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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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23.09.2026 à 12:00

Agriculture biologique : la consommation et la production en hausse… mais encore loin des objectifs

Mathilde Picard

Texte intégral (761 mots)
Les ventes ont augmenté de 9,3% en magasins spécialisés durant le premier semestre. © Jérome Chabanne/AFP

Après plusieurs années difficiles, la consommation de produits issus de l’agriculture biologique a confirmé son rebond au premier semestre. Ces achats en hausse représentent «des signes encourageants» pour la production, selon l’Agence bio, organisme étatique chargé de promouvoir ce mode de production sans engrais ni pesticides de synthèse.

Les ventes ont continué de croître les six premiers mois de 2026, de 4,8% en valeur et sur toutes les filières, a indiqué l’Agence ce mercredi. Toutefois, cette bonne nouvelle est encore loin de combler le retard sur les objectifs de production fixés par la loi. L’agriculture biologique représente environ 10% des surfaces agricoles, quand la France cible 21% en 2030.

Quant aux produits bio, ils composent toujours moins de 6% de la consommation à domicile, 6% des achats des 85 000 cantines (20% visés en 2030) et 1% des approvisionnements des restaurants.

9,3% de ventes supplémentaires en magasins bio

La hausse de la consommation depuis 2025 redonne l’espoir d’améliorer la trajectoire française. «Encore une année comme ça et on aura rattrapé complètement les 15% de baisse qu’on a pu avoir» avec la crise inflationniste de 2022, s’est félicité le président de l’Agence, Bruno Martel. Ce premier semestre, les ventes ont crû de 9,3% en magasins spécialisés et de 2% en grande distribution (où la moitié des achats se font).

Depuis un an, les prix des produits conventionnels se sont «beaucoup rapprochés» de ceux du bio, et «les transformateurs et les distributeurs ont remis en évidence les produits bio qu’ils avaient parfois délaissés des rayons», explique le spécialiste. Il voit dans la grande distribution un levier majeur : «Il faut qu’on ait au moins 10% [de l’espace, NDLR] des rayons en magasin pour laisser le choix au consommateur.»

Du côté de la production, la «dynamique est positive», ce qui met fin à trois ans de reculs des surfaces (moins 130 000 hectares fin 2025). L’an dernier le nombre de fermes en bio avait reculé pour la première fois. Entre le 1er janvier et le 31 août 2026, le nombre de nouvelles fermes en production bio a progressé de 14%, tandis que les arrêts d’activité ont reculé de 13%, par rapport à la même période en 2025. Bilan à ce stade : un solde positif de 687 producteur·ices, dans l’élevage de brebis, le maraîchage, la production de fruits…

Un balbutiement plutôt qu’un nouvel élan

Selon Bruno Martel, «il y a une reprise du nombre de producteurs, c’est significatif, et effectivement il y a une aspiration nouvelle», même si «c’est un balbutiement, pas non plus l’euphorie».

Il rapporte que «le retour de la consommation remet du baume au cœur» des agriculteur·ices. Elles et ils peuvent «croire en un modèle qui leur permet de gagner leur vie et qui fait partie des solutions sur pas mal de sujets dans un contexte climatique tendu : la souveraineté alimentaire, le captage du carbone, moins d’énergies fossiles consommées…», liste-t-il.

Il est cependant trop tôt pour dire que la production bio augmente de nouveau en France : l’Agence bio attend les chiffres annuels, notamment des surfaces et des cessations, en particulier après cet été catastrophique pour le secteur agricole.

Les agriculteur·ices bio aussi ont vu leur activité affectée. La diversité de leurs cultures a pu un peu les protéger, explique le président de l’Agence bio, «mais les maraîchers ont énormément souffert cet été du manque d’offre et de fréquentation des marchés, avec parfois des baisses de 50% du chiffre d’affaires».

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23.09.2026 à 10:43

À Rennes, un pesticide toxique interdit depuis 20 ans détecté dans l’air : «Dans le centre-ville, on est autant exposé qu’à côté des parcelles»

Marion Durand

Texte intégral (1575 mots)
La station d’Airbreizh dans le centre-ville de Rennes est installée à l’entrée du parc du Thabor. © Marion Durand/Vert

«Ici, nous mesurons l’air que vous respirez», peut-on lire sur une cabane en bois à l’entrée du parc du Thabor, le plus grand espace vert du centre-ville de Rennes (Ille-et-Vilaine). L’organisme de surveillance de la qualité de l’air Airbreizh s’y est installé en 2022, sur demande de la métropole, pour analyser l’air respiré par les Rennais·es.

Dans ce petit espace de quelques mètres carrés, plusieurs machines captent en continu les particules alentour. Olivier Cesbron, ingénieur d’études en qualité de l’air, traque les métaux lourds, les polluants réglementés (dioxyde d’azote, ozone et particules fines) et émergents. Parmi ces derniers, on retrouve les pesticides.

«Ce terme englobe les produits phytosanitaires, les insecticides et les produits antiparasitaires», résume Killian Guillaume, doctorant à l’École des hautes études en santé publique.

Le parc du Thabor fait office de petit poumon de la capitale bretonne : c’est ici qu’on se met au vert, qu’on fait quelques foulées le dimanche ou qu’on vient prendre un bol d’air frais. Pourtant, l’air ambiant n’est pas des plus sains. C’est ce que révèlent les derniers chiffres dévoilés par Airbreizh en ce mois de septembre.

Le lindane, une présence qui interroge

En 2025, les capteurs ont relevé de nombreux pesticides présents dans l’air. Parmi eux, trois sont préoccupants par leur fréquence ou leur concentration : la pendiméthaline, un herbicide utilisé pour bloquer la germination des mauvaises herbes ; le prosulfocarbe, l’un des herbicides les plus vendus en France pour la culture des céréales, pommes de terre ou oignons ; et le lindane, un insecticide toxique… interdit depuis vingt ans.

Si les deux premiers sont autorisés pour l’agriculture, la présence du troisième interroge. «Le lindane est en tête de liste : c’est le pesticide le plus détecté parmi la centaine de substances recherchées, il est présent dans l’intégralité des mesures», indique Olivier Cesbron. Cette substance est un insecticide nocif pour l’environnement et pour les humain·es, classé cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

Killian Guillaume, doctorant à l’École des hautes études en santé publique, et Olivier Cesbron, responsable de l’unité air extérieur chez Airbreizh. © Marion Durand/Vert

«Le lindane est un polluant organique persistant ; il a été interdit pour sa dangerosité et sa persistance. Pourtant, dès qu’on le cherche, on le trouve», lâche Killian Guillaume, dont la thèse s’intéresse aux mécanismes de dispersion des pesticides.

Alors pourquoi retrouve-t-on dans l’air breton un produit toxique interdit depuis 1998 pour l’agriculture et depuis 2005 en usage biocide (pour tuer ou repousser les bactéries, insectes ou rongeurs) ? Après trois ans de recherche, le doctorant avance des pistes : «Le lindane pouvait être utilisé en usage préventif sur les massifs fleuris, mais son utilisation restait marginale et s’est arrêtée dès les années 1990.»

Un insecticide dans le lait maternel

Il était aussi employé pour l’entretien du bois ancien et des charpentes, et comme antiparasitaire pour traiter les infestations de poux ou de puces. «Et même pour la désinfection des bâtiments d’élevage, poursuit le doctorant. C’était vraiment un insecticide à large spectre. Il y a 50 ans, on ne se posait pas trop la question de la dangerosité.»

En clair, le lindane était partout, et c’est encore le cas aujourd’hui : dans l’eau, les sols, l’air et les poussières. On en détecte même dans le lait maternel, le sang et les urines, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).

Le capteur Airbreizh destiné aux pesticides. © Marion Durand/Vert

Le lindane n’est ni un problème rennais ni une particularité bretonne, ce pesticide est détecté sur tout le territoire. «Aujourd’hui, nous n’avons pas de moyens d’action pour lutter contre cette substance toxique, mais il faut en parler. Les stations comme la nôtre doivent documenter sa présence», estime Olivier Cesbron, qui rappelle que les pesticides dans l’air ne font l’objet d’aucune réglementation.

Une surveillance nationale est en place depuis 2018. Dix-sept stations semblables à celle d’Airbreizh, les AASQA (Associations agréées de surveillance de la qualité de l’air), recherchent les produits phytosanitaires présents dans l’air.

Des pesticides qui se propagent loin et rapidement

La station de la commune de Mordelles, à 20 kilomètres de Rennes, fait partie de ce dispositif national. Située en zone périurbaine et proche des grandes cultures, elle est révélatrice de l’impact des pesticides épandus dans les champs sur la qualité de l’air. Ses résultats sont les mêmes que ceux relevés sur le site du Thabor… pourtant éloigné des exploitations agricoles. «Dans le centre-ville de Rennes, on est autant exposé aux pesticides qu’à côté des parcelles», résume Killian Guillaume.

Preuve que les pesticides voyagent, se propagent loin et rapidement. Comment ? Lorsque l’agriculteur·ice pulvérise un produit phytosanitaire, «entre 20 et 90% du pesticide n’atteint pas la cible et se retrouve en suspension dans l’air», décrit le doctorant. On appelle ça la dérive. «Ensuite, même lorsque le produit tombe juste, les gouttelettes peuvent se volatiliser selon les conditions météo, précise-t-il. C’est de nouveau une perte qui varie de quelques pour cent à 50%. Enfin, les pesticides au sol peuvent aussi être remis en suspension au passage d’un animal, d’une personne ou d’une machine.»

Le cas du lindane est particulier. Les teneurs détectées au centre-ville de Rennes sont dix fois plus élevées qu’en zone agricole (0,2 nanogramme par mètre cube au Thabor et 0,03 ng/m3 à Mordelles en 2024). «Ça, c’était une surprise», avoue l’expert en qualité de l’air extérieur. Pour comprendre, la métropole a lancé en début d’année une étude spécifique pour vérifier si d’autres quartiers de la ville sont concernés par cette pollution. Six capteurs ont été disséminés dans des parcs et des quartiers résidentiels. Les résultats seront connus début 2027.

Des effets sur la santé encore inconnus

Quels impacts ces pesticides dans l’air ont-ils sur la santé ? Killian Guillaume grimace : «On ne peut pas dire qu’ils sont problématiques car il n’existe aucune étude sur l’impact des pesticides présents dans l’air sur le corps humain. Mais les usages agricoles et la contamination de l’air par les produits phytosanitaires contribuent à l’exposition de la population aux pesticides.»

Si les effets de certains d’entre eux sur la santé sont bien documentés en cas d’ingestion par l’alimentation, les conséquences liées à l’inhalation sont peu connues, confirme la chercheuse de l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), Laurence Payrastre. «Il pourrait y avoir des effets plus directs car les pesticides inhalés vont directement dans les alvéoles pulmonaires, alors que, pour l’alimentation, une partie des polluants passe par le foie, qui permet de détoxifier», explique-t-elle.

La meilleure voie reste celle de la diminution des pesticides dans l’agriculture et dans les produits d’usage quotidien (insecticides, biocides). Olivier Cesbron et Kilian Guillaume plaident aussi pour plus de transparence sur les pesticides épandus dans les champs. Si les exploitant·es sont tenu·es de déclarer les quantités utilisées, ces informations ne sont pas publiques. «Connaître précisément les dosages et les différents produits utilisés dans les parcelles nous permettrait d’analyser plus finement les teneurs dans l’air», justifie Killian Guillaume. Non pas pour pointer du doigt les usages individuels, mais pour faire avancer la recherche.

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22.09.2026 à 11:56

«On veut des plantations viables pour les prochaines générations» : en Provence, le pari de la pistache

Eliza Amouret

Texte intégral (1330 mots)
Pertuis (Vaucluse), le 19 septembre 2026. La première récolte de pistaches commercialisable. © Eliza Amouret/Vert

En ce samedi ensoleillé de septembre, une quarantaine d’agriculteur·ices venu·es de tout le sud méditerranéen de la France se réunit sur l’exploitation d’Emilie et de Fabien Fiorito, à Ansouis (Vaucluse), pour discuter pistaches. Au programme de la journée : récolte des derniers fruits de la saison et épluchage.

«C’est une année charnière, lance Fabien Fiorito à la cantonade. L’année dernière, on avait récolté 600 kilos de pistaches en tout ; cette année, on est à près de 10 tonnes brutes en France.» «L’année prochaine, ce sera 100 tonnes», renchérit Bernard Schmitt, qui a planté 2,5 hectares de pistaches dans son domaine à Pertuis (Vaucluse).

Créer une filière française de la pistache, c’est le pari un peu fou lancé par une poignée d’agriculteur·ices de Provence en 2017. Alors que cette culture avait disparu de l’Hexagone au 19ème siècle, elles et ils ont dû repartir de zéro. Cette année, pour la première fois, leur récolte est suffisante pour être vendue.

Peu à peu, les producteur·ices de Provence ont été rejoint·es par d’autres personnes de tout l’arc méditerranéen (Occitanie, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes et Corse), désireuses d’adapter leurs cultures face au réchauffement climatique : originaire d’Iran, le pistachier nécessite moins d’eau que les arbres fruitiers à noyaux comme les abricotiers. Réuni·es depuis 2021 au sein d’un syndicat, France Pistache, les producteur·ices apprennent à cultiver ensemble le précieux fruit à coque.

Six ans d’attente

Carnet de notes en main et questions plein la tête, les agriculteur·ices suivent Fabien Fiorito sur son verger pour assister à la récolte mécanique. Les arbres arborent de beaux fruits protégés par une peau rosée. «C’est réconfortant de voir les rendements qu’on obtient au bout de six ans», s’enthousiasme Jean-Franck Cascio, paysan corse qui a planté ses premiers pistachiers en 2024 et 2025. C’est un investissement sur le long terme : il faut attendre six ans pour que les arbres donnent des fruits en quantité suffisante pour être vendus.

Béatrice Sourd observe avec intérêt le bras mécanique qui secoue les arbres pour faire tomber les fruits mûrs. Cette viticultrice du Minervois (Aude) a planté un demi-hectare de pistachiers en plus de ses vignes et songe à en cultiver davantage. «La viticulture, c’est de plus en plus dur, raconte celle qui travaille la vigne depuis quinze ans. Cette année, à la fin des vendanges, les raisins étaient secs.»

Originaire d’Iran, le pistachier est un arbre qui nécessite moins d’eau que les arbres fruitiers à noyaux comme les abricotiers ou les pêchers. © Eliza Amouret/Vert

En plus des problèmes liés à la sécheresse, elle doit faire face à la mutation de la filière vinicole. «Le vin ne se vend pas et les prix chutent», résume-t-elle. Avec la pistache, elle espère diversifier son activité. «Ce qui me plaît, c’est qu’elle est peu gourmande en eau et qu’il y a plein de transformations possibles en pâtisserie, en charcuterie…», énumère-t-elle.

«On apprend tous ensemble»

Une vision partagée par Jean-Franck Cascio, qui produit des amandes, des noisettes, des fruits et des légumes. «Cette année, avec la chaleur, on a beaucoup souffert ; on est obligés de planter des arbres pour faire de l’ombre à nos légumes», souligne-t-il. Celui qui a repris la ferme de son père se prépare à un futur de plus en plus chaud : «On a choisi la pistache parce qu’on veut des plantations économiquement viables pour les prochaines générations.» Pour choisir ce qu’il peut planter sur ses terres corses, il étudie désormais les cultures siciliennes, espagnoles et tunisiennes.

La journée se poursuit avec un atelier d’épluchage : l’une des étapes cruciales. La première peau doit être retirée juste après la récolte ; si ce n’est pas fait dans les 12 à 24 heures, le fruit sec fermente et développe une toxine qui le rend impropre à la consommation. «On les épluche dans cette machine par friction avec de l’eau, explique Fabien Fiorito, désignant une grande boîte métallique verte. Ensuite, elles sont séchées à 42 degrés pendant 24 heures.»

Cette unité d’épluchage et de séchage n’est utile que six semaines dans l’année. Ainsi, les producteur·ices viennent chez Fabien et Émilie Fiorito pour éplucher leur propre récolte et mutualiser le coût de l’investissement. Mais, avec des quantités de plus en plus importantes, elle ne suffira plus.

Bernard Schmitt n’en perd pas une miette. L’année prochaine, il voudrait ouvrir une unité d’épluchage et de séchage plus grande, sur ses terres, pour permettre aux producteur·ices alentour de venir. «C’est très important de discuter avec les collègues, on observe et on apprend tous ensemble», résume-t-il.

«Personne ne nous croyait»

«Pour avoir une filière solide, il faut créer des liens entre les agriculteurs», abonde Émilie Fiorito, qui est aussi trésorière de l’association Pistache en Provence et secrétaire de France Pistache. En lien avec les chambres d’agriculture de Provence-Alpes-Côte d’Azur, d’Auvergne-Rhône-Alpes, d’Occitanie et de Corse, le syndicat organise plusieurs ateliers par an pour transmettre les connaissances et partager les retours d’expérience. «En hiver, on organise un atelier taille ; au printemps, on fait un atelier sur l’irrigation ; et, en septembre, c’est la récolte», énumère la productrice.

«Au départ, personne ne nous croyait, raconte celle qui a commencé à s’intéresser à la pistache en 2019. Maintenant, avec cette récolte, on nous regarde différemment.» Le syndicat rassemble plus de 150 adhérent·es : pas seulement des producteur·ices, aussi des entreprises de transformation, des confiseur·ses et une entreprise de yaourt qui veut valoriser la pistache française. «Il ne suffit pas de planter des pistachiers : on doit donner une perspective aux agriculteurs», affirme Émilie Fiorito. Le marché est très dynamique : la France importe chaque année environ 15 000 tonnes de pistaches décortiquées.

Conscient·es de ne pas pouvoir rivaliser avec les leaders du marché – États-Unis ou Turquie, qui produisent chaque année des centaines de milliers de tonnes –, les producteur·ices tricolores veulent se démarquer par la qualité de leurs fruits. Pour les aider, France Pistache travaille avec l’Institut Agro de Montpellier (Hérault), qui mène une étude sur la traçabilité. La pistachicultrice d’expliquer : «L’idée, c’est qu’à chaque étape, du champ à l’assiette, on ait une traçabilité complète du produit.»

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22.09.2026 à 06:00

Dans la Manche, les pêcheurs français font monter la pression pour interdire les plus gros chalutiers de la bande côtière

Esteban Grépinet

Texte intégral (1292 mots)
L’association Greenpeace interpelle un navire de plus de 25 mètres en train de pêcher dans une aire marine protégée au large de Dunkerque (Nord), en décembre 2024. © Pierre Larrieu/Hans Lucas via AFP

La bande côtière est en plein remous. Les 22 premiers kilomètres depuis la côte qui entourent le littoral français sont au cœur d’un combat décisif pour l’avenir de la pêche artisanale. Riches d’écosystèmes marins uniques et de populations de poissons cruciales pour l’économie locale, ces eaux territoriales font face à la pression croissante des plus gros navires. Mais des voix s’élèvent, notamment dans le nord de la France.

Le 7 septembre dernier, la commission Manche-mer du Nord du Comité national des pêches – l’organisme représentatif de la profession – a voté par dix voix contre six (et cinq abstentions) en faveur de l’exclusion de la bande côtière des bateaux de plus de 25 mètres. Une décision symbolique à ce stade, mais destinée à envoyer un signal fort à la ministre déléguée chargée de la mer et de la pêche, l’ancienne navigatrice Catherine Chabaud.

«Il y a une unanimité totale contre la présence de ces bateaux»

Entre 2022 et 2024, les navires de pêche – français comme étrangers – ont remonté 117 000 tonnes de captures (harengs, sardines, maquereaux, coquilles Saint-Jacques…) par an de la bande côtière française, selon une étude publiée en juin par l’Institut Agro. 10% de ces prises ont été le fait de grands chalutiers de plus de 24 mètres, souvent étrangers (Pays-Bas, Belgique…), mais avec de fortes disparités régionales. Dans les Hauts-de-France, ces navires industriels représentent près de la moitié du total des captures dans la bande dite «des douze miles» (soit environ 22 kilomètres à partir du rivage).

«Les navires de plus de 24 mètres pourraient pêcher ailleurs que dans la bande côtière», juge Didier Gascuel, professeur en écologie marine et co-auteur de la publication, dans un entretien avec le média spécialisé Le Marin. Une telle exclusion aurait «a priori un impact économique faible sur ces flottilles industrielles», dont les volumes pêchés dans les douze miles représentent moins de 1% de leurs captures totales, selon l’étude.

«Chaque année, des marins décident de changer de métier car ce n’est plus possible de sortir du port pour se retrouver face à ces navires tellement gros qu’ils ont des aspirateurs à poissons pour récupérer les captures», déplore Fabien Randrianarisoa, chargé de campagnes Pêches industrielles auprès de l’association de défense des océans Bloom. «Mettre tout le monde ensemble, gros comme petit, c’est un contre-sens, le rejoint Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches (CRPMEM) de Normandie. Les petits bateaux ne peuvent pas aller au large pour des raisons de sécurité, d’autonomie ou de réglementation, alors que les plus gros ont un rayon d’action bien plus large.»

«Il y a une unanimité totale contre la présence de ces bateaux», complète cet ancien pêcheur de la baie de Seine : d’après un questionnaire réalisé auprès des pêcheur·ses normand·es par le CRPMEM, 99% des répondant·es sont pour l’exclusion des navires de plus de 25 mètres de la bande côtière. Fin 2025, la préfecture de Normandie avait mis en application cette mesure pour les bateaux français à la suite d’un vote favorable du Comité régional des pêches… avant de revenir sur sa décision six mois plus tard, sous la pression juridique de deux armateurs français.

Les pêcheurs toujours dans l’attente

C’est dans ce contexte que la ministre Catherine Chabaud a annoncé fin juin, lors des Assises de la pêche et des produits de la mer à Cherbourg-en-Cotentin (Manche), vouloir lancer une «consultation auprès des États membres concernés [de l’Union européenne] afin de les informer de notre volonté d’exclure les navires de plus de 25 mètres dans les 12 milles en Manche-Est au regard des enjeux sensibles de cohabitation.»

«Il n’y a plus un jour à perdre, sinon les pêcheurs artisans subiront leurs assauts un an de plus.»

La procédure – qui concerne cette fois tous les navires industriels, français comme étrangers – repose sur l’article 20 de la Politique commune des pêches de l’Union européenne. Une fois ce dernier activé, la France devrait attendre au moins deux mois avant son entrée en application. «Les navires-usines seront de retour mi-novembre, alerte Fabien Randrianarisoa. Il n’y a plus un jour à perdre, sinon les pêcheurs artisans subiront leurs assauts un an de plus. Et, en 2027, Catherine Chabaud ne sera probablement plus ministre et le dossier risque de tomber aux oubliettes.»

Bloom, la Confédération générale du travail, Pleine mer et Force 5, mobilisées à Brest le 15 septembre pour interpeller la ministre de la mer et de la pêche. © DR

Aux côtés d’autres associations (Pleine mer, Greenpeace), de professionnel·les et d’élu·es, l’ONG a interpellé Catherine Chabaud en marge de son déplacement à Brest (Finistère) pour le congrès du Conseil international pour l’exploration de la mer, le 15 septembre. Une «énorme déception», témoigne Fabien Randrianarisoa à l’issue d’une courte entrevue : «La ministre n’a rien compris à l’urgence. […] Les pêcheurs se sont exprimés, les scientifiques ont fait leur boulot ; maintenant c’est à elle de tenir la parole qu’elle a elle-même donnée aux Assises de la pêche.» Contacté à plusieurs reprises, le ministère de la mer n’a pas répondu aux sollicitations de Vert.

«En Normandie, nous voulons pêcher sur un modèle artisanal, avec des bateaux à taille humaine, pour alimenter une économie littorale qui emploie du monde», rappelle Dimitri Rogoff. Mais l’ancien matelot se veut patient : «Ça fait vingt ans que j’attends ça, alors que ce soit cet hiver ou au printemps, peu importe. C’est suffisamment difficile de faire bouger les lignes.»

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21.09.2026 à 14:47

«Nous avons droit à un avenir, mais aussi de vivre maintenant» : l’appel de la jeunesse à manifester le 26 septembre pour le climat, le vivant et la justice sociale

Collectif

Texte intégral (1310 mots)
Photo d’illustration. Une marche pour le climat, la justice et les libertés, à Paris, le 28 septembre 2025. © Mary-Lou Mauricio/Vert

Cette tribune, rédigée par des personnes extérieures à la rédaction de Vert, a été publiée dans Libération le 19 septembre 2026.

Nous avons droit à un avenir.

Nous ne sommes ni écoanxieux ni écoanxieuses. Nous sommes écolucides.

Nous lisons les rapports des scientifiques. Nous regardons dehors. Nous observons l’inaction de nos gouvernements. Et nous tirons les conclusions qui s’imposent.

Cette lucidité nous met en colère. Pas parce que demain sera dur. Parce qu’aujourd’hui l’est déjà. La catastrophe n’est pas à venir : elle a déjà commencé. Les canicules, les sécheresses, les incendies, les récoltes perdues, les personnes contraintes de quitter leur foyer. C’est maintenant. C’est partout.

Plus de 7 300 personnes sont mortes cet été. 100 000 hectares de forêts ont été ravagés par les incendies. 100 000 hectares, c’est dix fois Paris. Une fois de plus, nous faisons face aux conséquences de notre surconsommation et à la destruction de nos propres terres et du vivant, qui rend pourtant possible notre vie sur Terre.

Ces étés qui s’enchaînent ne sont pas «apocalyptiques». Ils sont tous logiques, prévisibles, prévus d’ailleurs : l’état d’urgence climatique est documenté depuis près de cinquante ans. Nous le savons : cet été sera sans doute l’un des plus frais de toute notre existence.

Nous : collégiens, lycéens, étudiants, jeunes précaires, vivons déjà tout cela dans notre chair. Ce n’est pas le premier été que nous passons sur un asphalte bouillant, sous des chaleurs écrasantes, dans des logements brûlants.

Ces trente dernières années, il ne s’est absolument rien passé qui soit à la hauteur. Des sommets, des déclarations fallacieuses, des promesses jamais tenues, des objectifs sans cesse repoussés. Pendant ce temps, la pollution se répand, le désastre s’aggrave.

Le dérèglement n’est pas une affaire de générations. Nos grands-parents n’en sont pas les responsables. La crise dans laquelle nous nous trouvons est la conséquence des choix de quelques-uns pour s’enrichir et des gouvernements qui les ont laissés faire. Nous ne cherchons pas de coupables par classe d’âge. C’est une direction tout entière que nous allons faire bifurquer.

Nous sommes inquiètes et inquiets.

Pour nos grands-parents, fragilisés par ces chaleurs extrêmes.

Pour nos parents qui travaillent dehors, sur les chantiers, dans les champs, dans les cuisines, dans les entrepôts, à l’hôpital, dans les écoles, dans les services publics, à qui on demande de tenir dans des conditions qui deviennent invivables.

Pour toutes celles et ceux qui ont été déplacés, évacués, contraints à l’exil par les sécheresses, les incendies et la montée des eaux. Ailleurs comme ici désormais.

Pour nos petites sœurs et nos petits frères, pour les enfants que nous aurons peut-être. Pour la décence de leurs conditions de vie, l’habitabilité d’une planète qui est aussi la leur.

Et oui, pour nous-mêmes et pour nos amis. Parce qu’on ne nous propose aucun avenir digne de ce nom. On nous demande d’organiser notre vie comme si de rien n’était : études pour alimenter la machine, emplois pour l’entretenir, consommation effrénée pour la maintenir à flot.

Nous refusons.

Nous avons droit à un avenir. Nous avons aussi le droit de vivre maintenant. Nous ne voulons pas mettre notre jeunesse en attente d’un monde qu’on nous promet et qui ne vient pas. Vivre au présent, aimer, apprendre, respirer, faire des projets. Ne pas penser notre vie autour de ce qu’engendrera le dérèglement climatique.

Nous voulons nous inscrire dans la continuité de nos aînés. En mars 1944, dans un pays occupé, ruiné, aux heures les plus sombres de son histoire, la Résistance a adopté un programme de reconstruction, «Les Jours heureux». Sécurité sociale, services publics, retraites, école pour toutes et tous. Ces personnes-là n’ont pas attendu que la situation soit favorable. Ils ont retroussé leurs manches au milieu des ruines, et ils l’ont fait pour tout le monde. Nous comptons suivre leur exemple. Pour notre dignité, nous défendrons l’habitabilité de notre planète.

On dit de notre génération qu’elle ne veut pas travailler. C’est faux. Nous voulons travailler, et nous savons à quoi. Nous voulons rebâtir. Non par sacrifice, mais parce que rien d’autre n’aurait de sens aujourd’hui. L’urgence climatique nous oblige : c’est notre futur très proche qui est en jeu.

Nous n’imposons ni voie à suivre ni vision fixe, nous entendons simplement montrer que nous ne baisserons pas les bras. La première étape sera pour nous de descendre dans la rue le 26 septembre. Partout. Pour le climat. Pour le vivant. Pour la paix. Pour la justice sociale.

Rejoignez-nous. Faites grandir ce mouvement.

Premiers signataires :

Elly, 17 ans, lycéen ;

Mathis, 16 ans, lycéen ;

Mattia, 20 ans, étudiante ;

Arthur, 22 ans, étudiant et conseiller municipal ;

Joana, 15 ans, lycéenne ;

Marcia, 21 ans, étudiant ;

Benjamin, 25 ans, étudiant ;

Paul, 19 ans, étudiant ;

Lucie, 24 ans, ingénieure ;

Antonin, 17 ans, lycéen en bac professionnel ;

Hachem, 19 ans, étudiant, élu CROUS ;

Eliott, 22 ans, jeune militant ;

Armel, 21 ans, étudiant ;

Elios, 17 ans, lycéen, élu CVL ;

Gaëlle, 23 ans, étudiante alternante BTS SP3S ;

Clément, 16 ans, lycéen ;

Clément, 21 ans, étudiant ;

Antonin, 16 ans, lycéen ;

Jeanne, 16 ans, lycéenne ;

Arnaud, 23 ans, étudiant ;

Seyma, 15 ans, étudiante ;

Lilian, 19 ans, étudiant ;

Alexandre, 30 ans, salarié ;

Valentine, 26 ans, militant ;

Delphine, 28 ans, militant ;

Zéphyr, 26 ans, formateur indépendant ;

Ange, 20 ans, photographe ;

La jeunesse du mouvement du 26 septembre.

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21.09.2026 à 12:01

«On a peur de ne plus avoir la même Camargue» : à Arles, 2 500 personnes réunies contre le projet de ligne à très haute tension

Samy Hage

Texte intégral (1539 mots)
Une foule rose au théâtre antique d’Arles, samedi. © Samy Hage/Vert

Sacrée journée pour le théâtre antique d’Arles (Bouches-du-Rhône). Ce samedi, peu avant 18 heures, les visites des journées du patrimoine se terminent à peine quand une autre foule se presse pour entrer à son tour. Le cortège vient manifester contre un projet de ligne à très haute tension (THT) entre le Gard et les Bouches-du-Rhône. Celui-ci doit traverser le parc naturel de Camargue, le domaine AOC des vignobles des Costières de Nîmes et le site Natura 2000 de la plaine de la Crau. Les 2 500 places du théâtre se remplissent à vue d’œil pendant que l’organisation distribue des foulards couleur flamant rose, espèce emblématique qui vit sur le tracé. «On a peur de ne plus avoir la même Camargue», s’alarme Aurélie (elle n’a pas donné son nom), qui manifeste pour la première fois contre le projet avec quelques ami·es.

Ce moment se veut le point culminant de deux ans et demi d’une mobilisation transpartisane autour du collectif THT 13/30, qui réunit 36 associations. Les prises de parole sont très variées face aux gradins bondés. On retrouve des représentant·es d’organisations environnementales, d’exploitations agricoles locales ou d’organismes de préservation du patrimoine. «Le pouvoir macroniste aura au moins eu le mérite de nous unir», se réjouit Clément Lajoux, porte-parole des organisations professionnelles agricoles des Bouches-du-Rhône.

Au centre des gradins, l’union politique est encore plus surprenante, avec une centaine d’élu·es de tous bords. À quelques sièges de la députée écologiste Delphine Batho, on retrouve le maire Horizons d’Arles, Patrick de Carolis, et même le sénateur d’extrême droite (ex-Reconquête) Stéphane Ravier. Pas franchement des habitué·es des luttes écologistes. «Ils sont écolos quand ça se passe dans leur territoire», raille le député de Marseille, Hendrik Davi (L’Après). Face à la foule, le porte-parole du collectif THT 13/30, Jean-Luc Moya, introduit : «La règle d’or, ce soir, c’est que l’on ne parle que de THT.» Auprès de Vert, son collègue Jean-Laurent Lucchesi dénonce l’opportunisme de certain·es : «Les élus ont été pris de plein fouet par la colère de leurs électeurs. Ils n’ont pas vraiment le choix.»

Des pylônes au milieu d’espaces protégés

Cette colère est galvanisée par la possibilité de voir s’ériger près de 150 pylônes, pouvant mesurer 60 mètres de haut, en plein milieu d’espaces protégés. En plus de défigurer le paysage, l’infrastructure pourrait menacer l’activité agricole. La rizicultrice Carole Guintoli explique, les larmes aux yeux : «J’ai peur qu’on nous interdise de cultiver du riz, car des parcelles inondées ne seront pas compatibles avec les pylônes.»

Des représentant·es des 36 associations du collectif THT 13/30. © Samy Hage/Vert

L’avis de l’autorité environnementale, rendu le 27 août dernier, alimente ses craintes. Il pointe «des incidences sur les zones humides probablement supérieures aux seules fondations». Le gestionnaire du réseau électrique RTE promet une imperméabilisation des sols uniquement autour des 60 pylônes en zones humides, mais l’autorité craint une modification plus large de l’écosystème, ne serait-ce que pour l’accès à ces pylônes. L’avis confirme également l’alerte du collectif sur les dangers pour la riche faune de la région. Il parle de «risques de collision et d’effet barrière pour les oiseaux», notamment sur le Ganga cata, espèce protégée de perdrix, en danger critique d’extinction.

Dès lors, une solution est sur toutes les lèvres : l’enfouissement de la ligne. C’est la revendication principale du collectif, qui a mandaté une expertise tierce pour proposer un projet alternatif. «Nous ne proposons que des techniques que RTE sait faire», affirme Jean-Laurent Lucchesi. Mais RTE ne l’entend pas de cette oreille et affirme qu’enterrer la ligne serait trop coûteux. «La solution de ligne aérienne demeure la plus robuste», réaffirme l’entreprise auprès de Vert. Une option que l’autorité environnementale regrette dans son rapport : «Le dossier ne compare pas suffisamment les incidences sur l’environnement et la santé humaine des différentes stratégies, notamment [..] de celles examinées par la tierce expertise.»

La déconnexion de «l’État central»

Pour Clément Lajoux, la raison n’est ni technique, ni économique, mais bien politique : «RTE est le bras armé de l’État. Si l’État veut que ça aille vite, alors ils choisiront la solution la plus rapide, et c’est l’aérien.» La ligne est un projet important du plan de «réindustrialisation verte» voulu par Emmanuel Macron. Elle doit fournir la puissance nécessaire à la zone industrielle de Fos-sur-Mer, l’une des plus polluantes de France, pour réduire ses émissions en électrifiant autant que possible. Le gestionnaire des espaces naturels protégés de Camargue et de Crau, Jean Jalbert, déplore une politique du résultat à court terme : «Un aménagement du territoire qui oppose transition écologique et transition énergétique est un non-sens absolu.» Son intervention est largement applaudie.

Cette opposition entre des décisions centrales et des réalités locales est palpable au sein de la manifestation. «C’est un projet qu’on nous impose», peut-on entendre à de multiples reprises. Au micro, Carole Guintoli développe : «Sur les cartes, ce n’est qu’un trait. Or celui-ci traverse nos vies.» L’impression d’une indifférence de l’exécutif va grandissant, alors que le gouvernement enchaîne les déclarations en faveur d’une procédure accélérée. Au début de l’été, le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefèvre, parlait d’un projet éligible à «la méthode Notre-Dame». Comprendre : une simplification administrative qui réduit les possibilités de contentieux.

La signature du serment par les élu·es. © Samy Hage/Vert

C’est aussi ce qui explique le pari de réunir autant d’élu·es, y compris du camp gouvernemental. «Cette grande union a comme objectif de tendre la main à l’État central pour discuter du projet alternatif», veut croire Jean-Laurent Lucchesi. En fin de manifestation, les six maires des villes concernées par le tracé signent un serment «en faveur d’une solution alternative à la ligne aérienne», qui sera envoyé au président de la République.

Vers un durcissement du mouvement ?

Un plan B, en cas d’échec du dialogue, est cependant dans toutes les têtes, alors que la déclaration d’utilité publique devrait être annoncée dans les prochaines semaines. Chez les manifestant·es, on envisage des actions de blocage, voire une zone à défendre, comme dans la lutte contre le projet avorté d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique). Carole Guintoli achève son discours par un message fort en ce sens : «Si RTE et l’État s’entêtent, nous finirons morts ou en prison. Nous sommes désespérés et, le désespoir, c’est dangereux.»

Reste à savoir quel sera le positionnement des responsables politiques présent·es si la mobilisation passe à la vitesse supérieure. Interrogé par Vert, le maire Horizons d’Arles, Patrick de Carolis, botte en touche : «Ce soir, on ne parle pas de politique !» Quelques mètres plus loin, Jean Jalbert développe une vision un brin différente : «Si la déclaration d’utilité publique passe, ce sera une déclaration de guerre.»

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21.09.2026 à 11:35

«Nous nous sommes auto-saisis» : l’Assemblée citoyenne de Jean-Marc Jancovici est lancée et compte peser sur la présidentielle

Jacques Trentesaux

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Séance d’ouverture d’«Un commun accord», le 19 septembre dans le grand amphithéâtre du Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. © Jacques Trentesaux/Vert

Elles et ils sont 156 à avoir répondu présent·e, ce samedi, pour le lancement d’«Un commun accord», l’assemblée citoyenne initiée par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. 156 citoyen·nes tiré·es au sort pour tenter de dénouer quelques-uns des grands blocages climatiques, économiques ou énergétiques de notre société. 156 citoyen·nes composant une sorte de «mini-France», selon les critères d’âge, de genre, de catégorie sociale, de niveau d’études ou d’origine géographique. Le plus jeune a 17 ans ; le plus éloigné vient de… Nouvelle-Calédonie ! Tous leurs frais sont pris en charge et chacun·e bénéficie d’un défraiement de 102,16 euros par jour. Coût de l’opération : 3 millions d’euros.

La motivation des tiré·es au sort, choisi·es parmi une liste téléphonique de 200 000 noms, semble très forte. Seules quelques mains se lèvent lorsque Sophie Guillain, directrice générale du cabinet spécialisé en concertation Res Publica, demande si certain·es hésitent à revenir demain. «J’ai accepté de participer parce que je crois à la démocratie, nous confie Dominique (dans l’assemblée, personne ne donne son nom, c’est l’une des règles), 75 ans, lors d’une pause. Bon, il n’y a pas de démocratie pure mais je suis écœurée par ce qu’on entend – sur l’immigration ou la sécurité – et surtout ce qu’on n’entend pas : ce qu’on va pouvoir mettre dans son assiette.»

Partir de ses rêves, de ses désirs

Réuni·es dans le grand amphithéâtre du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), au centre de Paris, les citoyen·nes écoutent sagement les organisateur·ices. Leur mandat ? Répondre à cette question centrale : «Au 21ème siècle, pouvons-nous encore espérer tout avoir ?» «Espérer est le mot clef, insiste Jean-Marc Jancovici. Il faudra partir de vos rêves, de vos désirs, et définir la direction qu’il nous faut prendre pour avoir une chance d’y arriver.»

«Un commun accord» dénote parmi les consultations citoyennes. Cette opération inédite est née dans l’esprit de Jean-Marc Jancovici. Enseignant, conférencier et auteur à succès, il est très médiatisé et adopte des positions tranchantes dans les médias, où il critique le traitement défaillant des journalistes sur le climat et défend bec et ongles le nucléaire. Il est contesté par nombre d’écologistes pour son manque de soutien aux énergies renouvelables. L’initiative a aussi été rendue possible par des «shifters», membre de l’association de Jean-Marc Jancovici, le Shift Project. Cette dernière n’est toutefois pas partie prenante.

La démarche est soutenue par une campagne de financement participatif qui bat tous les records pour un tel mode de financement : la barre des 200 000 contributeur·ices a presque été franchie ce week-end. Toutes et tous ont été sollicité·es pour soutenir la démarche à hauteur d’un euro symbolique. Certain·es ont donné plus et la collecte atteint déjà 2,6 millions d’euros. Deux millions supplémentaires avaient été réunis avant le lancement auprès d’une dizaine de proches du polytechnicien «aux poches profondes», à qui une charte de non-ingérence a été soumise.

«On s’engage juste à porter vos préconisations dans le débat public sous la forme que vous déciderez», insiste Audrey Cerdan, pilote du projet. Pas question de plaquer les idées défendues par Jean-Marc Jancovici. Ce dernier promet de ne plus intervenir après cette première session et assure qu’il se «mettra en retrait de la fréquentation de tout candidat pour éviter toute équivoque». Les conclusions de l’assemblée citoyenne seront rendues publiques les 6 et 7 février, soit un peu plus de deux mois avant la présidentielle – un pari qui semble audacieux. Le but : faire émerger des compromis qui s’imposeront aux candidat·es.

Discussions en mini-ateliers dans le salon d’honneur du Cnam, après l’intervention de la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte. © Jacques Trentesaux/Vert

«Un commun accord» n’est pas sans rappeler la Convention citoyenne pour le climat, lancée par le gouvernement en octobre 2019 après le mouvement des Gilets jaunes et le Grand Débat national. Cette convention, la première du genre en France, avait suscité d’abord du scepticisme, puis de la curiosité et enfin de la déception. La promesse non-tenue du président Emmanuel Macron d’une reprise «sans filtre» est encore dans toutes les têtes. Pourtant, le gouvernement avait validé 78 des 146 préconisations des citoyen·nes, d’après un décompte exhaustif du Monde – notamment via la loi Climat et Résilience de 2021… en grande partie détricotée depuis.

L’opération «Un commun accord» a-t-elle pour but de ressusciter la Convention citoyenne pour le climat ? Ses initiateur·ices insistent sur les différences entre les deux démarches. Le commanditaire, tout d’abord, qui n’est pas le gouvernement mais la société civile – d’où son nom «d’assemblée» et non de «convention». «Nous nous sommes en quelque sorte auto-saisis», précise Jean-Marc Jancovici. La méthode tranche aussi. Il ne s’agit pas de répondre à une question fermée («réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre en France d’ici à 2030 dans un esprit de justice sociale», comme le demandait la convention citoyenne sur le climat) mais d’apporter des réponses à des dilemmes concrets.

Exemples de ces dilemmes ? Comment limiter la pollution en ville sans nuire à la liberté de circulation ? Comment répondre à la demande en logements sans artificialiser les sols ? Comment produire français en gardant des produits peu chers ? Comment se débarrasser du gaz russe sans devenir dépendant du gaz étasunien ? Autant de questions laissées au choix des citoyen·nes.

L’enjeu d’une large mobilisation populaire

Enfin, «Un commun accord» bénéficie du soutien du public et de personnalités très diverses (McFly et Carlito, Gaspard G., Alain Aspect, Françoise Combes, Albert Dupontel, le général Frédéric Chiffot, Amixem, Thierry Lhermitte…). La plateforme de financement participatif, qui héberge déjà plus de 50 000 commentaires, a vocation à accompagner et à nourrir les travaux des citoyen·nes tiré·es au sort. L’enjeu est énorme. Plus l’initiative bénéficiera de l’engouement du grand public, plus ses conclusions seront jugées légitimes. Or le nombre de 200 000 contributeur·ices est encore très insuffisant pour y parvenir.

Pour ce premier week-end de travail, les citoyen·nes ont bénéficié des éclairages d’expert·es en géopolitique (Pascal Ausseur), économie (Patrice Geoffron), finances (Selma Mahfouz) ou climat (Valérie Masson-Delmotte). Un vaste tour d’horizon pour poser les enjeux et comprendre les contraintes physiques et financières de notre pays.

Discussions entre quelques citoyen·nes tiré·es au sort et la presse à l’issue de la première journée de travail. © Jacques Trentesaux/Vert

À la fin de leur première journée de travail, les têtes des citoyen·nes tiré·es au sort étaient farcies de chiffres et de données en tout genre. «J’ai eu l’impression de retourner à l’école, indique Anna, 21 ans. On a eu des gens calés sur tous les sujets.» «Moi, je n’ai rien appris, fanfaronne un autre participant. J’suis sincère. C’était dans mon programme de seconde.» Abdel-Qâdir, lui, a tout trouvé intéressant : «Je ne connaissais pas Jancovici : j’ai vu hier sur Youtube qu’il était connu ; il a même déjà rencontré le président… C’est du high level ici !»

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