22.06.2026 à 10:35
Kurteas
Le macronisme promettait le plein emploi, la prospérité et la modernisation du pays. Près de dix ans après les premières réformes d’Emmanuel Macron, le chômage demeure élevé, la pauvreté progresse et les inégalités se creusent. Dans le même temps, les milliardaires français n’ont jamais été aussi riches et les mouvements sociaux ont fait face à une répression d’une ampleur inédite depuis des décennies. Retour sur un bilan bien éloigné des promesses initiales.
Longtemps présenté comme le cœur du projet porté par Emmanuel Macron, le redressement économique de la France devait passer par une série de réformes destinées à relancer l’emploi, réduire durablement le chômage et renforcer l’attractivité du pays. Flexibilisation du marché du travail, réforme de l’assurance chômage, baisse de la fiscalité sur le capital, suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières, réforme des retraites : pendant près d’une décennie, ces mesures ont été justifiées par une même promesse. Celle d’une économie plus dynamique dont les bénéfices finiraient par profiter à l’ensemble de la société.
Près de dix ans après l’arrivée à Bercy de l’ancien ministre de l’Économie, quel bilan peut-on tirer de cette politique ?
Selon les données de la DARES, la France comptait au premier trimestre 2026 environ 6,64 millions de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, catégories A à E confondues. Vingt ans plus tôt, en 2006, ce chiffre s’élevait à 4,32 millions.
Cette comparaison brute mérite d’être nuancée par l’évolution démographique. La population française est passée de 62,9 millions d’habitants en 2006 à 69,1 millions au 1er janvier 2026 selon l’Insee.
Rapporté à la population active, le taux de chômage atteint néanmoins 9,61 % au premier trimestre 2026. Un niveau proche de celui observé au deuxième trimestre 2014, période à partir de laquelle le chômage avait dépassé les 9 % sans véritablement redescendre sous ce seuil, à l’exception d’une parenthèse en 2023. En 2006, ce taux était de 6,87 %.
L’évolution apparaît également limitée lorsqu’on la rapporte aux différentes fonctions exercées par Emmanuel Macron :
Après dix années de flexibilisation du marché du travail, de réformes de l’assurance chômage et d’allègements consentis aux entreprises au nom de la compétitivité, la France demeure loin du plein emploi promis.
À cela s’ajoute un angle mort rarement évoqué dans les bilans gouvernementaux : celui des radiations administratives. France Travail procède à environ 55 000 radiations chaque mois, soit près de 600 000 par an. Sans remettre en cause leur légalité, ce phénomène nourrit les interrogations sur la manière dont sont produites les statistiques du chômage et sur le nombre réel de personnes durablement éloignées de l’emploi.
À l’échelle européenne, la France demeure légèrement en dessous de la moyenne de l’Union en matière de taux d’emploi.
En 2024, celui-ci atteignait 68,8 % en France contre 70,8 % dans l’Union européenne.
Après dix années de réformes présentées comme indispensables au retour du plein emploi, la France reste en retrait par rapport à la moyenne européenne. Les sacrifices demandés au monde du travail au nom de la compétitivité n’ont pas produit les résultats promis.
Les indicateurs sociaux montrent une progression continue du taux de pauvreté monétaire fixé à 60 % du revenu médian.
Selon les données Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA :
Autrement dit, après près de dix années de politiques justifiées au nom de l’emploi, de la croissance et de l’attractivité économique, la pauvreté n’a pas reculé. Elle a progressé.
Le principal argument mobilisé pour justifier les réformes successives du marché du travail était qu’elles finiraient par améliorer la situation de l’ensemble de la population. Les chiffres disponibles ne permettent pas de confirmer cette promesse.
Le niveau de vie annuel médian progresse néanmoins sur la période :
Cet indicateur signifie que la moitié de la population dispose d’un niveau de vie supérieur à ce montant et l’autre moitié inférieur.
Mais cette progression ne traduit pas une amélioration uniforme des conditions de vie.
L’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, est passé :
Le rapport interdécile D1/D9, qui compare les revenus des 10 % les plus riches à ceux des 10 % les plus pauvres, reste relativement stable autour de 3,5.
En revanche, les écarts entre les revenus les plus faibles et les plus élevés continuent de se creuser :
La question n’est donc pas celle de l’absence de richesse produite mais de sa répartition. Alors que davantage de ménages basculent dans la pauvreté et que le coût de la vie continue d’augmenter, les grandes fortunes françaises ont connu une croissance spectaculaire au cours de la décennie. Bernard Arnault est devenu l’un des hommes les plus riches du monde et les groupes du CAC 40 ont distribué des montants records à leurs actionnaires.
La promesse était que les avantages accordés au capital finiraient par bénéficier à l’ensemble de la société. Dix ans plus tard, les bénéficiaires de cette politique sont identifiables. Les perdants le sont également.
En 2023, le taux de pauvreté monétaire atteignait 16 % en France, soit un niveau proche de la moyenne de l’Union européenne.
La France se situe également à un niveau comparable à celui de l’Allemagne sur cet indicateur.
Ce constat relativise l’image d’une exception française en matière de protection sociale. Malgré l’importance de ses mécanismes redistributifs, le pays n’échappe pas aux dynamiques de précarisation observées dans une grande partie de l’Europe.
Les chiffres économiques ne racontent cependant qu’une partie de l’histoire.
Le macronisme s’est également caractérisé par un niveau de conflictualité sociale rarement atteint depuis plusieurs décennies. Du mouvement des Gilets jaunes à la mobilisation contre la réforme des retraites, en passant par les luttes hospitalières, étudiantes ou écologistes, la dernière décennie a été marquée par une succession de contestations massives auxquelles le pouvoir a répondu en privilégiant l’affrontement plutôt que la négociation.
Le mouvement des Gilets jaunes constitue à cet égard un tournant majeur. Né d’une hausse de la fiscalité sur les carburants touchant d’abord les ménages dépendants de leur véhicule pour travailler, il a révélé l’ampleur de la fracture sociale traversant le pays. La réponse du pouvoir ne fut pas une remise en cause de sa trajectoire économique mais une répression d’une ampleur inédite depuis plusieurs décennies.
Des milliers de personnes ont été blessées lors des manifestations, plusieurs ont subi des mutilations irréversibles et les méthodes de maintien de l’ordre françaises ont suscité des critiques répétées d’organisations nationales et internationales de défense des droits humains.
La réforme des retraites de 2023 a prolongé cette logique. Rejetée par une majorité de la population selon les enquêtes d’opinion, contestée pendant plusieurs mois dans la rue et combattue par l’ensemble des principales organisations syndicales, elle a finalement été imposée grâce à l’article 49.3.
Les principales réformes conduites sous les gouvernements Macron ont précisément concerné les mécanismes de protection du salariat : droit du travail, assurance chômage, retraites. À mesure que progressaient la pauvreté, les inégalités et certaines formes de précarité, les espaces permettant de contester collectivement cette évolution semblaient se réduire.
La question n’est donc pas seulement de savoir si les réformes ont produit les résultats annoncés. Elle est aussi de savoir quel prix démocratique a été payé pour les imposer.
Les soutiens d’Emmanuel Macron invoquent régulièrement la pandémie mondiale, l’inflation, la crise énergétique, le retour de la guerre sur le continent européen ou encore le ralentissement économique international pour expliquer les résultats obtenus.
Ces crises sont réelles. Mais après près de dix ans d’exercice du pouvoir, elles ne peuvent plus servir d’explication unique.
Le chômage de masse demeure, la pauvreté progresse, les inégalités se creusent et les protections collectives du monde du travail ont été affaiblies. Dans le même temps, les patrimoines des milliardaires atteignent des sommets historiques et les dividendes versés aux actionnaires battent record sur record.
Le macronisme s’est présenté comme une politique d’efficacité économique. Ses défenseurs affirment que ses bénéfices apparaîtront à long terme. Pourtant, après une décennie de réformes, les résultats observés ne peuvent plus être attribués aux seules circonstances. Ils constituent aussi le produit des choix effectués.
Pour des millions de travailleurs, de retraités, de chômeurs et de familles populaires, la décennie macroniste ne se mesure ni aux performances du CAC 40 ni aux classements internationaux sur l’attractivité économique. Elle se mesure à la dégradation de nombreux services publics, à la difficulté croissante de se loger, à l’allongement de la durée du travail, à l’incertitude face à l’emploi et à l’augmentation continue des dépenses contraintes.
Le prix du plein d’essence qui a déclenché la colère des Gilets jaunes était censé n’être qu’un épisode. Dix ans plus tard, il apparaît surtout comme l’un des symboles les plus précoces d’un divorce durable entre les promesses du macronisme et l’expérience quotidienne d’une grande partie de la population.
17.06.2026 à 18:39
François Burgat
Le juge français contre la Palestine ?
La condamnation dont j’ai moi-même fait l’objet, le 29 avril dernier, devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence (à 17 000 euros d’amende pénale et de dommages et intérêts aux associations pro israèliennes parties civiles) pourrait constituer une bonne illustration de l’évolution préoccupante du traitement judiciaire de la question palestinienne en France. J’y reviendrai peut-être un jour. Mais un autre dossier mérite aujourd’hui davantage d’attention.
Parce qu’il est …pire. Parce qu’il est plus révélateur. Parce qu’il est plus difficile à caricaturer. Et surtout parce qu’il éclaire une mutation profonde de la justice française face à la Palestine. En mars 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français, a validé la condamnation de Mohamed Makni, entrepreneur, père de famille et adjoint au maire d’Échirolles.
Le propos qui lui était reproché tenait en une phrase :« Ils s’empressent de qualifier de terrorisme ce qui, à nos yeux, est un acte de résistance évident. ». Cette phrase ne provenait pas d’un chef militaire palestinien. Elle ne provenait pas davantage d’un responsable du Hamas. Elle reprenait les propos d’Ahmed Ounaïs, ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, (ancien ambassadeur de ZA Ben Ali en Russie et en Inde), une personnalité située à mille lieues de toute rhétorique révolutionnaire. Pour avoir relayé cette analyse politique, Mohamed Makni a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à quatre mois d’inéligibilité.
La Cour d’appel d’abord puis la Cour de cassation ensuite ont validé cette condamnation. Il ne s’agit pas d’une décision ordinaire. Pour la première fois depuis le 7 octobre 2023, la plus haute juridiction française intervient directement dans la bataille politique et juridique autour de la qualification de la résistance palestinienne. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Depuis plus d’un siècle, la question palestinienne est traversée par une interrogation fondamentale : un peuple soumis à une occupation militaire prolongée dispose-t-il ou non du droit de résister ? Le droit international répond par l’affirmative. Une grande partie du monde arabe, africain, asiatique et latino-américain répond également par l’affirmative. La France officielle semble désormais répondre autrement. La condamnation de Mohamed Makni ne sanctionne pas un appel à tuer. Elle ne sanctionne pas davantage un appel à commettre des attentats. Elle sanctionne l’affirmation d’un lien entre occupation et résistance. Autrement dit, elle criminalise une grille de lecture politique partagée bien au-delà des seuls soutiens du Hamas.
Cette évolution n’est pas apparue spontanément.À la suite du 7 octobre 2023, le gouvernement français a choisi d’utiliser le délit d’apologie du terrorisme comme principal instrument de police du débat public relatif à la Palestine. Conçue à l’origine pour combattre la propagande de Daech et le recrutement djihadiste, cette incrimination a progressivement changé de fonction. Elle est devenue un moyen de discipliner les discours qui refusent de dissocier le 7 octobre de son contexte historique. Car le cœur du désaccord est là. Pour le narratif dominant chez les élites politiques occidentales, le 7 octobre doit être considéré comme un événement autonome, détaché de toute histoire antérieure. Pour une large majorité du reste du monde, il s’inscrit dans une séquence historique marquée par l’occupation, la colonisation, les déplacements forcés et le refus persistant des droits nationaux palestiniens. C’est cette seconde lecture qui se trouve aujourd’hui de plus en plus souvent placée sous surveillance judiciaire. La portée de l’affaire Makni dépasse de loin la personne de Mohamed Makni.
La criminalisation de toute mise en relation entre les actes commis en Israel le 7 octobre 2023 et les exigences de la résistance constitue en fait un véritable camouflet non seulement pour tous les Français d’origine étrangère qui ont choisi la voie de l’intégration républicaine, mais également pour toutes les élites politiques arabes, ou plus largement du Sud, qui partagent la lecture d’un ministre tunisien des Affaires étrangères, ancien ambassadeur de Z A Ben Ali, très éloigné de la rhétorique des Houthis yéménites. Elle est enfin un affront caractérisé à la pensée du plus prestigieux des hommes politiques français : en 1967, le Général de Gaulle, répétons-le sans nous lasser, avait très explicitement cautionné cette relation entre le droit de résister à une occupation illégale et la propension du colonisateur à qualifier cette résistance de “terrorisme”.
L’affaire Makri concerne donc tous ceux qui refusent que la Palestine soit exclue du droit commun de l’Histoire. Tous ceux qui continuent de penser que les catégories de colonisation, d’occupation et de résistance demeurent pertinentes lorsqu’il s’agit du peuple palestinien. Tous ceux qui refusent enfin qu’un débat politique soit transformé en question pénale.
La question posée par cette décision est simple :
Peut-on encore, en France, rappeler qu’une occupation engendre des résistances sans être accusé d’apologie du terrorisme ? La Cour de cassation vient d’apporter une réponse inquiétante. Cette réponse permet de penser que non seulement les juridictions françaises fonctionnent aujourd’hui sous influence du gouvernement, mais que ce gouvernement fonctionne lui-même sous l’influence du narratuf israéluen . C’est précisément pour cette raison que cette affaire mérite d’être connue et dénoncée bien au-delà des frontières de la France.

12.04.2026 à 18:39
Lignes de Crêtes
Ce qui ne devait pas arriver
Il y a des rencontres que seule l’Histoire peut susciter.
La rencontre entre Mustafa Cakici et moi-même est de celles-là.
Elle est née du martyr de la Palestine et du génocide des Palestinien·ne·s de Gaza.
À priori, pas grand-chose ne nous permettait de nous retrouver à militer ensemble. Moi, militant ouvrier dans deux groupes trotskystes depuis 50 ans. Syndicaliste en entreprise, en usine durant 12 ans, puis assistant social dans un hôpital psychiatrique. Athée, fils et petit-fils d’assassinés et de survivant·e·s de la Shoah. Et Mustafa, responsable d’une mosquée à Besançon, secrétaire du Conseil départemental du culte musulman du Doubs, dirigeant d’une petite entreprise. Plus jeune que moi de près de 30 ans.
Apprendre à lutter ensemble
Après le 7 octobre 2023, Palestine Amitié, principale association de solidarité avec le peuple palestinien de Besançon, a appelé à constituer un Collectif Palestine élargi sur la ville, regroupant des dizaines d’associations, de syndicats et de partis politiques.
Mustafa et moi nous sommes rencontrés quelques semaines après le 7 octobre 2023, lors d’une réunion du Collectif qu’il avait demandé à intégrer avec plusieurs membres de la communauté musulmane.
Nous, les militant·e·s du Collectif, avons appris à nous connaître, à passer outre nos préjugés, et nous avons commencé à militer ensemble.
Dans les manifestations hebdomadaires, les actions de boycott de Carrefour, les projections de films autour de la Palestine. Nous avons surtout développé des liens de sororité et de fraternité dans la lutte commune contre le génocide à Gaza. Toutes et tous ensemble dans le cadre du Collectif.
Pour moi, cela a été un moment fondateur dans ma vie de militant à Besançon.
Nommer le génocide
J’avais déjà mené de nombreux combats avec des camarades de diverses origines et confessions – dont des musulman·e·s – lorsque je travaillais en usine.
À Besançon, pour la première fois depuis 22 ans, je me battais aux côtés de nombreux et nombreuses musulman·e·s. Moi, militant européen issu du mouvement ouvrier traditionnel, coutumier des cortèges Bastille/République ou de leurs équivalents bisontins.
Nous avons milité ainsi jusqu’à l’automne 2024. Jusqu’au moment où un article publié sur un blog local, par un journaliste autoproclamé qui, en réalité, est un personnage trouble et extrêmement controversé dans la ville, se réclamant de l’antifascisme mais usant de méthodes quasi policières, a mis le feu aux poudres.
Quand le passé revient
Cet individu a rendu publiques des publications internet relayées par Mustafa, s’étalant de 2014 à 2025. Il n’y a aucun problème à dire que ces publications étaient très problématiques.
Ces publications ont déclenché une crise au sein du Collectif. C’était le but recherché par ce journaliste.
La mouvance PCF/CGT, le NPA-A, Solidaires 25, pour ne parler que des groupes les plus connus, à défaut d’être importants localement, ont exigé l’exclusion de Mustafa.
La majorité du Collectif a refusé cette exclusion, tout en lui demandant de s’expliquer sur ses positions passées et présentes. Mustafa a supprimé toutes les publications problématiques.
Cela ne fut pas suffisant pour les organisations citées plus haut, qui quittèrent le Collectif.
Prendre le temps de se dire
À partir de ce moment, bien des membres du Collectif ont manifesté une certaine défiance à l’encontre de Mustafa, sommé régulièrement de s’expliquer, de prouver qu’il n’était ni antisémite, ni homophobe…
Une charte – garante d’une absence totale d’antisémitisme, d’homophobie… – a été constituée ; signée par toutes et tous les membres du Collectif, Mustafa compris, évidemment.
Le Collectif de Besançon était composé de 14 organisations et de nombreuses et nombreux individus venant de divers horizons : religieux·ses musulman·e·s et catholiques, gauche traditionnelle, syndicalistes, trotskistes, associations de défense des droits humains, humanistes…
Ce qui se brise, ce qui tient
Quiconque milite dans une entreprise (cela a été mon cas durant 45 ans), dans une association de parents d’élèves, un collectif de défense de l’hôpital local, dans un mouvement de quartier… connaît cette configuration. On milite pour un but commun. En l’occurrence contre un génocide, malgré nos différences.
Je n’ai fait, au Collectif, que continuer ce que j’ai fait toute ma vie.
Avec des événements marquants comme les deux grèves pour les salaires que j’ai contribué à animer lorsque je travaillais à l’usine Belin/Danone d’Évry (91). L’une d’une semaine, l’autre au printemps 1995, de cinq semaines. Les deux dirigées par des comités de grève réunissant syndiqué·e·s et non-syndiqué·e·s, sous le contrôle permanent de l’assemblée générale des 600 grévistes.
Ces grèves furent victorieuses, et le fait de ne pas être dirigées par des syndicats mais par les grévistes elles et eux-mêmes permit de prendre conscience de la vraie force des travailleurs et travailleuses lorsqu’elles et ils débattent, décident et mettent en œuvre leurs décisions librement et démocratiquement. En toute égalité : hommes, femmes, Français·es ou non, athées ou non, politisé·es ou non. C’est dans ces moments que disparaissent les préjugés.
Plus tard, j’ai continué à l’hôpital. Pour exiger avec les ASH (femmes de ménage des hôpitaux) qu’elles soient reconnues comme membres des équipes de soins, pour organiser collectivement et horizontalement tout le personnel paramédical, administratif, ouvrier… face aux mauvais coups des directions. Pour permettre aux femmes (83 % du personnel hospitalier) d’avoir toute la place qui leur revient dans le syndicat…
L’unité totale dans la lutte, sans aucune distinction de genre, de sexe, de profession, d’appartenance syndicale, de nationalité, de religion, est la condition fondamentale de l’existence même de la lutte, indépendamment de son succès ou de son échec.

Décider, malgré tout
Voilà quelle a été notre politique, à Mustafa, à moi et aux autres camarades sincères, pour mener le combat contre le génocide.
Mustafa a proposé un rendez-vous, sentant bien une défiance à son encontre, à chacune des organisations sortantes, aux individus qui le souhaitaient. Sans aucune réponse.
J’ai été le premier à accepter une discussion de trois heures avec Mustafa.
C’est là que nous avons fait connaissance. Nous avons fait l’inventaire de nos importantes divergences mais aussi de nos convergences fondamentales pour lutter ensemble contre un génocide.
J’ai décidé de me solidariser avec Mustafa face aux attaques et calomnies dont il commençait à être victime. J’ai décidé de ne pas m’appuyer sur ses publications passées – bien que les désapprouvant – pour me battre aux côtés d’un homme au comportement irréprochable jusqu’à aujourd’hui.
Continuer, après
Mustafa a apporté toutes ses compétences au Collectif.
Il a fait vivre BDS Besançon jusqu’à notre exclusion totalement antidémocratique.
Il a organisé une conférence avec les humanitaires de Palmed et de Caravanes solidaires. Une conférence qui a rassemblé plus de 250 personnes à Besançon, l’une des plus importantes affluences.
Mustafa a organisé l’accueil des blouses blanches en grève de la faim, lui-même jeûnant comme les autres militant·e·s.
Il a fait confectionner un martyrologe de milliers de noms et organisé la lecture de ces noms simultanément avec de nombreuses villes…
J’ai découvert l’homme, le militant, l’humaniste, le père de famille.
J’ai changé. Moi, le bouffeur de curés pour qui « la religion est l’opium du peuple », le juif assimilé, trotskiste. J’ai découvert un homme tolérant, ouvert à l’autre. Que demander de mieux dans la vie ?
Une vraie confiance s’est instaurée entre nous. Une vraie franchise aussi pour évoquer nos désaccords.
Notre relation, que l’on peut qualifier d’amicale, a résisté au lynchage médiatique de Mustafa après les publications de StreetPress et Mediapart, suscitées par le journaliste bisontin.
Mustafa s’est excusé publiquement pour ses publications passées. Le Collectif s’est autodissous fin 2025, après la tempête médiatique qui a suivi et sali durablement Mustafa.
Cela n’a en rien signé la fin du combat pro-palestinien à Besançon.
Nous continuons à nous réunir régulièrement. Nous manifestons toujours deux fois par mois. Nous organisons toujours des conférences, dont la dernière avec Raphaël Porteilla, universitaire dijonnais et professeur à l’université de Bir Zeit, en Cisjordanie. Cette conférence a réuni 100 personnes.
Nous sommes allé·e·s manifester à Paris, à Dijon. Nous nous sommes réuni·e·s à quelques-un·e·s autour d’un repas, pour que Mustafa nous raconte ses semaines sur la flottille de l’automne 2025 et l’arraisonnement de son bateau, puis son transfert dans le Néguev par les sionistes.
En fait, tout a continué comme avant la dissolution du Collectif, pour la cause palestinienne, à Besançon.
Ce que la lutte transforme
J’ai souffert pour Mustafa, et souffre encore de son ostracisation de la flottille, après toutes les souffrances qu’il a endurées, de sa mise au ban du milieu militant, presque de l’humanité que certain·e·s semblent lui souhaiter.
Mustafa et moi sommes différents et nous n’avons ni la même culture, ni les mêmes traditions. Il y a des sujets qui pourraient nous fâcher – comme le génocide arménien – mais la lutte contre le génocide des Palestiniens a scellé une proximité, qui n’était pas évidente, entre lui et moi.
Cette amitié a résisté aux attaques, aux calomnies, à la déshumanisation venant de partout – y compris de mon milieu politique et syndical. Elle s’est renforcée dans l’adversité.
J’en suis fier.
L’honneur de Mustafa doit être réhabilité.
C’est le but de cette tribune.
Norbert Nusbaum
02.04.2026 à 19:56
Nadia Meziane
Sous couvert de lutte contre le négationnisme, la loi Yadan redéfinit ce qu’il devient possible de dire des crimes de masse. En rendant la comparaison risquée, elle touche directement à la manière dont la Shoah a été pensée par ses survivants.
« Plus jamais ça ».
Ce slogan ne naît pas dans les institutions ni dans des cercles de réflexion. Il s’impose dans l’après-guerre comme un mot d’ordre moral issu de l’expérience des camps.Au camp de concentration de Buchenwald, en avril 1945, les survivants formulent ce que l’on appelle le Serment de Buchenwald, un texte collectif proclamé après la libération du camp.
Ce serment affirme notamment : « La destruction du nazisme avec ses racines est notre mot d’ordre. La construction d’un monde nouveau de paix et de liberté est notre idéal. » Il ne contient pas la formule « Plus jamais ça » telle quelle, mais il en exprime clairement l’horizon politique et moral : empêcher que les mécanismes qui ont conduit à l’extermination puissent se reproduire. Ce texte, porté par des survivants de différentes origines — déportés politiques, Juifs, résistants — ne constitue pas une mémoire fermée. Il affirme une exigence universelle. C’est dans cet esprit que se diffuse, dans les années qui suivent, le mot d’ordre « Plus jamais ça », comme formulation synthétique de cette expérience.
Autrement dit : ce serment suppose que l’on puisse comparer, comprendre et reconnaître ailleurs les mécanismes de destruction. C’est précisément cette possibilité qui est aujourd’hui remise en cause.
L’article 4 de la proposition de loi portée en 2026 par Caroline Yadan introduit une infraction nouvelle : la « banalisation outrancière » de la Shoah, y compris lorsqu’elle prend la forme d’une comparaison ou d’une analogie.
Le négationnisme peut-il alors exister même lorsqu’il n’existe pas ?
Peut-on punir la contestation de crimes contre l’humanité là où ces crimes ne sont pas contestés ?
Un génocide peut-il être soustrait à toute comparaison avec les autres, isolé de l’histoire, placé hors d’atteinte de toute analogie — et cette analogie devenir un délit ?
C’est exactement ce que prévoit ce texte. Ce déplacement n’est pas abstrait. Il intervient dans un contexte précis, où la qualification de ce qui se déroule en Palestine est au cœur du débat public. Une loi qui transforme l’interprétation en délit. L’article 4 ne se contente pas de sanctionner la négation de la Shoah. Il étend l’infraction à la minoration, à la relativisation et à la banalisation outrancière, y compris lorsque celles-ci prennent la forme d’une comparaison, d’une analogie ou d’un rapprochement. Le droit pénal ne vise plus seulement le mensonge. Il vise désormais des usages du langage, des formes d’analyse, des lectures de l’histoire.
Ce basculement a une conséquence directe : la notion même de négationnisme devient instable. À force d’être étendue, elle perd sa capacité à désigner clairement ce qu’elle prétend combattre. Si tout peut relever de la banalisation, alors plus rien ne relève du négationnisme. Les négationnistes existent. Ils sont organisés, structurés, implantés à l’échelle internationale. Ils diffusent leurs contenus depuis des juridictions où ils ne risquent rien. Cette loi ne les atteindra pas.
Elle frappera ailleurs : dans l’espace public accessible, dans le débat, dans la parole exposée. Elle visera ceux que l’on peut atteindre, pas ceux qu’elle prétend combattre. Dans le même temps, elle introduit une incertitude juridique majeure.
La notion de « banalisation outrancière » est indéterminée. Elle ne repose sur aucun critère objectif stable et confère au juge un pouvoir d’interprétation considérable. La loi ne cible pas le phénomène qu’elle prétend combattre. Elle redéfinit ce qui peut être dit.
Dans les faits, cette loi ne sera pas appliquée uniformément. Les comparaisons entre la Shoah et d’autres génocides — Rwanda, Srebrenica, Ouïghours, et jusqu’à la destruction des peuples amérindiens — continueront d’exister là où elles sont tolérées. Mais d’autres comparaisons seront ciblées.
Aujourd’hui, chacun comprend lesquelles. La question de la qualification de ce qui se déroule en Palestine — et la possibilité de le penser en termes de génocide — est directement visée par ce déplacement du droit. C’est là que la loi trouve sa fonction réelle : non pas lutter contre le négationnisme, mais encadrer les termes dans lesquels certains crimes peuvent être nommés. Demain, ce sera autre chose. Une fois inscrite dans le droit, cette arme pourra être utilisée contre n’importe quelle analogie historique jugée dérangeante. Une loi pénale qui dépend du pouvoir en place n’est pas une protection. C’est un levier. Interdire la comparaison, c’est interdire de comprendre
La comparaison n’est pas un abus. C’est la base du travail historique.
C’est par elle que le concept de génocide a été élaboré. C’est par elle que l’on identifie des mécanismes communs, que l’on comprend les logiques de destruction, que l’on pense les continuités et les ruptures. Faire de la comparaison un risque pénal, c’est attaquer directement la possibilité même de penser les génocides. Ce n’est pas protéger la mémoire. C’est organiser son appauvrissement.
Cette loi ne protège pas la mémoire de la Shoah. Elle la met à part. En rendant juridiquement risquée la comparaison, elle la détache de l’histoire et la rend intouchable. Les victimes deviennent incomparables, c’est-à-dire séparées de toute expérience humaine commune. Cette séparation n’est pas neutre.L’antisémitisme européen s’est construit sur l’idée que les Juifs constitueraient une altérité radicale, irréductible au reste de l’humanité. C’est cette idée qui a justifié leur mise à l’écart, leur enfermement, leur exclusion, puis leur extermination.
Faire de la Shoah un événement absolument incomparable, c’est reconduire cette logique sous une autre forme. La singularité absolue n’est pas une protection. C’est une construction dangereuse qui rompt avec le continuum de pensée et d’action qui a inspiré toutes les générations humanistes occidentales après le nazisme. Les comparaisons abusives, les relativisations sournoises, les minorations antisémites ont toujours existé. Elles ont toujours été combattues politiquement avec succès. La vague négationniste des débuts de l’internet est derrière nous.
Une attaque contre le concept même de génocide
Si la comparaison devient suspecte, le concept de génocide devient inutilisable. On ne peut plus rapprocher, analyser, comprendre les violences de masse dans leur ensemble. Chaque événement est enfermé dans son propre silence.
En réalité, le concept même de génocide porte un universalisme. Le formuler au sortir de l’extermination des Juifs d’Europe, c’est affirmer que ce qui s’est produit ne concerne pas seulement un peuple, mais l’histoire de l’humanité tout entière — et peut se reproduire ailleurs. C’est pourquoi il est profondément révélateur qu’aujourd’hui, dans le monde de 2026, alors même que le génocide des Palestiniens est dénoncé à travers la planète, et que la question de sa reconnaissance devient un enjeu politique central, on cherche à restreindre la possibilité de penser ensemble les crimes de masse. Car cet héritage n’appartient à aucun État. Il appartient à celles et ceux qui refusent que l’histoire se répète.
Et il ne peut vivre qu’à une seule condition : que la comparaison reste possible. Cette loi ne combat pas le négationnisme.Elle en redéfinit les contours jusqu’à le dissoudre. Elle ne protège pas la mémoire. Elle en contrôle les usages.Elle ne renforce pas la compréhension des génocides. Elle en interdit les outils.
Bref si des génocidaires avaient voulu écrire une loi, ils auraient écrit exactement celle-là….
06.03.2026 à 12:49
Nadia Meziane
Lorsque Samuel Paty a été assassiné, je travaillais comme précaire de l’Éducation nationale, assistante d’élèves en situation de handicap.
J’ai aujourd’hui beaucoup de mal à me remémorer cette période sans m’effondrer psychologiquement. Elle a été une période extrêmement difficile de ma vie, mais aussi de celle des personnels de l’Éducation nationale, et plus encore de celles et ceux qui n’ont aucune reconnaissance sociale, qui ne sont pas professeurs et qui sont également sous-payés et maltraités.
À cette époque nous étions en pleine pandémie et en plein dans sa gestion catastrophique.
L’école était l’un des seuls services publics où le tout numérique n’avait pas remplacé l’humain. Nous avions repris le travail dans des conditions épouvantables dès la fin du premier confinement.
Les consignes changeaient sans cesse. Les protocoles sanitaires arrivaient tard et étaient modifiés toutes les semaines. Le ministre Jean-Michel Blanquer annonçait souvent les nouvelles règles sur Twitter avant même que les personnels ne les découvrent par leur hiérarchie.
Les journées étaient interminables. Nous avions peur d’attraper une maladie dont nous ne connaissions pas encore tous les dangers. Les parents étaient eux-mêmes épuisés et inquiets. Leur colère se tournait souvent vers nous. Certains nous reprochaient d’imposer le masque aux enfants. D’autres nous reprochaient de ne pas le faire respecter suffisamment. Certains nous reprochaient d’être malades et de ne pas venir travailler. D’autres nous reprochaient au contraire de venir travailler alors que nous l’étions peut-être. Certains nous trouvaient trop prudents. D’autres pas assez.
Mais la pression ne s’arrêtait pas lorsque nous quittions l’école.
Le soir, lorsque nous rentrions chez nous, enfermés à cause des confinements, nous retrouvions sur internet un autre monde hostile. Des articles de la presse mainstream, des commentaires sur les réseaux sociaux, des vidéos reprochaient à l’Éducation nationale, et surtout à ses salariés, de ne pas gérer correctement la situation pandémique.
Les arguments invoqués étaient souvent tout et leur contraire.
Certains affirmaient que l’école mettait les enfants en danger en restant ouverte. D’autres reprochaient aux enseignants de ne pas travailler suffisamment. Quoi que nous fassions, nous étions coupables.
Notre vie était devenue un cauchemar.
Nous étions obligés de travailler au milieu d’autres êtres humains, notamment des enfants particulièrement contagieux, mais nous devions rentrer chez nous et nous enfermer à 18 heures comme si le virus n’existait qu’à certaines heures.
À cette époque j’avais une expression pour parler de toutes les personnes en télétravail. Je les appelais les planqués de l’arrière. C’est dans cette ambiance que l’assassinat de Samuel Paty est survenu.
Une ambiance de fatigue extrême, d’angoisse permanente et de confusion générale.
Nous avons eu peur. Vraiment peur. Je ne peux pas le cacher. À ce moment-là, la première chose que je me suis dite, c’est que peut-être les parents musulmans nous détestaient et ne confiaient leurs enfants à l’école publique que parce qu’ils n’avaient pas le choix.
Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé cela. Je n’étais qu’une modeste assistante d’élèves en situation de handicap. Mais cette idée m’a traversé. Elle m’a plongée dans une immense tristesse. Et dans des pensées sombres , absurdes et paranoìaques pwndant un temps . Et contradictoires de surcroît.
Parmi les précaires de l’Éducation nationale, nous sommes nombreux à être musulmans ou issus de l’immigration musulmane. Depuis les attentats, une menace plane au-dessus de nos têtes. Le signalement. Un signalement peut intervenir n’importe quand. Il suffit de peu de choses. Bien souvent c’est la parole d’un adulte contre celle d’un enfant.
Ce système fait planer une terreur sourde sur les parents musulmans mais aussi sur les personnels musulmans de l’Éducation nationale. Je l’ai ressenti très fortement le matin de la rentrée où devait avoir lieu la minute de silence pour Samuel Paty. Tout avait été encadré de manière quasi militaire. La minute de silence devait avoir lieu à la même heure dans toutes les écoles. Le contenu de l’hommage était lui aussi strictement défini.
Mais je travaillais avec des élèves en situation de handicap. Certains avaient des troubles du comportement. D’autres réagissaient très fortement au stress. Je laisse chacun imaginer ce que peut signifier pour ces enfants une minute de silence pour une mort violentw.
À l’Éducation nationale pourtant, on ne pose pas de questions. On obéit.
Après cet événement, les professeurs ont progressivement perdu toute liberté pédagogique.
Les hommages sont devenus des exercices tout faits.
En élémentaire, ce que retenaient les élèves, c’est qu’on allait colorier le drapeau français. C’est tout.
Quant à l’événement lui-même, ils écoutaient sagement, sans en retenir grand-chose. Un de mes derniers souvenirs à l’Éducation nationale concerne une autre minute de silence organisée après la mort violente d’un professeur. L’instituteur avec qui je travaillais eut l’idée de demander aux élèves de CM2 s’ils se souvenaient d’autres minutes de silence. Nous pensions qu’ils parleraient de Samuel Paty.
Aucun élève n’en parla.
Tous se souvenaient en revanche de la minute de silence organisée pour Jacques Chirac.en 2019. Nous avons ri plus tard, par autodérision. De nos pauvres vies de salariés modestes.
Lorsqu’arrive un événement tragique comme la mort d’un collègue, c’est évidemment d’abord la mort d’un collègue. On ne peut extirper de soi ce lien que l’on a en passant ses journées de huit heures à dix-huit heures avec des êtres humains qui ont la même fonction que nous. Quelles que soient par ailleurs leurs opinions politiques ou religieuses. L’humanité commune et le partage des journées créent quelque chose.
Je ne suis pas allé au procès d’Abdelhakim Sefrioui. J’y comptais pourtant. J’ai essayé de me persuader qu’il y avait peut-être un espoir. En réalité je n’en ai eu aucun depuis le départ. Je savais que tous les éléments de fait pourraient être apportés. Mais je savais aussi qu’il ne s’agissait pas seulement de juger une affaire. Il s’agissait d’écrire une histoire. Dire que les musulmans avaient eu tort. Dire qu’ils étaient tous plus ou moins coupables. En condamnant un homme.
Abdelhakim Sefrioui, militant contre l’islamiophobie a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle après son procès en appel. Pourtant les faits sont connus.
Le meurtrier n’avait jamais vu les contenus publiés par Abdelhakim Sefrioui.
Il avait pris sa décision avant même que ces contenus ne soient diffusés.
Avant l’assassinat de Samuel Paty, Abdelhakim Sefrioui était déjà sous surveillance.
Rien n’avait justifié l’intervention de l’antiterrorisme.
Voilà pour les faits. Je n’ai jamais rencontrè Abdelhakim . Mais tous les militants de la place parisienne savent que c’ètait quelqu’un qui luttait depuis des annèes avec les mots et les manifs . Même ses adversaires politiqies de l’èpoque et je crois qu’on a tous le devoir de le dire . Tous qui ètions là dans les annèes 2010 .
Mais il ne s’agissait pas seulement des faits. S’il s’agissait vraiment de justice, alors de nombreux militants d’extrême droite qui appellent à la remigration ou à des violences contre les immigrés seraient aujourd’hui en prison après des meurtres racistes ou des agressions très graves.
Ce n’est pas le cas.
La conclusion est donc vite tirée. Je l’avais d’ailleurs écrit avec François Burgat dans un texte après le premier procès. Mais voir cette réalité en face est plus difficile. On cherche des arguments. On cherche quoi dire. Et puis on ne trouve rien. Qu’un mur. Le mur de l’injustice.
Il y a aussi ce que j’appellerais l’incommunicabilité des expériences contradictoires.
C’est sans doute ce que ressentent beaucoup d’entre nous, musulmans et musulmanes salariés au sein de l’Éducation nationale.
Nous ne pouvons pas parler aux autres musulmans de la réalité de ce qu’est l’école au quotidien. Nous ne pouvons pas dire que malgré les lois islamophobes, malgré la violence politique du moment, notre quotidien avec les enfants est aussi fait d’attention, de petits gestes, parfois de petites désobéissances. Il ne doit nous en être donné aucune gloire. Mais elles existent.
Nous ne pouvons pas non plus dire que les enfants sont heureux avec nous. Parce que beaucoup de parents, musulmans ou non, ne sont pas persuadés que leurs enfants soient heureux à l’école. C’est justifiè, souvent , mais pas toute la journèe
De l’autre côté, nous ne pouvons pas non plus parler à nos collègues. Comme une grande partie de la société française, ils sont pour beaucoup frappés par une propagande islamophobe de plus en plus forte et de plus en plus délirante. Je l’ai constaté après le 7 octobre et après le début du génocide à Gaza.
Des collègues que je trouvais jusqu’ici sympathiques, attentifs aux élèves, compétents dans leur métier, se sont persuadés que les musulmans n’étaient pas exactement des êtres humains et que ce qui se passait à Gaza était une riposte légitime.
Cette incommunicabilité conduit beaucoup d’entre nous à se sentir étrangers partout où ils vont.
Étrangers et enfermés dans une situation inextricable.
Pour celles et ceux d’entre nous qui sont musulmans s’ajoutent encore d’autres contraintes : l’impossibilité de porter le hijab, la gêne pendant le Ramadan lorsque tout le monde observe si nous sommes fatigués et si nous faisons correctement notre travail.
Et surtout une chose : lorsque nous faisons bien notre travail, lorsque nous le faisons aussi parce que nous avons des valeurs musulmanes, il ne nous en sera jamais fait crédit.
Nous sommes censés être des êtres neutres dont on a extirpé l’islam.
J’ai quitté l’Éducation nationale il y a deux ans. Je l’ai quittée à contre-cœur. Parce que j’aimais travailler avec les enfants. Mais il ne m’ était plus possible d’y travailler en étant musulmane.
C’est de tout cela que j’aurais aimé parler à Abdelhakim Sefrioui. Mais il est en prison. Condamné à quinze ans pour avoir été militant antiraciste contre l’islamophobie.
Je sais ce qu’il m’aurait répondu.. c’est un militant.
Il m’aurait regardée et il m’aurait dit :
« Et alors, que comptes-tu faire ? »
Je fais ce qui est logique dans cette situation d’injustice. Une injustice qui est la sienne. Mais aussi celle de tous les militants contre l’islamophobie.
Ils savent désormais que s’ils se mobilisent contre une injustice et que des événements tragiques ont lieu ensuite, même sans aucun rôle matériel et sans aucune influence sur leur déroulement, ils pourront aller croupir quinze ans en prison. Dans l’indifférence la plus grande. Et être considérés comme les complices d’un meurtrier.
Je suis aujourd’hui militante contre l’islamophobie. Minuscule. Toujours précaire. Toujours sans importance. Mais il y a toujours une suite. Toujours une transmission.
Et c’est peut-être la seule leçon à tirer de tout cela.

19.02.2026 à 09:33
Lignes de Crêtes
Une alerte à la bombe vise le siège d’un parti politique. Des permanences voient leurs vitres brisées.
Une mosquée est attaquée dans un contexte où les lieux de culte musulmans sont déjà régulièrement pris pour cible depuis des mois. Des militantes antifascistes sont doxxées, exposées publiquement, livrées aux menaces et au harcèlement. À Châteauroux, un militant du Rassemblement national se retranche, tire sur les forces de l’ordre, mobilise le RAID.
Dans le même temps, sur les plateaux de télévision, des responsables politiques réclament la dissolution des groupes antifascistes et de LFI.
L’histoire européenne connaît ces moments où la tension devient un climat.
° L’attentat de Piazza Fontana en 1969.

La mort de Quentin Deranque est un drame humain. Mais la manière dont un drame est immédiatement intégré dans un récit politique révèle le basculement en cours.
Dans les années 2010, le Rassemblement national a été progressivement normalisé.
La dédiabolisation a fonctionné. Aujourd’hui, le mouvement s’inverse. Ce ne sont plus les forces issues de l’extrême droite qui sont traitées comme une menace pour les démocraties, les enseignements des crimes commis au 20ᵉ siècle par le premier fascisme ont été muséifiés. Ce sont les forces qui refusent leur normalisation qui deviennent suspectes. L’antifascisme est désigné comme problème. Évidemment, ce mouvement s’inscrit dans la dynamique occidentale centrée autour des États-Unis dirigés par Trump, avec une proximité assumée des mouvements suprémacistes blancs les plus fanatiques.
Ce déplacement structure la séquence actuelle.
À Lyon, des groupes d’extrême droite avaient annoncé leur intention d’empêcher un meeting légal tenu par une députée européenne ciblée pour son identité et ses positions sur la Palestine. Rima Hassan fait l’objet d’un acharnement sur la durée, raciste, sexiste et islamophobe. Et ce, avec l’assentiment, voire la participation du pouvoir, qui ne garantit même plus la sécurité des campagnes électorales.
C’est le point de départ.
Sans cette attaque politique, il n’y aurait pas eu confrontation. Pourtant, le récit dominant efface ce déclencheur pour installer une lecture univoque : l’antifascisme comme menace centrale. Ce récit ouvre un horizon précis. La dissolution comme perspective assumée.
Dans les heures qui ont suivi, des responsables politiques nationaux ont réclamé la dissolution des groupes antifascistes. Éric Ciotti, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin et d’autres ont multiplié les déclarations visant “l’ultragauche” et exigeant fermeté et interdictions. Les deux derniers, anciens ministres de l’Intérieur et candidats possibles à la présidentielle incarnent à la perfection le mélange dangereux des genres.
Ces prises de position ne sont pas marginales. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large. Une partie de la droite parlementaire assume désormais des convergences avec l’extrême droite. Le pouvoir exécutif oscille entre deux options : s’unir à une partie de cette extrême droite ou intégrer son logiciel pour le supplanter.
Dans les deux cas, la conséquence est la même : la gauche qui refuse la normalisation devient l’obstacle principal. La qualification judiciaire d’“association de malfaiteurs” élargit les enquêtes, permet de perquisitionner, de cartographier des réseaux, d’étendre le champ des poursuites. La dissolution devient une perspective assumée. Une trajectoire déjà engagée Cette logique ne commence pas à Lyon.
Des associations musulmanes ont été dissoutes. Des perquisitions préventives ont été banalisées. Des interdictions administratives se sont multipliées. Puis est venue la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre. Puis la dissolution de la Jeune Garde antifasciste.
Ce fut d’abord l’Islam, puis l’Écologie. Maintenant, c’est au tour de l’Antifascisme. Le périmètre du soupçon s’élargit progressivement, avec l’islamophobie comme matrice.
La loi “séparatisme” a installé une logique : un courant culturel ou politique peut être traité administrativement comme une menace globale. La répression des mobilisations contre le génocide en Palestine s’est inscrite dans ce cadre :
Pourtant, la lutte contre les génocides appartient au cœur des traditions antifascistes et humanistes. Un nouvel antifascisme s’est structuré autour de cette mobilisation. Large, internationaliste, intégrant une direction en partie musulmane et issue de l’immigration. C’est cette recomposition qui est aujourd’hui visée.
Les dissolutions administratives trouvent leur origine dans la loi du 10 janvier 1936, adoptée après les émeutes du 6 février 1934 pour dissoudre les ligues fascistes. Elle constituait théoriquement un instrument de défense contre ceux qui menaçaient la démocratie. La mobiliser aujourd’hui contre des antifascistes constitue une inversion majeure, déjà utilisée pendant la guerre d’Algérie puis suite à « mai 68 ». L’outil conçu pour dissoudre les ligues fascistes est retourné contre ceux qui s’y opposent.
Une minute de silence a été observée à l’Assemblée nationale en hommage à Quentin Deranque. Ça ne coûte rien et effectivement, dans l’absolu, une vie est une vie. Mais l’absolu n’a jamais existé en politique.
Les minutes de silence parlementaires ne sont pas automatiques pour toutes les victimes de crimes politiques. Hichem Miraoui, assassiné le 31 mai 2025, n’a pas fait l’objet d’un tel hommage.
Plus lointainement dans l’histoire des crimes de l’extrême-droite française, même les rares qui ont été vraiment médiatisés, Brahim Bouarram, tué le 1ᵉʳ mai 1995 par des militants d’extrême droite, non plus. Ibrahim Ali, abattu le 21 février 1995 à Marseille par des colleurs d’affiches du Front national, non plus.
La mémoire institutionnelle sélectionne. Et cette sélection accompagne un déplacement.
Le 12 décembre 1969, l’attentat de Piazza Fontana fit 17 morts. La responsabilité fut immédiatement imputée à l’extrême gauche. Des militants furent arrêtés. Giuseppe Pinelli mourut lors d’un interrogatoire.

Reconstitution du décès de G Pinelli
Des années plus tard, l’implication de réseaux néofascistes dans une stratégie de la tension fut établie. Dans toute séquence de tension, la question n’est pas seulement celle des faits. Elle est celle de l’orientation du récit et de ses effets. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’issue d’une enquête.
Nous assistons à un basculement :
Or, l’antifascisme n’est pas une faction. Il est une tradition démocratique née des catastrophes du XXe siècle. Mais au-delà des dissolutions elles-mêmes, l’enjeu central réside dans l’extension continue des pouvoirs de police administrative :
Ces mécanismes s’élargissent. Et ils s’appliquent toujours selon la même orientation idéologique. Une démocratie ne peut fonctionner durablement si le droit d’association, le droit de manifestation et le pluralisme deviennent conditionnels. On ne fait pas disparaître une révolte en la dissolvant. On ne supprime pas un soulèvement antifasciste par décret.
La réponse ne peut être l’isolement des organisations visées. Elle suppose un front large attaché aux libertés publiques, au refus de l’arbitraire administratif, à la défense des espaces de mobilisation. Elle suppose de tenir ensemble les luttes écologistes, antiracistes, sociales et antifascistes. La vigilance antifasciste ne menace pas la démocratie.
Ce qui la menace, ce sont les mécanismes qui cherchent à la neutraliser.
04.02.2026 à 12:47
blackfedayin
Une « intifada judiciaire » au service du colonialisme sioniste
Les 7 et 8 janvier 2026, se tenait à Paris le procès en appel d’Elias d’Imzalene, militant anticolonialiste poursuivi pour avoir eu l’outrecuidance de dénoncer publiquement le génocide en Palestine ; un génocide commis par l’Etat colonial sioniste, avec la complicité des gouvernements occidentaux, dont le gouvernement français. Côté « parties civiles », une dizaine d’avocats mandatés par des organisations dont l’«antiracisme » s’arrête aux portes de Gaza et de la Cisjordanie… Ces mêmes organisations qui prétendent qu’on a le droit de critiquer le gouvernement israélien tout en menant une « intifada judiciaire » implacable contre toute personne cherchant à exercer ce droit…
Une propagande médiatique moins efficace que prévue ?
Mal préparés, brouillons et désorganisés, les avocats des parties civiles ont avant tout cherché à s’appuyer sur l’intense campagne de propagande et de dénigrement médiatique ayant précédé l’audience. En effet, au cours de l’année 2025, Elias d’Imzalene a été mentionné dans plusieurs livres, reportages et autres « enquêtes » (souvent truquées) tandis que son visage apparaissait en couverture de Marianne, magazine dont la dérive « netanyahuesque » a fait l’objet de critiques acerbes de la part de ses propres salariés…
Aussi, lors de la première journée d’audience, les avocats des « parties civiles » se sont essentiellement concentrés sur la réputation prétendument « sulfureuse » d’Elias d’Imzalene ; un catalogue de mensonges et de contre-vérités en total décalage avec la personnalité et combats d’Elias, connu pour son engagement de longue date dans les luttes menées contre les injustices perpétrées à l’égard des « damnés de la Terre ».
La stratégie visant à diaboliser à outrance le militant anticolonialiste a fini par agacer le président du tribunal qui a dû rappeler que l’objectif de l’audience n’était pas de savoir si Elias d’Imzalene était un « gentil garçon » (ou pas) mais plutôt de déterminer si l’utilisation du mot « intifada » relevait d’une forme d’incitation à la haine raciale ou religieuse…
De l’art de choisir les « bons » témoins « arabo-musulmans »…
Affaiblis par leur piètre prestation lors du premier jour du procès, les avocats des « parties civiles » n’avaient plus d’autre choix que de faire appel à des témoins triés sur le volet. Des témoins qui, à travers leurs livres et articles publiés dans la presse dominante et leurs très nombreuses apparitions dans les médias (y compris sur le service public) ou encore à l’Assemblée nationale, ont joué un rôle majeur dans la cabale médiatique contre Elias d’Imzalène et, à travers lui, les voix qui se sont élevées pour dénoncer le génocide sioniste en Palestine. A la barre, les deux témoins ont tenu à rappeler leurs origines « arabo-musulmanes ». Pourquoi cette insistance ? Pour redorer l’image des organisations des « parties civiles » dans le champ antiraciste et démontrer qu’elles n’ont aucune forme d’hostilité envers les personnes d’origine « arabo-musulmane » ? On se souvient qu’en 2017, Mohamed Sifaoui, qui a longtemps été un des journalistes préférés des soutiens inconditionnels d’Israel, avait quitté la LICRA (« partie civile » au procès d’Elias) avec fracas en déclarant notamment que la LICRA était «largement noyautée par des individus, des femmes et des hommes, qui n’ont strictement rien à faire dans des organisations antiracistes ». Dans la même déclaration, Mohamed Sifaoui affirmait que la LICRA « n’est pas encore prête à accueillir des cadres d’origine maghrébine », y compris des maghrébins « laïques et démocrates, des progressistes luttant contre l’antisémitisme n’y ont pas leur place. D’ailleurs c’est ce qui explique probablement leur absence criante », concluait le journaliste.
On se rappelle également Zineb El Razoui, journaliste et essayiste qui était adulée du temps où elle appelait la police à « tirer à balles réelles » sur les « racailles des quartiers » mais qui a disparu des radars médiatiques et s’est même vu retirer le prix Simone Veil accordé par la Région Île de France après avoir « osé » s’émouvoir des massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza…
Il ne fallait donc pas se tromper sur le choix des témoins…
Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur
Invité à s’exprimer à la barre, Omar Youssef Souleimane, qui se présente lui-même comme un journaliste et essayiste d’origine syrienne, a affirmé qu’il était obligé de se grimer lorsqu’il assistait à certains rassemblements ou manifestations en soutien au peuple palestinien, contre le génocide à Gaza et le nettoyage ethnique de la Cisjordanie. Manque de pot : pour l’écrasante majorité des gens, Omar Youssef Souleimane est un illustre inconnu… Cette réalité, Omar Souleimane l’avait découverte au moment du procès en première instance. Ignoré par la plupart des gens qui étaient dans l’assistance ce jour-là, le journaliste-essayiste a dû inventer une « exfiltration » par la police qui n’a jamais eu lieu… Rien d’étonnant de la part d’un journaliste qui, dans ses « enquêtes », multiplie les imprécisions et les contre-vérités. Dans le cadre de la promotion de son dernier livre, publié par une maison d’édition qui appartenant au milliardaire françafricain Vincent Bolloré, Omar Souleimane dénonçait ainsi le rôle d’un certain « Elias el Hajri » qu’il présentait comme le suppléant du député de la France insoumise Louis Boyard. Vérification faite, la personne attaquée ne s’appelle pas Elias (mais Omar voit des « Elias » partout) et n’a jamais été le suppléant de Louis Boyard. A la barre, Omar Souleimane a dû se prêter à un exercice auquel il n’était pas préparé. En effet, ayant longtemps été habitué à pérorer sur les plateaux de télévision sans aucune contradiction, le journaliste-essayiste a dû répondre aux questions des avocats d’Elias d’Imzalène sur l’origine et le sens du mot « intifada » ainsi que les nombreuses contre-vérités qui apparaissent dans son livre. Acculé, Omar Souleiman, que l’on n’avait jamais vu autant agacé, est ressorti de la salle d’audience la mine déconfite et sans avoir eu besoin d’une quelconque « exfiltration » par la police. Comme à son habitude, Omar Souleimane a proposé une autre version du déroulé de son audition au tribunal ; une version que l’on retrouve dans les colonnes du journal Marianne. Mais oui, Marianne ! Vous savez, ce journal dont la directrice de rédaction, Eve Szeftel avait participé, en juillet 2025, à un voyage tous frais payés par le gouvernement israélien afin de mieux relayer auprès de l’opinion publique française la propagande de l’armée génocidaire ? Bien évidemment Eve Sfetzel s’était abstenue d’indiquer à ses lecteurs qui avait payé les frais du voyage, déclenchant ainsi une motion de défiance de la part de sa propre rédaction. On comprend mieux pourquoi les articles d’Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur sont régulièrement publiés dans Marianne…
Nora Bussigny ou Alice au pays des « islamo-wokistes »
Après Omar Youssef Souleimane, c’était autour de Nora Bussigny, « journaliste d’investigation », de se présenter à la barre en tant que témoin. Craignant sans doute de ne pas être reconnue, Nora Bussigny a préféré laisser à la maison la perruque rose qu’elle revêtait jadis dans le cadre de ses opérations d’« infiltration » des groupuscules « wokistes »… A la barre, Nora Bussigny a tenu à indiquer qu’elle ne saurait être suspectée de « racisme antimusulman », étant elle-même d’origine marocaine… Oui, Nora parle bien de « racisme antimusulman » et non d’ « islamophobie», terme qu’elle rejette catégoriquement. Comme la LICRA et la plupart des organisations s’étant portées « parties civiles » dans le cadre du procès intenté à Elias d’Imzalène. Et comme la LICRA, Nora Bussigny a une fâcheuse tendance à assimiler les critiques envers l’Etat d’Israel à de l’antisémitisme…
Invitée par un des avocats d’Elias d’Imzalène à situer politiquement les journaux auxquelles elle contribue régulièrement (« Le Point », « Franc-Tireur ») Nora Bussigny finit par concéder, non sans difficulté, qu’ils ne sont pas très à gauche ; « je les situerai au centre-droit » finira-t-elle par admettre dans un geste de contrition auquel ses très nombreuses apparitions médiatiques ne l’avaient pas habitué. En effet, comme Omar Youssef Souleimane, Nora Bussigny s’est vu dérouler, pendant plusieurs mois, le tapis rouge dans les médias, et même à l’Assemblée nationale, souvent sans aucun contradicteur pour nuancer, interroger, remettre en cause les déclarations de la « journaliste d’investigation ». Ainsi, lors de son audition à l’Assemblée Nationale, Nora Bussigny a pu déclarer tranquillement qu’Elias d’Imzalène était poursuivi pour « apologie du terrorisme », ce qui est totalement faux. Mais Nora n’a pas jugé utile de faire une déclaration publique pour corriger les contre-vérités qu’elle avait contribué à propager. A la barre, elle indiquera avoir demandé que sa déclaration erronée concernant les chefs d’accusation reprochés à Elias d’Imzalène soit amendée dans le procès-verbal de l’audition. Ce qui ne fut pas fait, évidemment. On aura connu des « journalistes d’investigation » plus rigoureux. Pour Nora Bussigny, l’audience devant le tribunal s’avèrera beaucoup moins facile que prévue ; loin de la « promenade de santé » que les avocats des « parties civiles » lui avaient probablement prédite… Perturbée par des questions des avocats d’Elias d’Imzalène auxquelles elle ne s’attendait vraisemblablement pas, Nora Bussigny, pourtant diplômée en lettres modernes alla même jusqu’à confondre le subjonctif et le conditionnel… Astafourlay !
Quand les pourfendeurs des discours de « haine » et du « laxisme de la justice » squattent les plateaux d’un média raciste et d’un délinquant sexuel…
Face à la prestation calamiteuse de leurs témoins, les avocats des parties civiles ont renoué, en fin d’audience, avec leurs vieilles recettes : accuser Elias d’Imzalène de tous les crimes de France et de Navarre. N’ayant honte de rien, une des avocates alla même jusqu’à suggérer qu’Elias d’Imzalène pouvait même être considéré comme le responsable (intellectuel ?) d’une agression homophobe en région parisienne. La raison ? Islam, charia, toussa, toussa.
Quand on connait le pedigree de certains des avocats présents dans la salle d’audience du côté des « parties civiles », il n’y a rien d’étonnant. Ainsi, Muriel Ouaknine-Melki, avocate représentant l’organisation juive européenne (OJE), dont elle est la présidente, est une habituée des plateaux de C News, chaine du milliardaire françafricain Vincent Bolloré et temple de la haine (islamophobe, négrophobe) dans le paysage audiovisuel français. Les multiples condamnations pour incitation à la haine raciale d’Eric Zemmour, ex-chroniqueur star de C News, ainsi que les rappels à l’ordre de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) en raison des propos racistes tenus sur les antennes de la chaine n’ont pas suffi à convaincre Me Ouaknine-Melki, pourfendeuse autoproclamée des discours de « haine », de boycotter la chaine d’information du groupe Bolloré. Pire, le 15 janvier 2026, Muriel Ouaknine-Melki était présente sur le plateau de C News, et plus précisément dans l’émission de Jean-Marc Morandini, au lendemain de la condamnation définitive de ce dernier pour « corruption de mineurs »… Au cours d’une émission animée par un délinquant sexuel condamné à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende notamment pour avoir envoyé des messages de nature sexuelle à trois adolescents entre 2009 et 2016 mais aussi pour avoir invité chez lui un adolescent de 16 ans avant de lui demander de se masturber, Me Ouaknine-Melki dénoncera le laxisme de la justice française envers les jeunes (d’origine arabo-musulmane bien évidemment) qui, à son goût, causent trop de troubles en marge des matches de la Coupe d’Afrique des Nations. Un réquisitoire implacable et en toute décontraction contre la justice « laxiste » sur le plateau d’un animateur inscrit au fichier des délinquants sexuels…
Muriel Ouaknine, avocate et présidente de l’Organisation Juive européenne (« partie civile » au procès en appel d’Elias d’Imzalène) sur le plateau de C News, dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini, le 15 janvier 2026 (capture d’écran).
Feindre de s’insurger contre les discours « haineux » tout en squattant régulièrement le bastion médiatique de la haine en France, fustiger le « laxisme » de la justice en France sur le plateau d’un délinquant sexuel notoire : voilà un bon aperçu de la double personnalité de Muriel Ouaknine-Melki qui pourrait intéresser les journalistes sérieux dans le cadre d’une « enquête ». Reste à savoir si Omar Youssef Souleimane et Nora Bussigny, les « journalistes d’investigation » préférés de la LICRA et de l’OJE, pourront relever le défi…
Prochain rendez-vous : septembre 2026
Les avocats des deux parties n’ayant pas pu plaider à l’issue de la deuxième journée de ce procès en appel, la date de la prochaine audience a été repoussée à septembre 2026. Combien d’émissions Muriel Ouaknine-Melki fera-t-elle d’ici-là sur la chaine C-NewsHaine et dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini ? Suspense…
Black Fedayin
14.01.2026 à 21:04
Arland Mehmetaj
04.01.2026 à 13:25
Lignes de Crêtes
Les 7 et 8 janvier, la Cour d’Appel de Paris rejugera Elias d’Imzalène.
Deux journées d’audience pour quelques phrases prononcées en manifestation. Deux journées pour décider si une parole militante relève de l’expression politique ou de la menace pénale.
Ce procès en appel ne porte pas seulement sur des mots. Il porte sur qui a le droit de les prononcer, et à quel prix. Il porte sur la transformation progressive d’un activiste des droits humains en ennemi intérieur.
Ce qui est jugé aujourd’hui, c’est une parole qui, en septembre 2024, a nommé ce que beaucoup refusaient encore de dire — et qui l’a fait trop tôt, depuis une identité immédiatement illégitime : celle d’un militant musulman.
Depuis, pourtant, les lignes ont bougé.
De plus en plus de voix, issues d’horizons différents, affirment publiquement que ce qui se passe à Gaza porte bien le nom de génocide. Des ONG, des juristes, mais aussi des figures intellectuelles et culturelles dont la légitimité est largement reconnue dans le monde occidental.
Parmi elles, celle de Omer Bartov, historien de la Shoah, professeur émérite à l’université Brown, spécialiste reconnu des crimes de masse. À l’été 2025, dans une tribune publiée en une du New York Times, il affirme explicitement que ce qui se déroule à Gaza relève du génocide. Cette prise de position est majeure : elle émane d’un chercheur qui a consacré sa vie à l’étude de la destruction des Juifs d’Europe et qui, longtemps, s’est montré prudent dans l’usage de ce terme.
Cette évolution traverse aussi le champ culturel. Art Spiegelman, auteur de Maus — œuvre fondatrice de la culture populaire contemporaine sur la Shoah, l’une des plus connues et des plus respectées mondialement — a lui aussi pris position. À travers des initiatives artistiques et des expositions de bande dessinée, il dénonce l’instrumentalisation de la mémoire de la Shoah et la violence en cours à Gaza.
Ces voix sont tardives — mais elles existent désormais. Elles montrent qu’Elias d’Imzalène n’était ni isolé, ni délirant, ni extrémiste. Il disait, dès septembre 2024, ce que des historiens, des intellectuels et des figures culturelles majeures de la lutte contre l’antisémitisme affirment aujourd’hui, enfin, ouvertement.
La différence est ailleurs.
Lorsqu’Omer Bartov écrit dans le New York Times, lorsqu’Art Spiegelman parle ou expose, leur parole est discutée, parfois contestée, mais elle n’est pas criminalisée. Elle n’entraîne ni garde à vue, ni procès, ni gel des avoirs.
Lorsqu’Elias d’Imzalène parle, en revanche, il est un homme musulman, militant, visible, issu d’une communauté déjà suspectée. Et c’est ce fait — bien plus que ses mots — qui l’a conduit devant une Cour d’Appel.
Le point de départ : une parole criminalisée.
Le 8 septembre 2024, place de la Nation, Elias d’Imzalene appelle à une « insurrection des consciences ». Il s’exprime dans un contexte d’extrême violence à Gaza : bombardements massifs, effondrement humanitaire, famine documentée, morts quotidiennes.
À ce moment-là, le débat public français est verrouillé. La solidarité avec la Palestine est assimilée à une transgression. Les mots sont traqués, isolés, surinterprétés. L’appel à l’« intifada » — entendu par lui comme un soulèvement des consciences contre la position du gouvernement français — devient le cœur d’un dispositif pénal et médiatique disproportionné.
Le premier crime : avoir eu raison trop tôt, et avoir organisé.
Le premier crime d’Elias d’Imzalene est d’avoir eu raison trop tôt. Mais il est surtout d’avoir organisé.
Elias d’Imzalene n’est pas un militant solitaire. Il fait partie de celles et ceux, nombreux, qui ont contribué à la création du collectif Urgence Palestine, un collectif qui a posé une ligne claire : replacer la parole palestinienne au centre de la mobilisation, refuser qu’elle soit confisquée, neutralisée ou rendue acceptable à condition d’euphémiser l’horreur coloniale.
Urgence Palestine a émergé dans un contexte de répression assumée. À l’automne 2023, le ministre de l’Intérieur soutenait l’interdiction des manifestations pro-palestiniennes. Malgré cela, la jeunesse est descendue dans la rue. Le collectif a permis de structurer cette mobilisation, de la rendre visible, massive, durable, puis d’entraîner l’ensemble des forces de gauche et de défense des droits humains.
C’est cette capacité à faire masse, à rendre la solidarité impossible à ignorer, qui n’est pas pardonnée.
La sanction pénale : une disproportion assumée
Elias d’Imzalene est poursuivi, jugé, condamné.
Le 19 décembre 2024, il écope de cinq mois de prison avec sursis pour provocation publique à la haine ou à la violence.
Dans son discours, il ne prononce pas le mot « juif ». Il n’appelle à aucune violence contre des personnes. Il appelle à la mobilisation contre ce qu’il désigne comme un génocide et contre l’alignement du gouvernement français.
La double peine : punition pénale et punition administrative
La répression ne s’arrête pas au tribunal.
En janvier 2025, un arrêté de gel des avoirs est publié au Journal officiel. Cette mesure est renouvelée.
Ce renouvellement n’est pas lié à un fait nouveau, mais à une continuité : Elias d’Imzalene a continué à s’engager publiquement.
Le gel devient alors un outil de pression politique. Il ne sanctionne pas un acte passé : il punit une persistance.
Concrètement, cela signifie un compte bloqué, une dépendance matérielle forcée, l’impossibilité de vivre et de se défendre normalement. La répression ne vise plus seulement la parole : elle organise une asphyxie et la mort sociale.
Une constance militante de terrain
Avant d’être un nom dans un dossier judiciaire, Elias d’Imzalene est un militant de terrain.
Il a été présent dans toutes les mobilisations antiracistes, et dans toutes les manifestations pour la Palestine, y compris les plus petites, celles qui n’attirent ni caméras ni tribunes.
Il est également présent aux côtés d’autres luttes sociales. Il était notamment au grand meeting du 15 novembre aux Invalides, organisé pour l’anniversaire du mouvement des Gilets jaunes. Un mouvement oublié de tous les politiques, qui ne rapporte plus rien à ses soutiens, si ce n’est le respect de ses propres principes, parmi lesquels la justice sociale universelle.
Une stratégie plus large
Elias d’Imzalene n’est pas un cas isolé.
Omar Al Soumi a lui aussi été visé par des poursuites, une stigmatisation médiatique et un gel de ses avoirs.
À travers eux, une stratégie se dessine : transformer des figures de mobilisation en exemples dissuasifs.
Le second crime d’Elias d’Imzalene est en effet d’être un homme musulman assumé.
Comme d’autres leaders de la solidarité avec la Palestine, il n’a pas pris la parole pour récupérer une cause, mais pour encaisser les coups. Depuis plus de deux ans, ces coups visent aussi une communauté musulmane systématiquement suspectée, sommée de prouver sa loyauté, régulièrement frappée d’indignité nationale.
Dans le climat politique actuel, où La France insoumise est accusée d’accepter un prétendu entrisme religieux, Elias d’Imzalene est construit comme une incarnation de cette menace fantasmée.
La tenaille
D’un côté, on reproche aux hommes musulmans de ne pas s’intégrer, de rester à l’écart des luttes sociales.
De l’autre, lorsqu’ils s’y engagent, ils sont accusés d’« entrisme ».
Cette double injonction ne laisse qu’une issue : le silence ou la destruction.
Ce procès dépasse largement Elias d’Imzalène.
Il concerne l’ensemble des musulmans et musulmanes de ce pays, mais aussi tous les activistes pour les droits humains. Il teste une limite : jusqu’où peut-on aller, en France, pour réduire au silence celles et ceux qui nomment un crime de masse ?
Voilà ce qui est en jeu : transformer un activiste des droits humains en ennemi intérieur — et, à travers lui, adresser un avertissement à tous les autres.
28.12.2025 à 18:51
Flo Flo
Le traitement infligé à Mustafa Çakıcı, à son retour de détention israélienne, raconte autre chose qu’un dérapage : il dévoile la mort lente de certaines valeurs que la gauche prétendait défendre. En s’acharnant contre un homme qui venait d’affronter la violence coloniale pour briser le blocus de Gaza, une partie de la gauche a révélé sa propre faillite morale. Réhabiliter Mustafa Çakıcı, c’est lire ce que son histoire dit de nous : notre islamophobie persistante, notre indifférence au génocide des musulmans, et nos réflexes militants incapables de reconnaître un résistant dès lors qu’il ne correspond pas à l’image que nous voulons afficher.
La gauche, la meute et le musulman : la chasse ouverte contre Mustafa Çakıcı
Leader français de la flottille de la liberté, Mustafa Çakıcı a navigué jusqu’aux eaux de Gaza pour dénoncer le blocus israélien. Il a mis sa vie en danger, a été arrêté par l’armée israélienne, puis torturé et maltraité en détention – un traitement que plusieurs organisations humanitaires et des médias comme L’Humanité ont décrit pour l’ensemble des membres de la flottille capturés[1][2].
Lorsqu’il revient en France, il a perdu 18 kilos. Il est en état de stress post-traumatique, mais il est debout. Symbole de la résistance pacifique, il est alors porteur d’un message simple : la liberté pour la Palestine, la dignité pour les peuples.
Et c’est à ce moment précis que certains médias et une partie de la gauche dite “progressiste” décident de le clouer au pilori[3].
On ne salue pas son courage. On ne dénonce pas la violence israélienne qu’il a subie. A la place, la machine à broyer se met en route. On fouille son passé numérique, on exhume des publications anciennes, on les isole, on les amplifie. Mediapart publie immédiatement, suivi de StreetPress, et c’est une traînée de poudre.
En quelques jours, Mustafa Çakıcı n’est plus un survivant de la répression israélienne : il est le « problème musulman » qu’une partie de la gauche prétend avoir la charge de corriger.
Puis selon un schéma largement éprouvé par le Printemps Républicain, fer de lance de la gauche islamophobe, après avoir désigné des cibles musulmanes, on laisse la fachosphère et ses milices IRL poursuivre le travail.
Fdesouche amplifie l’attaque, désigne la mosquée que Mustafa Çakıcı préside, ajoute une couche de « frères musulmans » pour faire peur. Et pour celui qui vient de vivre le calvaire israëlien, c’est une autre descente aux enfers, bien française cette fois-ci : cyberharcèlement, diffamations, torrent d’insultes… et menaces de mort.
Sous le post Facebook de Mediapart, fachistes et gauche bourgeoise rivalisent de commentaires haineux : « cinquième colonne », « un infiltré », « un ambassadeur du Hamas », « un pyschopathe extrémiste religieux », « expulsion ! », « il faut faire le ménage ! », « ça se voit sur sa tête », « ils sont tous comme ça », « Il faut le signaler à Bibi et on sera débarrassés ».
Puis viennent les attaques contre la mosquée de Mustafa Çakıcı, contre sa communauté, contre le mouvement dans lequel il milite.
Ce qui s’est joué là dépasse de loin l’anecdote. C’est un acte politique, un moment d’islamophobie médiatique qui a alimenté le climat de haine ambiant et la gauche en a été l’un des moteurs.
Et parce que l’islamophobie ne relève jamais du débat, mais toujours du passage à l’acte, pendant que l’on traquait les mots de Mustafa Çakıcı, une mosquée de Niederhaslach était taguée, insultée, souillée[4]. Cette attaque aura fait l’objet d’une unique brève en « faits divers », dans le journal local. Mustafa Çakıcı, lui, aura fait la une nationale.
Le pardon sélectif de la gauche : un privilège blanc
Mustafa Çakıcı n’a pas fui ses responsabilités. Dans un communiqué clair et sincère[5], il reconnaît avoir relayé des contenus problématiques, en explique le contexte et présente ses excuses, précisant que ces publications « ne reflètent en aucun cas [ses] convictions ». Il réaffirme que son engagement a toujours été guidé par la défense pacifique des droits humains.
Un tel geste, chez n’importe quel militant blanc, aurait été salué comme une preuve de maturité politique — ou, à tout le moins, traité en interne plutôt qu’exposé sur la place publique. Mais ici, rien de cela : la gauche universaliste refuse toute nuance, toute contextualisation, toute écoute. Celle qui prône habituellement la réhabilitation, la compréhension et le “dialogue permanent” devient soudain impitoyable dès qu’un musulman s’exprime hors du cadre qu’elle lui assigne.
Cette sévérité n’a rien d’un accident : elle s’inscrit dans une longue tradition de double standard. La même gauche qui a toléré – et parfois même produit – des figures comme Soral, Dieudonné, Chouard, Fourest ou Valls n’a jamais vu dans leurs dérives un symptôme d’elle-même. Pas d’examen de conscience, pas de mise en question collective : le passé des siens a toujours droit à l’erreur, au contexte, à la “période”.
Quand un militant blanc commet une faute, on parle d’“écart”, de “dérapage”, ou de “complexité”. Et lorsqu’il sert un récit utile — Assange contre l’impérialisme américain, Navalny contre la dictature russe — la même gauche se range sans hésiter derrière ces icônes. Peu importe que le premier soutienne aujourd’hui Marine Le Pen[6], ou que le second soit ouvertement raciste et nationaliste[7] : on contextualise, on pardonne, on théorise.
Mais ce deux-poids-deux-mesures apparaît de manière encore plus flagrante lorsqu’on le replace dans un autre moment de guerre.
En 2022, au cœur de Marioupol, les combattants du régiment Azov se retranchent dans l’usine d’Azovstal et se battent jusqu’à la mort contre l’envahisseur russe. Leur appartenance à une unité dont les origines et une partie des membres est ouvertement nationaliste et d’extrême droite[8] n’empêche en rien la gauche française de les célébrer. Dans les manifestations, on brandit leurs visages, on loue leur courage, on admire leur résistance. Personne ne convoque leurs familles pour exiger des comptes. Personne n’épluche leurs réseaux sociaux. L’urgence, disait-on alors, est ailleurs : un peuple doit être défendu.
Or cette évidence se dissout dès que le militant est musulman et qu’il revient d’un engagement lié à la Palestine. Ce qui, pour l’Ukraine, relevait de la solidarité inconditionnelle, devient pour Gaza une suspicion permanente. L’un a droit au respect malgré ses zones d’ombre ; l’autre doit être pur, impeccable, parfait. L’un est un héros malgré ses contradictions ; l’autre est un danger malgré son courage.
Mustafa Çakıcı est jugé non pour ce qu’il a fait, mais pour ce qu’il représente. Et ce refus de lui accorder la présomption d’humanité — cette incapacité à entendre la sincérité de son repentir — incarne l’islamophobie de gauche dans toute sa splendeur : le musulman n’a pas droit à la fragilité, à l’erreur, à la complexité. Il doit être exemplaire et discret, ou disparaître.
Mustafa Çakıcı : le moment colonial de la gauche française
La campagne menée contre Mustafa Çakıcı ne parle pas seulement d’un homme : elle renvoie la gauche à son propre miroir colonial. Elle révèle un camp politique incapable d’accueillir des voix qui ne lui ressemblent pas, habitué à filtrer la souffrance du monde et à la traduire pour le compte des opprimés. Dès qu’un musulman parle en son nom propre, sans passer par ses relais ni demander l’autorisation d’être politique, ce camp vacille. Mustafa Çakıcı dérange parce que sa parole échappe aux dispositifs qui prétendent l’encadrer et la rendre acceptable.
Ce rejet procède d’une islamophobie spécifiquement “de gauche”, masquée derrière les oripeaux de l’universalisme. Une islamophobie qui accepte les musulmans à condition qu’ils soient repentants, discrets, reconnaissants – jamais en colère, jamais indociles. Elle mobilise la laïcité pour mettre au pas, le féminisme comme arme civilisationnelle, et l’universalisme comme filtre invalidant systématiquement la parole musulmane. Tout y concourt à maintenir les dominés dans un rôle subalterne : visibles seulement quand la gauche les désigne, audibles seulement quand elle les autorise, jamais sujets politiques.
Mustafa Çakıcı fait ainsi l’expérience directe d’une indépendance que la gauche ne supporte pas. Il devient un obstacle dans la bataille silencieuse qu’elle mène pour conserver le leadership symbolique de la lutte contre le génocide à Gaza — une gauche qui veut être seule sur la photo, seule à parler au nom des opprimés.
Mustafa Çakıcı dérange parce qu’il n’est pas un figurant dans le récit de cette gauche. Il parle en son nom propre – et cette simple liberté suffit à le transformer en cible.
Cette posture colonialo-paternaliste révèle surtout l’aveuglement politique d’une gauche persuadée qu’elle peut combattre l’anéantissement d’un peuple depuis le confort social et symbolique des élites bourgeoises — alors même que l’histoire entière des luttes contre les massacres de masse montre que ceux qui excluent, surveillent et étouffent leurs propres alliés finissent toujours par servir l’ordre qu’ils prétendent contester.
L’histoire des luttes contre les dictatures, les massacres et les systèmes d’oppression nous raconte en effet toujours la même chose : face à la violence extrême, l’hétérogénéité n’est pas un défaut, mais une condition de survie.
De la guerre d’Espagne[9] aux résistances antifascistes européennes[10], des mouvements anti-lynchages américains[11] aux coalitions transnationales contre les nettoyages ethniques dans les Balkans, des luttes anti-apartheid[12] à l’Irak et à la Syrie face à Daech, les victoires ont été remportées par des alliances improbables. Elles réunissaient marxistes et conservateurs, féministes et religieux, syndicalistes et libéraux, organisations laïques et groupes traditionnels.
Partout où la mort de masse menaçait, les clivages idéologiques s’effaçaient devant l’urgence de protéger des vies. Et les coalitions les plus efficaces furent toujours celles qui acceptaient d’être traversées de tensions, de désaccords et de contradictions, mais unies par la certitude que l’essentiel — empêcher l’anéantissement d’êtres humains — primait sur toute autre considération.
C’est là la grande leçon du XXᵉ siècle et du début du XXIᵉ. Et si la gauche française choisit aujourd’hui de l’ignorer, ce n’est ni par oubli ni par naïveté : c’est parce qu’elle préfère préserver son contrôle symbolique, sa respectabilité et ses hiérarchies — quitte à disqualifier des résistances musulmanes jugées trop indociles, trop peu assimilables. Ce reniement historique dit moins son attachement à l’universel que sa difficulté persistante à reconnaître les musulmans comme des sujets politiques à part entière.
La gauche française face au génocide : la désertion et la complicité par confort
Qu’on le dise clairement : au lendemain du 7 octobre, une grande partie de la gauche française n’a pas simplement été dépassée. Elle a abandonné. Elle a abandonné Gaza, abandonné les Palestiniens, abandonné celles et ceux qui alertaient déjà sur la mécanique génocidaire en marche. Et pire : elle a participé activement à étouffer ces alertes, à délégitimer ceux qui tentaient de briser l’indifférence.
Alors même que les signaux d’un basculement génocidaire étaient limpides, cette gauche a choisi la ligne de moindre résistance : se draper dans la condamnation morale du Hamas pour mieux se dispenser de voir ce que l’État israélien s’apprêtait à commettre. Sous couvert de prudence, elle a avalisé l’inacceptable. Sous couvert d’« équilibre », elle s’est rendue complice du récit qui justifie l’anéantissement d’un peuple.
Ainsi, au fil des semaines, elle a méthodiquement émoussé la réalité des crimes : relativisation des bilans, suspicion systématique des sources palestiniennes, répétition mécanique des éléments de langage israéliens. Les hôpitaux ? Des bases militaires. Les écoles ? Des caches d’armes. Les familles ensevelies ? Des dommages collatéraux regrettables mais inévitables.
Cette rhétorique, adoptée sans esprit critique, n’était pas neutre : elle a contribué à désensibiliser l’opinion, à normaliser l’inhumain.
Dans le même temps, elle a participé, parfois avec une ardeur stupéfiante, à la criminalisation de la solidarité. La critique du sionisme ? Soupçonnée d’antisémitisme. Les manifestations pro-palestiniennes ? Assimilées à un soutien au terrorisme. Les militants musulmans ? Placés sous surveillance, diffamés, marginalisés.
Mustafa Çakıcı, comme tant d’autres, en a subi les conséquences : ostracisés, mis en accusation, suspectés d’excès là où ils ne faisaient que dire la vérité que la gauche refusait d’affronter. Au lieu de protéger ceux qui portaient les alertes, la gauche les a exposés. Elle les a livrés à la répression institutionnelle, médiatique et fasciste, pour ne pas assumer elle-même la rupture politique que leur courage rendait inévitable.
Plus grave encore : cette gauche s’est offert un rôle confortable – celui de la gardienne de la morale abstraite. Elle s’est autorisée à juger la radicalité de ceux qui tentaient de sauver des vies, depuis un siège éthique qui n’était que la façade polie de la lâcheté politique. Elle s’est autorisée à distribuer bons et mauvais points pendant que des quartiers entiers disparaissaient sous les bombes.
Dans un contexte de destruction massive, une telle posture n’est pas un simple manquement : c’est une participation à l’ordre dominant, une contribution – passive ou active – à la violence. Lorsque la priorité devient de préserver son image plutôt que de défendre les opprimés, on cesse d’être un contre-pouvoir ; on devient un rouage supplémentaire du dispositif qui les écrase.
Certains segments de la gauche, assumant leur islamophobie, ont même franchi un pas supplémentaire : l’intégration au récit du « choc des civilisations », qui a justifié le soutien à l’offensive israélienne tout en disqualifiant les militants anticolonialistes. Pour ces courants, affaiblir le front de solidarité n’était pas un effet secondaire, mais une stratégie — une manière de maintenir l’ordre politique existant, quitte à accepter comme prix politique une complaisance envers la destruction de Gaza.
Cette gauche affirme aujourd’hui qu’elle « ne savait pas ». Mais elle savait. Elle disposait des faits, des rapports, des alertes, des images, des témoignages — et elle a choisi de ne pas en tirer les conséquences politiques. Ce choix délibéré a laissé seuls ceux qui alertaient, et il a contribué à rendre acceptable l’inacceptable : la destruction méthodique d’une population.
Il est temps de rompre avec cette gauche-là, celle qui s’effondre toujours là où elle devrait tenir, celle qui sacrifie les opprimés pour rester respectable, celle qui, au lieu d’affronter la violence coloniale, a préféré s’attaquer à ceux qui la dénonçaient.
De Mustafa Çakıcı à la Philharmonie de Paris : quand la gauche tourne le dos aux résistants
La même gauche qui au lieu de protéger Mustafa Çakıcı, l’a livré à la vindicte médiatique, s’est, quelques semaines plus tard, indignée de voir des militants interrompre pacifiquement le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël.
Ce soir-là, l’orchestre, qui se présente comme une véritable « ambassade culturelle » d’un État en train d’anéantir Gaza, se produit à Paris. Les appels au boycott sont nombreux, structurés, argumentés[13][14][15]. L’institution les ignore.
Dans la salle, des militants rappellent publiquement qu’un génocide est en cours. Ils sont aussitôt roués de coups par des spectateurs d’extrême droite, puis arrêtés, placés en garde à vue, et mis en examen. Ils encourent aujourd’hui jusqu’à un an de prison pour avoir dérangé un concert – autrement dit, pour avoir refusé la normalisation culturelle d’un État en train d’écraser un peuple.
Là encore, les réactions les plus véhémentes ne viennent pas de la droite, mais de pans entiers de la gauche militante, culturelle et médiatique. Celles et ceux qui hier avaient accablé Mustafa Çakıcı se déclarent alors « choqués », « outrés » par l’irruption de militants pro-palestiniens dans une salle de concert.
Les mêmes qui sommaient Mustafa Çakıcı d’être irréprochable en toutes choses condamnent ici sans nuance une action non violente. Les mêmes qui refusaient la contextualisation pour Mustafa Çakıcı refusent ensuite de contextualiser la désobéissance civile face à un génocide.
Ce parallélisme n’est pas anodin : il révèle une cohérence idéologique. La gauche qui a abandonné Mustafa Çakıcı est la même qui préfère s’émouvoir d’un trouble à l’ordre culturel parisien plutôt que de la destruction systématique d’un peuple. Elle consacre plus d’énergie à scruter la pureté morale de ses militants qu’à affronter un processus d’anéantissement en cours.
Soutenir Mustafa Çakıcı, c’est refuser une gauche sans courage
Ce qui se joue ici dépasse des individus : c’est toute une culture politique qui s’effondre sous son propre poids moraliste, une gauche qui, au lieu d’affronter l’ordre colonial génocidaire, préfère domestiquer ses propres rangs, discipliner celles et ceux qui n’ont que leur voix pour résister, confondre « respectabilité » et courage, sanctionner les dérangeants plutôt que les coupables.
Cette gauche-là a cessé d’être un contre-pouvoir : elle sélectionne, trie, disqualifie ; elle ne lutte plus, elle gère son image ; elle ne se solidarise plus, elle surveille. Ce basculement n’est pas abstrait : il s’est traduit par l’isolement de militants, par la mise à l’écart de celles et ceux qui refusaient le silence, tandis que Gaza, elle, continuait d’être écrasée.
Soutenir Mustafa Çakıcı, c’est refuser cette lâcheté collective. L’attaquer à son retour de détention israélienne fut une indécence et une trahison politique qui ont affaibli la lutte contre une offensive dévastatrice : pendant que certains s’acharnaient à évaluer sa respectabilité, un homme revenait d’avoir risqué sa vie pour briser un blocus inhumain.
La campagne médiatique qui s’est acharnée sur lui a envoyé un message glaçant à toute une génération de militant·es musulman·es : « Si vous osez agir pour la Palestine, nous vous briserons. »
Réhabiliter Mustafa Çakıcı ne revient pas à nier ses erreurs, mais à reconnaître qu’un militant musulman n’a pas à être plus parfait qu’un combattant ukrainien pour mériter la solidarité de celles et ceux qui se prétendent progressistes ; c’est admettre sa dignité, son engagement, son humanité, mais aussi regarder en face ce que Gaza aura révélé : l’effondrement de valeurs dont la gauche aimait encore se réclamer.
Ce qui a été infligé à Mustafa Çakıcı est le miroir d’une faillite morale plus large. Cela révèle une islamophobie de gauche qui se manifeste moins par des discours explicites que par une incapacité persistante à accepter l’existence d’une parole musulmane qui ne demande ni validation ni tutelle. Cette faillite se double d’une complicité avec le pire lorsque, par prudence frileuse, des militants engagés contre le génocide sont sacrifiés au nom de la respectabilité. Elle révèle enfin un logiciel colonial et paternaliste, trahi par la peur de perdre le contrôle symbolique d’une lutte que l’on prétend soutenir tout en voulant en monopoliser le récit.
Réhabiliter Mustafa Çakıcı, enfin, ce n’est pas seulement réparer une injustice : c’est reconstruire un camp progressiste digne de ce nom — un camp qui protège ses résistants, qui accepte que des voix musulmanes puissent exister sans tutelle, et qui ne renonce jamais à la justice précisément au moment où elle exige du courage.
[1] Amnesty International France, « L’interception illégale de la flottille mondiale Sumud par Israël… », communiqué de presse, 1er octobre 2025,
https://www.amnesty.fr/presse/linterception-illgale-de-la-flottille-mondiale-sum.
[2] https://www.facebook.com/watch/?v=1141001697530982
[3] Nadia Meziane, « Mustafa Cakici, unité nationale contre une tête de Turc », Yeni Şafak France (International), 16 octobre 2025,
https://www.yenisafak.com/fr/international/mustafa-cakici-unite-nationale-contre-une-tete-de-turc-48754.
[4]« Des tags anti-islam sur une mosquée Milli Görüs », Les Dernières Nouvelles d’Alsace (section Faits divers – Justice), 15 octobre 2025, https://www.dna.fr/faits-divers-justice/2025/10/15/des-tags-anti-islam-sur-une-mosquee-milli-gorus.
[5] https://www.facebook.com/tarikat1/posts/pfbid0A3Lhd9GS9PW8Y9xBR3mcLFg8gKpaPNPA4itVriLxJYYwwM1J2a4xGf6UtTi3eqjXl
[6] « Pour Assange, Le Pen a perdu la présidentielle à cause du sexisme », Ouest-France, [date de publication],
https://www.ouest-france.fr/politique/marine-le-pen/pour-assange-le-pen-perdu-la-presidentielle-cause-du-sexisme-4979055
[7] Nicolas Werth, « Navalny a parcouru, jusqu’au sacrifice ultime de sa propre vie, un cheminement politique complexe », Le Monde (tribune), 20 février 2024,
https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/02/20/navalny-a-parcouru-jusqu-au-sacrifice-ultime-de-sa-propre-vie-un-cheminement-politique-complexe_6217450_3232.html.
[8] G Sasse et. A. Shmakov, « Qu’est-ce que le régiment Azov, ce bataillon ultra-nationaliste devenu symbole du martyre de Marioupol ? », The Conversation France, 20 avril 2022
[9] Dreyfus-Armand, Geneviève, « Guerre d’Espagne : les débats chez les intellectuels français », Bulletin hispanique, 2016, en ligne : https://journals.openedition.org/bulletinhispanique/pdf/4252
[10] Robert O. Paxton, *Le fascisme en action*, trad. William O. Desmond, Seuil, coll. « Histoire », 2004.
[11] Taylor Branch, La Partie des eaux : Amérique aux années King, 1954-1963, Fayard, 1990.
[12] Desmond Tutu, *Pas de futur sans pardon*, Albin Michel, 2000
[13] UJFP, Pas de musique pour le génocide ! Non au concert de l’Israel Philharmonic Orchestra à la Philharmonie de Paris, UJFP – Union juive française pour la paix, 4 novembre 2025, en ligne : https://ujfp.org/pas-de-musique-pour-le-genocide-non-au-concert-de-lisrael-philharmonic-orchestra-a-la-philharmonie-de-paris/.
[14] Collectif, « Solidarité avec Gaza. Lettre à la Philharmonie de Paris », Orient XXI, en ligne, https://orientxxi.info/solidarite-avec-gaza-lettre-a-la-philharmonie-de-paris,8627.
[15] Sud Culture Solidaires, « Pour l’annulation du concert de l’Orchestre Philharmonique d’Israël », Sud Culture Solidaires, 5 novembre 2025, en ligne : https://sud-culture.org/2025/11/05/pour-lannulation-du-concert-de-lorchestre-philharmonique-disrael/?print=print.