Mathilde Picard
Le phénomène El Niño est désormais «solidement installé» et devrait encore se renforcer dans les prochains mois pour atteindre une intensité «très forte». Il est quasi certain qu’il se prolongera jusqu’en février 2027, souligne l’Organisation météorologique mondiale (OMM) dans une note publiée ce jeudi matin. L’épisode actuel «pourrait être plus puissant que tout ce que nous avons observé depuis le début de nos relevés, au point de littéralement dépasser les limites des graphiques que nous utilisons depuis quatre décennies», précise la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo. El Niño est une anomalie océanique naturelle et cyclique qui revient tous les deux à sept ans. Elle est causée, entre autres, par une augmentation des températures des eaux de surface de l’océan Pacifique équatorial. Le phénomène est connu des scientifiques pour générer un excédent de cyclones sur la zone du Pacifique. Il entraîne également des précipitations importantes (avec un risque d’inondations et de glissements de terrain) sur le continent sud-américain. De l’autre côté de la Terre, il apporte des conditions relativement sèches en Asie du Sud et en Australie. Cette année, l’épisode aura «des répercussions importantes sur les régimes de température et de précipitations, ainsi que sur les risques associés d’inondations, de sécheresses et de chaleurs extrêmes», prévient l’OMM. Et d’ajouter que l’épisode «devrait parvenir à son apogée vers la fin de l’année 2026». Les dernières prévisions saisonnières de l’organisation indiquent «une probabilité exceptionnellement élevée», de près de 100%, qu’El Niño se maintienne jusqu’en février 2027. Actuellement, deux puissants ouragans et une tempête tropicale sont en cours dans l’océan Pacifique, un évènement rare favorisé par les températures des eaux de surface historiquement hautes sous l’effet d’El Niño. Aux Antilles, les canicules se répètent : selon Météo-France, entre le 1er mai et le 1er août, il a plu 30 à 70% moins que d’habitude en Guadeloupe et en Martinique. Des conditions extrêmes qui impactent l’agriculture et l’élevage. La sécheresse touche aussi le Panama. À partir de ce jeudi 3 septembre, le nombre de bateaux qui peuvent emprunter le canal a diminué. Le manque de précipitations a réduit l’alimentation en eau du passage par lequel transite 5% du trafic maritime mondial. De l’autre côté de la planète, les conditions sèches sont favorables aux incendies. En Indonésie, les feux ont déjà ravagé 200 000 hectares. Si chaque épisode d’El Niño est différent, le phénomène a historiquement provoqué ou intensifié des sécheresses et a accru les risques d’incendies dans certaines régions de l’Amazonie, d’Amérique centrale, d’Indonésie et d’Australie, ainsi que des perturbations de la mousson en Inde ou des pluies diluviennes dans l’est de l’Afrique. La France hexagonale et l’ouest de l’Europe sont plutôt épargnés par le phénomène. Virginie Schwarz, présidente-directrice générale de Météo-France a rappelé lors d’une conférence de presse ce jeudi que sur notre territoire, «les conséquences d’El Niño sont faibles et largement inférieures à celles du changement climatique». «El Niño prend sous nos yeux une ampleur exceptionnelle. La science est sans équivoque : la planète s’engage en eaux inconnues, et ces eaux se réchauffent. La température de la mer en surface atteint des niveaux records, le mercure continue de grimper et nous nous trouvons dans une zone à hauts risques où les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent la nouvelle norme», s’est alarmé le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Sous l’effet de ce phénomène climatique, les eaux de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial se réchauffent à partir du printemps, ce qui entraîne les mois suivants des modifications majeures des régimes des vents et des précipitations à l’échelle mondiale. Les températures de surface de la mer dans cette zone du Pacifique équatorial sont déjà nettement supérieures à la moyenne et continuent d’augmenter. Elles étaient en moyenne supérieures de 1,5 degré Celsius (C°) aux normales entre mai et juillet 2026, puis de 2,0°C en juillet, selon les relevés de l’OMM. L’organisation a également constaté des relevés de 2,2°C à 2,6°C au-dessus de la moyenne entre fin juillet et mi-août. Sous la surface de l’océan, les températures océaniques étaient même dans certaines zones supérieures de plus de 8°C à la moyenne en juillet et au début du mois d’août. «Ces conditions confirment donc la persistance d’El Niño et la possibilité d’un nouveau renforcement au cours des prochains mois», insiste l’OMM. Depuis 1950, sept épisodes seulement ont atteint le niveau «très fort», selon l’Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA), le plus fort étant apparu entre 1982 et 1983. Ce phénomène s’ajoute au changement climatique causé par les activités humaines, dopant les événements météorologiques extrêmes. Les discussions sont vives dans le champ scientifique pour savoir si le dérèglement climatique renforce l’intensité d’El Niño. Les indices s’accumulent en ce sens, en témoigne une récente étude publiée dans Nature qui montre que les épisodes sont plus puissants ces dernières décennies par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850). Ils restent cependant à être confirmés. Les effets d’El Niño varient selon les régions et les saisons et peuvent être modifiés par d’autres facteurs climatiques, notamment les conditions dans les océans Indien et Atlantique. Pour la période septembre-novembre 2026, les prévisions de l’OMM indiquent une probabilité accrue de températures supérieures à la normale sur la quasi-totalité des terres émergées, ainsi que des régimes de précipitations perturbés. Selon la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, El Niño «a le potentiel de porter un coup dur aux populations et aux économies du monde entier. Nous constatons déjà les perturbations et les ravages causés par les sécheresses et les inondations, et nous nous attendons à ce que ces effets s’aggravent à mesure qu’El Niño s’intensifie.» De son côté, António Guterres exhorte les gouvernements à agir : «Une course contre la montre se joue désormais entre l’aggravation des risques et notre détermination à agir pour le climat et à protéger les populations. C’est une course que nous devons gagner.» «Cet épisode El Niño exceptionnel exige une préparation et une réaction exceptionnelles ; il n’y a pas de temps à perdre», abonde Celeste Saulo. L’année suivant El Niño, la chaleur emmagasinée dans l’océan se libère dans l’atmosphère, contribuant généralement à augmenter les températures mondiales. L’année la plus chaude à ce jour est 2024, après le dernier El Niño. Elle pourrait bientôt être détrônée par 2027, selon de nombreux climatologues. Texte intégral (1563 mots)

Sécheresses, ouragans et incendies
«La science est sans équivoque : la planète s’engage en eaux inconnues»
«C’est une course contre la montre»
Anne-Claire Poirier
Au sommaire : 1. Un data center, c’est quoi ? 3. Qui a la main sur nos données ? 4. Pourquoi les médias en parlent maintenant ? 5. L’intelligence artificielle, qu’est-ce que ça change ? 6. Data centers : quels impacts environnementaux ? 7. L’internet «neutre en carbone», c’est possible ? 8. Va-t-on manquer d’électricité ? 9. L’IA fera-t-elle exploser nos factures d’énergie ? 11. Tout ça, c’est la faute des internautes ? Derrière nos aventures virtuelles se cachent des infrastructures bien réelles : les data centers – ou centres de données. En France, des projets dantesques défraient la chronique tels que le «campus IA», en gestation à Fouju (Seine-et-Marne), ou le giga-projet de Microsoft tout juste autorisé en Alsace. Folies isolées ou multiplication escomptée ? Pour le savoir, Vert dresse le portrait des data centers… et de leur monde. Cœurs battants de notre univers numérique depuis le début des années 1990, les data centers n’en sont pas moins mystérieux pour beaucoup d’entre nous. Le monde en compte près de 12 000, dont 352 en France, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe). Dans ces bâtiments, d’apparence quelconque, sont entreposés des serveurs qui stockent et traitent nos données «dématérialisées», qu’on appelle aussi le cloud («nuage», en anglais). Celles-ci sont en réalité entreposées là et accessibles à distance grâce à internet. Autrement dit, les data centers sont la partie physique du cloud. Avec l’explosion des usages numériques ces dernières années – services publics dématérialisés, commerce en ligne, applications, réseaux sociaux, etc. –, les data centers sont devenus des infrastructures stratégiques. Selon l’Ademe, «une dépendance structurelle s’est installée. Certes récente. Mais néanmoins profonde.» Toujours selon l’Ademe, «les centres de données sont parmi les infrastructures les plus concentrées spatialement». En France, ils s’agglutinent en priorité dans les zones métropolitaines pour être à proximité des réseaux télécoms et électriques compatibles ; pour offrir une faible latence aux internautes, aussi (c’est-à-dire le délai entre une requête sur internet et sa réponse). La région Île-de-France concentre à elle seule environ un tiers des data centers du pays (la carte). Aujourd’hui, «la plupart se camouflent dans l’environnement urbain ou métropolitain, notamment en réinvestissant des bâtiments existants. Un riverain peut facilement ignorer leur existence», selon Gianluca Marzilli, responsable de l’Observatoire des data centers en Île-de-France à l’Institut Paris Région. Mais si les premiers data centers se sont fait relativement discrets, une nouvelle génération de projets aux dimensions extravagantes lorgne cette fois des zones rurales et/ou des terres agricoles. À Fouju, en Seine-et-Marne, un mégaprojet de «campus IA» prévoit l’artificialisation de 90 hectares de terres arables (notre article). À Mulhouse (Haut-Rhin), Microsoft a obtenu le feu vert de l’agglomération pour implanter un data center en lieu et place de 35 hectares de terres agricoles. En comparaison, le plus grand data center de France à ce jour, le Paris Digital Park de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), s’étend sur quatre hectares. En dézoomant un peu, on s’aperçoit que les États-Unis sont aujourd’hui l’épicentre incontesté des data centers dans le monde, car «c’est là que sont implantés les plus grands fournisseurs de services cloud, tels qu’Amazon, Google ou Microsoft», explique Alexandra Lutz, de l’association technocritique Data for Good. Dit autrement, «pour des usages en France, les données sont majoritairement stockées à l’étranger», résume Bruno Laffite, expert en data centers à l’Ademe. Une situation qui pose question en termes de sécurité et de souveraineté, mais aussi sur le plan environnemental. Selon l’Ademe, deux tiers de l’électricité nécessaire à nos usages numériques est produite à l’étranger, «dans des pays dans lesquels les mix électriques sont en moyenne beaucoup plus carbonés qu’en France». Attention, rapatrier ces données en France réduirait l’impact climatique du numérique, mais le gain resterait limité en termes de souveraineté. «Le droit extraterritorial américain oblige les entreprises sous juridiction américaine à fournir des données stockées sur leurs serveurs, y compris hors des États-Unis», rappelle Alexandra Lutz. Les data centers sont nés avec internet, il y a plus de trente ans. Mais depuis quelques mois, certains s’attirent les foudres des riverain·es et réveillent l’attention des médias. Leur multiplication inquiète, et même des célébrités comme Erin Brockovich leur ont déclaré la guerre. Que s’est-il passé ? «Jusqu’ici, c’était la première vague», résume Alexandra Lutz, de Data for Good. «Aujourd’hui, les usages se développent, le volume de données explose. Mais, surtout, il y a l’intelligence artificielle», prévient-elle. «Pendant vingt ans, la demande a été quasi plate grâce aux gains d’efficacité, alors même qu’on a énormément digitalisé, confirme Olivier Darmouni, professeur à HEC Paris et auteur d’une étude sur les consommations énergétiques des data centers. Ce qui fait la différence aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle, en particulier l’IA générative et agentique.» La première génère du texte ou des images ; la seconde prend seule des décisions dans le but d’atteindre un objectif fixé. Pour certain·es, l’intelligence artificielle est à ce point énergivore qu’elle pourrait cannibaliser tous les autres usages de l’énergie. «Beaucoup de personnes projettent que la demande de notre industrie passera de 3% à 99% de la production totale d’électricité», avait ainsi déclaré le PDG de Google, Eric Schmidt, lors d’une audition devant le Congrès américain en avril 2025. Au même moment, l’Agence internationale de l’énergie relevait que la consommation d’énergie des data centers avait déjà crû de 12% par an depuis 2017 pour atteindre 485 terrawattheures – soit à peu près la consommation électrique de la France – et qu’elle devrait doubler d’ici 2030. En France, les projets de data centers hyperscale, c’est-à-dire de très grande taille, sont de plus en plus nombreux, selon le gestionnaire du réseau électrique, RTE. En mai 2026, il recensait «18 gigawatts de capacité, pour environ 80 projets». À titre de comparaison, les 352 projets existants représentent deux gigawatts et 2,2% de la consommation électrique française. Souvenez-vous des années 2020 ! Lorsque les géants de la tech nous promettaient un internet «neutre en carbone». Apple, Google, Microsoft ou encore Amazon : tous juraient de couvrir leur consommation d’énergie grâce aux renouvelables (ENR). Sur son site internet, Meta assure même y être parvenu dès 2021. Ces promesses sont aujourd’hui balayées par l’explosion rapide de l’intelligence artificielle. Meta a tombé le masque en juillet, abandonnant officiellement sa stratégie 100% ENR. Au même moment, Google et Amazon ont dévoilé une hausse spectaculaire de leur consommation d’énergie et des émissions associées, laissant peu de crédibilité à leurs promesses. «Développer les énergies renouvelables et se raccorder au réseau électrique prend plusieurs années. Les Gafam sont prêts à tout pour aller vite, y compris à revenir à des énergies fossiles inefficaces», explique Olivier Darmouni, de HEC. D’une gloutonnerie sans pareille, l’IA va-t-elle nous priver d’énergie ? La question a l’air provocatrice, et pourtant. En Irlande, grande terre d’accueil de l’industrie numérique, la demande exponentielle d’énergie a rendu le réseau électrique «dangereusement instable», raconte Le Monde. «Pour éviter la grande coupure, les autorités ont dû rouvrir dans l’urgence deux centrales à gaz et à pétrole», détaille le quotidien, soulignant un autre risque, plus immédiat : celui de mettre en péril la transition énergétique. Toujours en Irlande, «la consommation énergétique des data centers augmente plus vite que la production issue des sources d’énergie renouvelable, compromettant les objectifs climatiques», confirmait la chercheuse Anne-Cécile Orgerie, sur RFI. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les renouvelables ne parviendront à couvrir que la moitié de la hausse de la consommation d’énergie des data centers d’ici à 2035. En France aussi, l’Ademe est très claire : «À court terme, ce développement peut s’envisager sans contrainte majeure sur le système électrique français, qui est largement exportateur d’électricité depuis plusieurs années. Mais il apparaît difficilement compatible avec les objectifs climatiques.» Pour Olivier Darmouni, l’essor de l’intelligence artificielle risque bel et bien de relancer l’expansion des énergies fossiles, avec à la clé «de beaux profits pour le secteur». Dans son étude sur les consommations énergétiques des data centers, le professeur à HEC Paris estime que ceux-ci pourraient faire flamber les factures dans les zones dans lesquelles ils sont les plus concentrés. Il cite notamment le cas de quatre États américains (Virginie, Texas, Caroline du Nord et Caroline du Sud) qui concentrent à eux seuls près de la moitié des data centers du pays et où les prix de l’électricité pourraient flamber de 20 à 40% d’ici 2035. En France, la question n’est pas (encore) à l’ordre du jour, car le pays produit plus d’électricité qu’il n’en consomme. En 2025, la production a ainsi été 21% plus élevée que la consommation. Mais, selon Olivier Darmouni, «l’Europe, qui constitue le deuxième hub mondial de data centers, finira par connaître des tensions similaires» à celles observées aux États-Unis. «Pour l’instant, on a des surcapacités. Mais demain ? Les efforts de décarbonation sont aussi censés reposer massivement sur l’électricité, comme la voiture électrique ou les pompes à chaleur», prévient-il. Affaire à suivre… Si elle est moins extravagante que la consommation d’électricité, la demande en eau des data centers est aussi pointée du doigt. «Dans l’ouest américain, des régions désertiques sont en manque d’eau à cause des data centers», relate le journal Les Échos, mentionnant notamment la région de Phoenix, où 14 milliards de litres d’eau ont été utilisés en 2025 pour refroidir les centres de données : +870% en un an ! Plus près de nous, aux Pays-Bas, les surconsommations d’un complexe de data centers appartenant à Microsoft ont fait scandale en 2022. Cette année-là, la multinationale avait consommé 84 millions de litres d’eau, au lieu des 12 à 20 millions annoncés, a révélé un média local. Principal problème, les quantités d’eau consommées par les centres de données dépendent fortement des conditions météorologiques et «c’est précisément durant les périodes de chaleur, lorsque l’eau devient une ressource critique, que les besoins en eau […] sont les plus importants», pointe le gendarme du numérique français, l’Arcep, qui s’est penché sur la question. En France, «le volume d’eau prélevé par les centres de données a atteint 575 000 m3 en 2024», soit 575 millions de litres, estime-t-il. À titre de comparaison, un seul réacteur nucléaire en prélève 500 fois plus. Si «ce volume reste modeste comparé à d’autres usages (industriels, agricoles), il peut générer des conflits d’usage dans les localités où les centres sont implantés», souligne-t-il. Face aux inquiétantes perspectives du secteur, une réflexion doit évidemment être menée sur nos usages à toutes et tous. Les recommandations ne manquent d’ailleurs pas pour aller vers un numérique plus sobre et/ou pour s’opposer aux pratiques intempestives des géants du numérique, comme les résumés IA de Google. Mais s’il est tentant d’incriminer les internautes qui cèdent aux sirènes de l’IA, en particulier pour des usages non essentiels, la responsabilité incombe à d’autres, souligne Alexandra Lutz, de Data for Good. Pour s’en convaincre, elle invite à se demander : «Nos usages numériques sont-ils vraiment choisis ? Les données que l’on génère sont-elles vraiment voulues ?» Pour elle, «la hausse de nos usages numériques est avant tout le résultat de stratégies offensives de la part des Gafam pour nous y pousser. Beaucoup de données nous sont prises plutôt que consciemment données. Car c’est comme ça que ces acteurs se rémunèrent : en extrayant des données sur nous pour ensuite les monétiser.» Une grande partie des solutions résident, selon elle, dans une plus forte régulation du secteur sur les sujets environnementaux et de protection des données. De leur côté, nombre de citoyen·nes ont déjà pris leurs responsabilités en rejoignant des luttes contre les projets de data centers. Texte intégral (3638 mots)

1. Un data center, c’est quoi ?
2. Où sont-ils en France ?

3. Qui a la main sur nos données ?

4. Pourquoi les médias en parlent maintenant ?

5. L’intelligence artificielle, qu’est-ce que ça change ?
6. Data centers : quels impacts environnementaux ?
Énergie. Alors que la production d’énergie est déjà responsable de 75% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, on imagine aisément les conséquences d’un déploiement effréné de data centers énergivores. Les seuls usages français pourraient nécessiter 3,7 fois plus d’électricité d’ici 2035, selon l’Ademe. Les émissions de CO2 associées passeraient alors de 7,31 à 23,5 millions de tonnes – de l’équivalent de celles d’une ville comme Marseille à celles d’un pays grand comme la Jordanie.
CO2. Sans compter que la phase d’exploitation compte pour seulement la moitié de l’empreinte carbone d’un data center, selon l’analyse de cycle de vie (ACV) réalisée par APL Data Center et Data4. En clair, la production des équipements et matériaux représente une part tout aussi importante que son fonctionnement.
Eau. Et ce n’est pas le seul impact sur l’environnement. Les data centers utilisent aussi de l’eau (potable) pour refroidir leurs serveurs. La situation est déjà critique dans certaines régions des États-Unis et fait craindre des conflits d’usage ailleurs, y compris en France (voir plus bas)
Chaleur. Enfin, l’intense chaleur générée par les calculs informatiques est accusée de réchauffer le voisinage. Une étude de l’université de Cambridge estime que les data centers géants (hyperscale) pourraient faire monter la température environnante jusqu’à 9°C, et en moyenne de 2°C.7. L’internet «neutre en carbone», c’est possible ?

8. Va-t-on manquer d’électricité ?
9. L’IA fera-t-elle exploser nos factures d’énergie ?
10. Va-t-on manquer d’eau ?
11. Tout ça, c’est la faute des internautes ?
Louise Deshautels
30 000 tonnes de plastique, des cours d’eau pollués et, au bout du compte, une condamnation. L’entreprise alsacienne Locacil, spécialisée dans le recyclage de câbles électriques, devra nettoyer derrière elle. Plus de trois ans après le signalement de la mairie de Feldkirch (Haut-Rhin) pour mauvaise gestion des déchets, la société a été condamnée pour pollution. Ce mercredi, le tribunal correctionnel de Strasbourg (Bas-Rhin) a prononcé une peine de dix-huit mois d’emprisonnement avec sursis à l’encontre du gérant, Florent Schreiber. Il devra également remettre en état les sites pollués. Au départ poursuivis pour «écocide», l’entreprise et son dirigeant ont finalement bénéficié d’une requalification des faits. La juridiction a reconnu le prévenu coupable de pollution et de gestion irrégulière des déchets. Une révision qui «satisfait totalement» la défense du gérant. Son avocat, Thomas Wetterer, estime que l’écocide est «une infraction qui n’a pas été conçue pour les faits qui ont été soumis au tribunal». Créé en 2021, ce délit est passible de dix ans de prison. Il s’agit d’émettre intentionnellement dans l’air ou les eaux une ou plusieurs substances, avec pour conséquences des effets nuisibles graves et durables sur la santé, la flore ou la faune ; ou entrainant des modifications graves du régime normal d’alimentation en eau. «La pollution était reconnue» par son client, a souligné l’avocat, mais les faits ne sont «pas suffisamment graves» pour être qualifiés d’écocide. Pourtant, lors d’une inspection menée par la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) en 2023, 30 000 tonnes de déchets plastiques abandonnés ont été retrouvées sur le site de l’entreprise. Locacil avait été créée en 2017 pour produire, à partir de gaines, des revêtements de sols destinés à des centres équestres. Son site est qualifié d’installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). Cela concerne les activités industrielles ou agricoles susceptibles d’engendrer des risques pour la santé, la sécurité ou l’environnement. Au lieu de revaloriser les déchets, elle les a laissés s’amonceler à l’air libre. À cette pollution s’est ajoutée celle des cours d’eau alentours. Par ruissellement, des morceaux de plastique ont été entraînés dans le Saubaechlé, le ruisseau qui traverse le site, ainsi que dans deux plans d’eau en aval. La mairie de Feldkirch et des riverain·es ont fait un signalement aux autorités en juillet 2023, déclenchant dans la foulée une enquête et un procès pour écocide. Ce dernier s’est tenu les 1er et 2 juillet. C’était la première fois qu’une entreprise était jugée pour un tel délit en Alsace. Si l’écocide n’a finalement pas été retenu, François Zind, l’avocat des associations environnementales constituées parties civiles, parmi lesquelles Alsace Nature, s’est dit «globalement satisfait» de la peine prononcée. Pour lui, l’essentiel était l’obligation de remise en état des sites pollués et le «signal important» envoyé aux exploitant·es d’ICPE. Florent Schreiber et sa société disposent de quarante-deux mois pour remettre en état les espaces souillés, avec une astreinte journalière de 300 euros. Le gérant est également interdit d’exploiter une ICPE pendant cinq ans. Texte intégral (973 mots)

Un recyclage jamais réalisé

L’avocat des plaignants «globalement satisfait»
Lilou Hiver
Cela n’aura échappé à personne, l’été 2026 a été marqué par une série d’événements climatiques extrêmes. Canicules à répétition, sécheresse, mégafeux… Rarement nous avions été frappé·es de manière aussi directe par les effets du changement climatique. En cette rentrée, les associations et ONG écologistes veulent transformer ce traumatisme collectif en un véritable sursaut. «On a vécu une sorte de simulation de ce à quoi un avenir à +4 degrés peut ressembler, se désole Jean-François Julliard, directeur général de France Nature Environnement (FNE), qui fédère plus de 6 000 associations environnementales. Que ce soit les nuits caniculaires ou la vulnérabilité des systèmes de soin, tout le monde a ressenti dans sa chair les effets du changement climatique. On en ressort meurtri.» Cela fait pourtant des années que les associations alertent sur l’intensification des événements extrêmes et l’arrivée d’un été aussi infernal, projections scientifiques à l’appui. Pour Gaspard Tamagny, porte-parole d’Alternatiba, c’est donc surtout la «colère» de ne pas avoir été entendu·es qui a dominé tout l’été. L’agacement a laissé place à l’envie de se mobiliser. Toutes les associations contactées par Vert veulent agir pour que les années à venir ne soient pas pires encore. Une dizaine de manifestations et de marches pour le climat sont donc organisées dès ce mois de septembre. «On ne veut pas que les drames soient oubliés aussitôt les températures redescendues, assène Marion Cubizolles, des Amis de la Terre. Il faut continuer d’inscrire l’environnement à l’agenda médiatique et politique.» D’autant plus que les événements de cet été semblent avoir renforcé la prise de conscience de l’urgence climatique au sein de la population. D’après la dernière étude du laboratoire d’idées Destin Commun, publiée en août, entre 77% et 86% des personnes interrogées établissent désormais un lien important entre le changement climatique et la sécheresse, les canicules et les incendies ; et 49% déclarent ressentir une volonté accrue d’agir à leur échelle. «Tout l’été, on a reçu des dizaines de messages de citoyens qui veulent savoir comment se mobiliser au plus vite», raconte Gaspard Tamagny, d’Alternatiba. Le rassemblement du 15 septembre en offre une première illustration, avec une convergence des luttes particulièrement forte. Pour la première fois, syndicats de travailleur·ses – des pompier·es aux infirmier·es –, associations de défense des plus précaires (Fondation pour le logement des défavorisés), organisations écologistes (Greenpeace, FNE…) et citoyen·nes se rassembleront devant le ministère de l’économie et des finances, à Paris, pour demander des moyens concrets d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. «Après un été avec des conditions de travail dégradées, les citoyens comprennent que, pour obtenir un meilleur cadre, cela passe obligatoirement par la lutte environnementale», analyse Gaspard Tamagny. La marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale, prévue le 26 septembre à l’initiative de citoyen·nes et dont l’appel a été publié en exclusivité par Vert, témoigne elle aussi de cette volonté croissante de s’engager. Sur le terrain, les organisations militantes voient leurs rangs grossir. Selon une membre du mouvement de désobéissance civile Extinction Rebellion, la fréquentation des réunions d’accueil a fortement augmenté, et ce dans tout l’Hexagone. Cette rentrée militante s’annonce d’autant plus particulière qu’elle est aussi marquée par le début de la campagne présidentielle. «On va se mobiliser pour que l’environnement soit au cœur de la campagne, dans une période où les effets du changement climatique seront moins visibles», prévient François Veillerette, porte-parole de l’ONG anti-pesticides Générations futures. Pour y parvenir, les associations entendent multiplier les leviers : décryptage des propositions des candidat·es, sensibilisation des citoyen·nes aux enjeux environnementaux, interpellation des journalistes afin que ces questions s’imposent dans les débats et les interviews. «On va redoubler de moyens pour montrer que si les différents mouvements d’extrême droite arrivaient au pouvoir, ils aggraveraient très largement les crises que nous vivons», projette Clara Jamart, chargée de campagne chez Greenpeace France. Plus généralement, les organisations écologistes comptent poursuivre les campagnes déjà engagées. «C’est important qu’on ne se désintéresse pas de nos sujets habituels pour que ceux qui veulent agir de manière très concrète puissent nous rejoindre», souligne le porte-parole d’Alternatiba. Pour nombre d’entre elles, la santé environnementale et la lutte contre la pollution restent au cœur des priorités, à l’heure où la loi d’urgence agricole, votée cet été, ouvre la voie à la réintroduction de pesticides interdits. Dans le même temps, le Parlement européen doit aussi se prononcer sur l’Omnibus X, un paquet législatif qui vise à simplifier les règles encadrant la sécurité des aliments, l’alimentation animale et l’utilisation des pesticides. Texte intégral (1118 mots)

Des dizaines de manifestations prévues
La présidentielle en ligne de mire
Mathilde Picard
L’été caniculaire ne se fera pas oublier de sitôt. La rentrée et les orages de ces dernières semaines nous avaient presque convaincu·es que l’automne pointait le bout de son nez. C’était sans compter le retour de très hautes températures à partir de ce jeudi. Le mercure devrait monter aux alentours des 30 degrés Celsius (°C) en Île-de-France et dépasser les 35°C, voire 38°C localement dans le sud, de l’Occitanie à la vallée du Rhône. Les valeurs précises restent à déterminer mais elles «pourraient atteindre des niveaux jamais enregistrés pour un mois de septembre», indique à Vert François Gourand, prévisionniste à Météo-France. Ce mardi 1er septembre débutait «l’automne météorologique» (l’été météorologique court de début juin à fin août) mais, «avec le réchauffement climatique, l’été s’allonge et déborde de sa saison traditionnelle», explique-t-il encore. Cette situation ne surprend donc pas l’expert, qui rappelle que «ces épisodes de chaleur tardifs sont plus fréquents et plus intenses, c’est un des effets attendus du dérèglement». En septembre 2023, pour la première fois, la vigilance orange pour risque de canicule avait été déclenchée à la fin de l’été. Un scénario que Météo-France envisage dans certains départements du sud de l’Hexagone pour ce week-end. Il est encore tôt pour savoir si l’épisode de chaleur se terminera samedi, dimanche ou en début de semaine prochaine. Une chose est sûre : «Les anomalies de températures seront très marquées», selon François Gourand. Avec les journées qui raccourcissent, les nuits plus longues favoriseront tout de même une baisse du mercure après le coucher du soleil. Le nord de l’Hexagone devrait être moins concerné par les fortes chaleurs. Dans la Manche, le thermomètre restera autour des 22 ou 25°C. Or, pour déclarer une vague de chaleur, la moyenne des températures sur tout le territoire hexagonal doit être supérieure ou égale à 25,3°C pendant un jour. Elle doit aussi être supérieure ou égale à 23,4°C pendant au moins trois jours (nuits comprises). Une vague de chaleur n’est donc pas le scénario le plus probable, selon Météo-France, même si elle n’est pas à exclure à ce stade. L’année 2026 a été marquée par une succession de trois vagues de chaleur cet été, après une canicule historique au mois de mai. Dans un premier bilan provisoire, Santé publique France relevait que ces températures inédites avaient provoqué 7 300 morts en excès. Texte intégral (578 mots)


Ludovic Clerima
«En plus de quarante ans d’élevage, je n’ai jamais vu un carême durer aussi longtemps en Martinique. D’habitude, il fait chaud et sec pendant trois à quatre mois ; là, ça fait huit mois que la sécheresse perdure», déplore André Prosper, agriculteur en Martinique. Ses 300 vaches brahmanes qui paissent sur la presqu’île de la Caravelle, au nord-est du département, font peine à voir. Des bovins amaigris, comme on en a vu tout l’été sur l’île aux fleurs et en Guadeloupe, errent dans des pâturages vides. «Il n’y a rien à manger pour elles. Que de la terre. J’ai perdu trois bêtes à cause de la sécheresse de cette année», précise l’éleveur. Le 15 juillet, la Coopérative des éleveurs bovins de la Martinique (Codem) indiquait que près de 200 bovins sur les 6 000 que compte l’organisation étaient déjà morts. Un chiffre qui avoisinerait les 300 aujourd’hui, alors que la sécheresse est toujours en cours. Même constat en Guadeloupe : «À ce stade, nous avons connaissance de plusieurs cas de mortalité», indique François-Xavier Richard-Rendolet, directeur de cabinet du préfet de l’archipel. Aux Antilles comme dans l’Hexagone, les canicules se répètent depuis le mois de mai. Selon Météo-France, entre le 1er mai et le 1er août, il a plu 30 à 70% moins que d’habitude en Guadeloupe et en Martinique, selon les territoires. Une anomalie liée à El Niño. Ce phénomène climatique correspond à un réchauffement périodique des eaux du Pacifique équatorial. Il revient tous les deux à sept ans et influence les températures ainsi que les précipitations à l’échelle planétaire. «Il a toujours existé dans l’histoire du climat mais, cette année, il bat des records», souligne Bertrand Laviec, chef du centre Météo-France en Guadeloupe. «Nous vivons une sécheresse météorologique, avec un manque significatif de pluie, et une sécheresse agricole. Lorsqu’il pleut, l’eau n’a pas le temps de nourrir le sol ; il reste sec. S’ajoute également une sécheresse hydrogéologique : des sous-sols manquent d’eau et des nappes phréatiques s’assèchent. La tendance n’est pas près de s’inverser : selon nos prévisions, les trois mois qui viennent seront tout aussi secs, avec toujours très peu de pluie», déplore le météorologue. Une nouvelle qui inquiète les éleveur·ses. «Nous redoutons l’absence d’hivernage en 2026 [la saison humide aux Antilles, qui court de juin à novembre et pendant laquelle il pleut beaucoup, NDLR] et le passage, sans transition, de cet épisode de sécheresse à la saison du carême», cette saison sèche, de décembre à mai, où les températures sont plus élevées et la pluie plus rare, indique Olivier César-Auguste, président de l’Iguavie, l’interprofession guadeloupéenne de la viande et de l’élevage. Pour les bovins, les conséquences de cet épisode climatique se feront sentir jusqu’en 2027, voire 2028. «La chaleur provoque des troubles métaboliques chez ces animaux. Le vêlage va durer plus longtemps et, au lieu d’avoir un veau par an, il y en aura un tous les deux ans. Les quelques veaux qui sont nés sont aussi plus fragiles et ont plus de risques de mourir», regrette Jean-Marc Ajanany, directeur général de la Codem. Pour pallier l’absence de fourrage naturel, les professionnel·les sont contraint·es d’en acheter. Mais leurs finances étant déjà exsangues. Des groupements d’élevages bovins, comme la Sica Peba en Guadeloupe, recommandent aux éleveur·ses de faire des choix et de nourrir en priorité les bêtes les plus résistantes. Car la facture flambe très vite. Pour une exploitation de 70 têtes, il faut jusqu’à six bottes de foin par jour. Le coût d’une botte est de 130 euros, ce qui fait jusqu’à 780 euros par jour pour nourrir toutes les bêtes. Et les aides financières peinent à arriver. En Martinique, la préfecture et la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Daaf) ont mis en place des dispositifs pour faciliter le transport de bananes non destinées à la commercialisation vers les exploitations les plus en difficulté, afin de servir de fourrage. «J’avais prévu 250 bottes d’herbe pour tenir la saison sèche, mais tout est parti depuis longtemps. Heureusement, avec d’autres éleveurs, nous avons pu compter sur la solidarité des agriculteurs de la filière banane pour obtenir les produits invendus ; ou de la filière de la canne à sucre avec la bagasse [le résidu fibreux qui reste après le broyage de la canne, NDLR] pour nourrir les animaux. Sans ça, je crois que ça aurait été la fin de la filière bovine en Martinique», rembobine l’agriculteur André Prosper. En Guadeloupe, les éleveur·ses peuvent également compter sur les résidus de canne offerts par les planteur·ses. D’autres déplacent leurs animaux vers des secteurs qui disposent encore de ressources fourragères. Ainsi, près de la commune du Moule, sur la côte est de l’île de Grande-Terre, en Guadeloupe, quelques vaches ont été déplacées près de la route départementale, où quelques herbes encore vertes subsistent. Des solutions transitoires, dans l’attente d’aides plus importantes. «Nous avons enclenché la procédure pour mobiliser le Fonds de secours pour l’outre-mer (FSOM), qui pourra indemniser les pertes fourragères en fonction des constats définitifs. Par ailleurs, le ministère chargé de l’agriculture étudie les possibilités de mise en place d’aides exceptionnelles en faveur des territoires particulièrement impactés par la sécheresse», précise François-Xavier Richard-Rendolet, le directeur de cabinet du préfet de la Guadeloupe De son côté, la Collectivité territoriale de Martinique annonce vouloir mobiliser le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), consacré à la reconstitution du potentiel de production agricole. «Des expertises sont en cours pour évaluer précisément les pertes et déterminer les territoires et filières concernés. L’ouverture des dossiers dépendra toutefois de la publication des textes reconnaissant l’état de calamité agricole», précise la collectivité, qui bénéficie du soutien de la préfecture de Martinique. Reste que les premières indemnisations n’arriveront pas avant longtemps sur le compte en banque des agriculteur·ices. «Le temps que l’ensemble des informations soient remontées au préfet et qu’il les transmette au ministère, il ne faut pas s’attendre à ce que les éleveurs reçoivent les premiers versements avant la fin de l’année, voire le début de l’année 2027», souffle Jean-Marc Ajanany, le directeur de la Coopérative des éleveurs bovins de la Martinique. La députée martiniquaise (socialistes et apparentés) Béatrice Bellay n’est pas plus optimiste : «Le Feader est le fonds le plus en retard, or il y a urgence. Un éleveur ou une éleveuse qui doit nourrir son troupeau aujourd’hui ne peut pas attendre plusieurs semaines ou plusieurs mois le dénouement d’une procédure. Il faut un véritable dispositif d’urgence permettant notamment de prendre en charge l’alimentation animale, le transport du fourrage et des aliments de substitution, et de soutenir la trésorerie des exploitations les plus fragilisées.» Une attente que les éleveur·ses de Guadeloupe peinent à comprendre, alors que la collectivité vient de débloquer près de 5 millions d’euros d’avance remboursable pour soutenir la trésorerie des agriculteur·ices, après leur mobilisation le 12 août. «Il n’y a pas de volonté politique pour développer la souveraineté alimentaire en Martinique», enrage André Prosper. Pendant que les procédures administratives patinent, les éleveur·ses préparent l’avenir. «Ces épisodes vont se reproduire ; il y a urgence à repenser notre manière de travailler», pointe Jean-Marc Ajanany. «Avec l’État et la collectivité territoriale de Martinique, nous souhaitons rapidement mettre en place une association foncière pastorale afin de mettre plus facilement à disposition des terrains naturels ou en friche pour les animaux. On pourrait y planter du fourrage que l’on faucherait et stockerait pour les sécheresses, imagine-t-il. Nous travaillons également avec la Daaf pour créer une sorte d’économie circulaire avec les produits que l’on jette habituellement, comme les bananes non vendues, la paille de canne ou la pulpe de certains fruits. Nous savons que nous pouvons nourrir nos bêtes avec cela.» Des réflexions également menées en Guadeloupe. François-Xavier Richard-Rendolet détaille : «Il faut aussi soutenir et promouvoir les croisements avec les races bovines créoles, qui supportent bien mieux la chaleur que les autres bovins. Renforcer la résilience des élevages guadeloupéens face aux épisodes de sécheresse à venir est l’un des enjeux majeurs du plan de souveraineté alimentaire 2036.» Des idées à mettre en place rapidement, tant les conséquences du réchauffement climatique s’accélèrent dans les Caraïbes. Texte intégral (1789 mots)

El Niño aux commandes
Des agriculteurs sur la paille

Des aides qui tarderont à arriver
Préparer l’avenir
Zoé Moreau, Anne-Claire Poirier
Pour le meilleur comme pour le pire, voici ce qui change au 1er septembre côté énergie, «polluants éternels» ou encore véhicules électriques. Conséquence des rebondissements persistants quant à l’issue de la guerre entre l’Iran et les États-Unis au Moyen-Orient, les énergies fossiles restent chères en cette rentrée. Selon la Commission de régulation de l’énergie, le prix repère de vente du gaz en France – le coût de revient moyen supporté par les fournisseurs – grimpe de 5,6% en septembre (pour atteindre 17,20 centimes par kilowattheure). Soit une hausse de la facture annuelle comprise entre 36 et 54 euros pour les ménages utilisant le gaz (pour le chauffage et/ou l’eau chaude). En juillet, ce prix repère avait déjà augmenté de 7,4%, avant de baisser légèrement en août (-0,8%). Environ six millions de foyers sont aujourd’hui abonnés à une offre indexée à ce prix de référence. Sans cesse remanié ces dernières années, le dispositif d’aides à la rénovation MaPrimeRénov’ prend (encore) une nouvelle tournure à partir du 1er septembre. L’aide pour une rénovation d’ampleur ne pourra plus être attribuée si un chauffage au gaz est conservé après les travaux. D’autre part, certains «gestes» ne seront plus éligibles aux aides, tels que les travaux d’isolation thermique, l’installation d’équipements de chauffage fonctionnant au bois, à la biomasse ou à l’énergie solaire. Ces évolutions font partie du plan d’électrification du gouvernement présenté en avril, visant à maximiser l’usage d’électricité. À partir du 1er septembre 2026, une nouvelle aide (modeste) est accordée aux acquéreur·ses de véhicules électriques d’occasion, sans condition de ressources. Cette prime, financée par les fournisseurs d’énergie via le dispositif des certificats d’énergie (CEE), s’élèvera à environ 337 euros, selon l’Association pour l’avenir du véhicule électromobile (Avem). Une majoration temporaire de l’aide est prévue pour les professionnel·les de l’aide à domicile et des services à la personne (assistance aux personnes âgées, aux personnes handicapées, etc.) pour les opérations d’achat ou de location engagées avant le 1er janvier 2027 et finalisées avant le 1er juillet 2027. Après avoir été repoussée de plusieurs mois par le premier ministre Sébastien Lecornu, la redevance sur les rejets de PFAS dans l’eau entre en vigueur ce mardi. Consacrée par la loi Thierry de février 2025, elle prévoit que certaines usines, les installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE), s’acquittent de 100 euros par tranche de 100 grammes de ces «polluants éternels» rejetés dans l’eau. Ces substances toxiques sont particulièrement persistantes dans le corps humain et l’environnement : les éliminer nécessite des techniques très coûteuses, que les collectivités ne peuvent supporter à elles seules, reconnait la loi. À partir de ce mardi, toute entreprise qui met sur le marché français un produit relevant de l’ultra-fast fashion devra s’acquitter d’une contribution financière, ou «malus», auprès de l’éco-organisme ReFashion. Slips et chaussettes subiront un malus de 50 centimes ; il s’élèvera à 9 euros pour les pantalons et à 12 euros pour les vestes. Ces pénalités augmenteront progressivement pour atteindre, par exemple, 19,5 euros par veste vendue en 2030. La méthodologie retenue pour déterminer si un produit est concerné par ce malus a été conçue pour cibler principalement les géants Shein et Temu. Le gouvernement a assuré que ce dispositif épargnerait les enseignes qui ont des emplois en France, comme Kiabi ou Decathlon, ainsi que les marques de fast fashion comme Zara ou H&M. Texte intégral (878 mots)

Les prix du gaz augmentent (encore)
MaPrimeRénov’ réduit la voilure
Nouveau coup de pouce pour l’achat d’un véhicule électrique d’occasion
Une taxe pour les industriels qui rejettent des PFAS
Un nouveau malus pour les produits d’ultra-fast fashion
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