
20.04.2026 à 07:00
Au Poste
Vincent Brengarth, bien connu de nos services, avocat de la députée européenne Rima Hassan était avec nous dès 7h30 pour détailler les mesures de surveillance extra (ordinaires et judiciaires) déployées contre sa cliente. Il rappelle que Rima Hassan s'est toujours présentée spontanément aux convocations antérieures, ce qui rendait la procédure de flagrance injustifiée. Dès l'arrivée au commissariat du 10e arrondissement à Paris, les tensions montent: placement en cellule, inventaire retardé de deux heures, formulation litigieuse lors de la découverte de contenants de CBD. «Il y a une volonté d'humiliation. En tout cas, c'est comme ça que je le ressens.»
Ce qui frappe l'avocat, c'est la chronologie des fuites. À sa sortie du commissariat, avant même que l'audition de fond ait débuté, un article révèle déjà le placement en garde à vue, le service et la publication visée — informations que Rima Hassan elle-même n'avait pas encore reçues. «Je lis en fait quel va être l'objet de la convocation. Ce qui est totalement ahurissant.» Les enquêteurs auraient également fait une remarque sur l'emplacement du téléphone de sa cliente au moment même de la notification des droits, trahissant une géolocalisation en temps réel. En parallèle, des données couvrant janvier à mars 2026 avaient été réquisitionnées auprès de la SNCF, Thalys, Air France et l'Agence nationale des données de voyage: «Il n'y a rien juridiquement ni judiciairement qui justifie le fait de vouloir investiguer sur ses déplacements depuis le mois de janvier.» Brengarth voit dans l'enchaînement des événements un séquençage délibéré: «Tout était tendu depuis le départ vers l'objectif qu'un procès puisse avoir lieu contre Rima Hassan. C'est scandaleux.»
Thierry Discepolo, fondateur des éditions Agone, replace l'affaire Grasset dans une structure de fond: moins de dix groupes captent 90% du chiffre d'affaires de l'édition française. Le départ de 200 auteurs ne changera rien s'ils rejoignent un autre grand groupe. Il conteste l'image d'Olivier Nora en éditeur artisan: 150 ouvrages par an avec quarante employés, c'est un PDG. La tribune d'Antoine Gallimard lui inspire une formule cinglante — «la solidarité c'est la rapine» — tant elle se résume à des offres d'emploi. «Ce qu'on voit, ce qui semble être une vertu pour les grands groupes éditoriaux, c'est une sorte de souplesse de ligne éditoriale où on va de l'extrême gauche à l'extrême droite très tranquillement, comme s'il était normal que tout ça se mélange dans un chiffre d'affaires.» Sa prescription est radicale: briser la concentration, créer un statut d'éditeur indépendant, et surtout ne pas chercher à grossir. «Restez maigres. Quand on est entouré d'ogres, il faut rester maigres.»
Francine Raymond, présidente de Ciné Bastide, association organisatrice du Festival International du Film Politique, explique la décision unanime de retirer la demande de subvention de 10 000 euros à la mairie RN de Carcassonne. La rupture va au-delà de l'argent: la municipalité fournissait aussi des salles. «Ce n'était plus possible avec une municipalité d'extrême droite» Elle annonce en primeur Au Poste que le festival restera à Carcassonne pour sa neuvième édition en janvier, malgré les sollicitations d'autres villes. Face à l'accusation d'intolérance du maire, elle répond avec clarté: «On ne peut pas faire comme si on ne savait pas ce qu'était l'idéologie du Rassemblement National.» Et d'élargir le propos: «C'est presque devenu une exigence démocratique de dire qu'on ne peut pas travailler ou faire comme si c'était un parti comme un autre.»
Chaque lundi matin, Au Poste tente de mettre un peu de trouble dans l’ordre médiatique dominant.
"France Déter" accueille des invité·e·s, tient des revues de presse particulières, donne le temps des nuages et des luttes, explore le passé, étrille le présent.
Sans oublier la météo des luttes, notre revue de presse antifa, les convocations de la semaine, radio police, revue de presse de la maison poulaga.
C’est en direct, c’est fait maison.
16.04.2026 à 16:55
Au Poste
David Dufresne remonte à 1994 pour planter le décor: un studio parisien, CompuServe, une connexion payée en dollars, et ce bruit de modem qu'il décrit comme «le bruit de mes utopies». Il fait partie de la première génération du web francophone, marquée par le texte de Hakim Bey, Zone d'autonomie temporaire, qui voyait dans chaque coin du réseau un espace de liberté pirate, provisoire et radical. Avec quelques autres, dont Mona Chollet, il publie dès 1997 le Manifeste du web indépendant, alertant déjà contre «le danger du commerce» et les «messages publicitaires agressifs destinés à ficher».
Quand les Gilets jaunes descendent dans la rue en 2018 et que les journalistes, selon lui, «foutent rien sur la question des violences policières», il décide d'agir. Il lance Allô Place Beauvau sur Twitter, un travail de répertoire quotidien, jour après jour, de toutes les traces laissées sur les réseaux sociaux documentant les violences d'État. Il convoque des développeurs, des amis de la première heure, pour créer des «moulinettes» récupérant automatiquement ses tweets, les injectant dans une base de données, générant des infographies. Le projet s'impose dans le débat public, reconnu par l'ONU, le Conseil de l'Europe, le Parlement européen — «à défaut d'être reconnu par la France». Le film qui en découle, Un pays qui se tient sage, est sélectionné à Cannes.
Son manifeste numérique tient en une phrase lancée à la salle pleine de développeurs: «Codeuses, codeurs, ramenez-nous de la démocratie dans le code. Ne travaillez pas pour des gens qui nous réimposent le minitel.» Pour lui, le web n'a jamais dû être une télé: c'est l'hypertexte, la déconstruction, l'idée que chacun peut être émetteur et récepteur.
Au Poste naît en 2021 sur Twitch. Il y voit les zones d'autonomie temporaire revenue: le chat, l'interaction, l'immédiateté. Aujourd'hui, le média héberge toutes ses vidéos sur PeerTube depuis quatre ans, repousse les abonnements Twitch pour ne pas «donner la moitié à Jeff Bezos», et tourne avec une équipe de cinq à six personnes. Son modèle économique? Il le résume ainsi: «Il est inexistant. Eh ben c'est le meilleur!» Reconnu d'intérêt général, Au Poste fonctionne aux dons déductibles des impôts et à un abonnement qui démarre à deux euros.
Il convoque les ordonnances du Conseil national de la Résistance de mai 1944 pour poser le cadre: «La presse n'est pas un instrument de profit commercial mais un instrument de culture» et «La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs.»
16.04.2026 à 09:00
Au Poste
Historiquement les femmes ont été assignées dans les foyers aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants, à tout ce qui permet donc la reproduction de la force de travail dont le capitalisme a besoin mais dont il refuse de se charger.
Historiquement aussi, un continuum s’est construit entre ses assignations genrées et la dévalorisation de ces mêmes taches lorsque quittant le foyer, elles étaient assurées par des salariées – surtout des femmes, quelques salariés aussi.
Historiquement enfin, les femmes, les féministes ont réfléchi à ses assignations, aux entraves qu’elles dressent contre l’émancipation des femmes, comme à la déqualification des métiers qui en découle. Elles ont réfléchi, cherché des solutions et se sont mobilisées en grève féministe.
L’historienne Fanny Gallot et le sociologue et économiste Hugo Harari-Kermadec ont pris à bras le corps la question de ce travail reproductif, démontrant, chiffrant sa centralité dans le capitalisme, dénonçant son invisibilisation et nous invitant à repenser la société, le travail à partir de tou.tes ces invisibilisées pourtant essentiel.les.
Rendez-vous le 16 avril à 9h du matin (donc après avoir préparé le petit dej, conduit les enfants à l’école et avant de faire un brin de ménage !) Au poste pour en parler et réinventer le monde ensemble pour renverser et le patriarcat, et le capitalisme.
Mathilde Larrère
15.04.2026 à 09:00
Au Poste
Entre essai et manifeste, Tsedek! revient sur sa généalogie, définit son engagement et se projette dans un programme de lutte.
Pour ce nouvel épisode d’Horizons XXI, Orient XXI reçoit Nicolas et Maïa, deux membres du collectif, la veille de l’examen de la loi portée par la députée Yadan pour discuter de l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme et les guerres que mène Israël, et qui nous concernent tous et toutes.
14.04.2026 à 18:00
Au Poste
Celles et ceux-ci font face à un arsenal juridique sophistiqué et les visant de plus en plus précisément, le pouvoir législatif préférant répondre aux actions des militant.e.s par de nouvelles lois répressives plutôt que de s’attaquer à la catastrophe écologique.
Dès lors, les actions de désobéissance civile, même non-violentes, font l’objet d’une surveillance accrue, et de mesures punitives systématiques : gardes à vue, perquisitions, contrôles judiciaires, assignation à résidence, amendes... C'est ainsi que ces militant.e.s se retrouvent de plus en plus devant les tribunaux.
Dans un État qui glisse vers l’autoritarisme, les écolos sont également victimes des attaques contre les libertés associatives et d’expression, comme la loi séparatisme. Prenant le prétexte du "terrorisme" ou de "l'islamisme", ces mesure liberticides touchent finalement les activistes.
Un rouleau compresseur qui abîme et décourage les militant.e.s, face auquel ils et elles s’organisent pour se protéger, se défendre... et obtiennent parfois des victoires devant les tribunaux.
Nous en parlerons avec nos deux invitées.
Emilie Petit est journaliste à 20 minutes et autrice de Militants écologistes sous haute surveillance. Quand l’activisme climatique est mis en péril (Editions du Nid-de-pied, 2025).
Nicolas Batista est militant au sein de la legal team de Rouen et chercheur indépendant sur la répression policière.
Hélène Assekour
14.04.2026 à 09:00
Au Poste
Son argument central: invoquer l'état de droit face à l'offensive autoritaire, c'est une posture «vouée à l'impuissance». La justice n'est pas un espace neutre mais un outil de gestion du rapport de force entre les classes.
Elle retrace sa génération politique --- celle de Rémi Fraisse, des premières manifestations interdites de solidarité à Gaza en 2014, de l'état d'urgence, des 49.3 sous un Parti socialiste qu'elle qualifie d'«autoritaire». Depuis dix ans, «il y a eu à minima une loi répressive par an». La réponse qu'elle critique à gauche, c'est celle de «supplier le régime qu'il respecte ses propres règles». Sur la Ve République: «La plus grande arnaque du siècle, c'est de nous faire croire que le conseil constitutionnel était le garant des libertés alors que ça n'a jamais été ça.»
Face à la contradiction de plaider devant des institutions qu'on juge illégitimes, elle oppose une troisième voie entre adaptation totale et boycott. Le boycott «abandonne les masses à leurs illusions». Elle cite le Comité Adama comme modèle: transformer une affaire individuelle en mobilisation politique. Sa référence tutélaire reste Vergès et sa formule: «Dans un procès de connivence, il n'y a qu'une volonté de vaincre, celle de l'accusation. Dans un procès de rupture, il y en a deux.»
En acte, elle pratique la «défense massive» à Bobigny — des dizaines de nullités soulevées, plusieurs avocats pour un même prévenu en comparution immédiate — pour «utiliser tous les droits qui sont formellement accordés aux personnes» et ne sont jamais utilisés faute de temps.
À la question rituelle sur ce qu'on a fait pendant 1h26, elle répond simplement: «On s'est préparé à avoir moins peur de l'État.»
13.04.2026 à 07:00
Au Poste
Valentin: Le méga canal Seine-Nord-Europe
107 km de voie d'eau artificielle pour relier Paris aux ports du Benelux: Valentin des Soulèvements de la Terre démonte méthodiquement le «chantier du siècle». Le coût a explosé de 3,5 à 7,3 milliards selon la Cour des Comptes, hors ponts, hors mise au gabarit de l'Oise, hors ports francs. L'argument écologique ne tient pas: «En réalité il va y avoir une augmentation par exemple il y aura 45 000 camions plus de trafic annuel.» Le vrai bénéficiaire? Le fret routier et les céréaliers, au détriment du ferroviaire. Derrière le projet, l'ego présidentiel de Xavier Bertrand. «Le méga canal ne tient qu'à un fil, notamment financièrement.»
Arthur Sarradin: Beyrouth et les prisons syriennes
Vingt-cinq ans, lauréat du Prix du livre du journalisme pour Le Nom des Ombres (Le Seuil), Arthur Sarradin parle en direct d'une ville épuisée: plus de 2020 morts au Liban depuis le 2 mars, un quart de la population déplacée. «On a un peu l'impression de s'enfoncer en strates.» Sur la Syrie, il raconte Saydnaya, ses prisonniers sans voix ni prénom, et l'impossibilité des formats courts face à l'horreur: «il n'y a aucun journal, aucune radio, aucune télé qui peut diffuser trois heures de témoignages, mais un livre le peut.»
Yohanna Brette: Les Filles du DC10 face au procès Sarkozy
Sa mère est morte dans l'attentat du DC10 en 1989. Aujourd'hui pupille de la Nation, Yohanna Brette est partie civile dans le procès Sarkozy: pour obtenir des fonds libyens, l'ancien président aurait promis de réétudier le sort de Sénoussi, le commanditaire de l'attentat. Le livre de Sarkozy, qui ose comparer la démarche des victimes à sa propre diplomatie, a provoqué la stupeur: «On est tombé de notre chaise, parce que c'est un ensemble de mensonges.» En audience, Sarkozy «regardait le plafond» pour éviter leur regard. «Il faut être né avant la honte pour oser dire des choses comme ça.»
07.04.2026 à 09:00
Au Poste
Jean-Louis Chalanset, avocat au barreau de Paris depuis 1980, a repris le dossier Georges Ibrahim Abdallah en 2013 après le décès de Jacques Vergès. Il est l'homme qui a finalement obtenu, après des décennies d'acharnement judiciaire, la libération de son client en juillet 2025 --- après 40 ans et 10 mois de détention, faisant de lui le plus vieux prisonnier politique d'Europe. Reçu au Poste la veille de la sortie du documentaire de Pierre Carles consacré à cette affaire, Chalanset retrace avec précision les mécanismes d'une détention hors norme.
L'affaire commence en 1984 : Abdallah, militant libanais marxiste, membre des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises (FARL), est arrêté à Lyon pour détention de faux papiers avant que l'on découvre des armes liées à des assassinats de diplomates américains et israéliens. Il est condamné non pour meurtre mais pour complicité, à la perpétuité --- alors que le procureur n'avait requis que dix ans. C'est le début d'une mécanique judiciaire : «De façon inopportune, on a découvert des armes qui ont servi à l'assassinat de diplomates israéliens et américains. Les preuves ont été apportées par les États-Unis par l'intermédiaire de l'avocat qu'ils avaient choisi. La CIA a produit les preuves au procès et il y a eu des pressions américaines tout au long de la procédure pour que Georges Abdallah soit condamné à perpétuité.»
Le rôle des États-Unis est central dans toute l'affaire. Chalanset révèle l'ampleur des ingérences directes : «L'avant dernière fois que j'ai plaidé, il y avait encore une lettre du gouvernement des États-Unis d'Amérique transmise par leur avocat au juge en disant "ne le libérez pas". Ce sont des pressions et la lâcheté des dirigeants français qui ont toujours refusé de froisser les intérêts américains.»
Chalanset décrit aussi le mensonge d'État de 1986, quand Paris est frappé par une vague d'attentats : les ministres Pasqua et Pandraud ont laissé circuler la fausse piste d'une implication de la famille Abdallah, reprise sans vérification par l'ensemble des médias. Chalanset est catégorique : «C'est un mensonge d'État propagé et repris notamment par le Monde et tous les autres journaux qui ont repris en cœur sans aucune vérification.» Il va plus loin sur Pandraud : «Il a même dit un jour au directeur de la CIA, "vous voulez abattre Abdallah, il n'y a aucun souci, si vous le voulez, on le libère et on vous dit où il est."»
La libération, finalement obtenue le 25 juillet 2025, se fait dans des conditions rocambolesques : sept voitures du RAID et le préfet viennent chercher Abdallah à 3 heures du matin pour l'emmener dans un avion militaire vers Beyrouth. Quant à la décision de la Cour de cassation du 1er avril 2026 annulant cette libération conditionnelle pour vice de procédure, Chalanset la balaie : «C'était une hypocrisie totale, c'est un formalisme. Lorsque les bombes américaines font des morts au Liban, la Cour de cassation ne trouve rien de mieux que de dire qu'il ne doit pas être libéré.»
Il conclut avec sérénité: «Je suis optimiste. Ça serait amusant de plaider devant la Cour pour dire, comment voulez-vous, il a été libéré, il est parti, et vous voulez quoi? Qu'il revienne en France pour faire une semi-liberté? C'est ridicule.»
01.04.2026 à 09:00
Au Poste
Comment la grève de la faim est-elle devenue un mode d’action politique ? Pourquoi est-elle mobilisée par des profils aussi variés ? Qu’est-ce qui la différencie d’autres formes de contestation ? Pour ce nouvel épisode de "Bouffe de là", Nora Bouazzouni reçoit Johanna Siméant-Germanos, professeure de science politique au département de sciences sociales de l'École normale supérieure rattachée au Centre Maurice Halbwachs, médaille d'argent du CNRS et autrice de "La grève de la faim" (Presses de Sciences Po, 2009).
31.03.2026 à 08:00
Au Poste
Le Hezbollah, que l'on disait anéanti après la guerre de 2024, a repris les armes. Le cessez-le-feu de novembre 2024 avait été violé des milliers de fois. L'État libanais, à peine reformé autour d'un nouveau président et d'un nouveau premier ministre, est pris en étau entre les injonctions de Washington et les bombes de Tel-Aviv. Médecins du Monde soigne sur le terrain avec 15 % de son budget habituel.
Pour en parler avec nous: Agnès Levallois, géopoliticienne et présidente de l'iReMMO, Jean-François Corty, médecin et président de Médecins du Monde, et Akhésa Moummi, docteure en études politiques qui a consacré sa thèse à l'école française au Liban comme laboratoire de la socialisation politique. Ensemble, ils nous aideront à comprendre non seulement ce qui brûle, mais pourquoi ça brûle depuis si longtemps.