17.09.2024 à 08:06
Musk, son écosystème, son secret ≈057
Francis Pisani
Texte intégral (3162 mots)
La première qualité d’Elon Musk est d’inventer des systèmes permettant de produire de façon plus efficace (la carrosserie des Tesla ou la fusée Starship, par exemple) à peu près tout ce qui l’intéresse.
Mais sa plus grande trouvaille réside dans l’écosystème qu’il a construit, comment chacune de ses entreprises renforce les autres avec, toujours, recours à l'intelligence artificielle.
Il fait de son « génie » une carte de visite rabâchée à plus de 150 millions de « followers » sur X (ex Twitter) et largement reprise par les médias qui se font un plaisir de lui servir d’idiot utile… comme je suis conscient de le faire à l’instant ;-( avec, quand même l’intention de vous informer, mais aussi de vous être utile.
« Génie » mais, paraphrasant la sentence de Thomas Edison (bon parrain en l’occurrence), il me semble que, dans son cas, la recette est 1% d’inspiration et 99% de connexions. (ce qui ne l’empêche pas de transpirer, car il bosse le diable).
« X » et « link », clins d’oeil révélateurs
Tesla, sa fabrique de voitures électriques intelligentes aux lignes futuristes, est la partie flashante d’un énorme effort de développement de batteries leur permettant de tenir plus longtemps la route. Et pas que, comme nous le verrons aussitôt après avoir dressé la liste de ses autres atouts.
Space X fabrique les fusées ultra puissantes et réutilisables (donc économiques);
Le réseau de satellites Starlink mis en orbite par SpaceX, représente 50% de tous ceux qui tournent autour de notre planète. Leur nombre, 6.000 aujourd’hui, devrait atteindre 17.000 en 2028 puis dépasser 40.000;
Neuralink développe des interfaces cerveau-ordinateur implantables permettant une communication directe entre le cerveau humain et des dispositifs externes : données et communications;
La Boring company sait construire des réseaux de tunnels en profondeur;
X, son réseau social, reste l’indestructible place publique sur laquelle on ne peut s’empêcher de débattre même quand on n'apprécie pas ce qu'il en fait;
Début septembre, la startup xAI a lancé Colossus, présenté comme le plus grand « calculateur », « ordinateur » ou « data center » du monde. Il a été construit et rendu opérationnel en 122 jours seulement. Qui dit « efficacité » ?
Musk a annoncé dans la foulée qu’il s’apprête à lancer un vol en direction de Mars dans quatre ans, premier pas vers son objectif de colonisation de la planète.
Détails qui m’amusent, plusieurs de ces entreprises contiennent le mot « link », et X représente de la façon la plus simple possible un plexus de connexions.
Creusons un peu.
Les connexions inter-entreprises sont la force du dispositif
Chacune peut être utilisée comme moteur d’appoint pour pousser la dynamique d’une ou plusieurs autres et contribuer à la conquête de Mars.
xAI alimente les véhicules autonomes de Tesla et se nourrit des informations qu’ils collectent. Avec des batteries au point le système facilitera le transport sur Mars dans les souterrains construits grâce à la technologie de The Boring Company
L’utilisation de Neuralink semble particulièrement astucieuse. Connectée à xAI elle devrait permettre aux voyageurs de communiquer entre eux et de bénéficier directement de l’aide de l’intelligence artificielle.
« Bien que toutes les entreprises soient juridiquement distinctes, Elon Musk a créé une ensemble capable de concevoir et de construire toutes les pièces maîtresses nécessaires pour se rendre sur Mars et la coloniser. » explique TheMarsBlueprint.com un site spécialisé.
Colonisation est un mot à prendre au pied de la lettre comme le soulignent de nombreux critiques (sur Wikipedia par exemple). Un indice supplémentaire vient d’être donné par le New York Times : Musk créé sa propre entreprise de sécurité appelée Foundation Security (allusion aux romans de science fiction d’Isaac Asimov). Elle contribue à le protéger aujourd’hui ET me semble pouvoir servir à maintenir l’ordre là-bas quand il le faudra.
Pas encore convaincu.e ? C’est que je n’ai pas encore fait intervenir le rachat de Twitter transformé en X. Car il « investit » en politique en mettant le réseau social qu’il possède à disposition de Trump. Ilfinance sa campagne à coups de centaines de millions de dollars et en promet d’organiser un bureau fédéral de l’efficacité au cas où il gagnerait. Un excellent placement en cas de victoire puisque le projet martien dépend des contrats avec le Pentagone et la NASA sur lesquels la Maison Blanche exerce son autorité.
Mais pourquoi, alors, préférer un candidat plutôt que l’autre ?
Parce que si la totalité des humains sont menacés par nos conneries sur terre, il est probable que seule une portion minuscule puisse envisager de s'installer sur Mars avant que la crise climatique atteigne le niveau de catastrophe menaçant l’humanité d’extinction. La durée de chaque voyage est estimée à plusieurs mois et il faut transporter le matériel. La perspective ne concerne donc que Musk et quelques privilégiés choisis parmi les cadres de ses entreprises (comme l’ingénieure Sarah Gillis de SpaceX) qui vient de faire un tour dans l’espace ou des milliardaires (comme Jared Isaacman son compagnon d'échappée) capables de payer leur billet. Rappelez-vous l’hilarant et dramatique Don’t Look Up…
Or des gens plus raisonnables (même Jeff Bezos fondateur d’Amazon, intéressé lui-même par la conquête spatiale) estiment préférable de mieux préparer la terre aux catastrophes ou, mieux encore, de tout faire pour les éviter, que de transporter une poignée d’humains riches et cyborgisés (Neuralink) sur d’autres planètes.
Nous touchons là des questions sociétales, voire philosophiques face auxquelles Musk se sent mieux avec la droite extrême et cinglée qu’avec des gens dont vous me pardonnerez de dire qu’ils sont plus « terre à terre » (pun intended comme on dit en anglais).
Deux idées simples à retenir
L’IA jouera, bien évidemment, un rôle croissant dans le futur mais il serait erroné de ne faire attention qu’à son fonctionnement ou son impact direct. Le plus intéressant est son utilisation dans autant de domaines que possible.
Prendre en compte les choses, les gens ou les entreprises, voire les additionner, en dresser des listes, ne suffit pas à comprendre la dynamique de notre monde. Il faut aussi prendre en compte ce que j’appelle leur plexité, le potentiel dynamique de leurs réseaux de connexions. Une bonne méthode pour organiser les activités de chacun.e d’entre nous.
Dites-moi ce que ça vous inspire…
02.09.2024 à 07:12
Macron ou l'art « pipé » de tout risquer ≈056
Francis Pisani
Texte intégral (2466 mots)
Coup de poker, la dissolution de juillet n’a pas donné les résultats escomptés… d’où la difficulté de passer à l’étape suivante. Macron aimerait bien « passer » mais la constitution l’oblige à « relancer ». Sa « main » (ses cartes) ne valent pas grand chose, d’où le temps pris pour nommer un nouveau premier ministre.
Ça nous parait interminable, voire abusif, mais ça devrait être le cadet de nos soucis dans la mesure où ça s’inscrit dans une évolution de notre société sur modèle Las Vegas, comme nous l’explique un livre paru cet été.
L’art de tout risquer
On the Edge, The Art of Risking Everything (À la limite, l'art de tout risquer) est écrit par Nate Silver qui, outre ses talents aux cartes, a créé FiveThirtyEight, le site le plus visité sur les probabilités de victoires dans les élections américaines. Et son talent ne s'arrête pas là. Il parie si bien sur les sites sportifs qu’on lui en a limité l’accès. Un monsieur qui mérite notre attention.
Le monde dont il nous parle, celui dans lequel nous avançons encore à tâtons, est divisé entre le « Village » et « la Rivière ». Aux prudents parmi lesquels il range universitaires, partis politiques et médias, - les élites fonctionnant en circuit fermé -, s’opposent ceux qui surfent des flux de toutes sortes en quête d'opportunités. Des individus qui « prennent leurs décisions non pas sur la base de ce qu’ils savent à un moment donné mais sur la valeur escomptée » des retours sur leurs paris.
Sur cette rivière du risque, Silver distingue différents types de tribus allant des intellos aux gamers et aux accros à la crypto en passant par Wall Street et Silicon Valley. Toutes leurs décisions s’expliquent par les gains qu’ils espèrent en tirer. Leur méthode est un calcul mathématique simple.
En anglais ça se dit EV (pour expected value) et ClubPoker.net nous explique qu’il s’agit d’un calcul de ce que rapportera une action soit « [probabilité de gagner]x[gains]-[probabilité de perdre]x[pertes]. C’est sur cette base que se fondent les joueurs de poker, les parieurs sportifs, et tous les investisseurs.
La vraie richesse n’est plus détenue par les monopoles industriels. Il en résulte une sorte d’économie-casino ultra quantifiée dans laquelle les distances entre les possédants et les autres sont savamment maintenues, exacerbées. Tout le monde n’a pas, en effet, la capacité de faire ces calculs, encore moins de prendre de tels risques qui, dans la vie réelle, ne représentent rien pour les plus riches. Nous nous dirigeons vers une sorte d’hyper-capitalisme alimenté par l'intelligence artificielle, dans lequel le butin appartient de manière disproportionnée à ceux qui comprennent les risques et savent évaluer la probabilité de succès de leurs paris.
La société du risque
Attention, nous n’avons pas à faire aux simples lubies d’un joueur malin. Silver s’appuie - en praticien, ce qui est toujours utile) - sur un concept lancé en 1986, juste après Chernobyl, par le sociologue allemand Ulrich Beck avec son livre La société du risque, sur la voie d’une autre modernité (dont je regrette qu’il ne soit pas disponible en format digital).
Il y montrait que notre époque se caractérise par le partage des risques à côté de celui, né avec la modernité, des biens matériels. Il insistait également sur le fait que la pleine dimension de ce phénomène serait atteinte avec la globalisation dans laquelle les réponses nationales, inopérantes, empêcheraient de poser sérieusement la question de la responsabilité.
Silver rebondit en jouant sur la fabuleuse ambivalence de la notion de risque, son potentiel d’opportunités, la capacité d’en calculer les probabilités et donc, pour certains, d’en tirer parti.
« La Rivière est en train de gagner, » regrette Silver. Car, « dans un monde forgé non pas par le labeur des humains mais par les calculs des machines, ceux d'entre nous qui comprennent les algorithmes détiennent les cartes maîtresses. » Le « Village » pourrait bien n’être plus, bientôt qu’un hameau ou qu’un lieu-dit.
Un jeu pipé
Nous évoluons vers une société dans laquelle les risques encourus par chacun.e sont tout aussi inégalement répartis que les biens matériels. Un casino dans lequel les mains sont d’autant plus souvent pipées que certains peuvent miser en utilisant les autres (ou leurs resources) comme jetons.
L’évolution du discours macronien en rend bien compte, car si le « premier de cordée » prend des décisions essentielles pour ceux qui suivent, il est exposé aux mêmes risques. Pas le joueur de Poker décrit par Nate Silver.
Dave Wallace Wells (New York Times) rappelle, à propos du bouquin, que « tout n'est pas un jeu de cartes, que toutes les situations ne gagnent pas à être jouées comme si elles en étaient un. Il est beaucoup plus facile pour n'importe quelle entreprise d’accepter la prise de risque lorsque l'on joue avec l'argent de quelqu'un d'autre ou que l'on sait que l'on peut compter sur un filet de sécurité, financier ou autre. »
Les risques ont toujours existé. Mais leur place évolue de façon dangereuse :
Ils pèsent sur tous les humains et doivent s’affronter au niveau de la planète dit Beck.
Il est maintenant possible à quelques initiés de tirer parti des opportunités qu’ils présentent montre Silver.
Explosif, ou je me trompe ?
30.07.2024 à 08:48
Ce que Trump et l'IA ont en commun ≈055
Francis Pisani
Texte intégral (2751 mots)
Aucune technologie n’est jamais venue « seule ». Les marteaux ont besoin d’artisans ou d’usines pour les fabriquer, de clous à frapper, de meubles et de charpentes à dresser. L’intelligence artificielle a besoin de données à récupérer par tous les moyens et d’humains pour écouter les récits qu’elle fabrique, même quand il s’agit de conneries.
Mais on a rarement vu, un outil devenir politique, autre que symboliquement. Et pourtant, au cours des dernières semaines, les technologies digitales ont fait irruption au plus haut niveau de l’espace américain. Sous formes sonnantes et trébuchantes, comme outil électoral et comme idéologie.
Kamala Harris et J.D. Vance, deux des trois candidats connus à la présidence et vice-présidence ont de très forts liens avec la Silicon Valley. Née dans la région de San Francisco, Harris a été chargée par Biden du dossier intelligence artificielle - « AI czar » dans le jargon de Washington - ce qui l’a conduite à rencontrer les dirigeants des plus grosses boîtes du secteur et à intervenir sur le sujet dans différentes instances internationales. Quant à Vance, le numéro 2 sur le « ticket » de Trump, il y a vécu et investi. Pas que.
État des lieux
La grande majorité des ingénieur.e.s qui travaillent dans les TIC (Technologies de l’information et de la communication) se considèrent comme Démocrates. Nombre de patrons aussi. Jusqu’à présent, et quelles que soient leurs opinions, ces derniers faisaient attention, notamment ceux dont les entreprises possèdent des plateformes importantes de réseaux sociaux, à maintenir une neutralité de façade tant un choix clair risquait de peser directement sur le jeu politique de leur pays.
C’est en train de changer.
Elon Musk vient de déclarer son total soutien à Donald Trump. Il lui a même promis 45 millions de dollars chaque mois jusqu’au vote de novembre (soit 180 millions au total précise Le Monde). Propriétaire tout puissant de X, l’ancien Twitter qui reste le réseau le plus utilisé par journalistes, politiciens et activistes et demeure ainsi le seul espace de débat public, il va mettre tout son poids dans la balance.
Pour le Washington Post « il s'agit de la première élection présidentielle au cours de laquelle une grande plateforme de médias sociaux est contrôlée par un proche allié public de l'un des candidats. Et ce candidat, Trump, en a si souvent violé les règles que les plus importantes ont fini par l'exclure. » Rien de plus facile pour l’homme le plus riche du monde de s’en acheter une et d’y communiquer directement avec ses 190 millions de « followers ».
Mais si Musk est le plus connu et le plus puissant, le plus malin est un de ses acolytes, Peter Thiel, connu pour avoir été un des premiers à financer Facebook devenue Meta et pour ses positions très à droite. Soutien de la première présidence de Trump, il a très tôt repéré le passage de Vance par la Silicon Valley l’a fait travailler pour lui et a financé ses premiers pas politique, c’est-à-dire sa campagne sénatoriale dans l’Ohio. Aux retours financiers sur investissements, il ajoute de bonnes chances de placer un de ses pions dans le duo de tête de la plus grande puissance économique, militaire et technologique de la planète.
L’idéologie
Mes premiers pas dans ce monde de la Baie de San Francisco, en 1995, m’ont permis de rencontrer Jerry Yang, fondateur de Yahoo, et Larry Page, créateur de Google. Des gamins sympathiques qui voulaient, en même temps, faire fortune et changer le monde. Si la première ambition est plus forte que jamais, la seconde apparaît de moins en moins dans les déclarations soigneusement rédigées par leurs services de relations publiques. Yang est discret. Page flirte alternativement avec l’idée d’une Californie indépendante et la création d’îles artificielles éloignées des eaux territoriales états-uniennes sur lesquelles entrepreneurs et investisseurs feraient leur loi sans se soucier de réglementations ni d’impôts.
Musk, pour sa part, envisage tout simplement d’aller s’installer sur la lune où la question des impôts n’est pas encore réglée. Gageons qu’il saura se faire entendre si les fusées de SpaceX font le job ?
Tous ces gens sont de plus en plus clairement « libertariens », des gens qui « ont en commun de penser que l'État est une institution coercitive, illégitime, voire — selon certains — inutile » explique Wikipedia en français.
Marc Andreessen, patron d’un des plus gros sites d’investissements, se propose carrément en maître à penser. Auteur, en octobre 2023, d’un Manifeste « techno optimiste », il fait de l’IA « notre alchimie, notre pierre philosophale. Littéralement nous faisons penser le sable »! Il y voit un « solutionneur » universel de problèmes. En ralentir le développement « coûtera des vies, ce qui est une forme de meurtre. »
Ses ennemis ? « L’éthique dans la tech», «le développement durable», «la responsabilité sociale des entreprises» « la confiance et la sécurité », la notion de « limites de la croissance » et tout ce qui pourrait brider le potentiel humain et l’abondance future. «Nous ne sommes pas des primitifs recroquevillés sur eux-mêmes. Nous sommes le prédateur suprême » clame-t-il.
Allons plus loin à notre tour. N’y a-t-il pas une affinité de fond entre l’IA et Trump ?
Trump et l’IA générative même combat
L’ancien président n’est-il pas le grand mage des réalités alternatives, des prétendus « faits » sans rapport avec la réalité, inventés de toute pièce en fonction de ses besoins à lui ?
L’intelligence générative artificielle n’est-elle pas productrice d’erreurs dues au fait que, strictement dépendants de calculs de probabilité sur la place des mots dans un texte, ses conseils et réponses n’ont pas nécessairement de rapport logique avec la réalité.
Les communicants des boîtes qui en sont responsables parlent « d’hallucinations » mais une récente étude de l’Université de Glasgow trouve le terme trop aimable, voire dangereux et trouvent le terme « bullshit » (connerie ou foutaise) plus approprié. Le mot est utilisé dans la philosophie américaine pour parler des gens qui, sans vraiment mentir, sont totalement insensibles au rapport à la réalité de ce qu’ils disent. « ChatGPT et ses pairs ne peuvent pas s'en préoccuper [puisqu'ils ne savent pas de quoi il s'agit] et sont plutôt, au sens technique du terme, des machines à raconter des conneries » écrivent-ils dans Scientific American.
La différence avec Trump serait alors dans l’intentionnalité (sauf s’il y croit lui-même à ce qu'il dit, ce que nous ne saurions totalement exclure).
Et qu’en est-il des patrons des BigTech (OpenAi, Google, Meta, Amazon, entre autres) ? Lancés dans une course effrénée aux milliards de dollars dont ils ont besoin pour asseoir et développer leurs projets - dont j’apprécie, personnellement, les côtés positifs. Ne sommes nous pas en droit de nous demander si leurs promesses ne constituent pas, elles aussi une hyper puissante « machine à bullshit » ?
Cela fait plusieurs mois que j’hésite à voir dans le mensonge « la vérité de la communication ». Une exagération sans doute, même si on peut l’étayer. Le bullshit, tel que nous venons de le définir, semble un terme plus précis. J’en viens même à me demander s’il n’est pas la norme de nos échanges professionnels, publicitaires et politiques.
Qu’en dites-vous ?
05.07.2024 à 11:11
Plus qu’un vote… ≈054…
Francis Pisani
Texte intégral (2633 mots)
Il m’est bien difficile, en ces temps agités, de suivre seulement ce qui se passe dans le domaine de l’intelligence artificielle.
La conviction qui m’a poussé à lancer Myriades, que vous êtes de plus en plus nombreux à lire, n’a fait que se renforcer au cours de ces derniers mois.
Mais, malgré leur capacité à « tout » changer, comme je le disais dans le premier numéro, il n’y a pas que les technologies à l’heure de l’IA (Tech@IA) dans nos vies.
L’IA est une dimension essentielle du monde d’aujourd’hui, même si personne n’en parle dans le cadre électoral, pas plus que de l’environnement ou des vrais enjeux de la recomposition géopolitique planétaire, les deux autres inévitables transitions auxquelles nous devons faire face, que nous devons aborder le plus intelligemment possible.
Ces bouleversements viennent de tant d’azimuts, dans tellement de domaines qu’ils donnent l’impression d’un monde qui fout le camp alors que, clairement, il mute. Pas pareil.
Il est illusoire de s’y opposer, difficile de cornaquer toutes les transitions que cela implique. Mais on peut tenter de les comprendre en les situant dans leurs interactions, en multipliant les passages de l’une à l’autre et, dans chacune du particulier au général, du local au planétaire.
Cet horizon temporel n’est ni de quelques jours ni de quelques semaines ou mois et risque fort de s’assombrir dans les 10 prochaines années, pour le moins.
Il me semble donc indispensable de situer les technologies dans un cadre plus général, de suivre ces « polytransitions », d’en rendre compte, de s’exprimer sur les choix cardinaux auxquels elles nous contraignent, de chercher comment les mieux penser.
Voilà pourquoi j’ai décidé d’ajouter à la Myriades que vous connaissez une nouvelle rubrique.
Les sujets traitant plus strictement des technologies à l’heure de l’intelligence artificielle « Tech&IA » alterneront avec des regards « Obliques » sur d’autres thèmes souvent plus planétaires, plus ouverts. Cela ne change rien au système d’abonnement de celles et ceux qui ont la gentillesse de m’aider dans ce travail avec une contribution volontaire.
Voici donc une première d’Obliques…
Villes et diplômes
Commençons par les élections législatives.
Les grandes villes, à commencer par Paris, sont plutôt rouges. Le reste du pays est plutôt brun si on accepte les codes couleurs en vogue. Le RN surfe sur les campagnes et la ruralité. Le NFP prospère sur le béton et la densité. Un peu trop simple pour être vrai, mais nous pouvons partir de là.
Côté histoire, Paris a toujours été le coeur ouvert, avancé, promoteur de changement du pays. Nous l'avons vu à chacun des grands bouleversements de notre histoire : 1789, 1848, 1870 etc. N'oublions pas que le bleu et le rouge, couleurs de la capitale, figurent dans le drapeau national pour entourer et contrôler le blanc monarchique qui comptait, pendant la révolution, sur les campagnes pour reprendre le pouvoir.
Côté géographie, dans le monde entier les conservateurs s'appuient aujourd’hui sur les campagnes pour réduire le poids des villes. Ça se voit aux États-Unis comme en Iran, dans les découpages électoraux, quand ça n'est pas dans les constitutions.
Il s’agit, bien sûr, d’une généralisation, donc abusive, qui ne tient pas assez compte des diversités territoriales. On trouve des anti-RN dans les campagnes comme des anti-NFP dans les villes.
Mais les études sur lesquelles se base cette constatation précisent que ces contrepoints ont très souvent à voir avec le niveau de diplômes.
Y aurait-il du commun entre villes et diplômes ?
Ouvrir
Les différences entre urbain et rural s’approfondissent chaque jour, chaque minute, chaque fois qu’une personne choisit de gagner une ville dans l’espoir d’y trouver du boulot, de faire des études ou de se soigner. L'urbanisation croissante se vote avec les pieds de centaines de millions d’humains. Elle tient largement à la logique des villes dans lesquelles les interactions sont plus intenses et l'ouverture sur l'extérieur plus grande. Aux croisements de routes maritimes et terrestres, les grands ports, par exemple, sont plus connectés que bien des capitales, Saint Petersbourg plus que Moscou, Mumbai plus que Dehli, Shanghai plus que Beijing, Rotterdam plus qu’Amsterdam… etc.
La question clé est celle de l'ouverture, des connexions, des relations, des échanges et des dialogues dans autant de directions que possible.
De façon différente, la possibilité de faire des études (un privilège) amène à regarder par delà son clocher, à se souvenir de celles et ceux qu’on a rencontré à l’université, des cours suivis, des discussions passionnées qu’on a eu… en ville puisque c’est là qu’on obtient les diplômes.
J’aime mon métro, métèque et métis
L’enfermement étouffe et tue. Alors qu’ouverture et porosité sont au coeur de la logique du vivant. S’y opposer c’est nous proposer la crève, à plus ou moins long terme. Ou le mensonge, dès la semaine prochaine.
Mais ce sont moins les partis politiques qui m’intéressent ici, qu’un certain état d’esprit dans lequel nous nous laissons enfermer sans toujours nous en rendre compte.
Mettre des drapeaux nationaux sur les produits qui vont de la « Tête d’anchois » au « Cola auvergnat » (cherchez des images de « produits français » sur votre moteur de recherche) c’est souvent mentir (quand on se penche sur les ingrédients), et ça nous habitue à exclure.
Refuser les immigrants c’est ignorer que la France est le produit des diversités européennes qui s’y retrouvent depuis des siècles, enrichies par d’autres venues d’ailleurs. Vivant à Paris, j’aime mon métro, métèque et métis. Il me fait envisager des lendemains plus riches pour tous.
Refuser le « bi », qu’il soit national ou sexuel, c’est s’enfermer dans une unicité qui ne correspond nullement à nos réalités multiples entre lesquelles nous ne cessons de jouer à la marelle. Ainsi passons-nous sans cesse, et sans nous en rendre compte, de la case « genrée » à la case « racisée », de notre goût pour le bon fromage à notre passion de sushi, de nos racines poitevines (ou autres) à nos envies de Marrakech, de Tel Aviv ou de Kyoto, de Victor Hugo à Lao Tseu sans oublier Chimamanda Ngozi Adichie…
Mais comment s’ouvrir ? En sortant de son, voire de ses silos, nous conseille Edgard Morin, en abordant le différent avec empathie, en jouant sur ces liens qui sont le tissu de notre réalité complexe parce que vivante, en misant, selon son terme, sur la « reliance ». J’y reviendrai.
Ça vous parle ?
12.06.2024 à 08:04
Pourquoi nous rabaisser ? ≈053
Francis Pisani
Texte intégral (2774 mots)
Bonjour et bienvenue sur Myriades,
Je vous propose aujourd’hui quelques pistes pour mieux comprendre ce qui se joue en ce moment :
Le danger de présenter l’IA comme « surhumaine ».
Pourquoi nous avons besoin que les ingénieurs aient le droit de nous alerter sur les risques que nous font courir leurs boîtes.
La percée effectuée par Starlink, la compagnie de satellites d’Elon Musk, auprès d’une tribu amazonienne isolée. Ça me laisse plus que perplexe.
Ne manquez pas, à la fin, une info montrant comment l’IA peut aider à maigrir.
Des dangers de croire à une IA surhumaine
Si l’IA est surhumaine, c’est-à-dire plus ou mieux qu’humaine, que sommes-nous ?
Voilà enfin une vraie question qui pourrait permettre d’aller plus au fond, de s’interroger sur un - le ? - vrai danger de la croyance en la toute puissance de l’IA. Elle est posée par Shannon Vallor, professeure américaine de philosophie et d’éthique en poste, actuellement, à Édimbourg.
« Qu'elle soit utilisée pour nous faire adopter l'IA avec un enthousiasme inconditionnel ou pour nous dépeindre l'IA comme un spectre terrifiant devant lequel nous devons trembler, l'idéologie sous-jacente de l'IA "surhumaine" favorise la dévalorisation croissante de l'action et de l'autonomie humaines et fait s'effondrer la distinction entre nos esprits conscients et les outils mécaniques que nous avons construits pour les refléter, » écrit-elle dans l’excellente revue Noéma.
Elle y montre de façon convaincante que les définitions de ce que serait l’intelligence artificielle générale (AGI en anglais) ne cessent de déraper. Ainsi, pour OpenAI productrice de ChatGPT, elle devient un ensemble de « systèmes hautement autonomes qui surpassent les humains dans la plupart des tâches économiquement utiles ».
Conclusion de Vallor : si on réduit le concept d’intelligence à ce que les marchés sont prêts à payer « tout ce qu'il faut pour construire une machine intelligente - même surhumaine - c'est fabriquer quelque chose qui génère des résultats économiquement valables à un taux et une qualité moyenne qui dépassent votre propre production économique. Rien d’autre ne compte ».
Je me demande si ce qu’elle présente comme un combat éthique (difficile à ignorer) n’est pas en fait un combat politique… bien plus difficile à nommer.
Elle vient de publier un livre sur ce sujet The AI Mirror. Je suis en train de le lire pour vous en rendre compte.
En attendant, passons à un autre sujet…
Notre première ligne de défense
Un groupe d’ingénieurs et de chercheurs (ex ou actuels employés d’OpenAI et de Google), revendique le droit d’alerter au cas où ils détecteraient des risques sérieux dans la façon d’opérer de leurs boîtes.
Il s’en prend à une pratique particulièrement choquante consistant à interdire aux employés quittant l’entreprise de dénoncer les dangers potentiels qu’ils y ont constatés et à les punir en les privant de leurs actions. Une sanction qui a coûté 1,7 millions de dollars à l’un des signataires.
L’argument est clair : « Tant qu'il n'y aura pas de contrôle gouvernemental efficace de ces entreprises, les employés actuels et anciens font partie des rares personnes qui peuvent les obliger à rendre des comptes au public » écrivent-ils. Ils demandent que les sociétés renoncent à interdire de « critiquer l'entreprise pour des problèmes liés aux risques, [ainsi qu’à] exercer des représailles pour des critiques dans ce domaine ».
Chercheurs et ingénieurs, des BigTech comme des startups de l’IA, sont notre première ligne de défense contre les risques qu’un développement échevelé peut nous faire courir. Personne ne connaît mieux qu’eux la portée de leurs travaux. Je l’ai évoqué en parlant du livre La déferlante, de Mustafa Suleiman.
Chacun a son idéologie et nous ne sommes pas tenus de partager tout ce qu’ils disent. Mais leur liberté de parole nous est indispensable et les pratiques qu’ils dénoncent - manifestement abusives - illustrent les jeux de pouvoir de ces boîtes qui se croient au dessus de tout et agissent en conséquence.
La situation est bien différente à l’autre bout du monde maintenant connecté…
L’internet au coeur de l’Amazonie. Qu’en penser ?
Reportage, émouvant et perturbant; dans le New York Times sur l’arrivée des satellites de communication Starlink d’Elon Musk dans la tribu des Marubos en Amazonie. (Voir plus bas le lien d’accès gratuit).
Les bienfaits sont clairs : ouverture sur le monde, accès à une éducation plus large, communication maintenue avec ceux qui ont gagné les villes pour travailler, ou possibilité en cas d’urgence médicale de se connecter pour obtenir un diagnostic ou un hélicoptère. Tout hôpital est à de longues journées de marche.
Les inconvénients ne sont pas moins évidents : les jeunes découvrent la pornographie et les garçons deviennent plus brutaux. Tou.te.s passent leur temps d’accès (limité à quelques heures par jour) sur WhatsApp alors que « dans le village, si tu ne chasses pas, ne pêches pas et ne plantes pas, tu ne manges pas » dit un des chefs.
Si son sort vous inquiétait, rassurez-vous, Elon Musk n’y perd rien. L’argent nécessaire a été fourni par une consultante de l’Oklahoma contactée par Facebook. Starlink a déjà 66.000 contrats couvrant 93% des municipalités de l’Amazonie brésilienne.
Point qui compte : l’appel à des financements pour acheter les antennes Starlink provient de membres de la tribu alors que d’autres s’opposent à leur introduction. Mais les leaders des deux camps s’affrontaient depuis longtemps et n’ont fait que chevaucher ce nouveau sujet comme thème de rivalités.
Difficile de se prononcer puisque c’est à eux de décider et qu’ils sont divisés. Lisez la fin sur la vision d’un shaman annonçant, il y a quelques dizaines d’années la venue d’un petit appareil connectant au reste du monde. Et rappelez-vous que l’arrivée des conquistadors Espagnols au Mexique avait elle aussi été annoncée… Copie ? Besoin d’ancrer le présent brutal dans le passé sage ? Curieux en tous cas. Bégaiement dont on souhaite qu’il n’entraîne pas les mêmes conséquences.
Voici un « lien cadeau » du New York Times qui devrait vous permettre de lire l’article sans problème. Dites-moi si ça marche, ou pas.
Enfin, et ce sera tout pour aujourd’hui…
L’IA… pour maigrir ?
L’Université canadienne de Waterloo travaille à une intelligence artificielle capable de détecter la quantité de calories ingurgitées au simple vu des vidéos prises de ce que nous ingurgitons au cours d’un repas. Les chercheurs sont en train de lui apprendre à repérer un grand nombre d’aliments et elle devrait, au bout d’un certain temps, reconnaître même ceux qu’elle ne connaît pas… comme toute IA générative qui se respecte.
Nouvel exemple de surveillance trop intime, mais peut-être préférable à tous ces médicaments amaigrissants qui envahissent le marché. A chacun.e de choisir… Le Monde y a consacré un article hier…
28.05.2024 à 11:30
Toute bulle qui monte… ≈052
Francis Pisani
Texte intégral (3330 mots)
Bienvenue sur Myriades,
Soyez gentil.le.s d’excuser mon retard dû à un petit déménagement proche… pour lequel l'intelligence artificielle ne m'est encore d'aucune aide ;-).
Tout ça alors que la folie.IA est montée d’un cran. Ou de deux. Peut-être même plus. Et, pour une fois, je me sens obligé de partir de l’actualité largement publiée pour faire le point. A ma manière.
Accélération de l’accélération
Nous entrons dans une nouvelle phase d’accélération du développement de l’intelligence artificielle générative, celle avec laquelle nous dialoguons, celle qui nous concerne le plus immédiatement. Éléments clés :
OpenAI a lancé une nouvelle version de son programme phare : ChatGPT-4o. Séduisant. Bluffant. Multimodal (il parle entend, plaisante et sourit). Ultra puissant. Gratuit. Genre la Grosse Berta dans la guerre des IA.
Google a mis sur le marché global sa version Gemini. Plus sage, elle présente des résumés des résultats (parfois donneurs de mauvais conseils comme de mettre de la colle dans une pizza pour faire tenir les ingrédients) plutôt qu’une accumulation de liens, tient compte du contexte et offre une intégration avec les différents services de Google.
Microsoft reprend la vieille rivalité avec Apple en lançant un PC plus rapide que les Macs comparables. Il est vendu avec IA intégrée et se propose de retrouver (Recall) tout ce qui se trouve dans votre ordi (ce qui veut dire qu’il en garde la trace…).
La valeur de NVIDIA qui fabrique les microprocesseurs utilisés par toutes les BigTech de l’IA a augmenté de 427% en un an… et c’est pas fini dit le patron.
En clair : l’accélération s’accélère. Mais !
Premier point : elle présente un risque de sécurité- Cette accélération paraît dangereuse à certains des fondateurs d’OpenAI dont les responsables les plus sensibles aux questions d’éthique et de sécurité ont quitté l’entreprise. Leur service a été dissous. Comme toujours le patron dit que c’est maintenant l’affaire de tout le monde. Seul le temps nous dira si c’est efficace… et, pour le moment, le temps qui coule permet à l’entreprise d’appuyer à fond sur la pédale sans trop se soucier du reste. Les mésaventures de Sam Altman, patron d’OpenAI, avec Scarlett Johansson dont, je simplifie, il utilise la voix (ou l’imite à la perfection) sans son autorisation, ne contribuent pas à sa crédibilité.
Deuxième point : ça nous rapproche de l’effondrement (burst) - On ne nous parle que des milliards qui font gonfler la bulle IA et, du coup, son éclatement me semble inévitable. Je n’aie aucune compétence d’économiste pour l’affirmer - ça en rassurera certain.e.s - juste l’expérience de quelqu’un qui couvrait les technologies de l’information telles qu’elles étaient développées autour de Silicon Valley au tournant de notre siècle. Au moment où le web a commencé à sentir l'impact du navigateur Netscape sur notre accès à l’information.
La question commence à se poser pour l’IA. Accordez-moi deux minutes.
Le principal argument de ceux qui sont contre cette analyse est que les modèles d’affaire d’alors reposaient sur des idées entièrement nouvelles et qui n’avaient jamais fait leurs preuves. La possibilité de faire des achats online par exemple.
Aujourd’hui, par contre, l’apport en productivité de l’IA leur semble évident et prouvé, déjà palpable. Pas de raison de s’inquiéter. Circulez.
Spray and pray (brumiser et prier)
C’est ignorer le dicton de base des capital risqueurs (venture capitalists ou VC) du monde entier : « spray and pray ».
Explications : plus un investissement se fait tôt, plus il a de chances de rapporter gros. Mais moins les VC ont de certitude sur le projet qui remportera la palme. Ils s’efforcent d’investir tôt car, si attendre est moins risqué, ça rapporte moins. En gros, sur 10 startups, 9 échouent. Mais celle qui réussit rapporte 100 fois ou mille fois la mise originale. Donc on tire à l’aveugle et on laisse la logique du marché et de la technologie inconnue décider.
Conséquence inattendue, la crise a une énorme vertu : elle assainit le marché permet aux équipes ayant échoué de se redéployer (d’où l’importance de la tolérance à l’échec) et au gros du capital de se concentrer sur les plus performantes.
Soyons clairs. La seule logique ici est la capitaliste la plus brutale. Seul l’argent compte. Rien à foutre de l’impact social, des gens qui, ayant investi sans pouvoir brumiser (l’efficacité de la prière restant à démontrer) y perdent pantalon ou culotte. C’est comme ça.
La valse à cinq temps
Revenons à la bulle. Elle éclate au cinquième temps.
Le déroulement n’est un mystère pour personne autour de la Baie de San Francisco. Il est parfaitement décortiqué en cinq phases relativement précises, bien scandées.
Déplacement : Une technologie - ChatGPT dans ce cas - vient en déplacer d’autres.
Boom : gros et petits veulent participer à la ruée vers l’or. A coup, cette fois de centaines et bientôt de milliers de milliards de dollars.
Euphorie : nous y sommes. Trop tôt pour faire les comptes on ne chante que les promesses. Tentant.
Passage à la caisse : ce que font les plus expérimentés qui ramassent leur mise dès que les échecs commencent à proliférer.
Panique ou burst: l’explosion de la bulle dont il faut bien comprendre qu’elle peut être déclenchée par les plus malins et les plus actifs dans la phase précédente.
Nous en sommes clairement à la phase trois. Difficile de savoir combien elle va durer et quand s’amorcera la quatre. Il faudra suivre l’actu.
Outre les faillites visibles, le passage pourrait être déclenché par des décisions gouvernementales prises pour contrôler les géants de la tech et/ou assurer un peu de sécurité aux petits investisseurs. L’angoisse de secteurs importants de la population inquiets des menaces que l’IA fait peser sur l’emploi, de son impact environnemental ou par un accident dû à un mauvais usage de l’IA peut également y contribuer.
S’il fallait parier (je ne parle pas de science) je miserais sur un éclatement de la bulle avant la découverte - trop souvent promise pour nous allécher - de l’intelligence artificielle « miracle »… ou , comme ils disent « générale », c’est à dire plus intelligente que nous dans tous les domaines.
Et vous ?
Principales sources :
Présentation de ChatGPT-4o (extraits: 26min).
Présentation de Google Gemini (résumé : 11m).
Analyse des 5 temps du cycle des investissements par The Guardian (en anglais, soutien facultatif).
- Persos A à L
- Mona CHOLLET
- Anna COLIN-LEBEDEV
- Julien DEVAUREIX
- Cory DOCTOROW
- EDUC.POP.FR
- Marc ENDEWELD
- Michel GOYA
- Hubert GUILLAUD
- Gérard FILOCHE
- Alain GRANDJEAN
- Hacking-Social
- Samuel HAYAT
- Dana HILLIOT
- François HOUSTE
- Tagrawla INEQQIQI
- Infiltrés (les)
- Clément JEANNEAU
- Paul JORION
- Michel LEPESANT
- Frédéric LORDON
- Blogs persos du Diplo
- LePartisan.info
- Persos M à Z
- Henri MALER
- Christophe MASUTTI
- Romain MIELCAREK
- Richard MONVOISIN
- Corinne MOREL-DARLEUX
- Timothée PARRIQUE
- Thomas PIKETTY
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