flux Ecologie

L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

▸ les 10 dernières parutions

16.08.2026 à 07:00

Dans le Doubs, l’alliance inattendue entre chasseurs, écolos et agriculteurs pour repenser le statut «nuisible» du renard

Esteban Grépinet

Texte intégral (2168 mots)
Lancé dans le Doubs en 2021, le programme Careli explore les effets de la «chasse au renard» sur les attaques dans les poulaillers, les transmissions de maladies parasitaires, les évolutions des populations de campagnols… © Armandas Naudžius/Flickr

Le hérisson rouge de France nature environnement (FNE), le macaron rayé du puissant syndicat agricole FNSEA, les macareux moines enlacés de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), ou encore la signature vert clair de la fédération départementale de chasse. Voilà une collection de logos que l’on a rarement vu unis autour d’un même projet, tant les tensions entre mondes de l’écologie, de la chasse et de l’agriculture sont exacerbées.

Le miracle s’est produit dans le Doubs, où les branches locales de chaque organisation se sont rassemblées depuis 2021 pour faire avancer un dossier brûlant : l’avenir du statut «nuisible» du renard roux. Comme dans de nombreux départements français, l’État considère le canidé comme une «espèce susceptible d’occasionner des dégâts» (Esod), notamment en raison de son goût prononcé pour les poules et autres volailles.

Ce classement – qui concerne aussi la fouine, la corneille noire, le corbeau freux… – permet la capture et la destruction de l’animal tout au long de l’année, malgré les critiques de nombreuses associations écologistes qui dénoncent un «massacre injustifié». D’ici quelques jours, un arrêté très attendu du ministère de la transition écologique doit fixer la nouvelle liste de ces «nuisibles» pour chaque département sur les trois prochaines années.

Noms d’oiseaux et «gloubi-boulga»

La décision du gouvernement repose sur les propositions de chaque préfecture départementale, qui sollicite les avis des acteurs locaux concernés (agriculteur·ices, fédération de chasse, associations, scientifiques…). Dans le département comtois, «chacun se jetait des noms d’oiseaux», se souvient Patrick Giraudoux, professeur émérite d’écologie à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon (Doubs) et chercheur mondialement reconnu.

De ces réunions houleuses, il en retient un «gloubi-boulga argumentaire dans chaque camp». D’un côté, des chasseur·ses pointent aussi le rôle du renard dans la propagation de l’échinococcose alvéolaire, une grave maladie parasitaire très présente en Franche-Comté. De l’autre, les défenseur·ses du goupil vantent sa participation supposée dans la régulation des campagnols – responsables de gros dégâts dans les prairies comtoises – et des tiques que les rongeurs peuvent véhiculer.

Les renards roux se nourrissent notamment de rongeurs : suffisamment pour contrer les pullulations de campagnols, qui se comptent en millions d’individus ? © Flickr

«Et la profession agricole est coupée en deux, entre des éleveurs de volailles plutôt inquiets, et une autre partie qui estime que le renard a une utilité dans l’environnement», constate Geoffroy Couval, qui travaille à la Fédération régionale de lutte et de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) de Bourgogne-Franche-Comté. «Chacun avait ses éléments de langage de son côté sans avoir de chiffres, c’était assez stérile», reconnaît Thibaut Powolny, directeur technique et scientifique de la Fédération des chasseurs du Doubs.

Après une crise à la fin des années 2010, tout ce petit monde décide de mettre de côté ses différends pour unir ses forces autour d’un même projet scientifique : le programme Careli. «Nous avons proposé des protocoles communs pour répondre à la question posée : est-ce que le statut Esod permet d’atteindre les objectifs qu’on lui assigne ?», résume Patrick Giraudoux, qui encadre le projet. Deux territoires d’étude sont définis avec la préfecture, l’un en plaine et l’autre en moyenne montagne. Chacun est divisé en deux zones : une où Vulpes vulpes est protégé (du jamais vu en France), une autre où il reste classé Esod.

L’objectif est alors de comparer sur le long terme ce que change ou non le piégeage et la chasse de l’animal : vis-à-vis des dégâts dans les poulaillers, des transmissions de maladies, des pullulations de campagnols, de l’état des populations de lièvres ou d’oiseaux nicheurs au sol… Chacun se répartit les tâches. FNE recense les prédations dans les 231 élevages de volailles des secteurs étudiés, Fredon estime l’évolution des populations de campagnols et de tiques, les chasseur·ses mènent des comptages nocturnes de renards, la LPO des comptages diurnes d’oiseaux, et la branche départementale de la FNSEA chapeaute la communication.

Les secrets d’une alliance inédite

Comment une telle «union sacrée» a-t-elle pu voir le jour ? «C’est d’abord lié à des pratiques de coopération très anciennes dans le Doubs, qui viennent de précédents conflits», expose Simon Calla, sociologue à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, qui a étudié de l’intérieur le programme Careli. À la fin des années 1990, chasseur·ses, agriculteur·ices, scientifiques et naturalistes du département avaient déjà travaillé ensemble pour limiter le recours à la bromadiolone, un poison utilisé par le monde paysan pour lutter contre les campagnols.

«On n’importe pas les débats nationaux, on ne fait que de la science !»

Dans son étude ethnographique, publiée fin juillet, Simon Calla pointe aussi l’ouverture d’une «fenêtre d’opportunité» au tournant des années 2020 : «Nous sommes dans une période où le monde de la chasse est particulièrement critiqué et cherche à se reconstruire une légitimité, notamment en embrassant les enjeux de protection de l’environnement.»

Au même moment, les défenseur·ses du renard se mobilisent pour accumuler les preuves scientifiques en vue d’obtenir la sortie de l’animal de la liste des «nuisibles». Plus d’un millier et demi de lettres sont envoyées à la préfecture du Doubs. «Au début, j’étais contre Careli, je pensais que c’était une entourloupe, se rappelle Didier Pépin, bénévole à FNE Doubs et co-fondateur du collectif «Renard Doubs». Puis, je me suis dit qu’il valait mieux être autour de la table, que le renard ne pouvait qu’en sortir gagnant.»

L’avenir du renard mobilise beaucoup dans le Doubs : 1 600 lettres ont été envoyées au préfet pour demander son déclassement de la catégorie des «nuisibles» en 2019. © Nathalie Hausser/Flickr

Les planètes s’alignent, les intérêts de chacun convergent et le programme de recherche démarre en 2021, bien aidé par la médiation des scientifiques. «La focale s’est déplacée non plus sur l’animal, mais sur le dispositif de politique publique qu’est la catégorie Esod, ce qui va permettre de décentrer l’attention de la question de la mort animale», analyse Simon Calla. Pour éviter les tensions, une charte de neutralité est même signée entre tous les acteurs, pour éviter les piques et les polémiques. «On n’importe pas les débats nationaux, on ne fait que de la science !», martèle Patrick Giraudoux.

«On reste humain, ce n’est pas parce qu’on a une charte de bonne conduite qu’on s’interdit d’avoir des points de désaccords», sourit Thibaut Powolny, chasseur à l’arc de petit gibier. Naturaliste de terrain et anti-chasse convaincu, Didier Pépin juge lui aussi que ce travail en équipe «s’est très bien passé».

«Le statut Esod n’a pas conduit à une réduction significative du nombre de renards»

Malgré tout, le ton est parfois monté. Comme lors de la publication des premiers résultats sur les dégâts du renard dans les poulaillers, en juillet 2025 dans la revue Scientific reports. Les conclusions sont claires : «Dans le contexte local, le statut Esod n’a pas conduit à une réduction significative du nombre de renards ou à des différences dans les taux de dommages entre les zones». Un constat corroboré par celui du Muséum national d’histoire naturelle établi sur l’ensemble des espèces «nuisibles» à l’échelle du pays (notre article).

Une protection haute et basse des clôtures de poulaillers «permet de réduire de manière significative la prédation des renards», selon les premiers résultats du programme Careli. © Peter Dean/Flickr

La «chasse au renard» dans le Doubs n’est pas suffisante pour réduire significativement la population locale de goupils, ni donc pour limiter les attaques dans les élevages, synthétise Patrick Giraudoux : «Par contre, ce qui change, c’est si le poulailler est bien protégé, avec la partie haute et la partie basse de la clôture fermées.» Pour Didier Pépin, ces résultats «donnent évidemment tort aux chasseurs». Mais, de son côté, Thibaut Powolny n’a pas la même lecture : «Nous sommes en train de prouver que la chasse n’a pas d’impact sur la population, donc pourquoi l’arrêter ?»

«Quand on aura tous les résultats du programme, chacun risque de revenir dans son camp et ce sera la guerre.»

«Ne tirons pas de conclusions trop marquées sur un seul volet de la dizaine prévus et attendons d’analyser l’intégralité des données récoltées», plaide encore ce dernier. «On voit qu’on ne réduit pas les populations de renards, donc la question ne se pose plus», estime Didier Pépin qui, amer, regrette que le renard soit toujours considéré comme «nuisible» six ans plus tard. «Quand on aura tous les résultats du programme, chacun risque de revenir dans son camp et ce sera la guerre», craint Geoffroy Couval.

En attendant, l’État va prolonger pour trois ans le statut Esod du renard dans le Doubs. Un drôle de «paradoxe», explique Patrick Giraudoux : «Nous demandons que le statut Esod soit maintenu pour pouvoir poursuivre les expérimentations, pour autant nous sommes tous d’accord sur le fait que ce statut tel qu’appliqué maintenant est totalement inadapté.» Une étude finale sur les autres enjeux du piégeage du renard (campagnols, tiques…) doit paraître l’an prochain. De quoi mettre tout le monde d’accord ?

PDF
15.08.2026 à 07:00

«Que ça nous arrive dessus, ici, je ne m’y attendais pas» : dans le Doubs, la vie suspendue d’une commune menacée par la pénurie d’eau

Esteban Grépinet

Texte intégral (1477 mots)
Depuis le 28 juillet, de l’eau potable est acheminée trois fois par semaine à Quingey pour éviter un risque de pénurie. © Esteban Grépinet/Vert

De mémoire de poisson, on avait rarement vu la Loue aussi asséchée. À Quingey (Doubs), commune traversée par cette rivière emblématique de Franche-Comté, le niveau de l’eau est au plus bas. Seuls quelques minces filets coulent encore au travers du grand barrage du village, autrefois blanc d’écume. L’eau s’est teintée du vert des algues, où se faufilent de petits alevins et quelques rares canoës raclant laborieusement le fond.

L’état de la rivière n’est que la partie visible de l’inquiétante sécheresse qui frappe le territoire : depuis le 28 juillet, Quingey doit se faire ravitailler en eau potable pour éviter le risque de pénurie. Faute de pluies suffisantes ces derniers mois, le niveau de la nappe phréatique où puise la commune atteint aujourd’hui à peine plus d’un mètre. «À partir de 80 centimètres, les drains ne pompent plus que de l’air, s’inquiète Marc Jacquot, premier adjoint à la maire de Quingey. Il n’y a plus assez d’eau dans la nappe.»

Du jamais vu dans le village

Face à cette situation que l’élu qualifie d’«affolante», la commune a décidé d’acheter de l’eau au syndicat voisin des eaux de la Haute-Loue. Trois fois par semaine, 120 mètres-cubes (m3) sont acheminés par camion-citerne pour remplir l’un des trois châteaux d’eau du village. «Nous ne sommes pas vraiment en pénurie, précise Marc Jacquot. Nous anticipons, nous ne voulons pas pomper, pomper, puis ne plus rien avoir.»

Ces ravitaillements «nous permettent de maintenir un minimum de sécurité sur tous les réservoirs», ajoute le Quingeois, qui n’avait jamais fait face à une telle situation depuis son élection en 2017. Pour l’instant, ce précieux complément permet d’assurer les besoins des 1 300 habitant·es de la commune ainsi que de la petite dizaine de villages voisins qui dépendent du réseau. Mais la situation reste sur un fil.

Autrefois couvert d’eau et d’écume, le barrage de Quingey laisse apparaître ses pierres avec la sécheresse. © Esteban Grépinet/Vert

«Ça part vite, souffle Nordine Benmira, qui travaille sur le secteur pour la Société d’aménagement urbain et rural (la Saur, qui gère l’eau et l’assainissement des collectivités locales en France). Vu qu’il fait chaud et que ce sont les vacances, il y a plus de tirage. Les gens prennent plus de douches.» Casque sur la tête, le professionnel fait descendre dans le réservoir un long tuyau bleu raccordé au camion-citerne.

L’opération dure une heure, le temps que la totalité du précieux liquide soit transvasée dans la cuve communale, où elle ira ensuite soulager le réseau. Puis, il faut repartir, enchaîner les aller-retours pour atteindre les 120m3 de la journée – pas plus, sous peine de fragiliser les communes où cette eau est achetée. «Même en 2022 [année de forte sécheresse, NDLR], cela ne nous était jamais arrivé», se remémore Nordine Benmira.

17 autres communes du Doubs sont actuellement ravitaillées par camion-citerne. © Esteban Grépinet/Vert

La situation est loin d’être un cas isolé cet été. La semaine du 3 août, 550 000 Français·es faisaient face à un approvisionnement sous tension, et 40 000 personnes avaient même des coupures d’eau au robinet, selon la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. Dans le Doubs, 18 communes sont actuellement ravitaillées par camion-citerne, d’après les chiffres transmis à Vert par la préfecture.

Mousseur, castor et toilettes sèches

Depuis le 17 juillet, l’intégralité du département est placé en situation de «crise» – le niveau d’alerte maximal en cas de sécheresse. Le remplissage des piscines privées, le lavage des véhicules ou encore l’arrosage des pelouses et massifs fleuris est strictement interdit pour les particuliers, de même que celui des potagers entre 8 heures et 20 heures. «Je savais que le monde allait mal, mais que ça nous arrive dessus, ici, je ne m’y attendais pas», soupire Thierry Leibundgut, qui habite Quingey depuis une vingtaine d’années. Avec la sécheresse, le septuagénaire a arrêté de donner de l’eau à la quasi-totalité de ses plantes.

«Le seul moyen qu’on peut mettre en route maintenant, c’est de diminuer nos consommations d’eau.»

«Il faut qu’on se prépare, qu’on s’adapte, lance un peu plus loin Marc (il n’a pas souhaité donner son nom de famille), habitant du village voisin de Lavans-Quingey. Le seul moyen qu’on peut mettre en route maintenant, c’est de diminuer nos consommations d’eau.» Très soucieux de l’environnement, ce professeur de géologie à l’université et sa famille ont déjà installé des toilettes sèches ainsi qu’un mousseur sur leur douche (un embout qui permet de réduire considérablement le débit d’eau).

Mais ces efforts doivent aussi reposer sur les grosses structures les plus consommatrices d’eau. «Nous avons appelé plusieurs établissements pour leur dire de faire attention et d’économiser au maximum», explique Marc Jacquot. Le centre hospitalier a ainsi arrêté temporairement la balnéothérapie, dont la piscine est très gourmande en eau. La blanchisserie solidaire du village a également revu ses programmes pour économiser quelques mètres-cubes lors des lavages.

Faute de débit dans la Loue, la base nautique de Quingey a dû réduire plusieurs de ses parcours en canoë. © Esteban Grépinet/Vert

«Cette sécheresse permet de réfléchir collectivement à des solutions», témoigne Wilfried Androche, entouré de posters de la vallée de la Loue. Co-gérant du camping municipal des Promenades, ce dernier réfléchit à un système de récupération pour limiter la consommation d’eau des toilettes. À quelques mètres de là, au bord de la rivière, la base de canoës a arrêté de nettoyer ses bateaux avec de l’eau et limite les remplissages de bidons pour laver les gilets de sauvetage.

Alors que ces étés chauds et secs sont amenés à devenir de plus en plus fréquents avec le changement climatique, la commune réfléchit à des solutions de plus long terme. Une connexion directe par conduite avec le syndicat voisin est envisagée, pour acheminer de l’eau plus facilement en cas de nouveau coup dur. La mairie mise aussi sur les zones humides : «C’est important de garder ces espèces d’éponges, qui vont garder l’eau plus longtemps», martèle Marc Jacquot. Un espace a déjà été restauré en 2022, et un castor est même revenu.

PDF
14.08.2026 à 17:42

Le Conseil constitutionnel valide l’essentiel de la loi d’urgence agricole, dont le retour controversé de l’acétamipride

Esteban Grépinet

Texte intégral (1061 mots)
FRANCE-POLITICS-ASSEMBLY-DEBATE-DUPLOMB
La ministre de l’agriculture Annie Genevard a salué «une victoire pour nos agriculteurs». © Quentin de Groeve/AFP

Trois ans après leur interdiction définitive en France, des néonicotinoïdes sont tout proches de faire leur retour dans les champs. Le Conseil constitutionnel a validé ce vendredi la quasi-totalité des articles de la loi d’urgence agricole, dont le retour controversé de deux puissants pesticides.

Initié par le gouvernement en début d’année suite à une mobilisation des syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et Jeunes agriculteurs), ce texte a ensuite été considérablement modifié par les parlementaires. Fin juin, la droite sénatoriale a notamment introduit un amendement réautorisant sous conditions l’acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides interdits en France depuis 2018 (avec des dérogations pour les betteraves jusqu’en 2023).

Retour de l’acétamipride et du flupyradifurone validé, avec deux réserves

La loi d’urgence agricole votée par l’Assemblée nationale puis le Sénat en juillet, l’avis rendu ce 14 août par le Conseil constitutionnel clôt un long feuilleton législatif. L’été dernier, les «Sages» avaient partiellement censuré la loi dite «Duplomb» (du nom de son co-auteur, le sénateur Laurent Duplomb), empêchant notamment la réautorisation de plusieurs insecticides interdits (dont l’acétamipride). À la grande satisfaction de la gauche et de nombreuses organisations écologistes et paysannes, qui alertent sur les risques de ces produits pour l’environnement et la santé humaine (notre article).

Le retour de ces substances – notamment réclamé par la FNSEA, les Jeunes agriculteurs ou la Coordination rurale pour faire face à la «concurrence déloyale» des pays voisins, où elles restent autorisées – a cette fois été validé par l’institution. Tout en reconnaissant les «incidences sur la biodiversité» et les «risques pour la santé humaine» de ces pesticides, le Conseil constitutionnel mettent en avant un «motif d’intérêt général» : permettre «à certaines filières agricoles de faire face aux graves dangers qui menacent leurs cultures, afin de préserver leurs capacités de production et de les prémunir de distorsions de concurrence au niveau européen».

La loi permet des dérogations d’un an renouvelables deux fois pour l’utilisation de ces deux pesticides, sur avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Elles seront restreintes à quelques filières (noisettes pour l’acétamipride, betteraves sucrières, pommes et cerises pour le flupyradifurone) et conditionnée à l’existence d’une «menace grave compromettant la production» ainsi qu’à l’absence de «solutions alternatives».

Des garanties jugées cette fois suffisantes par le Conseil constitutionnel, qui soulève toutefois deux réserves. D’abord, l’Anses pourra «restreindre le champ d’application géographique des dérogations en fonction des circonstances locales et de la gravité de la menace pour chaque période concernée». Ensuite, le délai de deux mois laissés par les parlementaires à l’agence pour se prononcer pourrait être «insuffisant» : une absence de décision vaudra alors «refus de la dérogation». L’ONG Générations Futures s’est dit «déçue de cette décision» et annonce se préparer «à aller en justice dans le cas où ces dérogations seraient effectivement accordées après avis de l’Anses».

Deux articles censurés sur le fond

Le Conseil constitutionnel a également validé plusieurs articles controversés, qui «simplifient» le stockage de l’eau pour l’agriculture, l’exploitation des zones humides ou encore les tirs de loup. La ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a salué sur les réseaux sociaux «une victoire pour nos agriculteurs et les avancées qu’ils attendaient», promettant une mise en œuvre de la loi «au plus vite». «En réponse à la crise profonde que traverse l’agriculture française, cette loi apporte des solutions concrètes à nos agricultrices et à nos agriculteurs», a aussi réagi le premier ministre, Sébastien Lecornu.

Seuls deux articles sont censurés sur le fond. L’un transférait aux aménageurs la responsabilité des zones des non-traitement, ces «tampons» en bord de champs censés protéger les riverains des épandages de pesticides : il est considérée par les Sages comme une «atteinte disproportionnée» au droit de propriété. L’autre excluait les non-riverains des procédures d’information et de participation du public aux évaluations environnementales concernant les bâtiments d’élevage : une atteinte au «droit à l’information et à la participation en matière environnementale pour “toute personne”», pointe l’avis du Conseil constitutionnel.

Les «Sages» ont enfin supprimé plusieurs «cavaliers législatifs», trop éloignés du projet de loi initial, qui portaient sur la redevance pour pollutions diffuses, le curage des retenues d’eau, les travaux sur les haies ou encore la pisciculture.

PDF
14.08.2026 à 11:17

«On peut parler de tropicalisation de certaines zones, comme la Méditerranée» : les canicules marines mettent les océans à rude épreuve

Mathilde Picard

Texte intégral (2169 mots)
De nombreuses espèces de poissons modifient leur aire de répartition sous l’effet des changements climatiques, comme le poisson-lapin. © GRID-Arendal/Flickr

Au début du mois d’août, la mer Méditerranée atteignait 30 degrés Celsius (°C) sur certaines portions du littoral, soit trois à quatre degrés de plus que les normales de saison. La fréquence des vagues de chaleur marine a doublé depuis les années 1980, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec).

Pour comprendre les conséquences de ce réchauffement des océans, Vert s’est entretenu avec Sabrina Speich, professeure au département de géosciences de l’École normale supérieure de Paris et chercheuse au Laboratoire de météorologie dynamique.

Comment surviennent les canicules marines ?

Les canicules marines, comme celles continentales, s’expliquent par un rayonnement solaire plus important en raison de la saison (en été, les journées sont plus longues) et de la présence d’anticyclones. Ces conditions météorologiques diminuent la couverture nuageuse et rendent le rayonnement plus efficace. Dans ces configurations, il y a aussi moins de vent, dont le mouvement est semblable à celui d’une cuillère qui mélange l’eau en surface des océans et celle en profondeur. Quand il y a du vent, la mer se réchauffe moins car l’eau plus fraîche des profondeurs marines vient se mélanger avec celle de la surface. Au contraire, en l’absence de vent, le réchauffement de l’eau en surface est plus important.

Si les conditions météorologiques propices aux canicules marines existaient auparavant, elles surviennent maintenant dans un climat bien plus chaud qu’à la période pré-industrielle. Les anticyclones sont plus intenses, selon de premières données. Celui qui s’est installé cette semaine au-dessus de la France, de l’Espagne et d’une partie de l’Europe reste de manière plus permanente, par exemple. Des recherches sont toujours en cours pour quantifier ces changements de vents et de couverture nuageuse et pour enquêter sur leurs causes.

Sabrina Speich est professeure d’océanographie à l’École normale supérieure de Paris. © Photo Novak

Ce qui est sûr, c’est que dans ce contexte, les évènements caniculaires sont devenus exceptionnels, au sens où l’on atteint des températures qu’on n’avait jamais connues auparavant parce qu’on part déjà d’un état plus chaud du système planétaire.

On parle de canicule marine quand la température de l’eau dépasse, pendant au moins cinq jours d’affilée, les valeurs les plus chaudes habituellement relevées à cet endroit et à cette période de l’année, c’est-à-dire celles qui ne se produisent normalement qu’une année sur dix. Ce n’est donc pas un seuil absolu : 18 °C peuvent constituer une canicule marine en Bretagne au printemps, alors que 25 °C restent une température ordinaire en Méditerranée en août. Sous l’effet du changement climatique, elles sont plus intenses, plus fréquentes et plus longues.

Sans compter que la fin d’une canicule à terre n’est pas synonyme de la fin d’une vague de chaleur océanique. L’eau maintient la chaleur bien plus longtemps que l’air. Il faut lui retirer beaucoup d’énergie pour qu’elle perde 1°C. Résultat : à moins qu’il n’y ait de grandes tempêtes qui mélangent l’eau grâce au vent, les canicules marines se maintiennent sur de longues durées.

Quel est l’impact des canicules marines sur les espèces qui vivent dans l’océan ?

Depuis que nous observons le réchauffement progressif de l’océan sous l’effet du dérèglement climatique, nous constatons que les espèces marines, quand elles le peuvent, migrent. Elles quittent les régions où elles habitaient pour se déplacer en suivant les températures qui leurs sont adaptées. Autour du Groenland par exemple, sur le pourtour de l’Arctique, on peut trouver des espèces qui vivaient beaucoup plus au sud.

«Les coquillages et les huîtres cultivés ne peuvent pas se déplacer. Ils ont moins d’oxygène quand l’eau est chaude, ce qui peut entraîner leur mort.»

Mais le changement de température est plus rapide lors des canicules marines. Deux ou trois degrés supplémentaires, c’est énorme pour une espèce. En Méditerranée, on observe donc une surmortalité massive d’organismes fixés sous la surface de l’eau. Elle affecte les coraux rouges, les éponges ou encore les gorgones. Ces épisodes ne sont pas nouveaux : la Méditerranée en a connu en 1999, en 2003, puis de façon répétée entre 2015 et 2019. En 2024 et 2025, l’Ifremer [l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer, NDLR] a même constaté une surmortalité de poissons et d’invertébrés aux abords de l’Espagne, de l’Italie et de la Grèce.

Les canicules marines frappent aussi les secteurs de l’aquaculture. Les coquillages et les huîtres cultivés ne peuvent pas se déplacer. Ils ont moins d’oxygène quand l’eau est chaude, ce qui peut entraîner leur mort. Le réchauffement de leur environnement peut également déclencher des épidémies et des virus qui n’apparaissent qu’à partir de certains seuils de températures.

Tous les ans, les températures sont plus hautes. On peut même parler de tropicalisation de certaines zones comme la Méditerranée. Là-bas, des espèces venues de la mer Rouge par le canal de Suez se sont installées dans le bassin oriental et progressent aujourd’hui vers l’ouest et vers le nord. Poissons-lapins, poissons-globes, poissons-flûtes, algues exotiques : ils migrent parce que les températures proches de nos côtes leur sont favorables.

Avec le réchauffement des eaux, plusieurs espèces de barracudas (ici la bécune à bec jaune) remontent vers les nord-ouest de la mer Méditerranée. © Marte Terry L./Flickr

Le front d’invasion se situe pour l’instant autour de la Sicile et de la Tunisie, mais il avance : le poisson-lion, déjà signalé en Sicile, pourrait atteindre la Côte d’Azur d’ici 2030. D’autres espèces arrivent par d’autres voies, comme le barracuda, qui a étendu son aire de répartition depuis l’Atlantique et le sud du bassin. Les nouvelles espèces risquent alors de prendre la place de celles qui vivent moins bien les températures actuelles. Le poisson-lapin, par exemple, est un herbivore vorace qui peut entrer en compétition avec des espèces locales.

Les canicules marines sont-elles plus intenses en Méditerranée que dans l’océan Atlantique ?

L’océan Atlantique n’atteint pas aussi rapidement les 30 ou 31°C que la Méditerranée. Toutefois, dès le début de cet été 2026, le golfe de Gascogne et la mer Celtique [au sud de l’Irlande, NDLR] ont aussi été touchés par les canicules marines. Habituellement, il y a davantage de vent dans ces zones, donc elles sont plus épargnées. Ce n’est plus le cas depuis 2023. Depuis cette date, chaque année, ces zones ont connu des canicules marines l’été.

Les espèces marines ne vivent pas non plus les canicules marines de la même façon selon les milieux. La Méditerranée est un espace relativement clos, ce qui rend les déplacements des poissons difficiles pour fuir la chaleur. Dans l’Atlantique, ils peuvent davantage se déplacer, même si cette solution n’est pas aussi simple car l’équilibre grâce auquel ils se sont développés est très délicat à retrouver.

Les poissons se trouvent au sommet de chaîne alimentaire dans les écosystèmes. Ils ont besoin de zooplancton et de phytoplancton [des animaux microscopiques qui fabriquent leur nourriture grâce à l’énergie solaire pour le premier, et des algues microscopiques pour le deuxième, NDLR]. Or, pour avoir du phytoplancton, il faut que l’environnement bénéficie d’éléments nutritifs, c’est-à-dire des sels nutritifs remontés des profondeurs par les courants marins. Les poissons ne peuvent donc fuir que là où il y a ces courants marins. Et puis, il ne faut pas que l’eau soit trop acide non plus…

Au-delà de leur impact sur la biodiversité, les canicules marines réduisent-elles la capacité des océans à absorber les gaz à effet de serre ?

Le phénomène y participe, effectivement. L’océan stocke du carbone en profondeur, là où il n’est plus du tout en contact avec l’atmosphère. Il est donc davantage capable d’absorber du dioxyde de carbone (CO2) si l’eau transportée en profondeur est froide et si le courant l’emmène bien profond. Dans le golfe de Gascogne, par exemple, quand il y a du vent, le CO2 est poussé vers les fonds marins. Sans vent, le CO2 reste en surface.

En fonction de comment évoluent les courants marins qui mélangent les eaux de surface et de profondeur, si le réchauffement des océans se poursuit, on pourrait observer une stratification accrue, avec moins de brassage d’eaux aux températures différentes. L’océan pourrait alors stocker moins de CO2, mais ce sont des questions qui restent ouvertes.

Pour l’instant, l’océan absorbe de plus en plus de CO2 en quantité absolue, parce que la concentration dans l’atmosphère continue d’augmenter. Mais la part des émissions qu’il capte, de l’ordre du quart, ne progresse pas. C’est cette efficacité-là qui pourrait se dégrader si la stratification s’accentue.

Quelles politiques sont nécessaires pour lutter contre ce phénomène ?

Que ce soit aux États-Unis, en France ou dans le reste de l’Europe, les budgets de la recherche publique sont sous forte contrainte. Or, pour mieux connaître les océans et améliorer les prévisions météorologiques, nous avons besoin de pouvoir financer des observations, des missions en navires océanographiques, des stations en mer et des bouées pour faire des mesures. Aujourd’hui, à cause de ce manque d’observations, nous connaissons encore peu de choses sur l’évolution des courants océaniques, par exemple.

«C’est une non-assistance à des populations en danger.»

Ensuite, les scientifiques sont clairs depuis des années : il faut arrêter d’émettre du CO2 et des gaz à effet de serre. Il est nécessaire de mener une transition énergétique et agricole ainsi que d’enrayer la déforestation, car les forêts aussi stockent du carbone. Les gouvernements doivent embrasser cette transition et cette diminution drastique des émissions.

Ceux qui nous gouvernent sont trop dans la communication et le marketing, ils ne prennent pas leur responsabilité. C’est une non-assistance à des populations en danger. On parle souvent du changement climatique comme d’un phénomène progressif, mais ce sont les évènements extrêmes, tels que ces canicules, qui frappent la société et le vivant.

PDF
14.08.2026 à 06:00

«C’est une ville de demain pensée hier» : La Grande-Motte, station balnéaire modèle face au réchauffement climatique ?

Agathe Beaudouin

Texte intégral (1939 mots)
Créée par l’architecte Jean Balladur à partir de 1963, La Grande-Motte se démarque par ses pyramides de béton sortant de terre entre mer et étangs. © Agathe Beaudouin/Vert

La Grande-Motte, sur les bords de la Méditerranée, transformée en une immense forêt tropicale, où ses célèbres pyramides de béton sont englouties dans une végétation luxuriante. Ces images, diffusées dans un documentaire de France Télévisions au début de l’année 2026, ont suscité de nombreuses réactions sur le littoral méditerranéen. Inspiré des travaux de 43 spécialistes du climat, le film imagine le visage de quelques grands paysages de France d’ici à 2100, dont celui de la fameuse station balnéaire, où la montée des eaux et la chaleur auraient fait naître une vaste forêt lacustre. Unique en France !

À La Grande-Motte, site touristique emblématique situé près de Montpellier (Hérault), personne ne balaie cette perspective d’un revers de la main. Ici, l’érosion du trait de côte est devenue un sujet permanent. Les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) évoquent une élévation du niveau de la mer de 30 à 60 centimètres d’ici 2100 (dans un scénario de forte réduction des émissions de gaz à effet de serre), engendrant un recul progressif de nombreuses plages méditerranéennes, dont celles de La Grande-Motte. «Nous sommes tous concernés et nous y travaillons au quotidien», assure le directeur de la station balnéaire, Jérôme Arnaud.

La Grande-Motte, 9 000 habitants à l’année et qui voit affluer 100 000 touristes l’été, a engagé depuis plusieurs décennies des travaux et des aménagements pour limiter l’érosion du trait de côte. Des épis de mer ralentissent les courants, les dunes sont remodelées, les ganivelles – ces clôtures fabriquées avec des lattes en bois – retiennent le sable, tandis que, de La Grande-Motte à la commune voisine de Carnon, la route départementale qui longeait autrefois la mer a été déviée. Entre 2014 et 2015, près de deux kilomètres d’asphalte ont été supprimés.

Là où des milliers d’automobilistes roulaient, les dunes ont repris leurs droits pour permettre au cordon dunaire de se renforcer contre la montée des eaux. La commune participe aussi au programme national Adapto, qui expérimente une autre manière de protéger le littoral : laisser davantage de place aux dynamiques naturelles plutôt que multiplier les ouvrages de défense (tels que les épis de mer ou les digues).

«Le recul du trait de côte, nous sommes tous concernés et nous y travaillons au quotidien», témoigne Jérôme Arnaud, directeur de la station balnéaire. © Agathe Beaudouin/Vert

«La Grande-Motte en mangrove en 2100 ? Pourquoi pas, reprend Jérôme Arnaud. Mais pour le moment, nous nous concentrons sur l’habitabilité de la station pour les prochaines décennies. En s’inspirant de l’existant, en essayant aussi d’être anticipateurs.» La municipalité revendique un temps d’avance, qu’elle attribue aux choix urbanistiques de Jean Balladur, l’architecte qui a pensé La Grande-Motte. La ville s’est construite sur une langue de terre entre la Grande bleue et l’étang de l’Or dans le cadre de la Mission Racine, lancée dans les années 1960 pour développer le tourisme sur le littoral languedocien.

70% d’espaces verts dans la ville

Lorsque Jean Balladur imagine la ville, il surélève le terrain d’environ un mètre, multiplie les espaces piétons et plante des milliers d’arbres. Pour faire pousser cette végétation sur un sol salé, il fait également creuser l’étang du Ponant, une réserve d’eau douce qui permet aux racines des végétaux de se développer. Plus de soixante ans plus tard, plus de 36 000 arbres composent une canopée qui offre des îlots de fraicheur, et limite les effets des canicules, répétitives en cet été 2026.

Aujourd’hui, plus de 70% de la superficie de la ville reste occupé par des espaces verts. «C’est une ville de demain pensée hier», aime répéter Charles Perrot-Durand, directeur de cabinet du maire Stephan Rossignol (union de la droite), élu pour la première fois en 2002. Cette végétalisation reste un axe fort du mandat du premier magistrat, réélu en 2026, avec un plan de plantations d’espèces adaptées aux climats chauds de 2 000 arbres par an.

Entre La Grande-Motte et Carnon, la route a été déviée pour l’éloigner de la mer et permettre aux dunes de prendre l’espace. © Agathe Beaudouin/Vert

La Grande-Motte est aussi l’une des rares villes de l’Hexagone à avoir développé un système de thalassothermie, à partir de l’eau du port pompée, valorisée en climatisation ou en chaleur pour décarboner les bâtiments publics. Et a mis en place un dispositif de retraitement des eaux usées pour arroser les pelouses du golf, système qui sera prochainement élargi aux espaces verts et à l’aire de carénage, espace où les bateaux sont sortis de l’eau pour permettre de nettoyer leur coque.

La stratégie de l’équipe municipale vaut à La Grande-Motte d’avoir obtenu cette année le label Green Destinations (niveau Or), décerné aux destinations engagées dans un tourisme plus durable. «Nous sommes passés de la ‘’Grande Moche’’ à la ‘’Grande Mode’’, explique Jérôme Arnaud. Avant, les vacanciers ne venaient que pour la mer Méditerranée. Avant, personne ne parlait de mobilité douce, de végétalisation… Aujourd’hui, ils viennent autant pour profiter de la mer que pour l’expérience de vivre dans une ville verte adaptée aux canicules.»

Des associations locales montent au créneau

Mais les associations locales dénoncent le décalage entre les efforts d’adaptation affichés et certains projets d’aménagement. «Tout cela, c’est bien, mais ne suffira pas, estime Michel Renard, le président de l’association La Vigie citoyenne, qui revendique 400 adhérent·es. On sait que La Grande-Motte sera confrontée à la submersion marine, mais il n’y a toujours pas de vision à long terme.»

Ces dernières années, La Vigie citoyenne s’est particulièrement mobilisée contre le nouveau projet de Ville-Port porté par la municipalité, en dénonçant une ambition contraire à la loi Littoral et aux préconisations du Giec. Le dossier a finalement été revu à la baisse et envisage la construction de 240 logements (au lieu de 480).

Les prévisions du Giec annoncent une hausse du trait de côte d’au moins 30 centimètres d’ici 2100, d’un mètre pour le littoral méditerranéen. De quoi transformer la cité balnéaire en mangrove ? © Agathe Beaudouin/Vert

Michel Renard s’interroge aussi sur l’avenir des habitations dans les Pyramides, «en train de devenir des passoires thermiques et qui deviendront invivables car l’isolation n’est plus adaptée à ces fortes chaleurs». Dans une même dynamique, l’association Grande-Motte Environnement se bat depuis des années contre la mise en place de paillottes (restaurants de bords de mer) sur les plages, pourtant désormais reconnues sites remarquables.

De la sensibilisation des touristes

Le sujet s’invite dans la programmation des activités touristiques. Les visites proposant une sensibilisation aux milieux maritimes et marins, à la faune et flore locales ou aux effets de la montée des eaux connaissent depuis deux ans un succès croissant, explique-t-on à l’Office de tourisme. Aurélien Zorzi, guide nature, observe «une montée en puissance de ces balades», format familial de deux heures, «avec des touristes qui veulent en savoir plus sur les espaces naturels».

Aurélien Zorzi, guide nature, anime des sorties de découverte du littoral grand-mottois, pour sensibiliser les touristes à la compréhension de l’environnement. © Agathe Beaudouin/Vert

Ce matin de fin juillet, il accompagne une dizaine de personnes à travers les dunes. L’occasion de découvrir le tamaris – «l’unique végétal capable de pousser dans le sel» –, de sentir le fenouil sauvage, d’expliquer le fonctionnement des cigales «et pourquoi on ne les entend plus au-dessus de 40 degrés», ou encore de dévoiler le seul bassin de réhabilitation en France pour les tortues marines blessés.

Il pourrait aussi évoquer le sort de l’herbier de posidonie, indispensable à l’équilibre du littoral, mais qui disparait inexorablement des fonds marins, et pour lequel une campagne de préservation est lancée dans le golfe du Lion, dont la ville se porte en leader. «Il y a de plus en plus un engouement sur ces sujets. La préservation de l’environnement ne peut se faire que si les touristes, et plus largement le public, se reconnectent à cette nature», témoigne le guide.

À l’autre bout de la station balnéaire, alors que le thermomètre dépasse les 38 degrés Celcius, les voitures affluent du côté de la plage du Grand Travers. Trouver une place de stationnement n’est pas une mission aisée. «On a beaucoup grogné quand ils ont dévié la route, reconnaît Évelyne Pajaud, une Montpelliéraine, fidèle des plages grand-mottoises. Mais, au final, tout le monde s’adapte. Le changement climatique, la montée des eaux, ce sont des sujets dont les habitants sont conscients. Pour venir ici, sur la route, vous avez d’un côté les étangs et de l’autre la mer. Parfois, je me dis qu’un jour tout cela se rejoindra

PDF
13.08.2026 à 10:36

Les habitants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes repartent au combat… contre un projet de Centre de rétention administrative

Nicolas Mollé

Texte intégral (1624 mots)
«Je ne peux pas vivre à la Zad et faire comme si ce projet de CRA n’existait pas», déclare cette habitante qui s’est investie au sein d’un groupe de travail alimentation au sein de la mairie de Notre-Dame-des-Landes. © Nicolas Mollé/Vert

Ni ici, ni ailleurs. La communauté qui s’est fixée à la zone à défendre (Zad) de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) refuse que les terres qu’elle occupe soient utilisées pour compenser la destruction d’une large partie du Bois Dormant. Ce dernier constitue la dernière forêt urbaine de Nantes, la métropole voisine, et se trouve sur la Zone d’aménagement concerté (Zac) du Champ de Manoeuvre, en bordure de Carquefou. Fin 2027, un centre de rétention administrative (CRA), lieu d’enfermement spécifique aux exilé·es en attente de jugement, doit être érigé sur près de cinq hectares, soit une grande partie du bois.

Pour matérialiser leur opposition aux projets de l’État, les paysan·nes de Notre-Dame-des-Landes ont annoncé mardi lors d’une conférence de presse vouloir organiser des plantations de semis à l’automne sur trois des parcelles de la Zad. Celles-ci ont été choisies par la préfecture de Loire-Atlantique pour implanter des «terres de compensations écologiques» aux lieux-dits La Grée, La Freusière et La Goussais, afin d’équilibrer les destructions du Bois Dormant. Ces emprises appartiennent à l’État, comme le terrain visé par le projet de CRA.

«Nous ne comprenons pas très bien ces histoires de CRA, pourquoi mettre en détention des gens qui n’ont pas commis de délit ?», s’interroge Marcel Thébault, de la Confédération paysanne, un des agriculteurs qui avait mené la fronde contre l’aéroport du Grand Ouest imaginé à la fin des années 1960.

Arrivé en 1994 sur le territoire, il a connu les premières occupations et manifestations houleuses à Nantes, la première opération d‘évacuation en 2012 avec déploiement massif de gendarmes… Pendant que Notre-Dame-des-Landes devenait un lieu d’expérimentation et de résistance écologique et sociale, Marcel Thébault se battait pour conserver son exploitation. Jusqu’à ce qu’Emmanuel Macron annonce renoncer au projet. «Le 17 janvier 2018, Édouard Philippe avait dit que la vocation agricole des terres de Notre-Dame-des-Landes serait préservée, se souvient-il. Depuis, des nouveaux paysans se sont installés ici et ont développé des circuits courts. On aimerait que l’État tienne sa parole or il ne semble pas que ce soit aujourd’hui son intention.»

Addition salée pour le CRA

En 2024 et 2025, des bâtiments, notamment deux maisons anciennes, avaient été rasés par la préfecture à La Freusière et à La Grée. Au grand dam des agriculteur·ices, qui se plaignent d’une pénurie de logements. C’est là que les habitant·es et militant·es de la Zad avaient aussi entendu parler de «terres de compensations écologiques» à venir sur plus de quatre hectares.

Soit la surface ciblée par les 140 places du futur CRA, qui coûtera cher : près de 40 millions d’euros de budget, 602 euros dépensés par jour de rétention pour chaque individu emprisonné. Entre temps, la lutte contre le projet de CRA a pris de l’ampleur à Nantes, fédérant derrière le collectif Colère Nantes une trentaine d’organisations aussi variées que Les Écologistes, la Cimade (association d’aide aux réfugié·es et exilé·es), Les Soulèvements de la Terre, la Confédération générale du travail (CGT), la Fédération syndicale unitaire (FSU)…

Marcel Thébault : « Nous vivons aujourd’hui ce que les scientifiques du Giec prévoyaient : un hiver humide auquel s’enchaînent une série de canicules ». © Nicolas Mollé/Vert

La lutte contre le CRA brasse donc large et s’allie aujourd’hui à la capacité mobilisatrice de la Zad, qui a déjà largement fait ses preuves. Même si, en dépit de ses majestueuses haies préservées, la zone humide souffre, comme l’ensemble du monde agricole. «Parmi les éleveurs de bovins, personne n’est actuellement assuré de parvenir à nourrir ses animaux jusqu’à l’hiver, les rendements commencent à baisser», signale Marcel Thébault.

Une paysanne raille les velléités compensatrices de l’administration : «C’est absurde de vouloir re-semer de la renoncule, c‘est une plante qui revient toute seule». Gaspard, éleveur à Notre-Dame des-Landes, ajoute : «Une prairie naturelle, ça ne se sème pas, à part dans la Beauce où il n’y a plus de stock semencier».

Bois et zone humide en ligne de mire

Pour sa part, la préfecture annonce que «les actions prévues consistent en la renaturation de secteurs qui sont actuellement dégradés. De nombreux débris et déchets inertes sont actuellement présents sur la zone, ainsi que dans les cultures alentours», à La Grée comme à la Freusière. En application de la procédure ERC (éviter, réduire et compenser), le préfet prévoit des mesures de rééquilibrage, comme «une désartificialisation des sols, un déblaiement de remblais, un ramassage de déchets, un décompactage et amendement de terre agricole, un renforcement des haies…».

La plantation de jeunes arbres est aussi au programme. Mais les paysan·nes de Notre-Dame-des-Landes s’interrogent sur la cohérence de la démarche, alors que le dérèglement climatique et la sécheresse les placent déjà dans des difficultés extrêmes pour fournir à leurs cultures de l’eau.

Le cycle de cette dernière est aussi menacé par les travaux de construction du CRA. Car c’est ici qu’est nichée une des ultimes zones humides nantaise. «L’important, c’est la circulation de l’eau entre les prairies, le Bois Dormant et le Bois Sauvage à l’intérieur des 50 hectares de la Zac», résume Erell Olivo, écologue et biologiste à l’Association des amis et riverains de la Beaujoire (Aralb), intégrée au collectif Colère Nantes.

Menaces sur les oiseaux

«Beaucoup de nos nouveaux adhérents voisins du Bois Dormant nous disent qu’ils ont honte d’habiter près d’un tel projet, un lieu qu’ils considèrent comme dégoutant», souligne Nicolas Boulery, président de l’Aralb. «Il y a l’école Germaine Tillion juste à côté. On peut toujours justifier de l’existence d’une prison. Mais comment expliquer aux enfants qu’on va priver de liberté des gens qui n’ont rien fait, qui n’aspirent qu’à fuir les difficultés de leur pays d’origine et à obtenir une situation en règle ?».

Tout en établissant une nuance claire entre le fait de s’en prendre à des sans-papiers et celui de déséquilibrer un écosystème, les adversaires du CRA et des «terres de compensations écologiques» reprochent aux autorités de porter atteinte au vivant au sens large. Le traité de 1979 de l’Union européenne interdit de détruire les lieux clefs de migration. L’oie cendrée, l’une des 56 espèces d’oiseaux observées au Bois Dormant, est concernée.

«Les buses et les chouettes hulottes, qui sont des rapaces strictement protégés, ne se déplaceront pas à Notre-dame-des-Landes, zone de bocages et de haies, car elles ne pourront pas nidifier», analyse Florian Corkmaz, adhérent de l’Aralb. Entre deux lieux distants d’une trentaine de kilomètres, les mouvements de population animale semblent hasardeux.

Les humains, eux, n’entendent pas improviser. La date précise de la mobilisation en octobre doit encore être affinée, car d’autres militant·es, engagés plus au nord contre des projets miniers, veulent pouvoir débarquer en masse avec leurs tracteurs depuis la Bretagne pour soutenir l’«opération semis».

PDF
12.08.2026 à 08:37

«On n’est plus en sécurité chez nous» : après un été caniculaire, ces Français cherchent activement à déménager 

Zoé Moreau

Texte intégral (1680 mots)
«Plus les jours passaient, plus mon angoisse montait. J’ai fini par perdre l’appétit. J’ai même eu des idées très noires», raconte Aude, qui vit dans un logement mal isolé de la chaleur à Paris. © Aurore Chapon

Canicules, incendies et sécheresse : face à un climat qui s’emballe, l’avenir des Français bascule

Désir d’enfants, déménagement, changement de carrière ou de vie… Vert a recueilli des centaines de témoignages de personnes dont l’avenir a été percuté par cet été infernal. Découvrez leur histoire dans notre série en quatre volets intitulée «2026, l’été de la bascule».

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Les canicules qui se succèdent en France métropolitaine depuis le mois de mai mettent les corps, les esprits et toute la société à rude épreuve. À Albi (Tarn), Pauline Paredes étouffe depuis des semaines dans son logement social du centre-ville – une «bouilloire», selon ses mots. À bout, elle confie à Vert : «D’ici l’été prochain, il faut que j’aie quitté cet appartement.»

Les pics de températures à 40 voire 41 degrés Celsius (°C) mesurés dans la ville en juin et juillet ont eu raison de la jeune mère de 36 ans. «Nous vivons dans un bâtiment qui emmagasine la chaleur. Une fois qu’elle est entrée, c’est très difficile de la faire sortir. Avec mon bébé de 10 mois, on vit un enfer depuis le début de l’été, rapporte-t-elle. On dit souvent que, pour un enfant de cet âge-là, la température ne doit pas dépasser 26°C. Chez nous, elle peut grimper jusqu’à 32, voire 34°C.»

Depuis plusieurs semaines, le coucher s’est transformé en un rituel épuisant. «La climatisation mobile que j’ai installée fait trop de bruit. Elle empêche mon fils de dormir, déplore Pauline Paredes. Alors, j’ai commencé à descendre au sous-sol de l’immeuble, le seul endroit où il parvient à trouver le sommeil. Tous les soirs, je l’y endors, puis je le remonte chez nous en espérant qu’il ne se réveille pas. Et sinon, je recommence, en boucle.»

«Cet été a marqué un tournant, confie-t-elle encore. Quand on m’a présenté l’appartement l’an dernier, j’étais très heureuse d’y emménager parce que c’est un immeuble récent qui donne sur la belle cathédrale, dans un appartement refait à neuf, tout propre, avec deux chambres…» Mais après deux étés à suffoquer, elle veut partir : «Je viens de refaire une demande de logement social, raconte-t-elle. Ce n’est plus tenable.»

«Il faut partir dès cette année»

À Paris, Aude* a, elle aussi, durement subi les canicules. «La température est montée jusqu’à 33°C : le carrelage et les robinets étaient chauds, tout l’intérieur était brûlant… Il était quasiment impossible d’échapper à la chaleur», raconte cette graphiste de 29 ans.

Peu à peu, sa santé mentale vacille. «J’ai commencé à faire des crises d’angoisse et à me réveiller avec la boule au ventre. Je souffre d’éco-anxiété depuis longtemps, mais c’est devenu vingt fois pire. Plus les jours passaient, plus mon angoisse montait. J’ai fini par perdre l’appétit. J’ai même eu des idées très noires», confie Aude.

Elle et Pauline en sont convaincues : leurs immeubles n’ont pas été conçus pour protéger leurs occupant·es des fortes températures. Isolation insuffisante, mauvaise ventilation, absence de volets… Près d’un Français sur trois juge d’ailleurs son logement insuffisamment isolé contre la chaleur, d’après une récente étude de la Fondation du logement. Parmi les plus vulnérables figurent les passoires énergétiques (classés F ou G au diagnostic de performance énergétique) : au 1er janvier 2025, la France en comptait encore 3,9 millions, selon le gouvernement.

Pour Aude, ce début d’été 2026 «a vraiment été celui de la bascule. C’était la première fois que je vivais une telle catastrophe climatique. Même si, avec ma femme, nous adorons notre appartement, nous avons réalisé, pour la première fois de notre vie, que nous n’étions plus en sécurité chez nous.» Avant l’été, le couple envisageait déjà de quitter Paris d’ici 2 à 3 ans. «Mais après ce qu’on a traversé, on s’est dit qu’il allait falloir partir dès cette année», raconte-t-elle.

«Je préfère encore devoir supporter la neige»

Partir, oui, mais pour aller où ? Quels sont les territoires où il fera bon vivre dans les prochaines décennies sachant que l’Hexagone, d’après Météo France, pourrait connaître des pics de températures allant jusqu’à 50°C en 2050 ? Pour Aude et sa femme, le choix s’est arrêté sur la Bretagne. «Ce n’est pas une décision neutre. En plus de l’attachement que nous avons toutes les deux à cette région, on sait qu’il y fait plus frais», détaille Aude.

Pour Sarah*, professeure des écoles – qui envisage elle aussi de déménager –, pas question d’habiter plus au sud que Paris. Cette jeune femme de 30 ans qui vit dans l’Aisne s’apprêtait, il y a quelques semaines encore, à acquérir une maison à Nurret-le-Ferron, dans l’Indre. «Elle était parfaite, l’environnement était vraiment super. Mais quand j’ai vu qu’il faisait 40°C en période de canicule là-bas, je me suis rétractée. Je me suis dit que je ne supporterais pas d’y vivre. Que si c’était pour re-déménager ailleurs dans 15 ans, ça n’était pas la peine», expose-t-elle.

Axelle* et sa famille misent, elles, sur le nord des États-Unis ou le Canada. Voilà deux mois que cette Perpignanaise et ses trois enfants vivent «enfermés dans le noir» pour se protéger du soleil. «On oscille entre 34 et 38°C dans l’appartement, même hors canicule. Je suis en train de péter un câble, rapporte-t-elle. Avec toutes ces chaleurs et ce ras-le-bol, je me suis dit que c’était maintenant qu’il fallait partir. Je préfère encore supporter le froid et la neige tout l’hiver plutôt que de subir de nouveau des étés aussi chauds.»

Vers une nouvelle vague d’exode urbain ?

Sarah, Aude et Axelle se considèrent-elles comme des réfugiées climatiques ? Axelle hésite encore à reprendre le terme à son compte : «C’est un mot que je trouve triste, alors je ne l’emploie pas. Mais c’est bien ça. Au fond, je sais que j’en suis une.»

Migrer pour échapper à la ville, au «tout-béton» : la tendance s’accélère depuis les années 2000. Joint par Vert, le géographe Guillaume Faburel, professeur à l’université Lyon-II (Rhône), estime qu’«environ 100 000 personnes quittent chaque année les territoires métropolitains pour rejoindre le périurbain et, de plus en plus, les campagnes». Selon lui, ce chiffre va progressivement doubler sous l’effet «des canicules, des incendies et de phénomènes environnementaux de plus en plus cataclysmiques».

«Le Covid a représenté une sixième vague d’exode urbain, avec un nombre croissant de personnes décidant de quitter les villes pour gagner des endroits qu’elles estiment plus vivables sur le plan environnemental», poursuit le chercheur. L’été 2026 amorcera-t-il une septième vague ? «Il est encore trop tôt pour le dire : on ne peut pas le prévoir. Mais un cap a été franchi, juge-t-il. Dès lors que les corps sont directement affectés, le désir de partir peut se concrétiser.»

Encore faut-il en avoir les moyens. Actuellement sans emploi ni ressources, Pauline Paredes se sent pour l’heure «prisonnière» de son logement. «Pour retrouver un appartement, c’est un enfer. À Albi, les seuls qui disposent d’une bonne isolations sont des Airbnb, expose-t-elle. Et puis, ici, j’ai tout mon réseau social et professionnel. Si je veux changer de région, je sais que j’aurai encore plus de difficultés à retrouver du travail».

*Le prénom a été modifié.

PDF
10 / 10

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds

🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène

🌱 Reporterre
Présages
Reclaim Finance
Réseau Action Climat
Résilience Montagne
SOS Forêt France
Stop Croisières

🌱 Terrestres

🌱 350.org
Vert.eco
Vous n'êtes pas seuls