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24.03.2026 à 11:30

Interdire le RN dans les médias ? La Belgique l'a fait, et « l'extrême droite est marginale »

Alexandre-Reza Kokabi

Faut-il refuser toute tribune à l'extrême droite dans les médias et dans les coalitions pour endiguer sa montée ? En Belgique, médias et politiques ont établi un tel cordon sanitaire, qui a porté ses fruits, explique le chercheur Benjamin Biard.

Tiré de Reporterre. Photo : Jordan Bardella et Marine Le Pen du Rassemblement national à Paris, le 17 septembre 2025. Bastien Ohier/Hans Lucas via AFP.

60 % des listes présentées par le Rassemblement national (RN) dans les grandes villes françaises se sont qualifiées au second tour des élections municipales, contre 20 % en 2020. Une progression qui ravive, en France, une vieille question : faut-il refuser toute tribune à l'extrême droite dans les médias et les coalitions pour endiguer sa montée ?

En Belgique francophone, ce débat a été tranché il y a plus de trente ans. Dès 1991, la RTBF a décidé de fermer ses antennes aux représentants de l'extrême droite. Les partis démocratiques, eux, ont commencé dès la fin des années 1980 à refuser toute alliance avec elle. Un double dispositif — politique et médiatique — que l'on appelle cordon sanitaire, et que certains observateurs français regardent aujourd'hui avec envie.

Benjamin Biard est chercheur au Centre de recherche et d'information sociopolitiques (Crisp), à Bruxelles, où il travaille notamment sur les partis et mouvements d'extrême droite en Europe. Il décrypte les ressorts, les effets et les fragilités d'un mécanisme que trente ans de recul permettent enfin d'évaluer. Sans l'idéaliser.

Reporterre — 60 % des listes RN dans les grandes villes de France se sont qualifiées au second tour des élections municipales. Un cordon sanitaire à la belge aurait-il changé quelque chose ?

Benjamin Biard — Cette question appelle un exercice de politique-fiction, je ne peux donc pas vraiment y répondre. Le cordon sanitaire médiatique n'explique pas à lui seul la marginalité dans laquelle est plongée l'extrême droite en Belgique francophone. Par ailleurs, à la grande différence de la Belgique francophone, le RN est un parti implanté en France depuis de nombreuses décennies. Décider aujourd'hui d'un cordon médiatique à son encontre aurait été contre-productif : ça aurait contribué à renforcer le discours victimaire dans lequel le RN se place déjà en partie. En Belgique francophone, l'extrême droite est marginale, peu connue. En France, le parti aujourd'hui présidé par Jordan Bardella a déjà pignon sur rue.

Plusieurs responsables politiques et personnalités médiatiques, y compris à gauche, présentent La France insoumise comme infréquentable et appellent à une forme de « cordon sanitaire inversé » en lui faisant barrage. Quel regard portez-vous sur ce discours ?

Ce positionnement m'a frappé. Ce sont pourtant des formations très différentes sur le plan idéologique : l'extrême droite partage une conception de la société particulièrement inégalitaire, quand la gauche radicale défend un projet davantage égalitaire. Le style de communication provocateur de Jean-Luc Mélenchon joue dans l'équation, tout comme certaines de ses déclarations qui ont pu être taxées d'antisémitisme. Mais ce n'est pas une raison de les confondre.

Revenons aux fondamentaux. Comment définiriez-vous le cordon sanitaire politique belge ?

Historiquement, c'est un accord conclu entre les principaux partis dits démocratiques pour refuser toute perspective d'alliance avec l'extrême droite, en campagne électorale comme au moment de former un gouvernement. Ce mécanisme est né à la fin des années 1980 en Flandre, en réaction à la percée électorale du Vlaams Blok [un parti ouvertement séparatiste et xénophobe, aujourd'hui recomposé sous le nom Vlaams Belang], qui comptait encore dans ses rangs un certain nombre de personnages sulfureux [d'anciens collaborateurs nazis ou leurs descendants directs, et des personnes ayant soutenu ou participé à l'occupation allemande de la Belgique durant la Seconde Guerre mondiale].

« En 1991, la RTBF a refusé l'accès en direct à des représentants de l'extrême droite »

Du côté francophone, il s'est concrétisé plus tardivement, dès 1993, parce que l'extrême droite s'y est développée de manière plus lente et plus limitée. La dernière signature du document fondant ce cordon sanitaire date du 8 mai 2022, une date hautement symbolique [correspondant à l'anniversaire de la capitulation nazie]. Le contexte est également important : en Belgique, le scrutin proportionnel génère notamment une fragmentation partisane telle qu'il est désormais toujours nécessaire de rassembler plusieurs partis pour former un gouvernement. Le cordon sanitaire vise ainsi à exclure l'extrême droite de toute perspective d'alliance.

Et le cordon médiatique, comment est-il né ?

Il faut remonter aux élections législatives du 24 novembre 1991, surnommées le « dimanche noir » : le Vlaams Blok remporte douze sièges à la Chambre tandis que le Front national belge de Daniel Féret en obtient un. La RTBF observe que la progression flamande a conduit un représentant de l'extrême droite à intégrer le conseil d'administration de la télévision publique flamande. Elle s'interroge aussi quant à sa responsabilité sociétale : peut-elle admettre que des propos ouvertement racistes ou xénophobes soient diffusés sur ses antennes ?

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24.03.2026 à 11:29

« Une dynamique unitaire et militante peut empêcher la victoire du RN »

Ugo Palheta

Entretien avec Ugo Palheta. Le sociologue Ugo Palheta a consacré une grande partie de ses travaux à la question contemporaine du fascisme. Son dernier ouvrage, paru en mai 2025, est intitulé Comment le fascisme gagne la France. De Macron à Le Pen. La période que nous traversons, et tout particulièrement ses dernières séquences, nous ont amenéEs à solliciter ses éclairages.

Hebdo L'Anticapitaliste - 791 (12/03/2026) Entretien avec Ugo Palheta

Crédit Photo Ugo Palheta - Photographie de Martin Noda / Hans Lucas

Tu insistes beaucoup sur la notion de fascisation, pour souligner qu'il s'agit d'un processus. On a l'impression qu'il y a actuellement une accélération assez sidérante dans ce processus.

Le processus de fascisation ne doit pas être compris comme une tendance qui progresserait petit à petit et inexorablement, quoi qu'il se passe. Ce processus connaît des sauts qualitatifs, des moments de bascule comme actuellement, où les rapports de forces idéologiques et politiques peuvent se modifier dans une direction ou une autre. Deux aspects me semblent aujourd'hui particulièrement importants.

Le premier est la diabolisation de La France insoumise et de l'anti­fascisme à la suite de la mort du militant néofasciste Quentin Deranque. Les antifascistes sont ciblés parce qu'ils ont été aux avant-postes de la plupart des grands mouvements populaires des dix dernières années, et LFI parce qu'elle a exprimé, d'une manière combative, cette contestation de masse sur le terrain de la politique institutionnelle.

Chez la plupart des grands patrons, l'option d'une coalition des droites sous domination RN a fait son chemin

Le second aspect est la normalisation de l'extrême droite. Une large partie des élites politiques et médiatiques déplacent le cordon sanitaire de l'extrême droite vers la gauche radicale pour favoriser une union des droites qui se fera inévitablement avec le RN, et très probablement sous son hégémonie. En fusionnant le « bloc central » et le bloc d'extrême droite, il s'agit de stabiliser le système politique et d'obtenir la légitimité électorale pour ­accélérer les régressions sociales.

Cette évolution intéresse particulièrement le patronat, qui espère aller jusqu'au bout de l'agenda néolibéral de démantèlement de la protection sociale et des services publics. Chez la plupart des grands patrons, l'option d'une coalition des droites sous domination RN a fait son chemin, sur un modèle proche de l'Italie, et est devenue une possibilité crédible et même désirable.

Sous quelles formes institutionnelles l'arrivée au pouvoir d'une droite extrême pourrait-elle se matérialiser ?

Le scénario le plus probable n'est pas forcément une alliance formelle entre organisations, qui a toujours rebuté le FN/RN. Celui-ci chercherait probablement à absorber des pans entiers de la macronie et de LR par le RN, comme on l'a vu avec Éric Ciotti, en promettant des portefeuilles ministériels et des circonscriptions gagnables. Les périodes de fascisation combinent toujours ces deux phénomènes : une extrême droite qui progresse tandis que la droite bourgeoise s'extrémise, se rapprochant de ses positions : autoritarisme d'État, racisme, criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.

Les périodes de fascisation combinent toujours progression de l'extrême droite et alignement de la droite bourgeoise sur ses positions

Sur ce dernier point, des caps ont d'ores et déjà été franchis ces dernières années, avec notamment la multiplication des dissolutions administratives de collectifs antiracistes, anticoloniaux ou antifascistes (et la menace lancée par Ciotti et d'autres d'une dissolution de La France insoumise). Une telle dynamique serait très probablement approfondie par le RN au pouvoir, notamment en cas de contestations sociales et de crise politique. L'engrenage liberticide, une fois enclenché, est très difficile à stopper.

Comment agir aujourd'hui pour contrer ce processus de fascisation accélérée ?

Être antifasciste, cela commence par empêcher l'implantation militante de l'extrême droite dans les quartiers, les villages, les universités ou les entreprises. Ce qui suppose une présence militante locale et un rapport de forces collectif, comme l'avait montré l'expérience de Ras l'Front dans les années 1990.

Le second aspect est l'autodéfense. Les organisations de gauche, les syndicats et les collectifs doivent être capables de protéger leurs mobilisations et leurs locaux face aux violences d'extrême droite et à la répression policière. On a terriblement besoin de collectifs antifascistes mais l'autodéfense ne doit pas être déléguée à ces collectifs ; elle doit être assumée par des organisations de masse.

L'antifascisme comporte aussi une dimension idéologique et politique. Il s'agit de mener une bataille pour rendre crédibles une alternative sociale et des idées largement majoritaires dans la population — renforcement des services publics, augmentation des salaires, amélioration des conditions de travail, etc. — mais que beaucoup jugent irréalisables. La gauche doit démontrer qu'une rupture avec le néolibéralisme est possible.

Il faut aussi lutter pied à pied contre les politiques anti-migratoires, islamophobes et sécuritaires

Il faut aussi lutter pied à pied sur des terrains où la gauche est aujourd'hui minoritaire et très timorée (au mieux), notamment contre les politiques anti-migratoires, islamophobes et sécuritaires. Si la gauche ne mène pas ces batailles, l'extrême droite continuera à imposer son agenda, avec l'appui des médias dominants.

Le succès de Jean-Luc Mélenchon en 2022 montre qu'il est possible de combiner un programme anti-néolibéral avec des positions fermes contre l'islamophobie ou les violences policières, tout en obtenant un soutien populaire important, notamment parmi les jeunes et dans les classes populaires urbaines.

Au NPA-l'Anticapitaliste, on pense que malgré tous les obstacles, il faut un front antifasciste de toute la gauche sociale et politique. Que penses-tu de cette perspective ?

La question de l'unité de la gauche reste centrale et ne peut pas être esquivée car aucune organisation n'a la surface sociale et la puissance politique pour vaincre seule l'extrême droite.

Cependant, l'unité ne signifie pas l'absence de débats. Elle implique aussi une confrontation sur les programmes et les orientations stratégiques. Il existe aujourd'hui deux polarités dans ce qu'on appelle traditionnellement « la gauche » : une orientation d'accompagnement du néolibéralisme, incarnée par le Parti socialiste et Raphaël Glucksmann, et une orientation de rupture avec les politiques néolibérales, racistes et autoritaires, incarnée principalement par La France insoumise.

La question de l'unité de la gauche reste centrale

L'unité doit donc être recherchée sans renoncer au débat stratégique. En revanche, instrumentaliser la lutte nécessaire contre l'antisémitisme pour disqualifier LFI en les décrétant « infréquentables », c'est se destiner à la défaite car cela revient à rendre impossible tout front commun contre l'extrême droite.

Les législatives de 2024 montrent qu'une dynamique unitaire et militante peut empêcher la victoire du RN. Les sondages annonçaient sa victoire, parfois même une majorité absolue. Pourtant, la mobilisation militante — impliquant syndicalistes, féministes, antiracistes et de nombreux citoyenNEs sans expérience politique — a permis au Nouveau Front populaire d'arriver en tête. La question centrale est donc de retrouver ce type de dynamique, malgré un contexte marqué par la droitisation générale, la diabolisation de la gauche et les rivalités internes.

Propos recueillis par Olivier Lek Lafferrière

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24.03.2026 à 11:28

Mobilisation contre G7 les 13-14 juin 2026

Comité international de la IVe Internationale

Du 15 au 17 juin 2026, à Évian, les représentant·es des principales puissances impérialistes se réuniront pour défendre un seul objectif : préserver l'ordre capitaliste mondial. Le G7 n'est rien d'autre que le conseil d'administration politique des multinationales, des banques et des industries d'armement.

Tiré de Quatrième internationale 16 mars 2026

Par Comité international

Suisse Copyright © Sébastien Colson

Dans un contexte de crise structurelle du capitalisme, ils cherchent à maintenir les positions des classes dominantes en augmentant l'exploitation des travailleur·ses, la répression des mouvements sociaux, en généralisant la militarisation du monde, en accentuant le pillage néocolonial du Sud global avec pour conséquence l'exacerbation des inégalités à l'échelle mondiale et l'accélération du désastre climatique.

Leur « transition écologique » est un greenwashing au service du profit. Leur « démocratie » s'arrête lorsque la lutte des classes devient trop âpre. Leur « sécurité » signifie des violences policières, des frontières meurtrières et la criminalisation des solidarités.

À l'approche du sommet, l'interdiction de manifester annoncée par le gouvernement français confirme une chose : face à la contestation, l'État bourgeois montre son véritable visage. Nous ne reconnaissons aucune légitimité à ce sommet. Nous contestons leur ordre social.

Les 13 et 14 juin 2026, à Genève et dans la région frontalière, dans un cadre unitaire large se construit un contre-sommet internationaliste et anticapitaliste : rencontres, débats stratégiques, actions et une grande manifestation internationale le dimanche 14 juin.

Le 14 juin, journée historique de grève féministe en Suisse, sera un moment de convergence des luttes : féministes, écologistes radicales et radicaux, antiracistes, syndicales et internationalistes. Car la lutte contre le patriarcat, le racisme et la destruction écologique est indissociable de la lutte contre le capitalisme.

Le Nouveau Parti Anticapitaliste – L'Anticapitaliste et solidaritéS, sont d'ores et déjà engagés dans l'organisation de cette mobilisation. Il s'agit maintenant de l'élargir, de construire les cadres unitaires locaux et nationaux nécessaires pour faire de cette initiative une réussite à une échelle large.

Le CI de la IVe internationale, réunit les 21-25 février, encourage toutes les organisations de la IVe internationale – en particulier en Europe et en Afrique du Nord – à se mobiliser activement en tant que telle et à construire et s'impliquer dans les cadres unitaires.

Face à leur monde de profits, d'exploitation et de guerre, opposons la solidarité internationaliste des exploité·es et des opprimé·es. Contre leur sommet des puissants, opposons la force des peuples en lutte.

Pas de paix avec le capitalisme.

Leur crise n'est pas la nôtre.

Pas de légitimité pour le G7 !

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