Mathilde Picard
Près de 5 000 hectares parcourus par le feu à l’Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), 120 en Ardèche, 2 500 dans la Drôme. À peine l’été entamé, plus de 11 000 hectares ont déjà brûlé en France hexagonale. C’est deux fois plus que l’an dernier à la même période. «La saison des incendies démarre de plus en plus tôt et s’arrête de plus en plus tard», observe la géographe et chercheuse indépendante Pauline Vilain-Carlotti. Le dérèglement climatique a augmenté d’au moins vingt à trente jours par an la durée de la période des feux, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Les flammes se propagent aussi sur une plus large partie du territoire : on en recense de plus en plus au nord. Ce jeudi, 59 départements font face à un risque d’incendie «élevé» ou «très élevé», selon la Météo des forêts. Un record. Le manque de précipitations et l’assèchement de la végétation provoqués par la succession de pics de chaleur, ainsi que par une année particulièrement chaude, créent les conditions propices à cet embrasement. «On est arrivé à un point de rupture, souligne la chercheuse. D’autant plus que ce que l’on considère comme de l’exceptionnel, une anomalie climatique, est appelé à devenir la norme avec le changement climatique.» Ce dernier transforme la nature même des feux. «Ils sont devenus plus virulents depuis 2015, ils ont des comportements anormaux, décrit Sébastien Delavoux, représentant syndical CGT des Services départementaux d’incendies et de secours (Sdis). On n’en avait jamais vu des comme ça ; ce sont des évènements pour lesquels, même avec des moyens aériens et au sol, on n’arrive pas à faire baisser l’intensité.» Problème, «le nombre d’engins pour lutter contre les feux de forêts a diminué», déplore le professionnel. L’été à peine commencé, les soldat·es du feu sont mobilisé·es sur une vaste partie du territoire, si bien qu’il est difficile d’organiser la solidarité entre départements. Des renforts venus de Suède et de Chypre ont été appelés à Trévillach (Pyrénées-Orientales) en cette fin de semaine. Au-delà de la gestion de crise, il existe bien des plans de prévention des risques d’incendies de forêts (PPRIF), que les collectivités territoriales peuvent mettre en place pour protéger les habitations. Leur but : définir des espaces qui ne peuvent pas être construits pour limiter les dégâts – c’est le même principe pour les zones inondables. Mais ces plans sont sous-utilisés sur le territoire hexagonal. Sur les 7 000 communes les plus exposées, seules 286 en sont dotées. À titre de comparaison, il existe 11 000 plans de prévention pour le risque d’inondation. «C’est un impensé de l’urbanisme», souffle Pauline Vilain-Carlotti. Les solutions pour lutter contre les incendies sont nombreuses : entretien des pistes forestières utilisées par les pompier·es, installations de citernes, plantations d’essences plus humides ou interdictions de construire en périphérie, près de la végétation. «Toutes ces mesures ont un coût de plus en plus difficile à supporter dans un contexte de disette budgétaire et de diminution du fonds Vert», ce soutien financier de l’État à la transition écologique dans les collectivités territoriales, pointe Pauline Vilain-Carlotti. Il faudrait un véritable engagement des pouvoirs publics pour aider les collectivités territoriales.» Les gigantesques feux de Gironde de 2022 ont bien entrainé quelques mesures politiques de prévention : la mise en place d’obligations légales de débroussaillement (OLD) et d’une météo des forêts pour mieux communiquer sur les dangers. «Des avancées à la marge, déplore Arthur Guérin-Turcq, géographe et enseignant à Sorbonne Université. On manque d’une véritable planification à l’échelle régionale.» Sans compter que seulement 30% des OLD sont respectées, car il s’agit souvent de parcelles privées. «Il n’y a pas encore d’évolution des politiques, mais on constate l’émergence d’une conscience collective chez les habitants qui ont connu les feux», note Pauline Vilain-Carlotti. Dans le quartier de l’Estaque, au nord de Marseille, le puissant incendie de 2025 a conduit les riverain·es à se constituer en association pour mieux se préparer à l’avenir. «C’est important de créer du collectif pour répondre à ce danger car, pour l’instant, le risque est traité de manière individuelle par rapport aux autres aléas comme les inondations», souligne l’experte. C’est le seul risque qui n’est pas dédommagé dans le cadre du régime CatNat, instauré en 1982. Celui-ci impose aux compagnies d’assurance d’indemniser leurs client·es à la suite de catastrophes naturelles. Face au manque de préparation à l’échelle nationale, certaines communes prennent des initiatives pour protéger leurs habitant·es. À Bizanet, près de Narbonne (Aude), l’incendie du massif des Corbières en 2025 a marqué les esprits. L’équipe réélue aux dernières municipales (sans étiquette) a donc décidé de salarier un berger comme employé municipal pour s’assurer qu’il organise une pâture tout autour du village. Son travail de débroussaillage offre une zone tampon autour des habitations, laquelle ne s’embrasera pas aux premières étincelles. «C’est dommage, ce genre d’initiatives locales est très peu soutenu par la sphère publique, déplore Arthur Guérin-Turcq. On aurait besoin de plans d’aménagements à l’échelle des massifs pour réaliser des coupures de combustibles [des couloirs sans végétation, NDLR] comme autour des bourgs à Bizanet, mais aussi à l’intérieur des forêts.» À Embres-et-Castelmaure ou à Coustouge (Aude), les riverain·es s’organisent, faute de moyens publics, pour débroussailler collectivement les abords de leur village. «Auparavant, les pâturages et la vigne faisaient office de coupe-feu, explique Arthur Guérin-Turcq. Il faudrait un plan de soutien à ces filières pour qu’elles puissent se maintenir sur le territoire et retrouver leur rôle face aux incendies.» Sur le pourtour méditerranéen, comme dans les alentours de Corte (Haute-Corse), des sapeur·ses forestier·ères mettent le feu à la montagne de manière préventive et dirigée. Ce défrichement a lieu en hiver afin de réduire la présence de combustibles en été (végétation sèche, bois morts, branchages…). Cette pratique, aussi appelée écobuage «est assez efficace, mais pas toujours bien acceptée par la population attachée à la forêt. Il faut bien sûr adapter les mesures aux cultures forestières locales», précise Arthur Guérin-Turcq. Dans les monocultures de pins des Landes, cette pratique n’est pas adaptée aux immenses exploitations. Au sud de la Gironde, la filière bois a pris quelques mesures comme la plantation de haies de feuillus parmi les résineux. «Rendre la forêt plus humide permet de réduire la vitesse de la propagation d’un feu, précise le géographe. Mais ces aménagements restent marginaux et il serait bienvenu d’entamer un vrai dialogue avec les entreprises du secteur.» Accepteraient-elles de réaliser des tranchées sans arbres dans leurs massifs en échange de compensations ? Encore faudrait-il pouvoir financer ce dédommagement. Le vote du budget 2027 à la fin de l’année dira si des investissements seront engagés pour aménager le territoire autrement et mieux prévenir les incendies. Texte intégral (1552 mots)

Le changement climatique souffle sur les braises
Des investissements nécessaires pour limiter les dégâts
Soutenir le pastoralisme, comme à Bizanet
Repenser notre rapport au feu, comme à Corte
Vert
(160 mots)
Vert est partenaire du festival de musique indépendant et durable Cabaret Vert, qui se tiendra du 20 au 23 août à Charleville-Mézières (Ardennes). Nous avons le plaisir de vous faire gagner 5 x deux pass de trois jours pour le festival, pour que vous puissiez danser sur une programmation super variée : Deftones, Feu! Chatterton, Disiz, Perceval… (toutes les informations ici).
Pour participer, rien de plus simple : assurez-vous d’être disponible pour vous rendre à Charleville-Mézières du 20 au 23 août, et inscrivez-vous au tirage au sort ici, jusqu’au 16 juillet. Nous contacterons par e-mail les heureux·ses gagnant·es.
Zoé Moreau
Des scientifiques qui ont le sens du timing. Alors que l’Hexagone traverse depuis fin mai une succession d’épisodes de chaleur intense, le Haut Conseil pour le climat (HCC) publie ce jeudi son huitième rapport sur les politiques climatiques. Créé en 2018, cet organisme indépendant composé de douze expert·es évalue chaque année l’action publique sur le climat et formule des recommandations auxquelles le gouvernement doit répondre dans les six mois. Plus sévère que les éditions précédentes, ce nouveau rapport appelle l’exécutif à faire «face à ses responsabilités». L’année 2025 a encore une fois été marquée par une aggravation des impacts du réchauffement climatique, sur le territoire et dans le monde entier. Elle a été la troisième année la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle mondiale, juste derrière 2023 et 2024 (notre article), avec des températures en hausse de 1,47 degré Celsius (°C) par rapport à la période préindustrielle (deuxième moitié du 19ème siècle), selon Copernicus. Cela rend le dépassement du seuil de 1,5°C «inévitable» dans les prochaines années, soit l’objectif que s’étaient fixés les États signataires de l’Accord de Paris pour le climat (2015). En France, 2025 a été la quatrième année la plus chaude enregistrée depuis 1900 (+2,4°C), derrière 2022, 2023 et 2020, avec un jour sur deux au-dessus des normales de saison (moyenne 1991-2020). Plus de 5 700 décès sont attribuables à la chaleur sur l’ensemble de l’été 2025, contre 3 700 l’année précédente, selon Santé publique France. Des inondations très graves ont dévasté la Bretagne début janvier, la Nouvelle-Aquitaine en avril, ou encore le Sud-Est de l’Hexagone en septembre. Et des incendies hors normes ont ravagé le territoire, avec plus de 30 000 hectares calcinés, dont 11 000 dans l’Aude au mois d’août dernier. À l’origine de la multiplication de ces événements climatiques extrêmes : les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. En 2025, le rythme de réduction a encore ralenti. D’après une estimation du Citepa, l’organisme chargé de mesurer les émissions pour la France, la baisse a été de 2,1% l’an passé, contre 3% en 2024 et 6,7% en 2023. «Le rythme doit s’accélérer», presse le Haut Conseil pour le climat. Il va même «devoir au moins doubler ces prochaines années pour atteindre en moyenne plus de 4% par an en 2026, 2027 et 2028». C’est l’objectif que la France s’est fixé dans son projet de troisième stratégie nationale bas carbone (SNBC 3). Cette trajectoire apparaît d’autant plus difficile à atteindre qu’en 2025 la baisse a été portée, pour moitié, par une baisse d’activité dans l’industrie et l’élevage – et non par une transformation structurelle de ces deux secteurs. Ainsi, «il n’est pas acquis que la dynamique se poursuive en 2026», pointe le HCC. Du côté des transports, des efforts ont été réalisés, mais la baisse reste «en deçà du rythme nécessaire». Quant aux émissions liées à la production d’énergie, elles ont même augmenté. Pour Diane Strauss, directrice de l’ONG Transport & Environment et membre du HCC, «les leviers de réduction des émissions ont été mobilisés de manière très inégale». Les progrès reposent principalement sur des «innovations technologiques», tandis que «la sobriété, dans les transports, le bâtiment ou l’alimentation, reste largement sous-exploitée». Cette année, comme l’an passé, tous les secteurs ont respecté leur «budget carbone», c’est-à-dire leur limite sectorielle d’émissions de gaz à effet de serre. Mais c’est uniquement parce que la SNBC 3 a assoupli les objectifs. Réduire les émissions ne suffira pas. Le réchauffement est déjà à l’œuvre et ses conséquences s’intensifient. Selon le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait être multiplié par cinq d’ici à 2050, et par dix d’ici à la fin du siècle. Il n’est donc plus seulement question de limiter le réchauffement climatique : il faut aussi s’y adapter. «Nos infrastructures, notre aménagement du territoire, nos activités économiques, nos pratiques socioculturelles ont été dimensionnées dans un climat qui n’existe plus», insiste Valérie Masson-Delmotte, climatologue et membre du Haut Conseil pour le climat. Pour l’heure, les mesures d’adaptation restent «insuffisantes», juge le HCC. «Nous l’avons vu très récemment avec les logements devenus des bouilloires thermiques, avec un système de santé sous tension, avec un bâti scolaire et universitaire inadapté, avec le manque de lieux de fraîcheur […]. Ça pose clairement le problème de la prise en charge des populations fragiles», abonde la sociologue et membre du HCC, Sophie Dubuisson-Quellier. Les financements sont encore «sous-dimensionnés», estime encore le HCC. En 2025, le budget de Ma prime rénov’, principal dispositif d’aide à la rénovation énergétique des logements, a été réduit de moitié. Même constat pour le leasing social pour l’achat d’un véhicule électrique, lui aussi revu à la baisse. En plus d’augmenter les budgets, le HCC appelle à «prioriser» les mesures d’adaptation, en ciblant d’abord les populations les plus vulnérables. «Il faut augmenter la disponibilité et l’accessibilité générale de lieux publics frais, rafraîchis, végétalisés, ventilés, de points de baignade surveillés, accessibles gratuitement en cas de forte chaleur», insiste Valérie Masson-Delmotte. Il faut, à l’inverse, limiter la «maladaptation» de certains secteurs, qui favorisent encore trop les «réponses technologiques qui traitent certains impacts tout en aggravant ou en reportant les risques sur d’autres acteurs», explique Valérie Masson-Delmotte. Cela concerne l’agriculture, qui «massifie ses capacités d’irrigation» ces dernières années, via la création de retenues d’eau artificielles (les fameuses mégabassines). Il s’agit là d’«un exemple parfait de maladaptation qui risque d’augmenter les tensions sur l’eau en été», estime Paul Leadley, professeur d’écologie à l’université Paris-Saclay et membre du HCC. Au niveau politique, le rapport pointe un «affaiblissement des dispositifs liés à l’action climatique en 2025 et 2026». Certes, quelques avancées sont saluées, comme le Pacte énergie-climat ou le plan d’électrification. Mais elles sont éclipsées, selon les expert·es, par une série de menaces : assouplissement des règles sur la gestion de l’eau dans la loi d’urgence agricole, de l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) ou projet de réforme de l’Ademe (abandonné pour l’instant). Ces évolutions constituent, selon Sophie Dubuisson-Quellier, «des alertes sérieuses» et risquent de retarder la mise en œuvre des politiques climatiques. Pour «faire face aux défis des prochaines années», le Haut Conseil pour le climat formule 82 recommandations à l’attention du gouvernement. Parmi elles, on peut citer le «renforcement du cadre réglementaire en santé au travail» pour les travailleur·es exposé·es à la chaleur, la modernisation du réseau ferroviaire ou encore l’organisation «sans délai de la sobriété hydrique en agriculture». Jean-François Soussana, président du HCC, résume : «Il est impératif de sortir des énergies fossiles tout en protégeant la population, les territoires et l’économie. Cela nécessite un changement d’échelle des politiques d’atténuation et d’adaptation.» Texte intégral (1848 mots)


Les émissions de gaz à effet de serre continuent de baisser, mais trop lentement
Des mesures d’adaptation jugées «insuffisantes»
Un nécessaire «changement d’échelle»
Valentin Baudin
Depuis sa terrasse, Dominique Laurent-Crippa domine le vallon du Marinier, quartier paisible du nord de Marseille (Bouches-du-Rhône). Au loin, la mer complète ce paysage de carte postale. En cette chaude première journée de juillet, le vent souffle en rafales. La femme de 64 ans au teint bronzé n’est pas tranquille : «Quand il y a du vent, je suis en état de vigilance», décrit-elle. Des pins aux cimes calcinées bordent sa maison. L’un d’eux tangue de gauche à droite en grinçant. Les brises d’Éole balayent ses cheveux foncés et ramènent inlassablement la retraitée à l’incendie du 8 juillet 2025. Le mistral soufflait fort ce jour-là, quand les flammes ont ravagé 750 hectares entre les Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône) et le quartier de l’Estaque, au nord de la cité phocéenne. Dominique Laurent-Crippa a eu peur d’y rester. La fumée jaunâtre, dense, qui coupe la respiration, a avalé le vallon du Marinier. Sa maison a été entourée par les flammes, son jardin englouti par la chaleur ardente. Le lendemain, il ne restait plus qu’un tapis de cendres et les squelettes de chaises et de tables brûlées. «On aurait dit Pompéi», se remémore-t-elle. Sa maison a été épargnée. Mais, depuis un an, des réminiscences de cet événement lui reviennent quotidiennement. Une fois la catastrophe passée, les victimes se retrouvent, du jour au lendemain, assaillies par un flot d’angoisses et de questions. Jusqu’à 60% des adultes pourraient souffrir de stress post-traumatique six mois après un feu de forêt, selon une étude publiée en 2024 dans The Lancet, revue scientifique médicale britannique de référence. Dominique Laurent-Crippa redouble désormais d’attention : quand quelqu’un fume dehors, elle regarde si la pelouse est sèche ; elle débroussaille ses haies à la main, pour ne pas utiliser de machines… «C’est de l’anxiété», souligne la mère de famille, installée à l’Estaque en 1991. L’approche d’un nouvel été sec et chaud ravive les craintes de tout un quartier marqué par le passage des flammes. Depuis le début de l’été 2026, plus de 11 000 hectares ont été ravagés en France : deux fois plus que l’an dernier à la même période. «Les effets des feux de forêt sur la santé mentale peuvent perdurer à long terme s’ils ne sont pas pris en charge, détaille l’étude publiée dans The Lancet. La réadaptation doit se poursuivre pendant des années, en associant un accompagnement psychosocial à la reconstruction physique.» Les conséquences du stress post-traumatique sont nombreuses : troubles du sommeil, stratégies d’évitement des sites touchés par le feu, réactivation des événements par des bruits ou des odeurs… «Ce sont des symptômes très envahissants au quotidien, qui augmentent le niveau d’anxiété», rappelle Marion Dubois, psychiatre coordonnatrice de la Cellule d’urgence médico-psychologique (CUMP), installée à l’Estaque dans la foulée de l’incendie pendant quinze jours. Dominique Laurent-Crippa en sait quelque chose : retraitée depuis trois ans, elle est une ancienne infirmière psychologue. Depuis décembre, elle a deux rendez-vous par mois chez une psychologue du quartier dont la clientèle a bondi depuis les incendies. À l’Estaque, de nombreuses victimes restent traumatisées par les événements. Dans le vallon du Marinier, au milieu des pins noircis, des bâtisses sont plantées là, dénuées de vie, toujours en ruine un an après l’incendie. Sur les 91 habitations touchées, 51 ont été entièrement détruites, selon la préfecture des Bouches-du-Rhône. Les démarches administratives virent au cauchemar. Relogement, assurances, travaux… «De nombreux sinistrés témoignent aujourd’hui d’un profond épuisement moral, d’un sentiment d’abandon et d’une forte insécurité matérielle, déplore l’Association des victimes de l’incendie du 8 juillet 2025 à Marseille, créée en décembre dernier. Beaucoup vivent depuis des mois dans une absence totale de visibilité, avec des impacts importants sur leur santé mentale.» Les questions tourbillonnent dans leur esprit. Faut-il tout reconstruire ou déménager ? Combien de temps prendra l’indemnisation ? Mathilde Favier, présidente de l’association, venait de s’installer quand sa maison a été transformée en un tas de ruines et de cendres. Elle n’avait même pas fini de sortir la décoration des cartons. Dans les premiers mois qui ont suivi, Mathilde Favier pensait pouvoir de nouveau habiter dans sa maison d’ici l’été 2026. «On trouvait ça long mais faisable… Or on en est très loin», souffle-t-elle. Les travaux n’ont toujours pas démarré, son indemnisation finale se fait attendre. Malgré la fatigue et l’usure liées à ces démarches, elle continue de se battre auprès des assurances. Valérie Bournet, quant à elle, s’est résignée et a accepté son indemnisation malgré le manque à gagner. «Pour préserver ma santé mentale, glisse d’emblée la comédienne de 60 ans. Sinon, on est comme un hamster en cage : on nous fait croire qu’on avance alors que c’est faux.» Il y a un an, la mère de famille, mèches blondes sur le devant et tresses de chaque côté, a vécu la double peine : sa maison a été totalement détruite par les flammes et le lieu où sa compagnie – Agence de voyage imaginaire – s’est installée en 2012 a été touché. L’ancienne fabrique de 750 mètres carrés, située près des voies de chemin de fer, a rouvert mi-juin. Valérie Bournet prend un café sur une mezzanine dont le plancher est parti en fumée, entourée par les cigales qui chantent à tue-tête et le son métallique des trains de marchandises. Les murs noircis portent encore les traces de l’incendie. Sa maison, située à quelques minutes en voiture, est toujours un champ de ruines. «Le traumatisme ne sera pas guéri tant qu’elle ne sera pas rebâtie», indique-t-elle. Ces «blessures invisibles», comme les a nommées sa psychologue, Valérie Bournet les porte seule. Elle raconte son errance : l’impression d’être exilée de sa propre vie, l’insécurité de ne plus avoir de toit du jour au lendemain, ces vagues de souffrance intérieure que les autres ne voient plus… «C’est la perte de tout l’écosystème que l’on s’est construit», souffle la soixantenaire. Un Canadair passe au-dessus de nos têtes. Elle se fige, demande si un incendie s’est déclaré dans la région. Dans son jardin, de rares plants de tomates ont survécu aux flammes. Arborant un large sourire, Valérie Bournet croit en la résilience de la nature. Sa lente reconstruction, à elle, passera par l’écriture d’une pièce de théâtre, qu’elle espère voir aboutir en 2028. «Une quête initiatique», définit-elle, pour se réapproprier son histoire, comprendre les causes et les ravages de ce maudit incendie. Texte intégral (1701 mots)


«Des symptômes très envahissants au quotidien»

Usure, fatigue et sentiment d’abandon

Blessures invisibles et exil
Eitanite Bellaïche
Aux États-Unis, la fronde contre les centres de données s’amplifie. Selon le dernier rapport du cabinet Data center watch, publié début juin, le seul premier trimestre de l’année 2026 a déjà égalé l’ensemble de l’année 2025 en matière d’opposition locale. Au moins 75 projets sont aujourd’hui retardés ou annulés, soit plus de 130 milliards de dollars (113 milliards d’euros) d’investissements suspendus. Devenus synonymes de factures en hausse, de vacarme et de pollution, ces datacenters ne séduisent plus les collectivités étasuniennes, alors même qu’ils répondent au boom de l’intelligence artificielle (IA), qui repose sur des infrastructures toujours plus imposantes et énergivores. La start-up Panthalassa n’aurait pas rêvé meilleur contexte pour annoncer, le 4 mai, une levée de fonds de 140 millions de dollars (122 millions d’euros) pour déployer des datacenters flottants dans le Pacifique nord. Pour financer cet exode marin, plusieurs figures de la Silicon Valley ont répondu à l’appel : Peter Thiel en tête, via son fonds de capital-risque Founders fund. Ce milliardaire proche de Donald Trump a bâti sa fortune en cofondant PayPal et Palantir, entreprise de collecte de données de masse qui sert notamment l’ICE, la très décriée et meurtrière police de l’immigration. Aux côtés de ce businessman, Max Levchin, un autre cofondateur de PayPal ; Marc Benioff, directeur général du géant des logiciels Salesforce ; ou encore John Doerr, l’un des premiers investisseurs de Google, ont contribué à la levée de fonds. Garth Sheldon-Coulson, cofondateur et président-directeur général de Panthalassa, raconte sur LinkedIn vouloir «exploiter l’océan comme nouvelle ressource énergétique planétaire». L’homme d’affaires souhaite déplacer les datacenters là où l’énergie et le refroidissement sont déjà disponibles. Le concept de la start-up fondée en 2016 à Portland, dans l’Oregon, repose sur des modules flottants en acier longs de 85 mètres. En forme de sucettes géantes, ils flottent à la surface comme des bouées et convertissent l’énergie des vagues en électricité pour faire tourner des puces d’IA directement à bord. Les calculs sont ensuite renvoyés à terre par satellite, tandis que l’océan refroidit naturellement les machines. Après plusieurs prototypes testés depuis 2021, l’entreprise prévoit de déployer son modèle Ocean-3 dans le Pacifique nord en 2026, avant une première exploitation commerciale en 2027. Le projet a de quoi séduire les investisseur·ses, mais les zones d’ombre demeurent nombreuses. Les spécialistes des centres de données, de l’informatique durable et des énergies renouvelables interrogé·es par Vert disent en savoir très peu sur l’entreprise. Et pour cause : Panthalassa ne communique presque pas. Sollicité·es à plusieurs reprises, ses dirigeant·es n’ont pas souhaité nous répondre. Son site internet est minimaliste – deux pages à peine –, on peut y lire que Panthalassa est une «société d’intérêt public» qui construit une «plateforme énergétique à l’échelle planétaire, propre, durable et peu coûteuse […] pour alimenter les ordinateurs et bien plus encore». «L’arrivée de Panthalassa a vraiment pris tout le monde de court. Au départ, ils disaient qu’ils allaient fabriquer de l’hydrogène offshore avec leurs infrastructures en mer. Puis on a compris qu’ils voulaient concevoir des systèmes non amarrés pour contourner les lourdeurs administratives terrestres», raconte à Vert Andrea Copping, océanographe et professeure émérite à l’École des affaires marines et environnementales de l’université de Washington (États-Unis). Le site de l’un des investisseurs de Panthalassa évoque l’exploitation de l’énergie des vagues par l’entreprise pour la transformer en «hydrogène vert et autres carburants propres». En 2024, Garth Sheldon-Coulson tenait un discours similaire auprès de la chaîne Komo News, basée à Washington. Mais, selon Andrea Copping, Panthalassa aurait changé de cap au moment de sa dernière levée de fonds, portée par Peter Thiel. Exit le récit de l’hydrogène vert, place aux datacenters en mer, à l’IA, et à l’immense appétit énergétique qu’elle suscite. Panthalassa n’est d’ailleurs pas la première à vouloir déplacer les centres de données en pleine mer. Microsoft avait déjà testé ce scénario avec son projet Natick, en immergeant 864 serveurs au large de l’Écosse en 2024. L’expérience s’était révélée prometteuse, avec un taux de panne inférieur à celui observé à terre, mais elle n’a jamais été industrialisée. Pour Frédéric Bordage, expert en sobriété numérique, cette fuite en avant ne répond pas au problème de fond : «Nous faisons face à des limites physiques très concrètes, entre la raréfaction des métaux, le dérèglement climatique, les crises environnementales et sanitaires multiples. Dans ce contexte, déployer des milliers de datacenters dans l’océan n’est pas une solution neutre. C’est une manière de repousser le problème ailleurs, au lieu d’interroger nos usages numériques.» Le défi est aussi industriel. «Une unité en mer peut, en théorie, produire de l’énergie et faire tourner du calcul IA. Mais si elle ne délivre qu’un mégawatt, il faudrait en déployer des centaines, voire des milliers, pour rivaliser avec un seul grand centre de données terrestre», avance Eric Masanet, qui dirige le laboratoire d’analyse de la durabilité industrielle à l’université de Santa Barbara (États-Unis). Le modèle de Panthalassa pourrait donc rester longtemps cantonné à un marché de niche, alors même que l’océan ne pardonne pas. Sel, tempêtes, maintenance, corrosion, faune marine : chaque contrainte peut devenir un test de résistance. «Encore faut-il démontrer que ce système peut produire de l’électricité à un coût compétitif, notamment face au solaire, complète Jonathan Koomey, professeur à l’université Stanford (États-Unis), spécialiste de la politique énergétique. Dans un secteur où beaucoup d’annonces servent aussi à attirer l’attention et à lever des fonds, la prudence s’impose.» Parmi les principaux points de vigilance figure le bruit sous-marin. «Même si ces structures devaient être moins bruyantes qu’un navire, elles fonctionneraient en continu, sur de longues périodes. Or, dans l’océan, le son est essentiel», rappelle Andrea Copping. De nombreuses espèces marines l’utilisent pour communiquer, se repérer, chasser ou migrer. Tout bruit mécanique parasite peut donc brouiller ces signaux naturels et perturber leur comportement. Au-delà du bruit, les effets électromagnétiques suscitent eux aussi des interrogations. Certaines espèces, comme les requins, les raies ou les tortues marines, perçoivent les champs électromagnétiques, avec un risque encore mal connu sur leurs trajectoires de migration. Reste enfin la question des matériaux. Ces modules en acier devraient passer de longues périodes en mer, ce qui suppose de les protéger contre la corrosion, de quoi soulever des inquiétudes supplémentaires quant à la possible toxicité des produits utilisés. «Au moment même où les industriels veulent exploiter davantage la haute mer, les États-Unis sont en train de fragiliser les systèmes qui permettent de l’observer et de la comprendre», prévient Andrea Copping. La scientifique fait référence au projet de l’administration Trump de démanteler les observatoires océaniques, un réseau de 900 capteurs déployés dans l’Atlantique et le Pacifique depuis 2016. Ces instruments, conçus pour fonctionner jusqu’en 2041, fournissent aux chercheur·ses du monde entier des données essentielles sur le climat, les courants marins, les écosystèmes et les événements extrêmes. La National science foundation avait annoncé le 21 mai leur retrait imminent, avant de suspendre un mois plus tard son projet face à une opposition bipartisane au Congrès. L’agence prévoit désormais de réunir un groupe d’expert·es chargé de déterminer l’avenir du système. Si son démantèlement n’est donc plus d’actualité, l’épisode rappelle combien la surveillance scientifique des océans peut être remise en cause au moment même où les projets industriels se multiplient en mer. De quoi interroger, encore, la liberté laissée aux entreprises d’y vaquer à leurs occupations. Texte intégral (1626 mots)

Une startup discrète
Sous la surface, les signaux d’alerte
Isya Okoué Métogo
«Au début, on avait simplement une lampe solaire, et ensuite un ami nous a apporté son groupe électrogène, pour pouvoir mettre un peu plus de lumière et charger nos téléphones.» Depuis le 11 mai, des habitant·es de la commune de Tumara’a, sur l’île de Raiatea, en Polynésie française, campent sur le motu Horea, un petit îlot de sable corallien. La raison de leur mobilisation : un vaste projet hôtelier qui menacerait l’accès au dernier motu encore public du district, validé par les autorités locales sans concertation avec la population. Heifara Brothers, président de l’association Motu Faya, fait partie de la petite dizaine de personnes qui occupe l’îlot depuis bientôt deux mois. Elles et ils y ont installé des tentes ou dorment sous le faré, ce bungalow ouvert aux visiteur·ses, installé par l’ancienne municipalité. «Nous avons un petit réchaud où on fait notre nourriture, explique le père de famille. L’eau potable était déjà en place, à disposition du public.» Des rotations quotidiennes sont organisées pour amener les mobilisé·es sur l’île principale la journée, pour l’école ou le travail. Les militant·es ont déjà réussi à retarder le début des travaux, prévu le 31 mai. Le bail de vingt ans, signé en mai 2024 entre l’ancien conseil municipal et la SAS Te Rai-Atea, prévoit l’exploitation des plus de 11 000 mètres carrés du motu pour 150 000 francs pacifique mensuels, soit 1 250 euros. Une somme dérisoire, dénonce Heifara Brothers : «On aurait pu nous-mêmes le louer à la commune, se cotiser et faire des activités avec des associations.» L’espoir repose désormais sur le nouveau maire régionaliste de Tumara’a, Gérard Goltz, qui a engagé une procédure judiciaire pour faire annuler le bail. Ni l’ex-municipalité ni Gérard Goltz n’ont répondu à nos sollicitations. Le combat de Motu Faya, des associations locales et des habitant·es s’inscrit dans un mouvement plus large de privatisation des îlots coraliens et des plages polynésiennes, toujours plus convoités pour des projets touristiques ou des résidences luxueuses. Mais aussi plus rares à cause de l’érosion, des cyclones et des aménagements humains. Le littoral à l’eau turquoise et au sable cristallin ne représente que 18% des côtes polynésiennes, contre 33% en 1993. «Les terres sont rachetées par des promoteurs européens ou internationaux, pour être développées et vendues sur le marché international, explique Temoana Poole, un militant de l’île de Moorea, à 200 kilomètres de Raiatea. On a aussi des promoteurs locaux qui ont le même fonctionnement.» En février 2025, la présidence de la Polynésie française a lancé deux appels à manifestation d’intérêt (AMI) pour soutenir la création et la rénovation d’hôtels, à grand renfort de réductions et d’exonérations fiscales. Objectif : 600 000 visiteur·es annuel·les d’ici à 2033, contre les 280 000 actuel·les. En plus des pressions environnementales, les projets hôteliers du littoral illustrent la fine limite entre la privatisation des plages et la restriction de leur accès. Sur les anses polynésiennes, parfois très étroites, la délimitation entre le domaine public et le domaine privé est ténue et se joue à quelques mètres : seule la bande sablonneuse qui reste humide est considérée comme publique. «Sur la plage de Temae [à Moorea, NDLR], à marée haute, le domaine public est sous l’eau. Donc tout ce qui est au-dessus est du domaine privé», souffle Alain Bonno, le président de l’association des habitant·es de Temae, membre de la fédération Tāhei ‘autī ia Moorea. Sur l’île de Moorea, la plage de Temae est elle aussi sous pression. Les associations locales s’opposent au projet de complexe hôtelier de Louis Wane, figure économique puissante dans l’archipel. Racheté en 2021, le terrain de plus de 50 hectares entre mer et montagne englobe la plage, l’une des dernières accessibles librement au public sur l’île depuis la construction du Sofitel, du Hilton ou encore de l’hôtel des Tipaniers. «Légalement, ces plages sont publiques, mais si aujourd’hui on va devant l’une d’entre elles, les gardiens vont nous chasser et nous dire que c’est réservé aux clients, explique le militant Temoana Poole, pour qui la plage fait intégralement partie du mode de vie polynésien. Quand tu vas à la plage, c’est pour mettre ta musique, peut-être faire un barbecue, peut-être rigoler, faire du bruit… Sur une plage d’hôtel, tu n’as pas cette liberté.» Le groupe Wane, de son côté, prône la création d’emplois et affirme dans la presse que la plage restera accessible au public. Il y a quelques années, les habitant·es de Moorea avaient réussi à empêcher un projet de construction de bungalow sur pilotis du même promoteur dans la baie. Aujourd’hui, le groupe Wane pousse une modification du plan d’aménagement de Moorea sur le nouveau terrain, afin que la parcelle soit divisée : 350 mètres de plage réservés à l’hôtel, contre 200 pour la population. Un argument pour le groupe Wane, qui se défend en disant «céder» ces centaines de mètres aux habitant·es. Or, ajoutée à la plage du Sofitel voisin, le groupe contrôlerait presque un kilomètre de littoral. Une partie du terrain devait pourtant accueillir un parc public, un projet dans les tuyaux depuis dix ans. Une consultation publique a été demandée par le président de la Polynésie sur l’avenir du littoral de Temae. Le groupe Wane et la municipalité de Moorea n’ont pas répondu à nos demandes d’entretien. L’accès aux plages n’est pas le seul enjeu du tourisme de masse. Sous la pression de la spéculation, le foncier polynésien devient inaccessible aux locaux et les prix immobiliers y sont en moyenne 31% plus élevés qu’en France hexagonale. «C’est le chantage à l’emploi, explique Alain Bonno. Ils disent que sans développement, on ne pourra pas offrir d’emploi. Mais, à Moorea, plus de 50% de la population travaille essentiellement au black.» Il déplore aussi la perte d’activités des petits acteurs économiques – propriétaires de Airbnb, taxis ou bateaux – absorbée par les grands projets. Pour Temoana Poole, les emplois proposés par le secteur sont aussi rarement valorisés : «Dans un hôtel, le Polynésien est un jardinier, une femme de ménage, un barman ou un gardien. Il touche le Smic et le propriétaire ramasse la richesse créée. Le Polynésien a le boulot de serviteur sur sa propre terre.» Le jeune homme a fondé l’association Keep Moorea wild pour protéger l’île. «En grandissant, j’ai vu ma culture disparaître : notre mode de vie, notre vision, nos valeurs sont rattachés à la terre. Si on perd cet accès, on perd notre ADN.» Il dénonce un système qui asservit les Polynésien·nes : «Moi, sur mon île, j’ai le choix d’aller au travail pour acheter de la nourriture au magasin, ou de me nourrir dans mon lagon et mes forêts fruitières – et ça, c’est magnifique. Plus on détruit nos terres, plus on enchaîne les Polynésiens à ce système venu d’ailleurs.» Pour lutter contre la spoliation à Moorea, Keep Moorea wild propose de racheter des terres mètre carré par mètre carré pour en préserver la jouissance collective. Au motu Horea, la mobilisation continue de croître : Motu Faya appelle les habitant·es de Raiatea à relayer les militant·es sur place, une cagnotte et une campagne de dons alimentaires circulent sur les réseaux sociaux. Heifara Brothers note avec gratitude la solidarité venue «d’un peu partout sur l’île principale». «On aimerait faire plus de bruit et faire bouger les choses. Les gens réalisent que ce n’est pas un simple combat, c’est un patrimoine à protéger.» Texte intégral (1589 mots)

Des plages de plus en plus rares, de plus en plus convoitées
À Moorea, un kilomètre de littoral aux mains d’un seul groupe
«Le Polynésien a le boulot de serviteur sur sa propre terre»
Lilou Hiver
Avec le retour de la canicule vient l’envie de se baigner… mais la présence de «polluants éternels» (PFAS) pourrait nous décourager. Océan, mer, lac ou rivière : tous les types d’eau de baignade en France y sont contaminés. C’est ce que révèle un rapport de l’association Surfrider foundation Europe, publié vendredi. Sur 107 sites analysés, tous présentent au moins une de ces substances chimiques toxiques. Au total, 23 PFAS différents ont été comptabilisés. Ces molécules utilisées par les industriels entrent dans la composition de plusieurs pesticides et de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…) et sont réputées pour leur toxicité et leur persistance dans le corps humain et l’environnement. Jusqu’à 19 substances ont été découvertes sur un même site, au niveau de la plage de Bordeaux Lac (Gironde), alors que la qualité de l’eau y est considérée comme «excellente», selon la directive européenne sur les eaux de baignade. Parmi la liste de PFAS retrouvés partout en France, l’acide trifluoroacétique (TFA), classé «toxique pour la reproduction suspecté» par l’Agence européenne des produits chimiques, se distingue par son omniprésence et sa concentration élevée. Les teneurs moyennes en TFA atteignent 1 728 nanogrammes par litre (ng/l) pour les sites en eau douce et 356,5 ng/l pour les sites marins. Le chiffre pour l’eau douce dépasse largement la moyenne observée pour l’eau du robinet, soit 1 100 ng/l, selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ce sont ensuite le PFOA (92,6% des sites d’eau douce et 71% des sites côtiers) et le PFOS (92,6% des sites d’eau douce et 61,7% des sites côtiers), deux substances pourtant interdites, que l’on retrouve en plus grande quantité. Elles sont par ailleurs considérées comme les plus à risque pour la santé, classées respectivement «cancérogène pour les humains» et «cancérogène possible» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Aujourd’hui, la réglementation européenne pour interdire ou non la baignade ne tient compte que des critères bactériologiques, sans intégrer la pollution chimique. Elle se base notamment sur l’analyse de la présence d’E. coli et d’entérocoques intestinaux, deux bactéries du tube digestif. Un récent rapport de la Commission européenne assure même que 85% des eaux de baignade sont «excellentes». Selon Surfrider, si le PFOS était pris en considération, environ 78% des sites continentaux et 44% des sites littoraux qu’elle a échantillonnés seraient classés en «mauvais état chimique». Pour le moment, seuls les Pays-Bas se sont dotés d’un outil pour mesurer la pollution chimique aux PFAS. L’Institut national de la santé publique et de l’environnement néerlandais a fixé un seuil sanitaire (280 ng/l) pour les PFAS dans les eaux de surface, au-delà duquel la baignade est interdite. À partir de ce modèle, Surfrider a constaté que la base nautique de Bédanne, près de Rouen (Seine-Maritime), dépasse largement ce seuil, avec un échantillon mesuré à 450 ng/l. Face à cette contamination qui touche l’ensemble du continent, l’association demande à l’Union européenne la mise en place de normes de qualité chimique des eaux de baignade, d’améliorer les dispositifs de contrôle et d’enclencher des plans de dépollution. Texte intégral (885 mots)


Des eaux en «mauvais état chimique»
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