04.11.2024 à 20:00
lundimatin
Après quelques décennies de mensonges et de dissimulations, le scandale du Chlordécone est désormais connu. Pendant près de 30 ans aux Antilles, les sols ont été pollués, l’environnement contaminé et les corps intoxiqués afin de protéger et optimiser les profits générés par l’industrie bananière à destination de l’hexagone. Malcom Ferdinand, docteur en philosophie et chercheur au CNRS vient de publier S’aimer la terre, défaire l’habiter colonial (Seuil), une enquête majeure et magistrale qui condense 15 années de recherches, de rencontres et de réflexion.
Si ce livre est incontournable dans l’évolution de la pensée écologique et décoloniale, c’est d’abord par sa méthode : à partir de cette microscopique molécule, Ferdinand déplie et déploie toutes les dimensions de l’existence personnelle, collective, économique et politique qu’elle vient affecter ou révéler. Ainsi, s’ouvrent au lecteur les questions et enjeux les plus décisifs de notre temps : comment habitons-nous le monde ? Quelles forces et logiques s’activent à zombifier la terre ? Depuis quel rapport à la vie, à la science et à l’environnement pouvons nous envisager de démanteler les structures des maîtres qui nous asservissent ? (C10Cl10O)56 ou la formule chimique qui vient nous rappeler l’impossibilité d’une humanité-astronaute flottant au-dessus de son propre désastre autant que la nécessité de trouver les manières de vivre à travers et contre la corruption, même lorsque celle-ci s’est immiscée jusque dans nos cellules. Nous avons donc eu cette longue et foisonnante discussion avec Malcom Ferdinand.
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04.11.2024 à 18:00
lundimatin
Un président et sa cohorte de capitaines d’industrie, une délégation qui coûte chère, très chère, un humoriste médiocre et sa paire de jeans. Voilà à peu près tout ce qui a été retenu du voyage de Macron au Maroc. Mais derrière cette visite diplomatique éminemment stratégique, se cache le drame du peuple sahraoui, victime une fois encore du réalignement français sur les intérêts marocains. Au nom du développement économique et de l’investissement financier, c’est en réalité et sans surprise le triomphe de la prédation des entreprises du CAC40 sur un territoire pas encore assez exploité et géré à leur goût : le Sahara occidental. Pourtant, dans le désert et au sein des tribunaux internationaux, la subjectivité sahraouie persévère à faire entendre sa lutte et revendiquer ses droits, et ceci aussi bien grâce à sa diaspora solidaire dispersée de par le monde que grâce aux combattants du Front POLISARIO. 00:00 Introduction 01:02 Présentation de l’invité 01:29 Pourquoi l’anonymat? 02:03 Contexte historique et colonisation 08:11 Le soutien de l’Algérie et l’invasion marocaine 10:30 Le retrait militaire de la Mauritanie et l’intervention française 14:57 L’impossible référendum et l’impuissance de l’ONU 17:41 Le Mur de sable contre la guérilla, l’écologie et le nomadisme 26:09 Le nationalisme marocain au service de la monarchie 30:35 L’importance du droit international pour les militants sahraouis 35:39 La stratégie du long terme 38:59 Le grand remplacement démographique et l’exode 40:50 La voracité du secteur privé français 47:25 Les nouveaux intérêts français au Sahara 53:06 Les grandes entreprises, des acteurs coupables 55:53 Les positions ambigües d’une certaine gauche française 59:50 Qui est vraiment le Front POLISARIO?
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28.10.2024 à 20:00
lundimatin
Depuis le 24 février 2022, la Russie est en guerre contre l’Ukraine. Sur cette guerre, beaucoup a été écrit et dit : de l’indignation furieusement européenne de Glucksmann, jusqu’à la lecture géopolitique la plus froide de certains marxistes, ne concevant l’agression russe envers l’Ukraine qu’à travers le prisme, certainement juste mais insuffisant, d’un conflit impérialiste entre l’OTAN et la Russie. Dans toutes ces analyses, c’est comme si un acteur manquait pourtant cruellement : les Ukrainiens eux-mêmes, dont certains semblent avoir presque oublié qu’ils existent, et dont le quotidien est percuté par bientôt plus de trois années de guerre sans répit. Qu’a fait la guerre aux Ukrainiens, et plus particulièrement ici, aux Ukrainiennes ? Comment a-t-elle remis en cause les évidences acquises et remodelé les relations humaines ? Comment a-t-elle transformé les perceptions de soi, et provoqué des engagements subjectifs dévoués pour soutenir ceux qui sont au front ? C’est l’objet de l’enquête du livre Travailleuses de la résistance (Éditions du Croquant) de la militante et philosophe marxiste Daria Saburova, à travers un travail de terrain auprès de femmes des classes populaires de la région industrielle de Dnipro, dans la ville natale de Volodymir Zelensky : souvent russophones, et parfois opposées ou indifférentes au soulèvement de Maïdan. Le travail d’enquête auprès de ces femmes et de ce que Daria Saburova nomme leur « travail de résistance » offre un angle d’approche privilégié et unique pour comprendre de l’intérieur, et à hauteur de vue, ce qu’il en est aujourd’hui d’une partie de la société ukrainienne, de ses traumatismes et de ses combats quotidiens contre un adversaire à la fois proche et lointain.
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24.10.2024 à 20:00
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Enrique Dussel nous a quittés il y a bientôt un an, en novembre 2023. C’était un philosophe et théologien argentin, dont le nom reste peu connu en France malgré sa notoriété en Amérique Latine, et notamment au Mexique où il s’exila en 1975 après avoir été menacé de mort par l’extrême-droite argentine. L’absence de Dussel dans le paysage théorique français est un fait qui confirme une fois de plus la règle des abysses de l’ignorance et de la forclusion nationales en matière de décolonial. Emmanuel Levine a récemment traduit deux des œuvres de Dussel, ce qui rend possible de continuer de remédier à ce déni : Philosophie de la libération, PUF, 2023 et Métaphysique de l’altérité. Levinas et la libération latino-américaine, Hermann, 2024. Une spécificité de Dussel est d’avoir inlassablement affirmé et documenté l’existence d’une dimension métaphysique propre aux enjeux anticoloniaux, postcoloniaux, décoloniaux. On a eu l’occasion, en lisant et discutant Dussel, de se poser la question des différences entre ce que recoupent ces trois derniers termes, et donc de procéder à une esquisse de généalogie du décolonial latino-américain ; de s’interroger ainsi sur les orientations qu’il nous faut lui donner à présent. « Initier un discours philosophique qui parte de la périphérie, qui parte des opprimés. » – tel était le mot d’ordre, en 1977, de la Philosophie de la libération.
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21.10.2024 à 20:00
lundimatin
De l’eau a coulé sous les ponts depuis que Patrick Balkany installa en 1993 les premières caméras de vidéo-surveillance de Levallois-Perret pour lutter contre la délinquance. Elles sont désormais partout, dans les rues, les bibliothèques, les magasins et halls d’immeubles. Bien malgré nous, on nous enregistre, on nous surveille, on nous « protège ». Et petit à petit, nous nous sommes faits à cette immense ramification de dispositifs de contrôle qui décompose et recompose notre rapport au monde, à la police, à la ville, à la norme, aux autres. Si beaucoup a déjà été dit et écrit sur le sujet, deux livres important viennent de paraître et qui réactualisent la question : que se passe-t-il lorsque ces millions de lentilles qui parsèment la planète se retrouvent branchées sur des ordinateurs, connectées à l’intelligence artificielle ? Pour ce lundisoir, nous accueillons Félix Tréguer qui vient de publier Technopolice, la surveillance policière à l’ère de l’IA (Divergences), Thomas Jusquiame qui raconte dans Circulez, la ville sous surveillance (Marchially) comment il a infiltré une start-up de la surveillance intelligente et Noémie Levain qui co-anime la campagne contre la Technopolice de La Quadrature du Net.
On discutera de l’état de l’art du monde de la surveillance, évidemment, de comment le lobbying s’organise entre politiciens, entrepreneurs de la tech et forces de l’ordre ; mais aussi des concepts qui nous permettent de nous opposer à cette dystopie déjà bien avancée. L’affect sécuritaire et le désir paranoïaque de contrôle se renversent-ils depuis l’idée de l’État de droit et l’abstraction des libertés publiques et individuelles ?
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18.10.2024 à 16:00
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Depuis un an maintenant, la destruction méthodique et déchaînée de Gaza par l’armée israélienne maintient son effet de sidération. Qu’y aurait-il à dire ou penser de plus lorsque nous assistons impuissants au carnage, à l’écrasement d’un bout du monde ? Nous avons pourtant retrouvé un petit texte dans le limbes de lundimatin : manifeste kibboutz in Bavaria, rédigé en 2010 et publié en 2016 et qu’il nous a semblé, par-delà son caractère burlesque et fantasque, important de re-discuter. On a donc invité des camarades de Tsedek pour essayer de réfléchir au sionisme non à partir de sa seule réalité, mais à partir d’une contre-proposition sioniste en apparence « comique » et pourtant suffisamment sensée pour faire apparaître les contradictions des actuels soutiens inconditionnels à Israël. Cette proposition est la suivante : et si les Allemands, réellement affectés de culpabilité historique pour les crimes d’un certain IIIe Reich, se proposaient de nous confier, à nous juifs européens, un territoire sympathique en Bavière, pas loin de Bayreuth (plutôt que de Beyrouth), pour y installer nos kibboutzim socialistes et communalistes ? Que ferions nous ? Que faire des bavarois ? Sera-ce le judaïsme qui définira l’État de Bavière ? Ou l’État de Bavière qui définira le judaïsme ? Être juif, est-ce faire peuple, ethnie, religion ou, plus essentiellement, comme le pense Ammon Rav Krakotzkin, vivre et penser depuis une conscience de l’exil et donc, la conscience de la nécessité d’un droit supérieur à celui des peuples à disposer d’eux-mêmes, un droit plus fondamental encore que celui des nations : le droit à traverser le monde et les États, à migrer et émigrer, à s’exiler, apatride, et à errer dans le désert, d’une errance adverse ?
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