Nicolas Beublet
L’odeur de fermentation s’échappe de la cuve. Au cœur d’un jeune verger de 180 arbres fruitiers, sept bénévoles ajustent les pulvérisateurs sur leur dos. «Pour que le produit sorte, il faut régulièrement pomper avec le bras gauche», conseille Lionel Lorente, viticulteur, plus habitué que les autres. En cette soirée de juin, elles et ils se sont donné·es rendez-vous pour un épandage ouvert à toutes et tous sur une ancienne parcelle de vignes traitée aux pesticides, rachetée par la commune de Gauriac (Gironde) en 2023. Une opération autofinancée à hauteur de 44 000 euros et soutenue par des aides du département et de l’État. Le soleil décline lentement sur les coteaux du Blayais. La parcelle, d’une superficie d’1,7 hectare, plonge doucement vers le fond du vallon. Les bénévoles s’apprêtent à épandre de la litière forestière fermentée, une préparation riche en champignons, levures et microbes à base de feuilles mortes et de végétaux en décomposition. Après avoir arraché les ceps et planté le verger, cette action régénère et améliore la fertilité du sol, après des décennies de viticulture intensive. L’initiateur de cette soirée d’épandage, Alain Vidal, déambule sur le coteau et enjambe les noues, sorte de tranchées creusées pour retenir l’eau, qui s’infiltre ensuite dans le sol. Sur la parcelle, tout est complémentaire, justifie cet habitant du village, la soixantaine, ancien viticulteur devenu conseiller en agroécologie : «On a planté du sorgho pour fixer le carbone. On couchera les plants en septembre pour les laisser se décomposer en matière organique dans le sol.» La parcelle communale dénote dans le paysage vallonné recouvert de vignes à perte de vue. «On a un beau paysage…, soupire Alain Vidal, vêtu d’une cotte de travail, mais qui ne fait plus vivre.» De nombreuses parcelles arrachées témoignent des effets de la crise viticole. «Ces jachères jaune citron» peinent Mirabelle Charpentier, ancienne élue du conseil municipal venue prêter main-forte pour l’épandage. Elle se souvient des prémices du projet : «En 2023, les propriétaires de la parcelle cherchaient à vendre, mais personne n’en voulait dans ce contexte.» Au même moment, le maire (Front de gauche) de l’époque, Raymond Rodriguez, répond à un appel à projet du département de la Gironde sur les «paysages girondins résilients». Il propose de construire une vitrine de diversification agricole dans un territoire de monoculture viticole. Ce projet coche une autre case chère à ce professeur de SVT : «Je voulais créer une zone tampon entre la vigne cultivée en agriculture conventionnelle et l’école.» Car la parcelle de vignes en question borde l’arrière de l’école du village. Une situation qui rappelle le scandale de Villeneuve, à quelques kilomètres d’ici. Le 5 mai 2014, une vingtaine d’enfants et leur institutrice ont été victimes de malaises dans leur école du Blayais, après l’épandage de pesticides par deux châteaux voisins. En Gironde, la surexposition aux pesticides est généralisée. Y compris pour les enfants. D’après une enquête du Monde publiée en décembre 2025, 112 écoles du département figurent parmi les 500 plus exposées aux pesticides en France. L’école de Gauriac n’y échappe pas. En 2021, des relevés atmosphériques ont été effectués dans la cour par l’association anti-pesticides Générations futures. À la lecture des résultats, début 2023, le maire n’a pas été surpris : «Ils ont trouvé ce qu’ils devaient trouver, des pesticides en quantité non négligeable. En particulier le folpel [un fongicide cancérogène possible pour les humains, très utilisé dans la vigne, NDLR] et d’autres plus anciens comme le lindane, insecticide interdit depuis 1998 mais qui a une rémanence longue.» Localement, l’omerta persiste, d’après Sylvie Nony, de l’association girondine Alerte pesticides : «Il y a une grosse pression pesticides dans le Blayais, mais il ne faut pas en parler, comme si ça n’existait pas.» Valérie*, salariée de la cantine et de la garderie de l’école depuis sept ans, croisée devant le portail avant le chantier participatif d’épandage, parle «d’inconvénients» au sujet des pesticides, et s’émeut surtout de voir les vignes être arrachées partout dans le Blayais. Vanessa Broc, présidente de l’association des parents d’élèves de l’école, salue de son côté le fait «d’éviter d’avoir tous ces rejets autour de l’école». Si ce projet répond à une question de santé publique, il entend aussi expérimenter des solutions pour l’agriculture. Grégory Epaud accompagne la commune pour le syndicat de rivière du Moron, qui gère neuf cours d’eau sur le territoire. «Sur la parcelle communale, on a planté des végétaux qui pourraient être complémentaires de la culture de la vigne, tout en étant en accord avec les terroirs locaux, l’ensoleillement… et sans avoir besoin de traitement, ou peu. On a planté de l’amélanchier, par exemple», explique-t-il. Le projet inclut des journées techniques à destination des viticulteur·ices, en partenariat avec les instances viticoles et la chambre d’agriculture, qui sont également partie prenante du comité de pilotage. À travers cette expérimentation, le syndicat de rivière suit l’évolution de la biodiversité et de la qualité physico-chimique des sols. Le technicien paysagiste poursuit : «Il y a trois ans, on a retrouvé un pourcentage satisfaisant de matière organique et de carbone, mais aussi la présence de métaux lourds : du cuivre, du fer, du manganèse… et la présence étonnante de DDT, un pesticide interdit en 1972, en bas de la parcelle.» À cet endroit se trouve aujourd’hui une mare «de 50 mètres carrés», commente Alain Vidal. Des traces de sangliers sont visibles dans le fond argileux, qui n’est pas encore en eau. Le conseiller en agroécologie poursuit son inspection du terrain vers un espace clôturé, laissé en libre évolution : «On a de la folle-avoine, c’est intéressant. De toute façon, il n’y a pas de mauvaises herbes, que des plantes qui donnent des indications sur l’état du milieu.» «On veut être un petit relais pour montrer que la diversification est possible sur nos terroirs, en travaillant sur la régénération des sols et sans pesticides», espère-t-il. Lui, l’ancien vigneron en conventionnel, qui traitait ses cultures avec du glyphosate, sait que les déclics peuvent être longs : «Quand tu gagnes des ronds, pourquoi se remettre en cause ? La grande limite de l’agroécologie, c’est la lenteur. On avance au rythme des champignons et des vers.» La litière forestière fermentée est épandue. Alors que le soleil disparaît derrière les vallons, le groupe se dirige vers le hangar des services techniques pour laver les outils. Pour la prochaine fois, Alain Vidal a déjà une idée : «Si ça vous dit, on s’amène un petit quelque chose à manger et à partager ?» *La personne interrogée n’a pas souhaité donner son nom. Texte intégral (1574 mots)


«On a un beau paysage… mais qui ne fait plus vivre»

Surexposition aux pesticides et omerta

Une parcelle expérimentale
«On avance au rythme des champignons et des vers»
Lilou Hiver
S’il y a bien une chose que l’on peut reconnaitre au sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains), c’est qu’il est tenace. Son amendement pour réintroduire l’acétamipride et le flupyradifurone, deux insecticides interdits en France mais autorisés ailleurs en Europe, a été validé dans la nuit de lundi à mardi par le Sénat dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole (LUA). En approuvant, à 183 voix contre 129, ce nouveau volet du projet de loi, les sénateur·ices ont ressuscité, à l’initiative de la droite et des centristes, une partie des mesures de la loi Duplomb, partiellement censurée en 2025 par le Conseil constitutionnel. Ce dossier avait provoqué une fracture au sein de la classe politique mais aussi dans la population. En juillet dernier, plus de deux millions de Français·es avaient signé une pétition pour s’opposer au texte. En janvier, le sénateur-agriculteur a déposé une nouvelle proposition de loi (dite «Duplomb 2»), plus conforme – selon lui – aux exigences des «Sages» concernant la charte de l’environnement. Ce nouveau texte n’a toujours pas été examiné par le Sénat, mais l’élu de Haute-Loire n’a jamais caché son intention de l’insérer par voie d’amendement dans le projet de LUA. «Nous sommes les seuls à interdire des molécules en Europe depuis plus de dix ans. On tue à petit feu notre production française de fruits pour finir par importer en masse ces mêmes fruits, produits avec ces mêmes molécules», a justifié Laurent Duplomb, corapporteur de cette loi d’urgence. Une «hypocrisie» qui affaiblit certaines filières comme la betterave, la pomme, la cerise et la noisette, d’après lui. Les dérogations cibleraient d’ailleurs précisément ces filières en difficulté, une rédaction jugée «proportionnée», selon ses défenseur·es. De l’autre côté de l’hémicycle, la gauche a crié à la «surenchère pro-pesticides» et à l’«acharnement», relayant les inquiétudes d’associations de défense de l’environnement
indignées face à la perspective de voir réintroduit l’acétamipride, néonicotinoïde toxique pour la biodiversité et potentiellement pour la santé humaine. Le sénateur écologiste Daniel Salmon a fustigé «un gigantesque renoncement», le socialiste Jean-Claude Tissot dénonce quant à lui un «retour en arrière inacceptable». Également opposé à cette mesure, le gouvernement a exprimé ses inquiétudes quant au risque de compromettre l’adoption de l’ensemble du projet de loi avant la fin de l’été. «Ce que je crains, c’est que cette question est tellement virulente qu’elle pourrait emporter le texte tout entier», s’est inquiétée la ministre de l’agriculture, Annie Genevard. «On ne nous le pardonnerait pas dans les fermes», avait-elle déjà prévenu un peu plus tôt. «Lorsque des doutes sérieux existent sur les effets d’une substance pour la santé humaine ou pour la biodiversité, notre responsabilité est d’agir avec prudence», a souligné la ministre de la transition écologique, Monique Barbut. Ce point sera au cœur des négociations à venir entre les député·es et les sénateur·ices, qui seront chargé·es mi-juillet de trouver un terrain d’entente sur ce texte lors d’une commission mixte paritaire (CMP). Ce volet sur les insecticides est loin d’être le seul irritant du texte, d’autant que le Sénat, dominé par la droite, promet des mesures controversées sur plusieurs points clés comme la gestion de l’eau et la prédation du loup. Celles-ci ont embarrassé Monique Barbut, qui a constaté certains «reculs» dans la copie des parlementaires, les appelant lundi à rétablir «l’équilibre» du texte. Dans un discours à la tonalité beaucoup plus conciliante, Annie Genevard a réfuté l’existence de «reculs environnementaux» dans le texte proposé par le Sénat. Au sortir d’une canicule exceptionnelle, un dense volet sur l’eau risque de faire parler ces prochains jours. Il prévoit d’atténuer les obligations environnementales nécessaires à la construction d’ouvrages de stockage (mégabassines). Autre pan très discuté du texte, les moyens offerts aux éleveur·ses pour se protéger du loup, avec la suppression d’une autorisation préalable requise pour effectuer des tirs de défense lors d’attaques sur les troupeaux. Le gouvernement portera des amendements pour supprimer plusieurs de ces ajouts. Plus de 800 doivent encore être examinés, présageant de longs débats qui devraient se dérouler jusqu’à la fin de la semaine, avant un vote sur l’ensemble du texte. Texte intégral (980 mots)

«Un gigantesque renoncement»
De longs débats à venir
Esteban Grépinet
Les succès de l’équipe de France contre les «lions de la Teranga» du Sénégal et les «lions de Mésopotamie» de l’Irak, l’exploit des «requins bleus» du Cap-Vert face à l’Espagne, la qualification historique des «éléphants» de la Côte d’Ivoire en phases finales… La Coupe du monde de football 2026 bat son plein depuis deux semaines, et la biodiversité est partout dans cette compétition pourtant bien peu écologique. «Les équipes de sport mobilisent l’imaginaire animal pour différentes raisons, retrace Ugo Arbieu, socio-écologue à l’université Paris-Saclay. Souvent pour des critères esthétiques, comme les “zèbres” de la Juventus de Turin et leur maillot noir et blanc. Aussi pour un héritage culturel : les ducs de Bretagne utilisaient l’hermine dans leurs armoiries, ce qui a inspiré beaucoup de logos locaux comme celui du Stade rennais. Ou pour représenter des caractéristiques qu’on veut donner au club : puissance, agilité, rapidité…» La marchandisation du secteur a beaucoup joué, complète le chercheur : «Quand le sport s’est professionnalisé, il a fallu créer des marques, des logos, des symboles qui génèrent de la valeur et des revenus.» De ce constat, le scientifique a créé avec d’autres le projet The Wild league («La Ligue sauvage», en anglais), destiné à sensibiliser les supporteur·ices et à encourager les clubs et fédérations à financer la protection de ces espèces omniprésentes dans leur imaginaire. À l’occasion de la Coupe du monde de football 2026, qui se déroule en Amérique du Nord du 11 juin au 19 juillet, les scientifiques ont calculé qu’un peu plus de la moitié des 48 sélections qualifiées pour la compétition ont un animal ou une plante comme symbole (sur leur maillot ou dans leur surnom). Parmi ces espèces, treize sont menacées de disparition à l’échelle de la planète. Oubliez Messi, Ronaldo et Mbappé : la star de la Coupe du monde, c’est incontestablement le lion. Le fauve, symbole de puissance et de domination, est le symbole de neuf équipes qualifiées. C’est le cas du Maroc, du Sénégal et de l’Irak, mais aussi de contrées où l’espèce n’a jamais vécu : l’Angleterre (les joueurs sont d’ailleurs surnommés les «Three Lions»), l’Espagne, la Norvège, la République tchèque… Pourquoi ce tropisme européen ? Selon l’historien Michel Pastoureau, l’Église catholique a imposé le lion comme «roi des animaux» au cours du Moyen Âge, afin de détrôner l’ours, trop païen à son goût. Le symbole s’est installé dans les cours royales, et se retrouve encore aujourd’hui sur de nombreux blasons nationaux, comme celui de l’Espagne. «En Europe, on a quasiment exterminé tous les prédateurs de nos écosystèmes, ajoute Ugo Arbieu. Nous empruntons nos symboles dans des écosystèmes lointains, où ils disparaissent eux aussi.» «Depuis que Sadio Mané est né, nous avons perdu quasiment 50% des populations de lions en Afrique.» Pantera leo est classé «en danger» dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). «Depuis que Sadio Mané [star de l’équipe du Sénégal, NDLR] est né, nous avons perdu quasiment 50% des populations de lions en Afrique, a calculé Ugo Arbieu. En imaginant que la surface d’un terrain de foot représente l’aire de distribution originelle des lions, à l’heure actuelle ils n’existeraient plus que dans le rond central.» Certaines sous-espèces ont même déjà disparu à l’état sauvage, à l’image du lion de l’Atlas, surnom bien connu des footballeurs marocains. Parmi les espèces symboles de la Coupe du monde, le lion n’est pas le seul à être menacé. On peut citer l’éléphant de savane d’Afrique, symbole fort de la Côte d’Ivoire. Le pachyderme est lui aussi «en danger» d’extinction à l’échelle de la planète. La population ivoirienne s’est effondrée au cours du 20ème siècle à cause de la chasse et de la déforestation, et il ne reste aujourd’hui plus que quelques centaines d’individus dans le pays. Du côté des fauves, la République démocratique du Congo a pour emblème le léopard d’Afrique, classé «vulnérable» sur la liste rouge mondiale. Qualifiés pour les seizièmes de finale, les joueurs de la sélection ont d’ailleurs débarqué aux États-Unis avec des tenues… motif léopard. L’équipe de Corée du Sud arbore quant à elle un tigre sur son maillot. Symbole national du pays, le tigre de Sibérie y a pourtant disparu depuis des décennies – seules quelques centaines d’individus survivent à l’extrême-orient de la Russie. Symboles de puissance et d’agilité, les rapaces ne sont pas en reste, avec le condor des Andes – stylisé sur le maillot de l’Équateur – ou encore le faucon sacre, symbole national de l’Arabie saoudite. Éliminés dès les phases de poules, les «faucons verts» pourraient aussi voir disparaître leur emblème : l’oiseau est «en danger» à cause des captures illégales et de la dégradation de son habitat. Chez les autres mascottes du football mondial, certaines sont aussi de précieux témoignages de la richesse de la biodiversité. C’est le cas des espèces endémiques, qui ne vivent que dans une zone géographique précise : le kangourou et l’émeu, animaux emblématiques de l’Australie, ou encore la fougère argentée de Nouvelle-Zélande. Symbole national repris de la culture maorie, cette plante se retrouve aussi sur le maillot des célèbres rugbymen et rugbywomen «All Blacks». Un autre végétal affiche ses ramages sur les terrains de football : la protée. Fièrement arborée par l’Afrique du Sud, qui s’est qualifiée pour la première fois de son histoire en phase finale, cette majestueuse fleur est devenue le symbole des sélections nationales depuis la fin de l’apartheid (elle s’est ajoutée au springbok). Il en existe plus de 300 variétés, dont la moitié sont aujourd’hui menacées de disparition. «Des milliers d’insectes et d’oiseaux ont des relations spécialisées avec ces plantes, complète Ugo Arbieu. Si elles disparaissent, c’est l’écosystème qui s’effondre.» D’autres espèces moins menacées mais toutes aussi passionnantes peuplent cette Coupe du monde. C’est le cas des «fennecs» de l’Algérie, typiques des déserts du Sahara, des «requins bleus» du Cap-Vert, une espèce de squale encore très répandue, ou encore des «loups» de l’Ouzbékistan. Allemagne, Tunisie, Mexique… Plusieurs sélections arborent aussi des aigles royaux, classés en «préoccupation mineure» à l’échelle du globe par l’UICN, mais dont les populations restent localement sensibles aux destructions d’habitats, aux empoisonnements ou encore aux électrocutions. Dans les curiosités animales du football mondial, on peut enfin citer les espèces domestiques, comme le fameux coq de l’équipe de France et le canari brésilien, ou encore l’étonnant corbeau à trois pattes du Japon – une créature issue de la mythologie locale. Au-delà de la Coupe du monde, de nombreux clubs sportifs ont des espèces animales ou végétales comme symboles, à découvrir sur cette carte interactive du projet The Wild league. Texte intégral (1678 mots)

Pays-Bas, Maroc, Angleterre, Sénégal… Le lion, roi des symboles
Léopards du Congo, condors de l’Équateur ou tigres de Corée : d’autres animaux emblématiques menacés
Fougères endémiques, requins bleus et corbeau à trois pattes
Zoé Moreau, Lilou Hiver
Après une succession de rendez-vous aux tribunaux, le feuilleton judiciaire du controversé chantier de l’autoroute A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) touche à sa fin. Ce lundi, le Conseil d’État a rejeté les recours des associations opposées au projet – parmi lesquelles France nature environnement Occitanie-Pyrénées et Notre Affaire à tous. Dans une opération de la dernière chance, les anti-A69 avaient saisi la plus haute juridiction administrative française en fin d’année dernière, dans l’espoir qu’elle annule la décision de la cour administrative d’appel de Toulouse du 30 décembre 2025, qui avait validé le projet en deuxième instance. Finalement, le Conseil d’État a bien donné raison à la cour administrative d’appel et a reconnu la «raison impérative d’intérêt public majeur» (RIIPM) accordée au projet d’autoroute. Cette «carte joker» était au cœur des débats judiciaires. Elle permet à un projet portant atteinte à la biodiversité de s’affranchir du principe de protection des espèces lorsqu’il est jugé suffisamment important pour le développement économique, social ou sécuritaire d’un territoire. Ici, la RIIPM autorise l’atteinte à 157 espèces animales protégées présentes sur le tracé. Le Conseil d’État a estimé qu’il n’était pas nécessaire de prouver «une situation critique d’enclavement» ou un «décrochage démographique et économique» pour justifier d’une RIIPM. Et que la reconnaissance de son «utilité publique» suffisait. Il a ainsi rappelé que le projet autoroutier répondait bien à quatre objectifs distincts : «réduire le temps de trajet entre Castres et Toulouse, améliorer le cadre de vie des riverains, procurer un gain de sécurité routière et contribuer au développement de l’agglomération castraise». Pour l’institution, «aucune alternative au projet ne répond de manière efficace aux objectifs». L’option ferroviaire ne présenterait pas un niveau de desserte équivalent, notamment au regard des investissements nécessaires. Quant au passage de la route nationale en deux fois deux voies, il n’offrirait pas, selon les juges, des résultats comparables en matière de temps de parcours, de sécurité routière et d’effets sur le cadre de vie des riverain·es. «L’avis du Conseil d’État est ahurissant, confie à Vert Thomas Digard, du collectif d’opposant·es La Voie est libre. C’est une jurisprudence catastrophique qui s’assoit sur le droit européen. La justice n’existe plus.» Il craint que cette décision ne permette à l’avenir à la cour d’appel de valider des projets sans démontrer de véritable raison impérieuse. Les associations de défense de l’environnement dénoncent depuis 2023 les destructions de zones humides, de terres agricoles, d’arbres, d’écosystèmes et de nappes phréatiques liées à la construction de ce segment autoroutier de 53 kilomètres censé raccourcir d’une vingtaine de minutes le trajet entre Toulouse et Castres (qui nécessite aujourd’hui environ 1h15 de voiture). Face à cette décision qu’il juge contraire au droit de l’Union européenne et à sa directive Habitats, le collectif La Voie est libre envisage de saisir la Cour de justice de l’Union européenne. Texte intégral (710 mots)

«Aucune alternative ne répond de manière efficace aux objectifs»
La cour européenne de justice comme dernier espoir ?
Mathilde Picard
«Météo-France nous indique qu’il y a de fortes probabilités pour qu’à partir de la semaine d’après [celle du 6 juillet, NDLR] nous revenions à des chaleurs extrêmes jusqu’au 14 juillet», a affirmé la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, au micro de France inter mercredi dernier. Ce jour-là, la France a vécu un record de température jamais mesuré depuis 1947. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a aussitôt tempéré : «Il faut être extrêmement prudent en parlant de prévisions météorologiques.» Météo-France réalise des prévisions pour les six jours à venir afin que les modèles météorologiques soient les plus fiables possibles. Au-delà, l’institut établit plusieurs scénarios envisagés, puis définit, au fil du temps, le plus probable. L’annonce de la ministre a suscité l’inquiétude au sein de la population et embrasé les réseaux sociaux. Le compte @Dormiraucourant et ses 926 000 abonné·es sur Instagram a par exemple annoncé jusqu’à 45°C pour la semaine prochaine. Météo-France s’est empressée de répondre en commentaire que la situation était encore trop imprécise pour de telles affirmations. La Chaîne météo, une agence de prévisions privée, a renchéri : «Personne ne peut être aussi précis à cette échéance.» «Nous voyons circuler sur les réseaux sociaux des prévisions de températures allant au-delà de la semaine prochaine», a mis en garde Météo-France dimanche. L’établissement public a réaffirmé que, «pour la semaine du 6 au 13 juillet, le scénario de fortes chaleurs sur le pays devient plus probable, mais l’intensité précise de ces fortes chaleurs reste à ce stade incertaine». «La question posée à la ministre portait sur le scénario auquel le gouvernement se prépare, justifie-t-on dans son entourage.Les scénarios de préparation du gouvernement s’appuient naturellement sur les prévisions de Météo-France, mais ils vont au-delà de l’horizon des prévisions météorologiques afin d’anticiper les différentes situations auxquelles le pays pourrait être confronté.» Il y a bien une configuration météorologique favorable au maintien de fortes chaleurs, avec la poursuite de conditions anticycloniques. «Toutefois, il y a moins de 5% de probabilité d’avoir des températures extrêmes pires que la semaine dernière, c’est la même probabilité que l’on vive un scénario frais proche des normales de saison», explique à Vert Sébastien Léas, prévisionniste à Météo-France. «On s’attend à un scénario chaud dès vendredi, explique-t-il. Mais on ne peut pas encore quantifier cette chaleur, alors on ne va pas annoncer des extrêmes à ce stade comme ceux qui parlent de 45°C, ça ne sert à rien de faire peur, ce ne serait pas en accord avec notre rigueur scientifique.» Malgré la fin de la vigilance rouge canicule, la vague de chaleur se poursuit encore en ce début de semaine. Les températures restent au-dessus des normales de saison, selon Météo-France, entre +1 degré Celsius (°C) et +3°C – contre +10°C en moyenne la semaine passée. A Paris par exemple, on attend 29°C mardi contre un moyenne saisonnière à 25°C. Ce lundi, cinq départements sont toujours en vigilance orange canicule : la Corse-du-Sud, la Haute-Corse, les Alpes-Maritimes, le Var et les Alpes-de-Haute-Provence. La fraîcheur retrouvée par endroits s’accompagne d’orages violents : 36 départements ont été classés en vigilance jaune pour ce risque. Texte intégral (731 mots)

Raphaëlle Vivent
Depuis plusieurs années, la peinture est régulièrement pointée du doigt pour sa contribution à la pollution de l’air intérieur. «A+», «biosourcées», «dépolluantes»… Les fabricants multiplient les appellations et les promesses, mais que valent-elles réellement ? Comme les vernis, colles et sols en PVC, la peinture contient des composés organiques volatils (COV) : plusieurs milliers de substances chimiques contenant du carbone et de l’hydrogène, qui s’évaporent très facilement à température ambiante. Même à faibles concentrations, ces composés peuvent provoquer des maux de tête, des nausées et des irritations. Certains sont plus problématiques : le benzène et le formaldéhyde sont classés cancérigènes par le Centre international de recherche contre le cancer (Circ), tandis que les éthers de glycol perturbent la reproduction. Les émissions sont les plus critiques durant les premières heures suivant l’application, mais les COV peuvent persister plusieurs semaines, voire plusieurs mois à l’intérieur. Sur le plan environnemental, ces composés contribuent à la pollution de l’atmosphère en formant l’ozone troposphérique, un gaz à effet de serre et un polluant majeur qui se constitue dans la basse atmosphère. Et certaines peintures contiennent des solvants chimiques et des métaux lourds, qui souillent l’eau lors du nettoyage des outils. Toutes les peintures contiennent des solvants (qui apportent la fluidité) et des résines (qui lient les éléments entre eux), ainsi que des pigments et des additifs. Toutefois, la présence d’ingrédients d’origine fossile et les émissions de COV varient grandement selon le type de produit. Peintures glycéros. Composées de solvants à l’huile minérale et de liants glycérophtaliques issus de la pétrochimie, ces peintures sont très couvrantes et résistantes. Elles émettent entre 30 et 100 grammes par litre (g/l) de COV. Jugées polluantes, leur utilisation a fortement diminué ces dernières années. Peintures acryliques. Elles représentent la majorité des peintures vendues. Leurs solvants sont à base d’eau (aqueux), ce qui les rend globalement moins nocives pour la santé et l’environnement. Elles émettent en moyenne moins de 10 g/l de COV. Cependant, leur liant acrylique reste issu de la pétrochimie. Peintures alkydes. Ce sont des hybrides entre les deux systèmes précédents (solvants aqueux et glycéro). Plus résistantes aux chocs et à l’humidité que les acryliques, elles émettent davantage de COV, jusqu’à 30 g/l. Peintures biosourcées. À solvant aqueux, elles se distinguent par un liant d’origine végétale (algues ou résidus de sylviculture, par exemple). Elles émettent peu de composés organiques volatils, parfois moins de 1g/l : «Comme tout produit à base d’eau, elles contiennent des biocides, pour éviter le développement de bactéries au contact de l’air. Elles ne sont donc pas 100% naturelles, mais elles restent une bonne alternative pour la qualité de l’air et l’environnement», explique Fabrice Santamaria, membre du Réseau environnement santé et directeur des affaires publiques chez le fabricant de peinture Unikalo. Peintures minérales. À base de chaux, silicate de potassium ou argile, elles contiennent très peu d’ingrédients pétrochimiques et émettent également peu de COV. Souvent plus respirantes, elles offrent cependant un rendu moins lisse. Les peintures sont classées de C à A+ selon les COV émis. La catégorie A+ garantit moins de 5 g/l 28 jours après l’application sur la surface, et concerne la majorité des peintures vendues. Cependant, des tests récents de Que Choisir ensemble (2023) et 60 Millions de consommateurs (2026) ont révélé que de nombreuses peintures A+ affichaient des niveaux de COV plus élevés que prévu, voire qu’elles contenaient des liants dangereux (éthers de glycol, aldéhydes). Les associations estiment donc que cette classification est trompeuse. Pour Fabrice Santamaria, «il peut être judicieux de se tourner vers les labels, qui sont plus exigeants». Parmi les principaux : NF Environnement et l’Ecolabel européen, qui limitent les COV et les ingrédients toxiques, cancérogènes, mutagènes ou toxiques. Nature Plus interdit les ingrédients toxiques et impose des taux maximum de produits issus de la pétrochimie pour les peintures végétales et minérales. Excell zone verte contrôle strictement les COV et interdit certains pesticides dans la composition. Enfin, certaines peintures se présentent comme «dépolluantes». Elles utilisent la photocatalyse : sous l’action de la lumière, par rayonnement ultraviolet, certains polluants seraient capturés et dégradés. L’Agence de la transition écologique (Ademe) déconseille cependant leur achat, car les conditions d’efficacité nécessaires (air peu pollué, lumière suffisante, circulation d’air adéquate) sont rarement réunies dans nos intérieurs. «Ces peintures fonctionnent, mais sur un temps limité qui va dépendre de leur formulation, souligne Fabrice Santamaria. Et, dans certains cas, ces gammes peuvent même être plus polluantes que d’autres, car l’additif qui permet l’effet dépollution, même en proportion minime, est lui-même source de pollution potentielle.» Quelle que soit la peinture choisie, il est important d’appliquer certaines mesures de protection : port de gants et d’un masque lors de la pose du produit, avant une aération de la pièce en continu pendant plusieurs heures. Attention également à ne pas réintégrer la salle peinte immédiatement, surtout s’il s’agit d’une chambre à coucher. On laisse passer 48 heures minimum, voire davantage selon la composition de la peinture. Texte intégral (1163 mots)

Les différents types de peinture
Comment bien choisir : classification et labels
Pierre-Yves Lerayer
À 80 ans, Claudine Lagoutte, retraitée, est apaisée devant la mort. Sa seule préoccupation : que fera-t-on de son corps après son décès ? «Mon rêve est de finir dans la terre pour la nourrir, mais les cimetières et les crématoriums ne sont pas écolo du tout», expose celle qui est sociétaire d’une coopérative funéraire à Bordeaux (Gironde). Même chose pour Gérard Castric, 71 ans, qui trouve aberrant «d’allumer une chaudière pour [le] cramer», ou de lui «injecter des produits dans le corps qui se retrouveront dans la terre». Ce Nantais est membre de l’association Humo sapiens, dont le but est de rendre la terramation (la transformation des dépouilles en humus) accessible en France, tant légalement que culturellement et techniquement. Pourtant, l’inhumation et la crémation sont actuellement les deux seules options légales dans de nombreux pays en Europe et dans le monde. Des méthodes régulièrement dénoncées pour leurs aspects énergivore et peu écolo, notamment à cause de la fabrication des caveaux en béton, des diverses importations de matériaux depuis l’Asie (granit, bois exotique…) ou encore de l’énergie consommée lors de la crémation. Une récente étude estime ainsi qu’une inhumation et une crémation rejettent respectivement l’équivalent de 620 et 649 kilos de CO2 équivalent (cérémonie comprise) en moyenne, la même chose qu’un aller-retour Paris-Lisbonne en avion. «Se faire enterrer ou inhumer a bien peu de chances de nourrir une quelconque terre, martèle Claudine Lagoutte, qui souhaiterait au contraire que son corps continue de participer au cycle du vivant. Pour cela, il n’y a pas mieux que le compost.» Un souhait partagé par Gérard Castric, prêt à se porter volontaire «pour toute proposition autre que le cimetière ou la crémation». Justement, une première expérimentation autorisée sur des corps humains est mise en œuvre au CHU de Genève (Suisse) depuis début 2026, afin de mener les premiers tests du protocole de «biocompostage funéraire» sur de vrai·es donneur·ses. Il s’agit de placer le corps dans une butte de compostage, sans cercueil, pour qu’il se dégrade naturellement. Cette méthode de sépulture à même le sol est l’une des différentes techniques de terramation. Interdite en Europe, elle séduit de plus en plus, notamment pour son intérêt écologique, comme en témoigne le nombre croissant de sympathisant·es de l’association Humo sapiens. Dans le Lot, Lucie Salmon, 29 ans, a découvert le concept en 2018 par le biais de la fondation belge Métamorphose, qui se fixe pour objectif de le rendre légal. «Notre législation est en grande partie basée sur des notions hygiénistes du 19ème siècle, selon lesquelles plus on enterre profond, plus on évite les miasmes», estime-t-elle. Or les cimetières observent aujourd’hui la difficile décomposition des corps qui y reposent, enfermés dans des caveaux et privés d’oxygène. Les corps libèrent par ailleurs des substances organiques, des microbes et des polluants issus de produits chimiques funéraires (comme le formol, les vernis des cercueils, etc.) qui peuvent s’infiltrer dans le sol, voire contaminer les nappes phréatiques. Même constat pour l’Iséroise Marjolaine Camus, 39 ans, qui a commencé à se questionner sur la mort en 2022, lorsqu’on lui a diagnostiqué un cancer. «Je n’avais pas peur de la mort mais je n’étais pas d’accord avec la façon dont on traitait les corps», rembobine-t-elle, davantage réconfortée par l’idée que son enveloppe corporelle puisse «continuer de vivre dans d’autres êtres vivants plutôt que de pourrir dans un caveau en béton». «L’ambition, avec la terramation, c’est qu’au bout de quelques mois, un an maximum, le procédé de décomposition en humus soit totalement accompli», complète Pierre Berneur, fondateur et directeur d’Humo sapiens. En Suisse, l’équipe du professeur Vincent Varlet, en charge de l’Institut suisse de taphonomie humaine (l’étude de la décomposition du corps humain), qui mène l’expérimentation de biocompostage funéraire, cherche à démontrer si cette technique permet bel et bien une décomposition saine et rapide, quelles que soient les conditions du milieu extérieur. Pour cela, une plateforme de dons de corps a ouvert fin 2025, à destination des Helvétiques résidant en Suisse, et a déjà été complétée par plusieurs dizaines de volontaires. En revanche, seule une petite dizaine de corps pourront intégrer le protocole, au rythme de quatre ou cinq par an. «Nous sommes une petite structure et nous voulons maîtriser tous les paramètres de façon objective et rigoureuse, explique Vincent Varlet. Avec six à dix corps, on aura déjà une réponse sur les fonctionnements, les limites et les améliorations possibles de la méthode.» Concrètement, les corps étudiés reposeront dans un terrain dédié et tenu secret, sur 30 centimètres de compost, avant d’être recouverts par du broyat végétal pour que la sépulture soit bien oxygénée. Divers capteurs permettront de mesurer les constantes, notamment l’oxygène et l’eau : l’idée est de «simplifier au maximum le design, sans trop de technologie, pour qu’il puisse être facilement déployable», ambitionne le chercheur. Au bout de huit à dix mois de décomposition, les composts produits seront analysés afin de «caractériser la salubrité de la matérialité funéraire». En clair, il s’agira de contrôler la présence d’agents pathogènes ou encore de métaux lourds dans l’humus produit. Mais «que faire du terreau finalement récupéré ?, questionne Vincent Varlet, qui craint de potentiels risques éthiques. Nous devons établir des garde-fous pour éviter de transformer le corps humain en chose marchande ou en objet commercial. En produisant une nouvelle matérialité funéraire, il y a un risque éthique à désincarner les corps, à leur enlever une certaine dimension symbolique.» Après cette expérimentation inédite, un autre enjeu sera de faire évoluer les règlementations et de les rendre acceptables culturellement. C’est justement l’un des buts de l’association Humo sapiens. Pierre Berneur est persuadé que «la transition doit surtout être culturelle. L’idée selon laquelle l’espèce humaine est membre du monde vivant et peut contribuer à le nourrir est un renversement culturel très profond.» Pour lui, «proposer un rituel au bout de quelques mois ou une année pourrait avoir un vrai apport social et psychologique facilitant la gestion du deuil. On pourrait alors rouvrir les sépultures et observer un rituel de célébration du retour au cycle du vivant en dispersant une partie de l’humus résultant du processus.» Un type de rituel «assez cohérent avec ma façon de vivre les deuils, estime Marjolaine Camus. Je n’ai pas forcément d’endroit où je me recueille, mais je me connecte aux personnes que j’ai perdues par le biais du vivant. Une fleur, un animal ou autre chose me fait penser à elles, et je me recueille à ce moment-là plutôt qu’en allant sur une tombe.» Du côté de Gérard Castric, les concessions funéraires relèvent même du fardeau : «Mes parents sont dans un cimetière en centre-ville de Quimper. Je suis obligé de nettoyer la tombe au moins une fois par an et je n’ai pas envie d’imposer ça à ma fille ou ma petite-fille. Elles n’auront pas besoin de se recueillir sur une tombe pour penser à moi.» L’idée de produire un compost fertile séduit aussi Lucie Salmon : «J’aimerais que chaque proche puisse prendre un petit pot de mon humus, pour nourrir un rosier dans un jardin, un cerisier dans un autre…» Une envie partagée par la retraitée Claudine Lagoutte, «pas très attachée aux rituels», qui se contenterait volontiers d’une simple cérémonie pour remettre son corps à ses proches, «qui en feront du compost, et c’est fini». Elle anticipe, joyeuse : «Je serais contente de savoir que ça va aider à faire pousser des carottes.» Texte intégral (1615 mots)

Difficile décomposition
Expérimentation inédite

«Faire pousser des carottes»
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