Marti Blancho
Ce lundi 22 juin, Jonathan*, 47 ans, traverse la grande cour du Centre de culture contemporaine de Barcelone (Espagne), avec sa fille de 4 ans dans une poussette. Sous les ombrières, la température est tout juste supportable. À l’intérieur du musée, l’espace frais dédié aux gamin·es du quartier n’est pas encore ouvert, alors Jonathan se dirige vers la place des Caramelles. Depuis l’année dernière, quatre grands asperseurs d’eau arrosent les petit·es qui y jouent toute la journée. «Il fait beaucoup trop chaud à la maison, alors on alterne entre la cour et la place, le matin. L’après-midi on va à l’espace pour enfants du musée, c’est gratuit», explique-t-il en épongeant la sueur qui perle sur son front avec une petite serviette. L’Espagne se trouve sous le même dôme de chaleur qui recouvre l’Hexagone, et tout le pays est en alerte canicule depuis ce week-end. Barcelone subit moins que d’autres villes, sans pour autant être épargnée, avec 34 degrés Celsius (°C) mesurés ce lundi. En soirée, le mercure peine à descendre sous les 25°C ; des nuits tropicales devenues la norme. Ici, dans le Raval, quartier surchauffé du centre-ville, ces lieux rafraîchis sont devenus indispensables. Sans eux, le quotidien des riverain·es parmi les plus pauvres de l’agglomération serait encore moins supportable en été. Entre les rues étroites et biscornues qui empêchent l’air de circuler, la forte densité de population et les petits appartements mal isolés qui se transforment en «bouilloires thermiques», difficile d’éviter la surchauffe. 92% des habitant·es du Raval sont exposé·es à un «risque de vulnérabilité climatique», selon une étude de l’institut Metropoli. À l’échelle de la ville, elles et ils sont plus d’un demi-million. La municipalité de gauche a pris la mesure du problème. Aujourd’hui, près de 500 «refuges climatiques» quadrillent la capitale catalane : bibliothèques, musées, marchés couverts, parcs et jardins, cours d’école ou encore sièges d’arrondissement. Ces espaces, choisis au sein des équipements publics ou privés, sont aménagés selon des directives précises. Un refuge climatique est gratuit et mesure au moins 50 mètres carrés (m2) en intérieur, ou 0,5 hectare en extérieur. Il doit proposer des sièges, de l’eau potable, être accessible aux personnes à mobilité réduite et maintenir une température confortable (autour de 26°C maximum dans les espaces climatisés). Tous sont recensés sur une carte mise en ligne par la Ville. Barcelone n’a pas attendu la dernière canicule pour multiplier ces havres de fraîcheur. Dès 2018, la municipalité pose les jalons de son «plan climat», avec une ambition claire : que chaque habitant·e puisse atteindre un refuge climatique en moins de cinq minutes à pied de son domicile. En 2020, le réseau est lancé avec 70 espaces. Six ans plus tard, il en compte sept fois plus. «Au début, 60% de la population étaient à moins de dix minutes d’un refuge. Aujourd’hui c’est 98% ; et 77% se trouvent à moins de cinq minutes», détaille avec fierté Irma Ventayol, directrice en charge de la résilience urbaine à la mairie de Barcelone et coordinatrice du réseau. L’inspiration vient d’outre-Atlantique : des cooling centers (centres de rafraîchissement) de Chicago (Illinois, États-Unis), mis en place après la canicule meurtrière de 1995. Les Barcelonais·es ont adapté ce modèle à la ville méditerranéenne, en s’appuyant sur «la forte densité d’équipements publics – centres civiques, maisons de retraite, bibliothèques – pour construire le réseau», précise Irma Ventayol. La cité catalane fait désormais figure de référence avec «l’un des réseaux de refuges et abris climatiques les plus vastes du monde», comme le souligne un article publié en mars dans la revue scientifique Nature climate change. À cinq minutes à pied du Raval, la bibliothèque de Sant Antoni est un autre de ces refuges prisés par les riverain·es. Au fond d’une allée, une dizaine d’enfants et leurs parents profitent du square adjacent, à l’ombre des arbres et des immeubles. Valeria*, 31 ans, y a amené son fils de 7 ans, concentré à remplir les douves de son château de sable. «On vient plusieurs fois par jour quand il n’y a pas école, et d’autant plus avec la chaleur, quand l’appartement devient insupportable», explique-t-elle, enchantée de pouvoir fuir son petit logement bouillonnant des pentes de Poble Sec. Plus loin, Alberto*, 38 ans, est venu avec son bébé de 7 mois et demi. Si l’appellation «refuge» est «trop catastrophiste» à son goût, il apprécie la densité du réseau et tous ses avantages : «C’est une excellente utilisation de l’argent public.» L’enjeu sanitaire est considérable. En 2025, 15 000 décès ont été attribués à la chaleur en Espagne. Dans l’Hexagone, Santé publique France en a calculé 5 700 l’été dernier, ainsi que 24 000 passages aux urgences liés aux fortes températures. Chaque année, elles causent en moyenne 460 000 morts prématurées dans le monde. «S’ils sont bien conçus, les refuges climatiques peuvent réduire cette mortalité», affirme Dominic Royé, chercheur en bioclimatologie au CSIC, l’équivalent espagnol du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). «Les derniers degrés de température extrême ont un effet exponentiel, avertit le scientifique. Pour chaque dixième de degré supplémentaire, le risque de mortalité est presque multiplié par quatre.» Ainsi, il insiste sur la nécessité, pour les pouvoirs publics, de traiter la chaleur comme un problème de santé publique, et non comme une question de responsabilité individuelle. Cependant, développer un réseau ne suffit pas : encore faut-il le déployer là où il est le plus nécessaire. Car si les arrondissements huppés se vident une fois venu l’été, les plus pauvres n’ont aucun moyen d’échapper à l’étouffante chaleur humide. «Tous les quartiers ne sont pas dans la même situation de vulnérabilité, rappelle Irma Ventayol. Nos cartes identifient les zones à plus fort risque : manque d’espaces verts, logements mal isolés, population âgée ou précaire. À mesure que le réseau s’étend, nous priorisons ces secteurs.» Le succès du modèle repose aussi sur une organisation interne rôdée. Depuis 2019, un groupe de travail municipal réunit les représentant·es de tous les services concernés (marchés, bibliothèques, urbanisme, action sociale…) afin d’identifier les équipements les plus adaptés. «Barcelone dispose de moyens conséquents et de techniciens formés, souligne Dominic Royé. En revanche, de nombreuses municipalités manquent de fonds. On a donc besoin de la collaboration de tous les échelons administratifs, et surtout que l’État central apporte son appui et ses ressources pour que ces projets essaiment ailleurs.» Bien que saluée à l’étranger, l’infrastructure catalane n’échappe pas aux critiques. L’an dernier, les usager·es déploraient les horaires restreints : de nombreux espaces fermaient le week-end, le dimanche notamment, ou à la pause du déjeuner, aux heures les plus chaudes de la journée. En août, l’habituelle fermeture de nombreux équipements publics avait accentué le problème. Une grève des agent·es des bibliothèques, qui réclament de meilleures conditions de travail et plus de personnel, limite déjà l’ouverture de certains refuges. La mairie garantit toutefois que 72% de la population disposera d’un refuge ouvert à moins de dix minutes à pied lors des dimanches d’août. La qualité des aménagements extérieurs fait aussi débat. «Les responsables politiques oublient parfois qu’ouvrir un espace vert ne suffit pas : il faut l’entretenir, l’arroser pour qu’il ne sèche pas, prévient Dominic Royé. Il faut également prendre en compte la circulation de l’air : un parc ne sera pas frais s’il est cerné par le bitume bouillant. Deux ou trois arbres ne font pas un refuge.» Quoi qu’il en soit, le modèle a séduit le gouvernement espagnol. Le 2 septembre 2025, l’exécutif a présenté un Pacte d’État face à l’urgence climatique, prévoyant la création d’un «réseau national de refuges climatiques», définis comme des «espaces sûrs, accessibles et répartis sur tout le territoire». Le 12 juin dernier, la ministre de la transition écologique, Sara Aagesen, a réaffirmé cet engagement lors de la présentation à Barcelone du Plan national d’adaptation au changement climatique 2026-2030. Le ministère n’a cependant pas répondu à nos questions sur l’avancée concrète de la mesure. En tout cas, plusieurs collectivités locales ont annoncé la mise en route de leur propre réseau pour l’été, dont certaines avec l’aide des services de l’État : Valence, Jérez, Bilbao, Saragosse, Valladolid… Signe que le modèle essaime. En France, les initiatives restent embryonnaires. L’Agence de la transition écologique (Ademe) a récemment mis en ligne une cartographie participative des refuges climatiques, tandis que la région Île-de-France en propose une autre. Ces outils recensent pêle-mêle des parcs, des commerces privés, des espaces payants et de rares bâtiments publics. Rien qui ne ressemble, pour l’heure, au réseau public coordonné et pérenne développé par Barcelone, une ville au budget près de trois fois inférieur à celui de Paris. *Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille. Texte intégral (2001 mots)


La chaleur, un enjeu de santé publique

Priorité aux quartiers vulnérables

Un modèle bientôt national ?
Anne-Claire Poirier
Déjà critiqué pour ses réactions calamiteuses aux épisodes de chaleur qui se succèdent, le gouvernement aggrave encore un peu son cas avec la présentation ce mercredi, en conseil des ministres, d’un projet de loi «de relance du logement» au contenu mal à propos vu les températures. Ce texte, annoncé en avril par le premier ministre Sébastien Lecornu, vise à augmenter l’offre de logements en assouplissant plusieurs règles. L’une d’elles est l’interdiction faite aux propriétaires bailleurs de louer des logements mal isolés – qui se transforment en passoire l’hiver et en bouilloire l’été – tant qu’ils n’ont pas été rénovés. La mesure issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat a été votée au Parlement en août 2021 et est entrée progressivement en vigueur depuis 2023. Pour rappel, selon les chiffres du gouvernement lui-même, «60% des logements en location appartiennent à des propriétaires des 9ème et 10ème déciles de revenus», soit les 20% des Français·es les plus riches. À l’inverse, 45% des ménages exposés à la précarité énergétique sont des locataires qui n’ont pas la main sur ces travaux. Avec son projet de loi, le gouvernement prévoit donc de réautoriser la mise en location des logements classés F et G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Ce, à condition que les propriétaires démontrent l’impossibilité de sortir du statut de passoire thermique ; ou s’engagent, via la signature d’un contrat avec une entreprise, à réaliser des travaux sous trois ans pour les maisons individuelles, et sous cinq ans pour les copropriétés. La location des logements classés G est interdite depuis le 1er janvier 2025 et celle des logements classés F devait entrer en vigueur le 1er janvier 2028. «Notre projet de loi va permettre la plus grande rénovation des passoires thermiques jamais engagée en France. C’est plus de 700 000 logements que nous allons rénover en donnant les moyens aux propriétaires de le faire !», s’est félicité le ministre du logement, Vincent Jeanbrun. Ce sursis accordé aux propriétaires convainc difficilement côté locataires, d’autant que la demande de la Fondation pour le logement des défavorisés de baisser les loyers en contrepartie de ce recul n’a, elle, pas été retenue par le gouvernement. «Vous avez chaud dans votre logement pendant la canicule ? Le gouvernement pense à vous», a ironisé la députée (La France insoumise) Clémence Guetté sur les réseaux sociaux. Rattrapé par l’actualité brûlante, l’exécutif tente de se raccrocher aux branches en promettant d’ajouter des mesures qui ne sont pas encore dans le texte. Il prévoit de reprendre un amendement déposé par Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) pour permettre aux copropriétés de voter l’installation de volets ou de stores à la majorité simple. Il compte également sur les parlementaires «pour faire voter un maximum de choses sur le confort d’été», a indiqué l’entourage du ministre du logement mardi. Le texte, transmis aujourd’hui à l’Assemblée, devrait être inscrit en séance à la rentrée. Le gouvernement espère une adoption au Sénat avant le budget, à condition de trouver une place dans un agenda déjà embouteillé. Texte intégral (769 mots)

Remettre les passoires en location
Le gouvernement promet de se rattraper, sur le tard
Loup Espargilière
Ma mère est née en juillet 1961. Elle a connu sa première vague de chaleur à l’âge de 3 ans, et sa deuxième à 14 ans. Elle m’a donné naissance en août 1990. J’ai vécu mes deux premières vagues de chaleur à l’été de mes 4 ans. À tout juste 4 mois, ma fille subit déjà son deuxième épisode caniculaire. Deux épisodes hors norme débutés… au printemps. Quand j’ai réalisé ça, j’ai été pris de sidération. Les vagues de chaleur sont le signe le plus visible de la crise climatique. Elles connaissent une accélération et une intensification brutales, exactement comme nous l’avaient annoncé les scientifiques du climat («Qui aurait pu prédire ?»). Voilà trente-cinq ans que les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont commencé à décrire ce qui nous attendait, avec une précision à peine croyable. Nous (nos dirigeant·es en premier lieu) savions pertinemment ce qu’il allait advenir chez nous, comme ailleurs. En France, où le climat se réchauffe plus rapidement que la moyenne de la surface du globe, plus de la moitié des vagues de chaleur recensées par Météo-France depuis 1947 se sont produites après 2000. Un phénomène qui apparaissait jadis une à deux fois par décennie survient désormais en moyenne deux fois… chaque année. Les causes sont parfaitement connues : notre consommation effrénée de biens et services est étanchée à grands renforts d’énergies fossiles. Tant que nous n’aurons pas fermé le robinet, les gaz à effet de serre continueront de s’accumuler dans l’atmosphère et d’aggraver la situation. Les décideurs politiques et le monde économique ont une responsabilité immense dans ce désastre. Les plus malintentionnés savent qu’ils peuvent compter sur notre amnésie collective pour continuer d’accélérer sur l’autoroute du chaos. Car, d’une génération à la suivante, nos repères glissent. Ce qui était rarissime autrefois (une canicule en juin) paraît presque normal à beaucoup d’entre nous aujourd’hui. D’une canicule à l’autre, nous oublions ce que nous avons subi quelques mois plus tôt. Ce mécanisme est vital, puisqu’il nous permet de continuer nos vies (presque) normalement. Mais il est aussi l’une des raisons pour lesquelles tant d’entre nous continuent d’élire celles et ceux qui nous mènent vers l’abîme. Et si, cette fois, nous arrêtions d’oublier ? Alors que 2027 arrive à grands pas et que rien n’est écrit, il est de notre rôle, chez Vert, de rafraîchir les mémoires et de faire exister dans le débat démocratique ces sujets cruciaux pour notre avenir. Celui de notre société et celui de nos enfants. Mettez l’écologie à la Une tous les jours avec nous : rejoignez les presque 15 000 membres du Club de Vert, qui nous aident au quotidien à informer le plus grand nombre. Texte intégral (618 mots)


Théo Mouraby
Alors que plus grand monde n’arrive à supporter le port d’une veste sous ces chaleurs caniculaires, le Rassemblement national (RN) n’a aucun mal à retourner la sienne. Depuis des années, le parti d’extrême droite alimente la défiance envers les scientifiques, coupables «d’exagérer» sur l’état du climat. Un discours qui n’a pas résisté à l’explosion des températures ces derniers jours. Thomas Ménagé, porte-parole du RN à l’Assemblée nationale, a reconnu dimanche que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), «en tant que données scientifiques, en tant que consensus scientifique, […] est incontestable». Ce même député, interrogé par France inter lors de la canicule d’août 2023, estimait pourtant que le Giec avait «parfois tendance à exagérer». «Il faut savoir dire en politique qu’on n’a pas été clairs et qu’on a même dit des bêtises», a admis Thomas Ménagé, dimanche toujours, au micro de France inter, France info et Le Monde. Reprochant au gouvernement son manque de préparation, Sébastien Chenu, vice-président du RN, était allé plus loin sur TF1 vendredi : «Il fallait avoir la capacité de se projeter, puisque ça fait longtemps qu’on a des rapports, notamment ceux du Giec, qui nous parlent de réchauffement.» Une accusation qui ne manque pas de sel quand on relit les publications sur les réseaux sociaux de plusieurs élu·es lepénistes, toujours prompt·es à décrédibiliser les expert·es du climat. «C’est de l’opportunisme», estime la chercheuse et autrice du dernier rapport du Giec, Yamina Saheb, pour qui le discours du RN a fait un «virage à 180 degrés». En 2023 encore, Marine Le Pen, la cheffe des député·es frontistes, estimait que «le Giec a toujours été très, très alarmiste». Aujourd’hui, face aux chaleurs exceptionnelles que subit la France, «ils ne peuvent plus dire qu’on est alarmistes», estime la chercheuse. Et de poursuivre : «Ce n’est plus nous qui disons : “Attention, on va vivre dans une France en surchauffe” ; là, c’est ce que tous les citoyens vivent.» Dimanche toujours, Sébastien Chenu en avait remis une couche sur France 3 : «Je vous rappelle que le Giec, dont on nous donne les conclusions régulièrement, prévoit [des hausses de températures] depuis très longtemps.» Des conclusions qu’il n’a, en apparence, pas lues. Chez Sud Radio, le 27 mai dernier, le vice-président du RN, qui est parfois critiqué au sein du parti pour ses gaffes dans les médias, avait estimé qu’on pouvait encore «discuter sur la part de l’homme dans ce changement climatique». Pourtant, le dernier rapport du Giec précise que les activités humaines sont, «sans équivoque», responsables du réchauffement de la planète. Il faut dire que le parti n’a pas été très enclin à rabrouer les sorties climatosceptiques de ses élu·es jusqu’ici. En 2024, Christophe Barthès, désormais maire de Carcassonne (Aude), moquait les scientifiques en prenant pour preuve des températures fraîches en Suède. «À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du Giec», ironisait-il sur Twitter-X. Hervé de Lépinau, élu maire de Carpentras (Vaucluse) aux dernières municipales, vilipendait les «propagandistes du Giec». Son collègue, le député de la Côte-d’Or René Lioret, recommandait la lecture d’un livre climatosceptique sur «les 12 mensonges du Giec». Thomas Ménagé lui-même se demandait, dans un tweet de 2013 révélé par Vert, s’il existe «vraiment un réchauffement climatique». Enfin, symbole de ce revirement, le député Julien Odoul estimait que le gouvernement en faisait «beaucoup trop», en 2019, face à la canicule. Il l’invitait plutôt à s’intéresser à d’autres sujets «plus importants comme le réchauffement islamiste à la piscine de Grenoble avec une invasion de burkinis [sic]». Pour Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la transition écologique, «le Rassemblement national nous explique, dix jours par an, qu’il n’y a pas assez de financements sur l’adaptation au changement climatique et, les 350 jours restants, tape sur les politiques destinées à lutter contre les canicules et propose dans son contre-budget de diviser par deux les budgets qui leur sont consacrés.» Dans ses contre-budgets présentés pour les années 2025 et 2026, le RN envisage de nombreuses économies sur le dos de l’écologie : arrêt de financement des énergies renouvelables au profit des fossiles, suppression des agences publiques environnementales… Dans un autre registre, il a aussi déposé un amendement pour réduire de 460 millions d’euros le budget du Fonds vert, qui permet notamment la rénovation des écoles. Au Parlement européen ou à l’Assemblée nationale, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella s’emploie à détricoter les mesures environnementales comme le Pacte vert (cet ensemble de textes qui vise à atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre en Europe d’ici 2050) ou le dispositif zéro artificialisation nette (ZAN) des sols. Yamina Saheb conclut : «Vous ne pouvez pas dire : “On aurait dû écouter le Giec”et, pendant tout ce temps, faire des votes contraires à ce que dit la science.» Texte intégral (1256 mots)

Les «propagandistes du Giec»
«Des votes contraires à ce que dit la science»
Mathilde Picard
«Cette canicule s’annonce d’ores et déjà historique», lance le climatologue Matthieu Sorel. Ce mardi est la journée la plus chaude jamais mesurée par Météo-France depuis ses premiers relevés en 1947. D’après ses données, la température moyenne nationale était de 29,9 degrés Celsius (°C). Ce record dépasse de 0,4°C celui des journées du 25 juillet 2019 et du 5 août 2003. «C’est un cap, une valeur mythique» qui est franchie, selon le spécialiste. «Cette canicule va remplacer celle de référence d’août 2003», indique encore l’expert. Elle est marquée par des nuits particulièrement chaudes. Celle de lundi à mardi a été la plus brûlante jamais mesurée en France hexagonale, avec 21,6°C en moyenne. Au plus frais, le mercure a même culminé à 28,7°C à Pouzauges (Vendée). «Ce sont des marqueurs qui nous interpellent, commente Matthieu Sorel. On n’a jamais eu une superficie aussi grande de la France avec des valeurs aussi élevées la nuit, et les valeurs vont être encore battues ces prochains jours.» Localement, le mercure a atteint des niveaux records, en particulier dans l’ouest du territoire : à 17 heures, on relevait 43,3°C à Cazaux (Gironde), 42,2°C à Niort (Deux-Sèvres), 42,1°C à Bordeaux (Gironde), 41,3°C à Rennes (Ille-et-Vilaine) ou encore 44,3°C à Pissos (Landes) et 43°C à Melle (Deux-Sèvres). Cinquante-huit départements seront placés en vigilance rouge canicule mercredi, quatre de plus que ce mardi. «C’est un triste record, une première depuis l’instauration de ce dispositif en 2003», note Matthieu Sorel. Ce mardi, l’intégralité du pays est concernée par une alerte, que ce soit des niveaux de vigilance rouge, orange ou jaune. Un record en entraînant un autre, 35 départements seront placés mercredi en vigilance orange pour risques de feu de forêt. Une situation inédite provoquée par l’assèchement de la végétation. «La situation météorologique qui provoque ces chaleurs extrêmes est dopée par le changement climatique», analyse l’expert. Selon l’étude de l’équipe scientifique Climameter, il a accru de deux à quatre degrés Celsius les températures enregistrées en Europe lundi. Celles-ci ont atteint un «plateau haut» qui se maintiendra au moins jusqu’à jeudi. Les nuits prochaines s’annoncent encore torrides, atteignant 23 à 28°C de mardi à mercredi sur les départements concernés par la vigilance rouge. Il reste des incertitudes sur le jour où les températures diminueront enfin : une petite baisse progressive devrait survenir vendredi par l’ouest du pays. Toutefois, même en fin de semaine, les valeurs resteront bien au-dessus des normales saisonnières. Texte intégral (685 mots)


Une chaleur dopée par le changement climatique

Anne-Claire Poirier
Alors que la France a enduré lundi la troisième journée la plus chaude de son histoire, selon Météo-France (derrière le 25 juillet 2019 et le 5 août 2003), plusieurs sites nucléaires devront fonctionner à bas régime cette semaine pour ne pas aggraver la situation… des fleuves. Le Rhône, la Garonne ou la Gironde sont déjà en surchauffe et le prélèvement puis le rejet – à quelques degrés de plus – d’énormes quantités d’eau destinées à refroidir les réacteurs nucléaires risquerait de nuire à l’écosystème aquatique ou d’empêcher certains usages (l’eau potable ne peut pas être captée au-delà de 25°C, par exemple). «Chaque centrale doit se conformer à des limites de température fixées fleuve par fleuve, c’est une réglementation environnementale qui n’est pas liée à la sécurité des centrales», précise EDF à Vert. Dès ce mardi, la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) est mise à l’arrêt pour épargner la Garonne, tandis que l’un des réacteurs du Bugey (Ain), au bord du Rhône, voit sa production divisée par cinq, a annoncé l’entreprise. La menace plane désormais sur les sites de Saint-Alban (Isère) et du Blayais (Gironde). Avec l’aggravation du réchauffement planétaire, ces «indisponibilités climatiques» sont désormais récurrentes l’été. «Depuis 2015, c’est tous les ans», remarque même Thibault Laconde, fondateur de l’entreprise Callendar, spécialisée dans les risques climatiques. Pour l’instant, les aléas de 2026 ne sont ni précoces, ni records : «En 2022, le site du Blayais avait été impacté dès le début du mois de mai ; et c’est l’année 2020 qui détient le record d’arrêts climatiques, avec une perte de production de plus de trois terrawattheures», soit environ deux jours de consommation électrique française, analyse Thibault Laconde. Cette baisse de la production nucléaire intervient alors que les climatiseurs tournent à plein régime, faisant décoller la consommation française. Selon le gestionnaire de réseau RTE, ces appareils ont conduit à une surconsommation de 12 gigawatts (GW) «par rapport à une période équivalente avec des températures de saison» – soit environ la puissance de onze réacteurs nucléaires français. Lundi à 19 heures, la consommation a atteint un pic à 57 GW. C’est loin des pics de consommation hivernaux, qui approchent les 100 GW, mais proche du record de consommation estival de 60 GW, atteint le 1er juillet 2025. La situation n’appelle toutefois «aucune vigilance particulière» car «les moyens de production permettront de couvrir les besoins des Français», assure RTE à Vert. De fait, «on bat des records de production solaire», constate Nicolas Leclerc, cofondateur du cabinet de conseil en énergie Omnegy. Au cours de la journée de lundi, les panneaux photovoltaïques se sont imposés comme la deuxième source de production du pays (derrière le nucléaire), couvrant jusqu’à 30% des besoins de consommation. «On ne peut pas en dire autant de l’éolien, qui pâtit de l’absence de vent et produit deux fois moins que les semaines passées», remarque l’expert en énergie. Dans ce contexte, ce sont les centrales à gaz qui prennent le relais, le soir venu. «Quand il n’y a pas de production solaire, l’équilibre offre/demande est un peu plus compliqué à tenir», estime Nicolas Leclerc. Depuis le début de la vague de chaleur mi-juin, les centrales à gaz ont ainsi couvert jusqu’à 7% de la consommation électrique le soir, contre 0% début juin. Le bilan carbone de l’électricité française s’en trouve mécaniquement alourdi : lundi, il est passé de 12 grammes de dioxyde de carbone par kilowattheure (gCO2/KWh) produit le midi à près de 45 grammes le soir, selon RTE. En comparaison, ce seuil n’a jamais dépassé 16 gCO2/KWh le 1er juin. De quoi tordre le cou à celles et ceux qui nient l’impact environnemental des climatiseurs, à commencer par le Rassemblement national, qui défend un grand plan de climatisation du pays. Texte intégral (879 mots)

Boom de la climatisation
Zoé Moreau
Que se passe-t-il lorsqu’un État condamné par la justice refuse de mettre en œuvre les mesures qui lui ont été ordonnées ? Les requérant·es retournent devant le ou la juge. Ce mardi, la coalition d’associations «Justice pour le vivant», engagée depuis 2021 dans un contentieux visant à faire reconnaître la responsabilité de l’État dans l’effondrement de la biodiversité lié à l’usage des pesticides, a annoncé le dépôt imminent («avant juillet») d’un recours en exécution contre l’État. Concrètement, les organisations de la coalition – Pollinis, Notre Affaire à tous, Biodiversité sous nos pieds, l’Association nationale de protection des eaux et rivières-Truite-ombre-saumon (Anper-Tos) et l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) – considèrent que le gouvernement ne respecte pas les obligations formulées par la cour administrative d’appel de Paris dans son arrêt du 3 septembre 2025. Ce jour-là, la cour avait reconnu l’État français responsable de la «contamination généralisée, diffuse, chronique et durable des eaux et des sols» par les pesticides, ainsi que l’existence d’un «préjudice écologique résultant de l’usage des produits phytopharmaceutiques» en France (notre article). À l’origine de cette atteinte : l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), chargée d’évaluer et d’autoriser la mise sur le marché des pesticides. Selon la cour, l’Anses a «commis une faute en ne procédant pas à l’évaluation des produits phytopharmaceutiques au vu du dernier état des connaissances scientifiques». En guise de réparation, elle avait ordonné «un réexamen des autorisations de mise sur le marché déjà délivrées pour lesquelles la méthodologie d’évaluation n’aurait pas été conforme» aux exigences du droit européen, dans un délai de vingt-quatre mois. La justice avait également exigé qu’un plan d’action détaillé, assorti d’un calendrier précis, soit présenté dans les six mois. Le gouvernement a bien transmis son plan d’action à la justice en temps et en heure, et c’est ce document qui fonde aujourd’hui le recours en exécution des associations. «Après analyse approfondie, ce plan ne respecte pas les exigences de la cour», a affirmé Emilien Capdepon, chargé de campagnes chez Notre Affaire à tous. Son principal défaut réside, selon les associations, dans le périmètre extrêmement restreint des réévaluations prévues. Alors que la justice demandait de réexaminer l’ensemble des pesticides susceptibles d’avoir été autorisés sur la base d’évaluations non conformes au droit européen, le gouvernement a considéré que seuls sept produits devaient être réévalués : le Belanty, le Revyona, le Revyvit, l’Intuity, l’Intuity pro, le Zampro Star et le Gatten. Sept fongicides qui figurent parmi les produits «les moins utilisés», déplorent les ONG. Si ce plan reste inchangé, «l’impact sur le vivant sera nul», prévient Mathis Buis, de l’association Pollinis. Le gouvernement a donc fait le choix de ne pas réexaminer plusieurs centaines de produits, parmi lesquels tous ceux en cours de réévaluation ou bien qui doivent être réévalués d’ici 2027. Mais aussi ceux utilisés sur des cultures jugées «non attractives pour les abeilles», ou bien qui s’appliquent «hors période de floraison». Ces critères sont «arbitraires», dénoncent les associations ; ils «ignorent des risques majeurs connus» des pesticides. Par exemple «la contamination chronique [et pas seulement pendant la floraison, NDLR] de notre environnement par les molécules» et le fait que «l’ensemble de la biodiversité – et pas seulement les abeilles – peut être affecté par ces pesticides», déplore Mathis Buis. Contacté sur ces choix par Vert, le gouvernement n’a, pour l’heure, pas donné suite. Les critiques des ONG portent également sur les méthodes scientifiques retenues pour réévaluer les produits concernés. Les associations saluent l’adoption, pour l’évaluation des effets sur les abeilles, de la méthodologie développée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), qui prend davantage en compte les effets dits «sublétaux» (qui mènent à une mort indirecte) : impacts sur la croissance, la reproduction, la capacité à se nourrir, à se déplacer… Mais «cette avancée ne répond toutefois qu’à une partie du problème, estime Alexandre Barraud, écotoxicologue. Car pour évaluer les effets sur d’autres espèces, le gouvernement prévoit de continuer d’utiliser des méthodes qui reposent sur des protocoles parfois vieux de plus de vingt ans.» Le plan ne contient pas non plus de meilleure prise en compte de l’«effet cocktail» des pesticides lorsqu’ils sont mélangés. Et ce, alors même que «des recherches récentes établissent des effets préoccupants sur la faune, confirmant la nécessité d’intégrer ces interactions dans l’évaluation des risques», notent les ONG. Interrogé sur l’ensemble des critiques émises par les associations, le ministère de l’agriculture n’a pas répondu à Vert. Si la justice donne raison aux ONG et estime que l’arrêt du 3 septembre 2025 n’a pas été correctement appliqué, elle pourrait enjoindre à l’État de présenter un nouveau calendrier d’action, sous peine d’une astreinte financière, c’est-à-dire d’une pénalité pour chaque jour ou mois de retard. Texte intégral (1080 mots)

Contraindre l’État à revoir sa copie
L’État ne prévoit de réexaminer que sept pesticides
Des critères «arbitraires»
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène