« Toutes tragédies créent de nouvelles zones qu’il faut habiter. » (Claudia Mosquera) Chaque époque hérite de ses fantômes. La nôtre, saturée de mémoriaux et de commémorations, ne manque pas tant de monuments que de sens. Nous avons appris, avec Pierre Nora1, à ériger des lieux de mémoire ; mais nous avons moins appris à écouter ce que j’appellerai ici la mémoire des lieux : cette mémoire souterraine qui circule sous la pierre, dans la mer, dans les vents et jusque dans le souffle des vivants.
Jean-Luc Domenach est décédé le 8 janvier 2026, dans la semaine suivant l’intervention de l’administration Trump au Venezuela. Il était né au lendemain des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, le 11 août 1945. Plus de quatre-vingts ans séparent ces deux dates. À l’échelle d’une vie d’homme consacrée à la recherche, à l’enseignement et à l’engagement. Mais aussi à l’échelle d’un monde qu’il n’a cessé d’interroger dans ses ruptures et ses continuités : les résurgences de l’impérialisme
Si le public contemporain est globalement au fait du sort qui fut réservé aux œuvres de Klee, Kokoschka, Chagall et autres peintres stigmatisés par le régime hitlérien, qui organisa en 1937 la tristement connue exposition itinérante Entartete Kunst (« L’Art dégénéré »), il ignore le plus souvent que de nombreux compositeurs virent également leurs partitions désapprouvées par le IIIe Reich et qu’ils eurent aussi leur exposition consacrée à Düsseldorf en 1938. L’expression consacrée d’« art dégénéré