Esteban Grépinet
Trente-trois oiseaux réintroduits, une seule reproduction réussie et au moins 15 morts : ainsi s’achève le très controversé programme de sauvetage du grand tétras dans les Vosges. Jeudi, le ministère de la transition écologique a assuré à Vert vouloir mettre fin dès maintenant aux opérations de lâchers de cet oiseau emblématique des forêts de montagne, au bord de l’extinction dans le massif du nord-est de la France. «Le retour d’expérience dont nous disposons à ce stade sur la mortalité des individus déplacés, ainsi que les informations disponibles sur l’évolution de l’habitabilité du massif des Vosges à moyen et long terme [au regard du réchauffement climatique, NDLR] nous conduisent à ne pas envisager de nouvelles opérations de translocation au-delà de celles déjà réalisées», détaillent les services du ministère, confirmant une information de l’Agence France-Presse (AFP). La décision doit être confirmée officiellement lors d’une réunion de suivi en fin d’année. Le 21 août, le ministère de la transition écologique avait dans un premier temps évoqué auprès du média Reporterre «l’achèvement du programme à l’issue de sa période de validité actuelle», qui court encore sur trois ans. S’il affirme désormais plus franchement ne pas souhaiter de nouveau lâcher, le cabinet précise que les oiseaux réintroduits «continueront à faire l’objet d’un suivi jusqu’à l’achèvement du programme en 2029». Actuellement, seule une vingtaine de grands tétras subsiste dans les forêts vosgiennes : moins de 17 oiseaux réintroduits en mai dernier (au moins trois sont déjà morts), un à deux individus ayant survécu aux lâchers des précédents printemps, ainsi qu’une à trois poules autochtones, naturellement présentes dans le massif. Quatre jeunes ont également été observés ce mois d’août, marquant le tout premier succès de reproduction de l’espèce depuis le lancement du programme de «réintroduction». Imposant oiseau de montagne, le grand tétras peuple encore les sous-bois des Pyrénées, du Jura ou encore des Cévennes. Dans les Vosges, la population, qui comptait encore plus de 500 individus à la fin des années 1970, s’est effondrée à cause de la dégradation de son habitat, du dérangement croissant des activités touristiques et du changement climatique. Pour empêcher son extinction dans le massif, l’État et le parc naturel régional des Ballons des Vosges ont lancé en 2024 un programme de sauvetage, principalement basé sur la capture et le lâcher d’oiseaux norvégiens. Mais cette opération a suscité une levée de boucliers chez une partie des associations locales de protection de la nature. Ces dernières pointent une «opération de communication», reprochant aux autorités de ne pas chercher à résoudre d’abord les causes du déclin de la biodiversité dans les Vosges (développement touristique, dégradation des forêts…). En juin 2025, le tribunal administratif de Nancy (Meurthe-et-Moselle) avait rejeté leur recours contre l’arrêté de la préfecture des Vosges autorisant le lâcher de 200 grands tétras sur cinq ans (les associations ont fait appel). «On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.» «C’est la reconnaissance de notre combat collectif depuis trois ans, salue auprès de Vert Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges et fer de lance de l’opposition au projet, après l’annonce du ministère de la transition écologique. Mais le vrai chantier commence maintenant. L’objectif essentiel, désormais, c’est la restauration des milieux et la question des politiques d’équipement massif de loisirs. On ne peut pas d’un côté constater une dégradation importante des Vosges et de l’autre continuer les politiques qui en sont en partie la cause.» Dans un communiqué publié jeudi, le collectif d’associations appelle à réorienter les moyens destinés aux ex-futures campagnes de lâchers vers une «politique beaucoup plus ambitieuse de restauration du massif» : amélioration de la résilience des forêts face aux sécheresses, protection des secteurs encore favorables aux derniers grands tétras et autres espèces (comme la gélinotte des bois), maîtrise de la fréquentation touristique… Contacté par Vert, le parc naturel régional des Ballons des Vosges n’a pas répondu. Texte intégral (978 mots)

«Le vrai chantier commence maintenant»

Emma Poesy
«Si vous pouvez l’avancer un peu par ici !», lance Simon Subtil, la petite soixantaine, qui tient dans ses mains un grand cadre en bois aux airs de charpente miniature. Depuis quelques jours, le retraité se consacre avec sept autres camarades à une série de tâches peu habituelles : tailler, densifier et ficeler d’épaisses bottes de paille afin de les insérer dans une ossature de bois… Il a l’espoir qu’un jour ces quelques planches – assemblées par la petite bande la veille, pour s’entraîner – deviennent les fondations d’une véritable maison. L’atelier auquel il participe est organisé par l’association Oïkos, qui dispense depuis plus de vingt ans des formations pour les particuliers qui veulent s’initier à l’autoconstruction de bâtiments en matériaux biosourcés – principalement du bois et de la paille. Pendant toute une semaine, en ce mois d’août, les stagiaires se réunissent dans les locaux de l’association, à L’Arbresle, une petite ville de la périphérie de Lyon (Rhône), pour apprendre la théorie ; et l’appliquent l’après-midi sur un plateau technique situé à La Tour-de-Salvagny, une autre ville du coin. Sur place, elles et ils apprennent les rudiments de cette méthode de construction, qui a l’avantage d’être accessible à tout le monde, performante d’un point de vue énergétique, peu chère et, surtout, respectueuse de l’environnement. Ce matin-là, les participant·es sont aligné·es dans une petite salle de classe et écoutent avec attention les conseils dispensés par Emmanuel Deragne, un artisan spécialiste de la construction en bois et en paille. «Surtout, ne forcez jamais pour faire entrer votre botte de paille dans l’ossature, prévient le formateur. C’est le meilleur moyen de vous blesser et de ruiner votre isolation.» Avant de vanter les mérites de cette pratique, encore très confidentielle en France : «L’une de mes stagiaires a isolé sa maison à la paille. Aujourd’hui, il fait 24 degrés chez elle, même quand le thermomètre affiche 38 dehors.» L’après-midi, un petit groupe se forme pour apprendre à scier les bottes de paille, qui doivent impérativement être sèches, rectangulaires et compactes pour être utilisées comme isolant. De l’autre côté du chantier, abrité·es sous le toit d’une grange semi-ouverte, les autres stagiaires s’entraînent à manipuler une charpente, collée à un mur. «C’est assez simple», sourit Isabelle Martin, qui a fait le déplacement depuis la Sarthe. Avec l’aide de l’association, cette propriétaire d’une chambre d’hôtes espère pouvoir bientôt construire un nouveau gîte en paille sur son terrain. «Ce qui m’a décidée, c’est l’envie de faire moi-même et celle de contourner les entreprises du BTP, confie-t-elle. Pour la rénovation d’un autre bâtiment, j’avais fait appel à une entreprise qui n’a respecté aucune de mes consignes en matière d’écologie. Ça m’a dégoûtée.» Tout comme Isabelle Martin, Jérôme Benois, un autre stagiaire, souhaite contourner les entreprises du bâtiment pour réaliser l’extension de sa maison. «Je viens d’Isère et, là-bas, tout le monde peut constater les dégâts que causent les cimentiers», lâche-t-il en référence à la condamnation récente de l’exploitant d’une carrière pour négligences après l’effondrement d’un pan du Vercors (notre article). «Je n’ai pas envie de contribuer à la destruction d’autres carrières, dont les déchets bouchent en ce moment même une route près de chez moi», poursuit Jérôme Benois. Née en 1991, Oïkos a été créée par des particuliers et des architectes qui voulaient contester l’hégémonie du béton dans la construction, matériau devenu incontournable pour reconstruire la France au sortir de la Seconde Guerre mondiale. «L’utiliser à ce moment de l’Histoire avait du sens, notamment parce qu’il y avait beaucoup à reconstruire, qu’il était bon marché et facile à utiliser, rembobine François Leroux, salarié de l’association. Aujourd’hui, c’est une aberration ; le béton consomme énormément de ressources naturelles et d’énergie.» Pour construire une maison en ciment, il faut extraire la roche d’une carrière de calcaire, puis la faire chauffer dans un four à 1 800 degrés. La paille, elle, présente l’avantage d’être nettement moins énergivore : renouvelable et produite localement – il suffit de la commander en amont à un·e agriculteur·ice près de chez soi –, elle est isolante en toutes saisons, nécessite une très faible transformation et est peu onéreuse. Si son utilisation sur les chantiers est encore rare, les grands groupes du secteur s’y mettent progressivement, et quelques grands bâtiments publics en paille ont déjà vu le jour : le lycée professionnel Gergovie à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), sorti de terre en 2021, ou encore l’atelier de construction de décors de la Comédie-Française, à Sarcelles (Val-d’Oise), une ancienne passoire thermique isolée avec de la paille en 2024. Ce matériau est d’autant plus intéressant qu’il est léger et donc facile à manipuler. «Chez les professionnels du bâtiment, le secteur de la paille est celui dans lequel on retrouve le plus de femmes, précise Emmanuel Deragne. Avec ce matériau, on est plus efficace en utilisant des outils qu’en usant de sa force.» Sur le papier, les particuliers ont doublement raison de s’y intéresser : «Ça peut vite devenir intéressant financièrement, estime François Leroux. En autoconstruction avec de la paille, on peut payer entre 30% et 50% moins cher que pour du bâti traditionnel, selon les travaux que l’on fait.» En pratique, cela implique de se former et d’y mettre pas mal d’huile de coude. «Quand j’étais plus jeune, il y avait très peu de spécialistes de la paille et j’ai dû passer beaucoup de temps à bosser seul pour perfectionner mes techniques», relate Emmanuel Deragne, qui a commencé sa carrière d’artisan comme spécialiste du bois. Opter pour la paille implique aussi de passer outre les préjugés. «J’ai parlé de mon projet à mes oncles, qui se sont moqués en disant que je n’avais qu’à m’installer dans le Cantal pour vivre ma vie d’écolo, souffle Artus Beberins, infographiste de 28 ans installé en région parisienne. Et puis, quand on ne connaît pas, ça ne paraît pas solide : tout le monde connaît l’histoire des trois petits cochons, c’est la maison en paille qui s’effondre en premier.» Pour certains, comme Dominique Mourrain, construire soi-même est une manière concrète de lutter contre le dérèglement climatique, en normalisant de nouvelles pratiques plus vertueuses. «Ça fait trente ans que je m’intéresse à l’écologie, explique cet ex-ambassadeur du tri au sein d’un syndicat d’élimination des déchets. Bâtir ma maison à la campagne avec un matériau capable d’absorber le CO2, c’est avant tout un choix politique.» Un choix que l’association Oïkos tente, à son échelle, de faciliter, en prêtant à ses membres tout le matériel nécessaire à la conduite d’un chantier bois-paille. Et, souvent, Emmanuel Deragne, qui n’exerce plus que rarement comme artisan, retourne chez d’ancien·nes stagiaires-constructeur·ices, pour filer un coup de main. Une manière de transmettre ce savoir qui pourrait un jour devenir indispensable. Texte intégral (1680 mots)

Contourner les constructeurs traditionnels

Construire autrement

Lutter contre les préjugés

Mathilde Picard
Mis à jour le vendredi 28 août à 9h30. Avec l’ajout du dernier bilan en date et d’une nouvelle alerte aux inondations. Une immense vague de boue et d’eau a déferlé sur la région à la frontière entre le Népal et le Tibet, mercredi. Pour les expert·es de l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), référence mondiale en sismologie, un effondrement glaciaire a entraîné la crue. D’après le bilan des autorités de ce vendredi matin, la catastrophe a fait au moins 472 mort·es et plus de 1 400 disparu·es. Dans la zone tibétaine, la topographie extrême de l’Himalaya a aggravé les risques. Le glaciologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Étienne Berthier, est membre d’un groupe de scientifiques du monde entier qui cherchent à identifier la source de la crue. Elles et ils analysent des images satellites des montagnes. «C’est maintenant une certitude : une fracture très nette s’est formée au milieu d’un glacier, une partie s’est décrochée et est à l’origine de la catastrophe», explique l’expert à Vert. Il précise : «La question à résoudre, c’est de savoir s’il s’agit “seulement” du glacier qui a glissé et s’est pulvérisé ou si un pan entier de la montagne s’est aussi décroché avec toutes les roches sur lesquelles reposait le glacier.» L’hypothèse d’un éboulement pourrait éclairer l’origine des secousses sismiques importantes relevées dans la zone. Celles-ci sont difficilement explicables par l’effondrement du seul glacier. C’est également l’avis de l’USGS. L’institution a d’abord relevé à tort un tremblement de terre de magnitude 4,4, réévaluée à 5,2. Elle a finalement établi «que cet événement sismique était dû à un effondrement glaciaire et à une coulée de débris qui ont entraîné des conséquences catastrophiques en aval». Le Centre international pour le développement intégré de la montagne (Icimod), basé à Katmandou (Népal), n’a détecté «aucune anomalie» du côté tibétain de la frontière. «Nous pensons qu’une avalanche de roches et de glace s’est produite au Népal, bloquant la rivière Lhende et causant la crue», explique Sarthak Shrestha, analyste en télédétection et géoinformation à l’Icimod. Ce décrochement glaciaire a-t-il été provoqué par le changement climatique ? Les conséquences du dérèglement sur l’Himalaya sont largement documentées, à l’image des débordements de lacs glaciaires. «Ce qui est sûr, c’est que l’Himalaya, comme les autres massifs montagneux dans le monde, est déstabilisé par le changement climatique, rappelle Étienne Berthier. Il fait reculer les glaciers, réduit le permafrost [cet état thermique qui fait de la glace le ciment de la montagne, NDLR] et change leurs températures en profondeur. Des masses autrefois collées par le froid à leur lit rocheux peuvent donc glisser, voire s’effondrer.» «Ce genre de phénomènes peut, par exemple, provoquer des glissements de terrain et des crues soudaines», détaille Dorothy Heinrich, chercheuse à l’université britannique de Reading. Le glaciologue français abonde : «Ces mécanismes sont certainement en jeu dans cette catastrophe mais, pour l’instant, nous n’avons pas le recul nécessaire pour déterminer précisément le rôle du changement climatique.» Dans les jours à venir, les scientifiques du monde entier étudieront un potentiel lien entre le dérèglement du climat et la catastrophe, avec des modèles de simulation pour comparer la probabilité d’un tel événement aujourd’hui par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850). «Ces phénomènes au niveau glaciaire sont rares ; on n’est pas en mesure de les prévoir», constate Étienne Berthier. Le seul moyen de l’anticiper est d’identifier un glacier dangereux. «C’est ce qui s’est passé à Blatten, en Suisse, en 2025, raconte le scientifique. Ils ont constaté des chutes de pierres en d’énormes quantités sur le glacier et ont évacué le village ; la catastrophe s’est ensuite déroulée sans victime.» Mais le massif de l’Himalaya est bien plus grand que l’arc alpin, et les zones glaciaires sont reculées. «Les analyser est un vrai défi», souligne-t-il. Les solutions pour échapper à ce type de calamités, quand le flot arrive, sont alors limitées. «Courir n’aidera pas», tout comme essayer de s’enfuir dans son véhicule, affirme Hatim Sharif, hydrologue à l’université du Texas de San Antonio (États-Unis). La boue et l’eau, quand elles évoluent à très haute vitesse, forment une combinaison mortelle s’apparentant à «du béton liquide». Il estime que la seule solution est de monter sur une colline d’au moins six mètres. Un outil de prévention possible, selon l’hydrologue, serait de placer des capteurs de niveau d’eau dans les rivières, transmettant leurs informations en temps réel aux autorités, ce qui donnerait entre vingt et trente minutes d’avance aux habitant·es. «Dans ces environnements montagneux, les rivières peuvent être assez étroites», explique Dorothy Heinrich. Tout ce qui les bloque, qu’il s’agisse d’une avalanche ou d’un glissement de terrain, va entraîner «une grande accumulation d’eau, puis provoquer ces crues incroyablement rapides». Une nouvelle alerte aux inondations a été déclenchée par les autorités népalaises : la rivière Bhote Koshi au Tibet a été bloquée par un amas constitué par la crue et un lac s’y est formé. Face au risque de rupture et de nouvelle crue en aval, le gouvernement demande aux habitant·es de rester à distance des zones exposées. Texte intégral (1235 mots)

L’Himalaya déstabilisé par le changement climatique
Une avalanche «de béton liquide»
Mathilde Picard
«J’attends avec impatience les manifestations de la rentrée», confiait une lectrice de Vert à la suite de notre appel à témoignages au mois de juillet. L’été, marqué par les incendies et les canicules, a donné envie à nombre d’entre vous de s’engager contre le réchauffement climatique. Voici les différentes mobilisations à ne pas manquer aux mois de septembre et octobre. Une grande coalition d’associations, collectifs et syndicats appelle à un rassemblement devant le ministère de l’économie et des finances, à Paris, mardi 15 septembre, à 19h30. Syndicat de pompier·es, d’infirmier·es, la Fondation pour le logement des défavorisés, Médecins du monde, Greenpeace, France nature environnement ou encore le collectif féministe Nous toutes réclament des moyens concrets d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Les militant·es ont choisi Bercy comme lieu symbolique pour faire valoir leurs revendications, en prévision de la prochaine loi de finances, qui doit acter le budget de l’État pour l’année prochaine. Ils et elles souhaitent que le futur texte permette de faire face à la crise climatique, pour ne pas revivre de canicules durant lesquelles des «milliers de personnes ont perdu la vie dans la plus grande indifférence». Plus d’infos ici. Save (Stop aux violences d’État), le Comité Adama, Flagrant déni, le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France, l’Association des avocats pénalistes et Amnesty international France appellent à se rassembler contre la proposition de loi votée le 7 juillet dernier à l’Assemblée nationale. Celle-ci vise à instaurer la présomption de légitime défense pour un·e policier·e ou un·e gendarme qui ferait usage de son arme à feu. Le texte doit encore être discuté au Sénat. Il est qualifié par les associations et les syndicats de magistrat·es et d’avocat·es de «permis de tuer en toute impunité». Alors que la pétition contre cette mesure avait recueilli plus de 730 000 signatures sur la plateforme de l’Assemblée nationale, la commission des lois a décidé de la classer. Elle ne sera donc pas débattue dans l’hémicycle. Plus d’infos ici. À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de mille personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Dans ce texte que Vert a publié en exclusivité, elles et ils appellent à une mobilisation nationale le samedi 26 septembre. Près de 50 manifestations seront organisées partout en France ce jour-là, comme à Lyon, Vannes, Saint-Nazaire, Toulon, Metz, Amiens, Calais ou encore Guéret. Des groupes locaux sont également actifs dans d’autres villes et en outre-mer pour organiser des mobilisations. Plus d’infos ici. À la suite d’une réunion avec le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez le 13 août dernier, les représentant·es des syndicats des pompier·es ont appelé à des manifestations statiques les 26, 27 et 28 septembre prochains, place de la République, à Paris. Ils et elles dénoncent le manque de moyens humains et matériels pour lutter contre les incendies après les feux historiques de cet été. Leurs actions s’ajoutent à la journée de mobilisation de la fonction publique du 29 septembre. Pour celle-ci, les représentant·es de syndicats appellent à la grève et à une manifestation pour obtenir une augmentation des salaires. Sur le mot d’ordre «L’agriculture on veut en vivre, pas en mourir», la Confédération paysanne, le collectif Cancer colère, le Comité de soutien aux victimes des pesticides de l’Ouest (CSVPO) et les Soulèvements de la Terre appellent à la mobilisation «contre les pesticides et pour les vivant·es» devant un important site de production de ces substances chimiques. Le rassemblement est prévu à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure), devant l’usine de Syngenta. Les militant·es demandent la mise à l’arrêt de ce site de production majeur. Plus d’infos ici. Initialement prévue le 27 juin, la manifestation avait été annulée par la préfecture en raison de la canicule. Elle se tiendra finalement le samedi 3 octobre au départ de la place d’Italie, à Paris, pour défendre les droits des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, trans, non binaires, queer et asexuelles. Plus d’infos ici. Extinction rebellion, ZAD A69 et les Soulèvements de la Terre ont appelé à un grand week-end de mobilisation avant la mise en service de l’autoroute A69 entre Castres (Tarn) et Toulouse (Haute-Garonne). L’inauguration de l’ouvrage tant décrié est prévue le 15 octobre, selon le concessionnaire Atosca. La marche annuelle pour le climat en Belgique est prévue le 11 octobre à Bruxelles, avec une demande centrale de la Coalition climat, qui réunit 70 ONG belges : «un plan de sortie des énergies fossiles». Plus d’infos ici. Texte intégral (1396 mots)

Mardi 15 septembre. Ministère de l’économie (Paris), de 19h30 à 21h. Rassemblement pour des moyens concrets face au réchauffement climatique
Dimanche 20 septembre. Lieu à définir, Paris. Manifestation contre «le permis de tuer»
Samedi 26 septembre, dans 50 villes de France. Marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale

26, 27, 28 et 29 septembre. Place de la République, Paris. Manifestation des pompier·es
Samedi 3 octobre. Saint-Pierre-la-Garenne, Eure. Mobilisation contre l’industrie des pesticides

Samedi 3 octobre. De la place d’Italie à la place de la Bastille, Paris, 13h30. Marche des fiertés
Week-end du 9 au 11 octobre. Lieu à définir. Dernière mobilisation contre l’A69
Dimanche 11 octobre. Bruxelles, Belgique. 13h. Marche pour le climat
Mathilde Picard, Sophie Roland
«Ce que nous voyons, c’est d’abord la nature qui prend le dessus», a commenté la journaliste Sonia Mabrouk, sur BFMTV lundi soir, face aux images de la tornade dans l’Aude. Figure emblématique des médias de Vincent Bolloré qui vient d’être recrutée chez BFM, elle répondait à son confrère Bruno Jeudy, qui affirmait que «l’année 2026 est celle où les Français prennent conscience de la crise climatique». «Il ne faut pas tout renvoyer à la politique ; la nature, quand elle se fâche, voilà ce que ça donne», a-t-elle répondu. La tornade a frappé le village de Pomas et ses environs, dans l’Aude, le 24 août en fin d’après-midi, vers 17 heures. 48 blessé·es ont été pris·es en charge, aucun·e en urgence absolue, et 300 habitations ont été abimées sur les 496 que compte la commune, dont 102 entièrement détruites, d’après la préfecture. Un évènement d’une telle intensité est-il aggravé par le réchauffement climatique ? Davide Faranda, climatologue et co-auteur du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) est spécialiste des orages au sein desquels se développent les tornades. Selon lui, «il existe bien un lien indirect entre changement climatique et intensité des tornades». «C’est un phénomène naturel, mais dire que c’est seulement la nature qui se fâche est trompeur, argue-t-il auprès de Vert. Le changement climatique modifie les conditions qui permettent à ces phénomènes de se produire, notamment en renforçant la chaleur et l’humidité disponibles pour les orages.» Plusieurs études récentes documentent «une évolution des environnements favorables aux phénomènes violents et suggèrent une intensification des orages producteurs de tornades», indique-t-il encore. Les conditions atmosphériques actuelles étaient déjà propices à l’arrivée d’orages, ceux-ci ont alors été dopés par la chaleur emmagasinée dans les mers. «Ils prennent leur intensité dans la chaleur humide, or avec les températures très élevées des océans, il y a en ce moment une grande disponibilité de chaleur humide sur la mer Méditerranée et sur l’Atlantique», poursuit le chercheur. Le changement climatique influe indirectement sur l’intensité de ce phénomène, pas sur sa fréquence. «Il n’y a pas plus de tornades, mais elles peuvent vivre plus longtemps et créer des dommages comme ce que l’on a vu lundi», appuie le spécialiste. Au-delà de ce phénomène général, il n’y a toutefois pas d’étude qui relie l’intensité de la tornade de Pomas au dérèglement climatique. Météo-France indique que se produisent en moyenne une dizaine de tornades par an en France, la plupart de faible intensité. Celles-ci ne durent pas plus de quelques minutes et restent localisées sur plusieurs centaines de mètres. Météo-France a classé ce mercredi 12 départements du nord-ouest en vigilance orange pour le risque d’orages. Dans la soirée, de fortes précipitations sont attendues, des grêlons «de taille moyenne à grosse», de nombreux éclairs et des rafales jusqu’à 100 kilomètres-heure. L’institut prévient qu’une grande majorité du pays devrait être concernée par une alerte jaune ou orange dans la journée de jeudi. Lorsque Météo-France prévoit un risque de tornade sur un territoire, le bulletin de l’agence, consultable ici, indique un «risque de phénomènes tourbillonnaires», comme ça a été le cas lundi. «Avec le réchauffement climatique, les effets d’une tornade ou d’un orage sont amplifiés en termes de risques car le territoire est déjà vulnérable», rappelle le climatologue au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et co-auteur du Giec Christophe Cassou. «Attribuer l’intensité d’un aléa au réchauffement climatique est important mais il ne faut pas s’arrêter là, insiste-t-il. Le réchauffement climatique accroît surtout la vulnérabilité des territoires parce qu’ils subissent aussi ses effets chroniques, au-delà des évènements extrêmes.» L’Aude a vécu cet été une sécheresse historique et des chaleurs très élevées qui ont alimenté des incendies. Le chercheur relève : «On est dans un territoire déjà sinistré, tous ces risques liés au changement climatique s’additionnent pour les populations, il ne faut pas les regarder de manière isolée.» Cette multiplication des risques a notamment de lourdes conséquences économiques. Le chercheur note par exemple que «les ressources financières pour réparer les calamités sont moindres car elles doivent être partagées entre les dégâts de la tornade, ceux du retrait-gonflement des argiles liés à la sécheresse et ceux des calamités agricoles…» Selon lui, les propos de la journaliste Sonia Mabrouk «sont d’un autre siècle. Dire “la nature se fâche”, c’est cacher toutes les conséquences systémiques du changement climatique.» Texte intégral (1114 mots)

Des tornades pas plus fréquentes mais plus intenses

Les territoires touchés déjà vulnérables à cause du changement climatique
Coline Vigot
Comment raconter le réchauffement climatique sans empiler les chiffres ni sombrer dans le catastrophisme ? Lauriane Miara relève le défi dans Groenland, échos arctiques (août 2026, Les Étages Éditions), une bande dessinée née d’une expédition scientifique menée en 2023 sur la côte ouest de l’île. Embarquée à bord du voilier de recherche Forel pour réaliser des dessins de vulgarisation à destination d’un public scolaire, l’illustratrice est rentrée avec une conviction : cette aventure méritait d’être racontée au plus grand nombre. Résultat : un roman graphique aussi beau que percutant. Les aquarelles aux teintes douces, rehaussées d’encre de Chine, rendent presque palpables le silence, la lumière des glaciers et l’immensité des paysages arctiques. Mais le Groenland que raconte Lauriane Miara ne se résume pas à la fonte des glaces. Le regard de l’autrice se porte surtout sur celles et ceux qui y vivent. Au fil des pages, elle dépeint une société qui s’adapte à un environnement en mutation, tout en préservant un rapport spirituel au vivant. Ici, l’animal n’est ni une ressource à exploiter ni un être à protéger à tout prix : il est respecté pour ce qu’il apporte à la communauté. Cette conception, portée par la culture inuite, pousse les lecteur·ices à interroger leurs propres représentations. La bédéaste n’occulte pas non plus l’histoire coloniale de l’île. Un habitant témoigne du traumatisme de la «danisation», cette politique d’assimilation imposée aux Groenlandais·es pendant des décennies. Une manière de rappeler que les populations les plus exposées aux bouleversements climatiques sont aussi les plus grandes victimes des rapports de domination. «J’entends par “échos arctiques” les messages perceptibles émis par les milieux et les sociétés arctiques auxquels nous devrions tendre l’oreille», explique Lauriane Miara. C’est précisément ce que réussit ce livre : faire entendre ces voix, humaines autant que non humaines, sans jamais donner de leçon. «Groenland, échos arctiques», de Lauriane Miara, Les Étages Éditions, août 2026, 128 pages, 29 euros. (441 mots)

Mathilde Picard
Désir d’enfants, déménagement, changement de carrière ou de vie… Vert a recueilli des centaines de témoignages de personnes dont l’avenir a été percuté par cet été infernal. Découvrez leur histoire dans notre série en quatre volets intitulée «2026, l’été de la bascule» en cliquant ici. Aux mois de juin, de juillet et d’août, le mercure a dépassé les 40 degrés Celsius (°C) à Nantes (Loire-Atlantique) à plusieurs reprises. Ébranlée par cette chaleur historique, Yasmine*, 29 ans, qui vient d’emménager dans une nouvelle maison, a vécu cet été caniculaire comme un tournant politique. «Je viens d’une famille qui n’a jamais été engagée, explique-t-elle. À la première canicule de mai, je suis restée dans la sidération ; à la deuxième, j’ai compris que ce n’était plus possible : j’ai cherché une association près de chez moi.» Elle s’inscrit alors au sein de Repousse, une organisation qui plante des arbres dans des endroits stratégiques et sensibilise sur leur rôle pour la biodiversité et la santé. «J’avais besoin de faire quelque chose de tangible près de chez moi, de voir le résultat de mes actions, détaille-t-elle. J’ai compris que l’action battait l’anxiété.» Elle se renseigne également sur les moyens d’aider la faune et la flore et installe des coupelles d’eau dans son jardin pour permettre aux insectes et aux oiseaux de se rafraîchir. En 2025, un·e Français·e sur quatre était moyennement ou fortement écoanxieux·se, d’après un rapport de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Or, selon une étude scientifique étasunienne, l’activisme environnemental collectif pourrait atténuer les liens entre écoanxiété et symptômes dépressifs. Des effets bénéfiques que constate la psychothérapeute Charline Schmerber. «Beaucoup de personnes parmi mes patients écoanxieux rejoignent des associations, militent ou ont besoin de mettre les mains dans la terre», rapportait-elle au micro de France inter, le 5 août dernier. «Je me suis mise à suivre les actualités des élus La France insoumise de mon territoire pour aller à des manifestations et des meetings à la rentrée, raconte Yasmine. Comme je suis seule avec mes réflexions, je me suis dit que je pourrais y rencontrer des gens qui partagent mes valeurs pour m’aider à m’engager. Je veux montrer que je participe et ne plus me terrer chez moi.» Comme elle, nombre de Français·es témoignent à Vert d’une prise de conscience après la brutalité des quatre canicules successives et d’une envie d’agir davantage contre les causes du réchauffement climatique. Selon une étude de l’université de Yale publiée en 2023, les personnes qui manifestent de la détresse climatique sont plus enclines à s’engager et à parler de ce sujet autour d’elles. «J’ai senti la crise climatique dans ma chair, ça m’a retourné, confie Valentine*, 35 ans. Avant, je voyais ça comme une menace lointaine, car je viens d’une famille de droite et j’étais moi-même de droite.» Elle l’assure : «À l’élection présidentielle, je ne ferai pas le même choix que ce que j’aurais voté avant la canicule.» Cet été, la médecin gériatre est devenue mère pour la deuxième fois. «Cette saison où les enfants passent normalement la journée dehors a été très compliquée : on est restés enfermés tous les jours alors qu’on vit en Normandie», raconte-t-elle. Au quotidien, elle travaille avec des patient·es qui ne comprennent pas pourquoi elles et ils sont constamment épuisé·es. «Je ne me préoccupais pas de la politique, se souvient la jeune femme. Mais, cet été, je me suis mise à consulter tous les programmes pour savoir ce que les candidats prévoyaient pour l’environnement, la société, les femmes…» Pendant les journées brûlantes, elle délaisse la plage trop exposée et se plonge dans des lectures, des podcasts, s’abonne à des médias indépendants, dont Vert. «Je voulais m’intéresser aux causes du changement climatique et je suis tombée sur des critiques du capitalisme ainsi que sur les analyses de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, abonde-t-elle. Je fais partie de la bourgeoisie, je ne remettais pas en cause ce système puisqu’il me protégeait, mais maintenant je me suis renseignée.» L’annonce de la candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle s’est additionnée aux canicules et a renforcé son angoisse. La jeune mère s’indigne : «Je me suis dit que, démocratiquement, on avait abandonné quelque chose. Pour l’instant, je reste dans la phase où je m’informe, où je discute avec mon entourage, où j’essaye de convaincre mon compagnon de ne pas voter blanc l’année prochaine. Je verrai ensuite où diriger ma colère.» Sacha, 33 ans, est architecte dans le Bas-Rhin. «Avec ma femme, nous avons beaucoup souffert de la sécheresse car nous vivons sous les combles. Mais nous savons que d’autres étaient bien plus en détresse, affirme-t-il. Le discours de Yann Barthès nous a sidérés et radicalisés : depuis cet été, on est beaucoup plus engagés, on se tourne davantage vers les médias indépendants plutôt que généralistes.» Le 25 juin, l’animateur de l’émission Quotidien, sur TMC, avait déclaré que l’ensemble des Français·es étaient «logés à la même enseigne» face à la chaleur, du milliardaire Bernard Arnault aux citoyen·nes ordinaires. Même parmi les personnes déjà sensibilisées au réchauffement climatique et à la vulnérabilité de l’environnement, cet été a marqué une bascule. Sylvie*, 62 ans, témoigne d’une volonté de s’engager de manière plus collective. «J’aimerais faire des actions plus radicales mais je suis vieille maintenant», souffle-t-elle. Cette ancienne professeure retraitée habite dans la Sarthe et cherche désespérément une association près de chez elle : «C’est dommage, la Ligue pour la protection des oiseaux n’est pas très active dans mon coin et les manifestations sont souvent à Paris. C’est compliqué quand on vit à la campagne.» Astrid* aussi aimerait en faire plus : «Je pense qu’il faut se tourner vers le sabotage. Nos pétitions, comme celle contre la loi Duplomb, ne sont pas respectées ; on n’est pas écouté. Il faut empêcher les bidons de pesticides de sortir des usines ou même couper la climatisation à certains plateaux de télévision, par exemple.» «On a beau être écolo au maximum en tant qu’individu, ça ne fera pas grand-chose tant qu’on n’aura pas essayé de changer ce système.» La Normande peine toutefois à franchir le cap. «J’ai des enfants, donc je ne peux pas prendre trop de risques légaux ; il nous faudrait un accompagnement juridique pour faire ces actions», plaide-t-elle. Il lui est difficile de trouver des soutiens dans son quotidien. Alors, un jour, dans la fraîcheur d’une salle de cinéma climatisée, sa colère explose. «Avec mes enfants, nous sommes allés voir La Bataille de Gaulle et, à la fin de la séance, je me suis levée et j’ai harangué la salle, exhortant à une nouvelle forme de résistance contre les industries fossiles et le réchauffement climatique», s’amuse-t-elle. Additionner des actions collectives à plus grande échelle à son engagement individuel, c’est aussi la bascule qu’a vécue Laura* cet été. Traiteuse végétarienne en Loire-Atlantique, elle est consciente des enjeux environnementaux depuis de nombreuses années. Après les canicules, elle a «voulu passer un cran au-dessus». «Je n’en pouvais plus d’être dans la sidération, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais», lance-t-elle. Comme premier réflexe, elle change de banque pour éviter que son argent ne soit réinvesti dans les énergies fossiles. Pour aller plus loin, elle s’inscrit à une réunion d’informations d’un groupe local d’un parti politique de gauche pour s’organiser en vue de l’élection présidentielle. «Le miracle ne viendra pas d’en haut, assure-t-elle. Mais on fait partie d’un système, donc on a beau être écolo au maximum en tant qu’individu, ça ne fera pas grand-chose tant qu’on n’aura pas essayé de changer ce système.» Un constat auquel souscrit Leslie*, habitante d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis : «La crise qu’on a traversée cet été m’a remotivée politiquement. On ne peut pas se laisser précipiter dans la catastrophe, j’ai perdu plusieurs proches durant ces canicules, chacune de ces morts est inadmissible.» Elle vit dans un HLM, «une véritable bouilloire thermique, la température montait à largement plus de 30°C dans les logements», décrit-elle. Au cœur de la deuxième canicule, elle achète des couvertures de survie et les distribue à ses voisin·es. Alors qu’une dame âgée atteinte d’un cancer multiplie les malaises quelques étages plus bas, elle finit par lui offrir une chambre d’hôtel pour quelques jours. Elle décide également d’en payer une pour l’un de ses amis handicapé et elle-même. Dans la foulée, elle contacte l’Office public de l’habitat d’Aubervilliers pour exiger des mesures compensatoires en urgence et la pose de volets dans les prochains mois. «La solidarité donne de l’espoir et c’est vital, appuie Leslie. J’attends les manifestations prévues à la rentrée avec impatience. Dans les moments de crise, quand l’État est incapable de gérer, on se rend compte qu’on peut s’organiser collectivement. J’espère que ça débouchera sur une envie de lutter sur le plus long terme.» *Ces personnes ont souhaité être anonymisées. Texte intégral (2065 mots)

Un revirement politique et les élections en ligne de mire
«Je pense qu’il faut se tourner vers le sabotage»
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