Publié le 06.04.2026 à 17:49
Comment les classes dominantes ont imposé l’inaction climatique à l’ensemble de la société ?
Publié le 06.04.2026 à 17:36
Publié le 03.04.2026 à 20:17
Publié le 06.04.2026 à 17:49
Comment les classes dominantes ont imposé l’inaction climatique à l’ensemble de la société ?
Chaque semaine, l’Institut La Boétie dont Jean-Luc Mélenchon est co-président, édite une note intitulée « données et arguments ». Elle sert de référence pour les débats de formation dans les groupes d’action de La France insoumise. Cette note sera reproduite ici dans le but de documenter les mots d’ordre du mouvement et de permettre partout des débats argumentés.
Nous le savons tous désormais : la crise écologique a atteint un point critique. Nous avons dépassé ou sommes en train de dépasser tous les objectifs que nous nous étions fixés pour la résorber et limiter ses effets. Mais, alors que l’ensemble du champ politique (y compris la droite et l’extrême droite) prétend maintenant faire du combat contre le réchauffement climatique une priorité, il faut rappeler qu’il y a des responsables précis à l’origine de cette situation. Malgré toutes les alertes de la science, les classes dominantes se sont sciemment mobilisées ces dernières années pour empêcher toute action climatique, dans le but de préserver leurs profits issus du « capitalisme fossile ».
1- La catastrophe climatique et la responsabilité des classes dominantes
a) Aucune frein n’a été mis au capitalisme fossile malgré les alertes
=> Nous avons connaissance de la crise écologique depuis des décennies, mais surtout nous savons qu’au point où nous en sommes, elle ne peut être résolue que par une politique révolutionnaire. Limiter le réchauffement à 1,5° comme le demande l’Accord de Paris (2015) implique de réduire drastiquement nos émissions de CO₂, et donc un changement rapide et radical de notre mode de production et de consommation. Même le rapport spécial du GIEC en 2018 le reconnaît noir sur blanc. Depuis 2021, l’Agence internationale de l’énergie nous dit aussi explicitement que pour limiter le réchauffement à 1,5°, on ne peut plus construire aucune infrastructure fossile (mine de charbon, oléoduc, gazoduc, etc). De la même façon, il faudrait que 89 % des réserves de charbon et 56 % des réserves de pétrole estimées aujourd’hui restent inutilisées en 2050.
=> En 2025, le réchauffement moyen était déjà de 1,47°. C’est la 3e année la plus chaude jamais enregistrée. Et c’est la première fois qu’une période de 3 ans (2023, 2024, 2025) dépasse la barre des 1,5° de hausse moyenne. On court droit dans le mur.
=> Pourtant, plus que jamais, le capitalisme fossile continue de croître :
● En 2022 :
○ Profits records du secteur fossile : 4000 milliards de dollars (= le PIB du Japon)
○ Construction de 432 mines, 119 oléoduc et 477 gazéoducs (= 23 fois le tour de la Terre)
○ La Norvège a accordé en une année autant de permis d’exploration (700) qu’au cours des 25 années précédentes !
● Entre 2016 et 2021, les 60 plus grandes banques mondiales ont injecté 5000 milliards de dollars dans les projets d’énergie fossile
● En 2023, l’investissement mondial dans le pétrole et le gaz était déjà 2 fois plus élevé que le niveau compatible avec la limitation du réchauffement à 1,5°.
b) Contre la science, les classes dominantes tentent d’imposer l’idée du « dépassement »
=> Pour justifier leur inaction, les classes dominantes veulent imposer l’idée suivante : on peut tout à fait dépasser temporairement les limites de réchauffement des températures (1,5°) si on arrive à les faire redescendre a posteriori. Autrement dit : on peut continuer d’émettre autant de CO2 qu’on veut, il suffira de développer des technologies de « capture et de stockage du carbone » d’ici la fin du siècle pour réussir à éliminer ce CO2 accumulé. C’est ce que le géographe suédois Andreas Malm a appelé « l’idéologie du dépassement ».
=> Ce projet est illusoire et dangereux. Ces technologies ne sont pas assez développées : aujourd’hui, seul une poignée d’entreprises la pratiquent dans le monde, et sont en capacité de stocker uniquement 45 mégatonnes de CO2, soit à peine 0,1 % des émissions totales. C’est dérisoire. Et même si on arrive à les développer, le réchauffement climatique survenu dans l’intervalle aura eu des conséquences dramatiques, mortelles et irréversibles : montée des eaux, catastrophes climatiques, sécheresses, etc. En réalité, ce projet sert uniquement à préserver le statu quo.
=> Les classes dominantes ont tout mis en œuvre pour imposer cette idée du dépassement dans les cercles de la gouvernance mondiale du climat (les COP, le GIEC, etc). Elles en ont fait un outil totalement incantatoire, non-contraignant, et aligné sur les intérêts du capitalisme fossile :
● Par exemple, l’Accord de Paris ne fixe aucun plafond d’émissions à respecter, et il ne mentionne pas une seule fois les termes « combustibles fossiles » ou « énergie fossile ».
● Dans le rapport spécial du GIEC en 2018, 568 des 578 scénarios envisagés pour limiter le réchauffement à 1,5° impliquent de dépasser temporairement ce seuil…
c) La crise écologique est un « paupéricide » imposé par les plus riches
=> La crise écologique est l’oeuvre des capitalistes et des plus riches :
● 10 % les plus riches = 50 % des émissions mondiales // 50 % des plus pauvres = 10 % émissions
● Entre 2000 et 2025, les 1% les plus riches ont émis 2 fois plus que les 50 % les plus pauvres
● Même les classes populaires des pays riches ne sont pas responsables : entre 1990 et 2019, les émissions par habitant des 50 % les plus pauvres des États-Unis et de l’Union européenne ont baissé d’un tiers, à cause de la baisse des salaires réels et de la consommation !
=> Le capitalisme fossile touchent de plein fouet les plus pauvres :
● Selon l’ONU, 80 % des pauvres dans le monde font face à au moins 1 risque climatique, 60 % font face à au moins 2 risques climatiques, et 30 % font face à 3 ou 4 risques à la fois !
● Il tue : par exemple, l’oléoduc EACOP de Vincent Bolloré en Afrique de l’Est provoquera chaque année la mort de 7661 êtres humains selon l’ONG Global Witness (estimation basse)
● Li’déologie du dépassement est « une peine de mort de masse au nom du caractère sacré du capital » (Malm)
2- La lutte du capitalisme fossile pour préserver ses profits
a) Empêcher « l’échouage d’actifs » fossiles :
=> Pour répondre à la crise écologique, il faut non seulement arrêter de construire des infrastructures fossiles, mais aussi fermer celles qui existent déjà. C’est-à-dire détruire des investissements avant qu’ils aient pu être rentables. C’est ce qu’on appelle « l’échouage d’actifs » : c’est le pire cauchemar des capitalistes.
=> Et pour cause, l’échouage d’actifs fossiles serait une catastrophe pour l’ensemble des classes dominantes, car le capital fossile est extrêmement lié au reste du circuit économique. Autrement dit, si le capitalisme fossile tombe, c’est tout le capitalisme qui tombe avec :
● Les 50 plus grandes banques européennes détiennent, de manière directe ou indirecte, 40% de leur portefeuille total d’actions dans le secteur fossile.
● En 2021 le pétrole brut est devenu le produit le plus échangé dans le monde. Si on y ajoute le pétrole raffiné, il représente à lui seul 8% du commerce mondial total !
● Selon les estimations les plus hautes, la baisse du PIB mondial suite à l’arrêt du capitalisme fossile pourrait être de 185 billions de dollars, soit 60 fois plus qu’après la crise de 2008.
b) Refuser la transition aux énergies renouvelables au nom de la rentabilité
=> Non seulement les capitalistes ne veulent pas mettre à l’arrêt leurs infrastructures fossiles existantes, mais ils n’ont même pas entamé la transition vers les énergies renouvelables. Il y a bien eu une hausse des investissements en renouvelables dans les années 2010, mais aucune baisse équivalente du fossile qui constitue encore 82% de l’énergie mondiale. Pire, les investissements en renouvelables diminue désormais : entre 2024 et 2026, Total a augmenté ses investissements fossiles de + 5 à 10 % et baissé ses investissements renouvelables de – 10 à 20 %.
=> La raison est simple : malgré un coût très faible (le solaire est « la source de production la moins chère de toute l’Histoire » selon l’Agence internationale de l’énergie), les énergies renouvelables offrent moins d’opportunités de profits que les énergies fossiles. La ressource énergétique étant abondante (eau, vent), le coût marginal de production d’une unité d’énergie supplémentaire est nul et donc les prix restent bas. Par ailleurs, l’énergie solaire ou éolienne n’offre pas de possibilité de rente contrairement à un gisement de pétrole ou de gaz. Globalement, le vent ou le soleil sont moins facilement marchandisables que le pétrole et le gaz. Ce qui fait que le taux de rentabilité des énergies renouvelables est deux fois plus faible que celui des énergies fossiles.
=> Bref, si le passage aux énergies renouvelables n’a pas eu lieu, ce n’est pas à cause d’une infaisabilité technique, mais bien à cause des intérêts privés des capitalistes. C’est la recherche de rentabilité qui a conduit à la catastrophe climatique.
Conclusion
Les classes dominantes ont œuvré en faveur de l’inaction climatique, en pleine connaissance de cause. Elles ont fait primer leurs profits privés sur l’intérêt général et les vies humaines. Elles ont très bien compris que la crise écologique appelait une réponse anticapitaliste et révolutionnaire, et font tout pour empêcher cette révolution d’advenir. Dans ce contexte, la tâche du mouvement écologiste n’est pas de demander aux élites « d’écouter la science » ou de « revenir à la raison ». Pour préserver une planète habitable pour tous·tes, il faut construire un rapport de force direct avec ces classes dominantes et viser le démantèlement du capital fossile, responsable de la situation. Pour cela, il faut combiner les résistances « par le bas » et l’instauration d’un pouvoir de rupture en capacité de mener la grande planification écologique dont on a besoin. Le référendum de 2023 Équateur, héritier de luttes commencées avec la révolution citoyenne de Rafael Correa, est un exemple de victoire dans ce domaine : après des mobilisations locales massives, le peuple a pu voter au niveau national en faveur de l’interdiction du forage de pétrole dans la forêt de Yasuni.
Publié le 06.04.2026 à 17:36
Calme avant la tempête
Savourons le temps de calme qui nous est encore donné. D’ici peu l’onde de choc de la guerre d’agression d’Israël et des USA contre l’Iran va déferler plus fort que jamais sur le moindre recoin du monde. Je dis « contre l’Iran » sans oublier que Netanyahu est aussi en guerre contre la Syrie, le Liban et bien sûr déjà largement occupé à exterminer un par un les Palestiniens. Au point que la boucherie manque de bras et que nos plateaux de télé regorgent de débats sur le thème de l’enrôlement de nouveaux soldats pour cette cause criminelle. Je profite de pouvoir le dire avant que la proposition de loi Yadan ne permette peut-être bientôt de l’interdire comme le serait toute critique d’un gouvernement d’Israël.
L’explosion du prix des carburants va frapper encore plus fort l’ensemble de l’univers organisé par la consommation de carburant fossile. Tout ce qui dépend de mobilités imposées et des milliers de productions matérielles en contenant vont être atteint comme par des drones destructeurs adaptés à chaque cas particulier. Le choc se propagera de tous côtés, en chaînes sans doute vite incontrôlables. Et bien sûr, la sphère financière globale sera atteinte pour une généreuse implosion dont la « crise » de 2008 nous a montré la possibilité fracassante. Mais il est probable que cette fois-ci, ce sera pire et plus rapide. Ce sera comme une onde sur la surface de la mer. Une onde atteint vite tous les points de la surface considérée. Ici, c’est la surface mondialisée de la production à notre époque. L’ère du pétrole roi présente sa limite. C’est celle d’un monde.
Et pour aggraver la situation, faisons confiance aux décideurs politiques en place. Ils protègent les profits des fournisseurs de carburant comme ils défendraient le principe de la cupidité elle-même, car elle est au centre des valeurs et de l’organisation de leur monde. Ils vont donc attiser les conditions de la déflagration et des pénuries prévisibles. C’est pourquoi la bataille pour le blocage des prix est au carrefour des problèmes posés. Elle concerne toutes les productions liées aux carburants, de la plus modeste entreprise au plus isolé des particuliers. Ici, cette bataille nous lie à la situation des familles de tout le pays. Elle trace des frontières politiques efficaces pour nos buts de combat. Et chacun a pu voir le large front de protection étendu de l’extrême droite au PS pour protéger les superprofits de Total. Le blocage des prix est donc le marqueur des Insoumis et de Sophie Binet bienvenue à la rescousse au nom de la CGT. Dans maints pays d’Europe, l’affolement venant, des mesures de blocage de type divers sont prises ou proposées par le gouvernement. Pas en France. Macron reste le président des riches qui vont se gorger avec les dividendes que va distribuer Total. C’est le signal qu’il leur envoie. Mais il y a pire, comme le rapporte une ligne prise dans la presse écrite : « on ne veut pas donner raison à LFI. » C’est une constante de l’histoire : les grandes catastrophes s’invitent à l’improviste et passe par la fenêtre plutôt qu’en sonnant à la porte d’entrée. Jeudi prochain, je réfléchirai avec Stéphane Peu, le président du groupe Communiste à l’Assemblée, et Clémence Guetté, co-présidente de l’ILB sur la scène de ILB : « le capitalisme peut-il avoir une fin ». Je crois que quoique la question soit placée sur le plan théorique, elle a une forme d’actualité.
La scène politique générale telle qu’elle est perçue par le grand nombre se modifie en dehors et contre la scène telle qu’elle est construite par l’officialité médiatique. Mais celle-ci ne le sait pas et pour son confort ne veut pas le savoir. Elle continue donc à mouliner les ingrédients qui alimentent le doute et le dégoût général contre elle et ce qu’elle défend. Pour autant, elle n’est pas sans effet.
Il existe une catégorie d’esprits limités qui croit ce qu’on lui dit et en tire continuellement les conclusions de comptoir de bistrot qui est attendu d’elle. Ainsi par exemple de David Lisnard. Il a entendu dire et répéter à la télé que Rima Hassan est convoquée pour apologie du terrorisme et qu’elle aurait apporté de la drogue dans son sac à main lors de sa convocation au commissariat. Il le croit. Il va donc aussitôt vomir sur X : « non seulement pro-terroriste et anti républicaine mais aussi camée. Le tout avec l’argent des contribuables … » Bien sûr, c’est faux. Bien sûr, ce gars est évidemment contre la brutalisation du débat public par LFI. Il est le président des maires de France. Mais il a oublié de passer un petit coup de fil à ses nouveaux collègues persécutés en raison de leur couleur de peau. Et il n’a envoyé personne le représenter au rassemblement populaire de Saint-Denis. Comme Retailleau, il dirait volontiers « la nouvelle France de Mélenchon n’est pas la nôtre ». J’ajouterai volontiers « et vice versa » malheureusement ce n’est pas possible car « la nouvelle France » est un critère incluant tout le peuple français sans distinction, et même ceux qui n’ont eux-mêmes aucune distinction.
À peine sortis des élections municipales, les Insoumis sont déjà déployés sur plusieurs des mobilisations fondamentales du moment. Elles se sont imposées en lien avec des circonstances qui ont rudement blessé l’opinion publique démocratique de notre pays. Il est vrai que dans chaque cas les insoumis y occupent une place centrale qui leur confie une responsabilité singulière : ils sont les victimes désignées comme cibles exemplaires de tous les coups tordus politico-médiatiques et barbouzes.
La réplique anti-raciste à Saint-Denis à l’appel de son maire Bally Bagayoko est un évènement plus ample que le rassemblement pourtant massif qui s’est constitue à l’appel du nouveau maire de Saint-Denis. Si le racisme atteint le niveau écœurant qui est le sien actuellement, c’est que le système y trouve son compte. La domination de l’extrême droite sur la droite et les médias n’est pas un incident de parcours. C’est la réponse d’une époque à une situation d’impasse de son système de domination et d’autorité. C’est évidemment aussi un signal de sa faiblesse. Quelle société peut être durablement dirigée par la seule peur et la haine des autres dont le racisme est le message ? Dans le présent déjà, on en voit tout le grotesque que perçoit quiconque a un minimum d’éducation. En se propageant dans tous les rouages des superstructures, il produit des effets combinés dévastateurs pour la crédibilité de toute autorité. En même temps que se préparait le rassemblement de samedi, il y avait la mise en garde à vue et les fuites médiatiques organisées et propagées à propos de Rima Hassan. Peut-être l’un devait-il masquer l’autre. Peut-être y avait-il un projet à ce sujet dans cette conjonction comme avec la panne de la ligne 13 vers Saint-Denis de 14 heures à 17 heures. Peu importe. Le résultat est un désastre moral pour tous ceux qui y ont participé. Un tableau général s’est dessiné.
La garde à vue de Rima Hassan et ce rassemblement libérateur de la parole des offensés par le racisme jouent un rôle « bouleversant » les consciences dans la profondeur du pays. Tout le monde a senti l’implication du pouvoir macroniste et des tentacules. Elle se note son absence et son silence face à l’agression dont a fait l’objet Bally Bagayoko comme nouveau maire de Saint-Denis. Ou bien à l’inverse par son choix de harcèlement judiciaire de Rima Hassan sous la pression des milieux communautaristes internationaux qui venaient d’interdire sa présence au Canada. Cela ébranle en profondeur des millions de conscience attachées aux principes de l’État de droit, de l’État impartial et du non-alignement international. Mais ne perdons pas de vue aussi qu’il en a été de même aussi sur tout le territoire incandescent de la Kanaky-Nouvelle Calédonie. En effet, le rejet par l’Assemblée nationale du soi-disant « accord de Bougival » invisibilisé dans l’hexagone a été suivi tout du long à la télévision par toute la population de l’archipel, à Nouméa comme à Koné, Hienghène et dans les îles.
La colère populaire est perçue dans les allées du pouvoir à ce jour. Mais pour autant dans chacun des cas que je viens d’évoquer, les états-majors politiques sous-estiment totalement les leçons que la situation suggère à l’esprit public. De même la caste médiatico politique sous-estime elle aussi la riche moisson de soutiens que nous vaut son comportement servile et passionnément partisan en réaction aux évènements. Il est frappant de voir comment le commentaire humoristique passe désormais autant sur les « journalistes » militants que sur les autres « officiels ».
Nous avons dû passer à une phase offensive contre la deuxième peau du système. L’invisibilisation du message de notre meeting de Lyon puis de Perpignan sous prétexte de lutte contre l’antisémitisme, et même de complotisme à propos de l’affaire Epstein a montré l’efficacité du barrage médiatique pour protéger le cœur pourri du système. La manipulation sur la mort de Quentin Deranque à Lyon avait donné à celle-ci un sentiment de toute-puissance impunissable. Sans oublier les pauses indignées et méprisantes à propos des conférences de presse numérique. Il nous reste encore beaucoup de travail et de séquences à produire. Mais pour finir, jamais nous n’aurons connu de contexte plus favorable sur ce sujet. Le dôme de mensonge et de manipulation de l’ennemi doit être traité largement en amont de 2027. Car on doit sans naïveté savoir qu’il se mettra en mouvement quotidien plus tôt sans doute qu’on ne le croit. Il piaffe déjà l’attelage : presse-juges, bavards-policiers, provocateurs-sondages manipulatoires, moyens d’ingérences étrangères. Pire sans aucun doute que pour les municipales.
Signe intéressant le renvoi à son néant pour un journaliste de France Info qui méprisait ses collègues indépendants au cours de la conférence de presse de Rima Hassan. Il voulait jouer le procureur de pacotille qu’il est sur son plateau de bavardage en continu : « qui êtes-vous madame » demande-t-il l’air méprisant et sexiste à l’une de ses consœurs qui prétendait poser une question avant lui. Pas de bol, c’est une correspondante de guerre indépendante. Pour une fois que le poulet d’élevage sortait de son bureau, il s’est bien fait ramasser. Le clivage entre l’officialité et le milieu médiatique indépendant s’affiche désormais. Cet environnement sera celui de notre entrée en campagne présidentielle.
Il est donc important de suivre notre action sur deux fronts à ce sujet. L’un ouvert par Manuel Bompard et la proposition d’une « nouvelle alliance populaire ». L’offre et les répliques négatives sectaires feront l’objet d’une récapitulation publique très minutieuse. Personnalités le cycle des « dialogues ILB » sur les sujets « théoriques » avec des personnalités du parlement, (pour commencer) que nous animerons Clémence Guetté et moi. Puis d’autres. Car le projet est de faire avec cet espace médiatisé un lieu d’interaction sur de grands sujets généraux. Exemple avec la première rencontre à laquelle a accepté de participer le président du groupe communiste « le capitalisme peut-il avoir une fin ? ». Il s’agit de faire vivre la reconstruction d’un tissu de principes généraux partageables, sans enjeux autres qu’intellectuels. Ça plutôt que la bouillie de la répétition des insultes et coups tordus des activistes de la division de la gauche, les Faure-Delga et compagnie ou de Roussel et Tondelier, Garrido. Puis fin mai, l’Institut la Boétie organise son 3e sommet sur la situation économique générale. Nous aurons un colloque de très haut niveau international. Impossible d’agir clairement sans une pensée claire sur le sens des événements.
Publié le 03.04.2026 à 20:17
Semaine de faux plat
Je peux dire que cette semaine a été agitée et riche en événements à petit bruit, mais de longue portée. Certes, la quasi-totalité d’entre eux a été effacée par la légitime colère et angoisse que crée dans notre peuple la hausse monstrueuse des prix du carburant et la déroute embourbée des USA et d’Israël dans la guerre contre l’Iran. Mais la bataille de LFI pour le blocage des prix renforcée depuis par la prise de position de la CGT dans le même sens est bien connue par les prises de position publiques de nos porte-parole. J’y reviens pourtant en fin de ce post.
Samedi à 14 heures rassemblement à Saint-Denis à l’appel du maire Bally Bagayoko contre l’offensive raciste à laquelle son élection a donné lieu dans les médias comme CNews et BFM et les réseaux qui les ont alimentés. J’y serai comme beaucoup d’autres. Mais j’y serai dans la singularité de l’autorité du mouvement qui a porté à la fois l’honneur du bon choix des listes qu’elle a soutenue pour construire l’effet de bascule sociopolitique observé et celui de partager les injures de la classe médiatico-politique qui a déclenché la campagne raciste. Une question du « Parisien » dans l’interview de Manuel Bompard sur tout autre chose retient l’attention. Question du Parisien « Vous comprenez que le concept de Nouvelle France puisse inquiéter ? » On comprend qu’il s’agit d’inclure notre expression dans l’obsession racialiste que souhaite instaurer ce type de média après tant d’autres. On devine ce qu’ils veulent dire et faire craindre : une France des noirs et des arabes dont ils font un prétexte à panique raciste pour l’exploiter électoralement. La réponse de Manuel Bompard est parfaitement adaptée à ce genre de manœuvre de bas étage : « Il n’inquiète que ceux qui font semblant de ne pas le comprendre. La Nouvelle France, c’est toute la France. C’est le peuple français tel qu’il est aujourd’hui : féminisé, précarisé, créolisé ».
Mathilde Panot et Bastien Lachaud portent depuis de longs mois le combat de LFI en soutien à l’action du FLNKS en Kanaky-Nouvelle Calédonie contre le coup de force tenté par Macron contre le déroulement du plan de décolonisation signé et adopté par le vote des Français au bénéfice des populations de l’archipel. Et en premier lieu du peuple premier, les Kanaks, cela va de soi. Ce jeudi, une motion de rejet insoumise était prévue pour le vote de l’assemblée. Le groupe LFI a pensé qu’il était juste et digne de la France que cette motion soit présentée par le député Emmanuel Djibaou pourtant inscrit au groupe Communiste. Ainsi en a-t-il été. La motion a été adoptée. J’avais tenu à être présent dans les tribunes de l’Assemblée pour ce moment historique. En effet, j’ai suivi ce dossier comme parlementaire depuis 1986. Et depuis mon retrait du parlement j’ai été constamment associé au travail de mes camarades sur le sujet. Panot et Lachaud lui ont donné un élan singulièrement puissant. Et ils ont établi des relations de très haut niveau avec les nouveaux dirigeants kanaks du FLNKS. J’ai eu le bonheur d’être invité sur la photo que les ultramarins de gauche ont fait sur les marches de l’Assemblée. C’était un moment de grande plénitude dans ce long combat de décolonisation. La joie tranquille qui se lisait sur les visages en disait long à ce sujet.
Le calendrier normal des votes sur le territoire peut reprendre son cours, à corps électoral constant, ce qui était le cœur de l’enjeu du moment. La Kanaky-Nouvelle Calédonie aura donc des instances vraiment représentatives, sans arrangement de composition du corps électoral pour négocier ce qui doit l’être encore dans la suite de l’histoire de sa décolonisation. « Refuser ce texte, c’est refuser un nouvel acte de la longue histoire coloniale en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, a déclaré le député Insoumis Bastien Lachaud dans l’explication de vote du groupe Insoumis. Déjà en mai 2024, vous avez tenté d’imposer le dégel du corps électoral, sans accord consensuel préalable. Votre inconséquence a déjà causé 15 morts. Pourtant vous tentez de passer en force pour imposer le projet dit « de Bougival ». Le consensus n’est pas là. Trois parlementaires de Nouvelle-Calédonie sur quatre refusent de voter ce texte. La commission des lois en a rejeté tous les articles. Dès lors, discuter de « Bougival » dans cet hémicycle revient à saper les engagements pris par l’Etat lors de l’Accord de Nouméa en 1989. A saper le crédit même de la Constitution. Vous avez tenté par deux fois une révision constitutionnelle sans consensus. (…) C’est pourtant bien le peuple premier, et lui seul, qui dispose d’un droit à l’autodétermination reconnu par le droit international. Et si ce peuple premier a accepté de partager ce droit à Nainvilles-les-Roche, cela n’autorise pas tout. Le consentement de ses représentants légitimes est une condition nécessaire à tout accord ! Vos coups de force et votre parti pris affiché pour le camp anti-indépendantiste rendent ces conditions de plus en plus difficiles à réunir. Vous en portez la responsabilité historique. Tant qu’un nouvel accord consensuel n’est pas trouvé, l’accord de Nouméa s’applique sans limitation de durée. La prétendue urgence institutionnelle que vous agitez n’existe pas. Cette révision constitutionnelle est un acte colonial chimiquement pur. La seule issue conforme à la parole donnée par l’Etat est de convoquer les élections provinciales, d’abandonner « Bougival ». C’est la seule solution pour tirer l’archipel de l’abime dans lequel vous l’avez plongé en mai 2024. »
Évidemment l’adoption de la motion de rejet renvoie la conclusion d’accords sérieux et durables aux lendemains des élections de 2027. Candidature alors quel atout est pour la France comme pour le peuple calédonien la victoire de notre candidature à l’élection présidentielle. Elle seule ouvre un chemin cohérent, non violent et mutuellement accepté.
La France est-elle toujours une démocratie ? Il y avait déjà la négation du résultat des élections de 2024, la reconduite de trois premiers ministres sur la même ligne pourtant rejetée par l’Assemblée nationale. Ce n’était pas rien. Puis sont venus les abus de pouvoir de toutes sortes et les faillites d’autorités mettant en cause les libertés publiques. C’est ce traquenard à Lyon suivi sans aucune réaction minute par minute par la police sans aucune action pour l’empêcher. Et alors même que chaque détail était connu et même photographié par le renseignement le ministre fit mine de croire à la version qu’il laissa colporter du pauvre jeune homme catholique traditionnaliste passant par hasard et pris en chasse par le commando de l’extrême gauche. Puis se déchaina la mise en cause d’un député insoumis, Raphaël Arnault, pourtant absent sur les lieux des faits et tout à fait visible dans l’hémicycle de l’Assemblée au même moment. C’était là quelque chose qui ressemblait beaucoup à une sorte d’opération coordonnée au sommet de l’État et bien insérée dans le calendrier des municipales.
Puis arriva une nouvelle présentation de la proposition de loi Yadan assimilant au racisme la critique de la politique d’un pays étranger pourtant génocidaire. Ce fut une tentative pour imposer par surprise un nouvel agenda parlementaire et faire voter à la hussarde le texte. La manœuvre a révulsé tout l’hémicycle, présidente de l’assemblée inclue ! Il faut dire qu’en plus du reste déjà inacceptable, Yadan avait annoncé à des amis par mails la date du débat encore inconnue alors. On mesure le côté sûr de soi et maîtresse de tout de la députée des Français de l’étranger. Ce texte fait l’objet d’une contre pétition qui rassemble largement l’opinion démocratique du pays y compris chez les plus ambigus de la période récente. Au lendemain du vote de la loi en Israël sur la peine de mort réservée aux palestiniens il existe désormais un immense dégout pour tout ce qui concerne l’accompagnement des persécutions anti palestiniennes. La loi Yadan fait donc littéralement exploser de l’intérieur certains groupes de l’assemblée. Le groupe insoumis, sous l’efficace conduite de Mathilde Panot, a permis que la modification de l’ordre du jour ne se fasse pas. Pendant ce temps, d’autres pensaient que tout irait comme prévu. La cabale contre Rima Hassan a-t-elle pris son élan dans cette confusion, avec la certitude que la loi Yadan serait adoptée à l’heure de la garde à vue ? Cela coïncide avec les horaires.
Il est vrai que Rima Hassan est une proie obsessionnelle pour les réseaux de Netanyahu en France. Ils sont très actifs comme l’a prouvé la révélation de l’activité anti LFI de l’agence de propagande israélienne Elnet pendant les élections municipales comme signalé par le service de renseignement de notre Etat. Bien sûr, le gouvernement n’a rien fait. La justice non plus. L’un et l’autre tolère, on se demande pourquoi, les activités d’infiltration des émirats arabes-unis. Rima Hassan est tout ce que ce type de gens haïssent. Leurs dénonciations à répétition, leur interprétation de la présence judiciaire leur ont permis de faire ouvrir 16 procédures contre Rima Hassan sur simples dénonciations des amis de Netanyahu. Heureusement 13 ont été classées sans suite depuis. Mais trois sont renvoyées en correctionnelle. Personne ne semble se soucier de l’effet de harcèlement. N’importe où ailleurs dans le monde cela provoquerait des tollés. Ici en France on dirait que la justice est devenue un distributeur automatique, sans souci de la vocation d’apaisement inclus dans sa mission au service de la société. Ainsi quand elle a encouragé par une relaxe pour une injure portée contre nous LFI et reconnue comme telle par elle. Elle a ainsi adressé ainsi un signal d’autorisation depuis largement utilisé contre nous pour nous insulter. J’avais prévenu mes amis : porter plainte même dans un cas aussi « évident » (l’auteur nous avait traité de « con », « dégénéré », « mains au cul » et « passionnément antisémite ») c’est s’exposer à ce type de jugement complaisant pour le communautarisme de nos adversaires. Car eux mènent de leur côté une activité hautement concertée qui ne renonce à aucune pression sur qui que ce soit. Raison pour laquelle nous n’avons pas fait appel et ne nous adresserons plus jamais au recours « justice » puisqu’elle n’existe plus pour nous.
Hier encore Rima à du subir 15 heures de garde à vue. C’est la troisième fois qu’elle passe plus de dix heures d’interrogatoire par les intellectuels des commissariats qui semblent lire une longue liste prévue d’avance de questions sans qu’aucun juge n’y trouve à dire et encore moins à redire. Cette fois-là encore, une fuite mensongère sur un usage de drogue donna lieu à un flot de bandeaux télé et visuels de presse écrite. 12 fois de suite sur BFM ! Aucune fuite n’est jamais poursuivie on le sait alors qu’il s’agit d’un délit. Il est vrai qu’il faudrait dire si son origine est dans la police ou dans la justice. En tous cas BFM, la télé de l’armateur, est désormais bien repérée pour le relais de la fachosphère qu’elle effectue. Aussitôt Manuel Bompard face à la cabale mensongère, a exigé des enquêtes administratives diligentées par Laurent Nunez et Gérald Darmanin “pour déterminer comment il est possible qu’une garde à vue soit suivie en direct sur la base de fuites propageant de fausses informations.”. Le coordinateur national de LFI s’est rendu devant la rédaction de BFM et sa réaction mérite d’être connue de mes lecteurs qui l’auraient manquée.
Harcèlement judiciaire, garde à vue au mépris de l’immunité parlementaire, policiers tantôt bavards tantôt inactifs devant un traquenard de Nemesis comme à Lyon, tout cela commence à sentir très fort le retour des méthodes de barbouzes d’une autre époque. Le pompon, ce fut l’interdiction la veille de la 40e édition d’une rencontre annuelle des musulmans pour des raisons extérieures à elle. À la demande des Émirats Arabes Unis dans le cadre de leur infiltration en France contre les Frères musulmans ? Non ! La cause : il serait menacé par l’extrême droite ! Heureusement, la mesure a été aussitôt annulée par la justice. Mais les médias ont tous, sur tous les sujets, fidèlement relayés tout sans recul. Là-dessus, la justice renvoie Rima Hassan et son tweet en correctionnelle en juillet, le jour de la décision rendue dans le procès fait à madame Le Pen. À la date du 16 septembre, arriveront les deux autres pour être bien certain de leur effet pour ouvrir l’année de la présidentielle. Alarme média et fausses fuites : la méthode a été inaugurée pour les municipales à Marseille comme on le sait. Aucune suite évidemment. Voilà la France que nous sommes devenus sous Macron : une barbouziére à ciel ouvert. Il est prévisible que la prochaine présidentielle sera un bain de boue.
Jeudi 9 avril à 19h, l’Institut La Boétie inaugure un nouveau format de travail : les « Dialogues de l’ILB ». Il s’agit d’une série de discussions pour mettre sous la lumière des thèmes transversaux qui interrogent la pensée théorique de la gauche contemporaine. Libre de tout objectif immédiat ou d’implication politique concrète, la démarche vise à comprendre comment est constitué désormais l’espace des idées théoriques dans la gauche française contemporaine.
Pour cela, les co-présidents de l’Institut, Clémence Guetté et Jean-Luc Mélenchon animeront dans un premier temps les dialogues avec les figures des responsables des partis de gauche puis les personnalités engagées qui accepteront ce type de libre échange.
Ces discussions seront organisées dans les prochaines semaines à Paris et seront retransmises en direct. Elles ont pour ambition de permettre un débat apaisé mais exigeant sur plusieurs grandes questions qui traversent la gauche française aujourd’hui – écologie, crise économique, travail… – pour préciser le cadre intellectuel dans lequel les alternatives possibles aux politiques actuelles sont pensées par chacun.
Nous avons l’honneur de recevoir Stéphane Peu, président du groupe communiste à l’Assemblée nationale pour cette première édition des « dialogues de l’ILB ». Le thème large, en interrogeant le point de vue communiste sera le sujet central de cette pensée dans l’histoire : « Le capitalisme peut-il avoir une fin ? ».
On peut penser que les points de vue aborderont les crises que traverse notre modèle de production dans le monde et en France, de l’actualité des luttes de classes, de la voie pour mettre en œuvre une planification écologique et sociale réussie ou encore des manières d’émanciper le travail. Mais, bien sûr, l’initiative de notre invité restera entièrement libre à tout moment du dialogue.
Qui peut payer la facture de la flambée des prix du carburants? Résumons l’alternative : ou bien les multinationales de l’énergie — dont Total Energies, quasi-monopole du raffinage en France — ou bien les citoyens et les petites entreprises ? Soyons directs. L’entreprise dispose d’une capacité d’absorption considérable qui rend le blocage de ses prix financièrement tenable. Car ce sont bien les compagnies pétrolières, dont Total, qui profitent avant tout de la guerre. En effet la grande distribution pratique des marges quasiment nulles (1 à 2%) sur ses stations services. Mais l’essence et le gasoil qui se trouvent actuellement dans les cuves des stations services ont été extraits au minimum plus d’un mois avant le début de la guerre ! Ils ont donc été achetés, puis transportés et raffinés à une période où les cours étaient bien plus faibles. Voilà pourquoi selon le Financial Times, Total vient de réaliser déjà près d’1 Md de profits en un seul mois après avoir acheté tout le pétrole brut produit aux Émirats arabes unis et à Oman, disponibles à l’achat en mars pour chargement en mai. La société a profité de sa position pour rafler tout le pétrole qui passe ailleurs que dans le détroit d’Ormuz. Donc pas de risque de casse industrielle si on bloque ses prix.
On nous dit que cela va coûter de l’argent à l’État. Ce n’est pas vrai. L’État ne va pas débourser un seul centime d’argent public. C’est Total qui devra rogner sur ses marges. En réalité, ce sont toutes les autres solutions privilégiées qui coûtent de l’argent à l’État. C’est le cas d’abord du chèque énergie. Il fonctionne selon une logique simple : l’État paye la note ou la facture à la place des particuliers. Autrement dit, ce sont les contribuables qui financent les superprofits de Total. Le chèque énergie annoncé récemment par Sébastien Lecornu est en réalité une vaste fumisterie. Ce n’est pas un dispositif nouveau : chaque année à la même période, les ménages éligibles en bénéficient. Les budgets austéritaires réduisent d’ailleurs leur nombre : il y en a 1 million de moins cette année par rapport à 2024. D’autre part, le montant du chèque énergie n’est pas revalorisé, de sorte que cela n’absorbera pas l’explosion des prix à la pompe. Quant à la baisse de la TVA demandée notamment par le Rassemblement national, c’est du même acabit : dans ce cas, l’État se prive de recettes fiscales au profit des compagnies pétrolières. Qu’il s’agisse du chèque énergie ou de la baisse de la TVA, aucun de ces dispositifs n’empêchera les prix d’augmenter : ils laissent tous deux les mains libres à Total pour imposer des prix à la hausse.
L’Insee prévoit déjà un retour de l’inflation au printemps et au cours de la deuxième moitié de l’année. Les prix de l’énergie et des transports seront d’abord concernés, mais cela va en réalité se propager à toute l’économie. Au secteur agricole notamment, qui est fortement consommateur de gazole non routier mais qui connaît également des difficultés à s’approvisionner en engrais. Plus globalement, il y a du pétrole partout dans ce que nous consommons, sous une forme ou sous une autre ! Les composants issus de la pétrochimie sont essentiels dans la chimie, les technologies, et dans de très nombreux secteurs de l’industrie manufacturière.
Et la nationalisation ? Cet épisode peut légitimement reposer la question pour cette compagnie ancrée dans l’histoire très profonde de notre pays. Dans la période récente Total, c’était une entreprise publique de 1924 à 1993, opérant en quasi-monopole sur le raffinage français. Tel est l’assisse qui lui permet de faire à présent des superprofits. Si la nationalisation permettait de monter à 67 % comme l’Etat le fait en Norvège avec Equinor, cela permettrait de capter 51 % de la richesse produite par Total au profit de notre peuple. Nationaliser permettrait de reprendre la main sur le secteur stratégique de la transition décarbonée de notre économie ! C’est-à-dire de réorienter les profits vers les investissements pour les énergies renouvelables et non sur la suite sans fin des énergies fossiles.
Comme on le voit, les crises offrent des opportunités de réflexion. Mais aussi pour des décisions qui paraissent alors plus naturelles aux opinions publiques.