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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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20.08.2026 à 11:51

Récupérer des noyaux et faire naître un verger urbain : près de Montpellier, une expérience d’écologie populaire qui porte ses fruits

Cécilia Brès

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«Nos fruits sont vivants, ressemons-les !» Le slogan barre le couvercle de la caisse en bois, posée au sol. Dedans, une trentaine de noyaux. Abricot, cerise, pêche, prune, amande, mais aussi pépins de pomme et de poire : l’association Le verger partagé récupère tout. Elle dispose de plusieurs points de collecte à Castries, en périphérie de Montpellier, dans l’Hérault. À la médiathèque, au centre socioculturel. Et ici, à l’entrée même du verger.

Il y a dix ans, ce n’était qu’une friche agricole. Une bande de terre grande comme un terrain de football, cernée par le mur d’enceinte du château et un lotissement avec piscines. Aujourd’hui, se dresse une petite forêt nourricière, née des noyaux et pépins semés chaque automne par des dizaines de bénévoles.

«On sème tout ce qu’on a, et c’est la nature qui décide.»

En cette chaude matinée d’août, Sylvain, trésorier de l’association, et Jenny s’engouffrent dans le verger. Ils veillent à ne pas quitter le chemin de végétation aplatie, parmi les herbes hautes. Le soleil cogne. À chaque pas, les fruits du gaillet gratteron, plante sauvage qui a inspiré les scratchs Velcro, s’agrippent un peu plus aux pantalons.

Le binôme prend le temps d’observer les arbres. L’un deux ploie sous le poids des prunes : Sylvain en a déjà tiré quarante kilos, et un pot de confiture pour chaque bénévole. Plus loin, un amandier, délesté de ses feuilles, retient de nombreux fruits. Récolte prévue en septembre.

Sans irrigation, ni pesticides, ces fruitiers semés résistent aux sécheresses. Mieux : ils dépassent certains de leurs voisins, achetés en pépinières et arrivés les premiers, il y a dix ans.

À l’époque, une entreprise souhaite offrir cent arbres à la commune. José Brochier, membre fondateur du Verger partagé, raconte : «On a formé un petit groupe d’habitants et on est allé voir la première adjointe. On lui a dit : « On nous propose cent fruitiers, est-ce que vous avez un terrain ?”». Après quelques péripéties, 75 arbres sont plantés sur la parcelle communale en décembre 2016.

Dans la région, les vergers sont irrigués et reçoivent beaucoup de traitements pesticides. Pour innover et s’éviter un «boulot monstre», les bénévoles misent sur une agriculture pluviale, dépendante des précipitations. Mais la sécheresse s’installe. Les plants souffrent, ils exigent trop d’eau.

Chaque noyaux et pépin recèle le potentiel de devenir un arbre. Alors, les bénévoles de l’association Le verger partagé sèment tout ce qu’ils récupèrent et laissent la nature décider. © Cécilia Brès/Vert

Alors, l’association délaisse la plantation de petits arbres. Dès la deuxième année, elle pratique le semi direct : la graine est introduite dans la terre, directement sur la parcelle, et sans travail préalable du sol. «Un arbre semé développe une racine pivot qui lui permet d’aller chercher l’eau très profondément», explique José Brochier, ingénieur agronome à la retraite.

Depuis, les bénévoles ne cessent de ressemer des pépins et noyaux, collectés auprès des habitant·es. «C’est du vivant, on ne jette pas du vivant, défend-il. On sème tout ce qu’on a, et c’est la nature qui décide.»

Résistance au changement climatique

Laisser la nature décider, une démarche au cœur de la «régénération naturelle assistée» (RNA). L’association applique ces principes d’agroforesterie : garder un sol couvert, mélanger les essences d’arbres, ne pas tailler, accueillir les espèces pionnières. Dans le verger, des ormes, frênes et acacias, semés par le vent et les oiseaux, se sont invités. «On observe des synergies. Un fruitier semé à côté d’un frêne pousse mieux que les autres», précise José Brochier.

«Celui qui va sortir dans ces conditions difficiles, génétiquement, ce sera le guerrier prêt à affronter le contexte.»

Les bénévoles ont un temps retiré à la main les capnodes, de robustes coléoptères, et les cétoines, ces insectes d’un vert lamé qui s’attaquent aux fleurs des arbres semés. Résultat : ceux-ci ont souffert de porter trop de pommes. L’association laisse maintenant la nature s’autoréguler : «Elle fait ça très bien», glisse José Brochier. Seuls certains arbres sont greffés, comme les poiriers sauvages. Cette technique horticole permet de les rendre plus vigoureux et d’améliorer la qualité de leurs fruits. Les arbres de pépinières, eux, restent faibles et résistent péniblement.

Dans un contexte d’accélération du dérèglement climatique, rien de surprenant pour Olivier Hébrard, docteur en sciences de l’eau et consultant en agroécologie : «Il y a soixante ans, on dépassait peu les 35 degrés dans l’été. Maintenant, on l’atteint largement au-delà de trente jours. Si vous associez un arbre de pépinière, dont les racines ont tendance à rester en surface, un arrosage goutte-à-goutte, et un sol pas du tout vivant, vous créez un système très fragile.»

À Castries, les arbres du verger autonome résistent aux sécheresses, sans irrigation, ni entretien intensif de la part des bénévoles. © Cécilia Brès/Vert

S’appuyer sur la nature et la régénération naturelle assistée est pour le scientifique une parade. «C’est intéressant de semer des noyaux sur un sol couvert de végétation, explique-t-il. Celui qui va sortir dans ces conditions difficiles, génétiquement, ce sera le guerrier prêt à affronter le contexte.»

Escargots, broussailles et plaqueminiers

À Castries, les semences doivent résister aux mulots. Les jeunes plants aux escargots. Puis, il leur faut s’extraire des ronces et du chiendent que l’association laisse pousser, misant sur leur capacité à «réparer» le sol compacté par des années de culture de la vigne. «Une plante qui s’installe prépare l’arrivée de la suivante, confirme Olivier Hébrard. La ronce est une plante pionnière, elle a une forte capacité racinaire et un pouvoir décompactant. Elle aère la terre et prépare l’arrivée de la forêt»

Le voisinage s’inquiète de la broussaille. Mais ce couvert végétal est aussi un rempart potentiel face aux incendies, assure le scientifique. «Quand vous débroussaillez, vous asséchez le milieu. Sur un terrain plat comme le verger partagé, grâce au couvert végétal, l’eau se répartit et s’infiltre mieux. Et cette centaine d’arbres, c’est la meilleure ingénierie hydrologique : leurs racines améliorent la structure du sol et favorisent la rétention d’eau. Les plantes sont beaucoup moins inflammables. On est sur quelque chose de très réfléchi. Il faut communiquer», conclut le chercheur.

De retour de plusieurs années en Guadeloupe, sensible aux enjeux d’accès à l’eau, Jenny se rapproche de l’équipe de Castries, intriguée par la réussite de ce «verger méditerranéen» non-irrigué. © Cécilia Brès/Vert

Les bénévoles favorisent le dialogue et la pédagogie. Accueillis sur la parcelle, les écolier·es de Castries peuvent choisir un «arbre ami». «Justine», «Oma» ou «Jules» : leurs étiquettes jaunes se balancent au bout des branches. Pour dupliquer son modèle de verger méditerranéen et voir naître toujours plus d’arbres, l’association se rapproche d’agriculteur·ices du territoire. Elle sème directement sur leurs parcelles en friches : trois hectares aujourd’hui, dix autres à l’automne.

Alors, il faut intensifier la collecte. L’équipe a noué un partenariat avec une grande chaîne de magasins bios, dans trois communes autour de Montpellier. Les clients peuvent déposer leurs pépins et noyaux, mais aussi en récupérer.

Au verger, Sylvain et Jenny achèvent leur tour. Seul le plus vieux cerisier semble mort, même si les autres ont perdu beaucoup de feuilles. Le plaqueminier, l’arbre du kaki, est lui couvert de fruits. Avant de partir, les bénévoles cueillent et dégustent une prune. Sitôt recrachés, les deux noyaux rejoignent la caisse de collecte, en bordure de parcelle : ils seront ressemés dès l’automne.

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19.08.2026 à 11:20

«Il faut politiser les canicules» : devant l’Assemblée, Extinction Rebellion dénonce l’inaction climatique et brûle une maquette de la Terre

Mathilde Picard

Texte intégral (721 mots)
Les activistes brandissent une banderole et brûlent une maquette de la Terre devant l’Assemblée nationale. © Extinction Rebellion

«Les incendies et canicules de cet été ne sont pas un coup du sort mais le fruit des décisions des industriels et des politiques», s’indigne Capucine*, militante du collectif Extinction Rebellion (XR). Elle a allumé une maquette de la Terre devant l’Assemblée nationale, à Paris, mardi soir. Un écho aux incendies historiques qui ont ravagé la France et sont toujours en cours en Europe, ainsi qu’aux canicules successives de l’été.

L’organisation, habituée aux blocages et actions de désobéissance civile, a repris du service en ce mois d’août pour interpeller les politiques et citoyen·nes alors que la campagne pour l’élection présidentielle de 2027 démarre officiellement ce mercredi.

Dans un discours prononcé à quelques pas de l’institution, XR dénonce «l’inconséquence de nos décideurs politiques et des grands industriels, captifs d’un modèle de pensée d’un autre siècle.» Il liste les évènements contradictoires à une baisse des émissions de dioxyde de carbone (CO2) de la France qui se sont déroulés en plein été de sécheresse, à l’image du doublement des bénéfices de TotalEnergies sur un an, qui se dirige vers davantage d’exploitation d’énergies fossiles, ou de la décision du Conseil d’État qui a validé l’autoroute A69, promettant plus de véhicules individuels sur les routes et d’artificialisation des terres.

Les activistes réclament la fin «des projets écocidaires». © Extinction Rebellion

«Cette action vise à politiser les incendies de cet été, explique à Vert Capucine. On pointe souvent du doigt les pyromanes, mais les vrais criminels qui ne freinent pas le réchauffement climatique ne sont jamais cités».

Face à la sidération ou à la résignation que peut entraîner la chaleur suffocante, le collectif tient à rappeler que les solutions existent. «Elles sont atteignables, imposons les dans le débat public», lance Ernest*, militant de XR. Parmi leurs revendications : faire appliquer les 146 mesures de la convention citoyenne pour le climat mise en place par Emmanuel Macron, dont il a ignoré de nombreuses suggestions. Ils et elles exigent également l’arrêt «des projets écocidaires», tels que la construction de l’autoroute A69 ou l’extension de l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle.

«Ça fait des années qu’on demande des actes et qu’on a l’impression de crier dans le vide, déplore Capucine. Mais, par les actions, on peut sortir de notre impuissance.» Conscient de l’élection présidentielle qui approche à grand pas, Extinction Rebellion demande la mise en place d’une assemblée citoyenne décisionnaire. Son objectif, selon le collectif : définir les mesures à prendre pour atteindre au plus vite la neutralité carbone et pour adapter les services publics au dérèglement climatique.

*Le prénom a été modifié.

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19.08.2026 à 06:00

«Ce n’est plus possible de travailler dans ce domaine, je me casse» : face à la crise climatique, ces Français revoient leur choix de carrière

Zoé Moreau

Texte intégral (1670 mots)
«Une partie de mon travail implique de ramper dans des combles, qui peuvent monter à 45°C. Même sans bouger, c’est impossible de tenir», raconte Arthur, électricien de 33 ans. © Aurore Chapon

Canicules, incendies et sécheresse : face à un climat qui s’emballe, l’avenir des Français bascule

Désir d’enfants, déménagement, changement de carrière ou de vie… Vert a recueilli des centaines de témoignages de personnes dont l’avenir a été percuté par cet été infernal. Découvrez leur histoire dans notre série en quatre volets intitulée «2026, l’été de la bascule».

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Réaliser que son métier n’est pas compatible avec un monde en surchauffe, et démissionner du jour au lendemain, sans même avoir de plan B. C’est la décision qu’a prise Léon* le 27 juin dernier. Deux mois plus tôt, cet ingénieur de 29 ans avait décroché son premier CDI depuis sa sortie d’études chez le géant de l’aéronautique Airbus. «Avec les canicules de mai et juin et les incendies partout en France, j’ai décidé de mettre fin à ma période d’essai et de recommencer à chercher du travail», raconte-t-il à Vert.

Lorsqu’il avait accepté cette offre, Léon arrivait au terme de ses droits au chômage. «Quand on vous propose un CDI plutôt bien payé, c’est difficile de refuser : il faut bien manger, expose-t-il. Mais ces événements climatiques m’ont rappelé l’urgence de la situation. Je me suis dit : “Ce n’est pas possible de travailler dans ce domaine, je me casse.”»

Depuis, Léon a quitté Toulouse (Haute-Garonne) pour retourner vivre chez ses parents. «Désormais je cherche du travail dans la transition énergétique, raison pour laquelle j’avais voulu être ingénieur», raconte-t-il. Il a fait une croix, au moins provisoirement, sur la stabilité économique, mais assure ne pas regretter son choix. «Chez Airbus, le but final de mes missions me dérangeait. Certains secteurs polluent, mais restent indispensables pour répondre aux besoins essentiels. Là, on pourrait très bien vivre avec moins de vols.» Et d’asséner : «L’aviation sert principalement à une minorité aisée qui prend l’avion pour partir en vacances».

«Si je ne pars pas maintenant, je ne partirai jamais»

Léon reconnaît toutefois : «J’ai aussi pu prendre cette décision parce que j’ai la chance d’avoir des parents pour m’accueillir. Sans ça, j’aurais peut-être fait autrement».

Soline*, elle, ne peut pas se permettre de partir du jour au lendemain. Cette quarantenaire du Val-de-Marne exerce en tant qu’informaticienne pour un géant de la construction et se sent «en dissonance cognitive» avec les activités polluantes de son employeur. Sa réorientation sera plus progressive. «Je ne démissionnerai pas tout de suite, prévient-elle. J’ai un crédit à rembourser, une famille à nourrir… Je dois d’abord trouver autre chose. Mon objectif est de quitter mon poste d’ici 2027.»

Lorsqu’elle a rejoint son entreprise, en 2023, Soline a pourtant voulu croire à sa transformation : «Je me suis dit qu’on avait besoin du bâtiment pour la transition, qu’il fallait que la bascule se fasse, et puis, elle affichait de vrais engagement écologiques !, assure-t-elle. Mais la réalité du terrain était tout autre. Au fur et à mesure des années, la direction a fait marche arrière sur le développement durable, a commencé à implémenter l’intelligence artificielle…»

Les canicules et les incendies dévastateurs qui ont frappé la France cet été ont eu sur elle «un effet déclencheur». «J’envisageais déjà de démissionner, mais cela m’a confortée dans ma décision, rapporte-t-elle. Je me suis dit : “Si je ne pars pas maintenant, je ne partirai jamais.”»

II y a quelques semaines, Soline s’est rapprochée d’un organisme pour réaliser un bilan de compétences. En parallèle, elle a commencé à chercher un nouvel emploi. Son projet : exercer un métier qui va «dans le sens soit de la transition écologique, soit de la préservation de la biodiversité. En tout cas, pas un emploi qui détruit le vivant et qui aggrave le réchauffement climatique», insiste-t-elle.

Plus de quatre français sur dix souhaitent changer de métier

Le malaise de Léon et Soline est loin d’être isolé. En 2023, 42% des 1 000 actifs interrogé·es par le cabinet de conseil CSA pour LinkedIn et l’Agence de la transition écologique (l’Ademe) disaient vouloir changer de métier ou se reconvertir afin d’exercer un emploi davantage lié à l’écologie. Cette proportion atteignait 52% chez les moins de 35 ans.

«Depuis la crise du Covid, on observe un phénomène de démissions et de reconversions, notamment parmi les ingénieurs et, plus largement, les personnes qualifiées, urbaines et en milieu de carrière, sensibilisées aux enjeux écologiques, explique à Vert Mireille Bruyère, maîtresse de conférences en sciences économiques à l’université Toulouse-Jean-Jaurès. Elles décident de quitter les secteurs industriels qui concentrent une partie du problème écologique : la production d’avions, de voitures, de machines ou encore d’autoroutes.»

L’été 2026 accélérera-t-il cette tendance ? «Il faudra voir, à la fin de 2026 et en 2027, si les canicules ont provoqué une accélération de ce flux. C’est possible, mais je ne peux pas encore vous le dire», tempère la chercheuse.

Pour une autre catégorie de travailleur·ses, la reconversion ne répond pas seulement à une quête de sens : elle devient une nécessité physique. C’est le cas d’Ophélie Germain. À 26 ans, cette ouvrière viticole de Côte-d’Or raconte n’avoir jamais «autant subi la canicule». Celle qui travaille dans les vignes bourguignonnes a dû interrompre sa saison plus tôt que prévu en raison d’une «blessure de fatigue». «Je remets mes perspectives d’avenir en question, car j’ignore si je serai encore capable de travailler dans de telles conditions à l’avenir», confie-t-elle.

«À 40 ans, j’essaierai d’exercer un métier plus protégé»

Arthur* est encore plus définitif. À 33 ans, cet électricien installé à son compte à Bizanos, dans les Pyrénées-Atlantiques, a dû interrompre son activité tout l’été. «Nous, les ouvriers du bâtiment, on est vraiment exposés à la chaleur», insiste-t-il.

«Mon métier est trop physique. Même sans bouger, c’est impossible de tenir sous cette chaleur.»

«Une partie de mon travail implique de ramper dans des combles, qui peuvent monter à 45°C l’été. L’an dernier, j’avais déjà fait un malaise, après avoir tiré sur la corde. Il ne faisait “que” 32-33 degrés dehors, raconte-t-il. Cet année, j’ai à peine essayé de travailler que j’ai dû arrêter. J’ai vu que ce n’était pas possible. Mon métier est trop physique. Même sans bouger, c’est impossible de tenir sous cette chaleur.»

Depuis un an, il envisage de «bifurquer». Les canicules successives des mois de mai, juin et juillet, ont fini de dissiper ses doutes. «J’en ai discuté hier avec ma compagne, je vais changer d’activité. À 40 ans, j’essaierai d’exercer un métier plus protégé, soit de bureau, soit en intégrant un service informatique pour une fonction publique», confie-t-il.

Ces dernières années, les fortes chaleurs ont déjà tué au travail. Entre 2022 et 2025, 34 accidents du travail mortels «en lien possible avec la chaleur» ont été signalés à Santé publique France par la Direction générale du travail. La construction, les travaux et l’agriculture figurent parmi les secteurs les plus touchés.

L’été 2026 en a offert une nouvelle illustration dramatique. Dans la Drôme, un ouvrier du bâtiment de 19 ans est mort d’hyperthermie dans la nuit du 26 au 27 mai, après avoir travaillé toute la journée sur un toit. Depuis le début des épisodes caniculaires de cette année, la Confédération générale du travail (CGT) affirme avoir recensé au moins 14 décès au travail liés aux fortes chaleurs.

*Le prénom a été modifié.

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18.08.2026 à 17:37

«Tout est grillé, plus rien ne pousse» : face à une sécheresse sans précédent, les éleveurs plongent dans l’inconnu

Esteban Grépinet

Texte intégral (1748 mots)
Prairies grillées et stocks de fourrage entamés : Anthony Cocagne fait face à une première année compliquée sur sa ferme bio, en Haute-Saône. © Esteban Grépinet/Vert

Des prairies rases, jaunies, grillées par la sécheresse et les fortes chaleurs, parsemées de quelques arbres dont le feuillage tire sur le brun. Tel est le panorama qui se dresse tout autour de la ferme d’Anthony Cocagne à Molay, en Haute-Saône. «Cette première année, je vais m’en rappeler», souffle le jeune éleveur, 29 ans, qui a repris depuis le 1er janvier une exploitation en agriculture biologique de 130 vaches laitières.

«Il a plu 40 millimètres début juin, et depuis on n’a plus d’eau, retrace-t-il. Tout est grillé, plus rien ne pousse.» Faute de pouvoir pâturer sur ces «paillassons», son troupeau est à l’étable, nourri depuis plus de deux mois avec de l’herbe séchée et des céréales habituellement gardées pour passer l’hiver. Si les éleveur·ses ont toujours un stock d’au moins un an d’avance, celui d’Anthony Cocagne s’amenuise à vue d’œil : les bottes de foin qui remplissent habituellement son hangar à cette période n’en occupent aujourd’hui que la moitié.

«Le pâturage de jour a cessé presque partout»

«Cette année, ça va être compliqué d’arriver au printemps», craint-il en caressant ses animaux, dont le lait est vendu pour produire des fromages bios (brie, ortolan, emmental). D’autant que la sécheresse et les canicules à répétition ont impacté les cultures de l’année : moins de la moitié de ses 25 hectares de maïs sont exploitables, et seule deux coupes d’herbe ont pu être réalisées depuis le printemps, contre cinq pour une année normale.

Depuis juin, les vaches sont principalement nourries en bâtiment, comme en hiver. © Esteban Grépinet/Vert

Son cas est loin d’être une exception : partout en France, le monde de l’élevage fait face à une situation catastrophique cet été. Un «phénomène historique» selon les principales fédérations d’éleveur·ses de ruminants (bovins, ovins, caprins), qui ont écrit au ministère de l’agriculture le 4 août : «Les effets cumulés de la sécheresse et des épisodes répétés de canicule ont littéralement grillé l’herbe qui était disponible, et ils ont amputé de façon exceptionnelle la pousse de juin et juillet», alertent-elles, appelant à des expertises de terrain et des indemnisations de la part de l’État.

Au 10 août, au niveau national, la pousse des prairies permanentes était inférieure d’un tiers à celle observée en moyenne sur les trente dernières années, selon les données de l’Agreste, le service statistique du ministère de l’agriculture. «Le pâturage de jour a cessé presque partout et ne se poursuit plus que la nuit, lorsque les parcelles disposent encore d’un minimum d’herbe sur pied»constatait dès juillet l’Institut de l’élevage. De la Normandie à l’Auvergne en passant par l’Aquitaine, les éleveur·ses rentrent les animaux ou leurs apportent du fourrage dans les auges, ces «mangeoires» disposées dans les prairies.

Dans les Pyrénées, plusieurs troupeaux redescendent déjà des estives, faute d’herbe suffisante. «Même sur le plateau ardéchois, à 1 200-1 300 mètres d’altitude, qui est réputé pour ses riches pâturages d’altitude, plusieurs collègues n’ont rien», s’inquiète Fanny Métrat, éleveuse de brebis dans les Cévennes ardéchoises. Sa ferme n’est «pas la plus en galère», notamment grâce à la présence de forêts qui offrent ombre et nourriture aux troupeaux.

En temps normal, les maïs d’Anthony Cocagne seraient plus grands que lui : cet été, faute d’eau, ils lui arrivent à peine aux épaules. © Esteban Grépinet/Vert

Chaleur et sécheresse ont aussi fortement impacté les autres cultures fourragères, récoltées pour fournir des nutriments aux animaux et les alimenter durant l’hiver. Au niveau national, les rendements du maïs grain comme du maïs fourrage (coupé en entier et fermenté) devraient chuter d’un tiers par rapport aux années précédentes, d’après l’Agreste. «La persistance de conditions sèches et très chaudes a grillé les pieds sur place et a fortement compromis la pollinisation», constate l’Institut de l’élevage. Sur les parcelles d’Anthony Cocagne, nombre de ses maïs lui arrivent à peine à l’épaule – ils atteignent normalement les trois mètres.

Armée, jachères et méthaniseurs

Face à cette situation, le président du syndicat agricole majoritaire FNSEA, Arnaud Rousseau, a appelé à des «mesures urgentes» face «l’urgence climatique» lors d’un déplacement en Aveyron début août. Évoquant des pertes de «plus d’un milliard d’euros» pour l’élevage, le céréalier a demandé au gouvernement de mobiliser l’armée pour transporter les fourrages (comme lors de la sécheresse de 1976) et de développer le stockage d’eau.

Depuis le début de l’été, la Coordination rurale (deuxième syndicat agricole, dont des membres sont proches de l’extrême droite) exhorte plus franchement à contourner les interdictions d’irrigation prises dans de nombreux départements, afin de «sauver les cultures qui peuvent encore l’être». La Confédération paysanne (troisième syndicat agricole, proche de la gauche et des écologistes) appelle quant à elle à privilégier l’agroécologie : diversification des fourrages, plantation de haies, développement de races rustiques plus résistantes…

«Il ne faudra pas une deuxième année comme celle-là.»

«Il va falloir prioriser l’eau pour abreuver les troupeaux, irriguer les maraîchers, les arboriculteurs, mais pas pour faire des cultures d’exportation», prône Fanny Métrat, porte-parole de la Confédération paysanne. Cette dernière pointe aussi du doigt les méthaniseurs, des infrastructures qui produisent du gaz et alimentées, en partie, par des cultures fourragères : «C’est une hérésie qu’il y ait une concurrence entre alimentation humaine et production énergie, surtout en période de crise.»

Une partie des réserves de foin restantes d’Anthony Cocagne, dont une partie (à droite) a été achetée à des fermes voisines. © Esteban Grépinet/Vert

Du côté du gouvernement, des instructions ont été délivrées aux préfectures pour autoriser la fauche et le pâturage des jachères, ces parcelles de végétation favorable à la biodiversité et obligatoires pour obtenir des aides européennes. La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a annoncé un vaste plan d’aides pour l’agriculture (élevage, mais aussi maraichage, grandes cultures…), qui doit être détaillé fin août. En attendant, la solidarité s’organise comme elle peut, avec des convois ou des bourses d’échanges de fourrages.

L’opération est plus complexe en bio, car la nourriture du bétail doit aussi être cultivée en agriculture biologique. «On a un groupe où chacun met des annonces, explique Anthony Cocagne, qui est aussi membre des Jeunes agriculteurs (syndicat allié à la FNSEA). Je préfère anticiper pour ne pas me retrouver coincé, la perte économique va être énorme si je ne complète pas dès aujourd’hui.»

Pour sécuriser ses stocks, l’éleveur a réussi à trouver 50 tonnes de céréales et 80 tonnes de foin, achetées à des fermes voisines. Une dérogation exceptionnelle a aussi été mise en place pour permettre aux éleveur·ses bios d’acheter des fourrages conventionnels, mais il espère ne pas avoir à y recourir. Désormais, il attend le retour de la pluie, une éventuelle repousse des prairies, et des jours meilleurs pour sa ferme : «Il ne faudra pas une deuxième année comme celle-là.»

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18.08.2026 à 11:08

Le réchauffement climatique, une menace encore plus forte que prévu pour les personnes âgées

Vert + AFP

Texte intégral (664 mots)
Illustration. Les chercheur·ses appellent à faciliter l’accès à la climatisation et à réduire les émissions de gaz à effet de serre. © Aline Morcillo/AFP

On savait les personnes âgées plus exposées aux conséquences d’un monde qui se réchauffe, mais cette nouvelle étude montre que les projections étaient jusque là sous-estimées. Le changement climatique va, lors des prochaines décennies, soumettre les plus de 60 ans à une hausse des températures encore plus dangereuse que prévu, avance mardi une étude publiée dans la revue scientifique Lancet Planetary Health.

Les résultats de ces modélisations, réalisées par des chercheur·ses américain·es de l’université de Stanford, prennent une actualité particulière alors que l’Europe et l’Amérique du Nord vivent un été exceptionnellement chaud. La France, notamment, a été l’un des pays les plus frappés par des chaleurs anormales avec plusieurs canicules, dont l’une d’une ampleur sans précédent fin juin pour une surmortalité estimée à plus de 6 000 décès.

La température humide, un indicateur clé

Les chercheur·ses de Stanford ont cherché à établir à quel point le réchauffement climatique allait exposer les personnes âgées à des niveaux intolérables de températures d’ici à 2100. Ce champ de recherche est déjà bien couvert. Mais, préviennent les scientifiques, les précédentes études semblent avoir nettement sous-estimé les risques encourus par les personnes âgées, car elles se basaient sur des connaissances en partie obsolètes.

En cause, un indicateur crucial : la température humide. Comme son nom l’indique, il prend non seulement en compte le degré de chaleur lui-même, mais aussi celui d’humidité, car la même température est nettement plus dangereuse quand elle est associée à un temps plus humide. Or, les risques liés à un niveau donné de température humide ont, pendant longtemps, été mesurés sur des personnes jeunes et en bonne santé. Des recherches plus récentes, impliquant des personnes plus âgées, montrent que les dangers pour ces dernières avaient été sous-estimés.

22% des plus de 60 ans exposées à une chaleur dangereuse pendant plus d’un mois par an en 2100 ?

En intégrant ces nouvelles connaissances, puis en les croisant avec des modélisations prenant en compte le vieillissement attendu de la population mondiale au cours des prochaines décennies, les auteurs ont conclu qu’une «chaleur intolérable frappera beaucoup plus de gens qu’estimé auparavant, à une échelle bien supérieure et pendant des durées plus longues».

À titre d’exemple, si d’ici 2100 le monde se réchauffe de 1,5 degrés Celsius par rapport à l’époque pré-industrielle, 22% des personnes de plus de 60 ans seront alors exposées chaque année à une chaleur dangereuse pendant plus d’un mois, selon ces modélisations, dont les résultats restent dépendants de divers choix méthodologiques.

Les auteurs soulignent que les pays les plus à risques sont ceux où de larges pans de la population n’ont pas les moyens de se protéger de la chaleur. Ils appellent à la fois à des mesures pour faciliter l’accès à des outils comme la climatisation, et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

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17.08.2026 à 16:53

Satellites par milliers et miroirs gigantesques : la start-up californienne qui rêvait de rallumer le Soleil pendant la nuit

Eitanite Bellaïche

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Un satellite qui tend un vaste miroir pour refléter la lumière du Soleil sur un point précis de la Terre : tel est le projet fou de l’entreprise américaine Reflect Orbital. © Capture d’écran vidéo Youtube/Reflect Orbital

Et si l’on pouvait commander quelques minutes de soleil en pleine nuit ? C’est la promesse de Reflect Orbital, une start-up californienne qui veut déployer dans l’espace des milliers de miroirs capables de renvoyer la lumière solaire vers des points précis de la Terre. Ce projet spectaculaire est notamment pensé pour prolonger la production des centrales photovoltaïques. Mais, pour les astronomes et les écologues, elle ressemble surtout à une expérience grandeur nature potentiellement dangereuse, dont personne ne connaît encore les conséquences.

Dans un document publié le 6 août, quatre organisations environnementales américaines, menées par DarkSky international, appellent ainsi la Federal communications commission (FCC), agence indépendante du gouvernement des États-Unis qui réglemente les télécommunications, à revenir sur son feu vert accordé un mois plus tôt à l’entreprise pour lancer son premier satellite, Eärendil-1. Elles dénoncent un projet susceptible de perturber l’astronomie, les écosystèmes et jusqu’à la santé humaine.

Un vieux rêve spatial remis au goût du jour

Fondée en 2021 et autoproclamée «The Sunlight Company» («La compagnie de la lumière du soleil», en français), Reflect Orbital voit grand. La start-up californienne envisage d’envoyer dans l’espace jusqu’à 50 000 réflecteurs d’ici 2035. Pour ce faire, la société envisage d’abord de mettre en orbite Eärendil-1 d’ici la fin de l’année. Elle devrait placer ce satellite de démonstration de 142 kilos à environ 600 kilomètres d’altitude.

Sa pièce maîtresse est un miroir de 18 mètres carrés, constitué d’une membrane 28 fois plus fine qu’un cheveu. Repliée, elle tient dans un volume comparable à une boîte à chaussures. Une fois dans l’espace, quatre bras doivent la déployer comme un immense cerf-volant. Mais l’ouvrir ne sera que la moitié du défi.

«Il faut surtout parvenir à maintenir la membrane parfaitement plate et stable. La moindre déformation peut modifier la manière dont la lumière du Soleil est réfléchie et donc la précision du faisceau reçu au sol», explique à Vert Tristan Semmelhack, cofondateur et directeur technique de Reflect Orbital. Lors de ce premier test, Eärendil-1 doit produire pendant cinq minutes un éclairement d’environ 0,1 lux sur une zone de cinq kilomètres de large, soit, selon l’entreprise, un niveau comparable à celui de la pleine Lune.

L’idée n’est pas nouvelle. Dans les années 1990, la Russie avait tenté une expérience similaire avec le programme Znamya. Un grand miroir spatial devait éclairer les régions du pays plongées dans la nuit polaire. L’expérience n’avait fonctionné que quelques secondes. La lumière s’était révélée trop diffuse et le miroir difficile à stabiliser. Après un échec technique et faute de financement, le projet a été abandonné. «Depuis, beaucoup de choses ont changé. La situation économique et technologique actuelle en font une activité plus que viable», avance Tristan Semmelhack, qui évoque des coûts de lancement divisés par cent et d’importants progrès en science des matériaux.

Les applications envisagées de la technologie de Reflect Orbital vont des chantiers nocturnes aux opérations de secours. Ben Nowack, cofondateur et PDG de l’entreprise, affirme auprès de Vert que les organismes de recherche et de sauvetage pourraient figurer parmi les premiers clients. Pour autant, la raison d’être de la start-up est de «prolonger la durée de production des centrales solaires, car c’est là que nous pouvons avoir le plus grand impact sur la transition énergétique mondiale et l’abandon des énergies fossiles», veut croire le dirigeant. C’est précisément cette ambition qui inquiète les astronomes.

Astronomes et écologues tirent la sonnette d’alarme

Dans une pétition publiée en mars, l’American astronomical society estime qu’Eärendil-1 pourrait avoir une luminosité optique jusqu’à quatre fois supérieure à celle de la pleine Lune, de quoi «masquer complètement le signal des objets astronomiques et saturer les détecteurs», ce qui menace d’entraîner la perte totale de l’image spatiale. Après une surexposition, certains équipements auraient besoin de temps avant de pouvoir reprendre leurs mesures.

«Accroître la production d’énergie renouvelable ne peut se faire au prix d’un dérèglement des écosystèmes qui la rendent elle-même possible.»

Les conséquences dépasseraient la seule contemplation des étoiles. Une observation perturbée pourrait compliquer la détection d’astéroïdes proches de la Terre ou le suivi des débris spatiaux, sans compter les risques liés à l’intensité lumineuse et aux faisceaux traversant, entre deux clients, des territoires dont les habitant·es n’ont jamais demandé à être éclairé·es. «Ce projet aurait non seulement un impact désastreux sur la science astronomique, mais entraverait aussi le droit de chacun à profiter du ciel nocturne», dénonce Robert Massey, de la Royal astronomical society britannique.

Les écologues redoutent eux aussi les conséquences d’un soleil artificiellement prolongé. «Une lumière intense apparaîtrait à des heures où les organismes n’en rencontrent naturellement jamais», souligne Kevin Gaston, professeur émérite à l’université d’Exeter. «Pour les espèces diurnes, cela pourrait perturber le sommeil et les rythmes biologiques. Quant aux espèces nocturnes, un tel éclairage modifierait les périodes d’activité, d’alimentation ou de prédation», prévient-il. Insectes pollinisateurs nocturnes et oiseaux migrateurs figurent parmi les espèces particulièrement sensibles à la lumière artificielle.

Chez l’humain, l’exposition lumineuse nocturne menace également de perturber l’horloge biologique et la production de mélatonine, soit l’hormone produite par le cerveau en l’absence de lumière qui aide à s’endormir. Surnommée «l’hormone du sommeil», elle indique au corps que c’est la nuit et aide à régler l’horloge biologique. À grande échelle, alerte Kevin Gaston, ces dérèglements peuvent remonter toute la chaîne écologique et affecter jusqu’aux cycles du carbone et des nutriments : «Accroître la production d’énergie renouvelable ne peut se faire au prix d’un dérèglement des écosystèmes qui la rendent elle-même possible.»

Pour Richard Green, astronome émérite à l’université d’Arizona, il existe une solution beaucoup plus simple pour produire plus d’énergie : «Construire davantage de centrales solaires au sol ou agrandir les installations existantes, sans avoir à déployer des miroirs géants en orbite » avance-t-il auprès de Vert.

Reflect Orbital espère lancer plus de 50 000 satellites à l’horizon 2035. © Reflect Orbital

Reflect Orbital considère néanmoins que ses détracteurs caricaturent son projet. Ben Nowack assure que seule une infime partie de la population mondiale verra un jour ses faisceaux. Quelques centaines de clients suffiraient, selon lui, à rendre l’activité rentable. L’entreprise promet également des zones d’exclusion autour des observatoires et des habitats sensibles.

Un vide réglementaire

La FCC, elle, estime dans son document d’autorisation que les conséquences astronomiques et environnementales ne relèvent pas directement de ses compétences et que le risque de dommage pour l’intérêt public est «extrêmement faible». C’est peut-être là que se trouve le véritable problème, car Eärendil-1, en plus d’être un satellite controversé, révèle un vide réglementaire.

Aujourd’hui, aucune autorité américaine ne régit véritablement la luminosité des satellites, et Richard Green y voit le symptôme d’une politique américaine qui donne la priorité à l’innovation et à la compétitivité spatiale. «En contrepartie, les enjeux de long terme, tels les impacts environnementaux ou la préservation des écosystèmes, tendent à passer au second plan», analyse l’astronome.

Reste alors l’échelon international. Le Comité des Nations unies pour l’utilisation pacifique de l’espace extra-atmosphérique (Cupeea) débat bien de la protection du ciel nocturne, assure Marieta Valdivia Lefort, chargée de politique et de diversité au sein de la Royal astronomical society, mais aucun traité n’a été conçu pour encadrer précisément des constellations de miroirs.

«Le traité de l’espace de 1967 pose des principes généraux de responsabilité et d’usage durable de l’espace, mais sans mécanisme contraignant qui permettrait de bloquer une autorisation nationale», précise l’experte en politique spatiale. Avant de conclure : «En pratique, une décision prise par la FCC ou par un autre régulateur peut donc avancer sans véritable veto international». Reflect Orbital pourrait donc avoir juridiquement le champ libre pour repenser la nuit.

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16.08.2026 à 07:00

Dans le Doubs, l’alliance inattendue entre chasseurs, écolos et agriculteurs pour repenser le statut «nuisible» du renard

Esteban Grépinet

Texte intégral (2168 mots)
Lancé dans le Doubs en 2021, le programme Careli explore les effets de la «chasse au renard» sur les attaques dans les poulaillers, les transmissions de maladies parasitaires, les évolutions des populations de campagnols… © Armandas Naudžius/Flickr

Le hérisson rouge de France nature environnement (FNE), le macaron rayé du puissant syndicat agricole FNSEA, les macareux moines enlacés de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), ou encore la signature vert clair de la fédération départementale de chasse. Voilà une collection de logos que l’on a rarement vu unis autour d’un même projet, tant les tensions entre mondes de l’écologie, de la chasse et de l’agriculture sont exacerbées.

Le miracle s’est produit dans le Doubs, où les branches locales de chaque organisation se sont rassemblées depuis 2021 pour faire avancer un dossier brûlant : l’avenir du statut «nuisible» du renard roux. Comme dans de nombreux départements français, l’État considère le canidé comme une «espèce susceptible d’occasionner des dégâts» (Esod), notamment en raison de son goût prononcé pour les poules et autres volailles.

Ce classement – qui concerne aussi la fouine, la corneille noire, le corbeau freux… – permet la capture et la destruction de l’animal tout au long de l’année, malgré les critiques de nombreuses associations écologistes qui dénoncent un «massacre injustifié». D’ici quelques jours, un arrêté très attendu du ministère de la transition écologique doit fixer la nouvelle liste de ces «nuisibles» pour chaque département sur les trois prochaines années.

Noms d’oiseaux et «gloubi-boulga»

La décision du gouvernement repose sur les propositions de chaque préfecture départementale, qui sollicite les avis des acteurs locaux concernés (agriculteur·ices, fédération de chasse, associations, scientifiques…). Dans le département comtois, «chacun se jetait des noms d’oiseaux», se souvient Patrick Giraudoux, professeur émérite d’écologie à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon (Doubs) et chercheur mondialement reconnu.

De ces réunions houleuses, il en retient un «gloubi-boulga argumentaire dans chaque camp». D’un côté, des chasseur·ses pointent aussi le rôle du renard dans la propagation de l’échinococcose alvéolaire, une grave maladie parasitaire très présente en Franche-Comté. De l’autre, les défenseur·ses du goupil vantent sa participation supposée dans la régulation des campagnols – responsables de gros dégâts dans les prairies comtoises – et des tiques que les rongeurs peuvent véhiculer.

Les renards roux se nourrissent notamment de rongeurs : suffisamment pour contrer les pullulations de campagnols, qui se comptent en millions d’individus ? © Flickr

«Et la profession agricole est coupée en deux, entre des éleveurs de volailles plutôt inquiets, et une autre partie qui estime que le renard a une utilité dans l’environnement», constate Geoffroy Couval, qui travaille à la Fédération régionale de lutte et de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) de Bourgogne-Franche-Comté. «Chacun avait ses éléments de langage de son côté sans avoir de chiffres, c’était assez stérile», reconnaît Thibaut Powolny, directeur technique et scientifique de la Fédération des chasseurs du Doubs.

Après une crise à la fin des années 2010, tout ce petit monde décide de mettre de côté ses différends pour unir ses forces autour d’un même projet scientifique : le programme Careli. «Nous avons proposé des protocoles communs pour répondre à la question posée : est-ce que le statut Esod permet d’atteindre les objectifs qu’on lui assigne ?», résume Patrick Giraudoux, qui encadre le projet. Deux territoires d’étude sont définis avec la préfecture, l’un en plaine et l’autre en moyenne montagne. Chacun est divisé en deux zones : une où Vulpes vulpes est protégé (du jamais vu en France), une autre où il reste classé Esod.

L’objectif est alors de comparer sur le long terme ce que change ou non le piégeage et la chasse de l’animal : vis-à-vis des dégâts dans les poulaillers, des transmissions de maladies, des pullulations de campagnols, de l’état des populations de lièvres ou d’oiseaux nicheurs au sol… Chacun se répartit les tâches. FNE recense les prédations dans les 231 élevages de volailles des secteurs étudiés, Fredon estime l’évolution des populations de campagnols et de tiques, les chasseur·ses mènent des comptages nocturnes de renards, la LPO des comptages diurnes d’oiseaux, et la branche départementale de la FNSEA chapeaute la communication.

Les secrets d’une alliance inédite

Comment une telle «union sacrée» a-t-elle pu voir le jour ? «C’est d’abord lié à des pratiques de coopération très anciennes dans le Doubs, qui viennent de précédents conflits», expose Simon Calla, sociologue à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, qui a étudié de l’intérieur le programme Careli. À la fin des années 1990, chasseur·ses, agriculteur·ices, scientifiques et naturalistes du département avaient déjà travaillé ensemble pour limiter le recours à la bromadiolone, un poison utilisé par le monde paysan pour lutter contre les campagnols.

«On n’importe pas les débats nationaux, on ne fait que de la science !»

Dans son étude ethnographique, publiée fin juillet, Simon Calla pointe aussi l’ouverture d’une «fenêtre d’opportunité» au tournant des années 2020 : «Nous sommes dans une période où le monde de la chasse est particulièrement critiqué et cherche à se reconstruire une légitimité, notamment en embrassant les enjeux de protection de l’environnement.»

Au même moment, les défenseur·ses du renard se mobilisent pour accumuler les preuves scientifiques en vue d’obtenir la sortie de l’animal de la liste des «nuisibles». Plus d’un millier et demi de lettres sont envoyées à la préfecture du Doubs. «Au début, j’étais contre Careli, je pensais que c’était une entourloupe, se rappelle Didier Pépin, bénévole à FNE Doubs et co-fondateur du collectif «Renard Doubs». Puis, je me suis dit qu’il valait mieux être autour de la table, que le renard ne pouvait qu’en sortir gagnant.»

L’avenir du renard mobilise beaucoup dans le Doubs : 1 600 lettres ont été envoyées au préfet pour demander son déclassement de la catégorie des «nuisibles» en 2019. © Nathalie Hausser/Flickr

Les planètes s’alignent, les intérêts de chacun convergent et le programme de recherche démarre en 2021, bien aidé par la médiation des scientifiques. «La focale s’est déplacée non plus sur l’animal, mais sur le dispositif de politique publique qu’est la catégorie Esod, ce qui va permettre de décentrer l’attention de la question de la mort animale», analyse Simon Calla. Pour éviter les tensions, une charte de neutralité est même signée entre tous les acteurs, pour éviter les piques et les polémiques. «On n’importe pas les débats nationaux, on ne fait que de la science !», martèle Patrick Giraudoux.

«On reste humain, ce n’est pas parce qu’on a une charte de bonne conduite qu’on s’interdit d’avoir des points de désaccords», sourit Thibaut Powolny, chasseur à l’arc de petit gibier. Naturaliste de terrain et anti-chasse convaincu, Didier Pépin juge lui aussi que ce travail en équipe «s’est très bien passé».

«Le statut Esod n’a pas conduit à une réduction significative du nombre de renards»

Malgré tout, le ton est parfois monté. Comme lors de la publication des premiers résultats sur les dégâts du renard dans les poulaillers, en juillet 2025 dans la revue Scientific reports. Les conclusions sont claires : «Dans le contexte local, le statut Esod n’a pas conduit à une réduction significative du nombre de renards ou à des différences dans les taux de dommages entre les zones». Un constat corroboré par celui du Muséum national d’histoire naturelle établi sur l’ensemble des espèces «nuisibles» à l’échelle du pays (notre article).

Une protection haute et basse des clôtures de poulaillers «permet de réduire de manière significative la prédation des renards», selon les premiers résultats du programme Careli. © Peter Dean/Flickr

La «chasse au renard» dans le Doubs n’est pas suffisante pour réduire significativement la population locale de goupils, ni donc pour limiter les attaques dans les élevages, synthétise Patrick Giraudoux : «Par contre, ce qui change, c’est si le poulailler est bien protégé, avec la partie haute et la partie basse de la clôture fermées.» Pour Didier Pépin, ces résultats «donnent évidemment tort aux chasseurs». Mais, de son côté, Thibaut Powolny n’a pas la même lecture : «Nous sommes en train de prouver que la chasse n’a pas d’impact sur la population, donc pourquoi l’arrêter ?»

«Quand on aura tous les résultats du programme, chacun risque de revenir dans son camp et ce sera la guerre.»

«Ne tirons pas de conclusions trop marquées sur un seul volet de la dizaine prévus et attendons d’analyser l’intégralité des données récoltées», plaide encore ce dernier. «On voit qu’on ne réduit pas les populations de renards, donc la question ne se pose plus», estime Didier Pépin qui, amer, regrette que le renard soit toujours considéré comme «nuisible» six ans plus tard. «Quand on aura tous les résultats du programme, chacun risque de revenir dans son camp et ce sera la guerre», craint Geoffroy Couval.

En attendant, l’État va prolonger pour trois ans le statut Esod du renard dans le Doubs. Un drôle de «paradoxe», explique Patrick Giraudoux : «Nous demandons que le statut Esod soit maintenu pour pouvoir poursuivre les expérimentations, pour autant nous sommes tous d’accord sur le fait que ce statut tel qu’appliqué maintenant est totalement inadapté.» Une étude finale sur les autres enjeux du piégeage du renard (campagnols, tiques…) doit paraître l’an prochain. De quoi mettre tout le monde d’accord ?

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