flux Ecologie

Pousser les cadres à la résistance dans le monde professionnel. Crée des passerelles vers les archipels de résistances écologiques et sociales.

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27.03.2025 à 01:01
VNPS
Lire plus (273 mots)

Réalisé par les associations Lanceur d’Alerte et Vous n’êtes pas seuls, ce livret revient sur une séquence inédite de mobilisations juridiques contre l’empire GBH et ses concurrents, et leurs conséquences dans le mouvement contre la vie chère initié en Septembre 2024 depuis la Martinique.

Au programme : opacité financière, marges exorbitantes — et, face à cela, une riposte déterminée : assignations en justice, enquête collective, plainte contre X, mobilisations citoyennes et retentissement national jusqu’à Bruxelles.

Mais ce livret ne célèbre pas une fin. Il documente un point d’étape. Car si les premières fissures apparaissent dans le mur de silence dressé par les grands groupes, rien n’est gagné. Les comptes consolidés ont été publiés — pour la première fois — mais les marges arrière restent dissimulées, et la vie chère étrangle toujours.

Ce livret trace les premiers contours d’une contre-offensive. Le combat continue.

À lire, à faire circuler, à s’approprier.

L’article Livret – Vie chère dans les Outre-mer : Éruptions juridiques contre la grande distribution est apparu en premier sur Vous n'êtes pas seuls.

05.02.2025 à 19:45
Romain Boucher
Texte intégral (4727 mots)

Dans quelques jours aura lieu à Paris la troisième édition du « sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle ». Une formidable opportunité pour la France de rayonner à l’international en rassemblant tout un gratin de technocrates tous plus érudits les uns que les autres. Parmi une flopée de startuppers et d’experts faisant la navette entre administration publique et groupes d’intérêts privés, des représentants et chefs d’États autoritaires viendront serrer la pince de milliardaires de la tech pour discuter de l’avenir de notre belle civilisation. Vraisemblablement, qu’on le veuille ou non, celle-ci devra être totalement informatisée. Mais rassurons-nous, car la communication officielle de l’événement nous rappelle que son objectif est de « renforcer l’action internationale en faveur d’une intelligence artificielle au service de l’intérêt général ».

La critique du fantasme cybernéticien n’est plus à faire. Pourtant, c’est bien ce monde complètement artificiel, connecté, calculé, administré par des machines qui chaque jour, prend un peu plus forme sous nos yeux. Ce texte est une invitation à sortir de la sidération liée à la morbidité du quotidien pour faire face prioritairement à ce totalitarisme informatique.[1]

IA BU ZO MEU

Si on veut s’intéresser à l’ordre du jour dudit sommet, une bonne maîtrise de la novlangue devient nécessaire. Il y sera question de « faire grandir des écosystèmes d’IA compétitifs et soutenables », de « mettre en place une gouvernance de l’IA efficiente et réellement inclusive », bref d’aller « vers un écosystème d’IA résilient et ouvert » afin de « tirer parti de l’IA pour protéger les démocraties ». Une tambouille de lieux communs, d’en même temps et d’idées confuses dont seuls les libéraux ont la recette et qui se passe pratiquement de commentaire.

Rappelons tout de même une ou deux bases, pour qui ne verrait pas bien ce qu’est un « écosystème d’IA ». Ce qu’on appelle assez abusivement intelligence artificielle est généralement ni plus ni moins qu’un programme informatique conçu pour automatiser une prise de décision par calcul statistique. A priori pas grand-chose de proprement intelligent là-dedans, mais passons.

Si une chose ne fait pas de doute, c’est bien son caractère artificiel. Effectivement tout programme informatique résulte d’une série d’instructions rédigées dans l’un des innombrables langages que l’humain a inventés pour interagir avec les machines. Ces instructions ne peuvent être interprétées que si le langage est reconnu par un autre programme (le logiciel d’implémentation), lui-même conçu pour fonctionner dans un système d’exploitation du matériel informatique utilisé, etc.

Les programmes d’apprentissage statistique ont ceci de particulier qu’ils nécessitent d’être soumis à de grandes quantités d’information afin de calibrer les paramètres de l’algorithme au cœur de leur processus. Toute cette programmation, ces calculs et cette accumulation d’information n’existent pas sans une industrie de pointe (extraction minière, chimie, micro-électronique), la division du travail qui l’accompagne, des infrastructures lourdes (centres de données, câbles transocéaniques, fibre optique, satellites, antennes relais) et évidemment la myriade de terminaux désormais omniprésents dans nos quotidiens (ordinateurs, ordiphones, objets connectés).[2]

Le fait que la classe technocratique parle d’« écosystèmes d’IA » plutôt que de systèmes informatiques traduit assez bien son état d’esprit général. Avec son propre langage vidé de sens, ce petit monde s’est pratiquement persuadé que l’IA est quelque chose d’organique, de vivant voire d’anthropomorphe, faisant inéluctablement partie du paysage, d’une sorte de nature entièrement fabriquée par l’humain. On nage en plein délire démiurgique quand il s’agit de « faire grandir des écosystèmes d’IA compétitifs et soutenables ». Non contents d’avoir soumis l’humanité et saccagé la nature dans leur course à la puissance, les capitalistes confirment leur intention d’accélérer le processus avec des machines à leur image. A ce stade, il ne me semble pas nécessaire de revenir sur la série tragicomique de qualificatifs : « soutenables », « inclusive », « ouvert » …

Qui veut encore y croire ?

Plus sérieusement, est-il encore envisageable de rester béat devant l’intensification du régime techno-industriel des dernières décennies, à son extension à toute forme d’activité ? Est-il encore possible d’être naïf au point de croire à la fable selon laquelle tout ce développement énergétique et numérique est non seulement utile mais nécessaire à la qualité de vie, la santé, l’éducation, l’écologie ?

Alors que la septième des neuf limites planétaires est en passe d’être franchie[3], qui doute encore du fait que la technologie – les machines, les réseaux d’infrastructures et le discours qui accompagne leur développement – est ambivalente, que les coûts associés à son développement sont de plus en plus lourds, les pertes de plus en plus définitives ? Que ce même développement technologique bénéficie avant tout à ceux qui en tirent leur puissance, leur capacité à accumuler et à exploiter ? Qui veut encore croire qu’il y a quoi que ce soit de neutre dans la technologie ? Qu’il puisse exister une intelligence artificielle verte, démocratique et bienveillante, dès lors que celle-ci n’est autre que la dernière œuvre en date d’une civilisation construite sur l’exploitation sans limite des êtres humains et de la nature ?

N’en déplaise à toute une partie de la gauche encore engluée dans le scientisme, qui préfère voire dans la critique de l’industrie un esprit réactionnaire plutôt que des visées émancipatrices[4], le camp de la réaction ne s’est quant à lui jamais construit autour d’une critique du développement technologique. Depuis les débuts de l’ère industrielle, ceux qui veulent asseoir leur domination et maintenir leurs privilèges ont non seulement utilisé et développé des techniques de pointe, mais ont fait du développement scientifique et technologique leur fer de lance. De manière assez emblématique, il est à noter que le régime nazi était particulièrement technophile et a reçu un soutien conséquent de la part de grands industriels américains.[5] Aussi pardonnez-nous si nous ne sommes nullement surpris par le spectacle contemporain conjuguant signe de ralliement fasciste, discours suprémaciste, attitude masculiniste, impérialisme débridé d’une part, et d’autre part la concentration d’un arsenal technologique dernier cri.

Bien sûr, pour la pensée libérale, c’est un choc. Quelque peu désemparés, les apôtres invertébrés du darwinisme social n’en continuent pas moins de se répéter haut et fort leur mantra, comme pour éviter de perdre la foi : il faut s’adapter, il n’y a pas d’alternative.[6] Bon, il faut être un peu décérébré pour affirmer qu’on ne peut pas faire société sans internet, sans smartphone, sans IA générative et toutes ces choses qui n’existaient pas il y a encore 20 ou 30 ans. On se doute bien qu’ils trouvent leur compte dans ce petit commerce de l’impuissance et du chacun pour soi. Et puis après tout, une fois qu’on s’est dit cela, pourquoi se priver de prendre sa part dans cet emballement économique généralisé ?[7]

La gauche, quant à elle, patauge dans le confusionnisme, peinant à se dépêtrer de la téléologie marxiste selon laquelle le capitalisme industriel lui-même finirait par mener à une société sans classe, et qu’en fin de compte il faut bien en passer par toutes ces horreurs. Les partis progressistes et autres collectifs citoyens prônent donc principalement les écogestes et la régulation par l’Etat pour éviter les dérives de l’industrie. En l’occurrence, on y critique la surveillance algorithmique mais on veut bien développer l’IA pour mettre au point de nouveaux médicaments. Même les anarchistes, historiquement attachés à la critique de la religion et du pouvoir Etatique semblent bien en peine lorsqu’il s’agit de s’attaquer au culte principal de notre époque, né de l’union de la science et de la technologie.

Ce monde qui flétrit

Finalement, entre les transhumanistes fanatiques, les opportunistes, les idéalistes, les cyniques et tous ceux qui préfèrent détourner le regard, la majorité des êtres civilisés s’est trouvée une bonne raison de se faire à un monde totalement informatisé. Avouons que l’atomisation des réalités individuelles construites par le biais des prothèses numériques n’aide pas.

Alors les conversations se délitent. La vie humaine se réduit petit à petit à une suite d’informations, le langage à un ensemble de signaux, de tweets et de bits. Tout est quantifié. Ce qui n’est pas quantifiable n’a pas de valeur. Ce qui n’a pas de valeur n’existe pas dans le système d’information. Anomalie. Sur les écrans, la réalité est aplatie. Tout se vaut. Les mots sont employés à tort et à travers. Plus rien n’est aberrant. Entre réalité et fiction, les esprits nagent dans un océan de confusion.

L’économie ne confère pratiquement plus de valeur à l’instruction et au soin des individus par eux-mêmes. Pour apprendre et se soigner, les humains domestiqués peuvent compter sur les machines.[8] Pas loin de devenir totalement obsolète, sapiens est encore utile à l’apprentissage et au soin des ordinateurs :  apports énergétiques, minerais digérés par l’industrie chimique, information en quantité exponentielle… Toutes ces activités extrêmement bien hiérarchisées sont désormais au centre du système de valeur, jusqu’à la surprotection des temples où les données sont entreposées. Le capitalisme industriel aura réussi l’exploit d’instaurer une méga-machine dont la voracité dépasse celle des capitalistes eux-mêmes. Non sans une certaine fascination, ceux-ci la regardent grandir, manger la Terre et le reste de leur troupeau.

S’il fallait le redire, critiquer et tenter de résister à la numérisation du monde n’implique pas que nous soyons contre la technique, si ceci a d’ailleurs un sens. Au contraire, du fléau technologique nous souhaitons préserver toutes les techniques – au sens des savoir-faire humains, des arts, des outils, des connaissances pratiques – au potentiel émancipateur, celles qui favorisent la créativité, les usages collectifs, une entente avec la nature. Ces techniques, par leur diversité, font des groupes humains qui les maîtrisent autant de sociétés aptes à chercher leur propre équilibre entre aspiration à la liberté et nécessités liées aux contraintes naturelles.

Or avec la technologie colonisatrice, il n’y a pas de cohabitation possible. En l’espace d’une génération, des accélérations comme l’omniprésence de la micro-électronique, la généralisation d’internet, le smartphone, la gestion de la Covid-19, le développement des géants de la tech ont généré un certain nombre de cliquets, rendant ce monde de plus en plus difficile à défaire et à transformer.

Que faire pour sortir de la torpeur ?

Pour commencer, en finir avec le mirage de la régulation efficace de la technologie par l’État.[9] Puisque cela va toujours mieux en répétant les choses : l’État moderne tire sa puissance du développement technoscientifique, de l’IA en dernière espèce. En fonction de la conjoncture historique, ses citoyens pourront se donner l’illusion que l’arsenal technologique coïncide avec des formes d’émancipation ou au contraire s’alerter de son caractère coercitif et guerrier.

Penser que la CNIL ou un autre organisme technocratique – c’est-à-dire conférant la responsabilité à des experts – soit en mesure de réguler le développement informatique et de le faire a fortiori dans une période qui ressemble à une nouvelle courses aux armements, c’est s’économiser à tort une critique nécessaire de l’État. C’est faire perdurer la vision idéaliste d’une potentielle administration réellement démocratique voire autogestionnaire de la société industrielle, alors que celle-ci est justement construite par la domination, la division des tâches à l’extrême et la centralisation du pouvoir.

A l’inverse, on connaît l’autre manipulation de la société de masse qui ne serait qu’une somme d’individus : celle des écogestes et de la responsabilité écrasante pesant sur citoyen. Si limiter notre dépendance individuelle aux machines permet évidemment de nous prémunir ainsi que notre entourage des conséquences sur nos corps et notre capacité à faire collectivement, il serait absurde de nous priver de manière dogmatique des outils du système technologique que nous entendons combattre. Alors, comment s’organiser de manière à la fois collective, sérieuse et offensive contre ce totalitarisme informatique, sans rien attendre des institutions ?

Pourquoi ne pas partir de la fabrique de cette informatisation, c’est-à-dire des entreprises et des métiers qui de près ou de loin jouent un rôle dans celle-ci ? Si on réfléchit un peu, on se rend compte que cela fait un paquet de monde. En France, c’est au moins quatre salariés sur cinq qui utilisent régulièrement un ordinateur au travail. Enormément de secteurs industriels et tertiaires sont indispensables au bon fonctionnement du matériel informatique et des programmes. De plus en plus d’humains vont devoir travailler au service des machines. Il est donc grand temps que les luttes du travail et le combat écologiste se rejoignent dans un mouvement de résistance organisé contre l’intelligence artificielle et plus largement la machinisation du monde.[10]

Concrètement, nous sommes convaincus que pour être fructueuse, cette convergence doit s’articuler autour de deux méthodes historiquement éprouvées : l’enquête et le sabotage. Il nous semble que les salariés, les experts, les cadres qui désertent, au-delà de porter un message politique par leur démission publique, ont un rôle clé à jouer dans l’articulation de ces pratiques pouvant se décliner à l’intérieur comme à l’extérieur des organisations.[11]

Renseignement sur et par les systèmes informatiques

Qui mieux que des cadres ou salariés d’entreprises comme OVH, Orange, Iliad, Altice, Equinix, Covage, TDF, nLighten, Scaleway pour n’en citer que quelques-unes, voire des GAFAM, qui mieux que ces personnes pour produire du renseignement sur les infrastructures clés dans le stockage, la transmission, le calcul informatique ? Les travailleurs des entreprises du secteur et de leurs prestataires disposent des savoirs clés dans la conception et le maintien des centres de données, des réseaux de télécommunications, de leur approvisionnement énergétique. Les commerciaux et leurs clients publics ou privés savent quels sont les futurs projets. Chaque salarié de ces organisations, qu’il ou elle soit coordinatrice de chantier, installateur fibre, ingénieur avant-vente, planificateur, experte des systèmes électriques, chargé de projet, responsable méthode, informaticien, directrice de programme, chaque salarié dispose d’informations permettant d’empêcher la construction d’un nouveau centre de données, le déploiement d’un nouveau réseau de télécommunication, voire la mise à l’arrêt de matériel existant.

Rappelons d’ailleurs que ce matériel existant ne fonctionne que parce qu’il est choyé par d’autres travailleurs dévoués. Sans la bienveillance des opérateurs des réseaux électriques, de fibre optique, d’antennes relais, des pannes se succéderaient régulièrement dans tous les secteurs de l’économie. On peut aisément imaginer les conséquences ne serait-ce que d’une simple négligence concertée. Quant aux systèmes d’informations, combien de personnes sont quotidiennement au service de leur fonctionnement ? Rien qu’en France, plus de deux millions de personnes sont rémunérées pour des activités strictement informatiques. Architectes SI, administrateurs système, responsables de base de données, développeurs : d’innombrables phalanges caressent quotidiennement les claviers pour que l’information soit acheminée, structurée, archivée, disponible, prête à être consommée. Plutôt que de maintenir sagement tous ces systèmes d’informations et ces programmes en conditions opérationnelles, il n’est pas inenvisageable que certaines de ces phalanges se mettent subitement à glisser, générant un tas de malheureux dysfonctionnements.

Mais tant que l’information est là, pourquoi se priver de l’utiliser ? Administrations, entreprises de service public, grands groupes industriels et du tertiaire : tous disposent dans leurs bases de données de mines d’information sur les organisations à mettre hors d’état de nuire. Noms des responsables, localisations des sites, bilans financiers, approvisionnement énergétique, gestion des stocks, logistique, sous-traitance, sécurité… Conséquemment à l’informatisation de tous les services, ces données sont presque systématiquement consignées dans des bases auxquelles de nombreux salariés ont accès au quotidien. Ce qui fait, au bas mot dans un pays comme la France, des centaines de milliers de personnes ayant accès à des données sur des dispositifs, des entreprises, du matériel à mettre à l’arrêt ou hors d’état de nuire. Compte tenu du risque pratiquement nul à diffuser des informations aussi répandues, ne serait-ce pas du zèle de docilité de s’en priver ?

En particulier et pour le sujet qui nous intéresse ici, il serait opportun de connaître les points névralgiques des systèmes informatiques : alimentation électrique, caractère centralisé ou décentralisé, niveau de protection contre l’eau, le feu… Pour reprendre la rhétorique régulièrement opposée aux militants technocritiques, connaître et faire connaître les différents moyens et gestes pour arrêter des dispositifs informatiques, cela aussi peut sauver des vies. A défaut d’être capable d’indiquer comment détruire les armes qu’ils façonnent les concepteurs et développeurs informatiques doivent pouvoir renseigner sur les façons de détourner ou contourner leurs dispositifs. Typiquement, puisque la surveillance algorithmique se généralise, des suivis de déploiements ou des manuels de contournements de ces systèmes seraient de précieux atouts pour conserver quelques degrés de liberté dans ce qui ressemble de plus en plus à une société panoptique.

Quant à celles et ceux qui ont le sentiment de ne pas avoir la main sur toutes ces choses mais sont néanmoins que leur travail au quotidien fait partie du problème, il est probablement utile de leur rappeler que même si tout nous pousse collectivement à la productivité et à l’efficacité, il est souvent possible de renouer avec des méthodes historiques du sabotage : ralentissement du travail, interférences avec la production, perte de temps à faire des choses inutiles… Ces pratiques de résistance quotidienne ont fait leurs preuves au point que même l’OSS en avait fait un manuel.[12] La désertion est également un moyen de secouer le cocotier, de remettre quelques idées en place, de faire en sorte que les collègues ne s’oublient pas dans leur routine quotidienne.

Au-delà du travail, tout un chacun peut observer, se renseigner, faire preuve de lucidité et porter son attention ailleurs que là où elle est aspirée. Ce qui compte n’est pas au journal de 20h ou dans les millions de tweets pour commenter le spectacle apocalyptique. Que se passe-t-il dans mon quotidien, dans ma commune, sur mon territoire ? Quelles forces sont à l’œuvre, qui sont les acteurs en présence ? En faisant preuve de discernement et d’abnégation dans l’enquête auprès des administrations, des personnes, des entreprises, en tirant des fils, l’enquête critique est le meilleur moyen à la fois pour comprendre le monde qui nous entoure et trouver des prises sur lui. Ces prises sont parfois analytiques, intellectuelles et d’autres fois matérielles, révélant les imperfections et fragilités des œuvres qui nous entourent.

Entre avoir les mains et les yeux dans les entrailles du monstre technologique d’une part et d’autre part le recul nécessaire pour appréhender ses nouvelles armes ou ses faiblesses, notre mouvement n’a pas le luxe de choisir. Les discussions entre les travailleurs et les forces qui s’organisent en dehors sont clé pour une résistance à la hauteur de l’époque. Se parer d’une posture pseudo-radicale liée à la nature du combat contre la technologie serait vain. Sans rien abandonner de nos convictions, il est crucial de ne pas rester isolé, de partager des éléments de critique aux personnes de son entourage aptes à les entendre, à réfléchir collectivement aux prises autour de soi dans son quotidien. Pour que les existences cessent d’être au service du moindre mal et puissent enfin se tourner vers l’action.


[1] Le terme fait délibérément écho au livre récemment publié par Christopher Pollman, Le totalitarisme informatique (2024 aux éditions Le Bord de l’eau) dans lequel il actualise la critique du fantasme cybernétique, fait le bilan des conséquences sociales de l’informatique et notamment du fait que l’humain tend à devenir superflu.

[2] Pour un aperçu de quelques-unes des conséquences matérielles de l’industrie du numérique, lire Barbarie numérique, une autre histoire du monde connecté de Fabien Lebrun paru en 2024 à L’échappée

[3] Voir les publications de fin 2024 de l’institut Potsdam pour la rechercher sur l’impact climatique (https://www.pik-potsdam.de/en/news/latest-news/earth-exceed-safe-limits-first-planetary-health-check-issues-red-alert)

[4] Une réponse à une des dernières charges contre le mouvement anti-industriel et pour éviter ce genre d’hostilité horizontale : https://cric-grenoble.info/analyses/article/naufrage-reactionnaire-la-plaidoirie-de-la-defense-3329

[5] Plusieurs écrits sont consacrés à la question dont Le modernisme réactionnaire : haine de la raison et culte de la technologie aux sources du nazisme de Jeffrey Herf paru en 2018 à L’échappée

[6] Dont la dernière version, une déclaration du PDG d’Open AI Sam Altman le 24 janvier 2025 : « Les progrès de l’IA pourraient nécessiter des changements dans le contrat social […] l’ensemble de la structure sociale pourrait être reconfigurée »

[7] Par exemple, Le Monde nous fait la clémence de partager son analyse dans un éditorial : pour réagir à l’ « offensive technologique américaine » et au risque de « vassalisation rampante, il s’agirait de se bouger au niveau de l’Union Européenne, c’est-à-dire surtout de « mobiliser des capitaux » : https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/01/24/reagir-face-a-l-offensive-technologique-americaine_6513625_3232.html

[8] Voir par exemple ces étudiants qui ont une IA comme professeur https://etudiant.lefigaro.fr/article/etudes/dans-ces-ecoles-americaines-l-ia-a-deja-remplace-les-professeurs-20250124/ ou la prise en charge des troubles psychologiques par une IA en Allemagne : https://dtxalliance.org/members/hellobetter/

[9] Un article de l’Association Française contre l’Intelligence Artificielle démonte typiquement cette illusion : https://afcia-association.fr/pourquoi-nous-ne-croyons-pas-a-la-regulation-de-lia/

[10] L’excellent deuxième tome d’Histoire du sabotage. Neutraliser le système techno-industriel paru fin 2024 aux éditions LIBRE revient notamment sur le réagencement contemporain des pratiques de sabotage et des ponts qui sont jetés entre le monde du travail et les luttes écologises

[11] L’engagement de Thomas Le Bonniec en est un très bon exemple. Salarié pendant un temps chez une filiale d’Apple, Thomas a lancé l’alerte sur le dispositif d’écoute massive de la multinationale. Son combat se décline aujourd’hui devant les tribunaux, aux côté d’organisations syndicales et dans son travail de recherche sur le travail du clic : https://www.humanite.fr/social-et-economie/apple/ecoutes-de-ses-utilisateurs-apple-signe-un-accord-de-95-millions-mais-ne-reconnait-pas-ses-torts

[12] Voir ici : https://www.hacking-social.com/2016/05/09/etre-stupide-ou-lart-du-sabotage-social-selon-les-lecons-de-oss/

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16.01.2025 à 02:44
VNPS
Texte intégral (582 mots)

Aujourd’hui en Martinique, une démarche historique voit le jour : une plainte citoyenne est déposée contre la vie chère. Ce combat, inédit sur notre territoire et en France hexagonale, vise à mettre fin à des décennies de pratiques anticoncurrentielles et abusives qui ont pesé sur notre quotidien.

Nous réclamons justice !
Le peuple martiniquais — et plus largement ultramarin — victime directe de la vie chère, exige un procès pour dénoncer ce système de captation économique, enrichissant une poignée d’acteurs sur le dos d’une population entière. Il est temps que cela cesse.

Cette plainte citoyenne s’inscrit dans une volonté de changement radical du modèle économique des territoires ultramarins. Elle réclame que des sanctions soient prises, et que des solutions justes et pérennes soient trouvées pour mettre fin à la profitation.

Cette plainte est lancée par 4 lanceurs d’alerte : Mathilde Désir, Jérémy Désir (co-fondateurs de Vous N’êtes Pas Seuls), Alexandre Renahy et Maxime Renahy (co-fondateurs de Lanceur d’alerte). Elle s’appuie sur des révélations accablantes publiées dans l’article du journal Libération, paru le 10 janvier 2025. Cet article fait suite à notre première action engagée devant le Tribunal de commerce pour obliger le groupe GBH à publier ses comptes consolidés, révélant une opacité financière persistante.

L’article démontre, preuves à l’appui, l’existence de pratiques manifestement illégales : ententes secrètes, abus de position dominante, et système oligopolistique dans des secteurs clés comme la grande distribution et l’automobile. Ces pratiques conduisent à des prix indécemment plus élevés dans les Outre-mer qu’en France hexagonale.

Rejoignez la plainte collective !

Tous les citoyens peuvent se joindre gratuitement à cette action pénale, des territoires ultramarins jusqu’en France hexagonale.

Pour y participer, il vous suffit de compléter le formulaire suivant et de nous le renvoyer, accompagné d’une copie de votre pièce d’identité.

Accéder au formulaire de la plainte

Ensemble, faisons entendre nos voix pour réclamer le procès de la vie chère.

Pour tout complément d’information, n’hésitez pas à nous contacter par courriel : plaintecontrelaviechere@gmail.com.

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02.01.2025 à 21:52
Romain Boucher
Lire plus (236 mots)

En pleine cérémonie de remise des diplômes à l’école d’ingénieurs SupOptique, Marie a déchiré le sien. Sur l’estrade, elle fait une intervention incisive et lapidaire :

« La recherche scientifique sert l’industrie de l’armement. La France vend des armes à des dictatures et des États qui commettent des gén0cides. On peut choisir de refuser ce diplôme. Vos salaires viennent de la mort. Organisons-nous contre les gén0cides en cours ! »

Dans cette vidéo, elle revient sur les raisons politiques qui l’ont amené à ce son geste symbolique. En à peine dix minutes, c’est une critique limpide du problème posé par les écoles d’ingénieurs, la recherche scientifique et la technologie : c’est de celles-ci – toujours présentées les solutions à leur propres nuisances – que les États et multinationales tirent leur puissance pour maintenir un système basé sur la croissance, l’exploitation et la guerre.

A diffuser dans tous les amphis de grandes écoles.

L’article Pour dénoncer l’essence guerrière de la science et de la technologie : une désertion qui déchire ! est apparu en premier sur Vous n'êtes pas seuls.

29.11.2024 à 15:19
VNPS
Lire plus (130 mots)

Excellent portrait de Xavier, entre récit de son parcours personnel, la lumière projetée sur « les deux armes, suisses et secrètes, de TotalEnergies », et l’analyse stratégique de notre collectif via la campagne Desert’EACOP.

Merci à Maïa Courtois et Reporterre pour la qualité de cet entretien.

À retrouver ici : « Je ne pouvais plus » : ingénieur chez Total, Xavier a démissionné

L’article Portrait de Xavier, déserteur de Total, en Une de Reporterre est apparu en premier sur Vous n'êtes pas seuls.

29.11.2024 à 04:00
VNPS
Lire plus (393 mots)

Le 14 novembre 2024, nous rendions publique notre action contre le Groupe Bernard Hayot (GBH) au tribunal de commerce de Martinique, avec nos camarades inestimables Alexandre et Maxime Renahy, co-fondateurs du média associatif Lanceur d’Alerte, et notre avocat Maître Renaud Portejoie.

Le peuple martiniquais, qui subit une vie chère bien plus écrasante que celle de l’Hexagone, a le droit de connaître les profits réalisés par les groupes de la grande distribution et de l’agroalimentaire.

Dans le contexte actuel en Martinique, où le besoin de transparence économique est crucial, cette procédure judiciaire vise à lever l’opacité des comptes de GBH, non publiés depuis 2018.

Journal télévisé 19h, Martinique La Première, Édition du lundi 18 novembre 2024

Revue de presse

L’article Nous assignons Hayot au tribunal de commerce est apparu en premier sur Vous n'êtes pas seuls.

03.09.2024 à 16:46
VNPS
Lire plus (257 mots)

https://youtu.be/T4G2lPY9HmI?si=2VA3aUVHFgvQHKLg

Sortir de la boue en construisant notre abris, par nos propres moyens et avec les matériaux qui nous entourent. Tel est le défi que nous voulions relever. Mais comment s’y prendre lorsqu’on a jamais rien fait de ses 10 doigts ?

À force de persévérance, de recherches, de belles rencontres, mais aussi de déconvenues ou de compromis — notamment sur l’approvisionnement en ressources industrielles et l’usage de certains outils ou techniques modernes — nous avons tenté de nous rapprocher au plus près de notre objectif.

Autoconstruire son habitat, à plusieurs, selon des méthodes traditionnelles et avec des matériaux biosourcés, est un savoir-faire qui s’est perdu en Martinique, comme ailleurs. L’uniformisation de la culture par le crédit bancaire, les centres commerciaux, le matraquage publicitaire et le salariat opèrent une guerre féroce contre les pratiques solidaires, l’artisanat et l’autonomie.

Notre démarche ne s’oriente pas vers un certain purisme écologique, ou une perfection de tout faire soi-même. Il s’agit plutôt d’un premier pas sur le long, périlleux, mais sublime et nécessaire chemin de la subsistance.

L’article ERA#14 : Autoconstruire la case est apparu en premier sur Vous n'êtes pas seuls.

03.09.2024 à 16:23
VNPS
Texte intégral (2109 mots)

En octobre 2023, VNPS, soutien de la coalition #StopEACOP, lançait une campagne [1] à l’attention des salarié·es de TotalEnergies et des parties prenantes clefs du méga-projet pétrolier EACOP. Quelques semaines plus tard, VNPS publiait le témoignage d’un premier déserteur. Xavier, ingénieur en cyber-sécurité, revenait sur les raisons de sa démission de la société Suisse Bechtle, où il travaillait comme consultant pour la major pétrolière.

Du côté de Total, les affaires continuent. Tandis qu’en France la pauvreté et la précarité énergétique explosent sur fond d’inflation galopante, la multinationale annonce $21,4 milliards de bénéfices nets en 2023[3]. En Ouganda, de nouveaux témoignages confirment les intimidations et menaces de Total pour voler des terres sur le chemin du futur pipeline [4]. Un rapport de Human Rights Watch reporte les harcèlements répétés, y compris les arrestations arbitraires envers les militants ougandais pour avoir protesté contre EACOP [5]. L’environnement terrifiant créé par cette répression s’illustre le 24 novembre 2023, où 7 étudiants ougandais sont arrêtés et torturés pour avoir demandé à leur gouvernement de mettre fin au projet criminel de Total [6]. Ici comme là bas, la résistance s’organise. Deux ONG ont publié une carte mondiale des « bombes carbone » — les projets d’extraction de pétrole, gaz, et charbon au plus gros potentiel d’émissions finales deCO2 — ainsi que des entreprises impliquées [7]. On y apprend qu’avec 17 projets, Total se classe numéro 4 mondial des mégagisements fossiles. Dans le même esprit, un collectif militant et une ONG ont dévoilé « EACOP map » : une carte-enquête interactive pour visualiser l’envergure des dégâts écologiques et des violations des droits humains liées aux projets de Total en Ouganda et en Tanzanie[8]. Ces enquêtes sont autant d’éléments à charge pour les procès en chaîne contre la multinationale. Le 5 mars dernier, la cour d’appel de Paris recevait les premières audiences d’un procès inédit : peut-on tenir Total responsable de son carnage ? [9]

Ainsi bien que les ravages perpétrés par cette entreprise aujourd’hui centenaire soient toujours plus finement documentés, rien ne semble l’arrêter. De Paris à Kampala, la justice piétine pour des questions de procédures, et les activistes se heurtent à la violence répressive de gouvernements autoritaires. Quels leviers potentiels pourraient actionner les salarié-es ? Quelles manœuvres de la direction pour éviter les démissions ? Comment rediriger les compétences et connaissances des salarié-es au profit d’un mouvement de résistance ?


***

VNPS : Bonjour Xavier, et merci de renouveler un entretien avec nous. Cela fait plusieurs mois que tu as démissionné publiquement. Dans notre premier échange, tu disais de tes collègues qu’ils « rigolais » devant la propagande interne de Total, qu’ils n’étaient pas dupes, notamment vis à vis d’EACOP. Quelles ont été leurs réactions suite à ta démission ? Comment expliques-tu qu’il n’y en ait pas davantage ?

En effet, comme je le disais une partie des salariés n’est absolument pas convaincue par les communications vertes et rassurantes du groupe, qui visent à prévenir les dissidences internes, ou les vagues de départ. Car ça leur fait peur !

Si certains m’ont confié que la démission leur semblait être la bonne chose à faire — traduisant un basculement idéologique, peut-être accéléré par la Covid — la grande majorité reste en poste, comme paralysée par la crainte de perdre en confort. Et ce, même s’ils savent pertinemment que ce n’est pas un salaire à six chiffres, ni une fuite individualiste permise par une épargne conséquente qui leur permettra de mettre leurs enfants à l’abri du ravage écologique.

Lors de ma démission, je n’ai pas parlé de mon opposition de fond aux projets destructeurs de mon ancien employeur. J’avais de bonnes relations avec la plupart des mes anciens collègues et j’ai eu des remerciements. Je crois qu’en partageant aujourd’hui les raisons de mon départ auprès de ma communauté professionnelle, je devrais toucher plus d’anciens collègues, susciter plus de réactions et peut-être de nouvelles démissions.

La vidéo de ma démission que nous avons diffusé ensemble dans le cadre de la campagne Desert’EACOP n’a pas été diffusé à l’échelle que nous espérions pour plusieurs raisons dont la principale est le changement de l’algorithme de YT qui invisibilise les petits comptes

VNPS : Quels types d’actions suggérerais-tu à un-e salarié-e de Total (ou un-e consultant-e, un-e sous-traitant, etc.) qui ne se sent pas capable de démissionner, mais qui voudrait quand même résister, à son échelle, nuire au groupe « de l’intérieur » sans prendre trop de risque ?

Pour les séminaires, Total fait très attention à sa communication interne pour ne pas subir de manifestation (il est arrivé que Greenpeace s’incruste). L’entreprise choisit depuis plusieurs années des lieux fermés et sécurisés en indiquant aux salariés qu’il ne faut pas mentionner Total aux personnes extérieures au séminaire. Une idée pourrait être de faire fuiter ces informations par exemple. Cela représenterait un risque assez faible, et permettrait à des activistes de perturber ce genre d’événements.

Autrement, pour les salariés qui ne sont pas en accord avec les activités destructrices de leurs employeur, je leur suggère de ralentir leur travail pour rendre son coût plus élevé. Durant la Seconde guerre mondial, des travailleurs luttaient de cette manière contre l’Allemagne en faisant du zèle avec leurs supérieurs, demandant des précisions inutiles sur les process, augmentant les allers-retours administratifs, etc… Ces techniques permettent de résister sans prendre de risque et ont un effet !

VNPS : À partir de ton expérience en tant qu’ingénieur informatique dans l’équipe de Oil & Gas Trading à Genève, tu avais évoqué les limites d’une campagne qui ne ciblerait que les banques et compagnies d’assurance partenaires du projet EACOP. Tu rappelais que « Total dispose de ses propres ressources financières, et qu’elles sont colossales ». Par conséquent, « un moyen de mettre un terme aux nuisances d’un groupe comme Total serait donc de mettre hors d’état de nuire la branche spéculative, en ciblant ses points névralgiques ». Peux-tu développer ce point ?

Comme je l’ai évoqué et de source interne, la branche trading de Total est clairement la plus rentable du groupe, rapporté au faible nombre de salariés. Elle est la ressource majeure en terme de bénéfices et représente une grande part de valorisation du groupe. C’est une des activités qu’il faut cibler en priorité car elle est de fait stratégique. La chute de bénéfices pour une société limite la levée de fonds possible pour les nouveaux projets.

Les activités de trading sont essentiellement dépendantes de quelques datacenters, et ne pourraient fonctionner si ceux-ci se trouvaient endommagés. Mais ce sont aussi ces services qui ont la main et dépendent des flottes de pétroliers et méthaniers.

VNPS : Contre EACOP, contre le nucléaire, contre l’agrivoltaïsme et les giga méthaniseurs… Les écologistes radicaux sont-ils contre tout ?

Non, je pense qu’être contre le technosolutionnisme n’est pas être contre tout et contre toutes les formes de technologie. La technologie n’est pas neutre, elle façonne notre organisation sociale. Les écologistes dits « radicaux » sont pour un usage de la technologie différent, qui tend vers la low-tech. Je précise que la low-tech demande réflexion et rigueur. Cyniquement, son défaut dans le monde capitaliste c’est de diminuer drastiquement la consommation et l’extractivisme. Elle met en péril le modèle économique dominant et permettrait une amélioration de la qualité de vie des populations sans la centralisation du pouvoir de l’industrie et des États. A concurrence technique égale les technologies low-tech sont aussi performante et dans la grande majorité des cas les utilisateurs de low-tech sont mis de côté par le système en place via les subventions qui financent les technosolutionistes.

L’urgence est de mettre fin au plus vite à notre système d’extraction, en limitant les prélèvements superflus pour se concentrer sur les besoins essentiels, du plus grand nombre. Prenons un exemple : dans un système démocratique, le jet privé ne devrait même pas être possible, car il n’est pas rentable « socialement » parlant. Sa conception et son usage génèrent une injustice et une pollution extrêmes d’une part infime de la population la plus privilégiée. Son interdiction serait sans impact sur le niveau vie des usagers, et permettrait une meilleure réallocation de ressources. La question écologique ne peut pas être séparée de la qestion démocratique.

VNPS : Tu as quelques années de plus que que les jeunes diplômés qui refusent de collaborer. Il et elles sont souvent infantilisés, dépeints comme les doux rêveurs qui n’ont jamais rien tenté. Qu’as-tu envie de dire à ces cadres de 40, 50, 60 ans qui tiennent ce discours et paradoxalement disent « aux jeunes de faire bouger les choses » ?

Ce discours est en fait une idéologie des dominants dans laquelle cette génération a infusé, jusqu’à leur laver le cerveau. C’est devenu un mantra qu’ils se répètent à chaque Noël, dîner de famille et à la machine à café. Il faut reconnaître l’efficacité des néolibéraux (Chicago Boys), biberonnés aux méthodes de management issues de l’Allemagne nazie. Point Godwin, oui mais c’est une réalité historique.

En outre, pour compenser leur dissonance cognitive ils ont même développé le coaching et la vague new age du développement personnel. Une belle industrie qui fait des milliards (elle aussi). Le problème n’est plus la société mais ton problème intérieur. Tu vas apprendre à t’aider toi-même pour produire, consommer et crever sans faire de vague pendant que ton coach, ton psy, ton avocat et ton banquier boivent du champagne à ta santé !

Pour ces gens là, les grèves de Greta c’est bien tant que l’on peut faire du greenwashing avec. Et ça devient dangereux quand il faut remettre le système à plat et mettre hors d’état de nuire les dominants qui ont le pouvoir et veulent y rester.

[1] https://lundi.am/Contre-le-mega-projet-d-oleoduc-de-TotalEnergies
[2] https://youtu.be/vrAlQ3sPP_A
[3] https://totalenergies.com/media/news/press-releases/fourth-quarter-and-full-year-2023-results
[4] https://www.monitor.co.ug/uganda/news/national/oil-pipeline-affected-persons-in-kyotera-cry-foul-over-compensation-4411434
[5] https://www.hrw.org/fr/news/2023/11/02/ouganda-repression-de-voix-critiquant-le-projet-doleoduc
[6] https://www.stopeacop.net/our-news/ugandan-student-activists-remanded-in-prison-for-opposing-oil-pipeline
[7] https://www.carbonbombs.org/
[8] https://eacopmap.org/
[9] https://reporterre.net/Total-en-justice-doit-il-payer-pour-ses-degats-ecologiques

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16.07.2024 à 04:03
VNPS
Texte intégral (2446 mots)

Alors que l’Arcom étudie ce lundi 15 juillet la réattribution des fréquences TNT pour la chaîne CNEWS, une centaine d’organisations syndicales, antiracistes, féministes et écologistes lancent une campagne d’action contre le groupe Bolloré. Si l’on peut se réjouir provisoirement que le Rassemblement National n’ait finalement pas réussi à l’emporter lors de ces élections, celui-ci compte bien poursuivre sa conquête des territoires et des imaginaires. Nous devons, sans attendre de prochaines échéances électorales, unir nos forces contre les vecteurs de fascisation de la société.

Nous appelons en ce sens à mener partout bataille contre Bolloré : parce que c’est un acteur du ravage écologique, de l’exploitation néo-coloniale mais aussi parce qu’il est devenu en quelques années un levier majeur de la conquête du pouvoir par l’extrême droite.



Bolloré, directeur de la propagande

Bolloré met un ensemble toujours plus grand de médias de masse à disposition d’une politique ouvertement raciste. Sur des chaînes, les Éric Zemmour, Pascal Praud et autres commentateurs radicalisés disent qu’ils œuvrent pour une mission « civilisationnelle ». Leur projet est clair : nourrir le fantasme d’une nation pure en organisant la grande re-migration.

Ce projet glaçant suit un plan précis dont Bolloré est devenu l’aiguille et le fil à coudre. Qui Éric Ciotti va-t-il voir avant d’appeler à l’alliance du RN et de LR ? Qui met CNEWS, Europe 1 et Hanouna au service de cette « union des droites » ? Vincent Bolloré. C’est une question d’habitude pour le milliardaire déjà mis en cause pour la manipulation de plusieurs scrutins présidentiels en Afrique. Au-delà du déluge xénophobe, la bollosphère fait chaque jour la promotion de discours sexistes et homophobes légitimant les violences contre les femmes et les personnes LGBTQI+. Elle alimente la négation de la crise climatique et œuvre sans relâche à ce qu’il ne soit pas fait obstacle à ceux qui tirent profit de la dévastation écologique. Bolloré est en guerre pour l’hégémonie culturelle, la conquête des imaginaires et la fabrique du consentement au pire. Si le RN est passé tout prêt de gagner les élections et prendre le pouvoir, c’est en partie son œuvre. Il est la cheville ouvrière de l’union des droites, de l’alliance objective entre le bloc libéral et le bloc néo-fasciste. Cette alliance colle parfaitement à ses intérêts de classe et à ses convictions politiques.

Bolloré, un empire industriel climaticide, néo-colonial et sécuritaire

Pour tirer les ficelles, il faut s’en donner les moyens. Avant de se révéler propagandiste en chef, Bolloré est bien un capitaine d’industrie. Il dirige un groupe international aux multiples filières dont les activités se divisent en plusieurs branches.

La plus connue est la branche « communication » avec Vivendi et Universal. En 20 ans, Bolloré a patiemment construit sa machine à communiquer et façonné les esprits. Journaux gratuits, instituts de sondage, groupes publicitaires, puis chaînes de télévisions, radios, magazines et maisons d’édition. Avec la brutale prise de contrôle de Canal + et Europe 1, les licenciements massifs à I-Télé et la montée de CNEWS, ce puissant appareil s’est mis de plus en plus ouvertement au service des idées les plus réactionnaires. Les sanctions financières de l’Arcom (instance de régulation de l’espace audiovisuel), suite aux multiples appels à la haine, visées monopolistiques, et à la partialité des médias du groupe, n’ont fait jusqu’alors ni chaud ni froid à Bolloré. Il possédera bientôt l’édition de la moitié des livres de poche et plus de 70% des livres scolaires du pays. L’impact possible sur ce secteur en cas de ministre de l’éducation d’extrême droite est tout simplement alarmant.

La branche historique est la branche industrielle, qui se concentre autours de Bolloré Energy, qui détient plusieurs dépôts pétroliers, vend du fuel domestique, et de Blue, qui rassemble des activités liées aux flux de déplacements et de données. Il est sans surprise un acteur majeur de diverses entreprises qui ont pour point commun le développement et l’automatisation des moyens de surveillance en tous genres : automatisation du contrôle d’accès et de la gestion des flux (Automatic Systems), sécurisation de l’espace public (Indestat), puces RFID et tracking (Track & Trace), conseil en numérique au service de la ville connectée (Polyconseil)…

Sa branche logistique en a fait un des poids lourd du fret aérien, maritime et routier mondial, organisant le transport de marchandises aux dépends des productions locales, des conditions de travail comme du climat. La vente récente de ce pôle à CMA CGM, patrons pour leur part de BFM-TV et RMC, a offert à Bolloré les moyens d’influencer considérablement la politique française.

Enfin, une grande partie des profits de Bolloré se fait depuis sa branche « agricole ». Il a bâti sa fortune sur la culture et la vente de tabac en Afrique. Outre ses domaines viticoles de prestige en France, il est le second actionnaire de la holding luxembourgeoise Socfin qui contrôle environ 390 000 ha de concessions de palmiers à huile et d’hévéa en Afrique et en Asie. Déforestation, spoliation des terres, mauvais traitement des populations riveraines, conditions de travail inhumaines, etc. Malgré la procédure judiciaire en cours pour ces violations répétées des droits humains sur ses plantations, malgré la reconnaissance formelle de ces violations par diverses institutions financières, malgré des missions d’évaluation commanditées par Socfin auprès de la Earthworm Foundation pour « réfuter ces accusations » mais qui n’ont pu que constater et prendre acte de la réalité des violations, Socfin n’en continue pas moins de prospérer en toute impunité.

Bolloré est de tous les ravages. C’est un groupe fondé sur un système colonial qui perpétue sciemment des pratiques esclavagistes. C’est un industriel qui fait son profit des logiques extractivistes les plus dévastatrices. C’est un expropriateur de terres. Un patron menant pour ses employé·es de violentes politiques de casse sociale et de terreur managériale. Son empire est tentaculaire. Mais pour celleux qui estiment qu’il est temps d’y mettre fin, cela signifie une chose. Il est possible de nous rassembler en un large front à la fois syndical, social, écologiste, féministe, décolonial, antifasciste et international.

Désarmer le groupe Bolloré

Ces dernières années, sur le terrain des luttes écologiques, des campagnes d’actions internationales contre des industriels comme Lafarge-Hocim ou Total ont vu le jour. Des collectifs antifascistes, présents dans de nombreuses villes, quartiers populaires et territoires ruraux, ont mené une résistance de terrain. Les derniers mouvements sociaux ont démontré qu’un syndicalisme combatif existe toujours. De larges mobilisations féministes et LGBTQI+ prennent les rues. Des mouvements dévalidistes nous appellent à substituer une culture du soin au culte de la force. De mouvements antiracistes et décoloniaux luttent au quotidien dans les quartiers populaires. Des réseaux de solidarité œuvrent à maintenir des territoires d’accueil pour les personnes exilées. Bolloré est une menace pour nous toustes. Mais ensemble, nous sommes fort.es d’une immense expérience de lutte. Nous appelons donc à une campagne commune – dans les prochaines, semaines, mois et années – pour démanteler l’empire Bolloré.

Alors qu’il bâillonne la critique de ses activités dans ses propres médias, nous appelons à enquêter minutieusement sur son empire, à regrouper des témoignages, à ce que des infos fuitent en son sein et à les regrouper, à afficher partout ses crimes, dans les rues, sur les réseaux et dans ses entreprises.

Son agenda politique s’attaque aux vies de millions de personnes. Nous y répondrons dorénavant par des mobilisations, de masse ou décentralisées, qui pointent le groupe et l’impactent concrètement.

Bolloré ne s’incruste pas seulement dans nos cerveaux, il est souvent présent matériellement – avec ses bureaux et entrepôts – à côté de chez nous. De multiples actions sont possibles si nous les menons ensemble. Bloquons ses plateaux télés, occupons ses dépôts pétroliers, soutenons les luttes syndicales à l’intérieur de ses entreprises et médias, vendangeons ses vignes, redistribuons son fuel domestique à celleux qui galèrent à se chauffer, traquons le traceur, tissons des alliances internationales, organisons des boycotts, virons ses chaînes de la TNT et soutenons la création et l’assise de contre-pouvoirs médiatiques puissants !


L’extrême droite croit sous perfusion de Bolloré, ensemble coupons-lui les vivres !


Signataires de l’appel
  • Action Justice Climat
  • Action Non-Violente COP21 (ANV-COP21) Action antifasciste paris – banlieue Alternatiba
  • Anti-Tech Resistance
  • Association Handi-Social
  • Attac France
  • Avis de Tempête
  • BLOOM
  • Collectif Vietnam Dioxine
  • Contre-attaque
  • Decolonial Film Festival
  • Extinction Rebellion France
  • fédération SUD-Rail
  • Front de la jeunesse en lutte
  • Ingénieurs Sans Frontières France
  • Le Printemps du CARE
  • Les Soulèvements de la terre
  • Makery.info
  • Palestine Action France
  • PEPS (pour une écologie populaire et sociale) ReAct Transnational
  • Riposte Alimentaire
  • Scientifiques en rébellion
  • SNJ Cgt
  • SNJ-CGT
  • Survie
  • Terres de luttes
  • Union Syndicale Solidaires
  • Vous N’êtes Pas Seuls (VNPS)

Locaux :

  • Action Antifasciste Deux Sevres
  • Action Antifasciste La Roche-Banlieue et Bastyon de Résistance Action Antifasciste Tolosa
  • Alerte Pesticides Haute Gironde
  • Assemblée Populaire d’Auxerre
  • Association L’Offensive
  • ATTAC 17 (Association locale de Charente Maritime )
  • Attac 33
  • Attac 85 et GP2ï (Grands Projets Irresponsables et Imposés)
  • Bibliothèque Fahrenheit 451
  • CNT 34 ESS
  • CNT-STAF29
  • CNT66
  • CNT ETPICS66
  • Collectif Alsace des luttes paysannes et citoyennes
  • Collectif Bassines Non Merci 79
  • Collectif transitions périgord noir
  • Cristal
  • Émancipation 17
  • Groupe la sociale fédération anarchiste de rennes
  • Je dis en scène !
  • L’Antivol
  • La Carmagnole (Montpellier)
  • La Gang de La Boisselière Mort aux rats !
  • Nous Toutes 35 Rennes Sainté Debout
  • Section Antifasciste Montreuil Bagnolet & Alentours (SAMBA 93)
  • Stop Fessenheim
  • SUD Education 17
  • UNION LOCALE CGT NANTES
  • UNION syndicale Solidaires 44
  • Université Populaire Pour La Terre Tours
  • Vie Pays Environnement

Comités locaux des Soulèvements de la terre :

  • Comité SDT 89
  • Comité SDT An Oriant
  • Comité SDT Annecy (74)
  • Comité SDT Bruxelles
  • Comité SDT Chalon sur Saône &+ (71)
  • Comité SDT Corrèze
  • Comité SDT Corrèze
  • Comité SDT Creusois 23
  • Comité SDT de l’Allier (03) – l’Allier se soulève
  • Comité SDT Doué-Montreuil Bellay
  • Comité SDT du Layon
  • Comité SDT du Pays de Redon
  • Comité SDT Forez
  • Comité SDT Gers
  • Comité SDT Grenoblois
  • Comité SDT IDF
  • Comité SDT Indre 44
  • Comité SDT Irwazh
  • Comité SDT Kerne Quimper
  • Comité SDT Lillois
  • Comité SDT Limoges
  • Comité SDT Local alsacien
  • Comité SDT Loire 49
  • Comité SDT Mayenne
  • Comité SDT Montpellier
  • Comité SDT Nantes
  • Comité SDT Nevers (58)
  • Comité SDT Paris Sud
  • Comité SDT Pontarlier
  • Comité SDT Quimperlé-Concarneau
  • Comité SDT Rennais
  • Comité SDT Rochelais
  • Comité SDT Romans
  • Comité SDT Saint Nazaire. Estuaire
  • Comité SDT Saumur
  • Comité SDT St Cere
  • Comité SDT Sud 77
  • Comité SDT Sud Vilaine
  • Comité SDT Sud-Grésivaudan-Royans-Vercors
  • Comité SDT Tours

Groupe locaux d’Extinction Rebellion :

  • Extinction Rebellion Angers
  • Extinction Rebellion Aude
  • Extinction Rebellion Auxerre
  • Extinction Rebellion Chambery
  • Extinction Rebellion Grenoble
  • Extinction Rebellion Mont Blanc
  • Extinction Rebellion Montagne Noire
  • Extinction Rebellion Quimper
  • Extinction Rebellion Strasbourg
  • Exctinction Rebellion Poitiers
  • Extinction Rebellion Foix et alentours

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30.06.2024 à 21:18
VNPS
Lire plus (197 mots)

Cette méthode d’agriculture , développée au Brésil et plus généralement en climat tropical, se rapproche de l’agroforesterie et de la permaculture. Elle prône un changement radical de paradigme.

Finies les monocultures, la mécanisation lourde, le labour intensif, la chimie des engrais et des pesticides. La syntropie se base sur des cultures associées extrêmement denses et diversifiées, à la fois dans le temps et dans l’espace.

Elle vise l’abondance, l’adaptation au climat et la régénérations des sols.

Autrement dit, elle vise à créer des écosystèmes productifs en imitant des processus naturels. Il ne nous en fallait pas plus.

Cerise sur le gâteau : c’est au cours de chantiers participatifs, entre travail collectif et entraide, que nous découvrons cette technique.

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