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18.05.2024 à 07:52

Un patch Sanofi bidon validé par le comité des Jeux Olympiques

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Le Youtubeur G Milgram tire la sonnette d’alarme avec l’aide de plusieurs pharmaciens concernant une nouvelle marque lancée par Sanofi en partenariat avec les Jeux Olympiques. Un patch « miracle » qui soignerait les douleurs par « infrarouge » sans composant médical… Du « bullshit » commercial, selon des pharmaciens, qui fait tâche mais promet de rapporter beaucoup d’argent grâce aux […]

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Texte intégral (1350 mots)

Le Youtubeur G Milgram tire la sonnette d’alarme avec l’aide de plusieurs pharmaciens concernant une nouvelle marque lancée par Sanofi en partenariat avec les Jeux Olympiques. Un patch « miracle » qui soignerait les douleurs par « infrarouge » sans composant médical… Du « bullshit » commercial, selon des pharmaciens, qui fait tâche mais promet de rapporter beaucoup d’argent grâce aux J.O. de Paris.

Décidément, les scandales qui entourent ces J.O. commencent à se faire nombreux. Le dernier en date concerne un nouveau produit lancé par le géant de la Big Pharma : Sanofi. Initiv est un nouveau patch collant à « Biologie Augmentée » lancé en partenariat officiel avec les Jeux Olympiques 2024. Sans actif médicamenteux, celui-ci promet de soulager les douleurs en renvoyant les émissions naturelles d’infrarouges de la peau. Tout ce verbiage pour dire que ce simple autocollant hors de prix va garder un peu de chaleur de la peau et la renvoyer vers la zone concernée avec la promesse de soulager quelques douleurs. C’est du moins ce qu’affirme la marque.

Sanofi n’a pas fait dans la dentelle. Avec un plan marketing agressif envoyé à tous les pharmaciens de France à l’occasion des J.O., il est question de convaincre le consommateur de l’efficacité « prouvée » du patch. À ce propos, les patchs sont en vogue depuis quelques temps. On en trouve pour absolument tout. Ils ne coûtent absolument rien à produire mais promettent d’importants profits pour leurs inventeurs. Selon des documents promotionnels ayant fuité, le marché du patch pèserait quelques 400 millions d’euros. Le tout consistant surtout à convaincre le consommateur de leurs pouvoirs de guérison qui, la plupart du temps, n’existent que dans notre imaginaire.

Des pharmaciens en colère

Plusieurs pharmaciens – avec un minimum de conscience professionnelle – ont naturellement réagit à l’arrivée de ce produit sur leur marché. Il existe déjà des produits « sans effet réel » en pharmacie, mais c’est peut-être la première fois qu’une énorme société comme Sanofi s’infiltre dans ce marché douteux, brouillant toujours un peu plus les cartes, et créant toujours plus de méfiance chez le consommateur.

Un pharmacien anonyme explique : « En tant que professionnel de santé, je trouve ça scandaleux de vendre en pharmacie ce genre de produit sans réel fondement scientifique. Notre conseil à un poids non-négligeable sur la santé des gens, et je ne veux pas me faire charlatan au nom du pognon des grands groupes pharmaceutiques censés respecter une certaine déontologie et pratiquer une rigueur scientifique exemplaire » …

Un autre témoigne : « Je sais bien qu’en pharmacie on trouve tout un tas de conneries (homéopathie, fleurs de Bach,…) mais généralement elles ne viennent pas des mêmes entreprises que celles des médicaments. J’aimerais qu’on garde des limites claires !« .

Afin de valider ces doutes quant à l’efficacité du patch Sanofi, G Milgram a également contacté plusieurs scientifiques. Ceux-ci craignent le plus souvent de répondre avec leur identité affichée, de peur de conséquences professionnelles futures. Ainsi, leur identité reste protégée par le secret des sources.

« C’est simple, je doute fortement que de simples infrarouges aient des vertus thérapeutiques. Et si tel est le cas, je doute encore plus que notre rayement naturel puisse avoir le même effet qu’un principe actif anti-inflammatoire. (…) Comment prouver l’efficacité d’un tel patch sur 5 jours d’utilisation pour soulager une douleur aiguë. La définition même d’une douleur aiguë est d’être présente sur une courte durée. La douleur peut parfaitement disparaître d’elle même. » explique une pharmacienne d’officine qui ne recommande pas le patch.

« Le représentant de Sanofi est venu nous « former » sur le patch. Je lui explique les principes physiques qui contredisent ce qu’il avance. Il m’explique que ça marche bien car les ostéopathes l’utilisent depuis longtemps. Quand je lui explique que les ostéopathes sont des escrocs ésotériques, il me répond que je ne suis qu’un petit pharmacien et que je ne crois qu’aux principes actifs » (…) témoigne un autre spécialiste.

« C’est de la merde. Des termes marketing aussi débiles que ma tante avec son kevlar à la piscine. »

« La technique marketing est typique des gros laboratoires. On joue sur les ambiguïtés du vocabulaire. Dans les douleurs musculaires, la chaleur aide à soulager. Le laboratoire parle d’infrarouge pour ne pas dire « chaleur » et paraître plus scientifique. Oui, je comprends le fonctionnement du patch mais comme pour la crème Guerlain, on prend des procédés biologiques et physiques, on les sort du contexte et on les passe dans la boite magique de la communication pour présenter ça comme une avancée majeure. » explique un autre scientifique, expert en Neuroscience et Biologie moléculaire.

Un dernier chercheur ne mâche pas ses mots : « C’est de la merde. Des termes marketing aussi débiles que ma tante avec son kevlar à la piscine. Le truc est une arnaque, point barre. Un dispositif médical avant d’être développé et d’être sur le marché naît grâce aux gens du marketing – je les adore ! Ce sont eux qui t’expliquent concrètement qu’un marché existe, qu’on est déjà en retard, et que pour obtenir leur bonus, il faut trouver quelque chose et très vite.« 

Bref, on l’aura compris, les scientifiques rigolent jaune à la vue de ce nouveau produit qui promet pourtant de faire le buzz pendant ces Jeux Olympiques tout aussi commerciaux. Mais n’est-ce finalement pas ce que sont devenus les J.O. dans le cadre sociétal actuel ? Une vaste publicité à ciel ouvert qui permet par ailleurs de forcer d’importantes dépenses collectives à l’heure de l’austérité ? Ou comment faire tourner une machine économique à bout de souffle tout en se plaignant des limites de notre civilisation ultra-consommatrice et polluante. Bref, vivement un patch pour soigner le capitalisme de sa folie.

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17.05.2024 à 18:09

Victoire : relaxe d’un militant antipub face à JCDecaux

Sharon H.

Vendredi 3 mai 2024, Tristan, militant pour le climat, est jugé à Besançon pour avoir réalisé des opérations antipub dans l’agglomération bisontine. Il est relaxé par le tribunal qui estime que le condamner serait un frein à sa liberté d’expression. Récit d’une journée au tribunal C’est tôt au matin du vendredi 3 mai 2024 que […]

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Texte intégral (2701 mots)

Vendredi 3 mai 2024, Tristan, militant pour le climat, est jugé à Besançon pour avoir réalisé des opérations antipub dans l’agglomération bisontine. Il est relaxé par le tribunal qui estime que le condamner serait un frein à sa liberté d’expression. Récit d’une journée au tribunal

C’est tôt au matin du vendredi 3 mai 2024 que des militantes et militants de plusieurs collectifs (Alternatiba, ANV Cop 21, Extinction Rebellion) se retrouvent. 

Croissants et café sont de mise pour organiser une action de soutien à leur camarade Tristan, jugé le jour même au tribunal de Besançon pour avoir retiré des pubs des abribus et sucettes de la ville. 

“Il y a une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il y a l’action.”

Statue de Victor Hugo et affiches revendicatives. ⒸExtinction Rebellion Besançon

Une trentaine de personnes se sont rassemblées pour une conférence de presse à 9h30 devant la statue de Victor Hugo à quelques pas du Tribunal Judiciaire. Des pancartes ont été préparées pour l’occasion et entourent la table installée pour la conférence de presse. Entre autres cette citation des Misérables de Victor Hugo : “Il y a une heure où protester ne suffit plus : après la philosophie, il y a l’action.”

Plusieurs prises de paroles se succèdent jusqu’à 10h avec notamment Thomas Bourgenot, chargé de plaidoyer pour l’association RAP : Résistance à l’Agression Publicitaire qui sera cité comme témoin par la défense.

À la suite de la conférence de presse, un tapis de publicités est déroulé jusqu’au tribunal et il est demandé à l’assemblée de faire silence pour assister à une performance artistique des Red Rebels qui guideront ensuite le prévenu. Quatre personnes vêtues de rouge arrivent ainsi devant la conférence de presse et la procession solennelle, lente et silencieuse entoure Tristan jusqu’à l’entrée du tribunal.

Performance des Red Rebels avant accompagnement de Tristan jusqu’au Tribunal Judiciaire. ⒸExtinction Rebellion Besançon

À l’intérieur du tribunal 

C’est à 15h20 que le procès commence pour Tristan et son avocat Maître Bastien Poix du barreau de Dijon. La partie civile, l’entreprise JC Décaux, n’est pas représentée. Le témoin Thomas Bourgenot est accepté et conduit dans une autre pièce pour ne pas assister au début des échanges. 

Procession solennelle sur le tapis d’affiches publicitaires jusqu’au tribunal judiciaire de Besançon. ⒸExtinction Rebellion Besançon

Tristan est accusé d’avoir retiré environ 200 affiches des abribus et sucettes de Besançon sur une période allant du 21/08/2023 au 19/09/2023 ainsi que d’y avoir apposé une inscription à l’encre indélébile. Il est également poursuivi pour refus de se soumettre à un prélèvement biologique. La partie civile a transmis un devis pour les dégradations s’élevant à 3424,29€

Le juge interroge le prévenu sur ces faits. Le militant reconnaît avoir réalisé une action d’antipub dans la nuit du 3 au 4 septembre 2023. Il reconnaît avoir ouvert les abribus et sucettes grâce à une clé adaptée, retiré les publicités, inscrit un message grâce à un stylo indélébile et refermé les abribus et sucettes. Il ne reconnaît pas les autres actions antipub qu’on lui impute ni la dégradation du matériel.

Il explique au tribunal comment se déroule une action antipub, quelle clé est utilisée :On la trouve en magasin de bricolage, il s’agit d’une clé allen de diamètre 10 percée, tout le monde peut s’en procurer, c’est la même que celle utilisée par les équipes de JC Decaux donc on ne dégrade pas la serrure”, puis comment l’encre des marqueurs est nettoyée simplement à l’acétone sans dégrader le support.

Accompagnement de Tristan jusqu’au Tribunal Judiciaire de Besançon. ⒸExtinction Rebellion Besançon

Le témoin est ensuite rappelé dans la salle pour être entendu. M. Bourgenot indique que l’association RAP pour laquelle il est chargé de plaidoyer existe depuis 1992 et que depuis cette époque il n’y a pas eu beaucoup d’évolution positive au niveau des publicités. Il appuie sur le fait que beaucoup essaient de légiférer, mènent des pétitions et des marches mais que cela ne fonctionne pas.

Par exemple, la Convention Citoyenne pour le Climat a désigné la publicité comme un levier majeur pour la préservation de l’environnement. Onze de leurs propositions concernaient la publicité”, il indique que ces propositions comme beaucoup d’autres ont été édulcorées voire simplement ignorées lors de l’étape de mise en place par le gouvernement.

Il cite également le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) qui demande une diminution de la publicité ou encore RTE (gestionnaire du réseau de transport d’électricité) et le CESE (Conseil économique, social et environnemental) qui demandent à légiférer sur le sujet, en particulier sur la consommation énergétique des panneaux publicitaires. Pour conclure son témoignage, M. Bourgenot ajoute On comprend que des citoyens qui ne se sentent pas entendus en viennent à faire de la désobéissance civile ».

Suite au témoignage, le prévenu revient à la barre et Madame la procureure offre un moment assez lunaire à l’auditoire en appuyant sur “l’insécurité dans l’espace publique par manque de lumière” car le prévenu débranche les éclairages des abribus en enlevant les publicités. Ce à quoi le prévenu répond qu’il y a l’éclairage public. Le juge d’enchaîner en interrogeant le prévenu avec un soupçon d’ironie Vous n’êtes pas contre l’éclairage publique? sous les rires étouffés de la salle.

Madame la procureure demande à ce que le prévenu soit condamné à 5000 euros avec sursis pour dégradation de bien appartenant à autrui pour les faits s’étalant du 21/08/2023 au 19/09/2023 car “l’écriture est la même”. Elle demande en sus un stage de citoyenneté aux frais du prévenu à réaliser dans les six mois ou deux mois d’emprisonnement si ce stage n’était pas réalisé pour le refus de se soumettre à un prélèvement biologique. Vue la situation du prévenu, elle ne s’oppose pas à la non inscription au B2 (casier qui est consulté par l’employeur lorsqu’une personne postule dans certains environnements comme l’éducation par exemple).

Dans son intervention finale, Maître Poix, avocat de la défense, revient sur les raisons qui ont poussé le prévenu à faire cette action. Il indique que chaque personne en France subit “1000 à 1500 stimulis publicitaires par jour. Il demande à ce que son client ne soit pas tenu responsable pour des faits qu’il n’a pas reconnus sur une période d’un mois mais uniquement sur les faits de la nuit du 3 au 4 septembre 2023. Indiquant à la procureure que l’OPJ à [son] sens n’est pas graphologue”. Maître Poix propose au juge deux voies possibles de relaxe, une première pour “état de nécessité” et une seconde pour “liberté d’expression”.

Conférence de presse. De gauche à droite : Tristan, prévenu. Un militant d’Alternatiba. Thomas Bourgenot de la RAP. Un militant d’ANV Cop 21. ⒸExtinction Rebellion Besançon

Le prévenu a droit à un dernier mot avant la délibération et en profite pour compléter l’intérêt de retirer les publicités non seulement pour l’environnement et limiter la surconsommation mais aussi pour des raisons de santé publique.

Après une délibération de quinze minutes, le juge revient et prend la parole pour le verdict. Il rappelle que c’est une salle de tribunal et que tout le monde est invité à rester calme peu importe la teneur du verdict. Il indique qu’étant donné :

  • qu’aucune preuve de détérioration du support n’est apportée suite au nettoyage de l’encre, 
  • que les faits de la nuit du 3 au 4 septembre sont peu nombreux (20 panneaux), 
  • qu’on n’a pas de preuve apportée que le prévenu est coupable des autres faits d’antipub d’août et septembre 2023, 
  • qu’il n’y a pas de dégradation de la serrure car une clé adaptée est utilisée,

condamner le prévenu serait une atteinte à sa liberté d’expression. Une relaxe est donc prononcée en première instance.

Une petite victoire pour un grand combat

même si mon action a permis à seulement une personne de ne pas acheter un burger ou un SUV alors elle valait le coup”.

À la sortie du tribunal, les sourires se lisent sur les visages des militantes et militants présents en nombre dans la salle d’audience. Tristan est heureux du verdict et ajoute “même si mon action a permis à seulement une personne de ne pas acheter un burger ou un SUV alors elle valait le coup”.

Maître Poix quant à lui se dit également satisfait que le juge ait saisi l’opportunité de relaxer son client au motif de la liberté d’expression. La procureure a maintenant dix jours pour faire appel de la décision.

Eloïse Dubuet

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16.05.2024 à 01:55

Générations sacrifiées : un autre regard sur l’activisme écologique

Sharon H.

D’où vient cette tendance à se sacrifier pour une cause commune ? Pourquoi la jeunesse d’aujourd’hui en vient-elle à des pratiques extrêmes pour pouvoir être entendue ? Qu’est-ce qu’une Zad (Zone à Défendre) et comment réagir à l’expulsion de celle-ci ? Ce sont toutes ces questions auxquelles la série « Générations sacrifiées » produite par […]

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Texte intégral (1595 mots)

D’où vient cette tendance à se sacrifier pour une cause commune ? Pourquoi la jeunesse d’aujourd’hui en vient-elle à des pratiques extrêmes pour pouvoir être entendue ? Qu’est-ce qu’une Zad (Zone à Défendre) et comment réagir à l’expulsion de celle-ci ? Ce sont toutes ces questions auxquelles la série « Générations sacrifiées » produite par Doc’It Yourself, en partenariat avec Mr Mondialisation, souhaite répondre.

Le 30 mars 2021, la ZAD de la colline de Mormont (Suisse) est expulséeenviron 80 militants sont arrêtés et 46 d’entre eux sont condamnés à 2 mois de prison et CHF 1200.- d’amende (soit 1100 euros).

Des dizaines d’activistes avaient occupé le terrain pendant plus de cinq mois, afin de sauvegarder sa riche biodiversité et son patrimoine archéologique menacés par l’extension de la carrière du cimentier LafargeHolcim.

« Générations sacrifiées » est une série de 4 épisodes (et d’un long-métrage à venir) sur les activistes climatiques qui, suite à ces arrestations, ont entamé une grève de la faim en 2021. Leur motivation ? Protester contre les condamnations injustes des Zadistes. Ils et elles occupent à cette époque la place Saint-Laurent (renommée Place du 14 juin) à Lausanne, de jour comme de nuit, et s’organisent pour faire entendre leur revendications. Parmi ces personnes, Howey Ou ou encore Jacob…

Pour protagonistes, les visages familiers d’une jeunesse activiste

Chaque épisode est l’occasion de se rapprocher et de mieux connaître cette jeunesse tant diabolisée et criminalisée par les médias traditionnels. Derrière le mythe fabriqué de l’éco-terrorisme qui permet au modèle de croissance de discréditer l’opposition et de perpétuer son fonctionnement écocidaire, se trouve en effet des visages ordinaires, ceux d’une jeunesse simplement préoccupée par son avenir.

Se sentant souvent seuls ou incompris par l’opinion publique, leur combat nous concerne pourtant toutes et tous. Or, pour pouvoir les rejoindre à l’endroit de leur rebellion, encore faut-il mieux les connaître. Comment ? En partant à leur rencontre et, loin des conclusions hâtives, en tendant un peu l’oreille. C’est tout le sens de la mini-série documentaire de Doc’it Yourself, qui met en avant tour à tour :

Howey Ou (18 ans) surnommée la Greta Thumberg Chinoise qui avait déjà fait une grève de la faim durant sept jours quelques semaines auparavant. Avec l’aide de Robin (18 ans), un activiste Français, elle décide de faire entendre Justice pour ses collègues zadistes. Très vite, d’autres activistes rejoignent leur combat, même au-delà des frontières suisses.

Jacob (30 ans), un artiste lituanien qui s’est rendu en auto-stop depuis Kaunas jusqu’à Lausanne pour rencontrer Howey. Il découvre en effet qu’elle fait une grève de la faim et décide d’en faire de même pour apporter son soutien à cette cause qu’il trouve juste. Il écrit en outre, au même moment, une thèse de maîtrise sur la politique chinoise en matière de changement climatique et souhaite avoir le point de vue d’Howey.

Jérôme (29 ans), syndicalise, activiste indépendant, œuvrant pour la convergence des luttes et cinéaste, qui rencontre Howey lors de sa première grève de la faim. Touché par sa personne, il commence à se lier d’amitié avec elle et décide de rejoindre la lutte.

Kevin (37 ans), réalisateur professionnel à Doc’it Yourself (Association de cinéastes indépendants Suisse) qui entend à l’époque parler d’une grève de la faim et part à la rencontre des activistes par curiosité. Très vite, il s’attache à l’équipe et décide de réaliser une série avec l’aide de Jérôme et de Mr Mondialisation. Pour entrer complètement en immersion et supporter symboliquement leur combat, il fait également un jeûne et dort dans la rue avec les activistes.

Quatre points de vues sur un même combat

« On nous applaudi quand on parle de changements, mais dès que l’on essaie de construire l’avenir, on nous arrête, on nous gaze, on nous frappe. »

Pour l’épisode 1, disponible gratuitement en ligne depuis 2021, « Générations sacrifiées » partage donc par le portrait de Robin. Selon le jeune homme, le paradoxe d’une jeunesse défiée de construire un avenir respirable, mais qui n’est pas entendue à la fois, s’avère déterminant :

« Nous sommes la génération sacrifiée, la dernière à pouvoir tout changer. On nous applaudi quand on parle de changements, mais dès que l’on essaie de construire l’avenir, on nous arrête, on nous gaze, on nous frappe. »

La série donne ensuite la parole à Jacob dans l’épisode 2, venu de Lituanie. Puis à Kevin qui raconte sa rencontre avec les activistes et confie son expérience militante au-delà de la grève. Enfin, Jérôme raconte la journée du 21 mai 2021, jour de la grève du climat qui réunit 8000 personnes à Lausanne. 

Enfin, un épisode ultime fera le portrait de Howey du début jusqu’à la fin de sa grève de la faim et pour qui : « La déesse de la justice est bouleversée. Des enfants qui veulent protéger leur avenir sont mis en prison et doivent payer des amendes, tandis que des multinationales comme Lafarge/Holcim continuent de creuser les montagnes et menacent des écosystèmes fragiles. »

Si le premier épisode a été diffusé en libre accès sur la chaîne de Mr Mondialisation, les trois suivants sont désormais offerts à tous les abonnés de notre média, quel que soit le montant du soutien. En effet, pour tout soutien ou abonnement, (comme un simple café !) : recevez automatiquement les liens privés de « Générations sacrifiées » par mail !

En attendant, petit time lapse des premiers jours de grève… :


Sources médias :
Courrier international (Howey / 04.2021)
RTS (Grève de la faim / 04.2021)
France 3 région (Robin / 09.2019)

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15.05.2024 à 11:21

L’âge d’abattage de 10 animaux vs leur espérance de vie

Simon Verdiere

Alors que le lien entre la viande et l’animal paraît de moins en moins présent dans l’esprit de la population, c’est un fait pourtant évident qui est nié : Derrière chaque steak, escalope, jambon, merguez, etc., se trouve une vie brisée. Et quand on se penche de plus près sur le mode d’élevage, on constate […]

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Texte intégral (2447 mots)

Alors que le lien entre la viande et l’animal paraît de moins en moins présent dans l’esprit de la population, c’est un fait pourtant évident qui est nié : Derrière chaque steak, escalope, jambon, merguez, etc., se trouve une vie brisée. Et quand on se penche de plus près sur le mode d’élevage, on constate par ailleurs que ces existences ont la plupart du temps été très courtes au regard de leurs potentielles espérances de vie.

Lorsque sont évoquées les conditions d’élevage des bêtes tuées pour leur chair, le focus est porté sur la surface d’existence disponible, leur nourriture et leur mise à mort. Parmi ces données, la longévité est un indicateur qui est peu mis en lumière. Mr Mondialisation vous propose une comparaison entre l’âge d’abattage moyen et l’espérance de vie d’une dizaine d’animaux.

Les cochons : 6 mois et 3 ans versus 15 à 20 ans

En France, 95 % des cochons sont élevés dans un modèle intensif. La plupart du temps, ils n’ont donc aucun accès à l’extérieur et vivent sur du béton, sans paille. Les truies reproductrices, quant à elles, passent la moitié de leur temps dans une cage si étroite qu’elles ne peuvent pas se retourner. Chaque année, 1,5 milliard d’entre eux est tué dans le monde.

Pourtant, cet animal est capable de ressentir de véritables émotions et son intelligence rivalise largement avec celle d’un chien. Son espérance de vie se situe par ailleurs entre 15 et 20 ans. Or, dans l’élevage, il est abattu à seulement 6 mois pour les bêtes destinées à produire de la viande et à 3 ans pour les femelles utilisées pour faire des petits. Pour un être humain dont l’espérance de vie serait de 82 ans (moyenne française), cela reviendrait à mourir à l’âge de 2 ou 14 ans.

Les bovins : 6 mois à 8 ans versus 20 ans

Avec 308 millions d’individus tués dans le monde par an, les bovins posent un réel problème écologique. Mais ils représentent tout autant de vies gâchées. Ces animaux, dotés d’une intelligence certaine, sont pourtant traités comme une véritable marchandise, en particulier dans l’industrie du lait.

La vache laitière, justement, est celle qui vit le plus longtemps, puisqu’elle est réformée (c’est-à-dire envoyée à l’abattoir) au bout de 8 ans. Pire, les bœufs atteignent à peine 18 mois avant d’être tués, tandis que les veaux subissent le même sort à l’âge de 6 mois. On parle pourtant d’un animal dont l’espérance de vie se situe autour de 20 ans. Rapporté à l’existence humaine, cela correspondrait respectivement à des décès à 32, 6 ou 2 ans.

Les moutons : 3 mois et 7 ans versus 11 ans

Abattus à hauteur de 637 millions de spécimens par an dans le monde, les moutons, doués d’intelligence sociale, sont élevés pour leur viande, leur lait et leur laine. Pour cette dernière, l’industrie est réputée pour engendrer de grandes souffrances.

Avec une espérance de vie de 11 ans, ils sont envoyés à l’abattoir aux alentours de 7 ans, ce qui est plus important que d’autres animaux, mais qui doit être relativisé par le sort des agneaux qui sont tués à l’âge de seulement 3 mois. Ce qui équivaut pour un être humain à une mort prématurée à 52 et 1 an.

Les poulets : 1er jour à 17 mois versus 8 ans

Sur les 80 milliards d’animaux terrestres tués par l’humanité chaque année, 75 milliards sont des poulets, ce qui en fait la bête la plus présente dans les fermes du monde. Que ce soit pour la viande ou pour les œufs, les poules évoluent massivement dans un mode d’élevage intensif.

Alors que l’espèce peut espérer vivre jusqu’à 8 ans, elle est loin d’atteindre ce potentiel. Les pondeuses sont en effet abattues à peine 17 mois. Les poulets de chair ne vont, quant à eux, pas au-delà de 35 jours. Enfin, les poussins mâles, inutiles à l’industrie de l’œuf, ils sont dans certains cas exterminés dès leur premier jour de vie. À l’échelle humaine, ces âges correspondent respectivement à 15 ans, 1 an ou seulement quelques heures.

Les dindes : 84 et 128 jours versus 10 ans

97 % des dindes en France évoluent dans des élevages intensifs où l’espace de ces oiseaux peut-être réduit jusqu’à 8 animaux par mètre carré. 660 millions de ces animaux sont tués chaque année.

Les mâles sont envoyés à l’abattoir au bout de 128 jours et les femelles à 84 jours. Le volatile pourrait pourtant facilement espérer atteindre les dix ans. Pour un être humain, cela correspondrait à une fin de vie à un peu moins de 3 ou 2 ans.

Les canards : 68 et 82 jours versus 15 à 20 ans

Les canards sont abattus à hauteur de trois milliards d’individus par an dans le monde, ce qui en fait l’espèce terrestre la plus élevée juste derrière les poulets. En France, il est la principale victime d’une pratique cruelle pourtant interdite dans de nombreux pays, celle du foie gras.

Dans ce secteur, les mâles sont tués à 82 jours et les femmes à 68. Pour un animal capable d’atteindre les quinze ou vingt ans, cela correspond à l’échelle humaine à une vie terminée à 1 an ou 10 mois.

Les chèvres : 8 semaines à 4 ans versus 15 à 18 ans

Surtout connue pour une filière laitière, on imagine mal le nombre de chèvres conduites à l’abattoir chaque année. Et pourtant, elles sont 504 millions à terminer ainsi. Dès quatre ans, elles ne sont plus considérées comme assez productives et finissent donc de cette manière.

Pour les mâles (les chevreaux), ils sont souvent perçus comme inutiles et sont alors la plupart du temps envoyés à l’abattoir dès l’âge de huit semaines, et ce malgré une espérance de vie de 15 à 18 ans. Pour un être humain, cela représenterait une mort à 20 ans ou 9 mois.

Les saumons : 3 ans versus 10 ans

Chaque année, l’être humain pêche 1600 milliards de poissons et en élève « seulement » 124 milliards. Pour autant, 56 % des poissons sauvages capturés servent à nourrir ceux d’élevage. Ce mode de production absurde et intensif souvent comparé aux élevages de poulets en batterie est donc une catastrophe environnementale, mais aussi pour le bien-être animal.

À ce titre, le saumon d’Atlantique est un cas emblématique puisqu’il s’agit du poisson le plus utilisé au monde en aquaculture, avec près de 1,2 million de tonnes (le nombre d’individus est compliqué à évaluer). Avec son espérance de vie de 10 ans, il est pourtant prélevé à l’âge de 3 ans, soit un équivalent de 24 ans en âge humain.

Les lapins : 73 jours versus 9 ans

Plus de 533 millions de lapins d’élevage sont tués dans le monde chaque année. Avant cette issue fatale, ces rongeurs connaissent une vie plutôt misérable, puisque 99 % d’entre eux passent leur existence entière dans une cage sur un sol grillagé.

Bien qu’abattu très rapidement (73 jours), presque un quart d’entre eux n’atteignent même pas cet âge. Loin du potentiel de cet animal qui peut dépasser les 9 ans. Portée à l’être humain, cela reviendrait à mourir à l’âge prématuré de 2 ans.

Les truites : 20 mois versus 7 à 20 ans

Comme pour beaucoup de poissons en captivité, les truites subissent des conditions peu en adéquation avec leur bien être, notamment en matière de densité. En outre, le réchauffement climatique menace grandement la survie même de ce type d’installation. On en élève plus de 939 000 tonnes par an sur la planète.

On a par ailleurs pu observer certains spécimens dans la nature atteindre entre 7 et 20 ans d’espérance de vie. Or dans les élevages, elles sont « prélevées » pour finir sur les étals autour de 20 mois. Rapporté à notre espèce, cet âge équivaudrait à une mort à seulement 10 ans.

Un gâchis certain

On l’aura compris, la mise à mort des animaux par l’être humain simplement pour assouvir un plaisir gustatif représente également un immense gâchis de vies de créatures pourtant sensibles. En outre, les conditions d’élevage lors de ces courtes vies sont bien souvent abominables.


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Des facteurs qui ne peuvent que laisser des regrets d’autant plus qu’un régime végétalien demeure totalement possible à adopter sans pour autant prendre des risques pour sa santé. De quoi éviter à des milliards de bêtes des existences aussi brèves que misérables.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Flickr

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14.05.2024 à 06:00

Pourquoi nos utopies sont-elles si difficiles à mettre en place ?

Mr M.

Dans une courte vidéo d’animation présentée dans le cadre des TED-ed, Alex Gendler montre la proximité et la relation ambivalente entre utopie et dystopie. Cette analyse interroge, car au delà de la mise en garde, il faut se demander sous quelles conditions il est possible de penser une société différente. De tous temps, philosophes, écrivains […]

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Dans une courte vidéo d’animation présentée dans le cadre des TED-ed, Alex Gendler montre la proximité et la relation ambivalente entre utopie et dystopie. Cette analyse interroge, car au delà de la mise en garde, il faut se demander sous quelles conditions il est possible de penser une société différente.

De tous temps, philosophes, écrivains et penseurs ont essayé d’imaginer ce que pourrait être une société parfaite. De Platon à Thomas More, ils ont pensé les structures politiques et sociales pour que la vie dans la cité atteigne un équilibre avec le moins de défauts possible. L’objectif de ces essais est l’harmonie et la joie de tous les individus. Généralement, les utopies sont construites par opposition à une société existante donnée dont elles font la critique : elles en révèlent les dysfonctionnements, les faiblesses et les injustices en vue de la faire évoluer.

Difficile utopie

L’époque récente a discrédité l’idée d’utopie dans l’opinion. Les expériences totalitaires, la fin de la guerre froide et le triomphe idéologique du capitalisme en sont les principales raisons. Au 20ème siècle, la recherche d’un modèle sociétal parfait s’est traduite par l’émergence des totalitarismes. La volonté d’unifier la société par des critères ethniques et la poursuite d’un communisme autoritaire ont participé à la naissance du second conflit mondial. Après la seconde guerre, les tentatives des années 60 de penser hors de la société existante sont alors rejetées d’emblée par la majorité parce que « toute perspective de changement social radical était renvoyée à la fois à une impossibilité de fait et à une dangerosité de droit » écrit Sébastien Roca.

Plus tard, c’est le modèle économique libéral qui est devenu incontestable dans les discours dominants : « il n’y a pas d’alternative » disait déjà Margaret Thatcher. Aujourd’hui, dans les démocraties occidentales, difficile d’éclipser le consensus néo-libéral autant à gauche qu’à droite. Un consensus qui facilite la dégradation des conventions sociales jugées incompatibles avec la marche triomphante de l’économie. Dans ce contexte, l’utopie reste une pensée marginalisée, même si, le projet néo-libéral traduit lui même une volonté d’uniformisation. Il n’en est pas moins difficile de le mettre en question car dans le discours de ses partisans, il est justifié par les concepts de liberté et de progrès. Toute critique est alors obnubilée par un procès d’intention.

Alex Gendler rappelle dans sa vidéo qu’il existe de bonnes raisons de se méfier d’un tel cul-de-sac sémantique. L’auteur invite chacun d’entre nous à réfléchir par deux fois aux structures qui seraient nécessaires pour mettre en place un autre modèle enviable de société. L’utopie des uns risque toujours de se transformer en prison pour les autres. Alex Gendler pointe ainsi du doigt à quel point il est difficile de trouver un équilibre sociétal tellement les besoins et aspirations individuelles sont parcellisés. Si pour assurer la liberté de quelque-uns, il faut attaquer celle des autres, prédéfinir ce qu’est le bon citoyen et empêcher toute initiative individuelle qui se démarquerait de l’ordre préétabli, la société ne serait, par définition, pas si parfaite. C’est ce que de nombreux auteurs de fictions ont montré dans leur vision dystopique du monde : Jonathan Swift, George Orwell ou encore Aldous Huxley.

Notons que la recherche de la société « parfaite » n’est pas absente des programmes politiques contemporains. En 2016, le gouvernement Chinois a annoncé vouloir donner une note à chaque citoyen selon une grille de critères prédéfinis pour construire une « société socialiste harmonieuse ». Ce projet traduit la volonté des dirigeants politiques de distinguer le bon du mauvais citoyen (dans leur prison idéologique) et de contrôler les individus déviants en les marginalisant :

« Mal s’occuper de ses enfants, 50 points en moins. Critique ou diffamation du parti sur les réseaux sociaux, 100 points de perdus. En revanche le bénévolat rapporte 10 points. Et si le parti vous reconnaît comme citoyen modèle, on en gagne 100. »

Les utopies concrètes : l’expérimentation locale pour penser présent et futur

Ces exemples montrent toute la difficulté à transformer une société donnée. Pour autant, faut-il rejeter à ce titre toute tentative de penser hors du cadre et d’espérer l’utopie concrète ? Cette pensée serait réductrice et en dissonance totale avec la réalité des défis auxquels nous faisons face, notamment d’un point de vue écologique. Cependant, on peut considérer les remarques d’Alex Gendler comme une invitation à sortir d’une interprétation polaire du monde, du tout noir et du tout blanc.

Les utopies concrètes se distinguent des schémas que nous venons de présenter. En effet, leur essence n’est pas de proposer une interprétation globale et cohérente du monde à laquelle les autres devraient se soumettre, mais de proposer des projets qui s’écrivent dans la réalité sociale et économique existante. De manière inclusive, les utopies concrètes permettent aux individus d’accéder à des modes de consommation alternatifs dès maintenant et de se libérer des structures sociales existantes. Dans le même temps, elles ne restreignent pas directement les possibilités et les libertés des autres.

Elles se développent dans les marges des sociétés dans l’espoir d’en affecter, un jour, les structures. Sur le plan du projet politique, l’utopie concrète vise à encourager les individus, à les sensibiliser et à améliorer leurs conditions de vie et à leur proposer de s’intégrer au sein de projets communs. Bien évidemment, l’utopie concrète reste inspirée de représentations et d’interprétations politiques globales. Mais elle élargit le champ des possibles au lieu de le restreindre.

– Mr Mondialisation


Photo de couverture : capture d’écran de la vidéo How to recognize a dystopia

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13.05.2024 à 06:00

5 raisons de végétaliser les cours d’école

Mr M.

De nombreuses générations d’enfants ont connu le modèle traditionnel de la cour d’école entièrement recouverte de bitume et même parfois privée de tout végétal. Aujourd’hui, certaines écoles tentent d’évoluer en laissant plus d’espace à la nature. Une configuration qui offre de multiples avantages, notamment en termes écologiques et éducatifs. Végétaliser une cour de récréation pourrait […]

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De nombreuses générations d’enfants ont connu le modèle traditionnel de la cour d’école entièrement recouverte de bitume et même parfois privée de tout végétal. Aujourd’hui, certaines écoles tentent d’évoluer en laissant plus d’espace à la nature. Une configuration qui offre de multiples avantages, notamment en termes écologiques et éducatifs.

Végétaliser une cour de récréation pourrait paraître anodin. Et pourtant, opter pour cette solution permet de lutter contre le réchauffement climatique, mais aussi d’ouvrir l’esprit des plus jeunes à des problématiques environnementales et sociales. Mr Mondialisation vous présente cinq raisons de généraliser cette idée à tous les établissements scolaires.

1) Lutter contre le dérèglement climatique

Si les environnementalistes se battent pour limiter l’intensité du réchauffement climatique, celui-ci est inévitable et a d’ailleurs déjà bien commencé. Résultat, les fortes températures, les sécheresses et les canicules vont se multiplier ces prochaines années.

Or, les espaces artificialisés, en particulier avec du bitume noir, favorisent grandement les îlots de chaleur. À l’inverse, les végétaux peuvent rafraîchir une zone, notamment grâce à l’ombre que peuvent offrir les arbres.

En outre, les plantes ont également l’avantage de capturer du CO2 et donc de contribuer à limiter le dérèglement climatique. Enfin, retirer le bitume permet aussi au sol d’absorber l’eau de pluie et faciliter son cycle naturel.

2) Apprendre à vivre ensemble

C’est un rapport que l’on fait sans doute moins spontanément, et pourtant, une cour végétalisée offre plusieurs avantages au niveau de la socialisation des enfants. Elle permet d’abord de diversifier les jeux et mieux intégrer les filles.

En effet, les espaces traditionnels mettent fréquemment les garçons à l’honneur, notamment avec un terrain de football qui occupe généralement une place centrale dans l’école. Un sport qui a tendance à moins intéresser le genre féminin, qui de fait reste souvent en marge, comment le montre une enquête de l’UNICEF.


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Avec une organisation spatiale différente, les enfants peuvent participer à plus d’activités ludiques et améliorer leur relation et leur coopération. Cette diversité permet en outre aux occupations des uns de ne pas empiéter sur celles des autres et donc de mieux cohabiter et intégrer tout le monde.

3) Améliorer sa santé et ses capacités

Une étude néerlandaise établit un lien de cause à effet entre la présence de la verdure et la diminution de l’agressivité, la violence et le harcèlement entre enfants. Il faut dire que de nombreuses recherches confirment également que le contact avec la nature fait énormément baisser le stress.

Mais ce n’est pas tout, puisque cette exposition améliorerait aussi le système immunitaire, les capacités motrices (notamment par la diversification des jeux et l’interaction avec l’environnement) et l’estime de soi. Elle inciterait les enfants à se dépenser. Et pour couronner le tout, le contacte avec la nature augmenterait tout simplement la sensation de sérénité.

4) Rêver

En présence d’un terrain vide, bétonné et sans vie, il est sans doute beaucoup plus simple de surveiller les élèves. Et c’est probablement pour cette raison que les cours d’école modernes ont été conçues ainsi.

Et pourtant, pour évoluer de façon équilibrée, un enfant a, à l’inverse, besoin d’être stimulé, pour pouvoir rêver, escalader, manipuler, construire, inventer, ou encore se cacher. La diversité des espaces offerts par la végétalisation peut contribuer à fournir les éléments nécessaires à tous ces besoins.

Ce foisonnement va aussi permettre de développer une plus grande créativité à travers tout un imaginaire, mais également à encourager la curiosité et à porter un intérêt réel et empathique à tout ce qui entoure l’écolier.

5) S’ouvrir à la nature

Dans un monde où l’urbanisation est galopante et où les écoles en milieu rural ferment les unes après les autres, les établissements scolaires sont de plus en plus situés dans les agglomérations où la nature est elle-même déjà bien discrète.

Pour beaucoup d’enfants citadins, il n’existe donc presque plus aucun moyen de se connecter avec elle et d’apprendre à la respecter et à la protéger. Dans ce contexte, les cours végétalisées peuvent devenir une fabuleuse façon d’atteindre ces buts.

Mieux, elles peuvent même prendre une dimension éducative avec une participation au jardinage, à la découverte des plantes ou encore à l’observation de la biodiversité (notamment les insectes et les oiseaux) favorisée par une telle configuration. Et dans une époque où la défense de la planète s’avère de plus en plus cruciale, ouvrir les futurs citoyens à ce genre d’enjeux apparaît comme une nécessité absolue.

– Simon Verdière


Photo de couverture de Vitolda Klein sur Unsplash

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10.05.2024 à 16:01

Savoie : des naturalistes en lutte pour sauver les zones humides agricoles

Mr Mondialisation

Ce 20 avril, le collectif des Naturalistes des terres Alpes du Nord a réalisé une action de désobéissance civile en opposition à l’artificialisation des dernières zones humides agricoles de la cluse de Chambéry. Voici leur communiqué contre l’assèchement des sols de Savoie. Journée d’action de Naturalistes des Terres contre l’artificialisation de terres agricoles à La […]

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Ce 20 avril, le collectif des Naturalistes des terres Alpes du Nord a réalisé une action de désobéissance civile en opposition à l’artificialisation des dernières zones humides agricoles de la cluse de Chambéry. Voici leur communiqué contre l’assèchement des sols de Savoie.

Journée d’action de Naturalistes des Terres contre l’artificialisation de terres agricoles à La Motte Servolex (ZAC 3)

Un groupe de naturalistes a mené une journée d’action le 20 avril, appelée « Leysse la tranquille », au cœur du futur site d’expansion de Savoie Technolac (la ZAC 3). Contre ce projet qui implique d’assécher des zones humides et des terres agricoles, l’évènement s’est déroulé entre observation de la biodiversité, discussions et gestes naturalistes engagés.

Situé entre les flancs boisés du Massif des Bauges et de la Chaîne de l’Épine, la cluse de Chambéry, anciennement composée de marais, était couverte de terres maraîchères. La majorité de ces terres ont été recouvertes pour y installer des zones industrielles et commerciales, notamment celles qui s’étendent au nord de la ville. Au sud du Lac du Bourget, à proximité des rives gérées par le Conservatoire du Littoral, 70 hectares de terres ont été grignotés en dépit de leur caractère humide par le technopole appelé Technolac.

« Le projet d’extension de ce site viendrait supprimer 21 hectares des dernières terres agricoles et zones humides »

Celui-ci s’étend vers le sud et referme petit à petit la cluse. Le projet d’extension de ce site viendrait supprimer 21 hectares des dernières terres agricoles et zones humides situées entre ces deux zones d’activités économiques en créant ce qu’on pourrait appeler une « trame grise », c’est-à-dire une zone totalement artificialisée allant de Chambéry jusqu’au Bourget du Lac.

Le 20 avril, plusieurs activités menées par les Naturalistes des Terres avaient pour but de visibiliser les enjeux écologiques et agricoles du site. Une centaine de passionné.es professionnel.les ou amateurs ont observé la diversité et la spécificité du vivant sur la zone et les enjeux écologiques associés lors de sorties naturalistes. Ils sont allés à la rencontre des espèces végétales et animales qui habitent ces terrains et dont la survie est directement liée à l’abondance en eau. Ces milieux sont souvent déclarés « stériles » par les partisans du projet alors qu’ils ont une capacité d’hospitalité pour la biodiversité à condition de les considérer. Qu’on les « Leysse tranquille » !

Crédit Photo ©Naturalistes des Terres

Nous nous situons sur des terres malmenées par l’assèchement des marais et l’agriculture intensive. Ces milieux humides constituent des habitats très particuliers qui abritent des cortèges d’espèces adaptées et irremplaçables. Ils se sont drastiquement raréfiés au niveau européen et national suite à des décennies de politiques d’assèchement pour accéder à de nouvelles surfaces d’habitation, de culture et d’économie. Selon le CNRS entre 1970 et 2015, 35 % des surfaces des zones humides a disparu en France. Les espaces restants ne sont plus que des îlots fragmentés qui ont échappé à la destruction.

Les prévisions de réchauffement et de sécheresse dus aux changements climatiques sont une menace supplémentaire à leur subsistance. Pourtant ces milieux jouent un rôle vital de réservoir et de filtration de l’eau, et aussi constituent des îlots de fraîcheur qui favorisent la résilience du territoire aux épisodes de chaleur et de sécheresse. Les espèces associées à ces milieux ont régressé de concert avec la disparition de leurs habitats. Elles sont aujourd’hui restreintes à ces petites surfaces et n’ont pas la possibilité de circuler entre elles, ce qui les met en péril d’extinction.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet d’extension qui manifestement préfère l’installation d’Atawey (usines de fabrication de pièces pour des stations d’hydrogène) à, par exemple, la préservation de ces zones précieuses. Malgré les équipements pour capter, drainer et maîtriser l’eau, ces milieux conservent toujours une partie de leur caractère humide.

Crédit Photo ©Naturalistes des Terres

Durant toute la journée des expositions, discussions et projections ont permis de cultiver des liens sensibles entre naturalistes engagé.es et le vivant sauvage. Face à l’incapacité manifeste des porteurs de projet à les reconnaître et leur volonté de les détruire, nous avons décidé d’opérer des gestes naturalistes sur le terrain des promoteurs CGLE (Chambery Grand Lac Economie), ciblant une parcelle particulièrement humide et non cultivée (classée Zone A Urbaniser).

Nous y avons creusé une mare, directement alimentée par le détournement de l’un des drains qui asséchait la zone. Nous avons aussi planté plus de 400 mètres linéaires de haie composée d’arbustes indigènes et d’arbres fruitiers autour de cette parcelle en revendiquant sa mise en défens et l’installation et le développement d’une agriculture qui compose en alliance avec le vivant.

La centaine de militants a œuvré sur ce chantier d’aggradation (luttant contre sa dégradation). En parallèle, nous avons accompagné des maraîchers dans la plantation vivrière de leur parcelle qui devrait être détruite prochainement par le projet ZAC3. Ces dernières terres ne voulant pas être cédées, CGLE a sollicité la préfecture pour engager une procédure de Déclaration d’Utilité Publique (DUP) de laquelle découlerait l’expropriation des paysans.

Crédit Photo ©Naturalistes des Terres

Nous déplorons la gestion foncière des terres de la communauté de commune et sa contradiction avec le projet post-COVID d’autonomie alimentaire sur le territoire. Ces stratégies administratives ne garantissent pas la conservation des habitats naturels, des terres agricoles les plus fertiles du bassin chambérien et encore moins la protection des dernières zones humides, classées comme « Zones A Urbaniser » au PLUI. La ZAC 4 sur une vingtaine d’ hectares semble déjà planifiée de l’autre côté de la route !

Une gestion concertée et éclairée de l’usage de notre patrimoine écologique et agraire doit être engagée avec comme priorité la préservation des milieux humides. Ce qui permettra le maintien de l’eau sur le territoire, l’installation d’une agriculture hospitalière à la diversité du vivant et au service de la collectivité. Contre une situation aussi alarmante et en soutien au collectif « Pour un Projet agricole en Savoie » qui milite contre l’extension de Technolac, nous avons décidé en tant que naturalistes de faire ce que nous savons faire : prendre la défense des milieux et des espèces sauvages.

Crédit Photo ©Naturalistes des Terres

Nous continuerons à mettre nos savoirs naturalistes au service des luttes territoriales pour alimenter leur diversité, leur puissance joyeuse et revitalisante, leur rôle décisif dans la construction de communs, entre humains et avec le reste du vivant.

Des Naturalistes des terres

 

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09.05.2024 à 13:43

Nelly va nager 400km pour l’avenir de la méditerranée

Lisa Guinot

Nelly Kars et Bruno Lambert forment un binôme de sportifs et d’explorateurs. Ensemble, ils vont parcourir 400 km sur la mer Méditerranée dans le but de préserver le littoral. En parallèle, ils ont monté un projet éducatif pour sensibiliser petits et grands sur cette cause importante. Nelly, la nageuse, sera accompagnée de Bruno qui la […]

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Nelly Kars et Bruno Lambert forment un binôme de sportifs et d’explorateurs. Ensemble, ils vont parcourir 400 km sur la mer Méditerranée dans le but de préserver le littoral. En parallèle, ils ont monté un projet éducatif pour sensibiliser petits et grands sur cette cause importante. Nelly, la nageuse, sera accompagnée de Bruno qui la suivra à bord d’un kayak. Pour en savoir plus, nous avons échangé avec cette nageuse qui nous a tout dit sur l’importance de ce projet.

La Méditerranée est la mer la plus polluée de la planète et son littoral est menacé. Le changement climatique ainsi que les activités humaines, économiques et industrielles perturbent les équilibres naturels et bouleversent les écosystèmes marins.

Pour protéger le littoral et attirer l’attention du grand public sur le danger qui pèse sur la mer Méditerranée, Nelly Kars et Bruno Lambert ont fondé le projet Posidonia. Leur objectif : attirer l’attention sur l’état et le devenir du littoral méditerranéen à travers un défi sportif et un projet éducatif. 

Tout au long de l’année 2024, Nelly va parcourir 400 km à la nage. Cette sportive a commencé sa carrière en tant que plongeuse dans les années 2000 avant de devenir accompagnatrice de montagne, guide naturaliste, puis responsable de la communication des Marcheurs de la Terre, un programme d’éducation environnementale fondé par Bruno Lambert.

De son côté, cet explorateur accompagnera Nelly en kayak. Spécialiste des milieux extrêmes naturels, Bruno a passé 40 années en tant que guide naturaliste et guide de trekking. Au fil de sa vie, il a parcouru plus de 100 000 km à travers le monde et a réalisé plus de 4 000 bivouacs. En fondant Les Marcheurs de la Terre, le voyageur et écrivain a pour but de diffuser des connaissances géographiques et environnementales à partir de missions d’exploration réalisées dans les milieux naturels extrêmes les plus reculés de la planète.

Bruno Lambert et Nelly Kars vont parcourir 400 km à travers la mer Méditerranée pour sensibiliser à la protection du littoral. Crédit photo : Nelly Kars

Ensemble, Bruno et Nelly vont parcourir entre 400 et 450 km sur la mer Méditerranée. Leur projet a commencé en janvier et se terminera à la fin de l’automne. Ils visiteront les sites les plus emblématiques du littoral méditerranéen en dressant un panorama des lieux encore beaux et préservés, ainsi que ceux qui ne le sont plus.

Par la suite, Nelly et Bruno vont illustrer leur parcours en réalisant un documentaire à la fois éducatif et culturel. L’occasion pour eux de revenir sur leur aventure tout en faisant intervenir des acteurs et actrices locaux pour sensibiliser à la préservation du littoral.

Durant toute l’année, un suivi pédagogique et interactif sera proposé gratuitement en ligne sur le site internet de Posidonia. Des bulletins de route, des posts, des extraits de journal de bord, des photos et des vidéos de l’aventure seront partagés. Pour en savoir davantage sur ce projet ambitieux, nous avons échangé avec Nelly, qui a accepté de nous en dire plus sur sa préparation, ses motivations et ses ambitions.

Une sportive et un explorateur proches de la nature

Mr Mondialisation : Pour commencer, quel est votre parcours de vie ? Qu’est-ce qui vous a poussés, vous et Bruno, à vous engager dans la protection du littoral méditerranéen ?

« de misanthrope j’ai basculé humaniste »

Nelly Kars : J’ai vécu une dizaine d’années dans le Pacifique Sud. Le pays qui m’a le plus marquée est la Nouvelle-Calédonie, où je suis tombée littéralement amoureuse de la mer. J’y ai nagé, plongé, de jour comme de nuit pendant une belle tranche de vie. J’y ai aussi appris à aimer mes semblables, de misanthrope j’ai basculé humaniste !

De son côté, Bruno est un globe-trotteur d’un autre ordre. Des jungles tropicales à la banquise arctique, du Sahara aux cimes himalayennes, Bruno a parcouru à pied, à la pagaie, à dos de chameau ou d’éléphant plus de 100 000 km et réalisé plus de 4 000 bivouacs.

Nelly, la nageuse, sera accompagnée de Bruno en kayak, qui joue un rôle essentiel dans le parcours. Crédit photo : Nelly Kars.

Mr M : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous lancer dans ce projet sportif et éducatif ? Quelles ont été vos motivations personnelles et pourquoi tenez-vous à vous engager dans la protection du littoral ?

N.K. : J’ai toujours été très proche de la nature en général. Enfant déjà, j’avais pris conscience des grands enjeux climatiques et de notre responsabilité individuelle et collective. Les années passant, j’ai alimenté de manière très autodidacte une boulimie de connaissances. Depuis que j’ai intégré Les Marcheurs de la Terre et commencé à la même époque mon activité de guide naturaliste, et suis passée à une phase de restitution. Je tente de transmettre à ma manière et avec mes outils l’émerveillement qui ne cesse de grandir en moi devant cette mécanique formidable qu’est la vie. La protection du littoral est “juste” une portion de ce travail.

Avec Bruno, on travaille sur le projet Water Stories depuis 2017. C’est un projet d’éco-communication qui vise à faire prendre conscience au grand public de l’importance de la ressource en eau. Nous avons produit 4 documentaires de 52 min sur le sujet.

Posidonia est notre premier sujet sur l’eau salée. Mais dans le tout premier documentaire de cette série, La Dame des lacs, j’avais nagé quelque 100 km sur les lacs bas-alpins pour sensibiliser à la ressource en eau dans notre région. Le challenge fini, on avait déjà en tête un défi en Méditerranée, dans le même esprit.

Sensibiliser à la préservation du littoral

Mr M : Avez-vous vu de vos propres yeux la dégradation du littoral méditerranéen ? Si oui, avez-vous des exemples en tête qui vous ont marqués ?

N.K : Il suffit de marcher au bord de mer pour voir qu’il n’y a même plus de crabes. Les déchets et les peuplements monospécifiques sont deux exemples très visibles de dégradation.

« à Marseille, on trouve au fond de l’eau des scooters et des trottinettes électriques »

Par exemple, à Marseille, on trouve au fond de l’eau des scooters et des trottinettes électriques dans un bain de plastiques à divers stades de destruction. Devant des ports, on trouve des pare battages et des moteurs hors-bord ! Devant les plages, des bouteilles d’huile solaire, des ballons et des sandales. Près d’un petit fleuve côtier qui se jette à la mer en passant par la ville, ça sent l’égout à plein nez et des sédiments chargés de divers composés toxiques recouvrent les fonds environnants.

Les peuplements monospécifiques (quand on ne voit plus de diversité mais juste une seule espèce) sont signes d’un grave déséquilibre. Plus qu’une espèce d’algues par exemple. C’est souvent le cas près des fleuves côtiers fortement chargés de ce qu’ils ont récolté sur leur chemin, car tout ce qui va dans une rivière finit dans la mer…

Mr M : Face à ces constatations, pensez-vous que la situation environnementale pourrait s’améliorer à l’avenir ? Nos efforts sont-ils vains ou a-t-on réellement une chance de protéger notre planète, et plus particulièrement la mer Méditerranée ?

N.K : Les scientifiques que nous rencontrons soulignent les principales menaces qui pèsent sur l’avenir de la Méditerranée (surpêche, acidification, urbanisation et son cortège de pollutions, espèces invasives…) mais aussi le fait que dans de nombreux domaines, les choses s’améliorent.

Quand je suis revenue en métropole, j’ai été très choquée par l’état apparent de la Méditerranée. Elle est menacée, fragile, mais d’une extraordinaire résilience ! C’est un point crucial que nous tenons à mettre en avant pour que les gens comprennent que : non, tout n’est pas perdu, et que oui, les efforts qu’ils font pour préserver la mer et la nature en général ont un effet.

Voici une anecdote que j’adore et qui illustre l’importance des aires marines protégées : quand on arrive à la nage au niveau d’un panneau “pêche interdite”, on a vraiment l’impression que les poissons savent lire. C’est comme si on ouvrait soudain une porte sur un monde merveilleux du côté préservé. Les poissons sont plus gros, moins craintifs, les différents habitats sont riches en espèces, hauts en couleurs, vivants à un point… C’est magique ! Ce qui illustre que la pression de la pêche est une grave réalité, qu’elle soit à petite ou grande échelle, et qu’il suffit simplement de dire stop pour que les choses s’améliorent d’elles-mêmes.

La carte schématique de l’itinéraire effectué par Bruno et Nelly tout au long de l’année. Crédit photo : Nelly Kars

Mr M : Comment avez-vous élaboré votre itinéraire ? Par quels sites avez-vous choisi de passer et pourquoi ? 

N.K : On ne va pas d’un point A à un point B. On fait des boucles sur des sites choisis pour leurs caractéristiques paysagères et écologiques, leurs différents degrés de protection, leurs aspects sécuritaires mais aussi leurs accès. On part de Marseille en janvier pour finir à Menton en décembre. On s’attarde volontiers sur les aires marines protégées qui s’étendent tout le long du littoral pour montrer la beauté et la richesse d’une mer “bien gérée”, à travers les parcs nationaux et sites du Conservatoire du Littoral principalement.

Un défi sportif

Mr M : Concernant le côté pratique de la nage et de la navigation en kayak, avez-vous suivi un entraînement sportif particulier avant de vous lancer dans cette aventure ? Comment vous êtes-vous préparés, Bruno et vous, à parcourir 400 km en pleine mer ?

« Je me suis entraînée durant deux ans pour Posidonia »

N.K : De part mon métier, je suis déjà sportive et tenue d’être en excellente santé. Je me suis entraînée durant deux ans pour Posidonia, la plupart du temps en milieu naturel (lacs et mer) avec l’équipement prévu pour le challenge. J’ai fait une concession durant la dernière année d’entraînements : habitant en montagne, je me suis aussi entraînée en piscine pour augmenter la fréquence des sessions.

Certains gestes doivent être répétés de nombreuses fois pour être parfaitement réalisés même avec le froid, la fatigue, les doigts engourdis… Comme le fait de décrocher partiellement les plaquettes que je porte aux mains, attraper une caméra et filmer à la volée un poisson qui ne m’attendra pas. Il faut garder en tête que je ne fais pas que nager, il y aussi un film à tourner, des images à faire souvent en apnée.

Bruno est quant à lui chargé du tournage nautique sur son kayak, et ça demande une grande dextérité. Il veille également à ma sécurité, me donne le cap à suivre. C’est une énorme responsabilité et je lui fais une confiance totale, je sais que je peux me reposer sur lui, ce qui optimise mon effet. On travaille vraiment en équipe !

Bruno a passé les 60 ans et sa condition physique, même dopée par des décennies d’expéditions, demande un entraînement important et surtout très régulier. Suivre en kayak une nageuse n’est apparemment pas un effort intense mais quand le vent se lève et qu’il faut rester stable sur son bateau tout en la filmant, ça devient très vite une prouesse. L’assistance en kayak est un poste terriblement stressant : dans la houle, il me perd de vue très vite, il doit éviter (ou gérer) les rencontres avec les engins à moteurs, qui vont se densifier l’été arrivant. Sa responsabilité est énorme et demande une vigilance constante.

En plus de nager à la surface, Nelly doit plonger pour capturer des images des fonds marins, utiles à la réalisation du documentaire. Crédit photo : Nelly Kars

Mr M : Comment se passe une session de nage ? Quels sont les obstacles auxquels vous pouvez faire face et comment les surmontez-vous ? 

N.K : On distingue deux types de nage : la nage linéaire, où j’avale lentement de la distance, et la nage exploratoire, où je furette encore plus lentement pour explorer les fonds et faire des images. La nage que je pratique n’a absolument rien à voir avec la nage en piscine ou celle d’une course. C’est une nage d’endurance avec de grandes palmes de chasse à voilure médiane, des plaquettes aux mains, un masque et un tuba, une combinaison triples couches pour rester 6 heures d’affilées dans une eau à 13 degrés sans faire de sprint.

Il n’y a pas de temps de repos quand je nage, c’est une règle d’or en eau froide. Le moindre arrêt de l’effort se paye en chaleur perdue. Si je m’arrête, c’est uniquement pour boire ou avaler rapidement quelques vivres de course, toujours en pleine eau. Souvent, c’est Bruno qui me donne la becquée pour optimiser.

Mr M : Comment arrivez-vous à tenir le coup en nageant pendant des heures d’affilée ? Pensez-vous à quelque chose en particulier ?

N.K : Je suis conditionnée à ne pas avoir facilement peur d’une vague, d’un courant, d’un banc de méduse épais, d’une ombre (un gros thon par exemple) qui passe à côté de moi. Je deviens une sorte de machine à nager. Je m’émerveille de ce que je vois, je calme mon rythme sur celui des vagues, et puis j’ai l’habitude de fournir un effort sur une longue durée sans rien lâcher.

Le fait d’être totalement dans l’instant chasse les pensées parasites qui pourraient me prendre ma précieuse énergie.

Mr M : La nage a commencé et vous avez déjà parcouru 105 km depuis le début de la session. Comment cela s’est-il passé ?

N.K : Depuis le début de la nage, on a eu une météo capricieuse et éprouvante, il a fallu adapter les étapes. Certaines ont été rallongées, d’autres raccourcies. La nageuse et le kayakiste ne rencontrent pas les mêmes problèmes et doivent pourtant avancer de concert.

Par exemple, le mistral complique rapidement la vie d’un kayakiste, il peut lui arracher la pagaie des mains en un rien de temps. Mais moi dans l’eau, je ne suis pas très impactée par ce type de vent. En revanche, si un vent du sud génère une légère houle et qu’à ce moment-là je longe une côte à falaise, cela crée un ressac qui se traduit par des vagues pyramidales très perturbantes pour moi, alors que Bruno le vivra beaucoup mieux sur son kayak.

Autre exemple de difficultés : les méduses. Certains bancs sont très épais et on ne peut pas toujours les contourner. Je dois alors nager en basculant légèrement la tête vers l’arrière pour mieux les voir, c’est inconfortable et pas très hydrodynamique. Je souffre aussi du froid après la quatrième heure dans l’eau. Quoi que je fasse et en dépit d’un excellent équipement, je commence à me refroidir inexorablement. Il faut alors que je veille à garder les doigts mobiles, ne pas les laisser s’engourdir.

Un projet éducatif pour sensibiliser

Mr M : Comment va s’articuler votre projet éducatif pendant et après la nage ? Qu’allez-vous mettre en place pour sensibiliser le grand public à votre cause ?

N.K : Le défi sportif est le fil rouge d’un film où nous avons de nombreux intervenants interviewés, des scientifiques en priorité mais également des associations, des plongeurs…

Le projet éducatif est conçu en deux temps : durant tout 2024, il y a un suivi pédagogique accessible gratuitement sur notre site comprenant bulletins de route, photos et vidéos. Nous pouvons déjà intervenir auprès des scolaires en les rencontrant dans leurs établissements ou en les emmenant sur les lieux des tournages. Quand le film sera terminé, il sera diffusé en TV puis en conférences, ciné-débat, auprès des scolaires…

Nous proposons des formules qui permettent aux enseignants de travailler avec leurs élèves sur nos documentaires, de rencontrer les réalisateurs que nous sommes, des sorties de terrain sur les lieux de tournage. La performance sportive n’aurait aucun sens à nos yeux sans un solide projet de sensibilisation et d’éducation.

Mr M : Pour finir, quelles sont vos attentes sur ce projet ?

« au-delà du marasme ambiant, il y a une foule de gens qui agissent et veulent laisser à leurs descendants autre chose qu’une mer-poubelle »

N.K : Sur le plan professionnel, Posidonia est un trait d’union entre l’aventure et la production de films documentaires. J’aimerais que cette expérience nous permette de continuer notre petit bonhomme de chemin un peu en marge des sentiers battus, en conciliant idéalisme et travail concret à l’organisation quasi militaire.

Sur un plan plus personnel, mes attentes sont déjà nourries par toutes les rencontres que nous faisons autour de ce projet. J’ai vraiment l’impression qu’au-delà du marasme ambiant, il y a une foule de gens qui agissent et veulent laisser à leurs descendants autre chose qu’une mer-poubelle, témoin de leur égoïsme. J’aimerais aussi pouvoir toucher encore plus de jeunes en les rencontrant.

Pour suivre le projet Posidonia et peut-être collaborer avec Nelly et Bruno, c’est par ici. Merci à Nelly pour son temps et ses réponses, en lui souhaitant bonne nage !

– Lisa Guinot

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08.05.2024 à 06:00

L’écologie de droite est un leurre

Mr M.

Devenue incontournable, l’écologie est aujourd’hui dans toutes les bouches. À tel point que certains essaient d’imposer l’idée que la droite serait parfaitement compatible avec ce combat. Toutefois, les positions économiques défendues par cette partie de l’échiquier politique sont inconciliables avec la sauvegarde de nos écosystèmes. Décryptage d’un mythe dangereux.  La question environnementale occupe actuellement une […]

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Texte intégral (1669 mots)

Devenue incontournable, l’écologie est aujourd’hui dans toutes les bouches. À tel point que certains essaient d’imposer l’idée que la droite serait parfaitement compatible avec ce combat. Toutefois, les positions économiques défendues par cette partie de l’échiquier politique sont inconciliables avec la sauvegarde de nos écosystèmes. Décryptage d’un mythe dangereux. 

La question environnementale occupe actuellement une telle importance dans les débats qu’il est difficile de s’y soustraire, y compris pour les partis qui l’ont historiquement toujours prise à la légère. On a même récemment pu voir l’extrême droite faire mine de s’intéresser au sujet. Pourtant, l’obsession de la droite et des identitaires à la croissance et au capitalisme fait perdre à leur démarche toute forme de crédibilité.

Vers une droitisation de l’écologie ?

Dans de plus en plus de bouches, on entend qu’il faut « dépolitiser » l’écologie et qu’elle devrait être l’affaire de tous. Si, effectivement, elle devrait concerner chacun d’entre nous puisque c’est bien notre propre survie dont il est question, en faire un enjeu « transpartisan » comme le propose le journaliste Hugo Clément est en revanche un leurre.

En effet, la défense de l’environnement consiste à mettre sur la table des solutions à une multitude de problèmes comme le dérèglement climatique, l’appauvrissement des sols, l’effondrement de la biodiversité, ou encore la gestion de l’eau potable. Or, ces aspirations sont nécessairement politiques et ne sont en aucun cas compatibles avec toutes les tendances politiques.

Des solutions proposées par la science

Profondément ancré dans le système capitaliste, l’humanité a longtemps nié une évidence aujourd’hui admise par les scientifiques et le GIEC lui-même : la lutte pour le climat est absolument incompatible avec la croissance perpétuelle du PIB.

L’idée de sobriété est même devenue assez indissociable de toute politique écologique sérieuse, le GIEC l’ayant d’ailleurs lui aussi repris à son compte. Pour préserver l’environnement, il faut réduire notre consommation d’énergie et d’eau, notre production de déchets ou encore en finir avec l’agriculture intensive.

Incompatibilité avec le système économique de droite

Or, la droite et l’extrême droite fondent intégralement leur doctrine économique sur l’idée d’une croissance infinie. On a par exemple entendu Marine Le Pen expliquer « croire au progrès et à la science et pas à la décroissance ». Les Républicains d’Éric Ciotti défendent quant à eux une « écologie de la croissance et de la liberté ». Enfin, Emmanuel Macron a, lui, haut et fort affirmé que la « décroissance n’était pas une réponse au défi climatique », laissant par là de côté les préconisations des chercheurs.

Il n’est, en outre, pas rare de voir la droite s’opposer aux écologistes décroissants en s’auto-désignant comme le camp de « la raison » et de la science. Un paradoxe certain lorsque l’on sait que la droite ignore clairement les avertissements des spécialistes du secteur en continuant à prôner le développement d’un modèle à la cause du problème. La situation actuelle est d’ailleurs bien due à ce même système et à l’exercice du pouvoir des néolibéraux et de leur bilan désastreux.

Le techno-solutionnisme ne nous sauvera pas

En outre, souhaiter perpétrer un modèle fondé sur une croissance éternelle demande une constante augmentation de l’utilisation des ressources du globe. Or, l’humanité ne dispose pas de biens en quantité infinie. Sur les neufs limites planétaires établies par les scientifiques, six ont d’ailleurs déjà été dépassées par notre système actuel, défendu bec et ongle par la droite.

Pour justifier ce déni, le principal argument de ce camp politique consiste à dire qu’il serait possible de continuer ainsi en se reposant sur le « progrès » ou les technologies. Or, aucune technologie ne pourra jamais transformer des ressources finies en ressources infinies, ne pourra restaurer ce qui a été détruit de manière irréversible, de redonner vie à ce qui est mort.

Maintenir coûte que coûte l’ordre établi

En réalité, ce genre de discours, que l’on retrouve dans les partis politiques de droite, repose sur l’idée qu’il ne faut en aucun cas remettre en cause l’ordre établi, ou autrement dit, le système capitaliste.

C’est d’ailleurs dans cette optique que la droite accuse sans cesse les écologistes à gauche de vouloir brider la liberté ou d’être des « extrémistes ». Pour autant, chaque société se doit d’interdire certaines choses, sans quoi elle sombrerait dans le chaos de la loi du plus fort.

Fin du monde, fin du mois, même combat

Le GIEC lui-même trace un trait d’union entre la justice climatique et la justice sociale.


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Or, lutter contre le modèle capitaliste, y compris pour des raisons environnementales, représente un frein certain aux avantages des plus riches (qui sont d’ailleurs les moins respectueux de la planète). Si la droite refuse un changement de paradigme c’est bien avant tout parce qu’elle a toujours établi une hiérarchie entre les êtres humains, estimant que certains « mériteraient » des privilèges par rapport à d’autres.

Être de gauche n’est pas forcément être écologiste

La société défendue par la droite est par conséquent complètement incompatible avec la survie de toutes et tous dans des conditions dignes à long terme. De ce fait, « l’écologie de droite » ne peut sauver que les plus riches et s’accommode de la disparition de tous les autres notamment des plus fragiles, et encore.

Pour autant, même si la gauche moderne en a fait un cheval de bataille, l’environnement n’a pas forcément toujours été une priorité, d’autant plus à une époque où peu de monde avait conscience de cette problématique.

Certains élus dits de « gauche » comme François Hollande ou même certains membres de partis « écologistes » ont d’ailleurs aussi épousé l’idée chimérique de « croissance verte ». Dans de nombreux pays européens, les verts se sont alliés sans scrupules à des mouvements libéraux.

L’écologie est la défense de l’être humain

De plus, certains courants communistes conservent encore aujourd’hui une ligne fondée sur le concept de productivisme, elle-même difficilement conciliable avec l’idée de sobriété. On peut d’ailleurs aussi trouver certains syndicats préférant protéger « l’emploi » que les conditions d’existence sur la planète.

Or, les combats sociaux et écologistes sont indubitablement liés et ne doivent pas être opposés. En effet, il est nécessaire de ne pas seulement vouloir « préserver la nature », mais de faire que tous les êtres vivants puisse continuer à disposer d’un lieu vivable – l’être humain faisait lui même partie de la nature. Une donnée sur laquelle certains feraient bien de méditer.

– Simon Verdière


Photo de couverture : Montage Mr M

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07.05.2024 à 06:00

Guyane : l’horreur taboue des pensionnats catholiques

Mr M.

En septembre 2022 sortait le livre Allons Enfants de la Guyane, d’Hélène Ferrarini. Il documente l’existence des homes indiens, pensionnats catholiques tenus par prêtres et religieuses qui ont procédé à l’effacement culturel progressif des enfants autochtones et Bushinengués. Nombre de traumatismes découlent de ce comportement colonial, paradoxalement accéléré par la départementalisation du territoire en 1946. […]

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Texte intégral (3405 mots)

En septembre 2022 sortait le livre Allons Enfants de la Guyane, d’Hélène Ferrarini. Il documente l’existence des homes indiens, pensionnats catholiques tenus par prêtres et religieuses qui ont procédé à l’effacement culturel progressif des enfants autochtones et Bushinengués. Nombre de traumatismes découlent de ce comportement colonial, paradoxalement accéléré par la départementalisation du territoire en 1946.  

Si la Guyane a fait l’objet d’efforts évangélisateurs assidus depuis sa colonisation au XVIIème siècle, c’est au début des années 1930 qu’apparaissent les homes indiens, des pensionnats catholiques créés au départ dans le cadre d’un acte missionnaire religieux dans la colonie, par la suite légalisé et financé par l’État après la départementalisation du territoire en 1946.

Environ 2000 enfants issus des communautés autochtones et Bushinengués (ou noires-marronnes, peuple descendant des esclaves africains échappés des plantations du Suriname hollandais ayant trouvé refuge dans la forêt) ont été contraints d’oublier leur culture et d’adopter mœurs, pensée, langue française et religion catholique, loin des familles desquelles ils ont parfois été arrachés dès l’âge de 2 ou 3 ans. Le dernier home a fermé en 2023, toujours tenu par des religieuses à cette date.

L’Église, collaboratrice colonial de l’État

En Guyane (et encore à ce jour,) la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État n’est pas appliquée. Cela permet aux autorités françaises, en 1949, de légaliser, légitimer et financer les actions du clergé vis-à-vis des autochtones et des Bushinengués, dans le cadre d’une politique indigéniste menée par le « service des populations primitives » (nom révélateur du regard porté sur les peuples présents) et fondé par le premier préfet du territoire arrivé en 1946, Robert Vignon, qui doit assurer la gestion de ce nouveau département dont le sous-développement est également imputé à son sous-peuplement.

Or, depuis les années 1930, des prêtres et des religieuses ont déjà pris sous leur garde un certain nombre d’enfants Kali’na (la communauté locale), sur le littoral, dans le bourg de Mana. Le nouveau préfet ayant eu vent de ces accommodations, ils deviennent le relais entre les autorités de l’État et les peuples autochtones et Bushinengués. À partir de 1949, le clergé catholique est rémunéré par l’État pour lui permettre d’entretenir les enfants au sein de leurs structures religieuses.

« POUR POUVOIR ADMINISTRER CES POPULATIONS SANS ÉTAT-CIVIL, SEMI-NOMADES, NE RECONNAISSANT PAS LES FRONTIÈRES INTERNATIONALES, IL S’AGIT TOUT D’ABORD DE LES IDENTIFIER, DE LES CONTRÔLER, ET SI POSSIBLE DE LES FIXER SUR LE TERRITOIRE GUYANAIS ». Hélène Ferrarini, journaliste reporter

Et pour cause, il s’agit de réaliser « l’intégration économique »  des peuples autochtones et  Bushinengués, les franciser et en faire des travailleurs bon marché. Nombre d’anciens pensionnaires des homes ont par la suite travaillé dans la construction du centre spatial de Kourou, l’exploitation forestière ou la pêche.

Encouragés par la légitimation de leurs actions par l’État, le système de home se diffuse sous couvert d’éducation, et le nombre d’enfants y augmente. Au total, huit pensionnats seront ouverts en Guyane, pour accueillir environ 2000 enfants au cours de plusieurs décennies.

Localisation des homes indiens. À Mana et à Maripasoula, 2 homes sont ouverts, un féminin, un masculin.

L’aval de l’État le permet également, la pression augmente autour du placement des enfants dans les pensionnats. Alors qu’avant la validation des systèmes de homes, les religieux allaient seuls recruter les enfants dans les villages par la persuasion, la figure du gendarme prend une place importante, menaçante, pour achever de convaincre les familles qui ne voulaient pas leurs laisser leurs enfants. L’entrée au home devient, de fait, obligatoire.

« ILS FAISAIENT PEUR À NOS PARENTS. LES GENDARMES ALLAIENT D’ABORD VOIR LES CHEFS (…) LES GENDARMES NOUS DISAIENT : ‘‘SI VOUS VOULEZ QUE VOS PARENTS AILLENT EN PRISON…’’ CELA FAISAIT PEUR. » Maurice Tiouka, ancien pensionnaire de « home », propos recueillis par Hélène Ferrarini, journaliste

Dans les homes, la violence

Les enfants recrutés, parfois dès l’âge de 2 ou 3 ans, le plus souvent à 6 ans sont pris à leurs familles et franchissent le seuil d’une porte occidentale qui modifie leur rapport au monde, où les interdictions et les obligations pleuvent, où un emploi du temps très strict régit leur vie, modifiant drastiquement leur existence.

Entre autres interdictions, celle de garder le vêtement traditionnel, ou le « roucou » duquel ils s’enduisent pour se protéger du soleil et des moustiques. Celle, simplement, de sortir du home – une véritable logique carcérale. Celle de parler sa langue natale. L’impossibilité, enfin, d’exprimer ce qu’ils sont, c’est-à-dire des enfants de la Guyane.

« UNE LANGUE, CE N’EST PAS JUSTE DES MOTS, UNE GRAMMAIRE. C’EST UNE PENSÉE, ET CETTE PENSÉE A ÉTÉ IMPACTÉE. » Alexis Tiouka, militant Kali’na, propos recueillis par Hélène Ferrarini

Manger (tout ce qui est donné). Dormir (à une heure précise). Parler (français. Se taire, aussi). Tous les comportements sont réglés, et, si nécessaire, corrigés. La discipline est inculquée, par l’autorité et parfois, la violence (les punitions sont monnaie courante), les chaussures et les chemises adoptées, le cheveux coupés, la langue française imposée. La vie est rangée, quadrillée, au quotidien, au mois, à l’année. Le rapport au corps, au temps et au monde de ces enfants est altéré dans une déperdition sans retour de leur culture.

Home de sinnamary abandonné. Claire d’Abzac.

En classe, leur est enseignée l’histoire de la France hexagonale, le français, le calcul mais aussi le catéchisme. La prière a une place centrale dans la vie des enfants, se fait plusieurs fois par jour, et la messe dominicale est obligatoire. Des enfants qui prient dans une langue qu’ils comprennent d’abord à peine, et assistent à un culte qu’ils sont priés d’intégrer et de considérer comme le seul valide. L’évangélisation passe par là, l’effacement culturel aussi. Pas de place pour l’enseignement de l’histoire ou de la géographie de la Guyane, pas d’importance laissée aux croyances ancestrales, pas d’intérêt pour la singularité des enfants des peuples de Guyane, qui doivent être francisés et christianisés.

Eglise d’Iracoubo – Les enfants devaient assister au culte tous les dimanches. Wikimedia.

Car c’est également l’histoire d’une violence et d’une dépréciation culturelle, mené par des religieux convaincus sur le temps long, qui muselle et immobilise des enfants habitués au rythme de la vie communautaire de leur village, l’apprentissage de la chasse, de la pêche, la construction , la parfaite connaissance de leur environnement. Dans un milieu cloisonné où l’on veut répliquer la France hexagonale, l’occidental remplace l’intégralité du champ de vision de l’enfant, pour qui le peu de temps passé en famille ne suffit plus à combler les lacunes culturelles accumulées.

«  CERTAINS DE NOS RENDEZ-VOUS ONT DONNÉ LIEU À DES EXPLICATIONS FAMILIALES. LORSQUE MADAME SIMONE NOUS A EXPLIQUÉ, DEVANT SES DEUX ENFANTS (…) QU’ENTRÉE AU HOME DE SAINT-LAURENT À L’AGE DE DEUX ANS, IL LUI AVAIT ÉTÉ IMPOSSIBLE D’APPRENDRE LE KALI’NA COMME LANGUE MATERNELLE, SES DEUX ENFANTS ONT COMPRIS POURQUOI ELLE N’AVAIT PAS PU LA LEUR TRANSMETTRE. » Extrait du mémoire de Françoise Armanville sur les homes de Guyane, 2012

Et les conséquences de cette acculturation sont profondes, lourdes, durables. Des familles ont été fragilisées, des tensions se sont développées entre ceux qui maîtrisent la langue et ceux qui ont des lacunes, hontes, traumatismes d’enfance,… un puissant malaise est palpable dans des communautés où les suicides se font nombreux depuis plusieurs décennies. Bien que le passage dans les homes soit loin d’en être la seule cause, il n’est pas à exclure que, pour certains, il ait pu y participer.

Combat pour la vérité

Une commission de vérité et réconciliation, voilà l’outil que prône le professeur en droit public et président de l’IFJD (Institut Francophone pour la Justice et la Démocratie), Jean-Pierre Massias. Le 1er février 2024, la demande d’ouverture de ce type de commission a été déposée à l’Assemblée Nationale.

Ce processus s’appuie sur la notion de justice transitionnelle dont les principes reposent sur la pensée de Louis Joinet selon laquelle les peuples opprimés ont droit à la vérité, à la justice, à la réparation et à la garantie de non-répétition. Toutes les parties se rassemblent dans une approche dialogique, avec une représentation la plus complète et une liberté de langue et de méthode.

Cette commission de vérité permettrait donc, entre autres, une approche autochtone des évènements.

« CE N’EST PAS AVEC LA LOI DES OCCIDENTAUX QU’ON DOIT POUVOIR EXCLUSIVEMENT TRAITER  LES VIOLENCES FAITES AU AMERINDIENS ». Jean-Pierre Massias, professeur de droit public et président de l’IFJD

Un espace de parole libérée, qui pourrait laisser place à d’autres espaces de parole, une diffusion de l’histoire, voilà ce qu’appelle Jean-Pierre Massias de ses vœux. Enquêter, pour restituer la mémoire et la justice d’évènements enfouis (par exemple, deux personnes témoignent d’agressions sexuelles), amorcer des processus de « réparation », et, in fine, proposer des réformes pour garantir la non-répétition, voilà certaines actions qui seraient menées par la commission de vérité et réconciliation.

Et les exemples pleuvent. En Afrique du Sud, la commission a duré 2 ans et 20 000 témoignages ont été entendus. Au Canada, elle a duré 7 ans et a recueilli 6500 témoignages. Au Togo, en Norvège, en République Démocratique du Congo,… « Aucune commission vérité ne se ressemble », selon Jean-Pierre Massias.

Selon Jean-Pierre Massias, les exemples permettent de « puiser » dans d’autres retour d’expériences, dans la mesure où la justice transitionnelle proposée n’est pas « une solution toute faite », mais une « boîte à outils », qui permettra de proposer des choses avec l’avancement du processus. Le but est donc bien de mener une procédure adaptée à la Guyane, aux enjeux et aux torts causés, non de calquer sur des évènements propres à d’autres pays, d’autres communautés autochtones, d’autres évènements, d’autres vécus.

« ON NE DEMANDE PAS QU’UNE RECONNAISSANCE, ON DEMANDE UN PARDON DE L’ÉTAT FRANÇAIS ET QU’IL NOUS DONNE LES MOYENS DE NOUS RECONSTRUIRE. » Guillaume Kouyouri, ancien pensionnaire d’un home, militant

Aujourd’hui, la commission guyanaise n’en est qu’au stade d’un projet qui a déjà essuyé des revers. Alors que le Grand Conseil Coutumier des populations autochtones et Bushinengués (institution créée après le mouvement social de 2017, qui avait abouti à la loi pour l’Égalité réelle en Outre-mer) avait mandaté l’IFJD pour enquêter sur les violences subies dans les homes, le partenariat s’est arrêté là, et l’organisme n’a pas souhaité accompagné l’association plus loin dans ses démarches. Le Grand Conseil Coutumier est pourtant présidé par Bruno Apouyou, lui-même ancien pensionnaire d’un home indien. Pour Hélène Ferrarini, qui commente pour JusticeInfo, le blocage vient de la préfecture. Pour Guillaume Kouyouri, le problème concerne la structure même de l’organisme mis en place en 2017.


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Pourtant, le processus semble de plus en plus indispensable après la publication de l’enquête d’Hélène Ferrarini et du rapport de l’IFJD, pour faire la lumière sur un passé colonial duquel il serait temps de s’éloigner.

L’histoire des homes indiens est un pan de l’histoire de la colonisation. Celle de missionnaires convaincus de leur devoirs de conversion, et celle d’un État pour lequel la départementalisation pouvait venir sans ses pendants nécessaires – à savoir la séparation de l’Église et de l’État – tant qu’il s’agissait de servir ses intérêts économiques et politiques. Celle, enfin, d’institutions qui ont collaboré dans la certitude d’une supériorité confortable et civilisatrice. Pour Jean-Victor Castor, député de la 1ère circonscription de la Guyane, la colonisation peut présenter plusieurs visages.

«QUAND ON REPREND TOUT L’HISTORIQUE DE LA COLONISATION, ON RETROUVE LES MÊMES MÉTHODES. LES GENS SE BATTENT CONTRE LES OUTILS DE LA COLONISATION, QUI RESSURGISSENT D’UNE AUTRE FACON (…) DANS CERTAINES ÉCOLES, ON N’APPREND TOUJOURS PAS L’HISTOIRE DE LA GUYANE, (…) OU DE MANIÈRE ENCORE TROP MARGINALE. TOUT EST ENCORE FAIT POUR QUE CE SOIT LA PRÉSENCE, LA CULTURE, LA LANGUE FRANÇAISE QUI PREDOMINE. ON NE PEUT PAS SÉPARER ÇA DE CE QUI S’EST PASSÉ AVEC LES HOMES ». Jean-Victor Castor, député de la 1ère circonscription de Guyane, propos recueillis par le média Anticapitaliste

Car les homes ont conditionné les enfants à parler, penser et travailler français. Citoyens français d’un jour à l’autre par la volonté d’un lointain inconnu, les Kali’na, les Teko, les Wayampi, les Wayana, les Palikur, les Lokono, les Boni sont toujours en opposition avec l’État français censé les représenter, entre autres pour récupérer ce qui leur a été soustrait.

Bien qu’ils ne considèrent pas la terre habitée comme « propriété », la lutte pour la rétrocession de terres spoliées est en cours depuis les années 1980, et remet dans l’actualité la question de la colonisation de la Guyane. Ce combat est mené, jusqu’ici, avec les outils conférés par les homes, par exemple la langue française dont l’apprentissage, à défaut d’avoir été voulu, malgré les blessures qu’il a causé,  permet au moins, comme disait le père d’Alexis Tiouka, de « parler la langue de l’adversaire pour s’en faire comprendre »

Pour aider la Commission Vérité, voici une pétition en ligne. 

– Claire d’Abzac


Photo de couverture : Le « kalimbé » doit être jeté et remplacé par un short, chemise et sandales pour les garçons, par des robes pour les filles (photo prise en 1979 d’un jeune Wayana au village d’Antecume-Pata). Wikimedia.

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