
07.04.2026 à 09:00
Au Poste
Jean-Louis Chalanset, avocat au barreau de Paris depuis 1980, a repris le dossier Georges Ibrahim Abdallah en 2013 après le décès de Jacques Vergès. Il est l'homme qui a finalement obtenu, après des décennies d'acharnement judiciaire, la libération de son client en juillet 2025 --- après 40 ans et 10 mois de détention, faisant de lui le plus vieux prisonnier politique d'Europe. Reçu au Poste la veille de la sortie du documentaire de Pierre Carles consacré à cette affaire, Chalanset retrace avec précision les mécanismes d'une détention hors norme.
L'affaire commence en 1984 : Abdallah, militant libanais marxiste, membre des Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises (FARL), est arrêté à Lyon pour détention de faux papiers avant que l'on découvre des armes liées à des assassinats de diplomates américains et israéliens. Il est condamné non pour meurtre mais pour complicité, à la perpétuité --- alors que le procureur n'avait requis que dix ans. C'est le début d'une mécanique judiciaire : «De façon inopportune, on a découvert des armes qui ont servi à l'assassinat de diplomates israéliens et américains. Les preuves ont été apportées par les États-Unis par l'intermédiaire de l'avocat qu'ils avaient choisi. La CIA a produit les preuves au procès et il y a eu des pressions américaines tout au long de la procédure pour que Georges Abdallah soit condamné à perpétuité.»
Le rôle des États-Unis est central dans toute l'affaire. Chalanset révèle l'ampleur des ingérences directes : «L'avant dernière fois que j'ai plaidé, il y avait encore une lettre du gouvernement des États-Unis d'Amérique transmise par leur avocat au juge en disant "ne le libérez pas". Ce sont des pressions et la lâcheté des dirigeants français qui ont toujours refusé de froisser les intérêts américains.»
Chalanset décrit aussi le mensonge d'État de 1986, quand Paris est frappé par une vague d'attentats : les ministres Pasqua et Pandraud ont laissé circuler la fausse piste d'une implication de la famille Abdallah, reprise sans vérification par l'ensemble des médias. Chalanset est catégorique : «C'est un mensonge d'État propagé et repris notamment par le Monde et tous les autres journaux qui ont repris en cœur sans aucune vérification.» Il va plus loin sur Pandraud : «Il a même dit un jour au directeur de la CIA, "vous voulez abattre Abdallah, il n'y a aucun souci, si vous le voulez, on le libère et on vous dit où il est."»
La libération, finalement obtenue le 25 juillet 2025, se fait dans des conditions rocambolesques : sept voitures du RAID et le préfet viennent chercher Abdallah à 3 heures du matin pour l'emmener dans un avion militaire vers Beyrouth. Quant à la décision de la Cour de cassation du 1er avril 2026 annulant cette libération conditionnelle pour vice de procédure, Chalanset la balaie : «C'était une hypocrisie totale, c'est un formalisme. Lorsque les bombes américaines font des morts au Liban, la Cour de cassation ne trouve rien de mieux que de dire qu'il ne doit pas être libéré.»
Il conclut avec sérénité: «Je suis optimiste. Ça serait amusant de plaider devant la Cour pour dire, comment voulez-vous, il a été libéré, il est parti, et vous voulez quoi? Qu'il revienne en France pour faire une semi-liberté? C'est ridicule.»
01.04.2026 à 09:00
Au Poste
Comment la grève de la faim est-elle devenue un mode d’action politique ? Pourquoi est-elle mobilisée par des profils aussi variés ? Qu’est-ce qui la différencie d’autres formes de contestation ? Pour ce nouvel épisode de "Bouffe de là", Nora Bouazzouni reçoit Johanna Siméant-Germanos, professeure de science politique au département de sciences sociales de l'École normale supérieure rattachée au Centre Maurice Halbwachs, médaille d'argent du CNRS et autrice de "La grève de la faim" (Presses de Sciences Po, 2009).
31.03.2026 à 08:00
Au Poste
Le Hezbollah, que l'on disait anéanti après la guerre de 2024, a repris les armes. Le cessez-le-feu de novembre 2024 avait été violé des milliers de fois. L'État libanais, à peine reformé autour d'un nouveau président et d'un nouveau premier ministre, est pris en étau entre les injonctions de Washington et les bombes de Tel-Aviv. Médecins du Monde soigne sur le terrain avec 15 % de son budget habituel.
Pour en parler avec nous: Agnès Levallois, géopoliticienne et présidente de l'iReMMO, Jean-François Corty, médecin et président de Médecins du Monde, et Akhésa Moummi, docteure en études politiques qui a consacré sa thèse à l'école française au Liban comme laboratoire de la socialisation politique. Ensemble, ils nous aideront à comprendre non seulement ce qui brûle, mais pourquoi ça brûle depuis si longtemps.