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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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21.07.2026 à 10:55

«Un grave moment de régression» : les députés adoptent la loi d’urgence agricole et ouvrent la voie au retour de l’acétamipride

Zoé Moreau

Texte intégral (1582 mots)
Le 20 juillet 2026, à Paris. Plusieurs centaines de personnes ont pris part à un rassemblement contre la loi d’urgence agricole. © Zoé Moreau/Vert

C’est un texte qui «apporte des réponses concrètes et attendues à nos agriculteurs», a assuré la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, lundi soir. Les député·es lui ont emboîté le pas. Réuni·es jusque tard dans la soirée, elles et ils ont adopté le projet de loi d’urgence agricole (LUA) par 296 voix contre 224 (le détail des votes). Le texte doit franchir une dernière étape : son examen par le Sénat, ce mardi. Si la chambre haute l’approuve à son tour, la loi pourrait être promulguée dans les prochaines semaines, ouvrant la voie à l’entrée en vigueur de ses dispositions les plus controversées.

Facilitation des projets de mégabassines ou d’élevages intensifs, assouplissement des règles encadrant les tirs de loups, affaiblissement de la protection des zones humides… C’est avec le soutien de la droite, de l’extrême droite (Rassemblement national et Union des droites pour la République) et du bloc central (les Démocrates, Ensemble pour la République et Horizons) que le gouvernement est parvenu à faire adopter ce texte.

«Il n’est pas parfait mais constitue une avancée pour l’agriculture et notre souveraineté alimentaire», a défendu la députée (RN) Hélène Laporte au cours des débats. Même satisfaction, du côté du camp présidentiel. «Ce n’est pas la ligne que nous avions défendue à l’Assemblée mais ce texte apporte des réponses concrètes à nos agriculteurs», a affirmé Anne-Sophie Ronceret, députée Ensemble pour la République (EPR).

«La science a été ignorée»

La gauche, elle, s’est unanimement opposée au texte. «L’Histoire reviendra sur ce grave moment de régression, où la science a été ignorée, la santé des êtres humains sacrifiée», a averti la députée (LFI) Aurélie Trouvé lors des débats. Principal sujet de crispation : l’article 2 quater, introduit par le sénateur (LR) Laurent Duplomb au Sénat, et conservé en commission mixte paritaire – qui s’était réunie la semaine dernière pour trouver un compromis entre les deux chambres.

Il prévoit d’octroyer à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le pouvoir de réintroduire à titre dérogatoire deux pesticides interdits en France mais autorisés dans l’Union européenne : l’acétamipride – qui inquiète médecins et scientifiques en raison des risques pour la santé – et le flupyradifurone. En cas de feu vert de l’Anses, ces substances pourraient de nouveau être utilisées par une poignée de filières : le flupyradifurone sur les cultures de pommes, de cerises et de betteraves sucrières ; l’acétamipride sur les noisettes.

Le gouvernement avait jusqu’au début de la séance parlementaire, lundi soir, pour supprimer cette mesure controversée – à laquelle la ministre de l’écologie, Monique Barbut, s’était opposée. Il ne l’a finalement pas fait. Il a même refusé d’examiner les amendements déposés par son propre groupe pour en débattre.

À la place, la ministre de l’agriculture a défendu ce dispositif «strictement encadré», qui «confie à la seule expertise scientifique l’appréciation d’éventuelles dérogations». Un argument balayé par Aurélie Trouvé. Pour la députée insoumise, il n’est plus temps de solliciter de nouvelles expertises :«Seize sociétés savantes se sont déjà prononcées contre. Ça y est !», a-t-elle rappelé dans l’hémicycle, avant de marteler : «Il faut tout simplement interdire ces pesticides !».

«Les électeurs se souviendront des votes de ces députés»

En pleine sécheresse, le texte comporte aussi un volet sur la gestion de l’eau, très critiqué par la gauche (et profondément remanié au Sénat). Parmi les mesures contestées : le placement des agences de l’eau sous la tutelle des ministères de l’agriculture et de l’économie, en plus de celle du ministère de la transition écologique.

Ou encore le doublement, d’ici 2035, de la capacité des agriculteur·ices à stocker de l’eau en prévention des sécheresses (grâce aux décriées «mégabassines», par exemple). «Accaparement» de la ressource par «l’agro-industrie», multiples «conflits d’usage»«L’intégralité de votre loi est une maladaptation au réchauffement climatique», a fustigé la députée (LFI) Manon Meunier.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) lui donne raison. Il considère les mégabassines comme «chères, ayant des impacts environnementaux négatifs et qui ne seront pas suffisantes au-delà d’un certain niveau de réchauffement climatique». Il ajoute qu’«elles peuvent avoir des impacts distributionnels et augmenter la dépendance à l’eau quand elles sont utilisées pour l’irrigation».

La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, se satisfait du vote. © Quentin de Groeve/Hans Lucas via AFP

En ouverture des débats, le ministre délégué à la transition écologique, Mathieu Lefèvre, avait pourtant défendu cette orientation : «Le stockage n’est pas un gros mot mais une nécessité à la fois écologique et économique.» «Il n’y a aucun accaparement, aucune priorisation. Juste un texte qui permet de stocker l’eau l’hiver quand elle abonde, afin de produire l’été sans toucher aux nappes qui sont fragiles», a soutenu Annie Genevard.

Les groupes de gauche ont d’ores et déjà annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel, espérant que plusieurs dispositions du texte soient censurées.

«Un pur scandale»

À l’issue du scrutin, les associations de protection de l’environnement ont unanimement dénoncé la position des député·es. «À quelques mois de l’élection présidentielle, les organisations de la société civile et les électeurs se souviendront des votes de ces députés, qui tournent le dos à la science et aux attentes de nombreux citoyens», a dénoncé Greenpeace France. C’est «une honte», «cette loi qui vient d’être votée est un pur scandale», a fustigé l’ONG anti-pesticides Générations futures. En amont du vote, mardi, plusieurs centaines de personnes et associations s’étaient réunies aux Invalides, à Paris, pour clamer leur opposition à la loi.

Auprès de Vert, Stéphane Galais, du syndicat agricole proche de la gauche Confédération paysanne, a fait part de la «colère» du mouvement paysan : «On était opposés à la loi depuis le départ. On attendait une réponse aux inquiétudes des agriculteurs. Ce qui est certain, c’est que cette loi ne va pas avoir d’impact réel dans les fermes.»

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20.07.2026 à 19:03

La France officialise sa nouvelle stratégie bas carbone : toujours plus ambitieuse… et toujours moins crédible

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (831 mots)
Monique Barbut, ministre de la transition écologique, le 3 juillet dernier, à Paris. © Quentin de Groeve/Hans Lucas via AFP

On ne l’attendait plus, ou presque. Ce samedi, la nouvelle stratégie nationale bas carbone (SNBC) de la France est enfin entrée en vigueur. Cette feuille de route, troisième du genre, est censée mettre le pays sur la voie de la neutralité carbone à 2050 – soit l’équilibre entre le carbone émis et celui absorbé par l’atmosphère – grâce à l’établissement d’objectifs chiffrés et datés, secteur par secteur, jusqu’en 2038 (la SNBC 2 s’arrêtait en 2033).

Cruciale, cette SNBC 3 était attendue depuis 2024 au moins, car elle intègre les «nouveaux» objectifs climatiques européens – déjà rehaussés depuis 2021 pour certains : 55% de baisse d’émissions dès 2030 et 90% en 2040 par rapport à 1990. Mais, comme la plupart des textes relatifs au climat et à l’environnement ces dernières années, elle a eu toutes les peines du monde à se frayer un chemin jusqu’au Journal officiel, faute de soutien politique.

Empreinte carbone en chute libre

Pourtant, le texte publié samedi n’a pas varié ou presque depuis le projet présenté en décembre 2025, à grands renforts d’éléments de langage technosolutionnistes et résolument anti-bobo (notre article). Pour tenir la cible finale, la SNBC vise, comme prévu, un recul global des émissions de 5% par an sur la période 2024-2038. Ce, alors que les émissions françaises n’ont baissé que de 3% en 2024 et de 2,1% en 2025, d’après les chiffres officiels.

Nouveauté par rapport à la SNBC 2, la nouvelle stratégie fixe aussi un objectif de baisse de l’empreinte carbone de la France – qui inclut également les émissions générées par ses importations –, compris entre -71% et -79% d’ici 2050 par rapport à 2010. L’objectif est de ramener l’empreinte moyenne d’un·e Français·e entre 2,3 et 3,1 tonnes de CO2 équivalent (CO2e) par habitant·e, contre 8,2 tonnes en 2024.

Pour y parvenir, le plan vise à se passer de charbon à horizon 2030, de pétrole d’ici à 2045 et de gaz fossile en 2050, comme officialisé il y a plusieurs mois déjà. Le plan d’électrification de l’économie lancé en avril doit permettre en grande partie de se passer des fossiles.

Transports, industrie, agriculture… au rapport

Déclinée par secteur, la SNBC 3 vise par exemple la «quasi-neutralité» carbone dans les transports en 2050, grâce à la montée en puissance des biocarburants, de l’électrification et de la sobriété. Elle table sur 66% de voitures et 90% d’autobus électriques dans les ventes de véhicules neufs d’ici 2030. Pour l’industrie, le texte mise sur un recul de 70% des émissions d’ici 2030 et de 96% d’ici 2050, à travers l’électrification, la sobriété et la captation du carbone, notamment.

Pour l’agriculture, elle ambitionne une baisse des émissions de 26% d’ici 2030 et de 53% d’ici 2050 par rapport à 1990. Cela devra passer par un recul des émissions des troupeaux et des déjections animales, et par une baisse de celles des engins et des infrastructures agricoles. Sont évoquées une vague «limitation de la consommation de viande et de charcuterie et une réduction de la consommation de viande importée», mais sans objectif chiffré – trop sensible –, même si l’élevage constitue à lui seul près de 12% des émissions françaises.

Avec quel argent ?

Si le texte demeure formidablement ambitieux sur le papier, rien ne permet d’assurer qu’il sera mis en œuvre. La question des moyens financiers, par exemple, reste entière, dans un contexte budgétaire fortement contraint. Dès mars 2026, le Haut Conseil pour le Climat avait estimé en conséquence que la question de «la crédibilité [du plan] se pose». Pour tenir les promesses du gouvernement, il avait préconisé que la feuille de route soit «étroitement coordonnée avec la planification budgétaire». En clair, que soient précisés «année après année les mesures mises en œuvre et les moyens associés». Une idée que le gouvernement n’a pas retenue à ce stade.

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19.07.2026 à 07:00

Les militants écologistes, victimes silencieuses de l’armée israélienne dans la guerre au Proche-Orient

Amélie David

Texte intégral (2080 mots)
Rmeileh (Liban), juillet 2026. Fadia Jomaa (à gauche), journaliste et protectrice des tortues, creuse dans le sable pour vérifier si des œufs s’y trouvent. © Amélie David/Vert

De petites tortues en céramique colorées sont alignées sur le comptoir d’un bateau-restaurant amarré au port de Tyr, au sud du Liban. Fadia Jomaa, journaliste et activiste environnementale, nous invite à la rejoindre à l’intérieur, avant de s’interrompre : «C’est Mona qui nous les avait offertes.» Sa voix se brise dans la douceur de l’été.

Il y a un mois jour pour jour, le 19 juin, Mona Khalil, la gardienne des tortues de mer au Liban, a succombé à ses blessures à l’hôpital de Beyrouth, la capitale. Un bombardement israélien avait frappé sa maison de Mansouri, à une dizaine de kilomètres au sud de Tyr. Jusqu’au bout, l’activiste avait refusé de quitter son domicile, malgré les bombardements et les menaces des millitaires.

Pendant près de vingt ans, Mona Khalil a dédié une partie de sa vie à la protection des tortues caouannes et des tortues vertes : deux espèces menacées qui pondent sur la plage de Mansouri. Un soir, elle avait découvert l’une d’elles remontant le sable pour déposer ses œufs. Une rencontre qui a bouleversé sa vie. Presque seule au départ, elle a entrepris de protéger ce site de ponte menacé par l’urbanisation, la pollution et les guerres. Un engagement qui aboutira au classement de la plage en réserve naturelle.

Au fil des années, elle a formé une génération entière de bénévoles. «C’est la seule femme que j’ai appelée maman, confie Fadia Jomaa. Je n’ai pas connu ma mère.» Elle sort de son portefeuille des photos d’identité de Mona Khalil plus jeune : c’est avec elle qu’elle a tout appris de ces curieux reptiles. «Mona a placé le Liban sur la carte mondiale de la protection des tortues marines ; elle a construit une véritable base de connaissances scientifiques», poursuit la journaliste.

Fadia Jomaa œuvre pour la protection des tortues marines au Liban depuis plus de dix ans et, malgré la guerre et le deuil, elle n’a jamais renoncé. © Amélie David/Vert

À Mansouri, les troupes israéliennes détruisent des villages dans ce qu’elles ont désigné comme une zone tampon depuis l’entrée en vigueur du premier cessez-le-feu entre le Hezbollah (parti chiite libanais doté d’une puissante milice) et Israël, le 17 avril dernier. Selon le journal L’Orient-Le Jour, cette zone tampon s’étend sur 620 kilomètres carrés.

Journalistes, médecins et universitaires pris pour cibles

«Israël savait parfaitement qui ils frappaient. Ils ont tué un symbole de la protection de l’environnement. Mona dénonçait les atteintes environnementales causées par Israël à chaque guerre», s’insurge Fadia Jomaa, qui fait elle aussi l’objet de menaces, comme le pointe l’ONG Reporters sans frontières.

Nombre d’autres écologistes ont été tué·es depuis le 8 octobre 2023, date des premières représailles israéliennes en Palestine et au Liban après les massacres du Hamas la veille. «Des habitants sont retournés prendre soin de la faune sauvage, malgré le danger, parce qu’ils se sentaient responsables de leur terre. Ils ont été tués alors qu’ils accomplissaient ces tâches», décrit Hisham Younes, président de l’association The Green southerners, qui a perdu deux des proches de l’association depuis 2023. Osama Farhat, coordinateur de projet, documentait les destructions environnementales et les attaques au phosphore blanc dans les zones frontalières quand il a été tué par un bombardement israélien, le 1er mai 2025. Un an plus tard, c’est un ancien membre de l’association, Mohammad Skaf, qui a été abattu par une frappe sur sa maison, le 31 mai dernier. Autre grande protectrice des animaux, la journaliste Amal Khalil a également péri sous les bombes d’Israël, le 22 avril 2026.

«Tous ceux qui essaient de documenter les dégâts que cette machine de guerre fait dans la région sont ciblés. Qu’ils soient journalistes, médecins, universitaires…», souligne Roland Riachi, professeur assistant d’écologie politique à l’université américaine de Beyrouth Mediterraneo (UABM).

358 défenseurs des droits tués en 2025

Difficile de savoir combien de défenseur·es de l’environnement ont été tués au Proche et Moyen-Orient ces derniers mois. D’autant plus qu’«il y a des environnementalistes qui ne se définissent pas comme tels, qui sont simplement des communautés qui veulent maintenir les paysages, le lien à la terre, l’agriculture ancestrale», souligne le chercheur Philippe Le Billion, qui a documenté la répression contre les écologistes. Quelques organisations tentent bien de chiffrer ces pertes au niveau mondial, à l’instar de l’ONG Global witness, spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles. Selon elle, au moins 196 activistes climatiques ont été assassiné·es dans le monde en 2023, notamment en Amérique latine et en Asie. Un chiffre que l’ONG estime largement sous-évalué.

De son côté, l’organisation de défense des droits humains Front line defenders a recensé 358 défenseur·ses des droits tué·es en 2025. Parmi les victimes, près d’un quart étaient engagées dans la protection des terres ou de l’environnement. Son rapport indique que 52 ont été abattu·es au Moyen-Orient, dont 43 en Palestine. C’est le cas du militant anticolonial palestinien Odeh Hathalin, consultant du documentaire oscarisé No Other Land (2024), assassiné en juillet 2025 par un colon israélien.

Selon le journaliste et activiste Basel Adra, qui a participé au documentaire, il était l’un des meneurs de la lutte pour la défense de la terre en Palestine. «Dans son village, c’était un excellent agriculteur. Ensemble, nous avons installé des serres où nous cultivions des tomates, des concombres, du zaatar…», décrit-il. Pour beaucoup, cet assassinat fait partie d’un système qui tente de réduire au silence celles et ceux qui s’opposent à l’occupation, à la machine colonisatrice et raciste. «L’occupation cible ceux qui défendent la vie, qui prennent soin des écosystèmes qui permettent de vivre, y compris les agriculteurs et les producteurs alimentaires», assène Gabriella Neubert, membre de The Arab group for protection of nature, un réseau de soutien aux agriculteur·ices en Palestine et au Liban.

Pour Philippe Le Billion, la perte de Mona Khalil et des autres activistes se fait ressentir bien au-delà des frontières de leur pays : «Cette stratégie militaire, celle de la terre brûlée, va peut-être entraîner une réduction du nombre de tortues dans la Méditerranée orientale. Cette haine, la planète en est victime.» C’est pour éviter ce possible déclin que Fadia Jomaa et le reste des bénévoles poursuivent la mission de la protectrice des tortues.

Le combat continue

Nous les retrouvons à 57 kilomètres au nord de Mansouri, en train d’enfoncer de fines tiges de bambou dans le sable blanc de la plage de Rmeileh. Huit nids de tortues y ont été découverts depuis l’an dernier.

Sur la plage de Rmeileh, des bénévoles aident Fadia Jomaa à localiser les nids de tortues. © Amélie David/Vert

Depuis la mer, on peut suivre deux longues empreintes parallèles qui strient le sable humide, séparées par une petite bande centrale : voilà le chemin emprunté par la tortue marine. Si la tige de bambou s’enfonce facilement, c’est qu’elle a pondu à cet endroit. L’équipe s’assure que les œufs sont en sécurité et, si besoin, les déplace.

Ici, avec l’aide d’autres bénévoles, Fadia Jomaa met en œuvre tout ce qu’elle a appris auprès de Mona Khalil. La guerre terrasse celles et ceux qui se battent pour l’environnement, mais pas leur combat.

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18.07.2026 à 07:00

«Envisager la montée du niveau de la mer autrement» : voyage sur une étrange maison flottante au large de Saint-Malo

Marie Roy

Texte intégral (1953 mots)
Une étonnante embarcation vogue au large de la cité corsaire. © Thomas Louapre/Vert

Depuis le mois de mars, une étrange construction a pris place dans le port de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Amarrée au quai, il s’agit d’une tiny house (ou «micromaison», en français) qui semble être posée sur des flotteurs. À une différence près : un petit poste de pilotage, avec une barre à l’avant et un moteur thermique à l’arrière, indique que la maison peut se déplacer comme un bateau.

Ce véhicule/logement s’étend sur 50 mètres carrés (m2) au total : 25 m2 pour la plateforme flottante et 25 pour l’habitation. À l’intérieur, la grande pièce peut accueillir jusqu’à 12 personnes, tandis qu’une mezzanine de 8 m2 surplombe l’ensemble. Ici, tout a été pensé pour limiter au maximum l’empreinte environnementale : douche extérieure avec récupérateur d’eau, toilettes sèches, électricité fournie par un panneau solaire, matériaux de construction majoritairement issus de la récupération.

À l’intérieur, tout a été fait pour réduire l’empreinte environnementale. © Thomas Louapre/Vert

L’ensemble s’inscrit dans la philosophie fondatrice de cette tiny house : vivre en harmonie avec la mer, en adoptant des pratiques aussi respectueuses que possible de l’environnement. La construction a été nommée Badaroz, qui signifie «paradis» en breton, comme une invitation à tendre, jour après jour, vers cet idéal.

Un tiers-lieu pour sensibiliser au mode de vie «merrien»

Actuellement, l’endroit est un tiers-lieu : un espace de travail, d’apprentissage ou de création qui favorise la rencontre et l’initiative collective. Il accueille une foultitude d’activités : yoga, ateliers de cartographie ou formations pour apprendre à cuisiner low-tech («technologies douces», en français), donc avec du matériel abordable, rapide et simple à utiliser ou réparer.

Le 21 juin, Badaroz a pris la mer pour rejoindre le barrage de la Rance, près de Saint-Malo. L’embarcation naviguera tout l’été afin d’animer le littoral et de mener des actions de sensibilisation sur le mode de vie «merrien». Car c’est là tout l’enjeu du projet.

Derrière ce navire d’un nouveau genre, il y a Nicolas Bessec. © Thomas Louapre/Vert

Pour comprendre ce qu’est cette philosophie «merrienne», il faut remonter en 2018, lorsque Nicolas Bessec, le créateur de la maison flottante, traverse une crise existentielle. L’homme a alors 35 ans et travaille dans le e-commerce : «Rien n’allait, ni sur le plan professionnel, ni sur le plan personnel. Je ne trouvais plus de sens à rien.» Alors, digne Malouin qu’il est, il part en mer pour retrouver la paix. À son retour, Nicolas Bessec ne pense qu’à une chose : «Me poser et prendre une douche.» Arrivé chez lui, il branche son téléphone et fait couler de l’eau pour que la chaudière se mette en route. C’est le déclic. «J’ai réalisé que, sur mon bateau, je ne me serais jamais permis de faire couler autant d’eau douce. Parce qu’en mer, on est conscient de la valeur de ses ressources et on les économise, qu’il s’agisse de la batterie de son téléphone, de l’eau potable, de la nourriture ou de la gestion des déchets.»

Fort de ce constat, le trentenaire a donc l’idée de transposer le mode de vie des gens de la mer – qu’il appelle les Merrien·nes – à terre. «Et pour y arriver, il faut passer par un sas intermédiaire, c’est-à-dire un bateau-maison qui nous permette d’apprendre et de vivre l’expérience», expose-t-il.

L’épineuse question de la pollution

Avant de lancer Badaroz, Nicolas Bessec a fait un mini-tour du monde pour observer les habitats flottants existants. Il en est revenu avec une conviction : beaucoup d’initiatives sont innovantes, mais trop peu sont assez sobres à son goût.

Habiter la mer pose de nombreuses questions d’un point de vue écologique. © Thomas Louapre/Vert

Il intègre donc des principes de sobriété et des systèmes low-tech à sa construction. Malgré cette démarche, l’impact environnemental potentiel d’un tel habitat sur le milieu marin demeure le principal point d’interrogation. «Le flottant pose de nombreuses questions, dont celle de la pollution, parce qu’on est directement au contact du milieu», souligne Gauthier Carle, directeur de l’ONG Plateforme Océan & Climat, à l’origine du projet Sea’ties, qui accompagne les villes côtières dans leur adaptation à l’élévation du niveau de la mer. Gonéri Le Cozannet, ingénieur, spécialiste de l’adaptation au changement climatique et membre du Haut Conseil pour le climat, partage cette analyse : «La mer doit déjà composer avec de nombreuses pressions. Y ajouter de l’habitat flottant en représenterait une supplémentaire.»

Ces mises en garde ne découragent pas Nicolas Bessec, qui estime qu’il faut tester de nouvelles façons de vivre en harmonie avec l’océan : «Il y a de tels défis écologiques à relever qu’il faut pouvoir expérimenter, sinon on ne s’en sortira pas.» Le Breton a mis plusieurs années pour finaliser sa maison flottante, grâce à des chantiers participatifs auxquels plus de 200 personnes ont pris part.

Une piste d’adaptation face à l’élévation de la mer

Son expérimentation intervient dans un contexte où la montée des eaux oblige à repenser les territoires littoraux. À l’heure où le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) annonce 60 centimètres à un mètre de plus d’ici à 2100 dans le scénario d’émissions le plus élevé, la piste de l’habitat flottant pourrait gagner en intérêt. Saint-Malo figure parmi les villes françaises les plus exposées au risque de submersion marine. Selon les cartes du scénario «aléa 2100» du plan de prévention du risque de submersion marine, plusieurs secteurs de la ville sont particulièrement vulnérables, dont celui où est amarrée Badaroz.

Nicolas Bessec en est sûr : «À terme, on aura de vraies communautés flottantes un peu partout.» © Thomas Louapre/Vert

Pour le Malouin, difficile de rester indifférent à cette perspective. C’est aussi ce qui nourrit son ambition d’imaginer, à terme, de véritables communautés flottantes. «C’est une solution qui peut être pertinente pour un futur qui va se rapprocher de plus en plus vite», estime-t-il.

Pour autant, Gauthier Carle invite à relativiser la possibilité de pouvoir construire des habitats flottants : «D’un point de vue démographique, je pense que ce n’est pas réaliste. Quand on voit la concentration des populations sur les littoraux, qui ne cesse de croître, construire sur la mer pour reloger tout le monde me paraît compliqué. Et aussi très coûteux.»

Le défi du financement

Le financement constitue un autre défi. La maison flottante a été construite sur fonds propres et a bénéficié d’une subvention de 10 000 euros accordée par la fondation Banque populaire de l’Ouest. Au total, l’expérimentation a demandé 60 000 euros en matériaux. «S’il faut rajouter la main-d’œuvre, que je n’ai pas rémunérée, je dirais que Badaroz a coûté environ 160 000 à 200 000 euros», estime son créateur. Sans soutien financier supplémentaire, Nicolas Bessec ne pourra pas atteindre son objectif de construire un village entier. Il se voit contraint d’envisager une commercialisation de son concept : «Si une collectivité ou une entreprise formule une demande sérieuse et dispose du budget nécessaire, j’étudierai sa proposition.»

Et si cette tiny house flottante servait surtout à stimuler les imaginaires ? © Thomas Louapre/Vert

«Ce genre d’initiative contribue non seulement à une prise de conscience, mais aussi à faire rêver. C’est une question d’imaginaire : envisager la montée du niveau de la mer autrement et, surtout, nous dire qu’il va falloir vivre différemment», appuie Gauthier Carle.

Malgré les obstacles, Nicolas Bessec n’a pas dit son dernier mot. Car il en est convaincu : «À terme, on aura de vraies communautés flottantes un peu partout. À quelle échéance ? Personne ne peut le savoir. Mais je suis sûr que ça arrivera.»

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17.07.2026 à 12:01

62 cas de mésinformation climatique recensés sur CNews, Europe 1 et Sud Radio pendant la vague de chaleur de mai

Zoé Moreau

Texte intégral (830 mots)
Dans son émission, Pascal Praud s’en prend régulièrement à l’écologie… et aux écologistes. © Capture d’écran CNews/Dailymotion

C’est presque systématique : à chaque événement climatique extrême qui frappe la France, la «mésinformation climatique» refait surface. Le terme désigne ces séquences lors desquelles une contre-vérité climatique est prononcée à l’antenne sans être corrigée par un·e journaliste dans les deux minutes suivantes.

Les dernières analyses de l’Observatoire des médias sur l’écologie (OME), publiées ce vendredi, en apportent une nouvelle illustration. Entre le 23 et le 30 mai, alors que le pays traversait une vague de chaleur exceptionnelle par sa précocité, le collectif d’ONG a recensé 62 cas de mésinformation climatique dans les programmes audiovisuels d’information dédiés au climat. Un niveau près de cinq fois supérieur à la moyenne hebdomadaire observée en 2025 (13 cas par semaine), hors épisode de canicule.

Ces informations fallacieuses se concentrent dans huit des 18 médias audiovisuels analysés par l’OME. En tête du classement figure CNews, avec 19 cas de mésinformation recensés en sept jours. La chaîne est suivie de près par Sud Radio (11 cas), à égalité avec Europe 1 (11 cas). Au total, l’analyse de leur couverture éditoriale révèle qu’au cours de cette vague de chaleur, ces trois médias ont diffusé, en moyenne, plus d’un cas de mésinformation climatique toutes les vingt minutes d’information consacrée au climat. Rien de très étonnant : ils figuraient déjà parmi les «relais proactifs de désinformation climatique identifiés en 2025», rappelle l’OME.

«Cette analyse montre un contraste saisissant : certains médias diffusent très peu de désinformation climatique, tandis que d’autres en produisent de manière quasi industrielle», a réagi Eva Morel, secrétaire générale de l’ONG Quota climat.

«La climatisation n’a aucun impact négatif sur l’environnement»

Les cas identifiés de mésinformation se sont concentrés sur quelques narratifs récurrents, tels que : «La vague de chaleur n’est pas exceptionnelle et son lien avec le réchauffement climatique n’est pas avéré», «La France ne pèse rien dans les émissions mondiales, donc ses efforts sont inutiles» ou «La climatisation n’a aucun impact négatif sur l’environnement et c’est une bonne solution d’adaptation».

Les auteur·ices de ces propos mensongers étaient essentiellement des invité·es politiques (45%), des journalistes (20%) et des chroniqueur·ses (18%). Les autres dérapages sont attribués à des invité·es non politiques (14%) et à des auditeur·ices intervenant à l’antenne (3%). Sur CNews et Europe 1, la part des cas provenant de membres de la rédaction – journalistes et chroniqueurs – est «particulièrement élevé», souligne l’OME : elle atteint respectivement 52% et 45,5%.

«Le fait qu’autant de cas recensés sur CNews et Europe 1 proviennent des journalistes et chroniqueurs eux-mêmes révèle un problème structurel au sein de ces rédactions et souligne la nécessité d’une régulation plus dissuasive», a souligné Eva Morel.

Cette explosion de la mésinformation climatique pendant un événement climatique extrême avait déjà été constatée lors de la première canicule estivale de 2025. La semaine du 30 juin de cette année-là, Quota climat, Data for Good et Science Feedback avaient identifié plus de cas de mésinformation que durant les trois premiers mois de l’année réunis. Eva Morel conclut : «Les vagues de chaleur sont désormais des périodes à haut risque de désinformation climatique et les narratifs sont connus. Nous appelons les rédactions à s’y préparer pour éviter de subir les effets de cadrage des acteurs hostiles à la transition et aux institutions démocratiques.»

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17.07.2026 à 11:46

Canicules, incendies, inondations : comment la SNCF adapte son réseau au changement climatique

Lilou Hiver

Texte intégral (1628 mots)
À la gare de Lyon (Paris), des trains ont été annulés à cause des fortes chaleurs, le 10 juillet. © Éric Broncard/AFP

Jusqu’à 3h30 de retard en raison des incendies dimanche, 10% des trains supprimés fin juin sous l’effet des fortes chaleurs, d’autres immobilisés en pleine voie sans climatisation : les événements extrêmes qui se multiplient sous l’effet du changement climatique mettent le réseau ferré à rude épreuve. Entre 2011 et 2023, les retards imputables aux intempéries ont augmenté de 35%, tandis que le nombre de trains supprimés a été multiplié par cinq, selon une étude de la SNCF. La tendance risque de s’aggraver. D’ici 2100, les perturbations ferroviaires liées au dérèglement du climat pourraient être huit à onze fois plus nombreuses qu’aujourd’hui, estime la Cour des comptes.

Effet pervers s’il en est : le train, censé être le mode de transport clé de la transition écologique, peut alors se retrouver concurrencé par des moyens jugés plus fiables mais plus polluants. La preuve pendant la dernière vague de chaleur avec cette publication de l’aéroport de Limoges sur les réseaux sociaux : «Quand les rails fondent, les ailes prennent le relais ! Alors que les fortes chaleurs perturbent actuellement le trafic ferroviaire, le vol Limoges-Paris est maintenu et opère normalement.» Un paradoxe qui pousse la SNCF à adapter ses infrastructures et son matériel afin de rester opérationnelle quelles que soient les conditions météorologiques.

En l’espace d’une seule année, le réseau ferroviaire français peut être confronté à toutes sortes d’aléas climatiques : canicules, incendies, inondations, tempêtes, épisodes de gel et de dégel, chutes de neige… «Il y a autant de conséquences sur le réseau qu’il y a d’intempéries», constate Lucile Ramackers, consultante indépendante en mobilité ferroviaire. Les épisodes de pluies intenses peuvent provoquer des glissements de terrain et des coulées de boue qui fragilisent les talus et recouvrent les voies. Les tempêtes et les incendies augmentent le risque de chute d’arbres sur les infrastructures. Le froid, de son côté, peut provoquer le gel des composants électroniques ainsi que la contraction des rails, ce qui accroît le risque de leur rupture.

Infrastructures trop vieilles et mal adaptées

Ces derniers temps, ce sont les effets des fortes chaleurs qui font le plus parler. «Sous le soleil, tout ce qui est en métal se dilate», résume Lucile Ramackers. C’est le cas des rails, composés majoritairement d’acier. Sous l’effet des fortes chaleurs, ce métal peut provoquer une déformation de la voie, appelée flambement. À terme, cela peut entrainer des pannes d’aiguillage, voire des déraillements. Les trains roulent donc à vitesse réduite pour éviter d’intensifier le phénomène.

Les câbles d’alimentation des trains, les caténaires, se dilatent aussi. Ils s’allongent lorsqu’il fait très chaud et se détendent. Des poids sont là pour les maintenir tendus, mais ils ne peuvent compenser cet allongement que jusqu’à une certaine limite. Si la chaleur est trop importante, les câbles s’affaissent ou se décrochent, ce qui coupe l’alimentation électrique et perturbe la circulation.

«Les composants électroniques des trains peuvent aussi tomber en panne à cause d’une climatisation insuffisante», complète la consultante en mobilité ferroviaire. C’est le cas pour les Intercités Corail, des rames datant des années 1970 dont les systèmes de climatisation fonctionnent jusqu’à une température extérieure de 38 degrés Celsius (°C). Entre le 18 et le 22 juin, la SNCF a ainsi dû annuler 71 dessertes sur les lignes Paris-Clermont-Ferrand, Paris-Limoges-Toulouse et Bordeaux-Marseille de peur qu’une panne survienne.

Ce qui fatigue le plus le réseau, «ce sont les variations fréquentes de température qui provoquent des cycles de dilatation et de contraction des matériaux», alerte Lucile Ramackers. Ces sollicitations répétées accélèrent l’usure des infrastructures et rendent les opérations de maintenance plus fréquentes. Selon les chiffres de SNCF Réseau, le groupe consacre entre 30 et 40 millions d’euros par an à la réparation des dégâts liés aux aléas climatiques.

Des solutions inspirées de l’étranger ?

Pour Anne Guerrero, directrice déléguée à la transition écologique du groupe SNCF, le premier levier d’adaptation au changement climatique consiste à «renforcer la surveillance et l’entretien des ouvrages». Différents capteurs ont ainsi été déployés sur le réseau afin de détecter les risques de crues ou la hausse des températures. Les données recueillies permettent ensuite de cibler les interventions de maintenance. «Pour limiter les inondations, on renforce le curage des fossés. Et face aux canicules, on rééquilibre le poids des caténaires pour les maintenir tendues», détaille-t-elle.

La SNCF investit aussi dans le renforcement de la résilience de ses installations existantes. Pour limiter les effets de la chaleur, les toits des trains et les guérites de signalisation sont peints en blanc. «Cette couleur permet d’augmenter l’albédo [la part des rayonnements solaires renvoyés vers l’atmosphère, NDLR] et donc de rafraichir de quelques degrés l’ensemble du train et les composants électroniques», explique Victor Thévenet, responsable ferroviaire de l’ONG Transport & Environment. «Les vieilles climatisations vont progressivement être changées», ajoute Anne Guerrero.

Le groupe étudie également les solutions déployées à l’étranger. Il a testé la peinture blanche sur les rails, utilisée en Italie, en Allemagne et en Belgique. Cette méthode réduit de 5 à 7°C la température du métal, mais elle n’a pas été retenue en France en raison des fortes disparités climatiques du territoire, d’autant qu’elle complique la détection des fissures. En Suisse, c’est l’arrosage des voies par un camion-citerne qui a été choisi.

Anne Guerrero indique que l’entreprise réfléchit à augmenter la température de soudure des rails, comme cela se pratique dans certains pays au climat plus chaud. En Inde, ils sont soudés entre 35 et 45 degrés, contre 25 à 30 degrés en France. Ils tolèrent donc la canicule, mais se briseraient si le thermomètre descendait à -10°C, une situation que peut connaître l’Hexagone l’hiver. «C’est difficile de choisir le bon curseur car, quand on veut améliorer la résistance à une situation extrême, on dégrade forcément celle de l’autre extrême», constate la consultante en mobilité ferroviaire, Lucile Ramackers.

Un chantier colossal

La solution la plus efficace à long terme est déjà engagée, mais sa mise en œuvre prendra plusieurs décennies. La modernisation des 27 000 kilomètres du réseau et celle du matériel roulant reposent notamment sur des matériaux et des technologies plus résistants aux effets du changement climatique. Les nouveaux TGV M, dont les premières rames sont attendues à la rentrée, ainsi que les Intercités Oxygène, destinés aux lignes Paris-Clermont-Ferrand, Paris-Toulouse et Marseille-Bordeaux à l’été 2027, en donnent un aperçu. Leur revêtement est peint en blanc, les climatisations installées sont capables de résister à des températures extérieures allant jusqu’à 45°C et les batteries de secours leur permettent de fonctionner en cas de coupure d’électricité.

Cette transformation représente un chantier colossal, qui nécessite des investissements massifs. Le train français souffre pourtant d’un sous-investissement. Selon une étude de l’association allemande de défense du rail Allianz pro Schiene, la France n’a investi que 51 euros par habitant·e dans son infrastructure ferroviaire en 2023, ce qui la place au dernier rang des pays européens étudiés. Le gouvernement conteste toutefois cette estimation, jugeant qu’elle ne prend pas en compte l’ensemble des investissements de SNCF Réseau, la branche en charge de l’entretien des voies. Il avance un montant de 81 euros par personne pour 2023. À titre de comparaison, le Luxembourg a investi 512 euros par personne cette année-là.

Conscients de l’ampleur du défi, SNCF Réseau et l’État ont conclu début juin un nouveau contrat de performance qui prévoit d’augmenter les investissements consacrés à la régénération du réseau pour atteindre 4,5 milliards d’euros par an dès 2028. Avec cet argent, la SNCF espère, entre autres, préserver l’attractivité du train et atténuer les perturbations, afin que les passager·es ne se tournent pas vers des modes de transport jugés plus fiables, mais plus polluants.

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17.07.2026 à 06:00

«Les racines des pins sont à nu, les plantes ont disparu» : à Marseille, le défi de la protection des calanques, stars des réseaux sociaux

Pierre Isnard-Dupuy

Texte intégral (2093 mots)
Des estivant·es dans la calanque de Sugiton, près de Marseille (Bouches-du-Rhône). © Pierre Isnard-Dupuy/Vert

☀ Tout l’été, Vert vous emmène à la découverte d’un site touristique emblématique percuté par le changement climatique.

Île d’Oléron, Mont-Saint-Michel, forêt de Fontainebleau… Découvrez comment ces endroits se transforment et essayent de s’adapter à un monde en surchauffe. Cette semaine, nous partons dans les calanques de Marseille (Bouches-du-Rhône). Un paradis qui alterne entre eaux turquoises et falaises calcaires, menacé par l’activité touristique.

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Les calanques de Marseille, une «petite Grèce» star d’Instagram

«Êtes-vous bien équipés ? Avez-vous assez d’eau ?» En ce début juillet, à l’entrée du parc national des Calanques, deux saisonnier·es de l’office du tourisme de Marseille (Bouches-du-Rhône) font de la prévention auprès des promeneur·ses. Leur mission : rappeler que les chemins du massif requièrent l’exigence de la haute montagne et qu’il n’y a pas de point d’eau sur 8 500 hectares. Dire aussi que ces vallons qui plongent dans la Méditerranée sont fragiles, en particulier en été à cause du risque incendie, de la surfréquentation ou de l’usage de drones et d’enceintes connectées qui dérangent la faune. En tout, une quarantaine de personnes ont été embauchées pour cet été.

Julian Virlogeux, chef du service Gestion et préservation du parc national, nous emmène à la découverte de la calanque de Sugiton, l’une des plus abîmées par l’érosion due au grand nombre de visites. Depuis la piste qui y mène, la vue plonge sur le bleu de la mer, entre le vert des pins et le blanc du calcaire. «C’est un paysage très photogénique et accessible facilement. Depuis la sortie du Covid, il a fait le tour des réseaux sociaux. La calanque a été victime de son succès», présente Julian Virlogueux. Sur Instagram, on ne compte plus les vidéos qui montrent un paradis balnéaire avec ses «eaux turquoises», digne d’une «petite Grèce».

Calanque d’En-Vau ou de Port-Pin : joyaux victimes de la surfréquentation

Aux portes de la métropole marseillaise et de ses quelque deux millions d’habitant·es, les calanques attirent jusqu’à trois millions de visiteur·ses chaque année, selon le parc national. Les plus prisées d’entre elles, comme Port-Pin et En-Vau, accessibles depuis Cassis (Bouches-du-Rhône), ressemblent parfois davantage aux plages bondées de la Côte d’Azur qu’à des havres de nature préservés. Sugiton est la plus facile d’accès en transport en commun depuis le centre-ville de la cité phocéenne, par le bus qui dessert le campus universitaire de Luminy.

Calanque de Sugiton, le 8 juillet 2026. Julian Virlogeux, chef du service Gestion et préservation au parc national des Calanques, montre les pentes dépourvues de végétation et érodées à cause de la surfréquentation. © Pierre Isnard-Dupuy/Vert

L’été, jusqu’à 2 500 personnes s’y entassaient chaque jour, bien au-delà des deux minuscules plages de galets du fond de la calanque. Résultat, «les racines des pins sont à nu, les plantes de la garrigue ont disparu et les pentes s’érodent», montre Julian Virlogeux. Alors, le parc a mis sur pied une double solution : l’aménagement et la limitation des visites.

Les solutions : réservation gratuite obligatoire, accès interdit aux zones sensibles et limitation du trafic motorisé

Depuis 2022, l’accès à Sugiton est régulièrement limité à 400 personnes quotidiennes, qui doivent obligatoirement réserver sur internet. Cette restriction entre en vigueur les week-ends à partir de mi-juin ; et tous les jours de la semaine entre fin juin et fin août. Les visiteur·ses se présentent alors muni·es d’un QR code, contrôlé sur les chemins d’accès. Une idée qui séduit au-delà du littoral marseillais : des élu·es de Chamonix (Haute-Savoie) se sont récemment déplacé·es pour voir comment elles et ils pouvaient s’inspirer de cet «outil de régulation».

Nous poursuivons la visite et notre guide désigne les mises en défens : des fils de fer tendus entre des poteaux de bois qui barrent l’accès aux zones qui ont besoin de se régénérer. Les franchir peut être puni de 68 euros d’amende, souligne Julian Virlogeux. «Il faut dix à quinze ans pour que ce dispositif permette aux plantes de recoloniser la pente et ainsi freiner l’érosion», expose-t-il.

Les mises en défens entourent les zones interdites au public. © Pierre Isnard-Dupuy/Vert

Un délai qui n’est pas aligné sur le temps politique. Le dispositif de réservation, qui coûte 80 000 euros par an, est financé jusqu’à fin 2027 par le Fonds vert gouvernemental. Sera-t-il reconduit ? Avec l’incertitude liée à l’élection présidentielle, rien n’est moins sûr. Le parc envisage de se tourner vers les collectivités pour abonder au financement.

Les communes restreignent aussi la circulation motorisée sur des sites emblématiques. Elle est interdite depuis 2024 sur la route des Crêtes, entre La Ciotat et Cassis, tous les dimanches de fin avril à fin septembre. «Ça limite les nuisances sonores sur la faune et favorise les modes doux», explique Zacharie Bruyas, responsable de la communication du parc. À Marseille, la route du cap Croisette à partir du petit port des Goudes est fermée à la circulation motorisée depuis 2021. «Avant, il y avait jusqu’à 200 véhicules garés dans tous les sens», se souvient Zacharie Bruyas. La mesure a permis à une plante endémique adaptée à la sécheresse et au vent de retrouver sa place : l’astragale de Marseille. Une espèce protégée que l’on trouve quasi exclusivement sur le territoire du parc national, classée «vulnérable» par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Mistral et gorgones rouges

Les calanques doivent aussi affronter le réchauffement climatique. Elles ont un atout : leurs eaux froides atténuent l’élévation de la température atmosphérique. Ce 8 juillet, lendemain du record absolu de 40,6 degrés Celsius (°C) à Marseille, l’eau de Sugiton est à une petite vingtaine de degrés. «Cette eau froide, c’est grâce à des résurgences du massif calcaire sous la mer» et à l’action du mistral «qui repousse les eaux chaudes en surface vers le large. Celles-ci sont alors remplacées par l’eau froide venue des profondeurs. Ce phénomène est appelé upwelling», un terme anglais qui désigne les courants marins ascendants, explique Julian Virlogeux.

Grâce au mistral, la température de l’eau de la calanque de Sugiton n’atteint pas de valeurs extrêmes. © Pierre Isnard-Dupuy/Vert

Le phénomène limite aussi les canicules marines, qui s’intensifient depuis les années 2000 et font des ravages sur les coraux méditerranéens. «Dans les canyons sous-marins, l’eau est à 13 degrés toute l’année. C’est pour ça qu’en plein mois d’août on peut avoir des températures de l’eau de surface à 15 ou 16 degrés après un coup de mistral. Le mistral, c’est notre protecteur : c‘est grâce à lui qu’on a encore des zones dans les calanques dont le paysage sous-marin reste intact alors qu’il a changé ailleurs en Méditerranée», raconte Tristan Estaque, chargé de missions scientifiques pour l’association Septentrion environnement, un institut de recherche et de formation à l’écologie marine basé à Marseille.

Le scientifique s’intéresse aux gorgones rouges, qui s’accrochent en rameaux sur les falaises sous-marines. «Ce sont des cousines des coraux tropicaux qui vivent dans des eaux relativement froides, jusqu’à 150 mètres de fond. Elles forment une forêt animale marine qui a le même rôle écologique que les forêts sur terre», détaille Tristan Estaque. Elles constituent un abri propice à la reproduction et offrent de la nourriture pour de nombreuses espèces d’éponges ou de poissons.

Et après : vers davantage de restrictions pour les pêcheurs ?

Lorsque le mistral se fait rare, la température augmente et les nutriments apportés par l’upwelling ne remontent plus du fond. Pire, un phénomène inverse de downwelling, qui aggrave le réchauffement de l’eau, est de plus en plus fréquent. «Un vent de sud/sud-est pousse les eaux plus chaudes qui sont au large sur la côte. Elles ont tendance à partir en profondeur, explique Tristan Estaque. Le chaud et le manque de nourriture génèrent du stress sur les gorgones. Elles meurent au-delà de 26 degrés, et parfois avant. Une eau à 23 ou 24°C pendant un mois les affaiblit et entraine une invasion de bactéries qui provoquent leur mort.» Après la canicule marine de l’été 2022, le chercheur a constaté «une mortalité de 80% des gorgones rouges de 0 à 20 mètres de profondeur dans les calanques».

Dans le parc national, la plupart des zones où la pêche est interdite concernent des fonds supérieurs à 40 mètres. © Pierre Isnard-Dupuy/Vert

Tristan Estaque ne désespère pas : «L’espèce n’est pas en danger dans les calanques : elle est abondante en dessous de 40 mètres.» Une profondeur «potentiellement refuge face au changement climatique», selon son hypothèse, qui doit encore être validée par la recherche. Pour préserver ce sanctuaire, il faudrait «agir pour limiter les pressions humaines» comme la pêche professionnelle ou de loisir, propose-t-il. «Les pêcheurs de loisirs connaissent les rochers où il y a des gorgones car c’est poissonneux. Ils accrochent leurs hameçons à elles et les cassent en tirant sur leur ligne», décrit le responsable de Septentrion environnement.

Or, dans le parc national des Calanques comme dans les autres aires marines protégées du littoral, la plupart des zones où la pêche est interdite concernent des fonds supérieurs à 40 mètres. «Il faut mettre en place une protection adaptée pour préserver ces refuges de biodiversité, plaide Tristan Estaque. Mais le changement climatique va plus vite que les évolutions administratives, alors c’est un sacré défi.»

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