Chayka Hackso et Viciss Hackso
Le hacking social est une méthode plus qu’une doctrine, méthode qui tend à transformer les environnements sociaux vers plus d’autodétermination des personnes, plus d’altruisme, plus d’autotélisme, plus d’intelligence sociale, émotionnelle et cognitive dans les structures et systèmes, moins de souffrance, moins de domination, moins d’injustices, moins de discrimination, moins de manipulation, etc.
Publié le 25.04.2026 à 13:54
[revue du web] Les mythes néolibéraux de la dopamine ! (spoiler, c’est de droite :D)
Je vous avais déjà rapidement évoqué le besoin de démystifier les mythes au sujet de la dopamine dans le dossier sur l’addiction aux jeux vidéo (si vous l’avez loupé, il est ici :
Comment ne plus être « accro » aux jeux-vidéo… [AJV1] – Hacking social ). Or ces mythes ont une emprise que je n’imaginais pas à ce point délétère !
Et pour comprendre le phénomène médiatique autour de la dopamine, il y a d’abord l’excellente vidéo de Sabine :
Je vous invite à la voir, mais si vous voulez un résumé, ici Sabine enquête ici sur la dopamine détox, une méthode de développement personnel visant à restreindre les plaisirs immédiats pour accroître la productivité. Elle explique que ce concept repose sur une interprétation simpliste des neurosciences, transformant un neurotransmetteur complexe en un simple levier de motivation. Derrière tout cela se cache souvent une morale puritaine héritée de valeurs religieuses, valorisant l’effort constant au détriment du repos. Bien que s’éloigner des écrans puisse être bénéfique, Sabine souligne l’absence de preuves scientifiques quant à une réelle réinitialisation du cerveau et que cela risque de générer une culpabilité inutile face aux loisirs non productifs.
Et si vous voulez pousser un peu plus loin pour comprendre facilement au niveau neuro ce qu’est la dopamine, pourquoi les compléments vendus sont carrément dangereux et à quel point on devrait penser plutôt à la noradrénaline pour nos problèmes d’attention, pourquoi le développement personnel n’en parle pas, je vous conseille cette excellente vulgarisation de Za :
En résumé, Za nous explique comment des compléments alimentaires sont vendus sans régulation malgré des risques psychiatriques graves, cerné par des mythes faux autour de la dopamine. La Dopamine n’est pas « molécule du plaisir » que ces mythes laissent entendre et en réalité orchestre le désir et l’action, tandis que la noradrénaline gère la concentration et la vigilance. Cette confusion est entretenue par un discours néolibéral du développement personnel, qui transforme des enjeux sociaux et environnementaux en problèmes de gestion individuelle, occultant les causes structurelles de notre épuisement. Et c’est pour ça, que malgré beaucoup de discussions sur l’attention, le champ du développement personnel ne parle jamais de la noradrénaline qui elle, pointe du doigt les problèmes structurels, les conditions de vie surmenantes qu’on subit.
Et voilà ! J’espère que ça permettra de déconstruire ces idées fausses autour de la dopamine et chercher davantage dans l’environnement ce qui nous plombe ou nous envahit de trop de noradrénaline 
Bon week-end à tous !
Publié le 23.04.2026 à 15:14
Nos projets refusés par le CNC…
Hier, on a fait un live pour vous révéler nos projets cachés… mais finalement refusés.
On résume rapidement ce qui a été dit et montré.
Vous pouvez découvrir directement les pitchs des projets ici :
L’histoire des demandes au CNC
Début 2025, on rencontre Marie Camier, qui a accepté de nous aider à faire financer la suite des autoritaires et d’autres vidéos complémentaires sur la psycho politique : le projet est extrêmement ambitieux et demande des moyens que nous ne pouvions pas engager, il y a besoin de pouvoir embaucher d’autres personnes. Nous avons la chance considérable de pouvoir continuer notre activité habituelle grâce à vos tips, mais l’embauche est impossible. De plus, nous nous refusons, comme vous le savez peut-être déjà, à nous faire monétiser par la publicité ou par sponso. Ainsi l’aide du CNC nous est apparue pertinente.
Marie nous a accompagné pour préparer le dossier, et nous l’avons déposé avec nos scripts et un pitch vidéo :
Le CNC refuse : ils n’ont pas apprécié qu’on fournisse trop d’éléments (les scripts), n’ont pas compris notre univers, ni le lien entre les deux vidéos.
En conséquence il n’a pas été possible de relancer de suite des Autoritaires, sa production est condamnée à être lente en raison de l’absence de moyens matériels et du fait que Chayka y travaille seule. Ceci étant dit, le projet n’est pas abandonné, c’est juste plus lent.
Avec Marie, on décide donc de faire une nouvelle tentative au CNC, en préparant l’après Autoritaires avec une série qui serait une réponse à la première : Les autodéter’
Les remarques du CNC nous ont poussé à peaufiner notre concept, et vu qu’ils n’avaient pas compris notre univers, on a misé sur une esthétique assumée, claire, et sur un pitch dynamique montrant notre direction artistique.
Depuis plusieurs années, Chayka souhaite explorer les univers cyber, c’est à la fois conforme à la philosophie du Hacking Social, mais c’est aussi une excellente esthétique pour vulgariser les sciences humaines et sociales en utilisant le monde informatique comme analogie des interactions humaines.
Désireuses de travailler avec des artistes, de mélanger les genres, nous avons voulu travailler avec des musiciens de la scène électro, tel que Scorch qui nous a fait l’honneur de nous autoriser à utiliser ses compositions et à travailler avec nous.
Prenant en compte le fait que le CNC ne voulait pas trop d’éléments, nous avons fait un dossier synthétique, rapide à lire, pour que d’un coup d’œil on comprenne notre visée.
Ainsi, l’été 2025, nous avons développé ce pitch :
Et déposé ce dossier : Les Autodéter’ – V2
Les relecteurs ont très bien reçu le dossier, et nous ont vraiment porté avec de bonnes évaluations pour maximiser nos chances d’être validé par le jury final. Nous les remercions.
Malheureusement, c’est au niveau du jury que ça a bloqué. Voici les principaux arguments qui font que le dossier a été retoqué :
- Ils ont détesté l’esthétique cyber, estimant que ça ne collait pas à la psychologie qui se doit d’être “chaleureuse” selon certains membres.
- Ils ont trouvé le pitch trop dynamique, s’imaginant à tort qu’on voulait avoir un tel rythme pendant une heure par épisode.
- Certains se sont demandés si le pitch n’a pas été réalisé par IA générative, nous reprochant de ne pas l’avoir signalé. Or, tout a été créé par Chayka sous after effect sans recours à de la génération IA. D’ailleurs aucun de nos projets vidéo actuels (les Autoritaires, les Autodéter’, HUB 404) n’utilise la création de séquences (audio/vidéo/image) par IA gen. La chaîne Hacking Social est désormais conçue comme une chaîne générée par Intelligence Organique (IO) et non par IA. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a demandé l’aide du CNC : le financement devait nous servir à embaucher et rémunérer comme il se doit une équipe technique et artistique 100% humaine.
Suite à ce nouveau refus, nous avons décidé d’abandonner toute tentative d’aide au CNC talent. De toute évidence, notre univers semble incompatible avec les attentes d’une telle commission.
Mais nous n’avons pas abandonné pour autant.
Grâce à Marie, nous avons tenté de nous approcher d’un diffuseur. Nous ne le citerons pas par soucis professionnel, d’autant que nous sommes en bonne entente avec eux et nous nous sentons proches de leurs valeurs.
Naissance de HUB 404
Nous avons repris des éléments des Autodéter’, en gardant l’aspect cyber mais en plus “doux”, et en développant le concept de simulateur social.
Dossier : Hub 404 – V4
Le diffuseur a été intéressé, mais le projet était trop proche d’un projet interne qu’ils développent de leur côté. Ils n’ont ainsi pas voulu donner suite à l’accompagnement de cette série.
Et maintenant ?
Même si nous avons abandonné l’idée de soutien public ou par diffuseur pour le moment, ce n’est pas pour autant que nous tirons un trait sur ces projets.
HUB 404 est le projet qui cristallise le plus ce que nous avons envie de faire, mais nous allons le fusionner avec celui des Autodéter’, et nous lâcher plus dans l’aspect politique et engagement, y joindre possiblement Gull et technicien (c’est encore en discussion collective ).
La serie s’inscrirait dans le contexte de la montée de l’autoritarisme et des échéances 2027, visant notre empuissantement collectif, notre esprit critique prosocial (debunker pour le bien être et la force des gens et pas les mettre six pied sous terre), plus d’autodétermination et de résistance altruiste.
C’est pour cela que Hub 404 devient notre priorité, et qu’on est prête à prendre des risques matériels pour le concrétiser ( une partie auto financée).
On explore actuellement avec Marie et d’autres personnes des pistes de financements, un calendrier de production, les moyens requis, etc.
L’une de nos pistes, c’est le financement participatif. C’est aussi la raison pour laquelle on vous donne la genèse de ce parcours de plus d’un an, savoir ce que vous en pensez, et si vous seriez motivés à nous aider à porter ce projet ?
Clarifications sur notre avis sur le CNC
Non le CNC ce n’est pas l’argent de vos impôts !
Il y a pas mal de mystifications autour du CNC, notamment par l’extrême-droite qui diffuse l’idée fausse que l’argent du CNC proviendrait des impôts sur les gens : c’est faux. Cet argent provient en partie des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, et Microsoft )
Non, le CNC n’accepte pas que les gens à gauche parce qu’ils seraient à gauche
On est très clairement à gauche et pourtant cela ne nous a pas aidé, nous avons bien été refusé deux fois.
Non, harceler et accuser le CNC / les gens des commissions n’est pas une méthode convenable pour améliorer les choses
Il y a un véritable besoin de continuer à soutenir l’autonomie des créations françaises, pour que les createurices ne soient plus à la merci des algorithmes, de sponsors et autres dépendances extérieures. En ces temps d’ingérence, c’est même plus que nécessaire de conserver des moyens autonomisant de création. Nous estimons qu’il y a un besoin de soutenir les createurices par un financement public vertueux.
Harceler des gens n’est pas tolérable.
Pour comprendre mieux la situation nous vous renvoyons à ce qui a été dit par le collectif du 11 avril ici :
Et les autres news !
Bretons on vient à votre rencontre !
À Morlaix, au 2D, le 1er mai, nous aurons la joie de venir à votre rencontre pour échanger autour des autoritaires :

et à Brest, le 24 mai après-midi, au Patronage laïque de Guérin. Nous proposerons un atelier pour décortiquer les problèmes dans les mouvements militants et chercher, ensemble, des pistes de solutions :

Plus de communication et partage sur la page Tipeee et Patreon
En raison des tensions qu’il peut y avoir sur les réseaux sociaux, on a été de plus en plus frileuses à y partager des découvertes ou discuter ; on imagine aussi que c’est plus difficile pour vous de vous exprimer. Ainsi, on va maintenant communiquer davantage via la page Tipeee et Patreon, ici :
L’énorme avantage c’est qu’ici, des trolls et autres haters ne devraient pas vous tomber dessus si vous vous exprimez, il sera donc beaucoup plus facile de communiquer entre nous et d’échanger peut-être même plus. De notre côté, on s’est beaucoup autocensuré et cela va peut-être permettre de progressivement effacer cette autocensure qui ne relève parfois même pas de sujets à polémique, mais simplement positif (par exemple “cacher” des enthousiasmes pour des œuvres qu’on aurait voulu vous partager).
On va y aller progressivement le temps de prendre nos marques, mais l’idée serait même d’y partager plus ou différemment.
Un immense merci à vous, pouvoir partager en live ces refus dont on ne pouvait pas parler jusqu’à présent a été en soi un grand soulagement, et votre soutien formidable. Merci encore !
Publié le 05.03.2026 à 13:37
Suite à nos lives sur les comportements toxiques dans les mouvements politiques (et notre quête pour découvrir s’il existe une conception solide de l’autoritarisme à gauche), nous vous partageons comme promis le schéma temporaire qui a été construit avec vous :
[vous pouvez cliquer sur le schéma pour le voir mieux et zoomer ; flèches en rouge, corrélations négatives ; flèches en vert, corrélations positives ]

On publiera des articles à ce sujet plus tard. En attendant, tous les lives sont disponibles dans cette playlist :
https://www.youtube.com/watch?v=W97h3tLyi24&list=PLTVDuoFsInfL8OR4rpN5UyWHqVitJS2K7
A noter qu’on précise que non, ce ne sont pas que des comportements, dispositions, styles, attitudes, croyances qu’on ne retrouverait qu’à gauche. Des centristes, des gens de droite, d’extrême droite et des apolitiques peuvent les porter.
Dans certains cas, il y a même des éléments de ce schéma qui ont des corrélations très connues avec les caractéristiques autoritaires de l’extrêmes droite. Je vous laisse comparer avec ce résumé en image de ce qu’on sait des autoritaires de droite :

[MQC] Le potentiel fasciste, l’autoritaire et le dominateur. – Hacking socialAttention, comme on l’a dit dans les live, ce n’est pas parce que c’est de la psychologie sociale que cela « psychologiserait », « psychiatriserait », « pathologiserait » les autoritaires : rien dans ce schéma n’est en soi pathologique, ni appelant à mettre sur un divan ou à soigner. Ici si les caractéristiques individuelles sont regardées, c’est pour y voir le reflet de la société et ce qu’elle fait au gens, et en regardant la société on voit aussi ce qu’elle fait aux individus. Autrement dit, si des gens développent ces éléments toxiques, c’est parce que pour diverses raisons, les environnements sociaux de ces personnes, valorisent, encouragent, récompensent ces comportements et attitudes, ils y gagnent quelque chose (psychologiquement, matériellement, socialement, etc ).
Ceux qui diffuserait une psychologie qui exclue la causalité sociale de leur pensée, de leurs explications, de leurs recherches (pour à la place tout rejeter sur la faute de l’individu) le ferait davantage pour des raisons idéologiques, culturelles, par biais d’attribution (internalité allégeante par exemple), ou par méconnaissance de la psychologie actuelle. Ceci ne s’alignerait absolument pas au professionnalisme et sérieux de la discipline et des recherches actuelles. Même en clinique, donc une psychologie qui s’occupe du soin de l’individu, il y a toujours une prise en compte des problèmes sociaux ; on sait depuis des décennies que des pathologies ne sont en fait que le résultats de méfaits causés par des environnements sociaux maltraitants (par exemple la question des TDI ) et pas un manque d’efforts individuel.
A noter que le sujet n’est pas encore terminé, mais nous sommes en pause pour des raisons de santé (pas d’inquiétudes tout va bien !).
Si vous avez loupé un des lives je les remets ici aussi :
Publié le 09.02.2026 à 10:00
★Ne plus être instrumentalisé par la manipulation Darvo
Ceci est la suite (et fin) de cet article qui explique le Darvo : Darvo : une manipulation mentale cauchemardesque
Un témoignage de Chayka concernant un darvo qu’elle a subie : Ce DARVO n’est pas le mien !
- Un résumé de la manipulation en image :

L’excellente nouvelle apportée par les études est que connaître la méthode du DARVO permet aux spectateurs de ne pas tomber dans le panneau : dans une étude de Harsey et Freyd, on présentait à des personnes des récits d’agression avec ou sans Darvo. Les personnes ont moins cru la cible, l’ont rendue plus responsable de la violence qu’elle avait subie. Puis ils ont renouvelé l’expérience, mais cette fois en informant certains participants de ce qu’était la méthode du DARVO : ceux qui avaient reçu cet enseignement croyaient davantage la cible et l’auteur de violence était perçu comme moins crédible1.
★ Chercher à comprendre ce qu’est le Darvo
Cependant, vous voyez le coup venir : des agresseurs ou leurs soutiens actifs pourraient informer de la méthode du Darvo pour accuser les cibles de le faire, alors qu’elles essayent juste d’alerter sur la violence qu’elles reçoivent. Et je n’expose pas cette idée saugrenue par hasard : la première fois que j’ai entendu parler du Darvo, c’était parce que je faisais des recherches sur le Gamergate, donc un contexte où des cibles de harcèlement étaient accusées d’être de méchantes manipulatrices utilisant le Darvo, donc « méritant » selon les agresseurs encore plus de harcèlement violent. Le serpent se mord la queue. Cependant, dès lors qu’on cherche des faits sur ces personnes accusées de Darvo, leur narratif manipulatoire ne tient pas : on ne trouve que des mensonges, des inventions totales, des centaines d’étiquetages violents voire indécents et pervers. Par contre pour eux, il y a au contraire des tonnes de faits, de structures élaborées spécifiquement pour harceler et des traces de dizaines de manœuvres perverses menées par les agresseurs, sourcées solidement, que les cibles ont à peine pu canaliser. C’est vraiment prendre les gens pour des idiots, y compris leurs propres « alliés » que d’avoir tenté de faire passer ce harcèlement massif pour une critique des médias légitimes.
- Une accusation de Darvo ne prouve pas qu’il y en a un, il y a besoin de voir où sont les violences primaires (par exemple la liste qu’on a vu précédemment) et secondaires (négation des faits et violence secondaire retournant l’accusation). Accuser les cibles de Darvo alors qu’elles n’ont pas agressé c’est pratiquer le darvo.
Ainsi, c’est à cause de ce genre d’affaires sur Internet que j’ai insisté sur l’importance de distinguer les faits des étiquettes. Les agresseurs ou soutiens de l’agresseur ont des versions des faits peu solides et visant un jugement de la personne comme étant une mauvaise personne. L’idée est de pourrir les réputations, tout simplement, et ils ne voient pas vraiment l’intérêt de travailler les faits puisque — et malheureusement ils ont raison — les gens ne cherchent pas nécessairement à savoir quels faits concrets se cachent derrière la mauvaise réputation, ou se contentent de croire ce que dit leur groupe, sans chercher à comprendre le phénomène.
★ Demander les faits concrets derrière l’étiquette négative permet parfois de révéler un Darvo.
Ainsi sur Internet, la simple demande de faits permet de révéler les Darvo et autres tentatives de manipulation, puisque l’agresseur n’en a pas et que ces accusations sont totalement gratuites, voire complètement mensongères. Il va tourner autour du pot en changeant de sujet, tenter de faire croire qu’on a mal compris et qu’il parlait d’autre chose, insulter de nouveau avec une virulence renouvelée. On peut le faire en tant que spectateur ou cible, par exemple en demandant qu’est-ce qu’on a fait de mal qui justifie l’étiquette de *insérer ici une insulte ou une accusation* : si la personne n’a rien à donner de concret, c’est qu’elle voulait juste s’en prendre à vous gratuitement. Si au contraire elle peut expliquer des faits concrets qui sont totalement cohérents avec l’accusation (par exemple vous accuser de racisme et vous rapporter vos propos racistes), c’est légitime de sa part au vu des offenses que vous avez commises. Attention quand même à ne pas jouer au juge et à l’enquêteur exigeant un niveau de preuve indécent : si on une personne rapporte un viol de la part de celui qu’elle traite de connard par exemple, le terme « viol » renvoie déjà à une forme de fait contrairement à juste connard qui est une étiquette qui est floue sur les comportements problématiques.
Comprendre qu’un militantisme, un engagement pour une cause n’a pas un besoin viscéral de s’acharner sur une personne sans pouvoir politique important, étant donné que les causes pour lesquelles on s’engage sont généralement des problèmes structurels qui ne seront pas réglés par la punition, la correction, le contrôle sur cette personne.
J’en ai parlé déjà de long en large dans le dossier sur le militantisme déconnant et récemment en live ici :
Par exemple s’acharner sur le carnivore si votre cause est l’antispécisme ne va pas protéger les animaux, vous acharnez sur l’influenceur qui utilise des outils ou consomme des produits peu écologiques ne va pas résoudre la question du réchauffement planétaire, harceler la créatrice ou le créateur que vous ne trouvez pas assez politisé ne va pas augmenter le taux de vote et d’engagement politique. Au contraire, toutes ces façons de faire ça pourrait avoir l’effet inverse à cause de la réactance.
Sur la réactance :
Les nouveaux auront alors peur de s’exprimer mal ou de partager leur engagement, et les motivations à cet engagement ne reposeront que sur des motivations de piètre qualité (peur d’avoir honte par exemple) qui n’aident pas. Attaquer des gens lambdas au nom d’une cause est connu pour être une tactique de sabotage de mouvement, par des infiltrés2. C’est donc à éviter si vous tenez à votre cause et que vous ne cherchez pas à la saboter. Ce n’est pas de la force de faire ça, et une cause honnête et réfléchie n’exige en principe pas de ses membres ce niveau de violence pour qu’elle soit reconnue et acceptée, sauf à être d’extrême droite (donc validant la violence), avoir des mécaniques sectaires ou de gang.
La violence contre un individu est une méthode qui n’a de l’utilité que dans des contextes d’urgence où l’employer pourrait arrêter le problème, comme réussir à maîtriser un terroriste qui s’apprête à tuer des centaines de personnes, stopper des plans de meurtres, empêcher des violences. Par exemple la potentielle violence que pourrait déployer les blacks panthers pourrait être tout à fait légitime, car ils ne vont pas l’initier, mais l’employer en légitime défense pour protéger les gens des milices violentes que sont ICE :
Ainsi il n’est pas inutile de se rappeller ce qu’est une légitime défense :
★ Légitime défense : on a le droit de se défendre ou de protéger quelqu’un par des moyens violents, du moment que l’attaque est injustifiée, qu’on le fait immédiatement, que c’était la seule solution, et qu’on le fait de façon proportionnelle (doit être d’égale gravité à l’attaque)3. Ce concept peut être manipulé pour inverser les blâmes, ou d’une façon qui n’inclut pas ces caractéristiques (l’attaquant dit que c’est de la légitime défense, mais son attaque était plus grave que le méfait initial, n’était pas nécessaire à la protection, etc.
★ Se rappeler qu’on est toujours responsable des actes de violence qu’on mène, quelles que soient les explications.
Pour éviter de se faire instrumentaliser par le Darvo, se rappeler qu’on est toujours responsable de nos actes n’est pas inutile. Les agresseurs menant du Darvo tente d’avoir des alliés-pions qu’ils vont convertir à la violence contre une cible, ce qui est pratique pour eux, car ils ont la violence, mais sans se salir les mains et être inquiétés. Vous pouvez être utilisé comme un pion et cela ne peut que vous desservir parce que, quelles que soient les configurations, participer à des comportements préjudiciables sera jugé de votre responsabilité devant un tribunal, qu’importe les raisons qui vous ont influencé à le faire, la liste des violences reste une violence dans tous les cas.
Et même si nous avions des structures de justice différentes, telles que la justice réparatrice ou transformatrice, cela ne change pas la nature de ce qui est considéré comme une violence : par exemple, dans l’article x on voyait des personnes accusées d’inceste qui ont été prises en charge par leur communauté à toutes les étapes en justice transformatrice. Et la première étape était de les sortir du déni pour qu’elles puissent mesurer en pleine conscience la violence injustifiable, intolérable de leurs actes. Ce processus de responsabilisation, d’endosser ses actes comme de sa responsabilité et endosser le devoir de réparation vise à éviter toute récidive. Ces justices alternatives n’excusent pas les violences, bien au contraire, et le travail qu’il y a de compréhension des éléments sociologiques, psychologiques, politiques et culturels alimentant la violence est fait en plus de cette responsabilisation, justement pour tenter d’apprendre à dépasser des conditionnements et des déterminations qui mèneraient à la violence. Par exemple, les offenseurs dans l’article x apprenaient comment la colonisation avait participé à détruire des structures culturelles dont il aurait eu besoin pour développer des interactions pacifiques et hors de la violence, et ils se sont attelés à dépasser tous ensemble ce problème pour que la violence ne se reproduise plus, travaillant individuellement comme socialement. Bref tout ça pour dire que non, les éléments explicatifs sociologiques, psychologiques, politiques, culturels relevés ne sont pas là pour tracer une destinée sordide, mais pour relever tous les problèmes à surmonter en même temps, ou travailler individuellement et collectivement à la fois pour résoudre les problèmes. Un agresseur qui se cache derrière les déterminations sociales, psychopathologiques, politiques pour se déresponsabiliser a un chemin de prise de conscience à faire pour endosser ces actes en même temps qu’une transformation collective de la société, qu’on soit en faveur d’une justice classique, réparatrice ou transformatrice, de droite ou de gauche. Par exemple dans l’ouvrage « L’Homme qui voulait cuire sa mère », Magali Bodon-Bruzel, une psychiatre s’occupant de personnes ayant commis des crimes sous l’impulsion de délires travaillent en premier lieu à faire émerger de façon sécurisante la prise de conscience de l’acte de crime, afin que la personne puisse s’engager dans tous le travail qu’il y a à faire pour ne plus recommencer. Il est particulièrement validiste et psychophobe d’associer les troubles à d’implacables et inévitables comportements antisociaux, parce que de nombreuses personnes à fort troubles n’emploieront jamais la violence, même dans des conditions de vie délétères. Ainsi les agresseurs qui mettent sur la responsabilité de leur comportement antisocial sur leur trouble révèlent en fait un manque de prise de conscience pour les effets de leurs actes, et opèrent par là même une association trouble-antisocialité très injuste pour les autres personnes pacifiques ayant les mêmes troubles.
- La violence (qui n’est pas de la légitime défense) n’est pas une force, mais un manque d’accès à l’imagination des possibilités quant à la résolution de problèmes ou de façon d’être en relation sociale avec autrui
Cette vidéo de spécialiste de la justice transformatrice est assez parlante : la plupart des agresseurs n’avaient pas d’idée de comment se connecter aux autres d’une façon qui n’employait pas différentes violences, et iels travaillaient à leur apprendre différentes possibilités. Ainsi, si vous agressez et que vous vous sentez fort de l’avoir fait, factuellement c’est juste vos croyances qui vous fournissent ce sentiment de force illusoire. Extérieurement et quand on regarde les faits, ce qui est visible ce sont vos limitations, votre manque de contrôle, car pour les personnes qui n’ont pas besoin de la violence pour résoudre des problèmes ou être en relation, cette violence est l’échec manifeste d’avoir perçu les dizaines voire les centaines d’autres possibilités non violentes qui n’ont pas été prises en compte. Ainsi, tout le monde gagnerait à se demander s’il n’y a pas d’autres possibilités à tester pour atteindre un but avant d’aller piocher dans la liste des violences, ne serait-ce que pour sa propre dignité et son propre honneur, si vous avez du mal à vous mettre à la place d’autrui. Si la violence vous motive intrinsèquement, elle peut être pratiquée dans des conditions qui vont davantage vous honorer et vous développer, par exemple dans les sports de combat, ou pour l’aspect relationnel dans le BDSM. Ainsi, il y a à se rappeler qu’en être réduit au Darvo en permanence a un aspect pathétique à dépasser, parce que c’est se priver de tester d’autres possibilités.
En tant que cible cette fois, il s’agit d’éviter ou réparer les conséquences du Darvo (se sentir complètement coupable de notre agression, être honteuse, déprimé, en PTSD), voire réussir à fuir les terrains du Darvo quand on sent qu’il peut advenir. Les milieux militants disent souvent que la honte doit changer de camp, mais c’est un « devoir » qui ne devrait pas être une responsabilité de plus sur le dos des cibles qui ont déjà trop à faire, d’autant plus dans le cas des Darvo où elles sont rendues coupables en permanence. Faire changer la honte de camp est un devoir qui appartient aux structures ayant les pouvoirs suffisants pour enquêter, encadrer les agresseurs, les éduquer, prévenir ces phénomènes dans la société.
Ainsi, il n’est clairement pas facile d’arrêter la honte de soi quand le Darvo a été sans cesse pratiqué sur nous : avoir eu honte, ou être à terre parce que traumatisé, déprimé, permettrait potentiellement de diminuer voire faire s’arrêter les agressions, puisque l’agresseur y voyait une victoire. Il estimait alors que la victime et sa vérité n’est plus un problème le menaçant vu que ces tentatives de faire éclater la vérité sont alors étouffées avec succès avec ce gaslight et ces nouvelles attaques. On en vient à force à avoir le réflexe des hontes en amont des attaques préventives pour se protéger, même dans des situations de non-agression, mais dont on sent qu’il pourrait y avoir un risque d’attaque et de jugement (par exemple le fait très commun et classique de s’excuser auprès des invités de l’état de la maison même si on vient de ranger, ce n’est pas de l’hypocrisie, c’est de la crainte et une tentative d’éviter son jugement négatif). La honte est un sentiment complexe et il faudrait tout un dossier pour en parler donc je ne peux pas vous fournir de solutions miracles dissolvant les hontes dont on vous a chargé sur les épaules, mais quelque petits trucs provenant de la justice transformative peuvent aider à réparer tout ça.
★ L’information c’est le pouvoir. Prendre l’habitude de collecter le maximum de preuves, noter ce qui se passe : écrits, notes vocales, enregistrements discrets, le filmer, prendre des captures d’écran, etc.
Tous les moyens sont bons du moment que vous vous assurez de les sécuriser surtout si vous vivez avec l’agresseur ou qu’il a accès à vos affaires. Tout ce qui est collecté pourrait être déposé dans un lieu sécurisant (par exemple un syndicat, chez un ami/voisin de confiance qui ne connaît pas l’agresseur, un cloud qu’il ne connaît pas, sécurisé au maximum avec des mots de passe qu’il ne peut pas deviner). Durant l’agression, je pense par exemple à un harcèlement, effectivement cela peut être une torture que de prendre les captures d’écran violentes à votre encontre (parce que c’est revoir les horreurs), et si vous pouvez trouver une personne de confiance qui peut le faire à votre place c’est encore mieux ». Cette collecte de preuves peut d’une part bloquer la phase de déni du Darvo, ou les techniques de gaslight parce que vous avez un dossier plein de faits qui démontrent les différentes violences que vous pouvez observer. Par exemple, sur Reddit des enfants de parents narcissiques très agressants racontent parfois que même s’ils ont réussi à couper les ponts, ils ont des sentiments de culpabilité qui peuvent revenir à cause des normes sociales de devoir s’occuper de ses parents. C’est à ce moment-là que le dossier de preuves des agressions a toute son utilité, ils le reconsultent et voient que non, leur décision était plus que justifiée. Je pense qu’on peut s’aider de la même manière pour des histoires de couple, de travail, d’environnement sociaux qu’on a décidé de ne plus fréquenter. Se garder des preuves à consulter permet d’éviter des gaslights. Le faire matériellement a un effet encore plus fort, puisque ça prend de la place. Par exemple, si une institution affirme à quel point elle a tout fait pour vous et est si vertueuse, qu’à côté vous voyez un classeur plein à craquer de rapports de toutes les fois où ces actions étaient catastrophiques, sa propagande mensongère est annulée. Cela peut être un travail tant individuel que collectif, aidé par des groupes syndicaux ou militants.
Cela peut aider à contrer l’envahissement des ruminations et le mal être injecté par l’offenseur : voir la situation posée sur papier ou dans un fichier permet de pouvoir dire que ça, au moins c’est en quelque sorte archivé. Ce n’est pas magique, mais parfois ça aide d’écrire et de poser les fardeaux dans un autre lieu que dans notre tête. Parfois même en anticipation, activer des enregistrements rassure vraiment, car quoi qu’il se passe en termes de Gaslight et même si on n’arrive pas à tenir, les faits sont enregistrés et peuvent être observés par des témoins capables de vous humaniser, ce qui leur permet de voir potentiellement à quel point c’est un cauchemar injustifiable qu’on vous fait subir, puisque les Darvo répétés vous ont peut-être habitués à ne plus voir comme des violences à votre encontre des tas d’éléments.
Si le problème est d’ordre institutionnel, quand vous le pouvez, préférez les communications écrites et demandez à ce que les demandes soient écrites et pas juste orales.
Évidemment, au niveau judiciaire c’est potentiellement très précieux.
⬟ Ne pas rester seul.
Dans la mesure du possible, ne restez pas seul ou ne cédez pas à l’isolement installé sciemment par l’agresseur qui va vous séparer de ceux qui peuvent savoir et croire les faits ou veulent vous aider. Il est possible qu’ils détruisent la réputation de ceux qui ont le pouvoir de révéler ces manigances ou tout simplement d’offrir un environnement social sûr, puisqu’il peut chercher à contrôler votre vie parce que la vérité que vous portez sur lui peut le mettre en défaut. Il y a donc à vraiment évaluer par vous-même les relations avant de croire à sa propagande. Le contact ou tout simplement l’information entre personnes ciblées par le même agresseur peuvent aussi faire fondre les méthodes du Darvo parce que vous vous rendez compte que ce n’est pas vous le problème, car c’est la même dynamique à l’œuvre. Là encore, il peut empêcher ça en pourrissant les réputations des personnes impliquées, voire même en attaquant comme étant une faute grave toute connexion : sur Internet, ça va être le simple follow ou like, irl ça pourrait être d’avoir un numéro de téléphone, d’avoir été à tel endroit, de connaître untel qui connaît telle autre personne, etc. Méfiez-vous des placardisations injustifiées par des faits, qui empêchent aussi des échanges aidants.
⬟ Fuir
Rien ne justifie la violence dans une relation, couple ou famille, qu’on vous force à la subir ou à l’employer. Vous avez le droit de prendre vos distances, d’arrêter d’être agressé et de vivre en paix. Si vous avez des doutes, des remords et de la culpabilité à avoir coupé les ponts, rouvrez le dossier de preuves qui vous montrera que l’enfer devait être fui. Ce qui peut aider à fuir c’est d’avoir déjà un pied dans des environnements sociaux qui ne fonctionnent pas de la même manière : par exemple dans ETP on voyait l’exemple d’une personne en restauration rapide qui a arrêté de marcher dans les combines et la propagande de son entreprise à mesure qu’elle était en université. Dans la question du harcèlement scolaire on a vu aussi que les activités extrascolaires pouvaient être un lieu alternatif qui permet à la fois de se ressourcer et de révéler à la personne que ce n’est pas normal ce qu’elle subit ailleurs, puisque les politiques à l’œuvre y sont différentes. Le défi quand on est la cible est de croire à l’existence d’alternatives où il pourrait y avoir une meilleure vie, parce que les agresseurs à force de contrôle, de propagande ont réussi à se rendre exclusif. Il en résulte une peur d’être totalement isolé, seul, privé de relation sociale satisfaisante (ou potentiellement « pire ») ou une peur de perdre des accès au travail militant, professionnel dont on aurait besoin car il nous offre des ressources pour vivre, pour donner du sens à nos vies, etc. C’est faux. On peut toujours retrouver des environnements sociaux avec lesquels se connecter et retrouver du sens, et parfois on a du mal à se rendre compte d’à quel point cela pourrait même être mieux et plus sensé. On peut aussi créer cette alternative, mais ça, j’en ai déjà beaucoup parlé dans ETP.
⬟ Comprendre nos/les besoins et réfléchir à ce qui restaurerait convenablement, puis dans la mesure du possible, appliquer cette restauration.
Tout le processus est décrit là, et je trouve cela utile même sans avoir une association de justice transformative à dispo, car c’est déjà combattre le sentiment d’infériorité que nous a refilé l’agresseur et faire naître des possibilités qu’on pourra peut-être mettre en œuvre. Ça peut valoir pour les tiers assistant à des affaires : on aperçoit une injustice, un darvo et la tentation est grande de « punir » l’agresseur en retour pour restaurer la justice. Seulement ce n’est peut-être pas ce que souhaite la cible, ni ce dont elle a besoin, à cause des risques de faire escalader la violence. À la place on peut proposer son aide à la cible (par exemple l’aider à collecter les preuves), affirmer notre soutien, restaurer son image. Une attaque a toujours détruit quelque chose, alors il y a besoin de reconstruire : par exemple dans le livre « Tiny habit » de BJ Foggs, il rapporte l’histoire d’une femme qui était en instance de divorce et devait encore subir des attaques de son ex. Pour s’aider à tenir, à chaque insulte ou maltraitance, elle s’offrait un bon moment, une sortie dans un bon café, une bonne balade. L’idée n’est pas que de s’acheter des choses, il s’agit surtout de s’offrir de bons moments pour soi pour contrer les mauvais. On peut faire ça à d’autres échelles, par exemple si vous vous énervez de voir des discours racistes sur les réseaux sociaux, partager encore plus de contenus de personnes racisées ou antiracistes avec enthousiasme pour restaurer l’équilibre général. Attention, je ne dis pas de les partager aux racistes, ce serait la pire idée. L’idée est de restaurer un équilibre de justesse et de justice : ainsi on peut aussi viser directement le fait de construire le monde juste dont tout le monde a besoin, et pas seulement réagir aux injustices.
Pour aller plus loin/Bibliographie
D’autres idées peuvent aider, issues de la justice restauratrice :
Toujours sur la justice transfo, un énorme guide récemment traduit en français pour aider à mettre fin aux violences interpersonnel (qu’on soit cible, allié, agresseur, facilitateur, etc) : https://www.creative-interventions.org/wp-content/uploads/2025/04/CI-Toolkit-French-CI-Boite-a-Outils-Francaise-May-2024.pdf
On peut aller encore plus loin pour reconstruire des environnements sociaux où les Darvo ne sont pas acceptés ni acceptables :
Pour s’aider à reconnaître les situations inacceptables de violence :
Les roues de Duluth (http://www.duluth-model.org) qui font le point sur ce que sont les violences :
— La violence dans le couple :

La violence envers l’enfant :

La violence durant le divorce/séparation :

Et aussi ce qu’est une relation qui n’est pas fondée sur la violence, mais l’égalité ; ici c’est davantage écrit à destination des couples, mais clairement c’est assez applicable entre collègues, que ce soit dans un groupe militant, professionnel, associatif, etc. :

Dans le même ordre d’idée, le livre de psykocouak donne aussi beaucoup d’astuces : https://nouveautes-editeurs.bnf.fr/accueil?id_declaration=10000001235473&titre_livre=Ce_ne_sera_plus_toi_la_victime_ !
Concernant la légitime défense et le fait de se solidifier face aux attaques notamment sexistes, ce livre est très empuissantant et donne des conseils très pertinent : https://www.editions-zones.fr/livres/non-cest-non/
Comme on l’a vu des étapes du Darvo ressemble au gaslight et le fait de ré-attaquer peut aussi s’apparenter à ce qu’on appelle une seconde victimisation, donc connaître ces notions n’est pas inutile : Gaslighting — Wikipédia
Chayka parle de la seconde victimisation ici aussi :
La notion de victimisation compétitive ressemble elle aussi à un Darvo, c’est lorsqu’un groupe dominant a un sentiment de menace, se victimise et apporte du soutien à des politiques de violence envers un groupe qu’il domine. C’est par exemple Israël s’attaquant violemment à la Palestine. Une recherche très intéressante à ce sujet : Threatened, hence justified: Jewish Israelis’ use of competitive victimhood to justify violence against Palestinians.
Le site de Freyd, la chercheuse qui a initié cette notion de Darvo, résume la notion et présente différents articles à ce sujet, y compris les mesures du darvo : https://www.jjfreyd.com/darvo
Bibliographie / Notes de bas de page
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Image d’entête : œuvre de Michalina Janoszanka, Zima (Winter), ca. 1920s https://publicdomainreview.org/collection/michalina-janoszanka/
Adams-Clark, A. A., Harsey, S., & Freyd, J. J. (2024). Factors of Institutional Betrayal Associated with PTSD Symptoms and Barriers to Service Use Among Campus Sexual Assault Survivors.
Bordaberry (2025), Ce ne sera plus toi la victime.
Campbell, R., & Raja, S. (1999). Secondary victimization of rape victims. Violence and Victim
Deny, Attack, Blame : The Prosecution of Women Reporting Rape—Ms. Magazine. (s. d.). Consulté 27 janvier 2026, à l’adresse https://msmagazine.com/2022/11/28/darvo-deny-attack-blame-prosecution-women-report-rape/
Fogg, B. J. (2019). Tiny Habits: The Small Changes That Change Everything.
Freyd, DARVO https://www.jjfreyd.com/darvo
Freyd, J. J. (1997). Betrayal trauma: The logic of forgetting childhood abuse. Harvard University Press
From book bans to affirmative action : DARVO as a political tool against Critical Race Theory https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/10852352.2024.2398898
Gaslighting. (s. d.). Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Gaslighting
Halabi, Noor, Topaz, Zizov (2020). Threatened, hence justified: Jewish Israelis’ use of competitive victimhood to justify violence against Palestinians.
Harsey, S. J., & Freyd, J. J. (2022). Defamation and DARVO. Journal of Trauma & Dissociation, 23(5), 481–489. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/15299732.2022.2111510
Harsey, S. J., & Freyd, J. J. (2023). The Influence of Deny, Attack, Reverse Victim and Offender and Insincere Apologies on Perceptions of Sexual Assault.
Harsey, S., & Freyd, J. J. (2020). Deny, Attack, and Reverse Victim and Offender (DARVO): What Is the Influence on Perceived Perpetrator and Victim Credibility? https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10926771.2020.1774695
Ingram ( 1989), THE IMPACT OF INSTITUTIONAL BETRAYAL AND DARVO ON THE MENTAL HEALTH OF SURVIVORS OF CLERGY-PERPETRATED SEXUAL ABUSE https://openresearch.okstate.edu/entities/publication/67e55b9e-f2a5-4650-bb92-3ba54994aa84
Korben. (s. d.). Techniques secrètes pour contrôler les forums et l’opinion publique. https://korben.info/techniques-secretes-controler-forums-opinion-publique.html
Linguisticae (2025) Vos vidéastes sont-ils trop ou trop peu engagés ? Vos vidéastes préférés sont-ils TROP ou TROP PEU engagés ?
Ministère de la Justice. (s. d.). Fiches pratiques juridiques. https://www.justice.fr
Nations Unies. (1948). Déclaration universelle des droits de l’homme.
Rosenthal, M. N., & Freyd, J. J. (2022). From DARVO to Distress : College Women’s Contact with their Perpetrators after Sexual Assault.
Semelin et Mellon (1994), la non violence.
World Health Organization. (2002). World report on violence and health. WHO.
Zeillinger (2011), Non c’est non.
1https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/10926771.2020.1774695#abstract
2Voir par exemple https://korben.info/techniques-secretes-controler-forums-opinion-publique.html
3https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F1766#:~:text=La%20l%C3%A9gitime%20d%C3%A9fense%20est%20l,interdits%20dans%20une%20autre%20situation.
Publié le 06.02.2026 à 11:06
A la lecture du dossier de Viciss sur le Darvo, ses mots sont venus faire écho à un vécu personnel récent dont les effets ont profondément chamboulé ma vie, altéré ma santé mentale et même mon travail. Je me suis mise à écrire ce texte en parallèle de ma lecture de son dossier. Si vous lisez ceci, c’est que j’ai finalement décidé de le publier.

Il s’agit là d’un témoignage personnel, aucunement « pour régler des comptes », convaincre, prouver, et encore moins pour susciter du soutien. Du soutien, j’ai le privilège immense d’en avoir ; et à l’heure actuelle, je vais bien.
J’écris ce témoignage pour donner à voir que certaines violences ne se limitent pas à l’acte initial, mais se déploient dans le temps, à travers le déni, le silence, la disqualification et l’ostracisation. Et que ces mécanismes quand ils s’exercent dans un cadre familial sont souvent invisibilisés, normalisés, voire entièrement inversés.
Ce témoignage est un vécu singulier, situé, mais qui s’inscrit dans des dynamiques plus vastes et largement documentées: le rejet de la parole des victimes de violences intrafamiliales, le recours au DARVO (Deny, Attack, Reverse Victim and Offender), la psychiatrisation comme outil de disqualification et, dans mon cas, leur articulation probable à la transmisogynie.
J’écris ce témoignage dans l’espoir de sortir d’une confusion si souvent entretenue qui consiste à réduire de telles situations à de simples conflits entre personnes, à des malentendus, à des fragilités individuelles, alors qu’il s’agit bien de mécanismes de pouvoir, de tentative de maintien du statut quo, d’un rappel à l’ordre social.
En ce sens, le DARVO que je vais décrire ne renvoie pas tant à mon histoire personnelle comme phénomène isolé, singulier, mais bien à des dynamiques récurrentes, structurelles, particulièrement présentes dans les récits de violences sexuelles et sexistes.
C’est en cela que ce DARVO n’est pas le mien.
C’est pour cela que je veux témoigner.
Cette étrange VHS encombrante
Quand j’étais enfant, autour de mes 8 ans, j’ai été agressée sexuellement par un membre de ma famille, que j’appellerai « X ».
A l’époque, je n’ai pas compris. Le souvenir ne s’est pas effacé en tant que tel, pas d’amnésie traumatique, il s’est plutôt comme encodé d’une étrange manière dans ma mémoire, comme une VHS de piètre qualité, sans couleur, qu’on laisse traîner quelque part mais qu’on ne souhaite pas visionner.
Je n’en ai parlé à personne. Je me revois enfant après cet évènement, me souvenant qu’il ne fallait pas que j’en parle. Était-ce une consigne que X m’avait donnée ? Ou une règle que je m’étais moi-même imposée ? Je n’en sais rien.
Une seule fois, adolescente, j’ai dérogé cette règle. Lors d’un échange en présence de mes parents, X se vantait de sa première « expérience » avec une fille. Sans réfléchir, j’ai pris alors la parole et j’ai dit spontanément : « non, la première fois c’était avec moi ». X est devenu rouge de colère, m’a foudroyé du regard, affirmant que je racontais n’importe quoi.
Je n’ai pas insisté, j’étais moi-même surprise de ce que je venais de dire et de sa réaction. Je me suis dit en mon fort intérieur « s’il réagit ainsi, c’est que ça doit être vrai : je dois dire n’importe quoi ». Mon étrange VHS a dès lors été jetée derrière la bibliothèque de mon histoire personnelle, comme la séquence d’un film qui ne fera pas partie du montage final.
Je n’en ai plus jamais parlé.
Je précise que par la suite, X n’a pas été ouvertement malveillant avec moi, pas plus en tout cas qu’on ne le trouverait dans tout relation familiale classique. J’ai d’ailleurs pu plus ou moins construire un lien avec lui une fois adulte.
Affaire classée donc.
Jusqu’à ma trentaine.
L’étrange VHS retrouve sa place dans le final cut
Un soir, en échangeant avec Viciss autour d’anecdotes d’enfance, voilà que je lui partage cette étrange VHS. Je lui en parle sans émotion, comme si j’évoquais un fait banal sans véritable lien avec moi, comme si je parlais de quelqu’un d’autre.
Puis, je croise le regard de Viciss. Choquée. Quelque chose ne va pas.
Elle vient comme me tendre un miroir de ce que je viens de décrire.
Je ne veux pas restaurer cette VHS, je ne veux pas la replacer dans mon armoire personnelle. Cette VHS qui reprend des couleurs, retrouve une bande son, de la texture émotionnelle. C’est insupportable.
Quelque chose se fissure en moi. Je suis prise d’un vertige. Je panique. Comme pour me raccrocher à une prise pour empêcher ma chute, je nie, j’atténue, je rejette. Rire nerveux. Il doit y avoir malentendu.
Je refuse de nommer cette VHS « agression sexuelle ». Un combat se fait rage en moi entre mon esprit qui tente de minimiser, et mon corps qui me tient un tout autre discours.
Trop tard. Quelque chose s’est déverrouillé.
Des souvenirs d’enfance sont revenus ou se sont reconnectés à la VHS : l’état de sidération après les faits, cet état de zombie, comme coupé de moi-même, mes pensées d’alors et mes questionnements («suis-je adulte maintenant ? », « vais-je-attraper le sida ? »).
Suite à cet échange avec Viciss, j’ai été dans un état flottant, sans émotion, comme absente de moi-même. Exactement comme l’enfant que j’étais après les faits. Dissociation intense pendant plusieurs jours. Je redeviens zombie.
La dissociation est un mécanisme de survie face à un stress insupportable, elle génère un état qui peut paraître contre-intuitif : absence d’émotions, déconnexion de soi, impression d’irréalité.
Le refus d’en savoir davantage
Durant cette période, j’ai eu un suivi psychologique. Pas forcément pour cette raison initialement, mais j’ai logiquement mené un travail sur tout cela. Du moins, j’ai tenté, notamment en explorant ces souvenirs difficiles. Plusieurs tentatives ont échoué, cela pouvait déclencher de vives émotions, crises d’angoisse. On ne pousse pas davantage, on n’insiste pas quand le psychisme dit stop.
Je me rends compte à quel point mon propre esprit possède des zones qui me sont quasiment interdites.
Durant ce travail, même si cela peut paraître étrange, je n’en voulais pas à X. Car à l’époque des faits, bien que plus âgé que moi, il était mineur. Je ne pouvais me résoudre à accabler l’ado qu’il était, à réduire X à cet évènement, et ce même si je prenais davantage conscience que d’autres comportements inquiétants de sa part avait jalonné mon enfance et mon adolescence : mises en scène terrifiantes et traumatisantes alors que j’étais toute petite, mensonges et manipulations, jeux anxiogènes répétés, etc.
J’ai voulu croire à ce moment que je pourrais travailler sur moi, sans avoir besoin d’en parler à ma famille. Je croyais que tout cela n’était qu’une question de gestion personnelle : c’est du passé, c’était durant l’enfance, X a changé entre temps. De plus, j’avais bien réussi à maintenir des relations avec lui jusqu’ici, jusqu’à ma trentaine, pourquoi ça devrait changer ?
En somme, je travaillais à maintenir une sorte de statu quo.
J’ai même été plus loin que ça, en tentant d’invalider ce souvenir. Et si c’était un « faux souvenir » ? J’en ai beaucoup parlé à ma psychologue, je voulais qu’elle me dise : oui, tout pousse à croire que c’est un faux souvenir. Ça aurait été plus simple pour moi. Sauf que rien ne collait en ce sens, ni mes réactions involontaires, ni mes PTSD, ni mes crises dissociatives.
C’est le plus inconfortable je crois, ne pas pouvoir accéder à des preuves extérieures, matérielles. C’est une lutte intérieure déchirante. Je ne cherchais pas à confirmer ce souvenir, mais à l’invalider coûte que coûte. Cependant, toutes mes entreprises en ce sens ne fonctionnaient pas. « Le corps se souvient », je ne sais plus qui m’a dit ça, ni où je l’ai entendu, mais oui, certaines choses ne peuvent s’inventer, comme des sensations qu’une enfant de 8 ans n’est pas sensée connaître.
J’ai fait quelques séances d’EMDR, une technique thérapeutique permettant entre autres de réparer des traumas, en les reconnectant, permettre de les digérer en quelque sorte. Lors d’une séance, alors que je me revoyais dans ma chambre d’enfance, une crise d’angoisse majeure inattendue m’a fait perdre pied. C’est l’une des expériences psychologiques les plus étranges que j’ai jamais vécu. Je suis devenue comme spectatrice de moi-même. J’étais redevenu l’enfant que j’étais avec ses propres émotions et pensées. Cette enfant était terrifiée, un état de terreur que je n’imaginais pas possible. Elle voulait fuir, mais ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas bouger. Mais surtout, elle refusait de croiser son regard, persuadée qu’elle allait disparaître définitivement si elle faisait cela. Le regard de qui ? De X. Je ne crois pas, je ne sais pas. La psychologue tente de me ramener, elle me demande de la regarder, je ne veux pas. C’est le moi-enfant qui est à la barre, pas moi, qui ne peut qu’observer ce qui se passe sans parvenir à agir, comme si j’étais dédoublée.
Finalement, je reprends les rênes, l’enfant s’estompe. Encore maintenant, je le remarque en écrivant, je parle de cette enfant à la troisième personne. J’ai du mal à rendre compte de cette expérience autrement.
Qu’est-ce qui s’est-il passé ?
J’étais sûre d’une chose : je n’irais pas plus loin. J’ignore le pourquoi de ce phénomène que j’ai vécu, à quoi cela correspond, ni même si cela correspond à quelque chose de précis, c’en était juste terrifiant. Et je ne veux pas en savoir plus. J’ai arrêté là. J’ai choisi de ne pas aller plus loin. Par nécessité de survie psychique. Encore aujourd’hui, je me refuse à continuer l’exploration. J’essaye de me rassurer en me disant que c’était juste une énorme crise d’angoisse généré par l’ensemble des émotions que j’ai subi ces derniers temps. Suis-je en train de me mentir ? Possible. Mais je m’en contente. J’ai déjà suffisamment à faire avec ce souvenir de mes 8 ans, l’idée qu’il y en ait peut-être d’autres, je ne peux juste pas.
Depuis, il m’arrive parfois de faire des crises d’angoisses soudaines du même ordre, comme si l’enfant terrifiée que j’étais refaisait surface et prenait les rennes. C’est moins intense que lors de l’EMDR, mais cela reste fort, très déstabilisant. Viciss a pu me voir flancher lors de certains triggers. J’ai appris à identifier ces triggers, et à défaut de comprendre, je veille à ne pas les rencontrer, à faire attention pour ne pas tomber dessus.
En parler à ma famille
Vers mes 37 ans, j’ai réalisé une émission avec Meta-Choc. La discussion portait sur mon enfance, puis sur l’homophobie, puis sur « ce membre de ma famille » dont je parlais [c’est dans la troisième de l’émission]. Et là, sans l’avoir prémédité, j’ai dit que c’était aussi la personne qui m’avait agressée sexuellement enfant. Je suis restée vague, j’ai anonymisé, je ne suis pas entrée dans les détails. J’ai beaucoup pleuré. Au montage, je n’ai pas demandé que ce passage soit coupé. j’aurais pu. Je ne le regrette pas, car d’une certaine manière cela faisait partie de mon processus de reconstruction.
Le premier épisode de l’émission :
Un gros regret tout de même, je n’en avais pas encore parlé à ma famille, à mes parents, et je ne voulais pas qu’ils le découvrent par l’émission. Il fallait que je leur en parle, sans trop tarder.
Quelques mois plus tard, l’été 2023, je leur confie ce souvenir de mes 8 ans et d’autres éléments de mon enfance que j’avais tû jusqu’ici.
Je n’attendais pas d’eux qu’ils agissent. Je ne voulais pas justice, je n’en ai jamais voulu. Je voulais juste qu’ils entendent, et qu’ils m’aident à maintenir une distance temporaire avec X, le temps que je puisse digérer tout cela.
Au début, ils semblaient me croire. Puis quelque chose a basculé.
Ils se sont mis sur la défensive. Ils réagissaient comme s’ils étaient directement accusés, alors que je ne les accusais de rien. Je cherchais à les rassurer, à éviter qu’ils culpabilisent. Mon père est subtilement devenu plus froid, distant.
Fin août – début septembre 2023, je suis en session de tournage des Autoritaires 5 qui a lieu chez mes parents. Je repasse seule chez eux pour ranger mes affaires. La maison est vide. Ils ne sont pas là. Ils ne reviennent pas.
J’apprends alors via une autre personne de ma famille que X, qui a été mis au courant, affirme que tout ce que je dis n’est que mensonge, que tout cela relève “de la folie”, et que mes parents, apparemment, le croient.
Mon cœur fait un bond. Je refuse de croire dans un premier temps que mes parents, soudainement, pensent que j’ai tout inventé, ou que je serais « folle » pour reprendre le terme de X.
Pourtant, la maison familiale dans laquelle je suis est vide. Personne. Je décide d’attendre. Mes parents ne reviennent pas. Idée absurde: est-ce qu’ils m’évitent volontairement ? Je n’y crois pas. Je finis par partir.
Impossible de les contacter par la suite. Au bout d’une semaine, je parviens finalement à leur parler au téléphone. Ils me disent qu’ « ils s’inquiètent pour moi ». Ca vire en une sorte d’interrogatoire de police de leur part, avec des questions du type « pourquoi ça n’est que maintenant que tu en parles ? Pourtant jusqu’ici tu parvenais à fréquenter X sans problème, c’est étrange ?» Ils déforment mes propos, le sujet se déplace vers une remise en cause d’autres pans de mon enfance, y compris mes épisodes de harcèlement scolaire, jusqu’à me dire finalement : « Tu as réécrit ta vie. » Il me parle d’un pouvoir de « nuisance» qui s’exercerait sur la famille, contre eux.
Si vous avez lu le dossier de Viciss sur le DARVO, vous reconnaissez sans doute le mouvement : Deny. Attack. Reverse victim and offender.
Il ne s’agit plus de discuter du contenu de ce que j’ai révélé, mais de s’en éloigner en allant sur d’autres pans de mon vécu personnel, afin de me disqualifier, de me faire porter le rôle de la menace, pendant qu’eux deviennent victimes de ce pouvoir « de nuisance » (ce sont leurs mots).
Je suis sidérée. Nouvelles dissociations. Mon cerveau ne parvient plus à gérer émotionnellement ce qui se passe.
Je dois mettre de la distance pour me préserver. Je laisse une porte ouverte, espérant qu’ils reviendront sur leur attitude, dans le cas contraire je les recontacterai plus tard quand j’aurais moi-même digéré ce qui venait de se passer.
Il n’y aura aucun retours de leur part. Silence complet. J’essaye finalement de reprendre contact avec eux. Rien. Même pour leur proposer de pouvoir échanger avec ma fille, leur petite fille. Ghosting total.
Avec le temps, les mots de mes parents s’insinuent en moi : « On s’inquiète pour toi», « pipeau », « Tu réécris ta vie », « nuissance». Une pensée s’installe : « Et si c’était vrai ? ». Mon esprit devient un tribunal intérieur permanent, essayant de valider leur dire. Comme lorsque j’essayai de me prouver à moi-même que j’avais des faux-souvenirs, cette fois je suis dans le même mouvement, mais de manière plus dévastatrice car c’est quasiment toute mon enfance et mon adolescence que je remets en cause.
J’ai vécu des épisodes de dissociation marqués sur cette période. J’ai continué à consulter. On m’a expliqué qu’un discrédit parental de cette ampleur pouvait provoquer un choc psychique majeur, que c’est ce que je vivais.
Ma compagne, mes amis, certains membres de ma famille que je voyais encore, et le soutien psy, m’ont permis de ne pas sombrer, notamment en me rappelant les faits, en m’aidant à ne pas laisser leur narratif m’empoissonner de l’intérieur.
Niveau travail, je n’ai plus réussi à travailler sur Les Autoritaires, car j’avais associé le tournage (non abouti) à cette violence parentale. Dès que j’ouvrais la table de montage, que je travaillais sur les rushs tournés chez mes parents, tout remontait. Trop difficile pour moi. J’ai changé de cap. Travailler sur le harcèlement scolaire m’a aidée à transformer quelque chose de destructeur en quelque chose d’utile, comme pour retrouver un sens à mon vécu.
Quand ma famille me psychiatrise
Plus d’un an plus tard, j’apprendrais qu’une ancienne erreur de diagnostic psychiatrique de mon adolescence est ressortie pour me disqualifier de la part de ma famille, narratif apparemment propagé par X. Ce narratif: Chayka est schizophrène.
Si vous avez écouté l’émission de Méta de Choc, vous savez d’où ça sort. Pour le dire rapidement, vers mes 16 ans, une psychiatre s’est trompée lourdement sur mon compte : alors que je souffrais de PTSD, dysphorie de genre, anxiété généralisée, cette dernière m’a mise rapidement sous neuroleptique. Elle dira à mes parents qu’elle suspectait la schizophrénie. Ce n’était pas le cas.
Ce traitement médicament m’a fait énormément de mal. Cela a failli littéralement me détruire (je pèse mes mots). Mes parents le savent. A l’époque ils m’ont soutenu lors de l’arrêt du traitement, et l’arrêt de mon suivi auprès de cette psychiatre.
Adulte, une psychiatre invalidera officiellement ce diagnostic, présentant ses excuses en tant que représentante de la psychiatrie.
Je n’ai jamais souffert de pathologie touchant à des troubles schizophréniques, ni apparentés ; aucun trouble de la personnalité ; aucune psychose. Par contre, anxiété forte, PTSD sous des formes complexes, lié à de nombreux traumas d’enfance, oui.
Vous imaginez alors la violence que c’est que d’apprendre que cette faute de diagnostic, qui m’a tant coûté adolescente, soit exploitée dans le narratif de ma famille pour invalider mon propre vécu, mes propos, eux qui pourtant sont les premiers placés pour savoir à quelle point cela m’a sacrément amoché et que ça aurait pu mal se finir.
Ostracisation et déchéance identitaire
A noël 2024, j’apprends que ma grand-mère est décédée… il y a deux mois de cela. Personne de ma famille ne m’en a rien dit. Je n’ai pas été conviée aux obsèques. J’ai été comme déchirée. Je ne pensais pas que cela irait aussi loin.
Cette entreprise de mise à l’écart ne s’est pas arrêtée au cercle parental. Elle s’est progressivement étendue à la famille élargie, produisant un climat de gêne, de silence et de refus de contact, comme si un récit préalable s’était imposé en amont de toute rencontre. Certaines tentatives de reprise de lien ont abouti à des échanges extrêmement malaisants, laissant entendre que des propos très négatifs circulaient sur moi, sans que personne ne puisse ou ne veuille me dire précisément lesquels.
J’ai également constaté un phénomène particulièrement révélateur : le retrait progressif de la reconnaissance de mon identité. Des membres de ma famille, dont X, qui respectaient jusque-là mon genre et mon prénom se sont mis à me mégenrer, à utiliser mon deadname, parfois même publiquement. Comme si cette reconnaissance n’était pas un droit, mais une faveur révocable. Ce retour en arrière fonctionne comme une sanction symbolique : retirer à une personne son nom et son genre, c’est la ramener à un statut d’erreur, d’objet, ou de symptôme.
Ce mécanisme me rappelle de nombreux travaux, notamment de Beaubatie, sur la question du transfuge. En tant que personne trans, je suis perçue comme ayant quitté un camp, une classe sociale, rompu une assignation, trahi un ordre implicite. Et comme toute transfuge, je deviens suspecte. Ma parole est disqualifiée, mon récit relu à travers le prisme du mensonge ou de la manipulation, mon identité redéfinie par d’autres. Dans ce cadre, le mégenrage et l’usage du deadname ne sont pas des maladresses : ce sont comme des rappels à l’ordre. Des manières de dire « tu n’es ce que tu prétends être que tant que nous l’acceptons ».
Cette précarité de la reconnaissance m’évoque fortement la logique de la déchéance de nationalité. Ce n’est pas une comparaison que je suis en train de faire, mais davantage une analogie. Certaines personnes vivent sous la menace permanente de se voir retirer une appartenance pourtant reconnue, là où d’autres n’ont jamais à s’en soucier (les personnes cis). Être trans, c’est souvent vivre sous une forme de déchéance de genre latente : le genre n’est pas un droit inaliénable, mais une autorisation conditionnelle, révocable en cas de conflit. Le simple fait que ce retrait soit possible suffit à discipliner, à isoler, à faire taire.
Je crois que cette dynamique est renforcée par un imaginaire transmisogyne profondément ancré dans la société. Les femmes trans ne sont pas seulement perçues comme des personnes ayant « changé » de genre ; elles sont fréquemment construites comme des figures fausses, artificielles, irrationnelles, voire dangereuses. Leur parole est plus facilement pathologisée, assimilée au délire, à la confusion mentale ou à la malveillance. Dans ce contexte, il devient socialement acceptable et même rassurant pour certains de ressortir de vieux récits psychiatriques, de réactiver des diagnostics erronés, de parler d’« inquiétude » ou de « maladie » pour disqualifier ce qui dérange.
La femme trans qui témoigne d’une violence n’est alors plus perçue comme une victime crédible, mais comme une menace potentielle. Ce renversement permet de justifier l’ostracisation, le silence, l’exclusion, au nom de la protection des autres. Il s’inscrit pleinement dans les logiques de DARVO observées dans les contextes de violences intrafamiliales : quand la parole ne peut être niée frontalement, on s’attaque au statut même de celle qui parle, à son identité, à sa santé mentale supposée. Il ne s’agit plus seulement de ne pas croire, mais d’empêcher toute possibilité d’être crue.
J’ignore à quel point ma transidentité a été retournée contre moi dans ma famille. Je ne peux que constater que quelque chose sur ce point à aussi changé, et je ne peux m’empêcher d’y voir l’un des ressorts de ma psychiatrisation.
Lors de mon dernier échange mail avec X, le seul depuis que ma famille m’a éjecté, il me disait notamment : « […] tu t’es permis de mettre tout le monde en pâture. Diviser, détruire des relations, des parents, potentiellement des enfants ? de cette manière : c’est inacceptable. », « Ce que tu racontes, si ce n’est pas de la folie, c’est de la malveillance »,
J’étais devenue un danger, pour tout le monde, dont les enfants (difficile pour moi de ne pas faire de lien avec de la transphobie), et si je ne suis pas « folle », c’est que je suis « malveillante ». C’est soit l’un, soit l’autre, peut être les deux à fois. Ma parole est définitivement invalidée.
Survivre au Darvo
Témoigner de ces mécanismes n’est pas un acte anodin. Cela expose, fragilise, peut coûter des relations, des appuis. Mais le silence coûte aussi. Il coûte en santé mentale, en isolement, en perte de repères, en doute de soi. Ce doute de soi est l’un des poisons les plus mortifères du Darvo, car cela détruit notre estime personnelle, jusqu’à un effondrement identitaire où on se met soi-même à douter de ses propres souvenirs. Même les preuves tangibles (anciens écrits, photos, témoignages d’autres membres de la famille qui confirment mes dires) deviennent quasi inopérantes.
La violence de l’exclusion mène parfois à être tentée de s’auto-saborder, de se nier, d’accepter le narratif mensonger de ses proches, dans l’espoir d’être à nouveau accepter. Car j’ai tenté, malgré tout ce qu’ils disaient, pensaient, de garder un lien. Ce sont mes parents, psychologiquement je ne pouvais pas supporter ce ghosting, ce rejet complet, touchant aussi ma propre fille qui, la pauvre, n’avait rien à voir avec tout ça, et ne comprenait pas pourquoi ses grands-parents du jour au lendemain ne voulaient plus lui parler.
Longtemps, j’ai cru que ce qui m’arrivait relevait d’un échec personnel : une incapacité à « faire lien avec ma famille », à utiliser les mots quand je témoigne, à apaiser, à réparer. Je me vivais comme principale responsable de toutes ces conséquences, charge à moi de les assumer ou de trouver des solutions. J’ai compris progressivement que cette lecture faisait partie du problème. Quand une parole dérange un ordre établi, ce n’est pas la parole qui est jugée, mais celle qui la porte. Cette surcharge de responsabilité, et de culpabilité, est un effet du Darvo. Cette autodisqualification que j’ai pu porter, aussi.
Nommer le DARVO, l’ostracisation, la déchéance symbolique, la transmisogynie, ce n’est pas accuser indistinctement. C’est refuser que ces violences restent sans mots. C’est placer des balises dans le brouillard. C’est refuser que le doute, la peur et la culpabilité continuent de se loger uniquement du côté de celles et ceux qui parlent.
Dans son article, Viciss vous parlera bien mieux que moi du Darvo et vous présentera des possibilités pour s’en sortir. Je ne peux que vous inviter à le lire.
Ce Darvo n’est pas le mien, c’est une dynamique courante, tristement banale, que bien des personnes concernées par des VSS subissent. Ces Darvo vise le maintien du statu quo, de l’ordre établi, du contrôle sur celles et ceux qui brisent un déni.
Ma famille m’a niée, pas juste ma parole, mais mon identité, mon vécu, ainsi que ma fille. Elle m’a psychiatrisée, a fait de moi une menace, une maladie à enrayer, à confiner socialement ainsi que toute personne me soutenant.
En écrivant ce témoignage, il y a bien une visée réparatrice personnelle, écrire cela me permet de redevenir un sujet parlant, pensant, légitime, précisément ce qu’on a tenté de me retirer. Cela me permet aussi, je crois, de diminuer ma honte.
Et si ce texte peut aider ne serait-ce qu’une personne à reconnaître ce qu’elle vit, à comprendre qu’elle n’est ni « folle », ni seule, ni coupable, alors il aura rempli sa fonction première.
Prenez soin de vous,
Chayka
Publié le 04.02.2026 à 13:17
Darvo : une manipulation mentale cauchemardesque
Excellente nouvelle pour les personnes honnêtes : connaître la méthode de manipulation qu’est le DARVO peut vous éviter d’être instrumentalisé par des agresseurs, que vous soyez témoin, spectateurice, ou tiers impliqué (professionnels de la justice, du social, du soin, etc.).
En tant que cible/victime, ou simplement personne qui se sent écrasée par la culpabilité sans comprendre pourquoi, connaître le DARVO peut déclencher une prise de conscience, vous aider à fuir un agresseur, un groupe, voire une institution manipulatrice, et peut-être vous permettre d’amorcer un long chemin de réparation des dommages subis.
Si vous êtes un agresseur, groupe ou institution participant à la défense, au maintien d’agresseurs et à l’humiliation des victimes, voir que le DARVO est compris pourrait peut-être vous faire commencer à réfléchir sur le bienfait qu’il y aurait, ne serait-ce que pour votre intérêt, à développer de meilleures stratégies dans vos relations, communications, choix sociaux et politiques. Vous pourriez avoir autant de paix voire de bonheur que ces autres qui n’ont pas besoin de DARVO, ni même d’agresser autrui pour atteindre vos buts.
Le Darvo est un cauchemar, comprendre ses mécanismes peut permettre d’en sortir, de repérer s’il redémarre ailleurs, qu’on soit cible, tiers, groupe ou institution tenue de respecter en principe les droits humains, voire les défendre quand il s’agit d’institution liée à la justice. Le Darvo concerne tout autant les affaires interpersonnelles (entre personnes) que de lourdes affaires politiques et structurelles.
Ainsi connaître le DARVO permet aussi de ne pas se faire instrumentaliser politiquement comme un pion pour des intérêts qui vous desservent, ne vous apportent qu’un espoir de supériorité ou de « moins » d’infériorité dans une hiérarchie sociale que vous valorisez. C’est évidemment une arnaque : vous ne gagnerez jamais rien à prendre le parti d’agresseurs qui ne penseront qu’à leur intérêt, et se moquent bien des pions alliés qu’ils respectent autant que leur papier toilette.
Le Darvo est sans doute l’une des techniques de manipulation les plus insalubres qu’il m’a été donné de parler, l’une des plus cauchemardesques dans ses conséquences, mais aussi l’une qui perd son aura dès lors qu’on la connaît. Ainsi, je ne parlerais pas de choses à trigger warning dans le but de rendre cela au plus accessible, je me centrerai sur les mécanismes eux-mêmes.
Comprendre ce qu’est le DARVO
La violence, les faits et les étiquettes
Tout commence avec une violence qui advient, qui pourrait être d’ordre physique, psychologique, structurelle, parfois tout à la fois ou en partie. Même si on a l’impression de savoir ce qu’est la violence, parfois on peut avoir des doutes ou encore être en désaccord sur ce qu’est la violence ou non, ainsi pour cet article j’entends la violence selon cette définition :
Violence : utilisation intentionnelle de la force, de la menace risquant d’entraîner des dommages, des traumas, des problèmes de développement voire un décès ; est violent ce qui atteint un humain dans son intégrité physique, morale, psychologique et sa dignité, la dignité étant définie et caractérisé par les droits de l’homme. La négligence est aussi une violence, car les personnes ont le devoir de faire des actions pour les autres, d’être responsable d’autrui dans bon nombre de rôle (parent, employeur, autorités ou personnes ayant des pouvoirs, etc.). La violence est descriptible par des actes et faits dans une situation et non des étiquettes, qualificatifs attribuée à des individus.1
Et si cela n’est pas clair, voici une liste des violences physiques, psychologique et structurelles notamment punies par la loi :
Cliquez ici pour voir la liste des violences 
- Empêcher les personnes d’être libres et égales en dignité et en droit, partir du principe que les individus ne sont pas doués de conscience et de raison et inciter les individus à agir les uns contre les autres sans aucun esprit de fraternité.2
- Insulter dans l’intention de blesser ou offenser3
- ne laisser que certains individus avoir des droits humains et pas d’autres, selon des caractéristiques qu’ils portent tels que l’origine ethnique, la nationalité, le genre, l’orientation sexuelle, les opinions, l’origine sociale ou toute autre situation. 4
- Inciter à la haine (notamment raciale), à la violence ou à la discrimination ; faire l’apologie du terrorisme5
- estimer que certains n’ont pas le droit à la vie, la liberté à leur sûreté (ou pas autant que nous ou notre groupe). Donc qu’on peut légitimement leur faire vivre dans des situations réellement mortelles et dangereuses6 (et cela comporte le fait d’être négligent à leur égard si on est responsable d’eux légalement, comme le sont les parents envers leurs enfants, les employeurs à l’égard de leurs employés, etc.)
- Maltraiter les enfants (négliger leurs vrais besoins vitaux, les forcer à consommer des substances, opérer du proxénétisme sur eux, etc.)
- Tuer autrui de façon volontaire
- Porter de vrais coups et blessures7
- Violer ou agresser sexuellement les personnes8
- Permettre d’organiser et de pratiquer l’esclavage et la servitude de vraies personnes.9
- Permettre d’organiser et de pratiquer la torture, les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants sur de vraies personnes.10
- Harceler moralement, sexuellement ou par des moyens de communication tels que le téléphone ou via cyberharcèlement11
- Refuser la personnalité juridique de certains, c’est-à-dire priver certains de droits ou d’accès aux droits ou exempter d’autres de devoirs12 ; empêcher certains d’être protégés par la loi13
- Inciter à faire arrêter, détenir ou exiler arbitrairement une personne14.
- S’immiscer dans la vie privée de la personne, sa famille, son domicile et ses communications, s’attaquer à son honneur et sa réputation et empêcher la protection par la loi à ce sujet15.
- Empêcher le droit à circuler librement et résider dans un Etat, empêcher de quitter un pays ou d’y revenir, refuser le droit d’asile, empêcher d’obtenir une nationalité ou d’en changer16.
- Empêcher le mariage (ou concubinage) des personnes sous des prétextes de nationalité, de religion ou autre ; forcer à des mariages où l’une des parties n’y consent pas17
- Empêcher les personnes d’avoir une propriété pour s’y loger/vivre ou priver arbitrairement d’une propriété18.
- Imposer aux personnes une pensée, une religion ou interdire aux personnes de pratiquer une religion ou une pensée19 ; menacer et inquiéter les personnes selon les idées qu’ils expriment20
- Interdire que des personnes s’associent pacifiquement. Forcer à être dans une association21.
- Interdire la participation de certains à la politique, les fonctions publiques, les affaires publiques de leur vrai pays. 22
- Supprimer (à certains ou à tous) l’accès à la sécurité sociale23
- Interdire (à certains ou à tous) l’accès au travail, imposer un travail, soumettre à des conditions inéquitables et insatisfaisantes de travail24
- Interdire (à certains ou à tous) le repos25
- Saper le niveau de vie (de certains ou tous), de sorte qu’ils ne puissent pas assurer l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux. 26
- Empêcher (certains ou tous) d’accéder au droit à l’éducation27
- Empêcher (certains ou tous) de participer à la culture, l’art, de bénéficier de la science et des bienfaits en résultant.28.
À noter que cette liste peut faire politiquement débat, notamment parce que les droits humains peuvent être rejetés par certains mouvements d’extrême droite qui estiment que seul leur groupe d’appartenance 29devrait avoir des droits sur « leur » territoire, voire partout, alors que les autres groupes devraient en avoir moins, voire pas du tout (par exemple, volonté d’exterminer des groupes de personnes).
La liste des violences condamnées par la loi est très descriptive : ce sont des faits décrits. Décrire un fait, c’est dire ce qu’il se passe dans une situation et ce qui la compose (lieu, personne présentes, objets, météo, comportement, tout est possible), le déroulement des actions, les effets des actions. Par exemple, si je dis « le vendeur était vraiment un sale type, ce magasin est horrible » ce n’est pas un descriptif des faits, ni des comportements factuels, on ne peut savoir ce qui s’est passé, il pourrait s’être passé quelque chose de très grave comme pas du tout. Cette phrase décrit en réalité le jugement négatif que je porte à ce vendeur et son magasin, en employant des étiquettes. Comme je communique à quelqu’un ce jugement, si mon interlocuteur croit en mon jugement automatiquement (car nous sommes amis depuis longtemps, ou encore parce que j’ai de l’influence sur lui en raison du statut qu’il me prête) alors la réputation autour de ce magasin prend un coup, perd peut-être un client si le jugement a eu de l’influence.
Mais si je raconte à la place « hier après-midi dans la ville de X dans le magasin de bricolage Y, je suis allée acheter des outils, j’ai demandé Z au vendeur A, il a alors éclaté de rire, m’a dit “mais enfin ce n’est pas pour vous ce genre de chose difficile !” en prenant un ton que j’ai senti infériorisant, méprisant et condescendant, je me suis senti humilié », là, je décris des faits. Ce n’est pas un jugement, puisque même lorsqu’on décrit le ton infériorisant, on dit comment on l’a senti sur nous. Ceci étant dit, même si on n’avait pas décrit l’effet que nous a fait cette phrase, un interlocuteur qui utilise son empathie peut, en principe, sentir comment la situation a pu être humiliante. Mais des personnes peuvent refuser de se mettre à notre place quand bien même elles sont capables d’empathie, parce qu’elles peuvent consciemment ou inconsciemment estimer que nous avons moins de droits qu’elles, donc que la liste des violences vues précédemment ne nous concerne pas, parce que nous sommes d’une couleur, d’un genre, d’une orientation sexuelle différentes. Comme certains estiment que seul le groupe d’appartenance a des droits, alors que les violences commises à l’égard d’un autre groupe n’en sont pas selon eux. Selon eux ce n’est même pas de la violence, puisqu’ils n’ont pas le droit d’être aussi dignement respectés, voire même qu’il est de leur bon droit d’être violent à leur égard. Être violent est donc pour eux un droit qu’ils s’accordent en raison de leur place hiérarchique.
En général, dans la vie courante, quand on se raconte nos vies, il y a à la fois des faits et des jugements : cela nous permet de prendre des décisions collectivement (ne plus aller dans ce magasin, éviter ce vendeur-là, peut-être communiquer à la direction les soucis, en parler sur les réseaux sociaux). Cela permet de s’épargner ensemble des problèmes, ce qui peut avoir pour bénéfice de se souder en tant que groupe, ou solidifier nos identités sociales.
Et parfois aussi, on se passe de faits concrets pour prendre des décisions, sans même se rendre compte qu’on se passe de faits, qu’on agit juste sous influence de jugements et de réputations dont les faits ne nous sont pas connus.
Par exemple, on peut avoir entendu que telle streameuse est une personne ennuyeuse et pénible, voire mauvaise, et donc à l’ouverture de Twitch on veillera à ne pas ouvrir sa chaîne, ou éviter de la côtoyer si on est du milieu.
On trouve des témoignages similaires à cet exemple, et l’origine de ces réputations est lié à un harcèlement massif violent :
On part du principe que des jugements attrapés par influence sont la suite « logique » de faits, on fait confiance à ces réputations même si on n’a aucune autre information de cet ami qui nous aurait dit que ce magasin était nul, sans nous informer du pourquoi.
Nos vies sont très remplies, notre attention est limitée, alors on fait au plus simple pour orienter nos décisions. Il n’y a pas de mal en soi à être influencé, quand la personne qui influence est honnête, qu’elle n’hésite pas à donner et renseigner les faits si on demande, il peut être tout à fait sain de lui faire confiance. On peut d’autant plus faire confiance si l’influence en question n’est pas une influence qui nous encouragerait à faire des actes qui engagent notre responsabilité du genre « ce vendeur est un sale type, utilise ce bidon d’essence pour brûler son magasin ». Là, il y a bien à se rappeler que vos actes vous appartiennent en toute circonstance, ce que vous faites de vos doigts, que ce soit pour brûler un magasin ou incendier d’insultes une personne sur le Net, ce sont vos actes à vous, et dans les deux cas, ce sont des violences répréhensibles par la loi actuelle, quelles que soit les influences interpersonnelles ou structurelles qui ont pu vous pousser à l’acte, même si un juge ou des formes de justice peuvent y mettre des circonstances atténuantes allégeant la peine, l’acte lui-même reste interdit dans les règles actuelles.
Parfois, il arrive qu’on entende des faits précis, par exemple « untel a violé x, y et z à telle date, dans tel contexte », parfois même sourcés d’investigations très sérieuses de plusieurs groupes tout aussi sérieux, mais on estime que ce sont des mensonges ou des jugements faux. Dans l’article, on verra que des agressions peuvent même être filmées, passées en direct sans montage, et pourtant l’agression reste niée comme agression, quand bien même chacun peut prendre connaissance de l’intégralité des faits sans aucune pression, avec tout le temps souhaité.
Ce phénomène peut correspondre au fait qu’on donne plus de droits (y compris celui de violenter) à certains et à d’autres moins : peut-être qu’on s’identifie à lui (même groupe), peut-être qu’on l’estime supérieur (soumission à l’autorité), peut être que c’est sa cible qu’on estime indigne de droits humains (par sexisme, racisme, etc.). Autrement dit, cette vision se passe de faits et s’appuie davantage sur des étiquettes « bon »/« mauvais » accolées par le passe-droit de certains statuts, certains critères arbitraires du genre, etc. Mais cela peut aller encore plus loin.
Il est même possible qu’on s’associe ou s’identifie tellement à l’agresseur qu’on parte en croisade pour lui, pour restaurer sa réputation, son honneur, par exemple en traquant à quel point l’accusé est la véritable « mauvaise » personne dont l’agresseur serait en réalité victime, et on criera sur tous les toits cette « vérité ». Nous commençons là à entrer dans le monde du DARVO.
La mécanique du darvo


Le DARVO est l’acronyme de Deny (dénier), Attack (attaquer), Reverse (inverser), Victims et offender (victime et offenseur).
Autrement dit, on nie, on rejette le fait de violence comme étant une violence (« non le vendeur n’a pas été humiliant »), puis on attaque la cible qui le rapporte (« ce client est vraiment trop sensible »), et on inverse les rôles (« le vendeur doit souffrir terriblement de cette accusation mensongère »). Là, mon exemple montre le DARVO endossé par un spectateur, mais dans les recherches, les chercheurs se sont concentrés sur les cibles et leurs agresseurs.
La mécanique darvo s’enclenche dès lors qu’une cible s’exprime sur le comportement préjudiciable de l’agresseur, l’agresseur nie le préjudice, puis met la culpabilité sur la cible30 :
| Dénier | Attaquer | Inverser |
| Je ne me souviens pas du tout que cela se soit produit. J’étais juste stressé(e). Ce n’était pas aussi grave que tu le dis. Ça ne vaut pas la peine d’en parler. Ce que tu dis n’était pas de ma faute. Ça aurait pu être bien pire Il ne s’est rien passé de grave Je ne sais pas de quoi tu parles. Tu exagères. Rien de mal s’est jamais produit. Je ne suis pas responsable de ce qui s’est passé. Je n’ai rien fait de mal. J’étais juste ivre. Je ne ferais jamais une chose pareille. Ce n’était pas si grave. C’était juste un malentendu. Tu exagères. Tu te souviens mal des faits. | Personne ne te croirait si tu disais quoi que ce soit à ce sujet. Tu te plains juste. Tu regrettes ce que tu as fait et maintenant tu me blâmes. Tu essaies juste de me faire passer pour un(e) méchant(e). Tu essaies juste de me manipuler. Tu imagines des choses. Tu es juste trop sensible. Tu es fou/folle. Tu délires. Tu es trop sensible. Pourquoi devrais-je croire un mot de ce que tu dis ? Tu inventes tout pour attirer l’attention. Tu as toujours été un(e) raté(e). Tout le monde sait que tu es dysfonctionnel de toute façon. Tu es un menteur. Si tu n’avais pas agi comme ça, ça ne serait jamais arrivé. Tu as besoin d’aide. Ce qui s’est passé est de ta faute. | C’est moi qui ai le plus souffert. Tu m’as vraiment blessé(e) avec tes actions. Tu devrais t’excuser auprès de moi. Même si tu m’as fait ça, je vais quand même essayer d’être gentil (le) avec toi. J’essaie encore de te pardonner ce qui s’est passé. C’est toi qui m’as provoqué. Tu m’intimides. Pourquoi me punis-tu ? Tu n’es pas juste envers moi. C’est moi la vraie victime. Tu m’as traité plus mal que je ne t’ai jamais traité. Tu m’as poussé à bout. Tout le monde va penser que je suis une personne horrible à cause de tes mensonges. Tu m’humilies. Tu m’as blessé en m’accusant de ça. Pourquoi tu m’attaques ? J’ai toujours été gentil avec toi, pourquoi tu me traites comme ça ? Je n’arrive pas à croire que tu essaies de me faire porter le chapeau. |
Ce tableau est une partie de l’échelle de mesure du DARVO, et cela peut être à mon sens un véritable bingo de la communication des agresseurs qui veulent continuer à l’être sans être inquiétés le moins du monde. Évidemment, les phrases peuvent être légèrement différentes selon le contexte, les styles de la personne.
Dans ce documentaire ci-dessus, on peut voir par exemple des agressions sexuelles s’étant déroulées en direct à la télévision : les faits sont donc totalement visibles, et pourtant certains agresseurs ont dénié les actes prétextant que c’était de l’humour (donc que ce ne serait pas grave puisque c’est juste pour rire).
Attention, le déni n’est pas à lui seul une preuve de culpabilité. Il est évident qu’un innocent va nier dénier les fausses accusations à son égard. Mais Freyd (1997) explique que la différence est que le déni de l’agresseur est rapidement beaucoup plus violent, suivi d’une forte attaque :
« les agresseurs, menacent, intimident et font vivre un véritable cauchemar à quiconque les tient pour responsables ou leur demande de changer leur comportement abusif. Cette attaque, destinée à intimider et à terroriser, comprend généralement des menaces de poursuites judiciaires, des attaques ouvertes et cachées sur la crédibilité du lanceur d’alerte, etc. L’attaque prend souvent la forme de ridiculiser la personne qui tente de demander des comptes à l’agresseur. Elle se concentre également probablement sur des attaques ad hominem [retourner contre l’adversaire, en vue de le confondre, ses propres actes et ses propres paroles “c’est toi qui m’as attaqué avec x ou y”] ou ad feminam [attaques basées sur des préjugés envers les femmes “tu es trop sensible”] plutôt que sur des questions intellectuelles ou factuelles. »
Ainsi vous voyez pourquoi j’ai insisté dans les paragraphes précédents pour décrire ce qu’était un fait et les différencier des étiquettes : dans le Darvo, si la cible a des faits descriptifs des comportements préjudiciables à son égard, ce n’est pas le cas de l’agresseur qui s’est contenté d’être préjudiciable à l’égard de la cible. Il peut n’avoir aucun élément logique, dans le contexte, qui puisse convaincre quiconque que c’est lui la victime. Il va donc s’appuyer sur des étiquettes pour dénigrer sa cible de « fou/folle », chercher à en créer, trouver des méfaits lointains, hors contexte, voire carrément faux. L’idée générale est de faire passer sa victime ou les défenseurs de la victime pour de méchantes personnes qui l’ont attaqué. C’est très visible dans le tableau.
Quand l’affaire est publique, ils peuvent aussi inventer ou trafiquer des faits pour soutenir ce narratif d’être la vraie victime. Ils peuvent aussi détourner l’attention en parlant d’une autre souffrance : dans le documentaire précédent, on voit par exemple l’animateur de TMPP ayant commis une agression sexuelle en direct tenter d’attirer l’empathie des spectateurs, pleurant sur le fait que les accusations le touchent. Et cela, sous les yeux de sa victime qui avait été littéralement piégée à revenir sur le plateau, croyant que son agression serait compensée par l’offre d’un poste.
Dans sa première étape de déni, le Darvo peut être considéré comme du Gaslight : c’est-à-dire que ce qu’a vécu la cible n’est pas cru, l’agresseur ayant travaillé rapidement à mettre du doute dans sa perception de la réalité.


Ensuite, la phase d’attaque peut être considérée comme une seconde agression, puisque la cible peut être humiliée à nouveau, et subir la nouvelle violence d’être en plus considérée comme coupable.
Conséquences sur les cibles
- Dans les études, on voit que les cibles d’agression ayant en plus subi du Darvo ont davantage de traumatismes, de dépression, un sentiment de culpabilité, de honte, une basse estime d’elle même31
- De plus, comme les agresseurs arrivent avec le Darvo à faire douter de la réalité des faits, les cibles se sentent coupables des actes qu’elles ont subis et elles se taisent32 sur les méfaits subis. C’est une des raisons pour lesquelles certaines cibles ne portent pas plainte immédiatement ou n’en parlent que beaucoup plus tard : les agresseurs, en plus d’être violents, travaillent ardemment à manipuler la cible pour qu’elle se sente coupable de tout, que leur sens de ce qui est réel ou non soit complètement mis sens dessus dessous. Ainsi ils continuent leurs comportements sans avoir à s’inquiéter de la justice ou des conséquences sociales. Ceci étant dit, d’autres facteurs peuvent expliquer ces délais : les enquêtes et les procédures judiciaires peuvent prendre du temps, donc en tant que spectateur, nous pouvons n’être au courant que très tard des méfaits. Si les violences se sont déroulées dans l’enfance, par des proches ou des parents, les souvenirs peuvent être rendus difficiles d’accès à cause des mécanismes de survie mis en place par le cerveau, capable d’isoler les mémoires de façon extrême33. Pour survivre, le cerveau de l’enfant n’a que pour solution d’enterrer très loin le souvenir de violence. Et il ne déterrera pas le souvenir facilement tant celui-ci est considéré comme de la dynamite pouvant faire exploser la structure de survie. Freyd explique que les gens croient à tort que ce mécanisme est une faiblesse ou que c’est pathologique. Or, au contraire, c’est une dynamique puissante qui permet la survie. Dans cette situation, s’il y a problème, c’est dans l’acte de violence commise par les agresseurs ou par les spectateurs les défendant, aidant les agresseurs. Ce n’est jamais la cible d’une agression la responsable de l’agression, mais bien celui qui agresse.
- Dans une étude de 89 étudiantes ayant subi un viol, la moitié des violeurs avaient utilisés la méthode du Darvo.34
- Le Darvo est lié à la perpétuation du harcèlement sexuel et au mythe du viol (= croyances qui nient, minimisent ou justifient les violences sexuelles)35
- Subir du Darvo est lié à des symptômes de traumatismes chez les cibles36
- Il y a un lien entre les poursuites en diffamation et le Darvo37
- Le Darvo n’est pas que le fait d’un agresseur isolé, mais peut être employé par toute une institution : dans une étude sur les survivants d’abus sexuels par le clergé, il a été constaté que le Darvo est utilisé tant par les auteurs que par l’institution religieuse, ce qui aggrave les symptômes des cibles (PTSD, dépression)38 ; l’institution judiciaire peut utiliser des mécaniques du Darvo.
- Et enfin, ça peut être une technique politique, à échelle nationale, prisé des autoritaires pour se permettre de continuer à être violent en multipliant les soutiens à l’égard de cette violence39
>> SUITE directe : ne plus se faire instrumentaliser par le darvo
>> Un témoignage de Chayka sur un darvo qu’elle a subie
Notes de bas de page
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1Sur la base de la définition de l’OMS et celle de Semelin et Mellon (1994)
2Article 1er : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
3https://www.justice.fr/fiche/injure
4Article 2 : 1. Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. ; 2. De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté.
5https://www.justice.fr/fiche/incitation-haine-violence-discrimination
6Article 3 : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
7https://www.justice.fr/fiche/coups-blessures
8https://www.justice.fr/fiche/viol-commis-personne-majeure
9Article 4 : Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude ; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
10Article 5 : Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
11https://www.justice.fr/fiche/harcelement
12Article 6 : Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique. Article 11 : 1. Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées. 2. Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d’après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l’acte délictueux a été commis. Article 7 : Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination. ; Article 8
Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi. ; Article 10 : Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.
14Article 9 : Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé
15Article 12 : Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.
16Article 13 : 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État.
2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.
Article 14 : 1. Devant la persécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays.
2. Ce droit ne peut être invoqué dans le cas de poursuites réellement fondées sur un crime de droit commun ou sur des agissements contraires aux buts et aux principes des Nations Unies.
Article 15 : 1. Tout individu a droit à une nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
17Article 16 : 1. À partir de l’âge nubile, l’homme et la femme, sans aucune restriction quant à la race, la nationalité ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution.
2. Le mariage ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux.
3. La famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’État.
18Article 17 : 1. Toute personne, aussi bien seule qu’en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.
19Article 18 : Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.
20Article 19 : Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit.
21Article 20 : 1. Toute personne a droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques. 2. Nul ne peut être obligé de faire partie d’une association.
22Article 21 : 1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis.
2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d’égalité, aux fonctions publiques de son pays.
3. La volonté du peuple est le fondement de l’autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.
23Article 22 : Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité sociale ; elle est fondée à obtenir la satisfaction des droits économiques, sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement de sa personnalité, grâce à l’effort national et à la coopération internationale, compte tenu de l’organisation et des ressources de chaque pays.
24Article 23 : 1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale.
4. Toute personne a le droit de fonder avec d’autres des syndicats et de s’affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts.
25Article 24 : Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques.
26Article 25 : 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.
2. La maternité et l’enfance ont droit à une aide et à une assistance spéciales. Tous les enfants, qu’ils soient nés dans le mariage ou hors mariage, jouissent de la même protection sociale.
27Article 26 : 1. Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite.
2. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.
3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.
28Article 27 : 1. Toute personne a le droit de prendre part librement à la vie culturelle de la communauté, de jouir des arts et de participer au progrès scientifique et aux bienfaits qui en résultent.
2. Chacun a droit à la protection des intérêts moraux et matériels découlant de toute production scientifique, littéraire ou artistique dont il est l’auteur.
29Lié au genre, à la couleur de peau, à l’orientation sexuelle, au parti politique.
30Issue de https://dynamic.uoregon.edu/jjf/DARVO.measures/DARVO-LF.pdf
31https://dynamic.uoregon.edu/jjf/articles/dhf2025.pdf
32https://www.tandfonline.com/doi/pdf/10.1080/10926771.2017.1320777
33Par exemple le trouble dissociatif de l’identité (TDI), voir par exemple TDI : survivre aux violences dans l’enfance 1/6, avec Maïlé Onfray — SHOCKING #26
34DARVO — Jennifer Joy Freyd, PhD. Rosenthal & Freyd (2022) From DARVO to Distress: College Women’s Contact with Their Perpetrators after Sexual Assault (JAMTA)
35lHarsey, S., Adams-Clark, A.A. & Freyd, J. J. (2024 ) https://dynamic.uoregon.edu/jjf/articles/ahf2024.pdf ;
36 https://dynamic.uoregon.edu/jjf/articles/dhf2025.pdf
37https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/15299732.2022.2111510
38 Impact of institutional betrayal and DARVO on the mental health of survivors of clergy-perpetrated sexual abuse https://openresearch.okstate.edu/server/api/core/bitstreams/4bceebcb-6a83-47f0-8e19-fdcbb05a6c75/content
39 https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/10852352.2024.2398898
Publié le 12.11.2025 à 18:28
L’homme n’est pas un loup pour l’homme ou « la banalité du bien »
Notre deuxième épisode du Vortex est en ligne!
Nous allons y parler de nature humaine, d’égoïsme, d’altruisme, de vision du monde, d’attitudes idéologiques, d’empathie. Vaste programme !
Comme pour le pilote, c’est un épisode choral (= tout le monde est là !). J’ai pris un immense plaisir à écrire la partie fiction, à essayer de la rendre organique avec la vulgarisation. Vu notre thématique, il me paraissait essentiel que chacun puisse intervenir et agir de concert, comme un contre-pied à ces visions individualisantes misant sur le seul intérêt de chacun.
Concernant la vulgarisation, nous l’avons écrite à deux, Viciss et moi. Vous y reconnaitrez sans doute les thématiques de cœur : l’altruisme, la solidarité, notre capacité à nous sentir concerné au-delà de nous-mêmes, soit la « banalité du bien ».
J’ai également participé à la post-production de l’épisode, notamment les séquences en motion design dans lesquels je me suis parfois un peu lâché en plaçant quelques easter eggs. Les trouverez-vous ? Dites-nous en commentaire sur YouTube.
Cet épisode est hybride, entre psycho et philo, où se pose la question suivante : sommes-nous naturellement bon et altruiste, ou fondamentalement malveillant et égoïste ?
Derrière cette interrogation se niche deux grandes visions divergentes du monde et des humains, qui ne sont pas juste de simples croyances, mais un certain mode qui influence en partie nos raisonnements, attitudes et comportements, jusqu’à nos affinités idéologiques.
Pour le dire vite : « dis-moi comment tu vois l’humain, je te dirais comment tu risques de te comporter vis-à-vis des autres et pour qui tu risques de voter ! »
Dans l’article qui suit, je vous propose d’aller plus loin : quelques définitions clés, des prolongements, et des liens vers d’autres vidéos / articles pour explorer ces notions d’altruisme, d’idéologie, de coopération ou de méfiance.
Mais avant toute chose, puisque nous allons parler de gauche et de droite d’un de point de vue psychologique, il est important de rappeler ce qui est entendu par là.

Qu’est-ce que la gauche et la droite du point de vue de la psychologie politique ?
Les psychologues sociaux partent d’un constat simple : nos croyances, qu’elles soient objectives ou non, ne tombent pas du ciel. Elles répondent à des besoins psychologiques profonds.
Parmi eux :
- un besoin épistémique, c’est-à-dire la recherche de certitude et de cohérence ;
- un besoin existentiel, lié à la sécurité et à la stabilité ;
- et un besoin relationnel, qui concerne notre appartenance et notre identification sociale.
Ces besoins, façonnés par notre histoire personnelle, notre éducation, notre environnement social ou les événements du moment, orientent la manière dont nous voyons le monde et les idéologies auxquelles nous sommes sensibles.
Autrement dit, nous sommes plus attirés par les visions du monde qui résonnent avec nos motivations internes.
En psychologie politique, cela s’appelle une approche fonctionnelle : nos attitudes et nos idées ont une fonction, elles répondent à des besoins, des objectifs, et s’accordent avec le « menu idéologique » (contextuel) auquel nous avons accès.
Attention cependant à une confusion fréquente : une orientation idéologique (gauche/droite) n’est pas la même chose qu’une intensité partisane (le degré d’attachement à un parti).
On peut avoir une forte intensité partisane avec une orientation idéologique incohérente, d’où certains discours contradictoires (par exemple se dire de gauche et soutenir une approche sécuritaire des problèmes de société).
Et inversement, on peut avoir une orientation idéologique claire, sans se reconnaître dans aucun parti.
Et c’est bien d’orientation idéologique que nous parlerons ici quand nous évoquerons la gauche ou la droite.
Selon John Jost (2021), Il n’existe pas à proprement parler une simple dimension gauche/droite, mais au moins deux grandes dimensions (dites dimensions fondamentales axiologiques)
- Préconisation ou Résistance aux changements sociaux
- Rejet ou acceptation des formes sociales économiques et politiques d’inégalités
Ces deux axes permettent de comprendre les grandes orientations de valeurs :
- La gauche valorise le progrès et l’égalité, remet en cause le statu quo et cherche à réduire les inégalités.
- La droite valorise la tradition et la hiérarchie, défend l’ordre établi ou souhaite parfois un retour à un ordre antérieur.
Humanisme VS normativisme
Dans cet épisode du Vortex, on aborde ce grand débat philosophique de la nature humaine, car il est intéressant de noter que les grands auteurs ayant proposé une réflexion politique se basaient en partie sur une certaine vision de l’espèce humaine (Hobbes en est un parfait exemple quand il pose l’hypothèse d’un état naturel, la « civilisation » étant un nécessaire régulateur pour assurer la sécurité de tous et rendre l’humain meilleur). A ce titre, il ne sera pas étonnant de découvrir une opposition forte avec Rousseau et sa vision anthropologique contraire (les comportements humains préjudiciables apparaissant dès qu’on quitte cet état de nature, notamment avec l’apparition de la propriété privée).
Dans les années 1960, un psychologue, Tomkins, a travaillé sur cette question de vision différenciées et ses conséquences en termes d’attitude et comportement, la théorie de la polarité idéo-affective. Sa thèse est la suivante : il existe de grandes orientations motivationnelles sur le monde et les humains qui correspondent à des affinités dites de gauche (progressisme) ou de droite (conservatisme). Ces deux grandes orientations sont l’humanisme d’un côté et le normativisme de l’autre. Il faut voir cela comme un spectre, on n’est pas soit l’un ou l’autre de manière binaire, on se situerait plutôt plus d’un côté que d’un autre (soit on donne la priorité à la facette humaniste, soit on donne plutôt la priorité à la facette normative).
Ainsi, si on l’on prend les deux extrêmes, voici à quoi cela ressemble :
| Facettes | Humanisme/Pôle gauche | Normativisme/Pôle droite |
| Nature humaine | Toutes les personnes sont en elles-mêmes précieuses. La nature humaine est fondamentalement bonne. Les gens sont fondamentalement gentils et serviables. | Les mauvaises personnes dans le monde sont plus nombreuses que les bonnes personnes. Les êtres humains sont fondamentalement mauvais. Les gens sont naturellement hostiles et méchants. |
| Interpersonnel | Les enfants doivent être aimés pour qu’ils puissent grandir pour devenir de bons adultes . Les êtres humains doivent être traités avec respect en tout temps. Ceux qui se trompent devraient être pardonnés. | Les êtres humains ne devraient être aimés que lorsqu’ils ont agi de manière à mériter d’être aimés. Certaines personnes ne réagissent qu’à la punition ou à la menace de punition. |
| Attitude àl’égarddel’affect | Les sentiments sont l’aspect le plus important de l’être humain, car ils donnent un sens à nos vies. Vous devez être ouvert à vos sentiments afin de pouvoir apprendre d’eux et comprendre qui vous êtes. | Les sentiments doivent être contrôlés par la raison, car ils peuvent vous faire faire des choses stupides. Vous devez vous méfier des sentiments, car ils peuvent vous blesser et vous faire sentir misérable. |
| Épistémologie | La créativité et la curiosité sont les outils les plus importants dans la recherche de connaissances. L’important en science est de frapper dans l’inconnu – bien ou mal. | Le problème avec la théorisation est qu’elle éloigne les gens des faits et substitue les opinions à la vérité. La tâche la plus importante pour un scientifique est de recueillir des faits sur la réalité par l’observation objective. |
| Valeurs politiques | La promotion du bien-être de la population est la fonction la plus importante d’un gouvernement. Il est nécessaire d’enfreindre les lois et les règles de la société lorsque celles-ci conduisent à un traitement injuste de certaines personnes. | Le maintien de l’ordre public est le devoir le plus important de tout gouvernement. Pour que la société fonctionne, il doit y avoir des règles claires et fixes, et des sanctions pour les transgressions. |
Échelle de Polarité de Tomkins (version de Nilsson, 2014)
Évidemment, on peut soutenir un item avec plus ou moins de force, parfois du côté normativiste, parfois du côté humaniste, là encore il faut le voir comme un spectre. On peut soutenir deux idées opposés du tableau, mais généralement il y a une que l’on priorise sur l’autre.
Pour Tomkins, ces visions ou croyances qu’il nomme parfois « posture idéo-affective » se développent via nos apprentissages, expériences passées, comme des « scripts personnels » qui viendront orienter nos futures attitudes et comportements. C’est cette idée que j’ai notamment reprise dans la narration de l’épisode via l’apologie des IA qui elle-même sont orientés par les scripts issus de leur apprentissage, comme l’explique Tiffany.
Les travaux de Tomkins quant à cette théorie n’ont malheureusement pas été développée par la suite, jusque dans les années 2000 avec les travaux de Jost et Nilsson travaillant aux asymétries idéologiques. Ils ont remarqué que cette théorie était tout à fait compatible aux recherches plus récentes dans le domaine de la cognition sociale motivée. Ils ont notamment publié une étude en 2020, en interrogeant ses items à l’aune de nouvelles variables et méthodologie contemporaine. L’orientation normativiste était bien solidement associée au conservatisme de droite aux États-Unis comme en Suède, ainsi qu’à la résistance au changement social, à l’acception des inégalités, à l’autoritarisme (RWA et SDO), à la justification de système (préférence au statu quo, lié à la résistance au changement), à une plus faible ouverture, honnêteté et humilité (ce sont des traits de personnalité).
A l’inverse, une orientation humaniste était associée au progressisme de gauche, à l’ouverture au changement, une préférence en faveur de l’égalité, un faible niveau d’autoritarisme et de justification de système.
| Mesures idéologiques | Échantillons / pays (N) | Corrélations Humanisme / Normativisme |
| Auto-placement idéologique (conservatisme aux US, orientation de droite en Suède) | Échantillon 1, US (384) Échantillon 2, US (346) Échantillon 3, Suède (360) Échantillon 4, Suède (332) | -.29*** .37*** -.23*** .27*** .05 .26*** -.34*** .47*** |
| Résistance au changement | Échantillon 1, US (384) Échantillon 2, US (346) Échantillon 3, Suède (360) Échantillon 4, Suède (332) | −.19** .36*** −.10 .42*** N/A N/A −.27*** .49*** |
| Opposition à l’égalité | Échantillon 1, US (384) Échantillon 2, US (346) Échantillon 3, Suède (360) Échantillon 4, Suède (332) | −.39*** .37*** −.61*** .23*** N/A N/A −.57*** .41*** |
| Autoritarisme de droite (RWA) | Échantillon, US (384) Échantillon 2, US (346) Échantillon 3, Suède (360) Échantillon 4, Suède (332) | −.36*** .42*** −.15** .38*** .03 .41*** N/A N/A |
| Orientation à la domination sociale (SDO) | Échantillon 1, US (384) Échantillon 2, US (346) Échantillon 3, Suède (360) Échantillon 4, Suède (332) | −.54*** .43**** −.52*** .32*** −.28*** .35*** N/A N/A |
| Justification de système général | Échantillon 1, US (384) Échantillon, US (346) Échantillon 3, Suède (360) Échantillon 4, Suède (332) | −.10 .23*** −.07 .11* N/A N/A −.25*** .40*** |
| Justification de système économique | Échantillon1, US (384) Échantillon 2, US (346) Échantillon 3, Suède (360) Échantillon 4, Suède (332) | −.32*** .47*** −.29*** /38*** N/A N/A −.35*** 54*** |
* p ≤ .05.
** p < .01.
*** p < .001.
N/A = Non administré
Source: Nilsson and Jost (2020b)
Ces visions sont connexes à d’autres recherches, bien plus poussées, sur les différences idéologiques, soit notre tendance à concevoir le monde comme menaçant ou compétitif.

Visions du monde
Toujours les années 2000, Duckitt et Sibley (2001) ont élaboré un modèle à deux motivations de l’idéologie et des préjugés pour rendre compte les affinités idéologiques par rapport à l’autoritarisme. Pour rappel, en psychologie, il est courant de faire référence à deux types d’autoritarisme :

- L’autoritarisme de droite ou RWA [[Altemeyer 1998], qui rend compte de la dimension soumission (les trois caractéristiques étant la soumission à l’autorité, l’agressivité autoritaire, et le conventionnalisme ou traditionalisme)
- L’orientation à la domination sociale, ou SDO [Sidanius & Pratto, 1999], qui rend compte de la dimension domination (inclination à privilégier la hiérarchie sociale ; les inégalités et la compétition).
Le RWA et le SDO rende compte de deux visions du monde spécifique, non excluante :
- Le RWA est étroitement connecté à la vision du monde dangereux (voir le monde et les gens comme une menace plus que de raison)
- Le SDO est étroitement lié et la vision du monde comme une jungle compétitive (type loi du plus fort, darwinisme sociale).
Les bas scores aux RWA/SDO auront une préférence pour des affinités idéologiques plus progressistes, les hauts scores à des affinités plus conservatrices, réactionnaires, ou toute idéologie qui justifie voire en appelle à des hiérarchisations et des inégalités plus fortes.
Autrement dit, on retrouve encore cette idée que nos visions du monde et de l’humain sont bien connectées à nos attitudes et comportements : plus je verrais le monde et les gens comme une menace, plus je verrai le monde comme une jungle compétitive, « l’homme comme un loup pour loup », plus je pourrais avoir tendance à adopter des attitudes et comportements autoritaires.
Ou comme nous l’évoquons dans notre vidéo du Vortex : la croyance que l’homme est un loup pour l’homme fait que l’on devient soi-même un loup pour l’homme.

Je ne vais pas m’étendre davantage, mais plutôt vous renvoyer à d’autres articles et vidéos, sachant qu’on y reviendra.
Concernant la psychologie politique, nous avons proposé une introduction ici :
Pour l’autoritarisme, nous avons une série en cours à ce sujet :
Vous retrouverez un dossier complet de Viciss sur la Personnalité altruiste ici :
Enfin, je remets ici l’ensemble de notre bibliographie de cet épisode du Vortex :

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