Publié le 09.10.2026 à 19:24
Tout pouvoir redoute les révoltes de la jeunesse. – Interview pour Centre Presse
Publié le 07.10.2026 à 09:12
6 octobre : Jour de mémoire et de leçons politiques
Publié le 06.10.2026 à 13:18
Que contient le dernier budget de la Macronie ?
Publié le 05.10.2026 à 22:16
Conférence de Jean-Luc Mélenchon à HEC
Publié le 05.10.2026 à 17:45
Le 6 octobre, pour les revendications et la protection de la jeunesse !
Publié le 09.10.2026 à 19:24
Tout pouvoir redoute les révoltes de la jeunesse. – Interview pour Centre Presse
Interview publiée pour le groupe Centre Presse le 9 octobre 2026
Quelle tonalité souhaitez-vous donner au meeting de Clermont-Ferrand ?
Disons qu’elle m’est imposée par les circonstances. Je vais y présenter ma vision des événements dans lesquels nous sommes plongés avec la révolte générale de la jeunesse et la jonction de ce mouvement avec le syndicalisme salarié. Je n’imagine pas cette campagne présidentielle comme le simple énoncé d’un programme, mais surtout comme un choix des principes de vie en société. Cette méthode nous a déjà permis d’acquérir une capacité de rassemblement qui surprend les commentateurs. Dans les analyses fournies à propos de notre succès, on parle de qui nous sommes, comment nous agissons, comment nous faisons campagne, nos capacités techniques à faire campagne… Beaucoup voient bien que nous sommes toute une équipe, au contraire de tous nos concurrents. Mais ce n’est pas ça la leçon essentielle de nos succès. Elle est ailleurs, dans la réponse à la question : dans quel état d’esprit est le peuple français. Que se passe-t-il dans la société dont nous sommes l’écho ? Aussi bien quand des jeunes acclament les députés Insoumis qui viennent les voir dans leur faculté ou leur lycée, ce qui est sans précédent. Ou quand des milliers de personnes viennent à une de nos réunions. Il existe une exaspération à l’égard du pouvoir macroniste. Il a fait naître un sentiment de malaise général devant sa manière de représenter la France. Et aussi sa façon de piétiner des valeurs fondamentales qui animent notre pays, comme le goût pour une société d’entraide, le goût de la solidarité, le dégoût pour l’arrogance de l’extrême richesse.
Au début, ce meeting était prévu dans une série de meetings thématiques. Et il est devenu, un peu par la force des choses, un meeting d’affirmation des principes fondateurs de cette France là.
Vous parlez d’exaspération mais vous savez que cette exaspération peut aussi s’exprimer dans un vote RN.
En effet, l’exaspération va aussi vers le Rassemblement national. Mais moins qu’on le dit. Et je fais partie des gens qui ne croient pas à l’évaluation qui est donnée de son influence ni à l’écart qui nous sépare de Madame Le Pen. Déjà la dernière fois, sur les mêmes bases, avec le même écart annoncé par les sondeurs, à un point près, nous l’éliminions du deuxième tour. Oui, il y a une compétition et il faut l’assumer. Mais il n’est pas question de faire une campagne seulement pour effrayer. Ou de renoncer à toute idée qui pourrait ici ou là déplaire à telle ou telle catégorie sociale. Je crois que c’est le contraire. C’est par la fidélité à la radicalité, qui est propre au peuple français, que l’on peut battre Madame Le Pen. Les Français vont voir en quoi ce qu’elle propose, ce n’est rien d’autre qu’un alignement sur la fraction la plus dure du capital financier en France. Elle vient de le montrer avec son projet budgétaire. Il faut évidemment que le peuple français en prenne conscience, c’est cela l’enjeu. Je ne crois pas qu’il soit raciste, xénophobe ni qu’il aime l’autoritarisme. Il faut nous battre pour notre vision de la société en tant que société d’entraide et non société de discriminations basée sur la fragmentation religieuse, culturelle, de couleur de peau et toutes ces choses qui divisent et nous affaiblissent. D’ailleurs une nouvelle France est là, tellement ouverte et disponible pour le « tous ensemble ».
Le Premier ministre vous accuse de chercher à “bordéliser” le pays et d’instrumentaliser le mouvement lycéen et étudiant.
C’est tellement politicien ! Et tellement banal ! Chaque fois qu’il y a eu une révolte d’ensemble de la jeunesse le pouvoir crie au complot. Tout pouvoir redoute les révoltes de la jeunesse. Et comme il ne peut pas reconnaître ses erreurs, ses manques, sa vision du destin qu’il réserve aux jeunes, alors il lui faut inventer des complots. Tout ça est ridicule. D’abord on ne voit pas comment créer du désordre pourrait nous favoriser électoralement ! On connaît assez notre pays pour le savoir ! Ensuite, personne n’est capable d’organiser une action de cette ampleur. D’une manière générale, quand la société se met en mouvement c’est parce qu’elle a des raisons de le faire et c’est donc sur ces raisons qu’il faut s’interroger.
Aujourd’hui c’est une crise politique globale. Et nous sommes la seule force politique déployée sur le terrain qui va au contact de la jeunesse, qui discute, qui soutient et qui se met en protection contre la sauvagerie policière. Donc oui, LFI bénéficie de beaucoup de sympathie. Et puis il y a un fait : les revendications que présentent les jeunes gens sont dans notre programme depuis… 2017 ! Nous savons depuis longtemps ce qui ne va pas. Le gouvernement est tellement dans le déni qu’il n’a rien vu venir. Et quand c’est arrivé, il n’a rien fait pendant plus de 10 jours. Il espérait que le mouvement s’étoufferait tout seul, que la violence policière feraittellement peur que tout le monde rentrerait dans les rangs. Rien de tout ça ne s’est passé. Et maintenant avec ses atermoiements et son absence, le pouvoir a réussi quelque chose qu’on ne pouvait imaginer : créer lui-même la conjonction des deux calendriers : celui du mouvement de la jeunesse avec ses revendications et celui de la discussion budgétaire à l’Assemblée nationale. Ils ont donc créé toutes les conditions d’une crise politique globale. Car dans ce contexte, qui va refuser de voter avec nous la censure de ce gouvernement ?
Nous accusons le gouvernement d’utiliser la violence « sans retenue » selon le mot du Ministre de l’Intérieur. La Terre entière diffuse des images de ce policier qui tire à bout portant sur un jeune, de cet autre qui maintient quelqu’un la tête sous l’eau. Ce ne sont pas seulement les Gilets jaunes qui ont été mutilés, éborgnés, envoyés par milliers dans les tribunaux et condamnés à des peines de prison ferme : ce sont des milliers de jeunes qui ont été violentés, interpellés et mis en garde à vue. C’est déjà plus que lors de Mai 68. C’est d’une violence absolument démesurée. Je regrette que le système d’information en continu banalise tout cela, comme si c’était dans l’ordre des choses. À la place des revendications des jeunes, des plateaux de télé discutent des images de poubelles qui brûlent !
Vous voyez des ressemblances avec Mai 68 ?
Ce n’est jamais comparable. Mai 68 intervient dans une période d’expansion économique. Ça change tout. Un élan existait là où l’on voit aujourd’hui une déprime générale. Et politiquement il y a un facteur absolument nouveau : ce sont les lycéens et les étudiants ensemble dans l’action, soutenus dès le départ par les confédérations syndicales et tous les syndicats de l’enseignement. Cette conjonction totale n’a jamais existé avant. Ce point de départ est plus large, plus profond et plus rassembleur que celui de Mai 68. Dans le Mai 68 des étudiants, il y avait toute une série de revendications de caractère libertaire touchant le mode de vie. Aujourd’hui, il y a un malaise existentiel immense et les revendications se concentrent sur des aspects très concrets. « Parcoursup » surplombe tout. Il pourrit la vision de l’avenir des jeunes. Là est la racine de leur révolte et de leur déprime. Comme en 1968, c’est vrai, vous avez un pouvoir avec un Président qui ne sait plus quoi faire. Mais la gestion de la police était totalement maîtrisée. Cela n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui, avec sa violence, sa brutalité et son arrogance.
Comment pratiquer la conflictualité que vous avez théorisée tout en espérant rassembler et élargir votre socle électoral, qui agrège peu de retraités ou d’agriculteurs par exemple ?
Un débat sans conflictualité, mais qu’est-ce que ça peut bien être? Le mot conflictualité a été surchargé parce que Monsieur Bayrou en a donné une description brutale qui correspond à l’idée que se fait la démocratie chrétienne en France de la politique. C’est-à-dire un exercice complètement aseptisé, où les dominants font baisser le ton aux dominés. Là on ne traite jamais aucun sujet en allant jusqu’au bout : il faut que tout soit vrai « en même temps ». Je ne suis pas étonné qu’Emmanuel Macron ait été soutenu par Monsieur Bayrou, qui l’a fait gagner. Précisons le mot conflictualité. Je l’entends au sens philosophique, c’est-à-dire celui donné au VIe siècle avant notre ère par le philosophe Héraclite qui disait « le conflit est le père du futur”, c’est-à-dire que la réalité est toujours contradictoire et qu’elle est à la fin le résultat de ces contradictions. Renoncer au clivage quand on est de gauche signifie renoncer à la pensée de gauche elle-même, qui est une pensée d’émancipation, c’est-à-dire de lutte contre les dominations et donc de leur dénonciation.
C’est intrinsèquement lié au programme de la gauche, à sa vision sur le monde. Certains répètent des vieux concepts complotistes : c’est LFI qui organise les révoltes de la jeunesse, c’est LFI qui met du conflit partout. Comme si ce n’était pas la vie qui mettait le conflit partout ! Comment régler les conflits ? Avec des mesures qui permettent radicalement de régler le conflit. Je pense que c’est précisément parce que nous tranchons les questions et parce que nous appelons à les affronter que nous sommes populaires. Personne n’a l’air de se demander comment le candidat le plus âgé est le personnage favori des plus jeunes, ni pourquoi tant de gens de tous milieux sont de notre avis. Les français n’aiment pas tant que cela ce qui est flou et mou. Nous sommes carrés comme beaucoup d’entre eux !
Vous parlez des retraités. La campagne ne fait commencer, donc je me sens assez libre de mes mouvements et je pense qu’il n’y a pas d’autre façon de convaincre que d’entreprendre. Ce qui me paraît le plus fascinant dans ma situation actuelle, ce n’est pas notre succès, c’est la disparition de la droite. Il n’y a plus de droite en France. Il reste quoi ? Un « extreme centre » plutôt collé aux principes d’action et aux grandes idées de l’extrême droite sur la discrimination sociale, le culte de l’argent, et l’indifference à la pauvreté ou à la vie chère.
Le vrai sujet, c’est maintenant que le néolibéralisme est mort à l’échelle internationale. Monsieur Trump y a mis un terme avec ses droits de douane. Mais quelle est la vision de rechange ? Il n’y en a plus, aucune, nulle part. Ma vision, on la connaît : le partage, la société de l’entraide, le rééquipement général de la France. Pour les autres, c’est « on part plus tard à la retraite et les coupes dans les budgets publics ». Ce n‘est pas une vision du monde, c’est un exercice comptable cruel et mesquin.
Pour beaucoup de ménages, faire ses courses, chauffer, se déplacer… Le quotidien devient de plus en plus compliqué à assumer. Quelles mesures concrètes contre la vie chère proposez-vous ?
Dans ce pays, il existe un état d’urgence pour les libertés publiques lorsque le pouvoir estime que les manifestations vont trop loin. Mais quand une masse de la population représentée par 11 millions de personnes passe en dessous du seuil de pauvreté tel qu’il est défini, quand il y a un million de personnes de plus à l’aide alimentaire, il n’est pas prévu de devoir agir d’urgence. La première chose à faire, c’est de reconnaître l’état d’urgence sociale et, à partir de là, sous autorisation du Parlement, de prendre des mesures immédiatement, en annulant tous les délais d’exécution qui, le reste du temps (à titre légitime), existent.
Lesquels ?
Par exemple bloquer les prix. Le gel des loyers, le gel du prix des carburants, de l’électricité et du gaz. La convocation extraordinaire de négociations obligatoires pour pouvoir rétablir un ajustement entre les paies et le niveau du coût de la vie, le blocage des marges. Voilà des mesures très concrètes pour redonner de la respiration à la population alors que nous sommes entrés en récession et que, l’année prochaine, la situation va s’aggraver. De telles mesures sont urgentes car les gens sont en train de s’enfoncer dans la misère.
Votre programme économique n’est pas sans inquiéter certains milieux quant à la hausse des dépenses publiques générées dans un contexte d’endettement.
Il y a deux manières de voir la politique économique. Je rappelle qu’en 2022 on m’accusait de vouloir faire 100 milliards d’euros de dette. Ils ont fait 1 200 milliards de dette ! Ces gens ont échoué lamentablement et maintenant ils viennent encore donner des leçons. Ma politique, c’est celle de la demande, celle des besoins humains à satisfaire. Mon plan, c’est la relance écologique et sociale. La relance remettra l’activité de notre pays en mouvement et remplira les poches des gens et des caisses de l’État. Leur politique est la même depuis des années. Dès qu’on donne un sou à quelqu’un, ils disent « ah ça va coûter »… Le prix du bonheur est toujours excessif pour les dominants. Et le prix du malheur est toujours une fatalité sans importance pour eux. Exemple : ils veulent baisser les dépenses de santé, mais pas un, dans ces milieux bien inspirés, ne propose d’abaisser le nombre des malades en réglant les conditions écologiques sources de maladies et en développant la prévention. Pas un seul de ces « économistes » n’intègre la population comme une réalité humaine, ayant des problèmes d’êtres humains. Donc je ne les prends pas au sérieux. Ces gens sont définitivement dépassés. Ils ont ruiné le pays pour enrichir une poignée de milliardaires.
Votre pronostic pour la primaire sociale-démocrate ?
Je ne m’en mêle pas, par principe. C’est un courant politique en état d’asphyxie, qui s’est montré incapable de se renouveler. Les personnes qui sont dans cette primaire sont des personnes de qualité, certains un peu vulgaires bien sûr, mais de qualité.Mais comment des gens aussi compétents peuvent-ils être aussi faibles quant aux propositions et aux idées ? Ils vivent dans un monde social qui n’existe plus. Le compromis social à la forme sociale-démocrate est terminé parce que le monde del’entreprise a totalement changé. La finance ne négocie pas. En revanche, ma méthode du compromis social avec la planification et le système des aides qui viennent en recevant des contreparties pour la société permet à la société de faire prévaloir ses exigences écologiques sociales. Mais il faut accepter l’idée du retour de l’État. Ne pas simplement croire que le mécanisme spontané du marché va remettre notre économie d’aplomb. Parce qu’il ne le fera pas. Il détruira davantage. Les sociaux-démocrates continuent de croire que le marché est le meilleur régulateur de l’activité humaine. Ils se vouent à l’impuissance et à la compromission dans le cadre des grandes coalitions à l’allemande.
Quelle est votre vision de ce que doit être un Président, que ce soit sur la scène intérieure ou internationale ?
Je ne vous ferai pas l’offense de citer la Constitution. Jusqu’à ce qu’on passe à la 6e République, elle sera respectée. Quant à la scène internationale, je pense être bien préparé à comprendre ce qu’il s’y passe puisque cela fait des décennies que je suis son actualité avec intérêt. C’est l’une des passions de ma propre vie intellectuelle. J’appliquerai une méthode inspirée de ce que faisaient le général de Gaulle ou le président Mitterrand : notre souveraineté avant tout. Certes, nous sommes dans une autre disposition du monde, mais j’appliquerai un principe gaulliste : parler avec tout le monde. Quels que soient les gouvernements – toujours temporaires – on n’oublie jamais que l’on parle à des nations et à des peuples. Ma politique est le non-alignement et le primat du droit international. Je m’y tiendrai et nous en finirons avec la politique macroniste titubante et illisible du deux poids, deux mesures et parfois du silence devant l’inadmissible comme pour Gaza.
Publié le 07.10.2026 à 09:12
6 octobre : Jour de mémoire et de leçons politiques
Ce 6 octobre, nous venons de vivre une journée mémorable. C’est-à-dire une journée qui restera dans nos mémoires par son caractère absolument hors du commun, au regard de ce que nous avons pu connaître jusqu’à ce jour en matière de mobilisation de la jeunesse. Mais aussi, plus spécialement, de mobilisation sous l’ère de la macronie. Déjà, il y aura dans la mémoire collective de plusieurs générations de jeunes d’aujourd’hui, et pour toute une vie, le souvenir de ces journées qui font trembler le territoire politique et ses routines.
Il y a des décennies que l’on n’avait pas vu, comme cette fois-ci, les jeunes des lycées se mettre en mouvement, d’abord dans les quartiers populaires. Puis seulement après dans le reste des secteurs urbains. Autre nouveauté : d’abord la banlieue parisienne, puis l’ensemble du pays dans sa diversité géographique et sociale. Puis ce mouvement a été rejoint par celui des étudiants. Spontanément et immédiatement, il a été massif au point que, pour le 6 octobre, on a constaté 90 % de campus bloqués. Tout cela a déjà été au total, tout à fait extraordinaire par comparaison avec l’expérience des 40 dernières années.
Mais s’y est très rapidement ajoutée encore la magnifique mobilisation des confédérations syndicales de salariés. Et de l’ensemble des organisations syndicales d’enseignants. À ce moment-là, un seuil a été franchi.
Alors, on ne voyait que plus évidemment combien le pouvoir, déjà totalement pris par surprise, déjà incapable de formuler une stratégie de réponse qui permette le dialogue et de faire « atterrir » le mouvement et ses revendications, s’est retrouvé pris dans une impasse destructrice qu’il a lui-même laissé se constituer. Car il est enfermé désormais dans la conjonction du cycle des événements du mouvement et, de l’autre, dans le calendrier de la discussion budgétaire. Et comme si ce n’était pas déjà bien suffisant, il est à présent surplombé par la bienveillante et glaciale complaisance pour les violences policières du ministre de l’Intérieur. Mutilations, brutalités de toutes sortes, démonstrations de force écœurantes entre gaz lacrymogènes et charges à cheval, en voiture ou au pas de course, matraques au vent, sont désormais le seul visage visible du pouvoir et de la macronie.
Et du Palais arrivent d’absurdes provocations sous forme de coupes dans les budgets, imaginées dans un autre contexte. Tout cela laisse entrevoir une censure politique et sociale complète. Et, cette fois-ci, il est peu probable que le PS vienne au secours de la macronie comme il l’a déjà fait quinze fois dans un passé récent. Et de l’autre côté, comment et pourquoi le RN le tirerait-il de là ?
Au total, c’est une situation sans aucun précédent : l’entrée dans une crise politique globale. Mais si l’on veut y réfléchir, quoi de moins étonnant ? Au pays des gilets jaunes, des élections au résultat nié, des gouvernements bidons et des budgets tous passés en force, comment pouvait-on croire qu’il suffirait de se moquer du monde et de toute critique pour que cela passe ?
Nous, LFI avions compris cela dès le début du nouveau mandat législatif après la dissolution en nous positionnant pour la destitution de Macron. Dans les discussions entre nous, il était pour nous évident que la réplique au viol de la démocratie viendrait comme ce fut le cas après 2005 et le viol du non transformé en « oui » en 2008. Mais comment cela viendrait-il et quand ? Évidemment, personne ne le savait. Il fut décidé d’approfondir notre ancrage dans les secteurs qui penchaient déjà nettement de notre côté : jeunesse et quartiers populaires. Nous savions que là se trouve la puissance d’action antisystème. La réalité nous a confirmés.
Une activité contestataire et revendicative dans les entreprises s’observe aussi. Les salariés, pris à la gorge par la vie chère, les tarifs pétroliers confiscatoires, cherchent une issue concrète, une issue politique. L’affluence à nos réunions en atteste. Il est raisonnable d’envisager que cette onde se concrétise. La réaction populaire aux rires des patrons du MEDEF illustre un état d’esprit en miroir : celui de la lutte de classe dans une formulation finalement assez basique. Avec Patrick Martin et le MEDEF rieur, le choc risque d’être frontal et sans nuance.
Après avoir joué la musique de « c’est la faute à LFI », les commentateurs de plateaux ont remballé leur camelote en vitesse au vu des images de la journée du 6 octobre. Trop tard. Le refrain est dans les mémoires. Il agit pour centraliser LFI dans l’affection de la partie adverse, c’est-à-dire les jeunes. Mais il agit surtout pour rappeler la dose de mépris qu’il contient pour l’intelligence des jeunes ! À quoi s’ajoute la rancune contre cette tentative d’invisibilisation de leurs revendications dans une manœuvre bassement politicienne. Cette partie se joue dans son couloir. Elle est décisive. Désormais, existe une plateforme de revendications. Elle est chiffrée. Le gouvernement avait prévu un autre budget pour l’Éducation. Exactement à l’inverse. Ça va piquer. Alors, le calendrier des jeunes s’organise avec des rendez-vous de manifestations et de journées d’action. La protection syndicale et politique de gauche se maintient. Un cadre cohérent se met ainsi en place. L’adversaire gouvernemental peut perdre pied et devoir céder.
Une autre partie se joue, mais très importante pour la formation de l’esprit public même si elle est de moindre niveau. C’est l’identification du rôle de la police. Le président s’en est ému, nous dit Le Parisien : « Il a beaucoup gueulé ces derniers jours parce qu’il considère que la réponse policière était trop dure, sans empathie ». Cette fuite des propos du palais est organisée. Elle montre que l’alerte est arrivée au sommet de la pyramide. Et alors ? Pour six mois avant l’élection présidentielle, plus personne n’est fidèle à personne. Chacun joue son projet perso dans une équipe de gens de moins de 50 ans qui se préoccupe de la prochaine décennie. Une équipe qui n’en est plus une, faute de chef de guerre, faute de candidat confirmé, faute de projet commun, fût-il de court terme.
La police est loin. Hors de portée. Mais elle est la vitrine du pouvoir qu’il le veuille ou non. Celui de la honte et de l’indignation des gens décents. En si peu de temps, les pires comportements se sont vus et ont été officiellement confirmés. Les policiers provocateurs qui jettent des pierres sur leurs collègues et un procureur qui le confirme. Des policiers qui mutilent : dents, œil, mâchoire, main amputée. Un autre tripoteur de professeure. Un policier qui tire sur un lycée un mortier d’artifice. Un policier qui enfonce la tête d’un jeune dans l’eau et un procureur qui l’admet, mais trouve cela normal. Des policiers qui battent des jeunes dans les gardes à vue arbitraires et les violentent vicieusement. J’en passe ! Ils me donnent la nausée. Et avec ça, il y a ce que tout le monde a vu partout, à Paris et en province : quand il n’y a pas de police visible, tout se passe dans le calme. Quand la police arrive, ce sont tout de suite les charges et les gazages tous azimuts provoquant panique et courses de tout côté cavalcades. Au sens propre, avec même des charges à cheval. Les propos du ministre de l’Intérieur ont été à deux reprises absolument glaçants. La première fois en annonçant qu’il ne demandait aucune retenue dans la répression ni aucune limite dans l’usage des armements disponibles.
Puis sur France Inter, refusant toute parole de compassion pour les jeunes mutilés et leur famille sous les prétextes les plus fallacieux, dont il ne reste rien sinon son embarras. Oui : son embarras. Cet homme ne parle pas librement. Ses protestations de soutien aux « forces de sécurité intérieure » sonnent un peu bizarres. On dirait qu’il a peur. On dirait qu’il sait qu’il ne contrôle plus la troupe. Il sait, comme nombre de préfets, que les détachements de la BAC par exemple n’obéissent pas aux commissaires qui les reçoivent en renfort et n’hésitent pas à le déplorer à haute voix. Il sait que maints policiers, restés républicains, désapprouvent l’envoi de policiers provocateurs. Désapprouvent les charges « dans le tas » et le disent à haute voix aux élus. La réforme de la cave au grenier de ce corps de fonctionnaires est désormais une idée approuvée et saluée par beaucoup de monde, parmi lesquels maints policiers de tout grade. Dans ces jours que nous vivons, mûrissent les idées et l’adhésion au programme de rupture. L’osmose qui nous lie à notre milieu de lutte n’est pas une sympathie de simple circonstance.
Publié le 06.10.2026 à 13:18
Que contient le dernier budget de la Macronie ?
Chaque semaine, l’Institut La Boétie dont Jean-Luc Mélenchon est co-président, édite une note intitulée « données et arguments ». Elle sert de référence pour les débats de formation dans les groupes d’action de La France insoumise. Cette note sera reproduite ici dans le but de documenter les mots d’ordre du mouvement et de permettre partout des débats argumentés.
Le jeudi 1er octobre, Sébastien Lecornu a présenté le projet pour le dernier budget de l’ère Macron. Rappelons que depuis 2022, aucun budget n’a été adopté sans l’utilisation de l’article 49.3. Alors que la hausse des taux d’intérêts, qui ne concerne pas que la France mais le monde entier, est utilisée pour justifier le recul de l’État, des services publics et de la sécurité sociale, le Premier ministre se vante de présenter ici « le budget le plus rigoureux depuis des années », c’est-à-dire une véritable purge austéritaire. Il propose 43 milliards d’euros de coupes intégralement supportées par les milieux populaires. Les riches et les multinationales sont totalement épargnés de tout effort. C’est le PIRE plan d’austérité jamais mis en place dans l’histoire de notre pays, à la seule exception de 2012-2013, au moment du pic de la crise de la dette en Europe..
1- Une « année blanche » ou quasiment
Le principe de « l’année blanche » est de geler l’indexation sur l’inflation des revenus versés par l’État. Quand l’inflation est particulièrement forte comme aujourd’hui, les personnes qui touchent ces revenus voient leur niveau de vie chuter. Le budget présenté par Sébastien Lecornu prévoit une quasi année blanche dans tous les domaines.
Pour les fonctionnaires :
Le point d’indice, qui sert à déterminer l’évolution des rémunérations des agents publics, est gelé encore une fois. C’est la 8e fois en 10 ans sous Emmanuel Macron.
Depuis 2017, le point d’indice des fonctionnaires a perdu 16% de pouvoir d’achat.
C’est encore pire sur longue période car le point d’indice a été souvent gelé sous Chirac, Sarkozy et Hollande aussi. D’après le simulateur de la CGT, un fonctionnaire dont le traitement est de 2000 euros net a perdu 664 euros par mois depuis 2000.
Pour les retraités :
Les pensions de retraite au-dessus de 1260 euros par mois ne seront pas indexées sur l’inflation.
Cette mesure concerne les ⅔ des retraités. Le seuil choisi est en dessous du seuil de pauvreté (1337 euros par mois).
Pour les locataires :
Les APL seront gelées l’année prochaine pour les 2,8 millions de ménages qui les touchent.
Pour les familles :
Les allocations familiales sont gelées.
Le budget de l’allocation de rentrée scolaire est amputé d’un quart.
2 – Les collectivités au pain sec
Les collectivités se voient à nouveau rationnées par des baisses de dotations et baisse de la fraction de TVA affectée.
En tout, elles supportent 5,4 milliards d’euros de coupes dans le projet de budget, après avoir déjà subi 5 milliards d’euros en 2025 et 2026.
3 – Les services publics dans le viseur
De nombreux ministères voient leurs crédits réels, c’est-à-dire en tenant compte de l’inflation, baisser. Cela va se traduire concrètement par de nouvelles dégradations dans les services publics.
Le ministère de l’éducation nationale perd ainsi 800 millions d’euros en termes réels. Le budget affiche 3257 créations de postes, mais ce chiffre inclut les élèves-professeurs en formation, alors qu’ils ne sont pas devant une classe. Sans cet artifice, il y a bien 1482 postes de professeurs en moins prévus l’année prochaine.
Toujours en tenant compte de l’inflation, le ministère du travail perd 2,5 milliards d’euros de crédits l’an prochain, avec des suppressions de postes à France Travail, et la hausse de la participation du salarié pour ouvrir ses droits au compte personnel de formation.
L’État écologique est aussi mis en difficulté avec notamment la baisse d’un tiers des crédits de l’Agence de la transition écologique (ADEME) qui ne pourra plus financer autant de projets pour la bifurcation écologique. Des suppressions de postes sont prévues au sein du Ministère de la Transition écologique lui-même mais aussi dans les agences écologiques de l’État : agences de l’eau, Centre d’expertise sur les risques et l’environnement (Cerema), Institut national de l’information géographique et forestière, office français de la biodiversité….
4 – Le mensonge de la stabilité fiscale
Sébastien Lecornu et les membres du gouvernement revendiquent un budget de « stabilité fiscale ». C’est un mensonge. Dans le détail, il y a bien des baisses d’impôts pour les plus riches et des hausses d’impôts pour les milieux populaires et intermédiaires.
La contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises mises en place l’an dernier va diminuer. C’est une baisse d’impôt de 2,3 milliards d’euros pour les grandes entreprises. C’est comme si on faisait un chèque de 6 millions d’euros à chacun des 400 plus grands groupes du pays ! Même si cette contribution ne disparaît pas totalement, elle portera le maximum théorique de l’impôt sur les sociétés à 32,85% du bénéfice, c’est-à-dire moins que le taux normal de 2017.
À l’inverse, le gouvernement veut fiscaliser à 50% les indemnités pour les arrêts maladie de longue durée, jusqu’ici exonérés. Concrètement, cela signifie taxer les malades atteints de cancer ou d’autres maladies graves. Il va aussi augmenter les impôts sur les arrêts de travail pour accident de travail ou maladie professionnelle. Jusqu’ici, 50% de ces indemnités étaient imposables. Désormais, cela sera 100%.
5 – Un budget de soumission au RN
Le projet de budget du gouvernement prévoit de restreindre l’accès aux prestations familiales et aux APL pour les étrangers non ressortissants de l’Union européenne. Il s’agira de la prestation d’accueil du jeune enfant, des allocations familiales, de l’allocation de soutien familial, de l’allocation de rentrée scolaire et des aides personnalisées au logement. Pour toutes ces allocations, il faudra désormais aux étrangers attendre un délai de carence de 12 mois.
Marine Le Pen a souligné une « victoire idéologique » pour le RN dans cette mesure qui prouve selon elle que la priorité nationale « c’est possible ». Ce délai de carence n’aura d’autre résultat que d’accroître la pauvreté et notamment la pauvreté infantile.
6 – Un budget de récession
L’effet de ce budget sur l’économie française risque d’être désastreux. En effet, il frappe d’abord les budgets des ménages au moment où leur pouvoir d’achat baisse déjà sur deux années consécutives, ce qui est inédit depuis plus de 40 ans. Or, la consommation populaire est le principal moteur de l’activité économique en France. L’investissement des entreprises étant en berne depuis plusieurs années, c’est un temps l’investissement public qui a pu le compenser. Mais avec les coupes pour les collectivités et les ministères, ce levier là n’est plus non plus disponible. Si la France plonge en récession, le poids de sa dette publique augmentera mécaniquement plus rapidement, conduisant les taux d’intérêt à augmenter encore. En somme, le dernier budget de la macronie pourrait avoir l’effet inverse de son but affiché : empirer notre endettement plutôt que de nous en sortir.
Publié le 05.10.2026 à 22:16
Conférence de Jean-Luc Mélenchon à HEC
Publié le 05.10.2026 à 17:45