« ADEME, OFB, Agence Bio : depuis plusieurs semaines, ces trois structures sont ciblées de façon très marquée par une partie de la classe politique. Celle-ci, invoquant notamment le contexte budgétaire, demande la diminution des prérogatives de ces opérateurs et, pour l’Agence Bio, sa disparition, matérialisée par un vote au Sénat.
Nous, agents publics impliqués dans la transition écologique de nos modèles agricoles et alimentaires, pointons les risques de ces propositions, qui menacent la dynamique fragile de transition agro-écologique et l’accompagnement de nos agriculteurs face aux défis environnementaux, sans répondre pour autant aux enjeux budgétaires et d’efficience de l’action publique.
Nos systèmes agricoles sont intrinsèquement dépendants d’un climat stable et d’écosystèmes en bonne santé.
Face aux conséquences déjà visibles des crises environnementales, une transition massive vers des solutions agroécologiques prometteuses, couplée à une évolution de notre alimentation, sont nécessaires. Elles seules garantiront notre santé et notre sécurité alimentaire, la protection de nos écosystèmes et la pérennité économique de notre agriculture. Dans un contexte troublé pour la transition agroécologique (restrictions budgétaires, normes agro-environnementales contestées, difficultés économiques des exploitations freinant leurs investissements verts…), protéger les acteurs et agents publics qui accompagnent le monde agricole face à l’urgence environnementale doit être une priorité absolue pour pérenniser les dynamiques balbutiantes de transition.
Ces éléments n’ont malheureusement aujourd’hui que peu de poids face aux arguments budgétaires. Or, si un débat sur l’agenciarisation de l’État, ses coûts, et le contrôle de ses opérateurs, mérite d’être posé au vu de l’état de notre démocratie et de nos finances publiques, cibler ces trois agences semble peu compréhensible au vu de leurs performances récentes. Affaiblir ou supprimer ces opérateurs ne se soldera ni par une augmentation de l’efficience de l’action publique, devant guider les choix budgétaires actuels, ni par de réelles économies budgétaires de court terme, ni par des gains à long terme. Cela risque même d’augmenter les coûts de l’inaction environnementale qui grèvent toujours plus les budgets de l’État (coûts de dépollution de l’eau, de santé, de soutien des agriculteurs face aux aléas climatiques…).
Fragiliser ces opérateurs fait aussi planer le risque d’une dégradation du service rendu à nos agriculteurs en pleine crise. Les expertises techniques et de gouvernance partenariale de ces structures au service du monde agricole ne seront pas intégralement reprises, si elles sont diluées dans les actions déjà gérées par FranceAgriMer ou le ministère de l’Agriculture.
Supprimer l’Agence Bio pourrait fragiliser durablement le rôle de force d’entraînement de la filière bio pour nos filières agricoles dans les transitions agroécologique et alimentaire, et l’écosystème partenarial bio construit depuis la création du logo AB en 1985 par le Ministère de l’Agriculture. Cela risque de détruire l’efficience de l’action publique sur le bio, fondée sur une expérience de l’Agence consciencieusement acquise depuis plus de 20 ans et un accompagnement sur-mesure de la filière que ses agents mettent en œuvre : son efficacité et celle du travail de ses salariés ont justement été soulignées par la Cour des comptes en 2022. Le licenciement de ses employés sera brutal, et occasionnera une perte majeure de compétences pour l’Etat qui mettront des années à être reconstruites. Comme l’attestent les réactions unanimes du monde agricole et de l’agroalimentaire ces derniers jours, l’hypothèse d’une disparition de cette agence fait aussi craindre un éloignement et une standardisation de l’accompagnement de l’État au secteur, alors que la filière bio est en cours de rémission d’une crise très violente.
Ces arguments sont aussi valables pour l’ADEME, qui portait à elle seule en 2022 deux-tiers des aides de l’État aux entreprises sur la transition écologique. L’inspection générale des finances invitait d’ailleurs en 2023, à faire de l’ADEME “le maître d’ouvrage privilégié des aides à la transition écologique des entreprises” en soulignant son expertise reconnue en matière environnementale, permise par le travail et l’engagement professionnel de ses agents.
L’affaiblissement de l’ADEME menace d’entraîner une perte de compétences unique de l’État sur les enjeux environnementaux, dont ceux de transition agro-écologique (agrivoltaïsme, valorisation des haies, diagnostics climatiques de fermes…). Veut-on vraiment priver le monde agricole, percuté par les crises environnementales, de l’expertise cruciale de cette agence ?
Quant à l’OFB, vouloir son affaiblissement indique une méconnaissance de l’histoire et du rôle majeur de cet opérateur. Cette structure, issue d’une fusion récente (2020) de deux opérateurs, a déjà permis de diminuer le nombre d’opérateurs publics. Son action est décisive sur le plan environnemental, la Cour des comptes reconnaissant en 2024 que l’objectif lui ayant été assigné à sa création était atteint, malgré la complexité de la tâche.
Affaiblir l’OFB mettrait en péril l’exercice de ses missions, dont la préservation de la qualité de l’eau et des écosystèmes essentielle à une agriculture saine, à notre sécurité alimentaire, à notre santé, et surtout à celle des agriculteurs très exposés aux pollutions en milieu rural.
Dans un triple contexte de crise environnementale, agricole et budgétaire, nous exprimons et apportons tout notre soutien à nos collègues et au travail fait par ces trois acteurs reconnus pour l’impact et l’efficience de leurs actions, au contact quotidien du monde agricole et essentiels pour la transition agroécologique, notre sécurité alimentaire et notre santé collective.
Nous appelons à ce que les arbitrages sur le devenir de ces structures continuent de porter ces priorités collectives de transition écologique et de santé ».
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🌿 Adaptation : comment vivre dans un monde à + 4 degrés ? 🌍
Dans le cadre de la consultation ouverte par le gouvernement sur les contours du 3eme plan national d’adaptation au changement climatique, Le Lierre a proposé une série de leviers concrets et structurants pour engager un changement de paradigme, impératif pour relever les défis du changement climatique. Au-delà de la nécessité d’un pilotage stratégique qui doit être porté au plus haut niveau de l’Etat, nos préconisations s’inscrivent dans la nécessité d’une approche coordonnée avec des moyens et des financements à la hauteur des besoins.
Notre contribution est structurée autour d’objectifs transversaux au secteur public, accompagné d’un focus spécifique sur les enjeux de santé publique :
🏛️ Principes généraux
1️⃣ Pour des financements à la hauteur des enjeux
2️⃣ Pour des politiques publiques mieux coordonnées
3️⃣ Pour un soutien renforcé aux collectivités
💡 Zoom sur les enjeux de santé
Nous avons souligné l’enjeu primordial des impacts du changement climatique sur la santé publique en reprenant et approfondissant les mesures proposées par le projet actuel du PNACC 3 🏥
Découvrez notre contribution !
Vous faisiez quoi, en novembre 2019 ? De notre côté, nous lancions Le Lierre avec une trentaine de personnes ! 5 ans après, nous avons fêté l’anniversaire du réseau le samedi 23 novembre à Paris ! ☘️ Découvrez les meilleurs moments de la journée à travers ce court billet et les illustrations de Claire Masson (@Clérème).
Nos 5 ans étaient l’occasion d’une journée “bilan & perspectives” pour analyser ensemble l’état de notre société et des transformations à conduire, et passer collectivement l’action, malgré les obstacles croissants, notamment les reculs politiques et la montée des résistances face aux enjeux environnementaux ! ✅
Pour cela, nous avons organisé une matinée spéciale ouverte aux membres du Lierre pour faire un bilan des actions conduites par le réseau depuis 5 ans et discuter de nos projets et perspectives, notamment pour favoriser l’implication d’un nombre croissant d’acteurs publics, de membres du Lierre et de partenaires dans nos projets. L’après-midi, ouvert au grand public réunissait une dizaines d’intervenants autour de 3 tables-rondes dont vous trouverez plus bas les grandes lignes !
Côté bilan, nous pouvons notamment mettre au crédit des pionniers qui ont lancé le Lierre :
Côté perspectives, nous avons pu discuter avec nos membres des orientations suivantes :
Le Lierre tient à remercier chaleureusement l’ensemble des membres et partenaires présents lors cette journée engagée et vivifiante !
🟢 Table-ronde 1 : La transition écologique coûte-t-elle trop cher ?
Avec Selma Mahfouz (économiste), Nathalie Lhayani (ex-Présidente du FIR, membre du comité d’orientation du Lierre), Benoît Leguet (DG d’I4CE), Guillaume Duval (journaliste, ex rédacteur en chef d’Alternatives Économiques).
Au cœur des négociations de la COP 29 à Bakou, la question du financement de la transition écologique est centrale dans l’atteinte des objectifs.
Dis concrètement, il s’agit de décider de qui va payer, et ça soulève beaucoup de questions complexes. Est-ce seulement aux États ou aussi aux acteurs privés de payer ? Et parmi les Etats concernés et responsables, quels États ? Quel rôle pour l’Union européenne ? Est-ce une question de financements publics (nationaux et internationaux) ou de réorientation des investissements privés ? En France, quelles réponses et suites au rapport Pisani-Ferry chiffrant à environ 66Md€ les investissements supplémentaires en France, chaque année ? Nous avons discuté de ces questions ainsi que des solutions possibles, tant par le levier des choix budgétaires, monétaires et fiscaux, que celui du changement des modèles économiques des entreprises pour mieux intégrer le risque environnemental dans l’économie.
🟢 Table-ronde 2 : L’écologie, plus que jamais un combat ?
Avec Mylène Jacquot (CFDT), Erwan Lecoeur (sociologue), Léa Falco (Pour un réveil écologique), Sébastien Maire (France Villes et territoires durables) et Noël Mamère (ex-député européen). Animée par Clémence Boullanger du Lierre.
Vous êtes déprimés par l’élection américaine ? Par les reculs du Green Deal européen ? Nous avons pu réfléchir ensemble au sens de l’engagement dans la transition écologique et sur l’avenir de ses combats. Nous avons parlé action politique, engagement militant, rôle du service public et des collectivités, syndicats et élections municipales, au cœur d’un débat résolument combatif dont le document de synthèse vous restitue les grandes lignes !
🟢 Table-ronde 3 : S’engager, c’est créer ! Quelles stratégies pour nos organisations ?
Avec Wandrille Jumeaux (co-fondateur du Lierre), Marie Pla de Nos Services Publics, Ludovic Grousset de Sens du Service Public, Julian Perdrigeat, DG de La Fabrique des Transitions, Anne Bringault, Directrice du Réseau Action Climat et Clara Léonard, DG de l’Institut Avant Garde.
Le Lierre a proposé cet échange à quelques uns de ses partenaires pour partagé leur raison d’être, la trajectoire et les principales réussites de leur organisation (association, collectif, réseau, think tank ou alliance transpartisane de territoires et de réseaux), ainsi que leurs stratégies & priorités au regard des contextes national et international. Nous avons pu notamment discuté des principaux chantiers sur lesquels travailler, ensemble ou séparément, au regard de la complémentarité de nos approches. Le contenu des échanges de cette table-ronde est réservé aux participants et à nos membres. Il va notamment nourrir les prochaines temps de travail collectif que le Lierre va proposer à ses membres en janvier 2025 pour travailler sur notre feuille de route 2025-2027. Un compte-rendu très synthétique des échanges figure dans le document ci-dessus.
Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
Fracas
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
Observatoire de l'Anthropocène