Zoé Moreau
Que se passe-t-il lorsqu’un État condamné par la justice refuse de mettre en œuvre les mesures qui lui ont été ordonnées ? Les requérant·es retournent devant le ou la juge. Ce mardi, la coalition d’associations «Justice pour le vivant», engagée depuis 2021 dans un contentieux visant à faire reconnaître la responsabilité de l’État dans l’effondrement de la biodiversité lié à l’usage des pesticides, a annoncé le dépôt imminent («avant juillet») d’un recours en exécution contre l’État. Concrètement, les organisations de la coalition – Pollinis, Notre Affaire à tous, Biodiversité sous nos pieds, l’Association nationale de protection des eaux et rivières-Truite-ombre-saumon (Anper-Tos) et l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) – considèrent que le gouvernement ne respecte pas les obligations formulées par la cour administrative d’appel de Paris dans son arrêt du 3 septembre 2025. Ce jour-là, la cour avait reconnu l’État français responsable de la «contamination généralisée, diffuse, chronique et durable des eaux et des sols» par les pesticides, ainsi que l’existence d’un «préjudice écologique résultant de l’usage des produits phytopharmaceutiques» en France (notre article). À l’origine de cette atteinte : l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), chargée d’évaluer et d’autoriser la mise sur le marché des pesticides. Selon la cour, l’Anses a «commis une faute en ne procédant pas à l’évaluation des produits phytopharmaceutiques au vu du dernier état des connaissances scientifiques». En guise de réparation, elle avait ordonné «un réexamen des autorisations de mise sur le marché déjà délivrées pour lesquelles la méthodologie d’évaluation n’aurait pas été conforme» aux exigences du droit européen, dans un délai de vingt-quatre mois. La justice avait également exigé qu’un plan d’action détaillé, assorti d’un calendrier précis, soit présenté dans les six mois. Le gouvernement a bien transmis son plan d’action à la justice en temps et en heure, et c’est ce document qui fonde aujourd’hui le recours en exécution des associations. «Après analyse approfondie, ce plan ne respecte pas les exigences de la cour», a affirmé Emilien Capdepon, chargé de campagnes chez Notre Affaire à tous. Son principal défaut réside, selon les associations, dans le périmètre extrêmement restreint des réévaluations prévues. Alors que la justice demandait de réexaminer l’ensemble des pesticides susceptibles d’avoir été autorisés sur la base d’évaluations non conformes au droit européen, le gouvernement a considéré que seuls sept produits devaient être réévalués : le Belanty, le Revyona, le Revyvit, l’Intuity, l’Intuity pro, le Zampro Star et le Gatten. Sept fongicides qui figurent parmi les produits «les moins utilisés», déplorent les ONG. Si ce plan reste inchangé, «l’impact sur le vivant sera nul», prévient Mathis Buis, de l’association Pollinis. Le gouvernement a donc fait le choix de ne pas réexaminer plusieurs centaines de produits, parmi lesquels tous ceux en cours de réévaluation ou bien qui doivent être réévalués d’ici 2027. Mais aussi ceux utilisés sur des cultures jugées «non attractives pour les abeilles», ou bien qui s’appliquent «hors période de floraison». Ces critères sont «arbitraires», dénoncent les associations ; ils «ignorent des risques majeurs connus» des pesticides. Par exemple «la contamination chronique [et pas seulement pendant la floraison, NDLR] de notre environnement par les molécules» et le fait que «l’ensemble de la biodiversité – et pas seulement les abeilles – peut être affecté par ces pesticides», déplore Mathis Buis. Contacté sur ces choix par Vert, le gouvernement n’a, pour l’heure, pas donné suite. Les critiques des ONG portent également sur les méthodes scientifiques retenues pour réévaluer les produits concernés. Les associations saluent l’adoption, pour l’évaluation des effets sur les abeilles, de la méthodologie développée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), qui prend davantage en compte les effets dits «sublétaux» (qui mènent à une mort indirecte) : impacts sur la croissance, la reproduction, la capacité à se nourrir, à se déplacer… Mais «cette avancée ne répond toutefois qu’à une partie du problème, estime Alexandre Barraud, écotoxicologue. Car pour évaluer les effets sur d’autres espèces, le gouvernement prévoit de continuer d’utiliser des méthodes qui reposent sur des protocoles parfois vieux de plus de vingt ans.» Le plan ne contient pas non plus de meilleure prise en compte de l’«effet cocktail» des pesticides lorsqu’ils sont mélangés. Et ce, alors même que «des recherches récentes établissent des effets préoccupants sur la faune, confirmant la nécessité d’intégrer ces interactions dans l’évaluation des risques», notent les ONG. Interrogé sur l’ensemble des critiques émises par les associations, le ministère de l’agriculture n’a pas répondu à Vert. Si la justice donne raison aux ONG et estime que l’arrêt du 3 septembre 2025 n’a pas été correctement appliqué, elle pourrait enjoindre à l’État de présenter un nouveau calendrier d’action, sous peine d’une astreinte financière, c’est-à-dire d’une pénalité pour chaque jour ou mois de retard. Texte intégral (1080 mots)

Contraindre l’État à revoir sa copie
L’État ne prévoit de réexaminer que sept pesticides
Des critères «arbitraires»
Lucas Martin-Brodzicki
Au pied de l’imposante résidence du Lac, dans le 3ème arrondissement de Lyon (Rhône), le béton recrache sa chaleur étouffante, ce lundi 22 juin. Depuis leurs fenêtres, des locataires de cette longue barre de logements collectifs recrachent autre chose : leur colère. Alors que la température avoisine les 40 degrés Celsius (°C) en fin d’après-midi, une quarantaine d’entre elles et eux ont installé des protections thermiques de fortune dans leur logement. Un drap blanc tendu par des pinces à linge : c’est la seule solution que ces locataires ont trouvée, alors que leur bailleur, la Compagnie foncière lyonnaise (CFL), filiale du Crédit Agricole Centre-Est, refuse d’installer des stores. Sur les tissus figurent des inscriptions, visibles depuis le parvis du siège de la Métropole de Lyon : «Des stores, urgence» ; «Droit d’renov» ; «Justice climatique». «On a demandé l’installation de stores à notre bailleur. Sans réponse de sa part, on a mis des protections nous-mêmes», résume Fannie Munoz, installée au 13ème étage de la résidence du Lac depuis 2023. Sur son drap figure un gland, le logo de Locataires Ensemble. Cette association, habituée des coups médiatiques, lutte pour de meilleures conditions de logement. «On râlait chacun dans notre coin, maintenant on râle ensemble, c’est plus structuré», savoure la costumière, séduite par la proposition d’action de Locataires Ensemble. Son drap protège un peu sa loggia des rayons du soleil, évitant au balcon d’emmagasiner la chaleur toute la journée et de la relâcher la nuit. Elle s’estime chanceuse : son appartement est traversant, ce qui lui permet de faire circuler l’air frais quand la température redescend. Ce n’est pas le cas du T1 de Daphné Rozet, la locataire à l’origine de la mobilisation dans cette résidence. Son long balcon, exposé à l’ouest, se transforme en piège chaque été. L’aide-soignante a fini par alerter Locataires Ensemble au sujet de sa situation. Ses demandes à la CFL d’installer des protections thermiques ou un brasseur d’air n’ont pas abouti. Plus précisément, elle demandait la mise en conformité de son logement sur le «système de régulation de chaleur fonctionnel et suffisant», en s’appuyant sur un article du Code de la santé publique, en vigueur depuis fin 2023 mais peu appliqué, selon Locataires Ensemble. L’absence de stores l’empêche de se protéger de la chaleur et, comme son appartement n’est pas traversant, celle-ci ne peut pas être évacuée la nuit. Deux conditions indispensables pour avoir un système de régulation de chaleur «fonctionnel et suffisant». Ce lundi matin, quelques heures avant que le tifo ne soit déployé, ses demandes sont de nouveau restées lettre morte. Une médiation était pourtant organisée par la Ville de Lyon entre la CFL et Locataires Ensemble, en présence de l’adjoint au logement. Daphné Rozet en est ressortie pleine de rage : «J’ai interpellé le directeur de la CFL, je l’ai invité à venir voir par lui-même. Pour cette barre, ils ont dit qu’ils ne feraient rien», lâche-t-elle, épuisée, avant d’enfiler un t-shirt Locataires Ensemble. «On veut juste vivre décemment dans des logements qu’on paie chaque mois», souffle-t-elle. Contactée, la CFL indique dans un communiqué qu’elle sera «à l’écoute des cas individuels particulièrement critiques». Elle rappelle aussi que les immeubles de la rue du Lac sont déjà équipés de volets occultants – même s’ils ne protègent pas les balcons et ne laissent pas passer la lumière en journée –, et qu’elle déploiera un plan d’action doté d’un million d’euros d’ici l’été prochain. Ces fonds serviront entre autres à «l’étude» de l’installation de jalousies, de stores ou de brasseurs d’air, en priorisant les appartements non traversants. Une réponse teintée de mauvaise foi, selon Fabien Hue, porte-parole de Locataires Ensemble. «Nous avons été reçus ce matin par des gens qui méprisent vos quotidiens pour leurs intérêts économiques», a-t-il lancé en fin de journée devant une vingtaine de locataires, d’élu·es et la presse conviée pour l’occasion. Pendant quelques minutes, ses camarades et lui ont déployé une banderole indiquant : «Ici, logement bouilloire». Et de rappeler que cette situation n’est pas une fatalité mais bien le résultat de décisions politiques. «Cette barre était équipée de stores lors de sa construction, afin de protéger les balcons», insiste Solène Peyragrosse, ingénieure thermicienne. Il en reste certains, notamment aux trois premiers étages, possédés par un autre bailleur. Plus haut, les stores ont été progressivement désinstallés au fil des rénovations et des changements de locataires. Un moyen pour la CFL d’économiser les coûts d’entretien, devinent les locataires. Des économies qui mettent en danger ces dernier·es, alors que la canicule s’éternise : «En période caniculaire, le balcon se comporte comme un petit radiateur une partie de la nuit», détaille Solène Peyragrosse. Pour les mobilisé·es du jour, il s’agit désormais d’obtenir mieux que de l’attention médiatique : «Ces stores témoignent de notre colère, mais aussi de notre impuissance à faire respecter la loi», harangue l’un d’eux. Sur l’esplanade, plusieurs options ont été discutées : acheter des brasseurs d’air et envoyer la facture à la CFL, envoyer des devis et se coordonner pour ne pas payer le loyer pendant un mois ou deux, obtenir un «droit d’renov» afin que de petits travaux de protection thermique réalisés par les locataires puissent être déduits des loyers… Des membres de Locataires Ensemble se mettent même à rêver d’une police municipale du logement, afin de verbaliser les bailleurs hors-la-loi. Texte intégral (1288 mots)




Rémi-Kenzo Pagès
«C’est un jour sinistre pour la justice, cette décision signifie que les pollueurs bénéficient d’une impunité», a annoncé d’emblée Christophe Lèguevaques, l’un des avocats des parties civiles, en sortant de l’audience, lundi. La cour d’appel de Paris a confirmé le non-lieu dans l’affaire du chlordécone, prononcé en première instance en 2023. Elle a estimé qu’il est difficile de rapporter la preuve pénale des faits dénoncés et a refusé ainsi la réouverture de l’enquête demandée par les plaignant·es. Le chlordécone, insecticide utilisé dans les bananeraies de Guadeloupe et Martinique afin de lutter contre un coléoptère, le charançon du bananier, a été pulvérisé jusqu’en 1993 aux Antilles alors qu’il était interdit dès 1990 dans l’Hexagone. À l’annonce de la décision, lundi, les visages se sont assombris dans les couloirs du palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité. «C’est douloureux», «une déception»… Toutes les personnes rencontrées par Vert étaient sous le choc. «Je pense à ma sœur, décédée [d’un cancer des ovaires polykystiques], et à mon frère qui porte le cancer [de la prostate] en lui. Quel crachat à leur égard», a dénoncé André Bazin, l’un des cofondateurs du collectif Diasporas solidaires avec les victimes de l’empoisonnement colonial (Dsavec). Le cancer de la prostate, reconnu maladie professionnelle pour les agriculteur·ices exposé·es au chlordécone, est l’une des conséquences les plus connues du pesticide. «On a tous un membre de notre famille qui est touché par le chlordécone», a poursuivi André Bazin, alors que les Antilles présentent l’un des plus forts taux au monde de cette tumeur. Le tribunal a estimé que des délits ont bien été commis, mais qu’ils sont prescrits. Les plaintes déposées en 2006 et 2007 par des associations ont été jugées trop tardives. Pourtant, ce pesticide a empoisonné l’ensemble des écosystèmes martiniquais et guadeloupéens, avec des impacts durables. Selon une étude publiée en 2018, plus de 95% des Guadeloupéen·nes et 92% des Martiniquais·es sont contaminé·es par ce perturbateur endocrinien, toxique pour la reproduction et cancérogène. «Cette décision est une insulte à notre intelligence», a déploré le chercheur Malcom Ferdinand, partie civile. Mais l’universitaire n’a pas été surpris : «Le processus judiciaire reflète un ensemble de relations coloniales. On dépose une plainte en Guadeloupe et en Martinique en 2006 et 2007, mais c’est à Paris que l’affaire est délibérée, avec des juges qui ne se sont jamais rendus sur place.» Les avocats des requérant·es ont tenté en vain d’obtenir une requalification pour entrer dans les délais de prescription, «vu que les conséquences dramatiques de cette pollution se feront ressentir encore des centaines d’années», a précisé Rachid Madid, conseil de l’Association médicale de sauvegarde de l’environnement et de la santé (Amses), estimant que «la décision est inaudible». «La justice nous montre ses limites, a complété Olivier Tabone, qui défend la même association. Ce pesticide provoque des troubles épigénétiques [qui modifient l’expression des gènes, NDLR] qui peuvent sauter des générations. Nul ne sait combien de temps ce produit va continuer à provoquer des dommages.» «Les magistrats nous disent qu’au nom du droit, il n’y aura pas de justice», a ironisé Pierre Gallet de Saint-Aurin, représentant de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine martiniquais (Assaupamar). D’autres critiques ont fusé : «C’est une décision politique», a lancé Yvon Sérénus, président du Collectif des ouvriers agricoles et leurs ayants droit empoisonnés par les pesticides (Coaadep), venu spécialement de Martinique. Ghislain Vedeux, qui était président du Conseil représentatif des associations noires (Cran) lors du dépôt de plainte, a estimé que les populations de Martinique et de Guadeloupe ne sont pas écoutées et que les juges se positionnent depuis un point de vue centré sur l’Hexagone : «Les békés [descendant·es des colons esclavagistes de Martinique, dont certain·es détiennent la majorité des plantations de bananes traitées au chlordécone, NDLR] font ce qu’ils veulent et on se demande qui décide.» Au-delà de cette défiance envers la justice, c’est bien la colère à l’égard «du colonialisme» qui s’est exprimée. «Je me pose des questions sur notre relation avec la France, a confié Lilith, cofondatrice de Dsavec. Si la France remettait en question son héritage colonial, on n’en serait pas là ; mais le profit a plus d’importance que des vies humaines.» Une défiance qui a poussé la députée européenne (Les Écologistes), Marie Toussaint, à demander un tribunal spécial «pour juger des crimes environnementaux et sanitaires qui ne le sont pas, alors qu’ils devraient être reconnus dans le droit. On ne cesse de dire à certaines populations qu’elles ne comptent pas.» Le 2 juin dernier, l’Assemblée nationale avait pourtant adopté une loi visant à reconnaître la responsabilité de l’État et à indemniser les victimes du chlordécone. «Il y a comme une dichotomie entre la loi votée et le non-lieu», a observé Lilith. Certain·es espéraient que cette actualité politique jouerait en leur faveur lundi, alors que le texte en question donne une année au gouvernement pour remettre aux député·es un rapport sur les modalités d’indemnisation des victimes. Une loi perçue par les parties civiles présentes comme insuffisante. Les vingt ans de procédures ne s’arrêteront pas là. Les avocat·es des parties civiles envisagent déjà un pourvoi en cassation. Les personnes interrogées par Vert ont témoigné de l’envie de continuer la procédure judiciaire, avec l’espoir de convaincre les juges. «Il doit aussi y avoir une convergence des fronts, entre les tribunaux et les parlements», a précisé le député martiniquais (Péyi-A, gauche) Marcelin Nadeau. Yvon Sérénus, du Coaadep, a tapé du poing sur la table : «On ne va pas se laisser faire, ça va chauffer en Martinique !» Christophe Lèguevaques de conclure : «On va les empêcher de dormir tranquille [les békés, NDLR] dans leurs belles villas de Saint-Pierre [en Martinique] pour qu’ils rendent des comptes.» Texte intégral (1389 mots)

«Une insulte à notre intelligence»

«Les békés font ce qu’ils veulent»
«Ça va chauffer en Martinique !»

Mathilde Picard
«Cette canicule s’annonce historique, malheureusement on ne peut plus parler de vagues de chaleur exceptionnelles tant elles sont récurrentes», alerte auprès de Vert le météorologue François Jobard. Ce lundi pourrait être la journée la plus chaude jamais mesurée en moyenne à l’échelle nationale. Un record tous mois confondus depuis 1947 et le début des mesures. «C’est énorme que l’on ait, au mois de juin, des températures records qui dépassent parfois celles des récentes canicules qui ont eu lieu en juillet et août», souligne l’expert de Météo-France. Ce lundi, on attend 42 degrés Celsius (°C) à Nantes (Loire-Atlantique) et 43°C à Angoulême (Charente), par exemple. La canicule s’étend sur une très grande majorité de l’Hexagone : 49 départements sont en vigilance rouge, ce qui représente 35 millions de Français·es, et 40 départements sont en orange. Au total, l’intégralité du territoire hexagonal est en état de vigilance canicule, en comptant les sept départements en vigilance jaune. Après un dimanche extrêmement chaud, les températures continuent de grimper ce lundi et les maximales atteindront 38 à 40°C sur l’Île-de-France, l’ouest de la Bretagne et la vallée du Rhône ; et 40 à 42°C du nord aquitain à la Touraine et à l’Anjou. L’indicateur thermique national (la moyenne des températures du pays) devrait franchir 27,4°C ce lundi. Les valeurs les plus élevées se trouveront dans les Landes, avec 42,2°C à Pissos ; et dans le Cher, avec 42°C à Chateaumeillant. D’autres records seront battus aujourd’hui à Mâcon (Saône-et-Loire), avec 37,4°C, et à Poitiers (Vienne), avec 39,2°C. Selon Météo-France, à l’échelle du pays, la canicule que nous connaissons devrait être aussi sévère que celle d’août 2003 en termes d’intensité pour les températures, aussi bien la nuit que le jour. Cette année-là, 15 000 personnes en étaient mortes. «En termes d’intensité à l’échelle locale, ça pourrait être encore pire qu’en 2003, souligne François Jobard. En 2003, à Bordeaux, le pic était à 40,7°C ; et là, on prévoit plusieurs jours à 42°C dans la ville. C’est pire aussi à Rennes, où l’on dépasse les 40°C plusieurs jours d’affilée, alors qu’en 2003 on naviguait entre 34 et 39°C.» Hors des villes, ce temps particulièrement chaud et sec accélère l’assèchement de la végétation et favorise le départ de feux de cultures et de broussailles. Sans compter que le vent devrait se lever en cours de semaine. Dimanche, 17 départements étaient classés en vigilance orange pour risques de feu de forêt, dont l’Hérault, le Gard ou encore la Vendée et la Charente-Maritime. Ces dernières nuits aussi ont connu des chaleurs record. La nuit de dimanche à lundi a été exceptionnellement chaude, avec 27,9°C à Montembœuf (Charente) ou encore 26,4°C à Château-d’Olonne (Vendée). Dans certaines villes, les températures minimales ont atteint des niveaux jamais mesurés, tous mois confondus : il a fait 24,8°C à Tours (Indre-et-Loire), 24,6°C à Poitiers (Vienne) et 24,1°C à Bourges (Cher). «Des nuits avec des températures au-dessus de 20°C voire 25°C, ce sont vraiment des nuits étouffantes… Je ne sais pas comment les qualifier, c’est très sérieux», s’alarme François Jobard. 845 établissements scolaires sont fermés ce lundi en raison des fortes chaleurs et 1 800 proposent des horaires aménagés. Nombreux sont ceux qui ne sont pas adaptés aux hautes températures, même si des mairies prennent parfois les devants pour mieux protéger les élèves, comme à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Dès la semaine dernière, plusieurs écoles ont incité les parents, sans obligation, à garder leurs enfants chez eux pour éviter les classes surchauffées. 5 000 lycéen·nes ont également vu leurs oraux de bac reportés, pour le bac de français et pour le grand oral. Cinq académies (Bordeaux, Poitiers, Lyon, Montpellier et Normandie) ont pris cette décision et ont envoyé de nouvelles convocations aux élèves. Une première en France. Le président-directeur général de la SNCF, Jean Castex, a invité dimanche les voyageur·ses les plus «vulnérables» à «éviter de prendre le train» pendant la canicule. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a quant à elle demandé aux travailleur·ses «de ne pas se déplacer» et de privilégier le télétravail, en raison de perturbations à venir sur le réseau de transport. «On commence à voir une atténuation des chaleurs intenses à partir de vendredi dans l’ouest de la France», indique François Jobard. «Malgré cette diminution, on restera à des niveaux encore très élevés», précise le spécialiste. Le réchauffement climatique provoque des vagues de chaleur plus précoces, intenses et fréquentes. Dans une interview à Libération, le climatologue Christophe Cassou appelle à «politiser les canicules et dénoncer les défaillances des responsables». Il fustige l’impréparation de l’État, aussi bien pour atténuer les effets du dérèglement climatique que pour s’y adapter. Pour l’instant, la préfecture de la Gironde a annoncé la mort de trois personnes âgées à leur domicile. Les records de température ont un impact sur tout notre corps et affectent notre santé physique et mentale (maux de tête, changements de comportement, système cardiovasculaire fragilisé). Auprès des équipes de régulation médicale des urgences à l’hôpital Necker (Paris), la ministre de la santé, Stéphanie Rist, a signalé «une énorme augmentation» du nombre d’appels depuis dimanche, «de l’ordre ici de presque 60%». Malgré cela, «il semble au moment où je vous parle que le système de santé ne soit pas particulièrement en tension dans les services d’urgence», a-t-elle ajouté ce lundi matin sur TF1. Dimanche, treize personnes sont mortes noyées, a annoncé Jérôme Boulanger, porte-parole de la sécurité civile. Sur Franceinfo, la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs (FFMNS) a appelé le gouvernement à «enclencher un plan d’urgence d’apprentissage de la nage». Parmi les victimes, plusieurs adolescent·es. Elles et ils sont mort·es noyé·es dans le Doubs, en Dordogne et dans le Nord. Chaque année, les noyades causent environ 1 000 décès, dont 400 l’été. Lors des épisodes de fortes chaleurs, Santé publique France met en garde contre le risque accru de noyade. Texte intégral (1493 mots)


Localement, une canicule encore plus sévère que celle de 2003
Des températures cauchemardesques la nuit
Plus de 2 000 établissements affectés
Le système ferroviaire perturbé
Un épisode qui se poursuit jusqu’à jeudi
Un premier bilan mortel
Nolwenn Jaumouillé
Le résultat est le plus serré de l’histoire récente de la Colombie : à l’issue du scrutin qui s’est tenu dimanche, l’avocat multimillionnaire d’extrême droite, Abelardo de la Espriella, a remporté la présidentielle avec 49,7% des voix et 245 000 votes d’avance sur le candidat de la gauche, Ivan Cepeda. Jamais sans son maillot de l’équipe colombienne de football, celui qui se fait appeler «le Tigre» succède à la Casa de Nariño à Gustavo Petro, premier président de gauche du pays, qui le dirigeait depuis 2022. Si le retour de la droite n’est pas une surprise, celle-ci ayant structuré l’histoire politique colombienne, «la nouveauté tient au profil disruptif d’Abelardo de la Espriella, qui a mis en déroute la droite traditionnelle colombienne», souligne Mathilde Allain, maîtresse de conférences en science politique à l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (Aubervilliers, Seine-Saint-Denis). Surgi il y a six mois sur la scène politique colombienne, cet outsider qui veut «étriper la gauche» et multiplie les sorties outrancières, homophobes et misogynes, s’inscrit dans la lignée de Donald Trump aux États-Unis, Nayib Bukele au Salvador ou Javier Milei en Argentine. Profitant de la flambée de violence liée aux confrontations entre groupes armés que connaît la Colombie, sa campagne a surfé sur la thématique de l’insécurité. Il a misé sur «la maîtrise des réseaux sociaux, le recours aux émotions et aux symboles», décrypte Mathilde Allain. Son programme politique ultralibéral, ultrasécuritaire et ultraconservateur inquiète à bien des égards, et notamment sur le plan environnemental. S’il se définit comme un «type qui aime la nature» et «n’a jamais jeté un papier dans l’eau», ses propositions pour le pays (voir plus bas) laissent dubitatif quant à sa sensibilité écologique. Or le nouveau dirigeant n’aura aucun mal à détricoter les avancées mises en œuvre par le gouvernement sortant, qui avait mis l’environnement au cœur de son mandat : «Gustavo Petro ayant beaucoup gouverné par décret, faute de majorité, nombre de ses réformes seront facilement réversibles», poursuit la chercheuse. Sa première ambition est de faire des sous-sols colombiens, dont il compte «exploiter tout ce qu’ils ont à donner», le «moteur de la transformation économique» du pays. Depuis quatre ans, Gustavo Petro a au contraire tenté d’arracher la Colombie à sa dépendance aux fossiles, qui représentent encore autour de 4% du PIB, 50% des exportations et constituent une manne financière considérable pour l’État. Alors que le désormais ex-président de gauche a suspendu la signature de tout nouveau contrat d’exploration de pétrole, gaz et charbon, son successeur entend relancer la machine : il veut ainsi porter la production pétrolière de 730 000 barils par jour aujourd’hui à 1,2 million. Alors que les gisements conventionnels du pays s’épuisent, il souhaite s’appuyer sur la pratique très contestée du fracking, qui consiste à fracturer la roche pour libérer les hydrocarbures les plus difficiles d’accès. Dans ce pays qui abrite l’une des biodiversités les plus riches au monde, «ce serait un écocide», estime Oscar Vanegas, professeur d’économie à l’université industrielle du Santander (Barrancabermeja, Colombie) : autrement dit, cela causerait à l’environnement et à la biodiversité des dégâts massifs et irréversibles. «Le Tigre» s’en défend en assurant qu’un «fracking soutenable» est possible, ce que nombre d’expert·es contestent. D’autant plus qu’en Colombie, «les zones pressenties pour le fracking sont des régions riches en zones humides et des bassins versants majeurs, comme celui du fleuve Magdalena, explique Camilo Gonzalez Posso, président de l’ONG Indepaz. Les impacts sur l’eau seraient terribles.» Cette volonté d’exploitation s’étend à toutes les ressources du pays : «Abelardo de La Espriella entend ouvrir l’espace minier aux grandes multinationales, car il existe en Colombie de fortes attentes autour de l’extraction de l’or, du cuivre et des terres rares», poursuit Camilo Gonzalez Posso. Par le détricotage des normes environnementales et en se fiant à la capacité des entreprises à s’autoréguler, Abelardo de la Espriella prévoit de «flexibiliser les études environnementales et d’affaiblir les processus de consultation préalable menés auprès des communautés, ce qui n’augure rien de bon en matière de démocratie et de participation», analyse Mathilde Allain. Si «le Tigre» revendique un discours sur la protection de la nature, qu’il a résumé dans un programme environnemental baptisé ABC, pour «Agua, biodiversidad, comunidades» («Eau, biodiversité, communautés), son approche «se résume à une vision sécuritaire et technosolutionniste des problématiques environnementales et envisage la nature comme une ressource à protéger non pas pour elle-même ou pour les humains, mais au service de l’économie », décrypte encore la politologue. Quant à la méthode, son approche est à l’image de tout son programme politique : centrée sur la sécurité. Il focalise donc sa lutte contre la déforestation sur la militarisation et la répression dans les territoires menacés par des activités criminelles (mines illégales, narcotrafic…). Déjà testé par le passé, «un plus grand contrôle territorial de la part de l’armée n’est pas synonyme d’une baisse de la déforestation», souligne Felipe Roa-Clavijo, écologue à l’université Javeriana (Bogota, Colombie). «Ce qui compte, c’est de s’appuyer sur les populations locales : les études ont montré récemment que la déforestation est bien plus faible dans les territoires où vivent les communautés indigènes que dans les zones où il n’y en a pas», appuie-t-il. En mettant en place des systèmes de rémunération des habitant·es pour leur rôle de conservation, Gustavo Petro a d’ailleurs obtenu des résultats intéressants. Une approche plus efficace et plus incitative, selon Camilo Gonzalez Posso, que de «traiter les paysans et les petits mineurs comme l’arrière-garde des groupes armés et d’en faire des cibles militaires, tout en tolérant en parallèle les grands macroprojets d’appropriation de la nature, de l’eau et de la biodiversité». Pour le président d’Indepaz, «l’approche d’Abelardo de la Espriella nie surtout que le véritable problème environnemental en Colombie découle d’un modèle capitaliste extractiviste, dévastateur et spoliateur, et que la principale menace pour l’Amazonie est l’accaparement des terres et l’élevage extensif, dont il se fait l’allié». Pour lutter contre le narcotrafic, le futur dirigeant relancera par ailleurs les épandages aériens à grande échelle de glyphosate pour éradiquer les champs de coca. Si le recours à cet herbicide toxique a déjà repris à petite échelle début 2026 – sous la pression des États-Unis –, «le Tigre» entend la massifier. «Il a annoncé qu’il lancerait la fumigation par glyphosate de 330 000 hectares dès sa prise de pouvoir le 8 août. Dans les faits, c’est impossible ; mais, dans l’intention, c’est significatif», souligne Camilo Gonzalez Posso. Or la méthode n’a jamais montré d’efficacité à long terme, tandis que ses ravages environnementaux, sanitaires et sociaux sont, eux, bien documentés. Enfin, c’est la position de la Colombie comme leader climatique qui est menacée. En dépit de réformes sociales, le bilan interne de Gustavo Petro est mitigé (échec de sa politique de paix totale, accompagnement insuffisant des reconversions liées à la sortie des fossiles dans le secteur minier, retard dans le déploiement des renouvelables…). Il a connu de nombreux obstacles dans la mise en œuvre de sa politique, dus à l’absence de majorité au Parlement ; à la résistance des lobbys de l’industrie fossile ; à des freins juridiques ; et à des difficultés budgétaires. S’il a connu un succès, c’est d’être parvenu à ancrer la question environnementale dans le débat public colombien et d’avoir pris des positions fortes en la matière sur la scène internationale : organisation de la 16ème conférence mondiale (COP16) sur la biodiversité, positionnement en faveur de l’Amazonie lors de la 30ème conférence mondiale (COP30) sur le climat, organisation en avril 2026 à Santa Marta du premier sommet sur la sortie des énergies fossiles, qui a réuni 57 pays… «La Colombie, durant le gouvernement de Gustavo Petro, a adopté une posture très progressiste, voire radicale, pour répondre à la crise climatique et socio-environnementale, avec des lignes plus fermes que certains de ses voisins d’Amérique latine ayant des ambitions pétrolières : Brésil, Mexique, Venezuela, Argentine», ajoute Camilo Gonzalez Posso. Une posture «restée plus dans le discours et le leadership que dans la pratique, complète Felipe Roa-Clavijo. Mais qui a donné au pays une reconnaissance internationale. Cela attire l’attention, apporte des ressources, des alliés, des projets, des programmes de coopération internationale.» Or l’arrivée d’Abelardo de la Espriella, qui entend s’aligner sur les positions des États-Unis et qui envisage le retrait du pays de l’Organisation des Nations unies (ONU) et du Système interaméricain des droits de l’Homme, «constitue un virage à 180°C», estime Camilo Gonzalez Posso. En matière de politique étrangère, le nouvel élu s’inspire de Donald Trump : «Il y a l’idée de n’investir que si cela sert les intérêts nationaux, et ce avec une définition très restrictive de ces intérêts : on ne voit pas la Colombie s’engager sur le multilatéralisme ni sur l’environnement», décrypte la politologue Mathilde Allain. Pour l’Amazonie en particulier, «c’est inquiétant», conclut Felipe Roa-Clavijo, «car la défense de cet écosystème qui ne connaît pas les frontières exige une forte coopération internationale». Texte intégral (1879 mots)

Relancer les fossiles et accélérer l’extractivisme
Militariser la nature
Fin d’un leadership climatique
Mathilde Picard
L’été arrive, et avec lui le réflexe de tartiner notre peau d’une épaisse couche de crème solaire. Chaque année, en moyenne 25 000 tonnes de lotion se retrouvent dans l’océan : un déferlement de filtres UV parfois nocifs pour notre santé et la vie marine. Présents dans tous les flacons, ces filtres servent à nous protéger des rayons ultraviolets (UV) du soleil qui peuvent entraîner des cancers de la peau. Ils stoppent les rayons UVB, à l’origine des coups de soleil, et UVA, responsables du vieillissement prématuré de la peau. Mais plusieurs d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens, ces substances qui dérèglent le cycle hormonal des humains et des organismes aquatiques. Ils sont associés à des troubles de la croissance, à des problèmes de reproduction ou encore à certains cancers (sein, prostate, thyroïde). Premier réflexe quand on choisit sa crème solaire : lire la liste des ingrédients et vérifier l’absence de trois filtres UV. «L’octocrylène, la benzophénone 3 et l’ethylhexyl methoxycinnamate sont les trois filtres UV à éviter absolument», alerte Zoé Kerlo, toxicologue pour Yuka, une application qui évalue les risques sanitaires et écologiques des produits. L’octocrylène est le plus connu des scientifiques. Avec le temps, il se dégrade et génère de la benzophénone, un composé cancérigène et perturbateur endocrinien. Mieux vaut donc se débarrasser des vieilles crèmes solaires qui en contiennent. Les deux autres sont également suspectés par les expert·es de dérégler le système hormonal. D’autres filtres UV sont aussi à éviter. L’homosalate, par exemple, est considéré comme «sûr» par le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC), seulement en quantité inférieure à 7,34% de la lotion. Il présente, selon le CSSC, un risque «moyen» d’être un perturbateur endocrinien. Or de nombreux produits autres que les crèmes solaires en contiennent (des crèmes de jour, anti-âge…). «Utiliser plusieurs cosmétiques peut donc créer un effet d’accumulation dans notre corps au-delà du seuil recommandé, s’agace Laurence Coiffard, enseignante-chercheuse en cosmétologie à l’université de Nantes (Loire-Atlantique). On en retrouve par exemple dans plusieurs produits Nivea, y compris dans des crèmes solaires pour enfants.» Tous ces filtres sont présents dans de nombreuses crèmes solaires : dans certains produits Uriage, La Roche-Posay ou Cien (Lidl). Si des groupes reformulent chaque année la composition de leurs lotions, les stocks en magasins qui renferment encore des ingrédients à risques continuent de s’écouler plusieurs mois après le changement de recette. La crème solaire Clinique FPS 50 contient par exemple de l’octocrylène et de l’homosalate. De même pour l’ambre solaire de Garnier FPS 15, composée d’octocrylène, ou encore le spray Florida SPF 50. Dangereux pour notre santé, ces filtres UV le sont aussi pour les environnements aquatiques. Crustacés, mollusques, dauphins : ils affectent la biodiversité à grande échelle. «Ils tuent les algues qui permettent aux coraux de se nourrir et de respirer, provoquant leur blanchiment», explique Zoé Kerlo. Ces mêmes coraux sont à la base de la chaîne alimentaire et le milieu de vie d’un écosystème aquatique très riche. Ces substances altèrent aussi la fertilité des poissons et perturbent le bon fonctionnement de leurs organes (cerveau, foie, cœur…). L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a déposé l’année dernière un dossier auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) pour réduire drastiquement l’utilisation de l’octocrylène par les industriels des cosmétiques. Si cette demande était acceptée, les crèmes solaires contenant ce filtre UV seraient interdites à la vente. L’agence française relève que «la dispersion de l’octocrylène dans l’environnement entraîne des risques inacceptables pour les organismes aquatiques. Cette substance contamine les écosystèmes aquatiques directement lors des activités récréatives de baignade et indirectement via les eaux usées en sortie des stations d’épuration.» Les crèmes solaires biologiques se démarquent-elles ? Contrairement aux compositions chimiques, elles sont fabriquées à partir de filtres UV minéraux. Ces derniers bloquent les rayons du soleil, non en les absorbant mais en les renvoyant. Parmi les plus courants : l’oxyde de zinc et le dioxyde de titane. Les études scientifiques sur leur impact sanitaire et environnemental n’en sont encore qu’à leurs débuts. Pour l’instant, leurs impacts sur l’environnement sont considérés comme limités par rapport aux filtres UV chimiques. Toutefois, l’oxyde de zinc en grande quantité peut se révéler également toxique pour la biodiversité aquatique. Selon le SCCS, les produits qui contiennent du dioxyde de titane comportent parfois plus de 50% de nanoparticules. Celles-ci permettent de réduire l’effet de pellicule blanche sur la peau, jugé inesthétique par nombre de consommateur·ices, mais leurs conséquences sur la santé sont encore mal connues des scientifiques, qui préconisent le principe de précaution. Selon plusieurs expert·es, ils se révèlent en moyenne moins efficaces pour protéger la peau du soleil. Les crèmes solaires vendues en pharmacie restent généralement les plus sûres pour la santé. Parmi celles-ci, les enseignantes en cosmétologie Laurence Coiffard et Céline Couteau recommandent, après les avoir analysés, les produits A-derma protect kids SPF 50+ et Avène protect kids. Du côté de Que Choisir ensemble, les analyses mettent en avant la crème solaire Hema ou celle de Mustela. Qu’en est-il des huiles, des brumes et des drops (gouttes) vendues dans les rayons ? «Sous cette forme, on met très peu de protection sur le corps ; plus la formule est fluide, moins c’est protecteur», insiste Laurence Coiffard. Même chose pour les sticks, largement emballés dans du plastique, qui ne couvrent que de petites surfaces. Afin de choisir la meilleure protection contre le soleil, il faut toujours préférer les produits avec un indice de protection SPF 50+. Et il est inutile d’insister pour faire pénétrer la crème dans la peau. Contrairement à un baume hydratant, l’efficacité réside au contraire dans l’effet de film protecteur. Masser facilite le passage des substances toxiques comme les perturbateurs endocriniens dans l’organisme. Il vaut mieux appliquer la crème 15 à 30 minutes avant l’exposition, et renouveler l’opération toutes les deux heures ou après une baignade prolongée. Sans oublier que la meilleure protection reste d’éviter les heures les plus ensoleillées (de 12h à 16h), de couvrir sa peau avec des textiles et de ne mettre de la crème solaire que lorsque c’est nécessaire, à partir d’un indice UV3. «Il faut résister au discours ambiant qui incite à en appliquer tous les jours», encourage Laurence Coiffard. L’exposition quotidienne aux perturbateurs endocriniens renforce les risques sur la santé. «Reef friendly», «Ocean conservancy» ou encore «Ocean friendly». «Quand les industriels décident de mettre ces indications, il faut avoir en tête qu’elles ne sont pas encadrées, explique à Vert Alice Mateus, éco-toxicologue de l’équipe cosmétiques de l’Anses. Actuellement, il n’existe pas de méthode normée pour déterminer les effets ou non des filtres UV sur les coraux.» L’Anses recommande aux industriels d’éviter toute allégation et logo apposés sur les emballages. Selon l’agence, si les filtres UV minéraux tels que l’oxyde de zinc venaient à être recommandés comme alternative aux autres filtres, ceux-ci pourraient atteindre des concentrations dans le milieu marin qui menaceraient les organismes aquatiques, dont les récifs coralliens. Pour que les consommateur·ices s’y retrouvent, la Commission européenne a lancé, en 2024, une révision de ses recommandations sur ces affichages. L’agence française y voit l’occasion d’imposer un cadre plus contraignant aux fabricants. Meilleur moyen d’éviter les mauvaises surprises : vérifier soi-même les composants et l’absence des plus dangereux pour les écosystèmes marins. Texte intégral (1727 mots)

Perturbateurs endocriniens : la crème de la crème des filtres UV à éviter
Pour les poissons, la dose fait le poison
Les filtres minéraux surfent sur la vague
Choisir la crème SPF 50+ pour ne pas brûler
Les labels prennent l’eau
Collectif
Note aux lecteur·ices Records de chaleur meurtriers et cyclones dévastateurs, conflits pour l’accès à l’eau, reculs des politiques publiques de transition écologique et juste, montée de régimes autoritaires et multiples violations du droit international, attaques contre les défenseurs et défenseuses de l’environnement et renforcement des inégalités environnementales que subissent les populations les plus vulnérables, l’heure est grave pour les mouvements climat. C’est face à ce contexte que nous, actrices et acteurs de la société civile de la transition écologique et sociale, réunis les 19 et 20 juin 2026 lors des Rencontres des mouvements climat à Paris, lançons cet appel à la résistance. La situation politique nationale et internationale, instable et préoccupante, est marquée par une détérioration des équilibres démocratiques, le dénigrement de la science, une concentration des médias menaçant leur indépendance et la montée de discours de repli. Dans le même temps, notre système économique favorise toujours plus les profits à court terme pour un petit nombre de personnes au détriment des conditions de vie dignes de la majorité de la population. Ce contexte dégrade les capacités d’actions de la société civile pour lutter contre le réchauffement climatique et permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à des conditions de vie dignes et des moyens convenables d’existence et d’accéder aux solutions de transition écologique. Les menaces pesant sur la résilience des structures associatives et militantes elles-mêmes s’accentuent également (menaces sur les libertés associatives, coupes budgétaires, instauration d’un climat de peur et d’intimidations, etc.), renforçant les inégalités environnementales subies par les personnes racisées, en situation de pauvreté, les femmes et les minorités de genre. Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte, déjà délétère, s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ? Pour toutes ces raisons, les actrices et les acteurs des mouvements climat ne doivent pas faiblir. Nous pouvons faire de l’espoir une puissance d’action, faire de la transition écologique une source d’émancipation, de justice et de protection, et nous renforcer collectivement pour affronter les défis et saisir les opportunités des mois et années à venir. Nous avons les moyens d’être forts aujourd’hui et résilients pour demain. C’est pourquoi l’ensemble des organisations des mouvements climat est en ordre de marche pour résister : Faisons preuve de solidarité, plus que jamais, vis-à-vis de la population dans toutes ses composantes, et notamment les minorités oppressées (personnes racisées, en situation de pauvreté, femmes et minorités de genre) : la solidarité doit rester un pan central de notre action. Dénonçons, chaque fois que cela est possible, l’obscurantisme, le racisme, le patriarcat, le négationnisme climatique ou encore la corruption, dont la montée est une menace pour les droits de tous, mais aussi pour les médias, les lieux de représentation démocratique et les plus hauts niveaux de décision de l’État. Opposons-nous, encore, à ce système économique d’accumulation des profits, de court terme, privilégiant une minorité. Renforçons nos liens et les actes d’entraide avec les acteurs essentiels d’une société démocratique et juste : les chercheurs et chercheuses, les syndicats de travailleurs et travailleuses, ainsi que l’ensemble des acteurs de la société civile œuvrant pour une société plus solidaire et un monde préservé. Notre force réside dans cette diversité. Augmentons notre puissance d’action en demandant une meilleure reconnaissance du rôle des actrices et des acteurs de la justice sociale et climatique dans le fonctionnement de notre société et le respect de leurs droits et la protection de leurs ressources financières. Ne laissons aucune force mettre en péril les droits humains fondamentaux, les acquis sociaux gagnés de haute lutte, et les équilibres environnementaux dont notre survie dépend directement. Nous devons lutter de concert contre les montées de l’obscurantisme, de la désinformation, des discriminations et des attaques contre les actes de solidarité. Nous sommes fiers, combatifs et plus nombreux que jamais, dans notre diversité et dans nos alliances. On ne lâche rien. ESS France, Alofa Tuvalu, Greenpeace France, Reses (Réseau étudiant pour une société écologique et solidaire), France Nature Environnement, Zero Waste France, 350.org, EKO!, Manifestation Alternatif France, ONAV (Observatoire national des alimentations végétales, Réseau Action Climat France, WECF (Women engage for a common future), Action Santé Mondiale, Fédération Artisans du Monde, Générations Futures, Emmaüs France, Fédération française des usagères et usagers de la bicyclette, ActionAid France, Déclic collectif, Bio Consom’acteurs, CCFD-Terre Solidaire, Gret, Union syndicale Solidaires, Oxfam France, Seastemik, Enercoop, Rester sur Terre, Les Petits Débrouillards, Alternatiba, Action non-violente COP21, Pour un réveil écologique, Emmaüs International, CIWF France, Mouvement pour l’Économie Solidaire, Fridays for future France, ATD Quart-Monde, La Communauté Ecotable, Maison régionale de l’environnement et des solidarités Hauts-de-France, Foodwatch France, Bloom, SOL, Notre Affaire à tous, AVF (Association Végétarienne de France), Commerce Equitable France, Les Amis de la Terre France, Mouvement pour une alternative non-violente (MAN), Reclaim Finance, Amnesty International France, Terre de Liens, Les Désobéissants / La Boutique militante, Énergie Partagée, Attac France, Action Justice Climat Paris, Résistance à l’agression publicitaire, LDH (Ligue des droits de l’Homme / droits humains), L’Heureux Cyclage – Réseau des ateliers participatifs et solidaires, Actes et Cités, Action contre la faim, Agir pour l’environnement, Alda, Citoyen pour le climat, Frugalité heureuse et créative, Institution pour la conception écoresponsable du bâti, JAC (Jeunesse ambassadrice pour le climat et la biodiversité), Lutte et contemplation, Réseau Cler, Réseau «Sortir du nucléaire». Texte intégral (1349 mots)

Cet article est une tribune, rédigée par des personnes extérieures à la rédaction de Vert. «Qu’adviendra-t-il de la société civile si le contexte s’aggravait du fait de bascules politiques possibles en 2027 ?»

Liste des structures signataires
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène