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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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15.10.2026 à 10:34

Santé, pollutions, extrême droite : Vert lance un grand appel à enquêtes pour inverser la vapeur

Vert

Texte intégral (1226 mots)
© Sanaga

Voilà plusieurs mois que Vert a mis un coup d’accélérateur sur l’investigation. En juin, nous avons créé notre pôle «Enquêtes et solutions» et nous avons déjà publié plusieurs enquêtes qui ont eu une résonance nationale :

👉 Nos deux volets (ici et là) consacrés aux révélations sur le portefeuille d’actions de la ministre de l’écologie Monique Barbut ont été vus plus d’un million de fois sur notre site et nos réseaux sociaux. Notre enquête a été reprise dans Le Monde et sur Mediapart, notamment.

👉 Notre enquête sur l’inaction de la macronie sur le cadmium a été citée jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale et reprise par plusieurs médias, dont Libération.

Plus que jamais, Vert est un média qui pèse dans le débat public et nous ne comptons pas en rester là, surtout à l’aube d’échéances électorales décisives !

Vous êtes journaliste ? Enquêtez avec nous !

Grâce au soutien de nos 15 000 membres du Club et avec l’aide précieuse du Fonds de soutien pour la presse libre, on augmente notre budget pour produire les meilleures enquêtes !

Depuis le 1er octobre 2026, l’enquête est rémunérée 1 000€ bruts : 340€ pour une pré-enquête à la commande, auxquels s’ajoutent 660€ pour l’enquête qui suivra (payé le mois du rendu). Un complément pourra être discuté dans le cadre d’investigations particulièrement ambitieuses, ou de scoops d’ampleur.

En plus du salaire, sont potentiellement pris en charge :

→ Les frais de déplacements ;

→ Les frais de recherche et/ou d’analyse nécessaires à l’enquête ;

→ Les frais d’infographie ou de carte interactive si le format le justifie ;

→ L’accès à des documents, à des données ou des archives ;

→ Les frais liés à la sécurité du/de la journaliste et de ses sources.

Les journalistes seront accompagné·es tout au long de leur enquête par Sophie Roland, rédactrice en chef Enquêtes et solutions de Vert. Elles et ils bénéficieront également d’un accompagnement juridique.

Nos enquêtes seront mises en avant sur nos réseaux sociaux pour maximiser leur impact à l’échelle locale et nationale.

Nos sujets prioritaires ?

👉 Des enquêtes santé et pollutions :

→ Les pollutions en France (outre-mer compris !) et les conséquences sanitaires pour les populations (PFAS, pesticides, métaux lourds, etc.) ;

→ Les responsabilités des pouvoirs publics et/ou des entreprises ;

→ Les stratégies des lobbies pour minimiser les risques sanitaires ;

→ Les solutions pour réduire l’exposition des populations aux pollutions.

👉 Des enquêtes sur l’extrême droite et l’écologie :

→ Les stratégies de l’extrême droite en France pour minimiser le changement climatique et/ou les pollutions ;

→ Les liens entre intérêts économiques, groupes d’influence et extrême droite ;

→ Les acteurs de la désinformation sur l’écologie et la science ;

→ Les solutions pour lutter contre cette désinformation.

Comment envoyer votre proposition ?

👉 Envoyez votre proposition d’enquête via notre guide de la pige, où vous pourrez utiliser un mail sécurisé.

👉 Merci de nous adresser un pitch de 2 000 signes maximum avec l’angle envisagé et l’intérêt journalistique de votre enquête. Expliquez-nous votre méthode pour aboutir à vos révélations : vos types de sources, documents et analyses nécessaires. Lorsque le sujet s’y prête, précisez quelle solution au problème que vous révélez vous pouvez décrypter dans l’article principal ou dans un volet à part.

👉 Les propositions d’enquête seront acceptées en fonction de l’intérêt public du sujet, de la solidité de la piste d’enquête et de ses révélations, de son incarnation avec des témoignages forts et de son impact potentiel.

Vous êtes citoyenne ou citoyen ? Faites équipe avec nous !

Vous pouvez aussi nous transmettre des informations confidentielles en vous rendant sur notre site, vert.eco à la section Alerter Vert.

Une pollution dont personne ne parle, des alertes sanitaires mises sous le tapis, un projet «vert» pas si écolo… On attend vos infos.

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14.10.2026 à 11:42

«On est né avec le nucléaire, mais on ne veut pas que ça devienne n’importe quoi» : dans la Manche, levée de boucliers face au «projet du siècle» d’Orano

Clément Gousseau

Texte intégral (1863 mots)
Des opposant·es du collectif Piscines Nucléaires Stop, devant le site industriel d’Orano à La Hague. © Clément Gousseau/Vert

Des panneaux ont fleuri çà et là dans la campagne du Cotentin, non loin de la route nationale 13, sur la commune d’Yvetot-Bocage (Manche), en cette fin septembre. «Orano à Yvetot, non», «Non à l’implantation d’Orano sur des terres agricoles» : les slogans sont inscrits à la peinture sur des morceaux de bois.

Ces inscriptions sont loin d’être isolées. Elles se multiplient à mesure que l’on parcourt les 40 kilomètres qui séparent cette petite commune de celle de La Hague, devenue, au fil des décennies, l’un des bastions du nucléaire français.

C’est ici que s’étend sur 300 hectares le site industriel d’Orano, leader mondial du traitement des combustibles nucléaires usés. Ses hautes cheminées se dressent à une vingtaine de kilomètres du réacteur nucléaire de Flamanville 3, qui défraie régulièrement la chronique, notamment en raison de son coût.

Des panneaux d’opposition à l’installation d’Orano, à Yvetot-Bocage (Manche). © Clément Gousseau/Vert

Mais l’usine, vieillissante, est censée cesser ses activités d’ici 2040. Si un programme qui vise à prolonger son fonctionnement jusqu’en 2060 est en cours, Orano s’apprête à lancer un chantier gigantesque et controversé : Aval du futur.

«Nous sommes contre l’hyperconcentration du nucléaire dans le Cotentin»

Ce «projet du siècle», présenté par l’industriel comme l’un des «plus importants au monde», vise à renouveler les installations de traitement des combustibles nucléaires usés pour quatre-vingts ans. Sont également prévus un atelier de déchargement et d’entreposage sous eau de ces combustibles, composé de trois bassins d’une capacité de 6 500 tonnes chacun, et des ateliers de traitement.

Les déchets nucléaires, «issus principalement de l’activité d’EDF», sont récupérés par Orano pour fabriquer de nouveaux combustibles destinés à la production d’électricité. Ceux qui ne sont pas valorisables, environ 4% de la composition des combustibles usés, doivent rejoindre Cigéo, le projet de centre de stockage souterrain des déchets nucléaires à Bure (Meuse).

Un atelier de fabrication de combustible MOX, issu du recyclage de combustibles nucléaires usés, est également envisagé sur le site de La Hague. Durée du chantier : au moins vingt ans, avec des mises en service échelonnées entre 2038 et 2050. Coût estimé : entre 50 et 60 milliards d’euros.

La multinationale assure qu’«aucune installation nucléaire ne sera construite en dehors du site de La Hague», mais recherche tout de même «150 hectares de terres» en Normandie pour organiser son chantier. «Ce seront des sites logistiques pour fabriquer des tronçons des futures usines et/ou y construire des parkings», précise Sylvain Renouf, directeur de la communication d’Orano pour le projet «Aval du futur».

Le site industriel d’Orano à La Hague (Manche).© Clément Gousseau/Vert

Dans la région, la commune d’Yvetot-Bocage sera concernée. Ici, une association opposée à l’arrivée de l’industriel est en cours de constitution. D’autres voix s’élèvent contre le projet, notamment au sein du collectif manchois Piscine Nucléaire Stop. «Nous ne sommes pas contre le nucléaire, mais contre son hyperconcentration dans le Cotentin, explique Sophie, une militante qui souhaite rester anonyme. La Hague a été totalement colonisée par cette industrie. Aujourd’hui, avec Aval du futur, on fait face à un projet monstrueux et complètement flou.»

Jusqu’à 15 000 travailleurs pour un chantier aux multiples questions

Entre «10 000 et 15 000» personnes devraient travailler sur le chantier, avec «un pic d’activité attendu à l’horizon 2040», indique Sylvain Renouf.

Aval du futur pourrait avoir de multiples conséquences pour le territoire, tant sur le plan environnemental et économique que sur le logement. Contactée à ce sujet, la préfecture de la Manche, après avoir envisagé de répondre à nos questions, s’est finalement rétractée.

Dans le monde agricole, les inquiétudes sont nombreuses quant à l’avenir des terres convoitées par Orano. «Autour de La Hague, l’entreprise voulait initialement mettre la main sur 65 hectares de terres agricoles. Ce n’était juste pas possible. Ils ont réduit leurs prétentions, mais on risque de perdre des terres», se désole Nicolas Massieu, éleveur de bovins et président de l’association Avenir agricole de La Hague. Celle-ci se présente comme «indépendante des oppositions nucléaires».

Nicolas Massieu, éleveur de bovins et président de l’association Avenir agricole de La Hague. © Clément Gousseau/Vert

«Quinze hectares sont encore concernés par le projet. Personnellement, je risque d’en perdre trois. On nous parle de compensation, mais les surfaces sont inexistantes à La Hague. On ne peut pas se permettre de faire des kilomètres, ni de perdre des terrains. J’ai déjà du mal à produire assez de fourrage pour mes bêtes, raconte l’éleveur. Le nucléaire, on est né avec, mais on ne veut pas que ça devienne n’importe quoi.»

Interrogé à ce sujet, Orano assure «être dans une démarche de dialogue. Rien n’est acté.» L’industriel promet de ne «pas être acquéreur des terres agricoles. Nous serons dans un système de location, et les parcelles seront rendues à terme.»

«Nos jeunes n’arrivent plus à se loger à cause des salaires de l’industrie nucléaire»

Autre inquiétude sur le plan environnemental : «Ils vont détruire les dernières landes primaires du plateau de La Hague», déplore-t-on au sein du collectif Piscine Nucléaire Stop. Fin 2025, un peu moins d’1,5 hectare de ces terres situées à proximité du site avait été vendu par la municipalité de La Hague à l’industriel pour 518 000 euros, rapportait La Presse de la Manche. L’opération avait fait l’objet d’un bras de fer pendant plusieurs mois avec les opposant·es au projet.

«La question de l’eau nécessaire pour Aval du futur est aussi totalement éludée, alors que la région est en déficit hydrique», s’indigne Sophie, la militante du collectif. Au 1er octobre, le BRGM, le service géologique national chargé de l’étude du sol et du sous-sol, considérait le niveau des nappes phréatiques comme «très bas» dans le Cotentin. Les besoins en eau du projet n’ont pour l’heure pas été rendus publics. Interrogé, Orano précise que «ce sujet est en cours d’étude», sans donner davantage de précisions.

D’importantes questions se posent aussi en matière de logement, alors que le département, et le Cotentin en particulier, fait face à une forte pression immobilière. En 2025, cinq communes ont été classées en zone de tension par la préfecture, dont La Hague. «Nos jeunes n’arrivent plus à se loger, les prix montent à cause des salaires de l’industrie nucléaire», raconte Nicolas Massieu.

«Il y a une vraie question sociale dans ce projet. Comment ferons-nous, alors que nous avons du mal à trouver des médecins ? Comment allons-nous aménager nos écoles, nos hôpitaux ?», s’interroge Olivier (il n’a pas donné son nom), militant du collectif Piscine Nucléaire Stop.

Le «rond point des chèvres», symbole de l’opposition locale au projet Aval du futur, près du site d’Orano La Hague. © Clément Gousseau/Vert

Manuela Mahier, maire (divers gauche) de La Hague, considère qu’un «projet de cette ampleur aura nécessairement des conséquences sur le territoire, bien au-delà du seul périmètre industriel. Son développement ne peut pas être pensé indépendamment de l’habitabilité.»

«Ici, le lobby, c’est l’industrie nucléaire»

L’industriel reconnaît qu’«Aval du futur ne pourra pas voir le jour sans que le projet soit accepté par le territoire». Pour convaincre la population, il compte sur l’organisation de conférences et sur l’ouverture récente d’Escale Info, un espace ouvert au public, situé tout près de l’usine actuelle et destiné à informer sur les activités du groupe.

De son côté, le collectif Piscine Nucléaire Stop organise des contre-conférences. La prochaine est prévue jeudi 15 octobre à Cherbourg et vise à contester les arguments en faveur d’un projet considéré comme «imposé», selon les mots d’Olivier. «Ici, le lobby, c’est l’industrie nucléaire. Orano est tellement puissant que tout le monde, y compris les politiques, se range derrière. Ils vont aménager de façon autoritaire le territoire, il n’y aura plus de place pour autre chose», dénonce-t-il.

Le projet, actuellement en phase de concertation, doit faire l’objet d’un débat public en 2027. Sylvain Renouf l’assure : «S’il réussit à passer cette phase et à obtenir à terme les différentes autorisations, le chantier devrait débuter en 2031.»

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14.10.2026 à 06:00

«Les enfants veulent vivre, pas survivre» : l’appel des parents à soutenir les lycéens qui manifestent

Collectif

Texte intégral (1175 mots)
Le 6 octobre 2026, à Paris. Des lycéen·nes ont manifesté partout en France. © Dario Nadal/Vert

Cet article est une tribune, rédigée par des personnes extérieures à la rédaction de Vert.

Nous parents, oncles et tantes, grands-parents et adultes sommes profondément indignés, révoltés, choqués, ulcérés du sort réservé aux enfants et à la jeunesse actuellement.

On récapitule.

Après des années de casse méthodique de l’éducation nationale, des enfants mineurs, empêchés d’étudier dans des conditions décentes, demandent ce qui devrait être le strict minimum : des bâtiments et du matériel fonctionnels ; des effectifs de profs adaptés au nombre d’élèves ; des conditions de travail permettant aux profs d’enseigner sereinement ; des emplois du temps moins saturés ; de ne plus dépendre d’un algorithme opaque et insécurisant pour déterminer leur avenir.

Des enfants demandent à vivre, pas à survivre. Des enfants demandent à être rassurés.

En réponse ? Ils sont méprisés par les dirigeants politiques de ce pays qui – et c’est innommable – font le choix d’une violence inouïe à leur endroit.

«Souvenons-nous de l’été dernier»

Nous assistons actuellement à un carnage. À Tours, un lycéen de 16 ans a été éborgné, probablement par un tir de LBD. À Tours encore, un autre jeune de 14 ans a été victime d’un tir illégal qui l’a grièvement blessé au visage. Il a perdu une grande partie de ses dents. À Lens, un adolescent a eu la main arrachée. En tout, ce sont 6 000 mineurs et jeunes qui ont subi une garde à vue parfois dans des conditions atroces

Nous ressentons une immense colère.

Ce que subissent nos enfants est une maltraitance étatique protéiforme. Car au-delà d’une éducation nationale à bout de souffle, nous constatons que la lutte contre les agressions sexuelles est toujours le cadet des soucis de ce gouvernement.

Par ailleurs… Souvenons-nous de l’été dernier.

Les écoles, les collèges, les lycées, les facs transformés en fournaises. Les enfants victimes de malaises, celles et ceux en train de vomir, d’autres qui se plaignaient de maux de tête. Les tout petits privés de sieste par des profs des écoles inquiets de les voir mourir étouffés par la chaleur pendant ce temps dédié au repos.

Nous ne supportons plus cette maltraitance froide.

«Les enfants sont le futur de toute société»

Nous ne supportons plus l’indifférence des gouvernements actuels, qui revendiquent l’inaction et l’abandon de la jeunesse sous prétexte de coupes budgétaires.

Début septembre encore, on apprenait via Politico que l’enveloppe annoncée par le gouvernement au début de l’été pour rafraîchir des milliers d’écoles a finalement été divisée par cinq : 40 millions en moins.

En bref, le futur de nos enfants, l’avenir de ce pays, leur est toujours nié. C’est ainsi qu’à notre colère s’associe une immense inquiétude. Les enfants sont le futur de toute société. Le sort que réserve ce gouvernement aux mineurs dit son mépris profond du vivant.

Nous, parents mobilisés pendant les canicules, sommes donc solidaires des enfants qui manifestent aujourd’hui. Nous ferons tout pour qu’ils puissent faire entendre leurs voix.

C’est à nous, parents, oncles et tantes, grands-parents et adultes, d’être à la hauteur de leurs demandes et de nous mobiliser massivement. Dans les mobilisations actuelles par tous les moyens possibles, via des cordons de protection, des tribunes sur les réseaux, des interpellations aux élus, mais aussi au gouvernement.

Appel à une mobilisation massive le 14 novembre

Nous appelons à l’organisation d’un réseau de solidarité et d’action active pour protéger les lycéens partout où cela sera nécessaire.

Nous appelons d’urgence le ministre de l’intérieur à donner de véritables consignes de retenue aux forces de l’ordre.

Nous appelons d’urgence le gouvernement à écouter les revendications des lycéens et à les mettre en œuvre concrètement.

Enfin, d’ores et déjà nous appelons à une mobilisation massive le 17 octobre ainsi que le 14 novembre dans le cadre de la journée des droits de l’enfance.

Étudier dans des conditions dignes est un droit fondamental, une nécessité pour une société qui se veut juste et libre.

Les enfants veulent vivre, pas survivre. Écoutez-les.

👉 Cliquez ici pour signer l’appel.

Signataires

Les parents mobilisé·es contre les canicules

Le collectif Faites-la briller

L’initiative «On veut vivre»

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13.10.2026 à 17:40

«Montrer que l’argent est inégalement réparti» : Centrale Supélec bloquée pour la première fois en soutien au mouvement lycéen

Mathilde Picard

Texte intégral (1483 mots)
Nombre d’étudiant·es des écoles d’ingénieurs se sont mobilisé·es pour la première fois, afin de montrer leur soutien aux lycéen·nes. © Mathilde Picard/Vert

«L’indifférence est un privilège», «Centrale avec les lycéens», «Moins de CRS, plus de CNRS». Ce mardi matin, les étudiant·es de l’école d’ingénieurs CentraleSupélec, sur le plateau de Saclay (Essonne), ont recouvert les entrées de leur établissement de pancartes. Elles et ils ont organisé un blocus pour la première fois afin de relayer les mobilisations lycéennes débutées à la mi-septembre.

«Le but n’est pas de se réapproprier le mouvement mais de le soutenir», souligne Aurélien*, en deuxième année à Centrale. «À quelques pas d’ici, le lycée Blaise-Pascal d’Orsay a des trous dans son toit, des fuites constantes et parfois même des inondations», s’indigne Nathan*. Derrière lui, un groupe d’amies peaufine des pancartes contre la répression policière. Des poubelles ont été amassées devant le bâtiment principal, flambant neuf, dénommé Francis-Bouygues.

Il est 8h15. Élèves et professeur·es découvrent qu’il n’est pas possible d’entrer. «Je comprends certaines de leurs revendications, admet l’une des intervenantes, mais pour l’instant ils nous enquiquinent, surtout.» «Et l’école, elle est à qui ? Elle est à nous !», lance un étudiant au mégaphone devant la trentaine d’élèves réunie sur le parvis. Un peu plus loin, le bâtiment Bréguet, celui de la présidence de l’école, a aussi été barricadé.

Les revendications lycéennes et étudiantes se rejoignent. © Mathilde Picard/Vert

«Beaucoup ici ont eu de la chance dans leur scolarité, c’est ce qui leur a permis d’arriver dans cette école, remarque Aurélien. On en a conscience et on aimerait mettre fin aux injustices sociales liées à l’éducation.» «Nous voulons montrer que l’argent est inégalement réparti entre établissements», précise Édouard*, en première année à Centrale.

C’est la première fois que la prestigieuse école est bloquée par ses élèves. Et elle est loin d’être la seule sur le plateau de Saclay, dans cette partie de la région parisienne où se sont implantées de nombreuses écoles d’ingénieurs ces dernières années.

Les étudiant·es d’AgroParisTech et de l’École normale supérieure étaient sur le pont dès la semaine dernière. Celles et ceux de l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (Ensae), de l’École nationale supérieure des techniques avancées (Ensta), de Télécom Paris ou encore de SupOptique ont commencé les blocages lundi. L’objectif : obtenir la banalisation des cours pour permettre à tout le monde de se rendre en manifestation.

Des étudiant·es en pharmacie et biologie à l’université Paris-Saclay sont venu·es prêter main-forte aux Centralien·nes. «On se rend compte de nos privilèges et on veut manifester notre solidarité pour les autres», souligne Lisa*. Les inégalités de moyens dénoncées dans les lycées existent aussi dans le supérieur : «Les bâtiments de la fac Paris-Saclay, dans la vallée, sont délabrés, il y fait très froid l’hiver ; ici, sur le plateau, le privé permet de rénover des bâtiments en bon état pour 137 millions d’euros», renchérit Aïcha*.

L’école CentraleSupélec a été bloquée pour la première fois, ce mardi. © Mathilde Picard/Vert

Avec des camarades, Antonin* a monté un projet de plateforme de soutien scolaire à l’intention des lycéen·nes de première et terminale en région parisienne. Les étudiant·es veulent offrir des cours bénévolement pour celles et ceux qui le souhaitent.

De l’autre côté du plateau de Saclay, les étudiant·es de Télécom Paris prennent le petit-déjeuner en petits groupes, devant chaque porte condamnée par des poubelles, grillages et bancs en bois. Elles et ils sont enthousiasmé·es par cette mobilisation d’une rare ampleur. «Dans la plupart des écoles d’ingénieurs, il n’y a pas de syndicats, détaille Sacha*. C’est nouveau pour beaucoup de se faire un avis, de le défendre et d’aller dans la rue pour le porter. Se politiser est un apprentissage.» Selon Rémy*, «ici, les gens ont du mal à s’y mettre, mais ça se fait petit à petit, on a le projet de former un syndicat à Télécom.»

Des revendications communes entre lycéens et étudiants

Une rue plus loin, devant un bâtiment qui accueille les cours de multiples écoles, dont Polytechnique (X), l’Ensae et AgroParisTech, certain·es étudiant·es de l’X sont venu·es soutenir le blocus en toute discrétion. «Je ne peux pas m’exprimer, explique l’un d’eux. Nous sommes dans une école militaire dont les membres sont soumis au devoir de réserve.» Pour Sacha*, élève d’AgroParisTech, «nous vivons dans un contexte général où toute la jeunesse craint pour son avenir. On voit bien qu’il y a un risque sur l’approvisionnement en eau en France, des inégalités criantes et une marche vers la guerre.»

Les étudiant·es et lycéen·nes se sont accordé·es au début du mois sur dix mesures urgentes à appliquer. Parmi leurs revendications : des rénovations d’établissements scolaires et universitaires, une embauche massive de personnel dans l’éducation ou encore la fin de la répression policière.

Nina est représentante du collectif des doctorant·es du plateau de Saclay, qui soutient aussi la mobilisation étudiante et lycéenne. © Mathilde Picard/Vert

Les doctorant·es du plateau de Saclay ont également apporté leur soutien au mouvement. «Nous voulons d’abord faire entendre les revendications lycéennes et, dans un second temps, alerter sur l’état de la recherche supérieure, précise Nina*, représentante du collectif et en deuxième année de thèse en économie. Il y a aujourd’hui une mise en concurrence des différents domaines de recherche, avec des réductions de postes pour les sciences humaines et sociales et davantage de financements pour l’IA et l’armement.»

Pour nombre d’étudiant·es, apprenti·es chercheur·ses ou ingénieur·es, le manque de moyens pour les lycées et dans l’éducation supérieure provient d’un même désinvestissement dans l’éducation nationale.

Contrairement aux universités rattachées au ministère de l’éducation supérieure et de la recherche, plusieurs écoles d’ingénieurs sont sous la tutelle d’autres ministères correspondant à leurs enseignements : celui des armées pour l’Ensta ou de l’économie pour l’Ensae. Une proximité dont les étudiant·es veulent se servir pour porter les voix des lycéen·nes jusqu’aux différentes instances de l’exécutif. Nina rappelle que «ce n’est pas parce qu’on nous appelle “les élites” que nous voulons être associés à la politique néolibérale du gouvernement».

*Les personnes interrogées ont souhaité être anonymisées.

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13.10.2026 à 10:47

«Il a plu de grosses paillettes, une pluie noire» : à Dunkerque, ces habitants s’inquiètent des rejets suspects de l’usine ArcelorMittal

Arnaud Stoerkler

Texte intégral (1971 mots)
Cet été, plusieurs dysfonctionnements sur le site sidérurgique d’ArcelorMittal, à Dunkerque, ont causé des fumées noires et des panaches de poussière, dont les riverain·es de l’usine ont été victimes. © Arnaud Stoerkler/Vert

«C’est une usine polluante qui intoxique la population. L’industriel affirme qu’il met des filtres, mais c’est faux. Et tout le monde ferme les yeux, parce que c’est de l’emploi.» Voilà le pitch des Enfants de plomb, une mini-série qui cartonne sur Netflix. L’histoire vraie d’une pédiatre qui a révélé, en Pologne, les effets délétères d’une fonderie sur la santé de ses riverain·es.

Daniel*, un habitant de Grande-Synthe (Nord), y a reconnu son quotidien. À deux kilomètres de ses fenêtres s’étirent les cheminées d’ArcelorMittal Dunkerque, l’une des usines les plus polluantes de France, qui brûle du charbon pour produire de l’acier. Il observe les panaches de fumée, la survenue de cancers dans son entourage, et pense qu’un lien existe entre les deux. «Personne n’en parle, les élus sont silencieux», enrage-t-il. Et cet été, il a «failli déménager».

Nuages de poussière oranges, fumées noires, confettis de carbone dans l’air… Des retombées «épouvantables» ont touché les résident·es proches du site sidérurgique et d’autres usines, entre avril et septembre. L’industriel a reconnu des «aléas techniques», promis une «meilleure communication» à l’avenir et «engagé des actions» pour améliorer son fonctionnement.

Mais l’inquiétude a conduit à un événement rare dans le Dunkerquois : une critique de la pollution industrielle locale par un élu. «J’ai l’impression que nous sommes revenus trente ans en arrière», a fustigé Grégory Bartholoméus, maire socialiste de Fort-Mardyck, lors d’une réunion publique organisée le 16 septembre dans sa commune – la plus exposée.

Trottoirs scintillants

Déjà en 2018, la Voix du Nord se faisait l’écho de panaches anormaux durant l’été. En dehors de ces épisodes exacerbés, les rejets industriels restent un impensé sur le territoire. La communauté urbaine de Dunkerque (Cud) – qui n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations – tente d’attirer de nouvelles usines et incite sa population à embrasser les métiers du secteur, avec son plan «20 000 emplois».

Les voix qui s’élèvent contre ces nuisances, dans la rue et sur les réseaux sociaux, sont souvent moquées par les défenseur·ses d’un poids lourd économique drainant 20 400 emplois en 2023, entre le port et une quinzaine de sites classés Seveso – afin de prévenir les accidents liés aux substances dangereuses.

Les premières habitations de Fort-Mardyck, une commune associée de Dunkerque, se trouvent à moins de 200 mètres du site d’ArcelorMittal. © Arnaud Stoerkler/Vert

«Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir la pollution», soutient pourtant Nicole Bertrand, 74 ans. Elle habite au pied des cheminées et a connu le secteur avant l’arrivée, en 1962, de l’usine sidérurgique. Chaque jour de l’année, les pelouses, voitures et façades des habitations de Fort-Mardyck, de Grande-Synthe ou de Saint-Pol-sur-Mer sont recouvertes d’une fine couche de poussière noire venue d’ArcelorMittal. Et les trottoirs scintillent parfois de paillettes, échappées des 12 millions de tonnes de matières traitées chaque année sur le site.

«Lors d’une braderie au printemps, il a plu de grosses paillettes, une pluie noire», rit jaune une trentenaire de Fort-Mardyck, qui n’a pas voulu être citée. C’était le 2 mai dernier, et l’industriel ne connaît toujours pas l’origine exacte de ce «carbone pur [tombé] sous forme de graphite», confesse à Vert un porte-parole.

«Personne ne fait ça»

Arrivée de Calais il y a neuf ans, Élise (elle n’a pas donné son nom) a pris conscience du problème à force de «nettoyer la poussière noire» sur les jouets de ses filles, dans le jardin. Comme bien d’autres habitant·es, elle évoque «une voiture à laver tous les deux jours», «des appuis de fenêtre souillés» et l’impossibilité d’aérer sa maison sans voir «la poussière atterrir à l’intérieur».

«La poussière, c’est tous les jours, partout. Il suffit de passer la main sur un rebord de fenêtre pour le vérifier», constate Jean, qui habite au pied des cheminées. © Arnaud Stoerkler/Vert

Certain·es riverain·es ont retiré leur trampoline après avoir vu les chaussettes blanches de leurs enfants «devenir noires en quelques minutes». Celles et ceux qui ont conservé un salon de jardin retournent consciencieusement «les verres et les assiettes jusqu’au moment de servir», relate Jean*, installé à Fort-Mardyck depuis «cinq générations».

«On a grandi comme ça, s’attriste Daniel, l’habitant de Grande-Synthe. Dans ma jeunesse, on mettait toujours un coup de wassingue [chiffon, en patois, NDLR] sur la table et le fil à linge, pour ne pas avoir un trait noir sur son t-shirt. Je me suis rendu compte plus tard qu’ailleurs, personne ne fait ça.»

Forcément, le carnaval de Dunkerque illustre régulièrement avec panache cette existence noircie. Dominique Mouftier, un artiste de 65 ans né à deux pas d’ArcelorMittal, pousse la chansonnette : «La fumée de nos usines nous rend tous tuberculeux, on s’en fout on a bonne mine, on est des carnavaleux !»

Dépassements de seuils

Blague à part, Dominique Mouftier se dit entouré de «proches atteints par des cancers». Et Élise est «sous traitement pour des sinusites chroniques» depuis son arrivée dans le Dunkerquois. «Je m’inquiète pour mes filles. On manque d’informations sur cette pollution», regrette-t-elle.

«Les particules visibles ne sont pas forcément les plus dangereuses, mais elles en charrient des plus petites qui ne sont pas toutes contrôlées», note Constance Valade, de l’association Respire. Une étude de Santé publique France parue en 2025 suggère un sur-risque d’asthme, de prématurité et de maladies respiratoires pour celles et ceux qui habitent à quatre kilomètres ou moins d’un site industriel. Le diagnostic territorial de santé de la communauté urbaine de Dunkerque, publié en 2023, montre aussi une surmortalité de 20 à 30% et une prévalence des cancers parmi ses habitant·es par rapport au niveau national. Sans pour autant les lier au risque industriel.

Lors d’une campagne de contrôle réalisée au printemps 2025, l’association Respire a relevé des seuils de pollution situés au-dessus des limites de l’OMS dans les fumées d’ArcelorMittal Dunkerque. © Association Respire

Plusieurs enquêtes (Disclose, association Respire, France nature environnement) ont démontré que le site sidérurgique dunkerquois avait dépassé certains seuils réglementaires d’émissions polluantes, lui valant des amendes et un contrôle renforcé par la préfecture. Malgré ces alertes, l’actuel premier adjoint au maire de Dunkerque, le chercheur en toxicologie Yann Landkocz, jugeait en 2023 dans Libération que l’air de Dunkerque «n’est pas plus pollué qu’ailleurs».

Reprendre la main

«Il y a une omerta, un conflit d’intérêts entre le développement économique du territoire et la pollution de l’air», estiment Éric Lefebvre et Jean-Michel Vermeersch, membres de Santé Transparence. Cette association de quarante riverain·es souhaite créer un institut écocitoyen pour reprendre la main sur une réalité sanitaire qui leur échappe. Comme à Fos-sur-Mer, où se trouve aussi le géant de l’acier. Elle organise des réunions publiques depuis un an et vient de candidater à des projets d’études scientifiques pour s’entourer de chercheur·ses.

Jean-Michel Vermeersch, membre de l’association Santé Transparence. © Arnaud Stoerkler/Vert

Une manière de ne pas attendre la décarbonation du site sidérurgique, revue à la baisse mais toujours d’actualité, qui vise à réduire l’utilisation du charbon en 2030. Gaëtan Lecocq, responsable CGT dans l’usine, reste sceptique : «Le manque criant d’investissement explique en partie les panaches de cet été et interroge l’avenir», s’alarme-t-il. L’entreprise, elle, rappelle à Vert l’injection de «dizaines de millions d’euros chaque année dans ses installations».

Gaëtan Lecocq, responsable de la CGT à ArcelorMittalDunkerque. © Arnaud Stoerkler/Vert

Coincés entre grondements nocturnes, odeurs âcres et fumées chamarrées, deux habitant·es de Fort-Mardyck, récemment arrivé·es, ont peur de ce qu’elle et il «respirent» mais veulent croire à la décarbonation. Souhaitant rester anonyme, un ancien maire de la ville, croisé sous son porche noirci et «incité à se calmer» à une époque où il s’était ému de la pollution, se dit «résigné». Il a accueilli ses deux petites-filles cet été, dont les pieds ont viré au noir dans sa pelouse, «comme si elles avaient marché dans du charbon».

*Leurs prénoms ont été modifiés pour préserver leur anonymat.

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12.10.2026 à 12:02

«Nous avons gagné la bataille de l’opinion» : les anti-A69 s’offrent une dernière manif à quelques jours de l’ouverture de l’autoroute

Lou-Eve Popper

Texte intégral (1564 mots)
Samedi 10 octobre, Cambounet-sur-le-Sor (Tarn). Dernière danse pour les opposant·es à l’A69. © Matthieu Rondel/AFP

Se souvenir et ne plus jamais laisser faire. Voilà dans quel état d’esprit se trouvent les manifestant·es rassemblé·es pour la dernière mobilisation d’ampleur contre l’A69, ce samedi. Elles et ils ont répondu à l’appel d’un collectif anonyme, soutenu par La Voie est libre (LVEL), Extinction Rebellion ou encore Les Soulèvements de la Terre.

Après trois ans et demi de travaux, l’axe autoroutier qui doit relier Castres (Tarn) à Toulouse (Haute-Garonne) devait être mis en service le 15 octobre. Mais le concessionnaire Atosca a annoncé que l’inauguration était repoussée à la première semaine de novembre, en raison des derniers contrôles de sécurité réalisés par l’État.

Les opposant·es écologistes sont bien conscient·es d’avoir perdu la bataille. Preuve de cette fatigue militante, seules 1 500 personnes (1 100, selon la préfecture) se sont déplacées sur un champ de Cambounet-sur-le-Sor, à deux kilomètres de l’autoroute. En octobre 2023, lors d’un rassemblement d’ampleur, elles et ils étaient près de 10 000 (5 000, selon la préfecture).

«Nous avons été brisés, physiquement et psychologiquement»

«C’est aussi que les gens ont peur des violences policières», estime Gilles Garric, de LVEL. Pour encadrer ce week-end de mobilisation, les autorités ont déployé un important dispositif de sécurité, avec près de 800 policier·es et gendarmes réparti·es sur tout le tracé.

Ce samedi, de nombreuses fouilles de voitures sont effectuées sur les routes attenantes. Les forces de l’ordre tentent – avant de rétropédaler – d’imposer aux journalistes de se délester de leur matériel de protection : casques et masques FFP2.

Éparpillé·es entre un immense chapiteau, plusieurs barnums associatifs et des dizaines de tables montées à la va-vite, les manifestant·es se veulent pourtant combatifs, faisant honneur au nom grinçant donné à ce baroud d’honneur : «A69 : La dé-fête». «Les endroits qui nous entourent sont des lieux chargés émotionnellement : nous y avons été brisés, physiquement et psychologiquement. Pourtant, cette lutte a rassemblé des zadistes, des associations, des juristes… Il faut que ça serve d’exemple pour la suite. Nous voulons montrer qu’à l’avenir, nous nous battrons férocement jusqu’à la dernière minute», témoigne Lucie*, militante de la première heure, le visage masqué par une cagoule et des lunettes.

Un long feuilleton judiciaire

Rembobinons. Le combat contre l’A69 a débuté dès le début du chantier, en mars 2023, avec l’installation de militant·es dans les arbres destinés à être abattus le long du tracé. À l’automne 2023, le plus célèbre de ces «écureuils», Thomas Brail, a entamé une grève de la faim pour exiger la fin du chantier, ce qui a permis de fortement médiatiser la lutte. Plusieurs mobilisations, pour certaines émaillées d’affrontements avec les forces de l’ordre, ont également rassemblé des milliers de manifestant·es, notamment en avril et octobre 2023.

En parallèle, le collectif LVEL a mené une longue bataille juridique pour faire annuler l’autorisation environnementale du projet autoroutier. À la suite de multiples rebondissements, le Conseil d’État a définitivement validé l’infrastructure en juin 2026. Pas découragée pour autant, LVEL prévoit désormais de porter le dossier devant la justice européenne.

Sur le camp, Carole (elle n’a pas donné son nom), 66 ans, reste également mobilisée : «Cette autoroute est une balafre dans le paysage ; on a perdu mais on veut montrer qu’on est toujours là.» Partout sur le lieu de rassemblement, plusieurs pancartes sont brandies pour dénoncer d’autres projets jugés destructeurs pour l’environnement, comme la future ligne à grande vitesse (LGV) entre Bordeaux (Gironde) et Toulouse, ou encore l’A412, une autoroute de 16 kilomètres entre Machilly et Thonon-les-Bains (Haute-Savoie).

«Je n’avais jamais participé à une mobilisation contre l’A69»

Clap de fin d’une mobilisation de plusieurs années, ce week-end accueille nombre de jeunes venu·es pour la première fois lutter contre l’A69. Regroupé·es dans l’herbe autour d’un déjeuner végane, des étudiant·es en science politique, âgé·es de 22 ans, expliquent étudier «la transition écologique et les grands projets inutiles», comme le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou le complexe de loisirs Europacity. «À chaque fois, on nous parle des gens qui luttent sur le terrain, je voulais voir ça de mes propres yeux», détaille Em*.

Plus jeunes encore, Fleur, 18 ans, et son amie Faustine, 19 ans (elles n’ont pas donné leurs noms), toutes deux militantes de La France insoumise (LFI), sont venues en stop depuis Bordeaux. «Je n’avais jamais participé à une mobilisation contre l’A69, mais je trouvais que ce week-end était une belle façon de montrer que l’on faisait front», estime la première.

Rencontré près du stand du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA), l’activiste Thomas Brail se veut lui aussi optimiste : «Nous avons gagné la bataille de l’opinion publique. Je ne pense pas que ce soit la fin, ce projet destructeur a mis en lumière tous les autres comme l’A412, ça va permettre aux citoyens de se réveiller.»

20,40 euros pour un aller-retour

Le militant en est convaincu, la défaite est dans le camp adverse : «Au vu prix du péage, le boycott de l’autoroute se fera naturellement», affirme-t-il. Jeudi, le concessionnaire Atosca a annoncé qu’un aller-retour Castres-Toulouse coûtera 20,40 euros pour une voiture. «C’est anti-social. Pour les gens de Castres, c’est terrible : ils se sont fait saccager leur territoire pour rien, ils ne pourront même pas emprunter cette autoroute», enrage Maxime*. À quelques pas, Gilles Garric confie ne pas vouloir participer à la marche, de peur des affrontements.

Quelques minutes avant le départ du cortège, personne ne sait si la mobilisation va rester pacifique. Le parcours négocié avec la préfecture, qui devait au départ passer par plusieurs anciens lieux occupés par les opposant·es, a été transformé en une simple marche autour de la réserve naturelle du Dicosa, coupée en deux par l’autoroute.

La raison de ce revirement ? Selon la préfecture, les manifestant.es avaient décidé, vendredi, d’installer un premier camp de base trop près de l’autoroute et de certains sites sensibles, comme celui de l’entreprise de BTP Carayon, dégradée lors de la manifestation d’octobre 2023.

«Nous voulions simplement voir l’autoroute depuis le lieu de rassemblement», plaide Lucie. Un argument qui n’a pas convaincu les autorités, lesquelles ont imposé une réimplantation plus lointaine du camp et négocié un parcours plus court, éloigné des lieux mémoriels de lutte. De quoi, selon les organisateur·ices, attiser les tensions.

«On dirait une fin de soirée, sauf qu’il est 17 heures»

En début d’après-midi, alors que la manifestation démarre, un groupe d’une quarantaine de «black blocks» s’installe en tête de cortège, la plupart juché·es sur une bétaillère tirée par un tracteur. Ambiance Mad Max garantie.

Une heure trente plus tard, arrivée à quelques mètres de l’autoroute, la foule de manifestant·es s’immobilise devant un impressionnant arsenal de policier·es et gendarmes. Deux véhicules blindés, un canon à eau, une longue file de camions et des effectifs suréquipés gardent cet endroit symbolique : derrière eux s’étendent l’autoroute et l’ancienne ZAD de la «Crem’Arbre», où des militants écologistes étaient restés perchés dans des arbres pendant plusieurs semaines pour protester contre leur abattage.

Après quelques minutes extrêmement tendues entre manifestant·es et forces de l’ordre, le calme finit par revenir. À la suite de plusieurs prises de parole applaudies par la foule, le cortège fait demi-tour et s’éparpille autour du Dicosa, dans une ambiance bon enfant. «On dirait une fin de soirée, sauf qu’il est 17 heures», ironise un manifestant. Comme un petit air de… dé-fête.

*Les prénoms ont été modifiés.

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11.10.2026 à 07:00

Google, Meta, Amazon… Comment sortir des Gafam et pourquoi c’est si compliqué ?

Eitanite Bellaïche

Texte intégral (1706 mots)
L’Europe est dépendante des services numériques étasuniens, notamment de ceux développés par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). © Lokman Vural Elibol/AFP

💻 Cet article est le premier épisode de notre série pour sortir de la dépendance aux Gafam. Moteurs de recherche, boîtes mail, GPS… On vous aide à trouver les meilleures alternatives aux produits développés par Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft.

2026 aura-t-elle été l’année où l’Europe a découvert qu’elle vivait sous perfusion technologique étasunienne ? Depuis janvier, le président des États-Unis, Donald Trump, n’a cessé de rappeler aux Européen·nes combien leur autonomie restait théorique, entre menace d’annexion du Groenland (qui dépend du Danemark), pressions commerciales et sanctions. Sur ce dernier point, le cas du juge français Nicolas Guillou est symbolique.

Sanctionné par Washington le 20 août 2025, le magistrat avait autorisé l’émission de mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son ancien ministre de la défense, Yoav Gallant. Depuis, il est interdit d’entrer aux États-Unis et se retrouve privé d’une partie de sa vie numérique. Il ne peut plus utiliser de carte bancaire ni accéder à certains services de plateformes étasuniennes comme Amazon, Netflix ou Airbnb.

Paris et Bruxelles ont depuis accéléré leurs travaux sur la «souveraineté numérique», entre commission d’enquête parlementaire et plans européens. Ce vendredi, la commission des finances a adopté un amendement pour augmenter la taxe sur les géants du web. Rien ne garantit qu’il sera ensuite voté par le Parlement.

Le rapport de force reste largement en faveur des États-Unis. Fin juin, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane massifs aux pays qui envisageaient de taxer les services numériques étasuniens. Dans le même temps, il a contraint la start-up d’intelligence artificielle (IA) Anthropic, pendant près de trois semaines, à suspendre l’accès des ressortissant·es étranger·es à ses modèles d’IA les plus puissants, au nom de la «sécurité nationale».

Alors, comment sortir de la dépendance numérique aux géants étasuniens de la technologie, à commencer par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ?

Une dépendance totale

Après avoir présidé pendant cinq mois, de février à juillet 2026, la commission d’enquête sur les dépendances de la France au numérique, le député Philippe Latombe (Les Démocrates) dresse un constat sévère. «La dépendance commence par les infrastructures, des semi-conducteurs [des puces électroniques qui conduisent le flux de courant, NDLR], aux ordinateurs, dont nous n’avons pratiquement plus de constructeurs en Europe. Viennent ensuite les logiciels et le cloud», soit les serveurs mondiaux connectés à internet, conçus pour stocker, gérer et traiter des données.

L’État lui-même n’y échappe pas. Le rapport de la commission révèle que plusieurs ministères, à commencer par celui de la justice, utilisent Microsoft Office 365. Certaines données y sont ainsi hébergées, sans bénéficier des garanties de protection qui auraient dû leur être accordées.

«Il faut reconnaître que la difficulté est structurelle. Lorsqu’un outil est adopté par tout le monde, il devient presque incontournable, nuance Lorraine de Montenay, experte en numérique responsable. Le numérique favorise naturellement des situations de monopole, notamment en raison des effets de réseau. Les plateformes ont donc intérêt à rendre leurs services faciles à rejoindre mais difficiles à quitter.»

À l’origine de la dégooglisation

L’association Framasoft, spécialisée dans les logiciels libres, a fait figure de pionnière en matière de sortie des Gafam. Dès 2014, elle s’est engagée sur cette voie, un an après les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse. Ancien employé de la Central intelligence agency (CIA) et de la National security agency (NSA), il a mis en lumière les liens entre les services de renseignement étasuniens et les géants du numérique. La NSA a notamment mis en place un programme, nommé Prism, pour collecter massivement les données personnelles des utilisateur·ices de Google, Apple et consorts.

«À l’époque, Framasoft utilisait encore la messagerie Gmail, des listes Google et Google Forms. Nous nous sommes alors dit que nous étions nous-mêmes trop dépendants de ces outils et avons commencé par “dégoogliser” l’association», raconte Pierre-Yves Gosset, coordinateur des services numériques de Framasoft.

En 2014, l’association lance la campagne «Dégooglisons internet». L’objectif était d’identifier les 20 ou 30 services les plus répandus sur le web et de proposer des alternatives libres. Parmi elles, Framaforms pour créer des questionnaires, PeerTube comme alternative à YouTube ou encore Framapad pour l’écriture collaborative. Aujourd’hui, Framasoft estime à 2,5 millions le nombre d’utilisateur·ices de ses différents services.

Pour Gaël Duval, fondateur de Murena, qui développe un système d’exploitation mobile pour s’émanciper d’Android (développé par Google), la question n’est plus seulement celle du respect de la vie privée. «Quand on voit des personnes visées par des sanctions se retrouver privées du jour au lendemain de services américains, on mesure une forme de violence que l’on aurait difficilement imaginée il y a encore quelques années», souligne-t-il. Les tensions géopolitiques semblent d’ailleurs transformer cette inquiétude en marché. Gaël Duval assure être en bonne voie pour doubler le chiffre d’affaires de Murena par rapport à l’année précédente.

Même phénomène chez Mailo. Le service français de messagerie a multiplié par quatre son chiffre d’affaires au moment où Donald Trump menaçait d’annexer le Groenland, selon son chef de produit, Sébastien Roussel. «Dès qu’un service essentiel transite par une entreprise soumise au droit américain, il faut se demander quelles conséquences cela peut avoir sur la souveraineté et sur la maîtrise des données», prévient-il.

Mailo assure ainsi stocker ses données auprès d’un hébergeur cloud 100% français. «La localisation physique d’un centre de données en France ne suffit pas. Si l’entreprise qui l’opère est américaine, elle peut rester soumise à la législation américaine», prévient toutefois Lorraine de Montenay. La souveraineté suppose donc de savoir qui administre les données, qui peut y accéder et sous quel droit elles se trouvent.

Changer d’habitudes par étapes

L’enjeu est également environnemental. Pour Cyrielle Chatelain (Les Écologistes), rapporteure de la commission d’enquête sur les dépendances au numérique, l’expansion des Gafam entraîne une hausse de la consommation d’électricité et d’eau dans leurs centres de données. «Les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’ils se sont fixés ne sont toujours pas tenus. Dans certains cas, leurs émissions augmentent même sous l’effet du déploiement massif des data centers, parfois alimentés par des énergies fossiles», précise l’élue.

La dépendance commence avant tout sur les bancs de l’école, avance Cyrielle Chatelain. «On apprend à utiliser Microsoft Word et à chercher sur Google. En réalité, on n’apprend pas le numérique en général, mais seulement certains services numériques», dénonce la députée iséroise. Dans son rapport, elle défend un objectif de «zéro Microsoft» à l’école.

Quitter les Gafam ne signifie pas pour autant tout remplacer du jour au lendemain. «Sortir de Gmail, par exemple, peut prendre du temps. Il faut donc accepter une transition progressive», reconnaît la parlementaire. Changer de moteur de recherche ou de messagerie peut constituer une première étape. Encore faut-il veiller à la portabilité des données, c’est-à-dire à la possibilité de récupérer ses données personnelles pour les stocker ailleurs ou les transférer vers une autre plateforme. Et à l’interopérabilité des services, c’est-à-dire à la capacité des systèmes ou logiciels à échanger des données sans restriction.

«Il fallait sans doute un électrochoc pour mesurer la nécessité de reprendre en main notre destin», estime Gaël Duval. Mais, pour l’entrepreneur, nul grand soir numérique à espérer : «C’est un projet européen de long terme, probablement sur quinze ou vingt ans.»

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