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22.09.2026 à 12:33

Les mythes sur la violence sexuelle dans les lieux de vie nocturne

Alejandra Mateo Fano

La peur d'être violée lorsqu'on sort en soirée a eu un effet dissuasif sur les femmes, mais 68,5% des agressions commises en dehors du couple ont lieu dans le cadre domestique et presque toutes les victimes connaissaient leur agresseur

Tiré de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/08/24/les-mythes-sur-la-violence-sexuelle-dans-les-lieux-de-vie-nocturne/?jetpack_skip_subscription_popup

24 août 2026

Si l'on jette un regard en arrière et que l'on se remémore certaines des affaires les plus médiatisées d'agressions sexuelles en Espagne ces dernières années, on constate immédiatement que la plupart se sont déroulées dans des lieux de vie nocturne : du viol collectif commis par « La Manada », qui a eu lieu dans un hall d'immeuble pendant les fêtes de San Fermín à Pampelune, jusqu'à l'agression sexuelle commise par le footballeur Dani Alves sur une jeune femme dans les toilettes d'une discothèque en Catalogne, en passant par l'affaire Diana Quer à La Corogne, abusée et assassinée par José Enrique Abuín Gey, alias « El Chicle », alors qu'elle rentrait des fêtes populaires d'A Pobra do Caramiñal durant l'été 2016. C'est peut-être après l'affaire des jeunes filles d'Alcàsser que la violence sexuelle a commencé à être abordée pour la première fois dans les médias de notre pays : trois mineures valenciennes âgées de 13 et 14 ans qui ont été enlevées, violées, torturées et finalement assassinées en novembre 1992 alors qu'elles se rendaient dans une discothèque en début d'après-midi.

Il ne fait aucun doute que le discours dominant autour de ces violences a eu tendance à établir un lien dangereux entre les sorties nocturnes, l'été et le risque. La médiatisation excessive de ces cas brutaux a joué un rôle clé pour mettre en lumière le caractère structurel et patriarcal de ces violences, et pour souligner que le genre est un facteur de vulnérabilité. Mais elle a également occulté un fait très important : la plupart des agressions sexuelles n'ont que peu, voire rien à voir avec ce que l'on voit à la une des médias généralistes. Celles-ci, au contraire, se produisent dans la sphère privée, sont le fait de personnes proches de la victime, et ne sont presque jamais portées devant les tribunaux. Il s'agit de violences silencieuses, quotidiennes et, de ce fait, socialement enfouies dans l'impunité. De nombreuses et nombreux experts en matière de genre alertent sur le fait que lier ces agressions à la fête et à l'été ne se contente pas de masquer de nombreux autres cas souvent plus représentatifs : cela contribue également à restreindre considérablement la liberté sexuelle des femmes lorsqu'elles occupent l'espace public.

Pour conceptualiser ce qui se passe avec les mythes répandus autour de la violence sexuelle, l'Observatoire Noctámbul@s – dont le travail consiste à analyser ces violences survenues dans les lieux de loisirs nocturnes – parle d'une « logique de l'exception » : les récits hégémoniques sur les agressions, fondés sur des cas exceptionnels et/ou extrêmes comme celui de « La Manada », finissent par agir, en dernière instance, sur les corps féminisés comme s'il s'agissait d'une règle générale. Par le biais de mécanismes implicites de responsabilisation et de culpabilisation, qui ont historiquement accompagné les femmes, « un système de contrôle et d'intimidation collective s'instaure, qui conduit à l'autocensure et au contrôle de leur sexualité », indiquent-ils dans un rapport. La culpabilité, soulignent-iels, est un sentiment récurrent dans ces cas où il semble que si la victime a subi une agression, c'est parce qu'elle a librement disposé de son corps ou même consommé des substances dans certains lieux de loisirs et de fête.

« À Madrid, seules 28% des femmes victimes d'un viol en dehors du cadre du couple désignent un inconnu comme agresseur »

Alors que la peur de subir des agressions lors des sorties nocturnes a fini par contraindre de nombreuses jeunes femmes à restreindre leurs mouvements, ce qui a un impact direct sur leur liberté de mouvement, les données de la macro-enquête sur la violence de genre révèlent ce qui suit : 68,5% des femmes ayant subi un viol en dehors de leur couple déclarent que l'agression a eu lieu dans une maison, 16,3% qu'elle s'est produite dans des espaces ouverts tels que des rues ou des parcs, et 11% que le viol a eu lieu dans des lieux de fête (7,3% dans des discothèques, des bars, etc., et 5,9% dans des lieux de fête en plein air). En d'autres termes, les agressions survenues dans des lieux de loisirs nocturnes constituent une minorité par rapport à celles qui se produisent dans la sphère privée. Une autre étude récente, menée à plus petite échelle par la mairie de Madrid, révèle que dans 65% des cas d'agression sexuelle dans la capitale, les agresseurs étaient des hommes connus de la victime. Seules 28% des femmes ayant subi un viol en dehors du cadre du couple désignent un inconnu comme agresseur.

Tous ces cas, qui sont rarement consignés, se caractérisent par un nombre inquiétant de non-plaintes, en raison de la complexité qu'implique le fait de reconnaître la violence et d'en parler publiquement. Briser le silence devient alors un exercice quasi impossible. « Il est souvent très difficile de porter plainte contre son oncle, son père, son frère, son cousin ou son grand-père. La plupart des délits sont commis au domicile même de la victime, selon le ministère de l'Intérieur. Cela signifie qu'il faut avoir une relation banale avec la personne qui t'a agressée sexuellement ; il faut donc démystifier cette idée reçue selon laquelle on va se faire violer en rentrant d'une soirée », prévient Beatriz Martos, responsable des campagnes pour les droits humains des femmes chez Amnesty International Espagne. Martos estime, à cet égard, que les mythes sur la terreur sexuelle ont pour conséquence « que nous nous replions davantage dans l'espace domestique pour éviter la rue ». Cette sous-déclaration des violences sexuelles domestiques s'explique également par des facteurs tels que la peur de ne pas être crue, celle de l'ostracisme, celle de devoir continuer à vivre avec l'agresseur ou encore le lien familial qui nous unit à lui.

Discipline de la sexualité

Malgré les chiffres cités, qui permettent de dresser un tableau moins alarmiste quant aux dangers potentiels de la vie nocturne en matière de violence machiste,l'association féministe Clara Campoamor souligne, dans la même veine que Martos, que la peur d'être victime d'agressions dans les bars ou les discothèques a souvent des effets symboliques très importants à long terme. « Nous sommes nombreuses à éviter de sortir seules le soir, à accepter de modifier notre façon de nous habiller, à avoir normalisé le fait de partager notre localisation avec des proches ou des amies, ou à veiller à rentrer accompagnées. Cela représente la restriction ultime de notre autonomie et de notre droit à profiter librement de l'espace public ainsi que de la vie sociale et sexuelle », explique à CTXT Izaskun Gutiérrez, éducatrice sociale au sein de cette association de référence dans la dénonciation des violences machistes.

Outre cette hypervigilance acquise par les jeunes femmes, des mécanismes de silence et d'impunité envers de nombreux agresseurs se mettent également en place par inertie ; ceux-ci passent souvent inaperçus dans les médias et font rarement la une. « Il est beaucoup plus difficile d'identifier comme agresseurs potentiels les personnes qui font partie de notre quotidien et avec lesquelles nous interagissons ; il est en revanche beaucoup plus facile d'imaginer une personne inconnue, sans visage, qui, un jour, dans un coin d'une discothèque, nous agresse », explique María Giaever, titulaire d'un doctorat en sociologie et collaboratrice de l'Observatoire Noctámbul@s.

Selon elle, on a assisté ces dernières années à un véritable engouement des médias pour un type très précis de violence qui détourne le regard de ce qui est structurel et quotidien. La construction patriarcale de la sexualité a historiquement conduit à sa domestication et à sa discipline « au nom de la sécurité des femmes ». Cette perception de la sécurité, souvent utilisée de manière détournée pour restreindre la liberté des femmes, découle également d'une expérience vécue dès l'enfance qu'il ne faut pas négliger. Un effet symbolique sur la liberté sexuelle

Comme on ignore presque toujours la prévalence de cette réalité quotidienne et que l'on mythifie les agressions commises dans des lieux tels que les soirées, de nombreuses femmes décident inconsciemment d'éviter les lieux que l'on pourrait qualifier de plus « masculins ». Par exemple, un autre rapport de Noctámbul@s montre que près de 80% des femmes ne choisiraient pas les raves comme lieu de loisirs et que 60% d'entre elles ne fréquenteraient pas non plus les « parking parties ». En revanche, les lieux où elles sont les plus nombreuses sont les soirées à domicile ou les événements organisés par des entreprises privées, des mairies et des associations.

C'est là qu'intervient non seulement l'idée d'une auto-répression de la liberté de mouvement, mais aussi celle de la consommation de substances face à la panique sexuelle collective. Nous savons que l'alcool et les drogues ont traditionnellement servi à légitimer la violence chez les hommes et, en même temps, à culpabiliser les victimes sur la base de divers stéréotypes de genre liés à la féminité. En d'autres termes, ce n'est pas seulement la présence dans l'espace public la nuit qui est restreinte par crainte de subir certaines agressions, mais aussi la consommation de substances. En ce sens, en règle générale, cette rhétorique a pour conséquence que les femmes consomment de préférence des drogues légales, moins stigmatisées et socialement associées à une moindre perte de contrôle du comportement.

« Les agressions par soumission chimique représentent moins de 1% du total chez les femmes âgées de plus de 16 ans »

Mais toute une série de stratégies défensives ont également été mises en place – tant au niveau des soins collectifs entre femmes qu'au niveau individuel – pour éviter l'ingestion involontaire de substances (alors que les agressions par soumission chimique ne représentent même pas 1% du total chez les femmes de plus de 16 ans). Comme l'explique Burgos, les vernis à ongles, les bandelettes réactives et autres kits sont développés depuis plus d'une décennie afin, en principe, de prévenir les agressions sexuelles par soumission chimique.

Il est essentiel de parler ouvertement de ces moyens visant à neutraliser la volonté des femmes à l'aide de psychotropes, mais le faire en partant d'une surreprésentation de ces cas, ce qui crée un climat d'alerte sociale, peut s'avérer contre-productif, soulignent les expertes. « La conséquence la plus immédiate de cela est la difficulté à identifier les violences et les agresseurs dans des contextes qui ne sont pas médiatisés et qui, par conséquent, restent en dehors de l'imaginaire de la violence sexuelle », souligne Noctámbul@s.

« À la suite d'affaires très médiatisées, comme les cas de drogage de l'été 2022, il existe une perception figée du phénomène de la soumission chimique et du lien entre la consommation de drogues et la violence. Les rares agressions survenues dans des lieux de vie nocturne où l'on trouve de l'alcool ou des substances sont le résultat d'une consommation volontaire », souligne Giaver. Une fois encore, le fait que la culpabilité et la maîtrise de soi intériorisée soient centrées sur les drogues s'avère très efficace pour détourner l'attention de la nature structurelle des inégalités entre les sexes. Les expertes rappellent que la violence sexuelle s'inscrit tant dans le modèle de domination que dans la dimension morale et subjective de la crédibilité.

La construction sociale du monstre qui commet des violences la nuit

Le Col.lectiu Punt 6, une organisation qui aborde l'égalité des genres à travers l'urbanisme féministe, affirme que « nous, les femmes, avons été socialisées pour avoir peur de l'espace public, de la nuit et de l'inconnu. De plus, la violence devient quelque chose de banal dès notre plus jeune âge : on nous marque par des attouchements dans le métro ou par des remarques de harcèlement, qui bouleversent notre notion de sécurité ». Peu à peu, nous apprenons à contourner cette violence en nous rendant, dans une certaine mesure, responsables de la prévenir par tous les moyens à notre disposition, en nous convainquant que nous ne la méritons pas en raison de nos comportements.

La politologue et chercheuse féministe Nerea Barjola aborde cette question dans son ouvrage *Microphysique sexiste du pouvoir. L'affaire Alcàsser et la construction de la terreur sexuelle*, où elle affirme que les jeunes filles apprennent très vite à « se protéger » contre ce qui pourrait arriver. Une autogestion du risque qui a été encouragée de manière plus ou moins consciente par les médias de masse.

Dans ce contexte déformé qui exagère certains cas extrêmes de violence au point de les faire passer pour la norme (ce qui s'avère très utile pour assurer le contrôle sur la féminité), c'est la figure stéréotypée de l'agresseur-monstre qui prévaut. Ce paradigme de l'homme agressif, socialement inadapté et souffrant de troubles mentaux, qui s'en prend aux femmes la nuit. Un peu comme le « violeur de l'ascenseur », qui a fait la une des médias pendant des années en raison de ses innombrables délits sexuels et dont le mode opératoire consistait à aborder la nuit de jeunes filles sous la menace d'une arme pour les enlever et les violer.

On constate souvent que l'extrême droite s'est approprié ces figures « monstrifiées », si présentes dans l'imaginaire collectif, pour les associer aux hommes migrants et/ou issus de minorités ethniques, qu'elle considère comme des agresseurs sexuels violents presque par nature. « La plupart des reportages sont illustrés par des images des forces de l'ordre, ce qui alimente le sentiment d'un danger inévitable dû à la monstruosité des agresseurs, un danger qui ne peut être combattu que par la coercition ; d'autre part, on retrouve le récit de l'agresseur sans visage, alors qu'environ 45% des cas pris en charge aux urgences hospitalières sont des agressions commises par une connaissance », affirment les responsables de Noctámbul@s.

La construction sociale du monstre à combattre, souligne la journaliste et anthropologue Ana Burgos dans un article, empêche d'aborder la nature systémique du problème de la violence (les inégalités entre les sexes et la culture patriarcale du viol) qui traverse tous les processus de socialisation et les normes culturelles. « Lorsqu'on imagine un agresseur inconnu, malfaisant, cruel, souvent représenté à travers des préjugés de classe, racistes ou validisme (pauvre, issu d'une minorité ethnique ou fou), qui vous drogue pour vous violer (la partie émergée de l'iceberg des violences sexuelles), on détourne le regard du « fils sain du patriarcat », l'agresseur connu, le cousin, le voisin, le partenaire ou le patron », explique-t-elle dans son texte.

Alejandra Mateo Fano, 18/08/2026 https://ctxt.es/es/20260801/Politica/54837/violencia-sexual-ocio-nocturno-nerea-barjola-mujeres-libertad.htm Traduit par DE

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22.09.2026 à 12:31

Rojava : Les femmes inquiètes pour leurs acquis

kurdistan-au-feminin.fr

SYRIE / ROJAVA – Une étude de terrain menée en 2026 par le Centre de recherche du Rojava pour la protection des droits des femmes et des enfants révèle que les femmes de Qamishlo et de ses environs perçoivent la crise économique, les récents bouleversements politiques et juridiques, la guerre, les migrations et la pauvreté comme des facteurs interdépendants qui fragilisent leur quotidien et alimentent leurs craintes pour l'avenir de leurs droits et des mécanismes de protection.

Tiré de Entre les lignes et les mots https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/09/01/rojava-les-femmes-inquietes-pour-leurs-acquis/?jetpack_skip_subscription_popup

1 septembre 2026

Publiée samedi sur le site officiel du Mouvement des femmes kurdes Kongra Star, l'étude s'appuie sur des entretiens en face à face avec environ 600 femmes réparties dans les quartiers de Jodi, Hililiye, Qadour Bek, Antarieh, Corniche et Arbouiye (une centaine par quartier). Le centre a également conduit des enquêtes de terrain auprès de plus de 1 000 femmes afin de documenter leurs difficultés quotidiennes, leurs préoccupations et les obstacles auxquels elles sont confrontées. Kongra Star et les maisons de femmes des quartiers ont facilité l'accès aux participantes et la réalisation des entretiens.

Inquiétudes face aux changements politiques et juridiques

Selon les conclusions de l'étude, la majorité des femmes interrogées constatent que la société a connu des transformations majeures ces dernières années, dans un contexte de hausse du coût de la vie, d'aggravation des difficultés économiques et d'incertitude quant à l'avenir des droits des femmes dans le nouveau cadre politique et juridique syrien.

Une proportion significative des participantes estime que les changements politiques de l'année écoulée — notamment la chute du régime baasiste et l'arrivée d'une nouvelle autorité — ont suscité un sentiment de soulagement chez certains hommes, tout en renforçant la peur et le sentiment d'insécurité chez les femmes. Ces craintes sont directement liées à l'avenir des institutions et organisations féminines, ainsi qu'aux mécanismes d'intervention mis en place ces dernières années. Les femmes soulignent que la présence de ces structures a joué un rôle déterminant pour dissuader les violences et renforcer leur sentiment de protection. Après 2014 : un tournant pour le statut des femmes

L'étude identifie 2014 comme une année charnière dans le nord et l'est de la Syrie. L'adoption d'une législation relative aux droits des femmes, la création d'institutions dédiées, de maisons des femmes et de mécanismes d'intervention en cas de violence ou de conflits familiaux, ainsi que le déploiement de programmes de sensibilisation destinés aux femmes et aux hommes, ont marqué un changement notable.

Ces mesures ont contribué à renforcer la confiance en soi des femmes et le sentiment de ne plus être isolées face à la violence. Elles ont également fait prendre conscience aux hommes que les actes de violence pouvaient entraîner des conséquences juridiques. L'étude met en avant le rôle joué par la Maison des femmes, les Forces de sécurité intérieure féminines (Asayish), l'Organisation Sara et Kongra Star dans l'intervention et la prévention, permettant d'éviter que les situations de violence restent confinées au cercle familial.

240 demandes en six mois dans les maisons des femmes de Qamishlo

Les données des Maisons des femmes de Qamishlo illustrent les difficultés rencontrées en 2026. Entre début janvier et mi-juillet, ces structures ont reçu 240 dossiers et demandes. Parmi elles, 109 ont été résolues et 30 ont été transmises aux tribunaux.

Sur l'ensemble, 153 requêtes concernaient des conflits entre femmes et hommes, incluant des cas de violence à l'égard des femmes et des problèmes familiaux. D'autres demandes étaient liées aux difficultés économiques et de subsistance, ainsi qu'aux tensions qu'elles génèrent au sein des foyers. Cinq requêtes relatives à la polygamie ont également été enregistrées sur la même période.

L'étude précise que ces chiffres ne correspondent pas forcément à des catégories distinctes : un même dossier peut cumuler plusieurs facteurs (problèmes financiers, conflits conjugaux et violences). Le faible nombre de demandes liées à la polygamie apparaît notable par rapport à la période antérieure à 2014, où les maisons des femmes recevaient davantage de plaintes sur ce sujet. Le centre souligne toutefois que ces cinq demandes ne reflètent pas le nombre réel de cas de polygamie dans la société, mais uniquement le volume de sollicitations reçues pendant ces six mois. La crise économique, facteur d'aggravation de la vulnérabilité

Les entretiens montrent que la crise économique constitue une préoccupation partagée. La hausse des prix du carburant, des denrées alimentaires et des produits de première nécessité, combinée au chômage et à la perte de revenus, pèse lourdement sur les foyers.

Si les difficultés financières ne sont pas la cause unique des violences, elles accentuent les tensions et les conflits familiaux, en particulier pour les femmes économiquement dépendantes. L'absence de revenus propres rend plus difficile le départ d'un foyer violent ou le début d'une vie indépendante avec des enfants. Du point de vue des participantes, la crise économique est donc étroitement liée à la sécurité et à la liberté personnelle.

Guerre, migrations et pressions cumulées

L'étude relie également la situation des femmes aux conditions plus larges que traverse la société : guerre prolongée, déplacements de population, migrations, pertes économiques et incertitude quant à l'avenir. L'accumulation de ces facteurs, associée aux problèmes familiaux et aux pressions du quotidien, peut accroître le stress psychologique et social. Dans certaines circonstances, les femmes et les enfants se trouvent exposés à des risques plus élevés. La déclaration constitutionnelle et l'avenir des droits

Les changements politiques et juridiques en Syrie apparaissent comme l'une des principales sources d'inquiétude. La Déclaration constitutionnelle adoptée le 13 mars 2025 garantit l'égalité entre les citoyens et les droits des femmes, tout en reconnaissant la jurisprudence islamique comme l'une des sources principales de la législation.

Cette disposition soulève des interrogations quant à l'avenir des règles relatives au statut personnel, au mariage, au divorce, à la protection de l'enfance et aux affaires familiales. Le nouveau système juridique n'étant pas encore pleinement établi, les femmes s'interrogent sur la préservation des acquis obtenus depuis 2014. Elles ne décrivent pas nécessairement la situation actuelle comme un retour au système précédent, mais craignent la réapparition de certaines formes d'inégalité antérieures à 2014, notamment la polygamie, le mariage des enfants et un statut juridique plus faible des femmes au sein de la famille.

Rumeurs et climat d'incertitude

L'étude relève également la circulation, au sein de la société, d'inquiétudes et de rumeurs concernant l'avenir de la participation des femmes à la vie publique, leurs déplacements, leurs vêtements et la nature des relations entre hommes et femmes dans l'espace public. Même si ces craintes ne se sont pas traduites en mesures concrètes, leur diffusion reflète un état d'anxiété face à l'incertitude sur les droits qui seront effectivement protégés.

Une représentation encore limitée dans les instances de décision Les préoccupations ne se limitent pas aux questions sociales et juridiques. Elles concernent aussi la participation politique. Selon l'étude, le parlement syrien compte 210 sièges en 2026, dont seulement 21 occupés par des femmes. Ce chiffre est considéré comme un indicateur de la représentation limitée des femmes dans les processus de décision qui façonneront l'avenir du pays.

Les questions relatives aux droits des femmes dépassent désormais le cadre de Qamishlo et de ses environs. Elles s'inscrivent dans le débat public à l'échelle nationale : en décembre 2024, Damas a connu des manifestations rassemblant des centaines de personnes réclamant une gouvernance laïque et l'égalité des droits entre les sexes.

Au-delà de la violence, la peur de la perte des acquis

L'étude conclut que la violence à l'égard des femmes ne peut être dissociée des conditions économiques, sociales et politiques qui l'entourent : pauvreté, chômage, guerre, migrations, structures patriarcales et statut juridique. Les institutions et les lois mises en place depuis 2014 ont permis de sensibiliser les femmes à leurs droits et de développer des mécanismes d'intervention et de protection.

Cependant, les préoccupations exprimées par les participantes portent sur une question plus large : les acquis juridiques, sociaux et organisationnels obtenus ces dernières années seront-ils préservés ? Les institutions et mécanismes de protection existants conserveront-ils leur capacité d'action ?

La principale inquiétude des femmes n'est donc pas seulement le risque de subir des violences, mais aussi celui de perdre des droits ou de voir s'affaiblir les dispositifs institutionnels sur lesquels elles comptaient.

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22.09.2026 à 12:29

L'espace vital, ce concept géopolitique dérangeant

Bruno Marquis

Le concept géopolitique d'espace vital désigne le territoire qu'un peuple juge nécessaire pour assurer sa croissance au détriment des autres. Il consacre la déshumanisation, puis la spoliation et l'anéantissement de l'autre. Il a servi de justification à plusieurs expansionnismes agressifs et conquêtes territoriales au cours de l'histoire. Aux génocides des derniers siècles, entre autres.

(Ce texte a d'abord été publié dans l'édition de septembre du journal Ski-se-Dit.)

Ce concept géopolitique, s'il était connu et expliqué, nous éclairerait beaucoup sur l'histoire et l'actualité en cours. Sur la Seconde guerre mondiale d'abord, puis en rétrospective sur l'expansionnisme états-unien, sur le colonialisme en général, et enfin sur le génocide en cours à Gaza.

Nous sommes nombreux à nous être demandés, plus jeunes, comment un pays comme l'Allemagne avait pu s'engager dans un conflit mondial avec comme seuls alliés l'Italie et le Japon. Comprendre que c'est vers les pays de l'est que l'Allemagne a d'abord dirigé l'essentiel de ses forces pendant la guerre et qu'elle l'a fait dans le but de se dégager un « espace vital » au dépens de peuples jugés inférieurs, nous permet de comprendre les tenants et aboutissants de cette guerre.

L'Allemagne nazie voulait dans un premier temps, avec l'opération Barbarossa, accaparer le territoire et les ressources soviétiques pour mieux poursuivre la guerre sur d'autres fronts, mais elle y a épuisé ses forces. Contrairement à ce que le cinéma américain nous a inculqué par la suite, c'est donc l'Union soviétique, avec ses 27 millions de morts, sans la précieuse aide des États-Unis, qui a finalement mis fin à la Seconde guerre mondiale et qui nous a libérés des nazis.

Jacques Pauwels, dans un de ses ouvrages, déconstruit à ce sujet le mythe véhiculé depuis 1945 sur les réalités de la guerre contre l'Allemagne nazie. Les États-Unis ne sont entrés dans cette guerre, nous explique-t-il, que sous la contrainte et leurs riches industriels (General Motors, Ford, IBM, Coca-Cola, IT&T, etc.) ont fait des affaires avec le IIIe Reich en guerre le plus longtemps possible.

James Whitman dans « Le modèle américain d'Hitler », nous explique pour sa part que ce principe d'espace vital allemand était directement inspiré de l'expansionnisme états-unien du XVIIIe au début du XXe siècle au cours desquels on a décimé des millions d'Amérindiens, puis livré, entre autres, une guerre d'invasion au Mexique.

Ce que l'Allemagne nazie a fait subir aux juifs et ce qu'il voulait faire subir aux autres peuples jugés inférieurs, n'était pas tellement différent, non plus, de ce que les peuples européens ont fait subir aux peuples autochtones un peu partout dans le monde au cours des derniers siècles. Et c'est précisément ce que l'État d'Israël fait subir au peuple palestinien depuis 1948 et de façon beaucoup plus intensive depuis 2023.

Mettre en lumière ce monstrueux concept d'espace vital nous permettrait de porter un regard plus juste sur nos prétendues démocraties libérales et de bien réaliser le risque que constitue la montée de l'autoritarisme d'extrême droite un peu partout dans le monde. Le mensonge et la désinformation ne sont pas seulement le fait des concepts complotistes ; Ils le sont aussi des concepts que l'on masque. ******

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