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Blog collectif publié en collaboration avec La Recherche et la Société Informatique de France

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25.09.2026 à 06:49

H: Hashtag … #balance ton dièse !

Thierry VIEVILLE

La francisation des termes du numérique, ça peut mener à quelques … absurdités, osons le dire pour le mot-dièse. Analyse et explications de Yves Bertrand qui continue ici un alphabestiaire du numérique, pour nous aider à naviguer entre ces nouveaux mots, avec la complicité graphique de Frédéric Havet.  Serge Abiteboul et Thierry Viéville. Voir tous les mots […]

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Texte intégral (1361 mots)

La francisation des termes du numérique, ça peut mener à quelques … absurdités, osons le dire pour le mot-dièse. Analyse et explications de Yves Bertrand qui continue ici un alphabestiaire du numérique, pour nous aider à naviguer entre ces nouveaux mots, avec la complicité graphique de Frédéric Havet.  Serge Abiteboul et Thierry Viéville.

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Hashtag ou mot-dièse ?

En 2013, la feue Commission générale de terminologie et de néologie sévit encore contre l’informatique, le numérique et la musique : elle avait traduit le symbole # par dièse et hashtag par mot-dièse. Comme ses autres préconisations en matière de numérique, celle-ci passa directement de la table d’inventions aux oubliettes, non sans avoir été copieusement raillée, au point qu’un moqueur #motdiese se tailla un franc succès. Mais ladite préconisation caractérise en outre l’impéritie de ses auteurs, puisqu’elle repose sur deux erreurs manifestes.

Le caractère # (hash) se traduit par un croisillon : une petite échelle aux barreaux horizontaux qui a un code bien à elle dans la nomenclature internationale Unicode. Le caractère ♯ (dièse) s’en distingue, avec un autre code et des barreaux nettement obliques. Son rôle multiséculaire en musique consiste à indiquer l’altération d’un demi-ton à la hausse. Il a été utilisé par l’inventeur du langage C♯ pour indiquer qu’il constituait un progrès par rapport au langage C. Et si C♯ se prononce « C sharp », c’est simplement parce que « sharp » signifie ici « dièse ». Voilà pour la première bévue.

La seconde consista à commettre une traduction mot à mot au lieu de traduire globalement la locution. Traduire « # » par « mot-dièse » est un peu comme traduire « it’s raining cats and dogs » par « il pleut des chats et des chiens » au lieu de « il pleut des cordes ». Qu’une « commission générale de terminologie et de néologie », depuis rebaptisée « commission d’enrichissement de la langue française », engendre une traduction mot-à-mot doublée d’un contresens laisse pantois.

Depuis ces forfaitures linguistiques, les hashtags ont pris une importance nouvelle en 2017, avec un #balancetonporc français qui a précédé de deux jours un #metoo au retentissement mondial. Et comme l’on n’arrête pas le progrès, les hashtags dialoguent désormais entre eux. Un inapproprié #notallmen tente de lui répondre que non, tous les hommes ne sont pas ainsi (en référence à #yesallwomen). Un #ouinouin apparaît alors pour fustiger les hommes qui se plaignent ainsi de leur sort.

Les hashtags jouent un rôle clé dans la visibilité des messages qui les utilisent sur les réseaux sociaux. Leur valeur est telle que certains font l’objet d’un dépôt, comme l’on dépose une marque. Le terme hashtag est si connu et si court que toute tentative de le franciser est vouée à l’échec. Et simplement mot-clé ? Trop général pour désigner en réalité un mot-clé précédé du caractère #, le tout étant cliquable. Donc exit le dièse, exit aussi tout terme français, comme le québécois mot-clic : hashtag occupe tout l’espace sémantique, y compris dans les dictionnaires français, qui le reconnaissent depuis à peu près à la même époque à laquelle mot-dièse tenta de poindre, sans qu’ils reconnaissent ce dernier !

Certains slogans mondialement connus deviennent des hashtags comme #makeamericagreatagain (ou #maga), qui a leur tour renforcent la notoriété des slogans dont ils sont issus. Ils s’exposent alors à des réponses ou des détournements, comme ce fut le cas avec un « Make Russia Small Again » du président ukrainien qui l’arbora sur son tee-shirt. Les hashtags deviennent des armes communicantes. Des armes de libération, comme #metoo ou #blacklivesmatter, ou des armes de menaces glaçantes, comme #UnBonJuif ou #LaRafle. Apprenons ensemble à promouvoir les premiers et combattre les seconds. Et libérons les hashtags de leur traduction française en promouvant un #balancetondiese !

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18.09.2026 à 07:05

Piratage de Bercy (DGFIP): Pourquoi un agent double du ministère de l’Education Nationale et du Ministère de l’Economie et des Finances n’a pas été détecté

Charles CUVELLIEZ

Pendant la période de vacances du blog, nos amis Gaël Hachez et Charles Cuvelliez ont publié dans Theconversation.fr un article qui faisait le point sur l’attaque de la direction des finances (DGFIP) qui s’est soldée par la fuite de centaines de milliers de données ultra-sensibles de contribuables. Leur conjectures sur ce qui s’est passé s’est […]

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Texte intégral (11434 mots)

Pendant la période de vacances du blog, nos amis Gaël Hachez et Charles Cuvelliez ont publié dans Theconversation.fr un article qui faisait le point sur l’attaque de la direction des finances (DGFIP) qui s’est soldée par la fuite de centaines de milliers de données ultra-sensibles de contribuables. Leur conjectures sur ce qui s’est passé s’est avérée exacte grâce à une note du président et du rapporteur de la commission des finances du sénat auprès de ses membres. Elle donne les grandes lignes du déroulé de l’attaque (ce qu’on appelle la cyberkill chain). Plusieurs médias l’ont cité et en ont publié de larges extraits. Nous avons demandé à Gaël et Charles de nous expliquer en quoi ils avaient vu juste. Serge Abiteboul et Thierry Viéville.

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Même si l’analyse de l’ANSSI est encore en cours, une note circule au sein de de la commission finance du Sénat sur le modus operandi de l’attaque contre la DGFIP depuis le 4 septembre. Cette note, qu’on ne connait que par les médias (voir par exemple le Monde) qui y ont eu accès et qui, heureusement, en citent de larges extraits, confirme, hélas, qu’il ne fallait pas être grand clerc pour voler les GB de données fiscales entre autres de centaines de milliers de citoyens.

C’est ce que nous écrivions déja dans The Conversation.

Son intérêt est de décrire ce qu’on appelle la cyberkill chain, à savoir toutes les étapes pour matérialiser l’exfiltration des données fiscales et apparentées

Le Réseau Interministériel de l’État 

Il y a d’abord eu l’utilisation d’identifiants d’un agent de l’Éducation Nationale, dérobés par un des fléaux cyber actuels : les infostealers, des logiciels malveillants qui s’installent sur les machines et qui arrivent à capter les mots de passe, cookies de session des différents logiciels installés, souvent les navigateurs, qu’ils reconnaissant une fois installés. Avec cet accès de l’Éducation Nationale, voici les hackers au sein du Réseau Interministériel de l’État (RIE) qui relie les réseaux informatiques des différentes administrations de l’État.

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En son sein, en toute confiance donc, les hackers sans doute identifiés comme un agent de l’Éducation Nationale ont utilisé un autre identifiant volé d’agents de la DGFIP pour accéder à l’application « e-contact » qui ne possédait pas de double authentification, autre étrangeté. Cette application interne, e-contact, sert à centraliser les échanges et les dossiers entre les agents du fisc et les usagers. L’application e-contact permet aux agents et aux citoyens d’interagir sur leurs dossiers fiscaux et on comprend qu’un tel accès, du côté agent, pointe vers des données très sensibles…. étonnamment sans accès multi-facteur (parce qu’accessible pour les agents dûment authentifiés au sein du réseau interministériel ?). Dans un réseau zéro-confiance, être ainsi agent double de l’Éducation et de la DGFIP aurait été détecté et cette demande d’accès rejetée.

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La DGFIP a encore eu de la chance, si on peut dire, puisqu’elle a désactivé les accès compromis grâce à un signalement extérieur (sans doute l’ANSSI qui comme agence de sécurité de l’État peut traquer ce type d’information et la communiquer). Il avait probablement lui aussi identifié l’activité de cet infostealer et le ciblage de d’accès à la DGFIP._____

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Détecter une intrusion, ce n’est pas détecter une exfiltration

L’accès par les hackers a bien été détecté par la DGFIP en analysant le journal des accès mais rien ne fut détecté quant à l’exfiltration données. C’est une autre faiblesse typique : détecter des accès illégitimes, ce n’est pas la même chose que détecter des fuites de données de l’intérieur du réseau… où on se dit que tous ceux qui y sont actifs sont légitimes. Une approche zéro-confiance, correctement conçue et opérée, aurait pu stopper l’exfiltration par une vérification contextuelle et une détection comportementale.

Au final, la note met donc en évidence une trop grande liberté de circulation des données (et des utilisateurs) entre administrations pour ne pas gêner l’utilisateur par des demandes de réauthentifications trop fréquentes.

Elle rappelle la vigueur des veilles recettes (segmenter les réseaux et ne pas en faire une auberge espagnole) et l’importance des nouvelles recettes (avec un réseau zero-confiance, un agent double Éducation Nationale – DGFIP aurait été démasqué). Un oubli d’une authentification multi-facteur a suffi et la présence d’infostealers a fait le reste, ce qui rappelle l’importance de nettoyer les machines qu’on utilise et de réserver une machine à un usage strictement professionnel.

 

Charles Cuvelliez, École Polytechnique de Bruxelles (Université de Bruxelles – ULB), Gaël Hachez,  Haute École Libre de Bruxelles

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11.09.2026 à 07:29

G: comme Gogol ou l’île de la tétration

Thierry VIEVILLE

La francisation des termes du numérique, ça peut mener à quelques … éléments surréalistes, comme ces nombres … gogola ! Analyse et explications de Yves Bertrand qui continue ici un alphabestiaire du numérique, pour nous aider à naviguer entre ces nouveaux mots, avec la complicité graphique de Frédéric Havet. Serge Abiteboul et Thierry Viéville. Voir tous les mots […]

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Texte intégral (2989 mots)

La francisation des termes du numérique, ça peut mener à quelques … éléments surréalistes, comme ces nombres … gogola ! Analyse et explications de Yves Bertrand qui continue ici un alphabestiaire du numérique, pour nous aider à naviguer entre ces nouveaux mots, avec la complicité graphique de Frédéric Havet. Serge Abiteboul et Thierry Viéville.

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Grands nombres et nombres gogols

« Google »… l’origine du nom de cette entreprise est « googol ». Quid de l’étymologie de ce mot ? La légende voudrait qu’un enfant de neuf ans à qui son oncle mathématicien a demandé d’imaginer un nombre « très grand » aurait répondu « 1 suivi de plein de 0 », ou « 1 suivi de 100 zéros » (10100). Ce nombre a été appelé « googol » en anglais et « gogol » en français[1]. Ce nombre n’a aucun sens mathématique. Et – cela tombe bien – en français, « gogol » signifie « débile », « idiot » ou « stupide », d’après les dictionnaires ; son féminin « gogole » est un anagramme exact de « Google ». 

Le nommage de ce nombre sans sens ne repose sur aucune autre volonté que celle d’aligner un grand nombre de symboles. Les deux jeunes fondateurs de Google s’en sont emparés pour nommer leur entreprise. Puis d’un deuxième : « googolplex », soit 10google, sans sens lui non plus, pour nommer le siège social mondial de l’entreprise Google (et de sa maison mère, Alphabet) : le « Googleplex »[2].

Ces nombres sont en quelque sorte des nombres « cons », au sens de la définition que propose « Petit binaire »[3] pour les humains ainsi qualifiés : un « con » serait une personne qui, manipulant des symboles (des mots), donne l’illusion de les comprendre, d’y associer un sens, mais rarement longtemps. Plus la durée de l’illusion est courte, plus le « con » serait « con » ! Il n’associe ni de sémantique ni d’implicite social aux mots qu’il prononce ou entend. Ainsi en est-il de « google » et « googleplex » : des suites de symboles qui ne portent pas de sens.

Heureusement, l’informatique n’engendre pas que des nombres gogols – oui, avec « s », parce que « gogol » est à la fois un nom commun et un adjectif. Elle engendre une myriade de grands nombres, à mesure que la miniaturisation des composants électroniques progresse : des nombres physiques, des nombres logiques et les gogol-nombres… ou nombres « cons » au sens petitbinairien du terme. Cette taxinomie arbitraire exige une explication, que voici.

Considérons les QR-codes. Les plus petits comptent 252 = 625 pixels, et les plus grands, 1772 = 31329 pixels. Ce sont des nombres « physiques » puisqu’ils mesurent la taille d’une image (ici celle des QR-codes). Mais ces nombres ne sont pas « grands », alors que le nombre d’octets d’un support de stockage, qui peut valoir plusieurs trillions d’octets (1018), l’est. Les volumes de données sur Internet nécessitent le recours à des nombres plus grands encore : 1021, voire 1024 octets. Ce sont toujours des nombres physiques[4].

Et les nombres « logiques » ? C’est, par exemple, le nombre de petits QR-codes différents. Chacun de leurs 625 pixels peut être noir ou blanc. Il existe donc 2625 (environ 10188) petits QR-codes différents. Monstrueux, comme nombre[5], au point d’être incommensurablement plus grand que le nombre de particules de l’univers ! Si l’on remplaçait chaque particule de l’univers par… autant de particules qu’en contient l’univers, le nombre obtenu (10160) demeure tout petit par rapport au nombre de petits QR-codes. Les nombres logiques comptent des « possibles » et non pas des objets matériels, mais ils ont un sens.

Les gogol-nombres, quant à eux, ne racontent, ne mesurent ni ne signifient rien.

Pourtant, les mathématiques et l’informatique ont produit tant de grands nombres, plus grands encore que ces nombres « cons », plus grands même que « gogolplexplex » qui vaut 10gogolplex, mais qui tentent de conserver un sens, bien qu’ils en perdent à mesure qu’ils grandissent.

Pour les décrire, plusieurs notations ont été inventées, comme celle proposée par D. Knuth, dite des « puissances itérées »[6]. Reprenons à la base. Le petit enfant apprend à compter en faisant « +1, +1, +1… » sur ses doigts. C’est le niveau « 0 » de l’arithmétique. Puis rapidement, à l’école primaire, il apprend à additionner directement 4 et 7, 12 et 39, etc. C’est le niveau 1. Mais l’addition, ça peut vite être répétitif ! Qu’à cela ne tienne : voici venu le temps de la multiplication, vue comme une suite d’additions : niveau 2. Et au lycée, les puissances apparaissent, parce que « a x a x a… x a » (b fois) s’écrit plus simplement ab (a puissance b, ou a^b). Nous voici au niveau 3. Qu’amorcent les gogol-nombres ? Des puissances de puissances de… de puissances. Une sorte de niveau 4 ! a^a^a…^a (b fois) est noté ba, ou, par D. Knuth : a↑↑b. Ce niveau 4 est nommé la « tétration ». Et le niveau 5, la « pentation » : a ↑↑↑b, soit une succession de tétrations. Pas en reste, l’hexation – a ↑↑↑↑b – est une succession de pentations[7]. Le tétra-nombre 10↑↑10 est déjà un nombre bien plus grand que notre pâle gogolplex ! Au niveau 4, il existe une esquisse de mathématiques correspondante, donnant un sens à certaines opérations et aux nombres qu’elles calculent.

Mais la mathématique associée à la pentation est embryonnaire et celle associée à l’hexation est inexistante. Parce que plus on monte dans les « niveaux » calculatoires, et donc dans les outils syntaxiques à même d’engendrer de grands nombres, moins on sait en exhiber une sémantique, un intérêt réel applicable à notre monde physique. Si les mathématiques de niveau 0 à 3 représentent des continents de connaissances, le niveau 4 – la tétration – n’est qu’une île, le niveau 5 – la pentation – n’est qu’un rocher, et le niveau 6, une chimère ! Même construits intelligemment, les trop grands nombres deviennent des gogol-nombres…

Un problème inédit survient avec le XXIe siècle : les nombres physiques, a priori gorgés de sens puisqu’ils caractérisent une réalité du monde, deviennent si grands avec l’informatique qu’ils deviennent aussi peu dignes d’intérêt réel que les gogol-nombres. Ainsi en va-t-il du nombre de pages Internet qui se comptent en trillions – des nombres à 13 chiffres, bientôt 14. Jusqu’au début des années 2020, ces nombres correspondaient à des données réelles, au sens de « créées par des êtres humains ». Depuis peu, les données sont à la fois l’entrée des systèmes d’IA et celles qu’ils produisent, en nombres aussi grands que dépourvus de sens. Par exemple, en 2025, plusieurs dizaines de milliers de morceaux musicaux générés par ordinateur envahissent chaque jour la plateforme Deezer. Il y a plus de vidéos sur Youtube que d’êtres humains sur Terre, et un tiers d’entre elles sont générées par IA en 2025. Il y a environ deux fois plus de téléphones portables dans le monde que d’êtres humains. Avant la fin du XXIe siècle, le nombre de propriétaires décédés ayant des pages Facebook sera supérieur au nombre de propriétaires vivants. Ces nombres sont tous des nombres physiques, qui mesurent des entités réelles. Mais leur gigantisme fait que les phénomènes sociétaux sous-jacents perdent eux-mêmes tout sens.

L’informatique n’a pas le monopole des « gogol-nombres ». Donald Trump en invente aussi, et parfois des petits. Comme le nombre de guerres qu’il aurait arrêtées en un an. Faut-il lui soustraire le nombre de guerres qu’il a engendrées ? Allez savoir… et quel sens ces nombres ont-ils ? Aucun. Pas plus que les annonces de 500 milliards de dollars à investir dans l’IA par les USA.

L’Europe sait aussi produire des gogol-nombres. Par exemple : 8 x 1011. C’est le nombre d’euros que les Européens prétendaient pouvoir investir dans un effort supplémentaire d’armement. D’où provient ce nombre à 12 chiffres ? De la différence entre le taux moyen réel d’investissement des pays membres de l’UE (1,9%) et un taux cible de 3%… à l’horizon 2030. +800 G€[8] en 5 ans. Avec un investissement en 2025 de 381 G€. Et les USA, annuellement ? Plus de 900 G€. Avec un objectif pour 2027 de 1500 G€. Les 800 G€ de l’UE sont donc un nombre doublement gogol : d’une part, il ne correspond aucunement à un investissement réel. Il n’est rien d’autre qu’un calcul sur un coin de tableur du Conseil de l’Europe. D’autre part, il est ridiculement faible par rapport à l’effort des USA. Mais sur le seul sol français on trouve plus grand et plus gogol, comme nombre : 3300 G€. C’est la dette du pays en 2025. Il manque « juste » un autre nombre pour donner un sens à cette dette : les avoirs financiers que détiennent les Français : plus de 6600 G€. Soit le double de la dette. Ce second chiffre relativise le premier, non ? Tout seul, le premier est un nombre gogol. Sans grand sens. Avec son alter ego de l’épargne nationale, il retrouve un sens. Et avec le patrimoine total, d’environ 20 000 G€, la perspective change encore !

On a donc identifié plusieurs types de gogol-nombres. Des nombres sans sens a priori ; des nombres physiques mais caractérisant une dérive « non-sens » du monde numérique actuel ; ou encore des nombres décontextualisés, qu’affectionne le monde socio-économique.

Pour conclure : « Mort aux (nombres) cons ! » Et en particulier lorsqu’ils sont vides de sens, même bardés de mathématiques et exemplifiés par l’informatique, lorsqu’ils induisent en erreur sur des sujets graves comme celui du réarmement, lorsque leur caractère « con » est renforcé par un nom « con », en un mot comme en cent, lorsqu’étymologie et sémantique ont quitté le navire de la réflexion, de la mise en contexte. Il serait dommageable que dans l’armée des gogol-nombres déferlant sur le XXIe siècle, l’informatique continue à tenir le rôle de généralissime… parce que, ne l’oublions jamais, les nombres[9] (en particulier en informatique), c’est comme les cochons, plus ça devient gros, plus ça devient con !


[1] Peut-être en référence à une bande dessinée du début du XXe siècle « Barney Google ».

[2] L’appropriation de ces nombres par les fondateurs de Google dénote de leur volonté, à la fin du XXe siècle, de placer, algorithmiquement parlant, leur entreprise en interface entre l’humanité à la recherche d’informations et l’océan d’informations que le XXIe siècle ne tarderait pas à produire.

[3] Que se passe-t-il dans le cerveau des cons ? », Petit binaire.

[4] Idem en astronomie pour le nombre de kilomètres de l’univers, qui serait de l’ordre de 8,8 x 1026. Et le nombre de particules dans l’univers est de l’ordre de 1080.

[5] Mais ridicule par rapport au nombre de grands QR-codes : 231329 (environ109431).

[6] Mathematics and Computer Science: Coping with Finiteness, Science, vol. 194, no 4271,‎ 1976.

[7] Des notations plus compactes existent (↑n) pour éviter la répétition des flèches verticales.

[8] Milliards d’euros.

[9] « Les bourgeois, c’est comme les cochons, plus ça devient vieux, plus ça devient con ». Jacques Brel, Les bourgeois.

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01.09.2026 à 18:46

Lê Nguyên Hoang, aux commandes

Serge ABITEBOUL

Lê Nguyên Hoang est un jeune polytechnicien, qui a fait une thèse en maths applis à Montréal. Je l’ai rencontré quand il était médiateur scientifique en informatique à l’EPFL dans les projets Wandida de mini-MOOCS. Il expliquait super bien des concepts parfois théoriques compliqués. Ça se remarque. Maintenant il est PDG d’une entreprise de cybersécurité, […]

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Texte intégral (503 mots)
Conférence « Les mathématiques pour changer le Monde », Le Nguyen Hoang EPFL, science4all, 2018. Photo de Jérémy Barande

Lê Nguyên Hoang est un jeune polytechnicien, qui a fait une thèse en maths applis à Montréal. Je l’ai rencontré quand il était médiateur scientifique en informatique à l’EPFL dans les projets Wandida de mini-MOOCS. Il expliquait super bien des concepts parfois théoriques compliqués. Ça se remarque.

Maintenant il est PDG d’une entreprise de cybersécurité, Calicarpa. Il fait de la recherche et tout ça sans interrompre son travail de vulgarisation notamment en informatique, sur les intelligences artificielles. Il a en particulier une chaine YouTube, Science4All, avec des centaines de milliers d’abonnés. Respect !

Tout ça pour dire que si Lê n’est pas un copain, je le trouve super sympa et j’étais a priori un public plutôt favorable de son dernier livre : Demain, l’IA aux commandes, en 2026, chez Dunod. Le sous-titre : « Doit-on confier nos clés à la nouvelle génération d’IA agentique ? » est un bon teaser.

La première partie est très intéressante : intelligences artificielles, comment ça marche. Si vous voulez une présentation claire du sujet, vous la trouvez.

Le seconde « les enjeux de cybersécurité des IA » commence par une présentation assez classique du pillage des contenus protégés par le droit d’auteur. Bon, les auteurs ont la loi pour eux. Ils n’ont qu’à se défendre. Je m’intéresse plutôt au pillage des communs qui sont bien moins défendus par les lois. Lê  ?

Ensuite, le livre parle du piratage et des problèmes de cybersécurité. C’est en plein le boulot de Lê ; il sait de quoi il parle, ce qui est rarement le cas dans les livres sur l’IA. On en profite.

Au final, je conseille vraiment la lecture de ce livre. Et si je peux me permettre une supplique à Lê : parle aussi des possibilités fantastiques de l’IA. En France, on ne manque pas d’auteurs qui parlent des problèmes.

Serge Abiteboul, Inria et ENS, Paris

 

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07.08.2026 à 06:24

Bonnes vacances !

Thierry VIEVILLE

Bonjour ! Vous êtes épuisés par tout ce qui précède. Un repos bien mérité vous attend peut-être. La joyeuse équipe de binaire vous souhaite une belle pause estivale ensoleillée, reposante et solidaire. Vous aurez enfin le temps de vous régaler des articles de binaire que vous n’avez pas eu le temps de lire pendant l’année. […]

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31.07.2026 à 06:52

Henri Lilen un journaliste français au parcours étonnant !

Pierre PARADINAS

Henri Lilen est un journaliste français au parcours étonnant. Il a accompagné toutes les révolutions du numérique de ces dernières décennies, et en a parfois été acteur. Il a écrit de nombreux ouvrages sur le numérique à l’usage d’un très large public. Né le 23 octobre 1929, il est disparu le 20 avril 2025, à […]

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