03.04.2025 à 17:16
Connaissez-vous la première manifestation écologiste de l'histoire ? Elle a eu lieu le 4 février 1888, en Espagne à Riotinto, contre une des plus grandes multinationales minières, la compagnie Rio Tinto. Ivan du Roy, rédacteur en chef de Basta !, revient sur cet événement à l'occasion de la sortie du livre Multinationales, une histoire du monde contemporain, publié aux éditions La Découverte, et en librairie depuis le 13 février.
Est ce que vous connaissez la première manifestation (…)
Connaissez-vous la première manifestation écologiste de l'histoire ? Elle a eu lieu le 4 février 1888, en Espagne à Riotinto, contre une des plus grandes multinationales minières, la compagnie Rio Tinto. Ivan du Roy, rédacteur en chef de Basta !, revient sur cet événement à l'occasion de la sortie du livre Multinationales, une histoire du monde contemporain, publié aux éditions La Découverte, et en librairie depuis le 13 février.
Est ce que vous connaissez la première manifestation écologiste de l'histoire ?
Nous sommes au XIXe siècle, en 1888 exactement, à Rio Tinto.
Ce nom vous dit peut-être quelque chose. Rio Tinto est l'une des plus grandes compagnies minières au monde. C'est aussi le nom d'un gisement riche en cuivre, situé en Andalousie, en Espagne, (exploité depuis l'Antiquité). Et à la source de la prospérité de la multinationale.
Profitant du retour de la monarchie espagnole, après une éphémère République, un conglomérat d'hommes d'affaires anglo-allemand prend le contrôle du gisement. Dans ce conglomérat, on retrouve la Deutsche Bank (la plus grande banque allemande), des britanniques qui ont fait fortune grâce au commerce de l'opium en Chine, mais aussi la banque Rothschild.
Les blocs de roches extraits de la mine sont chauffés en plein air pour en dégager le cuivre. Ce procédé génère des fumées toxiques et une forte pollution de l'air, des eaux et des sols. Des mineurs décèdent et des paysans perdent leurs récoltes.
Le 4 février 1888, des milliers de mineurs en grève, des habitants et des paysans manifestent pacifiquement contre ces pratiques polluantes. La Rio Tinto Company refuse de négocier et l'armée ouvre le feu.
La répression fait au moins 200 morts.
Aujourd'hui la compagnie Rio Tinto n'exploite plus cette mine. Mais elle continue d'être impliquée dans des scandales de pollutions.
On peut penser par exemple à la plus grande mine d'or du monde, Grasberg, en Papouasie Nouvelle Guinée, responsable du déplacement forcé de populations et d'une pollution massive de l'eau et des sols.
Mais aussi au dynamitage d'une grotte sacrée aborigène vieille de 46 000 ans, en Australie.
Et désormais dans un projet de mine de lithium en Serbie, qui suscite une forte opposition locale.
Rio Tinto n'est pas la seule multinationale minière à continuer de ravager des territoires entiers, de l'Amazonie à l'Indonésie.
En Espagne, un siècle et demi plus tard, l'eau de la rivière Rio Tinto est toujours toxique.
Retrouvez ces récits dans notre livre Multinationales, une histoire du monde contemporain, en librairie depuis le 13 février.
03.04.2025 à 17:05
De la République de Venise au Beretta 92 de l'armée américaine, retour vidéo sur l'épopée de l'entreprise italienne Beretta. Avec Olivier Petitjean, co-directeur de l'ouvrage Multinationales, une histoire du monde contemporain, aux éditions La Découverte.
Smith & Wesson, Colt ou encore Winchester... Les États-Unis semblent être à la pointe de l'industrie des armes à feux. Mais saviez-vous que l'un des principaux acteurs de ce marché est une vénérable entreprise européenne : Beretta ? (…)
De la République de Venise au Beretta 92 de l'armée américaine, retour vidéo sur l'épopée de l'entreprise italienne Beretta. Avec Olivier Petitjean, co-directeur de l'ouvrage Multinationales, une histoire du monde contemporain, aux éditions La Découverte.
Smith & Wesson, Colt ou encore Winchester... Les États-Unis semblent être à la pointe de l'industrie des armes à feux. Mais saviez-vous que l'un des principaux acteurs de ce marché est une vénérable entreprise européenne : Beretta ?
La première trace Beretta remonte à 1526, date d'un contrat entre Bartolomeo Beretta et la République de Venise. L'entreprise, originaire de la région de Brescia dans le nord de l'Italie, est aujourd'hui encore la propriété de la même famille.
Depuis 500 ans, Beretta équipe des armées et des forces de police en Italie et dans le reste du monde. Mais c'est en 1985 que l'entreprise obtient le contrat du siècle : le pistolet semi-automatique Beretta 92 (ou M9) devient l'arme de service de l'armée américaine. Il remplace le Colt 45 qui était utilisé depuis 1911.
Pour obtenir ce marché, l'entreprise italienne ouvre une usine de production sur place, dans l'État du Maryland. Le Beretta 92 devient l'une des armes les plus vendues de l'histoire, omniprésente au cinéma et dans les jeux vidéo.
En parallèle, Beretta va immédiatement mettre sur le marché une version du Beretta 92 pour la population civile. Les fabricants d'armes continuent aujourd'hui à appliquer la même stratégie : ils créent des nouveaux modèles pour les forces armées, puis en proposent une version civile. Commercialement, c'est un succès retentissant, mais cela contribue à la prolifération des armes à feu dans la société. Malgré les tueries à répétition, notamment dans les écoles américaines, le puissant lobby des armes à feu, la National Rifle Association (NRA), réussit à empêcher un véritable contrôle.
Beretta est d'ailleurs l'un des premiers financeurs de la NRA. Et quand en 2015, suite au massacre de Sandy Hook, le Maryland décide de passer des lois plus restrictives sur la possession d'armes, Beretta délocalise son usine dans le Tennessee.
Cette histoire est à retrouver dans le livre Multinationales, Une histoire du monde contemporain, publié aux éditions La Découverte, et en librairie depuis le 13 février.
03.04.2025 à 16:56
Au début du XXe siècle aux États-Unis, apparaissent les premiers journalistes d'investigation, surnommés les « ratisseurs de boue ». Explications vidéo avec Olivier Petitjean, co-directeur de l'ouvrage Multinationales, une histoire du monde contemporain, paru chez La Découverte.
La contestation du pouvoir des multinationales ne date pas d'hier. De leur émergence jusqu'à aujourd'hui, les journalistes d'investigation ont toujours joué un rôle important pour mettre en lumière leurs abus. (…)
Au début du XXe siècle aux États-Unis, apparaissent les premiers journalistes d'investigation, surnommés les « ratisseurs de boue ». Explications vidéo avec Olivier Petitjean, co-directeur de l'ouvrage Multinationales, une histoire du monde contemporain, paru chez La Découverte.
La contestation du pouvoir des multinationales ne date pas d'hier. De leur émergence jusqu'à aujourd'hui, les journalistes d'investigation ont toujours joué un rôle important pour mettre en lumière leurs abus. Parmi les pionniers du journalisme engagé, il y a ceux qu'on appelle les « muckrakers », au début du 20e siècle aux États-Unis. « Muckrakers » signifie littéralement « ratisseurs de boue ». Autrement dit, les « fouille-merdes ». Ces journalistes écrivent dans des magazines prestigieux de l'époque comme McClure's Magazine. Et observent la montée en puissance des grands trusts industriels comme la Standard Oil, le géant pétrolier du multi-milliardaire Rockefeller, de General Electric ou United Fruit.
Parmi ces muckrakers, il y a Ida Tarbell, fille d'une enseignante et d'un ouvrier du pétrole qui a grandi en Pennsylvanie. Elle publie une série d'articles dénonçant les méthodes de John D. Rockefeller dans l'industrie pétrolière naissante. Un autre, Ray Stannard Baker, couvre les grandes grèves ouvrières et enquête sur le monopole de la US Steel (dans la sidérurgie) que vient de créer le puissant financier JP Morgan. On peut aussi citer le romancier Upton Sinclair, qui se fait embaucher dans les abattoirs de Chicago, plaque tournante de l'industrie de la viande. En 1906, son roman La Jungle dénonce les déplorables conditions sociales et sanitaires qui y règnent. Le livre fait scandale et mène aux premières régulations de l'industrie.
L'âge d'or des ratisseurs de boue prend fin rapidement en raison des représailles des milieux d'affaires. Ils ont cependant contribué à alerter la société américaine et les pouvoirs publics sur la puissance des trusts.
Les lanceurs d'alerte, les journalistes d'investigation d'aujourd'hui perpétuent cet héritage. Par exemple dans les années 1990, quand ils vont enquêter dans les usines asiatiques qui produisent des vêtements ou des équipements pour Nike ou Gap, qu'on appelle les « sweatshops ». Ou dans les années 2010 avec les grandes révélations sur l'industrie de l'optimisation fiscale, avec les Panama Papers et autres Luxleaks.
Cette histoire est à retrouver dans le livre Multinationales, une histoire du monde contemporain, paru chez La Découverte, et en librairie depuis le 13 février.