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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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07.10.2026 à 11:46

Marine Le Pen présente le «contre-budget» du RN pour 2027, une attaque contre les renouvelables et les agences environnementales

Théo Mouraby

Texte intégral (1853 mots)
Marine Le Pen sur les bancs de l’Assemblée nationale, en juin 2025. © Bastien Ohier/Hans Lucas via AFP

Jean-Philippe Tanguy, député de la Somme et «monsieur à tout faire» au Rassemblement national (RN), l’assurait encore au micro de France Inter cet été, en pleine canicule : la lutte contre le réchauffement climatique est «au-dessus» de la pile «de notre politique». Pourtant, le «contre-budget» du RN, dévoilé mardi, prévoit des économies à rebours de la transition écologique.

Vert lui a de nouveau posé la question : «Comment justifiez-vous de supprimer des agences publiques environnementales ou les subventions aux énergies renouvelables ?» Il a répondu du tac au tac : «Parce qu’aucune des mesures que vous venez de citer n’a servi à quelque chose pour l’écologie.»

Pour la troisième année consécutive, le RN a présenté un «contre-budget» en réponse à celui du gouvernement. Marine Le Pen promet «140 milliards d’euros d’économies» sur les cinq prochaines années, en majorité sur les aides accordées aux étranger·es, la sécurité sociale ou en baissant la contribution de la France à l’Union européenne.

Mardi, la cheffe de file d’extrême droite a aussi parlé de climat : «Je ne laisserais pas l’écologie aux forces politiques climato-hypocrites, qui ont beaucoup promis mais n’ont rien fait pour répondre à l’immensité des enjeux», a-t-elle asséné, désignant surtout le président de la République, Emmanuel Macron.

Elle a annoncé la publication prochaine d’«un nouveau programme écologique très ambitieux […] permettant d’atteindre la neutralité carbone avant 2050 et de respecter les Accords de Paris pour le climat». Toutefois, comme a insisté son dauphin, Jordan Bardella – toujours promis au poste de premier ministre malgré les révélations de Mediapart sur ses écrits antisémites : un contre-budget, «c’est le moment où les discours se confrontent aux chiffres». Ainsi, comme en 2025 et 2024, le RN prévoit de nouveau des coupes sur le dos de l’écologie.

☀ Supprimer les subventions des énergies renouvelables

Rangées dans la catégorie des dépenses inutiles : les énergies renouvelables – ou plutôt «énergies intermittentes», comme les qualifient les frontistes, qui mettent en doute la fiabilité du solaire et de l’éolien. Auprès de Vert, Jean-Philippe Tanguy, l’un des architectes de ce «contre-budget», confirme que le parti souhaite supprimer les subventions à ces énergies. Il espère récupérer ainsi plus de 5 milliards d’euros dès la première année.

Le RN veut aussi faire adopter un moratoire pour suspendre tous les nouveaux projets. Et ses député·es ont déposé plusieurs amendements pour surtaxer les parcs éoliens en mer ou terrestres. C’est ce qu’a repéré le lobbyiste écolo Jordan Allouche, qui a épluché les propositions du RN en vue des débats budgétaires.

«On n’en a pas besoin», répète Andrea Kotarac, porte-parole de la campagne de Marine Le Pen et artisan du livret programmatique du RN dédié à l’écologie. À la place, le parti veut remplacer l’énergie solaire et éolienne par davantage de nucléaire, d’hydroélectricité ou de géothermie. «On peut augmenter la capacité des centrales», assure-t-il à Vert.

Jean-Philippe Tanguy, Jordan Bardella et Marine Le Pen, mardi, lors de la présentation de leur «contre-budget» au siège du Rassemblement national. © Théo Mouraby/Vert

Une stratégie qui «ne tient pas», selon Alexandre Joly, responsable du pôle énergie de Carbone 4, cabinet de conseil sur les enjeux de souveraineté énergétique. «Pour remplacer les énergies fossiles et être souverain sur le plan énergétique, il faut augmenter la consommation d’électricité, et donc sa production, explique-t-il. Or, d’ici les 15-20 prochaines années, il n’y aura pas d’autres solutions que les énergies renouvelables, car il n’y aura pas de nouvel EPR [réacteur nucléaire à eau pressurisée de troisième génération, NDLR] en fonctionnement avant au mieux 2038.»

Pour lui, sans l’éolien et le solaire, le RN mise sur les énergies fossiles : «Si on n’a pas assez d’électricité dans dix ans, cela voudra dire que l’on devra garder nos chaudières à gaz et nos voitures thermiques, ou importer l’électricité carbonée de nos voisins.» Matthias Renault, député lepéniste de la Somme, a d’ailleurs déposé un amendement pour supprimer la redevance à l’État que payent les exploitants de gisement de pétrole et de gaz.

🪵 La chasse aux agences publiques environnementales…

Marine Le Pen a annoncé «la fin de la quasi-totalité des agences et autres organismes parasites». Le sujet n’est pas nouveau : comme en 2024, le RN prévoit 3,4 milliards d’économies sur les opérateurs de l’État. Sont particulièrement visées les agences publiques environnementales comme l’Office français de la biodiversité (OFB), l’Agence de sécurité sanitaire (Anses), l’Agence de l’eau ou l’Agence de la transition écologique (Ademe).

«Dans une France qui n’a pas les moyens, il faut faire la distinction entre ces gros machins qui coûtent de l’argent et les fonctions qu’ils assument», expliquait à Vert il y a quelques mois Laurent Jacobelli, porte-parole du parti, qui souhaite réattribuer leurs missions au gouvernement. Ces entités ont pourtant un rôle crucial à jouer pour la biodiversité, la réduction des pesticides ou encore le financement des projets favorables à la transition écologique.

«N’étant pas au pouvoir, le RN peut raconter n’importe quoi, avait déjà réagi cet été auprès de Vert Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la transition écologique et aujourd’hui co-responsable du programme présidentiel de Gabriel Attal (Renaissance). Tous les objets du ministère de l’écologie sont, par principe, attaqués par le Rassemblement national. Et avec tout ça, ils affirment faire des économies, sauf que cela va surtout faire exploser la facture des Français.»

🪧… et aux associations écologistes

Autre piste d’économies : la fin des subventions aux associations que le parti d’extrême droite juge «ne relevant pas de l’intérêt général». Gain espéré : 3,7 milliards d’euros à partir de 2028. Questionnée l’an dernier sur cette notion floue, Marine Le Pen avait visé les associations d’aide aux personnes exilé·es, avant de botter en touche : «Vous aurez la liste complète quand nous serons élus.» Un député, en privé, avait confirmé que la liste comprenait «pas mal d’associations environnementales».

Dans la quarantaine d’amendements déposés par le RN la semaine dernière et épluchés par Jordan Allouche, l’un d’eux vise à interdire aux associations subventionnées de combattre un parti, un·e élu·e ou un·e candidat·e. En somme, de s’opposer au RN.

🌱 Des mesures écologiques dans le contre-budget du RN ?

Nouveauté cette année : des dispositifs existants, que le RN voulait supprimer dans les «contre-budgets» précédents, sont désormais remaniés dans le «contre-budget» 2027.

Le Fonds vert pour la transition écologique est transformé en un fonds pour lutter contre les risques climatiques, et augmenté de 100 millions d’euros.

Le dispositif MaPrimeRénov, qui permet d’obtenir une subvention pour mieux isoler son logement, est arrêté pour être intégré à un plan «100% rénov’» visant à l’isolation et à la climatisation.

Le RN ne propose plus non plus de supprimer le malus automobile, cette taxe sur l’achat des véhicules les plus polluants, mais de le faire évoluer «pour qu’il sanctionne les voitures produites dans des conditions polluantes et favorise les voitures fabriquées en France».

Dernière surprise. Cette année, Marine Le Pen porte une mesure pour «renforcer le respect des Accords de Paris pour le climat». Elle souhaite faire payer les pays membres de l’Union européenne qui pollueraient trop en instaurant une taxe «calculée sur l’intensité carbone de leur économie».

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07.10.2026 à 11:21

Niches fiscales pour l’aérien, hausse du Fonds vert… Ce que prévoit (ou pas) le projet de budget 2027 pour l’écologie

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (2134 mots)
Le projet de budget pour 2027, élaboré par le gouvernement de Sébastien Lecornu, est le plus amer depuis longtemps. © Ian Langsdon/AFP

Avec ses 17 milliards d’euros d’impôts en plus et 26 milliards de dépenses en moins, c’est un projet de budget plus impopulaire que jamais qui entame son marathon au Parlement, ce mercredi. C’est peu dire que les débats s’annoncent longs et houleux jusqu’au 17  décembre, date limite pour trouver un accord.

À tel point que c’est la copie présentée par le gouvernement qui risque, in fine, d’être mise en application telle quelle, par le biais d’ordonnances. En effet, course à la présidentielle oblige, aucun parti n’a l’intention de faire de compromis cette année, réduisant à néant les chances de voir une autre version du texte adoptée.

La proposition du gouvernement est vertement critiquée, notamment pour la diète qu’elle prévoit d’imposer aux familles (gel des APL et des prestations familiales), aux fonctionnaires (gel du point d’indice), aux retraité·es (gel des retraites à partir de 1 260 euros par mois), aux malades (baisse des montants remboursés par la sécurité sociale) ou encore aux étranger·es (délai d’un an en France avant d’accéder à certaines prestations sociales)… alors que rien n’est prévu pour mettre les plus hauts revenus à contribution. Dans ce contexte, la stabilité des moyens annoncés pour l’écologie pourrait passer pour une victoire. Qu’en est-il vraiment ?

🎰 Des moyens «globalement stables»…

En 2027, les moyens alloués à l’écologie (environ 25 milliards d’euros) resteront «globalement stables par rapport à 2026, ce qui représente un effort notable au regard de la situation budgétaire que connaît notre pays», s’est félicitée la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. En 2023, le rapport Pisani-Mahfouz commandé par Matignon préconisait une hausse drastique des dépenses publiques en faveur du climat (entre 25 et 34 milliards d’euros de plus par an d’ici à 2030).

🪫 …mais (encore) des emplois en moins

Après avoir régulièrement alerté en 2026 contre les baisses récurrentes de moyens et d’autonomie, les salarié·es des agences publiques dédiées à la transition écologique n’ont manifestement pas été entendu·es. L’Agence de la transition écologique (Ademe), le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), l’Office français de la biodiversité (OFB) ou encore les parcs nationaux perdront quelque 160 emplois (équivalents temps plein) supplémentaires en 2027, sur environ 10 000.

🔪 -30% sur le budget de l’Ademe

Après avoir échappé de justesse à une réforme controversée en 2026, l’Ademe (principal opérateur de la «transition écologique») n’esquive pas une nouvelle baisse de son budget d’intervention. Après être passé de 1,3 milliard en 2024 à 1 milliard en 2026, le voilà raboté de 30% supplémentaires en 2027 (page 265). Les 350 millions d’euros de baisse sont dus principalement à l’amputation du fonds chaleur, qui subventionne la production de chaleur et de froid renouvelable, dans un secteur encore majoritairement perfusé aux énergies fossiles (gaz, fioul, charbon).

🏚 -15% sur MaPrimeRenov’

Comme en 2026, l’enveloppe consacrée à la rénovation énergétique se réduit de nouveau de 15% (en crédits de paiement), pour atteindre 1,2 milliard d’euros. Cette diminution est notamment liée au dernier «recentrage» des aides, annoncé en septembre, avec la fin des subventions pour certains «gestes» : travaux d’isolation thermique, installation d’équipements de chauffage fonctionnant au bois, à la biomasse ou à l’énergie solaire.

🌳 Après les incendies, des moyens en plus pour la forêt

En réponse aux incendies records de cet été, le programme «forêt», en charge notamment du reboisement des forêts incendiées, hérite de 36 millions d’euros supplémentaires (pour atteindre 417 millions, page 345). Les moyens financiers de la sécurité civile augmentent, eux, de 25%, passant de 875 à 1 milliard d’euros (page 351).

☣ Hausse de la taxe sur les demandes d’autorisation de pesticides

Alors que l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) croule sous les demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM) émanant des industriels de l’agrochimie, le gouvernement annonce conforter ses moyens en augmentant la taxe dont ils doivent s’acquitter lorsqu’ils lui soumettent une autorisation de commercialiser un pesticide. Les recettes de cette taxe devraient passer de 10 à 23 millions d’euros (dont 17,5 reversés à l’Anses), selon le projet de loi (page 146). L’Agence reçoit en outre 4 millions d’euros de nouveaux crédits pour surveiller les PFAS (ou «polluants éternels») dans les aliments.

🐸 Légère hausse du Fonds vert

Le Fonds vert, qui subventionne les projets de transition écologique des collectivités, fait partie des rares gagnants du budget 2027, avec 150 millions d’euros de rab par rapport à 2026 (page 345). Comme promis cet été – quand la France suffoquait –, son budget atteint donc un milliard d’euros (contre 2,5 milliards en 2023).

🏢 Les grands groupes épargnés

Alors que tout le monde – ou presque – est prié de se serrer la ceinture, le gouvernement a décidé d’alléger la surtaxe instaurée en 2025 sur les bénéfices des grandes entreprises (plus d’1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires en France). Son rendement devrait s’en trouver réduit de 2,5 milliards d’euros (tombant à 5 milliards d’euros), «alors même qu’on sait qu’elles contribuent moins que les autres entreprises», s’est indignée l’économiste Anne-Laure Delatte sur les réseaux sociaux.

⛽ Rien sur les superprofits des entreprises pétrogazières

Le gouvernement n’a pas souhaité intégrer de taxe sur les profits exceptionnels générés par les entreprises pétrogazières depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Au premier semestre 2026, TotalEnergies a par exemple engrangé près de 10 milliards d’euros de bénéfices. Mais pour dissuader le gouvernement de taxer ses profits, la major menace de suspendre le plafonnement des prix dans ses 3 300 stations-service françaises. Un geste à 200 millions d’euros.

🚦Hausse de la taxe sur les sociétés d’autoroutes

Rigueur oblige, le gouvernement propose d’alourdir la fiscalité sur les bénéfices des sociétés concessionnaires des autoroutes et des aéroports qui «présentent les niveaux de rentabilité les plus élevés». Il espère ainsi voir passer le rendement annuel de la taxe à 1,4 milliard d’euros, en hausse d’environ 800 millions d’euros (page 85).

🚢 Rien sur la taxe croisière

Malgré l’impact environnemental disproportionné de cette activité, le gouvernement n’a pas repris l’idée d’une taxe sur les croisières, élaborée par l’association Transport & Environment et défendue par les Écologistes au Sénat l’an passé. Elles et ils estimaient alors qu’une taxe de 15 euros par passager·e et par jour de croisière permettrait de récolter 100 millions d’euros par an.

✈ Vers une taxation du kérosène ?

Jusqu’ici exempt de tout prélèvement fiscal, le kérosène pourrait faire l’objet d’une taxe spécifique, envisage le gouvernement dans son projet de budget (page 98). Les recettes serviraient à soutenir les «carburants d’aviation durable», dont le développement est controversé. Largement hypothétique à ce stade, la taxe n’a même pas été chiffrée par le gouvernement.

🛩 Exonérations fiscales pour l’aérien

En parallèle, le secteur de l’aérien continue de profiter d’exonérations fiscales massives, qui privent la France de plusieurs milliards d’euros chaque année, rappelle l’association Transport & Environment. Par exemple, le projet de budget pour 2027 prévoit d’exempter l’aéroport de Strasbourg (Bas-Rhin) de taxe sur les billets d’avion pour inciter les parlementaires européen·nes à choisir ce mode de déplacement (page 84).

☢ Coup de pouce au nouveau nucléaire

Le gouvernement inaugure un programme dédié au «Soutien financier au nouveau nucléaire» dans son projet de budget. La mise de départ, 137 millions d’euros, servira notamment à couvrir les intérêts du prêt bonifié que la Caisse des dépôts et consignations a octroyé à EDF pour financer la construction de ses six prochains réacteurs EPR2.

🌥 Coup de rabot sur les renouvelables

En contraste, le gouvernement espère dégager 120 millions d’euros d’économies en s’attaquant aux «rentes potentielles» de certains projets photovoltaïques ou de biogaz (page 236). Concrètement, le gouvernement compte auditer environ 8 000 projets photovoltaïques déjà construits pour diminuer ou supprimer leurs subventions en cas de «sur-rémunération». Le tout alors que la filière est déjà plongée dans une crise profonde à la suite des reniements du gouvernement.

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06.10.2026 à 18:46

«On se sent délaissé alors qu’on est les adultes de demain» : des milliers de lycéens continuent de se mobiliser malgré la répression

Mathilde Picard, Dario Nadal

Texte intégral (2326 mots)
Le 5 octobre, dans le 18ème arrondissement de Paris. Des lycéen·nes bloquent le lycée Saint-Charles-de-Foucauld. © Djoudi Hamani/Hans Lucas via AFP

«On n’a pas de profs, on est dans des classes surchargées, on a des problèmes au niveau de l’hygiène…» Mariama, élève du lycée Maurice-Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis), liste à Vert toutes les raisons qui l’ont poussée à venir tôt ce mardi matin devant son établissement.

Elle désigne les bâtiments derrière la grille. «Certains de nos cours ont lieu dans les préfabriqués : qu’il pleuve ou qu’il neige, il fait extrêmement froid en hiver et chaud l’été», décrit l’adolescente. Comme elle, des dizaines de milliers de lycéen·nes se sont rassemblé·es devant leur établissement pour réclamer de meilleures conditions pour étudier. «On n’a pas les conditions pour travailler, on se sent délaissé par la société alors qu’on est les adultes de demain», s’indigne la jeune femme.

Syndicats, parents et professeurs en soutien

La colère lycéenne, née à Créteil (Val-de-Marne) le 17 septembre, s’est propagée dans toute la France. Après plusieurs jours de blocages de nombreux établissements, ce mardi a été marqué par des manifestations dans plusieurs villes, dans l’Hexagone et en outre-mer. Selon le ministère de l’intérieur, 256 000 manifestant·es se sont mobilisé·es dans le pays. Les organisations syndicales évoquent 450 000 personnes. Au total, 891 lycées sur 3 700 ont vu leurs cours «être suspendus, soit totalement, soit partiellement, toutes causes confondues», a indiqué le ministère de l’éducation nationale.

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À Paris, le cortège qui s’est élancé place de la République a réuni 56 000 personnes. Parents, professeur·es, étudiant·es et syndicalistes ont rejoint les lycéen·nes pour exiger davantage de moyens pour l’éducation nationale. Le délabrement de nombreux établissements est au cœur des revendications. Des vidéos tournées par les professeur·es et élèves des lycées Paul-Éluard, à Saint-Denis, ou Blaise-Cendrars, à Sevran, révèlent des plafonds effondrés, des fuites d’eau, des moisissures ou encore un manque de matériel.

«On est là en soutien, pour dire au gouvernement d’écouter cette jeunesse, raconte à Vert Rémi (il n’a pas donné son nom), enseignant en histoire-géographie, syndiqué SNES-FSU dans un lycée de Chelles (Seine-et-Marne). Pour elle, faire des études va être compliqué, le réchauffement climatique va nuire à son avenir, on n’a pas beaucoup d’espoir à lui apporter et, là, cette jeunesse se relève parce qu’elle a envie de créer un autre monde.»

Le 4 octobre à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), une lycéenne participe à un rassemblement de jeunes pour exiger plus de moyens dans l’éducation nationale. © Kenzo Tribouillard/AFP

«Ce n’est pas parce qu’on est dans le 93 [la Seine-Saint-Denis, NDLR] qu’on est forcément des bandits, s’indigne Jenna, 14 ans, en seconde professionnelle métiers de la construction durable du bâtiment et des travaux publics à Saint-Denis. On veut juste être là pour avoir une bonne éducation, aller au lycée, pouvoir obtenir nos vœux dans Parcoursup.»

La plateforme pour faire son choix d’études supérieures essuie de nombreuses critiques. «Parcoursup brise nos rêves, et c’est encore pire quand on vient des quartiers populaires», explique Koumba, en terminale au lycée Jean-Jaurès de Montreuil.

Place de la République, le collectif écologiste Extinction Rebellion a grimpé sur la statue de Marianne pour y accrocher le message «Lycées délaissées, jeunesse sacrifiée», en soutien au mouvement. Nombre de syndicats ont appelé à rejoindre la mobilisation. Outre ceux de l’éducation nationale, le syndicat agricole Confédération paysanne était présent dans plusieurs rassemblements en France. L’intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche a souligné que «l’expression lycéenne et étudiante doit pouvoir se faire sans entrave et dans un cadre démocratique, pacifique, libre et serein».

Plus de 5 000 gardes à vue

Depuis ses débuts, la mobilisation a connu une répression exceptionnelle. Le ministère de l’intérieur a annoncé que 5 000 personnes avaient été placées en garde à vue, essentiellement des mineur·es. À titre de comparaison, 12 000 personnes avaient été interpellées en six mois de mobilisation des Gilets jaunes.

À Tours (Indre-et-Loire), la semaine dernière, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocage ; lundi, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade à Lens (Pas-de-Calais). Un autre a eu la mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise), après un tir de grenade lacrymogène. Au total, 215 élèves ont été blessé·es. La police des polices a ouvert dix enquêtes dans le cadre de ces manifestations.

À Saint-Denis, le 4 octobre. Les lycéen·nes se mobilisent pour demander de meilleures conditions d’étude. © Valérie Dubois/Hans Lucas via AFP

Le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, a parlé de «drame» et a annoncé le lancement, depuis lundi soir, d’une plateforme où les élèves pourront «dire leurs difficultés et leurs attentes», jusqu’au 23 octobre. Ce mardi, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a exprimé sa «vive inquiétude» sur le «recours disproportionné à la force».

Sans annoncer de moyens financiers pour l’éducation nationale, le premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué une suspension des cours sur une demi-journée d’ici la fin de la semaine pour organiser «un temps de démocratie interne» dans les lycées.

À un peu plus de six mois de la présidentielle – élection qui verra certain·es des lycéen·nes voter pour la première fois –, cette mobilisation s’étire dans un climat politique et social particulièrement tendu, sur fond de hausse des prix et de recherche de coupes budgétaires.

Un enjeu que les jeunes participant·es à la manifestation de Paris ont bien compris. «On est à bout, et ce n’est même pas que nous : ce sont les ouvriers, les pompiers, les agriculteurs, les étudiants, précise Koumba. J’ai peur de ne pas pouvoir nourrir mes enfants plus tard, de ne pas pouvoir payer l’essence, de faire des études que je n’aime pas… Ce sont tous les Français qu’Emmanuel Macron doit écouter.»

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06.10.2026 à 16:58

Manifestations des lycéens : «Et si, pour une fois, on écoutait les premiers concernés ?»

Loup Espargilière

Texte intégral (623 mots)
Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 4 octobre 2026. Établissements insalubres, classes surchargées… les revendications des lycéen·nes sont nombreuses. © Kenzo Tribouillard/AFP

Imagine, tu as 16 ans en 2026, et… toute ta vie, tu n’as connu que des crises : financière, économique, climatique, démocratique, inflation, Gilets jaunes, etc.

Tu n’as aucune idée de comment tu paieras un loyer pour tes études. D’ailleurs tu n’as même pas encore choisi un métier que tu sais déjà que ton boulot sera bientôt remplacé par une IA. Tu t’attends à galérer encore plus que tes parents. Non seulement tu es certain·e de ne jamais toucher de retraite, mais en plus tu es à peu près sûr·e de mourir avant ça (au choix) de : la guerre, l’IApocalypse, le climat, une pandémie, etc.

Tu es né·e dans un monde post-11 septembre 2001, où la suspicion et la surveillance sont partout. Tu n’as pas connu l’extrême droite à moins de 20% aux élections, ni l’époque où le racisme était massivement rejeté dans les médias et où Pascal Praud était journaliste sportif.

Les adultes «raisonnables» ont l’air de s’en foutre

Tu as passé l’année de tes 10 ans enfermé·e chez toi, au lieu d’être tout le temps fourré·e avec tes copains/copines. Pendant des mois, ta seule fenêtre sur le monde, c’étaient les réseaux sociaux, et on t’explique que tu as un problème avec ça.

Tu sais que l’eau, l’air et la nourriture sont contaminés par des milliers de substances, que la France est championne du monde des cancers, que la crise climatique peut tuer des milliers de Français·es chaque année… et les adultes «raisonnables» ont l’air de s’en foutre. Depuis trois ans, tu assistes en direct au premier génocide du 21ème siècle… et les adultes «raisonnables» ont aussi l’air de s’en foutre.

On dit de ta génération qu’elle est débile à cause «des écrans» comme si tu avais le pouvoir d’interdire TikTok. Pourtant, quand tu oses demander une éducation décente avec un·e prof à chaque cours, tu t’exposes à la violence.

Si tu es sage, on ne t’écoute pas

Ah et sous les vidéos, où on voit des garçons et des filles qui pourraient être tes camarades de classe se faire étrangler ou détruire la mâchoire par des CRS en armure, des adultes commentent : «Ils avaient qu’à pas brûler des poubelles», «Bien fait». Les adultes «raisonnables» (c’est pour ça qu’ils ont le droit de vote, non ?) sont celles et ceux qui utilisent une violence «sans retenue» pour t’apprendre les bonnes manières.

Quand tu restes dans ton coin, on dit que ta génération est «égoïste». Quand tu t’engages pour les autres, tu es traité·e au mieux d’«idéaliste» (ça veut dire idiot), au pire de sauvageon·ne. Si tu es sage, on ne t’écoute pas. Si tu es violent·e, on te fait taire. Quoi que tu fasses, tu as tort.

Et si, pour une fois, on écoutait les premier·es concerné·es ?

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06.10.2026 à 11:24

Gilets jaunes, Sainte-Soline, loi Duplomb… Retour sur dix ans de macronie, entre promesses et reniements sur l’écologie

Anne-Claire Poirier

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Glyphosate, Convention citoyenne pour le climat… Certains renoncements du président sont durs à avaler. © Manon Cruz/AFP

Le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron touche bientôt à sa fin. Quelques mois avant l’élection présidentielle, Vert revient sur ses dix années au pouvoir à travers une série rétrospective intitulée «C’était Macron». Pour ce premier épisode, retour sur les promesses et les renoncements écologiques du président.

7 mai 2017 : Macron président !

Emmanuel Macron, ex-ministre de l’économie sous François Hollande, fait 66,10 % au second tour face à Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national (RN). Puis, aux législatives un mois plus tard, son parti, En Marche, remporte la majorité absolue. Celui qui a qualifié la transition écologique de «défi du 21ème siècle» recrute un militant célèbre comme ministre de l’environnement : Nicolas Hulot.

Dans son programme :
→ «Un plan de transition agricole de 5 milliards d’euros» ;
→ «Placer la France en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides» ;
→ «Rénover 1 million de logements mal isolés d’ici 2022» ;
→ «Diviser par deux le nombre de jours de pollution atmosphérique» ;
→ 50% de «bio, écologiques ou issus de circuits courts» dans les cantines.

1er juin 2017 : «Make our planet great again»

Emmanuel Macron fait le buzz en répondant au président étasunien Donald Trump, qui venait d’annoncer le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Il invite les scientifiques des États-Unis à venir poursuivre la recherche en matière de changement climatique en France, où l’État financera leurs projets.

17 novembre 2017 : Macron promet la fin du glyphosate sous trois ans

D’abord opposé à la réautorisation de cet herbicide controversé au sein de l’Union européenne, Emmanuel Macron s’engage à interdire le glyphosate en France, «au plus tard dans trois ans».

En 2023, un nouveau vote, où la France s’abstient, permet de reconduire l’herbicide pour dix ans supplémentaires. Il est toujours autorisé en France.

30 décembre 2017 : la France renonce à exploiter ses hydrocarbures

La «loi Hulot» met un point final à la recherche d’hydrocarbures en France et programme la fin des concessions existantes au plus tard le 1er janvier 2040. En réalité, la France produit moins de 1% de sa consommation de pétrole et 0,1% de sa consommation de gaz, mais le texte a une valeur hautement symbolique à l’international car c’est une première mondiale.

17 janvier 2018 : abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

En décidant l’abandon définitif de cet antique projet d’aéroport en Loire-Atlantique – devenu symbole de la lutte contre les «grands projets inutiles», comme les surnomment les opposant·es –, Emmanuel Macron marque indéniablement des points auprès des défenseur·ses de l’environnement.

Emmanuel Macron et les «grands projets inutiles»

Juillet 2018, le projet d’autoroute A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) est relancé.

Novembre 2019, le président enterre un second chantier hautement contesté : le mégacomplexe de loisirs et de commerces Europacity, censé sortir de terre à Gonesse, dans le Val-d’Oise.

Septembre 2026, il soutient un projet saoudien de trois parcs d’attractions géants à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise).

28 août 2018 : Nicolas Hulot démissionne du gouvernement

«Je ne veux plus me mentir. Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie qu’on est à la hauteur sur ces enjeux-là», annonce-t-il, amer, au micro de France Inter. «J’espère qu’il en tirera des leçons», explique-t-il à propos d’Emmanuel Macron. Depuis, Nicolas Hulot a quitté la vie politique à la suite d’accusations d’agression sexuelle et de viol.

17 novembre 2018 : Gilets jaunes, Acte I

Le mouvement de contestation sociale le plus marquant de l’histoire récente a été déclenché par la hausse de la taxe carbone, qui renchérit notamment le prix des carburants. Rapidement, le gouvernement annonce geler le montant de cette taxe, qui l’est toujours depuis.

De novembre à mai 2019, chaque samedi, les Gilets jaunes ont défilé dans les rues pour protester contre le gouvernement. © Éric Feferberg/AFP

D’abord présenté à tort comme «anti-écologiste», le mouvement des Gilets jaunes rappelle que la transition écologique ne peut se faire au détriment des plus pauvres. C’est le sens du slogan «Fin du monde, fin du mois, même combat», largement repris dans les sphères écolos.

4 octobre 2019 : la Convention citoyenne pour le climat

Initiative inédite en France, la Convention citoyenne pour le climat est une réponse du gouvernement au mouvement des Gilets jaunes. Les 150 tiré·es au sort sont chargé·es de trouver ensemble comment réduire les émissions de gaz à effet de serre «dans un esprit de justice sociale». En juin 2020, après neuf mois de travaux, elles et ils présentent 149 propositions que le président s’engage à soumettre «sans filtre» au gouvernement, au Parlement ou directement à référendum.

17 mars 2020 : la France se confine

La pandémie de Covid-19 met la France à l’arrêt. Pour limiter la propagation du virus, un premier confinement strict durera jusqu’au 11 mai 2020. Deux autres, plus légers, suivront en octobre-décembre 2020, puis en avril-mai 2021. L’épidémie a causé 116 000 décès en France, selon l’Insee.

30 juin 2020 : fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim

Promise par François Hollande en 2012, la fermeture de la plus vieille centrale nucléaire du pays est concrétisée par Emmanuel Macron en 2020.

De son prédécesseur, le président a aussi repris l’objectif de réduire la part du nucléaire dans le mix électrique, de 75 à 50%.

Septembre 2020 : «Je ne crois pas au modèle Amish»

À des entrepreneur·ses de la «French Tech» convié·es à l’Élysée, Emmanuel Macron explique : «J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile, mais je ne crois pas au modèle Amish.» Un tacle sévère à la gauche et aux Verts qui, la veille, avaient demandé un moratoire sur le déploiement de la 5G.

22 août 2021 : loi Climat et résilience, clap de fin pour la Convention citoyenne pour le climat

Censée traduire les propositions de la Convention citoyenne pour le climat, la loi «Climat et Résilience» est un échec qui acte la rupture entre Emmanuel Macron et les défenseur·ses de l’environnement. Efficacement vilipendées par plusieurs industries (automobile, aéronautique, agrochimie, publicité), ses mesures sont aseptisées, d’abord par le gouvernement puis au Parlement. Cinq ans plus tard, seules 24 des 149 propositions sont véritablement appliquées, selon le WWF France. Les participant·es à la Convention citoyenne se sentent trahi·es.

10 février 2022 : «La renaissance du nucléaire français»

Rompant avec ses promesses passées, Emmanuel Macron fait un discours fondateur sur «la renaissance du nucléaire français» : prolongation de tous les réacteurs qui peuvent l’être, construction de six nouveaux EPR2 et études pour huit supplémentaires. Pour «reprendre le contrôle de notre destin énergétique», le président promet aussi d’accélérer sur le solaire et l’éolien en mer, mais d’être «raisonnable» sur l’éolien terrestre, qu’il juge sujet à controverses.

24 février 2022 : invasion de l’Ukraine par la Russie

L’invasion de l’Ukraine par la Russie plonge l’Europe et la France dans une sévère crise énergétique et inflationniste. En quelques mois, l’UE doit se détourner de la Russie, qui assurait plus 45% de son approvisionnement en gaz et 27% en pétrole.

16 avril 2022 : «Ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas !»

En lice pour le second tour de l’élection présidentielle face à la candidate d’extrême droite, Marine Le Pen, Emmanuel Macron dédie un discours à l’écologie. En cas de réélection, il s’engage à nommer un premier ministre «directement chargé de la planification écologique», afin d’aller «deux fois plus vite» dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

24 avril 2022 : Macron réélu

Emmanuel Macron l’emporte avec 58,55 % des suffrages face à Marine Le Pen. Mais, aux législatives de juin 2022, la coalition présidentielle échoue à obtenir la majorité absolue à l’Assemblée, tandis que droite (et extrême droite) et gauche font jeu égal.

28 octobre 2022 : plan «un milliard d’arbres»

Après un été marqué par des incendies exceptionnels, Emmanuel Macron annonce vouloir «réparer la nature» en plantant un milliard d’arbres en dix ans, soit un renouvellement de 10% de la forêt française. L’idée est séduisante, mais la mise en œuvre critiquée de toutes parts : le mode de subvention encourage les coupes rases suivies de nouvelles plantations, parfois en monoculture. «En pratique, l’État subventionne la perte de biodiversité», expliquait même le secrétaire général adjoint à la planification écologique en 2025.

25 mars 2023 : Sainte-Soline et les «éco-terroristes»

D’abord interdite, puis férocement réprimée, la manifestation contre le projet de «mégabassine» à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) est un moment majeur de criminalisation des luttes écologistes.

Images et témoignages accablent les forces de l’ordre, mais le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, accuse l’«extrême violence» des «éco-terroristes». Sa décision, inédite, de dissoudre le mouvement environnemental des Soulèvements de la Terre, sera retoquée par le Conseil d’État.

14 avril 2023 : réforme des retraites

Malgré une franche opposition dans la population, le gouvernement promulgue sa réforme controversée reculant l’âge du départ à taux plein de 62 à 64 ans. Avant cela, il avait utilisé l’article 49-3 de la Constitution pour passer en force à l’Assemblée et échappé de justesse (9 voix) à une motion de censure votée par toutes les oppositions. En 2026, l’Assemblée post-dissolution suspend la réforme jusqu’en 2028.

Dans le programme d’Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle de 2017 :

19 décembre 2023 : adoption de la loi immigration

Cette loi «à la xénophobie décomplexée», selon une cinquantaine d’organisations, marque un tournant politique majeur. Pour la première fois, un texte reprenant de nombreux marqueurs de l’extrême droite est adopté grâce aux voix conjuguées du bloc présidentiel et du Rassemblement national.

Janvier 2024 : la colère agricole s’enracine

Partie du quart sud-ouest de l’Hexagone, une vaste mobilisation d’agriculteur·ices gagne la France. Elles et ils dénoncent pêle-mêle la baisse de leurs revenus, la multiplication des normes, les accords de libre-échange et la concurrence déloyale.

La colère agricole qui s’exprime dès la fin 2023 ne cessera d’émailler le second mandat d’Emmanuel Macron. © Luc Auffret / Anadolu via AFP

Le gouvernement répond surtout par un assouplissement des règles environnementales, en particulier la suspension du plan Ecophyto, qui visait à réduire de 50% les usages de pesticides d’ici à 2030. La colère agricole continuera de s’exprimer régulièrement jusqu’à la fin du quinquennat.

9 juin 2024 : dissolution !

Au soir des élections européennes, le parti d’Emmanuel Macron essuie une sévère déconvenue (14,60%) face au Rassemblement national (31,31%). Le président prononce alors la dissolution de l’Assemblée nationale, «un temps de clarification indispensable», selon lui. Un mois plus tard, le Nouveau Front populaire (qui réunit les partis de gauche) arrive en tête du second tour (182 sièges) devant le bloc présidentiel (163 sièges) et l’extrême droite (143 sièges). Toutefois, Emmanuel Macron refuse de nommer un·e premier·e ministre de gauche.

8 juillet 2025 : adoption de la loi Duplomb

Présentée par des défenseur·ses comme une réponse à la colère agricole, l’adoption de la proposition de loi du sénateur (Les Républicains) Laurent Duplomb crée une vive polémique dans le pays.

Des militant·es de la Confédération paysanne lors d’un rassemblement contre la loi Duplomb à Paris. © Esteban Grépinet/Vert

Sous couvert «de lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur», le texte acte de nombreux reculs environnementaux, dont le plus inflammable est la réintroduction de pesticides interdits (finalement intégré à la loi d’urgence agricole). Une pétition réclamant l’abrogation du texte atteint 2,1 millions de signatures. En vain.

28 février 2026 : les États-Unis attaquent l’Iran

En essayant de «démolir l’Iran», le président étasunien Donald Trump déclenche l’une des plus graves crises énergétiques mondiales. En France, l’envolée des prix du gaz et du pétrole plonge des millions de Français·es dans la précarité. Pour ne pas aggraver le déficit public, le gouvernement lance un plan d’électrification sans «argent nouveau» tout en refusant de s’attaquer aux superprofits d’entreprises comme TotalEnergies.

15 avril 2026 : les ZFE supprimées

Symboles du premier quinquennat Macron, les zones à faibles émissions (ZFE) entendent limiter la pollution dans les agglomérations en interdisant l’accès à certains véhicules anciens et polluants. La droite et l’extrême droite obtiennent leur suppression lors de l’examen du contesté projet de loi de «simplification de la vie économique». Si le Conseil constitutionnel finira par sauver le dispositif, l’épisode démontre que la macronie a perdu la main politiquement.

Eté 2026 : la canicule et ses morts

L’été le plus chaud jamais enregistré en France (depuis le début des mesures en 1900) provoque plus de 8 000 décès en excès et marque les esprits. La sécheresse est également la plus intense jamais observée en France, et des incendies records emportent près de 100 000 hectares de végétation. Le premier ministre, Sébastien Lecornu, demande à la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, d’accélérer la mise en œuvre du plan d’adaptation au changement climatique (publié en mars 2025).

15 octobre : inauguration de l’A69

Initiée dans les années 1990, l’autoroute de 53 kilomètres reliant Toulouse (Haute-Garonne) à Castres (Tarn) s’est concrétisée sous la présidence d’Emmanuel Macron. Le décret déclarant le projet d’utilité publique date de juillet 2018 et le contrat de concession entre l’État et l’entreprise Atosca a été signé en avril 2022. Le chantier, entaché d’irrégularités, a rencontré une vive opposition, sur le site et dans les tribunaux.

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06.10.2026 à 06:00

Promesses d’emplois et greenwashing : en Auvergne-Rhône-Alpes, des élus tentés par Amazon et ses entrepôts XXL

Luc Chatel

Texte intégral (1504 mots)
Le 1er juillet, le neuvième entrepôt de distribution d’Amazon en France a été mis en service à Colombier-Saugnieu (Rhône). © Capture d’écran/Google street view

Le leader mondial du e-commerce, Amazon, étend un peu plus son influence sur le territoire français. Début juillet, son neuvième entrepôt de distribution a été inauguré à Colombier-Saugnieu (Rhône), à proximité de l’aéroport de Lyon-Saint-Exupéry. L’entreprise possède désormais plus de 35 sites à travers le pays.

«Un projet d’envergure», s’est félicité le préfet de région, Étienne Guyot, précisant que «les services de l’État [avaient] naturellement pris leur part» à cette implantation. Ce gigantisme tient en quelques chiffres : 180 000 mètres carrés sur trois niveaux – soit vingt-cinq terrains de football –, 40 000 étagères de stockage, 4 000 robots, la promesse de 3 000 embauches d’ici 2027, pour 200 millions d’euros investis.

Cette inauguration en appelle d’autres : Amazon a choisi de faire de la région Auvergne-Rhône-Alpes une priorité. En juillet et en août, alors que la canicule s’installait, les annonces se sont succédé : ouverture d’ici fin 2026 d’une plateforme logistique de 50 000 mètres carrés à Mably (Loire), deuxième niveau de 36 000 mètres carrés sur le site de Montélimar (Drôme) et projet de construction d’un entrepôt de 31 000 mètres carrés à Saint-Georges-les-Bains (Ardèche).

CO2 et IA en hausse

Début juillet a aussi été le moment choisi par Amazon pour publier ses émissions de dioxyde de carbone (CO2), avec à la clé une hausse de 16% en 2025 (et de 58% depuis 2019). Le groupe promet pourtant la neutralité carbone d’ici 2040. Une augmentation due au recours à l’intelligence artificielle (IA), grosse émettrice de CO2. En 2026, Amazon a investi dans l’IA aux côtés de Meta, Microsoft et Alphabet (Google), pour un total à quatre de plus de 600 milliards d’euros. Au même moment, la firme supprimait 10% de ses emplois de bureau dans le monde, soit 30 000 postes.

Si le géant étasunien dirigé par Jeff Bezos, l’un des soutiens actifs du président des États-Unis Donald Trump, est très critiqué en France depuis des années, les opposant·es à son déploiement se font de moins en moins entendre. Sur les quatre nouveaux sites prévus en Auvergne-Rhône-Alpes, seul celui de Colombier-Saugnieu a fait l’objet de recours, déposés par des associations et par la Ville de Lyon, tous rejetés.

Pression par l’emploi

Dans un contexte de tension sur l’emploi, un argument massue est brandi par Amazon pour promouvoir son implantation dans chaque nouvelle commune, repris en chœur par les élu·es : la création d’emplois. Sandrine Auquier, la maire (sans étiquette) de Colombier-Saugnieu, s’est ainsi réjouie de l’arrivée du mastodonte : «C’est une excellente nouvelle pour le territoire, a-t-elle appuyé le 1er juillet 2026. Ils vont faire crescendo, ils commencent à 600 emplois, puis à terme 3 000 emplois.»

De son côté, la maire (sans étiquette) de Saint-Georges-les-Bains, Geneviève Peyrard, confirme à Vert : «50 emplois créés, ce n’est pas rien pour une commune comme la nôtre.» Jacques Dubay, ex-maire (divers droite) de Saint-Péray (Ardèche) et ancien président de la communauté de communes Rhône Crussol, où se trouve Saint-Georges-les-Bains, confie, fataliste : «Les maires se disent que s’ils refusent Amazon sur leur territoire, c’est une autre commune qui en profitera.»

À terme, près de 3 000 emplois sont promis par Amazon sur le site de Colombier-Saugnieu (Rhône). © Capture d’écran/Google street view

Même chez les syndicalistes, les propos sont nuancés. «La direction du site nous a annoncé le triplement de l’effectif des techniciens de maintenance et le doublement au service informatique, explique Cindy Gencel, préparatrice de commandes sur le site de Montélimar, salariée d’Amazon depuis 2015 et déléguée CGT. Donc c’est plutôt pas mal. Avec le nombre d’emplois que ce doublement de surface va générer, il y a très peu d’opposition au projet.»

Pénibilité et accidents

Pourtant, les conditions de travail ne font pas vraiment rêver : la plupart des emplois au sein d’Amazon sont peu qualifiés et souvent pénibles. «Il y a beaucoup de postes de manutentionnaires et de préparateurs de commande, avec des gestes répétitifs, précise Cindy Gencel. Forcément, ça abîme. Il y a beaucoup de tendinites et d’accidents du travail. Mais la direction les conteste systématiquement.»

Car le dialogue social semble lui aussi particulièrement pénible. «Au fil des ans, nous avons perdu la majorité de nos acquis sociaux, comme la prime d’intéressement, la prime de transports ou la possibilité d’avoir des actions d’Amazon, remplacées par d’autres mesures qui nous rapportent beaucoup moins», souligne la préparatrice de commandes. Tous ces problèmes semblent peser assez peu pour les élu·es face aux promesses d’embauches. D’autant que les maires ont, de fait, des marges de manœuvre limitées. «Nous ne pouvons pas intervenir dans des transactions privées, explique Geneviève Peyrard. Les entreprises sont libres de vendre leurs terrains à Amazon. Et nous n’avions pas les moyens d’acheter une parcelle de plusieurs millions d’euros.»

Des élus fatalistes… ou pas

La mairie de Saint-Georges-les-Bains a toutefois suspendu l’autorisation de construire, à la demande du département. Pour cause : le projet d’Amazon doit augmenter le flux de circulation de 400 véhicules par jour, alors que la départementale 86, censée les supporter, atteint déjà son seuil maximal de 10 000 passages quotidiens. «Nous attendons un nouveau projet, plus compatible avec les capacités routières, qui comprenne aussi la construction d’un rond-point et d’un mur anti-bruit», indique Geneviève Peyrard.

D’autres communes parviennent à anticiper un peu plus, à l’exemple de Saint-Péray, qui avait posé des conditions préalables à la reprise de la grande friche d’une coopérative, FruitCoop. «La loi accorde peu de moyens aux maires en matière d’urbanisme, explique Jacques Dubay. Mais pour le projet FruitCoop, qui a mis sept ans à aboutir, nous ne voulions absolument pas de logisticiens de type Amazon, car ces entreprises représentent très peu d’emplois au mètre carré et posent des problèmes de circulation.»

Aidée par la communauté de communes et par Epora, un établissement public foncier qui a racheté la friche et l’a désamiantée (pour un coût total de plusieurs millions d’euros) pour la lui revendre au bout de quelques années, la collectivité locale a gagné son pari. «Ça a été très long à aboutir, rembobine Jacques Dubay. Nous avions affiché clairement la couleur dès le début : pas de logisticien et pas de zone commerciale comme on les voit en périphérie des villes et qui tuent le petit commerce, mais une zone d’activité artisanale.» Des artisan·es à la place des robots : une formule gagnante qui pourrait inspirer d’autres communes face au rouleau compresseur Amazon.

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05.10.2026 à 11:51

«La lutte contre les pesticides fait partie des combats antiracistes» : la colonisation chimique au cœur de la marche contre Syngenta

Rémi-Kenzo Pagès

Texte intégral (1887 mots)
Plus de 15 000 personnes sont venues manifester à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), selon les organisateur·ices. © Rémi-Kenzo Pagès/Vert

«C’est une alliance nouvelle qui augure d’autres mobilisations à venir», prévient Fanny Métrat, porte-parole du syndicat agricole Confédération paysanne. Ce samedi, l’agricultrice, debout sur un camion, harangue la foule venue nombreuse – 15 000 personnes selon les organisateur·ices. Réuni·es à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), elles et ils manifestent contre les pesticides et l’entreprise Syngenta, leader mondial de la production de ces substances.

La multinationale est au centre des débats lors de cette marche organisée par Les Soulèvements de la Terre, Cancer colère, le collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et la Confédération paysanne. «C’est extraordinaire : il y a des malades, des paysans, des soignants», liste Fleur Breteau, de Cancer colère. On retrouve aussi des collectifs antiracistes, venus dénoncer le «colonialisme chimique».

Le terme, inventé par la géographe brésilienne Larissa Mies Bombardi, désigne le fait de produire des pesticides interdits localement à cause de leur dangerosité pour les exporter vers des pays (souvent pauvres) où ils sont autorisés.

«Ce n’est pas connu du grand public, explique l’activiste Léna Lazare, des Soulèvements de la Terre. Mais, pour nous, c’est désormais un fil rouge, sur la base d’alliances avec des collectifs concernés, comme Vietnam Dioxine ou le Coaadep.» Le premier est engagé contre l’agent orange, un herbicide connu pour son utilisation durant la guerre du Vietnam. Le second, le Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides, qui milite contre le chlordécone, un insecticide pulvérisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique jusqu’en 1993.

Des délégations internationales ont également participé à la manifestation du 3 octobre. © Rémi-Kenzo Pagès/Vert

Cette jonction nouvelle, qui explique en partie le succès de la mobilisation, est le fruit d’un long travail. «C’est la deuxième fois, après l’action contre BASF, qu’on parle de colonialisme chimique», rappelle Léna Lazare. En novembre 2025, des représentant·es de ces mêmes organisations étaient entrées dans une usine de pesticides de l’entreprise allemande à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime). Les manifestant·es y avaient trouvé du Fipronil, un insecticide interdit en France mais utilisé dans d’autres pays.

«La pierre angulaire de cette organisation»

Pendant la marche à Saint-Pierre-la-Garenne, les organisations exigent l’interdiction de vendre des pesticides à des pays tiers. De son côté, Syngenta se défend en affirmant que «toute exportation de produits dangereux depuis l’Europe s’effectue sous le contrôle réglementaire du pays importateur». «C’est un commerce indécent, on n’en peut plus de ces postures de domination», plaide Fanny Métrat, du haut de son camion.

Le sujet dépasse les frontières hexagonales et une question taraude les manifestant·es : pourquoi la santé des communautés étrangères semble-t-elle reléguée au second plan sans que les institutions européennes n’interviennent ? «D’ailleurs, tous les continents sont représentés dans cette coalition», précise Loan (le prénom a été modifié), qui s’occupe de la coordination internationale pour Les Soulèvements de la Terre.

La manifestation est partie de la ville de Gaillon pour rejoindre Saint-Pierre-la-Garenne via un parcours de six kilomètres. © Rémi-Kenzo Pagès/Vert

«Il est essentiel de penser cette action dans un contexte mondial, depuis notre position occidentale. On doit suivre les traces du mouvement des sans-terre au Brésil [en faveur des paysan·nes qui ne possèdent pas de terres, NDLR] et de tous les paysans du monde, avec le colonialisme chimique comme pierre angulaire.»

Une prise de conscience qui explique la présence d’un cortège dédié au sein de la marche. Et celle de structures rarement associées aux luttes écologistes. «Pourtant, on est pleinement concernées, estime Julie Nguyen, de Génération panasiatique, une association antiraciste qui regroupe des personnes issues des communautés asiatiques. La lutte contre les pesticides fait partie des luttes antiracistes parce qu’on vient de pays qui sont lourdement impactés. L’Inde, par exemple, est le pays où l’on meurt le plus à cause de ces produits.» C’est ce que montre une étude publiée dans la revue Frontiers in public health.

Le pionnier de l’agent orange

Le choix de Syngenta pour illustrer le colonialisme chimique n’est pas un hasard. Plusieurs histoires reviennent en boucle dans le cortège. «C’est une entreprise qui a financé des milices, notamment au Brésil, pour assassiner des paysans», rappelle Loan. En 2018, la cour de justice de l’État brésilien du Paraná a condamné Syngenta pour avoir commandité le meurtre de Valmir Mota de Oliveira, un syndicaliste paysan.

Surtout, ce colonialisme chimique trouve un débouché dans les guerres et des liens avec l’industrie militaire. C’est ce que dénoncent les membres du collectif Vietnam Dioxine, qui ont depuis longtemps Syngenta dans le collimateur. Pour cause : son ancêtre, Imperial Chemical Industries (ICI), est un pionnier de la production de l’agent orange.

Un imposant cortège contre le colonialisme chimique, se situait au centre de la manifestation.© Rémi-Kenzo Pagès/Vert

Avant d’être massivement épandu par l’armée étasunienne lors de la guerre du Vietnam, ce défoliant développé par ICI était utilisé par l’armée britannique entre 1952 et 1954 pour mater l’insurrection communiste en Malaisie. «Ils ont inspiré les multinationales américaines de l’agrochimie comme Monsanto, qui ont ensuite produit l’agent orange durant la deuxième guerre d’Indochine», confirme Tom (il n’a pas donné son nom), de Vietnam Dioxine.

«Fer de lance de la colonisation israélienne»

Plus récemment, Syngenta est aussi pointée du doigt pour son rôle dans la colonisation israélienne en Palestine. La multinationale possède une filiale, Adama, installée dans les territoires occupés. «C’est important pour nous d’être là pour dénoncer ce colonialisme chimique, explique Lucie (le prénom a été modifié), d’Urgence Palestine. Adama participe à des épandages massifs, notamment avec du glyphosate, qui servent les intérêts de l’armée israélienne pour occuper et récupérer les terres, puis pour expulser et attaquer la santé des populations.» «Adama spolie l’eau, détruit des villages et des communautés paysannes sur le plateau du Golan», ajoute Fanny Métrat, de la Confédération paysanne.

Le Collectif de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO), l’une des organisations à l’origine de la manifestation, veut «rendre visible toutes les victimes oubliées». © Rémi-Kenzo Pagès/Vert

«Depuis la création de l’État d’Israël, l’agrochimie est l’un des fers de lance de la colonisation de la Palestine. Elle fait des expérimentations agricoles dangereuses pour l’environnement et la santé, détruit les moyens de subsistance des paysans… Ils épandent aussi des litres de pesticides à la frontière avec le Liban ou avec Gaza pour permettre à l’armée de contrôler plus facilement ces zones, complète Jean (il n’a pas souhaité donner son nom), un militant des Soulèvements de la Terre. La lutte pour la libération de la Palestine est une lutte pour défendre des manières d’habiter et de cultiver les terres.»

«Une victoire politique»

L’intégration de ces sujets dans les luttes écologistes motive les troupes. Toutes les figures antiracistes rencontrées témoignent de leur enthousiasme. «Ce front est inédit, affirme Tom. C’est une bonne nouvelle d’avoir une action aussi concrète ensemble.»

«C’est vraiment une victoire politique ; on avance dans la prise en compte des questions antiracistes dans le milieu écologiste», s’enthousiasme l’universitaire spécialiste des enjeux raciaux et écologiques, Renda Belmallem. «Maintenant, il faut se battre pour que ça s’inscrive sur le long terme ; ça doit appeler à d’autres initiatives», poursuit Tom.

Fleur Breteau, porte-parole et cofondatrice de Cancer colère, l’une des organisatrices de la manifestation du 3 octobre, appelle à «libérer la parole» des malades du cancer. © Rémi-Kenzo Pagès/Vert

C’est donc dans une ambiance joyeuse et déterminée que tout ce beau monde a convergé, entouré d’un important dispositif policier. La marche a toutefois été interrompue par quelques tirs de gaz lacrymogènes en fin de journée. Pour Fanny Métrat, «ce n’est que le début d’une campagne d’actions, d’occupations, pour que l’ensemble des sites de production des pesticides ferment définitivement». Fleur Breteau de conclure : «Syngenta devra payer.»

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