Think-tank citoyen et média indépendant
Publié le 07.07.2026 à 17:03
Repenser le système éducatif avec L’École Change Demain
Mr Mondialisation
Publié le 06.07.2026 à 17:22
Face à la canicule, les animaux en première ligne
Mr Mondialisation
Publié le 05.07.2026 à 06:00
Association Asca, dockers et oeil au beurre noire : les 10 bonnes nouvelles de la semaine !
Mauricette Baelen
Publié le 04.07.2026 à 06:00
A69, Espagne, et Ademe : les 10 infos de la semaine !
Mauricette Baelen
Publié le 03.07.2026 à 06:00
New York : la criminalité au plus bas depuis l’arrivée de Zohran Mamdani
Elena Meilune
Publié le 02.07.2026 à 06:00
Neurodivergence : le poids du stress minoritaire chez les personnes autistes
Elena Meilune
Publié le 01.07.2026 à 06:00
Et si écouter l’autre était un acte anticapitaliste ?
Mr Mondialisation
Publié le 30.06.2026 à 06:00
Routes vivantes : protéger les animaux sur les routes
Mr Mondialisation
Publié le 29.06.2026 à 13:41
Comment démanteler les grands médias ?
Mr Mondialisation
Publié le 28.06.2026 à 06:00
Chatbots, grossesse et poésie : les 10 bonnes nouvelles de la semaine
Mauricette Baelen
Publié le 07.07.2026 à 17:03
Repenser le système éducatif avec L’École Change Demain
Mauricette Baelen
Quelle école voulons-nous pour demain ? C’est la réponse à laquelle Emma Bertoin et Tom Dilly souhaitent répondre avec le mouvement L’École Change Demain. Auprès d’enfants, d’enseignants ou encore d’élus, ils tentent de construire un nouveau projet éducatif à partir du terrain.
De la santé mentale à la sécurité, de l’inclusivité aux inégalités scolaires, des difficultés de recrutement du corps enseignant aux coupes budgétaires, les problèmes liés au système éducatif français sont multiples et cristallisent de nombreuses tensions. Années après années, réformes après réformes, le malaise persiste et les défis s’accumulent.
C’est dans ce contexte qu’Emma Bertoin, 27 ans, a décidé de fonder L’École Change Demain. Elle a été rejointe par Tom Dilly. Ainsi formé, le duo a achevé le 24 juin dernier un Tour de France en van, au cours duquel il a récolté de nombreux témoignages sur le terrain. Parents, enfants, enseignants, chercheurs, élus ou associations ont tenté, à leurs côtés, de faire émerger une vision partagée de l’avenir de l’école.
Emma Bertoin et Tom Dilly ont sillonné la France en van, à la rencontre de celles et ceux qui font vivre l’école.
Entretien avec Emma Bertoin
Mr Mondialisation : Pouvez-vous présenter votre projet à nos lecteurs ?
Emma Bertoin : « Tom et moi nous sommes rencontrés il y a deux ans. Il avait préalablement travaillé autour de l’éducation en Afrique et a décidé de me rejoindre auprès de L’École Change Demain. L’objectif est de lancer un mouvement citoyen pour l’école. Comprendre pourquoi le discours est si pessimiste sur son avenir.
Personnellement, je viens du milieu de l’intelligence collective et j’ai travaillé sur des sujets liés à la démocratie participative. En 2024, j’ai voulu rassembler parents, enseignants ou encore chercheurs autour de l’école, pour essayer de dessiner un chemin commun. J’estime qu’il nous manque une vision partagée du futur de l’école. Pourtant, il existe des centaines de milliers d’initiatives en France pour faire bouger les choses. Mais il manque une forme d’intelligence collective pour avancer, et un besoin global de se sentir plus près des décideurs publics. »
Mr Mondialisation : Comment définiriez-vous L’École Change Demain ?
Emma Bertoin : « Elle s’articule autour de trois axes majeurs : la vision globale, l’intelligence collective et les initiatives. La première action que nous avons réalisée était d’organiser des ateliers citoyens pour se « mettre autour de la table », comme on dit souvent.
« On s’est littéralement mis autour de la table ! Nous avons organisé 150 rencontres avec des enfants, des adultes et des spécialistes de la question éducative. »
Nous avons demandé aux participants d’écrire un récit autour de l’école de leurs rêves. Ce rêve commun s’articule autour de trois piliers : la joie, l’ouverture sur l’extérieur, et une construction collective autour de l’enfant. Nous avons rencontré des maires à l’approche municipales pour leur faire part de ce constat. Au lendemain des élections, nous avons décidé de partir sur les routes pour voir ce que peuvent faire les équipes municipales autour de la question de l’éducation. »
Les enfants comme les parents ont pu décrire l’école de leurs rêves…
Mr Mondialisation : Concrètement, comment s’est passé ce Tour de France ?
Emma Bertoin : « Nous avons vécu trois mois sur la route, avec la volonté d’agir localement puis de restituer le tout à l’Assemblée. Chaque étape offrait un temps d’écoute avec des enfants et des adultes, des concertations publiques. Disons que c’était une application très accélérée de l’intelligence collective, mais également une méthode qui permet d’obtenir des victoires.
« Il y a de bonnes idées à prendre partout, de la part de toute l’équipe pédagogique »
Parmi elles, il y a la prise en compte et la conscience autour de la parole des enfants. Beaucoup d’entre eux ont exprimé de la tristesse, de la colère ou de l’anxiété dans leur rapport à l’école, ce qui a parfois surpris les adultes. Ces échanges ont également poussé à des investissements nouveaux autour de la formation d’agents périscolaires. Il y a de bonnes idées à prendre partout, de la part de toute l’équipe pédagogique… »
Mr Mondialisation : Puis, vous êtes allés à l’Assemblée nationale rencontrer des élus…
Emma Bertoin : « Oui, nous étions le 24 juin à l’Assemblée nationale avec un enjeu de restitution. Le but était de démontrer qu’il existe des initiatives, et la possibilité de les mettre en place. Nous avons fait témoigner cinq équipes municipales et insisté sur le fait qu’il y a des sujets où l’échelle locale ne suffit pas. C’est le cas pour la question culturelle, les moyens financiers, l’inclusion ou encore l’aspect juridique, la gouvernance éducative étant à repenser. »
Des temps d’échange avec enfants et adultes ont été organisés un peu partout en France.
Mr Mondialisation : Vous allez lancer un programme pilote autour de 10 communes de France. Les écoles que vous touchez se ressemblent-elles ?
Emma Bertoin : « Notre action porte aussi bien sur des communes rurales que sur de grandes métropoles comme Marseille. Là-bas se trouvent par exemple deux écoles littéralement collées l’une à l’autre – une simple porte les sépare. Il y a une école classique et l’autre alternative, qui suit la pédagogie Freinet. Elles ne touchent donc pas le même public et ont des difficultés différentes, dans un contexte différent, mais elles se jouxtent. Dans ce cas précis se pose la question de la mixité et de savoir comment recréer un lien à l’échelle de ces deux écoles. »
Mr Mondialisation : Quelles sont les plus grandes difficultés mises en avant par les participant·es ?
Emma Bertoin : « Nous avons essayé de les résumer en actualisant la pyramide de Maslow [qui classe et hiérarchise les différents besoins fondamentaux de l’être humain NDLR]. Est-ce que l’école va bien ou mal ? C’est difficile de répondre à cette question. Il semble évident que les besoins fondamentaux ne sont pas respectés dans certaines écoles. Cela va des toilettes sales à l’absence d’eau ou de climatisation, en passant par des repas de cantine immangeables. À d’autres endroits, c’est la sécurité qui prime. Les enfants parlent alors de disputes dans la cour, de la peur de venir à l’école, de l’absence d’aide de la part des adultes…
Parallèlement, les enseignants sont souvent démunis, et font par exemple face au fait qu’il y a de plus en plus d’enfants en situation de handicap par classe, sans que l’encadrement ne suive. Ce sont des problèmes auxquels on ne peut répondre par des caméras ou des murs. On ne peut pas laisser cette question être gérée par une partie seulement du monde politique.
Le van d’Emma et Tom s’est rendu dans de petites communes rurales comme dans de grandes agglomérations.
Une partie de la solution vient en réalité de l’équipe éducative : nous devons créer des espaces d’écoute de la parole des enfants. De nombreux problèmes seraient résolus juste par ce biais. Le collectif peut assurer la sécurité de tous et l’écoute grâce à la création de rituels, d’un cadre et de formations.
Enfin, dans d’autres écoles, la sécurité n’est pas pointée du doigt mais le besoin d’appartenance n’est pas assouvi. « L’école doit apprendre à se faire aider », ai-je entendu au cours de notre parcours. Le constat fait est qu’il existe beaucoup de volonté et désir d’action, notamment de la part des parents, mais que le cadre de l’école n’est pas en mesure de recevoir de l’aide. Cela engendre une pression supplémentaire sur les épaules du corps enseignant, dans un contexte où la relation parents / école s’est nettement dégradée. »
« Les enfants sont de plus en plus délaissés, ils se plaignent d’ailleurs que leurs parents ne jouent plus avec eux. »
Mr Mondialisation : Comment l’expliquez-vous ?
Emma Bertoin : « Les hypothèses sont plurielles. Il s’agit d’abord d’un reflet de notre société. Tout est expéditif : aujourd’hui, les sorties d’école durent 30 secondes… Il y a aussi un vrai problème de communication. Les logiciels actuels de communication entre parents et professeurs coupent le contact direct.
En revanche, les enseignants peuvent recevoir des mails incendiaires à 23h, écrits par ChatGPT… Les parents, quant à eux, vivent un sentiment de pression constante. Et c’est terrible de voir qu’ils portent un regard négatif sur l’école, même quand il est bienveillant ! »
Emma Berdoin et Tom Dilly poursuivent leur projet avec notamment la mise en place d’un programme pilote.
Mr Mondialisation : Quels sont vos projets à court terme pour L’École Change Demain ?
Emma Bertoin : « Tout d’abord, nous allons travailler cet été sur le rapport de notre Tour de France. Nous espérons sortir un livre de ce récit en 2027 : un ouvrage qui sera près de la voix du terrain, pouvant porter la question éducative lors des prochaines présidentielles.
Par ailleurs, nous allons lancer un groupe de travail trans-partisan à l’Assemblée nationale. Un programme pilote, avec des député·es, élu·es locaux et citoyen·nes, pour réfléchir au futur de l’école. Il existe très peu de débats à l’Assemblée sur ce sujet… Ce programme s’articulera autour des dix communes qui souhaitent devenir pionnières sur la question éducation. »
« Le but est d’agir au niveau local comme national : nous avons du mal à articuler ces deux pensées, alors qu’il est impossible à l’un d’agir sans l’autre. »
– Entretien réalisé par Marie Waclaw
Photo de couverture : ©L’École Change Demain
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Face à la canicule, les animaux en première ligne
Mauricette Baelen
Avec le dérèglement climatique engendré par l’activité humaine, les vagues de chaleur vont inévitablement se multiplier, et si rien n’est fait, la situation va encore empirer. Si les impacts sur la santé humains sont péniblement médiatisés, ceux sur la santé animale le sont encore moins.
Que ce soit les animaux domestiques, d’élevage, sauvages, tous sont frappés de plein fouet par les fortes températures. Face à ces fléaux, il existe bon nombre de solutions… de l’action individuelle à l’action politique.
Veiller sur nos compagnons
Plus de 6 Français sur 10 partagent leur vie avec au moins un animal, ce qui représente pas moins de 75 millions d’individus. Néanmoins, face à des conditions extrêmes, les dangers peuvent se multiplier : coup de chaleur, déshydratation, brûlures des coussinets, etc.
Si, bien sûr, laisser un compagnon dans une voiture est absolument à proscrire, il existe d’autres réflexes à adopter : rendre de l’eau fraîche toujours disponible, éviter les promenades aux heures les plus chaudes ou encore prévoir des zones d’ombres ventilées. Les chiens peuvent être particulièrement vulnérables si leurs températures dépassent leur capacité naturelle de régulation. À cet instant, refroidir l’animal au plus vite, sans attendre d’arriver chez le vétérinaire devient crucial sous peine de risquer son décès.
Pour se préserver de ce genre de mésaventure, il convient de privilégier les sorties très tôt le matin ou très tard le soir et de rester à l’ombre et sur l’herbe en faisant attention à la température du sol. Limiter l’activité physique de chaleur s’avère aussi indispensable.
L’enfer des élevages
Pour autant, les animaux de compagnie, tant qu’ils partagent la vie d’êtres humains responsables, ne sont sans doute pas les plus à plaindre. En effet, dans le secteur de l’élevage, où la destination finale reste de toute façon l’abattoir, les conditions d’existence, déjà bien souvent critiquables en temps normal, peuvent se transformer en réel calvaire lors d’épisodes caniculaires.
La canicule du mois de juin 2026 a même provoqué une véritable hécatombe, puisque plusieurs millions d’animaux ont succombé à la chaleur. La catastrophe est d’une telle ampleur que le nombre précis de victimes a d’ailleurs été impossible à déterminer. Mais ce sont bien des milliers de tonnes de cadavres qui emplissaient certains élevages. À tel point que beaucoup d’agriculteurs, notamment en Bretagne, ont exceptionnellement été autorisés à enterrer ces dépouilles.
Il faut dire que l’élevage industriel en France représente ce qui se fait de pire en Europe : l’Hexagone tolère en effet des exploitations avec vingt-deux poulets au mètre carré. 95 % des cochons sont quant à eux en ferme-usine où la surface moyenne n’est que d’un mètre carré pour un animal de 110 kg. Entassés dans des bâtiments où la température frôle parfois les 40 degrés, les bêtes n’ont aucune chance de survie. Certains élevages, y compris en plein air, ont vu plus de dix mille individus mourir en une journée.
Poser les bonnes questions
Dans ce contexte horrifique, certains médias, comme le journal 20 minutes, s’interrogent : « Va-t-on manquer de poulet dans nos assiettes ? ». L’heure n’est donc pas à la remise en question. Le gouvernement, quant à lui, envisage de financer des brumisateurs et des ventilateurs pour les élevages.
Le vrai sujet, pourtant, est plutôt celui du modèle agricole actuel qui inflige de tels traitements. Plus ironique encore, l’élevage est l’un des principaux responsables du dérèglement climatique. Dans ces conditions, c’est une nouvelle fois la thématique de la sobriété qui s’impose.
Il devient urgent de réduire notre consommation de viande, et même de considérer les animaux comme ce qu’ils sont : des êtres vivants et sensibles, et non une marchandise à notre disposition. Dans cette optique, les questions de la rupture avec l’élevage industriel, ainsi que de l’exploitation animale dans son ensemble, devrait clairement être posée sur la table. Un objectif qui nécessite d’être planifié longuement avec de la prévention et de l’éducation, mais aussi un accompagnement des professionnels dans des reconversions vers le secteur végétal.
La faune sauvage livrée à elle-même
Au-delà des animaux en étroit contact avec les êtres humains, restent encore ceux qui vivent dans la nature, à la merci des aléas climatiques engendrés par les actions de l’espèce humaine Que ce soit les oiseaux, les poissons ou les mammifères, tous sont frappés à divers degrés par ces conditions.
La déshydratation guette particulièrement les individus incapables de se mettre au frais. Les oisillons, dont les nids se trouvent souvent sous des toitures, vont dans certains cas se jeter à l’extérieur pour ne pas mourir de chaud, sans être prêts à voler. Le réchauffement des rivières fragilise les poissons qui manquent parfois d’oxygène, tandis que les amphibiens et autres mammifères sont directement touchés par l’assèchement des points d’eau.
Des moyens d’agir
Dans l’urgence, il existe des façons simples d’aider quelque peu les animaux les plus touchés. Mettre à l’ombre une petite réserve d’eau peu profonde, que l’on renouvelle chaque jour, pourra sans doute soulager quelques individus sur le court terme.
Préserver des herbes hautes ou des zones à l’abri du soleil s’avère aussi absolument essentiel. Enfin, en cas de rencontre avec un animal en détresse, le geste le plus efficace reste sans aucun doute de contacter un centre de soin de faune sauvage pour savoir quel comportement adopter.
En ligne de mire, la bifurcation écologique
Malgré quelques ajustements d’urgences possibles, il reste indispensable de garder à l’esprit la nécessité d’agir à grande échelle au niveau de l’État et surtout dans le temps long. Si la lutte contre le dérèglement climatique apparaît aujourd’hui évidente, aucune politique d’envergure n’est pourtant mise en place pour basculer vers un autre modèle.
Car, pour préserver la santé de la faune et de l’ensemble de la biodiversité dont l’humanité dépend, il demeure crucial de repenser les modèles socio-économiques dominants, en se fondant non plus sur le profit et l’exploitation du vivant, mais bien sur un changement de cadre basé sur la soutenabilité et la dignité des écosystèmes.
– Simon Verdière
Photo de Oleksandr Kurchev sur Unsplash
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Association Asca, dockers et oeil au beurre noire : les 10 bonnes nouvelles de la semaine !
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. Des habitants se mobilisent pour protéger la vallée de la Credogne face à un projet de micro-centrale
Dans le Livradois-Forez, en Auvergne l’association Asca conteste un projet de micro-centrale hydroélectrique qu’elle juge menaçant pour la biodiversité et le débit de la rivière Credogne. Forte d’un inventaire écologique mené depuis quatre ans, elle réclame une protection renforcée de l’ensemble de la vallée et poursuit son recours en justice. (Tikographie)
2. Les dockers européens renforcent leur mobilisation contre le commerce d’armes avec Israël
Des dockers italiens, rejoints par des syndicats européens, multiplient les blocages de navires transportant des armes ou des marchandises liées à Israël, dans le but de dénoncer la guerre à Gaza. Héritier d’une longue tradition antifasciste et internationaliste, ce mouvement entend désormais coordonner ses actions à l’échelle européenne pour entraver les flux de l’économie de guerre. (La Brèche)
3. Œil au Beurre Noire veut imposer une voix féministe et antiraciste sur Twitch
Les créatrices de contenus Karelle et Sara, fondatrices du collectif Œil au Beurre Noire, utilisent Twitch et les réseaux sociaux pour vulgariser les idées féministes, antiracistes et anticapitalistes auprès d’un jeune public. À l’approche de la présidentielle, elles ambitionnent de « féminiser et radicaliser Twitch » tout en restant indépendantes des partis politiques. (StreetPress)
4. La justice contraint TotalEnergies à intégrer les émissions de ses carburants dans son devoir de vigilance
Le tribunal judiciaire de Paris a condamné TotalEnergies à prendre en compte les émissions de scope 3, liées à l’utilisation de ses produits, dans son plan de vigilance climatique. Une décision inédite qui pourrait faire jurisprudence et obliger d’autres grandes entreprises à prévenir les risques climatiques liés à l’ensemble de leurs activités. (Vert)
5. New York récupère plus de 9 millions de dollars d’amendes impayées auprès d’Amazon
La municipalité de New York a contraint Amazon à régler plus de 9 millions de dollars d’amendes liées à des infractions répétées aux règles anti-ralenti de ses véhicules de livraison. La ville entend renforcer l’application de ces mesures, destinées à réduire la pollution de l’air et à responsabiliser les grandes entreprises. (NYC Mayor’s Office)
6. New York dévoile son premier plan pour porter sa couverture arborée à 30 % d’ici 2040
La ville de New York (encore) a présenté son premier plan stratégique pour la forêt urbaine, avec l’objectif de faire passer la couverture arborée de 23,4 % à 30 % d’ici 2040. Le programme vise en priorité les quartiers les plus exposés aux îlots de chaleur, où le manque d’arbres est considéré comme un enjeu de justice environnementale. (NYC Mayor’s Office of Climate & Environmental Justice)
7. Une bouée de sauvetage pour la pie verte de Java, au bord de l’extinction
Menacée par le braconnage pour le commerce des oiseaux de cage, la pie verte de Java ne compterait plus qu’une cinquantaine d’individus à l’état sauvage. Un programme international de conservation mise désormais sur l’élevage, la réintroduction et l’implication des communautés locales pour éviter la disparition de cette espèce emblématique. (Mongabay)
8. À Londres, les décès liés à la pollution de l’air ont chuté de 40 % en cinq ans
Une étude de l’Imperial College London estime que les décès attribuables à la pollution de l’air ont diminué de 40 % entre 2019 et 2024 dans la capitale britannique. Si les chercheurs soulignent que les effets sanitaires de la pollution restent plus importants qu’estimé auparavant, le maire Sadiq Khan voit dans ces résultats une validation de la zone à faibles émissions (Ulez). (The Guardian)
9. Le plus grand passage à faune du monde voit ses premiers wapitis l’emprunter
Six mois après son inauguration dans le Colorado, le plus grand écopont au monde a été traversé pour la première fois par trois wapitis, l’espèce pour laquelle il avait été conçu. L’ouvrage doit permettre de réduire les collisions routières et de restaurer les corridors écologiques pour la grande faune. (Good Good Good)
10. L214 publie un livret gratuit pour végétaliser les menus des cantines scolaires
L’association L214 met à disposition un livret gratuit de 31 recettes végétales destiné aux cantines scolaires, conçu avec Cap Veggie. L’objectif est d’aider les collectivités à réduire l’impact climatique de la restauration scolaire, tout en proposant des repas équilibrés et en favorisant une alimentation plus respectueuse des animaux. (Communiqué de presse – L214)
* Image de couverture : L214
– Mauricette Baelen
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A69, Espagne, et Ademe : les 10 infos de la semaine !
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.
1.Le Conseil d’État valide définitivement la poursuite du chantier de l’autoroute A69
Le Conseil d’État a rejeté les derniers recours contre l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, jugeant que le projet répond à une « raison impérative d’intérêt public majeur », malgré son impact sur 157 espèces protégées. Les opposants dénoncent une décision contraire au droit européen et envisagent un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne. (Vert)
2. L’Espagne s’impose comme une référence dans le développement des refuges climatiques
Face à des canicules de plus en plus meurtrières, l’Espagne a déployé un vaste réseau de refuges climatiques accessibles gratuitement, notamment à Barcelone où 99 % des habitants vivent à moins de dix minutes d’un refuge. Ce modèle inspire désormais d’autres villes, tout en soulignant la nécessité de politiques publiques durables pour adapter les espaces urbains au réchauffement climatique. (The Conversation)
3. Disclose accuse le gouvernement d’avoir favorisé Ineos avec des aides de l’Ademe
Selon une enquête de Disclose, Matignon et Bercy auraient modifié les règles de deux appels à projets de l’Ademe afin d’accorder plus de 300 millions d’euros au pétrochimiste Ineos, pourtant jugé initialement inéligible. Des juristes évoquent un possible « délit de favoritisme », tandis que l’exécutif conteste toute irrégularité. (Disclose)
4. Dans les quartiers populaires, l’écologie se vit d’abord comme une lutte pour des conditions de vie dignes
Dans un entretien collectif, des habitant·es d’une banlieue parisienne racontent comment l’insalubrité des logements, les pollutions industrielles et les discriminations façonnent leur rapport à l’écologie. Ils plaident pour une écologie indissociable des questions sociales, raciales et de justice environnementale, loin des discours jugés déconnectés de leur quotidien. (Terrestres)
5. Face aux canicules, un collectif réclame le droit de suspendre son loyer dans les logements invivables
Le collectif Grève des loyers lance la campagne « Pas de volets, pas de loyer ! » pour dénoncer les « bouilloires thermiques », responsables selon lui de nombreux décès lors des canicules. Les militants demandent l’adoption de la loi « Zéro Logement Bouilloire », l’installation facilitée de protections solaires et la suspension du loyer pour les logements devenus inhabitables. (La Relève et la Peste)
6. Une enquête révèle l’ampleur inédite de la pollution chimique des rivières françaises
Une enquête de Reporterre et Mediacités montre que 1 691 cours d’eau français présentent des dépassements de seuils pour des micropolluants (pesticides, PFAS, métaux lourds ou résidus de médicaments), compromettant l’objectif européen de bon état des eaux d’ici 2027. Les auteurs alertent sur les effets cocktails de ces substances et leurs conséquences pour les écosystèmes comme pour l’eau potable. (Reporterre)
7. Le fragile accord entre Washington et Téhéran vacille après une reprise des tensions dans le Golfe
À peine dix jours après la signature d’un mémorandum entre les États-Unis et l’Iran, de nouvelles hostilités remettent en cause l’accord. En cause, des interprétations divergentes sur le cessez-le-feu au Liban et la gestion du détroit d’Ormuz, deux points clés dont le flou alimente les tensions entre les parties. (The Guardian)
8. À Nice, l’essor du Botox accentue la pénurie de dermatologues
Portée par le succès de la médecine esthétique et des injections de Botox, une partie des dermatologues délaisse les soins médicaux classiques, aggravant les difficultés d’accès aux consultations, notamment à Nice. Face à cette tendance, les pouvoirs publics cherchent à mieux encadrer le secteur et à lutter contre la multiplication des pratiques illégales. (Alternatives Économiques)
9. Politis recense six décisions du quinquennat Macron jugées néfastes pour l’environnement
Dans une analyse critique, Politis dresse le bilan de six mesures emblématiques du second quinquennat d’Emmanuel Macron qu’il juge contraires aux objectifs climatiques : affaiblissement du Fonds vert, validation de l’A69, recul du ZAN, réforme de MaPrimeRénov’, politique forestière et loi Duplomb. Le média estime que ces choix ont contribué à fragiliser l’adaptation de la France au réchauffement climatique. (Politis)
10. Un rapport accuse Israël de violences sexuelles systématiques contre les Palestiniens
Un rapport publié par le Palestinian Feminist Collective et Progressive International affirme que les violences sexuelles commises contre des Palestiniens relèvent d’une pratique systématique inscrite dans la politique de colonisation israélienne. Fondé sur des témoignages, des documents déclassifiés et des enquêtes d’ONG, il documente ces violences comme un outil de domination et de destruction. (L’Humanité)
* Visuel de couverture : Wikicommons
– Mauricette Baelen
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New York : la criminalité au plus bas depuis l’arrivée de Zohran Mamdani
Mauricette Baelen
L’année 2026 va probablement rentrer dans l’histoire comme l’année la plus sûre jamais enregistrée par la ville de New York. La criminalité continue de reculer et atteint des niveaux historiquement bas sous le mandat de Zohran Mamdani. Le nouveau maire a lancé plusieurs réformes sociales ambitieuses destinées à agir sur les inégalités, qui sont intrinsèquement liées à la criminalité.
[Temps de lecture estimé : ~ 5min]
Quelques mois seulement après son entrée en fonction, le maire de New York, Zohran Mamdani, peut déjà s’appuyer sur des chiffres qui attirent l’attention. Les principales statistiques de criminalité poursuivent leur baisse et plusieurs indicateurs atteignent des records historiques.
Si ces évolutions prolongent une tendance amorcée avant son arrivée, son administration a toutefois commencé à mettre en œuvre plusieurs engagements majeurs de son programme et agit notamment sur le coût de la vie, le logement, les services publics et la santé mentale. Autrement dit, il s’attaque à plusieurs des facteurs sociaux que la littérature scientifique identifie depuis longtemps comme des déterminants importants de la délinquance.
New York : criminalité en baisse, réformes sociales en marche
New York enregistre actuellement les niveaux de violence les plus faibles jamais observés pour un début d’année depuis que ces statistiques sont compilées. Le nombre de meurtres a baissé de 20,9 %, celui des fusillades de 5,7 %, le nombre de victimes par arme à feu de 7,1 % et les crimes majeurs de 6,2 % par rapport à la même période en 2025. Les cambriolages, les vols avec violence, les vols de véhicules et les vols aggravés sont également en baisse.
Une partie des adversaires de Mamdani annonçait pourtant qu’un maire issu de la gauche provoquerait une explosion de l’insécurité. À ce stade, c’est l’inverse qui est observé.
Bien entendu, six mois de mandat ne suffisent pas à établir un lien de causalité entre ces chiffres et les politiques municipales. Mais il est clair qu’une politique de réduction des inégalités sociales va contribuer à la baisse de la criminalité en sachant que les deux facteurs sont étroitement liés (ce sujet précis sera exploré plus en détail dans un futur article).
Des mesures concrètes contre les inégalités
Étendre l’accès à la garde d’enfants
L’une des premières priorités de Mamdani concerne la petite enfance. Dès sa première semaine de mandat, il a conclu avec la gouverneure Kathy Hochul un accord prévoyant un investissement de 1,7 milliard de dollars pour étendre l’accueil des jeunes enfants.
Le programme prévoit notamment la création d’un dispositif gratuit pour les enfants de deux ans à New York, l’extension des aides à la garde d’enfants et un objectif de généralisation progressive de l’accueil universel. Au-delà de son aspect social, cette mesure vise aussi à faciliter l’accès à l’emploi, en particulier pour les parents isolés, tout en réduisant les dépenses contraintes des ménages.
Logement et lutte contre le sans-abrisme
Le logement constitue l’autre grand chantier du mandat. Dès son arrivée à la mairie, Mamdani a signé plusieurs décrets renforçant la protection des locataires, notamment en réactivant le Mayor’s Office to Protect Tenants. Son administration a également créé un Mayor’s Office of Deed Theft Prevention, chargé de lutter contre les fraudes immobilières qui touchent particulièrement certains quartiers populaires.
« Gel des loyers pour les renouvellements de bail d’environ un million de logements »
Aussi, ce 25 juin 2026, l’une des promesses phares de Zohran Mamdani s’est concrétisée. Le Rent Guidelines Board de la ville de New York a voté le gel des loyers pour les renouvellements de bail d’environ un million de logements, pour une durée pouvant aller jusqu’à deux ans. Une décision historique pour soulager les ménages confrontés à la crise du logement et au coût de la vie, qui concerne près d’un quart des habitants de la ville.
Dans le même temps, son administration a réorienté la prise en charge des personnes sans domicile fixe en confiant les opérations aux services chargés de l’hébergement d’urgence et à des équipes de travailleurs sociaux, la police n’intervenant plus comme pilote principal de ces opérations.
Réduire le coût de la vie
La municipalité a engagé plusieurs mesures destinées à protéger les consommateurs. Elle a notamment créé un groupe de travail municipal chargé de coordonner les actions contre les frais cachés et les pratiques commerciales trompeuses, tout en renforçant les pouvoirs du Department of Consumer and Worker Protection pour faire appliquer la législation existante.
Autre promesse en cours de concrétisation : la création d’un réseau d’épiceries municipales. En prenant en charge une partie des coûts de fonctionnement, la ville entend permettre la vente d’un panier de produits essentiels à des prix inférieurs à ceux du marché. Les deux premiers sites ont été annoncés à East Harlem et dans le Bronx. Le magasin du Bronx doit ouvrir d’ici fin 2027, tandis que celui d’East Harlem est prévu d’ici 2029.
Investir dans la santé mentale
Le nouveau maire a également annoncé un renforcement des investissements dans les services de santé mentale, avec 47,3 millions de dollars supplémentaires par an destinés à améliorer l’accès aux soins.
L’administration a également lancé deux cliniques « Elevate You » destinées aux jeunes de 16 à 25 ans. Conçues pour éviter les ruptures de suivi au moment du passage à l’âge adulte, elles associent accompagnement psychologique, soins médicaux, soutien social et aide à l’insertion professionnelle. La prévention et la prise en charge des troubles psychiques constituent l’un des leviers mobilisés pour prévenir certaines situations de violence ou de délinquance.
Une sécurité qui ne repose pas uniquement sur la police
Contrairement à certaines caricatures relayées pendant la campagne, Mamdani n’a pas démantelé la police de New York. Il a conservé à son poste la commissaire Jessica Tisch, sous la direction de laquelle le NYPD poursuit ses actions contre les violences armées et la criminalité organisée.
En parallèle, son administration a créé l’ « Office of Community Safety », chargé de développer une stratégie municipale de sécurité et de coordonner plusieurs politiques de prévention. Cette nouvelle structure supervise notamment les programmes de prévention des violences armées, d’aide aux victimes, de lutte contre les violences conjugales et les crimes haineux, ainsi que les services municipaux de santé mentale. Elle est également chargée de renforcer la coordination entre les différentes agences de la ville.
Mais le maintien de l’ordre ne constitue qu’un des leviers de la sécurité publique. La nouvelle administration mise largement sur des politiques de prévention en s’attaquant aux facteurs sociaux qui sont généralement minimisés et qui jouent pourtant un rôle conséquent dans la criminalité.
En France, cette conception de la sécurité, qui articule maintien de l’ordre, prévention et action sur les causes de la délinquance, rejoint des orientations défendues de longue date par La France insoumise, notamment autour du triptyque « prévention, répression, réparation ».
Une chose est déjà certaine : contrairement aux prédictions alarmistes formulées pendant la campagne, l’arrivée de Zohran Mamdani à la tête de New York ne s’est pas accompagnée d’une flambée de la criminalité. Les premiers mois de son mandat coïncident au contraire avec des niveaux de violence historiquement faibles. Les prophéties d’explosion de l’insécurité devront, au minimum, attendre encore un peu.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Wikimedia Commons
The post New York : la criminalité au plus bas depuis l’arrivée de Zohran Mamdani first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 02.07.2026 à 06:00
Neurodivergence : le poids du stress minoritaire chez les personnes autistes
Mauricette Baelen
De plus en plus de chercheurs mobilisent aujourd’hui le concept de stress minoritaire pour explorer les effets de la stigmatisation, de la discrimination et de l’exclusion sociale sur la santé mentale des personnes autistes. Développé à l’origine pour étudier les conséquences des préjugés subis par d’autres groupes minorisés, ce modèle ouvre de nouvelles pistes pour comprendre certaines formes de souffrance psychique fréquemment observées au sein de cette population.
L’article précédent de ce dossier montrait que les troubles anxieux et dépressifs observés chez les personnes neurodivergentes n’apparaissent pas de manière soudaine, mais se construisent progressivement au fil des expériences de vie. Parmi les différentes hypothèses proposées pour comprendre ce phénomène, le modèle du stress minoritaire occupe aujourd’hui une place croissante dans la littérature scientifique consacrée à l’autisme.
Initialement développé pour étudier les effets de la discrimination sur les minorités sexuelles et de genre, il postule que l’appartenance à un groupe social stigmatisé peut engendrer une forme spécifique de stress chronique susceptible d’altérer la santé mentale.
Le stress chronique : un constat bien établi, des mécanismes incertains
Des niveaux de stress plus élevés chez les personnes autistes
Les personnes autistes rapportent fréquemment davantage de stress que la population générale. Une revue systématique de 31 études publiée en 2022 conclut que les personnes autistes présentent de façon constante des niveaux plus élevés de stress émotionnel – un phénomène cliniquement significatif selon les auteurs. Si ce constat ne fait plus réellement débat, en revanche, les mécanismes à son origine restent beaucoup plus difficiles à identifier.
Des marqueurs biologiques étonnamment incohérents
Lorsqu’on s’intéresse aux marqueurs biologiques du stress, les résultats deviennent beaucoup moins clairs. La même revue a examiné les recherches portant sur le cortisol (la principale hormone du stress). Certaines études observent une réponse accrue au stress, d’autres une réponse atténuée, tandis que plusieurs ne trouvent aucune différence significative avec les groupes témoins.
« Aucun profil biologique unique du stress »
Les rares études disponibles chez les adultes autistes rapportent même souvent des profils de cortisol globalement comparables à ceux de la population générale. Les auteurs concluent ainsi qu’aucun profil biologique unique du stress ne se dégage actuellement de la littérature.
Une forte variabilité entre les individus
Ces constats rejoignent ceux d’une synthèse publiée en 2022 dans Frontiers in Neuroscience, consacrée au fonctionnement du système de stress chez les enfants et adolescents autistes.
Les auteurs y explorent un large éventail de mécanismes biologiques susceptibles d’être impliqués dans le stress : axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, système nerveux autonome, réponses immunitaires, altérations cérébrales observées en neuroimagerie, mécanismes épigénétiques ou encore effets du stress précoce. Pourtant, malgré cette diversité d’approches, aucun consensus ne se dégage quant au fonctionnement du système de stress dans l’autisme.
Certaines études mettent en évidence une hyperactivation du système de stress, d’autres une hypoactivation. Là encore, les résultats sont très hétérogènes. L’un des constats les plus récurrents est l’importante variabilité observée entre les individus autistes, tant dans les niveaux de cortisol que dans les réponses aux différents stresseurs.
Pour expliquer ces divergences, les auteurs soulignent l’hétérogénéité des populations étudiées : âge, stade développemental, sévérité des difficultés, troubles associés, traitements médicamenteux. Ils évoquent également les différences méthodologiques (taille des échantillons, nature des stresseurs utilisés). Si leur cadre théorique demeure principalement biologique, leurs résultats montrent surtout la difficulté à identifier un mécanisme simple et universel.
Les limites des approches biologiques
Les études citées ici s’inscrivent en effet dans un champ de recherche principalement orienté vers l’identification de mécanismes biologiques explicatifs. Or, malgré la diversité des approches mobilisées et l’accumulation des travaux, aucune signature biologique cohérente et généralisable ne permet aujourd’hui d’expliquer à elle seule les niveaux élevés de stress rapportés par les personnes autistes.
Lorsque le stress rapporté est robuste mais que les marqueurs biologiques demeurent contradictoires ou très variables, il devient légitime d’examiner davantage les expériences vécues et les conditions dans lesquelles évoluent les personnes concernées.
Ces résultats sont ainsi compatibles avec le fait que les environnements sociaux jouent un rôle important dans le développement et le maintien du stress chronique. C’est précisément cette question qu’aborde le modèle du stress minoritaire, aujourd’hui largement mobilisé pour comprendre les effets de la stigmatisation, de la discrimination et de l’exclusion sociale sur la santé mentale des groupes minorisés.
Le stress minoritaire : une forme particulière de stress
Un modèle développé pour comprendre les effets de la stigmatisation
Le stress minoritaire désigne le stress chronique que peuvent subir les personnes appartenant à des groupes socialement minorisés en raison des préjugés, de la discrimination, du rejet ou encore de la nécessité de rester vigilantes face à d’éventuelles attitudes hostiles.
Selon ce modèle, ces personnes ne sont pas seulement confrontées aux difficultés ordinaires de la vie quotidienne ; elles doivent également faire face à des facteurs de stress supplémentaires liés à leur statut minoritaire. Initialement développé dans les recherches sur les minorités sexuelles et de genre, ce modèle a reçu un soutien empirique important.
Une revue systématique publiée en 2025, portant sur 59 études, a montré que le stress minoritaire chez les minorités sexuelles et de genre était associé à un large éventail d’indicateurs : santé physique, sommeil, système immunitaire, santé cardiovasculaire, métabolisme, système hormonal, santé cérébrale, charge allostatique (usure biologique cumulée liée au stress chronique sur l’organisme, résultant des efforts d’adaptation répétés à un environnement), régulation épigénétique et transcriptionnelle.
Ces résultats suggèrent que les effets du stress minoritaire peuvent dépasser largement le cadre du seul bien-être psychologique.
L’application du modèle à l’autisme
Les travaux sur le stress minoritaire ont progressivement conduit plusieurs chercheurs à appliquer ce cadre théorique à l’autisme. Pendant longtemps, les difficultés psychologiques observées chez les personnes autistes ont principalement été interprétées comme des conséquences directes de l’autisme lui-même. Les facteurs sociaux susceptibles de contribuer à cette souffrance ont été relativement peu étudiés.
Une étude publiée en 2020 dans Society and Mental Health a proposé d’aborder la question sous un angle différent. Les auteurs soulignent que de nombreuses personnes autistes considèrent l’autisme comme une composante importante de leur identité et peuvent, à ce titre, être exposées à des formes de stigmatisation comparables à celles observées dans d’autres groupes minorisés.
Réalisée auprès de 111 adultes autistes, l’étude montre que la discrimination quotidienne, la stigmatisation internalisée et la dissimulation de caractéristiques autistiques (camouflage social) sont associées à une santé mentale plus fragile, même après prise en compte de l’exposition générale au stress. Les auteurs concluent que :
« Le modèle du stress minoritaire constitue une piste pertinente pour comprendre l’augmentation des difficultés psychologiques observées dans cette population. »
Quid des personnes autistes non diagnostiquées ?
Une hypothèse mérite d’être envisagée concernant les personnes autistes non diagnostiquées. Le stress minoritaire ne suppose pas nécessairement que l’individu se reconnaisse lui-même comme membre d’un groupe minorisé.
Souvent, le contexte de vie conduit inopinément à une auto-exclusion des individus stigmatisés qu’un diagnostic soit posé ou non / Crédit : Pexels
Une personne peut être perçue comme différente, subir des formes de rejet, d’incompréhension ou de discrimination liées à ses caractéristiques autistiques, sans disposer du moindre cadre pour interpréter ces expériences. Être régulièrement perçu comme étrange, maladroit, inadapté ou incompréhensible sans comprendre l’origine de ces réactions expose à un sentiment chronique de décalage.
L’absence de diagnostic ne protégerait donc pas du stress minoritaire. Elle pourrait au contraire amplifier certains de ses effets en transformant des expériences répétées de rejet ou d’incompréhension en preuves apparentes d’une défaillance personnelle. Dans cette perspective, une partie des troubles anxieux ou dépressifs observés chez certaines personnes autistes pourrait d’autant plus résulter de l’accumulation de ces expériences sociales négatives et de leur intériorisation découlant indirectement de l’errance diagnostique.
Des formes de marginalisation qui peuvent se cumuler
Les recherches récentes soulignent également que la neurodivergence peut aussi s’inscrire dans des trajectoires marquées par d’autres formes de minorisation. Une étude publiée en 2025 dans Autism in Adulthood, menée auprès de plus de 2 000 étudiants canadiens a montré que les personnes neurodivergentes étaient davantage représentées parmi les minorités sexuelles et de genre ainsi que parmi d’autres groupes s’écartant des normes sociales dominantes.
Dans cette cohorte, l’association entre neurodivergence et détresse psychologique variait selon plusieurs caractéristiques sociales, dont le genre, le revenu, l’origine ethnique et l’appartenance à une minorité linguistique. Les étudiants neurodivergents appartenant simultanément à plusieurs groupes minorisés rapportaient notamment davantage d’expériences de discrimination. Différentes formes de marginalisation pourraient ainsi se superposer et contribuer à accroître la vulnérabilité psychologique.
L’intériorisation de la stigmatisation
Une étude publiée en mai 2026 dans Autism, menée auprès de 831 adultes autistes apporte un éclairage supplémentaire sur les mécanismes par lesquels le stress minoritaire peut affecter la santé mentale. Les chercheurs ont observé que la stigmatisation liée à l’autisme, lorsqu’elle est intériorisée, est associée à davantage de solitude émotionnelle et sociale, laquelle est elle-même liée à une augmentation du stress et à une moindre satisfaction de vie.
Les auteurs suggèrent ainsi que les effets de la stigmatisation ne se limitent pas aux discriminations extérieures : ils peuvent progressivement s’intégrer à l’image que les personnes ont d’elles-mêmes et contribuer durablement à leur mal-être psychologique.
Parmi les stratégies développées pour faire face à la stigmatisation figure notamment le camouflage des traits autistiques, déjà abordé dans un précédent article de ce dossier. Une étude publiée en 2024 dans Autism in Adulthood, menée auprès de 412 adultes autistes transgenres et/ou non binaires suggère que le stress lié à l’appartenance à une minorité autiste ou de genre, ainsi que les stratégies de camouflage, sont associés à des niveaux plus élevés de dépression, d’anxiété, de stress et de stress post-traumatique.
La « psychophobie » ou le « validisme » banalisés au quotidien peuvent briser la confiance en soi et en autrui / Crédit : Pexels
Les auteurs observent notamment que les préjugés « anti-autistes » intériorisés, la discrimination quotidienne et le camouflage demeurent des facteurs significativement associés à plusieurs indicateurs de santé mentale.
Quand le sentiment d’appartenance s’effondre
Un risque suicidaire nettement plus élevé
Plusieurs travaux ont également mis en évidence un risque accru d’automutilation, de tentative de suicide et de décès par suicide chez les personnes autistes.
« Un risque de tentative de suicide plus de trois fois supérieur »
Une vaste étude de cohorte menée au Danemark auprès de plus de 6,5 millions de personnes, publiée en 2021 dans JAMA Network Open, a montré que les personnes autistes présentent un risque de tentative de suicide plus de trois fois supérieur à celui observé dans la population générale. L’étude met en évidence un risque particulièrement élevé chez les femmes autistes, dont le taux de tentative de suicide apparaît plus de quatre fois supérieur à celui des hommes autistes.
Plus de 90 % des personnes autistes ayant tenté de se suicider présentaient au moins un autre trouble psychiatrique associé, en sachant que ces troubles se développent souvent avec le temps, après de longues années d’exclusion et de stigmatisation, comme nous le montrions dans les articles précédents de ce dossier.
Les femmes autistes : une vulnérabilité particulière
Une étude de cohorte réalisée au Canada sur près de 380 000 personnes, publiée en 2023 dans JAMA Network Open apporte des éléments complémentaires. Les auteurs ont observé que les femmes autistes présentaient un risque de comportements d’automutilation supérieur de 83 % à celui des femmes non autistes, tandis que le risque était augmenté de 47 % chez les hommes autistes comparativement aux hommes non autistes.
Les auteurs soulignent l’importance de ne pas considérer les comportements suicidaires comme une conséquence directe ou inévitable de l’autisme. Ici aussi, les troubles psychiatriques associés apparaissent comme des facteurs explicatifs majeurs, invitant à s’intéresser davantage aux conditions susceptibles de favoriser leur développement.
Concernant la vulnérabilité accrue des femmes autistes, il serait également pertinent de s’intéresser au rôle des normes de genre dans une société encore largement structurée par des rapports de domination masculine.
Les femmes autistes ne sont pas seulement exposées au stress lié à la neurodivergence, elles évoluent également dans un environnement où les attentes pesant sur les femmes en matière de sociabilité, d’empathie, de disponibilité émotionnelle ou de conformité comportementale demeurent particulièrement fortes. La combinaison de ces contraintes contribue à accroître leur charge psychologique.
Camouflage, exclusion et besoins de soutien non satisfaits
D’autres travaux ont cherché à identifier les facteurs spécifiquement associés au risque suicidaire chez les adultes autistes. Une étude publiée en 2018 dans Molecular Autism a notamment mis en évidence plusieurs facteurs significativement associés au risque suicidaire chez les adultes autistes, parmi lesquels le camouflage des traits autistiques, les besoins de soutien non satisfaits, les antécédents d’automutilation et certaines difficultés psychologiques associées.
Plusieurs de ces facteurs renvoient ainsi directement à l’environnement social dans lequel évoluent les personnes autistes. Le camouflage, par exemple, est une stratégie développée pour éviter le rejet ou la stigmatisation. Les besoins de soutien non satisfaits renvoient quant à eux aux difficultés d’accès aux ressources, aux accompagnements et aux aménagements nécessaires. Si l’on retire le bruit des préjugés, combien de souffrances attribuées à l’autisme relèvent en réalité de la manière dont nos sociétés traitent celles et ceux qui s’écartent des normes ?
– Elena Meilune
Références
• van der Linden, K., Simons, C., van Amelsvoort, T., et al. (2022). Emotional stress, cortisol response, and cortisol rhythm in autism spectrum disorders: A systematic review. Research in Autism Spectrum Disorders, 98, 102039.
• Makris, G., Agorastos, A., Chrousos, G. P., & Pervanidou, P. (2022). Stress System Activation in Children and Adolescents With Autism Spectrum Disorder. Frontiers in Neuroscience, 15, 756628.
• Flentje, A., Sunder, G., & Tebbe, E. (2025). Minority stress in relation to biological outcomes among sexual and gender minority people: A systematic review and update. Journal of Behavioral Medicine, 48(1), 22–42.
• Botha, M., & Frost, D. M. (2020). Extending the Minority Stress Model to Understand Mental Health Problems Experienced by the Autistic Population. Society and Mental Health, 10(1), 20–34.
• Bayeh, R., & Ryder, A. G. (2025). Neurodiversity, Minority Status, and Mental Health: A Quantitative Study on the Experiences of Culturally Diverse University Students in Canada. Autism in Adulthood, 7(4), 447–461.
• van Asselt, A., Roke, Y., & Scheeren A. M. (2026). Extending the Minority Stress Model of Autism: Internalized Stigma and Loneliness as Predictors of Stress and Life Satisfaction. Autism, 30(6).
• White, L. C. J., Vel Ixqe, K., Gillespie-Smith K.. (2024). Minority Stress, Camouflaging, and Mental Health Outcomes in Transgender and/or Non-binary Autistic Adults. Autism in Adulthood, 8(3).
• Kõlves, K., Fitzgerald, C., Nordentoft, M., et al. (2021). Assessment of Suicidal Behaviors Among Individuals With Autism Spectrum Disorder in Denmark. JAMA Network Open, 4(1).
• Lai, M.-C., Saunders, N. R., Huang, A., et al. (2023). Self-Harm Events and Suicide Deaths Among Autistic Individuals in Ontario, Canada. JAMA Network Open, 6(8).
• Cassidy, S., Bradley, L., Robinson, J., & Baron-Cohen, S. (2018). Risk markers for suicidality in autistic adults. Molecular Autism, 9, 42.
Photo de couverture : Rawpixel
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Et si écouter l’autre était un acte anticapitaliste ?
Mauricette Baelen
Dans l’ouvrage L’expulsion de l’autre du philosophe sud-coréen et allemand Byung-Chul Han, la société postmoderne apparaît comme aliénante. De là, sont développées des réflexions philosophiques, critiques des logiques capitalistes, de surconsommation et de mondialisation. Dans cet essai incisif, la pratique de l’écoute d’autrui se dégage comme une voie à suivre.
De l’isolement produit par le néolibéralisme à l’effacement du lien à l’autre, Byung-Chul Han montre comment les logiques économiques façonnent nos existences. Son analyse conduit finalement à une question centrale : quelles conditions rendent encore possible une véritable vie commune ?
Désir de paix
L’une des premières phrases choc de Byung-Chul Han concerne le désir de paix, qui est assez communément partagé : un récent sondage IFOP révèle qu’environ 70% de la population française se positionne en soutien à la participation de leur pays aux opérations de maintien de la Paix avec l’ONU. Un désir pacifique partagé, mais des plans d’actions qui entrent en contradiction.
D’un point de vue de sécurité intérieure, de nombreux pays occidentaux se « protègent » derrière l’OTAN et les politiques interventionnistes des États-Unis, une protection qui à moyen-terme ne fait qu’augmenter les tensions et les risques de conflits généralisés.
Réunion du G7 avec le secrétaire général de l’OTAN, 2025. Crédit : NATO (Flickr).
Mais la sécurité ne dépend pas uniquement des relations internationales. L’accroissement de la pauvreté, de la précarité, des discriminations ou encore des politiques d’exclusion à l’égard des étrangers alimente également les tensions au sein des sociétés. Loin de favoriser une paix durable, ces dynamiques nourrissent les fractures sociales et créent un terrain propice aux conflits.
Dans ce contexte, renforcer les politiques néolibérales au nom du pragmatisme ou d’une posture prétendument pacificatrice – « ni de droite ni de gauche », de « bon sens » face aux « extrêmes », à l’image du positionnement défendu par Raphaël Glucksmann – ne constitue pas une réponse neutre. Une telle orientation contribue à approfondir les inégalités produites par le libre marché et s’accompagne souvent d’une vision interventionniste des relations internationales, susceptible d’alimenter davantage les tensions qu’elle ne les résout.
Byung-Chul Han se veut ainsi extrêmement critique de la position de Kant, selon qui la paix s’installera forcément à travers « l’esprit commercial », car ce dernier serait incompatible avec la guerre. Le philosophe coréen considère au contraire que cette paix ne peut être que temporaire : c’est « la puissance de l’argent » qui contraint à la paix pour ses propres intérêts
Plus pertinent encore, Byung-Chul Han nomme la paix instaurée par la force de l’esprit commercial, une paix géographiquement limitée : la zone de bien-être est en effet entourée de barrières, de camps de concentration pour personnes migrantes et de théâtres de guerre. Une paix qui n’est donc qu’illusion et réservée à un groupe privilégié.
Pour le philosophe, la paix est au contraire permise par l’hospitalité, en tant que « promesse de réconciliation ». Selon lui, c’est la capacité d’accueil d’une société qui permet de mesurer son degré de civilité.
Crédit : Society for Medical Anthropology.
Aliénation et société de consommation
Pour Byung-Chul Han, le système néolibéral est extrêmement dangereux, génère angoisse et insécurité, mais il isole surtout l’individu qui devient « un entrepreneur isolé de lui-même » :
« Ce processus d’isolement, accompagné d’un effritement de la solidarité et d’une concurrence généralisée, engendre de l’angoisse. La logique perfide du néolibéralisme veut que l’angoisse augmente la productivité. »
Le concept d’isolement est d’autant plus lisible dans notre rapport d’aliénation du travail, empêchant le travailleur de se réaliser. Byung-Chul Han perçoit même son travail comme « une annulation continue de soi », dont l’aliénation serait synonyme de mise en extériorité de l’objet produit par le travailleur : « celui-ci ne se reconnaît plus ni dans son produit, ni dans sa propre activité ». Ce que le travailleur produit lui est ainsi retiré : il devient « d’autant plus pauvre que sa quantité de production est riche ».
Le philosophe ajoute que nous vivons dans une société postmarxiste, où l’exploitation n’est plus seulement vérifiable sous la forme d’aliénation, mais plutôt sous la forme d’une dite « liberté », « autoréalisation » et « optimisation de soi ». Une liberté qu’il décrit comme fatale car elle ne rend plus possible aucune forme de résistance, de révolution. Byung-Chul Han parle donc d’une « auto-aliénation destructive », dès lors que l’individu perçoit son propre corps et son propre être comme objet fonctionnel à optimiser.
L’aliénation du travail se manifeste alors de manière pathologique : anorexie, boulimie, binge eating, burn-out, dépression, sont autant de symptômes d’une « auto-aliénation croissante » selon l’auteur. La cause de ces troubles est souvent ramenée à la culpabilité individuelle : gestion du stress, manque d’activité physique, etc. L’injonction au bien-être agit comme un camouflage des véritables causes du mal-être.
L’importance de l’écoute
En conclusion, la capacité à écouter apparaît comme une forme de pratique décisive de résistance à un système néolibéral, lui-même destructeur du lien social, du bien-être et du sens à donner aux vies. L’écoute n’est pas une action passive mais bel et bien active. Selon Byung-Chul Han :
« écouter est une offre, un don, cela aide l’autre à prendre la parole ».
L’écoute précède même la parole, selon lui : « L’écoute invite l’autre à parler, elle lui ouvre un espace pour son altérité ». Elle peut même pousser les personnes à exprimer des pensées qui ne seraient jamais apparues en l’absence d’écoute.
Comment ne pas évoquer la communication digitale et les réseaux sociaux, qui paradoxalement nous mettent en réseau et, par la même, nous isolent : « je me procure les informations sur la toile, ainsi je ne dois pas m’adresser à un interlocuteur personnel. » Dans ce sens, en l’absence de l’autre, la communication se transforme en « échange accéléré d’informations, ce qui n’établit pas de relations, mais seulement des connexions ».
Or, le relationnel est indispensable au discours politique : « l’espace politique est un espace où je rencontre les autres, je parle avec les autres et je les écoute ». C’est pourquoi Byung-Chul Han considère que l’écoute a une dimension politique, c’est une « participation active à l’existence des autres, mais aussi à leurs souffrances ».
En revanche, il semble qu’aujourd’hui nous écoutons tant de choses mais perdons de plus en plus la capacité à écouter les autres et leurs douleurs : chacun·e est seul·e avec soi-même, « la souffrance est privatisée et individualisée », il n’existe plus de liens entre la souffrance de l’un et de l’autre, jusqu’à ignorer « la dimension sociale de la souffrance ».
Un constat pessimiste qui ne signifie pas que tout espace de lien social a disparu, mais la tendance semble indéniable. Surtout, les organes de pouvoir du régime néolibéral y ont tout à fait intérêt, afin de paralyser socialisation et politisation. En effet, la politisation induit le passage du privé au public, alors qu’aujourd’hui « le public se dissout peu à peu dans le privé ».
Livre « L’expulsion de l’autre » de Byung-Chul Han dans sa version italienne. Crédit : Fsociete.fr
Pour conclure, quoi de mieux que la délicate mais incisive plume de Byung-Chul Han :
« La bruyante société de la fatigue est sourde. La société à venir pourrait être en revanche celle de l’écoute et de l’attention […] L’actuelle crise du temps ne concerne pas l’accélération, mais plutôt la totalisation du temps de soi. Le temps de l’autre se soustrait à la logique de l’amélioration des performances et de l’efficacité […] La politique néolibérale du temps élimine le temps de l’autre, considéré comme un temps improductif […], elle élimine aussi le temps de la fête, le temps de la célébration, qui échappe à la logique de production. Le temps festif est à proprement parler improductif. A l’opposé du temps de soi, qui nous rend seuls et nous isole, le temps de l’autre institue une communauté. Ce temps là, par conséquent, est un bon temps. »
– Benjamin Remtoula (Fsociete.fr)
Photo de couverture : Priscilla Du Preez (Unsplash)
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Routes vivantes : protéger les animaux sur les routes
Mauricette Baelen
Chaque année, des centaines de millions d’animaux domestiques et sauvages meurent sur les routes européennes. Une étude datant de 2020 estime que près de 194 millions d’oiseaux et 29 millions de mammifères – sans parler des insectes dont l’hécatombe se comptent en milliards – sont victimes de collisions avec des véhicules chaque année, faisant des infrastructures routières l’une des pressions majeures sur la biodiversité.
Cette mortalité reste largement absente du débat public. Aucun numéro d’urgence pour la faune sauvage, aucun service de secours ouverts 24h/24, ce qui semble pourtant une nécessité absolue au vu de la mortalité animale ces soixante-dix dernières années.
Hibou moyen duc sur une route – source : Valentin Marcheguay
Hérissons, écureuils, amphibiens, rapaces, renards ou encore blaireaux disparaissent dans une relative indifférence… C’est pour replacer le vivant au cœur de nos mobilités qu’est née Routes Vivantes. Pour Mr Mondialisation, Baptiste Trény, cofondateur de l’association Routes Vivantes, expose les solutions possibles pour repenser notre rapport aux routes.
Entretien avec l’association Routes Vivantes
Mr Mondialisation : Pouvez-vous présenter Routes Vivantes et expliquer comment est née l’association ?
Baptiste Trény : « Routes Vivantes est une association créée fin 2025 pour lutter contre la mortalité de la faune sur les routes. Nous agissons autour de trois axes : sensibiliser le public, accompagner les décideurs dans leurs politiques d’aménagement et soutenir les actions de terrain ainsi que la recherche scientifique.
Stickers de Routes Vivantes – que vous pouvez acheter sur le site !
L’idée est née en 2023, après un appel lancé sur les réseaux sociaux face à l’impuissance ressentie devant le nombre d’animaux tués sur les routes. Ce message a suscité une forte mobilisation et, avec Amélie Boulay et Jean-Michel Ledey, nous avons transformé cette dynamique en association. Aujourd’hui, Routes Vivantes rassemble déjà plus de 230 adhérents partout en France. »
Mr Mondialisation : Pourquoi la mortalité de la faune sur les routes est-elle devenue un sujet d’engagement pour vous ?
Baptiste Trény : « J’ai toujours été très attaché au vivant. En observant la nature, notamment à travers la photographie animalière, je suis confronté quotidiennement aux animaux victimes de la route. Les hérissons, écureuils, blaireaux, renards ou chouettes déclinent aussi à cause des collisions routières.
« À force, il m’est devenu impossible de considérer cela comme une fatalité. »
Beaucoup de membres de l’association partagent cette sensibilité : quand on aime le vivant, on ne peut accepter de le voir disparaître dans l’indifférence. Heureusement, tout reste à construire et chaque action peut avoir un impact. »
Mr Mondialisation : Dispose-t-on aujourd’hui de données fiables sur l’ampleur du phénomène en France ?
Baptiste Trény : « Oui. Le constat est désormais bien documenté : plus de 200 millions d’animaux sont tués chaque année sur les routes européennes, dont près de 2 millions de hérissons en France. Les données proviennent notamment des associations, des centres de soins, de l’OFB ou du Cerema.
Elles sous-estiment cependant la réalité, car beaucoup d’animaux disparaissent rapidement après leur mort ou succombent plus tard à leurs blessures. Notre ambition est de centraliser ces connaissances, de les harmoniser et de soutenir les initiatives locales afin de construire un outil scientifique de référence. »
Mr Mondialisation : Quelles sont les principales actions que mène Routes Vivantes sur le terrain ?
Baptiste Trény : « Notre priorité est aujourd’hui de structurer l’association et son réseau de bénévoles. Nous avons déjà diffusé plus de 500 stickers de sensibilisation, développons des groupes locaux et préparons un réseau de référents départementaux.
Nous travaillons également sur une grande exposition photographique itinérante qui mêlera art et pédagogie pour sensibiliser le grand public. Elle sera alimentée par un concours photo national et sera présentée dans des écoles, collectivités et festivals, notamment au FIFO en 2026. »
Renard qui traverse la route – source Stéphane Raimond – Objectif Loutres
Mr Mondialisation : Comment l’association est-elle financée ? Recevez-vous des subventions publiques ou des dons privés ?
Baptiste Trény : « Notre fonctionnement repose essentiellement sur les adhésions et les dons de nos membres. L’association fonctionne aujourd’hui entièrement grâce au bénévolat.
Nous avons également bénéficié du soutien d’un parrain fondateur, Rodolphe Landemaine, qui nous permet d’envisager une montée en puissance de notre organisation. À terme, nous chercherons aussi des financements pour développer notre exposition photo grâce au mécénat, aux subventions privées et aux partenariats. »
Mr Mondialisation : Selon vous, les pouvoirs publics prennent-ils suffisamment en compte l’impact des infrastructures routières sur la biodiversité ?
Baptiste Trény : « Non, pas à la hauteur des enjeux. Des initiatives existent, mais la biodiversité reste encore trop souvent secondaire dans les décisions d’aménagement.
« Les routes sont principalement pensées pour répondre aux besoins humains, alors qu’elles fragmentent les habitats et provoquent la mort de millions d’animaux. »
Le problème est aussi culturel : nous sommes largement déconnectés du vivant. Pourtant, des mesures simples pourraient être mises en œuvre rapidement, comme intégrer une formation à la protection de la faune dans le permis de conduire. Chaque année, près de 1,5 million de nouveaux conducteurs sont formés en France : c’est un levier considérable pour faire évoluer les comportements. »
Mr Mondialisation : Quelles mesures concrètes les collectivités pourraient-elles mettre en place pour réduire les collisions avec la faune sauvage ?
Baptiste Trény : « Il n’existe pas de solution unique, mais un ensemble d’actions complémentaires. Les collectivités peuvent sensibiliser les habitants, installer une signalisation adaptée, créer des corridors écologiques, des passages à faune ou encore préserver les continuités entre les jardins pour les petits mammifères. Elles peuvent aussi adapter l’usage de certaines routes lors des périodes sensibles ou repenser leur réseau lorsque cela est pertinent. »
« Chez Routes Vivantes, nous avons recensé plus d’une cinquantaine de mesures concrètes et souhaitons, à terme, créer un label pour valoriser les territoires engagés en faveur du vivant. »
Mr Mondialisation : Avez-vous le sentiment que les enjeux de biodiversité sont suffisamment intégrés dans les politiques d’aménagement du territoire ?
Baptiste Trény : « Clairement non. Si c’était le cas, de nombreuses associations de protection de la nature n’auraient plus lieu d’être. Malgré les discours, la biodiversité reste souvent une variable d’ajustement dans les projets d’aménagement, alors qu’elle devrait être un élément central de la réflexion.
Face au déclin du vivant, nous devons faire preuve de davantage d’ambition et intégrer pleinement ces enjeux dans nos choix d’aménagement et de développement. »
Putois d’Europe en balade – Source : Stéphane Raimond
Mr Mondialisation : Rencontrez-vous des résistances, qu’elles soient politiques, économiques ou culturelles, lorsque vous portez vos propositions ?
Baptiste Trény : « Nous rencontrons finalement peu d’opposition. Le sujet parle à beaucoup de monde, car chacun a déjà été confronté à un animal tué sur la route. Les principaux freins sont davantage le découragement et le sentiment que le problème est trop vaste. Notre conviction est inverse : chaque vie sauvée compte.
Les obstacles économiques, politiques ou culturels peuvent être dépassés grâce au dialogue, à la sensibilisation et à des solutions adaptées. Nous constatons aujourd’hui une réelle envie d’agir et une dynamique très positive autour de l’association. »
Mr Mondialisation : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux élu·es et aux individu·es pour mieux concilier mobilité humaine et protection du vivant ?
Baptiste : « J’inviterais chacun à se souvenir de l’enfant qu’il a été, capable de s’émerveiller devant un hérisson, un oiseau ou un insecte. Retrouver ce lien avec le vivant est sans doute la première étape pour changer nos comportements.
Concilier mobilité et biodiversité ne suppose pas de tout révolutionner, mais de porter un autre regard sur nos déplacements et nos aménagements. Si nous redonnons sa juste valeur au vivant, nous prendrons naturellement de meilleures décisions, individuellement comme collectivement. »
Enfant qui essaie de nourrir un écureuil – source : Unsplash
Mr Mondialisation : La protection de la biodiversité est souvent présentée comme une priorité. Entre les discours et les actes, estimez-vous que les décideurs publics sont à la hauteur de cet enjeu ?
Baptiste Trény : « Si les pouvoirs publics étaient réellement à la hauteur, la situation serait sans doute bien différente. Il existe heureusement des collectivités et des élu·es qui portent des initiatives exemplaires, et il est important de les valoriser. Mais, dans l’ensemble, l’écart reste important entre les ambitions affichées et les actions mises en œuvre.
Il ne faut pas non plus oublier que nous sommes tous des décideurs à notre échelle. Nos choix quotidiens, dans notre manière de nous déplacer ou d’aménager nos espaces de vie, peuvent eux aussi contribuer à préserver le vivant. »
Mr Mondialisation : Avez-vous observé une évolution de la prise de conscience du public concernant les collisions entre véhicules et faune sauvage ces dernières années ?
Baptiste Trény : « Oui, mais cette évolution reste mesurée. Les réseaux sociaux peuvent donner l’impression d’une prise de conscience générale alors que le sujet demeure encore largement méconnu. Beaucoup de personnes ne perçoivent pas l’ampleur du phénomène ou ne se sentent pas concernées.
Nous rencontrons néanmoins de plus en plus de citoyen·nes prêt·es à agir. C’est précisément pour élargir cette prise de conscience que nous développons des actions de sensibilisation, comme notre future exposition photographique itinérante, afin de faire de cette question un véritable enjeu de société. »
Mr Mondialisation : Parmi les solutions existantes (passages à faune, clôtures, limitation de vitesse, signalisation…), lesquelles vous paraissent les plus efficaces et pourquoi ?
Baptiste Trény : « Il n’existe pas de solution miracle. »
« L’efficacité repose sur la complémentarité des mesures : former les conducteurs, adapter les infrastructures, créer des passages à faune, améliorer la signalisation ou encore réduire la vitesse dans les zones sensibles. »
Notre ambition est justement de fédérer ces initiatives et de les déployer là où elles auront le plus d’impact. Rejoindre Routes Vivantes, c’est aussi contribuer à accélérer cette dynamique collective en faveur du vivant. »
Mr Mondialisation : Si vous aviez l’occasion de faire évoluer une seule loi ou réglementation concernant les infrastructures routières et la biodiversité, laquelle choisiriez-vous ?
Baptiste Trény : « Sans hésiter, je rendrais obligatoire une formation dédiée au vivant dans le cadre du permis de conduire. Chaque nouveau conducteur devrait comprendre les risques liés aux collisions avec la faune, savoir identifier les zones sensibles et adapter sa conduite.
Former les conducteurs dès le départ permettrait de transformer durablement notre rapport à la route. C’est un levier simple, concret et potentiellement très efficace pour réduire la mortalité animale et mieux intégrer la biodiversité dans notre culture de la mobilité. »
– Maureen Damman
Photo de couverture : Baptiste Treny – @Manu Masson
The post Routes vivantes : protéger les animaux sur les routes first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 29.06.2026 à 13:41
Comment démanteler les grands médias ?
Mauricette Baelen
Alors qu’il est essentiel de s’informer pour voter en connaissance de cause, les médias dominants imposent un agenda politique dicté par la volonté de leurs propriétaires. Ce conflit d’intérêt nuit à la possibilité d’une démocratie saine et impose la nécessité d’un démantèlement des empires journalistiques au profit d’un pluralisme idéologique, cadré par le respect de la dignité de tous.
Le constat est sans appel : près de neuf médias sur dix appartiennent aujourd’hui à une dizaine de milliardaires. Comment, dès lors, avoir une opinion éclairée si le pouvoir d’informer se concentre entre les mains d’une poignée de gens dont les intérêts économiques convergent ?
La situation est d’autant plus inquiétante qu’une idéologie d’extrême droite essaime de plus en plus sur le milieu, notamment sous l’impulsion de grands patrons, comme Vincent Bolloré ou Pierre-Edouard Stérin. Il existerait pourtant des moyens politiques de limiter cette influence nuisible à la démocratie.
Une situation critique
En France, la question de la concentration des médias ne date pas d’hier. Même si l’empire tentaculaire de Vincent Bolloré a largement remis cette question dans le débat public, les ultra riches du pays achètent et échangent des rédactions de presse depuis de nombreuses décennies.
Elle est de retour.
La 20ᵉ mise à jour de notre carte :
« Médias français : qui possède quoi ?
Quelques mouvements remarquables, en 4 points. ↓ pic.twitter.com/FJYbmRlCbN
— Le Monde diplomatique
(@mdiplo) December 18, 2025
De Bernard Arnault à Xavier Niel en passant par Martin Bouygues, Patrick Drahi ou François Pinault, une poignée de milliardaires s’est octroyé le droit d’informer la population de la manière dont il l’entend. Et sa force de frappe est extrêmement puissante.
Ainsi, 93 % des quotidiens nationaux vendus en France sont sous le contrôle de cinq milliardaires. Dans cette catégorie, seules L’Humanité et La Croix n’appartiennent pas à une grande fortune. L’essentiel de l’audience à la radio et à la télévision est également capté par des médias de même nature.
Une influence tentaculaire
Et bien entendu, cette concentration pose un véritable problème démocratique. Les médias n’usurpent en effet pas leur surnom de « quatrième pouvoir ». Ils façonnent l’agenda public et influencent considérablement l’opinion. Chaque soir, 20 millions de Français s’informent d’ailleurs encore en regardant un journal télévisé.
Inutile de préciser à quel point détenir les clefs de ce genre d’outil permet d’orienter voire de contrôler une partie très importante des esprits. Le choix des sujets, des invités et des journalistes s’avère déterminant. Or, cette ligne éditoriale n’ira jamais à l’encontre des intérêts du propriétaire du titre.
Des conflits d’intérêt évident
Personne n’évoquera ainsi les ravages de l’extrême droite sur une radio de Vincent Bolloré, la critique des entreprises du luxe n’émergera pas dans un journal de Bernard Arnault, et une interminable liste de sujets allant à l’encontre des intérêts des plus fortunés n’aura certainement pas le droit à un traitement équitable.
De cette façon, l’écologie, le partage des richesses ou la remise en cause du capitalisme seront en revanche bien peu abordés. D’après une étude, l’environnement ne faisait l’objet que de 6 % des articles de presse en 2025. Et ce n’est pas un hasard, puisque les propriétaires sont, par ailleurs, les plus importants responsables de la catastrophe planétaire.
La remise en question du modèle économique dominant va aussi totalement à l’encontre de l’intérêt des plus grandes fortunes, mais également des groupes publicitaires qui abreuvent en masse la presse, posant un sérieux problème d’indépendance. À l’inverse, les polémiques stériles, les faits divers et les sujets destinés à servir l’extrême droite trouveront un écho retentissant dans tous les médias de ce type.
Le pluralisme ne sera pas suffisant
Néanmoins, on pourrait arguer qu’il existe des médias indépendants et portés sur des thèmes alternatifs, comme Mr Mondialisation. Mais comment comparer la force de frappe d’un milliardaire à celle de faibles fonds ?
De ce fait, le problème n’est pas seulement le manque de pluralisme, mais bien le système de l’information dans son intégralité, qui repose en grande partie sur la propriété privée d’un actionnaire. Également, le financement des journalistes ne permet pas de garantir leur liberté dans de nombreux cas. Pire, grâce à des écoles standardisées et des embauches privilégiant des profils bien précis, la diversité des professionnels du secteur se réduit d’année en année.
Un problème majeur pour la démocratie
Face à cette situation, il ne peut émerger de véritable démocratie. En effet, comme garantir qu’un citoyen puisse prendre des décisions éclairées pour son pays s’il ne dispose que d’une information extrêmement partiale et orientée vers un mode de pensée bien précis ?
Même s’il n’existe, bien entendu, aucune nouvelle neutre, l’absence d’un pluralisme équitable, avec des moyens de diffusion équivalents, pose un réel problème collectif. Et au-delà des opinions inévitables dans un média, la question de la désinformation factuelle n’est pas non plus négligeable. Que des journalistes puissent diffuser des contre-vérités sans conséquences dépasse largement le cadre de la liberté de la presse et fausse le débat public.
Si des chaînes comme CNEWS s’en sont fait une spécialité de manière particulièrement grossière, il ne faudrait pas penser que cette pratique reste cantonnée aux médias d’extrême droite de la sphère Bolloré. Le site Acrimed relève d’ailleurs régulièrement toutes les manipulations les plus choquantes dans les grands médias.
Comment changer d’orientation ?
Dès lors, restreindre la puissance politique des milliardaires apparaît comme une nécessité absolue. Pour ce faire, l’information doit être traitée tel un bien commun, d’une part en empêchant les situations de monopoles, et d’autre part en protégeant l’indépendance des rédactions.
Par là, la socialisation du journalisme devient une piste très sérieuse, notamment grâce au statut de coopérative. La refonte des écoles du secteur, pour des profils plus variés, peut également appartenir aux solutions possibles.
Un contrôle démocratique
Pour autant, afin de se prémunir d’une instrumentalisation de l’information par l’État, comme c’est souvent le cas dans le service public, la gestion de ce secteur doit nécessairement se soumettre à un contrôle citoyen.
Les pouvoirs de l’ARCOM pourraient ainsi s’étendre à toute la presse, après que ses membres aient été renouvelés, non plus par le gouvernement, mais par le peuple, ou bien par tirage au sort. De véritables sanctions devraient également être prononcées lorsque l’éthique journalistique n’est pas respectée et que de la désinformation a sciemment été partagée.
Reprendre le contrôle de la bourse
De la même manière, la question du financement doit être sérieusement reposée. Les aides à la presse, qui atteignent plus de 110 millions par an, sont aujourd’hui massivement captées par de grands groupes, ne laissant que des miettes aux médias indépendants.
La presse indépendante est d’ailleurs bien souvent contrainte de survivre avec les dons de ses lecteurs, sans pouvoir se développer davantage. Si ce modèle a plutôt bien fonctionné pour certains, il reste très limité pour la plupart d’entre eux et source de précarité financière pour ses journalistes.
Dès lors, proposer aux citoyens d’orienter l’argent public sur les médias de leurs choix pourrait représenter une solution viable. Dans tous les cas, force est de constater que, face à l’urgence des multiples crises traversées par le pays, l’information ne peut plus être traitée comme une simple marchandise à la merci des plus aisés.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Manifestation des travailleur·euses. 1er mai 2024. Paris. Paola Breizh. Flickr.
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Chatbots, grossesse et poésie : les 10 bonnes nouvelles de la semaine
Mauricette Baelen
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer.
1. La Norvège interdit les chatbots d’IA aux écoliers
La Norvège interdira dès la rentrée l’usage des chatbots d’intelligence artificielle aux élèves de 6 à 13 ans, tout en les autorisant sous encadrement à partir de 14 ans. Le gouvernement estime que les enfants doivent d’abord acquérir les apprentissages fondamentaux avant de recourir à ces outils. (Next)
2. Grossesse : la Cour de cassation renforce la protection des salariées en période d’essai
La Cour de cassation juge que lorsqu’une période d’essai est rompue après l’annonce d’une grossesse, c’est désormais à l’employeur de prouver que sa décision est sans lien avec cet état. Cette décision renforce la protection des salariées contre les discriminations liées à la maternité. (The Conversation)
3. Une loi de réparation adoptée pour les « enfants de la Creuse »
Le Parlement a adopté une loi reconnaissant les préjudices subis par les 2 015 mineurs réunionnais déplacés de force vers l’Hexagone entre 1962 et 1984. Le texte prévoit notamment une commission pour la mémoire, une journée nationale d’hommage et un droit à réparation financé par l’État. (L’Humanité)
4. Des ateliers de poésie pour aider les personnes exilées à surmonter leurs traumatismes
À la Maison des réfugiés, à Paris, des ateliers d’apprentissage poétique du français offrent aux personnes en exil un espace d’expression, de lien social et d’apaisement. Sans se substituer à un suivi psychologique, ces ateliers sont reconnus pour leurs effets bénéfiques sur la santé mentale de personnes souvent marquées par des violences et l’exil. (La Brèche)
5. Une victoire historique pour les beagles destinés aux laboratoires aux États-Unis
Ridglan Farms, un élevage du Wisconsin spécialisé dans les beagles destinés à l’expérimentation animale, va fermer ses portes après des années de mobilisations et d’enquêtes. Les défenseurs des animaux saluent une victoire majeure et espèrent désormais que les derniers chiens pourront être placés dans des familles. (World Animal News)
6. L’espérance de vie en Afrique a gagné dix ans en moins de vingt ans
Entre 2000 et 2019, l’espérance de vie moyenne en Afrique est passée de 54 à 64 ans, grâce notamment au recul de la mortalité infantile et aux progrès dans la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose. Cette amélioration s’est produite malgré les guerres, les famines et les crises sanitaires qui ont marqué le continent. (Good News Network)
7. Au Vietnam, la protection de la faune sauvage porte ses premiers fruits
Le renforcement de la lutte contre le braconnage et le trafic d’animaux sauvages a permis le retour de plusieurs espèces rares dans les écosystèmes vietnamiens. Les autorités mettent en avant les premiers résultats du plan national lancé en 2025, qui a conduit à près de 1 800 infractions traitées en trois mois. (Le Courrier du Vietnam)
8. Au Guatemala, des agriculteurs redonnent vie aux savoirs mayas pour réduire les pesticides
Des communautés agricoles guatémaltèques renouent avec des pratiques héritées des Mayas en fabriquant des biopesticides à base de plantes locales. Moins coûteuses et moins polluantes que les produits chimiques, ces solutions permettent de protéger les cultures tout en préservant les sols, l’eau et la biodiversité. (Mongabay)
9. Le Québec crée un dispositif pour vérifier les antécédents de violences d’un partenaire
Le gouvernement québécois a présenté une loi permettant à toute personne de 14 ans et plus de demander si son ou sa partenaire a des antécédents de violences conjugales, d’agressions sexuelles ou de fraude amoureuse. Inspiré de la « loi de Clare » britannique, ce dispositif vise à prévenir les féminicides et pourrait donner lieu à environ 10 000 demandes par an. (Le Journal de Québec)
10.L’Arcom met CNews en demeure pour non-respect du pluralisme
Après avoir analysé 168 heures de programmes, l’Arcom estime que CNews présente une « surexposition manifeste » d’un même courant de pensée et ne respecte pas l’obligation de pluralisme de l’information. La chaîne de Vincent Bolloré, déjà la plus sanctionnée par le régulateur, a annoncé un recours devant le Conseil d’État. (Les Nouvelles News)
Visuel de couverture : Unsplash
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