Think-tank citoyen et média indépendant
Publié le 09.10.2026 à 06:00
Des livres sacrifiés pour entraîner l’IA
Mr Mondialisation
Publié le 08.10.2026 à 06:00
Mouvement lycéen : quand une colère légitime devient « une manœuvre de LFI »
Elena Meilune
Publié le 07.10.2026 à 06:00
Un étudiant sur cinq ne mange pas à sa faim : un concours d’éloquence pour faire entendre leurs revendications
Mr Mondialisation
Publié le 06.10.2026 à 06:00
Écrits antisémites de Jordan Bardella : les preuves s’accumulent
Elena Meilune
Publié le 05.10.2026 à 13:22
Mobilisation lycéenne : ce gouvernement qui mutile des enfants
Simon Verdiere
Publié le 04.10.2026 à 06:00
Danube, plantations et lynx : les 10 bonnes nouvelles de la semaine
Mauricette Baelen
Publié le 03.10.2026 à 06:00
OQTF, Bardella et sexisme : les 10 infos de la semaine
Mauricette Baelen
Publié le 02.10.2026 à 19:24
Va-t-on laisser mourir les campagnes ?
Simon Verdiere
Publié le 01.10.2026 à 14:06
De Sainte-Soline aux mobilisations lycéennes : la doctrine répressive de Laurent Nuñez
Elena Meilune
Publié le 30.09.2026 à 06:00
Quand Hollande a trahi la gauche en enfantant Macron
Mr Mondialisation
Publié le 09.10.2026 à 06:00
Des livres sacrifiés pour entraîner l’IA
Mr Mondialisation
Des libraires européens voient affluer des commandes automatisées pour des ouvrages anciens, spécialisés et souvent invendus depuis des décennies. Achetés par des intermédiaires pour le compte d’entreprises d’intelligence artificielle, ces livres seraient numérisés puis détruits afin d’alimenter leurs modèles. Aubaine pour les bouquinistes, cette pratique soulève de nombreuses questions sur le droit d’auteur et la préservation du patrimoine écrit.
[Temps de lecture estimée : ~ 4min]
Depuis plusieurs mois, un étrange phénomène intrigue libraires et bouquinistes. Des milliers de livres anciens et rares sont achetés, en masse, sur leur site en ligne. Selon la RTS, la Radio Télévision Suisse, « […] début mai, une librairie allemande de livres anciens recevait sur son site en ligne chaque nuit, entre 3h00 et 5h00 du matin, un nombre considérable de commandes automatisées d’ouvrages ».
Un évènement non isolé, car de nombreux confrères, notamment sur le réseau social Reddit, en font également constat. De la Nouvelle-Zélande, à l’Espagne, en passant par les Pays-Bas ou encore l’Australie et la Bulgarie, le même procédé a lieu.
Nouvel engouement pour les ouvrages anciens ?
Ce qui intrigue surtout les professionnels, ce sont les genres d’ouvrages sélectionnés : des livres peu recherchés, très spécialisés et invendus depuis des décennies, tels que des manuels techniques ou encore des livres de cuisine. Et chaque titre est méticuleusement acheté en un seul exemplaire.
Une méthode spécifique, rythmée, presque « algorithmique »… Plusieurs médias initient des enquêtes et portent alors leur regard sur les destinataires de ces commandes : Better World Books, World of Books et Zoom Books. Des centres de logistique basés aux États-Unis. Selon la RTS ou encore le média El Diario qui enquête sur le phénomène, ces sociétés seraient des intermédiaires logistiques pour des sociétés américaines spécialisées en IA. Mais une question reste en suspens : pourquoi acheter des milliers de livres dont presque personne ne veut ?
Les livres : nouvelles données pour l’IA
Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir au fonctionnement des intelligences artificielles génératives. Les grands modèles de langage sont entraînés à partir de gigantesques quantités de textes. Internet a longtemps constitué une source particulièrement abondante de données libres d’accès : articles, pages web, forums, documents accessibles publiquement…
Mais rapidement, les ressources disponibles se sont raréfiées. Pour poursuivre leur développement, les entreprises d’IA se sont alors dirigées vers des données non libres d’accès, en passant par des plateformes de téléchargement illégal d’ouvrages. Des techniques qui les ont rapidement menés à des poursuites judiciaires, comme tel a été le cas pour l’entreprise Anthropic, à l’origine du modèle Claude, qui a été condamné en 2025 à verser 1,5 milliard de dollars aux auteurs d’ouvrages piratés.
Pour les sociétés d’IA ont alors cherché une solution : se tourner vers des ouvrages anciens et moins populaires. Un marché de grande envergure, peu coûteux et surtout, capable de passer dans les mailles du filet législatif.
Car en utilisant les livres papiers, les sociétés agissent sous couvert du principe étatsunien du « fair use », ou « principe d’utilisation équitable ». Une exception au droit d’auteur américain qui permet d’utiliser une partie d’un livre protégé sans l’autorisation de l’auteur, à condition que les fins soient spécifiques, comme la critique, l’enseignement ou la recherche. Et c’est ainsi que le livre papier entre paradoxalement dans l’histoire de la technologie la plus dématérialisée qui soit.
Des millions de livres découpés sans retour arrière possible… Jusqu’où peut-on prétendre à du « fair use » ? / Pexels
Des livres achetés pour être… détruits
Des intermédiaires logistiques comme Zoom Books collecteraient les ouvrages avant de les envoyer vers des centres de numérisation. Pour numériser rapidement chaque livre, les opérateurs en découpent le dos afin d’en séparer les pages, qui sont ensuite introduites dans des scanners. Une fois cette opération réalisée, les exemplaires ne peuvent plus être remontés ni lus comme des livres.
« [cette opération est un ] effort visant à numériser de manière destructive tous les livres du monde »
Ce procédé n’est pas une simple hypothèse développée par quelques médias. En janvier 2026, le Washington Post a révélé une longue enquête sur le « projet Panama », une opération secrète lancée par la start-up américaine Anthropic, décrit en interne comme un « effort visant à numériser de manière destructive tous les livres du monde ».
Pour les professionnels du livre d’occasion, la situation est pour le moins paradoxale. D’un côté, ces commandes représentent une manne financière inattendue : des ouvrages qui dormaient depuis des années dans des réserves trouvent soudainement preneur. De l’autre, les libraires découvrent que certains de ces livres pourraient être achetés non pas pour être lus, collectionnés ou transmis, mais pour être dépouillés de leur contenu avant d’être détruits.
Une situation particulièrement troublante pour un secteur qui ne se contente pas de vendre des livres : les bouquinistes participent aussi à leur conservation. C’est là que réside tout le paradoxe éthique de cette pratique.
Bouquinistes sur les quais de Paris, mars 2017 / WikimediaCommons
Vers la fin du savoir de l’humanité ?
Un livre représente bien plus qu’un ensemble de données. Il est aussi et avant tout un outil de transmission physique. Depuis des millénaires, des parois rocheuses d’une grotte aux feuilles de papyrus, l’ensemble des connaissances du monde se partage, se diffuse et se transmet à travers des supports matériels.
Avec l’essor de l’intelligence artificielle, une nouvelle question se pose désormais : que devient cette fonction de transmission lorsque les livres sont réduits à des ensembles de données destinés à alimenter des modèles ?
La collecte massive d’ouvrages à cette fin soulève ainsi des enjeux qui dépassent la seule question de leur destruction physique. Elle interroge les conditions dans lesquelles les œuvres peuvent être numérisées, utilisées et intégrées aux modèles d’IA, mais aussi la manière dont nous souhaitons préserver et transmettre le patrimoine écrit. Face à ces nouvelles pratiques, le cadre juridique devra trouver un équilibre entre innovation technologique, droits des auteurs et préservation de l’accès au savoir.
– Pauline Lunay
Photo de couverture : Librairie ancienne, David Henry / Pexels
The post Des livres sacrifiés pour entraîner l’IA first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 08.10.2026 à 06:00
Mouvement lycéen : quand une colère légitime devient « une manœuvre de LFI »
Mr Mondialisation
Le mouvement lycéen serait manipulé, instrumentalisé, voire organisé par La France Insoumise. Depuis la semaine dernière, le gouvernement désigne LFI comme responsable de la mobilisation, pourtant née de revendications très concrètes sur l’état de l’école publique. Une nouvelle fois, le parti se retrouve désigné comme bouc émissaire d’une contestation qui embarrasse le pouvoir. L’accusation est devenue familière. Les preuves, beaucoup moins.
[Temps de lecture estimée : ~ 7min]
À mesure que le mouvement lycéen s’étend, le gouvernement et l’extrême droite imposent un autre récit, celui d’adolescent·es dépossédé·es de leur propre colère, comme si leur mobilisation ne pouvait venir d’elles et eux-mêmes sans qu’un parti politique ne leur souffle quoi penser. La France Insoumise soutient ouvertement le mouvement. Mais soutenir une mobilisation ne signifie pas l’avoir déclenchée ni la piloter.
Pendant que les médias des milliardaires scrutent les poubelles qui brûlent et cherchent la main de Jean-Luc Mélenchon derrière chaque lycée bloqué, les revendications et la souffrance bien réelle des lycéennes et des lycéens disparaissent derrière un écran de fumée.
Un mouvement initié par les professeur·es et les lycéen·nes
À Saint-Exupéry de Créteil, des enseignant·es et des personnels se mettent en grève le 17 septembre, notamment contre plusieurs postes non pourvus. Les lycéen·nes les rejoignent dès le lendemain. Le 21 septembre, Clémence Guetté, Louis Boyard et Abdoulbar Djaffar apparaissent publiquement dans la mobilisation. LFI s’engage donc très tôt, mais le conflit et la mobilisation des élèves préexistent à l’intervention de ses élu·es.
Les blocages essaiment ensuite, principalement par les réseaux sociaux, avec des revendications qui varient selon les établissements : enseignant·es et personnels manquants, classes surchargées, bâtiments dégradés, matériel, emplois du temps ou Parcoursup. Les syndicats prennent ensuite le relais : après une grève nationale le 29 septembre, l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à de nouveaux blocages le 1er octobre et à une grande manifestation nationale le 6.
LFI ne cache pas son soutien. Louis Boyard appelle à son extension. Mais soutenir et chercher à amplifier une mobilisation déjà engagée ne signifie pas l’avoir déclenchée ni la piloter. La chronologie raconte surtout celle de personnels confrontés à un cruel manque de moyens, rejoints par leurs élèves, et d’une colère plus que légitime qui se propage d’établissement en établissement.
LFI, les Frères musulmans, agent iranien… qui dit mieux ?
Le gouvernement n’est visiblement pas le seul à chercher qui se cacherait derrière les lycéens. Le 30 septembre, Le Point – média appartenant à Artémis, société du milliardaire François Pinault – publie une chronique consacrée à la « bataille politique » autour des blocages. « Plusieurs collectifs liés à La France insoumise » sont présentés comme s’agitant derrière le mouvement. Certains auraient même « des liens avec la mouvance des Frères musulmans ».
Et ce n’est que le début. RED Jeunes, Génération EDR, Étudiants musulmans de France, Révolution permanente, élu·es insoumis·es : Le Point déroule les connexions jusqu’à faire entrer dans le tableau un influenceur soupçonné de liens avec le régime iranien. LFI, l’ultragauche, les trotskistes, les Frères musulmans, l’Iran : à ce rythme, il va bientôt falloir une commission d’enquête pour déterminer qui n’est pas derrière les lycéen·nes
La note de renseignement sur laquelle s’appuie Matignon
Le 1er octobre, Matignon franchit un cap : le mouvement serait une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l’ultragauche ». Pour étayer cette accusation, le gouvernement s’appuie notamment sur une note de la DRPP datée du 28 septembre et consultée par Franceinfo.
Premier problème : celle-ci ne porte ni sur le mouvement national ni sur Créteil, où la mobilisation a commencé, mais uniquement sur les « actions lycéennes en Seine-Saint-Denis ». Elle conclut pourtant à une « instrumentalisation de structures syndicales étudiantes et de mouvements politiques proches de l’extrême gauche ».
Mais concernant spécifiquement LFI, Franceinfo ne relève dans les huit pages de la note que quatre références concrètes à des actions ou propos d’élu·es insoumis·es : Bally Bagayoko est notamment cité pour ses positions sur les LBD et les interpellations, Éric Coquerel pour avoir « fait un passage » devant un lycée de Saint-Ouen.
Quant à un « challenge des blocus » circulant sur les réseaux sociaux, la DRPP estime qu’il « rappelle fortement » celui lancé par Louis Boyard… en 2023. La note constate par ailleurs qu’au début du mouvement, les « structures syndicales classiques » sont « étonnamment invisibles sur le terrain », avant que certaines organisations étudiantes ne tentent de rejoindre le mouvement.
La présence de militant·es et d’organisations politiques autour de certains blocages est bien réelle. Mais entre constater ces interventions en Seine-Saint-Denis et démontrer que LFI aurait organisé un mouvement né plusieurs jours auparavant à Créteil, il manque toujours l’essentiel : des faits.
Une colère qui ne sort pas de nulle part
Avant de chercher qui manipule les lycéen·es, encore faudrait-il regarder ce qu’ils et elles dénoncent. L’état du bâti scolaire en donne un aperçu. Selon un rapport de l’Alliance écologique et sociale, 20 à 30 % des bâtiments scolaires seraient vétustes et inadaptés aux aléas climatiques.
D’après une enquête du Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU), des moisissures sont visibles dans 18 % des établissements étudiés, des problèmes d’infiltration ou d’humidité sont relevés une fois sur deux et des inondations une fois sur quatre en cas de pluie. Lors de la vague de chaleur de juillet 2025, plus de 2 000 établissements avaient dû fermer.
Mais manifestement, lorsqu’un adolescent voit de l’eau tomber du plafond ou étouffe dans une salle de classe, il lui faut encore attendre le passage d’un député LFI pour comprendre que quelque chose ne tourne pas rond.
Et parfois, on dépasse largement la question du confort. Au collège Georges-Politzer de Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, des analyses réalisées en juin 2026 ont révélé une contamination de l’eau par des matières fécales. Pourtant, l’établissement n’a été informé des résultats que le 26 septembre, après plusieurs mois d’alertes du personnel sur la qualité de l’eau.
Et alors que des enseignant·es et des membres du personnel éducatif manquent cruellement dans de très nombreux lycées le projet de budget 2027 prévoit encore 1 588 suppressions de postes d’enseignants, dont 1 250 dans le public.
Et l’angoisse liée à l’orientation est aussi bien réelle. Derrière Parcoursup, il y a la sélection, la mise en concurrence des dossiers et le tri social, dans une procédure à laquelle le ministère reconnaît lui-même un stress « encore trop souvent associé ». Les lycéen·es seraient donc assez grands pour Parcoursup mais trop jeunes pour avoir une opinion.
Une question de moyens, mais surtout de priorités
L’argent public existe. Reste à savoir où l’État choisit de le mobiliser. Pour 2026, la mission « Enseignement scolaire » représente environ 64,5 milliards d’euros hors pensions. Dans le même temps, 4 018 emplois d’enseignants sont supprimés, dont 2 373 dans le premier degré et 1 645 dans le second, le gouvernement justifiant notamment ces réductions par la baisse démographique.
Les aides publiques versées aux entreprises s’élèvent quant à elles à environ 211 milliards d’euros par an, sans contrepartie demandée, ni sociale ni environnementale. Au deuxième trimestre 2026, les grandes entreprises ont distribué 61 milliards d’euros de dividendes, premier montant européen sur la période, deuxième mondial, juste après les États-Unis.
« les crédits cumulés de la police et de la gendarmerie augmentent de 637 millions d’euros en 2026, à 25 milliards. »
Pendant ce temps, les crédits cumulés de la police et de la gendarmerie augmentent de 637 millions d’euros en 2026, à 25 milliards. En 2026, les crédits de la mission « Défense » augmentent de 6,7 milliards d’euros, tandis que ceux de la mission « Enseignement scolaire » progressent d’environ 167 millions d’euros hors pensions.
La France insoumise, l’éternelle coupable
L’accusation devient plus absurde encore lorsqu’on examine les déclarations de Jean-Luc Mélenchon. Après avoir appelé les militant·es insoumis·es à « s’interposer face à la sauvagerie policière », il appelle explicitement les jeunes à employer des méthodes de lutte non violentes : « Cela ne sert à rien de mettre le feu », leur lance-t-il, tout en maintenant son soutien à leur mobilisation.
Manuel Bompard affirme également que les élus LFI ne se rendent pas devant les lycées pour « exciter » les élèves mais pour soutenir leurs revendications. Éric Coquerel appelle lui aussi à poursuivre les mobilisations « dans la non-violence ».
Le 28 septembre, une vidéo tronquée montrant le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, près d’une poubelle en feu devient virale, relayée par l’extrême droite et des élus dont Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. La séquence complète montre pourtant l’exact inverse : la poubelle brûlait déjà et Bally Bagayoko était précisément en train de l’éloigner des grilles du lycée.
Un scénario désormais bien rodé. LFI n’en est pas à sa première accusation d’« attiser » la colère : 1er-Mai 2018, réforme des retraites et Sainte-Soline en 2023, révoltes après la mort de Nahel… À ces accusations désormais récurrentes s’ajoute, depuis le 7-Octobre, celle d’antisémitisme, régulièrement brandie contre des Insoumis·es en raison de leur soutien à la Palestine et de leur dénonciation du génocide à Gaza.
Les situations et les responsabilités diffèrent, mais le parti est régulièrement accusé d’alimenter les contestations ou les violences qui les accompagnent. À force, on en oublierait presque l’hypothèse beaucoup moins mystérieuse : les colères sociales peuvent avoir des causes sociales.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Aurelio Cárdenas / Wikimedia Commons
The post Mouvement lycéen : quand une colère légitime devient « une manœuvre de LFI » first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 07.10.2026 à 06:00
Un étudiant sur cinq ne mange pas à sa faim : un concours d’éloquence pour faire entendre leurs revendications
Mr Mondialisation
Derrière les portes des amphithéâtres et des résidences universitaires, une crise silencieuse s’aggrave depuis des années. En 2026, la réalité est sans appel : un étudiant sur cinq ne mange pas à sa faim. La situation est même devenue structurelle et certains jeunes vont jusqu’à totalement sauter des repas, tandis que nombre d’entre eux disent réduire drastiquement leurs dépenses alimentaires pour payer leur loyer. Pour soutenir les étudiant·es à faire valoir leurs revendications, deux associations organisent un concours d’éloquence.
Selon le baromètre IFOP-COP1 de rentrée 2025, 34 % des étudiants français sautent régulièrement des repas par manque d’argent. Une précarité étudiante accentuée par l’inflation de ces dernières années, résultat de politiques libérales laissant les plus jeunes et les plus fragiles économiquement sur le carreau. Alors que le coût de la vie explose, l’accès à une alimentation saine, locale et durable deviendrait presque un luxe réservé à une élite.
Si les cantines des CROUS proposent des repas à 1 € à destination des étudiants boursiers ou en précarité, accéder à une alimentation à la fois abordable et saine (biologique, locale) pour tous·tes reste une autre paire de manches. Les cantines universitaires peinent encore à offrir des options accessibles et de qualité. D’ailleurs, les quotas en termes d’aliments biologiques et locaux y sont encore rarement respectés. Résultat : les étudiants sont pris en étau entre la nécessité de survivre économiquement et l’impossibilité d’accéder à une nourriture qui respecte leur santé et l’environnement.
Un concours pour réfléchir ensemble à l’alimentation de demain
Face à ce constat alarmant, Bio Consom’acteurs et FAIRe un monde équitable, deux associations engagées pour une agriculture équitable, bio et accessible, ont créé un concours d’éloquence au thème porteur : « Manger aujourd’hui, nourrir demain ». Pour les deux associations organisatrices, comme pour la faculté qui a accueille la finale du concours au sein de son amphithéâtre (Aix-Marseille Université), il s’agit avant tout d’offrir une tribune aux premier·es concerné·es. Pour ce faire, les étudiant·es sélectionné·es bénéficient d’un coaching en éloquence. De quoi faire peser les mots, tant dans le fond que dans la forme, pour un impact maximal.
Le concours, diffusé auprès de différentes universités réparties dans toute la France, a permis de recueillir plus de 50 contributions étudiantes, qui ont été réunies dans un véritable cahier de doléances. Au travers de leurs plaidoiries, les étudiant·es appellent à repenser la commande publique, à soutenir les filières locales et à garantir un accès universel à une alimentation de qualité. Chaque proposition offre matière à penser l’alimentation d’aujourd’hui et de demain, et offre quelques clés pour dépasser la dichotomie existante entre nourriture bon marché et alimentation de qualité.

Une finale accessible à tous·tes gratuitement
La finale du concours d’éloquence offrira à toutes et tous l’occasion rare d’écouter des voix jeunes, critiques et orientées vers l’avenir. Huit finalistes débattront et nous proposeront leur vision d’une alimentation juste et durable, accessibles à tous·tes, pour nous donner du grain à moudre et, on l’espère, une vision heureuse de l’avenir.
Un collège d’expert·es viendra titiller la repartie et l’éloquence des participant·es le jour J et un jury se chargera de sélectionner la meilleure plaidoirie. Face à l’ampleur prise par la mobilisation lycéenne et étudiante, la finale du concours « Manger aujourd’hui, Nourrir demain », initialement prévue le 6 octobre, est reportée au 9 décembre 2026. Un rendez-vous à retrouver en live dans l’amphithéâtre d’Aix-Marseille Université sur simple inscription, ou en ligne, de 17h à 20h.
– Emilie Fenaughty
Photo de couverture : Bio Consom’acteurs et FAIRe un monde équitable
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Écrits antisémites de Jordan Bardella : les preuves s’accumulent
Mr Mondialisation
Après avoir révélé des écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, Mediapart publie les documents et détaille la méthode employée pour les authentifier. Extraction des données auprès de Meta, constat d’huissier, éléments biographiques concordants : face aux dénégations persistantes du RN, l’affaire ébranle surtout le récit d’une extrême droite « dédiabolisée ».
« Faux grossiers », « dinguerie », « opération de barbouzerie » : depuis les premières révélations de Mediapart, Jordan Bardella et le Rassemblement national contestent en bloc. Jeudi 1er octobre, le média d’investigation a donc publié une partie des documents sur lesquels repose son enquête et détaillé leur authentification. L’affaire vient surtout ébranler quinze années de récit autour de la « dédiabolisation » d’un parti dont la fondation comptait notamment d’anciens Waffen-SS et dont le premier président, Jean-Marie Le Pen, a été condamné à plusieurs reprises pour des propos antisémites.
Paradoxalement, depuis plusieurs années, c’est largement La France insoumise qui se retrouve au centre du débat politique et médiatique sur l’antisémitisme en France. Des blagues sur la prononciation de noms font les gros titres, pendant qu’une grande partie du paysage médiatique a passé des années à raconter la prétendue disparition de l’antisémitisme au RN.
Des écrits antisémites et conspirationnistes
« Les banques sont toutes détenues par des Juifs. » La phrase figure parmi les conversations privées de Jordan Bardella révélées le 28 septembre par Mediapart. En 2013, celui qui est alors adhérent au Front national développe auprès de son entourage une vision du monde puisant dans les poncifs classiques de l’antisémitisme conspirationniste.
« Le juif doit dominé [sic] les autres peuples, les écraser et les voler », écrit-il notamment, avant d’évoquer un « Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël ». Dans un autre échange, il affirme que les ministères les « plus importants » seraient confiés à des personnes pour lesquelles « Israël et l’intérêt bancaire priment sur les intérêts Français ». À propos de Pierre Moscovici, il estime que sa volonté de « sauver les entreprises » servirait à « venger Moïse ».
Le jeune militant relaie également des théories complotistes autour du 11-Septembre et recommande une vidéo soupçonnant le Mossad d’être derrière les attentats. Il affirme encore que le « commerce alimentaire (les marques) du Hallal appartient à des juifs ».
Ces propos s’inscrivent dans tout un univers idéologique de l’époque. Bardella vante alors les analyses d’Alain Soral, dont il estime que « tout se vérifie dans les faits », et reprend notamment ses thèses associant « sionisme » et « domination bancaire ».
La stratégie du RN : dénégations et menaces
Jordan Bardella nie tout. Dès les premières révélations, le président du RN dénonce des « faux grossiers » et une « véritable opération de barbouzerie ». Il assure que ces positions n’ont « jamais été les [siennes] ». Et la riposte ne se limite pas à contester l’enquête. Bardella évoque les « prémices d’une guerre totale » contre le RN et une « tentative de déstabilisation de la campagne présidentielle ». Marine Le Pen va plus loin encore :
« Maintenant, c’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en Kevlar »,
Le Kevlar étant notamment utilisé dans la fabrication des gilets pare-balles, la députée écologiste Léa Balage El Mariky annonce saisir le procureur pour ces propos qui « ressemblent à des menaces de mort ». Des menaces à peine déguisées. Mediapart dénonce de son côté des « propos menaçants d’une grande gravité » et la « violence sidérante » du RN.
Face aux dénégations, Mediapart sort les documents
Mediapart a donc décidé de rendre publique sa méthode d’authentification. Les conversations Messenger ont été transmises par deux sources distinctes ayant fréquenté Bardella à l’époque. Pour vérifier qu’elles n’avaient pas été fabriquées ou modifiées, l’une d’elles a demandé à Meta, le 16 août, une extraction de ses données Facebook de 2013. Le dossier généré par la plateforme contient l’intégralité de ses conversations, dont celle avec un compte enregistré au nom de Jordan Bardella. L’extraction a ensuite été certifiée par huissier le 29 septembre.
Restait à déterminer si l’homme derrière ce compte était bien l’actuel président du RN. Les conversations contiennent une accumulation de détails biographiques concordants : origines de ses parents, engagement auprès de Marine Le Pen, études, anniversaire, pétition contre la suppression de la bourse au mérite ou encore échec au concours de Sciences Po. Certains épisodes seront racontés onze ans plus tard par Bardella lui-même dans son autobiographie.
À moins d’imaginer un faussaire capable, dès 2013, de connaître ce que Bardella ne révélerait lui-même au public que onze ans plus tard, la thèse du faux suppose donc quelques talents de divination.
Malgré ces éléments, Jordan Bardella maintient ses dénégations. Jeudi soir, il évoque encore sur X « des montages grossiers » et « d’obscures captures d’écran manipulables », et annonce une plainte pour faux et usage de faux, en plus de celle pour diffamation. Sur LCI, il affirme ensuite que Mediapart n’aurait avancé « absolument aucun argument » et suggère une opération « extrêmement trouble », avant de rebaptiser le média « Mediaflop ».
« La politique, c’est de la com »
L’affaire dépasse cependant les seuls messages écrits par Bardella à 17 ans. Elle met à mal directement le récit construit par le RN autour de sa « dédiabolisation ». Dans ces mêmes conversations, Bardella se félicite que le FN soit « resté fidèle à son idéologie de base » depuis « plus de 40 ans », tout en constatant que le discours de Marine Le Pen est devenu « plus polyssé » et que « le nombre d’électeurs explose ». Sa conclusion tient en six mots : « La politique, c’est de la com ».
Fin 2013, Bardella crée d’ailleurs un second compte Facebook destiné à son activité publique : « Je dédie ce compte exclusivement au FN, l’autre restera un compte perso. » Un an plus tard, devenu responsable départemental, il demande aux candidats de vérifier le contenu de leurs pages Facebook, tweets et blogs afin d’éviter les « délires personnels ou idéologiques » susceptibles de provoquer une nouvelle « tempête médiatique ».
L’ombre persistante d’Alain Soral
L’environnement politique dans lequel Bardella se forme est également documenté. Un ancien conseiller raconte à Mediapart que le futur président du RN a regardé « des kilomètres de vidéos de Soral » et lu ses livres. En février 2014, Laurent G., responsable local du FNJ (Front national de la jeunesse), lui transmet par mail un livre d’entretiens d’Alain Soral avec Éric Naulleau. Le même responsable diffuse alors auprès des militants des références à des auteurs antisémites, collaborationnistes ou négationnistes.
Le lien ne s’arrête pas à ses fréquentations adolescentes. François Paradol, aujourd’hui directeur de cabinet de Jordan Bardella, apparaît dans des fichiers internes d’Égalité et Réconciliation consultés par Mediapart. Égalité et Réconciliation est une association politique d’extrême droite fondée en juin 2007 par Alain Soral, Jildaz Mahé O’Chinal et Philippe Péninque, deux anciens responsables du GUD, où militait Loïk Le Priol. Mediapart rappelle ainsi plusieurs cas de responsables ou prestataires restés proches du RN malgré des écrits ou engagements liés à l’antisémitisme.
Quinze ans de « dédiabolisation »
Depuis son accession à la tête du FN en 2011, Marine Le Pen a précisément construit sa stratégie autour d’une rupture affichée avec l’héritage antisémite du parti. L’exclusion de Jean-Marie Le Pen a constitué l’un des principaux symboles de cette transformation.
En 2023, Marine Le Pen et Jordan Bardella participent ainsi à la marche contre l’antisémitisme organisée après les attaques du 7-Octobre. En mars 2025, Bardella se rend en Israël et prononce à Jérusalem un discours consacré à la lutte contre l’antisémitisme, assurant que celle-ci ne devrait souffrir « aucune ambiguïté ».
Cette stratégie a largement été entérinée dans le débat médiatique. Acrimed a recensé de nombreuses déclarations présentant ces dernières années l’antisémitisme du RN comme « résiduel », considérant que le parti avait « changé », voire qu’il protégeait désormais les personnes juives.
L’observatoire des médias estime que la réussite de la « dédiabolisation » constitue aussi un échec journalistique, tant l’histoire et les réseaux du parti avaient déjà fait l’objet de nombreux travaux. Les révélations sur Jordan Bardella rappellent surtout que le fonds de commerce n’a pas changé.
– Elena Meilune
Photo de couverture : Wikimedia Commons
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Mobilisation lycéenne : ce gouvernement qui mutile des enfants
Mr Mondialisation
En cette rentrée 2026, les lycéens se mobilisent massivement contre la dégradation de leurs conditions d’apprentissage : manque de professeurs, classes surchargées, établissements mal entretenus, chaleur étouffante en été, etc… Face à cette situation, les solutions ne manquent pourtant pas : investir massivement dans les services publics et redistribuer davantage les richesses, plutôt que de poursuivre les politiques de réduction des dépenses qui préservent les plus hauts revenus. Mais le gouvernement fait un autre choix : il réprime lourdement et cherche à décrédibiliser le soulèvement en l’instrumentalisant pour stigmatiser encore une fois la puissance montante de la gauche présidentiable : la France insoumise.
Cette colère ne tombe pourtant pas du ciel. Elle est le résultat de nombreuses années de dégradation des conditions d’enseignement : établissements laissés à l’abandon, manque de personnels, orientation toujours plus sélective. Mais à travers leurs conditions d’études, c’est aussi leur avenir que les jeunes voient se jouer. Guerres, réchauffement climatique, précarité : leur génération est directement confrontée à un empêchement de vivre qui dépasse largement les murs du lycée.
Alors que la contestation prend de l’ampleur dans les établissements, elle pourrait bien dépasser le cadre scolaire et rejoindre une colère sociale plus large, à mesure que les politiques d’austérité et la hausse du coût de la vie touchent une part croissante de la population.
Un manque cruel d’enseignants
Dès la fin du mois de septembre 2026, des centaines d’établissements se sont mobilisés en s’appuyant sur des faits très concrets. Ainsi, en cette rentrée, 53 % des collèges et lycées manquaient d’au moins un professeur. Rien d’étonnant : Sébastien Lecornu, Premier ministre depuis le 9 septembre 2025, a fait supprimer pas moins de 4 000 postes d’enseignants cette année.
Dans le même temps, les classes sont toujours plus surchargées. Si la France est déjà à la dernière place européenne en primaire et au collège, sa situation n’est guère plus reluisante au lycée. Avec une moyenne de 30,4 adolescents par classe, elle surpasse largement l’Espagne (25,2), l’Angleterre (22,4) ou encore les États-Unis (21).
Certes, l’Hexagone connaît une légère baisse démographique. Mais le nombre d’élèves demeure tout de même trop important. Ce ralentissement de la natalité aurait d’ailleurs pu servir à désengorger les classes. Le 29 septembre 2026, à la veille de la présentation du projet de loi de finances pour 2027, un rapport de l’UNICEF France et VersLeHaut identifiait d’ailleurs cinq scénarios et cinq principes pour une politique éducative : transformer une baisse d’effectifs inédite depuis la Seconde Guerre mondiale en opportunité historique d’investissement pour l’École. Emmanuel Macron a préféré l’utiliser comme un prétexte pour supprimer des postes.
Des conditions toujours plus dégradées
En outre, les défaillances ne s’arrêtent pas au manque de professeurs et aux classes surchargées. Alors que 19 % des lycéens ont un risque important de dépression, il n’y a dans le pays qu’un psychologue scolaire pour 1 600 élèves. L’Union européenne n’en recommande pourtant pas moins du double.
Que ce soit au niveau des médecins ou des infirmières, le déficit est tout aussi calamiteux. Pour 12 millions d’élèves, il n’existe aujourd’hui que 900 médecins et 7800 infirmières. En plus des enfants mal-soignés, ce sont également les professionnels qui se trouvent débordés, sous-payés, et dans l’incapacité d’exercer leur tâche correctement.
Même constat chez les surveillants qui ont encore vu leurs effectifs se réduire et chez les accompagnants de personnes en situation de handicap. Un élève sur dix concernés n’en dispose d’ailleurs pas. Au total, 69 % des établissements n’avaient pas une équipe complète en cette rentrée.
Des établissements en ruines
Pour aggraver ce triste bilan, les infrastructures sont également bien souvent vieillissantes et inadaptées. Les multiples canicules subies en 2026 ont d’ailleurs fait ressortir des difficultés criantes.
Ainsi, seuls 7 % des établissements disposent de climatisation et certaines épreuves du bac se sont déroulées sous des chaleurs indécentes. Par ailleurs, d’autres problèmes s’ajoutent au tableau : amiante (70 % des bâtiments construits avant 1997 en contiendraient toujours), mauvaise isolation, humidité, chauffage défaillant ou encore sanitaires dégradés.
Des jeunes sous pression
Au-delà des moyens matériels, les lycéens contestent aussi la structure elle-même de l’enseignement français. Leurs emplois du temps sont ainsi parmi les plus chargés de l’OCDE. Dans une année, un Français suit pas moins de 1 142 heures de cours contre seulement 895 pour un Allemand ou 950 pour un Britannique. Les journées s’étalent même par fois de 8h à 18h.
Cette surcharge ne produit d’ailleurs pas d’effets positifs au niveau des résultats, puisque d’autres pays à l’agenda moins denses détiennent un meilleur bilan. Plus de moments libres permettraient en outre de développer des projets annexes, comme les activités sportives. À ce propos, les adolescents français pointent à une triste 119e place mondiale dans ce secteur. Un constat qui représente une véritable catastrophe sanitaire, mais qui peut s’expliquer facilement par l’épuisement.
L’enfer de Parcoursup
Cette pression constante et ce manque de temps libre pèsent, d’autre part, sur le mental, puisqu’il existe de moins en moins de créneaux pour s’épanouir en dehors du cadre scolaire. Cette contrainte fréquente s’exerce en outre également par l’intermédiaire du système Parcoursup, inventé par le gouvernement Macron et hautement contesté.
Ce processus de sélection sur dossier dans l’enseignement supérieur est d’ailleurs dans le viseur des mobilisations de l’automne 2026. Les élèves dénoncent, en effet, le stress permanent qu’il engendre et réclament sa suppression au profit de l’ouverture de davantage de places à l’université.
Entre la mise en concurrence, la pression des résultats et la surcharge de travail, toute la structure lycéenne pensée par le macronisme semble conduire vers l’idéal libéral du monde de l’entreprise. Mais ce modèle est pourtant de plus en plus contesté.
La France insoumise comme bouc émissaire
Dans une logique de déni et de répression, le gouvernement, appuyé par l’extrême droite, n’a rien trouvé d’autre à faire qu’accuser sa cible privilégiée : la France insoumise. Dans une condescendance la plus totale envers la jeunesse, il a ainsi dénié aux adolescents leur capacité à réfléchir par eux-mêmes.
Pourtant, les lycéens n’ont absolument pas besoin de la France insoumise pour constater la dégradation de leurs conditions d’études ou la pression exercée par Parcoursup. Cette chasse aux sorcières ressemble plutôt à une manœuvre désespérée pour ne pas avoir à parler du fond et tenter d’endiguer la dynamique électorale qui pousse actuellement Jean-Luc Mélenchon aux portes du second tour des présidentielles de 2027.
Manipulation médiatique et déni de démocratie
L’extrême droite, empêtrée dans l’affaire des propos antisémites de Jordan Bardella, n’a pas hésité à manipuler les images pour faire croire en l’implication de Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, dans un incendie. L’Humanité a pourtant rapidement démontré qu’il tentait en réalité de l’éteindre.
De son côté, l’ancien ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, Bruno Retailleau est allé jusqu’à évoquer l’interdiction de la France insoumise. Une dérive autoritaire supplémentaire de la part de celui qui déclarait déjà en 2024 que « l’État de droit » n’était ni « intangible » ni « sacré ». La situation n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’arrivée au pouvoir du nazisme dans les années 30 lorsque le parti communiste allemand fut prohibé pour des motifs similaires.
Multiplication des violences policières
Dans la foulée, les indignés des feux de poubelles que les chaînes d’information en continu relaient toutes la journée, n’ont eu que peu de mots contre les violences faites aux enfants orchestrée par le ministère de l’Intérieur de Laurent Nuñez. Il faut dire que celui-ci était déjà fortement impliqué dans la doctrine de « sécurité » mise en place au moment de la contestation des Gilets Jaunes.
Certains policiers n’ont d’ailleurs eu aucun scrupule à appliquer cette même doctrine contre des mineurs. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses images d’adolescents violentés circulent. Plusieurs d’entre eux ont été sérieusement blessés, de manière irréversible, éborgnés, édentés, baignant dans leur propre sang.
Vers une convergence des colères ?
En réponse au nouveau budget austéritaire imposé par l’exécutif, l’indignation continue de monter dans le pays. Les lycéens ne représentent peut-être que l’étincelle d’une révolte plus importante. Certaines universités ont d’ailleurs déjà rejoint le mouvement. Face à l’explosion du coût de la vie, le retour des Gilets Jaunes a même été évoqué à plusieurs reprises.
Alors que les présidentielles s’approchent de plus en plus, une vague de contestation sociale ne cesse de progresser. Face à un monde de performance et de compétition, la jeunesse pourrait cependant définir un autre paradigme si elle se mobilise également dans les urnes. Pour peut-être s’offrir un quotidien et un avenir meilleur.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Les lycéens du Lycée Turgot, déjà mobilisés contre le projet de réforme des retraites du gouvernement Philippe en décembre 2019. Flickr.
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Danube, plantations et lynx : les 10 bonnes nouvelles de la semaine
Mr Mondialisation
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 bonnes nouvelles à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. Danube : la sécheresse transforme les rives et pousse les hongrois à renouer avec leur fleuve
Le Danube atteint un niveau historiquement bas, faisant émerger de nouvelles plages et des vestiges, dont un obus allemand de la Seconde Guerre mondiale. Des associations comme Valyo, qui recrée d’anciennes piscines en bois, et Dunakéke, qui plante des espèces résistantes à la sécheresse et mène des actions éducatives, réinvestissent les rives et défendent leur accès au public. (Le Courrier d’Europe centrale)
2. Dans les Landes, un village expérimental améliore le quotidien des malades d’Alzheimer
Ouvert en 2020 près de Dax, le village Henri Emmanuelli accueille 120 personnes atteintes d’Alzheimer dans 16 maisonnées, avec un accompagnement inspiré de la vie ordinaire et 1,2 professionnel par résident. Une étude de l’Inserm relève moins de troubles du comportement et d’hospitalisations que dans les Ehpad, mais le dispositif coûte davantage et son statut expérimental doit encore être pérennisé. (Alternatives Économiques)
3. Au Kosovo, 27 ans de déminage pour accompagner la reconstruction du pays
Après 27 ans d’opérations, l’ONG HALO Trust achève son programme de déminage humanitaire au Kosovo, où les mines et bombes à sous-munitions héritées de la guerre de 1998-1999 entravaient le retour des populations et la reconstruction. Le déminage a notamment permis de sécuriser des terres agricoles, des infrastructures et des zones touristiques, avant que l’organisation ne transmette la gestion des contaminations restantes aux autorités nationales. (HALO Trust)
4. New York atteint un record de plantations d’arbres depuis dix ans
La ville de New York a planté 18 261 arbres en 2026, un record depuis 2016, avec une priorité donnée aux quartiers les plus exposés aux fortes chaleurs. Cette plantation doit contribuer à réduire les îlots de chaleur, améliorer la qualité de l’air et limiter les effets des inondations, dans le cadre de l’objectif de 30 % de couverture arborée d’ici 2040. (amNewYork)
5. L’Allemagne fixe 2045 pour sortir des énergies fossiles
L’Allemagne a présenté une feuille de route visant à mettre fin à l’usage du charbon, du pétrole et du gaz d’ici 2045, en misant notamment sur les renouvelables et l’électrification des transports. Elle rejoint ainsi la France et les Pays-Bas, qui ont publié leurs propres plans, mais les trois pays font face à des critiques sur le niveau de leurs objectifs et leur mise en œuvre. (Euronews)
6. L’Éthiopie veut planter 50 milliards d’arbres d’ici 2030
En Éthiopie, l’initiative gouvernementale Green Legacy affirme avoir planté 48 milliards d’arbres depuis 2019, tandis que la couverture forestière est passée de 15,5 % à 23,6 % entre 2013 et 2023. Mais la survie des plants reste incertaine, notamment dans les régions sèches : plusieurs études font état de taux de réussite inférieurs à 50 % pour certains projets de reboisement. (The Guardian)
7. Au Brésil, les femmes autochtones investissent la politique malgré les violences
À l’approche des élections générales du 4 octobre, 191 personnes autochtones sont candidates, dont 58 soutenues par les mouvements autochtones et 27 femmes. Ces candidates défendent notamment la protection des territoires et la lutte contre l’exploitation minière illégale, tout en affrontant racisme, menaces et manque de financements. (Vert)
8. La justice ordonne d’empêcher une corrida à Palavas-les-Flots
Le tribunal administratif de Montpellier a ordonné au maire de Palavas-les-Flots d’empêcher la corrida prévue le 10 octobre, estimant que la commune n’avait pas démontré l’existence d’une tradition taurine locale et ininterrompue. Aucune corrida n’avait été organisée dans les arènes depuis plus de dix ans, selon la décision du juge des référés. (ICI)
9. Dans le Jura, une lynx sauvée en 2025 donne naissance à trois petits
Relâchée dans le Doubs en mai 2025 après avoir été soignée pour un état d’extrême maigreur, Buffy a été filmée avec trois petits lynx en août 2026. Cette reproduction constitue une bonne nouvelle pour une population de lynx boréaux estimée à 150 à 200 individus en France, dont 80 % vivent dans le massif jurassien, mais les collisions routières restent la première cause de mortalité. (France 3 Régions)
10.Les éleveurs français prêts à sortir des cages, sous conditions européennes
Selon un sondage mené auprès de 200 éleveurs dans quatre pays européens, 88 % des éleveurs français interrogés se disent favorables à un élevage sans cage, à condition de bénéficier d’aides publiques et de règles commerciales protégeant les producteurs européens. En France, 143 éleveurs utilisent encore des cages pour environ 12 millions de poules, tandis que la filière vise 90 % d’élevage hors cage d’ici 2030. (La Relève et la Peste)
* Photo de couverture : Kevin Snow – Unsplash
– Mauricette Baelen
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OQTF, Bardella et sexisme : les 10 infos de la semaine
Mr Mondialisation
Vous n’avez pas eu le temps de suivre l’actu ? Voici 10 infos à ne surtout pas manquer cette semaine.
1. À Béziers, le procès de Robert Ménard oppose pouvoir municipal et droit au mariage
Jugé à Béziers pour avoir refusé de célébrer un mariage en 2023 en raison de l’OQTF du futur époux, le maire de Béziers assume sa décision et invoque le « bon sens ». Le parquet considère au contraire que le droit au mariage ne laisse pas de marge d’interprétation personnelle et requiert 7 500 euros d’amende ; le jugement est attendu le 1er décembre. (Le Poing)
2. Jordan Bardella renonce à un procès après des accusations d’antisémitisme
En 2024, Jordan Bardella avait porté plainte contre Bernard-Henri Lévy après que l’écrivain l’avait qualifié de « certainement antisémite », une accusation que le président du RN conteste. Quelques jours avant l’audience, Bardella s’est désisté de sa plainte, évitant ainsi un procès public qui aurait pu examiner ces propos. (Mediapart)
3. L’IA médicale risque de renforcer les biais sexistes contre les femmes
L’IA est de plus en plus utilisée en médecine, mais elle peut reproduire les biais déjà présents dans le système de santé. Les femmes voient notamment leur douleur et leurs symptômes davantage minimisés ou psychologisés que les hommes. Une étude sur plus de 150 000 passages aux urgences de Bordeaux montre, selon l’article, un risque de triage moins sévère de 2,1 % plus élevé chez les femmes. (Axelle)
4. À Lyon, les travailleurs du Samu social en grève face à la crise de l’hébergement
Les travailleurs sociaux du Samu social de Lyon sont en grève pour dénoncer la crise du sans-abrisme et le manque de places d’hébergement d’urgence, qui dégradent également leurs conditions de travail. (Rue89Lyon)
5. L’Europe protège les données des centres informatiques au détriment de la transparence
Une enquête menée dans les 27 pays de l’Union européenne montre que les autorités refusent de rendre publiques les consommations d’électricité et d’eau des centres de données, invoquant le secret commercial.
Alors que l’UE prévoit de tripler leur capacité dans les prochaines années, les données disponibles restent incomplètes et parfois incohérentes, tandis qu’une procédure juridique engagée au titre de la Convention d’Aarhus conteste ces règles de confidentialité. (Solomon)
6.Le Pacte Dutreil concentre les avantages fiscaux sur les plus grandes fortunes
Le Pacte Dutreil, qui réduit les droits de succession lors de la transmission d’entreprises, aurait permis à 110 grandes fortunes d’économiser en moyenne 30 millions d’euros chacune entre 2023 et 2024, selon une analyse d’Oxfam fondée sur des données de la Cour des comptes. A l’inverse, les 50 % les moins avantagés, eux, ont économisé moins de 40 000 euros, soit 750 fois moins. (La Relève et la Peste)
7. À Saint-Ouen-l’Aumône, un tir policier ravive la colère des lycéens
Un adolescent de 14 ans a été blessé au visage par un tir de lance-grenades lors d’une mobilisation devant son lycée ; deux enquêtes ont été ouvertes, dont une confiée à l’IGPN. L’incident renforce la défiance des élèves, déjà mobilisés contre les conditions d’étude dégradées de l’établissement. (Bondy Blog)
8. Acrimed accuse France Info TV de verrouiller son traitement de la Palestine
Une enquête d’Acrimed et Orient XXI décrit une couverture de Gaza marquée par une forte place accordée au point de vue israélien et par des interventions de journalistes auprès d’invités contestant le récit dominant. Les auteurs évoquent aussi un déséquilibre dans les invitations : entre octobre 2025 et juin 2026, un journaliste palestinien contre 67 passages pour une journaliste israélienne.(Acrimed)
9. « Avec 2 000 euros, on vit correctement » : la déclaration de Lescure fait polémique
Le ministre de l’Économie Roland Lescure affirme qu’avec 2 000 euros mensuels, « on vit correctement », une déclaration contestée alors que de nombreux ménages peinent à boucler leurs fins de mois. Le Média rappelle aussi les 54 milliards d’euros d’économies prévues pour 2027, dont plusieurs milliards concernant notamment les retraités et les dépenses sociales. (Le Média)
10. La France réautorise temporairement un pesticide interdit pour ses risques sur l’eau
Le ministère de l’Agriculture a accordé une dérogation de 120 jours – pour les cultures d’orge d’hiver – à l’herbicide Avadex Factor, à base de triallate, pourtant retiré du marché en 2023 après l’identification par l’Anses d’un risque inacceptable de contamination des eaux souterraines. L’association Générations futures a annoncé un recours en justice pour faire annuler cette autorisation.(Vert)
Photo de couverture : Ladislav Luppa – Wikicommon
– Mauricette Baelen
The post OQTF, Bardella et sexisme : les 10 infos de la semaine first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 02.10.2026 à 19:24
Va-t-on laisser mourir les campagnes ?
Mr Mondialisation
Au gré des années, la qualité de vie dans les communes rurales semble se détériorer sur bon nombre de points au profit des grandes villes. Chute démographique, vieillissement de la population, destruction des services publics, isolement, ou manque d’emplois sont autant de fléaux qui frappent les habitants ruraux. Et pourtant, les ruralités peuvent offrir de vraies sources d’alternatives.
Si, dans le système capitaliste actuel, les campagnes sont bien souvent sacrifiées à l’autel de la rentabilité et la mise en concurrence de chacun contre tous, elles peuvent être en réalité le berceau de la relocalisation, de la solidarité et de la sobriété, à l’inverse du modèle urbain qui continue de s’enfoncer dans une course insoutenable.
Le culte de la rentabilité
Pour les gouvernements néolibéraux, concentrer un maximum de population dans les centres urbains est devenu un véritable enjeu de « rationalisation » des services publics. Ainsi, en relocalisant les écoles, les hôpitaux, ou encore les transports en commun dans les villes, l’État peut y consacrer moins d’argent. Une logique directement héritée du milieu entrepreneurial des débuts de l’ère industrielle, qui avait lui-même engendré un exode rural.
Oubliant que les services publics ont d’abord pour vocation de rendre service, l’ordre capitaliste a préféré les gérer exactement comme une firme au sein de laquelle la rentabilité serait le maître mot. Personne ne peut d’ailleurs nier qu’une gare dans une petite ville de province rapportera beaucoup moins qu’une station en plein Paris.
Un cercle vicieux
Et pourtant, ce ne sont pas moins de 21,5 millions de Français et de Françaises qui vivent en zone rurale. Au-delà des petites structures peu ou pas rentables, il existe donc des milliers de collectivités au sein desquels ces structures restent indispensables.
Pire, cette course au rendement entraîne un véritable effet domino. Derrière la fermeture des écoles et des services publics, suit en effet celle des commerces. Surviennent alors la fuite des médecins et une dépendance accrue à la voiture.
Dès lors, les populations jeunes et actives préfèrent partir, d’autant plus que les emplois disparaissent eux aussi à leur tour. Restent alors seulement des gens de plus en plus vieillissants, attachés à leur territoire, mais abandonnés par la République.
Les campagnes ne sont pas mortes
Certains pourraient, dès lors, verser, dans un discours fataliste où ce déclin deviendrait inéluctable. Toutefois, une bonne partie de la population refuse encore de céder aux sirènes des métropoles. Avec la crise sanitaire et le réchauffement climatique, certains citadins ont même dans certains cas décidé de revenir à la nature.
Il ne s’agit, pour autant, pas de « faire renaître le monde de jadis », ni de porter un regard misérabiliste, mais bien de s’interroger sur l’avenir des zones rurales en sortant de la logique de rentabilité. Par la même occasion, réinvestir les campagnes permettrait également de donner de l’air aux centres urbains asphyxiés par la surpopulation, les logements hors de prix et l’artificialisation des sols.
Une source d’inspiration pour redéfinir la société ?
Par rapport à la ville, la campagne possède de nombreux atouts qui pourraient aider les habitants à penser d’autres modèles que celui du capitalisme. En premier lieu, elle concentre encore des ressources directement liées aux besoins fondamentaux de l’espèce humaine : l’alimentation, l’eau, le bois et divers matériaux, l’énergie, et bien sûr, les terres agricoles.
Et pourtant, bon nombre de ces ressources restent peu ou mal exploitées. Dans de multiples domaines, en particulier la nourriture, la France pourrait ainsi viser l’autonomie. Or, dans les faits, le pays demeure largement dépendant à la chaîne mondialisée. Dans la quête d’une évolution, les campagnes auraient alors un rôle crucial à jouer, à condition de valoriser d’abord les producteurs locaux plutôt que toujours tout céder aux grands groupes, surtout dans le milieu paysan.
Un laboratoire de sobriété et de partage
En outre, dans une société du « tout, tout de suite » où l’existence doit toujours être plus rapide, plus productive, plus rentable, les campagnes peuvent apporter une vision différente. À rebours des modes de vie urbains, les communautés rurales sont plus en phases avec des réalités plus naturelles, en particulier dans la gestion du temps.
Bien entendu, la campagne n’échappe pas au consumérisme. Pour autant, être directement connecté à la production de ressources offre un autre rapport au monde qui pourrait favoriser la bifurcation vers plus de sobriété.
Par ailleurs, la disparition des services et du tissu économique traditionnel peut également permettre d’expérimenter de nouveaux modèles. Dans ce cadre, la mutualisation des outils, le développement des commerces coopératifs, ou les services collectifs autogérés peuvent transformer la contrainte rurale en une occasion de créer du lien social.
Et d’autonomie
Si vivre en totale autarcie semble relever de l’utopie, utilser localement la valeur produite sur un territoire représente un merveilleux outil d’un point de vue environnemental et économique. Produire des richesses sur place n’a en effet pas de sens si son fruit s’envole à l’autre bout du monde.
Habiter à la campagne n’est pas un modèle naturellement écologique ou solidaire, loin de là. Mais il s’agit cependant d’un terreau propice à l’expérimentation de formes différentes de propriété, de production et d’entraide.
Des terres abandonnées à l’extrême droite
Reste qu’en l’état, les habitants des zones rurales ne peuvent qu’éprouver un sentiment d’abandon et d’isolement par rapport à l’autre partie du pays. Une réalité que l’on a pu voir ressurgir lors des manifestations des gilets jaunes, ou plus récemment avec les mouvements de colère agricoles. L’explosion du prix des carburants dans des lieux aussi dépendants à la voiture n’a, de surcroît, pas dû arranger la situation.
S’il serait trop simple de résumer les campagnes à l’extrême droite, tant les circonstances peuvent varier en fonction de l’attractivité des territoires, force est de constater que, plus la commune est petite, plus le nombre de bulletins pour le Rassemblement National augmente en moyenne. Aux dernières législatives, le vote RN dépassait ainsi les 40 % dans les villages de moins de 2000 habitants.
Le message « anti-élite » a alors pu trouver un écho dans des régions complètement abandonnées par l’État, que ce soit au niveau des services publics, de l’attractivité ou de l’emploi. Sur cette misère sociale, a aussi pu prospérer un discours érigeant en bouc émissaire une partie de la société : musulmans, « assistés », ou immigrés…
Le piège du mépris
Pour autant, il ne s’agit en aucun cas d’affirmer que les habitants ruraux seraient juste réactionnaires, racistes ou incultes. En réalité, ces populations rencontrent des difficultés semblables à tous les Français victimes du système capitaliste et néolibéral.
Dans ce cadre, la responsabilité d’offrir des réponses à ces colères légitimes incombe aux dirigeants politiques altermondialistes. Plutôt que des discours simplistes comme ceux du RN, la gauche devrait donc proposer des mécanismes économiques et politiques réels, sans nier ce sentiment d’abandon.
Dès lors, faire revenir les services publics, les maternités, les médecins, les transports en commun et les emplois en zone rurale représente des combats collectifs que tout décideur et militant anticapitaliste doit mener.
Réinvestir la démocratie locale
Pour y parvenir, la petite commune incarne d’ailleurs un échelon à très haut potentiel, puisqu’il permet de reconstituer des modalités démocratiques très importantes. Il est, en effet, bien plus aisé d’établir dans un village, une assemblée citoyenne, une coopérative, des collectifs de services publics ou encore des jardins partagés.
De facto, pour sortir de ce sentiment d’abandon, reconstruire un tissu social autour d’une gestion collaborative de la vie d’une ville représente un levier considérable. Certes, l’État doit jouer son rôle pour répondre aux besoins de toutes et tous, mais il peut aussi redonner aux habitants des moyens d’agir directement sur leur territoire.
Repenser un autre monde à travers la campagne
En définitive, si l’extrême droite exploite bien une colère légitime en zone rurale, elle ne répond en rien aux problématiques posées par le système capitaliste lui-même. Dès lors, c’est bien en progressant à contre-courant de cette pensée basée sur les boucs émissaires qu’il sera possible de réinventer la campagne de demain.
La bataille pour la ruralité va donc bien plus loin que vouloir réimplanter des services publics, de l’emploi ou des commerces. C’est également une lutte idéologique sur ce que pourrait être une société extirpée de la logique néolibérale et capitaliste.
– Simon Verdière
Photo de couverture : Clément Proust / Pexels
The post Va-t-on laisser mourir les campagnes ? first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 01.10.2026 à 14:06
De Sainte-Soline aux mobilisations lycéennes : la doctrine répressive de Laurent Nuñez
Mr Mondialisation
Alors que la mobilisation lycéenne s’étend à travers la France, Laurent Nuñez déploie CRS et gendarmes mobiles au nom du « rétablissement de l’ordre républicain ». Une nouvelle séquence qui vient s’ajouter à une longue série de controverses autour du ministre de l’Intérieur, de sa doctrine du maintien de l’ordre et de son refus persistant de parler de violences policières systémiques.
[Temps de lecture estimé : ~ 8 min]
À l’origine, des lycéens qui réclament notamment des professeurs, des établissements scolaires qui ne tombent pas en ruines, et des conditions décentes d’enseignement. Face à cela : des milliers d’interpellations (près de 2 000 rien que sur la journée du 2 octobre), des adolescents grièvement blessés et des CRS et gendarmes mobiles déployés en masse devant les établissements. Face à ce qu’il qualifie d’« aggravation de la situation », Laurent Nuñez appelle désormais au « rétablissement de l’ordre républicain ».
Cette nouvelle séquence intervient au moment où une autre actualité avait remis sous les projecteurs le rapport du ministre aux forces de l’ordre et à leurs violences : la plainte qu’il avait initiée contre l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré vient d’être classée sans suite. Une plainte née, précisément, d’une chronique consacrée aux violences commises par des membres de la police et de la gendarmerie.
Des lycéens réclament le droit d’étudier dignement, Nuñez envoie les CRS
Fin septembre, ce sont cette fois des lycéens qui se retrouvent confrontés à la doctrine de maintien de l’ordre du ministre. Le 29 septembre, alors que 338 établissements sont concernés par les blocages, Laurent Nuñez assimile déjà les mobilisations à des « violences urbaines » et annonce 164 interpellations.
La mobilisation prend ensuite rapidement de l’ampleur. Le 1er octobre, selon le ministère de l’Intérieur, 1 027 établissements sont concernés par des actions et 222 sont bloqués. 1 949 personnes sont interpellées au cours de cette seule journée. Plus de 5 000 interpellations en moins d’une semaine.
Dans le même temps, plusieurs adolescents sont grièvement blessés lors ou dans le contexte d’interventions policières. À Saint-Ouen-l’Aumône, un lycéen de 14 ans est grièvement atteint après un tir à bout portant au lance-grenades Cougar. À Tours, un lycéen de 16 ans perd l’usage de son œil droit ; des lésions « compatibles » avec un tir de LBD selon la procureure. Le 1er octobre, un troisième lycéen est gravement blessé à l’œil à Argenteuil, affirmant aussi avoir été visé par un tir de LBD. Des exemples parmi tant d’autres. Les vidéos de violences policières circulent par centaines.
La réponse du ministre ? Dans une note adressée aux préfets et aux forces de sécurité le 30 septembre, Nuñez affirme que « l’usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l’action pour rétablir l’ordre », des propos qualifiés par la LDH de « justification inadmissible à ces violences policières quand il aurait fallu au contraire appeler à la retenue, particulièrement s’agissant d’enfants ». Le lendemain, face à ce qu’il qualifie d’« aggravation de la situation », le ministre de l’Intérieur décide ainsi de mobiliser CRS et gendarmes mobiles pour le « rétablissement de l’ordre républicain ».
Au ministère de l’Intérieur, on ne plaisante pas avec l’humour
Le 9 novembre 2025, dans La Dernière sur Radio Nova, Pierre-Emmanuel Barré livre une chronique consacrée aux forces de l’ordre. Il évoque notamment deux policiers de Bobigny mis en examen pour viol et agressions sexuelles sur une femme détenue, ainsi que les images de Sainte-Soline révélées quelques jours auparavant.
C’est après cette accumulation qu’il lâche : « Des viols, des mutilations, des meurtres et des mecs qui se filment en train de faire tout cela en se marrant, en fait la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi. »
L’humoriste s’en prend ensuite directement à Laurent Nuñez, affirmant avoir de « fortes suspicions » que le ministre soit une « grosse cuve à pisse », avant d’ajouter : « Mais présomption d’innocence ! On attend l’enquête de l’IGPN. »
Laurent Nuñez, alors déjà ministre de l’Intérieur, adresse le lendemain une « lettre-plainte » au parquet de Paris pour dénoncer des propos qu’il qualifie d’« inqualifiables ». Le 28 septembre 2026, Le Parisien révèle que cette plainte a été classée sans suite. Le ministère indique « prendre acte » de la décision. Barré, lui, y voit « plutôt une bonne nouvelle pour la liberté d’expression ».
Sainte-Soline : des images choquantes, mais toujours pas de « violences policières »
La chronique de Pierre-Emmanuel Barré faisait notamment référence aux images tournées par les caméras-piétons des gendarmes lors de la manifestation contre les mégabassines à Sainte-Soline, le 25 mars 2023. Révélées en novembre 2025 par Mediapart et Libération, elles montrent des tirs tendus illégaux, des insultes et incitations à la violence et au meurtre, un sentiment d’impunité totale. Nuñez avait alors demandé l’ouverture d’une enquête administrative.
Le ministre avait condamné certains propos et reconnu l’existence de « gestes qui manifestement ne sont pas réglementaires ». Il avait néanmoins défendu une réponse des forces de l’ordre « très majoritairement proportionnée » et refusé explicitement d’employer l’expression « violences policières », expliquant qu’il ne la reprenait « jamais » à son compte en raison de son association avec l’idée de violences systémiques.
De la « violence légale » aux « cas isolés »
Cette position n’est pas nouvelle. Dès janvier 2020, alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez déclarait : « Les policiers évidemment ne sont pas violents. » Il défendait une violence de l’État « légitime », « très encadrée », également qualifiée de « violence légale », et estimait qu’il fallait « réfuter ce terme de violence policière » lorsqu’il suggère l’existence d’un système organisé. En juillet 2023, devenu préfet de police de Paris, il écrivait encore à ses troupes :
« Non, il n’y a pas de violences policières ni de racisme systémique dans la police. » Les faits problématiques relevaient selon lui de « comportements individuels déviants ».
La même grille de lecture apparaît en janvier 2026. Interrogé après la mort d’El Hacen Diarra, frappé par des policiers dans un commissariat parisien et la diffusion d’images montrant un policier frapper un homme en marge d’une manifestation à Paris la même semaine, Nuñez évoque des « cas isolés », tout en renvoyant aux enquêtes chargées d’établir les responsabilités. Le problème avec les « cas isolés », c’est qu’ils sont très nombreux : 49 personnes mortes lors d’une intervention policière en 2025, et déjà 20 sur les cinq premiers mois de 2026.
Carcassonne : racisme, misogynie et toujours des « cas isolés »
Début septembre, une nouvelle affaire relance le débat. Une vidéo issue d’une caméra-piéton montre des policiers municipaux de Carcassonne tenant, pendant une patrouille réalisée en novembre 2025, des propos racistes, sexistes, homophobes et complotistes. L’un des principaux agents mis en cause, ancien militaire, était lié au Rassemblement national, qui a annoncé son exclusion après les révélations. Une enquête judiciaire est en cours.
Laurent Nuñez a dénoncé propos « indignes de l’uniforme de la police municipale » et ordonné un contrôle de la police municipale par l’Inspection générale de l’administration, tout en continuant à répéter à tue-tête qu’il « n’y a pas de racisme dans la police ni dans la gendarmerie », seulement des « cas isolés » qui sont « extrêmement limités » et « toujours sanctionnés ».
Rima Hassan : une fausse information relayée à des journalistes
Quelques jours plus tard, Complément d’enquête révèle le rôle joué par Laurent Nuñez dans une autre affaire. Le 2 avril 2026, pendant la garde à vue de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, les médias dominants annoncent que de la « drogue de synthèse » aurait été découverte dans ses affaires. Les analyses réalisées par la suite démentent cette première présentation et le volet stupéfiants de la procédure est finalement classé sans suite. Mais le mal est fait. La fausse information a largement circulé, et comme souvent, le mensonge avait déjà fait trois fois le tour du web pendant que la vérité enfilait encore ses chaussures.
Selon Complément d’enquête, Nuñez a participé à la circulation de cette infox – pudiquement qualifiée d’« information inexacte » par plusieurs médias, à commencer par Le Parisien qui avait été le premier à la publier – issue d’informations couvertes par le secret de l’enquête, lors d’une discussion « en off » avec des journalistes dans un wagon-bar, le tout en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu. Rima Hassan a depuis déposé plainte devant la Cour de justice de la République pour « violation du secret de l’enquête ».
Un « permis de tuer » dans un climat d’impunité
Dans le même temps, le gouvernement soutient une évolution importante du cadre juridique entourant l’usage des armes par les forces de l’ordre. Le 7 juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, par 313 voix contre 199, une proposition de loi instaurant notamment une présomption simple d’usage légitime des armes par les policiers et les gendarmes.
Source : https://datan.fr/votes/legislature-17/vote_7987
Un « permis de tuer », comme le soulignent les opposants. Une expression que Laurent Nuñez juge « très caricaturale » : le ministre assure que le texte ne crée « ni privilège ni impunité ». Pourtant, de nombreuses organisations, parmi lesquelles Amnesty International, la Ligue des droits de l’Homme et des syndicats d’avocats et de magistrats, mais aussi des institutions comme la Défenseure des droits pour qui :
« une telle présomption est de nature à porter atteinte aux garanties attachées au droit fondamental à la vie, à l’accès au juge, à la manifestation de la vérité et à l’effectivité des voies de recours »
La CNCDH a également adressé aux députés une lettre relative à la proposition de loi, rappelant notamment que celle-ci « fragiliserait davantage encore ce système de contrôle déjà insuffisant au regard des standards conventionnels ».
Après la réforme de 2017, des tirs mortels multipliés par six
Le jour du vote à l’Assemblée nationale, Laurent Nuñez s’est indigné : « Comment pouvez-vous vous dire qu’avec ce texte, il y a des personnes qui vont perdre la vie du fait de l’action de la police ? » Une indignation d’autant plus obscène au regard du précédent de 2017. Cette année-là, une première réforme avait déjà élargi les conditions dans lesquelles les policiers pouvaient faire usage de leur arme.
Une étude publiée en 2025 par les chercheurs Sebastian Roché, Simon Varaine et Paul Le Derff constate qu’après cette réforme, le nombre de personnes tuées par la Police nationale lors de tirs sur des véhicules en mouvement a été multiplié par six : 4 morts au cours des 67 mois précédant la loi, contre 25 au cours des 67 mois suivants. La hausse est d’autant plus notable qu’elle n’est pas observée chez les gendarmes, dont les règles d’usage des armes n’ont pas connu le même assouplissement.
« Plus le pouvoir de faire usage d’une arme est immense, plus son contrôle devrait être exigeant »
La pétition contre le nouveau « permis de tuer » a, elle, recueilli plus de 732 000 signatures, avant d’être classée sans suite en commission des lois. La contestation s’est également exprimée dans la rue avec des mobilisations organisées à travers la France. Comme d’habitude, le gouvernement a fait la sourde oreille.
Au moment même où s’accumulent les affaires questionnant l’usage de la force et le contrôle des forces de l’ordre, la réponse politique consiste donc à renforcer leur protection juridique. Plus le pouvoir de faire usage d’une arme est immense, plus son contrôle devrait être exigeant. Pourtant, alors que les raisons d’exiger davantage de contrôle s’accumulent, c’est davantage de protection que le pouvoir politique choisit de leur accorder.
Combien de « cas isolés » font un système ?
Sainte-Soline, Carcassonne, morts et violences lors d’interventions policières, fausse information diffusée sur Rima Hassan… Pris séparément, chaque événement peut être renvoyé à sa propre enquête, à ses circonstances, à ses responsabilités individuelles. C’est d’ailleurs toute la force de l’expression « cas isolé » car elle permet de regarder chaque arbre sans jamais avoir à se demander à quoi ressemble la forêt.
Or parler de violences ou de racisme systémiques ne signifie pas prétendre que chaque policier est violent ou raciste. Cela consiste à interroger ce qui dépasse les individus : les doctrines, la hiérarchie, les pratiques, les mécanismes de contrôle, les protections juridiques et les décisions prises au sommet. Depuis des années, Laurent Nuñez refuse cette lecture.
Mais à force de transformer chaque nouvelle affaire en exception, combien faudra-t-il encore de « cas isolés » pour accepter enfin de regarder le système qui les produit ?
– Elena Meilune
Photo de couverture : Laurent Nuñez au Salon de l’agriculture, 26 février 2026 / dprezat sur Flickr
The post De Sainte-Soline aux mobilisations lycéennes : la doctrine répressive de Laurent Nuñez first appeared on Mr Mondialisation.Publié le 30.09.2026 à 06:00
Quand Hollande a trahi la gauche en enfantant Macron
Mr Mondialisation
En août 2014, Mr Mondialisation relayait l’alerte : un ancien banquier d’affaires venait d’être nommé ministre de l’Économie et de l’Industrie. Emmanuel Macron entrait à Bercy après un passage à la banque Rothschild et à l’Élysée auprès de François Hollande. À l’époque, nous interrogions déjà la trajectoire prise par le Parti socialiste au pouvoir. Douze ans plus tard, à l’approche de la présidentielle de 2027, le recul permet de mesurer la gravité de ce qui se déroulait. De Hollande à Macron, de la trahison du PS à la progression du RN, cette séquence politique doit aujourd’hui être rappelée, pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Le 27 août 2014, Attac publiait un communiqué lucide : Un banquier ministre de l’économie et de l’industrie : l’impudence de MM. Hollande et Valls. Emmanuel Macron venait de quitter l’Élysée, où il avait été secrétaire général adjoint de la présidence de la République, pour rejoindre Bercy et devenir ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. Avant cela, il avait travaillé dans la banque d’affaires Rothschild et participé notamment au rachat, par Nestlé, de la branche de nutrition infantile de Pfizer.
Attac dénonçait une « fusion » entre les oligarchies politique et financière et mettait en cause le poids des grandes entreprises dans les décisions publiques. Le contexte de 2014 renforçait cette lecture : la crise financière de 2008 avait durablement marqué les sociétés occidentales, tandis que les débats sur la régulation bancaire, les accords de libre-échange et le pouvoir des multinationales occupaient une place importante dans le débat public. Attac appelait alors à la mobilisation contre les banques et les grandes multinationales.
Poignée de main entre Manuel Valls, ministre français des Outre-mer (à droite), et Raffaele Fitto, vice-président exécutif de la Commission européenne, lors de la visite de ce dernier à Paris, en France. 10 mars 2025. Wikimedia.
Séparer l’homme de la politique libérale
Daniel Schneidermann, le fondateur d’Arrêt sur images, écrivait ironiquement dans une chronique publiée le même jour : « Vive Macron ! ». Il décrivait cette nomination comme la clarification d’une orientation politique qu’il jugeait déjà à l’œuvre sous François Hollande et Manuel Valls, qui est d’ailleurs devenu ensuite ministre sous Macron. Il évoquait notamment les débats sur la TVA, le travail dominical, le logement et les relations avec le patronat.
En 2014, il était encore impossible de savoir jusqu’où cette trajectoire conduirait. Pour autant, derrière le parcours personnel d’un futur président, se trouvait une orientation économique et politique déjà engagée.
Le journaliste Daniel Schneidermann en 2009 dans les locaux d’@rrêt sur images. Wikimedia.
L’enfant terrible du Parti socialiste
En 2012, François Hollande avait été élu président de la République avec le soutien d’un électorat largement situé à gauche, dans un contexte marqué par la volonté de tourner la page Sarkozy. Pourtant, le choix du « pacte de responsabilité », les orientations favorables à la compétitivité des entreprises et le recours croissant à une ligne libérale ont contribué à une fracture durable au sein du Parti socialiste et de son électorat. La nomination de Macron à Bercy en 2014 s’inscrivait dans cette évolution plutôt qu’elle ne la déclenchait à elle seule.
La suite est connue : Emmanuel Macron quitta le gouvernement en 2016, lança En Marche ! Avec son ni de droite, ni de gauche, Macron rameute une grande partie des socialistes. La société civile réclame alors, sans succès, une coalition éco-sociale entre Hamon, Jadot et Mélenchon.
Pétition fermée. Cette pétition avait 82 662 signataires.
Malgré ça, au premier tour, Macron obtenait 24,01 % des suffrages exprimés, devant Marine Le Pen à 21,30 %, tandis que François Fillon et Jean-Luc Mélenchon dépassaient eux aussi les 19 %. Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste, ne recueillait que 6,36 %. Au second tour, Macron l’emportait avec 66,10 % des suffrages exprimés contre 33,90 % pour Marine Le Pen.
Douze ans après, quelles leçons tirer des trahisons socialistes ?
La présidentielle de 2027 approche. Et, douze ans après les premières alertes, le contraste avec 2014 n’en est que plus saisissant. À l’époque, Attac dénonçait la nomination d’un ancien banquier d’affaires à Bercy comme le symbole d’une porosité inquiétante entre pouvoir politique et intérêts économiques. Daniel Schneidermann, lui, soulignait déjà que le véritable sujet n’était peut-être pas Emmanuel Macron lui-même, mais la politique qu’il venait incarner.
Ce que l’ère Macron est venue révéler, c’est la réalité de ce que peut engendrer la dite gauche « raisonnable », « de gouvernement », soit-disant « responsable » : une gauche qui conforte les marchés, le patronat et les élites économiques, qui détruit les services publics et précarise la population, jusqu’à dérouler le tapis rouge à l’extrême droite tout en prétendant la contenir.
Le piège serait, aux présidentielles 2027, de recommencer. L’enjeu est donc de rompre avec cette mécanique d’une gauche prétendument « raisonnable » ou d’une extrême droite prétendument « antisystème », et de soutenir une politique de rupture qui défend réellement celles et ceux qui subissent depuis des années la précarisation, la destruction des services publics et l’érosion de leurs droits sociaux.
– Mr Mondialisation
Photo de couverture : Attac.
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