Zoé Moreau, Anne-Claire Poirier
Le Parlement a tranché. Mardi, député·es et sénateur·ices ont définitivement adopté le projet de loi d’urgence agricole (LUA). Les soutiens sont allés de la droite à l’extrême droite en passant par le bloc central. Seule la gauche s’y est unanimement opposée (socialistes, insoumis·es, écologistes et apparenté·es). Facilitations des projets de bassines ou d’élevages intensifs, réautorisation à titre dérogatoire de pesticides interdits… «L’Histoire reviendra sur ce grave moment de régression», avait averti la députée (LFI) Aurélie Trouvé lors des débats. La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, avait de son côté salué «le vote des députés qui ont fait le choix de la responsabilité». L’essentiel des mesures qu’elle avait présentées en avril en réponse à la colère des agriculteur·ices cet hiver a été conservé par les parlementaires. C’est peut-être l’article qui fait le plus réagir, le «2 quater». Avec l’accord du gouvernement (qui s’y était pourtant initialement opposé), les parlementaires ont ouvert la voie au retour de deux pesticides interdits en France : le désormais célèbre acétamipride, qui inquiète médecins et scientifiques en raison de ses risques pour la santé… mais aussi le flupyradifurone. L’article est directement inspiré de la seconde proposition de loi portée par le sénateur (LR) Laurent Duplomb au Sénat en janvier, qui prévoit la réautorisation de ces deux substances. Légèrement plus protecteur, le texte adopté mardi confie à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le pouvoir d’accorder, à titre dérogatoire, des autorisations d’utilisation valables trois ans pour ces pesticides toujours autorisés dans le reste de l’Union européenne. En cas de feu vert de l’agence, le flupyradifurone pourrait de nouveau être utilisé sur les cultures de pommes, de cerises et de betteraves sucrières, tandis que l’acétamipride pourrait l’être sur les noisettes. Cette réintroduction est une «victoire du sénateur Duplomb et de l’obscurantisme. Quelle horreur», avait déclaré à l’issue de la commission mixte paritaire la députée insoumise Aurélie Trouvé sur le réseau social X. Plus gros morceaux du texte, les articles sur la gestion de l’eau sont maintenus (notre article). Ils actent des «simplifications» majeures pour les projets de retenues destinées à l’irrigation agricole : les réunions publiques qui permettent aux riverain·es d’interroger le porteur du projet et de débattre collectivement de ses conséquences sont rendues facultatives (article 5). «C’est pourtant là où se construit le dialogue et le consensus», regrette Alexis Guilpart, de France nature environnement (FNE). Ce n’est pas tout : même après l’annulation par la justice d’une autorisation de prélèvement d’eau, l’administration pourra la maintenir provisoirement en vigueur pendant trois ans. La gauche avait dénoncé, en vain, «une fuite en avant». En prime, député·es et sénateur·ices ont inscrit noir sur blanc (article 5A) l’objectif de doublement des volumes de stockage d’eau à des fins agricoles d’ici 2035 – un blanc-seing pour construire de nouvelles «mégabassines», selon les associations de protection de l’environnement. «En continuant à agir comme si l’eau était une ressource illimitée, nous allons tout droit vers une intensification des conflits d’usage dans les prochaines années», a dénoncé Julien Rivoire, de Greenpeace France. Enfin, l’idée d’une réforme des «parlements locaux de l’eau» (chargés de décider de règles pour protéger la ressource, notre article), voulue par le groupe Mouvement démocrate (Modem) de l’Assemblée, a elle aussi été conservée, quoique remaniée. Concrètement : la part des représentant·es du monde agricole va augmenter en leur sein, au détriment de celle des représentant·es de l’État. Terres gorgées d’eau douce ou salée, les milieux humides sont des «espaces à forts enjeux écologique, économique et social», de l’avis même du ministère de la transition écologique. Ils accueillent de très nombreuses espèces de plantes, d’amphibiens ou d’oiseaux menacés et jouent un rôle majeur dans la purification de l’eau ou l’atténuation de certains effets du changement climatique (sécheresses, inondations…). Le texte prévoit pourtant d’assouplir les règles applicables aux projets qui les endommagent (article 7). Les mesures exigées pour réparer les dégâts devront désormais être adaptées aux fonctions écologiques attribuées à chaque zone. «En d’autres termes, dans une zone humide déjà dégradée, des projets destructeurs pourront voir le jour sans mesures de compensation trop contraignantes, analyse Alexis Guilpard, de FNE. C’est un encouragement à toujours plus les dégrader.» La loi ouvre aussi la voie à des règles moins strictes pour créer des plans d’eau dans les zones humides inférieures à un hectare. Cette mesure, réclamée par les syndicats agricoles majoritaires, inquiète les associations environnementales : elles redoutent la multiplication de petites retenues susceptibles d’assécher progressivement les zones humides et d’affaiblir leurs fonctions écologiques. Voilà une mesure qui pourrait réduire les moyens consacrés à la protection de l’eau, l’article 6 quinquies. Il introduit une entorse au principe «pollueur-payeur» : aujourd’hui, une taxe est prélevée sur les ventes de pesticides, en fonction de la quantité et de la dangerosité des substances qu’ils contiennent. Ces recettes alimentent les agences de l’eau, qui aident notamment les collectivités à lutter contre les pollutions et à protéger la ressource. Désormais, «en cas de circonstances exceptionnelles affectant gravement les conditions économiques des exploitations agricoles», le gouvernement pourra la suspendre pendant un an. «On plaide pour une augmentation de cette redevance, pas l’inverse. Cela va totalement dans le mauvais sens», a réagi auprès de Vert Yoann Coulmont, de l’association Générations futures. Autre motif de déception pour l’ONG anti-pesticides, l’article 8 de la LUA. Il est conçu pour créer une nouvelle catégorie de captages d’eau potable dits «prioritaires». Pour mieux les protéger, l’État pourra par exemple interdire l’usage de certains pesticides dans les parcelles voisines. Mais le Sénat a restreint l’accès à cette protection aux seules pollutions récentes, excluant les contaminations plus anciennes. «2 000 captages seront exclus du dispositif de protection, déplore Yoann Coulmont. On est en train de dire à des millions de citoyens qu’on ne protégera pas davantage leur eau.» Au prétexte de «prévenir les dommages à l’élevage dus au loup», l’article 14 du projet de loi dessine les contours d’une nouvelle politique de gestion basée essentiellement sur la destruction. Alors que jusqu’ici les autorisations de tirs étaient conditionnées à la mise en place préalable de moyens de protection (clôtures, chiens, etc.), les troupeaux de bovins, de chevaux et d’ânes sont désormais considérés «comme ne pouvant être protégés», ce qui laisse l’abattage comme seule option. En parallèle, les tirs de défense passent d’un régime d’autorisation préalable à celui, plus simple, de la déclaration. En clair, les éleveur·ses n’auront plus qu’à déclarer tirs et abattages de loup a posteriori. Plus étonnant, le texte autorise explicitement les tirs jusque dans les réserves naturelles et autres espaces protégés : une ligne rouge qui fait bondir les gestionnaires de ces espaces. Enfin, le texte prévoit qu’après atteinte du plafond annuel d’abattage, des destructions supplémentaires de loups pourront encore être autorisées à titre dérogatoire «à la suite de dommages dus à la prédation». À l’inverse, si le nombre de loups effectivement prélevés n’atteint pas le plafond annuel, «la différence est reportée et ajoutée au plafond de l’année suivante». Toujours dans un «objectif de simplification» des activités agricoles, le projet de loi habilite le gouvernement à créer par ordonnance un régime juridique spécifique aux élevages (article 17). Actuellement, ils dépendent du droit des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), comme toute activité pouvant générer des risques environnementaux. Mais, dans l’étude d’impact du texte, le gouvernement estimait que ce régime protecteur pénalisait la compétitivité nationale – comprendre la course au prix bas –, notamment dans les filières porcine et avicole. L’article 17 prévoit également que les procédures d’information et de participation du public soient désormais réservées aux seules personnes «justifiant d’un intérêt à agir […] notamment par leur proximité géographique». En clair, seul·es les plus proches riverain·es pourront s’exprimer, quand bien même les effets (pollution de l’eau, des sols, de l’air…) et questionnements autour de ces élevages peuvent s’étendre sur un périmètre plus large. Parallèlement, le texte dédie un chapitre entier (VIII) à «mieux protéger les exploitations agricoles contre les délits». Il crée ainsi une série de circonstances aggravantes lorsqu’un vol, une intrusion ou une dégradation concerne une activité agricole au sens large (bâtiment d’élevage, abattoir ou retenues d’eau). Par exemple, l’article 18 bis crée une circonstance aggravante spécifique à l’intrusion dans un local agricole, de sorte que la peine est désormais aussi lourde que pour une intrusion de domicile (trois ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende). «Sous couvert de protéger les exploitations, déjà encadrées par le droit commun contre le vol et l’intrusion, ces articles visent en réalité à dissuader la documentation des conditions d’élevage par les lanceurs d’alerte», estime l’association de défense des animaux L214, directement visée par ces mesures. L’une des rares victoires remportées par la gauche à l’Assemblée n’a en revanche pas résisté à la suite des débats. Les député·es avaient adopté le principe d’un prix d’achat des produits agricoles au moins égal aux coûts de production. Le compromis final se contente d’imposer que ces coûts servent de référence dans les contrats, tout en permettant aux parties de s’en écarter si elles justifient leur choix. Aucun prix plancher généralisé ne verra donc le jour. Auprès de Vert, Stéphane Galais, du syndicat agricole proche de la gauche Confédération paysanne, a fait part de la «colère» du mouvement paysan : «On était opposés à la loi depuis le départ. On attendait une réponse aux inquiétudes des agriculteurs. Ce qui est certain, c’est que cette loi ne va pas avoir d’impact réel dans les fermes.» Texte intégral (2723 mots)

Ce qu’il faut retenir :
La droite, l’extrême droite et le bloc central ont approuvé mardi au Sénat et lundi à l’Assemblée la loi d’urgence agricole. Le texte est donc définitivement adopté.
Les parlementaires ont validé l’essentiel des «simplifications» proposées par le gouvernement : sur les retenues d’eau, les bâtiments d’élevage, les tirs de loups…
L’article controversé du sénateur Laurent Duplomb pour réautoriser deux pesticides interdits en France, dont l’acétamipride «tueur d’abeilles», a été retenu dans une nouvelle version.
Le potentiel retour de l’acétamipride
Des projets de mégabassines facilités
Des attaques sur les zones humides
Lutte contre la pollution de l’eau affaiblie
Les loups (beaucoup) moins protégés
Élevage : un régime très spécial
Activités agricoles : les lanceurs d’alertes criminalisés
Finalement, pas de prix plus rémunérateurs pour les agriculteurs
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Zoé Moreau
C’est un texte qui «apporte des réponses concrètes et attendues à nos agriculteurs», a assuré la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, lundi soir. Les député·es lui ont emboîté le pas. Réuni·es jusque tard dans la soirée, elles et ils ont adopté le projet de loi d’urgence agricole (LUA) par 296 voix contre 224 (le détail des votes). Le texte doit franchir une dernière étape : son examen par le Sénat, ce mardi. Si la chambre haute l’approuve à son tour, la loi pourrait être promulguée dans les prochaines semaines, ouvrant la voie à l’entrée en vigueur de ses dispositions les plus controversées. Facilitation des projets de mégabassines ou d’élevages intensifs, assouplissement des règles encadrant les tirs de loups, affaiblissement de la protection des zones humides… C’est avec le soutien de la droite, de l’extrême droite (Rassemblement national et Union des droites pour la République) et du bloc central (les Démocrates, Ensemble pour la République et Horizons) que le gouvernement est parvenu à faire adopter ce texte. «Il n’est pas parfait mais constitue une avancée pour l’agriculture et notre souveraineté alimentaire», a défendu la députée (RN) Hélène Laporte au cours des débats. Même satisfaction, du côté du camp présidentiel. «Ce n’est pas la ligne que nous avions défendue à l’Assemblée mais ce texte apporte des réponses concrètes à nos agriculteurs», a affirmé Anne-Sophie Ronceret, députée Ensemble pour la République (EPR). La gauche, elle, s’est unanimement opposée au texte. «L’Histoire reviendra sur ce grave moment de régression, où la science a été ignorée, la santé des êtres humains sacrifiée», a averti la députée (LFI) Aurélie Trouvé lors des débats. Principal sujet de crispation : l’article 2 quater, introduit par le sénateur (LR) Laurent Duplomb au Sénat, et conservé en commission mixte paritaire – qui s’était réunie la semaine dernière pour trouver un compromis entre les deux chambres. Il prévoit d’octroyer à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le pouvoir de réintroduire à titre dérogatoire deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l’Union européenne : l’acétamipride – qui inquiète médecins et scientifiques en raison des risques pour la santé – et le flupyradifurone. En cas de feu vert de l’Anses, ces substances pourraient de nouveau être utilisées par une poignée de filières : le flupyradifurone sur les cultures de pommes, de cerises et de betteraves sucrières ; l’acétamipride sur les noisettes. Le gouvernement avait jusqu’au début de la séance parlementaire, lundi soir, pour supprimer cette mesure controversée – à laquelle la ministre de l’écologie, Monique Barbut, s’était opposée. Il ne l’a finalement pas fait. Il a même refusé d’examiner les amendements déposés par son propre groupe pour en débattre. À la place, la ministre de l’agriculture a défendu ce dispositif «strictement encadré», qui «confie à la seule expertise scientifique l’appréciation d’éventuelles dérogations». Un argument balayé par Aurélie Trouvé. Pour la députée insoumise, il n’est plus temps de solliciter de nouvelles expertises :«Seize sociétés savantes se sont déjà prononcées contre. Ça y est !», a-t-elle rappelé dans l’hémicycle, avant de marteler : «Il faut tout simplement interdire ces pesticides !». En pleine sécheresse, le texte comporte aussi un volet sur la gestion de l’eau, très critiqué par la gauche (et profondément remanié au Sénat). Parmi les mesures contestées : le placement des agences de l’eau sous la tutelle des ministères de l’agriculture et de l’économie, en plus de celle du ministère de la transition écologique. Ou encore le doublement, d’ici 2035, de la capacité des agriculteur·ices à stocker de l’eau en prévention des sécheresses (grâce aux décriées «mégabassines», par exemple). «Accaparement» de la ressource par «l’agro-industrie», multiples «conflits d’usage»… «L’intégralité de votre loi est une maladaptation au réchauffement climatique», a fustigé la députée (LFI) Manon Meunier. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) lui donne raison. Il considère les mégabassines comme «chères, ayant des impacts environnementaux négatifs et qui ne seront pas suffisantes au-delà d’un certain niveau de réchauffement climatique». Il ajoute qu’«elles peuvent avoir des impacts distributionnels et augmenter la dépendance à l’eau quand elles sont utilisées pour l’irrigation». En ouverture des débats, le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefèvre, avait pourtant défendu cette orientation : «Le stockage n’est pas un gros mot mais une nécessité à la fois écologique et économique.» «Il n’y a aucun accaparement, aucune priorisation. Juste un texte qui permet de stocker l’eau l’hiver quand elle abonde, afin de produire l’été sans toucher aux nappes qui sont fragiles», a soutenu Annie Genevard. Les groupes de gauche ont d’ores et déjà annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel, espérant que plusieurs dispositions du texte soient censurées. À l’issue du scrutin, les associations de protection de l’environnement ont unanimement dénoncé la position des député·es. «À quelques mois de l’élection présidentielle, les organisations de la société civile et les électeurs se souviendront des votes de ces députés, qui tournent le dos à la science et aux attentes de nombreux citoyens», a dénoncé Greenpeace France. C’est «une honte», «cette loi qui vient d’être votée est un pur scandale», a fustigé l’ONG anti-pesticides Générations futures. En amont du vote, mardi, plusieurs centaines de personnes et associations s’étaient réunies aux Invalides, à Paris, pour clamer leur opposition à la loi. Auprès de Vert, Stéphane Galais, du syndicat agricole proche de la gauche Confédération paysanne, a fait part de la «colère» du mouvement paysan : «On était opposés à la loi depuis le départ. On attendait une réponse aux inquiétudes des agriculteurs. Ce qui est certain, c’est que cette loi ne va pas avoir d’impact réel dans les fermes.» Texte intégral (1582 mots)

«La science a été ignorée»
«Les électeurs se souviendront des votes de ces députés»

«Un pur scandale»
Anne-Claire Poirier + AFP
On ne l’attendait plus, ou presque. Ce samedi, la nouvelle stratégie nationale bas carbone (SNBC) de la France est enfin entrée en vigueur. Cette feuille de route, troisième du genre, est censée mettre le pays sur la voie de la neutralité carbone à 2050 – soit l’équilibre entre le carbone émis et celui absorbé par l’atmosphère – grâce à l’établissement d’objectifs chiffrés et datés, secteur par secteur, jusqu’en 2038 (la SNBC 2 s’arrêtait en 2033). Cruciale, cette SNBC 3 était attendue depuis 2024 au moins, car elle intègre les «nouveaux» objectifs climatiques européens – déjà rehaussés depuis 2021 pour certains : 55% de baisse d’émissions dès 2030 et 90% en 2040 par rapport à 1990. Mais, comme la plupart des textes relatifs au climat et à l’environnement ces dernières années, elle a eu toutes les peines du monde à se frayer un chemin jusqu’au Journal officiel, faute de soutien politique. Pourtant, le texte publié samedi n’a pas varié ou presque depuis le projet présenté en décembre 2025, à grands renforts d’éléments de langage technosolutionnistes et résolument anti-bobo (notre article). Pour tenir la cible finale, la SNBC vise, comme prévu, un recul global des émissions de 5% par an sur la période 2024-2038. Ce, alors que les émissions françaises n’ont baissé que de 3% en 2024 et de 2,1% en 2025, d’après les chiffres officiels. Nouveauté par rapport à la SNBC 2, la nouvelle stratégie fixe aussi un objectif de baisse de l’empreinte carbone de la France – qui inclut également les émissions générées par ses importations –, compris entre -71% et -79% d’ici 2050 par rapport à 2010. L’objectif est de ramener l’empreinte moyenne d’un·e Français·e entre 2,3 et 3,1 tonnes de CO2 équivalent (CO2e) par habitant·e, contre 8,2 tonnes en 2024. Pour y parvenir, le plan vise à se passer de charbon à horizon 2030, de pétrole d’ici à 2045 et de gaz fossile en 2050, comme officialisé il y a plusieurs mois déjà. Le plan d’électrification de l’économie lancé en avril doit permettre en grande partie de se passer des fossiles. Déclinée par secteur, la SNBC 3 vise par exemple la «quasi-neutralité» carbone dans les transports en 2050, grâce à la montée en puissance des biocarburants, de l’électrification et de la sobriété. Elle table sur 66% de voitures et 90% d’autobus électriques dans les ventes de véhicules neufs d’ici 2030. Pour l’industrie, le texte mise sur un recul de 70% des émissions d’ici 2030 et de 96% d’ici 2050, à travers l’électrification, la sobriété et la captation du carbone, notamment. Pour l’agriculture, elle ambitionne une baisse des émissions de 26% d’ici 2030 et de 53% d’ici 2050 par rapport à 1990. Cela devra passer par un recul des émissions des troupeaux et des déjections animales, et par une baisse de celles des engins et des infrastructures agricoles. Sont évoquées une vague «limitation de la consommation de viande et de charcuterie et une réduction de la consommation de viande importée», mais sans objectif chiffré – trop sensible –, même si l’élevage constitue à lui seul près de 12% des émissions françaises. Si le texte demeure formidablement ambitieux sur le papier, rien ne permet d’assurer qu’il sera mis en œuvre. La question des moyens financiers, par exemple, reste entière, dans un contexte budgétaire fortement contraint. Dès mars 2026, le Haut Conseil pour le Climat avait estimé en conséquence que la question de «la crédibilité [du plan] se pose». Pour tenir les promesses du gouvernement, il avait préconisé que la feuille de route soit «étroitement coordonnée avec la planification budgétaire». En clair, que soient précisés «année après année les mesures mises en œuvre et les moyens associés». Une idée que le gouvernement n’a pas retenue à ce stade. Texte intégral (831 mots)

Empreinte carbone en chute libre
Transports, industrie, agriculture… au rapport
Avec quel argent ?
Amélie David
De petites tortues en céramique colorées sont alignées sur le comptoir d’un bateau-restaurant amarré au port de Tyr, au sud du Liban. Fadia Jomaa, journaliste et activiste environnementale, nous invite à la rejoindre à l’intérieur, avant de s’interrompre : «C’est Mona qui nous les avait offertes.» Sa voix se brise dans la douceur de l’été. Il y a un mois jour pour jour, le 19 juin, Mona Khalil, la gardienne des tortues de mer au Liban, a succombé à ses blessures à l’hôpital de Beyrouth, la capitale. Un bombardement israélien avait frappé sa maison de Mansouri, à une dizaine de kilomètres au sud de Tyr. Jusqu’au bout, l’activiste avait refusé de quitter son domicile, malgré les bombardements et les menaces des millitaires. Pendant près de vingt ans, Mona Khalil a dédié une partie de sa vie à la protection des tortues caouannes et des tortues vertes : deux espèces menacées qui pondent sur la plage de Mansouri. Un soir, elle avait découvert l’une d’elles remontant le sable pour déposer ses œufs. Une rencontre qui a bouleversé sa vie. Presque seule au départ, elle a entrepris de protéger ce site de ponte menacé par l’urbanisation, la pollution et les guerres. Un engagement qui aboutira au classement de la plage en réserve naturelle. Au fil des années, elle a formé une génération entière de bénévoles. «C’est la seule femme que j’ai appelée maman, confie Fadia Jomaa. Je n’ai pas connu ma mère.» Elle sort de son portefeuille des photos d’identité de Mona Khalil plus jeune : c’est avec elle qu’elle a tout appris de ces curieux reptiles. «Mona a placé le Liban sur la carte mondiale de la protection des tortues marines ; elle a construit une véritable base de connaissances scientifiques», poursuit la journaliste. À Mansouri, les troupes israéliennes détruisent des villages dans ce qu’elles ont désigné comme une zone tampon depuis l’entrée en vigueur du premier cessez-le-feu entre le Hezbollah (parti chiite libanais doté d’une puissante milice) et Israël, le 17 avril dernier. Selon le journal L’Orient-Le Jour, cette zone tampon s’étend sur 620 kilomètres carrés. «Israël savait parfaitement qui ils frappaient. Ils ont tué un symbole de la protection de l’environnement. Mona dénonçait les atteintes environnementales causées par Israël à chaque guerre», s’insurge Fadia Jomaa, qui fait elle aussi l’objet de menaces, comme le pointe l’ONG Reporters sans frontières. Nombre d’autres écologistes ont été tué·es depuis le 8 octobre 2023, date des premières représailles israéliennes en Palestine et au Liban après les massacres du Hamas la veille. «Des habitants sont retournés prendre soin de la faune sauvage, malgré le danger, parce qu’ils se sentaient responsables de leur terre. Ils ont été tués alors qu’ils accomplissaient ces tâches», décrit Hisham Younes, président de l’association The Green southerners, qui a perdu deux des proches de l’association depuis 2023. Osama Farhat, coordinateur de projet, documentait les destructions environnementales et les attaques au phosphore blanc dans les zones frontalières quand il a été tué par un bombardement israélien, le 1er mai 2025. Un an plus tard, c’est un ancien membre de l’association, Mohammad Skaf, qui a été abattu par une frappe sur sa maison, le 31 mai dernier. Autre grande protectrice des animaux, la journaliste Amal Khalil a également péri sous les bombes d’Israël, le 22 avril 2026. «Tous ceux qui essaient de documenter les dégâts que cette machine de guerre fait dans la région sont ciblés. Qu’ils soient journalistes, médecins, universitaires…», souligne Roland Riachi, professeur assistant d’écologie politique à l’université américaine de Beyrouth Mediterraneo (UABM). Difficile de savoir combien de défenseur·es de l’environnement ont été tués au Proche et Moyen-Orient ces derniers mois. D’autant plus qu’«il y a des environnementalistes qui ne se définissent pas comme tels, qui sont simplement des communautés qui veulent maintenir les paysages, le lien à la terre, l’agriculture ancestrale», souligne le chercheur Philippe Le Billion, qui a documenté la répression contre les écologistes. Quelques organisations tentent bien de chiffrer ces pertes au niveau mondial, à l’instar de l’ONG Global witness, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles. Selon elle, au moins 196 activistes climatiques ont été assassiné·es dans le monde en 2023, notamment en Amérique latine et en Asie. Un chiffre que l’ONG estime largement sous-évalué. De son côté, l’organisation de défense des droits humains Front line defenders a recensé 358 défenseur·ses des droits tué·es en 2025. Parmi les victimes, près d’un quart étaient engagées dans la protection des terres ou de l’environnement. Son rapport indique que 52 ont été abattu·es au Moyen-Orient, dont 43 en Palestine. C’est le cas du militant anticolonial palestinien Odeh Hathalin, consultant du documentaire oscarisé No Other Land (2024), assassiné en juillet 2025 par un colon israélien. Selon le journaliste et activiste Basel Adra, qui a participé au documentaire, il était l’un des meneurs de la lutte pour la défense de la terre en Palestine. «Dans son village, c’était un excellent agriculteur. Ensemble, nous avons installé des serres où nous cultivions des tomates, des concombres, du zaatar…», décrit-il. Pour beaucoup, cet assassinat fait partie d’un système qui tente de réduire au silence celles et ceux qui s’opposent à l’occupation, à la machine colonisatrice et raciste. «L’occupation cible ceux qui défendent la vie, qui prennent soin des écosystèmes qui permettent de vivre, y compris les agriculteurs et les producteurs alimentaires», assène Gabriella Neubert, membre de The Arab group for protection of nature, un réseau de soutien aux agriculteur·ices en Palestine et au Liban. En 2025, trois défenseurs des droits humains ont été assassinés en Iran, selon Front line defenders. Kaveh Madani, scientifique et activiste environnemental, a fait l’objet de menaces quand il était dans le pays. «Fin 2017-début 2018, les autorités iraniennes ont accusé des défenseurs de la biodiversité d’espionnage et d’utiliser la protection de l’environnement comme couverture. L’un d’entre eux est mort en prison dans des circonstances suspectes», explique le chercheur, qui a dû démissionner et quitter le territoire. Il estime que la guerre exacerbe la vulnérabilité des activistes, qui reçoivent des menaces de toute part quand elles et ils s’opposent aux conflits armés. Il précise : «En Iran, en Irak ou encore en Égypte, l’espace environnemental est de plus en plus sécurisé et politisé. Toute personne impliquée dans ces questions peut devenir une cible.» Pour Philippe Le Billion, la perte de Mona Khalil et des autres activistes se fait ressentir bien au-delà des frontières de leur pays : «Cette stratégie militaire, celle de la terre brûlée, va peut-être entraîner une réduction du nombre de tortues dans la Méditerranée orientale. Cette haine, la planète en est victime.» C’est pour éviter ce possible déclin que Fadia Jomaa et le reste des bénévoles poursuivent la mission de la protectrice des tortues. Nous les retrouvons à 57 kilomètres au nord de Mansouri, en train d’enfoncer de fines tiges de bambou dans le sable blanc de la plage de Rmeileh. Huit nids de tortues y ont été découverts depuis l’an dernier. Depuis la mer, on peut suivre deux longues empreintes parallèles qui strient le sable humide, séparées par une petite bande centrale : voilà le chemin emprunté par la tortue marine. Si la tige de bambou s’enfonce facilement, c’est qu’elle a pondu à cet endroit. L’équipe s’assure que les œufs sont en sécurité et, si besoin, les déplace. Ici, avec l’aide d’autres bénévoles, Fadia Jomaa met en œuvre tout ce qu’elle a appris auprès de Mona Khalil. La guerre terrasse celles et ceux qui se battent pour l’environnement, mais pas leur combat. Texte intégral (2080 mots)


Journalistes, médecins et universitaires pris pour cibles
358 défenseurs des droits tués en 2025
En Iran aussi, les écologistes sont visés
Le combat continue

Marie Roy
Depuis le mois de mars, une étrange construction a pris place dans le port de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Amarrée au quai, il s’agit d’une tiny house (ou «micromaison», en français) qui semble être posée sur des flotteurs. À une différence près : un petit poste de pilotage, avec une barre à l’avant et un moteur thermique à l’arrière, indique que la maison peut se déplacer comme un bateau. Ce véhicule/logement s’étend sur 50 mètres carrés (m2) au total : 25 m2 pour la plateforme flottante et 25 pour l’habitation. À l’intérieur, la grande pièce peut accueillir jusqu’à 12 personnes, tandis qu’une mezzanine de 8 m2 surplombe l’ensemble. Ici, tout a été pensé pour limiter au maximum l’empreinte environnementale : douche extérieure avec récupérateur d’eau, toilettes sèches, électricité fournie par un panneau solaire, matériaux de construction majoritairement issus de la récupération. L’ensemble s’inscrit dans la philosophie fondatrice de cette tiny house : vivre en harmonie avec la mer, en adoptant des pratiques aussi respectueuses que possible de l’environnement. La construction a été nommée Badaroz, qui signifie «paradis» en breton, comme une invitation à tendre, jour après jour, vers cet idéal. Actuellement, l’endroit est un tiers-lieu : un espace de travail, d’apprentissage ou de création qui favorise la rencontre et l’initiative collective. Il accueille une foultitude d’activités : yoga, ateliers de cartographie ou formations pour apprendre à cuisiner low-tech («technologies douces», en français), donc avec du matériel abordable, rapide et simple à utiliser ou réparer. Le 21 juin, Badaroz a pris la mer pour rejoindre le barrage de la Rance, près de Saint-Malo. L’embarcation naviguera tout l’été afin d’animer le littoral et de mener des actions de sensibilisation sur le mode de vie «merrien». Car c’est là tout l’enjeu du projet. Pour comprendre ce qu’est cette philosophie «merrienne», il faut remonter en 2018, lorsque Nicolas Bessec, le créateur de la maison flottante, traverse une crise existentielle. L’homme a alors 35 ans et travaille dans le e-commerce : «Rien n’allait, ni sur le plan professionnel, ni sur le plan personnel. Je ne trouvais plus de sens à rien.» Alors, digne Malouin qu’il est, il part en mer pour retrouver la paix. À son retour, Nicolas Bessec ne pense qu’à une chose : «Me poser et prendre une douche.» Arrivé chez lui, il branche son téléphone et fait couler de l’eau pour que la chaudière se mette en route. C’est le déclic. «J’ai réalisé que, sur mon bateau, je ne me serais jamais permis de faire couler autant d’eau douce. Parce qu’en mer, on est conscient de la valeur de ses ressources et on les économise, qu’il s’agisse de la batterie de son téléphone, de l’eau potable, de la nourriture ou de la gestion des déchets.» Fort de ce constat, le trentenaire a donc l’idée de transposer le mode de vie des gens de la mer – qu’il appelle les Merrien·nes – à terre. «Et pour y arriver, il faut passer par un sas intermédiaire, c’est-à-dire un bateau-maison qui nous permette d’apprendre et de vivre l’expérience», expose-t-il. Avant de lancer Badaroz, Nicolas Bessec a fait un mini-tour du monde pour observer les habitats flottants existants. Il en est revenu avec une conviction : beaucoup d’initiatives sont innovantes, mais trop peu sont assez sobres à son goût. Il intègre donc des principes de sobriété et des systèmes low-tech à sa construction. Malgré cette démarche, l’impact environnemental potentiel d’un tel habitat sur le milieu marin demeure le principal point d’interrogation. «Le flottant pose de nombreuses questions, dont celle de la pollution, parce qu’on est directement au contact du milieu», souligne Gauthier Carle, directeur de l’ONG Plateforme Océan & Climat, à l’origine du projet Sea’ties, qui accompagne les villes côtières dans leur adaptation à l’élévation du niveau de la mer. Gonéri Le Cozannet, ingénieur, spécialiste de l’adaptation au changement climatique et membre du Haut Conseil pour le climat, partage cette analyse : «La mer doit déjà composer avec de nombreuses pressions. Y ajouter de l’habitat flottant en représenterait une supplémentaire.» Ces mises en garde ne découragent pas Nicolas Bessec, qui estime qu’il faut tester de nouvelles façons de vivre en harmonie avec l’océan : «Il y a de tels défis écologiques à relever qu’il faut pouvoir expérimenter, sinon on ne s’en sortira pas.» Le Breton a mis plusieurs années pour finaliser sa maison flottante, grâce à des chantiers participatifs auxquels plus de 200 personnes ont pris part. Son expérimentation intervient dans un contexte où la montée des eaux oblige à repenser les territoires littoraux. À l’heure où le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) annonce 60 centimètres à un mètre de plus d’ici à 2100 dans le scénario d’émissions le plus élevé, la piste de l’habitat flottant pourrait gagner en intérêt. Saint-Malo figure parmi les villes françaises les plus exposées au risque de submersion marine. Selon les cartes du scénario «aléa 2100» du plan de prévention du risque de submersion marine, plusieurs secteurs de la ville sont particulièrement vulnérables, dont celui où est amarrée Badaroz. Pour le Malouin, difficile de rester indifférent à cette perspective. C’est aussi ce qui nourrit son ambition d’imaginer, à terme, de véritables communautés flottantes. «C’est une solution qui peut être pertinente pour un futur qui va se rapprocher de plus en plus vite», estime-t-il. Pour autant, Gauthier Carle invite à relativiser la possibilité de pouvoir construire des habitats flottants : «D’un point de vue démographique, je pense que ce n’est pas réaliste. Quand on voit la concentration des populations sur les littoraux, qui ne cesse de croître, construire sur la mer pour reloger tout le monde me paraît compliqué. Et aussi très coûteux.» Le financement constitue un autre défi. La maison flottante a été construite sur fonds propres et a bénéficié d’une subvention de 10 000 euros accordée par la fondation Banque populaire de l’Ouest. Au total, l’expérimentation a demandé 60 000 euros en matériaux. «S’il faut rajouter la main-d’œuvre, que je n’ai pas rémunérée, je dirais que Badaroz a coûté environ 160 000 à 200 000 euros», estime son créateur. Sans soutien financier supplémentaire, Nicolas Bessec ne pourra pas atteindre son objectif de construire un village entier. Il se voit contraint d’envisager une commercialisation de son concept : «Si une collectivité ou une entreprise formule une demande sérieuse et dispose du budget nécessaire, j’étudierai sa proposition.» «Ce genre d’initiative contribue non seulement à une prise de conscience, mais aussi à faire rêver. C’est une question d’imaginaire : envisager la montée du niveau de la mer autrement et, surtout, nous dire qu’il va falloir vivre différemment», appuie Gauthier Carle. Malgré les obstacles, Nicolas Bessec n’a pas dit son dernier mot. Car il en est convaincu : «À terme, on aura de vraies communautés flottantes un peu partout. À quelle échéance ? Personne ne peut le savoir. Mais je suis sûr que ça arrivera.» Texte intégral (1953 mots)


Un tiers-lieu pour sensibiliser au mode de vie «merrien»

L’épineuse question de la pollution

Une piste d’adaptation face à l’élévation de la mer

Le défi du financement

Zoé Moreau
C’est presque systématique : à chaque événement climatique extrême qui frappe la France, la «mésinformation climatique» refait surface. Le terme désigne ces séquences lors desquelles une contre-vérité climatique est prononcée à l’antenne sans être corrigée par un·e journaliste dans les deux minutes suivantes. Les dernières analyses de l’Observatoire des médias sur l’écologie (OME), publiées ce vendredi, en apportent une nouvelle illustration. Entre le 23 et le 30 mai, alors que le pays traversait une vague de chaleur exceptionnelle par sa précocité, le collectif d’ONG a recensé 62 cas de mésinformation climatique dans les programmes audiovisuels d’information dédiés au climat. Un niveau près de cinq fois supérieur à la moyenne hebdomadaire observée en 2025 (13 cas par semaine), hors épisode de canicule. Ces informations fallacieuses se concentrent dans huit des 18 médias audiovisuels analysés par l’OME. En tête du classement figure CNews, avec 19 cas de mésinformation recensés en sept jours. La chaîne est suivie de près par Sud Radio (11 cas), à égalité avec Europe 1 (11 cas). Au total, l’analyse de leur couverture éditoriale révèle qu’au cours de cette vague de chaleur, ces trois médias ont diffusé, en moyenne, plus d’un cas de mésinformation climatique toutes les vingt minutes d’information consacrée au climat. Rien de très étonnant : ils figuraient déjà parmi les «relais proactifs de désinformation climatique identifiés en 2025», rappelle l’OME. «Cette analyse montre un contraste saisissant : certains médias diffusent très peu de désinformation climatique, tandis que d’autres en produisent de manière quasi industrielle», a réagi Eva Morel, secrétaire générale de l’ONG Quota climat. Les cas identifiés de mésinformation se sont concentrés sur quelques narratifs récurrents, tels que : «La vague de chaleur n’est pas exceptionnelle et son lien avec le réchauffement climatique n’est pas avéré», «La France ne pèse rien dans les émissions mondiales, donc ses efforts sont inutiles» ou «La climatisation n’a aucun impact négatif sur l’environnement et c’est une bonne solution d’adaptation». Les auteur·ices de ces propos mensongers étaient essentiellement des invité·es politiques (45%), des journalistes (20%) et des chroniqueur·ses (18%). Les autres dérapages sont attribués à des invité·es non politiques (14%) et à des auditeur·ices intervenant à l’antenne (3%). Sur CNews et Europe 1, la part des cas provenant de membres de la rédaction – journalistes et chroniqueurs – est «particulièrement élevé», souligne l’OME : elle atteint respectivement 52% et 45,5%. «Le fait qu’autant de cas recensés sur CNews et Europe 1 proviennent des journalistes et chroniqueurs eux-mêmes révèle un problème structurel au sein de ces rédactions et souligne la nécessité d’une régulation plus dissuasive», a souligné Eva Morel. Cette explosion de la mésinformation climatique pendant un événement climatique extrême avait déjà été constatée lors de la première canicule estivale de 2025. La semaine du 30 juin de cette année-là, Quota climat, Data for Good et Science Feedback avaient identifié plus de cas de mésinformation que durant les trois premiers mois de l’année réunis. Eva Morel conclut : «Les vagues de chaleur sont désormais des périodes à haut risque de désinformation climatique et les narratifs sont connus. Nous appelons les rédactions à s’y préparer pour éviter de subir les effets de cadrage des acteurs hostiles à la transition et aux institutions démocratiques.» Texte intégral (830 mots)


«La climatisation n’a aucun impact négatif sur l’environnement»

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