Marti Blancho
Incolore et nocif pour la santé, le chlorure de vinyle monomère (CVM) contamine l’eau potable française depuis des décennies. Classé cancérogène certain pour l’humain depuis 1987 par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), le CVM augmente le risque de développer un cancer du foie après une exposition chronique. Il continue pourtant de circuler dans les vieilles canalisations en PVC qui abreuvent le pays. Environ 275 000 kilomètres de tuyaux fabriqués entre les années 1960 et 1980 seraient concernés, soit 15 à 30% du réseau, d’après les estimations du chercheur Gaspard Lemaire, membre de la chaire Earth de l’université d’Angers (Maine-et-Loire). Vert a réalisé une carte de France de la pollution de l’eau au CVM à l’aide des derniers relevés officiels. En cliquant sur l’onglet «1996 à 2025», vous pourrez aussi consulter l’historique des prélèvements dans votre commune et découvrir le plus haut niveau relevé ces dernières années. Entre avril 2025 et février 2026, 924 communes ont affiché au moins une mesure au-dessus du seuil réglementaire de 0,5 microgramme de CVM par litre d’eau (µg/l). Cela représente 2,9% des 32 000 communes où des prélèvements ont été effectués. Une proportion dans la tendance : chaque année, environ un millier de communes sont concernées. 850 dépassaient la limite en 2024, 911 en 2023, 717 en 2022 et 955 en 2021. Pour autant, il ne s’agit pas toujours des mêmes localités. Un réseau constitué de tuyaux en PVC vieillissant peut afficher des concentrations réglementaires une année et dépasser le seuil la suivante. Car si les purges de ces réseaux permettent d’évacuer ponctuellement le CVM, cette solution reste temporaire tant que les tuyaux pollués ne sont pas remplacés. Au total, au moins 5 855 localités ont été touchées au moins une fois sur la dernière décennie (c’est ce que Vert montrait dans une précédente cartographie). Les données des onze derniers mois nous ont permis d’identifier 380 nouvelles localités qui n’avaient pas été touchées ou mesurées auparavant. Parmi celles-ci, Ailhon et Mercuer, deux villages ardéchois, affichent la plus forte concentration de CVM dans l’eau : 9,4 µg/l mesurés en août 2025. Mais le record toutes communes confondues est mesuré sur le réseau de deux localités déjà identifiées auparavant, Connerré et Montfort-le-Gesnois, dans la Sarthe : 31 µg/l sur un prélèvement en juillet 2025 ; c’est 62 fois le seuil réglementaire. La Corrèze est le département le plus touché, avec 173 communes reliées à un réseau ayant dépassé la limite entre avril 2025 et février 2026. Il est suivi par la Charente-Maritime (107 communes concernées), la Loire-Atlantique et le Puy-de-Dôme, avec respectivement 74 et 70 localités touchées. Nous avons cartographié la France à l’échelle municipale par souci de clarté. Il faut cependant noter que les prélèvements mesurent la présence de CVM à l’échelle du réseau de distribution d’eau potable et qu’une commune peut être connectée à plusieurs systèmes. Quand c’est le cas, un prélèvement au-dessus de la limite ne signifie pas forcément que toute la localité est contaminée. Seule la partie du territoire rattachée au réseau pollué est potentiellement concernée. Pour réaliser cette carte, nous avons analysé deux jeux de données complémentaires. D’un côté, les résultats des prélèvements effectués sur le réseau d’eau potable concernant le CVM, obtenus par Gaspard Lemaire auprès des ARS qui ont bien voulu les communiquer. De l’autre, les résultats du contrôle sanitaire de l’eau distribuée, mis à disposition par le ministère de la santé. Ce sont ces derniers qui ont été mis à jour récemment. Certains résultats d’analyse sont précédés d’un signe inférieur : «<». Pour pouvoir les comparer aux autres de façon cohérente, nous avons retiré ce signe afin de garder uniquement la valeur absolue. Les prélèvements sont sujets à «une marge d’erreur pouvant atteindre 40%, en fonction des capacités analytiques des laboratoires», rappelle Gaspard Lemaire. Une partie des données obtenues auprès des ARS était dépourvue du code permettant d’identifier le réseau de distribution correspondant au prélèvement, et donc les communes concernées. Cette carte n’est donc qu’une photographie partielle de la contamination de la France au CVM. Texte intégral (989 mots)
Corrèze, Charente-Maritime, Puy-de-Dôme… les départements les plus touchés
Notes méthodologiques
Esteban Grépinet
Quand les températures montent, les martinets tombent. Proches cousins des hirondelles, ces oiseaux noirs aux longues ailes effilées emplissent le ciel des grandes villes durant l’été, où ils égaient l’azur de leurs cris aigus si caractéristiques. Mais, ironie du sort, ces voltigeurs hors pair sont parfois rattrapés par les températures extrêmes, qu’ils avaient pourtant quittées lors de leur longue migration printanière depuis l’Afrique. Sous les toits où ils nichent, le mercure peut vite dépasser les 50 degrés Celsius (°C) en période de canicule. «Les jeunes étouffent, se rapprochent du bord du nid pour trouver de l’air frais, et tombent», décrit Elyssa Della Rovere, soigneuse depuis cinq ans auprès de l’association Faune Alfort, qui recueille et soigne les animaux sauvages d’Île-de-France. Incapables de voler et laissés au sol par leurs parents, les oisillons sont alors voués à une mort certaine… à moins qu’une âme charitable ne les recueille pour les amener dans un centre de soins. Depuis le début de la canicule «historique» de ce mois de juin, en pleine période de reproduction, les entrées d’animaux victimes de la chaleur explosent à Faune Alfort. Basé au sein de l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), l’«hôpital» de la faune sauvage a accueilli 137 nouveaux individus sur la journée de mardi et 116 lundi, contre une quarantaine en moyenne les jours précédents. D’ici la fin de la semaine, ce chiffre pourrait approcher la barre record des 200 animaux, atteinte lors de la vague de chaleur de juin-juillet 2025. «La faune sauvage paie déjà un lourd tribut dû à ces températures extrêmes», pointe la Ligue pour la protection des oiseaux. L’association alerte cette semaine sur un «afflux massif d’animaux en détresse» dans ses sept centres de soins de la faune sauvage en France, avec entre 60 et 100 entrées par jour. Certaines structures, parmi la centaine que compte le pays, arrivent même à saturation et doivent suspendre temporairement les entrées. À Faune Alfort, vétérinaires, soigneur·ses et bénévoles s’activent jusqu’à tard le soir pour nourrir et soigner les centaines de pensionnaires du centre au milieu d’un tourbillon de cages, de cris d’oiseaux et de seringues. Là, des bébés hérissons biberonnés ; ici, un jeune goéland «gavé» – il faut s’y mettre à trois ! ; plus loin, des martinets noirs nourris à la chaîne… Une fois hors du nid, ces as du ciel passent leur vie entière dans les airs, sans jamais se poser (ils dorment même en volant !). Ils se nourrissent en happant les insectes volants et n’apprennent donc pas à picorer : les jeunes recueillis au centre doivent être nourris à la main, avec une pince, grillon par grillon. Et ce toutes les trois heures. «Les plumes, c’est toute leur vie, témoigne Elyssa Della Rovere en versant goutte à goutte une solution de réhydratation dans le bec d’un jeune martinet. S’ils ont des problèmes de carence et un plumage de mauvaise qualité, nous ne pourrons pas les relâcher.» À Faune Alfort, un animal qui ne peut pas être remis en liberté est, bien souvent, un animal qu’il faut euthanasier. En région parisienne, d’autres espèces qui nichent dans les bâtiments peuvent subir ces coups de chaud, comme les hirondelles ou les goélands. C’est aussi le cas des chauves-souris : «On a des juvéniles qui sortent des gîtes parce qu’ils ont chaud ou qui sont abandonnés par les mères lorsqu’elles veulent changer de gîte et que le petit est trop gros pour être emporté», détaille Nora Affejee, soigneuse et membre de l’association d’étude et de protection des chiroptères Azimut 230. En ce moment, la naturaliste passe ses journées – et ses nuits – à nourrir de lait une vingtaine de bébés pipistrelles (l’une des espèces les plus communes en France). Ces jeunes pensionnaires viennent s’ajouter aux dizaines d’animaux régulièrement victimes des activités humaines, du renard renversé par une voiture au pigeon piégé sur des plaques de glue anti-rats. Les deux tiers des individus recueillis par l’association sont directement victimes des activités humaines (collisions, destructions des habitats, pollutions…). Seul centre de soins «toutes espèces» en Île-de-France, Faune Alfort voit son nombre de patients augmenter d’année en année, tout particulièrement lors des pics de chaleur. Pour financer ces soins et les salarié·es qui les assurent, l’association repose essentiellement sur les dons – elle espère récolter 80 000 euros cet été. Une fois soignés, les animaux sont envoyés dans un vaste centre de réhabilitation à Mandres-les-Roses (Val-de-Marne), avant d’être remis en liberté. Excepté pour quelques espèces sensibles, ces sauvetages restent une «goutte d’eau», précise Servane Pater, qui travaille à la communication de l’association : «Les espèces que nous relâchons ne vont pas changer la biodiversité. Nous avons plutôt une conception à l’échelle de l’individu, pour réduire la souffrance des animaux sauvages.» «Et de sensibilisation, complète à ses côtés Cécile (elle n’a pas souhaité donner son nom), bénévole du centre. Les gens de bonne volonté qui nous amènent des bêtes sont très contents ; on leur explique, ils sont plus attentifs, et après ça fait tâche d’huile.» Texte intégral (1568 mots)


«La faune sauvage paie déjà un lourd tribut dû à ces températures extrêmes»


Chauves-souris allaitées, pigeons englués et «tâche d’huile»

Mathilde Picard
«Nous sommes au cœur d’une canicule historique.» Une phrase de Benoît Thomé, directeur des relations institutionnelles chez Météo-France, que l’on ne cesse d’entendre ces jours-ci tant l’épisode de chaleurs extrêmes que nous vivons ne cesse de battre des records. Ce mardi avait déjà franchi le cap de la journée la plus chaude jamais mesurée depuis 1947, avec 29,9 degrés Celsius (°C) sur 24 heures dans l’ensemble de la France hexagonale. Ce mercredi a été encore plus brûlant. À 17h45, Météo-France relevait 30°C en moyenne sur tout le territoire. Localement, de multiples records absolus ont été franchis ce mercredi après-midi : il a fait 43,6°C à Cazaux (Gironde), 42,2°C à Nantes (Loire-Atlantique), 41,6°C au Mans (Sarthe), 40,6°C à Paris ou encore 42,2°C à La Rochelle (Charente-Maritime). À partir de jeudi, la vigilance rouge canicule sera déclenchée dans 72 départements et l’alerte orange dans 14 autres, une situation jamais observée jusqu’ici. Il faudra attendre jeudi soir pour que les températures diminuent dans l’ouest de l’Hexagone. 11 départements en rouge passeront alors en alerte orange, mais ce changement s’accompagnera d’orages parfois très violents, avec des averses de grêle et de fortes rafales. L’air moins chaud en provenance de la façade atlantique peinera à gagner le reste de la France hexagonale vendredi, selon l’institut météorologique. «Les conditions caniculaires se maintiendront sur une grande partie du territoire ce week-end, avec des maximales de 40°C à 42°C, et des températures nocturnes encore très éprouvantes», a prévenu Benoît Thomé. «Cette canicule est d’une sévérité exceptionnelle, à des niveaux comparables à ceux de 2003», souligne le spécialiste. La semaine prochaine, les températures devraient être plus fraîches, avec seulement deux à trois degrés au-dessus des normales saisonnières, contre dix actuellement. Au-delà d’une semaine, les prévisions sont trop incertaines pour déterminer combien de temps encore cette chaleur se maintiendra sur l’Hexagone. «Il est très probable que les températures restent chaudes, indique Benoît Thomé, mais il est cependant difficile d’être plus précis sur l’occurrence d’une canicule.» Les chaleurs extrêmes de ces jours-ci entraînent une sécheresse des sols durable et généralisée dans le pays. 79 départements sont concernés par des restrictions d’usage de l’eau, qu’il s’agisse des ressources souterraines ou de surface. La sécheresse de la végétation rend les feux de forêts plus propices : deux départements (la Haute-Garonne et les Deux-Sèvres) atteignent un niveau de danger très élevé ce mercredi. Texte intégral (599 mots)



Marti Blancho
Ce lundi 22 juin, Jonathan*, 47 ans, traverse la grande cour du Centre de culture contemporaine de Barcelone (Espagne), avec sa fille de 4 ans dans une poussette. Sous les ombrières, la température est tout juste supportable. À l’intérieur du musée, l’espace frais dédié aux gamin·es du quartier n’est pas encore ouvert, alors Jonathan se dirige vers la place des Caramelles. Depuis l’année dernière, quatre grands asperseurs d’eau arrosent les petit·es qui y jouent toute la journée. «Il fait beaucoup trop chaud à la maison, alors on alterne entre la cour et la place, le matin. L’après-midi on va à l’espace pour enfants du musée, c’est gratuit», explique-t-il en épongeant la sueur qui perle sur son front avec une petite serviette. L’Espagne se trouve sous le même dôme de chaleur qui recouvre l’Hexagone, et tout le pays est en alerte canicule depuis ce week-end. Barcelone subit moins que d’autres villes, sans pour autant être épargnée, avec 34 degrés Celsius (°C) mesurés ce lundi. En soirée, le mercure peine à descendre sous les 25°C ; des nuits tropicales devenues la norme. Ici, dans le Raval, quartier surchauffé du centre-ville, ces lieux rafraîchis sont devenus indispensables. Sans eux, le quotidien des riverain·es parmi les plus pauvres de l’agglomération serait encore moins supportable en été. Entre les rues étroites et biscornues qui empêchent l’air de circuler, la forte densité de population et les petits appartements mal isolés qui se transforment en «bouilloires thermiques», difficile d’éviter la surchauffe. 92% des habitant·es du Raval sont exposé·es à un «risque de vulnérabilité climatique», selon une étude de l’institut Metropoli. À l’échelle de la ville, elles et ils sont plus d’un demi-million. La municipalité de gauche a pris la mesure du problème. Aujourd’hui, près de 500 «refuges climatiques» quadrillent la capitale catalane : bibliothèques, musées, marchés couverts, parcs et jardins, cours d’école ou encore sièges d’arrondissement. Ces espaces, choisis au sein des équipements publics ou privés, sont aménagés selon des directives précises. Un refuge climatique est gratuit et mesure au moins 50 mètres carrés (m2) en intérieur, ou 0,5 hectare en extérieur. Il doit proposer des sièges, de l’eau potable, être accessible aux personnes à mobilité réduite et maintenir une température confortable (autour de 26°C maximum dans les espaces climatisés). Tous sont recensés sur une carte mise en ligne par la Ville. Barcelone n’a pas attendu la dernière canicule pour multiplier ces havres de fraîcheur. Dès 2018, la municipalité pose les jalons de son «plan climat», avec une ambition claire : que chaque habitant·e puisse atteindre un refuge climatique en moins de cinq minutes à pied de son domicile. En 2020, le réseau est lancé avec 70 espaces. Six ans plus tard, il en compte sept fois plus. «Au début, 60% de la population étaient à moins de dix minutes d’un refuge. Aujourd’hui c’est 98% ; et 77% se trouvent à moins de cinq minutes», détaille avec fierté Irma Ventayol, directrice en charge de la résilience urbaine à la mairie de Barcelone et coordinatrice du réseau. L’inspiration vient d’outre-Atlantique : des cooling centers (centres de rafraîchissement) de Chicago (Illinois, États-Unis), mis en place après la canicule meurtrière de 1995. Les Barcelonais·es ont adapté ce modèle à la ville méditerranéenne, en s’appuyant sur «la forte densité d’équipements publics – centres civiques, maisons de retraite, bibliothèques – pour construire le réseau», précise Irma Ventayol. La cité catalane fait désormais figure de référence avec «l’un des réseaux de refuges et abris climatiques les plus vastes du monde», comme le souligne un article publié en mars dans la revue scientifique Nature climate change. À cinq minutes à pied du Raval, la bibliothèque de Sant Antoni est un autre de ces refuges prisés par les riverain·es. Au fond d’une allée, une dizaine d’enfants et leurs parents profitent du square adjacent, à l’ombre des arbres et des immeubles. Valeria*, 31 ans, y a amené son fils de 7 ans, concentré à remplir les douves de son château de sable. «On vient plusieurs fois par jour quand il n’y a pas école, et d’autant plus avec la chaleur, quand l’appartement devient insupportable», explique-t-elle, enchantée de pouvoir fuir son petit logement bouillonnant des pentes de Poble Sec. Plus loin, Alberto*, 38 ans, est venu avec son bébé de 7 mois et demi. Si l’appellation «refuge» est «trop catastrophiste» à son goût, il apprécie la densité du réseau et tous ses avantages : «C’est une excellente utilisation de l’argent public.» L’enjeu sanitaire est considérable. En 2025, 15 000 décès ont été attribués à la chaleur en Espagne. Dans l’Hexagone, Santé publique France en a calculé 5 700 l’été dernier, ainsi que 24 000 passages aux urgences liés aux fortes températures. Chaque année, elles causent en moyenne 460 000 morts prématurées dans le monde. «S’ils sont bien conçus, les refuges climatiques peuvent réduire cette mortalité», affirme Dominic Royé, chercheur en bioclimatologie au CSIC, l’équivalent espagnol du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). «Les derniers degrés de température extrême ont un effet exponentiel, avertit le scientifique. Pour chaque dixième de degré supplémentaire, le risque de mortalité est presque multiplié par quatre.» Ainsi, il insiste sur la nécessité, pour les pouvoirs publics, de traiter la chaleur comme un problème de santé publique, et non comme une question de responsabilité individuelle. Cependant, développer un réseau ne suffit pas : encore faut-il le déployer là où il est le plus nécessaire. Car si les arrondissements huppés se vident une fois venu l’été, les plus pauvres n’ont aucun moyen d’échapper à l’étouffante chaleur humide. «Tous les quartiers ne sont pas dans la même situation de vulnérabilité, rappelle Irma Ventayol. Nos cartes identifient les zones à plus fort risque : manque d’espaces verts, logements mal isolés, population âgée ou précaire. À mesure que le réseau s’étend, nous priorisons ces secteurs.» Le succès du modèle repose aussi sur une organisation interne rôdée. Depuis 2019, un groupe de travail municipal réunit les représentant·es de tous les services concernés (marchés, bibliothèques, urbanisme, action sociale…) afin d’identifier les équipements les plus adaptés. «Barcelone dispose de moyens conséquents et de techniciens formés, souligne Dominic Royé. En revanche, de nombreuses municipalités manquent de fonds. On a donc besoin de la collaboration de tous les échelons administratifs, et surtout que l’État central apporte son appui et ses ressources pour que ces projets essaiment ailleurs.» Bien que saluée à l’étranger, l’infrastructure catalane n’échappe pas aux critiques. L’an dernier, les usager·es déploraient les horaires restreints : de nombreux espaces fermaient le week-end, le dimanche notamment, ou à la pause du déjeuner, aux heures les plus chaudes de la journée. En août, l’habituelle fermeture de nombreux équipements publics avait accentué le problème. Une grève des agent·es des bibliothèques, qui réclament de meilleures conditions de travail et plus de personnel, limite déjà l’ouverture de certains refuges. La mairie garantit toutefois que 72% de la population disposera d’un refuge ouvert à moins de dix minutes à pied lors des dimanches d’août. La qualité des aménagements extérieurs fait aussi débat. «Les responsables politiques oublient parfois qu’ouvrir un espace vert ne suffit pas : il faut l’entretenir, l’arroser pour qu’il ne sèche pas, prévient Dominic Royé. Il faut également prendre en compte la circulation de l’air : un parc ne sera pas frais s’il est cerné par le bitume bouillant. Deux ou trois arbres ne font pas un refuge.» Quoi qu’il en soit, le modèle a séduit le gouvernement espagnol. Le 2 septembre 2025, l’exécutif a présenté un Pacte d’État face à l’urgence climatique, prévoyant la création d’un «réseau national de refuges climatiques», définis comme des «espaces sûrs, accessibles et répartis sur tout le territoire». Le 12 juin dernier, la ministre de la transition écologique, Sara Aagesen, a réaffirmé cet engagement lors de la présentation à Barcelone du Plan national d’adaptation au changement climatique 2026-2030. Le ministère n’a cependant pas répondu à nos questions sur l’avancée concrète de la mesure. En tout cas, plusieurs collectivités locales ont annoncé la mise en route de leur propre réseau pour l’été, dont certaines avec l’aide des services de l’État : Valence, Jérez, Bilbao, Saragosse, Valladolid… Signe que le modèle essaime. En France, les initiatives restent embryonnaires. L’Agence de la transition écologique (Ademe) a récemment mis en ligne une cartographie participative des refuges climatiques, tandis que la région Île-de-France en propose une autre. Ces outils recensent pêle-mêle des parcs, des commerces privés, des espaces payants et de rares bâtiments publics. Rien qui ne ressemble, pour l’heure, au réseau public coordonné et pérenne développé par Barcelone, une ville au budget près de trois fois inférieur à celui de Paris. *Ces personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille. Texte intégral (2001 mots)


La chaleur, un enjeu de santé publique

Priorité aux quartiers vulnérables

Un modèle bientôt national ?
Anne-Claire Poirier
Déjà critiqué pour ses réactions calamiteuses aux épisodes de chaleur qui se succèdent, le gouvernement aggrave encore un peu son cas avec la présentation ce mercredi, en conseil des ministres, d’un projet de loi «de relance du logement» au contenu mal à propos vu les températures. Ce texte, annoncé en avril par le premier ministre Sébastien Lecornu, vise à augmenter l’offre de logements en assouplissant plusieurs règles. L’une d’elles est l’interdiction faite aux propriétaires bailleurs de louer des logements mal isolés – qui se transforment en passoire l’hiver et en bouilloire l’été – tant qu’ils n’ont pas été rénovés. La mesure issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat a été votée au Parlement en août 2021 et est entrée progressivement en vigueur depuis 2023. Pour rappel, selon les chiffres du gouvernement lui-même, «60% des logements en location appartiennent à des propriétaires des 9ème et 10ème déciles de revenus», soit les 20% des Français·es les plus riches. À l’inverse, 45% des ménages exposés à la précarité énergétique sont des locataires qui n’ont pas la main sur ces travaux. Avec son projet de loi, le gouvernement prévoit donc de réautoriser la mise en location des logements classés F et G au diagnostic de performance énergétique (DPE). Ce, à condition que les propriétaires démontrent l’impossibilité de sortir du statut de passoire thermique ; ou s’engagent, via la signature d’un contrat avec une entreprise, à réaliser des travaux sous trois ans pour les maisons individuelles, et sous cinq ans pour les copropriétés. La location des logements classés G est interdite depuis le 1er janvier 2025 et celle des logements classés F devait entrer en vigueur le 1er janvier 2028. «Notre projet de loi va permettre la plus grande rénovation des passoires thermiques jamais engagée en France. C’est plus de 700 000 logements que nous allons rénover en donnant les moyens aux propriétaires de le faire !», s’est félicité le ministre du logement, Vincent Jeanbrun. Ce sursis accordé aux propriétaires convainc difficilement côté locataires, d’autant que la demande de la Fondation pour le logement des défavorisés de baisser les loyers en contrepartie de ce recul n’a, elle, pas été retenue par le gouvernement. «Vous avez chaud dans votre logement pendant la canicule ? Le gouvernement pense à vous», a ironisé la députée (La France insoumise) Clémence Guetté sur les réseaux sociaux. Rattrapé par l’actualité brûlante, l’exécutif tente de se raccrocher aux branches en promettant d’ajouter des mesures qui ne sont pas encore dans le texte. Il prévoit de reprendre un amendement déposé par Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) pour permettre aux copropriétés de voter l’installation de volets ou de stores à la majorité simple. Il compte également sur les parlementaires «pour faire voter un maximum de choses sur le confort d’été», a indiqué l’entourage du ministre du logement mardi. Le texte, transmis aujourd’hui à l’Assemblée, devrait être inscrit en séance à la rentrée. Le gouvernement espère une adoption au Sénat avant le budget, à condition de trouver une place dans un agenda déjà embouteillé. Texte intégral (769 mots)

Remettre les passoires en location
Le gouvernement promet de se rattraper, sur le tard
Loup Espargilière
Ma mère est née en juillet 1961. Elle a connu sa première vague de chaleur à l’âge de 3 ans, et sa deuxième à 14 ans. Elle m’a donné naissance en août 1990. J’ai vécu mes deux premières vagues de chaleur à l’été de mes 4 ans. À tout juste 4 mois, ma fille subit déjà son deuxième épisode caniculaire. Deux épisodes hors norme débutés… au printemps. Quand j’ai réalisé ça, j’ai été pris de sidération. Les vagues de chaleur sont le signe le plus visible de la crise climatique. Elles connaissent une accélération et une intensification brutales, exactement comme nous l’avaient annoncé les scientifiques du climat («Qui aurait pu prédire ?»). Voilà trente-cinq ans que les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont commencé à décrire ce qui nous attendait, avec une précision à peine croyable. Nous (nos dirigeant·es en premier lieu) savions pertinemment ce qu’il allait advenir chez nous, comme ailleurs. En France, où le climat se réchauffe plus rapidement que la moyenne de la surface du globe, plus de la moitié des vagues de chaleur recensées par Météo-France depuis 1947 se sont produites après 2000. Un phénomène qui apparaissait jadis une à deux fois par décennie survient désormais en moyenne deux fois… chaque année. Les causes sont parfaitement connues : notre consommation effrénée de biens et services est étanchée à grands renforts d’énergies fossiles. Tant que nous n’aurons pas fermé le robinet, les gaz à effet de serre continueront de s’accumuler dans l’atmosphère et d’aggraver la situation. Les décideurs politiques et le monde économique ont une responsabilité immense dans ce désastre. Les plus malintentionnés savent qu’ils peuvent compter sur notre amnésie collective pour continuer d’accélérer sur l’autoroute du chaos. Car, d’une génération à la suivante, nos repères glissent. Ce qui était rarissime autrefois (une canicule en juin) paraît presque normal à beaucoup d’entre nous aujourd’hui. D’une canicule à l’autre, nous oublions ce que nous avons subi quelques mois plus tôt. Ce mécanisme est vital, puisqu’il nous permet de continuer nos vies (presque) normalement. Mais il est aussi l’une des raisons pour lesquelles tant d’entre nous continuent d’élire celles et ceux qui nous mènent vers l’abîme. Et si, cette fois, nous arrêtions d’oublier ? Alors que 2027 arrive à grands pas et que rien n’est écrit, il est de notre rôle, chez Vert, de rafraîchir les mémoires et de faire exister dans le débat démocratique ces sujets cruciaux pour notre avenir. Celui de notre société et celui de nos enfants. Mettez l’écologie à la Une tous les jours avec nous : rejoignez les presque 15 000 membres du Club de Vert, qui nous aident au quotidien à informer le plus grand nombre. Texte intégral (618 mots)


Théo Mouraby
Alors que plus grand monde n’arrive à supporter le port d’une veste sous ces chaleurs caniculaires, le Rassemblement national (RN) n’a aucun mal à retourner la sienne. Depuis des années, le parti d’extrême droite alimente la défiance envers les scientifiques, coupables «d’exagérer» sur l’état du climat. Un discours qui n’a pas résisté à l’explosion des températures ces derniers jours. Thomas Ménagé, porte-parole du RN à l’Assemblée nationale, a reconnu dimanche que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), «en tant que données scientifiques, en tant que consensus scientifique, […] est incontestable». Ce même député, interrogé par France inter lors de la canicule d’août 2023, estimait pourtant que le Giec avait «parfois tendance à exagérer». «Il faut savoir dire en politique qu’on n’a pas été clairs et qu’on a même dit des bêtises», a admis Thomas Ménagé, dimanche toujours, au micro de France inter, France info et Le Monde. Reprochant au gouvernement son manque de préparation, Sébastien Chenu, vice-président du RN, était allé plus loin sur TF1 vendredi : «Il fallait avoir la capacité de se projeter, puisque ça fait longtemps qu’on a des rapports, notamment ceux du Giec, qui nous parlent de réchauffement.» Une accusation qui ne manque pas de sel quand on relit les publications sur les réseaux sociaux de plusieurs élu·es lepénistes, toujours prompt·es à décrédibiliser les expert·es du climat. «C’est de l’opportunisme», estime la chercheuse et autrice du dernier rapport du Giec, Yamina Saheb, pour qui le discours du RN a fait un «virage à 180 degrés». En 2023 encore, Marine Le Pen, la cheffe des député·es frontistes, estimait que «le Giec a toujours été très, très alarmiste». Aujourd’hui, face aux chaleurs exceptionnelles que subit la France, «ils ne peuvent plus dire qu’on est alarmistes», estime la chercheuse. Et de poursuivre : «Ce n’est plus nous qui disons : “Attention, on va vivre dans une France en surchauffe” ; là, c’est ce que tous les citoyens vivent.» Dimanche toujours, Sébastien Chenu en avait remis une couche sur France 3 : «Je vous rappelle que le Giec, dont on nous donne les conclusions régulièrement, prévoit [des hausses de températures] depuis très longtemps.» Des conclusions qu’il n’a, en apparence, pas lues. Chez Sud Radio, le 27 mai dernier, le vice-président du RN, qui est parfois critiqué au sein du parti pour ses gaffes dans les médias, avait estimé qu’on pouvait encore «discuter sur la part de l’homme dans ce changement climatique». Pourtant, le dernier rapport du Giec précise que les activités humaines sont, «sans équivoque», responsables du réchauffement de la planète. Il faut dire que le parti n’a pas été très enclin à rabrouer les sorties climatosceptiques de ses élu·es jusqu’ici. En 2024, Christophe Barthès, désormais maire de Carcassonne (Aude), moquait les scientifiques en prenant pour preuve des températures fraîches en Suède. «À cette heure, nous n’avons pas encore de commentaires du Giec», ironisait-il sur Twitter-X. Hervé de Lépinau, élu maire de Carpentras (Vaucluse) aux dernières municipales, vilipendait les «propagandistes du Giec». Son collègue, le député de la Côte-d’Or René Lioret, recommandait la lecture d’un livre climatosceptique sur «les 12 mensonges du Giec». Thomas Ménagé lui-même se demandait, dans un tweet de 2013 révélé par Vert, s’il existe «vraiment un réchauffement climatique». Enfin, symbole de ce revirement, le député Julien Odoul estimait que le gouvernement en faisait «beaucoup trop», en 2019, face à la canicule. Il l’invitait plutôt à s’intéresser à d’autres sujets «plus importants comme le réchauffement islamiste à la piscine de Grenoble avec une invasion de burkinis [sic]». Pour Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la transition écologique, «le Rassemblement national nous explique, dix jours par an, qu’il n’y a pas assez de financements sur l’adaptation au changement climatique et, les 350 jours restants, tape sur les politiques destinées à lutter contre les canicules et propose dans son contre-budget de diviser par deux les budgets qui leur sont consacrés.» Dans ses contre-budgets présentés pour les années 2025 et 2026, le RN envisage de nombreuses économies sur le dos de l’écologie : arrêt de financement des énergies renouvelables au profit des fossiles, suppression des agences publiques environnementales… Dans un autre registre, il a aussi déposé un amendement pour réduire de 460 millions d’euros le budget du Fonds vert, qui permet notamment la rénovation des écoles. Au Parlement européen ou à l’Assemblée nationale, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella s’emploie à détricoter les mesures environnementales comme le Pacte vert (cet ensemble de textes qui vise à atteindre zéro émission nette de gaz à effet de serre en Europe d’ici 2050) ou le dispositif zéro artificialisation nette (ZAN) des sols. Yamina Saheb conclut : «Vous ne pouvez pas dire : “On aurait dû écouter le Giec”et, pendant tout ce temps, faire des votes contraires à ce que dit la science.» Texte intégral (1256 mots)

Les «propagandistes du Giec»
«Des votes contraires à ce que dit la science»
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Actu-Environnement
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Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
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Décroissance (la)
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🌱 Printemps des Luttes Locales
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