Médianes
C’est l’un des passages les plus sensibles de la loi d’urgence agricole, examinée par l’Assemblée nationale depuis mardi. L’article 5, consacré à la «simplification» du stockage d’eau et de l’irrigation agricole, a été adopté par les député·es jeudi, après de longues heures de discussion. Le développement de retenues d’eau (dont les fameuses «mégabassines») doit permettre de collecter les eaux hivernales pour les utiliser en période de sécheresse, dans un contexte de tensions croissantes autour du partage de la ressource. Mais ces infrastructures sont critiquées par les associations écologistes et nombre de scientifiques, qui y voient un exemple de maladaptation aux changements climatiques. Dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, les soutiens du stockage d’eau y voient une solution nécessaire pour sécuriser les récoltes, et souhaitent alléger les procédures d’autorisation, dont les délais sont régulièrement critiqués par certains syndicats agricoles. Ces ouvrages «mettent parfois dix ans à aboutir» alors que les agriculteur·ices font face à des «sécheresses qui se multiplient», selon les mots de Timothée Houssin (Rassemblement national). Face à la diminution de l’eau disponible en lien avec le dérèglement climatique, la députée (Les Écologistes) Delphine Batho a quant à elle dénoncé «une fuite en avant dans l’illusion que le stockage serait un remède magique», alors que les chercheur·ses préconisent à l’inverse un «changement des pratiques agricoles». L’article adopté supprime l’obligation de tenir des réunions publiques autour de ces projets pour obtenir une autorisation environnementale. Elles peuvent désormais être remplacées par de simples permanences en mairie – une disposition directement inspirée de la loi Duplomb, qui l’avait introduite pour les consultations autour des agrandissements d’élevage. Il permet aussi aux préfet·es de prolonger pendant deux ans une autorisation de prélèvement d’eau annulée par la justice (car trop excessive pour les milieux naturels, par exemple). Une disposition «contraire même à la séparation des pouvoirs», a cinglé Manon Meunier (La France insoumise). Mais «rompre du jour au lendemain ces prélèvements, c’est extrêmement dommageable pour l’agriculteur», a argumenté le député (Renaissance) Jean-René Cazeneuve. Ce dernier a également fait adopter un raccourcissement des délais de recours en justice contre les projets de stockage d’eau, qui passent de dix à six mois. Ce n’est pas tout : les député·es d’extrême droite, de droite et d’une partie du bloc central ont aussi effacé plusieurs garde-fous négociés lors des travaux préparatoires en commission du développement durable. Le camp présidentiel a obtenu la suppression de la notion de «sobriété» en matière d’irrigation : un «chiffon rouge absolu pour des agriculteurs qui voient leur production dépérir», selon la ministre de l’agriculture, Annie Genevard. En commission, le groupe écologiste avait obtenu le renforcement de la place de l’agriculture biologique et des usager·es non économiques (associations environnementales, loisirs…) au sein des «parlements de l’eau», qui décident de règles pour protéger la ressource sur un territoire (notre article). Jeudi, l’Assemblée a non seulement supprimé ces dispositions, mais elle a aussi adopté un amendement aux antipodes, à l’initiative du député (Mouvement démocrate) Nicolas Turquois : il augmente la part de représentant·es du monde agricole et de l’État au sein des commissions locales de l’eau, au détriment des élu·es du territoire. Ce vendredi, le gouvernement a également obtenu le rétablissement d’un article controversé sur les zones humides, qui avait été supprimé par la commission du développement durable (notre article). Celui-ci propose de «simplifier» l’exploitation de ces écosystèmes lorsqu’ils sont considérés comme «non fonctionnels» (par exemple, du fait d’une trop forte dégradation à cause des activités humaines). «Moins la zone est en bon état, moins on est tenu de compenser sa destruction, c’est un très mauvais signal», a regretté la députée (Ensemble) Sandrine Le Feur. Dernier changement en date : le gouvernement a fait inscrire dans la loi un article autorisant la création de plans d’eau en zone humide lorsque la surface concernée est inférieure à un hectare. Revendication de la FNSEA, cette proposition avait déjà fait l’objet d’un arrêté après la crise agricole de l’hiver 2024… qui a été annulé en mars dernier par le Conseil d’État (notre article). L’examen de la loi d’urgence agricole se poursuit à l’Assemblée jusqu’au 29 mai. Les député·es doivent encore examiner plus d’un millier d’amendements, sur des articles consacrés aux zones humides, au loup gris ou encore au revenu agricole. Texte intégral (1038 mots)

«Fuite en avant»
Retour d’un article sur les zones humides
Médianes
«On va sans doute vivre des journées parmi les plus chaudes jamais vues en mai», projette Christelle Robert, prévisionniste à Météo-France. Le thermomètre a dépassé les 30 degrés Celsius (°C) jeudi dans le sud-ouest de l’Hexagone, à Carcassonne (Aude), Toulouse (Haute-Garonne), Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), Capbreton (Landes), ainsi que dans la basse vallée du Rhône. Ces fortes chaleurs atteindront le val de Loire ce vendredi, puis se généraliseront sur les deux tiers du pays durant le week-end de la Pentecôte. «Cet épisode de chaleur est précoce et atteindra une intensité inédite en moyenne sur la France», souligne l’experte. Les records d’après-midis de journées de mai les plus chaudes pourraient également être battus, qu’il s’agisse du 29 mai 1947 (30°C), du 27 mai 2005 (30,3°C), du 28 mai 2017 (29,8°C), du 18 mai 2022 (29,7 °C) ou du 30 mai 2025 (30,5°C). L’ouest et le centre-ouest de l’Hexagone seront particulièrement touchés par des températures «remarquables», avec jusqu’à 35°C en Aquitaine. Certaines villes (Rennes, Agen, Montauban, Bordeaux et Auch, par exemple) dépasseront de 10°C, voire 12°C, les moyennes de saison. Ce sera également le cas à Paris, dimanche, selon les prévisions. «Nous surveillerons aussi attentivement les températures minimales, notamment dans la nuit de dimanche à lundi», explique Christelle Robert. Elles risquent d’être particulièrement élevées, avec 20°C atteints sur le littoral atlantique. «C’est rare, voire exceptionnel, pour un mois de mai, note la scientifique. C’est encore dur de savoir quand les fortes chaleurs cesseront, mais l’épisode durera au moins jusqu’à la première moitié de la semaine prochaine.» L’emballement du mercure est d’autant plus marquant qu’il fait suite à une période fraiche, en dessous des normales de saison. À partir du 11 mai, un afflux d’air d’origine polaire a limité les maximales de 13 à 15°C au nord de la Seine pendant plusieurs jours. Ces variations s’expliquent par les déplacements de dépressions (zones de basse pression, souvent responsables de pluies) ou d’anticyclones (des axes de haute pression). Si ce changement brusque de météo est habituel pour un mois de mai, il est rare qu’il soit aussi marqué. L’augmentation des températures s’explique par un blocage anticyclonique : des zones de haute pression agissent comme un dôme de chaleur – une sorte de couvercle – au-dessus du territoire. Elles piègent l’air chaud à tous les étages de l’atmosphère, le compriment et le réchauffent encore. «Cette situation provient d’une petite goutte froide sur le proche Atlantique, qui a fait remonter la masse d’air chaude venue du Maroc sur la péninsule ibérique», explique Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France. L’air chaud est maintenant bloqué au-dessus de l’Hexagone. Il est «accompagné de poussières désertiques, on aura un ciel un peu sableux sur la moitié nord du pays dans les prochains jours», note l’expert. Le changement climatique ne crée pas de nouveaux schémas atmosphériques : cette situation de blocage existe naturellement. En revanche, ce qui est certain, c’est qu’«il amplifie les effets de ces blocages», souligne Christelle Robert. «Nous constatons une accélération de ces phénomènes avec le temps, abonde Matthieu Sorel. Nous ne sommes absolument pas surpris, il est malheureusement attendu avec le changement climatique d’avoir des épisodes plus intenses, plus précoces et qui durent plus longtemps qu’auparavant.» Et l’atmosphère ne devrait pas se rafraîchir. Météo-France prévoit une tendance plus chaude que les normales de saison pour la période de mai à juillet. Texte intégral (801 mots)


Un dôme de chaleur à l’origine des hautes températures
Des épisodes plus fréquents avec le réchauffement climatique
Médianes
Saisi par plusieurs groupes du bloc central ainsi que par Les Écologistes et les socialistes, le Conseil constitutionnel a – sans surprise – fait le ménage dans le projet de loi de «simplification de la vie économique», qu’un examen parlementaire chaotique avait transformé en bric-à-brac législatif. Résultat, 25 articles sur 84, soit près d’un tiers du projet de loi, sont totalement ou partiellement censurés, «faute d’identifier un lien, même indirect, avec les dispositions du projet de loi initial», explique le Conseil dans sa décision de jeudi. Plusieurs mesures à visée environnementale sont sauvées. C’est le cas des zones à faibles émissions (ZFE), dont le projet de loi proposait la suppression. Symboles du premier quinquennat Macron, ces zones entendent limiter la pollution de l’air aux particules fines en excluant certains véhicules anciens et polluants des centres-villes de 25 agglomérations. La droite, l’extrême droite et La France insoumise avaient uni leurs voix pour obtenir la suppression de cette mesure jugée injuste pour les foyers modestes, qui possèdent en majorité les véhicules concernés. Le Conseil constitutionnel censure aussi un article qui prévoyait d’exclure certains projets industriels (notamment ceux reconnus d’intérêt majeur pour la souveraineté nationale) du calcul de la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers. Une sévère entrave au dispositif zéro artificialisation nette (ZAN), qui prévoit de ramener progressivement à zéro «net» l’artificialisation de ces espaces d’ici à 2050. En d’autres termes, l’artificialisation de nouveaux terrains doit être conditionnée à la renaturation d’espaces artificialisés dans des proportions égales. Enfin, les conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux (Ceser), des instances de démocratie locale rendues facultatives par le projet de loi (chaque conseil régional aurait décidé de maintenir le Ceser ou non), sont finalement préservés. «Le Conseil constitutionnel rappelle une évidence : on ne peut pas transformer un projet de loi en fourre-tout idéologique au gré des pulsions de dérégulation», s’est félicité le groupe des Écologistes à l’Assemblée. Mais «ce texte restera comme le symbole d’une fuite en avant libérale où, sous couvert de simplification, certains voulaient faire sauter les protections sociales, environnementales et démocratiques.» Pour Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France, «c’est bien sûr un soulagement de voir le Conseil constitutionnel censurer le renoncement environnemental qu’aurait représenté l’abrogation du ZAN. Mais ce soulagement pourrait hélas être de courte durée : ce coup de pouce constitutionnel n’efface pas les débats parlementaires et donc le fait qu’il s’est trouvé une majorité – et un ministre de la transition écologique ! – pour approuver le détricotage de la lutte contre l’artificialisation des sols.» Lors des débats en séance, le ministre délégué à la transition écologique, Matthieu Lefevre, avait estimé que les dérogations au ZAN n’étaient «pas un recul mais une exception ciblée». Texte intégral (679 mots)

ZFE restaurées, ZAN préservé, Ceser protégés
«Fourre-tout idéologique»
Médianes
Alors que l’année 2026 nous promet un climat extrême, la résolution adoptée à une écrasante majorité (141 voix pour, 8 contre et 28 abstentions) par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) est une rare éclaircie à souligner. Qualifiée d’«historique» par l’ONG Greenpeace, elle est, selon le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, «une puissante proclamation du droit international, de la justice climatique, de la science et de la responsabilité des États à protéger la population de l’escalade de la crise climatique». L’origine de cette résolution remonte à 2023, lorsque l’Assemblée générale de l’ONU avait demandé à la Cour internationale de justice (CIJ) un avis sur la responsabilité des États de respecter leurs engagements climatiques. La demande était portée par le Vanuatu, un petit État insulaire du Pacifique gravement menacé par l’élévation du niveau de la mer et grand défenseur du combat pour la justice climatique. Rendu l’été dernier, l’avis de la CIJ a fait date en affirmant que les États qui ne respectent pas leurs obligations climatiques commettent un acte «illicite» et s’exposent à des «réparations» envers les pays affectés. Pour rebondir sur cette décision non contraignante, mais sur laquelle les tribunaux du monde entier peuvent s’appuyer, le Vanuatu a présenté en janvier un projet de résolution destiné à la rendre opérationnelle. La résolution votée hier réaffirme donc formellement les conclusions de la CIJ, en souligne «l’importance et l’autorité», et appelle tous les États à «honorer les obligations que leur fait le droit international» pour protéger le climat. Si le texte demande au secrétaire général de l’ONU de présenter un rapport en 2027 sur les moyens de favoriser le respect de toutes ces obligations, il insiste déjà sur la nécessité de «transitionner hors des énergies fossiles». Cet objectif a été adopté en 2023 par près de 200 pays lors du 28ème sommet mondial (COP28) sur le climat à Dubaï (Émirats arabes unis). La résolution souligne aussi que, selon la CIJ, un État enfreignant ses obligations climatiques engage sa responsabilité, avec l’éventualité de devoir octroyer «une réparation intégrale aux États lésés» ; une avancée majeure, alors que les pays les plus responsables historiquement du changement climatique sont hostiles à tout mécanisme qui pourrait les forcer à verser des réparations. Le texte n’est pas sorti indemne des nombreuses séances de négociations entre États, entravées notamment par l’opposition des États-Unis et les manœuvres dilatoires de pays producteurs de pétrole, comme l’Arabie saoudite et le Koweït, qui ont multiplié les interventions de procédure pour retarder le vote. L’idée d’un «registre international des dommages» destiné à rassembler les «preuves» des préjudices attribuables au réchauffement, élément phare du projet originel, a disparu. Cette résolution «très problématique» inclut «des exigences politiques inappropriées liées aux énergies fossiles et d’autres questions climatiques», a dénoncé l’ambassadrice étasunienne adjointe Tammy Bruce, refusant de considérer l’avis de la CIJ comme «faisant autorité». «Nous savons que certains préfèreraient que cette Assemblée en dise moins, ou qu’elle ne dise rien du tout», soulignait Odo Tevi, ambassadeur à l’ONU du Vanuatu, avant le vote. Et d’insister sur le fait que cette résolution «est importante parce que les dommages sont réels et déjà présents pour les îles et les zones côtières en basse altitude, pour les communautés faisant face à la sécheresse et aux mauvaises récoltes, pour ceux dont les maisons, les revenus, et la culture sont bouleversés par des forces qu’ils n’ont pas déclenchées.» Texte intégral (914 mots)

Les États qui dérogent à leurs obligations climatiques commettent un acte «illicite»
Opposition des États-Unis, d’Israël, de l’Iran, de la Russie et de l’Arabie saoudite
Médianes
Yaourts à la fraise écarlates, sirops de pêche orange… Les teintes gourmandes de vos produits préférés viennent souvent de colorants industriels et ne sont pas inoffensives pour la santé. De nouvelles études scientifiques publiées ce jeudi attestent des effets délétères de l’alimentation ultra-transformée, au moment où une proposition de loi veut rendre obligatoire l’affichage du Nutriscore sur les produits alimentaires pour aider les Français·es à se nourrir plus sainement. Ces trois études de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), parues dans les revues Diabetes care, European journal of epidemiology et European heart journal, montrent la nécessité de «privilégier les aliments pas ou peu transformés», selon leurs auteur·ices. Ces travaux, menés par Sanam Shah et Anaïs Hasenböhler, et supervisés par l’épidémiologiste Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, ont étudié la consommation de certains additifs, des colorants alimentaires (E100 à E199) et des conservateurs et antioxydants (E200 à E299 et E300 à E399), au sein d’une importante cohorte française comptant plus de 100 000 personnes, dont le suivi remonte à 2009. Pour la première fois, ces analyses mettent au jour des liens entre la consommation de colorants alimentaires et un risque accru de diabète de type 2 et de cancer, ainsi qu’entre la consommation de conservateurs et le risque d’hypertension et de maladies cardiovasculaires. Comparé aux personnes plus faiblement exposées, les plus grand·es consommateur·ices de colorants alimentaires ont ainsi un risque supérieur de développer un diabète de type 2 (+38%), un cancer (+14%) et, encore davantage, un cancer du sein (+21%, et même +32% post-ménopause), selon ces travaux à la méthodologie robuste. De leur côté, les plus grand·es consommateur·ices de conservateurs – sorbate de potassium E202 et acide citrique E330, en particulier – ont un risque d’hypertension global accru de 24% comparé à celles et ceux plus faiblement exposé·es, et un risque de maladies cardiovasculaires supérieur de 16%. Si ces études ne prouvent pas à elles seules un lien de cause à effet, elles s’ajoutent à un large corpus attestant de la nocivité des aliments ultra-transformés pour la santé, rappelle Mathilde Touvier. D’ores et déjà, au niveau mondial, «sur 104 études qui regardent les liens entre les aliments ultratransformés et la santé, 93 montrent ces effets délétères de manière très cohérente», souligne-t-elle. Pour la chercheuse, «le faisceau d’arguments est désormais assez fort pour dire qu’il faut agir au plan de la santé publique». Cette expertise scientifique doit, selon elle, permettre une «réévaluation de la sécurité de ces additifs, pour éventuellement en interdire certains», en particulier les colorants qui ne «sont là que pour rendre le produit plus attractif», ou «diminuer les doses autorisées». Pour l’association de consommateur·ices Foodwatch, ces études scientifiques «doivent provoquer un électrochoc politique» car «les solutions sont connues et à portée de main : ce qui manque, aujourd’hui, c’est le courage politique». L’ONG appelle à «interdire les additifs les plus controversés et à strictement encadrer les aliments ultra-transformés». Elle réclame depuis des années l’interdiction des nitrites, au lien «clairement démontré» avec le cancer colorectal, et de l’aspartame, cancérogène probable. En janvier, deux études de la même équipe de chercheur·ses avaient montré une association entre la consommation de conservateurs et une fréquence augmentée de cancers et de diabète de type 2. En France, une proposition de loi, soutenue par huit groupes politiques sur les onze que compte l’Assemblée nationale, appelle à rendre obligatoire le Nutriscore, «un outil de prévention simple, français et efficace», selon la députée socialiste Sandrine Runel, qui la porte. Mis en place en 2017 en France sur la base du volontariat, et dans six autres pays européens, cet étiquetage classe les produits alimentaires de A à E, selon leur composition et leurs apports nutritionnels. Les entreprises agroalimentaires qui refuseraient de l’afficher paieraient une taxe de 2% sur leur chiffre d’affaires français, dont le produit serait affecté à l’Assurance maladie. Selon un rapport du Sénat, les maladies liées à la mauvaise alimentation, obésité et diabète en particulier, coûtent 11,7 milliards d’euros à l’Assurance maladie, soit la moitié de son déficit, tandis que 17% des adultes en France sont en situation d’obésité, soit environ huit millions de personnes. Texte intégral (945 mots)

14% de risques en plus de développer un cancer
Ces études «doivent provoquer un électrochoc politique»
Rendre le Nutriscore obligatoire
Antoine Poncet
Texte intégral (945 mots)
Médianes
«L’État français [est] responsable de la catastrophe des PFAS», accusent les associations environnementales Générations futures, Notre Affaire à tous et Bloom, qui annoncent avoir déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris, mercredi. Cette procédure administrative, la première d’ampleur nationale sur les PFAS contre l’État, vise à faire reconnaître sa responsabilité dans le scandale des «polluants éternels». Cette famille de molécules chimiques – que l’on retrouve dans les poêles antiadhésives, les vêtements imperméables, les emballages alimentaires ou les batteries électriques – est toxique pour l’humain. Des études scientifiques (comme celle-ci ou celle-là) ont mis en évidence des risques accrus de cancers (reins, testicules) et de maladies graves (thyroïde, foie) pour une multitude de ces substances. Les associations estiment que «l’inaction» de l’État ces dernières décennies a provoqué un «préjudice écologique», et réclament en conséquence qu’il fasse «cesser le plus rapidement possible tous les rejets de PFAS dans l’environnement et qu’il mette dès aujourd’hui en place les dispositifs pollueur-payeur pour couvrir les coûts environnementaux et sanitaires titanesques de cette pollution». Alors qu’elles attaquaient jusqu’ici uniquement les industriels qui produisent des PFAS, ces associations, rejointes par des riverain·es de zones contaminées, désignent une nouvelle cible. «On ne peut pas nier que l’État a failli dans son rôle de protection de la santé et de l’environnement. On en a même des preuves assez accablantes», assure leur avocat, Antoine Clerc, du cabinet lyonnais Hélios Avocats. Des administrations d’État ont été informées des risques que représentent les PFAS et leur dissémination bien avant que le scandale n’éclate publiquement en France, à partir de 2022, grâce à une enquête de l’émission Vert de rage (France 5). Les associations affirment avoir compilé «au moins une trentaine de rapports et études émanant d’agences publiques ou d’institutions nationales» alertant, entre 2008 et 2022, de la contamination des écosystèmes par ces molécules en France. En 2009 déjà, un bulletin de veille scientifique de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) informait les autorités des dangers liés au PFOA et au PFOS – deux «polluants éternels» dont la toxicité pour l’humain était bien connue. Dans la banlieue sud de Rouen (Seine-Maritime), l’État a été informé dès 2008 que l’eau potable de 90 000 habitant·es était contaminée, selon le média d’investigation local Le Poulpe – même si, à l’époque, aucune réglementation n’existait. Pourtant, «l’État dispose des leviers d’action juridiques qui auraient pu tout à fait être efficaces pour cibler les sources d’émissions» de ces substances, considère l’avocat des requérant·es. Il rappelle que les préfectures – représentantes de l’État en région – sont chargées du contrôle des rejets polluants des usines ICPE (Installations classées pour la protection de l’environnement). Celles-ci sont soumises à une réglementation spécifique car elles peuvent avoir «des impacts (pollution de l’eau, de l’air, des sols, etc.) et présenter des dangers (incendie, explosion, etc.) pour l’environnement, la santé et la sécurité publique», selon le site du gouvernement. Désormais, l’État tente de rattraper son retard. L’exécutif a dégainé un plan d’action en 2024, qui prévoit de mesurer la présence de PFAS à la sortie des sites industriels, des stations d’épuration et des incinérateurs. «On peut s’en réjouir quand on compare notre situation à celle de certains États plus en retard, mais on aurait pu aller beaucoup plus loin, et plus vite», estime Antoine Clerc. Pour incarner ce combat et médiatiser l’affaire, les associations ont proposé à des riverain·es de zones contaminées de les rejoindre dans ce recours : six ont accepté. L’un vit à Rumilly, en Haute-Savoie, où une usine Tefal a rejeté par le passé des déchets de PFAS dans l’environnement. Les cinq autres résident à proximité de l’aéroport de Bâle-Mulhouse, où l’utilisation de mousses anti-incendie (qui contiennent des PFAS) a pollué la nappe phréatique et l’eau potable de Saint-Louis (Haut-Rhin) et de communes voisines. Une autre, Karine Sallit, a appris en avril 2025 que son eau courante était contaminée au-delà des normes. Alors qu’elle a été diagnostiquée d’une maladie rare du sang en 2024, son syndicat de l’eau lui a déconseillé l’année passée de consommer la ressource à son robinet. «C’est très angoissant, admet cette directrice d’un service client, âgée de 51 ans. Même si je peux de nouveau consommer l’eau du robinet, je ne le fais pas. J’ai une perte de confiance totale envers l’État. J’ai fait des analyses de sang, et je suis contaminée.» «Il n’y a aucune raison que le citoyen passe à la caisse alors que l’industrie s’en met plein les poches et pollue en toute impunité. L’État est au courant depuis des années : ils n’avaient qu’à s’y préparer, considère Séverine Wollenschneider, 62 ans, retraitée de l’industrie. Ce recours, je le fais aussi pour les générations futures.» Tombée malade d’un cancer du sang à 49 ans, «son exposition prolongée aux PFAS pourrait augmenter les risques» pour sa santé, estiment les associations. L’avocat Antoine Clerc compte faire valoir à la barre du tribunal un «préjudice d’anxiété» pour ces riverain·es. «La conscience de ces personnes d’avoir été surexposées aux PFAS a fait naître une inquiétude de développer une pathologie, explique-t-il. Nous demandons réparation de cette souffrance.» Une manière aussi d’éviter d’avoir à démontrer un lien de causalité – toujours difficile à prouver – entre la santé de ces riverain·es et l’historique de leur exposition passée aux PFAS. Contacté au sujet de ce recours, le service communication de la présidence de la République n’a pas répondu à nos questions. Une décision du tribunal administratif de Paris n’est pas attendue avant 2028, selon les parties civiles. Texte intégral (1477 mots)

De premières alertes dans les années 2000
«On aurait pu aller beaucoup plus loin, et plus vite»
«L’État est au courant depuis des années : ils n’avaient qu’à s’y préparer»

Préjudice d’anxiété
🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène