S'adressant au tribunal, la procureure de la République a rappelé tous les éléments constitutifs du harcèlement moral au travail: la répétition avérée de reproches incessants et infondés, d'injonctions contradictoires, de surveillances, de mises au banc de certains salariés.
"Dans ce dossier, le harcèlement moral au travail est caractérisé", a-t-elle poursuivi.
En plus de la peine de 10 mois de prison avec sursis, la magistrate a requis une amende de 10.000 euros et une peine d'inéligibilité de trois ans à l'encontre de l'ancienne secrétaire d’État (2020-2022).
"Les plus hautes fonctions de l'État ne sont pas un blanc-seing pour malmener ses équipes", a sermonné la procureure, expliquant que Nathalie Elimas a "franchi la ligne entre la normale acceptable" dans un cabinet ministériel soumis à des pressions constantes, et le harcèlement moral.
En décembre 2021, la secrétaire d'État à l’Éducation prioritaire avait fait l'objet d'une enquête administrative de l'Inspection générale de l'enseignement supérieur et de la recherche (IGESR), après des signalements internes concernant des "dysfonctionnements" relatifs "aux relations de travail".
Au cours du procès, trois femmes, toutes parties civiles, ont témoigné à la barre de leur passage au cabinet Elimas où régnait selon elles un climat "paranoïaque".
Pauline (prénom modifié) a décrit "la paranoïa permanente" de la secrétaire d'État, "persuadée que tout le monde était contre elle".
La jeune femme a longuement décrit les injonctions contradictoires qu'elle recevait, notamment concernant la couverture médiatique de la ministre, jalouse de celle des autres femmes du gouvernement. "Elle voulait de la visibilité, mais elle pouvait annuler une interview 30 minutes avant", "paniquée" à l'idée de se faire piéger, et "tout cela retombait sur moi", a raconté l'ex-conseillère en communication.
Pour sa part, Clara (prénom modifié) a raconté un épisode particulièrement traumatisant pour elle, après une fausse couche alors qu'elle travaillait au côté de la secrétaire d'État.
"Je ne m'attendais pas à du soutien de sa part, la connaissant, mais je ne pensais pas qu'elle m'enfoncerait encore plus", a-t-elle expliqué concernant un arrêt maladie critiqué par sa supérieure.
"Elle m'a reproché mon absence pour l'opération (après la fausse couche, NDLR) et m'a accusée d'avoir tout inventé", a poursuivi Clara, précisant qu'ensuite la ministre ne lui avait plus adressé la parole.
"Une machination"
Pour sa défense, celle qui est aujourd'hui conseillère régionale en Île-de-France a affirmé qu'on "voulait (sa) tête".
"Cette procédure est née d'une machination, c'est un récit à charge basé sur des ressentis transformés en vérités officielles", avait déclaré Nathalie Elimas dans sa déclaration introductive devant le tribunal.
D'après elle, Jean-Michel Blanquer, son ministre de tutelle, aurait mal vécu qu'Emmanuel Macron s'adresse directement à elle en conseil des ministres et qu'il en aurait pris ombrage.
Mme Elimas a aussi évoqué François Bayrou, patron du MoDem, qui s'était opposé selon elle à ce qu'elle fasse partie du gouvernement. "Quand François Bayrou ne veut pas quelque chose, il y a toujours une réaction à un moment", a-t-elle ajouté, suggérant que l'actuel Premier ministre se serait vengé.
Dans son réquisitoire, la procureure a balayé cette thèse "pas du tout crédible". "Il y a plus facile pour se débarrasser d'un ministre que d'instrumentaliser des collaborateurs", a-t-elle fait remarquer.
"Je ne sais pas s'il y a eu un complot ou pas. Je ne sais pas si c'est Blanquer ou Bayrou ou Castex", a avoué Me Benoit Derieux dans sa plaidoirie. "Mais je sais que Mme Elimas a tout perdu, son emploi puisqu'elle a été virée comme une malpropre, son investiture aux législatives, sa réputation. On n'aurait pas fait ça à un poids lourd du gouvernement", a poursuivi son avocat.
Lors de cette dernière journée, comme elle l'a fait pendant toute la durée de son procès, Nathalie Elimas a nerveusement pris des notes, sans lever la tête.
À aucun moment cette dernière n'a remis en cause son comportement vis-à-vis de ses anciens collaborateurs.
"Je n'ai pas entendu de regret, pas une phrase pour les victimes", a souligné la procureure.
Le jugement sera rendu le 16 juin.