flux EcologieBérénice Gagne

Vigie de l’Anthropocène à l’École urbaine de Lyon. Un œil sur le Capitalocène & le Plantationocène, mon 3è œil sur le Patriarcalocène.

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21.11.2022 à 16:53

EN VEILLE SUR LE CHANGEMENT GLOBAL #67

berenice gagne
Texte intégral (3441 mots)

Novembre 2022

Le 13 octobre dernier, nous fêtions la Sainte Résilience, c’est-à-dire la Journée nationale de la résilience, avec pour slogan : “Tous résilients face aux risques”🥳 Toujours cette injonction individuelle à la résilience, toujours pour les mêmes : serrer les dents, économiser sur les courses, mettre juste ce qu’il faut d’essence pour aller au travail, baisser le chauffage et enfiler une polaire, avec col roulé si possible. On va en avoir bien besoin de cette “préparation aux bons réflexes en cas de survenance d’une catastrophe” quand on lit que “aux niveaux actuels, il y a 50 % de chances que la planète atteigne l’augmentation de la température moyenne mondiale de 1,5 °C en seulement 9 ans” ou encore que subitement “l’eau de millions de personnes en France redevient conforme aux normes de qualité” grâce au “simple déclassement de deux produits de dégradation de l’herbicide S-métolachlore, fréquemment retrouvés dans les eaux de surface et souterraines”. Pendant ce temps en ville, la “gentrification verte” creuse les inégalités alors que les villes — qui concentrent la majorité de la population mondiale et 67% des émissions de gaz à effet de serre — portent tous les espoirs de l’action climatique. Comment concilier justice sociale et action environnementale ?

Ne manquez pas la veille spéciale sur l’œuvre de Bruno Latour — anthropologue, sociologue, philosophe des sciences et des techniques — mort le 9 octobre dernier.

“Opération terrestre” (2016) © Estelle Chrétien

📢 Retrouvez également les veilles thématiques sur les limites à la croissance, l’eau, les nouveaux outils économiques et les sols urbains, des chroniques originales à écouter ou à lire sur des thématiques issues des veilles et une très riche compilation de pistes de lectures anthropocènes parmi les publications les plus récentes.

Si vous avez des suggestions pour enrichir cette veille, n’hésitez pas à les partager: berenice.gagne@universite-lyon.fr

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URBAIN

- « L’après COP27 : il faut cibler les villes pour accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre » (The Conversation, 17/11/2022).

- A écouter : « La ville à l’heure de la sobriété ». « La réduction de la consommation de l’énergie ne suffit pas à rendre une ville sobre ». Il s’agit d’appréhender non seulement la consommation énergétique mais également la consommation alimentaire, le tri des déchets, la consommation de ressources naturelles comme l’eau ainsi que la rénovation urbaine (France culture, 11/10/2022).

- « Les défis de la reconstruction post-catastrophe dans un monde instable ». « Dans un contexte de crise géopolitique et climatique, les destructions brutales d’édifices, et parfois de quartiers entiers, se multiplient. Les enjeux de massification de la reconstruction et de la mitigation des risques futurs deviennent dans ce contexte incontournables » (Leonard, 28/09/2022).

- « Un budget planétaire pour survivre et prospérer. 8 scientifiques étudiant la soutenabilité et les sciences politiques estiment que nous devons définir des objectifs fondés sur la science pour nous assurer de rester dans les limites de ce que notre planète peut supporter. L’année prochaine, un groupe de travail mondial composé de spécialistes des sciences naturelles et sociales publiera son premier rapport décrivant ces “limites du système terrestre”. Ils y expliquent comment les chercheurs et chercheuses peuvent aider les villes et les entreprises à comprendre les systèmes complexes et interdépendants — eau, nutriments, émissions de carbone et autres — afin d’éviter les effets dominos et de ne pas dépasser les points de bascule des systèmes terrestres » (Nature, 12/09/2022).

- La crise énergétique pousse les villes allemandes à réduire l’éclairage nocturne, notamment en n’illuminant pas les monuments et les bâtiments publics : une bonne nouvelle pour le budget mais aussi pour la santé (humaine et non-humaine), le climat, la biodiversité et les soirées romantiques sous les étoiles 💕 ✨ (DW, 12/09/2022).

- « Des limites planétaires aux limites du Sud-Loire ». « D’où vient le calcul des limites planétaires et comment l’appliquer à l’échelle locale? » (Anthropocene2050, 06/09/2022).

- « Les villes africaines sont un terrain d’expérimentation pour les Gafam ». L’architecte Sénamé Koffi Agbodjinou « mène une réflexion sur les conséquences de l’urbanisation fulgurante du continent africain. Il alerte sur les dystopies qui se préparent dans les mégapoles du continent investies par les Gafam » (Médiapart, 04/09/2022).

- A écouter : un entretien avec Frédéric Ségur, responsable du service Paysage et Foresterie Urbaine de la métropole de Lyon. « En tant que directeur du Plan canopée, il veille à la mise en cohérence des actions publiques liées à l’eau, au végétal et au climat et nous alerte sur l’importance de retrouver un savoir perdu : planter et entretenir les arbres urbains » (PCA-Stream).

- Justice sociale et environnementale : la “gentrification verte”. Dans les villes européennes et nord-américaines, les nouvelles infrastructures vertes ont entraîné la spéculation immobilière, l’augmentation du coût du logement et le déplacement des populations moins riches (Nature, 02/07/2022).

Jardins familiaux construits par l’architecte-paysagiste © Søren Carl Theodor Marius Sørensen (1948, Nærum, Danemark).

AGRICULTURE & ALIMENTATION

- Remplacer la viande par certains produits de la mer issus de sources durables pour réduire l’empreinte carbone sans sacrifier la nutrition. Parmi les pistes qui génèrent moins d’émissions de gaz à effet de serre et constituent des sources de protéines plus riches que le bœuf, le porc ou le poulet : mollusques et crustacés, tels que les moules, les palourdes et les huîtres, le saumon rose et le saumon rouge sauvages, les petits poissons de surface (pélagiques) sauvages, tels que les anchois, les maquereaux et les harengs (Nature, 13/09/2022).

- « Quand la terre se fait entendre en ville : Donner la parole à la terre, voilà ce que propose Flaminia Paddeu dans Sous les pavés la terre. Agricultures urbaines et résistances dans les métropoles (Seuil, 2021). Elle part à la rencontre de celles et ceux qui cultivent en ville et redonnent au vivant une place centrale dans nos environnements urbains » (Métropolitiques, 08/09/2022).

- « Face à la sécheresse, innover pour transformer notre agriculture ». «Le secteur agricole, premier usager des ressources en eau puisqu’il en consomme 70 à 80 %, doit augmenter radicalement son efficacité d’utilisation en eau face à l’épuisement des ressources en eau et la demande des autres secteurs » (The Conversation, 04/09/2022).

CLIMAT

- « Solidarité Nord-Sud, financements, débats sur le 1,5 °C, méthane : ce qu’il faut retenir de la COP27 » : « Dans sa décision finale, la COP27 ouvre ainsi la perspective d’un élargissement des transferts financiers des pays riches vers les pays moins avancés. En l’absence de tels transferts, il n’y a pas de chemin praticable vers le 1,5 °C » (The Conversation, 20/11/2022).

- « Aux niveaux actuels, il y a 50 % de chances que la planète atteigne l’augmentation de la température moyenne mondiale de 1,5 °C en seulement 9 ans » (The Conversation, 20/11/2022).

- Dans les régions arides, naturellement dépourvues d’arbres, planter des arbres peut participer au réchauffement climatique. En effet, si le feuillage rafraîchit grâce à l’ombre et à l’humidité qu’il crée, les feuilles vertes absorbent plus de chaleur du soleil que l’environnement plus clair (sable, herbes clairsemées) et peuvent annuler les bénéfices de la séquestration du carbone dans les arbres. Il ne s’agit pas de renoncer à planter des arbres pour compenser les émissions de carbone (ce TOC que j’analyse dans ma chronique « Compensation »), mais de choisir stratégiquement les espaces où les planter. Une cartographie des espaces où planter des arbres en fonction de leur potentiel de rafraichissement ou de réchauffement est ainsi disponible (Science, 22/09/2022).

DECHETS

- « Le zéro déchet, c’est pour quand ? » : « »Le système économique européen actuel est ainsi essentiellement basé sur une économie linéaire présentant un taux de recyclage de 14 %, le reste étant principalement incinéré avec une récupération d’énergie et mis en décharge » (AOC, 18/11/2022).

ECONOMIE

- A écouter : « Pour une économie de la décroissance ». « Dans Ralentir ou périr, essai d’économie accessible à tous, Timothée Parrique vient déconstruire l’une des plus grandes mythologies contemporaines : la poursuite de la croissance. Nous n’avons pas besoin de produire plus pour atténuer le changement climatique, éradiquer la pauvreté, réduire les inégalités, créer de l’emploi, financer les services publics, ou améliorer notre qualité de vie. Au contraire, cette obsession moderne pour l’accumulation est un frein au progrès social et un accélérateur de l’effondrement écologique » (France inter, 15/09/2022).

- Politique monétaire: les limites de la monnaie illimitée dans un monde aux ressources limitées. « Jusque dans les années 1970, on considérait que la terre était immense, les ressources illimitées et la monnaie, encore liée à l’or à travers le dollar, rare. Aujourd’hui, on constate que la terre est petite, les ressources limitées et la monnaie abondante et illimitée. La politique monétaire a un rôle important à jouer pour que les flux financiers s’alignent sur des trajectoires bas carbone » (AOC, 07/09/2022).

TNC Photo Contest 2022 © Li Ping

ENJEUX POST- ET DECOLONIAUX

- Un entretien avec Nastassja Martin, qui publie À l’est des rêves (Les empêcheurs de penser en rond, 2022) : « L’effondrement de l’URSS a permis à l’inimaginable d’advenir. L’anthropologue étudie comment un collectif autochtone du Kamtchatka a su se saisir de la crise systémique du système soviétique pour regagner son autonomie. Et nous tend ainsi un miroir grossissant » (Médiapart, 17/09/2022).

EXTRACTIVISME & ENERGIES

- « En Afrique, l’exploitation des énergies fossiles reste massivement destinée aux besoins de l’Occident » (Le Monde, 15/11/2022).

- Colonialisme énergétique : « La résistance contre EDF au Mexique. Une des régions les plus venteuses au monde, l’isthme de Tehuantepec est convoité par des multinationales — dont la française EDF — qui viennent y imposer des parcs éoliens industriels depuis plusieurs décennies. Problème : les terres en question sont bien souvent communales, d’usage collectif, dans une région où vivent de nombreux peuples autochtones notamment zapotèques » (lundi matin, 03/10/2022).

IDEES

- « L’espoir climatique. À propos de : Darrel Moellendorf, Mobilizing Hope. Climate Change and Global Poverty (Oxford University Press, 2022) ». « Même si les données scientifiques ont de quoi nous rendre pessimistes, le philosophe Darrel Moellendorf montre qu’il est encore permis d’espérer une justice climatique. Pour catalyser l’espoir, il met en avant la mobilisation de masse, le progrès technique et l’utopie réaliste (La vie des idées, 09/11/2022).

- Lecture de Paul Guillibert, Terre et capital. Pour un communisme du vivant (Éditions Amsterdam, 2021) : “Loin d’opposer radicalement l’écologie marxiste et la recherche de nouvelles cosmologies pour penser les relations entre humains et non-humains, Paul Guillibert montre qu’un matérialisme historique actualisé peut répondre adéquatement à cette exigence”. Il ne propose pas une sortie du naturalisme (le “grand partage” de Descola entre nature et culture) “mais un naturalisme renouvelé, qui tient compte à la fois de l’autonomie de la puissance de la nature et de l’incessante transformation historique de notre rapport avec elle” (La vie des idées, 12/10/2022).

“Green desert” (2022) © Isaac Cordal

MOBILITES

- « “L’abolition du règne de la vitesse” Comment rationner les déplacements ? » : « des politiques et des modes de vie pour ralentir » (Anthropocene2050, 02/11/2022).

- « Quand les pratiques informelles expliquent la laborieuse transition climatique : Pourquoi les politiques de transition écologique des mobilités sont-elles si difficiles à mettre en œuvre ? » Un article qui « pointe l’écart entre règles et pratiques effectives des citoyens, des entreprises et même des acteurs publics chargés de les appliquer » (métropolitiques, 03/10/2022).

NUMERIQUE

- « Dark data », serveurs et data centers : la décarbonation numérique passe par une collecte, une utilisation et un stockage plus raisonné des données numériques pour une consommation énergétique plus optimale. Là aussi l’usage unique fait des ravages. Alors, pensez à vider les corbeilles ! 🚮 (The Conversation, 29/09/2022).

POLITIQUE & GEOPOLITIQUE

- « Cartographier la guerre écologique : énergie, climat, géopolitique » : Des graphiques et des cartes chaque semaine « pour comprendre la macrocrise qui se prépare » en identifiant les bons indicateurs (Le Grand Continent, 03/11/2022).

- « L’arbre, un nouvel enjeu politique ? » : « La multiplication des mobilisations contre les abattages d’arbres signale une nouvelle étape dans notre relation socio-politique au vivant. Si l’urgence écologique actuelle n’y est pas pour rien, l’histoire du rapport politique à l’arbre, jamais véritablement écrite, remonte au moins au XVIe siècle. En brosser les contours permet d’identifier, chez les opposants à l’abattage, un attachement à une écologie du vécu bien différente de la perspective comptable qui, pour un arbre abattu, se contente d’en planter un nouveau » (AOC, 03/10/2022).

- « Abondance contre pénurie, la longue opposition de deux théories économiques et politiques. En invoquant le 24 août la « fin de l’abondance », Emmanuel Macron a relancé un débat théorique historique entre pessimistes adeptes des restrictions et chantres de la corne d’abondance. Un double concept aux allures de Janus » (Le Monde, 16/09/2022).

- « « La sobriété et le rationnement sont de puissants outils de justice sociale ». Rationner l’énergie cet hiver? Le gouvernement y réfléchit. Ce concept, visant à répartir les efforts en période de crise, a été dévoyé par l’État, estime la chercheuse Mathilde Szuba. Elle plaide pour une politique de sobriété et de justice sociale » (Reporterre, 08/09/2022).

SANTE

- « L’eau de millions de personnes en France redevient conforme aux normes de qualité après le relèvement des seuils réglementaires » (Le Monde, 12/10/2022).

- « Santé : la biosurveillance des principaux produits chimiques se met en place en Europe. Alors que la production de produits chimiques va toujours croissante, quels sont leurs effets sur la santé ? L’Europe vient de se doter des outils pour identifier et suivre les substances à risque » (The Conversation, 11/09/2022).

SOCIETE

- « Faire face à l’éco-anxiété collectivement. Entretien avec le psychosociologue Jean Le Goff » (Anthropocene2050, 15/11/2022).

- Dans l’air (l’eau?) du temps : le jeu vidéo Floodland propose de reconstruire un monde englouti sous les eaux du changement climatique (Bloomberg CityLab, 11/11/2022).

- Le warWilding ou réensauvagement par la guerre : un mot pour décrire la manipulation tactique de la nature comme arme — de l’inondation défensive aux zones tampons créées par destruction d’habitat. « Si les motifs stratégiques sont créatifs et non destructeurs, alors les WarWildings offrent de grandes possibilités pour sauver de grandes étendues de nature sauvage tout en créant des zones tampons dans les zones de conflit et en instaurant une paix durable » (The Guardian, 05/09/2022).


EN VEILLE SUR LE CHANGEMENT GLOBAL #67 was originally published in Anthropocene 2050 on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.

26.10.2022 à 00:52

VEILLE SPÉCIALE SUR L’ŒUVRE DE BRUNO LATOUR

berenice gagne
Texte intégral (5875 mots)

Octobre 2022

Bruno Latour est mort le 9 octobre dernier. Anthropologue, sociologue, philosophe des sciences et des techniques, son regard malicieux sur le monde et sur nous-mêmes — les Modernes — va nous manquer. Il nous laisse heureusement une œuvre considérable qui continuera de nous donner matière à penser — et à con(tro)verser — pour habiter l’Anthropocène.

J’ai rassemblé ici, en m’appuyant sur son très riche site et sur la veille de l’Ecole urbaine de Lyon, une partie de son œuvre : une sélection d’articles, d’expositions, de pièces de théâtre et ses publications.

📚 Promenez-vous dans la liste des publications de Bruno Latour (en français) en fin de post.

Version révisée du diagramme de Bruno Latour et Peter Weibel (eds), Critical Zones: The Science and Politics of Landing on Earth (MIT Press, 2020) et revue par Dipesh Chakrabarty qui a ajouté la Planète Emancipation. Dessin © Alexandra Arènes.

Retrouvez les veilles anthropocènes mensuelles de l’Ecole urbaine de Lyon : toute l’actualité du changement global pour comprendre ce qui nous arrive et le monde qui vient. A suivre au fil de l’eau sur Twitter et Instagram.

📢 Découvrez également d’autres veilles thématiques sur l’eau, les nouveaux outils économiques, les sols urbains et les limites à la croissance ; des chroniques originales à écouter ou à lire sur des sujets issus des veilles et une très riche compilation de pistes de lectures anthropocènes parmi les publications les plus récentes.

SÉLECTION D’ARTICLES

- « L’écologie, c’est la nouvelle lutte des classes » : « “Géosocial” est là pour dire qu’il va falloir rajouter à toutes les définitions disons classiques des oppositions de classes, l’ancrage dans le territoire et dans les conditions matérielles de vie ou même de survie » (Le Monde, 10/12/2021).

- « Inventer une géopolitique de la nature : « Les questions écologiques font éclater la notion d’espace » » (Revue Internationale et Stratégique, n°124, 2021/4).

- “Conflicts of Planetary Proportion — A Conversation”: Une conversation entre Bruno Latour et Dipesh Chakrabarty sur l’irruption de la dimension planétaire dans l’histoire, la philosophie et l’anthropologie. La planète n’est plus un décor naturalisé (Journal of the Philosophy of History, numéro spécial “Historical Thinking and the Human”, 14 (3), 2020, 19/11/2020).

- Le sociologue Bruno Latour présente « l’émergence d’une conscience de classe géosociale » comme une condition nécessaire pour définir les conditions d’habitabilité du vivant et partager leur mise en œuvre avec l’administration (Esprit, mai 2020).

- “Pour que la reprise économique, une fois la crise passée, ne ramène pas le même ancien régime climatique”. Bruno Latour nous invite à décrire ce à quoi nous sommes attaché.es en listant les activités dont nous nous sentons privé.es par le confinement et la crise sanitaire et en indiquant si nous aimerions qu’elles reprennent (AOC, 30/03/2020).

- « Nous ne vivons pas sur la même planète — Un conte de Noël » : « Dans les années 60, cette fameuse ‘planète bleue’ que l’on avait enfin photographiée depuis l’espace, elle était supposée nous mettre tous d’accord. Sa beauté, sa fragilité, sa couleur, ses nuages, tout cela devait nous unir. Il s’est produit tout le contraire. Jamais nous n’avons été moins unis, nous les humains, sur le nom, la nature, la forme, la consistance de la planète que nous prétendons habiter » (AOC, 20/12/2019).

- « Où la ZAD donne à l’État une bonne leçon » (in Eloge des mauvaises herbes, ce que nous devons à la ZAD, Les liens qui libèrent, 2018).

- « Esquisse d’un parlement des choses » : « L’écologie nous oblige donc à repenser à la fois la science et la politique. Nous avions exprimé cette double refonte par l’expression, “le Parlement des choses” » (in Ecologie Politique 2018 /1 n°56).

- “Anti-Globe”: « la vision de la Terre comme globe terrestre est à la fois une impossibilité pratique bien qu’elle passe pour l’exemple même d’un solide matérialisme » (in Globes, Yann Rocher (dir.) Architecture et sciences explorent le monde, catalogue de l’exposition 2017, Norma Editions).

- « L’Anthropocène et la destruction de l’image du Globe » (Traduction française par Franck Lemonde de la quatrième conférence Gifford « Facing Gaia-Six Lectures on the Political Theology of Gaia » prononcé en Février 2013, à Edimbourg pour un livre sous la direction de Emilie Hache, De l’univers clos au monde infini, éditions Dehors, 2014).

- « Que la bataille se livre du moins à armes égales » : « Il ne s’agit plus en effet d’ajouter à un sujet qui commence à troubler le public une information contraire astucieusement montée, comme on l’a fait depuis toujours par les voies de la propagande, mais de remonter en amont de la controverse, là où les savoirs positifs commencent à s’élaborer, afin d’empêcher qu’ils se closent » (Postface à Edwin Zaccai, François Gemenne et Jean-Michel Decroly, Controverses Climatiques, Sciences et Politiques, Presses de Sciences Po, 2011).

- 15 articles du Monde de 2000 à 2010 portant sur le principe de précaution et les questions de politique écologique.

- « Si tu viens à perdre la Terre, à quoi te sert de sauver ton âme ? » (in Jacques-Noël Pérès (dir.), L’avenir de la Terre: un défi pour les Eglises, Desclée de Brouwer, 2010).

- « Morale ou moralisme ? Un exercice de sensibilisation » : « On peut certes s’intéresser à la nature, aux écosystèmes, au changement climatique, aux ouragans, aux animaux, mais il conviendra de le faire d’une façon « strictement scientifique et factuelle », jamais d’une façon morale. Pourtant, le développement, depuis une trentaine d’années, de nouvelles manières d’aborder les sciences en train de se faire, ce qu’on appelle les « science studies », ont sérieusement modifié cette répartition des tâches entre faits et valeurs » (in Raisons Politiques, n° 34 mai 2009, avec Emilie Hache).

- « La mondialisation fait-elle un monde habitable? » : « Une réflexion sur la question du territoire à partir d’une définition non géographique de l’espace. La question des échelles est également posée. Le territoire est ainsi redéfini ainsi que la question du “malheur spatial” » (in Territoire 2040, Prospectives périurbaines et autres fabriques de territoire, Revue d’étude et de prospective n° 2, DATAR, 2009).

- « Pour un dialogue entre science politique et science studies » : « Bien que les choses aient profondément changé depuis le portrait croisé du professeur d’Université allemand et du fonctionnaire d’État donné par Max Weber, on s’en sert encore souvent pour résumer les rapports entre la science et la politique. Pourtant, en un siècle, bien d’autres acteurs se sont introduits sur la scène, brouillant chaque jour davantage la répartition des rôles entre le « savant » et le « politique » » (in Revue française de science politique, Vol. 58, n°4, 2008).

- « Moderniser ou écologiser. A la recherche de la Septième Cité » : « Je voudrais avancer l’hypothèse que la montée en puissance de l’écologie politique est gênée par la définition qu’elle se donne et de la politique et de l’écologie! De ce fait, la sagesse pratique qu’elle accumule après des années de militantisme, l’écologie ne semble pas capable de l’exprimer par un principe de triage et de sélection qui soit politiquement efficace » (in Ecologie politique n°13, 1995).

- « Crises des environnements, défis aux sciences humaines » : « A partir de l’exemple des recombinaisons génétiques relarguées dans l’atmosphère, l’article s’efforce de montrer l’apport de la sociologie des controverses scientifiques à la définition politique de nos rapports avec la nature » (in Futur Antérieur (avec Cécile Schwartz et Florian Charvolin) n°6, 1991).

- « Comment redistribuer le Grand Partage? » : « Présentation des débats entre l’ethnoscience des “sauvages” et la science des “civilisés”; esquisse d’une anthropologie de la science et des comparaisons entre les régimes d’énonciation différents » (in Revue de Synthèse, n°110, Avril/Juin, 1983).

🎧 ÉCOUTER, 📺 VOIR

- « Entretien avec Bruno Latour » (12 entretiens d’environ 13 min) : « A l’automne 2021, le philosophe et sociologue des sciences Bruno Latour déroulait face à Nicolas Truong ses réflexions sur le nouveau monde qui s’impose avec le changement climatique et précisait les grands éléments de sa pensée » (arte, 30/05/2022).

- « En mode Bruno Latour », une série de 4 émissions (4x58 min) : 1-”Il ne faut jamais simplifier le réel”, 2-La science a-t-elle toujours raison ? 3-Vers la fin de l’universel ? 4-L’écologie a-t-elle un avenir politique ? (France culture, 21–24/03/2022).

- “De proche en proche” (58 min) : « En Haute-Vienne, des habitants accompagnent le philosophe Bruno Latour dans une expérience singulière. Entre performances et controverses, ils s’emparent de la question de la crise écologique en observant en quoi celle-ci impacte directement leur cadre de vie » (France culture, 13/08/2022).

- La leçon inaugurale à Sciences Po : “Politiques de la Terre”, sur l’urgence climatique, “de la conscience à l’action” (Sciences Po, 28/08/2019).

EXPOSITIONS

- « Critical Zones. Observatories for Earthly Politics », conçue notamment par Bruno Latour et Peter Weibel au ZKM de Karlsruhe (Allemagne). La Zone Critique désigne cette fine couche de la croûte terrestre où vivent 99% des vivants. La détruire condamnerait de nombreuses espèces à une disparition rapide. L’exposition invite à explorer de nouveaux modes de coexistence avec toutes les formes de vie pour habiter la Terre ensemble (Zentrum für Kunst und Medientechnologie (ZKM), Karlsruhe, mai 2020).

- « Duplication en mode resserré de la Biennale de Tapei, « Toi et moi, on ne vit pas sur la même planète » met en scène au Centre Pompidou-Metz le travail de Bruno Latour sur nos modes d’existence affectés par le changement climatique. Cartographiant nos désaccords et nos divisions sur le nom et la consistance de la planète que nous prétendons habiter, l’exposition invite des artistes à donner une forme à ces questionnements, via l’enquête ou l’imaginaire » (AOC, 15/12/2021).

- La Biennale de Taipei « You and I don’t live on the same planet » dirigée conjointement par le philosophe Bruno Latour, le commissaire indépendant Martin Guinard et la commissaire indépendante Eva Lin, interroge les tensions géopolitiques et l’aggravation de la crise écologique en abordant les différences et les influences humaines d’un point de vue planétaire (hyperallergic, 20/11/2020).

- « Reset Modernity ! » : « Comment mettre les sciences sociales en exposition ? En organisant la rencontre des analyses et des ambitions politiques de Bruno Latour et de certaines œuvres contemporaines, l’exposition fait le pari que les musées peuvent être des espaces de dialogue, et d’un travail collectif sur les enjeux écologiques actuels » (la vie des idées, 01/07/2016).

- « Making Things Public — La chose publique : Atmosphères de la démocratie » : « la vie publique n’est peut-être pas tant une question d’opinion et de position qu’une certaine façon de se relier aux choses — aux choses rendues publiques » (Zentrum für Kunst und Medientechnologie (ZKM), Karlsruhe, mars 2005).

- « Iconoclash : Fabrication et destruction des images en science, en religion et en art » : « L’iconoclasme détruit une image, une icône, une représentation. Devant ce geste on ne peut que se réjouir ou s’indigner. Dans un icono-clash -néologisme inventé pour la cause- on ne sait pas ce qui s’est passé, le plaisir et la fureur se trouvent suspendus ; leur font place le doute, l’inquiétude et l’incertitude sur ce qui se passe vraiment quand on veut produire ou détruire des représentations » (Zentrum für Kunst und Medientechnologie (ZKM), Karlsruhe, mai 2002).

THÉÂTRE

- Conférence-performance Moving Earths de Bruno Latour et Frédérique Aït-Touati « sur la révolution galiléenne de 1610 et le choc lié à la découverte que la Terre non seulement n’est pas le centre de l’univers, mais qu’elle bouge, pour mettre ce bouleversement de notre perception du monde en relation avec cet autre choc, tout autant surprenant, que la terre est sensible ». Dans un entretien, Bruno Latour relie ainsi le choc de la révolution galiléenne et le bouleversement de notre perception du monde suscité par l’hypothèse Gaïa de James Lovelock (la Terre est autorégulée, dynamique et sensible) (The Guardian, 04/02/2020).

- « Conférence augmentée » Inside, créée à Nanterre Amandiers, mise en scène par Frédérique Ait-Touati. « Inside et Moving Earths ont pour objectif commun de remettre en question nos idées reçues concernant la planète, cette Terre que nous habitons comme nous marchons dessus, presque sans y penser. Ces perceptions correspondent-elles à la réalité ? Pas exactement, si l’on en croit Bruno Latour et Frédérique Aït-Touati. Inside s’intéresse par exemple à la « zone critique », cette mince surface où l’air, le sol, le sous-sol et le monde du vivant interagissent. À travers une série de tests et de projections d’images, de cartes et de dessins, l’on va tenter ici de comprendre ce que signifie « vivre dedans » et non « sur » » (Bruno Latour, 2016).

- Fiction radiophonique : Cosmocolosse (58 min), tragi-comédie climatique et globale, composée par Bruno Latour, Frédérique Aït-Touati et Chloé Latour : « Le réchauffement global — l’événement le plus important qui vient vers nous selon les climatologues et les écologistes — est aussi le symptôme de l’irruption de ce nouveau personnage controversé, qu’on appelle Gaia » (France culture, 15/11/2016).

PUBLICATIONS

- Mémo sur la nouvelle classe écologique. Comment faire émerger une classe écologique consciente et fière d’elle-même (avec Nikolaj Schultz), La Découverte, 2022.

« À quelles conditions l’écologie, au lieu d’être un ensemble de mouvements parmi d’autres, pourrait-elle organiser la politique autour d’elle ? Peut-elle aspirer à définir l’horizon politique comme l’ont fait, à d’autres périodes, le libéralisme, puis les socialismes, le néolibéralisme et enfin, plus récemment, les partis illibéraux ou néofascistes dont l’ascendant ne cesse de croître ? Peut-elle apprendre de l’histoire sociale comment émergent les nouveaux mouvements politiques et comment ils gagnent la lutte pour les idées, bien avant de pouvoir traduire leurs avancées dans des partis et des élections ? »

- Où suis-je? — Leçons du confinement à l’usage des terrestres, La Découverte, 2021.

« Les Terrestres semblent commencer à saisir qu’ils ne se déconfineront pas, d’autant que la crise sanitaire s’encastre dans une autre crise autrement plus grave ; et que c’est une chance à saisir : celle de comprendre enfin où ils sont, dans quelle terre ils vont pouvoir enfin s’envelopper — à défaut de se développer ! Une fois atterris, parfois violemment, il faut bien que les Terrestres explorent le sol où ils vont désormais habiter. Comment les aider ? Tel est l’objet de cet essai. Après Face à Gaïa, ces deux livres dessinent de plus en plus précisément le Nouveau Régime Climatique ».

- Où atterrir ? — Comment s’orienter en politique, La Découverte, 2017.

« Tout se passe comme si une partie importante des classes dirigeantes (ce qu’on appelle aujourd’hui de façon trop vague « les élites ») était arrivée à la conclusion qu’il n’y aurait plus assez de place sur terre pour elles et pour le reste de ses habitants ».

- Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique, La Découverte, 2015.

« Finalement la Nature était très peu terrestre et surtout très peu matérielle. Gaïa, c’est le nom du retour sur Terre de tout ce que nous avions un peu rapidement envoyé off shore. Alors que les Modernes regardaient en l’air, les Terrestres regardent en bas. Les Modernes formaient un peuple sans territoire, les Terrestres recherchent sur quel sol poser leurs pieds. Ils reviennent sur une Terre dont ils acceptent enfin d’explorer les limites ; ils se définissent politiquement comme ceux qui se préparent à regarder Gaïa de face ».

- Enquête sur les modes d’existence. Une anthropologie des Modernes, La Découverte, 2012.

« En comparant systématiquement les modes d’existence déployés par les Modernes, mais pas toujours institués par eux, on donne de leur anthropologie une version différente qui permet peut être de les comparer ensuite avec les autres collectifs. L’originalité de cette entreprise c’est de pouvoir se prolonger par une enquête collaborative au cours de laquelle des lecteurs, devenus co enquêteurs, pourront amplifier et modifier les résultats, changer les questions et, en fin de compte, participer à la réécriture du rapport préliminaire ».

- Cogitamus. Six lettres sur les humanités scientifiques, La Découverte, 2010.

« Moi non plus, je ne sais pas comment choisir entre les prévisions catastrophistes de certains écologistes qui parlent d’un monde en train de sombrer sous nos yeux et les propos rassurants qui nous disent de nous calmer en faisant confiance, pour nous tirer d’affaire, au développement des sciences et des techniques. Faut-il choisir entre l’Apocalypse et l’avenir radieux ? Je crois plutôt qu’il faut prendre un peu de recul en recherchant d’où peuvent provenir des sentiments aussi contradictoires ».

- Sur le culte moderne des dieux faitiches suivi de Iconoclash, La Découverte, 2009.

« Le livre ainsi composé ne demande rien d’autre au lecteur que la suspension, nulle doute provisoire, de ces deux notions réflexes : la croyance et la critique. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour concentrer l’attention sur l’exacte nature des êtres sortis de nos mains et pour comprendre en quel sens il faut confesser que nous sommes bien les « fils de nos œuvres ». Pour enquêter sur cette double contradiction, je propose ici deux notions quelque peu bricolées : celle de faitiche d’abord, celle d’iconoclash ensuite ».

- Paris ville invisible (avec Emilie Hermant), Les Empêcheurs de penser en rond & Le Seuil, 2009.

« Tous ces cheminements inattendus permettront peut-être, en fin de compte, de reposer une question plus théorique sur la nature du lien social et sur les façons bien particulières qu’a la société de rester insaisissable ».

- Changer de société — Refaire de la sociologie, La Découverte, 2006.

« Lorsque les chercheurs en sciences sociales ajoutent l’adjectif « social » à un phénomène, ils désignent un état des choses stabilisé, un assemblage de liens qui peut, dans un second temps, être éventuellement mobilisé pour rendre compte d’un phénomène. Il n’y a rien à redire à cet usage du terme, tant qu’il désigne ce qui est déjà assemblé et qu’il n’implique aucune hypothèse superflue quant à la nature de ce qui est assemblé. Les problèmes commencent toutefois à surgir lorsque le sens du terme « social » se réfère à un type de matériau ».

- Sociologie de la traduction. Textes fondateurs (avec Madeleine Akrich et Michel Callon), Presses de l’Ecole des Mines, 2006.

- De la science à la recherche — Chroniques d’un amateur de sciences, Presses de l’Ecole des Mines, 2006.

« Amateur de sciences” comme on dit “amateur d’art”, Bruno Latour a rédigé chaque mois pour la revue La Recherche son journal de passion en nous parlant de la science en train de se faire, du travail des disciplines, de la profession de chercheur, mais aussi de politique des sciences, de controverses, de vaches folles, de momie… D’un ton vif, tantôt allègre et tantôt polémique, ces courtes chroniques très imagées sont une initiation plaisante et synthétique pour ceux qui voudraient goûter à cette nouvelle approche des sciences sociales, la sociologie de la traduction, qui remet en cause l’ennuyeuse distinction entre “littéraire” et “matheux” ».

- Les Atmosphères de la politique — Dialogue pour un monde commun (dir. Pasquale Gigliardi & Bruno Latour, avec Philippe Descola, François Jullien, Gilles Kepel, Peter Sloterdijk, Isabelle Stengers, etc.), Les Empêcheurs de Penser en Rond, 2006.

« Un sentiment partagé de crise aiguë : la vie politique est devenue difficile, l’air de la démocratie nous étouffe, il n’y a plus de monde commun. Ensemble, ces délégués se demandent comment éviter le naufrage de la démocratie — que faire au milieu d’une tempête, sinon se réfugier dans une île ! Quelle est l’intrigue ? Les participants ne veulent pas s’entendre trop rapidement. Ils ne parviennent pas s’accorder. Ils achoppent sur chaque définition : comment s’unir ; comment se parler ; comment rendre un peu respirable l’air du bon gouvernement ».

- Un Monde pluriel mais commun — Entretiens avec François Ewald, Éditions de l’Aube, 2003.

- La fabrique du droit. Une ethnographie du Conseil d’Etat, La Découverte, 2002.

« Paradoxe évidemment que de se réclamer des lumières jetées par une enquête indépendante pour mieux faire ressortir l’obscurité nécessaire à l’achèvement du jugement. Mais comme ce paradoxe est dans la nature de l’objet lui-même, il ne m’a pas semblé, après avoir beaucoup hésité, que je manquais à des devoirs contradictoires en recourant à ce maquillage systématique de données que je crois pourtant aussi fiables qu’éclairantes ».

- Jubiler ou les difficultés de l’énonciation religieuse, La Découverte, 2002.

« Jubiler — ou les tourments de la parole religieuse, voilà ce dont il voudrait parler, voilà ce dont il ne parvient pas à parler : il a comme un bœuf sur la langue ; un embarras de parole ; impossible d’articuler ; il ne parvient pas à partager ce qui, depuis si longtemps, lui tient tellement à cœur ; devant ses parents, ses proches, il est obligé de dissimuler ; il ne peut que bégayer ; comment avouer à ses amis, ses collègues, ses neveux, ses élèves? Il a honte de ne pas oser parler et honte de vouloir parler quand même ».

- L’espoir de Pandore. Pour une version réaliste de l’activité scientifique, La Découverte, 2001.

« La réalité est-elle vraiment devenue quelque chose à laquelle les gens doivent croire, m’étonnai-je, quelque chose comme la réponse à une grave question que l’on pose en chuchotant d’un air embarrassé ? Quelque chose comme Dieu, comme une profession de foi, comme le résultat d’un long colloque intime ? Existe-t-il sur terre des gens qui ne croient pas à la réalité ? ».

- Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, La Découverte, 1999.

« Alors que les mouvements écologiques nous annoncent l’irruption de la nature en politique, il nous faudra imaginer, le plus souvent avec eux et parfois contre eux, ce que pourrait être une politique enfin délivrée de cette épée de Damoclès : la nature ».

- Pasteur — Une science, un style, un siècle, Librairie Académique Perrin-Institut Pasteur, 1994.

Livre officiel du centenaire de la mort de Pasteur.

- De la préhistoire aux missiles balistiques — L’intelligence sociale des techniques (avec Pierre Lemonnier), La Découverte, 1994.

« Ce livre est le résultat d’un colloque interdisciplinaire sur les nouvelles voies dans l’étude de la technologie qui a réuni des chercheurs en primatologie, archéologie, ethnologie, philosophie et études scientifiques. De nombreux domaines technologiques différents sont utilisés comme études de cas et de nombreuses tentatives sont faites pour intégrer les différents paradigmes, en particulier la tradition française de Leroi-Gourhan avec d’autres programmes de recherche sur la culture matérielle ».

- La clef de Berlin et autres leçons d’un amateur de sciences, La Découverte, 1993.

« Divers textes populaires et semi-populaires ont été rassemblés dans ce livre sans chercher à les intégrer ; l’objectif est de présenter à un large public quelques-uns des résultats des études sur la science et la technologie en utilisant la forme la plus légère possible, celle de la “critique de la science”, de la même manière qu’il existe une critique de l’art ».

- Aramis ou l’amour des techniques, La Découverte, 1992.

« Pouvons-nous déployer de bout en bout l’histoire tortueuse d’une technique de pointe afin de servir d’enseignements à ceux, ingénieurs, décideurs et usagers, qui tous les jours vivent ou meurent de ces techniques? Pouvons-nous rendre les sciences humaines capables de comprendre les machines qu’elles trouvent inhumaines et réconcilier ainsi le public cultivé avec ces corps qu’il croit étranger au corps social? Enfin, pouvons-nous faire d’un objet technique le personnage central d’un récit et rendre à la littérature les vastes territoires qu’elle n’aurait jamais dû brader, “ces quelques arpents de neige et de glace”, les sciences et les techniques? »

- Eclaircissements. Cinq entretiens avec Bruno Latour (de Michel Serres), Editions François Bourin, 1992.

« Bien qu’élu à la prestigieuse Académie française en 1990, Michel Serres a longtemps été considéré comme un anticonformiste, un penseur provocateur dont les écrits prolifiques sur la culture, la science et la philosophie ont souvent déconcerté plus qu’ils n’ont éclairé. Dans ces cinq vifs entretiens avec le sociologue Bruno Latour, cette figure culturelle de plus en plus importante fait la lumière sur les idées qui inspirent ses essais très originaux, stimulants et transdisciplinaires ».

- Nous n’avons jamais été modernes — Essai d’anthropologie symétrique, La Découverte, 1991.

« Depuis une vingtaine d’années, mes amis et moi, nous étudions ces situations étranges que la culture intellectuelle où nous vivons ne sait pas où ranger. Nous nous appelons, faute de mieux, sociologues, historiens, économistes, politologues, philosophes, anthropologues. Mais à ces disciplines vénérables nous ajoutons à chaque fois le génitif : des sciences et des techniques. “Science studies”, est le mot des Anglais, ou ce vocable trop lourd “Sciences, Techniques, Sociétés”. Quelle que soit l’étiquette, il s’agit toujours de renouer le noeud gordien en traversant, autant de fois qu’il le faudra, la coupure qui sépare les connaissances exactes et l’exercice du pouvoir, disons la nature et la culture ».

- La Vie de laboratoire — La production des faits scientifiques, La Découverte, 1988.

« Fruit d’une enquête ethnographique de deux ans dans le laboratoire de neuroendocrinologie du professeur Roger Guillemin à La Jolla, en Californie, l’ouvrage explore les différentes étapes de la construction des faits scientifiques et expose les différents enjeux des études scientifiques alors émergentes ».

- La Science en action, La Découverte, 1987.

« Rédigé à l’intention du grand public désireux de renouveler la compréhension de la pratique scientifique et de son lien avec le reste de la société, ce livre s’appuie sur des anecdotes, des études de cas, des exemples tirés d’époques et de disciplines très diverses, pour définir des règles de méthode qui peuvent être utilisées pour suivre les scientifiques ; le rôle clé est accordé aux non-humains, c’est-à-dire aux associations qui transcendent l’ancien clivage entre nature et société ».

- Pasteur, Guerre contre les microbes, Éditions Nathan, 1985.

- Les Scientifiques et leurs alliés (avec Michel Callon), Editions Pandore, 1985.

- Les Microbes: guerre et paix, suivi de Irréductions, La Découverte, 1984.

« Nous sommes aujourd’hui comme au temps de Mercator. Les portulans nous parviennent de toutes parts, mais nos cartes sont injustes. Nous réduisons par avance la forme des objets du monde, faute de posséder quelque principe de projection qui nous permette d’en suivre les contours, aussi imprévus et étranges qu’ils puissent être. Ce travail voudrait profiter d’une brève éclaircie. Nous sommes les premiers peut-être, entre crise et guerre, qui considérions le monde sans croire ni aux religions, ni aux politiques, ni aux sciences ».

- La Science telle qu’elle se fait — Anthologie de la sociologie des sciences de langue anglaise (dir. avec Michel Callon), Editions Pandore, 1982.


VEILLE SPÉCIALE SUR L’ŒUVRE DE BRUNO LATOUR was originally published in Anthropocene 2050 on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.

14.09.2022 à 16:47

VEILLE THEMATIQUE SUR LES LIMITES À LA CROISSANCE

berenice gagne
Texte intégral (6328 mots)

Septembre 2022

Une veille opportuniste à l’occasion des 50 ans (1er octobre 1972) de la publication du Rapport du Club de Rome, ou Rapport Meadows, ou Les limites à la croissance (dans un monde fini) (The Limits to Growth-LTG) ou Halte à la croissance? Alors que l’exploration spatiale se présente comme la seule échappatoire aux limites planétaires, en cette rentrée 2022, sur Terre (enfin, en France quoi), le mot à la mode est “sobriété”. Les limites à la croissance riment dangereusement avec cette fin de l’abondance qu’on fait mine de découvrir et d’autres mots continuent à faire peur: “décroissance”, “rationnement”, “renoncement”, bouh ! 👻👻👻

📚 Quelques publications récentes en fin de post.

“Greenhouse” (2018) © Kyle Thompson

Retrouvez les veilles anthropocènes mensuelles de l’Ecole urbaine de Lyon : toute l’actualité du changement global pour comprendre ce qui nous arrive et le monde qui vient. A suivre au fil de l’eau sur Twitter et Instagram.

📢 Découvrez également d’autres veilles thématiques sur l’eau, les nouveaux outils économiques et les sols urbains, des chroniques originales à écouter ou à lire sur des sujets issus des veilles et une très riche compilation de pistes de lectures anthropocènes parmi les publications les plus récentes.

CROISSANCE: NO NO, NO NO NO NO, NO NO NO NO, NO NO THERE’S NO LIMIT?

- « Des Luddites aux limites » : une perspective historique des formes de critique de la croissance. L’article montre « qu’à côté d’une critique étroite et principalement écologique de la croissance, qui a émergé à partir des années 1950 et a critiqué la comptabilité du PIB et la croissance en tant qu’objectif politique, il y avait également des critiques plus larges du phénomène de la croissance lui-même. 8 courants de critiques de la croissance sont analysés : critique écologique, socio-économique, féministe, Sud-Nord, culturelle, anticapitaliste, critique de l’industrialisation, ainsi que critique réactionnaire de la croissance » (Globalizations, 16/08/2022).

- “Les apories du Rapport Meadows” : des extraits de l’ouvrage de Philippe Pelletier, Effondrement et capitalisme vert. La collapsologie en question (Nada, 2020). (Partie 1 et partie 2, Anthropocene2050, 22/02/2022).

- Un message clair de l’Agence européenne pour l’environnement : « La croissance économique est étroitement liée à l’augmentation de la production, de la consommation et de l’utilisation des ressources et a des effets néfastes sur l’environnement naturel et la santé humaine. Il est peu probable qu’un découplage durable et absolu entre la croissance économique et les pressions et impacts environnementaux puisse être réalisé à l’échelle mondiale ; les sociétés doivent donc repenser ce que l’on entend par croissance et progrès et leur signification pour la soutenabilité mondiale » (European Environment Agency, 21/06/2021).

- Une remise en cause de la croissance infinie et du solutionnisme technologique (techno fix) qu’on retrouve également dans cet article : « Même les technologies “durables”, telles que les véhicules électriques et les éoliennes, sont confrontées à des limites physiques et ont un coût environnemental élevé » (Scientific American, 20/06/2021).

- Le rapport Dasgupta, commandé par le gouvernement britannique au professeur d’économie de l’université de Cambridge Partha Dasgupta, traduit en termes économiques orthodoxes les effets de la crise de l’habitabilité de la planète. Ce rapport propose de quantifier les « services rendus par la nature » ou « services écosystémiques » pour mesurer le « coût dévastateur pour la nature » de la croissance. Il ne remet pas en cause la croissance mais appelle à une croissance plus soutenable qui prendrait en compte le « bien-être économique » qui intègrerait « les services rendus par la nature » (Le Monde, 02/02/2021).

- Un entretien avec le géographe Andreas Malm sur le lien entre la pandémie et le capitalisme : il estime que le débat sur les dimensions écologiques de la pandémie a été escamoté pour favoriser l’illusion d’un possible retour au business as usual et en raison d’un manque de connaissance des travaux sur les zoonoses par un large public, ce qui n’a pas permis une appropriation militante de la question. Il insiste sur l’incapacité intrinsèque du capitalisme à se fixer ou respecter des limites : « le capitalisme a tendance à faire surgir ces nouvelles maladies parce qu’il est incapable de renoncer à exploiter les écosystèmes naturels. Il est obligé d’envahir ces écosystèmes et de les transformer en sources de profit ». Dans son dernier ouvrage, La chauve-souris et le capital. Stratégie pour l’urgence chronique (La fabrique, 2020, traduction par Étienne Dobenesque), Andreas Malm propose un « léninisme écologique » en s’attaquant aux moteurs de notre état permanent de catastrophe écologique : « pour mettre fin à la catastrophe, il faut s’en prendre aux classes dominantes, qui ont intérêt à ce que la catastrophe se poursuive » (Reporterre, 14/01/2021).

- « L’Ademe souhaite que l’économie circulaire joue un rôle moteur dans la reprise de l’activité au service d’une croissance économique durable » (Banque des Territoires, 07/09/2020).

- « A l’origine des modèles intégrés du changement climatique », un article d’Elodie Vieille Blanchard. Le rapport du Club de Rome de 1972 suscite le développement de plusieurs démarches de modélisation qui recadrent la problématique initiale, de « pour ou contre la croissance » vers « quel type de croissance est souhaitable » et « comment aménager la croissance pour la poursuivre ». Parmi ces démarches, l’approche coût-bénéfice de la pollution va devenir une méthode significative d’appréhension du changement climatique » (Recherches internationales, n°89, janvier-mars 2011).

Plage et pétrole à Huntington Beach (1937) © Herman Schultheis / L.A. Public Library (via Extraction Art)

ACTUALITÉ DU RAPPORT MEADOWS

- Politique monétaire: les limites de la monnaie illimitée dans un monde aux ressources limitées. « Jusque dans les années 1970, on considérait que la terre était immense, les ressources illimitées et la monnaie, encore liée à l’or à travers le dollar, rare. Aujourd’hui, on constate que la terre est petite, les ressources limitées et la monnaie abondante et illimitée. La politique monétaire a un rôle important à jouer pour que les flux financiers s’alignent sur des trajectoires bas carbone » (AOC, 07/09/2022).

- « Soutenabilités ! Orchestrer et planifier l’action publique : nous traversons une triple crise, écologique, sociale et démocratique. Sur l’ensemble de ces plans, nous risquons de dépasser les limites de ce que nos sociétés et notre environnement peuvent supporter. Pour travailler au mieux sur ces sujets, pour prendre en compte à la fois les défis de durabilité, de transversalité et de légitimité de l’action publique, France Stratégie mobilise le concept de Soutenabilités (au pluriel) » (France Stratégie, 13/07/2022).

- « Que s’est-il passé depuis cinquante ans pour que, malgré des centaines de sommets, conférences, traités et conventions, les dérèglements planétaires ne cessent de s’aggraver ? L’historien Christophe Bonneuil rappelle, dans une tribune au « Monde », que la réduction du poids des combustibles fossiles et de leurs effets néfastes sur le climat a été inscrite à l’agenda politique international dès 1972 » (Le Monde, 17/06/2022).

- « Dennis Meadows : « Le déclin de notre civilisation est inévitable » : Le Rapport Meadows a 50 ans. Sa réédition reste critique : notre monde basé sur la croissance court à sa perte. L’effondrement est une réalité, précise dans cet entretien le chercheur émérite Dennis Meadows, coauteur du texte. Pour lui, « vivre avec moins » est primordial » (Reporterre, 03/03/2022).

- A écouter : une série sur « Les économistes face à la nature » qui retrace l’histoire ancienne de la pensée économique de la nature, devenue propriété, ouvrant la voie à l’explosion de l’exploitation des ressources du capitalisme. Les modèles économiques néoclassiques sont-ils compatibles avec la protection de l’environnement et une croissance durable, ou la décroissance est-elle la seule voie d’une économie écologique ? (France culture, 09–11/02/2021).

- Angel Gurría, Secrétaire général sortant de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), demande aux pays riches de se préoccuper en urgence de la crise sanitaire du coronavirus, mais aussi, des urgences environnementales mondiales comme d’une priorité. Il exhorte les pays à conditionner leurs aides à des exigences environnementales et à favoriser les projets environnementaux créateurs d’emplois pour une reprise verte. Il invite également à une tarification du carbone très significative. Alors que l’annonce de sa succession est attendue avant le 1er mars, l’OCDE devra choisir entre l’engagement en faveur de l’action climatique, au grand dam de certains gouvernements, et un rôle plus traditionnel de soutien à la croissance, déconnecté des préoccupations environnementales, et de suivi des indicateurs économiques (The Guardian, 17/02/2021).

- Entretien avec l’économiste Antoine Missemer sur la place des énergies fossiles dans notre vie : « Le pic pétrolier aura-t-il lieu ? La croissance est-elle indissociable de la consommation d’énergies fossiles ? Quel lien y peut-on établir entre transition énergétique et système politique ? » (Usbek & Rica, 20/05/2020).

- Un appel du club de Rome aux dirigeants mondiaux pour que la réponse économique à la crise du coronavirus soit guidée par le long terme et les limites de la planète (Le Club de Rome, 26/03/2020).

©Irena Buzarewicz

LIMITES PLANETAIRES

- « Un budget planétaire pour survivre et prospérer. 8 scientifiques étudiant la soutenabilité et les sciences politiques estiment que nous devons définir des objectifs fondés sur la science pour nous assurer de rester dans les limites de ce que notre planète peut supporter. L’année prochaine, un groupe de travail mondial composé de spécialistes des sciences naturelles et sociales publiera son premier rapport décrivant ces “limites du système terrestre”. Ils y expliquent comment les chercheurs et chercheuses peuvent aider les villes et les entreprises à comprendre les systèmes complexes et interdépendants — eau, nutriments, émissions de carbone et autres — afin d’éviter les effets dominos et de ne pas dépasser les points de bascule des systèmes terrestres » (Nature, 12/09/2022).

- « Des limites planétaires aux limites du Sud-Loire ». « D’où vient le calcul des limites planétaires et comment l’appliquer à l’échelle locale? » (Anthropocene2050, 06/09/2022).

- « Jusqu’à quand pourrons-nous dépasser les limites planétaires ? » : « Dépasser une limite planétaire, c’est franchir un point de bascule qui nous fait sortir de l’Holocène. […] Respecter ces limites suppose tout autant d’innovations économiques, sociales, culturelles, politiques ou encore géopolitiques. Autrement dit, il s’agit sans doute de dépasser une autre limite : celle de notre imaginaire » (The Conversation, 30/05/2022).

- « La transition c’est trop tard, il faut une politique d’urgence climatique » : une tribune d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran qui publient Les limites planétaires (La Découverte, 2020) (Reporterre, 30/05/2020).

- Un point sur les limites physiques de la planète et les leviers possibles pour faire face à la crise globale énergétique, matérielle et environnementale (The Conversation, 29/05/2020).

- Etude : « Limites planétaires. Comprendre (et éviter) les menaces environnementales de l’anthropocène » par Aurélien Boutaud et Natacha Gondran. « Ce rapport décrypte l’état des lieux dressé par les scientifiques et présente quelques pistes pour limiter les processus les plus préoccupants, aussi bien à l’échelle globale qu’à celle de la Métropole de Lyon » (Millénaire 3, 25/06/2019).

“Earth your oasis in space” © NASA JPL/Caltech

POST-CROISSANCE: AU-DELA DU RAPPORT MEADOWS

- « « La sobriété et le rationnement sont de puissants outils de justice sociale ». Rationner l’énergie cet hiver? Le gouvernement y réfléchit. Ce concept, visant à répartir les efforts en période de crise, a été dévoyé par l’État, estime la chercheuse Mathilde Szuba. Elle plaide pour une politique de sobriété et de justice sociale » (Reporterre, 08/09/2022).

- Une analyse, par l’économiste Eloi Laurent et l’écologue Serge Morand, du choix cornélien à faire rapidement entre une approche centrée sur la valeur économique du vivant et celle reconnaissant les interdépendances entre les formes de vie comme valeur essentielle. Les auteurs nomment « croissance verte » ou « bio-croissance » « la croissance du produit intérieur brut (PIB) tirée de l’exploitation du vivant » car « le problème censé être la clé de voûte de la crise de la biodiversité » serait « la valeur de la nature ». Il s’agit pour les auteurs d’une « approche séparatiste » : « séparer le monde vivant du monde social en faisant de la croissance économique une boussole, pétrifier le monde vivant au moyen du « capital naturel » et le fragmenter en tarifiant les espèces non humaines sous prétexte de les préserver ». Ils proposent une alternative : une « approche holistique des systèmes sociaux et naturels », « la bio-solidarité ». Elle désigne « l’interdépendance des différentes formes du monde vivant, dont les humains, et se mesure par la vitalité des liens qui unissent à la fois les espèces non humaines entre elles et ces espèces à l’espèce humaine ». La santé devient alors un indicateur essentiel de la vitalité des liens naturels et sociaux. Et de conclure, de manière percutante : « la raison essentielle de la destruction de ces liens n’est pas la valeur de la nature ou son défaut supposé mais la nature de la valeur, étroitement économique, et ses excès » (The Conversation, 11/10/2021).

- Exposition « POST GROWTH / Imaginer l’après-croissance », « une invitation à réfléchir collectivement et de manière pratique à l’avenir de la vie sur la planète, la notion de croissance sous toutes ses facettes et implications, ainsi qu’aux limites de la technologie, de la politique et de notre imagination. Une dizaine de chercheur·euses de l’UCLouvain y sont associé·es, dans des domaines aussi variés que le droit, la philosophie, l’anthropologie, la climatologie, l’architecture, l’économie, les sciences politiques, les nanotechnologies, etc. » (Université catholique de Louvain, du 20/10 au 15/12/2021).

- Une nouvelle étude compare les scénarios du GIEC pour ne pas dépasser 1,5°C d’augmentation des températures moyennes sur la planète (objectif de l’Accord de Paris) — qui s’appuient sur un modèle de croissance économique continue — avec des scénarios de décroissance qui incluent des considérations sur l’équité et sur la faisabilité politique et économique (Nature Communications, 11/05/2021).

- “Why Degrowth Is the Worst Idea on the Planet”. “La courbe de Kuznets réfute complètement l’idée centrale de la décroissance selon laquelle les dommages environnementaux augmentent en même temps que la population et l’économie ». Elle postule qu’à mesure que la richesse continue d’augmenter, les dommages environnementaux se stabilisent, puis diminuent (Wired, 06/10/2020). Cependant la fiabilité de la courbe de Kuznets pose question. Certaines recherches récentes ont montré que la théorie n’était pas concluante ou qu’elle n’est vraie que pour certains pays en développement. Les économistes et les scientifiques suivent de près les pays qui semblent ne pas suivre cette courbe, comme le Mexique, l’Indonésie et l’Afrique du Sud (Environmental Science and Pollution Research, 09/01/2021).

- “What does degrowth mean? A few points of clarification”. Pour ne plus confondre la décroissance avec une récession destructrice : la décroissance « vise à réduire la production écologiquement destructrice et socialement moins nécessaire (c’est-à-dire la production de SUV, d’armes, de viande bovine, de transports privés, de publicité et d’obsolescence programmée), tout en développant des secteurs socialement importants comme la santé, l’éducation, les soins et la convivialité » (Globalizations, 04/09/2020).

- « Un nouveau système comptable rendant compte de nos interactions avec l’environnement pourrait faciliter la transition écologique » : « Nos modèles économiques actuels se fondent sur un contrat social et un modèle de croissance qui reposent sur une relation instrumentale à la nature, conduisant à un non-respect des objectifs de conservation des écosystèmes, pourtant définis scientifiquement, collectivement et juridiquement (lois sur l’eau et sur les espèces protégées, engagements sur les émissions de gaz à effet serre, etc.). Ce non-respect se traduit finalement par une accumulation de dettes vis-à-vis de l’environnement, et ainsi à une augmentation des risques pour nos sociétés, notamment sanitaires » (Le Monde, 19/07/2020).

- Une revue de 28 politiques internationales en faveur de la biodiversité produites sous l’égide des Nations Unies entre 1972 et 2016 montre qu’elles « reposaient toutes sur des scénarios de croissance jugés indispensables pour lutter contre la pauvreté et pour la prospérité ». Cette idée s’appuie sur « l’hypothèse d’un découplage possible entre croissance économique et perte de biodiversité via une meilleure efficacité dans l’utilisation des ressources » qui n’a jamais pu être réalisé. « Des recherches de plus en plus riches s’intéressent aux modalités d’une « décroissance prospère » pour les humains, et favorable à la biodiversité » (CNRS, 20/04/2020).

“Ocean Dome, Miyazaki, Japan” dans la série “Small World” (1996) © Martin Parr/MAGNUM PHOTOS

PUBLICATIONS RECENTES

Philippe AGHION, Céline ANTONIN, Simon BUNEL, Le Pouvoir de la destruction créatrice. Innovation, croissance et avenir du capitalisme (Odile Jacob, 2020).

Contre la décroissance et le retour à des technologies traditionnelles, les économistes avancent que l’innovation technologique, portée par un capitalisme orienté et régulé par l’Etat, est la réponse aux enjeux sociaux et environnementaux. En s’appuyant sur l’économiste autrichien du 20ème siècle Schumpeter, les auteurs et l’autrice soulignent la « destruction créatrice » du capitalisme : le principe de concurrence encourage un progrès continu car il pousse à toujours dépasser l’existant et à imposer des nouveautés (produits ou processus). Contre la collapsologie ambiante, les économistes affirment que l’inventivité qui a conduit à des technologies destructrices peut également générer des technologies vertes. Elle doit être stimulée par des politiques de soutien à la recherche et au développement et par une taxe carbone.

Fabrice BARDET, Lucia SHIMBO, Huana CARVALHO (dir.), Valua Terra. Faire la valeur des environnements. Perspectives croisées françaises et brésiliennes (Collection À partir de l’Anthropocène, Éditions deux-cent-cinq & École urbaine de Lyon, 2022).

« Quelle est la valeur de la planète Terre ? Celle d’un glacier ou d’un arbre ? Ceux qui se sont penchés sur cette question de la valeur des environnements ont notamment contribué à l’élaboration de différentes comptabilités environnementales : celles qui reposent sur un principe d’évaluation environnementale, et celles qui chargent le marché de réaliser l’évaluation de la valeur de la nature. Derrière cette controverse scientifique dans laquelle s’est notamment engagée la Banque Mondiale, il y a justement la dimension géopolitique et démocratique du problème : qui doit participer au choix du calcul à retenir ? Et quelle autorité pourrait être chargée de le faire respecter ? Les chercheurs et les chercheuses françaises et brésiliennes du Projet de recherche international Valua Terra du CNRS ont imaginé rassembler 20 textes de diverses disciplines et influences pour reprendre la réflexion sur les racines de la crise écologique planétaire et sa dimension financière mondialisée».

Aurélien BOUTAUD, Natacha GONDRAN, Les limites planétaires (La Découverte, 2020).

Les deux scientifiques mettent en lumière les principales variables qui déterminent l’équilibre des écosystèmes à l’échelle planétaire afin de déterminer les frontières à ne pas dépasser si l’humanité veut éviter les risques d’effondrement : au-delà du climat et de la biodiversité, il et elle abordent également le déséquilibre des cycles biogéochimiques, le changement d’affectation des sols, l’introduction de polluants d’origine anthropique dans les écosystèmes ou encore l’acidification des océans.

John BREWER, Neil FROMER, Fredrik ALBRITTON JONSSON, Frank TRENTMANN (dir.), Scarcity in the Modern World. History, Politics, Society and Sustainability, 1800–2075 (Bloomsbury Academic, 2019).

Comment les « préoccupations relatives à la limitation des ressources environnementales telles que l’eau, la nourriture, l’énergie et les matériaux se sont développées, puis ont été gérées, du 18ème au 21ème siècle ? L’ouvrage rassemble des contributions pluridisciplinaires qui situent les préoccupations contemporaines relatives à la limitation dans leur histoire plus longue et abordent les prévisions et les débats récents concernant la pénurie future des énergies fossiles, des énergies renouvelables et de l’eau jusqu’en 2075 ».

Giorgio CESARANO, Gianni COLLU, Apocalypse et révolution (Editions La Tempête, 2020). Traduction par Lucien Laugier.

Réédition de l’ouvrage rédigé en 1972 pour répondre à la parution du rapport du Club de Rome, Les limites à la croissance, qui préconisait une « croissance zéro » et une limitation du capitalisme : les auteurs analysent la façon dont le capitalisme se propage via un millénarisme religieux, la colonisation de l’individualité et le développement d’une économie de la dette. Au-delà de l’affrontement entre les classes, ils fondent une certitude : la révolution part du corps, elle est le combat du corps de l’espèce humaine contre sa mise à mort par le processus de production capitaliste.

Pierre CHARBONNIER, Abondance et liberté. Une histoire environnementale des idées (La Découverte, 2020).

Le pacte entre démocratie et croissance est aujourd’hui remis en question par le changement climatique et le bouleversement des équilibres écologiques. Le philosophe « appelle à sauver le projet démocratique en le découplant de notre mode de vie destructeur. La tâche est immense, tant nos imaginaires et nos institutions ont été marquées par le pacte entre croissance et autonomie. Si les notions d’abondance et de liberté ont marché main dans la main depuis trois siècles, ce long compagnonnage est aujourd’hui remis en cause ».

Simon DALBY, Anthropocene Geopolitics. Globalization, Security, Sustainability (Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2020).

Le professeur de géographie et d’études environnementales analyse les conditions d’une véritable politique de durabilité qui prenne en compte les limites planétaires au moment où garantir la survie d’une économie fondée sur la consommation de combustibles fossiles demeure à ce jour une priorité politique.

Pierre DOCKES, Le Capitalisme et ses rythmes, quatre siècles en perspective. Tome II : Splendeurs et misère de la croissance (Classiques Garnier, 2019).

« Au-delà des jeux pervers de la finance, l’ouvrage interroge les ressorts profonds d’un régime économique qui produit l’instabilité, stagnation et inégalités. Comment rendre ce monde vivable ? »

François JARRIGE, Alexis VRIGNON, Face à la puissance. Une histoire des énergies alternatives et renouvelables à l’âge industriel (La Découverte, 2020).

Longtemps, l’histoire de l’énergie a été ramenée à l’essor de la puissance rendu possible par le progrès technique. Mais ce récit rassurant, qui n’a cessé d’accompagner la modernité, se fissure désormais : la croyance dans l’abondance énergétique et la quête de puissance infinie qui la porte se heurtent aux limites planétaires, en dépit des utopies abstraites qui continuent de promettre l’énergie abondante et gratuite.

Giorgos KALLIS, Éloge des limites. Par-delà Malthus (Puf, 2022).

« La thèse défendue dans cet ouvrage peut sembler paradoxale : le monde est abondant mais nous ne pouvons nous construire et nous épanouir qu’avec l’autolimitation. Ce sont nos désirs illimités qui font surgir les limites. À partir de la lecture de Malthus, Giorgos Kallis montre que, contrairement à la doxa, Malthus était un « prophète » de la croissance : il n’existait pour lui aucune limite naturelle à la production alimentaire. Il n’était pas non plus opposé à la croissance démographique, si celle-ci était précédée de la croissance de la production alimentaire. La différence entre croissance arithmétique de la production alimentaire et géométrique de la population signifiait pour lui que la population ne peut croître longuement sans régulation. Pour ses successeurs, seul un accroissement de la production permettrait de s’affranchir de la rareté. Mais ce serait reproduire l’illusion malthusienne, car le progrès technologique accroit nos besoins à son rythme. Avec l’économie néoclassique, c’est la technologie qui joue le rôle que jouait pour Malthus la production alimentaire. Héraut de la décroissance, Giorgos Kallis nous propose ici un manifeste pour une autolimitation et une transformation de la société ».

Eloi LAURENT, Sortir de la croissance: Mode d’emploi (Les Liens qui Libèrent, 2019).

« La première démarche entreprise dans ces pages consiste à lever le voile sur tout ce que la croissance nous cache : la corrosion des inégalités, la récession démocratique, la fin du loisir, la mondialisation de la solitude, la pesanteur de l’éco­nomie sur la biosphère. Mais nous pouvons, nous devons aller plus loin, en déve­loppant des alternatives robustes et en bâtissant des institu­tions justes. Cela tombe bien : il existe pléthore d’indicateurs de bien-être humain fiables, ainsi que quantité de réformes simples et d’application immédiate qui permettront de don­ner vie à la transition du bien-être à tous les niveaux de gou­vernement — européen, national, dans les territoires comme dans les entreprises ».

LES ÉCONOMISTES ATTERRES, De quoi avons-nous vraiment besoin ? (Les Liens qui libèrent, 2021).

« De quoi avons-nous vraiment besoin ? Comment se nourrir ? se loger ? s’éduquer ? se cultiver ? se soigner ? comment produire et travailler ensemble ? Partir de ces besoins, c’est envisager, au-delà des seules politiques économiques, les voies démocratiques concrètes de cette véritable bifurcation sociale et écologique que la société doit mener. Partir de ce dont nous avons vraiment besoin, c’est sortir de l’économisme coupé de la réalité sociale et fonder l’économie sur les valeurs humaines auxquelles nous tenons pour vivre ensemble ».

Harold LEVREL, Les compensations écologiques (La Découverte, 2020).

Un diagnostic critique complet sur la portée et les limites de la compensation comme outil devant équilibrer les préjudices subis par les espèces et les habitats naturels et permettre d’atteindre une « neutralité écologique ». L’ouvrage décrit « les contextes institutionnels dans lesquels les compensations écologiques sont mobilisées et les ruptures historiques qu’elles induisent ; les principes éthiques et les logiques économiques sur lesquels elles reposent ; les acteurs et les formes organisationnelles permettant d’en définir les modalités de mise en œuvre ; la faisabilité des actions de restauration écologique et les critères d’équivalence qui s’y rapportent ; enfin, les outils juridiques et d’évaluation qui en facilitent la réalisation ».

Dennis MEADOWS, Donella MEADOWS, Jorgen RANDERS, Les Limites à la croissance (dans un monde fini). Édition spéciale 50 ans. Avec une préface inédite de Dennis Meadows (Rue de l’Echiquier, 2022). Traduction par Agnès El Kaïm.

« En 1972, quatre jeunes scientifiques du MIT rédigent à la demande du Club de Rome un rapport qu’ils intitulent The Limits to Growth. Celui-ci va choquer le monde et devenir un best-seller international. Pour la première fois, leur recherche établit les conséquences dramatiques d’une croissance exponentielle dans un monde fini. En 2004, quand les auteurs reprennent leur analyse et l’enrichissent de données accumulées durant trois décennies d’expansion sans limites, l’impact destructeur des activités humaines sur les processus naturels les conforte définitivement dans leur raisonnement. En 2012, à l’occasion de la traduction française de cette dernière version, Dennis Meadows déclare : « Il y aura plus de changements — sociaux, économiques et politiques — dans les vingt ans à venir que durant le siècle passé. » En 2022, que nous reste-t-il à envisager ? »

Jason W. MOORE, Le capitalisme dans la toile de la vie. Écologie et accumulation du capital (L’Asymétrie, 2020). Traduction par Robert Ferro.

L’auteur « est le chef de file du courant de « l’écologie-monde », un courant d’histoire environnementale et d’écologie politique. Son ambition est de comprendre le rôle constitutif du pillage de la nature dans le développement du capitalisme et dans la mise au jour de ses limites structurelles ». (La vie des idées, 23/06/2021).

Timothée PARRIQUE, Ralentir ou périr. L’économie de la décroissance (Seuil, 2022).

« Nous n’avons pas besoin de produire plus pour atténuer le changement climatique, éradiquer la pauvreté, réduire les inégalités, créer de l’emploi, financer les services publics, ou améliorer notre qualité de vie. Au contraire, cette obsession moderne pour l’accumulation est un frein au progrès social et un accélérateur de l’effondrement écologique. Entre produire plus, et polluer moins, il va falloir choisir. Choix facile car une économie peut tout à fait prospérer sans croissance, à condition de repenser complètement son organisation. C’est le projet de ce livre. Explorer le chemin de transition vers une économie de la post-croissance ».

Philippe PELLETIER, Effondrement et capitalisme vert. La collapsologie en question (nada éditions, 2020).

« Face à une situation environnementale préoccupante (pollutions, espèces menacées, impacts climatiques et migratoires, etc.), partisans de la collapsologie et institutions politiques non démocratiques (Club de Rome, GIEC, WWF, etc.) annoncent l’effondrement de notre société et propagent un discours de la peur relayé de façon acritique par les médias. Mais quels sont les enjeux scientifiques, géopolitiques et économiques qui sous-tendent ces prises de position ? Refusant de dissocier un savoir supposé neutre d’un monde où dominent la lutte des classes, les rivalités impérialistes et la concurrence entre différents secteurs du capitalisme, Philippe Pelletier analyse le discours collapsologue et démonte la machine idéologique qui nous soumet au catastrophisme ambiant ».

Alexandre RAMBAUD, Jacques RICHARD, Philosophie d’une écologie anticapitaliste : pour un nouveau modèle de gestion écologique (Presses de l’Université Laval, 2022).

« Cet ouvrage dépasse la simple question de la technique comptable, en offrant une réflexion à la fois historique, économique, politique, juridique, philosophique et éthique, qui débouche à la fin sur un modèle original de gestion écologique à partir d’une redéfinition du modèle comptable ».

Agnès SINAÏ (dir.), Politiques de l’Anthropocène. Penser la décroissance. Économie de l’après-croissance. Gouverner la décroissance (Presses de SciencesPo, 2021).

Envisagée ici comme un projet égalitaire plutôt que comme une injonction à diminuer le produit intérieur brut, la société décroissante cherche à éviter le délitement des liens, à maintenir les conditions d’habitabilité de la Terre dans une décence commune.

Vaclav SMIL, Growth: From Microorganisms to Megacities (MIT Press, 2019).

« La croissance a été un objectif à la fois tacite et explicite de nos efforts individuels et collectifs. Elle régit la vie des micro-organismes et des galaxies ; elle façonne les capacités de nos cerveaux extraordinairement développés et les fortunes de nos économies. La croissance se manifeste par des avancées annuelles de la croûte continentale, un produit intérieur brut en hausse, la courbe de croissance d’un enfant, la propagation de cellules cancéreuses. Vaclav Smil propose une étude systématique de la croissance dans la nature et la société, des organismes minuscules aux trajectoires des empires et des civilisations ».

Hélène TORDJMAN, La croissance verte contre la nature. Critique de l’écologie marchande (La Découverte, 2021).

L’économiste démonte les ressorts idéologiques, techniques et économiques du nouveau régime de «croissance verte» qui vise plus à sauvegarder le modèle industriel qu’à répondre aux enjeux du changement global. Carburants «biosourcés» qui intensifient la logique extractiviste, élargissement du droit de la propriété intellectuelle à toutes les sphères du vivant, attribution de prix aux «services écosystémiques», dispositifs de compensation écologique ou encore illusions d’une finance prétendument verte sont autant de stratagèmes pour garder le contrôle d’un système économique qui nous conduit à la ruine.


VEILLE THEMATIQUE SUR LES LIMITES À LA CROISSANCE was originally published in Anthropocene 2050 on Medium, where people are continuing the conversation by highlighting and responding to this story.

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