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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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15.05.2026 à 14:00

«Il est victime de sa mauvaise réputation» : dans le Loir-et-Cher, cette maire se bat contre le déterrage du blaireau

Médianes

Texte intégral (1742 mots)
Catherine Le Troquier, maire de Valaire, avant une audience au tribunal administratif d’Orléans concernant l’interdiction du déterrage des blaireaux, le 23 octobre 2019. © Guillaume Souvent/AFP

Elle est à l’origine du «buzz du blaireau». Catherine Le Troquier a 69 ans, le parler franc, l’autorité d’une institutrice, et 86 âmes à administrer. Valaire, dont elle est la maire (sans étiquette), est un village du Loir-et-Cher, entouré de forêts et de champs. L’ancienne graphiste s’y est installée il y a seize ans : coup de foudre pour une maison du coin et son jardin «punk», squatté par les orchidées depuis qu’elle a cessé de tondre.

Située à quelques kilomètres de Blois, la commune est devenue le point chaud de la bataille du blaireau. D’un côté, les chasseur·ses, autorisé·es à le traquer par déterrage – ou vénerie sous terre – à travers le pays du 15 septembre au 15 janvier. De l’autre, l’édile, leur farouche opposante depuis 2019.

Cette année-là, la sexagénaire prête attention, pour la première fois, à un courrier de la préfecture déposé sur son bureau. Avant chaque été, celle-ci reconduit à partir du 15 mai la période dite «complémentaire» de la chasse au mustélidé, «par pure habitude, et pour faire plaisir à quelques-uns, que démolir des animaux à coups de pelle et de pince amuse», grince la maire de Vallaire. Au-dessus d’elle, dans la salle du conseil municipal, un petit buste de l’actrice et militante animaliste Brigitte Bardot, en Marianne coiffée d’une cocarde, toise les visiteur·ses.

Un arrêté controversé

En 2019, donc, Catherine Le Troquier décide d’interdire cette pratique sur sa commune. «Le blaireau demeure une espèce victime de sa mauvaise réputation», écrit-elle à la préfecture du Loir-et-Cher, le 13 septembre. Quelques semaines plus tard, celle-ci lui demande de rétropédaler. Ce que l’édile refuse. S’engage alors un bras de fer judiciaire qui la conduira jusqu’à la cour d’appel de Versailles (Yvelines), où l’illégalité de son arrêté municipal est tranchée en juillet 2023.

«Catherine Le Troquier a eu le mérite de mettre en lumière une pratique très controversée», salue le naturaliste Yann Lebecel, conseil scientifique de la maire et spécialiste du mammifère à la truffe rayée. Celle-ci consiste à coincer l’animal dans son terrier avec l’aide de chiens, puis à l’en extraire avec des pinces, pour enfin le tuer. Dans le Loir-et-Cher, 370 blaireaux ont été chassés, et 33 ont été tués en vénerie sous terre entre 2024 et 2025, selon la fédération départementale des chasseur·ses. Son président, Hubert-Louis Vuitton, qualifie «d’idéologique plus que factuel» le débat sur la période complémentaire porté par l’édile de Vallaire.

Au 15 mai, les blaireautins dépendent encore de leur mère, qui se carapate avec eux dans son terrier au moindre danger. Nul doute, alors, qu’ils comptent parmi les blaireaux abattus chaque année. Le code de l’environnement stipule pourtant qu’il est «interdit de détruire […] les portées ou petits de tous mammifères dont la chasse est autorisée», sauf s’ils font partie des «espèces susceptibles d’occasionner des dégâts», ou «ESOD», dont la liste est définie par le ministère de la transition écologique. Or le blaireau n’est pas une ESOD, il est considéré comme un gibier, même s’il vole des céréales et installe parfois son terrier sous une route ou un champ, pouvant provoquer des effondrements. «Mais ses dégâts sont assez faibles par rapport à ceux du sanglier», estime Yann Lebecel. En Alsace, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) a installé trois terriers artificiels expérimentaux sous une digue, un échangeur routier et une voie ferrée, afin de reloger l’obsédé creuseur de tunnels.

Un débat de dates

La période complémentaire de la chasse est prise par arrêté dans chaque département, par le préfet, après avoir consulté la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS), qu’il préside. Cet arbitrage doit servir à réguler d’une année sur l’autre la présence d’une espèce : ici, le blaireau, dont la population n’est par ailleurs pas chiffrée. Étienne Verschueren représente Sologne nature environnement, l’une des deux associations écologistes qui siègent à la CDCFS du Loir-et-Cher. Isolé face à un aréopage «plutôt pro-chasse», il affirme qu’il est «très difficile de lutter contre ce rouleau compresseur» qui, jusqu’en 2024, «extrapolait le cheptel supposé de blaireaux», afin de «justifier» l’élargissement du calendrier de la chasse. Jusqu’en 2024 car, depuis, la période complémentaire de la chasse au blaireau par déterrage n’a pas été renouvelée dans le Loir-et-Cher.

Ici, comme dans d’autres départements, des associations environnementales ont pris la relève de Catherine Le Troquier, attaqué les arrêtés préfectoraux, et obtenu leur suspension (comme dans l’Allier) ou leur annulation (comme dans l’Indre). Plusieurs villes, dont Blois, et la région Centre-Val de Loire, ont par ailleurs adopté des vœux pour que cesse le déterrage du discret fouisseur. «Mais on ne peut faire changer ces pratiques au niveau national que dans les urnes», pense Catherine Le Troquier, selon qui «le soutien à droite est moins évident».

Catherine Le Troquier (à gauche) et ses soutiens, devant le tribunal administratif d’Orléans, le 1er juillet 2020. © DR

Dans le Loir-et-Cher, le déterrage du blaireau est donc toujours permis du 15 septembre au 15 mai, mais pas au-delà. «Il est acté que nous ne l’ouvrons plus», confirme Mathieu Frimat, chef du service Eau et biodiversité à la Direction départementale des territoires, qui gère le dossier de la chasse. En d’autres termes : la vénerie sous terre n’est plus étendue dans le département entre la mi-mai et la mi-septembre. Pour la remplacer, la préfecture a mis en place «un formulaire de demande d’intervention qui autorise le déterrage entre le 15 juin et le 15 septembre en cas de dégâts constatés», explique Mathieu Frimat, «pour pouvoir continuer à intervenir ponctuellement».

Le blaireau malade

Les chasseur·ses motivent aussi leur traque au blaireau par son rôle dans la propagation de la tuberculose bovine. Familièrement appelée «tube», cette bactérie sème la zizanie dans les étables et conduit à l’abattage des troupeaux contaminés. «Selon l’écosystème et la densité des populations, le blaireau peut y jouer un rôle mineur», confirme la professeure en épidémiologie Emmanuelle Gilot-Fromont, qui a présidé la rédaction d’un rapport sur la gestion de la tuberculose bovine et des blaireaux pour l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), en 2019. Dans le Sud-Ouest, où l’animal se plaît, les foyers de la «tube» sont effectivement plus importants.

De son côté, Yann Lebecel prend en exemple le cas corse, où se manifestent «15 à 20% des cas de tuberculose du pays, sans que le moindre blaireau n’habite sur l’île», contrairement aux sangliers, cet autre hôte potentiel. À la question de savoir si la chasse au mustélidé permet effectivement de lutter contre la tuberculose bovine, Emmanuelle Gilot-Fromont répond : «Quand on élimine un grand nombre d’individus, les populations se réorganisent, se déplacent, ce qui peut parfois étendre la zone de contamination.» En Grande-Bretagne, où la guerre aux blaireaux fait rage, une autre tactique de lutte contre la tuberculose bovine est à l’essai : une campagne de vaccination des blaireaux.

Retour dans le Loir-et-Cher, chez madame la maire. En mars dernier, les 60% de voix récoltées par sa liste «Valaire Vivante !» lui ont permis de rempiler pour un troisième mandat, entourée d’une équipe «jeune et dynamique», qui compte une conseillère en environnement, un vigneron, «tous concernés, de par leur travail, par les enjeux de biodiversité». Catherine Le Troquier regrette toutefois la «violence» et les «diffamations» de la liste adverse lors de la campagne : «Notre action dérange certains esprits, qui m’ont reproché de plus me préoccuper des insectes que des enfants, soupire-t-elle. Nombreux sont les maires qui n’osent pas agir par peur de se mettre la fédération de chasse à dos.» Elle, dit ne vouloir rien lâcher. Parler, écouter. Alors elle organisera bientôt une rencontre avec les habitant·es : «Parce que, sans dialogue, on n’arrivera à rien.»

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14.05.2026 à 14:22

«De Berlin à Barcelone» avec «un seul billet» : comment l’Europe veut simplifier le voyage en train

Médianes

Texte intégral (927 mots)
La SNCF devra afficher sur son site les billets de ses concurrents si cette proposition est adoptée. © Nelso Silva/Flickr

Pour voyager en Europe, c’est souvent plus facile de prendre l’avion : près de deux personnes sur trois renoncent à un voyage en train à cause de la complexité du processus de réservation, selon une enquête réalisée en 2025 par YouGov pour l’ONG Transport et Environment (T&E). Cela va peut-être changer. La Commission européenne a présenté, ce mercredi, son projet pour simplifier les trajets en train à travers l’Europe. L’idée : que les voyageur·ses puissent comparer et acheter leurs billets sur une seule plateforme de vente, plutôt que de devoir naviguer sur les sites de différentes compagnies, et qu’ils soient mieux pris en charge dans le cas où ils manqueraient une correspondance impliquant deux compagnies différentes.

L’objectif est de rendre le train plus attractif que l’avion pour tenir les ambitions climatiques de l’Union européenne. Le rail ne représentait que 0,3% des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports en Europe en 2022, contre près de 12% pour l’aviation civile, selon l’Agence européenne de l’environnement. «Le système ferroviaire européen a besoin de réservations simples, de correspondances fiables et de droits clairs pour les passagers, appuie Vivien Costanzo, une eurodéputée allemande sociale-démocrate (S&D). Ce n’est qu’à ces conditions que le train deviendra une véritable alternative» à l’avion court-courrier. Pour rappel : un Paris-Barcelone en train émet 80 fois moins de dioxyde de carbone (CO2) que ce même trajet en avion, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Alors quel est le plan ? L’Europe veut contraindre les plateformes intégrées à des opérateurs ferroviaires dominants sur un marché national (SNCF Connect en France) à vendre les billets de leurs concurrents sur leurs propres sites internet et à partager leurs données avec les plateformes de réservation tierces (Trainline ou Kombo par exemple). Concrètement, cela veut dire que la SNCF devra afficher sur son site le Paris-Lyon ou le Paris-Milan opérés par Trenitalia ou encore le Paris-Bordeaux bientôt proposé par Velvet. Et que ses billets seront aussi disponibles sur d’autres plateformes de réservation, si celles-ci en font la demande.

De quoi permettre d’aller «de Berlin à Barcelone en train» avec «un seul billet» et de parer les risques «si vous manquez une correspondance», a déclaré sa présidente, Ursula von der Leyen, sur les réseaux sociaux. En effet, en cas de rupture de correspondance, la Commission veut faciliter l’indemnisation ou permettre plus de flexibilité pour monter dans le train suivant. Sa proposition, qui provoque déjà l’opposition des lobbies du rail et des compagnies nationales, doit encore être soumise aux États et au Parlement européen. Elle permettrait une hausse de 5% du nombre de passagers en train, affirme l’exécutif européen.

Les correspondances à l’étranger ne seront pas vendues par la SNCF

«Avec cette proposition, les passagers européens seraient garantis d’arriver à destination sans frais supplémentaires en cas de rupture de correspondance, et c’est un grand pas en avant», se réjouit Alexis Chailloux, responsable transports au Réseau Action Climat (RAC). Dans un rapport publié le 21 avril, le groupement d’ONG écologistes avait déjà appelé à ouvrir la plateforme dominante en France, SNCF Connect, aux liaisons proposées par des opérateurs étrangers.

Le RAC regrette toutefois le fait que l’obligation ne porte que sur les voyages réalisés dans l’État en question et au départ/à l’arrivée de ce pays. «Concrètement, SNCF Connect sera bien obligée de vendre les billets de Trenitalia sur un Paris-Milan, mais pas un Paris-Rome via Milan car le tronçon Milan-Rome se situe en dehors du territoire national», note l’association.

«Cela signifie que la majorité des alternatives ferroviaires à l’avion, qui nécessitent une correspondance (ex : Paris-Rome, Paris-Madrid ou Paris-Venise), ne seront toujours pas distribuées sur la plateforme dominante en France», regrette-t-il. Sans doute l’occasion pour les consommateurs de visiter d’autres plateformes de réservations indépendantes. «Il est temps d’aider jusqu’au bout les passagers qui voudraient choisir le train», insiste en tout cas celui qui rappelle que la liaison aérienne Paris-Madrid a transporté 5 millions de voyageur·ses en 2024.

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14.05.2026 à 06:00

Coupe du monde de football 2026 : joueurs et supporters risquent d’être exposés à des chaleurs dangereuses, 31 matchs menacés

Médianes

Texte intégral (1035 mots)
Le stade de Kansas City – non climatisé – fait partie des plus à risques, selon les chercheur·ses du World weather attribution. © Jay Biggerstaff/Getty images via AFP

Plus que quatre semaines avant le coup d’envoi du mondial 2026, ce grand «show» footballistique qui verra s’affronter 48 équipes internationales dans 16 villes et trois pays, du 11 juin au 19 juillet prochain. Peut-être faudrait-il parler de grand «chaud», étant donné ce que les expert·es du World weather attribution anticipent dans une analyse inédite parue ce jeudi. Ces dernier·es ont étudié les conditions prévues pour chacun des 104 matchs du tournoi, en tenant compte des horaires des rencontres et des conditions météorologiques moyennes observées localement à ces périodes de l’année (sur la période 1990-2020).

Outre la température de l’air, elles et ils ont compilé les niveaux d’humidité ou de vent afin de reconstituer, pour chaque rencontre, ce que l’on appelle la température WBGT (Wet bulb globe temperature, ou «température humide», en français), un indice mesurant la capacité du corps humain à se refroidir.

On estime ainsi que le risque débute à 26 degrés Celsius (°C) WBGT, ce qui correspond à environ 36-38°C si l’air est sec, et à 28-30°C en cas de forte humidité. Il devient mortel au-delà de 35°C WBGT, car le corps ne peut plus se refroidir.

31 matchs à hauts risques

Or selon les chercheur·ses du World weather attribution, environ 31 matchs sur 104 – soit près d’un tiers – pourraient se dérouler dans des conditions dangereuses. Dans le détail, 26 rencontres ont de forts risques de se dérouler par 26°C WBGT. Cinq matchs pourraient même avoir lieu par 28°C WBGT (soit environ 38°C en chaleur sèche, ou 30°C avec forte humidité). «Lorsque le WBGT dépasse 26°C, les performances des joueurs peuvent être affectées. Au-dessus de 28°C, le risque de pathologies graves liées à la chaleur devient beaucoup plus préoccupant – pour les joueurs, et pour les centaines de milliers de supporters présents dans les stades et les fanzones extérieures», commente Chris Mullington, du World weather attribution.

Les chercheur·ses listent certaines villes particulièrement à risques, notamment Miami (Floride, États-Unis), qui fait face à une «quasi-certitude» de fortes chaleurs, ainsi que Dallas et Houston (Texas, États-Unis) – même si les stades de ces deux villes sont climatisés. Les systèmes de refroidissement réduisent une partie du risque dans trois stades sur seize, mais plus d’un tiers des matchs à risques sont programmés dans des enceintes sans climatisation : Miami, Kansas City, New York et Philadelphie (États-Unis). Cela inclut notamment la finale à New York, qui présente une probabilité forte (une chance sur huit) de dépasser les 26°C WBGT, et environ 3% de risque d’atteindre le seuil plus dangereux de 28°C WBGT.

Dans ces stades, «même si les organisateurs ont tenté de limiter la casse en programmant certains matchs plus tard dans la journée, il existe un risque réel que certains se jouent dans des conditions dangereuses pour les joueurs et les supporters», estime Joyce Kimutai, spécialiste des événements météorologiques extrêmes et du changement climatique à l’Imperial college London.

Joueurs et supporters en danger

À la lecture de ces résultats, la Fifpro, le syndicat des joueur·ses de foot professionnel·les, a renouvelé ses appels à des mesures de protection. Elle recommande que les matchs incluent des «pauses fraîcheur» pour que les joueurs se mettent à l’abri de la chaleur régulièrement, dès 26°C WBGT. À partir de 28°C WBGT, elle considère les conditions comme dangereuses et recommande un report du match. Les règles actuelles de la Fifa, qui organise l’évènement, n’envisagent, elles, un report qu’au-delà de 32°C WBGT.

Les chercheur·ses s’inquiètent aussi pour les fans, qui pourraient être affecté·es hors des stades et dans les fanzones en plein air. Elles et ils alertent en particulier sur les cas de Dallas et Houston où, même si les stades sont climatisés, les supporteur·ices auront une chance sur trois de subir des températures supérieures à 28°C WBGT à l’extérieur des stades, avant et après la plupart des matchs.

Si la dernière Coupe du monde organisée aux États-Unis, en 1994, avait déjà connu des épisodes de fortes chaleurs, les chercheur·ses estiment que la probabilité de connaître de telles conditions extrêmes a presque doublé sous l’effet du changement climatique. Friederike Otto, du World weather attribution, conclut : «Le fait que la finale de la coupe du monde – l’un des plus grands événements sportifs de la planète – soit confrontée à un risque non négligeable de chaleur pouvant justifier une annulation devrait être un signal d’alarme.»

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13.05.2026 à 15:56

Hantavirus : «La biodiversité, lorsqu’elle est préservée, a un effet protecteur et peut réduire la transmission»

Médianes

Texte intégral (1520 mots)
Tenerife (Espagne), le 11 mai 2026. Des agent·es de la Guardia civil, vêtu·es de combinaisons de protection, s’approchent du MV «Hondius» pour aider au débarquement des dernier·es passager·es. © Andres Gutierrez/Anadolu via AFP

Le 11 avril dernier, un passager du bateau de croisière Hondius est décédé d’un hantavirus, une maladie transmise aux humain·es par un petit rongeur d’Amérique du Sud. Un mois plus tard, trois autres voyageur·ses sont mort·es à cause de ce virus ; les autres ont été rapatrié·es dans leurs pays respectifs.

En France, cinq personnes ont été hospitalisé·es dimanche soir à l’hôpital Bichat, à Paris, dont une dans un état grave. Le gouvernement a indiqué lundi que «tous les cas contacts, sans exception» sont tenus à «une quarantaine renforcée en milieu hospitalier». De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) invite à la prudence pour éviter toute transmission.

Au-delà de la gestion de la contamination, il est essentiel de mieux contenir ce type de virus en protégeant la biodiversité. C’est ce qu’explique à Vert Audrey Arnal, chercheuse en écologie des maladies infectieuses et en santé publique à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et professeure associée à l’université nationale autonome de México (Unam), au Mexique.

Que sait-on du hantavirus ?

C’est un virus zoonotique [ou zoonose, NDLR] : il peut se transmettre de l’animal à l’humain, et inversement. Il existe plusieurs types de hantavirus. Ils sont principalement portés par des rongeurs sauvages qui les gardent de manière chronique, sans forcément développer de maladies apparentes. La transmission à l’humain se fait essentiellement par l’inhalation de fines particules contaminées, qui peuvent provenir de l’urine, de la salive ou des excréments.

Dans les Amériques, les hantavirus provoquent des syndromes pulmonaires à hantavirus (HPS), dont la mortalité, assez élevée, peut atteindre 30 à 40% avec des syndromes sévères. Les hantavirus sont très connus des spécialistes, on sait qu’ils ont un fort potentiel zoonotique, c’est-à-dire un potentiel à générer un problème de santé publique. Celui qui a touché les passagers du bateau Hondius est le virus Andes.

Audrey Arnal est chercheuse en écologie des maladies infectieuses et en santé publique à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). © DR

Il circule principalement en Argentine et au Chili, et présente une particularité majeure : sa transmission d’humain à humain est très documentée, contrairement à celle des autres hantavirus. Cette transmission reste rare et nécessite généralement des contacts très étroits ou prolongés entre individus. Un bateau réunit les conditions parfaites pour cela.

C’est un virus à surveiller avec un fort potentiel de gravité. Il y avait déjà eu d’autres contaminations auparavant au Chili et en Argentine, mais ce qui a visibilisé la situation, c’est la dimension internationale et le système de diffusion via le navire. Cela rappelle beaucoup le Covid-19, mais celui-ci reste bien plus facilement transmissible que le hantavirus.

Dans le cas du virus Andes, quel animal a transmis la maladie ?

Le rat pygmée de rizière à longue queue, qui vit en Amérique du Sud, est le rongeur «réservoir» du virus Andes. Cela signifie qu’il porte le virus et est capable de le transmettre sans que le pathogène ne l’affecte. La particularité de cet animal est d’être opportuniste et adaptable : on le retrouve aussi bien dans un milieu forestier que dans un environnement rural où il y a eu un peu de déforestation et où l’humain est installé. Il est même présent dans des zones périurbaines, en bordure des villes.

La perte de biodiversité a-t-elle favorisé la transmission de ce virus ?

La biodiversité joue un rôle central dans la dynamique de sa transmission, pour deux raisons : la déforestation et l’urbanisation augmentent la probabilité d’un contact entre les rongeurs et les humains.

Le rat pygmée de rizière à longue queue est le rongeur «réservoir» du virus Andes. © Wikimedia

Au contraire, la biodiversité, lorsqu’elle est préservée, a un effet protecteur et peut réduire la transmission de ce virus grâce à «un effet dilution». Celui-ci apparaît quand un écosystème est riche en différentes espèces, parce qu’il est bien conservé. Les agents pathogènes [comme les virus, NDLR] rencontrent alors différents hôtes [comme des animaux]. Certains vont être «compétents», c’est-à-dire qu’ils aident à la transmission du virus, mais beaucoup d’autres vont être non-compétents : ils ne transmettent pas, ou mal, le virus. La multitude d’hôtes non-compétents limite la circulation du virus entre les espèces animales et réduit donc le risque d’exposition aux humains.

À l’inverse, quand on a des perturbations anthropiques [déforestation, construction d’infrastructures, NDLR], on réduit cette biodiversité.

Des mesures de protection de la biodiversité permettraient-elles de prévenir cette transmission ?

Pour maintenir cet effet de dilution, la conservation de l’environnement peut être intéressante. La difficulté est qu’il ne faut pas oublier qu’on parle d’écosystèmes qui comprennent des populations humaines. Celles-ci ont un rôle dans la déforestation et, pour freiner cette activité, elles ont besoin de revenus stables. Il faut trouver un juste équilibre entre un écosystème qui se maintient et une économie qui permette à tout le monde de s’alimenter. Souvent, dans ces communautés, soit on fait du tourisme, soit de l’élevage intensif… soit on ne mange pas à sa faim.

Pour trouver cet équilibre, il faut mettre en place un lien fort entre sciences, société et politiques publiques. Il est très important de développer des stratégies de prévention pour éviter en amont l’arrivée d’une épidémie qui fasse peur au monde entier.

Ces stratégies passent par le concept One health [«Une seule santé», NDLR] : travailler sur la préservation de toutes les santés en même temps : humaine, animale et des écosystèmes. Cela signifie qu’on ne peut plus travailler uniquement sur les symptômes de l’être humain – ce n’est pas probant –, en particulier pour les maladies zoonotiques transmises de l’animal à l’humain.

Le changement climatique a-t-il également un rôle dans l’émergence de ces zoonoses ?

Oui, il a aussi son impact. Pas dans le cas des hantavirus, où l’urbanisation et la déforestation sont les causes principales, mais il favorise l’émergence d’autres virus zoonotiques comme la dengue. Cette maladie transmise par le moustique est liée à de gros problèmes de santé publique, notamment au Mexique.

Le lien entre santé et environnement est-il valable pour toutes les pandémies ?

Presque toutes les pandémies sont des zoonoses, donc se comprennent grâce au lien entre santé et environnement. On estime qu’il reste encore 600 000 virus inconnus chez les animaux, susceptibles d’être transmis aux humains.

Pour comprendre comment appréhender une zoonose, j’aime bien prendre l’image du Minotaure, dans la mythologie grecque. Imaginez que le monstre représente le hantavirus. Il a été tué par le héros Thésée : ça, c’est la réponse sanitaire directe. C’est-à-dire qu’on intervient une fois que la menace a émergé – une réponse souvent tardive.

Dédale, lui, architecte brillant, préfère contenir le Minotaure dans son labyrinthe : ça, c’est la prévention. On choisit de limiter les conditions favorables à l’émergence d’une maladie. Contenir ce virus est aussi essentiel que de l’affronter.

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13.05.2026 à 12:52

Vagues de chaleur, incendies, pluies torrentielles : pourquoi 2026 s’annonce extrême

Médianes

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Les incendies qui ont ravagé le nord du Japon (ici dans la ville d’Otsuchi), du 22 avril au 2 mai, sont les deuxièmes plus importants en trente ans. © Kota Kawasaki/The Yomiuri Shimbun via AFP

C’est un fait, l’urgence climatique n’a plus la cote dans les enceintes politiques. Et pour cause : nombre de dirigeant·es sont davantage occupé·es à orchestrer de nouvelles catastrophes (en Ukraine ou au Moyen-Orient, par exemple) qu’à penser au problème du climat. Mais «la nature, bien sûr, se fiche de leurs discours politiques», rappelle Jemilah Mahmood, directrice du Sunway centre for planetary health (le Centre Sunway pour la santé planétaire) basé à Kuala Lumpur (Malaisie). En 2026, malgré le déni climatique ambiant, elle pourrait même faire plus de ravages que jamais, a-t-elle alerté mardi, aux côtés de scientifiques du monde entier et de plusieurs organisations onusiennes.

2026 : tant de records déjà battus

Quelques mois après l’alerte de l’Organisation météorologique mondiale, selon qui «le climat de la Terre est plus déséquilibré que jamais dans l’Histoire observée», les scientifiques confirment la multitude de records déjà battus – et de loin – depuis le début de l’année 2026.

🥵 Des niveaux de chaleur historiques ont été atteints dans de nombreuses régions du monde : le Groenland a vécu son mois de janvier le plus chaud jamais enregistré ; en France, les températures ont atteint des niveaux inédits pour un mois de février sur une grande partie du pays ; aux États-Unis, l’année est, jusqu’à présent, la plus chaude et la plus sèche jamais enregistrée ; en Inde et au Pakistan, une vague de chaleur inédite pour un mois d’avril a fait grimper le mercure jusqu’à 50 degrés (°C). Pour beaucoup d’expert·es, 2026 est bien partie pour être la deuxième année la plus chaude de l’Histoire, après 2024.

🔥 L’une des conséquences les plus visibles de cette surchauffe généralisée est la propagation, à des niveaux inédits, des incendies. «150 millions d’hectares sont partis en fumée entre janvier et avril, c’est 50% de plus que la moyenne des dernières années, et 20% de plus que le précédent record annuel», souligne Theodore Keeping, chercheur au Centre for environmental policy (Centre de politique environnementale) de l’Imperial college London. L’Afrique est le continent qui paie le plus lourd tribut, avec 85 millions d’hectares brûlés, soit 23% de plus que le précédent record. En Asie, les feux ont emporté 44 millions d’hectares, dépassant de 40% la pire année, 2014.

💦 Dans le même temps, plusieurs régions ont connu les pires pluies de leur histoire : c’est le cas au Brésil, où plusieurs États ont enregistré des précipitations records en février, responsables d’inondations et de glissements de terrain meurtriers. L’Espagne et le Portugal ont connu les mois de janvier et février les plus pluvieux depuis près d’un demi-siècle, d’autant plus ravageurs que la péninsule sort de plusieurs années d’intense sécheresse.

🚑 Alors que l’OMS a plusieurs fois qualifié le changement climatique de «plus grande menace pour la santé à laquelle l’humanité est confrontée», Jamilah Mahmood a rappelé qu’une année de catastrophes climatiques est aussi une année de catastrophes sanitaires, «et nos systèmes de santé ne sont pas conçus pour absorber ça». Par exemple, «on estime que la chaleur tue 500 000 personnes par an, mais c’est un chiffre très sous-estimé car les morts liées à la chaleur sont mal diagnostiquées», selon elle. Quant aux incendies, «ils sont responsables d’1,5 million de morts chaque année, à cause de la sévère pollution de l’air qu’ils génèrent».

«Ce n’est pas d’El Niño qu’il faut avoir peur !»

Alors que 2026 a démarré très fort, le développement probable du phénomène El Niño dans les prochains mois devrait aggraver les catastrophes, en particulier dans les pays qui bordent l’océan Pacifique et l’océan Indien, annoncent les climatologues. Ce phénomène naturel, lié notamment à la hausse des températures de surface dans le Pacifique équatorial, tire les températures mondiales vers le haut et favorise les événements extrêmes.

Selon certain·es scientifiques, 2026 pourrait voir se développer un «super» El Niño, si les températures de surface dans le Pacifique devenaient particulièrement élevées. «Pour l’instant, c’est une probabilité qu’on évalue à 20-30%», estime Friederike Otto, professeure en sciences du climat au Centre for environmental policy de l’Imperial college London.

Mais «même si El Niño pourrait provoquer des évènements extrêmement sévères, ce n’est pas de lui qu’il faut avoir peur, prévient-elle. El Niño est un phénomène naturel, il apparaît puis disparaît. Le changement climatique, en revanche, s’aggrave de plus en plus tant que nous ne cessons pas de brûler des énergies fossiles. Et il exerce déjà une influence bien plus importante que la plupart des variations naturelles du climat. La véritable raison de s’inquiéter, c’est le changement climatique.»

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13.05.2026 à 06:00

L’équipe de Vert est-elle contaminée au cadmium ? Nous avons fait le test

Antoine Poncet

Texte intégral (992 mots)

Depuis le mois de mars, la rédaction de Vert se plie en quatre pour vous permettre de comprendre tout ce qui se joue autour de la contamination généralisée au cadmium, ce métal lourd classé «cancérogène certain» par l’Organisation mondiale de la santé, toxique pour les reins, les os, et la reproduction.

Nous avons par exemple révélé que la France avait délibérément financé la contamination de terres africaines au cadmium, nous sommes parti·es à la recherche d’alternatives efficaces aux fertilisants traditionnels et nous avons débunké la désinformation sur ce sujet.

Plus nous avancions dans nos découvertes, plus cette question nous brûlait les lèvres : et nous ? À quel point sommes-nous contaminé·es ? Qu’en est-il de nos enfants ?

Alors que le gouvernement a promis de bientôt rembourser les tests pour une poignée de Français·es (notre article), nous avons décidé de franchir la porte de laboratoires, entre collègues ou en famille, pour en avoir le cœur net. C’est ce que vous découvrirez dans cette vidéo.

Dix personnes ont été testées – six adultes (de 24 à 40 ans) et quatre enfants (de 9 semaines à 9 ans). Pour interpréter les résultats, nous avons pu bénéficier du regard avisé de Pierre Souvet, cardiologue et fondateur de l’Association santé environnement France (ASEF), qui se bat pour alerter sur le cadmium depuis des années.

Les résultats de nos enfants étaient tous en dessous des seuils d’alerte. Quatre adultes (trois femmes et un homme) présentaient en revanche des teneurs en cadmium notables. Ces personnes ont pourtant des habitudes de consommation et des modes de vie très différents : âges variés, fumeur·ses et non-fumeur·ses, régime végétarien ou non, consommation plus conséquente de produits bio ou non-bio… Il nous est apparu bien difficile de déterminer ce qui justifiait avec précision les écarts entre nos résultats.

Toutes et tous contaminés… à des degrés divers

Comme vous le verrez dans la vidéo, une journaliste de notre équipe présente une teneur en cadmium bien supérieure au reste de l’équipe, de 0,7 microgramme par gramme (μg/g) de créatinine (un indicateur présent dans l’urine). C’est bien au-dessus du seuil de concentration critique de 0,5 μg/g de créatinine à partir duquel des effets osseux sont possibles, et du seuil de 0,1 μg/g de créatinine au-delà duquel les reins peuvent être atteints. Un résultat que notre collègue peine à s’expliquer. Contre toute attente et malgré le regard avisé d’un spécialiste, ces tests nous laissent avec davantage de questions que de réponses.

Aujourd’hui, nous sommes toutes et tous contaminé·es par ce métal toxique à des degrés divers. L’étude nationale de Santé publique France baptisée «Esteban» et publiée en 2021 a montré que près de la moitié de la population française adulte (47,6%) présentait même des taux d’imprégnation supérieurs au seuil de concentration critique. Plus inquiétant encore : les niveaux mesurés étaient jusqu’à trois ou quatre fois supérieurs à ceux observés dans d’autres pays nord-américains et européens.

Journalistes, nous avions connaissance de ces chiffres. En revanche, nous avons été surpris·es par le manque d’information des professionnel·les de santé à ce sujet. Parmi celles et ceux qui ont réalisé nos prélèvements en laboratoire (à Paris, dans différents labos, mais aussi en Bretagne), beaucoup ignoraient l’existence même du cadmium.

Vert monte une équipe dédiée aux enquêtes sur les pollutions et la santé

Alors même que les médecins parlent de «bombe sanitaire» et que l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) alerte depuis 2019 sur les risques sanitaires graves liés à ce métal lourd et exhorte les autorités à agir au plus vite pour limiter la contamination des sols par les engrais, le sujet est encore largement méconnu, sous-médiatisé et ignoré politiquement.

C’est dans ces moments-là que le journalisme est vital.

Il n’est plus question de nous laisser intoxiquer sans savoir dans quelles proportions, ni qui sont les responsables, ou comment nous pouvons réellement agir. Car cesser de s’alimenter n’est pas une option.

Cadmium, PFAS, pesticides toxiques… contre l’intoxication des corps et du débat démocratique, Vert monte une équipe dédiée aux enquêtes et aux solutions sur les pollutions et la santé. Notre objectif : allier le savoir-faire journalistique et la rigueur scientifique pour révéler les pollutions, exposer les responsables et trouver comment rester en bonne santé.

Pour réaliser ce projet ambitieux (détaillé ici) et construire avec vous un journalisme qui nous protège, nous avons besoin de réunir 5 000 soutiens mensuels.

N’attendez pas qu’il soit trop tard : en 2026, plus que jamais, une bonne information, c’est vital pour la santé.

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12.05.2026 à 18:07

«Notre travail a fonctionné» : la proposition de loi sur le cadmium enfin à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale

Antoine Poncet

Texte intégral (1123 mots)
Benoît Biteau est rapporteur du texte «visant à protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium». © Stéphane de Sakutin/AFP

Le cadmium, ce métal lourd hautement toxique et qualifié de «bombe sanitaire» par les médecins, s’invite enfin dans le calendrier parlementaire. Ce mardi, les président·es des groupes politiques de l’Assemblée nationale (Laurent Marcangeli pour Horizons, Cyrielle Chatelain pour Les Écologistes ou encore Sylvain Maillard pour Renaissance) ont décidé d’inscrire la proposition de loi «visant à protéger l’alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium» en quatrième position des textes à examiner lors de la prochaine semaine transpartisane de l’Assemblée, prévue à partir du 1er juin.

Cela garantit pour la première fois un examen de ce texte déposé il y a plus de quatre mois, le 23 décembre 2025. Lors de la précédente «conférence des présidents», mi-avril, les chef·fes de groupe avaient fait le choix de ne l’inscrire qu’en 8ème et dernière position des textes à examiner lors de la semaine transpartisane de mai, qui se tient ces mardi 12 et mercredi 13. Une position qui réduit à peau de chagrin ses chances d’être traitée dans le temps imparti, comme le déploraient il y a un mois les député·es Benoît Biteau et Clémentine Autain, porteur·ses du texte.

L’examen très probable de cette proposition de loi en juin «ouvre enfin la voie au débat parlementaire sur un enjeu de santé publique majeur, trop longtemps repoussé», a salué le groupe Écologiste et social. Auprès de Vert, Benoît Biteau abonde : «C’est une vraie satisfaction. Cela montre que notre travail pour porter ce sujet très haut dans la sphère médiatique a fonctionné, et qu’il est possible de tordre le bras aux derniers irréductibles.»

L’urgence de légiférer n’est plus à démontrer. Le 25 mars dernier, l’Anses confirmait dans une vaste étude qu’une «part significative» de la population française était imprégnée à des niveaux «préoccupants» à ce métal lourd (avec des seuils jusqu’à trois à quatre fois supérieurs à ceux observés dans d’autres pays nord-américains et européens). «L’alimentation est de loin la source majeure d’exposition», concluait l’agence.

Naturellement présent dans l’environnement, le cadmium est surtout contenu dans les engrais phosphatés, des fertilisants fabriqués à partir de roches contenant du phosphore que les agriculteur·ices (en conventionnel principalement) utilisent pour augmenter les rendements. Après avoir été épandu dans les champs, le métal est absorbé par les végétaux et contamine les aliments.

Une position «à la hauteur de l’urgence sanitaire»

Ce qui a changé depuis la dernière réunion des président·es de groupe, il y a un mois : la proposition de loi, qui a été assouplie. Elle visait, il y a quelques semaines encore, à interdire purement et simplement les engrais phosphatés contenant du cadmium. Elle prévoit désormais de plafonner le taux de cadmium dans les engrais phosphatés à 40 milligrammes par kilogramme de phosphate (P2O5) en 2027. Puis, de le réduire à 20mg/kg pour 2030, comme le préconise l’Anses dans son dernier rapport. La réglementation française est l’une des plus laxistes d’Europe : elle autorise aujourd’hui l’usage d’engrais très chargés en cadmium, jusqu’à 90 mg/kg de P2O5.

«Cet adoucissement du texte a pu pousser le Modem à changer de position», analyse Benoît Biteau. La hiérarchisation des textes à mettre à l’agenda fonctionne ainsi : chaque groupe attribue un nombre de voix proportionnel à son poids à l’Assemblée. Ce mardi, tout comme lors de la dernière conférence des président·es, le Rassemblement national et les Républicains se sont opposés à l’inscription de la PPL à l’ordre du jour de la semaine transpartisane de juin ; Horizons s’est abstenu de voter. Le groupe Modem a quant à lui revu sa position d’avril et a apporté son soutien à la gauche, tout comme l’avaient fait le groupe Liot et Ensemble pour la République il y a un mois (ils ont maintenu leur position en faveur du texte).

Les soutiens de la communauté scientifique au texte ont également pu influencer le groupe centriste du Modem. Le 6 mai, comme l’a rapporté le Monde, des médecins du collectif Alerte médicale sur les pesticides et les perturbateurs endocriniens (AMLP) ont adressé une lettre ouverte à l’ensemble des chef·fes de groupe de l’Assemblée. «Nous, médecins et scientifiques, soutenons cette proposition de loi au regard du danger sanitaire que représente le cadmium, particulièrement pour la population française», ont écrit les signataires.

Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association santé environnement France (AESF), avait lui aussi adressé une missive aux chef·fes de groupe pour demander aux parlementaires d’inscrire la proposition de loi «dans les premiers textes à l’ordre du jour de la semaine transpartisane de début juin», «seule position qui garantit qu’elle sera réellement examinée, débattue, et qu’elle pourra aboutir à une législation effectivement plus stricte, à la hauteur de l’urgence sanitaire».

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