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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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01.09.2026 à 06:00

Hausse du prix du gaz, taxe sur les PFAS, MaPrimeRénov’ encore rabotée : ce qui change au 1er septembre 2026

Zoé Moreau, Anne-Claire Poirier

Texte intégral (878 mots)
Le dispositif d’aides à la rénovation Ma prime rénov’ est encore réduit. © Adobe Stock

Pour le meilleur comme pour le pire, voici ce qui change au 1er septembre côté énergie, «polluants éternels» ou encore véhicules électriques.

📈Les prix du gaz augmentent (encore)

Conséquence des rebondissements persistants quant à l’issue de la guerre entre l’Iran et les États-Unis au Moyen-Orient, les énergies fossiles restent chères en cette rentrée. Selon la Commission de régulation de l’énergie, le prix repère de vente du gaz en France – le coût de revient moyen supporté par les fournisseurs – grimpe de 5,6% en septembre (pour atteindre 17,20 centimes par kilowattheure). Soit une hausse de la facture annuelle comprise entre 36 et 54 euros pour les ménages utilisant le gaz (pour le chauffage et/ou l’eau chaude). En juillet, ce prix repère avait déjà augmenté de 7,4%, avant de baisser légèrement en août (-0,8%). Environ six millions de foyers sont aujourd’hui abonnés à une offre indexée à ce prix de référence.

🏡 MaPrimeRénov’ réduit la voilure

Sans cesse remanié ces dernières années, le dispositif d’aides à la rénovation MaPrimeRénov’ prend (encore) une nouvelle tournure à partir du 1er septembre. L’aide pour une rénovation d’ampleur ne pourra plus être attribuée si un chauffage au gaz est conservé après les travaux. D’autre part, certains «gestes» ne seront plus éligibles aux aides, tels que les travaux d’isolation thermique, l’installation d’équipements de chauffage fonctionnant au bois, à la biomasse ou à l’énergie solaire. Ces évolutions font partie du plan d’électrification du gouvernement présenté en avril, visant à maximiser l’usage d’électricité.

🚗 Nouveau coup de pouce pour l’achat d’un véhicule électrique d’occasion

À partir du 1er septembre 2026, une nouvelle aide (modeste) est accordée aux acquéreur·ses de véhicules électriques d’occasion, sans condition de ressources. Cette prime, financée par les fournisseurs d’énergie via le dispositif des certificats d’énergie (CEE), s’élèvera à environ 337 euros, selon l’Association pour l’avenir du véhicule électromobile (Avem). Une majoration temporaire de l’aide est prévue pour les professionnel·les de l’aide à domicile et des services à la personne (assistance aux personnes âgées, aux personnes handicapées, etc.) pour les opérations d’achat ou de location engagées avant le 1er janvier 2027 et finalisées avant le 1er juillet 2027.

💶 Une taxe pour les industriels qui rejettent des PFAS

Après avoir été repoussée de plusieurs mois par le premier ministre Sébastien Lecornu, la redevance sur les rejets de PFAS dans l’eau entre en vigueur ce mardi. Consacrée par la loi Thierry de février 2025, elle prévoit que certaines usines, les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), s’acquittent de 100 euros par tranche de 100 grammes de ces «polluants éternels» rejetés dans l’eau. Ces substances toxiques sont particulièrement persistantes dans le corps humain et l’environnement : les éliminer nécessite des techniques très coûteuses, que les collectivités ne peuvent supporter à elles seules, reconnait la loi.

👚 Un nouveau malus pour les produits d’ultra-fast fashion

À partir de ce mardi, toute entreprise qui met sur le marché français un produit relevant de l’ultra-fast fashion devra s’acquitter d’une contribution financière, ou «malus», auprès de l’éco-organisme ReFashion. Slips et chaussettes subiront un malus de 50 centimes ; il s’élèvera à 9 euros pour les pantalons et à 12 euros pour les vestes.

Ces pénalités augmenteront progressivement pour atteindre, par exemple, 19,5 euros par veste vendue en 2030. La méthodologie retenue pour déterminer si un produit est concerné par ce malus a été conçue pour cibler principalement les géants Shein et Temu. Le gouvernement a assuré que ce dispositif épargnerait les enseignes qui ont des emplois en France, comme Kiabi ou Decathlon, ainsi que les marques de fast fashion comme Zara ou H&M.

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31.08.2026 à 06:00

«Comment ne pas être triste en voyant ça ?» : au cœur du Morvan, un étang à sec et des touristes désabusés

Adrien Marotte

Texte intégral (1661 mots)
Un enfant et son père face à l’étang du Goulot asséché, en août 2026. © Adrien Marotte/Vert

Elles s’arrêtent au bord de ce qui fut un lac. Deux retraitées, bras dessus bras dessous, regardent longuement l’étendue de boue craquelée qui s’étend devant elles. L’une sort son téléphone, prend une photo. «Notre lac…», souffle-t-elle. Leur lac, il n’en reste plus rien. À Lormes (Nièvre), village de 1 250 habitant·es au cœur du Morvan, l’étang du Goulot n’est plus qu’une vaste cuvette brunâtre, bordée d’arbres immobiles sous la chaleur.

En plein mois d’août, alors que le thermomètre a longtemps flirté avec les 40 degrés Celsius (°C), le silence n’est troublé que par le chant des oiseaux. Là où, d’ordinaire, familles, pêcheur·ses et athlètes se pressent au bord de l’eau, il n’y a presque plus personne.

Difficile d’imaginer, en observant ce paysage figé, que ce plan d’eau d’environ dix hectares était encore, au début de l’été, l’un des lieux les plus fréquentés du secteur. Une boucle de promenade, un camping, une aire de jeux, des tables de pique-nique… tout un écosystème de loisirs s’était organisé autour de cet étang.

«Les bancs étaient toujours pleins, il y avait du monde partout», se souvient Martine Grandjean, une habituée des lieux, venue déjeuner en famille sur ses berges. «L’étang, c’est comme l’église sur la colline. C’est un pôle d’attractivité dans la ville, un îlot de fraîcheur quand il fait chaud, le lieu où tout le monde se retrouve pour un bain ou une promenade… Comment ne pas être triste en voyant ça ?», regrette-t-elle.

Martine Grandjean (à droite), attablée avec sa famille à côté de l’étang asséché. © Adrien Marotte/Vert

Cet été 2026, tout a basculé en quelques semaines. Le niveau de l’eau, déjà en baisse les années précédentes, a chuté brutalement. «C’est parti en un mois», se rappelle Florence Saugeras, coordinatrice à l’office de tourisme. Très vite, la baignade et la pêche ont été interdites.

Du jamais vu

Les poissons ont été pêchés en urgence. Près de 700 à 800 kilos. Des sandres, des carpes, des perches, transférés vers le lac de Chaumeçon, à une quinzaine de kilomètres de là. Malgré l’opération, de nombreux poissons n’ont pu être sauvés.

L’étang du Goulot en août 2025. © Adrien Marotte/Vert

«On observait une baisse du niveau d’eau chaque été, mais nous n’avions jamais vu ça», explique le maire socialiste Christian Paul. Le ruisseau qui alimente l’étang est à sec depuis des semaines. Une étude géotechnique a révélé des brèches à plusieurs mètres sous la digue, dans des couches argileuses fragilisées.

«Très probablement sous l’effet des sécheresses successives, ces couches se sont desséchées, effritées, jusqu’à céder», décrit l’édile. Résultat : l’eau s’infiltre en profondeur et s’échappe de l’étang.

Le maire de Lormes, Christian Paul, à l’entrée de la mairie. © Adrien Marotte/Vert

Le dérèglement climatique n’est sans doute pas le seul facteur, estime le maire, mais il agit comme un accélérateur. Dans le Morvan, la situation hydrologique est alarmante. Le Parc naturel régional évoque des niveaux «historiques» de sécheresse : rivières à sec, eau atteignant parfois 30°C, tourbières qui se vident.

Pour des espèces emblématiques comme la truite fario, l’écrevisse à pattes blanches ou la mulette perlière, la survie est désormais en jeu. «Les petits ruisseaux disparaissent les uns après les autres», alerte le Parc sur ses réseaux. L’étang du Goulot apparaît ainsi comme le symptôme visible d’un déséquilibre plus large.

Pancarte «Attention danger» à l’étang du Goulot, en août 2026. © Adrien Marotte/Vert

Sur place, toutes et tous ne font pas le même lien. «Le climat, il a bon dos, tranche un habitant de la commune. Il y a une fuite, personne ne s’en est aperçu. C’est avant tout une faute humaine.» Une lecture partagée par certain·es habitant·es, qui pointent du doigt un défaut d’entretien.

D’autres, au contraire, évoquent une «accumulation» liée aux sécheresses répétées, aux sols fragilisés et à une évaporation accrue. «Les anciens nous disent qu’ils n’ont jamais vu ça, confie une habitante, qui ne veut pas donner son nom de peur des commérages. On sent qu’il se passe quelque chose depuis quelques années. Voir le lac dans cet état, ça crève le cœur. J’espère que les gens vont prendre conscience de l’urgence.»

Gilbert Combette au comptoir de son bar, La braise du Goulot. © Adrien Marotte/Vert

D’autant que les conséquences ont été immédiates. Écologiques d’abord. La disparition de ce plan d’eau prive la faune d’un refuge et rompt un équilibre fragile pour les poissons, les batraciens, les insectes et les oiseaux. L’étang est classé zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique.

Économiques ensuite. Le camping, qui accueille généralement une importante clientèle néerlandaise, tourne au ralenti. Le restaurant qui fait face au plan d’eau a vu sa fréquentation chuter. «On a sept à huit fois moins de clients», témoigne le patron du bar-restaurant, Gilbert Combette. Les annulations se multiplient. «Les conséquences sont désastreuses, lâche-t-il, déboussolé. Les gens venaient pour se baigner. Là, ils vont ailleurs.»

Sauver l’étang, «une priorité»

Le choc est aussi social et symbolique. L’étang était un lieu de promenade, de sport, de rencontres intergénérationnelles. Un espace où l’on venait chercher un peu de fraîcheur lors des épisodes de chaleur, qui ont atteint des niveaux records cette année. Un lieu de baignade également, avec un maître-nageur recruté pour l’été. Seul assis sur un banc, Robin, 15 ans, pianote sur son téléphone portable.

Pour lui, l’assèchement de l’étang est d’abord synonyme d’ennui. «C’est dommage. D’habitude, il y a du monde au camping, les gens viennent pour se baigner. Là, il n’y a personne», confie-t-il. Originaire du Pas-de-Calais, il est venu passer une semaine de vacances avec ses grands-parents. «Je ne sais pas si je reviendrai, souffle-t-il. Le changement climatique ? Ça ne m’intéresse pas plus que ça, mais c’est vrai que, quand je vois le lac à sec et les incendies cet été, c’est assez frappant.»

Le camping de Lormes, en bordure de l’étang, en août 2026. © Adrien Marotte/Vert

«Sauver l’étang est une priorité», assure le maire. Mais la tâche s’annonce complexe. Les premières solutions envisagées préconisent l’installation de plaques métalliques en profondeur pour colmater les fuites et étanchéifier la digue. Coût estimé : entre 500 000 et 1 million d’euros. «On espère obtenir 70 à 80% de financements publics», indique le maire, qui a sollicité l’État et les fonds européens de développement régional.

«On veut agir le plus rapidement possible, mais je me refuse pour l’heure à donner tout calendrier», poursuit-il. Il attend les résultats d’études complémentaires pour confirmer le diagnostic. En attendant, la municipalité cherche aussi à diversifier ses activités touristiques, en misant notamment sur le champ culturel et ses deux événements phares de l’été : son festival de la chanson au mois de juillet et les portes ouvertes de ses ateliers d’artistes, le week-end du 15 août.

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30.08.2026 à 07:00

Les Gaulois contre la fast fashion : leurs vêtements étaient-ils vraiment écologiques ?

Sonia Reyne

Texte intégral (1554 mots)
Les Gaulois·es portaient des vêtements confectionnés avec des matières naturelles résistantes au temps. © Les Arverniales/Henri Derus/Association Trimatrici

Pantalon rayé vert, tunique à carreaux rouges et bleus, ample châle multicolore… Derrière la vitrine de l’échoppe «En braies et en brogues», cinq mannequins présentent les dernières tendances gauloises. L’exposition «L’étoffe d’un Gaulois», au musée de Gergovie (Puy-de-Dôme), présentée jusqu’en mars 2027, recrée une boutique de mode pour «ne pas intimider les visiteurs avec un sujet scientifique qui concerne tout le monde : le vêtement et le bijou», explique Marion Chastaing, responsable de la médiation du musée.

Les Gaulois·es, qui vivaient entre le 5ème siècle avant J.-C. et le premier siècle après, portaient des pantalons appelés «braies», des tuniques ou encore des manteaux rayés, à carreaux ou vivement colorés. Leur garde-robe était principalement composée de laine, de lin, de chanvre et de cuir. Mais l’emploi de matières naturelles suffit-il à en faire une mode écologique ?

Une production artisanale et locale

Avant d’enfiler une tunique, il fallait s’armer de patience. Après la tonte du mouton, la toison était triée, lavée, cardée (démêlée et aérée) et peignée. La laine était ensuite filée au fuseau. Pour reproduire une tunique gauloise, «cette seule étape a demandé à trois personnes au moins un mois de travail, à raison de trois heures par jour», raconte Marie-Pierre Puybaret, tisserande et consultante en archéologie.

Les écheveaux (des groupes de fils repliés pour ne pas s’emmêler) étaient ensuite plongés dans des bains de plantes tinctoriales : garance pour le rouge, pastel pour le bleu, gaude ou genêt pour le jaune. Installés sur un métier à tisser vertical, ils étaient croisés afin de former l’étoffe. «À la vitesse d’environ sept centimètres par heure, le tissage des 3,50 mètres de tissu nécessaires à la tunique, puis sa découpe et sa couture, ont demandé cinq semaines supplémentaires, à raison de cinq à six heures par jour», précise Marie-Pierre Puybaret.

Ces chaussures, appellées brogues, étaient fabriquées avec du cuir. © Valentin Uta/Musée de Gergovie

Ce temps de fabrication donnait de la valeur au vêtement. La densité de la trame obtenue grâce à un tissage lent le rendait plus solide. Les habits pouvaient ainsi être gardés, réparés et transmis aussi longtemps que possible. La tunique de Bernuthsfeld, découverte en Allemagne et datée du haut Moyen Âge, soit environ cinq siècles après la période gauloise, donne un exemple de la longévité des vêtements. Recouverte de dizaines de pièces et de réparations, elle montre qu’une étoffe ne se jetait pas et qu’on l’utilisait pendant des années.

Naturel… mais pas sans impact

L’utilisation de fibres naturelles, la production locale, la fabrication artisanale et la longue durée d’usage font du vestiaire gaulois un modèle de durabilité. Mais son impact environnemental reste complexe. Des chercheur·ses de l’association Moires (Matériaux organiques textiles : identification, recherches, études) rappellent qu’il ne faut pas confondre naturel et inoffensif. «La teinture pouvait nécessiter des mordants [des sels métalliques ou de la pierre d’alun, NDLR] destinés à fixer les couleurs. Certains pouvaient être toxiques», détaille Léna Denain, ingénieure en archéologie à l’université Rennes 2 (Ille-et-Vilaine).

Le traitement des peaux et des étoffes pouvait également entraîner des rejets polluants. «L’emploi d’urine, dont l’ammoniac était utilisé dans certains ateliers du monde antique, est attesté dans le monde romain. En revanche, son utilisation en Gaule n’est pas démontrée», remarque Nicolas Delferriere, chercheur en histoire de l’art et en archéologie antique à l’université Clermont Auvergne.

Ce bracelet, fabriqué avec du verre, était réservé aux riches Gaulois·es. © Musée de Gergovie

Certaines matières employées dès l’âge du fer contenaient de l’amiante. «Des tissus ou bijoux provenaient de centres spécialisés, où une main-d’œuvre servile était possiblement exposée à des substances dangereuses. Le quotidien de ces travailleurs reste cependant mal connu», commente Émeline Retournard, archéologue des textiles de l’Université Clermont Auvergne.

Pour fabriquer le verre des bijoux, il était nécessaire d’atteindre des températures très élevées, «environ 1 400 degrés pour produire la matière et près de 1 000 degrés pour la transformer», précise Joëlle Rolland, archéologue spécialiste de l’âge du fer, des sociétés celtiques et de l’artisanat du verre au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Maintenir ces températures pendant de longues périodes nécessitait de chauffer les fours en continu, et donc de consommer beaucoup de bois.

Avant l’invention du verre soufflé, les artisan·es façonnaient la matière par étirement. «Pour obtenir un bracelet sans soudure, ils formaient d’abord une grosse perle, puis l’agrandissaient progressivement», détaille Joëlle Rolland. L’archéologie expérimentale a permis de comprendre ce procédé en observant des artisan·es qui le pratiquent encore en Inde, au Népal ou au Nigeria.

Le vêtement, déjà symbole d’inégalités sociales

La plupart des modèles de bijoux en métaux précieux ont été retrouvés dans toute l’Europe celtique. La découverte de fibules, ces broches utilisées pour fixer les vêtements, de torques, ces colliers rigides ouverts sur le devant, et de bracelets fournit de nombreuses informations sur l’appartenance régionale, le statut social ou encore l’identité collective.

Les parures en verre, qui relèvent d’un artisanat complexe, étaient réservées aux personnes capables de consacrer une part de leur richesse à leur apparence et à la compétition sociale. Avec le temps, les bracelets se sont démocratisés, avec des ornements plus simples et une facture plus étroite.

Les vestiges textiles restent rares et proviennent souvent de tombes de privilégiées, ce qui donne une image nécessairement partielle de la société. Toutes les Gauloises et tous les Gaulois ne s’habillaient pas luxueusement. Les plus riches portaient des étoffes chatoyantes, des manteaux d’apparat, des broderies métalliques et de nombreux bijoux. Derrière une garde-robe conçue pour durer se dessine donc aussi une société hiérarchisée : la longévité des vêtements ne signifie ni égalité ni accessibilité pour toutes et tous.

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29.08.2026 à 07:00

Légumes brûlés, maïs en chute libre, prairies grillées… Les chiffres chocs d’un été catastrophique pour l’agriculture française

Esteban Grépinet

Texte intégral (2025 mots)
Fleurance (Gers), le 19 août 2026. Une rangée de tournesols gravement flétris, en pleine période de sécheresse. © Isabelle Souriment/Hans Lucas via AFP

Le réchauffement climatique frappe de plein fouet l’agriculture française. Après un été record, marqué par une succession de canicules et d’incendies, ainsi qu’une sécheresse générale historique, les premières estimations des filières montrent l’étendue des dégâts, dans tout l’Hexagone comme dans les outre-mer.

«Les maraîchers, les arboriculteurs, les céréaliers, les éleveurs, les vignerons, les agriculteurs de toute la France, presque sans exception, en subissent de graves conséquences», a résumé jeudi la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, à l’issue d’une réunion de crise avec les préfet·es de région. D’après les remontées de ces dernier·es, des pertes de rendement de 50% ou plus sont déjà constatées dans plusieurs territoires, et les besoins d’aides dépassent généralement les 10 000 euros par exploitation.

Grandes cultures : le maïs et la pomme de terre s’effondrent, les plantations d’hiver moins impactées

🌽 Il est probablement la victime la plus emblématique de cet été caniculaire : le maïs s’effondre partout en France, avec une production en baisse de près de 45% sur un an pour le maïs grain et d’environ 50% pour le maïs fourrage (récolté en entier, avant la maturation des grains), selon les données communiquées jeudi par l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). «Une catastrophe jamais vue», selon cette dernière, qui évoque une perte de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour les exploitations. Outre la réduction des surfaces cultivées, le maïs, plante particulièrement gourmande en eau sur la période estivale, a subi de plein fouet la sécheresse, notamment dans les plaines du centre et de l’ouest de la France.

Un maïs fortement impacté par la sécheresse, sur une exploitation de Haute-Saône, à la mi-août. © Esteban Grépinet/Vert

🌾 Pour les autres céréales, la chute est moins prononcée : la production de blé tendre est en baisse de 4% par rapport à 2025, l’orge de 7% et l’avoine de 21%, selon les données du service statistique du ministère de l’agriculture (l’Agreste), en date du 7 août. «Composées essentiellement de cultures d’hiver [semées à l’automne pour être récoltées au début de l’été, NDLR], les céréales à paille ont nettement moins souffert des conditions caniculaires, survenues en fin de cycle, que le maïs», explique l’Agreste.

🌻 Du côté des plantes oléagineuses, cultivées pour leur huile, les nettes baisses de rendements du tournesol, du soja ou encore du colza pourraient être globalement compensées par l’augmentation des surfaces cultivées en 2025, selon les estimations provisoires de l’Agreste. Par exemple, le rendement du tournesol serait le plus faible depuis un demi-siècle, mais la hausse des surfaces donnerait, à ce stade, une récolte équivalente à celle de l’an dernier.

🥔 La récolte de pommes de terre devrait diminuer de 23% sur un an, selon les chiffres de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT), qui parle d’une «chute sans précédent». La filière, qui avait réduit ses surfaces cultivées en début d’année, a subi une nette baisse des rendements à cause des canicules et du manque d’eau.

🚜 Les betteraves enregistrent un choc similaire, avec une baisse de la production nationale de 20% par rapport à la moyenne des cinq dernières années, d’après la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). «Au-delà du manque d’eau, les températures extrêmes enregistrées au cours de l’été ont provoqué un stress physiologique majeur des cultures», explique-t-elle.

Fruits et légumes : de lourdes pertes pour les salades, poireaux, oignons, bananes ou encore fruits rouges

🥬 Mi-juillet, les pertes de salades, carottes, poireaux, échalotes, ail ou encore oignons se comptaient «en milliers de tonnes par produits», atteignant pour certaines filières les 50% de récoltes annuelles, d’après la fédération Légumes de France. «Des “manquants” sont à attendre à court terme dans les magasins, car l’import n’est pas en capacité de couvrir les manques», alerte cette dernière. «Il y a des tensions sur les tomates, les salades, les poireaux et les concombres, mais pas d’envolée générale des prix», a tenté de rassurer le ministère de l’agriculture, ce vendredi, lors de sa conférence de presse.

🥦 Dans le nord-ouest de la France, la marque Prince de Bretagne signale «des pertes allant de 15% à 100% selon les cultures et les conditions d’irrigation» : plus de 40% pour les petits pois, environ 60% pour les brocolis, jusqu’à 100% pour les artichauts, 25% pour les courgettes, 35% pour les salades…

🍓 Côté fruits, la situation apparaît plus contrastée : les canicules ne semblent pas, à ce stade, avoir impacté considérablement les volumes de pommes, poires, pêches ou encore abricots, notamment du fait de l’irrigation des vergers, selon l’Agreste. La production de fraises est en «léger recul» dans le Sud-Ouest, «perturbée par l’alternance de fraîcheurs et de fortes chaleurs», toujours selon l’Agreste – mais, au niveau national, la récolte devrait rester au même niveau que 2025.

🍌 De lourdes pertes ont en revanche été remontées par les préfet·es de région concernant certains fruits rouges (cerises, cassis, groseilles…), pouvant atteindre 100% dans certaines zones. En Martinique, qui fait également face à une importante sécheresse depuis juin, la production de bananes est en recul de 15%, selon le ministère de l’agriculture. En manque d’eau, parfois brûlés par la chaleur et le vent, les fruits et légumes récoltés sont aussi plus petits, plus abîmés : la grande distribution a d’ailleurs annoncé assouplir ses calibres d’acceptation des produits.

Élevage : forte mortalité de volailles et inquiétude sur les stocks de fourrages

🐔 Poulets, pintades, dindes et canards ont particulièrement souffert face aux fortes chaleurs : entre trois et quatre millions de volailles (soit 1% de la production nationale) sont mortes à cause des canicules cet été, notamment en Bretagne et dans les Pays de la Loire, lors de la vague de chaleur de juin. «Nous avons observé des surmortalités dans tous les types d’élevages, aussi bien en bio qu’en label rouge ou en standard», détaille Yann Nédélec, directeur de l’interprofession des volailles de chair (Anvol). Si l’équarrissage est mutualisé au sein de la filière, les dépenses énergétiques et les tensions sur les matières alimentaires (notamment le maïs) pourraient mener à une hausse des coûts de production.

🐄 La chaleur affecte aussi les vaches laitières : d’après les estimations provisoires transmises à Vert par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), la production de lait a diminué de près de 7% en juin, et de 5% en juillet, par rapport aux valeurs de l’an dernier. En additionnant ces pertes et la hausse des coûts de production (liées par exemple au manque de fourrages pour alimenter le bétail), le surcoût pour les éleveur·ses représenterait entre 40 et 60 euros pour 1 000 litres de lait produits.

🌱 Sécheresses et canicules ont enfin un effet indirect sur l’élevage bovin : les prairies, où pâturent les animaux, sont grillées depuis deux mois sur la quasi-totalité du territoire (notre reportage). Au 20 août, la pousse de l’herbe est en recul de 36% par rapport à la moyenne de la période 1989-2018, d’après l’Agreste. Les éleveur·ses doivent déjà puiser dans leurs stocks d’hiver, qui peinent à se reconstituer faute d’herbe à faucher et d’autres fourrages (comme le maïs). Les stocks de fourrages sont inférieurs de plus de 50% à la moyenne dans cinq régions, dont l’Occitanie, d’après les remontées des préfet·es.

Face à cette situation climatique historique, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, doit présenter le 3 septembre prochain un vaste plan d’aides d’urgence, qui devrait se chiffrer en milliards d’euros.

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28.08.2026 à 10:30

Il va disparaître des Vosges : le grand tétras ne sera plus réintroduit dans le massif, après deux ans de lâchers critiqués

Esteban Grépinet

Texte intégral (978 mots)
Il ne reste plus qu’une vingtaine de grands tétras dans les forêts des Vosges. © Francesco Veronesi/Flickr

Trente-trois oiseaux réintroduits, une seule reproduction réussie et au moins 15 morts : ainsi s’achève le très controversé programme de sauvetage du grand tétras dans les Vosges. Jeudi, le ministère de la transition écologique a assuré à Vert vouloir mettre fin dès maintenant aux opérations de lâchers de cet oiseau emblématique des forêts de montagne, au bord de l’extinction dans le massif du nord-est de la France.

«Le retour d’expérience dont nous disposons à ce stade sur la mortalité des individus déplacés, ainsi que les informations disponibles sur l’évolution de l’habitabilité du massif des Vosges à moyen et long terme [au regard du réchauffement climatique, NDLR] nous conduisent à ne pas envisager de nouvelles opérations de translocation au-delà de celles déjà réalisées», détaillent les services du ministère, confirmant une information de l’Agence France-Presse (AFP). La décision doit être confirmée officiellement lors d’une réunion de suivi en fin d’année.

Le 21 août, le ministère de la transition écologique avait dans un premier temps évoqué auprès du média Reporterre «l’achèvement du programme à l’issue de sa période de validité actuelle», qui court encore sur trois ans. S’il affirme désormais plus franchement ne pas souhaiter de nouveau lâcher, le cabinet précise que les oiseaux réintroduits «continueront à faire l’objet d’un suivi jusqu’à l’achèvement du programme en 2029».

«Le vrai chantier commence maintenant»

Actuellement, seule une vingtaine de grands tétras subsiste dans les forêts vosgiennes : moins de 17 oiseaux réintroduits en mai dernier (au moins trois sont déjà morts), un à deux individus ayant survécu aux lâchers des précédents printemps, ainsi qu’une à trois poules autochtones, naturellement présentes dans le massif. Quatre jeunes ont également été observés ce mois d’août, marquant le tout premier succès de reproduction de l’espèce depuis le lancement du programme de «réintroduction».

Imposant oiseau de montagne, le grand tétras peuple encore les sous-bois des Pyrénées, du Jura ou encore des Cévennes. Dans les Vosges, la population, qui comptait encore plus de 500 individus à la fin des années 1970, s’est effondrée à cause de la dégradation de son habitat, du dérangement croissant des activités touristiques et du changement climatique. Pour empêcher son extinction dans le massif, l’État et le parc naturel régional des Ballons des Vosges ont lancé en 2024 un programme de sauvetage, principalement basé sur la capture et le lâcher d’oiseaux norvégiens.

Mais cette opération a suscité une levée de boucliers chez une partie des associations locales de protection de la nature. Ces dernières pointent une «opération de communication», reprochant aux autorités de ne pas chercher à résoudre d’abord les causes du déclin de la biodiversité dans les Vosges (développement touristique, dégradation des forêts…). En juin 2025, le tribunal administratif de Nancy (Meurthe-et-Moselle) avait rejeté leur recours contre l’arrêté de la préfecture des Vosges autorisant le lâcher de 200 grands tétras sur cinq ans (les associations ont fait appel).

«On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»

«C’est la reconnaissance de notre combat collectif depuis trois ans, salue auprès de Vert Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges et fer de lance de l’opposition au projet, après l’annonce du ministère de la transition écologique. Mais le vrai chantier commence maintenant. L’objectif essentiel, désormais, c’est la restauration des milieux et la question des politiques d’équipement massif de loisirs. On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.»

Dans un communiqué publié jeudi, le collectif d’associations appelle à réorienter les moyens destinés aux ex-futures campagnes de lâchers vers une «politique beaucoup plus ambitieuse de restauration du massif» : amélioration de la résilience des forêts face aux sécheresses, protection des secteurs encore favorables aux derniers grands tétras et autres espèces (comme la gélinotte des bois), maîtrise de la fréquentation touristique… Contacté par Vert, le parc naturel régional des Ballons des Vosges n’a pas répondu.

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28.08.2026 à 06:00

Près de Lyon, ils apprennent à construire leur maison en paille et en bois : «C’est un choix politique, qui allie écologie et économie»

Emma Poesy

Texte intégral (1680 mots)
Dominique Mourrain s’est inscrit à la formation afin de bâtir lui-même une extension de sa maison, respectueuse de l’environnement. © Emma Poesy/Vert

«Si vous pouvez l’avancer un peu par ici !», lance Simon Subtil, la petite soixantaine, qui tient dans ses mains un grand cadre en bois aux airs de charpente miniature. Depuis quelques jours, le retraité se consacre avec sept autres camarades à une série de tâches peu habituelles : tailler, densifier et ficeler d’épaisses bottes de paille afin de les insérer dans une ossature de bois… Il a l’espoir qu’un jour ces quelques planches – assemblées par la petite bande la veille, pour s’entraîner – deviennent les fondations d’une véritable maison.

L’atelier auquel il participe est organisé par l’association Oïkos, qui dispense depuis plus de vingt ans des formations pour les particuliers qui veulent s’initier à l’autoconstruction de bâtiments en matériaux biosourcés – principalement du bois et de la paille.

Pendant toute une semaine, en ce mois d’août, les stagiaires se réunissent dans les locaux de l’association, à L’Arbresle, une petite ville de la périphérie de Lyon (Rhône), pour apprendre la théorie ; et l’appliquent l’après-midi sur un plateau technique situé à La Tour-de-Salvagny, une autre ville du coin. Sur place, elles et ils apprennent les rudiments de cette méthode de construction, qui a l’avantage d’être accessible à tout le monde, performante d’un point de vue énergétique, peu chère et, surtout, respectueuse de l’environnement.

Contourner les constructeurs traditionnels

Ce matin-là, les participant·es sont aligné·es dans une petite salle de classe et écoutent avec attention les conseils dispensés par Emmanuel Deragne, un artisan spécialiste de la construction en bois et en paille. «Surtout, ne forcez jamais pour faire entrer votre botte de paille dans l’ossature, prévient le formateur. C’est le meilleur moyen de vous blesser et de ruiner votre isolation.» Avant de vanter les mérites de cette pratique, encore très confidentielle en France : «L’une de mes stagiaires a isolé sa maison à la paille. Aujourd’hui, il fait 24 degrés chez elle, même quand le thermomètre affiche 38 dehors.»

L’après-midi, un petit groupe se forme pour apprendre à scier les bottes de paille, qui doivent impérativement être sèches, rectangulaires et compactes pour être utilisées comme isolant. De l’autre côté du chantier, abrité·es sous le toit d’une grange semi-ouverte, les autres stagiaires s’entraînent à manipuler une charpente, collée à un mur.

Emmanuel Deragne, artisan spécialiste de la construction en bois et en paille et formateur à Oïkos, a commencé à s’intéresser «par hasard» à cette discipline, avant d’être convaincu par ses nombreux avantages. © Emma Poesy/Vert

«C’est assez simple», sourit Isabelle Martin, qui a fait le déplacement depuis la Sarthe. Avec l’aide de l’association, cette propriétaire d’une chambre d’hôtes espère pouvoir bientôt construire un nouveau gîte en paille sur son terrain. «Ce qui m’a décidée, c’est l’envie de faire moi-même et celle de contourner les entreprises du BTP, confie-t-elle. Pour la rénovation d’un autre bâtiment, j’avais fait appel à une entreprise qui n’a respecté aucune de mes consignes en matière d’écologie. Ça m’a dégoûtée.»

Tout comme Isabelle Martin, Jérôme Benois, un autre stagiaire, souhaite contourner les entreprises du bâtiment pour réaliser l’extension de sa maison. «Je viens d’Isère et, là-bas, tout le monde peut constater les dégâts que causent les cimentiers», lâche-t-il en référence à la condamnation récente de l’exploitant d’une carrière pour négligences après l’effondrement d’un pan du Vercors (notre article). «Je n’ai pas envie de contribuer à la destruction d’autres carrières, dont les déchets bouchent en ce moment même une route près de chez moi», poursuit Jérôme Benois.

Construire autrement

Née en 1991, Oïkos a été créée par des particuliers et des architectes qui voulaient contester l’hégémonie du béton dans la construction, matériau devenu incontournable pour reconstruire la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale. «L’utiliser à ce moment de l’Histoire avait du sens, notamment parce qu’il y avait beaucoup à reconstruire, qu’il était bon marché et facile à utiliser, rembobine François Leroux, salarié de l’association. Aujourd’hui, c’est une aberration ; le béton consomme énormément de ressources naturelles et d’énergie.»

Pour construire une maison en ciment, il faut extraire la roche d’une carrière de calcaire, puis la faire chauffer dans un four à 1 800 degrés. La paille, elle, présente l’avantage d’être nettement moins énergivore : renouvelable et produite localement – il suffit de la commander en amont à un·e agriculteur·ice près de chez soi –, elle est isolante en toutes saisons, nécessite une très faible transformation et est peu onéreuse.

Isabelle Martin, stagiaire chez Oïkos et propriétaire d’une chambre d’hôtes dans la Sarthe, souhaite autoconstruire pour contourner les entrepreneurs du BTP. © Emma Poesy/Vert

Si son utilisation sur les chantiers est encore rare, les grands groupes du secteur s’y mettent progressivement, et quelques grands bâtiments publics en paille ont déjà vu le jour : le lycée professionnel Gergovie à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), sorti de terre en 2021, ou encore l’atelier de construction de décors de la Comédie-Française, à Sarcelles (Val-d’Oise), une ancienne passoire thermique isolée avec de la paille en 2024.

Ce matériau est d’autant plus intéressant qu’il est léger et donc facile à manipuler. «Chez les professionnels du bâtiment, le secteur de la paille est celui dans lequel on retrouve le plus de femmes, précise Emmanuel Deragne. Avec ce matériau, on est plus efficace en utilisant des outils qu’en usant de sa force.»

Sur le papier, les particuliers ont doublement raison de s’y intéresser : «Ça peut vite devenir intéressant financièrement, estime François Leroux. En autoconstruction avec de la paille, on peut payer entre 30% et 50% moins cher que pour du bâti traditionnel, selon les travaux que l’on fait.»

Lutter contre les préjugés

En pratique, cela implique de se former et d’y mettre pas mal d’huile de coude. «Quand j’étais plus jeune, il y avait très peu de spécialistes de la paille et j’ai dû passer beaucoup de temps à bosser seul pour perfectionner mes techniques», relate Emmanuel Deragne, qui a commencé sa carrière d’artisan comme spécialiste du bois.

Opter pour la paille implique aussi de passer outre les préjugés. «J’ai parlé de mon projet à mes oncles, qui se sont moqués en disant que je n’avais qu’à m’installer dans le Cantal pour vivre ma vie d’écolo, souffle Artus Beberins, infographiste de 28 ans installé en région parisienne. Et puis, quand on ne connaît pas, ça ne paraît pas solide : tout le monde connaît l’histoire des trois petits cochons, c’est la maison en paille qui s’effondre en premier.»

À La Tour-de-Salvagny (Rhône), les stagiaires d’Oïkos s’entraînent à découper des bottes de paille, qui serviront plus tard à l’isolation d’une bâtisse. © Emma Poesy/Vert

Pour certains, comme Dominique Mourrain, construire soi-même est une manière concrète de lutter contre le dérèglement climatique, en normalisant de nouvelles pratiques plus vertueuses. «Ça fait trente ans que je m’intéresse à l’écologie, explique cet ex-ambassadeur du tri au sein d’un syndicat d’élimination des déchets. Bâtir ma maison à la campagne avec un matériau capable d’absorber le CO2, c’est avant tout un choix politique.»

Un choix que l’association Oïkos tente, à son échelle, de faciliter, en prêtant à ses membres tout le matériel nécessaire à la conduite d’un chantier bois-paille. Et, souvent, Emmanuel Deragne, qui n’exerce plus que rarement comme artisan, retourne chez d’ancien·nes stagiaires-constructeur·ices, pour filer un coup de main. Une manière de transmettre ce savoir qui pourrait un jour devenir indispensable.

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27.08.2026 à 15:32

La crue meurtrière au Népal et au Tibet est-elle liée au réchauffement climatique ?

Mathilde Picard

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Le 27 août 2026, à Nuwakot (Népal). Une rue a été envahie par la boue après l’effondrement glaciaire. Les équipes de sauveteur·ses récupèrent les corps et les résident·es déplacé·es trouvent refuge dans les hauteurs. © Sanjit Pariyar/Nurphoto via AFP

Mis à jour le vendredi 28 août à 9h30. Avec l’ajout du dernier bilan en date et d’une nouvelle alerte aux inondations.

Une immense vague de boue et d’eau a déferlé sur la région à la frontière entre le Népal et le Tibet, mercredi. Pour les expert·es de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), référence mondiale en sismologie, un effondrement glaciaire a entraîné la crue. D’après le bilan des autorités de ce vendredi matin, la catastrophe a fait au moins 472 mort·es et plus de 1 400 disparu·es. Dans la zone tibétaine, la topographie extrême de l’Himalaya a aggravé les risques.

Le glaciologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Étienne Berthier, est membre d’un groupe de scientifiques du monde entier qui cherchent à identifier la source de la crue. Elles et ils analysent des images satellites des montagnes. «C’est maintenant une certitude : une fracture très nette s’est formée au milieu d’un glacier, une partie s’est décrochée et est à l’origine de la catastrophe», explique l’expert à Vert.

Il précise : «La question à résoudre, c’est de savoir s’il s’agit “seulement” du glacier qui a glissé et s’est pulvérisé ou si un pan entier de la montagne s’est aussi décroché avec toutes les roches sur lesquelles reposait le glacier.» L’hypothèse d’un éboulement pourrait éclairer l’origine des secousses sismiques importantes relevées dans la zone. Celles-ci sont difficilement explicables par l’effondrement du seul glacier.

C’est également l’avis de l’USGS. L’institution a d’abord relevé à tort un tremblement de terre de magnitude 4,4, réévaluée à 5,2. Elle a finalement établi «que cet événement sismique était dû à un effondrement glaciaire et à une coulée de débris qui ont entraîné des conséquences catastrophiques en aval».

L’Himalaya déstabilisé par le changement climatique

Le Centre international pour le développement intégré de la montagne (Icimod), basé à Katmandou (Népal), n’a détecté «aucune anomalie» du côté tibétain de la frontière. «Nous pensons qu’une avalanche de roches et de glace s’est produite au Népal, bloquant la rivière Lhende et causant la crue», explique Sarthak Shrestha, analyste en télédétection et géoinformation à l’Icimod.

Ce décrochement glaciaire a-t-il été provoqué par le changement climatique ? Les conséquences du dérèglement sur l’Himalaya sont largement documentées, à l’image des débordements de lacs glaciaires.

«Ce qui est sûr, c’est que l’Himalaya, comme les autres massifs montagneux dans le monde, est déstabilisé par le changement climatique, rappelle Étienne Berthier. Il fait reculer les glaciers, réduit le permafrost [cet état thermique qui fait de la glace le ciment de la montagne, NDLR] et change leurs températures en profondeur. Des masses autrefois collées par le froid à leur lit rocheux peuvent donc glisser, voire s’effondrer.»

«Ce genre de phénomènes peut, par exemple, provoquer des glissements de terrain et des crues soudaines», détaille Dorothy Heinrich, chercheuse à l’université britannique de Reading. Le glaciologue français abonde : «Ces mécanismes sont certainement en jeu dans cette catastrophe mais, pour l’instant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour déterminer précisément le rôle du changement climatique.»

Dans les jours à venir, les scientifiques du monde entier étudieront un potentiel lien entre le dérèglement du climat et la catastrophe, avec des modèles de simulation pour comparer la probabilité d’un tel événement aujourd’hui par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850).

Une avalanche «de béton liquide»

«Ces phénomènes au niveau glaciaire sont rares ; on n’est pas en mesure de les prévoir», constate Étienne Berthier. Le seul moyen de l’anticiper est d’identifier un glacier dangereux. «C’est ce qui s’est passé à Blatten, en Suisse, en 2025, raconte le scientifique. Ils ont constaté des chutes de pierres en d’énormes quantités sur le glacier et ont évacué le village ; la catastrophe s’est ensuite déroulée sans victime.» Mais le massif de l’Himalaya est bien plus grand que l’arc alpin, et les zones glaciaires sont reculées. «Les analyser est un vrai défi», souligne-t-il.

Les solutions pour échapper à ce type de calamités, quand le flot arrive, sont alors limitées. «Courir n’aidera pas», tout comme essayer de s’enfuir dans son véhicule, affirme Hatim Sharif, hydrologue à l’université du Texas de San Antonio (États-Unis). La boue et l’eau, quand elles évoluent à très haute vitesse, forment une combinaison mortelle s’apparentant à «du béton liquide». Il estime que la seule solution est de monter sur une colline d’au moins six mètres.

Un outil de prévention possible, selon l’hydrologue, serait de placer des capteurs de niveau d’eau dans les rivières, transmettant leurs informations en temps réel aux autorités, ce qui donnerait entre vingt et trente minutes d’avance aux habitant·es.

«Dans ces environnements montagneux, les rivières peuvent être assez étroites», explique Dorothy Heinrich. Tout ce qui les bloque, qu’il s’agisse d’une avalanche ou d’un glissement de terrain, va entraîner «une grande accumulation d’eau, puis provoquer ces crues incroyablement rapides».

Une nouvelle alerte aux inondations a été déclenchée par les autorités népalaises : la rivière Bhote Koshi au Tibet a été bloquée par un amas constitué par la crue et un lac s’y est formé. Face au risque de rupture et de nouvelle crue en aval, le gouvernement demande aux habitant·es de rester à distance des zones exposées.

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