rubrique «À LIRE AILLEURS»
Publié le 31.01.2026 à 08:00
Cette déclaration a été préparée et signée par les organisations membres de la Coordination anarchiste latino-américaine (CALA) fin décembre 2025, avant l'intervention étasunienne.
La Coordination anarchiste latino-américaine et ses organisations sœurs condamnent les menaces d'intervention directe au Venezuela du gouvernement américain, sous l'impulsion de l'administration Trump.
Ces tentatives et menaces d'intervention ne sont ni des incidents isolés, ni une réponse temporaire à de prétendus problèmes de « sécurité », de « trafic de drogue » ou de « terrorisme ». Au contraire, elles s'inscrivent dans une longue histoire d'ingérence impériale en Amérique latine et dans les Caraïbes, dont les effets ont systématiquement pesé sur les peuples et les classes opprimés de la région.
L'histoire est bien connue : chaque fois que les États-Unis ont invoqué ces prétextes, il en a résulté une dévastation sociale, une perte de souveraineté et des violences. Le Panama en 1989, l'Irak en 2003 et les multiples interventions dans notre région démontrent qu'il ne s'agit pas de « défendre la démocratie », mais bien d'exercer un contrôle politique, militaire et économique. Dans le cas du Venezuela, ces menaces s'ajoutent à plus d'une décennie de blocus économique qui a durement affecté le quotidien de la population, aggravant les pénuries, la précarité et la détérioration des conditions de vie.
À cet égard, il est essentiel de souligner que l'agression impérialiste ne punit pas les élites dirigeantes, mais s'abat directement sur les populations. Les blocus, les sanctions, l'intimidation militaire et l'asphyxie financière ne sont pas des outils « chirurgicaux » : ce sont des mécanismes de guerre économique visant à briser la résistance d'un peuple entier, à le discipliner et à le contraindre à accepter un ordre établi.
Un exemple récent et frappant de cette logique est l'acte de piraterie et le vol flagrant d'un pétrolier vénézuélien par des militaires américains armés, qui l'ont arraisonné et confisqué sous couvert de sanctions unilatérales. Au-delà des subtilités juridiques invoquées par Washington pour justifier ces actions, il s'agit manifestement d'un acte de piraterie moderne : l'utilisation du pouvoir militaire, judiciaire et financier pour s'approprier des ressources. Il ne s'agit pas seulement d'une attaque contre l'État vénézuélien, mais aussi d'une agression directe contre le peuple, car chaque cargaison saisie, chaque bien retenu et chaque propriété confisquée aggrave les conditions de vie imposées par le blocus.
Qui plus est, leur mépris pour la vie humaine est manifeste dans la facilité déconcertante avec laquelle ils ont lancé des explosifs contre des bateaux de pêche au large des côtes vénézuéliennes, privant ces personnes non seulement de leurs moyens de subsistance, mais aussi de leur vie et de leur droit à se défendre contre des accusations non fondées. Le massacre a été télévisé et célébré par les dirigeants.
Ces types d'actions révèlent clairement ce que signifie aujourd'hui « l'ordre international » défendu par les États-Unis : un système où les grandes puissances s'arrogent le droit de décider qui peut commercer, qui peut produire et qui mérite d'être puni. Le droit international est sélectif, souple pour les alliés et d'une rigidité brutale pour ceux qui ne s'y soumettent pas. Dans ce contexte, la saisie de navires, le gel des avoirs et les sanctions économiques fonctionnent comme des armes de guerre, même s'ils sont présentés comme des mesures administratives.
L'attribution récente du prix Nobel de la paix à María Corina Machado s'inscrit dans la même logique de cynisme et de deux poids, deux mesures. Ce type de récompense n'exprime pas des valeurs universelles, mais plutôt des alliances géopolitiques. Loin de constituer une véritable défense des droits du peuple vénézuélien, cette reconnaissance s'apparente à un geste politique des puissances impérialistes envers une dirigeante qui a ouvertement soutenu les sanctions, les blocus économiques et les menaces d'intervention. La droite vénézuélienne, loin d'offrir une issue aux classes laborieuses, se présente ainsi comme un partenaire indispensable d'une stratégie qui aggrave les souffrances et la dépendance sociales.
La réapparition explicite de la doctrine Monroe dans de récents documents et déclarations du gouvernement américain ne fait que confirmer cette orientation. Le vieux slogan « L'Amérique aux Américains » – autrement dit, pour les intérêts de Washington – est de nouveau affirmé sans détour, réaffirmant l'idée que l'Amérique latine est une zone de domination naturelle. Ceci menace non seulement le Venezuela, mais tous les peuples du continent, en légitimant les interventions, les pressions économiques, les coups d'État et l'alignement forcé de gouvernements qui s'écartent des intérêts impériaux. L'intervention sans précédent de l'administration Trump en Argentine ces derniers mois, notamment dans la politique économique intérieure, le marché des changes et même le processus électoral, en est un exemple frappant, donnant un coup de pouce soudain au gouvernement de Milei.
Dans le contexte actuel, les États-Unis ne sont plus une puissance incontestée, mais ils demeurent un acteur central d'un ordre mondial fondé sur la violence, le pillage et l'imposition. Leur agressivité croissante reflète également leurs crises internes et leur besoin de réaffirmer leur emprise sur des territoires stratégiques riches en pétrole, en minéraux, en eau et en biodiversité. L'Amérique latine apparaît, une fois de plus, comme le butin et l'arrière-garde d'un projet impérial qui reste profondément dangereux.
Défendre l'autodétermination des peuples – des classes dominées, exploitées et opprimées au sein de contextes dits « nationaux » – n'implique pas d'idéaliser les gouvernements ni de nier les contradictions internes inhérentes au processus vénézuélien, que nous critiquons, mais bien de rejeter catégoriquement toute intervention étrangère et d'affirmer le droit de chaque classe dominée, exploitée et opprimée de lutter pour l'amélioration de son sort sans menaces, blocus ni occupation. En ce sens, nous affirmons que l'organisation face à cette situation ne peut venir d'en haut ni être déléguée aux structures étatiques, mais ne peut se construire qu'à la base, par l'organisation populaire et la participation directe de celles et ceux qui survivent au quotidien sous le joug du siège.
Le cas du navire pillé, à l'instar du blocus économique dans son ensemble, montre que l'impérialisme ne cherche pas à « corriger » les gouvernements, mais plutôt à subjuguer des peuples entiers par la faim, l'isolement et les châtiments collectifs.
Au Venezuela, comme dans le reste de l'Amérique latine, même au milieu des difficultés causées par la bureaucratisation, les limitations et les tensions avec l'État qui tendent à affaiblir l'organisation de base, les communes, les espaces territoriaux et les formes d'organisation populaire soutiennent une résistance matérielle et sociale quotidienne face au blocus, aux pénuries et à l'agression impérialiste.
Notre lutte dépasse les frontières imposées par les États et nous unit à toutes les classes opprimées. Le gouvernement impérialiste du Nord a adopté une attitude xénophobe, raciste et persécutrice envers les communautés migrantes présentes sur son territoire. L'attaque contre le Venezuela repose idéologiquement sur le racisme inhérent à l'État américain – comme à d'autres États – et qui se manifeste tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, favorisant les classes dominantes.
Face à cette offensive, en tant qu'anarchistes, nous dénonçons le gouvernement américain et affirmons que la solution ne viendra ni d'États plus forts, ni de conflits entre puissances, ni des prétendues organisations internationales créées par et pour les États, mais de la construction d'un peuple fort, organisé par la base, doté d'une indépendance politique et d'une réelle capacité à contester le pouvoir.
L'histoire de l'Amérique latine montre que toute avancée impérialiste s'est heurtée à une résistance, même dans l'adversité. C'est ce qui nourrit la dignité et la capacité de réponse collective. C'est le fondement même du pouvoir populaire issu de la base.
Face à l'impérialisme, la neutralité est impossible. Soit on est du côté de la domination, du pillage et de la guerre, soit on est du côté des opprimés.
Notre engagement est à long terme mais clair : renforcer l'organisation populaire, approfondir la résistance et construire à partir de la base un horizon d'émancipation pour les classes opprimées du monde.
L'impérialisme ne passera pas !
Vive ceux qui combattent !
Coordination anarchiste latino-américaine (CALA)
Fédération anarchiste uruguayenne (FAU) – Uruguay Fédération anarchiste de Santiago (FAS) – Chili Coordination anarchiste brésilienne (CAB) – Brésil Fédération anarchiste de Rosario (FAR) – Argentine Organisation de résistance anarchiste (OAR) – Argentine Organisation anarchiste de Tucumán (OAT) – Argentine Organisation anarchiste de Cordoue (OAC) – Argentine Organisation anarchiste de Santa Cruz (OASC) – Argentine Le Merle Noir – Organisation anarchiste d'Entre Ríos – Argentine Organisation anarchiste Impulso – Argentine
Organisations sœurs
Fédération Anarchiste de la Rose Noire / Federación Anarquista Rosa Negra (BRRN) – États-Unis
Sur le chavisme après Chavez et sur l'accession au pouvoir de Maduro, voir différents textes sur ce site par ici ou par là
En castillan, toujours disponible les archives de la revue anarchiste du Venezuela El libertario aujourd'hui disparue...
.lire-ailleurs { text-align: center;font-weight: 800; } .lire-ailleurs a { background-color:#f5f5f5; color:black; display: block; padding: 0.5rem 0; margin-bottom: 0.5rem; text-decoration: none !important; } .lire-ailleurs a:hover { background-color: #a30005; transition-property: background-color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a:hover span { color: white; transition-property: color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a span { color:#a30005; }Publié le 28.01.2026 à 08:00
Demande de soutien international : caravane anarchiste pour le territoire Huni Kuin
Demande de soutien international d'anarchistes sud-américain-es voulant se rendre sur le territoire d'un peuple de la forêt amazonienne occupé par l'État brésilien pour tisser des liens de lutte et d'autonomie.
Pourquoi une caravane anarchiste pour la communauté Huni Kuin
Nous organisons une caravane anarchiste vers le village Huni Kuin de Novo Futuro, au cœur de la forêt amazonienne. Il ne s'agit pas de tourisme, mais d'un engagement politique et relationnel d'apprentissage, de dialogue et de réflexion collective, guidé par les connaissances des peuples autochtones et par la forêt elle-même. Les Huni Kuin vivent avec la forêt et la défendent, tout en reconnaissant que le monde extérieur est profondément blessé. Les anarchistes s'organisent contre le capitalisme, l'État et les systèmes de domination qui détruisent la terre et la vie. Nos luttes se rejoignent à la racine.
Pourquoi cette connexion est-elle importante ?
Le capitalisme, le colonialisme et l'État dépendent de la séparation : entre les humains et le territoire, entre les personnes, entre la résistance et la prise en charge. Les Huni Kuin incarnent des pratiques vivantes d'autonomie, de responsabilité collective et de relation avec le territoire — non pas comme une théorie, mais comme une survie quotidienne. Les anarchistes apportent des expériences de résistance, de soutien mutuel et de confrontation avec le pouvoir au-delà de la forêt.
Pourquoi nous demandons un soutien matériel — sans nous excuser
En tant qu'anarchistes, nous rejetons le capitalisme et les hiérarchies. Mais la solidarité doit être matérielle. Novo Futuro est l'un des villages les plus reculés de la région. Pour s'y rendre, soutenir le festival et garantir une rémunération équitable aux membres de la communauté, il faut des ressources réelles.
Toutes les contributions sont sollicitées par nous et par la solidarité de nos ami-es à l'étranger. Les fonds seront utilisés pour couvrir les frais de voyage et payer les frais de participation à la communauté Huni Kuin. Cet argent est géré et distribué par les Huni Kuin eux-mêmes.
Soutenir cette caravane, c'est reconnaître la nécessité de créer de nouvelles alliances qui respectent l'autodétermination des peuples autochtones, redistribuent les ressources et se positionnent matériellement aux côtés de ceux qui défendent la terre, la culture et la vie.
Sans charité. Sans sauveurs. Sans extraction.
Seulement de la solidarité, de l'autonomie et une responsabilité partagée.

Titulaire du compte : Amis du colectivo Jaguar IBAN : CH57 0839 0040 7951 1000 3 Adresse : Lausanne, Switzerland Commentaire : Caravana anarquista
Publié le 26.01.2026 à 08:00
Les réseaux d'intervention rapide dans la région de Minneapolis-Saint Paul
Comment s'organise l'auto-défense populaire contre l'ICE
Les réseaux d'intervention rapide, organisés par la population afin de protéger leurs communautés face aux agents fédéraux qui ont pour but de les enlever, de les brutaliser et de les terroriser, ont évolué très rapidement pour suivre l'évolution permanente des méthodes du Service de l'immigration et des douanes (ICE). Durant les six semaines d'occupation écoulées, les volontaires des Villes Jumelles (Minneapolis-Saint Paul) ont amélioré sans relâche leur méthode d'intervention, jusqu'à parvenir à une structure dynamique et robuste. Le présent rapport explore ce dispositif dans le but de soutenir d'autres groupes à travers le pays susceptibles d'être bientôt confrontés à des pressions comparables.
Le 2 décembre, une centaine d'agents de l'Immigration et des Douanes ont été envoyés dans les Villes Jumelles de Minneapolis et Saint Paul dans le cadre d'une opération d'arrestations et d'expulsions conduite dans plusieurs municipalités. Depuis, ces agglomérations ont été transformées en zones assiégées, irreconnaissables pour beaucoup de leurs habitants. La quantité d'agents fédéraux présents y a été multipliée par 30, atteignant près de 3 000. À titre de comparaison, le service de police de Minneapolis compte approximativement 600 policiers. La mort de Renee Nicole Good, membre d'un réseau d'intervention rapide, le 7 janvier, suivie, une semaine plus tard, le 14 janvier, par la fusillade d'une autre personne, a retenu toute l'attention nationale.
Pourtant, la majorité des personnes estiment que ce qui se déroule dans les Villes Jumelles s'inscrit dans la continuité des actions de l'ICE et des formes de résistance vues dans d'autres régions du pays. En réalité, l'étendue des arrestations, des détentions et des affrontements atteint un niveau sans précédent. [...]
.lire-ailleurs { text-align: center;font-weight: 800; } .lire-ailleurs a { background-color:#f5f5f5; color:black; display: block; padding: 0.5rem 0; margin-bottom: 0.5rem; text-decoration: none !important; } .lire-ailleurs a:hover { background-color: #a30005; transition-property: background-color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a:hover span { color: white; transition-property: color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a span { color:#a30005; }Publié le 24.01.2026 à 10:00
Sortir du capitalisme fête ses 10 ans
Il y a 10 ans, le 19 janvier 2016, Sortir du capitalisme enregistrait sa première émission au studio de Radio Libertaire à Paris...
10 ans après notre première émission, nous avons enregistré, monté et publié une centaine d'émissions sur des sujets extrêmement variés, cumulant des centaines de milliers d'écoutes sur notre site et différentes plateformes, sans parler de nos notes de lecture, de tous nos projets inaboutis et de nos enregistrements qui attendent encore d'être montés. A notre modeste échelle et avec nos petits moyens techniques et humains, nous espérons avoir contribué à faire bouger quelques lignes sur un certain nombre de sujets pour des milliers de personnes… et c'est déjà pas mal !
Publié le 23.01.2026 à 08:00
Superbulletin d'infokiosques.net
Nouvelles et présentations de publications récentes sur le site de brochures militantes d'infokiosques.net.
Le super bulletin n°50 de nouvelle année 2026 (janvier 2026)
Pour les personnes qui ne connaissent pas infokiosques.net, il s'agit d'un site internet qui regroupe des pdf faciles à imprimer avec une mise en page brochure sur du contenu politique anarchisant qui dure dans le temps et qui a été créé en 2003. Infokiosques.net regroupent des collectifs et individus qui peuvent reproposer des textes qu'iels mettent en page, trouve ailleurs sur le web, ou peuvent publier des brochures proposer par mail. On essaye de publier annuellement un superbulletin pour donner des nouvelles de ce qui s'est passé sur le site et donner des envies de lecture.
Mais on aurait pas un peu oublié le superbulletin ? Il s'en est passé, des choses, depuis notre dernier super bulletin... d'août 2023 ! On a changé pas mal de p'tits trucs sur le site.
On a créé une page qui explicite comment proposer une brochure sur infokiosques.net, mais aussi mis à jour l'onglet des liens qui donnent des pistes d'où trouver / proposer des brochures ou encore un tuto sur comment faire une mise en page facilement d'une brochure.
Parce que la façon dont on classe et on nomme les choses a son importance, on a retravaillé nos catégories de brochure. Parmi ces changements, on a séparé les thèmes "Antivalidisme" et "Corps, soin, santé mentale", parce que l'antivalidisme ne se résume pas à prendre soin de soi, et pour avoir plus d'espace pour cette lutte. Ainsi a pu y être publié roule ou crève, Tips de lutte anti validiste mais surtout pour mieux vivre sa vie handi, Toujours mal quelque part, Vélovalidisme On a aussi inauguré la nouvelle catégorie "Fiction, BD", et on a reformulé plein de thème.
2025 a été marquée par les attaques de l'État sur les lieux de luttes écologiques. Avec la violente répression de la ZAD de l'A69, ainsi que l'avancement du projet CIGEO à Bure (55), où l'ancienne Gare de Luméville a été déclaré expulsable. Elle est à ce jour toujours occupée. On oublie pas (et on pardonne pas) comment, partout, les États poussent leur projets industriels de mort. Depuis octobre 2023, la Palestine subit une envolée de violence : états et industriels main dans la main pour coloniser, tuer et dominer.
Genocide powered by Google
Comment Israël organise le premier génocide alimenté par l'IA à grande échelle, et ce grâce à la technologie offerte par Google.
Auteur.es : Collectif Féministes contre l'armement 69 Première parution novembre 2025. Mise en ligne janvier 2026.
"Cette brochure décrit comment Google et d'autres entreprises de la big tech se sont mises au service de l'armée israélienne et tirent profit du génocide contre le peuple palestinien."
Zone à Défendre
Auteur.es : multiple. Première parution 15 décembre 2024. Mise en ligne le 7 novembre 2025.
"Du 16 septembre au 7 octobre 2024, des militant·es écureuil·les et chauves-souris sont monté·es dans les arbres et sur les toits du Verger pour défendre la dernière Zad, Zone à défendre, du tracé de l'A69.
L'A69 est un projet d'autoroute entre Castres et Toulouse inutile et catastrophique sur le plan environnemental. Pour empêcher sa réalisation, une Zad s'est déployée sur son tracé, installée sur plusieurs zones, dont le Verger. Ces zones ont été habitées et partagées par des personnes venues un jour, une semaine, des mois, lutter pour la survie de ces habitats contre les machines destructrices de ce chantier.
Ce zine rassemble les illustrations quotidiennes d'une grimpante déter, écureuille lors de l'évacuation des derniers arbres du tracé. On y retrouve un récit des cinq dernières écureuilles qui ont résisté, pendant ce siège de vingt-deux jours, perchées dans deux noyers du Verger."
Microfissure
Le nucléaire en Belgique
Auteur.es : atomium244 Première parution : mai 2025 Mise en ligne le 4 octobre 2025
« MicroFissures dresse un état des lieux sur le nucléaire en Belgique. Actuellement la Belgique compte deux centrales nucléaires, quelques missiles états-uniens, et elle projette d'enfouir des déchets radioactifs pour 500 000 ans. Elle abroge la loi de sortie du nucléaire tout en investissant dans des projets de recherches.... On est un petit groupe d'antinuke, non-spécialistes, qui pensons qu'à l'heure de Trump et de la montée du fascisme en Europe et dans le monde, il serait temps de faire savoir ce qu'il se passe ici !
Comprendre l'histoire de la nucléarisation belge, ses acteur.ices principaux.les ainsi que son lien avec l'histoire coloniale et l'extractivisme impérialiste est aujourd'hui essentiel ! »
Dans la nuit du...
Tactiques & strategies offensives dans le contexte de la lutte anti-CIGÉO
Auteur.es : anonymes Première parution : mars 2024 Mise en ligne le : 22 août 2024
Récits et compilation d'articles d'actions directes contre le nucléaire et le projet d'enfouissement nucléaire à Bure.
Plusieurs guides pratiques publiés sur le site ont été mis à jour en 2025. Comme Téléphonie mobile Surveillances, répressions, réduction des risques, le tuTORiel tails, la bibliothèque des menaces, Guide de survie en protection numérique à l'usage des militant.es, Sans droit ni titre vraiment ? Auto-formation juridique sur le squat
125 brochures publiées depuis Août 2023 (20nov 2025)
Depuis le précédent super-bulletin, 125 nouvelles brochures ont été mises en ligne. Il y a maintenant plus de 1000 brochures, trouvables ainsi :
par date de publication sur le site par titre par auteur·e par infokiosque/distro par langueOn a créé une nouvelle section, "brochure audio", pour permettre d'ajouter des fichiers MP3 pour avoir des versions podcast des brochures. Y en a pas encore beaucoup mais n'hésite pas à en proposer ! Par version audio
ou par l'onglet "thèmes" de la page d'accueil.
Traductions
Parmi les textes disponibles sur infokiosques.net, si vous avez des traductions en d'autres langues, écrivez-nous, que vous les ayez au format brochure ou pas. On essaiera de les ajouter, et au fur et à mesure, de constituer une base de données plus importante de brochures non-francophones. Pour l'instant, tout est là (cliquez sur la langue souhaitée pour voir la liste complète des brochures disponibles dans la langue voulue).
Si vous pouvez/voulez donner des coups de main pour des traductions, du français vers d'autres langues, ou d'autres langues vers le français, écrivez-nous aussi, votre aide sera utile !
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Si tu veux en savoir encore plus, voici quelques brochures pris aléatoirement publié récément :
Guerre à l'IA !
L'industrialisation de l'« intelligence artificielle », stratégie des bourgeoisies dans un capitalisme de plus en plus brutal
Auteur.es : anonymes Première parution : août 2025 Mise en ligne le : 23 septembre 2025
Depuis la ré-élection de Donald Trump au pouvoir des États-Unis, ce qui s'y passe vient clarifier la brutalisation des rapports sociaux capitalistes. Entre rafles racistes massives et guerres pour contrôler les infrastructures énergétiques et minerais indispensables au développement capitaliste, cette brutalisation est une manière de poursuivre inexorablement ce développement malgré son état de crise permanent. La principale décision de cette prise de mandat est la mise à disposition de 500 milliards d'euros pour l'« intelligence artificielle ». Quelques semaines plus tard, le président français Emmanuel Macron annonce 105 milliards pour les mêmes effets à l'occasion du sommet de l'IA à Paris. Et en avril dernier, un budget de 200 milliards a été annoncé par la Commission Européenne pour y développer l'IA. Les bourgeoisies et leurs managers semblent mettre toutes leurs promesses dans ces technologies pour mieux nous gouverner, nous mettre au travail et se faire la guerre par l'intermédiaire de nos corps, à condition que les populations les acceptent.
Cette brochure synthétise de nombreuses lectures (de la presse industrielle notamment) sur le sujet, en resituant cette stratégie dans la militarisation actuelle, en essayant de saisir certains enjeux de l'industrialisation de l'IA dans notre quotidien, et en désignant les infrastructures sensibles de ce projet (data-centers, usines à IA, supercalculateurs), en espérant nourrir des désirs d'y mettre un coup d'arrêt.
Racisme et néocolonialisme français
Auteur.es : Survie Première parution : octobre 2024 Mise en ligne le : 27 décembre 2024
« Esclavage, colonisation, Françafrique et racisme systémique en France, c'est l'objet de [cette] brochure de l'association Survie. Ce texte vise à fournir quelques réflexions sur les liens entre le colonialisme, la Françafrique et le racisme. Il vise aussi à faire des ponts entre les mouvements anticoloniaux, antiracistes et décoloniaux actuels pour nous renforcer mutuellement et trouver des axes de luttes communes. Le racisme moderne, construction développée pour justifier l'esclavage et la colonisation entre le 16e et le 19e siècle, structure encore la société française. Il continue d'imprégner les politiques menées par l'État français dans ses anciennes colonies africaines, dans les territoires jamais décolonisés et dans le traitement des personnes descendantes de colonisé-e-s en France. L'idéologie de la "grandeur de la France", si consensuelle dans l'hexagone, occulte systématiquement que la richesse et la puissance française se fondent sur l'exploitation des peuples (néo)colonisés, dont les vies, du fait du racisme, sont moins considérées. »
La colonisation de la Palestine et ses conséquences
Quelques points de repères
Auteur.es : Jonathan Feynton-Harvey, Mehdi Belmecheri-Rozental, Ziad Majed Première parution : juin 2024 Mise en ligne le : 9 septembre 2024
4 textes sur la situation coloniale historique et actuelle en Palestine 1. La colonisation de la Palestine et ses conséquences quelques points de reperes 2. « les conditions de vie à gaza constituent une « urgence humanitaire », prévient une ong (2017) 3. En Cisjordanie, l'apartheid israélien déstructure la vie des palestiniens (sept 2023) 4. Droit international · peut-on parler de génocide à gaza ? (déc 2023)
Guide de voyage pour planer sans (trop) se crasher
Un support pour vivre bien avec les drogues
Auteur.es : anonymes Première parution : octobre 2023 Mise en ligne le : 2 août 2024
==> Mis à jour en septembre 2024 Cette brochure est issue des réflexions de quelques personnes qui ont eu envie d'échanger et de communiquer collectivement sur leurs consommations de drogues. Parce que les drogues sont partout : alcool, cannabis, tabac, substances chimiques légales ou illégales et autres plantes hallucinogènes… [...] L'objectif de cette brochure, tout comme celle dont nous nous inspirons : Guide de navigation en eaux troubles, est de : « se bricoler des outils pour soi-même en temps de tempête [ou quand tout va bien] et pour faciliter la coordination entre soi et ses soutiens ». Cette brochure ne vise pas à diaboliser les consommations de drogues ni au contraire à les banaliser. Il s'agit ici de prendre au sérieux ces pratiques, de ne pas les nier, de les accepter en partant du point de départ qu'elles existent et de fait, occupent un grand espace dans la société. Cette brochure n'est pas un outil pour se sevrer ou arrêter de consommer, sauf si c'est ton besoin. Le but étant de mettre à plat tes forces, tes ressources et tes difficultés pour t'aider à t'approprier tes consommations et les vivre sereinement dans le cadre qui te fait du bien.
Publié le 22.01.2026 à 08:00
ASKATASUNA VEUT DIRE LIBERTÉ - Mobilisation à Turin le 31 janvier
Le 18 décembre à l'aube, la police italienne a expulsé le centre social occupé autogéré (CSOA) Askatasuna à Turin. Connu pour être particulièrement actif dans les mobilisation NO TAV (contre le TGV Lyon-Turin), ou en soutien à la Palestine, son expulsion marque un tournant répressif. Nous souhaitons ici publier l'appel à manifestation nationale (voire internationale ?) à Turin le 31 janvier 2026.
Le 18 décembre à l'aube, la police italienne a expulsé le centre social occupé autogéré (CSOA) Askatasuna à Turin. Connu pour être particulièrement actif dans les mobilisation NO TAV (contre le TGV Lyon-Turin), ou en soutien à la Palestine, son expulsion marque un tournant répressif. Nous souhaitons ici publier l'appel à manifestation nationale (voire internationale ?) à Turin le 31 janvier 2026. Afin d'avoir plus de détails à propos de ce que représente l'Askatasuna, et le contexte dans lequel cette expulsion se situe, nous vous invitons à lire ce très bon article des camarades de Contre Attaque.
.balise-article-modele article { padding-top: 0.5rem; padding-right: 0.5rem; background-color: #f6f6f6; border-width: 2px 0px 2px 0px; border-style: solid; border-color: #a30006; margin-bottom: 1rem; } .balise-article-modele a { display: inline-block; text-decoration: none !important; } .balise-article-modele h4 { display: inline; margin: 0; font-size: 1.1rem; line-height: 1.6rem; font-weight: 400; color:#a30006; } .balise-article-modele h4 span { color: #696969; } .balise-article-modele p { font-size: 0.889rem; line-height: 1.5rem; margin-top: 0.4rem; color:black; } .balise-article-modele time { font-size: .8rem; color: #696969; font-style: normal; }Suite à cela, le gouvernement a publié une liste de 126 centres sociaux et squats à expulser. 3 lieux dans des situations très différentes ont d'ores et déjà reçu un avis d'expulsion : l'Officina 99 à Naples, Le Spin Time Labs à Rome, Le CPA Firenze Sud à Florence, comme son nom l'indique. Ces lieux ont des tendances politiques différentes, et font aussi des choix différents. Les 3 lieux cités ici n'ont pas la même ligne politique ni la même histoire.
Mais tous sont sous attaque du gouvernement, qui annonce aussi une loi contre les squats, une nouvelle loi sécurité, alors même que le DDL 1660 (dernière loi sécuritaire en date, très dure) n'a pas encore été adopté définitivement, ainsi qu'un référendum sur la justice qui arriverait très vite (fin février ou début mars).
Ce qui se joue, c'est la liberté de contestation, la liberté d'expression, la liberté artistique, la possibilité de porter des expériences d'autogestion. En réaction à cela, les camarades de l'Askatasuna ont organisé un AG d'envergure nationale le Samedi 17 Janvier et appellent à une manifestation nationale le 31 janvier à 14h30 à Turin. Nous estimons qu'il est important de faire passer cette information, car si l'on peut gagner quelques personnes de plus, ça sera toujours utile. Cette mobilisation s'annonce à la fois très suivie, très chaude, et très importante. Nos camarades transalpin.e.s souhaitent que cette mobilisation ne soit que le début d'une saison de luttes et d'un mouvement de fond, d'une recomposition nécessaire d'une proposition autonome, et d'une opposition directe, franche, combattive au gouvernement Meloni.

Citons ici un extrait de leur texte d'appel à l'AG du 17 janvier :
L'expulsion d'Askatasuna fut une démonstration de force, une sorte de châtiment exemplaire pour ceux qui avaient osé bloquer les gares et les ports, pour ceux qui s'étaient mis en grève et en avaient constaté l'efficacité, pour tous ceux qui pensaient : ensemble, nous sommes plus forts. Cela signifiait frapper une ville, Turin, symbole de résistance mais aussi d'une grave crise industrielle et économique.
Ce n'est pas le moment de se complaire dans la nostalgie ; il est temps d'élargir et de reconstruire un front uni, capable de s'organiser et de s'opposer aux projets du gouvernement. Ensemble, au-delà des sigles, des structures ou des organisations, unis par l'urgence d'agir collectivement pour inverser la tendance actuelle. Nous espérons que cette assemblée sera l'un des nombreux espaces où organiser l'opposition au gouvernement Meloni : contre la crise sociale, contre la guerre et contre le génocide en Palestine.
Vous pouvez retrouver le texte complet en italien ici. Il est aussi intéressant de lire ce texte complet publié au sortir de l'AG du 17.
RENDEZ-VOUS à 14h30 le 31 janvier à Turin, avec 3 départs en même temps : Palazzo Nuovo, Porta Susa, Porta Nuova.

Il y avait plus de 1000 personnes à l'AG du 17 avec des représentant.e.s de nombreux squats de toute l'Italie. L'ambiance était combattive. La mobilisation du 31 s'annonce brûlante.
Publié le 22.01.2026 à 08:00
« Forêt Rouge », l'arbre qui cache la forêt
Ce texte nous a été transmis suite à la réalisation et la programmation du film documentaire « foret rouge » au festival du film documentaire de douarnenez.
Ce texte nous a été transmis suite à la réalisation et la programmation du film documentaire « foret rouge » au festival du film documentaire de douarnenez.
Le rouge de cette forêt n'est que le sang des oubliés et des exclus, sacrifié sur l'autel de la préfecture, livré par des marchands de bois prétendument zadiste pour pérenniser leur exploitation du vivant et leur « machine de guerre communiste ».
« Forêt Rouge », l'arbre qui cache la forêt
Encore une œuvre d'invisibilisation des compromis de la ZAD de NDDL, des perdants de la victoire, de la trahison des négociations.
Le film se veut poétique, parler de forêt et montrer des salamandres. Mais il montre aussi en l'esthétisant un rapport utilitaire aux arbres, des discussions stratégiques entre chefs zadiste sur comment négocier avec la préfète, l'expulsion de la seule cabane médiatisée au dépend des dizaines d'autres dont pas une mention n'est faite, les rires de certains zadistes pendant que d'autres pleurent, car sacrifiés pendant cette période de victoire et de compromis l'année 2018, quand l'État donne la victoire sous conditions : la destruction par les zadistes elleux-même des cabanes de la D281, le fait que seul·es les habitant·es présentant un projet agricole individuel et crédible pourront rester,etc. Et les zadistes les mieux installé·es, doté·es en capital social et économique, appuyé·es par des agriculteurices et citoyen·es en tout genre se plieront à ces conditions sans continuer à faire face à l'État. Retour à l'ordre. Reproduction du mépris et de la violence de classe.
Le film ne le montre pas comme ça. Et merci quelques paroles dépassent ce récit. Mais ce qu'on y voit globalement c'est un récit de la victoire joyeuse et de la machine productiviste locale version zadiste-alternative et sa scierie mobile, invisibilisant les luttes de pouvoir et les personnes qui ont été sacrifiées lors de ces négociations avec l'État et qui ont dû partir, dégoûtées et silenciées. Voire même décrédibilisées, décrites comme des lâches qui avaient prévu de ne pas rester vivre là, ou même des idiot·es qui n'ont jamais rien compris à la stratégie. Celleux qui ont été brisé·es par les trahisons et violence internes venues s'ajouter à la violence et la répression d'état. Eparpillé·es aux quatre coins du pays, et au-delà. Qui ont pourtant beaucoup donné à cette lutte.
Ce texte est pour leur rendre hommage. Car le film ne le fait pas.
.lire-ailleurs { text-align: center;font-weight: 800; } .lire-ailleurs a { background-color:#f5f5f5; color:black; display: block; padding: 0.5rem 0; margin-bottom: 0.5rem; text-decoration: none !important; } .lire-ailleurs a:hover { background-color: #a30005; transition-property: background-color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a:hover span { color: white; transition-property: color; transition-duration: 0.3s; } .lire-ailleurs a span { color:#a30005; }Publié le 17.01.2026 à 08:00
[14-15 mars] Week end antirépression à Bure
Les 13 au soir, 14 et 15 mars 2026 aura lieu un évènement de formations contre la répression à Bure (Meuse, 55).
Informations mises à jour sur cette page de bureburebure.info au fur et à mesure.

Envies
Dans la lutte contre le cimetière nucléaire à Bure, les formes de répression évoluent au fur et à mesure des contextes. Nucléaire et autoritarisme sont nécessairement liés. Par exemple, l'Andra finance la présence permanente d'un escadron de gendarmes mobiles, pour qui sera construit un cantonnement à 10 millions d'euros d'ici 2027. En parallèle, la procédure actuelle pour amener l'expulsion de la gare, un lieu collectif de lutte important contre ce projet amènera son lot de répression. Face à un État qui se procure perpétuellement de nouvelles lois et armes pour réprimer les luttes sociales, écologiques et les dominé.es, ces 2 jours sont créés dans le but de s'outiller pour s'organiser mieux, se former, faire de la transmission face à la répression dans sa diversité : surveillance, procès, procédure, fichage, violences policières, garde à vue, perquisition, etc. On découpera en une multitude d'ateliers / discussions de 2 heures.
Ça commencera le vendredi soir par un film, et durera les 2 jours suivants. Il s'agit d'une 2de édition, c'est possible d'aller voir le programme de l'année dernière.
Programmation
Il est possible de proposer des ateliers / discussion en lien avec l'antirépression via le formulaire ou sur place. En fonction du nombre de personnes qui viennent il sera possible d'avoir plusieurs ateliers en parallèle.
Plus d'informations dans les semaines à venir.
Formulaire de préinscription
Pour nous aider à anticiper la logistique, c'est cool si tu te préinscrits. C'est anonyme, pas obligatoire et pas engageant mais ça nous donne des repères. C'est aussi via ce formulaire qu'il est possible de faire remonter des demandes spécifiques.
Lien de préinscription : https://forms.42l.fr/apps/forms/BnGQEFK92m7derdz
Informations pratiques sur comment venir, comment ça se passe sur place, télécharger les flyer et les affiches sur cette page.
Contact
Tu peux nous contacter à cette adresse : sauvonslaforet[at]riseup.net
Publié le 15.01.2026 à 08:00
Une loi dangereuse, qui tue de plus en plus
Une étude scientifique récente a montré que les personnes racisées ont 6 fois plus de risques d'être tuées par la police française que les autres citoyens. Au cœur des controverses, l'article L435-1 du Code de sécurité intérieure. Une seule solution : son abolition.

L'année 2024 constitue un triste record : 65 personnes ont été tuées par la police et la gendarmerie en France. Au fil du temps, les scandales se succèdent : Luis Bico, qui fut l'une des premières victimes de la funeste loi « Cazeneuve » ayant instauré un « permis de tuer » en 2017, Zyneb Redouane, tuée chez elle par une grenade lacrymogène, Nahel Merzouk, dont la mort a suscité un émoi national et même international, Mohamed Bendriss, tué par un tir de LBD, arme prétendument « non létale », et des tas d'affaires où même les noms des victimes resteront à jamais inconnus. À Flagrant déni, nous considérons que la multiplication des homicides policiers est notamment la conséquence d'une carence de la justice, qui s'abstient trop souvent de condamner les comportements policiers répréhensibles.
Un quart des homicides policiers échappe à l'IGPN
Or, en dehors de quelques affaires médiatiques, que sait-on sur le travail judiciaire effectué dans ces affaires ? Presque rien. On ne sait pas combien d'entre elles aboutissent à un simple classement sans suite décidé après quelques semaines d'enquête. On ne sait pas combien d'informations judiciaires sont ouvertes, ni quels services d'enquêtes sont saisis. Une première analyse effectuée par Flagrant déni a montré qu'un quart au moins des affaires échappent à l'IGPN ! Sur le plan juridique, c'est encore pire. À cause des très nombreux obstacles procéduraux, peu d'affaires montent les « degrés de juridiction » et parviennent jusqu'à la Cour de cassation. À cause notamment du secret de l'instruction, les décisions rendues ne sont quasiment jamais publiées, ce qui rend impossible toute analyse juridique. Cette analyse est pourtant nécessaire pour les victimes et leurs avocat·es, celles qui souhaitent se battre sur le terrain judiciaire.
Alliance vent debout contre un renvoi aux assises
Le mardi 3 juin 2025, le renvoi aux assises pour meurtre du policier responsable de la mort de Nahel Merzouk en juin 2023, a été annoncé par le tribunal de Nanterre. En mars dernier, cette qualification juridique de meurtre (c'est-à-dire d'homicide volontaire) avait fait bondir le syndicat Alliance. « C'est une première » avait dénoncé le secrétaire général du syndicat, qui critiquait « une réquisition inacceptable, un signal désastreux pour le monde policier ». Une « première » ? Vraiment pas.
En réalité, il faut remonter à… moins d'un an pour trouver une qualification similaire. Le 9 juin 2024, une policière abat Sullivan Chauvey, 19 ans, qui tentait de prendre la fuite à pied. À l'issue de sa garde à vue, la policière est mise en examen pour homicide volontaire. Mêmes qualifications pour les homicides policiers d'Alhoussein Camara en 2023, de Boubacar et Fadjigui tués sur le Pont-neuf à Paris en 2022, ou Olivio Gomes en 2020. Dans cette dernière affaire, c'est une cour d'appel qui a validé la qualification juridique de meurtre, qui justifie le renvoi du policier devant un jury populaire. Idem pour le gendarme qui avait tué Yannick Locatelli en Guadeloupe, en 2018 : il a quant à lui été condamné en appel à sept ans d'emprisonnement, pour meurtre, et a été écroué (une décision rarissime).
Deux fois plus de mises en cause de policiers pour meurtre après 2017
En réalité, en critiquant le travail de la justice sur des bases factuelles erronées, Alliance se trompe de cible. Car, d'après un recensement effectué par Flagrant déni, c'est bien plutôt la loi « Cazeneuve » de février 2017 qui semble être en cause. Cette loi a entraîné une explosion par 5 du nombre d'homicides policiers par balle, comme l'a encore dénoncé un Comité d'experts des Nations unies en avril dernier. Mais cette loi semble aussi avoir multiplié le risque pour les policiers d'être poursuivis pour meurtre. Après la loi, en huit ans, Flagrant déni compte dix affaires avec des poursuites pour meurtre (dont, on l'a vu, des mises en examen voire des renvoi vers des tribunaux ou des condamnations). Sur la période de huit ans précédent la loi (2008 – 2016), on ne compte que quatre affaires avec des poursuites sur cette qualification. Ce sont en outre quatre affaires dans lesquelles la justice a rapidement décidé de ne pas poursuivre les policiers, ou de les poursuivre pour d'autres qualifications.
D'autres syndicats critiquent la loi « Cazeneuve »
D'ailleurs, l'avocat de Florian M, le policier responsable de la mort de Nahel, a depuis longtemps des mots très durs sur la loi de 2017. Au moment de l'adoption du texte, Laurent-Franck Liénard avait dénoncé « une bombe à retardement » car « des citoyens [allaient, si elles étaient adoptées,] mourir pour un défaut de permis, et des policiers [iraient] en prison ». Une sinistre prédiction qui s'avère bien réelle. En mars dernier, d'autres syndicats policiers se sont à leur tour élevés contre l'imprécision et la dangerosité de la loi : « On ne peut pas travailler comme cela, on a besoin d'un cadre légal clair, net et précis. Aujourd'hui, ce n'est pas le cas », affirmait le représentant de la CFTC. Si « la loi n'est pas adaptée » se questionnait Un1té, c'est « le vrai fond du sujet […], et dans ces cas-là […] nous aussi on attend de notre administration et du législateur de prévoir, de nous dire comment on doit travailler ».
Un nouveau texte de mai 2025 aggrave les risques de décès
En dépit de la gravité et de l'actualité du phénomène, les autorités françaises continuent de nier tout lien entre la loi de 2017 et la hausse du nombre de morts, parfois avec des arguments spécieux. Le gouvernement critique le manque de fiabilité des statistiques produites par les médias et la recherche, mais continue de ne pas en produire lui-même. En dépit de remontrances nationales et internationales répétées, il ne semble aucunement qu'il entende remédier au problème. Pire : en mai 2025, le ministre de l'Intérieur vient de modifier la doctrine en cas de refus d'obtempérer.
Désormais, la nouvelle instruction applicable aux policiers et gendarmes « vient notamment affirmer le principe général de la poursuite des véhicules en fuite ». Jusque-là, l'instruction en vigueur depuis 1999 limitait « les poursuites de véhicules » à des faits « d'une grande gravité », de manière générale aux crimes et délits contre les personnes. Désormais, « par principe, la poursuite des véhicules en fuite et refusant d'obtempérer aux injonctions de s'arrêter des policiers et des gendarmes doit être engagée ». Bien que l'instruction précise que la poursuite doit être menée avec « discernement », il y a tout lieu de penser que ce texte risque de renforcer la hausse du nombre de morts. D'ailleurs, l'un des syndicats policiers majoritaires n'a pas manqué de relever que des recours juridiques pourraient « se retourner » contre les policiers, et a demandé que cette instruction s'accompagne « d'une protection juridique ».
Les personnes racisées ont 6 fois plus de risques d'être tuées par la police française
Une recherche universitaire sans précédent, menée sur un échantillon exhaustif de victimes de l'usage excessif de la force meurtrière (toutes causes confondues) en France entre 1990 et 2016 a permis de mettre en évidence le profil type de ces victimes : des « jeunes hommes, étrangers, immigrés ou descendants de l'immigration postcoloniale issus des classes populaires ». En particulier, la recherche pointe « la très grande part des étrangers, immigrés et descendants d'immigrés parmi les victimes de faits policiers mortels, particulièrement l'immigration d'Afrique du Nord. En se concentrant seulement à partir des victimes dont on a une information sur l'origine migratoire, il est possible de déterminer que les étrangers, immigrés ou descendants d'immigrés ont 5,9 fois plus de risques d'être tués par les forces de l'ordre que les personnes sans lien avec l'immigration, au regard de leur part sur l'ensemble de la population sur le territoire français »

Quels sont les motifs récurrents des classements sans suite prononcés suite aux homicides policiers ? Sur quelle base juridique la justice considère-t-elle que les usages des armes par les policiers sont légaux, ou pas ? Nul ne le sait. C'est pour remédier à cette carence que Flagrant déni lance sa prochaine enquête « Tués par la police : que fait la justice ? ».
Mais pour ouvrir l'enquête « Tués par la police : que fait la justice ? », nous avons besoin de vous. Ce travail est attendu par les familles de victimes mais nous ne pouvons pas le mener à bien sans votre solidarité.

Publié le 12.01.2026 à 08:00
Les protestations en Iran assiégées par les ennemis intérieurs et extérieurs
À propos des soulèvements populaires récents, par le collectif Roja
Ce texte d'intervention a été écrit par le collectif Roja [1] le 4 janvier 2026, au sixième jour des protestations nationales en Iran. Depuis, beaucoup d'événements ont eu lieu – en particulier, la nuit historique du 8 janvier, au douzième jour du soulèvement. La journée a commencé par une grève générale des commerçants, notamment au Kurdistan, à l'appel de partis kurdes. La fermeture des boutiques a coïncidé avec des mobilisations de rue et des mobilisations étudiantes sur les campus à travers tout le pays. Les affrontements avec les forces de répression se sont étendus à des dizaines de villes, de la capitale aux provinces frontalières ; une organisation de défense des droits humains a compté ce jour-là des actions de protestation dans au moins 46 villes, réparties sur 21 provinces. À la tombée de la nuit, des images circulant sur les réseaux sociaux ont donné à voir des foules d'une ampleur sidérante, que le maintien de l'ordre ordinaire ne pouvait contenir : un peuple en lutte reprenant la rue comme son bien propre et, dans de nombreux endroits, repoussant la forces de sécurité. Pour beaucoup, cette atmosphère a ravivé la mémoire des mois précédant la Révolution de 1979.
Dans la soirée du 8 janvier, alors que l'appareil répressif de la République islamique vacillait et que la rue échappait à son emprise, le régime a mis en place une coupure quasi totale d'internet. Au moment où nous écrivons, le blackout se poursuit : il s'agit d'empêcher la coordination et la médiatisation des actions, de la répression et des tueries.
Dans le même temps, Trump a réitéré des menaces de représailles si la République islamique intensifiait les mises à mort, tout en – en partie seulement – prenant ses distances avec Reza Pahlavi : il a déclaré ne pas être sûr qu'une rencontre soit appropriée et « qu'il faudrait laisser tout le monde se lancer et voir ce qui en sort ». Cette fixation médiatique sur le « fils du Shah » obscurcit une autre perspective tout aussi réelle et centrale, qu'évoque ce texte : la possibilité d'un scénario vénézuélien, c'est-à-dire, une transition sous contrôle, se contentant d'une simple reconfiguration au sein du régime, ou dit autrement, un changement sans rupture.
I - Le cinquième soulèvement depuis 2017
Depuis le 28 décembre 2025, l'Iran connaît de nouveau une vague de vastes manifestations populaires. Dans les rues du pays, les cris de « Mort au dictateur » et « Mort à Khamenei » résonnent dans 222 lieux au moins, répartis dans 78 villes et 26 provinces [2]. Ces protestations ne visent pas seulement la pauvreté, la vie chère, l'inflation et la dépossession, mais l'ensemble d'un système politique pourri jusqu'à la moelle. La vie est devenue invivable pour la majorité de la population, en particulier pour la classe ouvrière, les femmes, les personnes queer et les minorités ethniques. L'effondrement brutal de la valeur du rial – surtout après la guerre de douze jours [3] – a contribué à détériorer les conditions de vie. Conjugué aux perturbations quotidiennes des services publics essentiels, comme l'électricité qui connaît des coupures répétées, à une crise environnementale sans précédent (pollution de l'air, sécheresse, déforestation et mauvaise gestion des ressources hydriques), ainsi qu'aux exécutions massives (au moins 2 063 personnes en 2025 [4], cette nouvelle crise a aggravé la situation et propagé dans la société un sentiment généralisé de vivre en sursis.
La crise de la reproduction sociale est au cœur des mobilisations actuelles, et leur horizon ultime est la reconquête de la vie.
Ce soulèvement constitue la cinquième vague d'une série de protestations amorcée avec ce qui a été qualifié de « révoltes du pain » en décembre 2017 (Dey 1396). Ces protestations sont montées en intensité avec l'explosion de la colère populaire face à la hausse du prix de l'essence et à l'injustice en novembre 2019 (Aban 1398), et se sont prolongées avec les révoltes de 2021 (1400), connues sous le nom de « soulèvement des assoiffé·es », impulsées par les minorités ethniques arabes. Cette vague a culminé avec le soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » en 2022 (1401) qui, à travers les luttes d'émancipation des femmes et les combats anticoloniaux des peuples opprimés, tels que les Kurdes et les Baloutches, a ouvert de nouveaux horizons. Le soulèvement de janvier 2026 (Dey 1404) marque le retour de la crise de la reproduction sociale, mais cette fois, dans un cadre plus radical et post-guerre.
Ces protestations prennent naissance dans des revendications matérielles. Mais avec une rapidité frappante, elles s'attaquent aux fondements mêmes du pouvoir politique et à l'oligarchie corrompue.
II - Un soulèvement assiégé par des menaces extérieures et intérieures
Les protestations en cours en Iran sont aujourd'hui encerclées de toutes parts par des menaces à la fois extérieures et intérieures.
Un jour seulement avant l'agression impérialiste des États-Unis contre le Venezuela, Donald Trump, sous couvert de « soutien aux manifestant·es », lançait cet avertissement : « Si l'Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue violemment, comme à son habitude, les États-Unis d'Amérique viendront à leur secours ». C'est là le vocabulaire bien connu de l'impérialisme, qui prétend « sauver des vies » pour justifier ses interventions militaires - en Irak comme en Libye. Les États-Unis poursuivent aujourd'hui encore sur cette voie : rien qu'en 2025, sept pays ont été la cible d'attaques militaires directes de leur part [5].
L'État génocidaire d'Israël, qui avait mené avec cynisme son offensive de douze jours contre l'Iran sous la bannière de « Femme, Vie, Liberté », s'adresse cette fois en persan aux manifestant·es sur les réseaux sociaux pour déclarer : « Nous sommes à vos côtés ». Toute honte bue, les monarchistes, allié·es iranien·nes du sionisme, se sont couvert·es d'infamie en assumant leur soutien à Israël durant la récente guerre [6] et tentent désormais – par une mise en scène sélective et une manipulation de la réalité – de se présenter à leurs maîtres occidentaux comme la seule alternative possible. Ils ont ainsi lancé une campagne en ligne pour tenter de s'approprier les protestations, en déformant, altérant et parfois en falsifiant les slogans de la rue ; une démarche qui révèle à la fois leur duplicité, leur volonté hégémonique, leur puissance médiatique, et surtout la faiblesse de leur ancrage réel à l'intérieur du pays. Ce courant, sous le slogan Make Iran Great Again, a salué l'intervention impérialiste de Trump au Venezuela, attend désormais l'enlèvement des dirigeants de la République islamique par des « sauveurs » américains et israéliens.
À ce paysage s'ajoutent les campistes se réclamant faussement de la gauche. Ces prétendus « anti-impérialistes » absolvent la dictature de la République islamique en lui prêtant, par pure imagination, un rôle anti-impérialiste. Ils remettent en cause la légitimité des protestations actuelles en affirmant que « se soulever dans les conditions présentes, c'est faire le jeu de l'impérialisme », ne percevant ce mouvement qu'à travers le prisme des conflits régionaux et comme un simple projet américano-israélien. Ce faisant, ils nient la subjectivité politique du peuple iranien et rendent la République islamique politiquement et discursivement intouchables, malgré les massacres et à la répression qu'elle inflige à sa propre population. « Enragés contre l'impérialisme », mais « terrifiés par la révolution » (pour reprendre la formule séminale d'Amir Parviz Puyan, théoricien communiste et guérillero révolutionnaire, tué en 1971 par le régime monarchique [7]), les campistes apportent une réponse réactionnaire à une dynamique réactionnaire. Ils vont jusqu'à nous dire de ne pas mentionner, dans l'espace international, les récentes protestations, les massacres et la répression qui ont lieu en Iran dans une langue autre que le persan, de peur de « fournir un prétexte » aux impérialistes. Comme s'il n'existait, hors de la langue persane, aucun peuple dans la région et dans le monde avec lequel partager un destin commun, des expériences, des liens et des solidarités de lutte. Pour eux, il n'existe pas de sujet politique en dehors des États occidentaux et des enjeux géopolitiques.
Face à ces ennemis, nous réaffirmons la légitimité de ces protestations, pour rappeler l'enchevêtrement des oppressions et la communauté de destin des luttes. Oui, la menace impérialiste contre les populations en Iran et le risque d'une intervention extérieure sont réels. Oui, la réaction monarchiste gagne du terrain au sein de l'opposition iranienne d'extrême droite. Mais tout aussi réels sont le mécontentement accumulé après plus de quatre décennies de répression, d'exploitation et de colonialisme intérieur exercés par l'État iranien contre ses propres peuples, et la révolte populaire de celles et ceux qui, depuis les profondeurs d'un enfer social, mettent leur vie en jeu pour survivre et lutter contre les forces de répression. Nous n'avons d'autre choix que d'affronter ces contradictions.
Nous n'avons pas le droit, au nom de la menace extérieure, de nier la violence exercée contre des millions de personnes en Iran ni de leur refuser le droit de s'y opposer.
Celles et ceux qui descendent dans la rue sont las des analyses abstraites, simplificatrices et paternalistes. Ils luttent au cœur même des contradictions : ils subissent à la fois les sanctions et le pillage de l'oligarchie intérieure ; ils craignent à la fois la guerre et la dictature domestique. Mais ils et elles ne sont pas paralysé·es par la peur. Ils et elles veulent être des sujets actifs de leur propre destin, et leur objectif, au moins depuis décembre 2017, n'est plus la réforme, mais la chute de l'ensemble du régime.
III - L'extension de la révolte
Les protestations, dont l'étincelle a été déclenchée par la chute vertigineuse du rial, ont d'abord émergé parmi les petits et grands commerçants de la capitale – en particulier dans les commerces de téléphonie mobile et d'informatique, mais elles ont rapidement englobé un spectre large et hétérogène, entraînant dans la rue des commerçants indépendants, des travailleurs salariés, des vendeurs ambulants, des porteurs et des employés de services. Par la suite, ce soulèvement s'est étendu avec rapidité des rues de Téhéran à plusieurs universités, puis à des villes – surtout petites – qui sont devenues récemment les principaux foyers de confrontation.
Les slogans ont dès le départ ciblé l'ensemble du système. La progression du mouvement dépend aujourd'hui plus que jamais de la volonté des classes populaires, des jeunes, des chômeurs, des populations excédentaires, des travailleurs précaires et des étudiant·es.
Certains ont rejeté les protestations récentes de manière simpliste sous prétexte qu'elles avaient commencé dans le bazar – souvent perçu comme un allié du régime et une symbole du capitalisme marchand – et les ont déconsidérées en les étiquetant de « petite-bourgeoises » ou « pro-gouvernementales ». Cette méfiance rappelle les réactions initiales au mouvement des « gilets jaunes » en France (2018). Parce que le mouvement émergeait en dehors de la classe ouvrière traditionnelle et des réseaux connus de la gauche, avec la présence d'éléments de droite ou de slogans incohérents, beaucoup avait hâtivement prédit que ce soulèvement glisserait vers une voie réactionnaire. Pourtant, le point de départ d'un soulèvement ne détermine ni son destin ni sa nature. L'étincelle initiale est souvent fortuite, et n'importe quel souffle peut rallumer les braises de luttes solidement ancrées dans le paysage politique iranien. De même, tout soulèvement peut évoluer vers une trajectoire éloignée de ses origines. L'expérience de Dey 1396 montre qu'un mouvement qui débute avec des forces conservatrices intégrées au système peut rapidement se transformer en une opposition généralisée à l'ensemble du régime. Avec les protestations récentes, l'étincelle a jailli du bazar mais s'est très vite propagée aux quartiers populaires urbains de Téhéran et à plusieurs provinces, notamment avec l'entrée en grève des travailleurs des marchés de fruits et légumes de Téhéran dès le cinquième jour.
IV – Les géographies de la révolte
Si le cœur battant du soulèvement « Jin, Jiyan, Azadî » en 2022 se trouvait dans des régions périphériques comme le Kurdistan et le Baloutchistan, les petites villes des provinces de l'ouest et du sud-ouest du pays sont aujourd'hui l'un des principaux foyers de tension : Hamedan, Lorestan, Kohguiluyeh et Bouyer-Ahmad, Kermanshah et Ilam. Les habitants lurs, bakhtiaris et lak de ces régions subissent de plein fouet les multiples crises imposées par la République islamique : outre la pression des sanctions, ils vivent dans l'ombre omniprésente de la guerre, de la répression et de l'exploitation généralisée, et subissent également l'oppression nationale et la destruction de leur environnement, notamment dans le Zagros. C'est dans cet espace marginalisé qu'a été exécuté Mojahid Korkor (manifestant lur) un jour avant l'attaque israélienne par la République islamique, et où Kian Pirfalak, un enfant de 9 ans, a été tué par balles par les forces de sécurité en 2022.
Contrairement au mouvement Jina qui dès le départ, s'était consciemment étendu sur les lignes de clivage, de genre, de sexualité et d'ethnicité, le conflit de classe est plus marqué dans les protestations actuelles. Jusqu'à présent leur expansion dépend davantage des masses populaires.
Au moment où nous écrivons ces lignes (4 janvier 2025), au moins 17 personnes ont été tuées par les forces répressives de la République islamique, avec des armes de guerre et des fusils à plomb, principalement des minorités ethniques lur (en particulier dans le Lorestan et le Chaharmahal-et-Bakhtiari) et kurdes (surtout à Ilam et Kermanshah). Des centaines de personnes ont été arrêtées (au moins 580, dont au moins 70 mineurs) et des dizaines ont été blessées. Plus le mouvement progresse, plus la violence policière s'intensifie : le septième jour, à Ilam, les forces de sécurité ont attaqué un hôpital pour arrêter les blessés, et à Birjand, elles ont pris d'assaut le dortoir universitaire des femmes. Le nombre de morts continue d'augmenter avec l'intensification des protestations, et il est certain que le chiffre réel dépasse celui officiellement communiqué.
La répartition de cette violence est inégale : la répression est plus sévère dans les petites villes, surtout dans les zones ethniquement minorisées. Les massacres sanglants à Malekshahi (Ilam) ou Jafarabad (Kermanshah) témoignent de cette différence structurelle dans l'oppression et la répression.
Le quatrième jour, le gouvernement a décrété, dans une action coordonnée, la fermeture des commerces et des bureaux dans 23 provinces, sous prétexte du « froid » ou de la « pénurie d'énergie ». Cette décision visait en réalité à briser la propagation du mouvement entre le bazar, l'université et la rue. Parallèlement, les cours a l'université ont massivement été dispensés en ligne pour rompre les liens entre les espaces de résistance.
V – L'impact de la guerre des douze jours
Le régime iranien, pour compenser l'autorité ébranlée par la guerre de douze jours, a de plus en plus recours à la violence. Les frappes massives d'Israël contre des sites militaires iraniens en juin 2025 ont renforcé la militarisation et la sécurisation de l'espace politique et social, notamment à travers le lancement d'une campagne raciste contre les migrant·es afghan·es et les citoyenn·es iranien·nes d'origine afghane. Alors que le gouvernement insistait de manière croissante sur la « sécurité nationale », il est lui-même devenu un acteur central de l'insécurité physique (avec une hausse sans précédent des exécutions), de la détérioration des conditions carcérale, et de l'insécurité économique (réduisant drastiquement le pouvoir d'achat des populations).
Du 24 juin 2025, date de la fin de la guerre de douze jours, jusqu'au soir où l'étincelle des protestations a jailli dans le bazar de téléphonie et d'informatique de Téhéran, le rial a perdu environ 40 % de sa valeur. Cette chute n'est pas le simple résultat de fluctuations « naturelles » du marché, mais la conséquence des sanctions et d'un transfert délibéré de la crise du haut vers le bas, par la manipulation de la monnaie nationale par la République islamique.
La guerre de douze jours, combinée à l'intensification des sanctions américaines et européennes et au déclenchement du mécanisme de snapback du Conseil de sécurité, a accru la pression sur la vente de pétrole, le secteur bancaire et financier, réduisant drastiquement les revenus en devises et le budget national - un coût supporté directement par les classes populaires et moyennes.
Nous condamnons sans réserve les sanctions. Il n'en reste pas moins qu'en Iran, elles ont conduit à une concentration toujours plus grande de la devise entre les mains d'une oligarchie militaro-sécuritaire, qui a intérêt à la poursuite des sanctions et au négoce opaque du pétrole. Les devises d'exportation sont pratiquement prises en otage et ne retournent à l'économie officielle qu'en périodes critiques, à des taux manipulés. Même lorsque la vente de pétrole augmente, les revenus, plutôt que de profiter à la vie quotidienne des populations, sont principalement captés par des entités quasi-gouvernementales et un « État parallèle », notamment le Corps des Gardiens de la Révolution.
Dans ce contexte, le gouvernement, pour compenser le déficit budgétaire lié à la baisse des revenus et au non-retour des devises, a supprimé les aides sociales et mis en œuvre des politiques d'austérité. La chute soudaine du rial devient ainsi un outil qui facilite le retour des devises captives et augmente immédiatement les ressources monétaires de l'État, qui est lui-même le plus grand détenteur de dollars. Résultat : une extraction directe des ressources des classes populaires et moyennes, et un transfert des bénéfices du contournement des sanctions et des rentes de change vers une petite minorité. Ce processus aggrave les inégalités sociales et l'instabilité économique et favorise l'explosion de la colère sociale.
La chute de la monnaie nationale doit ainsi être comprise comme un pillage organisé par l'État, dans le contexte d'une économie affectée par la guerre et les sanctions : il s'agit d'une manipulation délibérée du taux de change pour enrichir les réseaux de courtiers liés à l'oligarchie au pouvoir, afin de remplir les coffres d'un État qui a fait de la politique néolibérale de libéralisation des prix un dogme sacré.
Or, les campistes se réclamant de la gauche insistent unilatéralement sur le rôle des sanctions et de l'hégémonie du dollar, présentant les sanctions américaines comme seule cause et racine de la crise actuelle. Ils ignorent ainsi le rôle du gouvernement et de l'oligarchie au pouvoir dans la reproduction de cette situation. De leur côté, les campistes de droite, souvent partisans de l'impérialisme occidental, rendent exclusivement la République islamique responsable de la situation actuelle, niant les effets destructeurs des sanctions.
Ces positions se reflètent mutuellement et chaque camp a des intérêts évidents à les adopter. En réponse au campistes de droites, il est nécessaire de rappeler l'entrelacement des processus d'exploitation et de pillage locaux et globaux. Aux campistes dits de gauche, nous rappelons que s'il est vrai que les sanctions affectent sérieusement la vie des populations – pénurie de médicaments et de pièces industrielles, hausse du chômage, usure psychologique – cela touche uniquement les populations, et non l'oligarchie sécuritaire-militaire, qui amasse d'énormes richesses via le contrôle des réseaux non officiels de change et de pétrole.
VI – Les contradictions
Dans la rue, on entend des slogans contradictoires : certains réclament la chute de la République islamique, d'autres expriment une nostalgie pour la monarchie. Dans le même temps, les étudiant·es scandent des slogans ciblant à la fois le despotisme du régime et l'autocratie monarchique.
La présence de slogans en faveur du retour du shah résulte à la fois de contradictions réelles et de la distorsion de la réalité par les médias de droite, en particulier Iran International [8], devenu la plateforme de propagande du sionisme et des monarchistes, et qui reçoit, dit-on, un budget annuel de 250 millions de dollars de la part de proches du gouvernement saoudien et israélien [9].
Au cours de la dernière décennie, le territoire iranien a été le théâtre d'un conflit entre deux visions politico-sociales distinctes, chacune ayant développé son propre mode d'organisation contre la République islamique.
D'une côté, une organisation sociale concrète, centrée sur les lignes de clivage de classe, de genre, de sexualité et d'ethnicité, qui a trouvé son expression la plus frappante dans les réseaux interconnectés tissés lors du soulèvement de Jina en 2022, s'étendant de la prison d'Evin à la diaspora. C'est ainsi une unité sans précédent entre des forces diverses qui s'est donnée à voir, allant des femmes aux minorités ethniques kurdes et baloutches, toutes et tous s'opposant à la dictature en défendant un horizon féministe et anti-colonial.
De l'autre, une mobilisation populiste, qui sous le label « révolution nationale », vise à former une masse homogène de citoyen·nes atomisé·es via les chaînes satellitaires. Ce projet, soutenu par Israël et l'Arabie Saoudite, cherche à créer un corps dont la tête – le fils du shah déchu – interviendrait ensuite de l'extérieur avec un appui militaire. Les monarchistes, s'appuyant sur de puissants médias, ont orienté l'opinion publique vers un nationalisme extrême et raciste, contribuant à creuser les fractures ethniques et divisant l'imaginaire politique des Iranien·nes.
La progression de ce courant n'est pas le signe d'une supposée « arriération » du peuple, mais résulte de l'absence d'un large réseau d'organisations de gauche et d'une force de frappe médiatique trop faible pour créer un contre-discours hégémonique. Cette lacune, parfois produite par la répression et le silence imposé, a laissé le champ libre à ce populisme réactionnaire. Sans un récit puissant de la part des forces de gauche, démocratiques et non-nationalistes, même des slogans universels comme liberté, justice ou droits des femmes peuvent être détournés par les monarchistes, qui masquent leur nature autoritaire derrière un vernis progressiste. Il arrive même que les monarchistes manipulent un vocabulaire à connotation socialiste – c'est que l'extrême-droite envahit également le terrain de l'économie politique.
Avec l'intensification des antagonismes contre la République islamique, les tensions entre ces deux visions du monde se sont accentuées. Aujourd'hui, le fossé qui les sépare est visible dans la répartition géographique des slogans protestataires. Le projet de « retour du Pahlavi » représente un horizon patriarcal fondé sur l'ethno-nationalisme perse et une orientation profondément conservatrice. Là où des réseaux de mobilisation ouvrière et féministe se sont développés, notamment dans les universités et dans les régions kurdes, arabes, baloutches, turkmènes et turques, les slogans pro-monarchie sont rarement présents et souvent accueillis négativement. Cette situation a conduit à des interprétations erronées du mouvement récent, qui est confronté au désintérêt si ce n'est au boycott de certaines forces politiques.
VII – L'horizon
L'Iran traverse un moment décisif. La République islamique se trouve à l'un de ses points les plus faibles de son histoire, en raison à la fois des soulèvements répétés à l'intérieur du pays et des pressions internationales, notamment après le 7 octobre et l'affaiblissement du soi-disant « axe de résistance ». L'avenir de ce soulèvement reste incertain, mais l'ampleur du mécontentement laisse présager que de nouvelles vagues de protestation peuvent surgir à tout moment. Bien que réprimées, les manifestations se poursuivent. Dans ce contexte, toute intervention militaire ou impérialiste affaiblirait les luttes actuelles et donnerait plus de latitude à la République islamique pour accentuer sa brutalité contre les mouvements populaires.
Au cours de la dernière décennie, la société iranienne a reconstruit l'action collective politique par le « bas ». Du Baloutchistan et du Kurdistan lors du soulèvement Jina, aux petites villes du Lorestan et d'Ispahan dans la vague actuelle, des grèves générales des enseignant·es et des travailleuses et des travailleurs aux manifestations des infirmières et des retraité·es, l'action politique, en l'absence de représentation officielle, s'est déplacée dans la rue, vers les comités de grève et les réseaux locaux informels. Ces actions, bien que réprimées avec violence, restent vivantes dans la société et peuvent à tout moment contribuer à créer une force politique. Ce qui déterminera la durée et l'orientation de ce mouvement, ce n'est pas seulement l'accumulation de colère, mais la possibilité de construire un horizon politique indépendant et alternatif.
Cependant, les luttes pour l'émancipation en Iran sont confrontées à deux menaces parallèles : d'un côté, le risque d'appropriation ou de marginalisation par des forces de droite exilées, utilisant la souffrance du peuple pour justifier les sanctions, la guerre ou l'intervention militaire. D'un autre côté, certains segments de l'oligarchie au pouvoir (militaro-sécuritaire ou réformiste) qui, en coulisses, cherchent à se présenter comme l'option la « plus rationnelle, la moins coûteuse et la plus fiable » à l'Occident – une alternative issue du régime pour le réarranger sans rompre avec le système de domination, à l'image de ce que Trump tentait au Venezuela [10] : contraindre une partie du pouvoir à céder, sans qu'aucune transformation structurelle n'ait lieu. Cette stratégie froide vise à maîtriser la colère sociale, apaiser les tensions avec les puissances mondiales et garantir la continuité d'un ordre qui prive les peuples de leur droit à l'autodétermination.
Face à ces deux courants, la renaissance d'une politique internationaliste de libération est une plus nécessaire que jamais. Cette perspective politique n'est pas simplement une « troisième voie » abstraite, mais un effort pour placer les luttes populaires au centre de l'analyse et de l'action : une organisation par la base plutôt que des scénarios écrits par des dirigeants autoproclamés et de fausses oppositions fabriquées de l'extérieur. Aujourd'hui, l'internationalisme signifie reconnaître le droit à l'autodétermination des peuples tout en combattant toutes les formes de domination, intérieures comme extérieures. Un tel bloc, pour prendre corps, doit s'appuyer sur les expériences vécues, une solidarité concrète et des ressources indépendantes.
Cela implique la participation active des forces de gauche, féministes, anti-coloniales et démocratiques pour une organisation de classe large au sein de la vague de protestations, afin de reconquérir la vie et créer des horizons alternatifs de reproduction sociale. Cette organisation doit également se situer dans la continuité des luttes précédentes, notamment le mouvement « Jin, Jiyan, Azadî », qui a traversé l'Iran en 2022 et qui conserve un potentiel libérateur pour neutraliser simultanément le discours de la République islamique, des monarchistes et des Gardiens de la Révolution, ainsi que des anciens réformistes rêvant d'une transition contrôlée et à une intégration dans les circuits d'accumulation américaine et israélienne dans la région.
La diaspora iranienne se trouve également à un moment particulièrement crucial : elle peut jouer un rôle dans la redéfinition d'une politique libératrice, ou, au contraire, contribuer à reproduire le dualisme épuisé de la « tyrannie interne » contre l'« intervention extérieure », perpétuant ainsi le statu-quo politique. Dans ce contexte, il est nécessaire que les acteurs de la diaspora œuvrent à la construction d'un véritable bloc politique internationaliste, capable de se démarquer clairement à la fois du despotisme intérieur et de la domination impérialiste. Cette position lie l'opposition à l'intervention impérialiste à une rupture explicite avec la République islamique et refuse toute justification de la répression au nom de la lutte contre un ennemi extérieur.
Roja
[1] Roja est un collectif indépendant, de gauche et féministe, basé à Paris. Ce collectif est composé de militante·s issue·s de différentes peuple du territoire iranien : kurdes, hazaras, perses, etc. Notre collectif agit en lien avec les mouvements sociaux en Iran et au Moyen-Orient, mais aussi au sein des luttes qui se déploient à Paris, en résonance avec les mouvements internationalistes, notamment en soutien à la Palestine. Le nom « Roja » s'inspire des significations de plusieurs mots proches dans différentes langues : en espagnol, roja signifie « rouge » ; en kurde, roj renvoie à la « lumière » et au « jour » ; en mazandarani, roja désigne « l'étoile du matin » ou « Vénus », l'un des astres les plus brillants.
[3] https://crimethinc.com/2025/06/23/women-life-freedom-against-the-war-a-statement-against-genocidal-israel-and-the-repressive-islamic-republic