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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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11.06.2026 à 18:00

Il revient : Laurent Duplomb dépose un amendement pour réautoriser l’acétamipride dans la loi d’urgence agricole

Esteban Grépinet

Texte intégral (1110 mots)
Paris, le 11 février 2025. Depuis plusieurs mois, Laurent Duplomb tente par tous les moyens de faire réautoriser l’acétamipride pour certaines cultures. © Alain Jocard/AFP

Chose promise, chose due. Comme annoncé depuis plusieurs mois, Laurent Duplomb (Les Républicains) et deux autres sénateurs ont déposé ce jeudi un amendement au projet de loi d’urgence agricole (LUA) visant à réautoriser deux pesticides interdits en France en raison de leurs impacts sur la biodiversité : l’acétamipride et le flupyradifurone.

Adoptée par les parlementaires au sein de la première loi dite «Duplomb» au début de l’été 2025, cette mesure avait finalement été censurée par le Conseil constitutionnel – après une vaste mobilisation de la société civile et une pétition à plus de deux millions de signatures. En janvier dernier, le médiatique sénateur-agriculteur a déposé une nouvelle proposition de loi (dite «Duplomb 2»), plus conforme – selon lui – aux exigences des «Sages» concernant la charte de l’environnement.

Ce nouveau texte n’a toujours pas été examiné par le Sénat, mais l’élu de Haute-Loire n’a jamais caché son intention de l’insérer par voie d’amendement dans le projet de LUA. «Il y a une accroche possible. La réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone a été réécrite pour passer la barre du Conseil constitutionnel. Donc oui, il y a la possibilité de le réintroduire dans la loi d’urgence. […] Le Sénat va se charger de faire ce travail nécessaire», a-t-il expliqué début mai à Ici Drôme-Ardèche, à l’occasion d’un déplacement dans des vergers ardéchois.

Des dérogations pour la betterave, la noisette, la pomme et la cerise

Dans le détail, le long amendement signé par Laurent Duplomb et deux de ses collègues – Pierre Cuypers (Les Républicains) et Franck Ménonville (Union centriste) – reprend mot pour mot la proposition de loi «Duplomb 2». Les trois hommes, qui sont aussi corapporteurs de la LUA au Sénat, proposent d’autoriser par dérogation annuelle l’acétamipride et le flupyradifurone pour les cultures de betteraves sucrières, de noisettes, de pommes et de cerises en cas de «menace grave compromettant la production» et d’absence d’alternatives. Un passage prévoit également une dérogation similaire pour le flupyradifurone en enrobage des semences de betteraves sucrières.

Ces deux substances insecticides sont utilisées pour lutter contre les attaques de «ravageurs» des cultures, comme la punaise diabolique ou le puceron vert – particulièrement actif ce printemps dans les champs, selon la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB). Elles sont interdites en France depuis 2018 en raison de leurs impacts sur la biodiversité et de leur persistance dans l’environnement. L’acétamipride inquiète aussi nombre de scientifiques à cause de ses effets potentiels sur la santé humaine (notre article).

Ces pesticides sont cependant autorisés dans le reste de l’Union européenne, alimentant les accusations de «concurrences déloyales». «Il est incroyable que dans 27 pays européens la molécule soit autorisée et qu’en France on ne l’autorise pas», a lancé le sénateur (Les Républicains) et candidat à l’élection présidentielle Bruno Retailleau, lors du congrès national du syndicat Jeunes agriculteurs, le 4 juin. À partir du moment où c’est autorisé dans les autres pays, je ne vois pas pourquoi on handicaperait la production et les agriculteurs français.»

Frilosité du camp présidentiel

La mesure a de grandes chances d’être votée par le Sénat, largement dominé par la droite. Le Palais du Luxembourg examinera l’ensemble des amendements en commission des affaires économiques à partir du 17 juin, puis en séance publique du 29 juin au 3 juillet.

Sans jamais s’opposer sur le fond à la réautorisation de l’acétamipride, le gouvernement a maintes fois répété qu’il n’était pas favorable à l’introduction de cette mesure dans son projet de loi, de peur de le voir péricliter. «Sur une question aussi débattue, la réinstauration de l’acétamipride emporte des débats qui peuvent compromettre l’adoption de ce texte [auquel] le gouvernement est attaché», a encore défendu la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, le 9 juin devant les sénateur·ices.

Côté Assemblée, les élu·es du bloc présidentiel – qui avaient en grande majorité voté la première loi Duplomb, aux côtés de la droite et de l’extrême droite – sont aujourd’hui bien plus mesuré·es. «On espère que le Sénat va rester sur la ligne qu’on s’est fixée à l’Assemblée nationale et ne pas ramener des sujets irritants», a prévenu le groupe Les Démocrates lors d’une conférence de presse. Une position qui rejoint celle de René Cazeneuve, député (Ensemble) et corapporteur du projet de loi d’urgence agricole, interrogé par le média Contexte : «Ajouter trop de reculs sur l’eau et les phytos pourrait dissuader certains députés de voter la version finale.»

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11.06.2026 à 16:44

Coupe du monde de football 2026 : chaleur extrême, pollution… pourquoi ce Mondial sera celui de tous les (pires) records 

Clément Gousseau

Texte intégral (2173 mots)
Al Khor (Qatar), le 14 décembre 2022. L’attaquant de l’équipe de France de football Kylian Mbappé lors de la dernière finale de la Coupe du monde. © Ercin Erturk/Anadolu via AFP

«Ce sera simplement et à jamais le plus grand événement de l’histoire de l’humanité.» Tels étaient les mots de Gianni Infantino, le président de la Fifa (la fédération internationale de football), au sujet de la Coupe du monde 2026, en décembre dernier.

Sur un point au moins, le dirigeant suisse pourrait avoir raison : l’édition nord-américaine qui s’ouvre ce jeudi s’annonce comme celle de tous les superlatifs. Organisée dans 16 villes réparties entre le Mexique, les États-Unis et le Canada, elle devrait attirer 6,5 millions de spectateur·ices dans les stades, selon l’instance.

Pour la première fois, 48 équipes participeront à la compétition, portant le nombre total de rencontres à 104, contre 64 auparavant. En 2022, la précédente Coupe du monde, organisée au Qatar, avait été suivie par cinq milliards de personnes à travers le monde, selon la Fifa. Une audience qui pourrait être dépassée cette année, estime dans un rapport Football for future, une organisation environnementale à but non lucratif.

Cette expansion spectaculaire promet aussi des recettes inédites. La Fifa espère engranger près de 11 milliards de dollars (9,5 milliards d’euros) grâce à la compétition, selon RMC Sport.

Derrière cette vitrine lucrative se cache un autre record, beaucoup moins glorieux. Cette Coupe du monde devrait être la plus polluante de l’Histoire, selon le laboratoire d’idées New weather institute. Elle concentrera également plusieurs facteurs de risque pour la santé des joueurs et des spectateur·ices, en raison notamment des fortes chaleurs attendues et des événements climatiques extrêmes potentiels.

Une «explosion» des émissions de gaz à effet de serre

«Le Mondial risque d’exploser les émissions de gaz à effet de serre, bien plus que lors de la précédente édition au Qatar», pointe Davide Faranda, directeur de recherche en sciences du climat au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), interrogé lors d’une rencontre organisée par l’association Expertises climat.

La très controversée Coupe du monde 2022 au Qatar avait déjà généré 5,25 millions de tonnes d’équivalent CO2 (CO2e), selon le New weather institute. L’édition 2026 pourrait faire encore pire : près de neuf millions de tonnes de CO2e devraient être émises lors de la compétition, d’après les estimations du laboratoire d’idées. C’est autant que les émissions annuelles de gaz à effet de serre d’un pays comme Chypre.

La principale raison tient à l’augmentation du nombre d’équipes, mais aussi à l’éclatement géographique de la compétition. Disputés dans seize villes à travers trois pays, les matchs obligeront équipes, officiels et supporter·ices à multiplier les déplacements en avion. Cela alors que la Fifa a réparti les équipes dans trois zones géographiques pour la phase de groupes : est (de Miami à Toronto), ouest (de Vancouver à Los Angeles) et centrale (de Mexico à Kansas City). L’équipe de France jouera par exemple ses trois premiers matchs à Boston, New York et Philadelphie, dans l’est des États-Unis.

«L’empreinte carbone du football professionnel est générée à 70% par les transports, rappelle Justine Birot, directrice de l’Institut du sport durable et coautrice du rapport Décarbonons le sport, du laboratoire d’idées The Shift project. Cette Coupe du monde est ultra-dépendante de l’aviation. Les supporters étrangers représentent à eux seuls 90% de l’empreinte carbone liée au transport. Le bilan est horrible.»

Les distances donnent le vertige : 3 800 kilomètres séparent Mexico, où se joue le match d’ouverture, de New York, qui accueillera la finale. Plus de 4 000 kilomètres sont aussi à parcourir entre Los Angeles et Toronto. «Les mobilités décarbonées ne seront pas du tout favorisées, alors que c’est précisément ce dont nous avons besoin», souligne Justine Birot. Prix exorbitants, absence d’alternatives en transport en commun entre les différentes villes du Mondial… L’avion sera le principal moyen de transport de cette Coupe du monde.

Le recours à des sponsors ultrapolluants participe aussi à cet accroissement des émissions de gaz à effet de serre. «Cela est dû à l’augmentation des ventes et de la consommation résultant de la visibilité extrêmement importante du sponsoring des Coupes du monde», rappelle dans son rapport le New weather institute.

La Fifa a notamment choisi de faire de Saudi Aramco, la première compagnie pétrolière mondiale en termes de production, l’un des partenaires majeurs du tournoi. Il s’agit d’une entreprise publique d’Arabie saoudite, pays hôte de la Coupe du monde 2034. Parmi les autres sponsors figurent Qatar Airways ou encore Coca-Cola, des entreprises régulièrement pointées du doigt pour leur impact environnemental.

Un Mondial qui cumule les facteurs de risque

Outre ses émissions record de gaz à effet de serre, cette Coupe du monde cumule aussi les facteurs de risque pour la santé, tant des joueurs que du public. «Cinq des seize stades de la compétition ont un risque de près de 50% de faire face à de fortes chaleurs pendant les matchs», explique Davide Faranda. Il s’agit de Houston, où la probabilité est de 90%, Dallas (87%), Atlanta (47%), Miami (69%) et Kansas City (46%).

Pire, les quatre premiers risquent à 50% de subir des épisodes combinés de vent violent, de pluie et de fort ressenti de chaleur, selon le chercheur. Le calendrier du Mondial 2026 coïncide avec le début de la saison cyclonique dans l’Atlantique. «Durant cette période, les phénomènes d’intensification rapide des tempêtes deviennent de plus en plus fréquents sous l’effet de températures plus élevées», rappelle le New weather institute.

Rien d’une nouveauté. Lors de la Coupe du monde des clubs, organisée l’an dernier aux États-Unis, plusieurs rencontres ont été perturbées ou retardées à cause de conditions météorologiques extrêmes, pointe Football for future. Dans son rapport, l’organisation environnementale souligne que depuis la Coupe du monde 1994, organisée aux États-Unis, «les trois pays hôtes ont tous connu certains des événements climatiques les plus graves jamais enregistrés».

Une mise en danger de la santé des joueurs et des spectateurs

Lors de ce Mondial, «un quart des matchs seront joués au-delà du seuil de 32°C WBGT», indique Bernard Paquito, chercheur à l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) spécialisé dans l’activité physique et le changement climatique. Cet indice de contrainte thermique permet d’estimer les effets combinés de la température, de l’humidité et du rayonnement solaire sur l’organisme. Contrairement à la température affichée par les thermomètres, il mesure la chaleur réellement ressentie par le corps humain.

Il précise : «Entre 25 et 29°C WBGT, le jeu est déjà moins intense, avec une baisse du nombre d’actions et de la distance réalisée à haute vitesse. Plus cet indicateur est élevé, plus le jeu est modifié.» Et les effets sur la santé sont indéniables, à tel point que l’ACSM, la plus grande organisation mondiale de médecine du sport, préconise de reporter les compétitions au-delà de 32,3°C WBGT lorsque les sportifs sont acclimatés à la chaleur, et au-delà de 29°C WBGT lorsqu’ils ne le sont pas.

Sous fortes chaleurs, les sportifs courent plus de risques d’épuisement (évanouissements, transpiration excessive, nausées, crampes musculaires, etc.) et de coups de chaleur d’exercice : une température corporelle supérieure à 40°C et des troubles neurologiques.

Pour les spectateur·ices aussi, l’impact est loin d’être neutre. Le New weather institute rappelle qu’une «exposition prolongée à ces conditions peut provoquer un épuisement, une déshydratation et des coups de chaleur, en particulier chez les personnes âgées et celles souffrant de problèmes de santé préexistants».

Pour les joueurs, des pauses fraîcheur sont prévues par la Fifa, et certains stades seront climatisés, comme à Houston et Atlanta. Suffisant ? Pas vraiment. Il y aurait déjà besoin «d’une vraie stratégie d’acclimatation à la chaleur, avec au moins quinze jours d’entraînement dans un contexte chaud. Mais ce sera difficile : pour 70% des joueurs, seulement quinze jours séparent la fin des championnats et la Coupe du monde», indique Bernard Paquito.

«Ils ont une énorme responsabilité»

Pourtant, la Fifa, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations, considère sur son site internet «jouer un rôle pionnier dans l’engagement pour l’action climatique» et reconnaît que le «changement climatique et ses effets représentent l’un des enjeux les plus urgents de notre époque, si ce n’est le plus urgent».

L’instance a d’ailleurs prévu d’investir 10 millions de dollars (soit environ 8,6 millions d’euros) en faveur du «développement durable», sur un total de 3,756 milliards de dollars (3,25 milliards d’euros) d’investissements liés au Mondial.

«La Fifa n’a pas intégré les enjeux de décarbonation et de transition écologique. C’est regrettable pour l’intérêt du sport, cela met en péril la pratique sportive si l’on organise des compétitions sans prendre en compte les limites planétaires», estime Justine Birot, de l’Institut du sport durable.

Il y a quelques semaines, une soixantaine d’actuels et anciens joueurs de football ont écrit à l’instance afin de réclamer des protocoles thermiques plus stricts et de prendre davantage soin de la planète, selon des informations de la BBC Sport. «Ils ont une énorme responsabilité et ils n’en font pas assez en termes d’impact et d’influence», a déclaré l’international norvégien Morten Thorsby, auprès du média britannique.

Vers de nouveaux mondiaux XXL ?

Appels à favoriser les spectateur·ices du coin, démocratisation des fanzones, quotas de supporteur·ices issu·es d’autres continents, modification du calendrier de la compétition, recours à des sponsors moins polluants, limitation dans la construction de nouveaux stades… Les propositions de chercheur·ses pour adapter les futures Coupes du monde ne manquent pas.

Pourtant, les prochaines éditions – organisées en Espagne, au Maroc et au Portugal en 2030, puis en Arabie saoudite en 2034 – devraient elles aussi afficher un lourd bilan carbone. Le New weather institute estime que les émissions de gaz à effet de serre devraient s’établir respectivement à 6,09 millions et 8,55 millions de tonnes de CO2e.

Probablement moins, donc, que lors de cette Coupe du monde 2026, mais largement plus que la moyenne des précédentes éditions, entre 2010 et 2022, estimée à 4,7 millions de tonnes. En cause, encore une fois : le transport aérien, mais aussi la construction de nouveaux stades. Au risque d’alourdir encore l’empreinte de l’un des plus grands événements sportifs de la planète.

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11.06.2026 à 11:53

«Nous n’avons pas les moyens de remettre l’eau en conformité, donc elle reste polluée» : les communes esseulées face au défi des PFAS

Lisa Boudoussier

Texte intégral (1680 mots)
Malandry (Ardennes), le 30 septembre 2025. La maire de la commune, Annick Dufils, présente une installation expérimentale qui sert à filtrer l’eau contaminée. © Jean-Christophe Verhaegen/AFP

En juillet 2025, près de 3 000 habitant·es des Ardennes se sont vu interdire de boire l’eau du robinet. Une décision prise par la préfecture face à des analyses révélant des taux de PFAS bien supérieurs aux normes autorisées dans les sources alimentant treize communes. Ces substances chimiques très persistantes dans l’environnement peuvent contaminer l’eau que l’on boit et s’accumulent ensuite dans l’organisme.

Malandry fait partie des localités concernées. Sa maire, Annick Dufils, raconte : «J’ai appris avec sidération et colère que notre eau était contaminée par des polluants éternels.» La commune distribue, encore en ce mois de juin, deux litres d’eau en bouteille par jour à chacun·e des 80 habitant·es. De fait, la dernière analyse réalisée en janvier dans le cadre du contrôle sanitaire révèle une concentration en PFAS de 0,706 microgramme par litre (µg/l), soit sept fois la limite de qualité fixée à 0,1 µg/l.

Depuis quelques années, les interdictions de boire une eau potable contaminée aux PFAS se multiplient en France : à Saint-Louis (Haut-Rhin) en avril 2025, à Arrentès-de-Corcieux (Vosges) en octobre 2025, ou encore, en avril dernier, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Si certaines interdictions ont depuis été levées, d’autres demeurent. Entre l’identification d’une pollution et sa résolution, le chemin peut être long.

«Il faut renforcer le principe pollueur-payeur»

Lorsqu’une eau est déclarée non conforme, c’est au distributeur – responsable pénalement de sa qualité – de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la situation. En pratique, il s’agit souvent de communes ou de syndicats de l’eau. Problème : les différentes techniques de traitement ne permettent pas encore de détruire de façon systématique les PFAS – et elles sont particulièrement coûteuses.

Accablée, la maire de Malandry explique : «Nous n’avons pas les moyens de remettre l’eau en conformité, donc elle reste polluée.» L’été dernier, un test a tout de même été mené avec de l’eau prélevée de la source et mise dans un bidon avec du charbon actif ; sans pouvoir le développer à grande échelle. «Cette technique ne fait disparaître qu’une partie des PFAS, seulement les plus grosses molécules», rappelle par ailleurs Annick Dufils. Dans la commune voisine d’Haraucourt, une cuve à charbon actif vient d’être installée, le 8 juin. Son fonctionnement – qui implique de changer régulièrement les filtres – risque de coûter cher.

«Pour le moment, les collectivités n’ont pas d’autre choix que d’augmenter la facture d’eau des usagers domestiques. À l’arrivée, ce sont eux qui payent le prix de la dépollution», regrette Gabriel Amard, député La France insoumise (LFI), qui a déposé le 15 avril un rapport d’information avec Jean-Michel Brard (Horizons) sur la transposition et la mise en œuvre de la directive européenne sur la qualité des eaux.

«Il faut renforcer le principe pollueur-payeur», poursuit-il. Difficile d’imaginer que cette volonté soit entendue, alors que la redevance censée taxer les PFAS à hauteur de 100 euros pour 100 grammes rejetés dans l’eau n’est toujours pas entrée en vigueur. Elle aurait dû être appliquée à partir du 1er mars, mais Sébastien Lecornu l’a reportée de plusieurs mois, comme l’a révélé la cellule investigation de Radio France.

Des plaintes pour retrouver les responsables

Avec cinq autres communes des Ardennes, Malandry a déposé une plainte contre X pour «mise en danger de la vie d’autrui» et «pollution de l’eau», le 7 avril. L’objectif est de trouver les responsables de cette pollution aux PFAS liée à l’épandage de boues d’épuration, selon une enquête de Disclose et France 3 publiée en février.

Une plainte similaire a été déposée dans les Vosges, en février. Elle fait suite à la découverte de résultats d’analyses des PFAS dans l’eau indiquant un dépassement des seuils dans les communes d’Arrentès-de-Corcieux et de Tendon. «Ce sera à la justice d’établir la chaîne de responsabilité. Mais, au-delà des industriels, c’est aussi l’État qui pourrait être tenu pour responsable», estime Jean-François Fleck, de Vosges nature environnement, l’une des associations qui a porté plainte avec deux particuliers.

C’est justement ce que souhaitent faire reconnaître les associations Notre Affaire à tous, Bloom et Générations futures, ainsi que des victimes de la pollution aux PFAS, qui ont directement attaqué l’État devant le tribunal administratif de Paris, le 21 mai. Elles dénoncent notamment le fait que les autorités avaient connaissance de cette contamination et des risques sanitaires associés.

«C’est la présence de PFAS qui fait le poison»

Dans une lettre ouverte envoyée début juin au gouvernement, la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé (CN URPS-ML) alerte sur la menace que fait peser sur la santé cette pollution de l’eau que l’on boit.  

De nombreux travaux scientifiques démontrent que ces molécules peuvent avoir des effets délétères pour l’être humain : augmentation du taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du fœtus, sur le foie, sur les reins… Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe de travail santé environnementale de la CN URPS-ML, affirme : «Même un taux inférieur aux limites de qualité ne veut pas dire qu’il n’y a plus de danger. Aujourd’hui, on considère que c’est la présence de PFAS qui fait le poison.»

D’autant plus que seuls 20 PFAS sont réglementés sur une famille de plus de 10 000 molécules. Une liste à laquelle n’appartient pas l’acide trifluoroacétique (TFA), alors qu’il vient tout juste d’être officiellement considéré comme «toxique pour la reproduction suspecté» par l’Agence européenne des produits chimiques. La recherche de ce polluant ne sera obligatoire qu’à compter de janvier 2027 en France.

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11.06.2026 à 10:28

L’eau de votre robinet est-elle contaminée aux PFAS ? Notre carte exclusive

Lisa Boudoussier

Texte intégral (2404 mots)

👉 Nous révélons qu’au moins 2,7 millions de Français·es vivent dans des zones où les données sont incomplètes.

Qu’ont en commun les villes de Strasbourg, Hénin-Beaumont, Savigny-sur-Orge, Menton ou encore Fort-de-France ? Leurs habitant·es n’ont aucun moyen de savoir si leur eau du robinet est contaminée par les «polluants éternels».

Pourtant, depuis le 12 janvier dernier, la loi a rendu obligatoire la surveillance dans l’eau potable de 20 PFAS – une vaste famille de substances chimiques particulièrement persistantes dans l’environnement, qui présentent des risques pour la santé.

Plus inquiétant encore, Vert révèle que dans 96 communes, les analyses déjà réalisées montrent que l’eau dépasse la limite de qualité fixée à 0,1 microgramme par litre (µg/l) pour la somme des 20 PFAS. Ainsi, l’eau potable d’au moins 6 100 habitant·es est polluée par ces molécules.

Votre eau du robinet a-t-elle été analysée ? Est-elle contaminée aux PFAS ? Pour le vérifier, Vert a créé une carte interactive qui recense les résultats des contrôles sanitaires partout en France hexagonale et dans les outre-mer.

*La somme des 20 PFAS ne doit pas dépasser 0,1 µg/l (PFBA, PFBS, PFDA, PFDODA, PFDODS, PFDS, PFHPA, PFHPS, PFHXA, PFHXS, PFNA, PFNS, PFOA, PFPEA, PFPS, PFTRDA, PFTRDS, PFUNA, PFUNDS, PFOS)

** La somme des 4 PFAS les plus préoccupants (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS) ne doit pas dépasser 0,02 µg/l, selon le seuil recommandé par le Haut Conseil pour la santé publique (HCSP)

En entrant le nom de votre commune dans la barre de recherche, vous aurez accès aux résultats des contrôles réalisés dans chaque unité de distribution d’eau potable (UDI), qui permet d’acheminer l’eau jusqu’à votre robinet. Vous pourrez alors vérifier si l’eau de votre commune a bien été analysée, et si elle respecte la limite de qualité.

Par ailleurs, face à l’étendue des risques que font peser les PFAS sur la santé, le respect d’un seuil plus contraignant est recommandé par le Haut Conseil pour la santé publique (HCSP) en complément de la limite de qualité. Nous l’avons donc intégré à notre carte.

De fortes inégalités territoriales

Selon les calculs de Vert, près de 8 500 réseaux de distribution d’eau potable – sur plus de 25 000 recensés dans le pays – n’ont toujours pas publié le résultat des analyses des PFAS dans leurs eaux. Selon nos estimations, au moins 2,7 millions de Français·es sont concerné·es par ce manque de données.

Gabriele Gien, avocate spécialisée en droit de l’environnement, notamment sur la question de la pollution de l’eau, s’interroge sur ce piètre bilan : «Comment est-ce possible que tous les réseaux de distribution n’aient pas encore été analysés, alors que cela fait six ans que l’on connaît l’échéance [de 2026] ?»

Dès 2020, la directive européenne sur l’eau potable imposait aux États membres de surveiller une liste de 20 PFAS (parmi des milliers de molécules) afin de respecter une limite de qualité de 0,1 μg/l au robinet et de protéger la santé des citoyen·nes. La France a transposé cette directive européenne en décembre 2022, de quoi, en principe, laisser suffisamment de temps aux agences régionales de santé (ARS) pour organiser cette nouvelle surveillance. Hélas. «Sans le contrôle complet des réseaux de distribution par les ARS, on ne peut pas être certain que toutes les eaux sont conformes», analyse encore Gabrièle Gien.

Notre carte révèle de fortes inégalités territoriales, l’absence de données étant visible sur les zones grisées. L’Occitanie est l’une des régions où il manque le plus de résultats : environ 67% des réseaux d’eau n’ont pas d’analyse à jour. La situation est aussi préoccupante en Auvergne-Rhône-Alpes ou en Bourgogne-Franche-Comté, où plus de quatre réseaux sur dix n’ont pas encore communiqué de résultats. Pire encore, la Martinique et Mayotte ne disposent d’aucune analyse sur l’ensemble de leur territoire.

Certains réseaux de distribution ne seront pas analysés avant plusieurs mois

Comment expliquer que de nombreux réseaux d’eau potable ne soient pas encore analysés ? Interrogée par Vert, la direction générale de la Santé (DGS) explique que les prélèvements ne sont pas menés partout au même moment. «Au regard des fréquences de contrôle sanitaire, qui varient suivant la taille de la population alimentée […], ce n’est que dans les prochains mois que nous aurons une vision exhaustive de la situation», détaille-t-elle sans préciser la date exacte à laquelle la totalité des réseaux d’eau potable auront été analysés sur le territoire.

Seules 7 des 17 agences régionales de santé contactées par Vert nous ont répondu. De la même manière que la direction générale de la santé, les ARS expliquent que la programmation des analyses se fait en fonction de la fréquence réglementaire, qui varie au cas par cas selon le volume d’eau distribué. L’ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur, interrogée sur le manque d’analyses dans la commune de Menton (Alpes-Maritimes), indique à Vert : «Les analyses n’ont pas encore été réalisées cette année, elles le seront dans les mois qui viennent, trois analyses de PFAS sont programmées entre juillet et novembre 2026.»

Toutes nous assurent que des campagnes de mesures ont été menées avant même l’entrée en vigueur de l’obligation. «Notre région avait déjà anticipé la réglementation puisque des recherches sont réalisées depuis 2022», affirme par exemple l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes. Néanmoins, ces «campagnes d’analyses exploratoires» ne peuvent pas être interprétées au même titre que le contrôle sanitaire puisqu’elles sont réalisées en dehors du programme d’analyses prévu. «Les résultats de [ces] analyses ne sont pas nécessairement représentatifs de la qualité de l’eau du réseau de distribution, à l’inverse des données du contrôle sanitaire», peut-on lire dans le bilan national de la qualité de l’eau du robinet sur les PFAS de 2024.

«Élus locaux, citoyens et associations ont un rôle important pour exiger des analyses»

Les distributeurs d’eau potable – que sont les mairies, les syndicats de l’eau, les communautés de communes ou encore les exploitants privés – sont responsables pénalement de la qualité de l’eau distribuée.

Vert a contacté plusieurs distributeurs parmi ceux qui alimentent le plus de personnes pour leur demander s’ils avaient interpellé leur ARS face à l’absence d’analyse les concernant. Ni l’eurométropole de Strasbourg (Bas-Rhin), qui distribue l’eau à environ 420 000 personnes, ni Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et ses 36 000 buveur·ses ne nous ont répondu.

En revanche, la communauté urbaine d’Arras (Pas-de-Calais) nous renvoie à la dernière analyse effectuée en février dernier par l’ARS. Néanmoins, celle-ci ne concerne qu’un seul réseau d’eau alimentant 325 habitant·es, alors que la commune en compte 43 765, selon les données disponibles dans le contrôle sanitaire. Une grande partie de la population d’Arras ne sait donc pas si son eau est polluée au PFAS à ce jour.

Pour Jean-François Fleck, vice-président de l’association Vosges nature environnement : «Les élus locaux, citoyens et les associations ont un rôle important pour exiger que des analyses soient menées par les administrations», qu’il accuse de «jouer soit l’absence d’information, soit le fait de nier l’ampleur du problème».

Eau potable contaminée aux PFAS : une centaine de communes concernées

Lorsque les analyses sont bel et bien réalisées, les résultats s’avèrent parfois préoccupants. «Plusieurs réseaux de distribution de l’eau potable sont non-conformes, c’est quand même très inquiétant pour les populations», observe la toxicologue Pauline Cervan, de l’association Générations futures. Cette association, avec Data for Good, a agrégé sur le site dédié Dans mon eau les données sur la présence de PFAS, pesticides, nitrates et CVM dans l’eau du robinet. Pauline Cervan de compléter : «Or la directive sur l’eau potable demande à la fois la surveillance des PFAS, mais aussi le respect de la limite de qualité.»

Selon les dernières analyses du contrôle sanitaire, quinze réseaux de distribution ont des concentrations de PFAS supérieures à la limite de qualité fixée à 0,1 µg/l pour la somme de ces 20 molécules dans les eaux de consommation. Colorés en rouge sur notre carte, ces dépassements concernent, selon les calculs de Vert, au moins 6 100 personnes de 96 communes dans les Ardennes, la Haute-Saône, le Gard et le Rhône, l’Isère ou encore l’Ardèche.

Pour qu’une eau soit jugée non conforme à la limite de qualité, plusieurs analyses supplémentaires sont nécessaires. Dès février 2025, une instruction du ministère de la santé imposait le retour à la conformité avant janvier 2026 de l’ensemble des situations pour lesquelles le dépassement de la limite de qualité avait été confirmé.

En Haute-Saône, le réseau de distribution d’eau potable de Breuches a été déclaré non conforme par l’ARS à la fin de l’année 2025. Il apparaît en rouge sur notre carte puisque la dernière analyse datant d’août 2025 mesure à 0,408 µg/l le taux de PFAS dans l’eau potable. Aucune analyse plus récente n’est disponible, pourtant l’ARS Bourgogne-Franche-Comté écrit sur son site : «Un suivi renforcé de la qualité de l’eau est instauré.» Par ailleurs, la consommation de l’eau n’a pas été restreinte – les préfet·es peuvent prendre des arrêtés interdisant la consommation de l’eau du robinet –, les habitant·es continuent donc de la boire. Pour Pauline Cervan : «C’est encore une fois une illustration de l’inaction de l’État qui sait que l’eau est contaminée mais qui ne fait rien.»

Notre méthodologie

Cette carte a été réalisée à partir des résultats d’analyse du contrôle sanitaire de l’eau distribuée commune par commune, publiés sur datagouv.fr. Ces données sont extraites de la base nationale SISE-Eaux d’alimentation et elles ont été mises à jour pour la dernière fois le 1er juin 2026.

Les résultats d’analyses affichés sur la carte remontent à janvier 2025 et vont jusqu’à fin avril 2026. Elle est à l’échelle des UDI, sauf pour les territoires d’outre-mer, où les résultats sont affichés par commune (le tracé des UDI n’étant pas disponible).

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11.06.2026 à 00:01

Températures et émissions records : des scientifiques publient de nouveaux chiffres chocs sur l’évolution du climat

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (1143 mots)
Cette actualisation de données a notamment été signée par les Français·es Valérie Masson-Delmotte, Christophe Cassou, Aurélien Ribes ou Pierre Friedlingstein. © Pierre Trudelle/Unsplash

Cinq ans après la parution des dernières données du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur le sujet, 73 scientifiques du monde entier ont actualisé une douzaine d’indicateurs essentiels pour saisir l’état du climat planétaire et l’influence humaine sur son évolution. Bilan des émissions mondiales de gaz à effet de serre, évolution des températures sur terre et en mer, budget carbone restant avant de franchir le seuil de 1,5°C de réchauffement climatique… Cet important travail de revue, signé par plusieurs climatologues de renom, dont les Français·es Valérie Masson-Delmotte, Christophe Cassou, Aurélien Ribes ou Pierre Friedlingstein, devrait provoquer un électrochoc chez nos dirigeant·es. Et pourtant.

⛽ Émissions de gaz à effet de serre : nouveaux records

Sauf pandémie ou crise énergétique d’ampleur, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) franchissent chaque année un nouveau record et les deux dernières ne font pas exception. En 2024, les émissions totales de GES – dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4), protoxyde d’azote (N20) – ont atteint un niveau inédit de 56,8 milliards de tonnes équivalent CO2 (gigatonnes de CO2e).

Le collectif de scientifiques Global carbon project a averti dès novembre que les émissions issues des combustibles fossiles marqueraient un nouveau record en 2025. Or les trois quarts des émissions mondiales sont «directement dus à l’usage des énergies fossiles», rappellent les scientifiques.

Seul point positif, les émissions n’augmentent plus aussi vite que pendant les années 2000, notent les chercheur·ses. Depuis la signature de l’Accord de Paris, elles sont en voie de stabilisation et l’Agence internationale de l’énergie entrevoit même un pic avant 2030.

Mais, dans leur opus de 2021, les auteur·ices du Giec ont indiqué que la limitation du réchauffement mondial à 1,5°C d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850) nécessitait d’atteindre ce pic avant 2025 et de diviser par deux le niveau d’émissions entre 2019 et 2030.

⏱ Le budget carbone épuisé

La hausse continue des émissions de gaz à effet de serre épuise le budget carbone restant – c’est-à-dire la quantité de CO2 qu’il reste à émettre avant d’atteindre 1,5°C de réchauffement. Depuis 2020, ce budget a fondu de 74% pour s’établir à 130 milliards de tonnes de CO2 début 2026. C’est à peine plus de deux ans et demi d’émissions au rythme actuel.

«Il est désormais inévitable que le réchauffement atteigne puis dépasse 1,5°C», estiment les chercheur·ses. Toujours au rythme actuel d’émissions, la température mondiale atteindra +1,5°C dans trois ans, +1,7°C dans douze ans et +2°C dans vingt-cinq ans.

Pour rappel, le seuil de 1,5°C de réchauffement n’est pas scruté par hasard. Dépasser ce niveau de réchauffement pourrait notamment déclencher des points de bascule climatique. Autrement dit, lorsqu’un élément clé du climat (calottes polaires, courants océaniques, forêts tropicales, etc.) bascule vers un nouvel état, avec des conséquences irréversibles et difficilement contrôlables.

🌡 Mercure au top

Pour l’heure, les scientifiques estiment que le réchauffement climatique moyen (sur la période 2016-2025) s’établit à 1,24°C par rapport à l’ère préindustrielle. Il n’était «que» de 1,09°C à la parution du rapport du Giec en 2021. Sur la seule année 2025 – troisième plus chaude de l’Histoire – le réchauffement a atteint 1,39°C (dont 1,37° uniquement dus aux activités humaines), selon les scientifiques. C’est moins que les estimations de l’Observatoire européen Copernicus, qui a établi le réchauffement à 1,47°C cette année-là en utilisant d’autres jeux de données (notre article).

Dans tous les cas, le rythme de réchauffement reste «à son plus haut niveau historique», attestent les chercheur·ses. À ce sujet, elles et ils rappellent une étrangeté du système climatique – aux yeux du grand public – liée à la baisse de la pollution au soufre (historiquement générée par les centrales au charbon, raffineries et industries métallurgiques et chimiques). Ces particules dangereuses pour les voies respiratoires ont aussi le pouvoir de réfléchir une partie du rayonnement solaire et donc de masquer le réchauffement climatique. Leur baisse drastique – de 12 à 1,4 gigatonne émise entre 1990 et 2024 – annule aujourd’hui cet effet.

Une telle accumulation de chaleur a pour conséquence directe l’accélération de la montée du niveau de la mer (sous l’effet conjugué de la dilatation des océans et de la fonte des glaces), qui a atteint +23 centimètres en 2025 par rapport à 1901. La hausse annuelle s’est fortement accélérée, passant de +1,73 millimètre sur la période 1901-2018 à +3,66 millimètres en 2006-2025. Autre preuve tangible du bouleversement climatique en cours : le nombre de jours de vagues de chaleur marine a doublé entre 1982 et 2016, puis a plus que triplé (x3,3) entre 1991 et 2025. L’année 2024 a connu à elle seule 82 jours de vagues de chaleur marine, un record.

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10.06.2026 à 16:44

Cultiver sans pesticides, c’est possible : dans la Somme, ces scientifiques sèment des alternatives

Esteban Grépinet

Texte intégral (1603 mots)
Une bineuse en action dans un champ de betteraves : elle permet de lutter contre les «mauvaises herbes» sans utiliser d’herbicide. © Esteban Grépinet/Vert

En cette chaude matinée de mai, un nuage de poussière s’élève au milieu d’un champ. Un tracteur équipé d’une houe rotative, sorte d’alignement de roues dentées destinées à gratter le sol, fonce à toute allure au milieu des rangées de betteraves.

«Avec la vitesse, elle vient éjecter les adventices [les «mauvaises herbes», NDLR] et les mettre en surface au soleil, explique au volant Sébastien Darras, qui travaille à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). C’est un des leviers que nous utilisons pour nous passer des herbicides.»

Situé sur l’unité expérimentale Inrae d’Estrées-Mons (Somme), au beau milieu des grandes plaines de Picardie, ce champ n’est pas comme les autres : aucun pesticide n’y est utilisé. Depuis 2012, plusieurs parcelles ont contribué, avec huit autres sites de l’Inrae répartis dans toute la France, à un projet national de «systèmes de culture zéro pesticides» – le «Rés0Pest».

Publiés en février dernier, les résultats de cette expérimentation sur dix ans sont clairs : «Il est possible d’atteindre des rendements comparables aux systèmes conventionnels et supérieurs aux systèmes biologiques et, dans certains cas, de générer un revenu agricole net plus élevé», écrivent les scientifiques.

Bandes fleuries et coccinelles

«Nous avons été extrêmes dans la non-utilisation de produits phytosanitaires, expose Jean-Noël Aubertot, agronome à l’Inrae et initiateur du projet. Mais ces systèmes ne sont pas en bio, car nous autorisons par exemple les engrais de synthèse», qui favorisent la croissance des plantes. L’expérience a été menée sur des parcelles de grandes cultures (céréales, pommes de terre, betteraves…), comme c’est le cas à Estrées-Mons, et de polyculture-élevage (prairies, cultures fourragères…), en Bretagne, dans le Poitou ou encore près de Toulouse (Haute-Garonne).

«Nous avons tenu bon et nous avons récolté beaucoup plus qu’attendu dans certains cas.»

«En 2012, beaucoup de gens n’y croyaient pas, ils pensaient que nous n’allions rien obtenir», se souvient Sébastien Darras, qui pilote le projet dans la Somme. «Nous avons tenu bon et nous avons récolté beaucoup plus qu’attendu dans certains cas, se réjouit Jean-Noël Aubertot. Nous n’avons pas observé de problème majeur lié aux attaques de ravageurs et au développement des maladies. En revanche, sur certains sites, nous avons été confrontés à des impasses techniques, avec des difficultés à gérer certaines plantes vivaces, comme les chardons.»

Avec le désherbage mécanique, les plantes adventices (ici un chardon) sont arrachées et remises en surface du sol pour protéger les rangées de betteraves. © Esteban Grépinet/Vert

Le site d’Estrées-Mons a produit les résultats les plus «spectaculaires», selon les mots du chercheur. «Globalement, nous sommes en moyenne à 85% des rendements conventionnels, estime Sébastien Darras. Et cela sans dégrader la capacité productive des parcelles du système.» Si la gestion des céréales (blé, orge…) a été plus complexe, certaines cultures réputées très dépendantes des pesticides – comme le colza – ont régulièrement atteint voire dépassé les moyennes régionales. De 2013 à 2025, les rendements de la betterave sucrière sans pesticides ont atteint en moyenne 96% des résultats conventionnels du secteur, mais avec de fortes variations selon les années (105% en 2024, 57% en 2020…).

«La base de la réussite, ce sont les leviers agronomiques», dévoile Sébastien Darras. Pour perturber le cycle des bioagresseurs (pucerons, plantes adventices…), les scientifiques ont allongé et diversifié la rotation des cultures : une année du blé, la suivante de la betterave, puis du colza, des pommes de terre, du triticale (un hybride entre le blé et le seigle), des haricots, de l’orge, et ainsi de suite.

Plantées en bordure de parcelles, les bandes fleuries accueillent une multitude d’insectes, dont certains régulent les «ravageurs» des cultures. © Esteban Grépinet/Vert

En complément, des bandes fleuries ont été semées en bordure des parcelles pour favoriser les coccinelles, guêpes et autres petites bêtes s’attaquant aux «ravageurs». «L’idée, c’est de stocker ces auxiliaires de culture pour qu’ils soient déjà présents à proximité lorsqu’on arrive au stade sensible», c’est-à-dire lorsque les bioagresseurs arrivent, explique Sébastien Darras en progressant au milieu d’un méli-mélo de fleurs de toutes les couleurs.

«Nous n’avons pas inventé la solution magique»

Contre les «mauvaises herbes», les technicien·nes ont alterné des faux-semis (le fait de préparer le sol pour faire germer les adventices déjà présentes) et des techniques de désherbage mécanique, comme la houe rotative. «Ce sont les outils de nos anciens, ils ont plus de cinquante ans», explique Sébastien Darras en observant une bineuse et ses rangées de lames sectionner la surface du sol dans un champ. Certaines années, les parcelles sont labourées – une pratique qui consiste à retourner la terre en profondeur pour enfouir les graines indésirables et les résidus de culture, mais qui peut avoir un impact négatif sur la santé des sols.

La bineuse passe dans les inter-rangs pour couper les «mauvaises herbes» avec des lames oscillant de droite à gauche. © Esteban Grépinet/Vert

Autre levier : la sélection génétique. À Estrées-Mons, les scientifiques ont planté une variété de pommes de terre bien plus résistante aux maladies, de quoi éviter la quinzaine de traitements phytosanitaires habituellement nécessaire. Résultat : depuis 2019, les rendements sans pesticides ont atteint environ 80% des moyennes du secteur.

Si cette pomme de terre n’est pas utilisée par les agriculteur·ices, c’est parce qu’elle ne répond pas au cahier des charges des industries locales, qui fixent des variétés précises calibrées pour la transformation. «La réussite de la transition agroécologique dépend non seulement de l’ensemble des agriculteurs, mais aussi de la capacité des systèmes alimentaires à évoluer, en mobilisant l’ensemble des acteurs des filières d’amont et d’aval», éclaire Jean-Noël Aubertot.

«Sans pesticides, on est beaucoup plus soumis aux aléas, avec beaucoup moins de filets de sécurité.»

Des parcelles expérimentales d’un demi-hectare aux vastes surfaces agricoles de la région, le passage de relais est encore loin. «Sur le papier, ça fonctionne, mais il faut aussi se mettre dans la réalité technico-économique d’une exploitation, juge Jérôme Pernel, responsable de l’innovation à Agro-Transfert, un organisme chargé de faire l’interface entre la recherche et le monde agricole dans les Hauts-de-France. Sans pesticides, on est beaucoup plus soumis aux aléas, avec beaucoup moins de filets de sécurité, et derrière il y a des enjeux de revenu direct pour l’agriculteur. Sur un bassin de production, si une année le rendement est divisé par trois, cela met aussi en péril l’activité des filières locales.»

Pour être efficace, la houe rotative nécessite un temps chaud et sec sur plusieurs jours, ce qui limite la fenêtre d’action. © Esteban Grépinet/Vert

Les alternatives demandent forcément plus de temps et d’efforts que les épandages, pour des rendements plus fluctuants. «Nous n’avons pas inventé la solution magique, prévient Sébastien Darras. Nous ne pouvons pas garantir que cela fonctionnera chez quelqu’un d’autre.» Ce dernier espère la création d’un label «zéro phytos» pour financer et valoriser cette «troisième voie» entre le bio et le conventionnel.

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10.06.2026 à 12:05

Le TFA, «polluant éternel» le plus répandu dans l’eau et notre nourriture, présumé «toxique pour la reproduction» par l’Europe

Zoé Moreau

Texte intégral (914 mots)
Le TFA contamine tous les milieux : l’eau, les aliments… et a même été retrouvé dans les neiges de l’Arctique. © Adobe stock

Il est le plus petit des PFAS – ces substances chimiques qui entrent dans la composition de plusieurs pesticides et de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…), réputées pour leur toxicité et leur persistance dans le corps humain et l’environnement. L’acide trifluoroacétique, ou TFA, fait craindre aux agences sanitaires des effets graves sur la santé. Ce mercredi, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a annoncé que son comité d’évaluation des risques avait officiellement classé ce «bébé PFAS» comme «présumé toxique pour la reproduction humaine».

«La décision annoncée confirme ce que nous dénonçons depuis 2023 : le TFA n’est pas un métabolite [produit de dégradation, NDLR] inoffensif des PFAS. Il peut être toxique pour l’être humain, et ses effets néfastes sont particulièrement graves pendant les périodes les plus vulnérables de la vie, à savoir la grossesse et la petite enfance», a réagi Angeliki Lysimachou, responsable des questions scientifiques et politiques du Réseau d’action contre les pesticides (PAN Europe).

Les soupçons ne datent pas d’hier. En 2021, une étude avait montré que des lapereaux exposés au TFA in utero présentaient des malformations de l’œil et de la rétine à la naissance. «Cette observation nourrit la crainte d’éventuels effets oculaires sur les générations futures», expliquait récemment à Vert l’un des plus grands spécialistes de la substance, Hans Peter Arp. C’est notamment sur la base de cette étude que les expert·es de l’ECHA se sont appuyé·es pour rendre leur avis.

«C’est le plus petit des PFAS, donc le plus mobile»

L’agence européenne d’évaluation des produits chimiques précise, dans son alerte, que ce contaminant est «très persistant et très mobile» dans l’environnement – «ce qui peut entraîner une contamination diffuse et très durable des ressources en eau». Hans Peter Arp expliquait il y a quelques mois : «C’est tout simplement le plus petit des PFAS, et donc le plus mobile. Il est extrêmement soluble dans l’eau, peut se déplacer très rapidement dans le sol et les eaux souterraines et pénétrer dans les plantes. Aucun autre PFAS ne circule aussi rapidement dans l’environnement.»

En France, les dernières publications de l’agence sanitaire (Anses) le montrent. Dans un rapport paru en décembre, elle indiquait que 92% de l’eau potable était contaminée par du TFA. Et ce «à des niveaux toujours supérieurs au seuil réglementaire de qualité de 0,1 microgramme par litre (µg/l), applicable pour les métabolites de pesticides susceptibles de porter atteinte à la santé».

Nos aliments aussi sont contaminés. Une récente étude conduite par PAN Europe sur les céréales du petit-déjeuner, le pain ou les pâtes a montré (sur la base de l’analyse de 66 produits) que près de 82% de ces produits contenaient du TFA. Les niveaux de concentration relevés sont importants – la teneur moyenne en TFA atteint 78 900 nanogrammes par kilogramme (c’est largement supérieur au niveau moyen mesuré par l’Anses dans l’eau : 1 000 nanogrammes par litre).

Vers un tour de vis réglementaire ?

La classification du TFA comme substance «présumée reprotoxique» doit désormais être actée par la Commission européenne. Une fois confirmée, elle pourrait avoir des conséquences notables, notamment pour plusieurs pesticides actuellement autorisés.

Car le TFA se forme lors de la dégradation d’un large éventail de composés fluorés, parmi lesquels figurent certains PFAS et fluides frigorigènes, mais aussi plusieurs pesticides dont l’usage a augmenté ces dernières années. Les autorités pourraient être amenées à réexaminer les autorisations de ces substances afin de limiter les rejets de TFA et, finalement, l’exposition des populations.

«La toxicité du TFA ne fait désormais plus débat. Chaque année de retard entraîne davantage de pollution avec laquelle les générations futures devront vivre. La législation sur les pesticides est claire : les décideurs politiques, tant au niveau de l’Union européenne que des États membres, sont désormais légalement tenus d’interdire tous les pesticides PFAS et toutes les substances émettant du TFA, sans délai», a exhorté Salomé Roynel, de PAN Europe.

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