude avec le président de gauche en cas de second tour, le 25 octobre. Les candidates autochtones sont d’ores et déjà actrices de cette âpre bataille électorale. 

De la lutte pour les territoires aux bancs du Parlement

En 2018, Joênia Wapichana débroussaille le chemin pour toute une génération de femmes autochtones en obtenant le siège de députée de l’État de Roraima. En 2022, cette pionnière ne parvient pas à se maintenir, mais la présence des peuples traditionnels sur les bancs du Parlement s’étoffe avec l’élection de Célia Xakriabá, Juliana Cardoso et Sônia Guajajara. Les nouvelles recrues sont toutes des femmes. Une avancée historique qui reflète leur rôle clé sur le front environnemental.

«Qui attaque la Terre attaque toutes les autochtones», affirme Célia Xakriabá, profitant d’un bref répit après la marche pour le climat pour se reposer dans un hamac moucheté assorti à sa robe. Elle est la fondatrice de l’Anmiga, l’Articulation nationale des femmes autochtones guerrières de l’ancestralité. De nombreuses cosmologies traditionnelles conçoivent la terre comme une figure féminine.

«Nous sommes en première ligne pour transmettre les savoirs traditionnels et pour organiser les communautés», rappelle à Vert Alana Manchineri, représentante de l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB). En 2023, Lula nomme Sônia Guajajara à la tête du tout nouveau ministère des peuples autochtones. C’est la première fois qu’une femme autochtone intègre le cœur du pouvoir fédéral.

«Occuper cette place a inversé une logique historique : ne plus être seulement l’objet des politiques publiques, mais participer directement à leur élaboration», se félicite la parlementaire. À quelques centaines de kilomètres de là, elle bat elle aussi le pavé en quête de réélection, dans l’État de São Paulo.

Des propositions pour l’avenir de la planète

Combat contre l’exploitation minière illégale et la contamination au mercure, bataille pour la démarcation des territoires (soit leur délimitation et reconnaissance officielle) : depuis 2022, les parlementaires issus des peuples traditionnels multiplient les propositions pour défendre leurs droits, malgré un faible taux d’adoption dû à une majorité relative de droite.

«Nous luttons contre l’idée selon laquelle les autochtones ne pourraient parler que de questions autochtones. Nous avons des propositions pour la démocratie, le climat, l’économie, l’éducation et l’avenir de la planète», nuance Sônia Guajajara, qui revendique des valeurs universelles.

De cette volonté de structurer cette offre politique, d’appuyer et de donner de la visibilité aux candidatures, est née la «campanha indígena», la «campagne autochtone». L’initiative, qui regroupe les principales organisations régionales autochtones du pays, a travaillé sur la construction d’un projet politique national : «Notre territoire, notre vie».

«Notre objectif est d’accompagner les leaders autochtones qui cherchent à investir les espaces institutionnels. Nous considérons qu’il existe aujourd’hui une articulation, mais pas encore une véritable bancada du cocar», soit un bloc parlementaire «de la coiffe traditionnelle», détaille Alana Manchineri, coordinatrice du dispositif. Et les graines semées dans les territoires n’en finissent pas de germer.

L’ex-ministre des peuples autochtones, Sônia Guajajara, lors du lancement de la «campagne autochtone», pendant l’Acampamento Terra Livre, en avril 2026. © Anaïs Richard/Vert

En 2026, selon les données du Tribunal supérieur électoral (TSE), le scrutin compte 191 candidatures de personnes s’autodéclarant autochtones. Un record. Mais ce chiffre recouvre des réalités très différentes : toutes ne sont pas soutenues par les mouvements autochtones. Ces organisations ont distingué les candidatures engagées sur le terrain et dans la défense effective des droits des peuples traditionnels.

Dans cette course à la représentation politique, la part de femmes sur la ligne de départ est croissante. Parmi les 58 candidatures reconnues par les mouvements autochtones, 27 sont portées par des femmes, qui se frayent un chemin sur un terrain miné. «Lorsqu’ils ne tentent pas de nous empêcher d’arriver au pouvoir, ils tentent de nous empêcher d’y rester. La violence politique est extrêmement forte», témoigne la députée Célia Xakriabá.

Un terrain électoral hostile

Dans l’État d’Amazonas, la candidate Vanda Witoto a fait l’objet d’une caricature la représentant en tenue traditionnelle, dénudée et agenouillée devant un sénateur local. Racisme, machisme, menaces, manque de moyens : pour les candidatures féminines, les obstacles se cumulent.

L’absence de fonds constitue la principale difficulté, alors que leurs concurrent·es défendant les intérêts de l’agrobusiness bénéficient du soutien des lobbies et entreprises. «Le système électoral exige des ressources, une structure partisane, un accès aux médias et des réseaux qui bénéficient rarement de manière équitable aux candidatures autochtones», regrette Sônia Guajajara.

En 2022, Vanda Witoto a été candidate à la Chambre des députés et est devenue la femme autochtone la plus plébiscitée de l’histoire de l’Amazonas, avec 25 545 voix, sans toutefois être élue. Elle retente sa chance cette année. © Anaïs Richard/Vert

En 2026, les partis doivent attribuer aux candidatures autochtones une part de leurs financements publics. Une victoire obtenue par Célia Xakriabá auprès du TSE. Mais, dans la pratique, ces candidatures restent souvent au bas de la pile des priorités partisanes.

«Le parti ne m’a pas versé un seul centime du Fonds partisan», dénonce Neidinha Suruí, militante de longue date dans l’État de Rondônia, en Amazonie, qui se présente aujourd’hui pour devenir sénatrice. «Les autochtones sont autorisés à être des figures militantes dans la société civile, mais rarement à pénétrer le pouvoir législatif et exécutif», poursuit Célia Xakriabá.

Investir le pouvoir sans oublier les territoires

Lorsqu’elles accèdent finalement aux sphères politiques, ces candidates doivent composer avec les intérêts propres des partis dont elles ont pris les couleurs. Un défi qui nécessite, selon Sônia Guajajara, une relation permanente avec les territoires.

Militante autochtone et environnementaliste, Neidinha Suruí a consacré plus de trente ans à la défense des territoires amazoniens. En 2026, elle se lance dans la course au Sénat pour l’État de Rondônia. © Anaïs Richard/Vert

«Nous n’entrons pas dans ces espaces pour laisser notre identité à la porte, mais pour y apporter une autre manière de penser le pouvoir : plus collective, engagée envers les générations futures et fondée sur la défense de la vie.» Les membres de la «campagne autochtone» sont présent·es pour accompagner les candidat·es et élu·es dans ce processus.

Elles et ils œuvrent aussi à pallier le déficit informationnel qui réduit drastiquement la participation démocratique des peuples traditionnels. Parmi 1,7 million d’autochtones brésilien·nes, seulement 287 000 sont inscrit·es sur les listes électorales en 2026, selon le TSE.

«Des ressources pédagogiques sont envoyées aux communautés afin de contribuer à cette prise de conscience», explique Alana Manchineri, coordinatrice de la campagne. Objectif : lutter contre l’achat de votes – notamment à travers le «don» de paniers alimentaires – et montrer aux autochtones quel·les candidat·es défendent réellement leurs droits.

Car en cas de retour du clan Bolsonaro au pouvoir, ces élu·es pourraient constituer l’un des seuls remparts institutionnels face à une nouvelle vague d’attaques contre la planète et ses gardien·nes.

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29.09.2026 à 16:28

Laure Moriot, pompière atteinte d’un cancer : «C’est un métier qui nous détruit de l’intérieur»

Moncef Arbadji

Texte intégral (1847 mots)
Laure Moriot a été surexposée aux PFAS. © DR

Laure Moriot est en arrêt maladie depuis un an. Une année de lutte contre son second cancer, peut-être lié à son métier. En tant que pompière en Seine-Maritime, elle a été surexposée aux PFAS, ces «polluants éternels». Utilisés pour leurs propriétés imperméabilisantes, on les retrouve presque toujours dans les tenues des soldat·es du feu ou les mousses anti-incendies. Ces molécules peuvent perturber le système hormonal, voire provoquer des cancers.

Dans cet entretien à Vert, Laure Moriot revient sur son parcours. Elle raconte les solutions mises en place par son service départemental d’incendie et de secours pour limiter l’exposition aux produits toxiques. Surtout, la pompière alerte. Comme nombre de ses collègues, elle se mobilise ce mardi, à Paris, pour mettre en lumière le sujet tabou des maladies professionnelles.

Vous avez pris conscience de l’exposition des pompiers aux produits toxiques de la plus brutale des manières : pouvez-vous nous raconter ce qui vous est arrivé ?

J’ai eu un double cancer. En 2024, j’ai été frappée par une maladie endocrinienne qui s’est déclenchée au niveau de la thyroïde, et j’ai fini par développer des nodules avec cellules cancéreuses, ce qui a donné lieu à une opération.

En 2025, j’ai découvert que j’étais porteuse d’un cancer du sein pour lequel j’ai eu tout un traitement très long, qui se poursuit encore actuellement. J’ai été mutilée : j’ai perdu mon sein gauche, j’ai perdu mes ganglions, j’ai perdu mes cheveux.

«Est-ce que mon métier est en train de me tuer ?»

J’ai pris conscience que le métier que j’exerce pouvait être la source de ces problèmes de santé : après des tests, on s’est rendu compte que je n’avais aucun facteur génétique. Cela signifie que les cancers que j’ai eus proviennent d’une source extérieure. Demain, j’aimerais que ce quotidien soit différent pour les femmes pompiers, les pompiers en général, la population.

Avez-vous fait immédiatement le lien entre le cancer et votre métier ?

Ça m’a tout de suite traversé l’esprit parce que c’est dans l’actualité, on en parle de plus en plus. Des études menées chez nos voisins américains ou anglo-saxons démontrent que de plus en plus de sapeurs-pompiers ont des cancers. Je me suis demandé : «Est-ce que mon métier est en train de me tuer ?»

Donc vouloir sauver les autres, c’est aussi prendre le risque de s’exposer ?

Malgré tout, je suis passionnée par mon métier. C’est un travail qui n’est pas routinier, qui permet d’aider les autres, d’apporter parfois du réconfort. On est dans l’adrénaline, aussi.

Est-ce que je serais capable de renoncer à ce métier pour sauver ma vie ? C’est une question que je me pose ; et c’est une question à laquelle je n’ai pas encore la réponse. Ça m’interroge, notamment pour mes enfants, mon conjoint. Je n’ai pas envie de les sacrifier pour mon métier.

Quelles peuvent être les solutions face à l’exposition des pompiers aux polluants, et en particulier aux PFAS ?

J’ai la chance d’être dans un SDIS [Service départemental d’incendie et de secours, NDLR] qui a pleinement pris conscience de cette problématique des PFAS, notamment pour la santé des agents, mais également pour celle de la population.

«Même si on est entouré, même si la médecine est là pour nous aider, c’est un combat qui reste personnel.»

Il a fait le choix de remplacer les mousses anti-incendies qui contenaient des PFAS et du fluor par des mousses non fluorées. C’est un choix qui représente plusieurs milliers d’euros, donc c’est un investissement important, mais c’est pour la santé des agents et de la population.

Existe-t-il d’autres solutions, au-delà des mousses anti-incendies ?

Des réflexions sont aussi portées sur les textiles. Il existe des textiles sans PFAS qui répondent au cahier des charges imposé pour nous protéger lorsqu’on va au feu.

Ça passe aussi par des gestes quotidiens que chacun peut faire à la maison : j’ai remplacé mes poêles anti-adhésives, qui contenaient du Téflon [ou PTFE, un PFAS, NDLR], par des poêles en pierre ou en inox. J’ai pris l’habitude de boire de l’eau dans des carafes en verre, dans lesquelles on peut mettre des billes de céramique ou du charbon actif, ce qui permet de dépolluer. J’ai regardé aussi tout ce qui était cosmétiques, puisque les PFAS sont également présents dedans.

Connaissez-vous d’autres pompiers qui ont été atteints d’un cancer, possiblement lié à leur métier ?

Malheureusement, on est plusieurs sapeurs-pompiers en Seine-Maritime atteints de cancers. J’ai une pensée pour une collègue féminine qui a traversé exactement la même histoire que moi et qui vient, elle, de reprendre le travail, après presque un an et demi de combat ; et une particulière pour un collègue qui est parti en six mois, l’année dernière.

«J’ai vu de nombreuses images de mes collègues sapeurs-pompiers dans les fumées, non protégés.»

J’ai aussi des pensées pour mes collègues qui se battent, qui sont dans des processus de chimiothérapie, de radiothérapie. Même si on est entouré, même si la médecine est là pour nous aider, c’est un combat qui reste personnel.

Y a-t-il un tabou autour de ce sujet des cancers dans la profession ?

De moins en moins, parce que la réalité rattrape les services de médecine ; elle rattrape aussi les SDIS. On constate qu’il y a de plus en plus de pompiers malades. Mais ça reste un sujet complexe, ce sont des mots qu’on n’aime pas entendre, que nos services n’aiment pas entendre. Derrière, il y a toujours l’aspect financier.

Est-ce qu’on est un métier à risque ? Pour moi oui, parce qu’au-delà du risque en intervention, c’est un métier qui nous détruit de l’intérieur au niveau de la santé, du rythme du travail, des toxiques auxquels on peut être exposés.

Votre cancer est-il reconnu comme une maladie professionnelle ?

Depuis 2025, quatre cancers sont reconnus en maladie professionnelle pour les pompiers. Le dernier à être entré dans la liste, c’est le cancer de la vessie. C’est un énorme progrès, qui représente des années de combat. Le cancer du foie est aussi reconnu, par exemple. Mais celui qui me touche, le cancer du sein, n’en fait pas partie.

«Combien de vies, combien de sapeurs-pompiers faudra-t-il encore sacrifier ?»

Il faut savoir que ce cancer ne touche pas uniquement les femmes : il peut également exister chez les hommes. C’est plus rare, mais ça existe. Je pense aussi à mes collègues masculins, touchés au niveau des parties génitales, mais qui ne sont pas considérés comme victimes de maladies professionnelles.

Quel regard portez-vous sur l’été que nous venons de vivre ?

Je suis heureuse d’être passée au travers des campagnes de feux de forêt. J’ai vu de nombreuses images de mes collègues sapeurs-pompiers dans les fumées, non protégés. Le matériel manque, les camions ne sont pas équipés en conséquence, il y a du retard dans les renouvellements du matériel parce que les SDIS, dans toute la France, n’ont pas les moyens financiers.

C’était un été catastrophique, pour les gens qui ont perdu leur maison, pour les animaux, les insectes, le sol, les forêts entières… Et pour mes collègues sapeurs-pompiers. Si cette période peut faire prendre conscience au niveau politique, au niveau national, des besoins qu’ont les sapeurs-pompiers, eh bien je dois dire que c’est le seul aspect positif que je trouve à ces feux.

Comment percevez-vous les prises de parole gouvernementales de cet été, face aux difficultés des pompiers ?

J’ai un mot pour ça : l’hypocrisie. Ils sont capables de venir sur place, de féliciter les pompiers, de les écouter, de dire qu’il va y avoir des moyens et, quand tout s’arrête, les actes ne suivent pas. D’où le fait que la colère gronde et que, ce 29 septembre, les sapeurs-pompiers se mobilisent en masse.

Si j’avais un message à adresser à nos politiciens, je leur demanderais combien de vies, combien de sapeurs-pompiers il faudra encore sacrifier.

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29.09.2026 à 11:18

«On vit un paradoxe terrible» : trahie par le gouvernement, la filière des énergies renouvelables s’enfonce dans la crise

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (844 mots)
Paris, le 10 février 2026. Des salarié·es des énergies renouvelables avaient manifesté pour la première fois, en début d’année. © Adnan Farzat/NurPhoto via AFP

La filière des énergies renouvelables se réunit ce mardi à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris pour son 27ème raout annuel organisé par le syndicat des énergies renouvelables (SER). Fait notable cette année : aucun ministre n’a daigné faire le déplacement. À l’inverse, des salarié·es ont décidé d’organiser une manifestation en marge de l’évènement. Chose rare pour une filière qui n’a manifesté que deux fois dans son histoire : la dernière était au mois de février dernier.

Il faut dire que le secteur paie cher les promesses non tenues par le gouvernement (voir plus bas). D’après le collectif de salarié·es à l’origine des mobilisations «plus de 20 000 emplois dans le solaire et l’éolien ont été supprimés ou menacés au cours des deux dernières années», sachant que ces seules filières représentaient en 2024 près de 70 000 emplois directs, selon le SER.

«On a aujourd’hui la certitude qu’on va vers quelque chose de très néfaste ces prochains mois ; ça pourrait être une hécatombe», déplore Valentin Pineau, développeur de projets photovoltaïques dans l’une des nombreuses PME du secteur, ABO Energy. Selon le réseau d’entreprises France Renouvelables, qui a sondé sa centaine d’adhérentes en mai, «10 à 15% recrutent, 40% stagnent et le reste décroit», détaille son porte-parole Mattias Vandenbulcke.

Promesses et revirements

Comment cette filière, que l’on dit «d’avenir», en est-elle arrivée là ? «En 2022-2023, le gouvernement nous a dit : “Allez-y !” ; tout le monde a beaucoup embauché», explique Camille Girard, directeur de la communication de Valorem, qui développe des projets solaires et éoliens.

À l’époque, la guerre en Ukraine et les problèmes de corrosion nucléaire avaient plongé la France dans une grave crise énergétique. Les énergies renouvelables avaient été appelées à la rescousse, notamment dans le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui planifie le développement des énergies filière par filière à horizon 2030 et 2035.

Trois ans plus tard, et malgré de sévères secousses en provenance, cette fois, d’Iran, le gouvernement a enchaîné les revirements, laissant toute une filière dans l’impasse. Un exemple : dans la version finale de la PPE qu’il a publiée en début d’année – avec trois ans de retard –, les objectifs de développement des renouvelables ont finalement été sabrés de 10 à 20% selon les filières (notre article). Et même eux ne seront pas respectés : en 2026, le gouvernement a ainsi attribué moins de la moitié des 4,6 gigawatts (GW) de projets prévus, selon le SER. Pour 2027, la visibilité est quasi nulle en raison de l’élection présidentielle.

Non content d’oblitérer le développement de futurs projets, le gouvernement vient d’annoncer qu’il envisageait d’auditer environ 8 000 projets photovoltaïques déjà construits pour diminuer leurs subventions de façon rétroactive en cas de «sur-rémunération». Alors que le bénéfice économique n’a pu être chiffré, le message politique est on ne peut plus clair : «C’est de l’acharnement. En fait, on veut éteindre les renouvelables», estime le président du syndicat des énergies renouvelables, Jules Nyssen.

«On est en pleine crise énergétique, on devrait pourtant être une évidence», se désole-t-il. «On vit un paradoxe terrible entre la volonté affichée d’accélérer la transition écologique d’un côté et des destructions d’emplois de l’autre», confirme Mattias Vandenbulcke, porte-parole de France Renouvelables. Au début du mois, la Commission de l’énergie a encore confirmé dans un rapport que «le développement des énergies renouvelables transfère globalement du pouvoir d’achat vers les consommateurs (avec des factures moins élevées)». Dommage de ne pas s’en saisir, à l’heure où le prix du litre de gasoil frôle les trois euros…

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