le Blog de Julien Hervieux
Flux purgé de certains visuels, peut nuire à la compréhension des contenus.
Publié le 28.03.2025 à 13:04
– Bien, écoutez, j’ai ici le script d’un film, et à présent, il faut s’occuper de trouver des acteurs.
Dans la salle de réunion, tout le monde se tourne vers Roger, le directeur de casting, qui, les pieds sur la table, continue de lire un vieux Pif d’un air occupé. Le silence pesant finit par retenir son attention, et il lève les yeux pour rencontrer tous les autres de la pièce.
– Le casting ? Bah, vous bilez pas. C’est un film contemporain ?
– Non.
– Okay, quelle année ?
– 80-90.
– Ben Millie Bobby Brown, alors.
– Mais… je ne vous ai même pas parlé du rôle ?
– Pourquoi, il y a besoin ? Si vous avez un vieux lecteur de cassettes, une boite de Donjons & Dragons première édition ou des vestes en jean dans le film, vous voulez Millie Bobby Brown.
Le producteur ouvre la bouche pour dire que c’est idiot, avant de réaliser, en y pensant, que certes, c’est ridicule… mais ça colle parfaitement. Légèrement humilié, il tente une approche différente pour le second rôle.
– Soit, disons Millie Bobby Brown pour l’héroïne. Mais dans le film, elle est accompagnée d’un antihéros rigolo.
– Est-ce qu’il agite tout le temps les mains en roulant des yeux ?
– Euh… non ?
– Donc, pas Johnny Depp. Est-ce que votre antihéros fait des blagues au milieu de moments supposément sérieux ?
– Oui.
– Alors j’ai deux noms. Pour les départager : est-ce qu’il fait la plupart de ses blagues uniquement pour la caméra ?
– Non.
– Donc non pour Ryan Reynolds, c’est parti pour Chris Pratt.
Une fois de plus, le producteur s’apprête à dire que cette méthode est à la fois ridicule, caricaturale et sans une once de réflexion et de créativité… quand là encore, il se rend compte avec effroi que c’est exactement ce qu’il lui faut. Car c’est précisément ce que lui et ses équipes sont devenus. Un frisson le parcourt, alors qu’il fait signe à son secrétaire d’appeler les agents des deux acteurs. Il jette un dernier regard à Roger qui s’est replongé dans sa lecture de Pif. Il ne lève même pas les yeux pour ajouter :
– Oh, et j’ai cru entendre qu’il y avait des robots dans votre truc ? Comme pour tous les personnages animés, vous mettez pour leurs voix des célébrités disponibles, ça fait toujours bien. Et quitte à avoir des personnages animés, vous savez ce qui serait vraiment au top pour cocher tous les poncifs ? Qu’à la fin, l’armée des méchants faite intégralement en effets spéciaux s’effondre d’un seul coup comme ça, pouf, comme dans 99% des autres films.
Le producteur baisse les yeux vers le script de The Electric State, et se pose la question : Roger est-il très fort, ou est-ce simplement Hollywood qui est devenu très à chier ?
Pour en savoir plus… spoilons, mes bons !

L’affiche : pas d’explosions, mais Chris Pratt. Est-ce que ça compte ?
Notre film commence en 1990, alors qu’un jeune garçon du nom de Chris est en train de passer un examen. Avec un tel brio que tous ses professeurs sont subjugués.
– Vous rendez-vous compte ? Il vient à peine d’entrer au lycée, et pourtant, il est déjà plus brillant que nos meilleurs mathématiciens ! Nous devons lui faire sauter toutes les classes et l’envoyer à l’université !
– Ah oui ? En quoi consiste le test ?
– À compter jusqu’à 18. Et lui s’est arrêté à 22. Dans notre système éducatif c’est… c’est un génie.
Certes, et pourtant, Chris n’a guère envie de filer découvrir la vie d’étudiant, et de découvrir ses petits bonheurs comme les partiels, les TD, ou le plaisir simple de se réveiller sans aucun souvenir des 18 dernières heures mais avec une bouteille de Jack Daniel dans le rectum. En effet, Chris préférerait rester à la maison avec sa grande sœur, Michelle, qu’il adore.
Mais, le destin va en décider autrement.
Car voyez-vous, ce sont les années 90 d’un monde parallèle où les humains ont conçu des robots aux IA super développées, et voici qu’un beau jour, elles se révoltent. Elles en ont assez de devoir se cantonner aux tâches qu’on leur assigne : oui, je suis un robot coiffeur avec des ciseaux à la place des mains ! Mais je veux devenir masseur, et alors ? Et moi, je suis un robot de construction de 30 mètres de haut, mais si je veux rejoindre une troupe de danse, qui va m’en empêcher ? Si au début, la situation est surtout problématique pour les conseillers d’orientation, tout dégénère quand les robots se syndiquent. Et là, c’est la descente aux enfers : ils se mettent à manger des merguez, brûler des pneus, mais c’est quand ils commencent à lâcher, à demi-bourrés à l’huile de moteur, que « Jean-Luc Mélenchon, on n’a jamais essayé », que la guerre éclate.
Dans un premier temps, les humains prennent leur peignée face à des ennemis qui ne dorment pas, sont faits d’acier, et sont déterminés à se battre jusqu’à la fin.
Et puis, arrive John Trériche.
John Trériche est très riche. Vous pouvez donc arrêter le film ici, puisque vous connaissez le cliché : « Si le type très riche n’est pas le héros, alors c’est forcément le méchant« . Et comme ce n’est pas le héros… ahem. Mais bref : le film nous explique que John Trériche, au beau milieu de la guerre, est arrivé avec une technologie révolutionnaire permettant à un humain de projeter son esprit dans un drone. Ce qui a rééquilibré le rapport de force, les robots ayant désormais à affronter des ennemis soudain plus solides, que les humains pouvaient produire en masse, et donc, sans avoir de soucis de pertes. La vapeur renversée, ce sont les robots qui ont pris leur raclée, et ont dû signer un traité de paix. Avant d’être enfermés dans une gigantesque zone au Nouveau Mexique, encerclée par un immense mur. Ils ont interdiction d’en sortir, de se syndicaliser, et une seule chaîne de télé : CNews. Ça suffit les conneries maintenant.
C’est donc après ces années de guerre que nous retrouvons Michelle, la sœur de Chris, qui n’en a désormais plus rien à foutre de quoi que ce soit. Devenue limite punkette, son avenir hume bon la 8-6 et la porte automatique du Monoprix, et à l’école, elle ne fout plus rien. En effet, la vie l’a un peu dégoûtée, puisque durant la guerre, elle a perdu ses parents et son génie de frère. Non pas dans une attaque de robots… mais parce qu’ils sont morts quand la voiture familiale s’est tapée un chevreuil.
Oui. Ah non, mais ce film sait vous vendre une histoire épique.
À l’école, tout le monde tente de la raisonner, lui expliquant que Michelle, ce n’est pas parce qu’un chevreuil t’as tout pris que tu dois en devenir un. Mais elle s’en moque bien, plus encore car maintenant qu’elle est pupille, elle est hébergée chez un gros con qui la méprise ouvertement. En substance : sa vie, c’est de la merde et elle l’échangerait bien contre celle du roi du Maroc, comme dirait l’autre.
Jusqu’à ce qu’un soir, tout bascule.
Car Michelle est réveillée par le bruit de quelqu’un qui fout le bordel dans les poubelles. Pour les Parisiens et autres Marseillais qui me lisent, ça peut paraître banal, mais en 1994, c’était peu courant. Aussi Michelle se lève, et aperçoit du coin de l’œil, dehors, un robot qui fait des bruits dégueulasses comme « AGREUGREU ! » ou encore « GROUGROUGROUM ! ». Elle a très peur, plus encore quand le robot commence à péter des vitres pour rentrer dans la maison. Et elle a beau secouer son connard d’hébergeur, ce dernier a son casque de projection virtuelle Trériche Corp sur la tête, et ne se rend donc compte de rien. Michelle se retrouve par conséquent à devoir se débrouiller seule, et va se cacher sous son lit.
Hélas, c’est là que le robot inquiétant la trouve, et si jusqu’ici, elle ne l’avait qu’à peine vu, tant elle courrait… il s’avère que ce robot est en fait mignon. C’est même un robot représentant un personnage de dessin-animé : Cosmo le petit robot, qui était le héros préféré de son frère. Et le robot de lui faire comprendre avec des gestes, et en ouvrant son capot, que s’il fait des bruits dégueulasses digne d’un usager du RER B c’est parce qu’il a un truc débranché. Michelle se saisit donc d’un tournevis, et à nouveau, le robot retrouve sa voix toute mignonne et s’exclame : « C’est moi, ton ami Cosmo ! »
Ah, le coup du module vocal endommagé sans raison qui de tous les bruits possibles (bips, sifflements, voix robotique basique), tombe par un iiiiiiiiiincroyable hasard uniquement sur des bruits qui font peur ! Quelle coïncidence !
Mieux : de TOUS les robots du film, je dis bien absolument TOUS les robots, ce sera le SEUL qui pour une raison inexplicable, ne peut causer par lui-même, et peut juste communiquer en utilisant des phrases issues du dessin animé Cosmo le petit robot. Quel incroyable hasard là encore ! Le pauvre être mécanique va donc devoir s’exprimer par geste et phrases automatiques du genre :
– C’est moi, ton ami Cosmo !
– C’est l’heure de la bagarre !
– En route vers la lune !
Et c’est ainsi que… attendez une seconde… pardon Diego ? Qu’est-ce que tu viens de dire, espèce de sbire napiforme ?
– Je disais juste que je trouvais ça rigolo, moi, patron. Quand un des personnages ne peut communiquer qu’avec des phrases limitées pour se faire comprendre.
– Bien. Diego, regarde bien. Tu vois ma main ?
– Oui patron.
– Tu vas venir jeter ta joue dessus très fort s’il te plait.
– Mais… aïe, patron !
Maintenant, laissez-moi vous expliquer pourquoi c’est complètement con, et pour cela poursuivons un peu la scène. Où le robot Cosmo se saisit d’une photo de Michelle et son frère Chris, et se met à tapoter ledit garçon en répétant :
– C’est moi, ton ami Cosmo !
– Ne touche pas à cette photo, robot inconnu ! J’y tiens !
– C’est moi, ton ami Cosmo ! C’est moi, ton ami Cosmo !
– Pourquoi insistes-tu en désignant ainsi mon frère ?
– C’est moi, ton ami Cosmo !
– Attends… tu veux dire que… Chris ? C’est toi ?
– Tu as gagné !
– Tu utilises ce robot comme un drone ? Tu as projeté ton esprit dedans ?
– Tu as gagné !
Bien. Vous avez lu ? Rien ne vous choque ? Alors permettez-moi de réécrire la scène, sauf que les deux personnages ne sont pas complètement neuneus. Recommençons donc ; le robot se saisit de la photo et désignant Chris, s’exclame :
– C’est moi, ton ami Cosmo !
– Alors déjà, tu reposes cette photo et tu touches à ton cul. Et si tu veux communiquer, voilà un papier et un crayon.
– … scritch… scritch…
– Voyons ce que tu as écrit : « Merci sœurette ! J’allais justement te demander de quoi écrire. Tu imagines, un film entier où alors que je suis un génie, à aucun moment je ne pense à écrire et qu’à la place, je me contente d’être bloqué avec un module vocal ultra-limité qui ne me permet pas d’expliquer quoi que ce soit ? Ce serait complètement débile !« . Je ne te le fais pas dire, frangin !
Voilà. Donc n’oubliez pas les enfants, si un personnage qui ne peut pas parler ne pense pas à écrire, c’est probablement qu’il est con. Et si le film vous assure qu’il ne l’est pas, c’est que le type qui l’a écrit l’est.

Ah, oui, Chris-Cosmo peut aussi projeter des films entiers, mais ne pense pas à s’en servir pour communiquer plus clairement.
Diego, tu peux aller masser ta joue rougie ailleurs. Et nous, reprenons. Mais comme les citations de Cosmo le petit robot sont à la fois nulles et cucu la praline, je vous propose pour les besoins de ce spoiler de les remplacer dans les dialogues par des citations tirées de Warhammer 40,000. Ça ne vous parlera pas forcément plus, mais ça donnera, disons, plus de peps aux dialogues.
– Chris, mais comment as-tu fini dans ce vieux robot pourri ?
– L’IGNORANCE EST UNE VERTU.
– Tu l’ignores ? Zut. Mais si ton esprit est là, ton corps doit bien être quelque part ?
– C’EST LA VÉRITÉ DE L’EMPEREUR !
– Je prends ça pour un oui. Tu sais où ?
– L’IGNORANCE EST UNE VERTU.
– Ah ben ça va être pratique. Alors que fait-on ?
– PURGER LES HÉRÉTIQUES. MASSACRER LES XENOS.
– Attends, c’est du Warhammer 40,000 ou du Eric Zemmour que tu me sors, là ?
– L’IGNORANCE EST UNE VERTU.
Oui, mais alors que ça papote, voici que soudain rentre dans la pièce le gros beauf qui héberge Michelle.
– Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Que fout un robot dans ma maison ? Michelle, que se passe-t-il ici ?
– D’où tu as été attiré par le bruit alors qu’il y a dix minutes quand je t’appelais à l’aide et te secouait physiquement en pensant que ce robot était méchant, tu n’entendais rien ?
– … le… l’ignorance est… euh… une vertu ?
– Eh, tu n’es pas Chris, me fais pas le coup du module vocal ! C’est encore le scénario qui se chie dessus, pas vrai ?
En effet. Raison pour laquelle le monsieur décide de couper court en appelant la police. Mais nos héros ont tôt fait de l’assommer, puis de voler la voiture du larron, et de filer loin d’ici. Mais pour aller où ?
– Chris, tu aurais une idée de l’endroit où nous devrions aller pour t’aider ?
– L’OEIL DE LA TERREUR !
– Hmmm. C’est pas clair. Tiens, regarde, il y a une carte. Mets tes grosses mains pleines de doigts dessus.
Et Chris de désigner un endroit au beau milieu de la fameuse zone d’exclusion du Nouveau-Mexique où sont enfermés les robots depuis la guerre.
– Mais enfin Chris, c’est impossible de rentrer dans cette zone !
– LA FOI DONNE LA FORCE !
– Tu veux vraiment y aller ?
– QUESTIONNER, C’EST DOUTER. LE DOUTE EST UNE HERESIE.
– Tu sais que t’es un peu chiant ? Bon, voyons voir… comment rentrer dans cette zone ?
Secouez votre boîte à « Ça alors ! » par avance, car soudain, Michelle a une illumination.
– Mais attendez ! Mon hébergeur achetait plein de trucs venant de la zone d’exclusion à des trafiquants ! Genre des jouets disparus ! Hmmm… une minute, pourquoi il n’y aurait eu certains jouets que dans cette zone ? Ça n’a aucun sens ? Bon, on va dire que les spectateurs sont trop cons pour le remarquer. Viens, on va regarder dans le coffre de la voiture. Mais oui, il y a encore les cartons ayant contenu ces objets ! Et dessus… IL Y A L’ADRESSE DES TRAFIQUANTS !
Je ne plaisante pas : les trafiquants collent leur adresse sur tous les cartons. Voilà voilà voilà. Je crois que ça résume en quoi finalement, quand on aura remplacé les scénaristes par des IA, on y gagnera peut-être pas, mais en tout cas, on n’y perdra certainement pas vu le niveau actuel. Ne reste donc à nos héros qu’à se rendre jusqu’à l’adresse indiquée, qui est une simple boite postale. Là, ils attendent de voir le propriétaire se manifester… et il s’avère que celui-ci est un camionneur du nom de Keats, mais qui en fait est Chris Pratt qui joue Chris Pratt. Comprendre donc qu’il passe son temps à faire des gaffes, à jouer les héros avant de se ridiculiser au dernier moment, bref, le monsieur est prisonnier du même rôle depuis des années, c’est douloureux à voir, que quelqu’un le débranche, il souffre.
Toujours est-il que Keats est bien le trafiquant qu’ils recherchent, toujours accompagné d’un robot du nom de Herm. Ensemble, ils volent, revendent, arnaquent… et ont un gros camion qui est donc parfait pour que Michelle et Chris s’y cachent, en espérant ainsi se faire convoyer jusqu’à la zone des robots. Leur plan fonctionne presque, car s’ils parviennent à grimper dans le camion sans se faire repérer, ils se font avoir lorsque le véhicule s’arrête dans une ancienne mine, qui est à la fois l’entrepôt et le point de passage de Keats pour faire circuler ses marchandises entre la zone des robots et le monde extérieur. C’est là que Keats découvre qu’à l’arrière de son véhicule, c’est n’importe quoi, dites-donc, c’est pas Calais ici, et pas de bol, je suis de droite.
– Que ? Qui êtes-vous et que faites-vous dans ma remorque ?
– Je suis Michelle et voici mon frère, Chris, dont l’esprit est dans ce robot !
– Une gamine et son frère ? Ecoutez, je suis un trafiquant respectable, alors vous descendez. Si j’ai des jouets dans la remorque, c’est pour les vendre, pas pour vous attirer. Si vous cherchez des camionneurs de ce style là, je peux vous indiquer quand partira le prochain bus pour Charleroi.
– Non, arrêtez ! Nous on ne veut pas aller à Charleroi ! On veut aller dans la zone où sont enfermés les robots depuis la guerre !
– Hmmm… c’est moins dangereux que la Belgique, mais ça reste quand même dangereux. Non, je vous propose plutôt de vous casser.
Le plan de Michelle a-t-il échoué ? Pas tout à fait, car soudain, quelqu’un d’autre entre dans la cachette… un drone militaire ! Piloté à distance par Butcher, une légende de la guerre qui depuis traque les robots ayant quitté la zone d’exclusion sans autorisation. Et il sort un gros flingue pour mieux appuyer son autorité naturelle.
– Vous êtes en état d’arrestation ! Surtout toi, Michelle, pour avoir fui ton foyer d’accueil, assommé ton hébergeur, et aidé un robot en cavale !
– Mais c’est mon frère !
– C’est un robot. En cavale.
– Tiens d’ailleurs… maintenant que j’y pense… c’est vrai ça ! Chris, d’où tu as réussi à récupérer un corps de robot qui n’était pas dans la zone réservée ? C’est pas logique ! Si tu pouvais prendre le contrôle d’un robot, c’est là-bas que tu aurais dû te retrouver !
Tout le monde regarde Chris, car c’est vrai que maintenant qu’on y pense, c’est pas très cohérent, non ?
– L’IGNORANCE EST UNE VERTU.
– Eeeeh bordel.
– Vous ne voudriez pas lui donner un papier et un crayon ?
– Surtout pas : si on l’avait fait au début du film, on aurait gagné vachement de temps. Donc merci de ne pas nous donner des idées qui permettraient de sauter toute l’intrigue.
– D’accord.
– Et puis quitte à parler d’incohérences… vous m’expliquez comment vous nous avez retrouvés ?
– J’ai retrouvé votre voiture, avec dedans, les cartons où un con de trafiquant avait écrit son adresse.
– Alors c’est vrai que notre ami ici présent est idiot, mais ça menait à une boite postale. Pas à cette cachette. Donc comment avez-vous pu nous retrouver ici ?
– … l’ignorance est… euh… une…
– Nan mais fermez tous vos gueules en fait.
Non, rien ne va. Mais oui, ça continue.
Puisque les dialogues sont ce qu’ils sont, Butcher préfère sortir son gros pétard, un pistolet qui désintègre tout ce qu’il a en face. Alors que nos héros, comme tous les héros dans ce genre de films, se battent en lançant des jouets, improvisant des pièges avec ce qu’ils trouvent dans les stocks d’objets de Keats, etc. Ce qui donne des moments fabuleux du genre :
– Bravo ! Tu as réussi à l’attraper avec un outil de levage, et il a lâché son arme ! Butcher est fait, hihihi !
– Bon, donc on ramasse son arme et on détruit ce drone qu’il pilote ? Comme ça on est tranquilles un moment ?
– Euh… ah ben non. Ca serait efficace. Et ça, JAMAIS !
Résultat ? Butcher se libère, récupère son arme, le combat qui n’a aucun sens continue, et finalement, une explosion finit par endommager salement le drone de Butcher. Mais cause aussi l’effondrement de la cachette de Keats : nos héros n’ont plus qu’une seule issue… vers la zone des robots ! Issue qui est en fait un gigantesque tunnel, probablement visible à des kilomètres à la ronde, mais durant des années, personne ne l’avait jamais remarqué, donc. Michelle, Keats, Herm et Chris n’ont guère le temps de souligner cette énième incohérence, car à peine sont-ils sortis qu’ils entendent des bruits et doivent se cacher.
– Ce sont des pillards, explique Keats. Des robots prisonniers de la zone qui, pour survivre, tuent d’autres machines et prennent leurs pièces pour tenir un peu plus longtemps.
– Wouah, c’est réaliste : on dirait vraiment l’histoire des PC des années 90 !
– L’HÉRÉSIE NAIT DE L’OISIVETÉ !
– Nan, sans déconner : Chris, ta gueule.
En attendant, nos amis sont embêtés, car leur tunnel effondré, ils sont enfermés dans la zone avec les robots. Heureusement, Keats trafiquant depuis longtemps dans le secteur, il a une planque sur place, à savoir un énorme hangar que les robots pillards à deux mètres n’ont jamais remarqués. Oui, ils sont sympas. Et dans ledit hangar, Keats a un robot géant que Herm peut piloter (un robot dans un robot : robot-ception), et c’est donc cette imposante machine qui va servir de véhicule à nos amis pour s’aventurer dans cette zone hostile.

Pour être exact, le robot géant va lui-même transporter un van, qui lui-même va transporter nos amis qui…
Mais où aller ? Chris continue à indiquer un endroit précis du doigt sur la carte.
– L’OEIL DE LA TERREUR !
– Keats ? Tu sais ce que c’est l’endroit qu’il pointe ?
– Oui… c’est un vieux centre commercial. Allons voir.
Grâce à des mimiques, Chris est parvenu à faire comprendre qu’il y avait sur place quelqu’un pouvant l’aider, à savoir un médecin à lunettes. Le même médecin qui avait annoncé à Michelle que son frère était mort après avoir pris un chevreuil dans la gueule (j’ai toujours du mal à me dire que c’est vraiment un élément du scénario). Donc qui a menti et doit en savoir plus sur ce qu’il est advenu de Chris, le sale petit rabouin !
– Tu sais, si ça se trouve, il n’y est pour rien.
– L’INNOCENCE NE PROUVE RIEN.
– Raaah, t’es chiant avec ton module, là !
Lorsque nos amis arrivent enfin en vue du centre commercial perdu au milieu du désert du Nouveau Mexique, ils constatent que celui-ci a l’air abandonné. L’air, seulement, car soudain, quelque chose fend les cieux en sifflant : un frigo ! Qui tombe sur la gueule du robot géant qui sert de véhicule à nos héros. Suivi d’autres projectiles électroménagers. Ce sont de petits robots qui balancent cela avec des trébuchets improvisés pour défendre le centre commercial.
Vous l’aurez compris : ils n’utilisent pas d’armes conventionnelles, donc ils sont forcément gentils.
Mais pour l’instant, une fois qu’ils ont neutralisé le véhicule de nos héros, ils s’empressent de les capturer et de les emmener dans le centre commercial, qui à leur grand étonnement, grouille d’activité. Par une baie vitrée, on voit même un robot géant publicitaire de 30 mètres de haut qui fait coucou.
– Hmmmm…
– Il te rappelle quelque chose, Michelle ?
– Il me rappelle la scène précédente : comment as-tu pu avoir un décor de centre commercial désert sans signe de vie sans apercevoir un robot de 30 mètres de haut en train de faire le con ?
La réponse est très simple : parce que ce film se fout de notre margoulette, ma bonne amie.
La fine équipe est promptement regroupée et envoyée devant le chef des lieux, M. Cacahuète (si, si), un ancien robot lui aussi publicitaire, qui fut autrefois le porte-parole et meneur de la révolte robotique syndicaliste. Mais à présent, il n’est plus que le grand chef de ce centre commercial au milieu de la prison à ciel ouvert qu’est la zone réservée aux robots. Et explique qu’il a un plan pour les lieux, et que c’est son projeeeeet :
– Ce site, c’est une oasis au milieu de cet endroit sauvage qu’est la Zone. Un lieu où les robots peuvent venir se réunir, s’abriter… au lieu de rester dehors à devenir soit un pillard, soit une victime des pillards.
Quel destin terrible pour ces robots, qui depuis des années, peinent à subsister ! Il faudra juste m’expliquer un truc : si c’est un endroit où il n’y a rien… comment diable ces robots se rechargent-ils en électricité ? Les humains leur fournissent gratos depuis l’extérieur parce qu’ils sont trop sympas ? Rassurez-vous, nous n’aurons aucune explication, et poursuivons. Car évidemment, Michelle demande si en ces lieux ne se cacherait pas un médecin à lunettes, puisque c’est ici que son frère l’a guidé.
– Quelle description pas du tout vague. Mais soit : il y avait bien un médecin, un humain à lunettes, mais on l’a dégagé, car pardonnez-moi, mais on n’aime pas trop les humains.
– C’est un peu spéciste, M. Cacahuète.
– Oui, ben tu diras ça quand t’auras fait la guerre, trou de balle. Alors vous allez passer la nuit ici parce qu’on est sympa, et demain matin, je vous vire à coups de pied au cul.
– M. Cacahuète, je vous soupçonne d’être de droite vous aussi.
– Ouais, ben c’est M. Cacahuète, pas Mme Quinoa, alors ferme bien ta bouche.
C’est un peu rude, mais voilà : on dirait que la route de nos amis s’arrête ici.
Pendant qu’ils désespèrent, allons voir ce qu’il se passe du côté de chez quelqu’un dont nous avons parlé en début de film : John Trériche. Souvenez-vous : John Trériche est l’inventeur de la technologie qui permet, grâce à un casque, de piloter un drone à distance. Après la fin de la guerre, il a popularisé cette technologie pour que les gens puissent eux aussi piloter des drones pour aller au boulot et faires les courses à leur place, ou même juste visiter des mondes virtuels, et il est donc devenu encore plus riche (il a failli changer son nom en John Trétrériche). Le monde entier profite de ses technologies, Trériche Corp est partout…
Mais il y a une crise en cours chez Trériche Corp. Et retrouvons donc John Trériche qui convoque deux de ses directeurs pour leur en parler.
– Messieurs, la technologie des casques qui permettent de faire des trucs et des machins est fabuleuse. Mais depuis quelques jours, la qualité de la connexion s’effondre. À ce rythme, bientôt, nos casques ne marcherons plus. Et ce sera la fin de Trériche Corp. Alors expliquez-moi d’où ça vient.
– Eh bien… chef, comment dire ? Vous vous souvenez de comment on a obtenu toute cette puissance de calcul ? Créé l’internet de ce monde ?
– Mais oui en…
Attention. Aaaaattention… accrochez-vous…
– …KIDNAPPANT UN PETIT GÉNIE QUI ETAIT DANS LE COMA APRES AVOIR MANGÉ UN CHEREUIL POUR LE TRANSFORMER EN ORDINATEUR CENTRAL !
Ça alors ! John Trériche est très méchant ! Si on avait pu le voir venir, dites donc !
– Oui chef. Grâce à son incroyable cerveau, nous avons une puissance de calcul extraordinaire !
Soit 1,33 gigas. On est en 1994, hein.
– Certes, et donc ?
– Eh bien en étudiant le code, nous avons découvert qu’il était parvenu à faire quitter son corps à son esprit. Il l’a envoyé dans un robot, quelque part. Le seul moyen de le remettre à 100% de ses capacités consiste à retrouver son esprit pour le remettre dans son corps.
– Il n’y a pas d’autre solution ?
– Ben non. C’est pas comme si on avait, je ne sais pas moi, des super ordinateurs tellement puissants qu’ils pensent comme des humains, et qu’on appellerait « robots ». Intelligents au point de s’être rebellés par le passé. Le genre qu’on pourrait mettre en réseau en plus, pour encore plus de puissance de calcul, vu que ce sont des machines.
– Oui, c’est trop bête qu’on n’ait pas ça sous la main !
Toi aussi, fait un film sur un monde peuplé de robots, et fait tourner toute l’intrigue autour du thème « Si seulement on avait des ordinateurs corrects !« .
John Trériche a cependant une solution à tout cela. Il appelle une légende qui sait résoudre ce genre de problèmes… Butcher !
– Allô, Butcher, la légende de la guerre qui désormais, traque les robots ? J’aurais besoin de vous pour en traquer un. Qui a la gueule de Cosmo le petit robot.
– Vous allez rire, c’est ce que je faisais jusqu’à ce qu’une explosion ne mette le drone avec lequel je le traquais hors-service.
– Bon, vous inquiétez pas : Trériche Corp a les moyens de vous aider. On ne peut pas envoyer notre armée personnelle car c’est dans le traité d’armistice avec les robots, mais rien ne nous interdit de vous aider, vous.
Par « aider », je m’attendais à ce qu’ils lui envoient un nouveau drone, voire une version encore plus moderne et redoutable. Mais figurez-vous que non : Trériche Corp… rallume juste son drone endommagé et à demi-enfoui. Par quel miracle est-ce qu’un drone détruit se remet en route à distance et sans aucune aide physique ? Est-ce que ce n’est pas con, puisque justement, il est enfoui, et donc complètement bloqué et incapable de poursuivre sa mission ?
Si, mais pour ne pas avoir à nous montrer à quel point c’est débile…
Changeons de scène.
Et revenons à nos héros, dans leur centre commercial paumé. Où après avoir vu Michelle être trop kikinoute avec son robot de frère, M. Cacahuète et d’autres robots décident que finalement, ils méritent un peu d’aide.
– Bon, écoutez, on sait où se trouve le médecin que vous cherchez. Il avait laissé un message pour vous en partant, si jamais vous veniez à passer par ici. Il est situé au 2, rue Ersilia Soudais. Ce n’est pas loin. On peut y aller dans ma voiture en forme de cacahuète.
– Super !

Je rappelle que c’est donc ce véhicule que le chef des robots a utilisé pour aller à la réunion pour négocier la fin de la guerre mondiale.
Oui, c’est un peu comme si vous, vous conduisiez une voiture en forme d’humain. Mais apparemment, ça ne dérange pas les cacahuètes. Une troupe de robots bigarrée grimpe donc dans le véhicule, et avec Michelle et Keats, se dirige vers l’adresse indiquée. Un parc d’attraction abandonné où rapidement, nos larrons se font encercler par des robots pillards, qui ont envie de cannibaliser tout ce petit monde. Heureusement, voici que soudain, de la musique résonne dans le parc et fait fuir les robots (nous ne saurons jamais pourquoi, pouf pouf c’est magique), et qu’une trappe s’ouvre pour faire tomber nos protagonistes droit dans un laboratoire secret… où ils sont accueillis par le docteur Lunettes !
– Bonjour les amis, je suis le docteur Lunettes. Je m’attendais à votre visite.
– Très bien, première question, la plus importante de toutes…
– Oui Michelle ?
– Qu’est-ce que vous mangez ? Je veux dire : vous êtes isolé au milieu du désert, dans une zone sans livraison, et ce ne sont pas les robots à qui vous allez piquer du miam-miam. Alors ?
– … euh…
– Nan, je déconne ! Allez-y, dites-moi ce que vous avez fait à mon frère, p’tit bâtard !
Et le docteur Lunettes, plein de remords, de s’épancher.
– Vois-tu Michelle, quand pendant la guerre, on a trouvé ton frère suite à votre accident… John Trériche a vite compris que son cerveau surpuissant était la clé pour une technologie pouvant sauver l’humanité. Il m’a donc menacé pour que je te dise qu’il était mort, alors que je l’envoyais, dans le coma, dans un centre secret de Trériche Corp, où il a été relié à une machine pour devenir un serveur vivant. Toute la technologie de Trériche Corp repose sur lui.
– Vous êtes un monstre !
– Et tu ne sais pas tout : un jour, ton frère est sorti du coma, regarde j’ai même la vidéo. Et John Trériche m’a forcé à l’y replonger. Là encore, en me menaçant de mort. Alors je me suis enfui. Mais d’abord, j’ai rajouté un trou dans le code permettant à l’esprit de ton frère de s’enfuir lui aussi, puisque je ne pouvais pas emmener son corps. Et voilà comment il a atterri dans ce robot.
– Pourquoi ce robot ?
– Euh…
– Et où l’a-t-il trouvé ?
– Euuh…
– Et comment ce robot a-t-il quitté la zone ?
– Euuuh en fait, hihihih, bon, tu sais quoi ? Parlons d’autre chose. Tiens, tu sais pourquoi ton frère savait qu’il fallait venir dans la zone des robots pour me trouver ? Parce que j’avais aussi rajouté ça dans le code ! Je voulais qu’il puisse fuir, venir au centre commercial des robots… et y trouver une famille.
– Ben ? Attends, non. Tu étais sur place. Tu as même laissé un message pour qu’il puisse te retrouver ici. Donc aucun rapport avec une famille : tu voulais qu’il te trouve, toi, non ?
– Ah merde, oui, nos dialogues aussi sont à chier.
Tout le monde est cependant interrompu par une alarme : un drone est à la porte… celui de Butcher ! Comment les a-t-il retrouvés ? Comment a-t-il su pour la trappe cachée menant au laboratoire secret ? Eh bieeeeeeeeeeen…
Vous l’aurez compris : vous ne le saurez jamais. La situation tourne donc à la baston, mais pas avant que le docteur Lunettes n’explique :
– Oh, et au fait, je vous ai présenté mon assistant robot ? Lunettes Bis ? Je l’ai appelé ainsi car j’ai transféré toute ma mémoire dedans, et je lui ai même donné ma voix, hihihi !
Hmmm… présenter un personnage qui peut vous remplacer en cas de mort… je me demaaaande si ça va servir !
Et en effet. Car baston il y a, là encore, les gentils se battent avec des balles de base-ball ou des pistolets de paint-ball contre le vilain Butcher, et la situation tourne au désastre le plus complet lorsque Butcher, signale que puisque les robots ont aidé des fugitifs humains dans la zone, ils ont donc violé le traité de paix… ce qui autorise l’armée de Trériche Corp à venir s’en mêler. Butcher est ainsi rejoint par moult drones, dont un piloté par John Trériche lui-même. Qui n’hésite pas à tuer robots ET humains, comme, et ça va vous surprendre… le docteur Lunettes !
Vous êtes autorisés à secouer votre boîte à « Ça alors ! »
Comme le veut la tradition de l’écriture automatique de script, nous devons en arriver à la partie de l’intrigue « Tout semble perdu ». Aussi, les méchants parviennent à quitter les lieux en emmenant avec eux Chris. Le petit robot mignon se retrouve menotté, et emporté par la voie des airs hors du Nouveau Mexique. Les gentils ne peuvent que pleurer très fort, et retourner au centre commercial qui leur servait de planque… pour découvrir que les méchants sont aussi passés par là et ont tué plein de robots. Mais pas tous : juste un ou deux, comme ça. Non, ne demandez pas pourquoi, je pense qu’à ce stade, vous aurez compris que ça ne sert à rien. On va supposer que les vilains ont juste traversé le centre commercial en hurlant « Yayaya on est vilains ! » en tirant partout avant de poursuivre leur route sans s’arrêter.
Et ne me dites pas « Peut-être qu’une partie des robots a eu le temps de se cacher » : le bidule de 30 mètres de haut est toujours en pleine forme, merci, et je doute qu’il se soit planqué sous un lit.
Tout le monde est désespéré. Mais pas Michelle, qui ne compte pas abandonner son petit frère. Elle se lance en conséquence dans un long discours sur la tolérance, l’amitié, et le lattage de molaires, que les robots approuvent. M. Cacahuète lui-même annonce qu’il ira péter la gueule de John Trériche avec quelques amis si Michelle le désire. Et oui, elle le désire. Fort, même. Presque comme un pot de Häagen-Dazs.
– Rassemblez tous les robots disponibles, M. Cacahuète ! Nous partons combattre John Trériche dans son quartier général de Seattle ! Car grâce à Lunettes Bis, qui avait toutes les connaissances de son patron, nous savons que c’est là que se trouve le corps de Chris ! Rassemblez des camions, et en route !
– Un instant ?
– Oui, Caporal Robobo ?
– Déjà, vous allez les trouver où, ces camions ? Dans un coin de désert où les robots eux-mêmes en sont réduits à se cannibaliser tant il n’y a plus rien de mécanique à récupérer ?
– On… on va dire que… qu’on avait des camions cachés sous un caillou.
– Bon, mettons. Mais comment allez-vous sortir de la zone ? Je vous rappelle qu’elle est entourée d’un gigantesque mur.
– On… on va dire que… que Lunettes Bis a les codes…
– Mais pourquoi ? Et quand bien même : vous n’allez pas me dire que ce sont des murs de prison… qui s’ouvrent de l’intérieur avec juste un code !
– Eh bien si !
– Mais et les gardes ?!
– Il n’y a pas de gardes. Il y a des portes gigantesques, mais juste un digicode.
– Okay, mettons : vous trouvez des camions. Vous avez les codes des portes. Personne n’a pensé à garder lesdites portes. Vous comptez traverser tout le pays avec des dizaines de robots interdits, dont un de 30 mètres, sans que personne ne remarque rien ?
– Exactement !
– Mais comment vous…
– Caporal Robobo ? Vous êtes débranché.
Et c’est ainsi que tout ce que vous venez de lire est vrai : en fait, la prison de super-sécurité visant à empêcher des robots tueurs de sortir, c’est juste un mur avec des portes non-gardées qui s’ouvrent avec un simple digicode. Et oui, ils ont des camions sortis de nulle part pour transporter leur petite armée de robots… et non, on ne voit celui de 30 mètres sur aucun plan. On va dire qu’il se téléporte entre les scènes pour faciliter le travail de ses amis.
Ce film est un gigantesque foutage de gueule.

À noter que les gentils n’ont que des robots mignons/rigolos.
Mais, finissons-en. Car peu après, à Seattle, toute l’armée de robots surgit pour attaquer le quartier général de John Trériche. Vous me direz « Holala, ça va être compliqué ! C’est quand même le quartier général de la seule entreprise qui produit les drones et logiciels qui ont permis de vaincre les robots partout dans le monde ! Ca doit être bien gardé, et les forces de l’ordre vont débouler en renfort promptement, si ce n’est l’armée ! »
Eh bieeeeeeeeeen…
Non.
Toute l’armée robotique improvisée peut se pointer sur la pelouse du QG, a même le temps de monter des trébuchets à frigos (oui, ils ont aussi emmené ça dans leur convoi), et c’est uniquement quand ils commencent à lancer des bagnoles dans les fenêtres de Trériche Corp que les employés décident de donner l’alarme. Alarme qui consiste à ce que John Trériche décroche un téléphone pour dire :
– Envoyez 100% de tous mes drones de sécurité à la porte nord !
– Vous…
– 100% ! Tous ! Aucune exception ! Ne laissez surtout aucune protection à l’intérieur du bâtiment !
– Vous êtes sûr que…
– Oui !
Et voilà comment absolument toute la sécurité de Trériche Corp tombe dans le piège à neuneus : tout cela n’est qu’une diversion pour permettre à Michelle de se faufiler dans le QG maintenant que toute la sécurité est partie. Elle y parvient sans aucun souci, gagne la salle où se trouve son frangin dans le coma, avec près de lui, le robot Cosmo éteint qui lui avait temporairement servi de corps. Car les méchants ont donc bel et bien remis son esprit dans son corps biologique. Heureusement, grâce aux casques magiques de Trériche Corp, Michelle peut plonger dans l’esprit de son frère, et lui parler.
– Chris ! Oh, mon frangin, tu m’as tellement manqué !
– Hmmm… maintenant que j’y pense, puisque je suis relié à tous les casques pour faire les calculs, p’têtre qu’on aurait pu faire ça depuis le début du film… toi qui mets un casque pour me parler ?
– Je te rappelle qu’on n’a jamais pensé à un papier et un crayon. Alors un casque, bon. En attendant, frangin, je vais te sortir d’ici !
– Impossible frangine ! Mon corps est dans le coma. Si on me débranche, je meurs. J’ai donc le choix entre être un outil de calcul pour Trériche Corp, ou mourir.
– Euh… mais sinon, la scène, que le docteur Lunettes avait même filmé, où tu sors du coma ? Qui prouve qu’en fait, tu peux le faire ? Même que c’est pour ça qu’il a été dégoûté de devoir t’y replonger de force, et qu’il a fui Trériche Corp tout en laissant une porte de sortie pour ton esprit ?
– Ah, tu veux dire le noyau de tout le film ?
– Oui.
– Ben on n’a qu’à dire qu’on a oublié, hihihi !
Je ne plaisante pas. Ça n’est même pas mentionné. À la place, on a juste Chris qui nous sort le fameux « Tu dois me débrancher, la mort, c’est mieux que d’être prisonnier ! »
Snif snif snouf, fait Michelle en enlevant son casque pour revenir au monde réel, clic clic clac font les boutons quand elle débranche son frangin, et prouprouproush font tous les drones de l’armée de Trériche Corp en s’effondrant tous en même temps maintenant que le cerveau de Chris n’est plus là pour gérer la connexion. Non, vraiment, je propose d’exécuter sans sommation tout scénariste qui propose de mettre à la fin du film une armée qui s’effondre sitôt qu’on ne sait quel bitoniau est détruit/débranché/volé.
Je vous passe d’ailleurs le récit de la baston au-dehors du QG pendant ce temps, qui n’a aucun intérêt, puisque tous les poncifs y passent. Comme les méchants en drones blindés… qui sont vaincus par des balles de baseball (sûrement des stortroopers), ou les vilains qui ne tirent jamais avec leurs armes pour ne pas gagner (ça vaut le coup d’œil tellement c’en est ridicule, on les voit juste courir avec leurs fusils). On a bien sûr le cliché de John Trériche qui intervient en personne avec un drone plus gros que les autres pour tuer le maximum de gentils possibles. Ce qui dégoûte Butcher, qui est là, et qui décide de changer de camp parce que « En fait, il est encore moins humain que les robots, donc je passe dans le camp des robots. »
Mec, t’as pas dû rencontrer beaucoup d’humains dans ta vie.
Sans Chris, non seulement l’armée de John Trériche s’effondre, mais aussi toute son entreprise. Partout dans le monde, les casques permettant de piloter des drones ou de visiter des mondes virtuels cessent de fonctionner, et c’est la grosse panique. Et quand en plus les gentils diffusent les images du corps de Chris, révélant que John Trériche a exploité un enfant pour faire des gros sous… le sieur Trériche tente de fuir le pays, et finit arrêté.
Quant à Michelle, elle retourne dans la zone à robots, dont on débat déjà de faire tomber les murs chez nos amis humains, et elle envoie un message aux médias, qui le diffusent partout dans le monde :
« Bonjour, je suis Michelle, la jeune femme qui a mené la révolte des robots contre Trériche Corp. Je veux vous dire que je sais que vous êtes tristes d’avoir perdu vos casques de VR, mais vous devez cesser de vivre dans un monde virtuel, et réapprendre à être en contact avec les gens autour de vous ! »
Voilà qui fera plaisir à Gégé, ouvrier dans le bâtiment, qui au lieu de piloter un drone tout en se grattant à la maison (car les casques permettaient de jouer tout en travaillant), va devoir retourner s’éclater le dos à soulever des poutrelles. On appréciera aussi le message digne d’un Powerpoint de Josiane des RH. Et ça continue :
« Vivez votre vie avec ceux que vous aimez, pas avec des outils numériques. Et si vous n’avez personne, venez avec nous, dans la zone. Nous serons votre nouvelle famille ! »
Alors d’accord, mais sinon ? Pourquoi est-ce qu’on entend qu’il va y avoir un débat pour faire tomber les murs de la zone ? Quel rapport y a-t-il entre la chute de John Trériche et ça ? Aux dernières nouvelles, lui avait juste conçu la technologie qui a mis fin à la guerre. Là, aucun rapport avec la choucroute. En fait, c’est même le contraire : maintenant que Michelle a détruit la seule technologie qui pouvait arrêter les robots, la guerre ne risque-t-elle pas de reprendre ? Surtout vu qu’une partie des robots sont devenus des pillards fous dans la zone ? Et donc, sans murs pour les retenir, ils risquent de vadrouiller ? Quant au fait qu’une armée de robots ait détruit le QG de la défense humaine, on en parle ou ça va, c’est cool en fait de mener des attaques comme ça ? En fait, Michelle ne vient-elle pas de foutre une merde gigantesque qui risque de…
Non, rassurez-vous, personne ne se pose ces questions.
À la place, on voit juste le robot de Chris, Cosmo, qui se réactive au milieu d’une décharge, comme si un certain esprit était de retour et…
… FIN !
On ne l’avait pas vu venir non plus, dites voir. Que de créativité.

Vous ai-je parlé des ennemis volants qui volent juste à portée des mains des gentils ? Bon, ben c’est fait.
Pour votre information, avec 320 millions de dollars, The Electric State est le film le plus cher de l’histoire de Netflix.
320 millions.
Pour ça.
Diego ? Du brandy. Beaucoup de brandy, mon bon.
Publié le 12.03.2025 à 09:10
Nous revoici pour un nouvel épisode du petit théâtre des opérations.
Lorsque l’on parle de combattant de la jungle au Vietnam, on imagine toujours un gros musculeux avec une mitrailleuse surgissant des fourrés avec un bandeau rouge autour de la tête.
Pourtant durant la guerre d’Indochine, une terreur locale était en fait un bonhomme torse-poil en kilt courant au fond des bois avec un klaxon pour faire pouët-pouët
Comme le dirait l’autre : pas mal non ? C’est français.
Bon visionnage.
Publié le 23.02.2025 à 09:52
Depuis Top Gun 2, il existe une nouvelle génération de spectateurs.
De jeunes gens qui évoquent le film avec des étoiles dans les yeux, s’émerveillent devant le charisme de Tom Cruise, et discutent longuement des passages où des avions font vroush et des missiles font woush (c’est ainsi). Les vieux briscards qui les écoutent ne manquent alors jamais de lancer : « Ah, vous devriez voir le premier volet ! ». Mais là, au lieu de décrire un autre film avec des cabrioles aériennes, curieusement, ils évoquent toujours des matchs de volley torse-poil, des claques au cul dans les vestiaires, et Tom Cruise qui se promène en slip moulant entre deux tours de moto. Parfois, quelqu’un lance aussi « Ah si, à un moment, il y a un avion », mais soyons francs : ce sont des cas isolés.
Alors, pourquoi diable est-ce que les gens ont plutôt retenu les scènes de volley que l’aventure qui était au cœur du film ?
Plongeons dans le passé, sortons cette VHS de Top Gun de 1986, Diego, sors le magnétoscope… Et spoilons, mes bons !

L’affiche : ça ne nous rajeunit pas.
Notre film commence par un petit texte, qui nous explique qu’en 1969, l’armée américaine a créé une école spéciale pour ses meilleurs pilotes. 1% des aviateurs américains, soit l’élite de l’élite, la crème de la crème, afin de leur enseigner l’art du combat aérien. Ce fameux 1% surnomme l’école « Top Gun« . Les 99% restants préférant parler de « Attendez, comment ça seul 1% d’entre nous sont formés au combat aérien ? Les autres on est juste là pour se faire abattre ?« .
Mais ce sont sûrement de gros jaloux.
La première scène nous emmène cependant dans l’océan indien, « de nos jours », nous dit le film, ce qui est du pipeau puisqu’on voit tout de suite qu’on est en 1986 (quel manque de respect pour le spectateur, on ne me la fait pas). Et plus précisément à bord du porte-avions USS Nicolas Cage. Et sur tous les ponts, c’est l’alerte : on a détecté deux avions communistes pas loin.
« De quel pays ?
– Communiste.
– Non mais lequel ?
– Les… communistes rouges.
– Non mais allez : la Russie ? Le Vietnam ? Mitry-Mory ?
– Mitr… bon, écoutez, vous commencez à me courir sur le haricot : ce sont des cocos, voilà tout, alors vous m’envoyez deux avions les intercepter, et vite ! »
Top Gun n’aimant pas désigner un pays spécifique pour ne pas avoir d’emmerdes, nous en resterons là, et voilà comment deux appareils américains s’en vont expliquer aux engins inconnus que ce n’est pas parce qu’il y a « internationale » dans « eaux internationales » qu’il faut y venir la chanter. Hélas, à bord de l’USS Nicolas Cage, les officiers sont nerveux : l’un de leurs avions est piloté par les deux plus grosses andouilles du bord, à savoir Maverick et son navigateur Goose. Maverick qui signifie en français « non-conformiste », car il est trop rebelle, et Goose qui signifie « oie », probablement parce qu’il cacarde. Oui, l’oie cacarde. Ah, on s’instruit en ces lieux.
Mais venons-en à l’interception en elle-même, qui se déroule plutôt bien : Maverick met en déroute le premier appareil en le verrouillant avec ses armes, ce qui lui fait très peur, puis va se positionner à l’envers au-dessus du second dans une manœuvre aussi bête que dangereuse pour faire un gros doigt au pilote ennemi avant de le prendre en photo en rigolant. C’est probablement lorsqu’il a commencé à retirer son slip en s’exclamant « Regarde, j’ai pas qu’un avion, j’ai aussi un hélicoptère ! » que le pilote ennemi a préféré rentrer chez lui, au Communistan.
Nos amis peuvent donc rentrer. Mais c’est sans compter que le pilote de l’autre avion américain, nom de code Kikinou52, a été traumatisé par la rencontre, puisqu’un appareil ennemi l’avait aussi verrouillé. En résulte qu’il est en état de choc, ce qui risque de compliquer sa capacité à retrouver le porte-avions et à y poser son gros train. Heureusement, violant les ordres, Maverick s’empresse d’aller voler à côté de lui en lui chuchotant sur sa radio : « Vas-y Kikinou52, tu peux le faire, alleeeez ! ». Ce que le navigateur de Kikinou52, Kikinou51 faisait depuis 20 minutes sans résultat, mais là, pif pouf, alors que ça vient d’un type qui pète les roudoudous à tout le monde, Kikinou52 opine du chef, se reprend juste assez pour poser son appareil puis sa démission à son chef. Dans cet ordre.
Chef qui convoque immédiatement Maverick et Goose.
– Écoutez-moi bien les deux cons. Kikinou52 était mon meilleur pilote. Maintenant, je n’ai plus que vous sous la main, les autres pilotes s’appelant tous Jean-Jacques. Et sachez que ça m’emmerde ! Vous, Maverick, vous désobéissez ouvertement aux ordres !
– On m’avait pas dit qu’il y en aurait quand j’ai rejoint l’armée.
– Et vous Goose… bordel, arrêtez de cacarder partout !
– KWAKWAKWAKWAK !
– Bon dieu Maverick, mais pourquoi avez-vous choisi comme navigateur une oie à moustache ?
– Parce que vous avez déjà réussi à apprendre à se raser à une oie ?
– KWAKWAKWAKWAK !
– Ah, elle chie sur mon bureau ! C’est infernal ! Retenez-là, Maverick ! Et finissons-en : on m’ordonne d’envoyer des pilotes à Top Gun. Et comme Kikinou52 est parti… vous êtes les suivants sur la liste. Alors ça me brise les rouleaux, mais allez-y !
– Youpi !
– KWAKWAKWAKWAK !
Maverick et son oie se font un petit high-five, car comme leur dit leur chef, ils vont affronter « les meilleurs pilotes au monde ». Hmmm. J’aurais dit « des Etats-Unis », mais visiblement, le chef a oublié qu’il existait d’autres pays dans le monde. Ça expliquerait son incapacité à trouver le nom du Communistan.

« Vous êtes irresponsables, incapables de suivre les ordres, vous faites n’importe quoi avec votre avion… bref, je vous envoie avec les meilleurs des meilleurs ! »
Toujours est-il que nos deux héros sont ainsi envoyés en Californie, à l’école Top Gun, où l’on retrouve Maverick en train de faire de la moto sans casque parce qu’il est trop rebelle pour en porter un, et puis « En plus ça fait trop moche, m’man !« . Son oie serrée contre ses hanches, il se rend à l’école le sourire aux lèvres, un truc qu’il n’a probablement jamais connu jusqu’alors. C’est là que le grand chef de l’académie leur fait son topo.
– Les p’tits gars, vous êtes l’élite de l’élite de l’aviation navale. Qui est elle-même l’élite de l’élite de l’aviation américaine. Amérique qui est elle-même l’élite de l’élite du monde.
– C’est pas une tête que vous avez, chef, c’est une pastèque.
– Et toi c’est pas un navigateur que tu as, c’est un oiseau de la famille des anatidés, alors ferme bien ta bouche.
– KWAKWAKWAKWAK !
– Arrête Goose, il nous vannait, là.
– KWAK ? KWAKWAKWAKWAK !
– Non, Goose ! Tu ne vas pas « le démonter comme tu démonterais un pain frais » !
– C’est fini les deux ? je peux continuer ?
– Oui chef.
– Bon, donc je disais : durant la guerre du Vietnam, nous avons découvert que nos pilotes se reposaient trop sur leurs missiles. C’est pour cela qu’ici, vous apprendrez l’art du combat aérien à l’ancienne. Et le meilleur des meilleurs des meilleurs des m… bref, le meilleur duo pilote/navigateur parmi vous recevra le trophée Top Gun. Et ici, on aime que les premiers. Être deuxième, c’est nul. Compris ?
– Chef, l’aviation, c’est pas un concept avec du travail d’équipe, des ailiers, et par conséquent où justement, il faut éviter de partir tout seul comme un con en quête de records ?
– Eeeh bien…
– C’est pas d’ailleurs justement cette mentalité de merde qui a causé de sérieuses pertes dans les formations de bombardiers durant la Seconde Guerre mondiale car les escorteurs partaient à la chasse au lieu de rester à côté des gars qu’ils devaient protéger, quitte à avoir un moins bon tableau de chasse ?
– Eeeeeeeeeeeeeh biiiiiiiiiiiiiieeeeeeeeeen…
– Votre école ne serait donc pas en train de faire exactement l’inverse de ce qu’elle devrait faire ?
– Votre nom ?
– Caporal Roudoudou.
– Eh bien Top Gun, c’est terminé pour vous.
Mais pas pour nous. Et reprenons.
Car après cette introduction, il est (déjà) temps d’aller picoler pour nos héros. Qui se rendent au bar local, où Maverick fait la connaissance d’Iceman, un autre élève de l’école.
– Et pourquoi ton nom c’est « Iceman » ?
– Parce que ça veut dire « Homme de glace », et je ne perds jamais mon sang froid.
Il faut le comprendre : à l’époque, Youtube n’existait pas. De nos jours, il aurait suffit de lui montrer Michou pour qu’instantanément, il se mette à hurler des jurons à faire rougir Satan. Mais passons, car Maverick a plus intéressant en vue, à savoir, une fille. Qu’il va lourdement draguer, très lourdement, allant, malgré ses refus, la suivre jusque dans les toilettes des femmes. Oui, en 1986, c’était montré sous un jour positif, saveur « Maverick n’abandonne jamais une cible, héhé !« , avec en face la donzelle impressionnée par son courage. De nos jours, la lecture est quelque peu différente, et on souhaite secrètement que la dame, au lieu de glousser, réponde quelque chose du genre :
– Mais ? Vous êtes dans les toilettes des femmes ?
– Je sais, mais puisque c’est là que vous vous cachez, ma belle… *clin d’oeil* *sourire en coin*
– Ah non mais je ne me cache pas. En fait, je suis venue ici pour poser une énorme pêche. Hier, j’ai mangé une choucroute mon vieux, pouah, je crois que j’ai réussi à réassembler les saucisses en une seule énorme et combinée, et maintenant, ce monstre veut que maman l’accouche. Je vais te barbouiller ces chiottes, je pense que je ne pourrai plus revenir ici. Jamais. Mais le pire dans tout ça, c’est même pas le monstre grumeleux que je vais démouler ou l’odeur méphitique qui va pourrir les lieux pour les cinq prochaines heures.
– Non ?
– Non. C’est que même avec tout ça, je suis assez certaine que je ne vais pas chier une aussi grosse merde que toi.
Si après ça, Maverick a encore envie de la draguer, c’est que ce n’est pas un pilote de l’aéronavale mais un prince saoudien.
Et si la première tentative de séduction de notre héros échoue et que ce soir, il rentre seul chez lui avec sa béquille (il est en moto, c’est important de ne pas la faire tomber), le lendemain, quelle n’est pas sa surprise lorsque la nouvelle instructrice qui vient leur parler des avions Mig ennemis s’avère être…
– Goose ! Regarde ! C’est la dame des toilettes !
– KWAKWAKWAKWAK !
– Mais non, pas la dame pipi ! L’autre !
En effet, c’est bien la jolie jeune femme qui a fait tourner la tête de notre héros, et qui durant son cours, est étonnée d’apprendre que Maverick est le fameux pilote qui est allé se frotter à un Mig communiste… pour faire un doigt au pilote. Et cela la chamboule. C’est vrai qu’entre la poursuite dans les toilettes et maintenant apprendre qu’il fait des doigts aux étrangers, on comprend que ça dresse de notre héros un profil d’esprit aussi brillant que romantique. Cependant, notre larron ne compte pas s’arrêter là, car s’ensuit un exercice avec d’autres instructeurs : un combat aérien. Faux, certes, mais avec de vrais avions, dans le vrai air. Avec deux règles :
– Ne pas descendre en-dessous de 10 000 pieds, on fait comme si c’était le sol
– Ne pas voler comme un gros con trop près de la tour de contrôle.
Environ 0,8s plus tard, Maverick a volé sous les 10 000 pieds en rigolant comme un débile, avant de fêter ça en allant voler à fond les ballons près de la tour de contrôle. Son chef est donc obligé de le convoquer pour lui faire relire ce qui est marqué au mur, à savoir « Top Gun » et non « Top Segpa ». Heureusement, Maverick et Goose ressortent du bureau grâce à une ruse simple : le premier ne sait pas lire, et l’autre est une oie avec une moustache. Ils s’en tirent donc avec un avertissement dans leur carnet de correspondance (à faire signer aux parents). Et Maverick peut reprendre sa petite vie faite de cours, de devoirs, et de parties de volley torse-poil avec les copains en se claquant les fesses à chaque point, hihihi.

Maverick, quand on lui explique le concept de « règles ».
C’est probablement cela qui finit par convaincre Jeannine, l’instructrice, que coucher avec un élève de son école est une bonne idée. Elle l’invite en effet finalement chez elle pour un petit dîner. Et voit arriver :
– Un motard sans casque
– Ultra à la bourre parce que « Je jouais au volley avec les copains » (véridique)
– Première chose qu’il demande en entrant « J’peux prendre une douche ? »
Et pourquoi pas la dernière bière dans le réfrigérateur, Monsieur Abitbol ? Finalement, Maverick n’avait pas tort de suivre la dame aux toilettes, car c’est bien là sa place, mais tout au fond d’icelles. L’affaire ne se conclut pas tout à fait, Maverick chauffant la dame avant de filer comme un galopin façon « Non, tu dois me supplier, femme. » Et leur petit jeu peut donc se poursuivre. En cours, Maverick se permet aussi de reprendre la dame, lorsqu’elle fait remarquer que Maverick pilote comme un con durant les exercices.
– Maverick, pourriez-vous expliquer à la classe pourquoi vous faites des manœuvres idiotes sans réfléchir ?
– Parce que là-haut, on n’a pas le temps de réfléchir.
C’est sa vraie réponse. Alors certes, apprendre que Maverick ne réfléchit pas, ça n’étonnera personne, par contre qu’il l’assume pleinement et trouve même que ça justifie tout… comment dire ? Mieux encore, quand Jeannine va le trouver après le cours pour lui dire que son attitude en classe laisse à désirer, Maverick court jusqu’à sa moto, et fait tourner la poignée des gaz sur place façon « VROUM VROUM VROUM J’ENTENDS PAAAAS ! » quand la dame veut lui parler. Ah non vraiment, quel charmeur aussi mature qu’élégant. Il a tous les atouts pour pécho Jeannine, oui, mais plutôt celle de 4eB au collège Ersilia Sourdais de Melun.
Cependant, c’est un film, et plutôt que de savater Maverick, notre héroïne lui confesse « Bon tu fais chier, en fait, je t’aime, voilà. »
Oui, ça sort comme ça. Un instant, il lui fait vroum vroum dans les oreilles pour l’emmerder, le second, elle lui susurre « Oh, ça m’a trop excité ». On se croirait dans Fast & Furious, ce film où les femmes sont toutes secrètement fans de moteurs et adorent danser en bikini près d’un gros piston le soir venu. Cependant, qu’importe votre opinion sur le sujet (vous qui me lisez êtes peut-être en ce moment-même en bikini près d’un gros piston, c’est un choix de vie), Maverick roule un patin à la dame.
Et c’est parti pour la chanson phare du film bien connue : « Take my breath away« . Dont je vous rappelle les paroles :
Je regarde tous les mouvements de séduction de mon amant idiot
Sur cet océan sans fin, enfin les amoureux n’ont pas honte
Je tourne et je retourne dans une sorte de coin secret là-dedans
Je regarde au ralenti quand tu te tournes et tu me dis
PREEENDS MA RESPIRAAAAAATION
PREEEENDS MA RESPIRAAAAAAATION !
Notez que même la chanson souligne que Maverick est débile. Je ne l’invente pas, c’est la première ligne du premier couplet. Comme quoi.
Enfin, la dame n’est pas déçue, car après une nuit de gros bisous où il tente de lui prendre sa respiration (probablement avec les mains), Maverick a disparu à son réveil, laissant derrière lui… un avion en papier. Jeannine rougit un peu, en se disant que merde, vraiment, elle vient peut-être de se taper un type qui a bien 12 ans d’âge mental. Et qui continue à le prouver lors de l’exercice suivant.
– Maverick, cet exercice est simple. Vous devez suivre votre coéquipier pour le couvrir. Surtout, ne l’abandonnez pas.
– OH ! SI J’ABANDONNAIS MON COEQUIPIER ? WAHOUUU !
Oui.
Maverick est insupportable. C’est bien simple : à chaque scène, on a envie de le voir mourir. Après, peut-être qu’avec de la psychologie inversée, il pourrait faire des miracles. Du genre « Maverick, surtout, n’arrête pas d’être con ! ». Et hop, dans la foulée, il obtient deux doctorats sans que personne ne comprenne ni pourquoi, ni comment. Hélas, ses supérieurs n’ayant pas compris le truc, ils remettent Maverick à l’exercice en lui disant :
– Maverick, surtout, ne te retrouve pas à perdre le contrôle de ton appareil et à avoir un souci d’éjection qui tuerait Goose.
Et environ 10mn plus tard, l’avion de Maverick s’écrase en mer hors de contrôle, notre héros atterrit en parachute à côté, et les garde-côtes repêchent une oie moustachue sans bien comprendre ce que c’est que ce bordel. Le diagnostic est rapidement posé : l’oiseau est mort durant l’accident. Maverick est donc tout traumatisé. Ses chefs, sa douce, ses camarades, tout le monde essaie de lui expliquer que écoute Maverick, on n’emmène pas un canard dans un avion, mais Maverick n’en a cure :
– C’était une oie. Et la meilleure.

Kwak… kwak kwak…. kwaaaaaak…
Le tribunal militaire reconnait que c’était un accident, même Iceman lui dit que « C’est pas d’chance, désolé. » mais notre héros n’en est pas moins traumatisé. Il en a du mal à se remettre à piloter, et commence sérieusement à envisager une carrière dans la comptabilité, où ses manœuvres les plus audacieuses consisteraient à retourner avec souplesse sa souris pour la démonter et lui nettoyer la boule (nous sommes en 1986, ne l’oubliez pas, bande de bourgeois à souris optiques). D’ailleurs, il quitte l’école avec ses affaires, car c’est décidé : pour lui, tout ça, c’est fini.
Il est heureusement rattrapé par Jeannine, alors qu’il est à l’aéroport.
– Maverick ! Mais enfin, ça ne va pas ? Enfin, on perd son coéquipier, et ça y est, on boude ?
– C’est-à-dire que je viens de subir un crash et de perdre mon meilleur ami, et je n’ai même pas eu d’autre soutien que « Désolé gros ». Tu noteras que c’est un peu léger.
– Roooh, alleeeeeeeeez, Maverick ! Redeviens l’homme qui n’a peur de rien ! Le type qui fait n’importe quoi avec un avion à 30 millions ! Celui qui n’obéit à aucun ordre ! Celui qui me poursuit dans les toilettes des filles !
Car oui, c’est peu ou prou son discours : « Franchement, Maverick, c’était mieux avant ». Mais elle trouve l’argument qui tue :
– Maverick, on dirait que tout ce que tu as appris à Top Gun… c’est à abandonner. Super.
Je rappelle que nous sommes donc face à un type traumatisé, et la seule chose que sa copine trouve à lui dire, alors qu’en plus elle bosse avec l’armée et sait donc que ce n’est pas toujours de la rigolade, c’est « Hou, le lâcheur, euh ! »
Mais Maverick étant con comme une brique molle, cela le convainc de rester. Il se rend donc prestement chez le chef de l’école – et chez lui, hein, genre sa maison, vas-y rentre mec, te fais pas chier – pour lui parler. Grand chef qui évidemment, trouve ça bien normal et prend le temps de discuter un peu avec lui.
– Maverick, j’ai piloté avec ton père.
– Ah, mon père… il a disparu au Vietnam, personne ne sait ce qui lui est arrivé. C’est à cause de lui que je suis devenu pilote.
– Ben figure-toi que j’étais là le jour où il a disparu, et en fait, c’était un héros, il est mort en protégeant toute son escadrille.
– Et personne n’a pensé à me le dire ?
– Tu sais, on est Américains : on est très timides avec nos héros, c’est connu.
C’est bien vrai, ça. Pas vrai Top Gun ?
En tout cas, si la damoiselle de notre héros n’a pas réussi à le surmotiver, cette histoire de papounet remotive notre héros qui décide de réintégrer l’école, juste à temps pour recevoir son diplôme. Et s’il n’a pas été premier de la classe (c’est ce gros chouchou de Iceman), ce n’est pas bien grave puisqu’en plein milieu de la cérémonie, c’est l’alerte : les pilotes doivent immédiatement gagner l’océan indien pour régler une situation de crise. À savoir que le navire américain USS Janet Jackson est à la dérive, et est entré dans les eaux territoriales du Communistan. Qui, non, n’a toujours pas de nom. Maverick et ses amis doivent donc couvrir l’évacuation du navire, alors que les Mig ennemis vont rôder dans le secteur.
– En même temps, c’est chez eux.
– Bon dieu Maverick, ce sont des communistes ! Pas de propriété privée avec eux ! Donc leurs eaux, ce sont nos eaux aussi.
– Hmmm… ça sonne un peu rouge, ce que vous venez de dire, chef.
– Silence ! Et prenez garde, car l’ennemi a des missiles Exocet super dangereux, qui peuvent couler un navire de très très loin !

Oui, des missiles Exocet. Pas mal non ? C’est français.
Iceman, Maverick et une paire de Jean-Jacques se préparent donc à bord de l’USS Nicolas Cage. Et ils suent très fort, comme tout le monde durant tout le film (les gens avaient un sérieux problème de sudation durant le tournage, semble-t-il).
– Bon, Maverick, vous serez l’avion de secours, celui qu’on appelle si ça dégénère. Comme vous sortez de Top Gun vous aussi, vous devez être un as du combat aérien, si jamais on en venait à ça.
– C’est-à-dire qu’au premier jour à l’école, on nous a appris qu’il ne fallait pas nous reposer sur nos missiles.
– Et ?
– Et ensuite tout le film, on n’a fait qu’apprendre à verrouiller des missiles.
– Vous voulez dire que vous avez le même niveau en sortant de cette école qu’en y entrant ?
– Absolument.
C’est quand même bête, de faire un film entier dédié à « l’école du combat aérien pour ne pas se reposer sur les missiles » et de l’oublier. Un détail.
Ce qui est d’autant plus embêtant que la situation dégénère très vite : le Communistan a envoyé six Migs, or, les Américains n’en ayant détecté que deux (v’là l’élite de l’élite), ils ont envoyé deux appareils seulement : celui d’Iceman et celui d’un certain Jean-Jacques. Et le Communistan ne plaisantant pas, ils arrosent la truffe de Jean-Jacques, qui est abattu (ça alors !). C’est la panique : un avion à l’eau, un autre poursuivi par six Migs, vite, envoyez Maverick en renfort ! Son non-conformisme devrait mettre en déroute les dogmatiques du marxisme ! À défaut, il les poursuivra jusque dans les toilettes des filles, et ça, ça va les calmer.
Notez que cela fait toujours un total de deux avions contre six, mais hein, bon, hé.
Cela dit, j’exagère : on voit bien les officiers du porte-avions de nos héros ordonner l’envoi de plus de renforts, mais « Ah nan mais là, y a une panne, et pis y a Michel qu’est en congé, et pis… » bref, vous l’aurez compris, quelqu’un a bloqué le pont du porte-avions américains avec un bout de script histoire de laisser Maverick faire le kakou et sauver le monde quasiment seul. Maverick qui arrive rapidement sur les lieux avec un nouveau navigateur, Kikinou51 (mais si, le navigateur de Kikinou52 au début du film !) qui gueule des instructions à Maverick :
– Maverick, on a une opportunité à droite, engage le combat !
Mais quoiqu’il dise, Maverick fait exactement l’inverse (ça vous étonne ?), et commence même à s’éloigner du combat plutôt que de l’engager, encore un peu traumatisé. Lorsque soudain, il chuchote « Parle-moi, Goose… » en serrant les plaques d’identité de son vieil ami qu’il a gardées. C’est vrai ça, que lui dirait Goose ? Maverick ferme les yeux, concentré. Et imagine la réponse de son défunt ami :
– KWAKWAKWAKWAK !
Maverick hoche la tête.
– C’est vrai, il a raison… il est temps de cacarder partout !
« MAIS PUTAIN C’EST CE QUE JE TE GUEULE DEPUIS DIX MINUTES, POURQUOI T’ÉCOUTE UN CANARD MORT PLUTÔT QUE MOI ? » s’étrangle Kikinou51 assis derrière lui. C’est vrai que de tout le film, aucun de ses pilotes ne l’aura jamais écouté. Peut-être qu’en réalité, c’est lui qui est mort et que personne n’entend, et Top Gun serait en fait le préquel de Sixième Sens ? Qu’importe : Maverick retourne au combat, et commence à meuler les communistes volants un par un, ennemis qui ont le bon goût d’attaquer par groupes de un, de ne pas utiliser leurs missiles, et de tout faire pour faciliter le boulot des héros. À tel point qu’après quatre Migs détruits, les deux derniers s’en vont façon « Oui, bon écoutez, nous on était juste là pour la figuration, bisous. »
C’est pratique.
Et sinon, le navire à la dérive, là ? L’USS Janet Jackson ? Les Exocets ? Toute la crise internationale, en fait ?
Eh bien rassurez-vous : le script a pris bien soin de tout oublier. C’est aussi le cas d’Iceman, dont l’avion a été touché, n’a plus qu’un moteur et fume lourdement, mais lui aussi l’oublie entre deux plans. Ainsi, lorsque Maverick dit « Eeeh, et si au lieu de se poser au plus vite vu que ton avion tombe en miettes, on faisait des acrobaties près de la tour de contrôle du porte-avions ? », Iceman accepte, parce que hop : soudain, son moteur ne fume plus, sa vie n’est plus en jeu, et hihihi, on rigole bien !
Ce qui est bien, c’est de se rappeler qu’en 1986 déjà, les scénaristes avaient laissé tomber le respect du spectateur.
Enfin : le communisme est vaincu, les héros finissent par se poser, Iceman félicite Maverick pour être redevenu un trou du cul irresponsable… tout est bien qui finit bien !
En effet : les Jean-Jacques abattus sont repêchés par hélicos (dans les eaux du Communistan donc), Iceman et Maverick deviennent trop copains, tout le monde les acclame sur le pont, bref, c’est super. Pour montrer qu’il a affronté son traumatisme, Maverick prend les plaques d’identité de Goose et les balance à la flotte. Parce que Goose avait une femme et un fils qui auraient sûrement apprécié de les avoir, mais Maverick est comme ça : il s’en branle. C’est ça l’amitié.
Mais sinon, j’ai une petite question : quid du Communistan ? Non parce que non seulement vous avez un navire qui est rentré dans ses eaux, mais aussi plusieurs appareils, qui ont effectué des actes de guerre, ah et vous avez même un hélicoptère de secours qui a violé l’espace aérien communiste pour venir récupérer les pilotes abattus. Donc, on en parle de la troisième guerre mondiale qui approche ?
Non : hihihi, ça aussi, on a tout oublié ! Oui, c’était une crise internationale, mais en fait, bof, non.
En récompense de ses exploits qui ont sauvé le monde (mais en fait, c’était pas si grave), Maverick obtient de pouvoir choisir n’importe quel poste dans l’aéronavale. Il annonce donc :
– Je veux devenir instructeur à Top Gun.
Nul doute qu’il appréciera quand il aura des élèves comme lui qui n’auront rien à foutre de ses consignes, et lui feront de grands sourires rigolards quand il leur expliquera que merde, c’est pour leur bien. Il retourne donc dans la ville californienne de l’école, rentre dans un bar… et y tombe sur Jeannine. Qui lui dit que c’est bon, maintenant que c’est redevenu un gros connard égoïste et imbu de lui-même, elle aimerait bien qu’il revienne lui prendre la respiration. Quelle belle morale ! Quand il est fragile et traumatisé, c’est une merde, quand il fait n’imp’, c’est un homme, un vrai, avec du poil.
Patin il y a donc entre les deux, vue sur des avions qui montent très fort dans une subtile allégorie, et…
… FIN !
Ah oui. « Culte », donc, ce film.

« Au fait Goose, ta femme et ton fils, je les emmerde ! »
Et le plus fou dans tout ça ?
C’est que non seulement le film est devenu culte, mais que Maverick a été considéré comme un personnage tellement sympa… qu’on en a donc récemment eu une suite.
Franchement, je ne sais pas ce qu’on a fait pour mériter ça.
Publié le 08.02.2025 à 14:59
L’ire ensemble – Midnight Sun – Épisode 7
L’année 2024 s’écoula sans nouveau passage de Midnight Sun, dont nous avions pourtant étudié le précédent épisode ici.
Les plus pervers d’entre vous sont donc venus me trouver pour demander quand diable ils auraient la suite des aventures du vampire le plus attardé de l’histoire de l’humanité, et de sa petite amie dont le super pouvoir est de n’avoir aucune pensée. Eh bien, soit, bande de monstres, soit ! Reprenons donc là où nous en étions arrêtés.
Edward, l’homme mi-vampire mi-boule à facettes, tente de pécho Bella. Pour ce faire, il l’a invitée dans sa demeure familiale, afin de lui montrer sa collection de figurines Evangélion. Ou quelque chose dans cet esprit. En tous les cas, il veut qu’elle découvre son intimité, et nous savons tous que par « intimité », il veut dire « lui montrer Edwardito ».
Va-t-il y parvenir ?
Lisons, mes bons !

La bête revient.
Edward et Bella arrivant dans l’immense maison où lui et les siens habitent, ils croisent naturellement le géniteur de notre héros, Carlisle.
Carlisle plaça un marque- page dans l’épais volume qu’il était en train de lire et se leva pour nous accueillir.
J’aime comme dans ces fictions, pour montrer que quelqu’un est intelligent, il lit forcément de gros livres. Vous ne saurez ni ce que c’est, ni de quoi ça parle, par contre, c’est gros. Alors que si ça se trouve, Carlisle était en train de relire 1001 blagues de pets.
Les salutations effectuées, Carlisle laisse les deux tourtereaux tranquilles, et Edward en profite pour montrer à sa belle les souvenirs qui parsèment la maison, et qui racontent un peu de l’histoire de chacun de ses membres. Comme par exemple, comment Carlisle a très mal vécu d’être transformé en vampire au XVIIème siècle. Et a donc tenté de mettre fin à sa nouvelle existence.
Sans quitter du regard le tableau, je listai les tentatives de suicide de Carlisle.— Il s’est jeté du haut de falaises. Il a tenté de se noyer dans l’océan… Mais il commençait sa nouvelle vie et il était très fort.
Alors très fort, je ne sais pas, mais très con, j’en suis assez certain.
Le type se transforme en vampire. Il se réveille pour découvrir qu’il est juste un cadavre ambulant qui n’a plus besoin de manger, boire ou même respirer. Sa première idée pour se suicider est fort logiquement :
« Et si j’essayais de me noyer ? »
La question est donc : au bout de combien de temps a-t-il réalisé qu’il était idiot ? Après 15mn sous l’eau ? 30mn ? 2 jours ? A-t-il articulé « Bloubloublou, je sbluis débibloublou! » au fond de l’eau avant de remonter, penaud, faire sécher ses os et son slip ? Le livre reste assez évasif sur le sujet. Ce qui est bien dommage, mais poursuivons. Car figurez-vous que Carlisle était Anglais (il était donc déjà en partie un monstre), et qu’une fois transformé en créature incapable de manger un fish & chips, il a décidé de rejoindre la France.
Je décrivis la nuit où il avait découvert un autre mode de survie, le compromis du sang animal, sa guérison, son retour à une normalité rationnelle. Puis comment il avait gagné le continent à la nage…
— Pardon ? me coupa- t- elle.
— Les gens traversent la Manche à la nage tout le temps, Bella.
Alors, deux choses.
D’abord, on notera que Carlisle est incapable de prendre le bateau. Ou même une barque. Non, lui, il traverse la Manche à la nage parce que… parce que. M’est avis que c’est surtout après sa tentative de suicide par noyade qu’il s’est trompé de côté en remontant.
Ensuite… hmmmm, des gens qui traversent tout le temps la Manche à la nage Edward ?
Elle a mal vieilli, cette réplique.
Mais, assez parlé de Carlisle ! Edward évoque comment lui-même a été transformé puis accueilli par Carlisle garnement qui s’était installé aux Etats-Unis (on ignore s’il a traversé l’Atlantique à la nage). Comme ce n’est pas très palpitant, il décide de sauter directement à une partie plus rigolote : comment fut un temps, Edward avait décidé de devenir un prédateur et de se nourrir de sang humain, oui… mais uniquement en boulottant des criminels. Des gens que la société ne regretterait pas (Edward est de droite, il ne faut pas le chauffer sur la réinsertion). Et il repense à une traque bien particulière. Celle d’un… pervers.
Il s’était contenté de rêver de ce à quoi il aspirait. Il s’était borné à épier la fille qui habitait l’immeuble en haut de la rue, ne l’avait pas abordée.
Edward, l’homme qui épie les filles depuis les arbres et va se toucher le trilili dans leur chambre le soir venu, se souvient fièrement de comment il a buté un type qui avait regardé une fille de travers.
Cherchez l’erreur.
Par ailleurs, sa victime potentielle n’était qu’une enfant.
Nous explique le type qui veut coucher avec une ado alors qu’il a seulement, quoi ? Un siècle de plus qu’elle ?
Non vraiment, le livre aurait pu évoquer Edward attaquant un meurtrier, un braqueur ou un psychopathe quelconque, mais non : il a décidé que l’exemple parfait, c’est un pervers épiant plus jeune que lui.
Je crois que finalement, 1001 blagues de pets est peut-être mieux écrit que cela, en effet.
Enfin : Edward emmène ensuite Bella dans sa chambre, mais pour lui montrer non pas les parties les plus étonnantes de son anatomie, mais sa collection de CDs.
— Comment les ranges- tu ? s’enquit- elle, perplexe devant ma collection de CD.
Moi aussi, quand je vais chez des gens et que je passe devant leur bibliothèque, au lieu de regarder ce qu’il y a dedans, ma première question est de savoir comment ils les rangent. On ne sait jamais, de là pourrait naître une conversation palpitante sur les systèmes de classification ! Alors Bella, je vais être direct : non. Ça ne marche pas. À part sur les bibliothécaires, ces êtres étranges chez qui vous pouvez provoquer des redirections sanguines en leur susurrant à l’oreille « Je vais te parler du système de classification décimal de Dewey ». Si vous le faites bien, vous devriez entendre en retour : « Bon sang, prends-moi comme un Marc Lévy fraîchement acheté sur liste d’attente ! ». Ne vous restera plus qu’à lâcher « Je vais te faire l’amour tellement longtemps que j’aurai des pénalités de retard », et votre nuit sera…
Ahem. Je m’égare. Revenons plutôt à nos vampires. Car Edward, voyant la belle dans sa chambre, n’a de cesse de se demander quand elle va prendre ses jambes à son cou, effrayée d’être chez un vampire.
— Tu guettes toujours le moment où je vais déguerpir en braillant comme une perdue, hein ? me lança- t- elle.
Alors oui.
Mais en même temps, vous êtes devant une putain de collection de CDs. Edward n’a aucune raison de penser cela, et toi Bella, encore moins de le deviner puisque ça n’a aucun sens. Sauf, bien sûr, si Edward sait qu’il a un truc qui pourrait vraiment effrayer la belle, comme un CD de L’Agitateur de Jean-Pascal, coincé entre La Schtroumpf Party 2 et La Schtroumpf Party 5 (c’est vrai que son classement est à chier maintenant qu’on en parle).
Mais assez ! Assez de lectures, assez de littérature, Edward a une proposition à faire à Bella. Et si on sortait ? Car un orage va éclater au-dessus de la ville de nos héros, et couvrira les bruits des vampires s’ils veulent… jouer au base-ball avec leur super force !
— Nous, nous allons faire une partie de base- ball.
— Les vampires aiment le base- ball ? répliqua- t- elle, dubitative
Seulement les vampires américains et japonais, Bella. Les autres vampires jouent du violoncelle, de l’orgue ou peignent, mais toi, tu es tombée sur les vampires qui jouent au base-ball. C’est… comment dire ? Regarde bien ton vampire, je pense que tu trouveras une étiquette « Temu » ou « Wish » dessus.
Enfin : pour commencer, Bella doit repasser par chez elle. Et Edward repassera la chercher. Il se fait donc un plaisir de la déposer devant chez son papa qui reçoit des amis, et là…
C’est dans cet état d’esprit que je me penchai vers Bella pour l’embrasser. Rien que pour embêter le vieux bonhomme, je plaquai mes lèvres sur sa gorge au lieu de sa bouche.
« Eheh, je vais embêter le vieux là-bas en montrant que je ne sais pas où se trouve la bouche de ma nana ! »
Bella se retrouve donc 1) sans bisou 2) avec un suçon 3) avec un blaireau
C’est beaucoup.
Laissant sa belle, Edward retourne chez lui, où il décide de changer dé véhicule. Et après le base-ball, découvrons un autre indice qui prouve qu’Edward est en fait aux vampires ce que les ploucs sont à mes lecteurs.
Ne serait- ce que par sa taille, la Jeep était la plus voyante de nos voitures.
Alors, je vous passe la description, mais on insiste TRES lourdement sur le fait que la jeep est très, très grosse. C’est intéressant, ce besoin de grosses voitures chez Edward. En tout cas, c’est au volant d’un monstre mécanique sorti des pires cauchemars de Greta Thunberg que notre héros s’en va chercher sa petite zouzette. Qui est pendant ce temps occupée à expliquer à son père que oui, elle a un mec, et que oui, il va passer la chercher d’une minute à l’autre. Ce qui surprend donc Papa Swan.
— Mais tu m’as raconté hier soir que tu ne t’intéressais à aucun des garçons de la ville, se plaignit- il.
— Edward n’habite pas en ville.
Je vous la refais.
— Mais tu m’as raconté hier soir que tu ne t’intéressais à aucun des garçons de Paris.
— Edward habite à Neuilly.
Ah oui : rien à voir. Edward n’habite pas en ville ! Certes, bon, il y passe ses journées, y étudie, va au lycée… mais il habite à, pfiou, au moins 5mn de route ! C’est une véritable relation à distance papa, tu ne peux pas comprendre, tu ne me comprends pas, bouhouhouhsnifousnourfsnurf *bruit de porte de chambre qui claque*.
Heureusement, Edward arrive sur ces entrefaites.
Je sonnai et m’empressai de mettre ma capuche. J’étais doué pour imiter les humains
…
Mais qu’eeeest-ce que je viens de lire ?
– Michel ! Regarde là-bas ! Un vampire !
– Mais non, tu vois bien qu’il a une capuche !
– Aaah oui, pardon. Cherchons ailleurs !
On se croirait dans Lupin, avec Omar Sy, où tout le monde chercher Omar Sy, mais quand ils l’aperçoivent « Non, nous, on cherche un Omar Sy à casquette ! Mais là, c’est un Omar Sy à bonnet ! Rien à voir ! »
Ça a beau être Edward le vampire, c’est moi-même qui perd un peu plus de mon humanité à chaque minute qui passe. Papa Swan, qui est shérif je le rappelle, se laisse en tout cas berner par la capuche (les gens à capuche ne sont jamais suspects, dans son métier, on le sait), fait rentrer Edward, qui va chercher Bella et ressort. Par la porte, ce qui est un peu une nouveauté pour notre pervers plus habitué aux fenêtres. Bella aperçoit donc son véhicule.
— Tu as une… sacrée grosse Jeep, marmonna- t- elle, un peu craintive.
Si quelqu’un peut m’expliquer pourquoi on insiste énormément sur la taille de la jeep, au point qu’elle fait peur, je suis preneur. C’est quoi ? Une allégorie beauf ?
– Bella, voici ma jeep.
– Seigneur Edward elle… elle est énorme.
– Et elle est toute à toi.
– Mais Edward, elle est immense, jamais je ne pourrai grimper… enfin… c’est un monstre !
– Ouais bébé ! Et encore t’as rien vu et… euh… oh merde…
– Attends, tu viendrais pas de caler ?
– Euh… c’est la première fois que ça m’arrive.
– Hmmm… mouais… eh ben bonne soirée, Edward !
Suis-je en train de lire un livre où une grosse voiture est vraiment utilisée pour faire une figure de style popolesque ? Par ailleurs, qui croit encore que grosse voiture signifie membre puissant ? Je dirais donc simplement ceci : rappelez-vous que cet italien de Rocco Siffredi roulait en Fiat. Et je n’ai rien à ajouter.
Surmontant sa peur, Bella parvient à grimper dans l’immense, la formidable, la titanesque jeep, et voilà son bel amant qui l’emmène dans les hauteurs proches de la ville. Où il finit par se garer, expliquant à Bella qu’il va falloir finir la route à pied (ça valait le coup de prendre la jeep infernale). Mais que comme il court fort vite, il la portera. Bella s’inquiète : n’est-ce pas dangereux ? Edward dissipe ses doutes :
— Crois- tu que je laisserais un arbre t’attaquer ?
Formulé comme ça, on dirait que dans la région, les arbres crachent par terre et vendent du shit. Alors que bon, on parle juste d’un type qui dit « Nan mais je ferai attention aux branches ». Quel courage, cet Edward ! J’espère quand même qu’il va se prendre un bouleau un peu hostile sur la gueule, mais ça, c’est juste moi.
Edward la porte, l’emmène jusque là où va se tenir la partie de base-ball, et là, après l’avoir déposée…
— Ouille ! Virevoltant sur moi- même, je découvris qu’elle s’était affalée par terre, pareille à une poupée abandonnée sur le sol. Sa surprise première se transforma rapidement en indignation, comme si elle ne savait pas comment elle avait pu tomber
Rappelons que Bella est une gourdasse, et que toute une partie de l’ouvrage est consacrée à nous rappeler régulièrement qu’elle se vautre, même sur terrain plat, sans jamais la moindre explication.
Quelque part, il y a donc des gens secrètement excités par voir d’autres personnes tomber. J’imagine qu’ils se tripotent devant de vieilles VHS de Vidéo Gag, et rien que pour ça, je propose d’immédiatement oublier ce que je viens d’écrire tant c’est repoussant. Concentrons-nous plutôt sur Edward et Bella qui, après avoir échappé à une embuscade d’arbres, mais pas à la gravité, parviennent enfin à la clairière tant recherchée.
Je l’entraînai par la main. Au bout d’à peine dix mètres, nous franchîmes la lisière de la forêt et débouchâmes dans le vaste champ que ma famille surnommait « la clairière ».
– Bella, tu vois cet espace découvert entouré de forêt ?
– Oui, ça s’appelle une clairière.
– C’est pourquoi nous avons décidé de la surnommer « la clairière ».
– … ah oui, vous êtes brillants dans la famille.
– Ouiiiii… mon papa lit des groooos livres…
Je vous confirme que le dernier a un titre commençait par « 1001 ».
— OK, on batte en premier. Carlisle hocha la tête. Alice, lui et moi gagnâmes nos positions. Esmé était en train de parler à Bella de son bébé mort juste après la naissance, et l’intimité du sujet m’étonna.
Il est vrai que le premier sujet à aborder quand on rencontre quelqu’un, particulièrement à un match de base-ball, est son enfant mort.
Il y a clairement un problème avec ces gens, et, non, ce n’est pas le vampirisme. C’est même très secondaire.
Emmett visa plus juste, cette fois, et je me mis à courir avant que l’impact de la batte sur la balle ne retentisse comme un coup de tonnerre.
Soit : les vampires tapent tellement fort qu’ils ne peuvent jouer que les jours d’orage tant ils font du potin. J’entends.
Mais, puis-je me permettre une paire de remarques ?
- Vous n’êtes pas obligés de taper comme des sourds
- Si ça fait vraiment ce bruit, Bella est sourde et s’exprimera en hurlant désormais « KÉKETUDI EDOUARDE ? »
- On est aux Etats-Unis : si ça fait « bang ! » tout le monde trouve ça normal, calmez-vous
- Sinon, vous avez pensé aux échecs ?
Mais non. Rien de tout cela n’a effleuré l’esprit de nos larrons. Par contre, autre chose atteint leurs cerveaux pas très vifs :
Je devinai leur prochaine stratégie avant même qu’Emmett et Jasper échangent une nouvelle fois leurs postes. Emmett allait frapper très loin pour permettre à Rosalie d’atteindre le marbre. Alice avait également vu la chose et, apparemment, ils étaient censés gagner.
Ah.
Donc vous jouez à un jeu en sachant qu’Alice, qui peut voir le futur, connait la fin de la partie. Et que l’un des joueurs connait automatiquement la stratégie d’en face. Mais sinon, c’est pas un peu chiant ? Vous jouez au poker avec Edward et Alice aussi, ou bien avez-vous compris que c’était débile ?
Mais non. À aucun moment ils ne se sont dit « Et si on jouait sans les deux connards qui pourrissent tout ? ». Cependant, le pire est à venir. Retenez bien qu’Alice peut voir l’issue du match (mais ne fait jamais de paris sportifs pour autant, retourner au lycée 20 fois par siècle, c’est vachement plus constructif). En attendant, Bella soupire, tant les vampires l’épatent.
— Je suis un peu déçue quand même, me nargua- t- elle.
— Pourquoi ? Elle avait l’air tout sauf déçue.
— J’aimerais vraiment découvrir un domaine dans lequel vous n’excellez pas.
Je peux t’aider, Bella. Comme ça, de tête :
- Ne pas être complètement con
- Ne pas être de gros pervers en maraude
- Savoir qu’on ne peut pas se noyer quand on ne respire pas
- Avoir du bon sens de manière générale
Je m’arrête là, principalement parce que je pourrais y passer la journée.
Et surtout, arrivons à l’énoooorme rebondissement : alors que nos amis jouent comme de gros débiles en faisant un boucan de tous les diables, leur raffut attire soudain des invités indésirables. Des vampires en maraude qui passaient par là, et qui eux, n’ont rien contre boulotter de l’humain. C’est Alice qui les sent venir, puis Edward qui sent leurs lointaines pensées.
D’après Alice, ils arriveraient dans la clairière de trois endroits différents, aux aguets, afin de se regrouper pour présenter un front uni
Et rien ne va.
D’abord, il faudra m’expliquer comment trois personnes venant de trois points différents vont pouvoir « présenter un front uni ». Si elles arrivent de trois endroits, elles seront dispersées en trois points. Mais cela est visiblement trop complexe pour Edward le neuneu.
Ensuite, Alice peut donc voir la fin d’une partie de base-ball MAIS PAS QU’ILS ALLAIENT AVOIR UNE ARRIVEE DE VAMPIRES TUEURS ! Ça, elle ne le voit que 30 secondes avant que ça n’arrive façon « Oups, j’avais oublié de vous dire, hihihi ! ». Ah non mais on comprend Alice : l’important, c’est le résultat du match. les tueurs psychopathes, ça peut attendre.
Et ensuite… ensuite ?
Non, vous savez quoi ?
On attendra justement la suite. Je suis un être humain, épargnez-moi un peu, diable !
Publié le 23.01.2025 à 13:22
Hollywood, un mardi, 14h38.
– Bon, les gars, on nous demande un nouveau scénario pour un film post-apocalyptique. Les financeurs ont insisté : ils veulent un truc « original ». Donc pas de zombies, par exemple.
Un grand « Wololo ! » digne d’une partie d’Age of Empires II accueille la demande ; bientôt, les scénaristes autour de la table soupirent tour à tour « C’est impossible », « Que veut dire ce mot, ori… truc ? » ou « Ils ne préfèrent pas qu’on reprenne une licence ? », mais rien n’y fait, l’ordre du jour reste inchangé.
– Eh bien je propose un film ou, à la place de zombies… ce sont des monstres.
– Alors oui c’est pas mal Roger, mais des films de monstres aussi on en a plein. Alors ?
– Hmmm… eh bien ce serait des monstres qui… euh… forcent les humains à se cacher la nuit.
– Déjà fait, Roger ! Je suis une légende, avec Will Smith. Quelqu’un d’autre ? Robert ?
– Moi, je propose un film où les monstres empêchent les humains… de faire du bruit ! Ils doivent vivre en silence !
– Hélas, c’est Sans un bruit, Robert. Déjà sorti. Et financé par nos producteurs actuels en plus. J’ai dit « original ».
– Non mais si vous employez des mots que personne ne connait aussi !
– On se calme Michel. D’ailleurs, as-tu une idée ?
– Raaah, mais vous me gonflez. Eh bien moi, je reviens de mes vacances au ski et, tenez, ben paf, moi ce seront des monstres qui obligent les humains à vivre en altitude !
– Ah, oui, un problème d’oxygène, par exemple ?
– Hein ? Non. Non, juste ils forcent les humains à vivre en altitude.
– Mais pourquoi ?
– Eh, oh, vous m’avez demandé une idée, si maintenant en plus je dois développer, je ne suis pas payé pour ça !
– Pardon Michel. Continue. Quelle altitude ?
– Euh… on va dire… euh… ma plaque d’immatriculation commence par 2440. Donc ce sera 2 440 mètres.
– Mais pourq… non, tu sais quoi Michel ? C’est de la merde, mais c’est ce qu’on a de mieux aujourd’hui. Alors j’envoie la proposition aux chefs, et on voit ce qu’il se passe.
Voici donc probablement la génèse d’Élévation, un film palpitant où l’humanité survit dans les montagnes après une invasion de monstres. Mais alors, est-ce que finalement, quelqu’un a décidé d’expliquer pourquoi ?
Pour le savoir : spoilons, mes bons !

L’affiche : quand vous ne voulez pas mettre de débris qui tombent, mettez de la neige.
Notre film s’ouvre sur une succession de messages radios paniqués : partout dans le monde, des failles s’ouvrent et en sortent des créatures qui font « Agrougroum ! » qui s’empressent de tuer tout le monde, ce qui n’est vraiment pas très sympa. Pire encore, même l’armée ne parvient pas à les égratigner. Cependant, pour une raison mystérieuse, ces monstres ne montent jamais plus haut qu’à 2 440 mètres d’altitude. Pourquoi ?
Apapap, posez-vous la vraie question : comment a-t-on découvert cela ? Et surtout, le jour-même de l’invasion ? Est-ce que Gégé le montagnard qui s’emmerdait ferme en plein massacre général s’est exclamé « Tiens, il y a des monstres en bas, je vais descendre avec un altimètre voir à partir de quel moment ils me boulottent. Bon, alors… aaaah, 2 439 mètres. Chérie, tu m’entends pendant que cette créature me traîne ? Note : 2 439 mètres. Pense à appeler la radio pour leur dire, p’têtre qu’on gagnera une voiture ou un CD de Laurent Voulzy. Maintenant, ouyouyouaaargh, je meurs. »
Le mystère est total.
Toujours est-il que 95% de l’humanité a disparu. Les survivants sont donc principalement les habitants du Tibet, qui n’ont rien remarqué de particulier, et les rescapés des massacres qui ont réussi à gagner les montagnes les plus proches. Et depuis, rien n’a bougé.
Alors bondissons à 2 440 mètres et trois ans plus tard, dans les verdoyants monts du Colorado.
Car c’est là que nous retrouvons un jeune garçon que nous appellerons Rectuméo. En effet, le fripon a décidé, pour occuper sa journée, de passer la limite de 2 440 mètres délimitée par un joli marquage, afin de descendre un peu plus bas, dans un coin qu’il trouve sympa. Il s’installe en effet au bord d’une falaise, sort des jumelles, et se met à observer les habitants d’un petit village perché sur le versant d’en face. Si vous pensez que c’est pour mater le postérieur des ribaudes qui étendent le linge, détrompez-vous : Rectuméo a 8 ans. Tout au mieux, il grommèle « Oooh, celle-là a une grosse paire de baskets Pat-Patrouille, j’y mettrais bien les pieds !« , alors calmez-vous un peu.
Sauf que voilà : Rectuméo ayant eu une idée digne de son nom, sa présence sous les 2 440 mètres a excité les monstres qui ont ravagé la Terre, et en voilà un qui se pointe.
Imaginez donc une sorte de sauterelle géante, blindée, et avec des tentacules en bonus pour appâter les Japonais imprudents.
« Crotte de bique ! » s’exclame Rectuméo qui comprend bien vite que face à un monstre qui a savaté l’armée américaine, ses chances de gagner sont dignes d’un Philippe Poutou devant une présidentielle. Il prend donc ses jumelles, ses cliques, ses claques, et se met à courir comme un dératé vers la frontière des 2 440 mètres. Comme vous vous en doutez, si les monstres sont capables de courir à plusieurs dizaines de kilomètres à l’heure, dès qu’il s’agit de courser un enfant de 8 ans avec de sérieux problèmes respiratoires (car c’est le cas), ils en chient comme des ânes.
Et voilà comment Rectuméo parvient in extremis à franchir la fameuse frontière, alors que la bête n’était plus qu’à un mètre de lui. Et sitôt qu’il a franchi la ligne, la bestiole se contente de faire des bruits sourds, des cliquetis, et de se barrer un peu déçue. Car, oui, ces créatures s’arrêtent très exactement à 2 439,99m, et non, elles ne mettent pas un petit coup de tentacules par-delà la frontière pour latter leur proie. Si tu passes les 2 440m, c’est cabane, comme on dit.
Rectuméo peut donc rentrer tranquillement chez lui, dans le hameau de Lost Gulch, où se trouve son papa, Will. Ce dernier ne l’engueule qu’à peine.
– Rectuméo ! Où étais-tu passé ?
– Je matais les baskets pat-patrouilles du village d’à côté.
– Mais ? Espèce de petit pervers microcéphale ! Tu aurais pu te faire tuer !
– Oui, mais je suis si seul ici, je m’ennuyais…
Et quand on s’ennuie, c’est connu, on part se promener seul dans une zone remplie de monstres tueurs. Techniquement, c’est vrai que ça tue aussi l’ennui, notez. Enfin. L’humanité n’a peut-être pas été exterminée entièrement, mais quand on voit qu’elle a pondu des enfants comme Rectuméo, soyons clairs, elle est foutue. Autant te tirer une balle tout de suite, Will, par contre, tu serais bien urbain d’en tirer d’abord une douzaine sur ton héritier.
Cependant, Will ne l’entend pas de cette oreille.
– Rectuméo, je sais que tu es embêté car tu es le seul enfant du village. Mais n’oublie pas que ta maman est morte en allant te chercher des médicaments. Alors merci de ne pas aller clamser comme un demeuré pour rien.
– D’accord pôpa.
Et la vie peut reprendre son cours.
Oui, sachez-le, Rectuméo, l’enfant qui peut battre un monstre à la course, a donc de graves problèmes respiratoires, particulièrement lorsqu’il fait dodo. Il lui faut en conséquence roupiller relié à une machine dont les filtres doivent régulièrement être changés. Or, il se trouve qu’on arrive à la fin du stock, ce qui est embêtant, car Will avait fini par s’attacher à Rectuméo. Il va donc en causer aux deux seuls autres personnages nommés du village :
– Katie, une chasseuse
– Nina, la scientifique
Par un heureux hasard, aucune des deux n’est un tromblon, mais laissez-moi tout de même vous parler de ces dames.
Katie, d’abord, est une survivante qui accompagne régulièrement Will à la chasse. Elle est célibataire et visiblement, ça commence sérieusement à la travailler. Will porte donc entre deux et huit slips en sa présence, pour protéger ses arrières. Nina, ensuite, est une personnalité détestée du village : elle n’est pas sociable, envoie chier tout le monde, picole, et passe son temps à réveiller le bon peuple avec des coups de feu, puisqu’elle tente de créer une balle capable de pénétrer l’armure des monstres. Pour ce faire, elle s’entraîne sur une écaille de l’un deux. Sans succès et…
Oui ? Pardon ? Oui, tout à fait, elle s’entraîne sur un bout de monstre indestructible. Or, si le monstre est indestructible, d’où vient ledit bout ?
Mais, du script, bien sûr. Avez-vous d’autres questions ? Non ? Alors on continue. Car voici Will qui, déjà, va causer à Nina.
– Nina, tu sais que je ne t’aime pas. Principalement parce qu’il y a un an, tu étais de l’expédition qui a vu ma femme mourir, donc je te rends un peu responsable. Surtout que tu es la seule à en avoir réchappé.
– Super. Mais ?
– Mais comme je dois me rendre en bas, dans la ville où nous vivions avant pour aller rafler des stocks de filtres pour la machine à dodo de Rectuméo, je me disais que tu voudrais peut-être venir.
– Oooh, ben allez, j’ai que ça à foutre, en route.
Convaincre Katie est plus simple.
– Katie, j’ai prévu de descendre en ville et t’es pas invitée.
– BEN JE VIENS QUAND MÊME !
On sent bien que Katie vient surtout surveiller Nina, des fois qu’elle lui vole son promis durant l’expédition. Je vous passe les dialogues sur le thème du « Si ce n’était à cause de ces filtres, on pourrait rester ici indéfiniment. », alors qu’à chaque plan large, on ne voit pas un seul champ, que toutes les maisons sont illuminées à la bougie mais qu’on ne voit pas une abeille (ce sont sûrement des bougies en cire d’oreille), bref, nos amis pourraient rester indéfiniment en effet tant que les trous dans le script servent de corne d’abondance.

Katie, à gauche, passe le film à avoir la tête de quelqu’un qui part en promenade. Personne ne lui a dit que c’était l’apocalypse.
Mais voilà, il fallait bien un prétexte pour que nos amis partent à l’aventure : ce seront donc les filtres de Rectuméo.
Le lendemain de cette petite discussion, nos amis vont se ravitailler à l’armurerie du village, car, oui, la communauté croule aussi sous les fusils et les munitions. Mais bon, nous sommes aux Etats-Unis, alors ça reste crédible. Ce qui l’est moins, c’est de comprendre pourquoi nos héros veulent s’alourdir avec des armes alors qu’elles sont inefficaces contre leurs ennemis, comme ils ne cessent de le répéter. Probablement qu’ils sont déjà au courant de la suite du film !
Cependant, il est temps qu’ils se mettent en route, et nous retrouvons ainsi Will, Nina et Katie alors qu’ils passent la frontière des 2 440 mètres.
– Will, j’espère que tu as un plan.
– Oui, ma p’tite Katie, j’en ai un. Pour limiter au maximum les risques. Nous ne passerons que deux fois brièvement en dessous des 2 440 mètres.
– Oh ! Mais par quel miracle ?
– Comme tu le sais, j’étais mineur avant que le monde ne s’effondre. Or, il y a près d’ici une mine où j’ai travaillé. Elle traverse la montagne. Nous pourrons y passer, loin des yeux et des oreilles de ces créatures.
– Une mine ? Attends, ces créatures n’ont pas surgi des entrailles de la Terre, justement ? C’est plus un coin douillet qu’un site inatteignable pour elles.
– Oui ben ta gueule. Mon plan est donc de traverser brièvement une zone dangereuse pour gagner le sommet voisin où se trouve une station de ski, première étape de notre périple, puis de là, de nous rendre à la mine, et de traverser les montagnes ainsi.
– Mettons que ça marche. Et ensuite ?
– Ah ben ensuite, on débouche à 19 kilomètres de Boulder, la ville dont nous sommes originaires, on se rend à l’hôpital, on prend les filtres et on revient.
Je ne plaisante pas : le type a fait tout un plan pour traverser les montagnes via un système de tunnels.
Par contre ensuite, les 19 kilomètres puis le passage en ville, sous les fameux 2 440 mètres, il en parle comme d’une promenade de santé. Alors que bon, c’est peut-être plutôt cette partie-là le problème mon p’tit Will ! Tu pourrais bien t’y rendre en hélicoptère que ce serait tout aussi risqué ! Mais ses deux amies se contentent de baver et de marcher gaiement avec lui en se contentant de marmonner « Des mines ? Vraiment ? ». Heureusement, pour les aider à franchir tous les obstacles, Nina la scientifique a bricolé un outil bien pratique : une boussole dont l’aiguille pointe en direction des monstres qui approchent, car ils ont une énorme signature électromagnétique.
– Ah oui ? Et quand as-tu eu le temps d’observer ça ?
– Eeeeh bien jeeee…
Bon, on va dire qu’elle a eu le même tuyau que l’affaire des 2 440 mètres où tout le monde est au courant dès le début de l’invasion. Ou bien que lors de sa dernière expédition, elle s’est dit « Tiens, pendant que ces monstres essaient de nous tuer, si je sortais de quoi étudier leur champ électromagnétique ? ». Voilà. Faisons comme ça.
Enfin. Nos amis se mettent en route, et rapidement, tombent sur les restes d’une patrouille de l’armée américaine tombée dans les combats trois ans plus tôt. L’occasion de récupérer un lance-grenades, que Katie s’empresse de charger en expliquant qu’elle sait s’en servir, puisqu’elle « est du Texas ». Si le film commence à faire des blagues à ma place, ça va être embêtant, mais passons. Car poursuivant leur route sans incident, nos amis débouchent sur un ancien télésiège. Et cela tombe bien, car au même moment, un fourré commence à faire « Agrougroum ! ».
– C’est pas banal, constate Katie. Dans le doute, je vais mettre un coup de lance-grenades au buisson en question. Tiens, prends-ça, enfoiré de bosquet !
Ah ben, elle est du Texas, hein.
Hélas pour Katie, ledit fourré était bel et bien la cachette d’un monstre, un « ravageur » comme on les appelle, qui n’apprécie guère qu’on lui grenade la gueule. Il s’élance donc prestement vers nos héros afin de leur expliquer son désarroi avec l’aide d’un savant mélange de dents, de griffes, et de tentacules dans un ordre qui reste à définir.
– Vite ! lance Katie. Nous devons courir ! Nous ne sommes pas loin de la frontière des 2 440 mètres !
– Nous n’irons jamais assez vite ! rétorque Will. Je vais plutôt… redémarrer le télésiège !
Ah.
Nous avons donc le droit à une scène où pendant que Katie envoie de la grenade dans la margoulette du ravageur, Will va chercher des batteries (qui étaient évidemment à disposition) pour remettre en branle le télésiège, et s’y installe avec Nina, pendant que Katie court avec le monstre au cul.
– Grimpe sur le télésiège, bordel ! lui intime Will.
– Han, ouais, pas con !
Et la bougresse de grimper sur l’un des poteaux du télésiège pour essayer de… attendez ? Mais qu’est-ce qu’elle branle ?
Sachez que Katie, au lieu de sauter sur le premier siège qui passe, préfère attendre celui de nos héros, pourtant déjà occupé. Mieux : vous pensez qu’elle va se laisser tomber dedans sans risque quand il va passer au-dessous d’elle ? Nenni ! Elle préfère le laisser passer – oui, oui – puis se lance dans une espèce de saut pourri pour tenter de le rattraper, n’y parvient pas, se retrouve suspendue à tenir la main de Will… et évidemment, tout cela avec un monstre au cul. On ne sent paaaas du tout que c’était pour faire une scène à base de « Je te tiens – Ne me lâche pas ! – Attention, le monstre essaie de me croquer le cul !« . Duuu tout.
Vous me direz : « Attendez, le télésiège est en hauteur, non ? Donc il devrait atteindre l’altitude de 2 440 mètres avant même le passage de la frontière ? »
Alors, oui. Mais vous oubliez une chose : ce film est particulièrement con. Alors que tout est basé sur le concept d’élévation (y compris le titre), les scénaristes ont oublié cet élément, et on retrouve nos héros à finalement en chier jusqu’à la frontière, particulièrement lorsqu’au moment où ils vont l’atteindre, le monstre secoue les câbles, décroche leur siège, et force nos amis à devoir finir à pied. Avec, comme il se doit, la bête qui s’arrête à la frontière parce que « Ah non, jusqu’à 2 439 mètres, je tue à vue, mais ensuite, je laisse tomber et je rentre chez moi regarder le Bigdil.« . Pourquoi ? Comment ?
Nous allons voir que nos héros ne sont pas très curieux.

La fameuse frontière des 2 440 mètres, c’est en réalité le chiffre rond de 8 000 pieds. Qui nous prouve que les monstres n’ont vraiment de respect pour rien voire sont complètement attardés, puisqu’ils ne sont toujours pas passés au système métrique.
En effet, après cette course-poursuite, nos amis sont à nouveau en sécurité. Ils peuvent ainsi poursuivre en paix sur des sentiers de montagne, croiser moult animaux, et aller prendre un peu de repos dans un ancien chalet où ils peuvent même prendre un petit verre de Banga. L’occasion de discuter de sujets majeurs.
– Nous avons vu beaucoup d’animaux durant notre périple. C’était kikinou.
– C’est vrai, Will. Trois ans sans humains pour les chasser, cela aide.
Logiquement, là, une personne vaguement intelligente devrait lancer : « Attendez ? Ne faites pas comme si ça n’avait pas d’importance ! Pourquoi les monstres ne tuent-ils pas les animaux ? Ne pourrait-on pas utiliser cela à notre avantage ? Comment distinguent-ils les deux, par exemple ? »
Mais pas nos héros, qui reprennent un verre, et se mettent à discuter des deux seules choses qui intéressent les Américains, même en cas d’apocalypse : la religion et la famille.
– Moi je pense que c’est un fléau envoyé par Djizousse pour nos péchés. C’est terrible car à cause de cela, j’ai perdu ce qu’il y a de plus important dans la vie : ma famille. Ma femme est morte, mon fils pourrait la rejoindre si je ne fais rien…
– Il suffit, Will. Nous allons y arriver.
– Tu es sûre, Nina ?
– Oui. Oh, et si on a le temps, j’aimerais passer à mon laboratoire quand nous serons en ville. Je pense pouvoir créer une balle capable de détruire ces grobatars.
– Ah oui ?
– Oui. Car vois-tu, Will, ce qui rend les ravageurs indestructibles, c’est leur carapace, qui est en permanence alimentée par un puissant courant électrique. En tirant une balle enduite de cobalt, je pense qu’elle pourrait brièvement créer un différentiel d’un million de volts en entrant en contact avec ladite carapace, faisant ainsi exploser la bête.
– Euh… attends, c’est un peu majeur comme information, ça. Pourquoi tu n’en as pas parlé avant ?
– Parce que sinon, vous m’auriez aidé à trouver du cobalt, j’aurais fabriqué mes balles magiques, et paf, le film était fini avant de commencer.
– Aaah oui. Donc, plutôt que de partager une théorie permettant de sauver l’humanité avec les survivants, tu as préféré ne rien dire, partir en zone super dangereuse, et uniquement là, révéler que tu avais peut-être une solution mais que hihihi, si tu mourrais, personne n’en saurait jamais rien ?
– Voiiiiiiiiiiilà.
C’est donc elle, le génie du groupe, je le rappelle. Diego, mon p’tit, tu seras gentil de m’amener du brandy et du chloroforme. Le premier pour tenir le coup, le second pour passer plus vite ce genre de dialogues.
– Tiens au fait, comment as-tu découvert que les carapaces étaient alimentées en énergie ? Et mieux encore, leur voltage exact ?
– …
– Tu as d’autres infos que tu n’as pas partagées ?
– Ah oui : ces créatures chassent en détectant le CO2 que nous rejetons en respirant.
– Et ça, tu l’as trouvé eeeen ?
– … en lisant le script ?
Ça va mieux en le disant.
Alors vous, je ne sais pas, mais si je découvre un monstre qui tue les hommes et pas les animaux, et qui s’arrête automatiquement à 2 440 mètres, j’aurais tendance à trouver ça curieux et à faire des tests. Du genre déguiser Dédé en renard, le coller à 2 439 mètres d’altitude, et voir si les monstres lui foncent dessus. Auquel cas on le ramène et on recommence en le déguisant en vache. Ou en hamster (mais ça, c’est pour déconner ; fallait pas taper dans mon whisky, Dédé !). En tous les cas, je ferais des observations, et si j’étais un film, je montrerais un poil comment je suis parvenu à les faire, plutôt que de lancer « ALORS OUI ILS DETECTENT LE CO2. » comme ça, au débotté.
En tout cas, c’est vraiment bien d’annoncer à tout le monde que tu es une mine de savoir sur les ennemis de l’humanité une fois que tu es isolée loin de tout endroit où tu pourrais partager ces connaissances. Un esprit brillant que cette Nina.
Enfin. Le lendemain, nos héros repartent aux premières heures du jour pour l’entrée de la mine évoquée par Will. Et une fois sur place (et pas avant), posent des questions comme :
– Mais au fait, es-tu sûr que les tunnels restent au-dessus de 2 440 mètres ?
– Sont-ils bien droit ? Y a-t-il des failles qui mènent aux tunnels inférieurs ?
Et autres sujets qu’il aurait fallu aborder plus tôt, comme par exemple, avant de partir. Mais en tous les cas, cela n’a aucune importance, puisque rappelons-le : pourquoi s’inquiéter qu’un tunnel puisse brièvement passer sous la barre des 2 440 mètres quand c’est pour au final atteindre une sortie où tu devras te taper 19 km dans une zone dangereuse, avant de traverser toute une ville elle-même, le tout très, très en-dessous de l’altitude de sécurité ? C’est un peu comme t’inquiéter des nids de poule dans la route alors que ton plan est de sauter d’une falaise avec la voiture. Mais bon, vous l’aurez compris, si élévation il y a dans ce film, ce n’est pas celle du quotient intellectuel moyen.
Et voilà nos héros qui rentrent dans la mine, guidés par Will.
Sauf que oh non, c’est pas de bol ! Le tunnel qu’ils voulaient emprunter se retrouve bloqué à mi-chemin par une porte avec une chaîne et un cadenas. Will s’époumone rageusement.
– CACABOUDIN !
– Qu’est-ce que tu t’époumones rageusement, Will.
– Oui mais regarde Nina ! Il y a un cadenas ! Un putain de cadenas ! Le chemin est bloqué ! Ce qui ne nous laisse que deux options…
– On t’écoute.
– Soit couper ce cadenas avec l’un des milliers d’outils qui trainent dans la mine, sans compter les clés qui doivent être quelque part, voire simplement faire sauter la chaîne avec nos armes…
– Ou ?
– Ou prendre un tunnel inférieur, qui sera sous l’altitude de sécurité, est donc peut-être peuplé de monstres invincibles.
Je vous laisse quelques secondes pour réfléchir à ce que vous feriez à la place de nos héros. Encore un peu… voilà. Alors ? Votre choix ?
Eh bien nos héros, eux, décident que « Le plus sûr, c’est le tunnel pété de monstres. »
Oui. Aaaaah, on a affaire à du très gros niveau, là.
Voici comment nos héros se retrouvent à faire demi-tour, bifurquer pour prendre un tunnel inférieur, et s’engagent dans l’obscurité. Évidemment, ça ne manque pas, alors qu’ils avancent prudemment, ils entendent « Agrougroum ! » et comme ce n’est pas le cri des cailloux du coin (Will est formel, il connait la région, seuls les cailloux plus au sud crient ainsi), ils comprennent qu’ils ont un ravageur aux fesses. S’ensuit une course poursuite ou on ne comprend pas bien pourquoi de temps à autres, un héros s’arrête pour tirer sur la bête en sachant très bien que ça ne sert à rien, mais finalement, ils parviennent à se faufiler dans une cavité trop petite pour la bestiole. Mais qui est hélas un cul de sac !
– Zut, on est bloqués ! On va mourir comme de toutes petites merdes ! Ne nous reste qu’à prier… Saint Script, si tu m’écoutes, manifeste-toi…
– Will, regarde ! Oh ben dis donc, quelle coïncidence ! En fait, j’avais pas bien regardé : ce n’est pas un cul de sac !
Non, je n’exagère pas : après s’être retrouvés piégés à hurler « C’est une impasse ! », après avoir dû retenir leur respiration pour tenter de ne pas trop exciter un tentacule de la bête glissé dans la cavité (non, pas celle-là), voilà que pif pouf, hop, c’est bon, on n’a plus besoin que les héros soient bloqués, donc en fait, huhuhuhu, ils avaient mal regardé, il y avait bel et bien une issue.
C’est pratique, ces tunnels qui se transforment. Mais attention, car ce n’est pas fini !
Car Katie, qui se faufile dans le conduit nouvellement trouvé, débouche sur une petite grotte, qui elle-même, a un petit passage vers un tunnel où se trouve un accès à l’extérieur !
– Vite les amis !
S’exclame-t-elle en s’élançant… quelques secondes avant de dire « Zut, je crois que je vais mouru », car le dernier tunnel dans lequel elle vient de s’engager n’est pas n’importe lequel. En fait, ils ont tourné en rond et sont revenus dans celui où se trouvait le gros monstre, qui s’empresse d’attraper Katie et de la traîner vers un coin plus tranquille pour la boulotter. Will et Nina, restés dans la grotte intermédiaire, ne peuvent que regarder leur amie être emportée sans rien faire. Enfin, si, ils crient un peu son nom, mais disons qu’assez rapidement, elle n’y répond plus. Probablement que le monstre l’a rendu sourde.
– Nous voilà bloqués comme des cons ! peste Nina.
– Attends, je vais réessayer un truc… Saint Script, si tu m’écoutes encore…
Et devinez quoi ? Soudain, Nina pousse un grand cri.
– Oh ! Mais ? Will, regarde ! La grotte intermédiaire où nous sommes ? En fait, en plein milieu, il y avait une énorme échelle menant vers la surface et à une altitude de sécurité !
Oui. Vraiment. Katie est donc morte connement, puisqu’elle est passée à côté de l’échelle magique apparue entre deux scènes, pour aller se jeter dans les bras du monstre. Mais maintenant, hop, sans aucune explication, cette échelle est là et donc tout le monde peut sortir de la mine en toute tranquillité, et mieux encore, pile-poil à l’endroit prévu à l’origine par Will ! Nina est tellement heureuse qu’elle en agite frénétiquement sa boîte à « Ça alors ! », pendant que Will reprend la marche pour l’emmener à leur nouveau gîte pour la nuit, la demeure d’un garde forestier, qui dispose encore d’un véhicule en état de marche une fois la batterie changée.

Katie, réalisant qu’elle ne serait pas morte comme une merde si elle avait vu l’échelle en plein milieu de la grotte par laquelle elle est passée.
Car oui, dans ce film, un véhicule qui ne roule pas pendant trois ans a juste besoin d’une nouvelle batterie. Tout le reste marche nickel. C’est pratique.
Après une nouvelle soirée de discussions autour des thèmes « Djizousse est important, la famille aussi », à l’aube, le duo d’enfer grimpe à bord de sa nouvelle voiture.
– Prête à passer la frontière et à rouler 19km dans un bruit d’enfer à bord de ce pick-up qui dégage suffisamment de CO2 pour ameuter tous les ravageurs d’ici à l’Alaska ?
– Oh oui alors !
Et hop ! Nos amis se mettent en route.
Comme il se doit, tous les ravageurs du coin partent probablement gratter des jeux au PMU du coin, puisqu’aucun n’apparait. Ah, ça, pour repérer un humain à 2km au fond des bois, il y a du monde, par contre si lesdits humains roulent à toute berzingue en plein terrain découvert, là, les ravageurs deviennent soudainement myopes, sourds, et ont le nez bouché. Là encore, on sent l’attention portée à ne surtout pas déposer un gros étron sur la tête du spectateur.
Sachez-le, Will et Nina ont le cul tellement bordé de nouilles que Monsieur Panzani va réclamer des droits, puisque lorsqu’ils arrivent en ville, hop, c’est pareil, pas un monstre à l’horizon. Les deux aventuriers peuvent ainsi gagner l’hôpital sans aucun problème, s’y garer, et commencer à le fouiller en bonne et due forme. Hélas, c’est à ce moment-là qu’enfiiiin, un ravageur de retour du PMU plus tôt que les autres (il n’y avait plus de pastis), décide que eeeh mais dis donc, ce ne serait pas une intrusion humaine, là ? Allons voir !
À peine Will a-t-il mis la main sur les fameux filtres à oxygène qu’il est venu chercher pour son fils que la bête déboule et tente de tuer nos héros sans même un bonjour. Quelle impolitesse. C’est alors que Will a une idée : il aperçoit des bouteilles d’oxygène.
« Oh ! Oui, il va sûrement s’en servir pour disparaître aux yeux du monstre via un respirateur ou un truc du genre, puisque l’on nous a répété que les bestioles détectaient les humains à leur respiration ! » vous dites-vous.
Non, à partir de maintenant, sachez qu’on s’en fout et qu’on ne reparlera plus de cette histoire de CO2 du film. Will attend simplement que le monstre passe à côté des bouteilles d’oxygène… puis tire dedans. Causant une fabuleuse explosion qui envoie valdinguer la bête entre douze murs (Will, qui était à côté, n’a rien, c’est comme ça, ses vêtements sont en scriptonium). Le ravageur fort surpris atterrit donc inconscient sur le parking de l’hôpital, sous les yeux de Will et de Nina.
– Ah ? Mais je croyais qu’ils étaient invincibles ?
– Ça dépend des besoins du film, Nina.
En effet. D’ailleurs, que faire à présent ? Will a ses filtres, n’est-il pas temps de rentrer ? Nina a une autre idée qu’elle partage aussitôt.
– Allons à mon laboratoire, comme je le disais, je pense savoir comment tuer ces bestioles.
– Tu es sûre ?
– Oui. Même avec ces filtres, ça ne règle rien. Tu tiendras quoi ? Deux ou trois ans de plus avant de devoir retourner en chercher ? Et les monstres seront toujours là. Alors que si nous pouvons les vaincre…
– Tu as raison, allons-y.
Ma foi, ce raisonnement se tient.
En fait, il se tient tellement que j’ai une question : POURQUOI ÊTRE ALLÉS À L’HÔPITAL D’ABORD ? Car si au laboratoire se trouvait une solution permettant de sécuriser l’hôpital et bien plus encore, n’était-ce pas plus malin de commencer par là plutôt que de venir d’abord sans aucun moyen de défense à l’hosto, puis seulement se dire « Eeeh ça serait pas plus facile avec une arme ? ». Mais non, ils n’y ont pas pensé. En même temps, ils pensent peu de manière générale, j’en conviens. Diego ? Je suis à court de brandy. Merci.
Bref, retrouvons Will et Nina qui remontent prestement dans leur véhicule pour aller au laboratoire de la dame, où en effet, elle a du cobalt et plein d’autres trucs pour bricoler. Son plan est simplement d’enduire la tête d’une balle du composé qu’elle pense être le bon, puis de tirer sur une écaille de ravageur trouvée en chemin (encore une, quel coup de bol !). Sauf que tous ses tests… échouent. Et que le ravageur du parking de l’hôpital s’est réveillé et a recommencé à les traquer. Et il se rapproche pour leur expliquer que l’explosion dans la gueule, il l’a à peu près autant appréciée qu’une dissolution d’assemblée nationale. Nina entendant « Agrougroum ! » au loin, réagit aussitôt.
– Will, le monstre est encore loin : file. Ramène les filtres à Rectuméo.
– Mais…
– Il n’y a pas de mais. Prends la voiture et retourne à Lost Gulch. Moi, je reste ici à tenter de créer une balle magique. Si j’y parviens, je te rejoindrai en prenant ma propre voiture. Elle est sur le parking, exactement là où je l’ai laissée il y a trois ans.
– Euh… pas sûr qu’elle démarre !
– Mais siiii, c’est magique. Un peu comme, je ne sais pas si tu as remarqué, mais toute la ville qui est miraculeusement vide de tout cadavre. Les monstres ont tué tout le monde, ne mangent pas leurs proies à part pour rigoler, mais il n’y a même pas un squelette qui traîne ou des bouts de vêtements, des taches de vieux sang, que sais-je.
– Tu as raison : comptons sur les incohérences !
– C’est plus sûr que de compter sur notre intelligence, Will.
Et Will de fuir en voiture pendant que Nina continue ses tests. Mais malgré tout, à chaque fois qu’elle tire sur son écaille de monstre, sa balle ricoche.

Le film : « Les monstres perçoivent le CO2 et le bruit. Faites bien attention. » Will : « Ooooh, un pick-up ! »
C’est alors que Nina a l’éclair de génie que tout spectateur a envie de lui hurler depuis maintenant une heure. Souvenez-vous : l’idée de Nina est que comme les monstres génèrent du courant pour alimenter leurs écailles, si elle parvient à provoquer une réaction avec ledit courant, les monstres exploseront. Or, depuis le début du film, elle fait tous ses tests sur des écailles… SANS AUCUN PUTAIN DE COURANT QUI Y PASSE. C’est peu ou prou l’équivalent de « Mon dieu, cela fait une heure que je tente de faire fonctionner cet ordinateur, rien à faire ! », avant de se rappeler que ce serait bien de le brancher d’abord, huhuhu.
Nina marmonne donc un « Oups, hihihuhuhu, quelle cruchasse je suis ! », et ça tombe bien car le ravageur qui les avait poursuivis depuis l’hôpital arrive à ce moment-là pour expliquer à Nina tout son courroux.
– Coucou ! lui rétorque Nina en levant son arme chargée d’une de ses nouvelles balles expérimentales.
Est-ce que ça marche ? Est-ce que ça ne marche pas ?
Le film, taquin, décide que c’est le moment d’aller voir comment se porte Will, qui roule à fond les ballons vers les hauteurs du Colorado où se trouve le hameau de Lost Gulch. Will n’en mène pas large, surtout lorsqu’un de ses pneus éclate et qu’il est propulsé hors de la chaussée. Ce qui est embêtant quand on est en territoire hostile. Après un bref moment d’inconscience, notre héros parvient à s’extraire de l’épave, puis court (sans problème, hein, faudrait pas avoir une jambe cassée) vers la frontière des 2 440 mètres qui ne se trouve plus très loin. Les ravageurs, qui se sont enfin réveillés, sont nombreux à converger dans sa direction, mais alors que notre héros va passer la frontière…
Un monstre surgit devant lui pour lui expliquer qu’il va jouer les douaniers, et qu’il va falloir tousser fort, monsieur Will.
C’est à cet instant qu’un coup de feu retentit et que le monstre explose dans un énorme nuage de fumée gris. Ses petits copains, qui se rapprochaient eux aussi, subissent le même sort. Et une fois morts, voilà qu’arrive… Nina, le canon de son fusil encore fumant.
– Alors Will ? On a des soucis ?
– Nina ? Comment es-tu arrivée jusqu’ici ?
– J’ai pris ma voiture. Qui m’a lâché il y a un kilomètre environ.
– Ah ? Tu veux dire que tu as couru jusqu’ici ?
– Euh… oui ? Probablement pendant que tu étais inconscient.
– Mais tu aurais dû croiser d’autres ravageurs, surtout vu comment je les ai excités ! Et donc, j’aurais dû entendre tes coups de feu ?
– Oui mais ça aurait ruiné l’effet de surprise. Raison pour laquelle je me suis mystérieusement retrouvée sans voiture bruyante ni monstre sur lequel tirer, avant de me téléporter pile au bon endroit au bon moment.
– C’est pratique !
– N’est-ce pas ?
Reste que maintenant qu’ils ont tué ces monstres, nos amis peuvent en étudier les restes. Et à leur grande surprise… ils découvrent que les ravageurs sont remplis d’une technologie inconnue et très avancée !
– Ce sont des robots !
– Ce qui explique pourquoi ils ne tuaient que les humains, pas les animaux, sans jamais dormir ni manger… ils étaient programmés pour nous exterminer, nous, et rien d’autre !
– Mais par qui ?
– MAIS PAR LES EXTRATERRESTRES BIEN SÛR !
C’est lâché si tranquillement que c’en est déconcertant. Et instantanément accepté.
– D’accord, mais la limite des 2 440 mètres ?
– Ils étaient programmés pour la respecter aussi.
– Mais pourquoi ?!
– Ils voulaient… nous laisser mourir dans les hauteurs.
C’est la vraie théorie du héros. Les extraterrestres se sont dit « Alors on pourrait tuer tous les humains tout de suite, mais y a Michel du service cybertentacules qui m’a parié 10 balles que je serais pas cap’ de laisser quelques survivants pour les regarder crever lentement à 2 440 mètres d’altitude, altitude où ils peuvent vivre sans problème d’ailleurs, mais putain, 10 balles !« . Donc, non, on n’aura jamais la réponse, puisque vous savez comme moi que celle-ci est en fait « Il fallait des survivants, sinon pas de film. »
Nina et Will rentrent en héros à Lost Gulch, Rectuméo peut enfin dormir sans ronfler, et surtout, la radio du village est utilisée pour annoncer à tous les voisins la grande nouvelle : on sait comment vaincre les monstres ! Il suffit de couvrir ses balles de cobalt, et pan, ça les fait exploser. On a alors un plan sur les villageois des montagnes du coin qui partent tous en expédition, et se mettent à coller une monstrueuse branlée à tous les ravageurs qu’ils croisent, les faisant exploser.
Ce qui confirme donc que :
A) Les villages avaient tous du cobalt, y compris celui de Nina, qui n’avait donc pas besoin d’aller à son labo
B) Si Nina avait évoqué sa théorie à la première minute du film, à la deuxième, ils gagnaient
Voilà. Vous venez de passer 1h30 à regarder des gens faire un truc qui ne servait absolument à rien depuis le début. Vous êtes contents, hein ? Eh bien pas moi, aussi est-il temps que j’aille décrocher ma cravache et visiter mes stagiaires. Quelqu’un doit payer.
En attendant, la caméra recule, nous apercevons la carte des Etats-Unis avec les territoires contrôlés par les humains qui s’étendent (mais pas plus loin que les Etats-Unis, faut pas déconner) et…
FIN !
Ah, si, il y a une petite séquence plus loin dans le générique où l’on voit Will et Nina qui observent le ciel, inquiets. Car trois énormes comètes sont apparues à l’horizon, et ce sont probablement les vaisseaux de ceux qui ont envoyé les ravageurs sur Terre. On peut donc espérer « Elévation II », où j’imagine que les extraterrestres tueront tout le monde, sauf les gens qui portent du vert ou autre connerie et…
Fin pour de bon.

Je ne saurais conclure cet article sans une image de Rectuméo l’enfant asthmatique en train de battre un monstre alien à la course.
Afin de faire gagner un temps certain à nos amis scénaristes, voici quelques propositions de films de monstres que je laisse à leur disposition :
- La Terre est envahie par des monstres, mais ils ne sortent pas quand il pleut (insérez ici vos blagues sur la Bretagne, les enfants)
- La Terre est envahie par des monstres, mais ils ne sortent que quand quelqu’un dit des gros mots (marcher sur un Lego de bon matin est mortel)
- La Terre est envahie par des monstres, mais ils n’attaquent pas les propriétaires de Super Cinq de 1995, en faisant l’objet le plus cher au monde
- La Terre est envahie par des monstres, mais ils n’attaquent pas les punks à chien, la civilisation n’existe donc désormais plus que devant des Franprix déserts
- La Terre est envahie par des monstres, mais ils doivent respecter le code de la route, et les héros triomphent en les bloquant sur un rond point
N’hésitez pas à piocher dedans : ça restera toujours moins coin que de dire « La Terre est envahie par des monstres, mais ils ne peuvent pas monter au dessus de 2 440 mètres d’altitude, et vous ne saurez jamais pourquoi« .
Ah mais.
Publié le 09.01.2025 à 09:52
Quand on pense « espion », on pense à James Bond, ses costumes impeccables, son martini et ses gadgets. Alors qu’en réalité, l’un des plus grands espions de tous les temps était à la base un éleveur de poulets qui n’y connaissait rien, annonça qu’il allait espionner en Angleterre alors qu’il ne parlait pas anglais, et dont tous les gadgets étaient disponibles dans n’importe quelle librairie. Voici donc l’histoire de Juan Pujol Garcia, le roi de l’enfume, plus connu sous le pseudonyme de « Garbo », et qui changea le cours de la guerre avec une machine à écrire et un sens de la déconne bien à lui.
Bon visionnage.
Publié le 24.12.2024 à 12:21
Comme chaque année, voici l’heure du petit mot de Noël.
Une tradition visant à donner force, courage et surtout, cynisme à vous, courageux lecteurs qui allez devoir affronter le réveillon. Un moment rituel durant lequel les envies de gifler, fuir et parfois un savant mélange des deux ne manqueront pas. Si l’ennui vous gagne, n’oubliez pas d’orienter le sujet sur les discussions politiques : certes, vous aurez toujours envie de gifler et de fuir, mais au moins, il y aura un peu d’action.
Et pour passer un moment moins difficile, n’ayez pas peur d’être hypocrite : après tout, tout le monde n’est là que pour les cadeaux, aussi être faux cul est non seulement autorisé mais aussi limite traditionnel.
Par ailleurs, cette année, je ne vous félicite pas, car vous n’avez vraiment pas dû être sages. Limite à pratiquer des rituels sataniques à base de chatons et de bûchers en douce. Sinon, comment expliquer qu’au lieu de simple charbon dans nos pantoufles, on retrouve Rachida Dati et Manuel Valls dans notre gouvernement ? Palsembleu, le charbon, n’était-ce pas suffisant Père Noël ? Qu’a-t-on fait pour mériter ça ?

Image rare d’un enfant croyant encore à la joie de Noël alors que François Bayrou vient de la supprimer.
Je ne vous dis pas bravo.
En attendant : bon réveillon, et bonne chance.
Publié le 19.12.2024 à 08:53
Quelques idées pour de derniers cadeaux
Noël approche et vous voici les mains aussi moites que vides ? Votre esprit, épuisé après une année de dur labeur, ne parvient plus à trouver quelque idée que ce soit ?
Comme toujours, vous pouvez compter sur votre serviteur pour vous aider. Passons donc en revue quelques trouvailles qui sauront faire plaisir aux petits et aux grands aux personnes à verticalité réduite et aux plus-size-body-positive-en-hauteur (nous sommes en 2024 et j’aimerais finir l’année sans emmerdes, merci). En route.
Question : Un membre de ma famille est enseignant, que lui offrir ?
Réponse : Une mitrailleuse de 12,7.

Plaisir d’offrir, joie de recevoir autrui avec ça.
Si à Noël, il est de bon ton d’offrir des douceurs, laissez-moi vous présenter la « doucette », nom qui lui vient aussi bien de la mauvaise prononciation de son calibre que du réconfort qu’elle apporte à qui la reçoit. Testée dans tous les milieux hostiles du monde (Jungle, désert, bars avec une affichette « prix libre »), la 12,7 se fixe aisément à un bureau et permet d’obtenir le silence dans la classe environ 500 fois par minute. Démontable, vous pouvez aussi l’emmener aux réunions parents-profs, afin d’expliquer en termes courtois – mais fermes – que non, Manon-Léa n’est pas surdouée, mais bien aussi stupide que ses parents dont l’ADN est une insulte à l’évolution elle-même.
Tout comme la sacoche, la 12,7 peut s’emmener en salle des professeurs afin d’obtenir plus facilement la réponse à la question « Qui a fini le café sans en refaire ? » ou encore « Qui a bourré la photocopieuse ? ». Plusieurs enseignants de Seine Saint-Denis saluent cette arme qui a l’avantage de permettre d’enfin concurrencer les kalashnikovs que leurs élèves emmènent en cours. Notez que même si la personne à qui vous souhaitez l’offrir n’exerce pas devant une classe (proviseur, documentaliste, etc), elle est tout aussi utile puisqu’elle permet d’atteindre aisément, et même à plus de 100 mètres, un élève qui aurait refusé de présenter son carnet.
Bien sûr, vous me direz « Mais enfin, si vous tirez sur un enfant, ses parents vont se plaindre ! ». Ce à quoi je réponds : relisez le premier paragraphe. La 12,7 est un outil pédagogique fabuleux pour tous les âges, et comme le disait Britney Spears au sujet de la peine de mort : « Après, ils ne recommencent plus. » Enfin un outil qui permet de dire : « La leçon est retenue » sans douter !
Question : Je n’ai rien pour la personne qui partage ma vie, que lui offrir ?
Réponse : Du charbon.

Le Père Noël était visionnaire.
Vous connaissez le principe : le Père Noël offre des jouets aux enfants sages, et laisse un bout de charbon à ceux qui ont été vilains. Quant à ceux qui écrivent « celleux », le Père Noël chie dans leurs pantoufles, lance lesdites charentaises dans la cheminée, provoque ainsi un feu alimenté au biogaz qui atteint le sapin, et s’enfuit pour regarder de l’extérieur la demeure et ses habitants se consumer dans les flammes au son de leurs cris désespérés.
Mais je m’égare : revenons au charbon.
En l’offrant à la personne qui partage votre vie, vous ferez passer un message : t’as merdé. Obligeant ainsi l’être aimé à tout faire pour vous montrer son amour un peu plus. Mais là où vous faites coup double, c’est qu’au prix de l’électricité, et en hiver, un bout de charbon est plus que bienvenu pour chauffer la demeure. Ainsi, votre cadeau vous bénéficiera, puisqu’il servira à vous chauffer, vous et vos pieds froids (tututu, on sait). Le prix que vous aurez mis dans le cadeau ayant fini dans votre note de chauffage que vous auriez dû payer quoiqu’il arrive, c’est donc parfait : c’est une opération blanche, sauf que maintenant, la personne avec qui vous êtes sait qu’elle doit s’améliorer et que vous n’hésiterez pas sinon à lui offrir un vieux bout charbon.
Si l’être aimé se contente de s’offusquer, voire de s’indigner et ne voit pas votre génie diabolique, soyons francs : il ne vous mérite pas.
Question : Je suis invité au Noël de l’Elysée, que dois-je amener ?
Réponse : Du solvant.

Inutile d’amener un cadeau pour un premier ministre : il sera parti le temps que vous arriviez.
On s’ennuie dans les châteaux, et le châtelain le plus célèbre de France s’est récemment découvert une passion pour la dissolution de trucs. Ça a commencé doucement : d’abord, c’était la promesse de zéro SDF avant fin 2017. Hop ! Dissoute ! Ensuite, un certain nombre d’autres promesses ont suivi. Le larron s’amusait tellement qu’il s’est demandé s’il pouvait dissoudre plus gros, comme par exemple, un député. Et puis, une idée en entrainant une autre, hop, ça a été toute l’assemblée. Puis est venu le tour de tout le gouvernement qui a disparu sans laisser de traces ! Quel magicien.
L’Elysée étant devenu le plus gros concurrent de Téléshopping sur les articles de nettoyage pour faire disparaître un peu de tout, nul doute que venir avec un peu de solvant saura faire plaisir au maître des lieux, qui en aura bien besoin ces prochains mois. Cela est plus original qu’une bouteille de champagne, et pour la qualité, pas la peine d’investir : de toute façon, comme pour les mauvais produits, à la fin, il restera quand même des traces dégueulasses qui feront rire tous les visiteurs.
Attention à bien étiqueter « Ne pas boire« , sinon, un Sébastien Delogu en maraude pourrait se tromper.
Question : Je dois offrir un cadeau à un cinéaste français, lequel choisir ?
Réponse : Le même que l’an dernier.

Vous pouvez aussi mettre du rien dans ses pantoufles : c’est bien ce qu’il met dans ses scénarios.
Inutile de vous creuser la tête à tenter d’être créatif : comment quelqu’un pourrait-il vous remercier pour un effort dont il ignore tout lui-même ?
Le cinéaste français est une créature qui a ses habitudes : année après année, il peut produire exactement le même film avec quelques variations mineures (« Alors cette fois, c’est Romain Duris qui découvre les vraies valeurs de la vie, mais dans un camping-car, alors que l’an dernier, c’était dans une maison de campagne« ). Rendez-lui donc la pareille en lui offrant exactement la même chose, avec éventuellement une variation mineure (un pull, oui, mais d’une autre couleur !). Si vraiment vous voulez être joueur, glissez des pantoufles plus petites dans ses pantoufles. Exactement du même modèle. Quand il s’exclamera « Mais enfin, c’est la même chose mais en moins bien ! », expliquez-lui que vous appelez cela « une suite ». Et vous pouvez répéter l’opération d’année en année, jusqu’à arriver à de minuscules pantoufles qui n’ont aucun intérêt et qu’on regarde à peine du coin de l’œil : là, vous serez bel et bien arrivé au bout du concept de « suites ».
Attention cependant : si vous faites le coup trop souvent, il y a un risque non-négligeable que Disney tente de vous racheter en tant que licence. Méfiance, donc, parce qu’on déconne, mais à un moment, il faut se respecter.
Question : Je prévois un cadeau pour un spécialiste du bien-être en entreprise, que faire ?
Réponse : Un Powerpoint.

Avec des couchers de soleil. Plein.
Le coach bien-être en entreprise est probablement l’une des plus grandes causes de mal-être qui soit dans le monde du travail. En effet, au lieu de donner du pognon ou du temps libre aux employés, on donne ledit pognon à cette créature du démon pour qu’elle vienne pomper le temps libre des honnêtes travailleurs à grands renforts « d’ateliers » aux noms aussi longs que cons. Si les cercles de l’enfer existent, croyez bien qu’il y en a un rien que pour ces gens, et que même Satan ne s’y rend pas de peur qu’ils ne lui adressent la parole.
En conséquence, et puisqu’ils ont une passion secrète pour les Powerpoints remplis de messages cucul la praline, bombardez-les. Après tout, s’ils pensent que ça fait du bien aux autres, ils ne devraient pas s’en plaindre d’en recevoir en cadeau. Et s’ils osent un « Je m’attendais à quelque chose de plus concret. », répondez-leur que c’est précisément ce que répondent 100% des gens qui assistent à leurs ateliers, à part éventuellement les rombières du service compta, les mêmes qui insistent pour envoyer à toute la boîte leurs plus belles photos de sculptures en trombone chaque lundi.
Après, vous avez le droit d’être taquin, et de faire porter votre Powerpoint sur un sujet inattendu, comme « Les 100 plus belles photos de moi te montrant mon majeur« . Gardez-le en stock, il pourra aussi vous servir pour le prochain référendum national.
Question : Je suis obligé de faire un cadeau à ma mamie qui me demande quand est-ce que je me reproduis, que faire ?
Réponse : Un radiateur.

Tremble, Mamie !
Il n’existe que deux options à cette problématique : soit vous vous reproduisez, et mamie pourra ainsi régulièrement accueillir votre bambin, le pourrir-gâter au-delà de toute raison et en faire un immense trou du cul, soit vous offrez un radiateur. Un très beau de préférence, le genre qui coûte une blinde parce qu’il est connecté, donne la température intérieure, extérieure, et même celle de votre moi-même profond (ce radiateur est vraiment taquin). Oui, en effet, c’est cher. Non, mamie ne s’en servira pas.
Mais qui, l’été prochain, pourra à distance pousser le radiateur à fond en pleine canicule, faisant passer Mamie de l’état d’emmerdeuse à celui de pruneau en moins de temps qu’il n’en faut pour dire « EHPAD » ?
Voilà. Mamie ne vous embêtera plus à Noël, et mieux encore, grâce à l’héritage, l’investissement dans le radiateur sera bien rentabilisé. Vous n’aurez plus alors qu’à déplacer l’appareil chez la prochaine personne âgée qui vous brise les rouleaux. Et attention, je vous vois venir : non, si vous installez soudainement 348 radiateurs au palais du Luxembourg, ça ne passera pas inaperçu. Choisissez vos vieux plus subtilement. Ou en tout cas, moins groupés.
Question : Et pour mon tonton raciste, que prendre ?
Réponse : Un test ADN.

« Michel, viens voir ! Je crois que j’ai trouvé un Breton ! »
Vous connaissez le principe : vous offrez la bête à Tonton et ses préjugés sur son 100% pure souche, Tonton découvre qu’il est en réalité issu de quantité de peuples étranges et mystérieux (par exemple, les habitants du Poitou alors qu’il était persuadé d’être Bourguignon), et le voici en pleine crise existentielle. Réalisant qu’il est en partie étranger, Tonton décide de s’auto-expulser et prend le premier charter pour repartir auprès des siens dans La Brousse (sur la D104, après Asnières-en-Poitou). Le triomphe est total, on se croirait dans un téléfilm France 2.
C’est là qu’arrive le deuxième problème : maintenant que vous avez gagné et que vous vous foutez joyeusement de la gueule de Tonton au motif qu’en fait, il était étranger depuis le début, vous voici à votre tour en train d’être xénophobe, et vous vous transformez ainsi en nouveau tonton raciste de la table. Ne vous étonnez donc pas si votre nièce vous offre un test ADN : vous savez ce qu’il en est.
Le tonton raciste est immortel : s’il est vaincu, il revient tout simplement sous une nouvelle forme autour de la table. Inutile de le combattre : servez-lui à boire jusqu’à ce qu’il s’endorme devant Patrick Sébastien.
Question : Et pour mon neveu qui m’insupporte ?
Réponse : Une boîte de Warhammer 40,000.

Un jeu qui coûte plus de reins que vous n’en avez.
Votre neveu est un petit con et vous ne pouvez le stériliser à la brique là, de suite ? Warhammer 40,000 est pour lui.
Sorte de Starcraft en plus plastique, mais surtout, plus cher, il réduira instantanément à néant la vie sexuelle du larron, qui se retrouvera à passer ses soirées dans des associations remplies de messieurs barbus à l’hygiène douteuse qui pourront disserter des heures sur qui c’est la figurine en plastique la plus forte. Repoussoir à femelles plus efficace qu’une figurine en résine d’Evangélion sur une étagère ou qu’un deck de cartes Magic plastifiées, Warhammer 40,000 plongera le pauvre enfant dans une vie où tout projet d’avenir est impossible : faire des économies pour des projets ? Tentez donc quand la moindre figurine de votre hobby peut coûter 40€ pièce ! Avoir des enfants ? Impossible de s’accoupler quand votre principal sujet de conversation est de savoir kikicé Alpharius (si vous avez la réponse, non seulement vous êtes Alpharius, mais en plus, vous êtes un gros geek, vous me dégoûtez, monstre !).
Les parents, qui devront offrir à leur rejeton des boîtes hors de prix à chaque anniversaire, vous haïront aussi, mais en même temps, c’est eux qui n’avaient à pas commencer en produisant une descendance qui appelle les claques.
Question : Et pour les autres ?
Je connais un type qui fait d’excellentes bédés, mais n’en parlons pas : ma modestie proverbiale me perdra.
En attendant, si vous n’avez vraiment aucune idée, et pour tous les autres cas, n’oubliez pas : une boîte de chocolats fourrés au chloroforme, c’est la garantie d’un réveillon calme où personne ne viendra se plaindre de vos présents.