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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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25.10.2026 à 07:00

Firefox, Brave, Vivaldi… Quel navigateur web choisir pour sortir de la dépendance à Chrome et Safari ?

Eitanite Bellaïche

Texte intégral (1481 mots)
Une poignée de navigateurs web domine le marché… mais des alternatives existent. © Denny Müller/Unsplash

Le marché des navigateurs – ces logiciels qui permettent d’accéder à internet, de consulter des sites web et d’interagir avec leur contenu – est particulièrement concentré. Google Chrome, Safari (Apple) et Microsoft Edge captent 86,48% du trafic web français, selon les estimations de StatCounter de septembre 2026. Dans le détail : 59,45% pour Chrome, 20,03% pour Safari et 7% pour Edge. Ces chiffres, fondés sur plus de trois milliards de pages vues chaque mois dans le monde, mesurent l’usage des navigateurs (et non leur nombre d’utilisateur·ices).

💻 Cet article fait partie de notre série qui vous aide à sortir de la dépendance aux Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Dans cet épisode, on se penche sur les navigateurs web, un marché (encore !) dominé par Google. 👉 Cliquez ici pour découvrir d’autres articles qui vous aident à fuir les Gafam.

Comment expliquer cette domination étatsunienne ? D’abord parce que Chrome est installé par défaut sur les mobiles qui fonctionnent avec Android (Google), quand Safari équipe les iPhone et les Mac, et que Edge est intégré à Windows. Ainsi beaucoup d’utilisateur·ices conservent simplement leur navigateur par défaut. «Le problème est que beaucoup ignorent même qu’ils ont le choix», souligne Nataliia Bielova, directrice de recherche à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) de l’université Côte d’Azur.

Depuis 2024, le règlement européen sur les marchés numériques (Digital Markets Act, ou DMA) impose des dispositifs pour faciliter ce choix, mais leur efficacité reste limitée. «Si l’utilisateur ne s’y intéresse pas immédiatement, il peut passer à côté de la possibilité de changer de navigateur», rappelle l’experte en protection de la vie privée.

Cette concentration pose aussi des questions de «souveraineté numérique» et de confidentialité. Une poignée d’entreprises étatsuniennes décide des fonctionnalités, des mises à jour et des paramètres de collecte de données de logiciels utilisés par des millions d’Européen·nes. Certaines données peuvent également être traitées hors de l’Union européenne et relever du droit américain.

Changer de navigateur peut alors faire la différence. «De nombreux navigateurs alternatifs intègrent, dès leur installation, des protections contre les traceurs et les publicités», explique Pierre Laperdrix, chargé de recherche au Centre de recherche en informatique, signal et automatique à l’université de Lille. Sans supprimer toute collecte, ils peuvent la réduire.

Encore faut-il choisir un outil agréable à utiliser, régulièrement mis à jour et dont le modèle économique ne repose pas sur le suivi des internautes. Nataliia Bielova et Pierre Laperdrix ont mené des recherches sur les navigateurs alternatifs et recommandent Firefox et Brave, en tête.

Mozilla Firefox pour un web indépendant de Google

Lancé en 2004, Firefox est développé par Mozilla Corporation, filiale de la fondation américaine à but non lucratif Mozilla Foundation. Son principal atout ? Gecko, son propre moteur de rendu – un composant logiciel qui sert à présenter des pages web. Celui-ci est donc indépendant de Chromium, le projet de navigateur web open source piloté par Google, qui fournit la base de code sur laquelle s’appuient de nombreux navigateurs populaires. Open source, c’est-à-dire dont le code source est accessible au public, modifiable et librement distribuable.

Firefox propose des protections contre les cookies tiers, les traceurs et le fingerprinting, cette technique qui permet d’identifier un internaute à partir des caractéristiques de son appareil ou de son navigateur. Mozilla publie également des rapports sur ses engagements environnementaux et sociaux. À noter cependant que l’essentiel de ses revenus provient de partenariats de recherche et de distribution, notamment avec Google.

Brave contre le profilage publicitaire

Fondé aux États-Unis et lancé en 2016, Brave fait de la confidentialité son argument phare. Publicités, traceurs, cookies tiers et nombreuses techniques de fingerprinting sont bloqués automatiquement, sans réglages complexes. Son code est ouvert mais repose sur Chromium, comme Chrome ou Edge, ce qui maintient une dépendance technologique à Google.

Nous l’évoquions dans notre article sur les moteurs de recherche, le cofondateur et PDG de Brave, Brendan Eich, ancien de Mozilla, a suscité plusieurs polémiques. Il a notamment financé une campagne contre le mariage homosexuel en Californie en 2008, puis a été épinglé pour des déclarations controversées sur les masques pendant la pandémie de Covid-19.

Vivaldi pour la souveraineté européenne

Direction la Norvège avec Vivaldi, lancé en 2016 par une entreprise détenue par ses fondateurs et salarié·es –Vivaldi technologies –, sans investisseur·ses extérieur·es revendiqué·es. Gratuit, il bloque les publicités et traceurs sans établir de profils publicitaires. Ses données sont stockées en Islande et son financement repose sur des partenariats commerciaux, des accords avec les moteurs de recherche et des dons. Vivaldi collecte néanmoins certaines statistiques techniques pseudonymisées et reste dépendant de Chromium. Son indépendance capitalistique ne signifie donc pas une autonomie technologique totale.

Ecosia Browser pour soutenir un modèle écologique

Après son moteur de recherche, l’entreprise allemande Ecosia a lancé son navigateur en 2024. Sa particularité est là encore de consacrer ses bénéfices à l’action climatique, notamment à la reforestation, à la protection des écosystèmes et aux énergies renouvelables. Basée à Berlin, elle publie chaque mois des rapports financiers détaillés pour être la plus transparente possible. Le navigateur bloque publicités et traceurs, mais utilise Chromium. Son moteur de recherche dépend aussi de partenaires comme Google et Microsoft pour certains résultats et annonces. Si le modèle reste publicitaire, il est tourné vers une autre finalité que celle des Gafam.

Mullvad Browser pour préserver sa confidentialité

Lancé en 2023 par l’entreprise suédoise Mullvad VPN et le Tor Project, association américaine spécialisée dans la protection de l’anonymat, Mullvad Browser mise sur une protection poussée contre le fingerprinting. Gratuit et open source, il repose sur Gecko. Son financement s’appuie principalement sur les abonnements VPN de Mullvad, sans commercialisation des données de navigation.

Une controverse entoure néanmoins son cofondateur Daniel Berntsson, qui a donné cinq millions de couronnes suédoises, soit environ 450 000 euros, au parti nationaliste Örebropartiet en 2025. Ce dernier défend notamment des politiques de «remigration». En juillet 2026, Mullvad a publiquement pris ses distances avec ce don, présenté comme une initiative strictement personnelle.

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24.10.2026 à 07:00

«Ce que j’ai vécu, ce n’est pas normal» : les effets des gaz lacrymogènes sur la santé des femmes largement ignorés

Zoé Moreau

Texte intégral (1714 mots)
Le 17 octobre, la France a été secouée par une journée de mobilisations pour le pouvoir d’achat et la justice sociale. © Pat Batard/AFP

«En trente-deux ans de cycles menstruels, je n’ai jamais eu une telle hémorragie» ; «J’ai des douleurs à l’utérus en dehors de mes règles et ça ne m’est jamais arrivé» ; «Je suis au fond de mon lit parce que j’ai trop mal au ventre depuis samedi.» Depuis quelques jours, des témoignages de femmes souffrant de douleurs intenses de règles et de saignements inexpliqués en dehors de leur période de menstruation se multiplient sur les réseaux sociaux. Ces femmes ont un point commun : toutes ont été exposées à des gaz lacrymogènes le 17 octobre, journée de mobilisation pour le pouvoir d’achat et la justice sociale.

Simple coïncidence ou lien de cause à effet ? Pour le collectif composé de scientifiques et de militant·es Lacrymos de sang, cela ne fait pas de doute. «Il y a urgence à sécuriser les populations, réagit sa fondatrice Eva-Luna Tholance auprès de Vert. Le gaz lacrymogène provoque des effets immédiats réels sur la santé des femmes.»

Le 8 octobre, le collectif a largement diffusé un questionnaire sur ses réseaux pour recenser les cas de femmes présentant des effets gynécologiques indésirables susceptibles d’être en lien avec une exposition aux gaz lacrymogènes pendant les mobilisations. Ce vendredi 23 octobre, plus de 5000 femmes y avaient répondu, décrivant contractions utérines, saignements inexpliqués, douleurs ovariennes et utérines, voire même des arrêts naturels de grossesse.

Parmi elles, Emma*, qui a manifesté à Clermont-Ferrand samedi, témoigne auprès de Vert : «Je ne peux pas affirmer que mes symptômes sont liés au gaz que j’ai respiré, mais ce que j’ai vécu, ce n’est pas normal. Cela faisait déjà une semaine que mes règles étaient terminées et, le lendemain de la manifestation, j’ai eu des douleurs de règles qui m’ont couchée. J’ai dû rester allongée quatre jours tellement je souffrais. C’était la première fois de ma vie que j’étais exposée au gaz lacrymogène.»

«Il y a urgence à sécuriser les populations»

Son témoignage résonne avec celui de Maliga, 27 ans, qui s’est mobilisée à Paris : «Le 17 octobre, j’ai manifesté près de la gare du Nord vers 14 heures, dans une zone qui avait été massivement gazée dès 11 heures du matin. Dans la nuit de samedi, j’ai été réveillée par des douleurs utérines comme je n’en ai jamais eues. Je suis atteinte d’endométriose, diagnostiquée il y a sept ans, et je prends la pilule en continu précisément pour ne pas avoir mes règles et éviter les douleurs. Cela va bientôt faire cinq jours que j’ai été exposée. Les douleurs sont toujours là.»

Avant de fonder le collectif Lacrymos de Sang, Eva-Luna Tholance a exercé en tant que journaliste. Pour Streetpress, en 2020, elle avait recueilli plusieurs dizaines de témoignages similaires de femmes exposées lors du mouvement des gilets jaunes. Six ans plus tard, les potentiels effets de ces substances sur le système hormonal et la fertilité restent largement méconnus, tandis que les gaz lacrymogènes continuent d’occuper une place centrale dans l’arsenal des forces de l’ordre. «Il y a urgence à faire des recherches poussées sur les effets perturbateurs endocriniens du gaz lacrymogène, plaide-t-elle. Car on n’a toujours aucune idée des effets à moyen terme sur la santé et la fertilité.»

L’une des seules études sur le sujet remonte à août 2023. Menée aux États-Unis après les manifestations du mouvement Black Lives Matter, elle reposait sur un questionnaire rempli par 1 276 personnes «possédant un utérus» et exposées à des agents chimiques utilisés par la police. Résultat, 83% d’entre elles avaient déclaré des troubles menstruels ou reproductifs, notamment des crampes utérines (69%) et des saignements menstruels précoces (55%). Les troubles étaient d’autant plus fréquents que l’exposition avait duré longtemps.

Les chercheur·es avaient conclu à l’existence d’un «lien évident entre l’exposition aux agents chimiques utilisés par la police et les effets néfastes signalés sur la santé reproductive». Mais l’étude pose plusieurs problèmes. Les participantes avaient été recrutées via un appel à témoignages, ce qui a pu favoriser la participation des personnes les plus touchées. Il n’y avait pas de panel de personnes témoins. Et enfin les scientifiques n’avaient pas pu distinguer complètement les effets des différents produits chimiques entre eux.

D’autres travaux et articles de presse plus anciens suggèrent eux aussi un lien potentiel entre l’exposition aux gaz lacrymogènes et une hausse des arrêts naturels de grossesse, notamment au Bahreïn en 2012, en Palestine dans les années 1990 et au Chili en 2011. Mais aucune recherche robuste, qui comparerait des populations exposées à des groupes témoins n’a été conduite. Et pour cause : «Dans les zones de conflit intense, l’utilisation réactive et incontrôlée de ces agents rend difficile la conduite d’études épidémiologiques méthodiques et l’établissement de conclusions solides», soulignaient les chercheur·es de l’étude américaine en 2023.

Mais que fait le gouvernement français ?

À l’époque de la publication de son enquête, en 2020, Eva-Luna Tholance avait interpelé le ministère de l’intérieur français sur ce manque de connaissance. «Je voulais savoir comment on pouvait continuer à utiliser un produit dont on ignore les effets sur les populations à risque, à savoir les femmes, les enfants, les personnes asthmatiques. Je n’ai jamais eu de réponse et on n’en sait pas plus aujourd’hui», déplore-t-elle auprès de Vert.

Contactée par Vert, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a confirmé que «malheureusement, nous n’avons pas de travaux d’expertise sur les gaz lacrymogènes». Le manque de données ne concerne pas uniquement la santé reproductive. «Personne ne se penche sur les effets sanitaires du gaz lacrymogène. C’est un problème international», abonde le biologiste et spécialiste français de la substance, Alexander Samuel.

Vert l’a constaté en examinant la littérature consacrée au gaz CS, ou o-chlorobenzylidène malononitrile, la substance active utilisée dans les grenades lacrymogènes en France. Sur les effets globaux de la molécule – oculaires, respiratoires et cutanés notamment –, les deux dernières méta-analyses (qui compilent les études existantes) remontent respectivement à 2015 et 2000. Et elles n’intègrent pas, par exemple, cette étude turque de 2014 qui démontre qu’être exposé·e régulièrement à un panache de gaz lacrymogène peut affaiblir durablement le système respiratoire.

Poison mortel connu des romans d’Agatha Christie

D’autres effets graves liés au gaz mériteraient d’être expertisés, en France comme à l’international, notamment quant au risque d’intoxication au cyanure. Il a été mis en évidence en 2020 par Alexander Samuel. Sur la base de prélèvements sanguins réalisés en manifestation lors du mouvement des gilets jaunes, le chercheur avait découvert que le gaz lacrymogène se métabolisait en ce poison mortel bien connu des romans d’Agatha Christie, et à des niveaux susceptibles d’être toxiques pour l’humain (son étude, qui n’a toutefois pas été validé par les pairs selon une procédure classique).

La méthodologie de cette sorte de «pré-étude» exploratoire, ainsi que ses conclusions, avaient été validées à l’époque par le toxicologue et ancien chercheur au CNRS André Picot. Mais ni le gouvernement, ni l’Anses (qui pourrait s’auto-saisir) n’ont, sur ce sujet non plus, engagé d’étude sérieuse. Pire, le biologiste a été poursuivi par l’État français pour «violation du Code de santé publique» suite à ces travaux, avant de finalement gagner son procès.

Interrogés au sujet du manque de preuve sur l’innocuité du gaz lacrymogène, les ministères de la santé et de l’intérieur n’ont, pour l’heure, pas répondu à Vert. Ils n’ont pas non plus indiqué si des études relatives aux effets endocriniens et de métabolisation du gaz en cyanure étaient en cours ou prévues.

*Le prénom a été modifié.

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23.10.2026 à 16:02

Cadavres d’oiseaux, pelleteuse et milliardaire : Olivier Bouygues condamné à deux ans de prison avec sursis

Louise Deshautels

Texte intégral (677 mots)
Selon le régisseur du domaine, Olivier Bouygues souhaitait garder confidentiel le système de prime accordé aux chasseurs. © Alain Jocard/AFP

Olivier Bouygues a été condamné ce vendredi à deux ans de prison avec sursis pour la destruction d’espèces d’oiseaux protégées sur son domaine de chasse de La Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Le tribunal correctionnel d’Orléans a reconnu la culpabilité du milliardaire français, qui a également écopé d’une amende de 750 000 euros, le maximum encouru pour une telle infraction. Enfin, son permis de chasse lui est retiré pour trois ans.

Olivier Bouygues était jugé pour «atteinte illicite en bande organisée à la conservation d’une espèce animale protégée ou à son habitat» et «destruction, transport et détention illicites d’une espèce animale non domestique». Lors de l’audience du 8 septembre dernier, le tribunal correctionnel d’Orléans avait requis cinq ans de prison avec sursis contre Olivier Bouygues. Décrivant des méthodes «barbares», la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, avait également demandé une interdiction d’exercer une activité en lien avec la chasse pendant cinq ans.

Cinq employés du milliardaire, le régisseur de sa propriété et quatre gardes forestiers, étaient jugés à ses côtés. Ils ont aussi été reconnus coupables et condamnés à des peines allant de six mois à deux ans de prison avec sursis. Là encore, des amendes de 3 000 à 10 000 euros ont été prononcées.

Tuerie d’oiseaux protégés

Tout au long de son procès, le propriétaire a nié toute responsabilité, affirmant à la barre avoir «d’autre chats à fouetter que de gérer au quotidien» les affaires de sa propriété. Les cinq autres prévenus ont reconnu les faits.

L’affaire avait été ébruitée par l’intermédiaire d’une source anonyme, qui assurait avoir vu des cadavres d’espèces protégées sur la propriété du fils de François Bouygues, le fondateur du groupe de BTP, de télécoms et de médias du même nom.

Par la suite, des perquisitions avaient été menées et avaient permis de découvrir de nombreux cadavres d’animaux tels que des chats… mais aussi des oiseaux : buses, grands cormorans, grandes aigrettes et faucons crécerelles. Tous protégés par une interdiction de chasse.

Du matériel de chasse prohibé et une pelleteuse, utilisée pour enterrer des animaux, avaient également été retrouvés sur la propriété. De même que des documents listant les espèces protégées comme «nuisibles» à éliminer. Il était aussi question d’un «système de prime» pour ceux qui parviendraient à éliminer les oiseaux ciblés, une preuve qu’Olivier Bouygues souhaitait garder confidentielle, selon le régisseur du domaine.

Une quinzaine d’associations de protection de l’environnement s’étaient constituées parties civiles. Parmi elles, One Voice, qui a salué ce vendredi la décision du tribunal correctionnel. «Pendant des années, des oiseaux ont été piégés, tués et enfouis sous la chaux parce qu’ils gênaient un loisir. Aujourd’hui, la justice dit que ni la fortune ni les grillages ne placent personne au-dessus des lois. Les enclos de chasse ne peuvent plus rester des zones de non-droit», a réagi Muriel Arnal, présidente de l’association. La Fédération départementale des chasseurs du Loiret avait évoqué de son côté un «préjudice d’image» pour la chasse.

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23.10.2026 à 11:10

«Un signal d’alarme» : 96% des écosystèmes des récifs coralliens sont en «danger d’extinction»

Louise Deshautels

Texte intégral (1044 mots)
Entre 2024 et 2025, 84% des récifs coralliens ont été victimes de blanchissement. Ici au sud-ouest de la Papouasie, dans l’archipel de Raja Ampat. © Auriga Nusantara/AFP

La quasi-totalité des écosystèmes coralliens pourraient s’effondrer d’ici à 2075. Selon une évaluation mondiale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publiée jeudi, 96% sont désormais «en danger critique». La catégorie la plus élevée avant l’«extinction» sur la liste rouge de l’UICN, l’inventaire mondial de l’état de conservation des espèces végétales et animales.

L’analyse internationale, la première de ce type, porte sur l’ensemble des récifs situés dans les eaux chaudes et peu profondes. Parmi eux, les plus vastes et les plus riches en biodiversité de la planète, tels que la Grande Barrière de corail en Australie ou encore le triangle de corail dans l’océan Pacifique occidental. Parallèlement, l’UICN a récemment réévalué le statut de 892 espèces de coraux et a constaté que 44% d’entre elles sont menacées d’extinction.

Avant la mortalité, le blanchissement

La menace principale à laquelle doivent faire face ces organismes est le changement climatique. À mesure que les températures en surface augmentent, les océans du globe se réchauffent et provoquent des vagues de chaleur marines. L’institution rappelle que le scénario du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui prévoit un réchauffement atmosphérique de 2,7 degrés Celsius (°C) d’ici 2100, «se traduira par un réchauffement continu des températures de surface des océans».

Or lorsque la température de l’eau devient trop chaude, les coraux expulsent les microalgues qui vivent à l’intérieur de leurs tissus, ce qui provoque leur blanchissement. Ces mêmes algues fournissent jusqu’à 90% de l’énergie des coraux. Ainsi, ils deviennent plus fragiles et peuvent mourir. Les écosystèmes de récifs coralliens s’effondrent dès que les coraux durs – ceux qui constituent la base vivante et en croissance – disparaissent pour laisser place à des algues, des débris et des éponges.

Les poissons-perroquets se nourrissent des algues concurrentes des coraux. © Wikimedia

D’autres pressions, directement liées aux activités humaines, dégradent les coraux. En particulier celles qui endommagent la qualité des eaux côtières, où ils sont implantés. Plusieurs effets se cumulent : le rejet d’eaux usées, les pollutions agricoles ou l’urbanisation des côtes. Enfin, la surexploitation de certains poissons dans plusieurs régions – Asie de l’Est, Caraïbes et Brésil – affaiblit les coraux. Par exemple : les poissons-perroquets, herbivores, permettent de réguler la proportion d’algues concurrentes des coraux.

Un refuge pour 25% des espèces marines

Les coraux sont pourtant essentiels à la santé des écosystèmes marins. «On dit souvent que les récifs coralliens sont les nurseries des océans, là où de nombreuses espèces donnent naissance, vivent ou viennent se réfugier», explique à Vert Florian Kirchner, responsable du programme Espèces du comité français de l’UICN. À l’échelle de la planète, 25% des espèces marines en profitent. L’effondrement des récifs engendre l’incapacité des fonds marins à régénérer les populations piscicoles.

«Le déclin [des coraux] prive d’innombrables espèces de la nourriture, des abris et des frayères [les lieux où se reproduisent les organismes marins, NDLR] dont elles dépendent, tout en menaçant la sécurité et les moyens d’existence des communautés côtières, et en compromettant des secteurs économiques clés tels que la pêche, l’aquaculture et le tourisme», expose Grethel Aguilar, directrice générale de l’UICN.

Plus largement, les coraux contribuent à fixer l’azote et le carbone au fond des océans et réduisent l’énergie des vagues, protégeant les côtes des tempêtes.

Un signal d’alarme plutôt qu’une source de désespoir

L’étude tient tout de même à rappeler qu’«il n’est pas trop tard pour donner aux récifs coralliens une chance de se rétablir». L’UICN encourage la mise en place d’actions décisives pour «lutter contre les changements climatiques et enrayer le réchauffement des océans». Parmi elles, la réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2).

Pour Florian Kirchner, «chaque dixième de degré compte». À chaque nouvelle hausse de température, de nouvelles espèces sont affectées. S’il est évident, selon le chercheur, que des récifs vont disparaitre, «tout ce qu’on fait aujourd’hui aura des bénéfices et permettra de limiter les pertes, de préserver la diversité biologique et les fonctions que les coraux nous rendent».

En plus de ces objectifs mondiaux, des actions plus locales peuvent être mises en place, telles que la création d’aires marines strictement protégées, la lutte contre les pollutions terrestres et la réduction de la surpêche.

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23.10.2026 à 06:00

Élection présidentielle au Brésil : Flávio Bolsonaro, un climatosceptique aux portes du pouvoir

Anaïs Richard

Texte intégral (1774 mots)
São Paulo, le 18 octobre 2026. Flávio Bolsonaro lors d’un débat avec Lula dans l’entre-deux-tours. © Tuane Fernandes/NurPhoto

Tel père, tel fils. Lors du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 4 octobre, le sénateur Flávio Bolsonaro a créé la surprise en arrivant en tête avec 47,03% des voix. Il a devancé le président de gauche sortant, Lula da Silva (45,16%). Dimanche, ils se feront face dans un duel final qui promet d’être disputé.

Depuis le début de sa campagne, Flávio marche dans les pas de son père, Jair Bolsonaro, ancien président d’extrême droite condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État, et inéligible.

Dans son programme, point de mention du changement climatique. Dans une interview à la chaîne Globo le 28 août, il privilégie la formulation «événements climatiques extrêmes». «Il y a des périodes cycliques où il fait plus chaud, des périodes où il fait plus froid. Et je ne pense pas que cela soit directement lié uniquement à l’influence de l’être humain», développe-t-il.

Monétiser la nature

De son enfance passée à écumer les plages de Barra da Tijuca, la banlieue chic de Rio de Janeiro, Flávio Bolsonaro a conservé un goût pour le surf. Ces vagues, où il a construit ses souvenirs de jeunesse, il ne les conçoit pas comme une ressource à protéger, mais plutôt… «comme un actif financier exploitable à des fins touristiques», d’après Cristiana Losekann, coordinatrice du Laboratoire de recherche en politique environnementale et justice de l’université fédérale d’Espírito Santo.

Élu à l’Assemblée législative de Rio de Janeiro à seulement 21 ans, Flávio Bolsonaro y enchaîne quatre mandats consécutifs. En 2018, il profite de la percée de l’extrême droite qui propulse son père à la présidence et obtient un siège au Sénat. Quatre ans plus tard, il devient rapporteur de la controversée «PEC das Praias», un texte prévoyant de transférer certains terrains du littoral appartenant à l’État fédéral à des collectivités ou à des particuliers.

Jair Bolsonaro (au centre) aux côtés de son fils Flávio (à sa gauche), en mars 2025, à Brasilia (Brésil). © Roque de Sá/Agência Senado

En août 2026, en campagne à Angra dos Reis, à quelques heures de Rio de Janeiro, Bolsonaro fils défend la relance de la centrale nucléaire locale et l’accélération des autorisations environnementales pour de grands projets immobiliers. Son rêve le plus fou ? Faire de ce petit paradis naturel «un nouveau Cancún».

Data centers et fracturation hydraulique

Le candidat climatosceptique souhaite permettre aux Brésilien·nes de s’enrichir… sur le dos de la planète. «Il présente l’installation de data centers et la vente de terres rares – notamment à l’Amérique de Trump – comme une source d’emploi», analyse Sofia Vizcarra Castillo, coordinatrice du Laboratoire d’études politiques sur l’action climatique de l’université fédérale du Rio Grande do Sul.

En parallèle, Flávio Bolsonaro soutient la fracturation hydraulique pour extraire du gaz de schiste, malgré les risques de contamination des eaux. Dans son projet, «il considère que les règles environnementales sont un frein à l’activité économique et aux investissements, une vision partagée par de nombreux dirigeants d’extrême droite en Amérique latine», détaille la chercheuse.

En août dernier, pendant un déplacement de campagne, le candidat promet de «mettre fin à ces entraves», y compris pour les peuples autochtones. «Ils ne veulent plus être des animaux de zoo que les touristes paient pour les regarder danser et faire du feu avec du bois», lâche-t-il lors d’une interview au podcast Market Makers.

Les autochtones en danger

En avril, le sénateur avait promis qu’aucun territoire autochtone ne serait reconnu et homologué en cas d’accession au pouvoir, s’inscrivant dans la continuité de la politique menée par son père entre 2019 et 2022. «Les invasions illégales de nos terres avaient alors augmenté et le territoire yanomami était devenu le symbole d’une tragédie humanitaire», se remémore Sônia Guajajara.

Selon une enquête du journal Folha de S.Paulo, 286 procédures de reconnaissance de territoires autochtones actuellement en cours pourraient être bloquées en cas de retour du bolsonarisme au sommet de l’État. «Cela signifierait un retour à un scénario de violence, de destruction et de violations massives des droits humains et environnementaux», met en garde Dinamam Tuxá, coordinateur exécutif de l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB).

Une des seules mesures dédiées au climat dans le programme de Flávio Bolsonaro est la fin de la déforestation d’ici 2029… mais seulement si elle est illégale. Il instrumentalise l’Amazonie pour mettre en avant l’un des principaux axes de sa campagne : combattre la criminalité.

Ordre et progrès ?

Depuis 2002, Flávio Bolsonaro bâtit sa carrière sur les questions de sécurité publique. Pour lui, l’État doit être garant de l’ordre, y compris environnemental. «Distinguer le déboisement illégal et celui du petit producteur lui permet d’adopter un discours sécuritaire fort et un discours populiste qui plaît à ses potentiels électeurs», décrypte la politiste Sofia Vizcarra Castillo.

Pour lutter contre les crimes environnementaux, il prétend miser sur la surveillance par satellites et l’intelligence artificielle. «Tout ce qu’il a voté jusqu’à présent va dans le sens d’une augmentation de la déforestation», nuance Márcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du climat brésilien.

Flávio Bolsonaro compte aussi remanier plusieurs instances environnementales : l’Ibama, chargée des contrôles, la Funai, responsable des politiques autochtones, et l’ICMBio, qui gère les unités de conservation. Leurs budgets avaient déjà fondu sous Jair Bolsonaro. «La déforestation avait alors augmenté de plus de 60% en Amazonie», rappelle Márcio Astrini.

L’aîné de la fratrie Bolsonaro, surnommé «01» par son père, fait de son héritage familial son premier argument électoral : «J’ai l’air plus pacifique et modéré, mais ici coule le sang Bolsonaro», s’exclame-t-il en se frappant le torse le 25 juillet, lors de l’officialisation de sa candidature, à São Paulo.

C’est depuis sa détention à domicile que Jair Bolsonaro l’a choisi comme dauphin. «01» est le fils qui dispose de la plus longue expérience politique. C’est aussi celui qui traîne le plus de casseroles. Il est impliqué dans plusieurs scandales financiers et fait l’objet d’enquêtes pour des soupçons de corruption, de blanchiment d’argent et de trafic d’influence. Il est également critiqué pour ses liens supposés avec les milices, ces groupes criminels composés d’anciens policiers qui contrôlent des pans entiers de Rio de Janeiro.

Affaires de famille

En cas de victoire, Flávio Bolsonaro a promis d’amnistier son père, o mito, «le mythe», comme l’appellent ses partisan·es. «Le retour de cette famille au pouvoir représente un risque très important, à la fois pour la nature et pour la démocratie», s’alarme Márcio Astrini.

Lors des élections parlementaires d’octobre 2026, quatre membres du clan Bolsonaro ont été élu·es : Michelle, belle-mère de Flávio, et son frère cadet Carlos ont fait leur entrée au Sénat, tandis que Renan, le plus jeune des fils Bolsonaro, a obtenu un siège à la Chambre des députés, aux côtés de son oncle Renato. Ces dernier·es ont été adoubé·es par le Parti libéral (PL), qui a renforcé sa position de première force politique du Parlement.

«Le bolsonarisme n’a pas disparu avec la défaite de 2022. Son idéologie reste profondément enracinée dans une partie du Congrès et de la société», déplore Dinamam Tuxá, coordinateur exécutif de l’APIB. L’Observatoire du climat brésilien classe le PL comme le parti présentant le bilan environnemental le plus faible parmi les grandes formations étudiées.

Après le premier tour, le nombre d’incendies détectés par satellite en Amazonie légale – région administrative composée de neuf États brésiliens – a presque doublé, passant de 1 854 à 3 695 en une semaine. Une flambée soudaine qui fait craindre aux communautés autochtones que les soutiens du bolsonarisme, galvanisés par la perspective d’un retour de l’extrême droite au pouvoir, se sentent autorisés à envahir leurs territoires et à y mettre le feu.

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22.10.2026 à 18:18

«Une immense victoire pour la pêche artisanale» : le gouvernement va interdire les chalutiers géants de la bande côtière dans l’est de la Manche

Esteban Grépinet

Texte intégral (655 mots)
Le «Scombrus» fait partie de ces navires qui ne pourront plus déployer leurs filets dans la bande côtière de la Manche-Est. © Fred Tanneau/AFP

C’est une grande première dans le monde de la pêche. La ministre de la mer, Catherine Chabaud, a annoncé ce jeudi engager une procédure pour exclure les navires de plus de 25 mètres de la bande côtière (les eaux territoriales, qui correspondent aux 22 premiers kilomètres depuis la côte), dans l’est de la Manche, du mont Saint-Michel à la frontière belge.

Dans le détail, la France engage une consultation de deux mois auprès de la Commission européenne et des États membres de l’Union européenne concernés – comme le prévoit le droit européen. Selon les retours apportés par ces derniers, l’entrée en vigueur de cette mesure d’interdiction est prévue pour «début 2027», selon l’entourage de la ministre.

«Il y a une unanimité totale contre la présence de ces bateaux»

L’exclusion des bateaux de pêche de plus de 25 mètres de la bande côtière est une demande récurrente de la profession. Début septembre, la commission Manche-mer du Nord du Comité national des pêches – l’organisme représentatif du secteur – avait voté par dix voix contre six (et cinq abstentions) en faveur de cette mesure.

«Il y a une unanimité totale contre la présence de ces bateaux», expliquait à Vert Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches (CRPMEM) de Normandie. Pour le monde de la pêche comme pour les associations de défense de l’environnement, l’exclusion des plus gros chalutiers de la bande côtière soulagerait les ressources tout en préservant la pêche artisanale.

Dans les Hauts-de-France, ces grands navires représentaient près de la moitié du total des captures remontées dans les eaux territoriales entre 2022 et 2024, d’après une étude conduite par l’Institut agro. Une exclusion de la bande côtière aurait «a priori un impact économique faible sur ces flottilles industrielles», concluaient notamment les auteur·es.

«C’est une immense victoire pour la pêche artisanale, salue Fabien Randrianarisoa, chargé de campagnes Pêches industrielles pour l’association de défense des océans Bloom. Cette décision aurait pu arriver plus tôt pour éviter que les petits pêcheurs ne subissent encore la concurrence des navires industriels cet hiver, mais c’est un message fort que la France envoie au reste de l’Union européenne.»

L’ONG espère désormais que cette décision pionnière s’étendra à l’avenir sur l’ensemble du littoral français, notamment en Nouvelle-Aquitaine, et qu’elle inspirera d’autres pays. Les navires de plus de 25 mètres visés par cette exclusion de la bande côtière dans la Manche-Est sont principalement sous pavillon néerlandais et belge. Quatre à cinq bateaux français sont également concernés.

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22.10.2026 à 06:00

«J’ai un peu honte de ce qu’on a mis à l’antenne» : à France TV, des journalistes choqués par le traitement médiatique du 17 octobre

Mathilde Picard

Texte intégral (1664 mots)
Dimanche, sur France 2, des images de violences ont été diffusées, sans commentaire, pendant plus de dix minutes. © Capture d’écran France 2

«Nous sommes absolument scandalisés par cette façon si partiale de faire de l’information», s’indigne George Pinol, délégué syndical central du SNJ-CGT France Télévisions. Dimanche, au journal de 20 heures de France 2, une séquence de presque douze minutes, sans commentaire, a montré à l’écran un enchaînement de scènes violentes des manifestations du 17 octobre.

Ce cadrage qui se focalise sur les incendies, scènes de pillages et dégradations a éclipsé les manifestations pacifiques et joyeuses, les occupations de ronds-points ou opérations escargot. Pourtant, plus de 1 000 mobilisations avaient rassemblé entre 550 000 et 800 000 personnes dans toute la France ce jour-là, pour lutter contre la vie chère et exiger davantage de justice sociale. Le syndicat CFDT du groupe France Télévisions a calculé que sur les 48 minutes d’émission spéciale dimanche (hors allocution présidentielle), moins de deux avaient été consacrées aux revendications des manifestant·es.

La direction de France Télévisions admet des erreurs

Le président de la Société des journalistes (SDJ) de France Télévisions, Valéry Lerouge, explique à Vert que ce journal déséquilibré est le fruit d’«un enchaînement de fausses bonnes idées et d’une erreur d’appréciation, sans intention de montrer seulement de la casse gratuite. Le résultat est catastrophique, mais il n’y a pas de volonté politique derrière.»

Alors qu’un entretien avec la chanteuse Angèle était prévu en seconde partie d’émission, la direction de l’information a décidé de le déprogrammer pour proposer un sujet davantage lié à l’actualité sociale du week-end. Le résultat : des images brutes, sans commentaire ni mise en contexte, montées en quelques heures seulement. «Espérer un sujet de douze minutes de qualité, monté en quatre heures, c’est mission impossible», souligne Valéry Lerouge.

Alors que nombre de télespectateur·ices ont écrit au médiateur de France Télévisions, Philippe Corbé, le directeur de la rédaction, reconnaît que «nous aurions dû être plus précis dans le montage, la contextualisation et le commentaire pour qu’il n’y ait pas de confusion».

Pour le syndicat SNJ-CGT du groupe, il ne s’agit pas d’un accident mais d’«une propagande» pour l’exécutif. Selon son communiqué publié mardi, le cadrage du journal a donné à voir «un mouvement social d’ampleur nationale réduit à un message de haine». L’organisation syndicale a même demandé la démission de l’équipe du journal de 20 heures. Selon le reporter d’images George Pinol, il y a eu «une dérive éditoriale qui met l’accent sur les violences plutôt que sur les revendications et l’ampleur de la mobilisation pacifique».

«Il y a une forme de dépolitisation du journalisme»

«J’ai un peu honte de ce qu’on a mis à l’antenne, en tant que défenseur de l’audiovisuel public, car j’étais sur le terrain et, à l’écran, je n’ai pas vu de mention de la blessure très grave d’une manifestante dont la main a été arrachée, ni des jeunes qui chantaient», pointe le journaliste.

Ce malaise au sein de la rédaction de France Télévisions n’est pas nouveau, même si le journal de dimanche a été son catalyseur. Le délégué syndical SNJ, Antoine Chuzeville, rappelle que «cela fait presque un mois que la couverture médiatique du mouvement lycéen illustre une fascination pour les images de violence, alors que notre travail consiste à décrypter ces évènements et à les mettre en perspective ; dimanche, c’est devenu trop visible.»

Selon lui, rien ne sert de blâmer l’équipe qui a réalisé le reportage de douze minutes, ce serait plutôt l’occasion de créer une réflexion sur la hiérarchisation des informations sur les chaînes. «Nous manquons de débats collectifs sur l’éditorial, détaille-t-il. Il y a une forme de dépolitisation du journalisme, alors que ces évènements sont incompréhensibles sans être reliés aux motivations politiques qu’il y a derrière.»

© Acrimed

Selon l’observatoire des médias Acrimed, 75% du temps d’antenne de France 2 a été dédié aux dégradations lors des journaux télévisés du 28 septembre au 1er octobre, en plein mouvement lycéen. Au-delà du 17 octobre, «la couverture [des mobilisations sociales] nous pose question, confirme Valéry Lerouge. Nous avons rencontré la direction mercredi dernier pour déplorer le démarrage tardif du traitement des revendications sociales, et le fait qu’on parlait trop de casses. On a noté un début de rééquilibrage sur la fin de la semaine dernière.» Ce mercredi après-midi, la SDJ a organisé une réunion pour faire le point sur la situation.

Un cadrage médiatique contesté dans de nombreuses rédactions

France Télévisions n’est pas le seul média dont les choix éditoriaux dans la couverture des mobilisations dérangent. Dès le 3 octobre, la SDJ du Parisien soulignait dans un communiqué transmis en interne «le manque d’analyse factuelle» dans les angles choisis et «la lecture idéologique des faits» dans un éditorial du vendredi 2 octobre dernier.

Plusieurs journalistes qui ont couvert la manifestation du 17 octobre pour des chaînes d’information en continu ou pour la presse nationale déplorent aussi les cadrages de leur direction. Arielle (le prénom a été modifié) travaille dans un quotidien et regrette que ses propositions de sujets visant à questionner le maintien de l’ordre aient été refusées. «Jusqu’au dernier moment, mes chefs ont sous-estimé l’ampleur de la mobilisation, abonde-t-elle. J’ai été sidérée par l’ampleur de leur déconnexion avec le terrain. Ensuite, ils ont préféré faire un angle sur les émeutiers, en interrogeant des interlocuteurs controversés.»

Sacha (il a souhaité rester anonyme), quant à lui, est reporter d’images pour une chaîne d’information en continu et a été mobilisé samedi dernier. «J’aurais bien aimé filmer les cortèges de manifestants et les interroger sur leurs revendications, plutôt que de montrer seulement les voitures brûlées, car je sais que ce sont ces images qui seront commentées en boucle toute la journée», confie-t-il à Vert.

Les étudiants en journalisme interpellent leurs aînés

Dans les écoles de journalisme aussi, le traitement des mobilisations, depuis le début du mouvement lycéen, choque nombre d’étudiant·es. À l’initiative des élèves de l’École des hautes études en sciences de l’information et de la communication (Celsa), 780 jeunes de quinze établissements différents ont signé une tribune parue dans L’Humanité, la veille du 17 octobre.

«Nous allons être amenés à évoluer dans un paysage médiatique détérioré, déplore Orso, l’un des cosignataires. Nous allons intégrer un jour ou l’autre ces rédactions et refusons de couvrir des mouvements sociaux avec ce manque de déontologie.» Parmi les reproches des étudiant·es visant cette couverture médiatique : le peu de place accordée aux revendications lycéennes, l’invisibilisation des violences policières, les lignes éditoriales sensationnalistes ou encore le déséquilibre politique parmi les commentateur·ices des évènements.

Lundi, les Gilets jaunes à l’origine des mobilisations ont annoncé un «acte II» pour ce samedi 24 octobre. Un évènement dont la couverture médiatique sera scrutée par toute la profession.

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