Anaïs Richard
Un jaguar cousu à la poitrine, des plumes dans les cheveux, la forêt imprimée jusque sur les pommettes. Célia Xakriabá s’élance au milieu des immeubles de Belo Horizonte (Brésil), son territoire sur les épaules. «Quand une femme autochtone arrive au Congrès, la Terre est à ses côtés», scande la députée, d’une voix que l’enchaînement de journées de campagne a rendue rauque. Ce 20 septembre, l’élue du Parti socialisme et liberté (PSOL) vient d’ouvrir la marche pour le climat dans son fief de l’État du Minas Gerais. Du haut de son mètre cinquante, elle porte les espoirs d’1,7 million d’autochtones brésilien·nes. Dimanche 4 octobre, elle briguera un nouveau mandat lors des élections générales, qui renouvellent le pouvoir à tous les étages : présidence, Parlement et gouverneur·es des États. L’enjeu est de taille. Depuis 1982, date de l’élection de Mário Juruna, premier autochtone à pousser les portes de la Chambre des députés, jamais un·e autochtone n’a réussi à être réélu·e. Si elle grandit à 12 heures de route de Belo Horizonte, bien loin des couloirs du pouvoir, la députée foule la moquette du Parlement dès ses 13 ans. Son cacique – le chef communautaire – décèle en elle un potentiel politique et la propulse au pupitre. La jeune Xakriabá s’adresse alors à un parterre de député·es, parmi lesquel·les se trouve… le futur président d’extrême droite, Jair Bolsonaro. «À l’époque, on n’aurait jamais pensé qu’un homme aussi abject puisse se hisser jusqu’au sommet de l’État», se décompose-t-elle auprès de Vert. Aujourd’hui, Flávio Bolsonaro marche dans les pas de son père, dont il assume l’héritage climatosceptique. Le sénateur du Parti libéral (PL) est candidat à la présidence face au sortant, Lula da Silva. Les derniers sondages le placent au coude-à-coude avec le président de gauche en cas de second tour, le 25 octobre. Les candidates autochtones sont d’ores et déjà actrices de cette âpre bataille électorale. En 2018, Joênia Wapichana débroussaille le chemin pour toute une génération de femmes autochtones en obtenant le siège de députée de l’État de Roraima. En 2022, cette pionnière ne parvient pas à se maintenir, mais la présence des peuples traditionnels sur les bancs du Parlement s’étoffe avec l’élection de Célia Xakriabá, Juliana Cardoso et Sônia Guajajara. Les nouvelles recrues sont toutes des femmes. Une avancée historique qui reflète leur rôle clé sur le front environnemental. «Qui attaque la Terre attaque toutes les autochtones», affirme Célia Xakriabá, profitant d’un bref répit après la marche pour le climat pour se reposer dans un hamac moucheté assorti à sa robe. Elle est la fondatrice de l’Anmiga, l’Articulation nationale des femmes autochtones guerrières de l’ancestralité. De nombreuses cosmologies traditionnelles conçoivent la terre comme une figure féminine. «Nous sommes en première ligne pour transmettre les savoirs traditionnels et pour organiser les communautés», rappelle à Vert Alana Manchineri, représentante de l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB). En 2023, Lula nomme Sônia Guajajara à la tête du tout nouveau ministère des peuples autochtones. C’est la première fois qu’une femme autochtone intègre le cœur du pouvoir fédéral. «Occuper cette place a inversé une logique historique : ne plus être seulement l’objet des politiques publiques, mais participer directement à leur élaboration», se félicite la parlementaire. À quelques centaines de kilomètres de là, elle bat elle aussi le pavé en quête de réélection, dans l’État de São Paulo. Combat contre l’exploitation minière illégale et la contamination au mercure, bataille pour la démarcation des territoires (soit leur délimitation et reconnaissance officielle) : depuis 2022, les parlementaires issus des peuples traditionnels multiplient les propositions pour défendre leurs droits, malgré un faible taux d’adoption dû à une majorité relative de droite. «Nous luttons contre l’idée selon laquelle les autochtones ne pourraient parler que de questions autochtones. Nous avons des propositions pour la démocratie, le climat, l’économie, l’éducation et l’avenir de la planète», nuance Sônia Guajajara, qui revendique des valeurs universelles. De cette volonté de structurer cette offre politique, d’appuyer et de donner de la visibilité aux candidatures, est née la «campanha indígena», la «campagne autochtone». L’initiative, qui regroupe les principales organisations régionales autochtones du pays, a travaillé sur la construction d’un projet politique national : «Notre territoire, notre vie». «Notre objectif est d’accompagner les leaders autochtones qui cherchent à investir les espaces institutionnels. Nous considérons qu’il existe aujourd’hui une articulation, mais pas encore une véritable bancada du cocar», soit un bloc parlementaire «de la coiffe traditionnelle», détaille Alana Manchineri, coordinatrice du dispositif. Et les graines semées dans les territoires n’en finissent pas de germer. En 2026, selon les données du Tribunal supérieur électoral (TSE), le scrutin compte 191 candidatures de personnes s’autodéclarant autochtones. Un record. Mais ce chiffre recouvre des réalités très différentes : toutes ne sont pas soutenues par les mouvements autochtones. Ces organisations ont distingué les candidatures engagées sur le terrain et dans la défense effective des droits des peuples traditionnels. Dans cette course à la représentation politique, la part de femmes sur la ligne de départ est croissante. Parmi les 58 candidatures reconnues par les mouvements autochtones, 27 sont portées par des femmes, qui se frayent un chemin sur un terrain miné. «Lorsqu’ils ne tentent pas de nous empêcher d’arriver au pouvoir, ils tentent de nous empêcher d’y rester. La violence politique est extrêmement forte», témoigne la députée Célia Xakriabá. Dans l’État d’Amazonas, la candidate Vanda Witoto a fait l’objet d’une caricature la représentant en tenue traditionnelle, dénudée et agenouillée devant un sénateur local. Racisme, machisme, menaces, manque de moyens : pour les candidatures féminines, les obstacles se cumulent. L’absence de fonds constitue la principale difficulté, alors que leurs concurrent·es défendant les intérêts de l’agrobusiness bénéficient du soutien des lobbies et entreprises. «Le système électoral exige des ressources, une structure partisane, un accès aux médias et des réseaux qui bénéficient rarement de manière équitable aux candidatures autochtones», regrette Sônia Guajajara. En 2026, les partis doivent attribuer aux candidatures autochtones une part de leurs financements publics. Une victoire obtenue par Célia Xakriabá auprès du TSE. Mais, dans la pratique, ces candidatures restent souvent au bas de la pile des priorités partisanes. «Le parti ne m’a pas versé un seul centime du Fonds partisan», dénonce Neidinha Suruí, militante de longue date dans l’État de Rondônia, en Amazonie, qui se présente aujourd’hui pour devenir sénatrice. «Les autochtones sont autorisés à être des figures militantes dans la société civile, mais rarement à pénétrer le pouvoir législatif et exécutif», poursuit Célia Xakriabá. Lorsqu’elles accèdent finalement aux sphères politiques, ces candidates doivent composer avec les intérêts propres des partis dont elles ont pris les couleurs. Un défi qui nécessite, selon Sônia Guajajara, une relation permanente avec les territoires. «Nous n’entrons pas dans ces espaces pour laisser notre identité à la porte, mais pour y apporter une autre manière de penser le pouvoir : plus collective, engagée envers les générations futures et fondée sur la défense de la vie.» Les membres de la «campagne autochtone» sont présent·es pour accompagner les candidat·es et élu·es dans ce processus. Elles et ils œuvrent aussi à pallier le déficit informationnel qui réduit drastiquement la participation démocratique des peuples traditionnels. Parmi 1,7 million d’autochtones brésilien·nes, seulement 287 000 sont inscrit·es sur les listes électorales en 2026, selon le TSE. «Des ressources pédagogiques sont envoyées aux communautés afin de contribuer à cette prise de conscience», explique Alana Manchineri, coordinatrice de la campagne. Objectif : lutter contre l’achat de votes – notamment à travers le «don» de paniers alimentaires – et montrer aux autochtones quel·les candidat·es défendent réellement leurs droits. Car en cas de retour du clan Bolsonaro au pouvoir, ces élu·es pourraient constituer l’un des seuls remparts institutionnels face à une nouvelle vague d’attaques contre la planète et ses gardien·nes. Texte intégral (1993 mots)


De la lutte pour les territoires aux bancs du Parlement
Des propositions pour l’avenir de la planète

Un terrain électoral hostile

Investir le pouvoir sans oublier les territoires

Moncef Arbadji
Laure Moriot est en arrêt maladie depuis un an. Une année de lutte contre son second cancer, peut-être lié à son métier. En tant que pompière en Seine-Maritime, elle a été surexposée aux PFAS, ces «polluants éternels». Utilisés pour leurs propriétés imperméabilisantes, on les retrouve presque toujours dans les tenues des soldat·es du feu ou les mousses anti-incendies. Ces molécules peuvent perturber le système hormonal, voire provoquer des cancers. Dans cet entretien à Vert, Laure Moriot revient sur son parcours. Elle raconte les solutions mises en place par son service départemental d’incendie et de secours pour limiter l’exposition aux produits toxiques. Surtout, la pompière alerte. Comme nombre de ses collègues, elle se mobilise ce mardi, à Paris, pour mettre en lumière le sujet tabou des maladies professionnelles. J’ai eu un double cancer. En 2024, j’ai été frappée par une maladie endocrinienne qui s’est déclenchée au niveau de la thyroïde, et j’ai fini par développer des nodules avec cellules cancéreuses, ce qui a donné lieu à une opération. En 2025, j’ai découvert que j’étais porteuse d’un cancer du sein pour lequel j’ai eu tout un traitement très long, qui se poursuit encore actuellement. J’ai été mutilée : j’ai perdu mon sein gauche, j’ai perdu mes ganglions, j’ai perdu mes cheveux. «Est-ce que mon métier est en train de me tuer ?» J’ai pris conscience que le métier que j’exerce pouvait être la source de ces problèmes de santé : après des tests, on s’est rendu compte que je n’avais aucun facteur génétique. Cela signifie que les cancers que j’ai eus proviennent d’une source extérieure. Demain, j’aimerais que ce quotidien soit différent pour les femmes pompiers, les pompiers en général, la population. Ça m’a tout de suite traversé l’esprit parce que c’est dans l’actualité, on en parle de plus en plus. Des études menées chez nos voisins américains ou anglo-saxons démontrent que de plus en plus de sapeurs-pompiers ont des cancers. Je me suis demandé : «Est-ce que mon métier est en train de me tuer ?» Malgré tout, je suis passionnée par mon métier. C’est un travail qui n’est pas routinier, qui permet d’aider les autres, d’apporter parfois du réconfort. On est dans l’adrénaline, aussi. Est-ce que je serais capable de renoncer à ce métier pour sauver ma vie ? C’est une question que je me pose ; et c’est une question à laquelle je n’ai pas encore la réponse. Ça m’interroge, notamment pour mes enfants, mon conjoint. Je n’ai pas envie de les sacrifier pour mon métier. J’ai la chance d’être dans un SDIS [Service départemental d’incendie et de secours, NDLR] qui a pleinement pris conscience de cette problématique des PFAS, notamment pour la santé des agents, mais également pour celle de la population. «Même si on est entouré, même si la médecine est là pour nous aider, c’est un combat qui reste personnel.» Il a fait le choix de remplacer les mousses anti-incendies qui contenaient des PFAS et du fluor par des mousses non fluorées. C’est un choix qui représente plusieurs milliers d’euros, donc c’est un investissement important, mais c’est pour la santé des agents et de la population. Des réflexions sont aussi portées sur les textiles. Il existe des textiles sans PFAS qui répondent au cahier des charges imposé pour nous protéger lorsqu’on va au feu. Ça passe aussi par des gestes quotidiens que chacun peut faire à la maison : j’ai remplacé mes poêles anti-adhésives, qui contenaient du Téflon [ou PTFE, un PFAS, NDLR], par des poêles en pierre ou en inox. J’ai pris l’habitude de boire de l’eau dans des carafes en verre, dans lesquelles on peut mettre des billes de céramique ou du charbon actif, ce qui permet de dépolluer. J’ai regardé aussi tout ce qui était cosmétiques, puisque les PFAS sont également présents dedans. Malheureusement, on est plusieurs sapeurs-pompiers en Seine-Maritime atteints de cancers. J’ai une pensée pour une collègue féminine qui a traversé exactement la même histoire que moi et qui vient, elle, de reprendre le travail, après presque un an et demi de combat ; et une particulière pour un collègue qui est parti en six mois, l’année dernière. «J’ai vu de nombreuses images de mes collègues sapeurs-pompiers dans les fumées, non protégés.» J’ai aussi des pensées pour mes collègues qui se battent, qui sont dans des processus de chimiothérapie, de radiothérapie. Même si on est entouré, même si la médecine est là pour nous aider, c’est un combat qui reste personnel. De moins en moins, parce que la réalité rattrape les services de médecine ; elle rattrape aussi les SDIS. On constate qu’il y a de plus en plus de pompiers malades. Mais ça reste un sujet complexe, ce sont des mots qu’on n’aime pas entendre, que nos services n’aiment pas entendre. Derrière, il y a toujours l’aspect financier. Est-ce qu’on est un métier à risque ? Pour moi oui, parce qu’au-delà du risque en intervention, c’est un métier qui nous détruit de l’intérieur au niveau de la santé, du rythme du travail, des toxiques auxquels on peut être exposés. Depuis 2025, quatre cancers sont reconnus en maladie professionnelle pour les pompiers. Le dernier à être entré dans la liste, c’est le cancer de la vessie. C’est un énorme progrès, qui représente des années de combat. Le cancer du foie est aussi reconnu, par exemple. Mais celui qui me touche, le cancer du sein, n’en fait pas partie. «Combien de vies, combien de sapeurs-pompiers faudra-t-il encore sacrifier ?» Il faut savoir que ce cancer ne touche pas uniquement les femmes : il peut également exister chez les hommes. C’est plus rare, mais ça existe. Je pense aussi à mes collègues masculins, touchés au niveau des parties génitales, mais qui ne sont pas considérés comme victimes de maladies professionnelles. Je suis heureuse d’être passée au travers des campagnes de feux de forêt. J’ai vu de nombreuses images de mes collègues sapeurs-pompiers dans les fumées, non protégés. Le matériel manque, les camions ne sont pas équipés en conséquence, il y a du retard dans les renouvellements du matériel parce que les SDIS, dans toute la France, n’ont pas les moyens financiers. C’était un été catastrophique, pour les gens qui ont perdu leur maison, pour les animaux, les insectes, le sol, les forêts entières… Et pour mes collègues sapeurs-pompiers. Si cette période peut faire prendre conscience au niveau politique, au niveau national, des besoins qu’ont les sapeurs-pompiers, eh bien je dois dire que c’est le seul aspect positif que je trouve à ces feux. J’ai un mot pour ça : l’hypocrisie. Ils sont capables de venir sur place, de féliciter les pompiers, de les écouter, de dire qu’il va y avoir des moyens et, quand tout s’arrête, les actes ne suivent pas. D’où le fait que la colère gronde et que, ce 29 septembre, les sapeurs-pompiers se mobilisent en masse. Si j’avais un message à adresser à nos politiciens, je leur demanderais combien de vies, combien de sapeurs-pompiers il faudra encore sacrifier. Texte intégral (1847 mots)

Vous avez pris conscience de l’exposition des pompiers aux produits toxiques de la plus brutale des manières : pouvez-vous nous raconter ce qui vous est arrivé ?
Avez-vous fait immédiatement le lien entre le cancer et votre métier ?
Donc vouloir sauver les autres, c’est aussi prendre le risque de s’exposer ?
Quelles peuvent être les solutions face à l’exposition des pompiers aux polluants, et en particulier aux PFAS ?
Existe-t-il d’autres solutions, au-delà des mousses anti-incendies ?
Connaissez-vous d’autres pompiers qui ont été atteints d’un cancer, possiblement lié à leur métier ?
Y a-t-il un tabou autour de ce sujet des cancers dans la profession ?
Votre cancer est-il reconnu comme une maladie professionnelle ?
Quel regard portez-vous sur l’été que nous venons de vivre ?
Comment percevez-vous les prises de parole gouvernementales de cet été, face aux difficultés des pompiers ?
Anne-Claire Poirier
La filière des énergies renouvelables se réunit ce mardi à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris pour son 27ème raout annuel organisé par le syndicat des énergies renouvelables (SER). Fait notable cette année : aucun ministre n’a daigné faire le déplacement. À l’inverse, des salarié·es ont décidé d’organiser une manifestation en marge de l’évènement. Chose rare pour une filière qui n’a manifesté que deux fois dans son histoire : la dernière était au mois de février dernier. Il faut dire que le secteur paie cher les promesses non tenues par le gouvernement (voir plus bas). D’après le collectif de salarié·es à l’origine des mobilisations «plus de 20 000 emplois dans le solaire et l’éolien ont été supprimés ou menacés au cours des deux dernières années», sachant que ces seules filières représentaient en 2024 près de 70 000 emplois directs, selon le SER. «On a aujourd’hui la certitude qu’on va vers quelque chose de très néfaste ces prochains mois ; ça pourrait être une hécatombe», déplore Valentin Pineau, développeur de projets photovoltaïques dans l’une des nombreuses PME du secteur, ABO Energy. Selon le réseau d’entreprises France Renouvelables, qui a sondé sa centaine d’adhérentes en mai, «10 à 15% recrutent, 40% stagnent et le reste décroit», détaille son porte-parole Mattias Vandenbulcke. Comment cette filière, que l’on dit «d’avenir», en est-elle arrivée là ? «En 2022-2023, le gouvernement nous a dit : “Allez-y !” ; tout le monde a beaucoup embauché», explique Camille Girard, directeur de la communication de Valorem, qui développe des projets solaires et éoliens. À l’époque, la guerre en Ukraine et les problèmes de corrosion nucléaire avaient plongé la France dans une grave crise énergétique. Les énergies renouvelables avaient été appelées à la rescousse, notamment dans le projet de programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui planifie le développement des énergies filière par filière à horizon 2030 et 2035. Trois ans plus tard, et malgré de sévères secousses en provenance, cette fois, d’Iran, le gouvernement a enchaîné les revirements, laissant toute une filière dans l’impasse. Un exemple : dans la version finale de la PPE qu’il a publiée en début d’année – avec trois ans de retard –, les objectifs de développement des renouvelables ont finalement été sabrés de 10 à 20% selon les filières (notre article). Et même eux ne seront pas respectés : en 2026, le gouvernement a ainsi attribué moins de la moitié des 4,6 gigawatts (GW) de projets prévus, selon le SER. Pour 2027, la visibilité est quasi nulle en raison de l’élection présidentielle. Non content d’oblitérer le développement de futurs projets, le gouvernement vient d’annoncer qu’il envisageait d’auditer environ 8 000 projets photovoltaïques déjà construits pour diminuer leurs subventions de façon rétroactive en cas de «sur-rémunération». Alors que le bénéfice économique n’a pu être chiffré, le message politique est on ne peut plus clair : «C’est de l’acharnement. En fait, on veut éteindre les renouvelables», estime le président du syndicat des énergies renouvelables, Jules Nyssen. «On est en pleine crise énergétique, on devrait pourtant être une évidence», se désole-t-il. «On vit un paradoxe terrible entre la volonté affichée d’accélérer la transition écologique d’un côté et des destructions d’emplois de l’autre», confirme Mattias Vandenbulcke, porte-parole de France Renouvelables. Au début du mois, la Commission de l’énergie a encore confirmé dans un rapport que «le développement des énergies renouvelables transfère globalement du pouvoir d’achat vers les consommateurs (avec des factures moins élevées)». Dommage de ne pas s’en saisir, à l’heure où le prix du litre de gasoil frôle les trois euros… Texte intégral (844 mots)

Promesses et revirements
Esteban Grépinet
Même interdites en raison des risques qu’elles font peser sur la santé ou l’environnement, des substances toxiques peuvent être épandues dans les champs. C’est le cas de l’Avadex Factor, un pesticide interdit en France depuis 2023, qui vient de bénéficier d’une dérogation de 120 jours, signée mardi dernier par les services du ministère de l’agriculture. Commercialisé par l’entreprise étatsunienne Gowan, cet herbicide pourra être utilisé du 23 septembre 2026 au 21 janvier 2027 dans les champs d’orge, l’une des principales céréales cultivées dans l’Hexagone. Le produit contient principalement du triallate, une substance encore utilisée dans une poignée de pays européens, et dont l’ensemble des usages est interdit en France depuis trois ans. Garante de la mise sur le marché des produits pesticides, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a identifié en 2023 un «risque inacceptable de contamination des eaux souterraines» lié au comportement du triallate dans l’environnement. L’un des produits issus de la dégradation de cette molécule, le diisopropylamine, pourrait largement dépasser les seuils de qualité de l’eau potable, d’après les estimations des modèles réglementaires. «Les données disponibles ne permettent ni d’exclure un risque d’effet nocif pour le consommateur, ni d’exclure un risque d’effet inacceptable pour les arthropodes non cibles», soit pour tous les insectes et autres petites bêtes qui ne sont pas visés par ce pesticide, expose encore l’Anses dans sa décision de retrait. Très toxique pour les organismes aquatiques, le triallate inquiète également pour ses effets potentiels sur la santé humaine, notamment sa génotoxicité, c’est-à-dire sa capacité à endommager l’ADN. Contacté par Vert, le ministère de l’agriculture invoque une «nécessité absolue pour la culture d’orge, qui est en grand danger immédiat» : «L’usage est cadré pour limiter les impacts sur les eaux souterraines, ce qui est nouveau par rapport aux avis négatifs de l’Anses et de l’Efsa [l’Autorité européenne de sécurité des aliments, NDLR] auparavant.» L’Avadex Factor devra être épandu hors des périmètres de protection des captages d’eau potable et respecter une zone non-traitée de 20 mètres par rapport aux points d’eau, précise la dérogation. À l’origine de cette demande de dérogation, l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) a salué vendredi «une avancée concrète face à la progression des résistances et à la réduction continue des solutions disponibles pour maîtriser les graminées adventices», autrement dit les «mauvaises herbes». Rattaché au syndicat agricole majoritaire FNSEA, l’organisme se dit sans solution dans l’attente d’une évaluation par l’Anses d’un nouveau produit à base de triallate. Plus étonnant : la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, avait elle-même incité les céréaliers français à déposer une demande de dérogation lors d’une allocution au congrès annuel de l’AGPB à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 26 mai dernier. «Je vous confirme qu’en attendant les conclusions de l’Anses sur ces dossiers, des demandes de dérogation de 120 jours peuvent être portées pour examen auprès de la DGAL», la direction générale de l’alimentation, avait-elle annoncé. Contactés par Vert, l’APGB n’a pas répondu pour le moment. Ces dérogations de 120 jours sont permises par la réglementation européenne sur les pesticides en cas de «danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables». «Il faut quand même démontrer qu’il n’y a pas de “risque inacceptable”, avertit auprès de Vert Pauline Cervan, toxicologue au sein de l’association Générations futures. Avec cette procédure d’urgence, la ministre est en train de détourner les avis de l’Anses, qui a évalué de manière approfondie ces produits et a clairement montré que les risques sont inacceptables.» Ce mardi, Générations futures annonce saisir la justice via un recours en référé pour faire annuler la dérogation accordée à l’Avadex Factor par le ministère de l’agriculture. L’association a déjà engagé plusieurs recours contre des dérogations de pesticides interdits accordées par la France, à l’image du spirotétramate, un insecticide suspecté d’être toxique pour la reproduction, autorisé ce printemps dans plusieurs cultures, notamment les vergers. Texte intégral (1019 mots)

Annie Genevard a incité les céréaliers à demander une dérogation
Raphaëlle Vivent
Le lourd bilan carbone de l’industrie de la viande est désormais bien connu, et plus de la moitié des Français·es déclarent avoir réduit leur consommation ces dernières années. Dans le même temps, de plus en plus de personnes s’interrogent sur l’impact environnemental de l’alimentation de leurs compagnons à quatre pattes, qui repose en grande partie sur les protéines animales. L’alimentation représente 90% de l’empreinte carbone de nos animaux domestiques. Selon l’Ademe, elle s’élève à environ 50 kilos équivalent CO2 (kgCO2e) par an pour un chat. Pour un chien, c’est entre 125 et 595 kgCO2e, selon son poids. On est loin de l’empreinte carbone moyenne de l’alimentation d’un·e Français·e, soit 2,1 tonnes de CO2e par an. Cuisiner du blanc de poulet ou de l’échine de porc pour son animal peut sembler une bonne idée. C’est pourtant le mode d’alimentation le plus néfaste pour l’environnement. Selon une analyse d’impact publiée en 2023 dans La Dépêche vétérinaire, un repas maison à base de poulet frais émet cinq fois plus de CO2e qu’un bol de croquettes, et jusqu’à vingt fois plus s’il est à base de bœuf. «Le problème de la ration ménagère, c’est qu’on utilise des produits dédiés à l’alimentation humaine, qui ont un impact carbone massif : des animaux sont élevés pour en nourrir d’autres», explique Charlotte Devaux, vétérinaire spécialisée en nutrition animale. À l’inverse, les croquettes et les pâtées industrielles sont fabriquées à partir de «sous-produits animaux», c’est-à-dire de parties de l’animal que les humain·es ne consomment pas : peau, os, sang, graisse ou encore certains abats. Issus de la filière viande existante, ces morceaux ont donc une empreinte carbone plus faible. Vaut-il alors mieux se tourner vers la nourriture sèche ou humide ? Entre ces deux options, ce sont bien les croquettes qui l’emportent sur le plan environnemental. Une étude publiée en 2022 dans la revue Scientific Reports indique que la pâtée peut émettre jusqu’à huit fois plus de CO2e que l’alimentation sèche. Principale explication : dans les régimes humides, 90% des calories proviennent d’ingrédients d’origine animale, contre 45% dans les régimes secs. Enfin, mieux vaut privilégier une alimentation à base de petits animaux, notamment de volaille, plutôt que de bœuf, de mouton ou de porc. Pour réduire l’empreinte carbone, faut-il nourrir les animaux de compagnie de façon végétarienne, voire végane ? Techniquement, c’est possible, assure Charlotte Devaux, qui a consacré un article à la question. Les chats et les chiens ont besoin d’acides aminés et d’acides gras essentiels, de vitamines, de minéraux et de fibres. Autant de nutriments que l’on trouve dans des produits d’origine animale ou végétale, ou sous forme synthétique. Dans les faits, c’est plus compliqué. «Déjà, il faut oublier la ration ménagère végétarienne ou végétalienne. C’est très technique de confectionner de la nourriture pour animaux sans protéines animales. Avec des repas maison, il y a trop de risques de carences», alerte la vétérinaire. Surtout pour le chat, qui est un carnivore strict. Le chien, lui, peut suivre un régime omnivore, mais il a tout de même des besoins spécifiques. Côté alimentation industrielle, Charlotte Devaux distingue deux catégories : les marques vétérinaires et les marques grand public. Les premières proposent des aliments végétariens de bonne qualité. «Elles ont été développées dans un objectif de santé, pour des animaux qui ne tolèrent pas les protéines animales. Elles sont souvent à base de soja et contiennent les nutriments nécessaires aux chats et aux chiens. En revanche, elles ne sont pas véganes, puisqu’elles contiennent de l’huile de poisson», détaille-t-elle. Plus caloriques que les croquettes classiques, ces aliments ne conviennent toutefois pas à tous les animaux. En revanche, les gammes végétales des marques grand public ont tendance à être déséquilibrées. Une étude étatsunienne de 2015 a ainsi montré que seules cinq références végétariennes sur 21 couvraient les besoins nutritionnels du chien ou du chat. Pour les croquettes végétaliennes, des études brésilienne, allemande et canadienne n’ont identifié aucun produit présentant les teneurs en nutriments nécessaires, ce qui expose l’animal à des risques de carences. Plusieurs marques de croquettes et de terrines pour animaux produisent à base d’insectes, ces derniers étant très riches en protéines et en nutriments. Cette option n’est pourtant pas si vertueuse pour la planète. D’abord, les élevages d’insectes sont énergivores, car ils doivent être chauffés en continu entre 25°C et 30°C. Ensuite, les insectes n’ont pas le droit d’être nourris avec des déchets : les éleveurs se tournent donc vers des dérivés de céréales, habituellement destinés aux autres types d’élevages. Comme le résumait une étude publiée en 2021 dans le Journal of insects as food and feed, les protéines d’insectes sont une piste à explorer pour l’alimentation humaine, mais elles présentent peu d’intérêt pour celle de nos animaux domestiques. Pour cause : la viande utilisée dans les croquettes et les pâtées provient déjà de sous-produits animaux. Charlotte Devaux l’affirme : «En termes d’impact environnemental, il vaut mieux des croquettes au poulet que des croquettes aux insectes.» Texte intégral (1216 mots)

Croquettes, pâtées ou rations ménagères ?
Une alimentation végé pour mon animal, c’est possible ?
Et les protéines d’insectes ?
Mathilde Picard
«D’habitude, à Fontainebleau, c’est plutôt les processions catholiques», remarque Véronique, à la tête d’un commerce de prêt-à-porter. Sur le pas de son magasin, elle observe la marche pour le climat, le vivant et la justice sociale progresser vers le centre-ville. «Tout le monde n’est pas allé voir le pape à Paris alors», s’amuse une habitante qui ignorait tout de la manifestation jusqu’à la voir surgir au coin d’une avenue. Dans la rue piétonne, les militant·es marchent en famille et entre ami·es, pancartes en main : «Pas de nature pas de futur», «Changeons la politique pas le climat» ou encore «Liberté, dignité, habitabilité». Plus de 800 personnes se sont mobilisées à Fontainebleau, en Seine-et-Marne. Comme dans près de 260 villes en France, les Bellifontain·es ont répondu à l’appel du mouvement citoyen du 26 septembre, publié en exclusivité dans Vert au cœur de l’été caniculaire. «Ces derniers mois, on a vécu un trop-plein d’anxiété, ça a provoqué une grosse envie d’agir», raconte à Vert Ingrid, organisatrice. Comme nombre de ses camarades, c’est la première fois que la cinquantenaire participe à la mise en place d’une manifestation. Elle explique ce qui l’a poussée à se lancer : «Je suis originaire de Bordeaux et j’habite près de Fontainebleau ; j’ai vécu coup sur coup les incendies de mon lieu de vie et de ma forêt d’enfance, ça a été très dur, c’était dystopique.» Après l’incendie historique qui a ravagé 10% de la forêt francilienne à la mi-juillet, la protection de ce patrimoine naturel est aujourd’hui sur toutes les lèvres. À quelques kilomètres de la place du marché, d’où s’est élancé le cortège, encore 2 500 hectares en cendres sont fermés au public sur les 22 500 que couvre la végétation. L’Association pour la préservation de la faune sauvage en forêt de Fontainebleau donne de la voix dans le défilé. «Pour une forêt vivante», clament ses membres, en chœur. Parmi eux, François et Olivier ont été marqués par le brasier. «La faune a énormément souffert à cause de la sécheresse et des incendies, déplore Olivier. C’est lamentable que la chasse soit autorisée dans ces conditions.» François abonde : «Dans les mares de la forêt que je connais bien, il n’y a plus d’eau, donc il n’y a plus de vie.» «Défiler à Fontainebleau est un symbole fort après l’incendie», approuve Priscilla. La jeune femme participe à un rassemblement pour la première fois. Elle est venue avec son amie Léa, qui brandit une pancarte «Le capitalisme ne sauvera pas la planète». «C’est important de parler de la forêt, un des poumons de l’île-de-France, insiste-t-elle. Mais le problème est plus large, on ne peut pas parler d’écologie tout en acceptant de continuer d’extraire du pétrole.» Inquiètes d’une potentielle répression policière, les deux vingtenaires préfèrent marcher ici plutôt qu’à Paris. «On est plus à l’aise à Fontainebleau, c’est plus tranquille», souligne Priscilla. Outre les Bellifontain·es, des habitant·es de tout le département ont afflué. Justine et Wendel viennent de Savigny-le-Temple. «On habite dans une résidence construite il y a deux ans et il a fait plus de 36 degrés Celsius chez nous cet été, s’indigne Justine. On vient pour se redonner espoir parce que, pour l’instant, toutes les décisions sont prises par les riches, pour les riches, alors qu’on a besoin de justice sociale et de vraies mesures d’adaptation au réchauffement climatique.» Anne, artiste dans le sud de la Seine-et-Marne, est venue exprès malgré la distance. «Je me suis dit que la place allait être plus remplie, je m’attendais à voir plus de monde», confie-t-elle. «À Fontainebleau, il n’y a pas souvent de manifestations», justifie Ingrid. Alors les organisateur·ices insistent sur le mot d’ordre du mouvement national. «On rappelle qu’on est apartisan», indique-t-elle. Un moyen, selon le collectif, «d’attirer du monde dans une ville pas particulièrement de gauche». Une stratégie que toutes et tous ne partagent pas au sein du rassemblement. À la vue d’une pancarte pour la défense du climat et de la Palestine arborant un petit logo La France insoumise, certaines voix s’échauffent. Des organisateur·ices demandent le retrait de la pancarte, au risque de «décrédibiliser le mouvement». «On avait prévenu, s’agace Christine, l’une des instigatrices. Les partis politiques peuvent défiler, mais à l’arrière du cortège et sans arborer de signe ni de pancarte.» Les groupes locaux du mouvement du 26 septembre se sont réunis autour de trois axes énoncés dans la tribune publiée par Vert. Ils réclament des mesures d’adaptation au changement climatique, d’autres d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, ainsi qu’un plan d’urgence pour protéger les plus vulnérables. Pour ce faire, le mouvement propose de taxer les superprofits des industries des énergies fossiles et de l’armement, ou encore de mettre en place un impôt climatique sur les grandes fortunes. Outre les groupes politiques et citoyen·es, les associations participent aussi, à l’image d’Amnesty International, de la Ligue des droits de l’Homme, d’Extinction Rebellion, de Terre de liens, des Amis de la terre, ainsi que des collectifs locaux de cyclistes. Le collectif de lutte contre le projet de data center à Fouju (Seine-et-Marne) est également présent. «Trop de blé pour les centres de données et pas assez de fric pour le service public», scandent ses membres à l’unisson. Les plus motivé·es ont conclu le rassemblement par une assemblée citoyenne. L’occasion d’organiser la suite et de proposer des actions à l’échelle locale. «C’est un mouvement qui n’est pas destiné à s’arrêter, s’enthousiasme Ingrid. On va poursuivre la démarche jusqu’aux élections, il faut qu’on se fasse entendre le plus longtemps et le plus fort possible.» Un rassemblement national dans le Tarn est déjà prévu pour coordonner tous les mouvements locaux à travers la France. Les dates du 14 et 15 novembre sont évoquées pour programmer une nouvelle marche. Les 260 manifestations de samedi ont réuni plus de 120 000 personnes, selon les organisateur·ices. La foule était au rendez-vous à Nantes (Loire-Atlantique), où la marche a rassemblé quelques milliers de personnes au Miroir d’eau. À Saint-Étienne (Loire), elles et ils étaient environ 800. À Clermont-Ferrand, où environ mille personnes se sont retrouvées, un automobiliste a forcé le passage et foncé sur la foule, faisant quatre blessé·es. Des marches se sont tenues dans d’autres villes moins habituées à de tels évènements, comme Pornic (Loire-Atlantique) ou Périgueux (Dordogne). À Paris, la préfecture a transformé la manifestation en rassemblement statique en raison de la venue du pape. En début de soirée, la place de la République s’est remplie de monde dans une ambiance festive. Les manifestant·es ont arboré des couvertures de survie, symbole du mouvement à l’échelle nationale, pour rappeler le manque d’adaptation des logements aux températures extrêmes. Texte intégral (1899 mots)

Une première pour nombre d’organisateurs et de participants

Marcher à proximité de la forêt : «un symbole fort après l’incendie»


De Saint-Étienne à Paris, la couverture de survie comme symbole du mouvement

Anne-Claire Poirier
«L’EPR de Flamanville 3 fonctionne bien. Plus encore, il dépote», fanfaronne sur son site internet le porte-voix du nucléaire en France, la Société française d’énergie nucléaire (SFEN). Voilà une drôle de façon d’interpréter les débuts chaotiques du dernier réacteur nucléaire français. Flamanville 3 a été raccordé au réseau le 21 décembre 2024, après d’innombrables déboires, douze ans de retard et une facture multipliée par sept. Et, moins de deux ans plus tard, le voilà déjà contraint de s’arrêter pour près d’une année (si les délais sont tenus) afin de subir une première «visite complète». Si cet arrêt «réglementaire» est imposé à tous les nouveaux réacteurs dans les trente mois suivant leur mise en route, celui de Flamanville 3 sera exceptionnellement long et coûteux. Pour cause : il prévoit le remplacement de l’immense couvercle d’acier qui ferme la cuve du réacteur, défectueux depuis l’origine. En mai 2023, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait autorisé EDF à l’utiliser temporairement, car son remplacement «avant la mise en service du réacteur conduirait à reporter celle-ci d’environ un an». Alors que la facture du chantier est passée, en dix-huit ans, de 3,2 à 23,7 milliards d’euros (selon la Cour des comptes), EDF doit consentir à une rallonge de «plusieurs centaines de millions d’euros», d’après la SFEN, pour mener à bien ce vaste check-up. Après quoi s’ouvrira la «routine opérationnelle» tant attendue, annonce-t-elle. Or, pour l’instant, les deux premières années de fonctionnement du réacteur ont paru plutôt chaotiques. Au moment de son arrêt samedi, il aura produit 10 terrawattheures d’électricité, soit environ 40% de sa puissance cible. Lors de son raccordement au réseau électrique en décembre 2024, EDF tablait sur 14 terrawattheures délivrés. D’après les données de production du réacteur, il a été arrêté à treize reprises – et pendant 44% du temps – en vingt-deux mois. Pendant ces périodes, sa production journalière a été très légèrement négative, c’est-à-dire qu’il a utilisé plus d’énergie pour fonctionner qu’il n’en a produit. Si le planning est tenu, il devrait de nouveau injecter ses électrons sur le réseau le 11 septembre 2027. À pleine puissance, cette fois ? Texte intégral (622 mots)

Un vaste «check-up»
Débuts chaotiques

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