LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs REVUES Médias
Souscrire à ce flux
REGROUPEMENT DES MÉDIAS CRITIQUES DE GAUCHE (QUEBEC)

▸ Les 97 dernières parutions

24.03.2026 à 13:20

Les minéraux stratégiques et critiques, un enjeu militaire

Marc Nantel

Depuis l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, une tempête géopolitique mondiale se dessine dans laquelle les minéraux stratégiques et critiques deviennent un enjeu militaire

16 mars 2026 | tiré de L'Aut'journal

Trump impose son agenda

En réaction à la hausse des tarifs, le gouvernement Carney fait voter en catastrophe « La Loi sur l'unité de l'économie canadienne ». Cette loi vise à accélérer les grands projets d'infrastructure et d'énergie qui sont d'intérêt national (en l'occurrence les mines).

Pour s'arrimer avec le fédéral, le Québec dépose en 2025 le projet de loi 5 « Loi visant à accélérer l'octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d'envergure nationale ». Le gouvernement Legault vise à accélérer la construction d'infrastructures majeures en permettant de contourner certaines lois environnementales et de réduire les consultations publiques.

La pression exercée par le président Trump sur les alliés de l'OTAN pour qu'ils augmentent leurs dépenses allouées à la défense, exigeant désormais 5 % de leur PIB, incite Mark Carney à répondre positivement. Le pays consacrera désormais 5 % de son produit intérieur brut à la défense d'ici 2035.

Objets de convoitise

Finalement, la guerre ouverte de Donald Trump sur différents territoires, comme les frappes sur l'Iran, l'enlèvement de Maduro et les menaces sur d'autres pays, comme Cuba, provoque la croissance de l'industrie militaire américaine et mondiale. Afin de l'alimenter, les minéraux critiques et stratégiques du Canada et du Québec deviennent la convoitise de nos voisins.

Dans ce contexte, l'industrie minière voit une opportunité d'accélérer tous les projets miniers, et non seulement les projets d'intérêt national, en prétextant le besoin d'alimenter les complexes industrialo-militaires au niveau international. Leur nouvelle campagne de marketing devient : il faut répondre rapidement aux besoins afin d'accroitre les capacités de défense, de renforcer la souveraineté technologique et d'augmenter la production de munitions.

Ce sentiment d'urgence et la réduction des exigences légales auront un impact sur la qualité de l'environnement et mettront à mal le droit des autochtones sur leurs territoires non cédés. Malgré tout, le premier ministre Carney cherche à placer le Canada en tête de liste des pays qui vont alimenter l'industrie militaire.

Nos cibles environnementales vont s'effacer sous l'appât du gain et sous le soi-disant pragmatisme assumé de nos élus.

Étude sur les liens entre la défense nationale, la sécurité nationale et le secteur des minéraux critiques du Canada

Le 9 mars 2026, lors d'une consultation fédérale concernant la défense nationale, Me Rodrigue Turgeon, co-porte-parole de MiningWatch Canada, a présenté un mémoire [1] à différents partenaires de la scène internationale sur les enjeux provoqués par une ouverture à l'exploitation de nos minéraux critiques dans un contexte de guerre.

Voici quelques extraits du rapport :

Par souci de cohérence, le gouvernement du Canada – comme ceux des provinces et des territoires – devrait faire preuve de transparence et communiquer plus clairement au public sa position concernant sa tolérance, son acceptation ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada et de les contrôler à même leurs chaînes d'approvisionnement.

Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l'accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada.

(…)

Chose certaine, davantage de dommages à l'environnement et aux droits des peuples autochtones et populations locales sont attendus si le Canada pousse pour une augmentation de la production minière à des fins militaires, de sécurité nationale ou de défense nationale. En aucun cas nous ne pouvons concevoir que les impacts miniers seront réduits dans un contexte d'expansion de l'industrie minière…

(…)

L'urgence climatique est un danger réel et présent à la sécurité nationale, pas seulement une vague menace géopolitique. Nous ne pouvons pas négocier la paix avec la Nature.

Liste des recommandations déposée par MiningWatch

Recommandation #1 : Que chaque projet de loi déposé devant les différentes assemblées législatives concernant le secteur minier devrait accorder aux autorités de meilleurs leviers sur l'accès et le contrôle des ressources minérales ;

Recommandation #2 : Que le gouvernement du Canada, ainsi que ceux des provinces et territoires, fasse preuve de transparence et communique plus clairement au public sa position concernant sa tolérance, son acceptation ou son refus de voir chacun des États étrangers accéder aux minéraux dits critiques du Canada et de les contrôler à même leurs chaînes d'approvisionnement. Il devrait ensuite agir conformément à ces positions, en évitant de collaborer et en interdisant l'accès aux minéraux dits critiques par les entités étrangères hostiles à la sécurité réelle du Canada ;

Recommandation #3 : Que le gouvernement du Canada s'assure et démontre que ses décisions et plans d'action en matière de défense nationale permettent une diminution de ses émissions de gaz à effet de serre ainsi qu'une diminution des impacts sur la nature en lien avec les minéraux dits critiques ;

Recommandation #4 : Concentrer les investissements, ressources et efforts dans l'atteinte d'une sobriété minérale, tous domaines confondus, y compris dans le secteur de la défense nationale ;

Recommandation #5 : Que la réutilisation et le recyclage des minéraux dits critiques soient privilégiés dans les investissements des gouvernements, à condition que ces mesures ne mettent pas en danger la santé publique ni l'environnement ;

Recommandation #6 : Que le gouvernement du Canada prenne des engagements fermes et mette en place un système transparent et crédible de traçabilité de ses minéraux dits critiques pour assurer la population que ceux-ci ne servent pas à la création ni à la prolifération d'armes utilisées en infraction au droit international, incluant dans des génocides, que ces armes soient employées par le Canada ou un État tiers ;

Recommandation #7 : Que les projets de loi déposés à tous les paliers de gouvernement ne permettent pas d'accélérer la délivrance d'autorisations à des compagnies minières soutenues par toute entité étrangère hostile envers la sécurité nationale du Canada ;

Recommandation #8 : Que les mesures visant à accélérer les projets miniers n'affaiblissent ni ne réduisent les normes environnementales ;

Recommandation #9 : Qu'un bannissement complet des activités minières dans les fonds marins soit mis en œuvre au Canada comme à l'international, en spécifiant que le secteur de la défense nationale n'y fasse pas exception ;

Recommandation #10 : Retirer l'uranium des listes de minéraux dits critiques et éviter d'étendre l'utilisation et la dépendance à l'énergie nucléaire au pays ;

Recommandation #11 : Éviter et minimiser toute activité minière susceptible de causer des atteintes à l'eau douce et à l'air pur ;

Recommandation #12 : Mettre fin au free mining. Mettre pleinement en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, en particulier en ce qui concerne le consentement libre, préalable et éclairé, y compris le droit de dire non aux projets miniers ;

À l'évidence, le mouvement environnementaliste a perdu du terrain dans le débat politique. Nous sommes en présence de gouvernements qui sont plus soucieux de l'aspect économique du pays que de la protection de notre environnement.

[1] https://miningwatch.ca/sites/default/files/2026-03-06%20MWC%20-%20Memoire%20au%20Comite%20permanent%20de%20la%20defense%20nationale%20-%20Etude%20sur%20les%20mineeraux%20dit%20s%20critiques.pdf

***** Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

PDF

24.03.2026 à 13:19

Le Monde selon Gaza

Chris Hedges

Gaza n'est que le début. Le nouvel ordre mondial est celui où les faibles sont anéantis par les forts, où l'état de droit n'existe pas, où le génocide est un instrument de contrôle et où la barbarie triomphe. La guerre contre l'Iran et l'anéantissement de Gaza ne sont qu'un commencement. Bienvenue dans le nouvel ordre mondial. L'ère de la barbarie technologiquement avancée. Il n'y a aucune règle pour les forts, seulement pour les faibles. Si vous vous opposez aux forts, si vous refusez de vous incliner devant leurs exigences capricieuses, vous serez plongés sous une pluie de missiles et de bombes.

19 mars 2026 | tiré de Canadian dimension

Les hôpitaux, les écoles primaires, les universités et les immeubles d'habitation sont réduits en ruines. Des médecins, des étudiants, des journalistes, des poètes, des écrivains, des scientifiques, des artistes et des dirigeants politiques — y compris les chefs des équipes de négociation — sont assassinés par dizaines de milliers par des missiles et des drones tueurs.

Les ressources — comme le savent les Vénézuéliens — sont ouvertement volées. La nourriture, l'eau et les médicaments, comme en Palestine, sont transformés en armes.

Qu'ils mangent de la terre.

Les organisations internationales telles que les Nations Unies sont une pantomime, des appendices inutiles d'une autre ère. Le caractère sacré des droits individuels, l'ouverture des frontières et le droit international ont disparu. Les dirigeants les plus dépravés de l'histoire humaine, ceux qui ont réduit des villes en cendres, regroupé des populations captives pour les mener à des sites d'exécution et jonché les terres qu'ils occupaient de charniers et de cadavres, sont de retour avec une force décuplée.

Ils déversent les mêmes tropes hyper-masculins. Ils déversent le même discours vil et raciste. Ils déversent la même vision manichéenne du bien et du mal, du blanc et du noir. Ils déversent le même langage infantile de domination totale et de violence débridée.

Des clowns tueurs. Des bouffons. Des idiots. Ils ont saisi les leviers du pouvoir pour réaliser leurs visions cinglées et caricaturales tout en pillant l'État pour leur propre enrichissement.

« Après avoir été témoin d'un massacre sauvage pendant plusieurs mois, en sachant qu'il avait été conçu, exécuté et cautionné par des gens semblables à eux, qui le présentaient comme une nécessité collective, légitime et même humaine, des millions de personnes se sentent aujourd'hui moins à l'aise dans le monde », écrit Pankaj Mishra dans « Le Monde après Gaza ». « Le choc de cette nouvelle exposition à un mal particulièrement moderne — le mal accompli à l'ère prémoderne uniquement par des individus psychopathes et déchaîné au siècle dernier par les dirigeants et les citoyens de sociétés riches et prétendument civilisées — ne saurait être surestimé. Pas plus que l'abîme moral auquel nous sommes confrontés. »

Les subjugués sont autant d'objets, des marchandises à exploiter pour le profit ou le plaisir. Les dossiers Epstein exposent la maladie et la cruauté de la classe dirigeante. Libéraux. Conservateurs. Présidents d'université. Universitaires. Philanthropes. Titans de Wall Street. Célébrités. Démocrates. Républicains.

Ils se vautrent dans un hédonisme débridé. Ils fréquentent des écoles privées et bénéficient d'une assurance maladie privée. Ils vivent dans des bulles auto-référentielles,entourés par des flagorneurs, des attachés de presse, des conseillers financiers, des avocats, des domestiques, des chauffeurs, des gourous du développement personnel, des chirurgiens plastiques et des coachs sportifs personnels. Ils résident dans des domaines fortement gardés et passent leurs vacances sur des îles privées. Ils voyagent en jets privés et sur de colossaux yachts. Ils existent dans une autre réalité, ce que le journaliste du Wall Street Journal Robert Frank appelle le monde du « Richistan », un monde de Xanadus privés où ils tiennent des bacchanales dignes de Néron, concluent leurs marchés perfides, accumulent leurs milliards et rejettent ceux dont ils se servent, y compris des enfants, comme s'ils étaient des déchets. Personne dans ce cercle magique n'est responsable de quoi que ce soit. Aucun péché n'est trop dépravé. Ce sont des parasites humains. Ils éventrent l'État pour leur profit personnel. Ils terrorisent les « races inférieures de la terre ». Ils éradiquent les dernières et chétives traces de notre société ouverte.

« Il n'y aura ni curiosité, ni jouissance du processus de la vie », écrit George Orwell dans « 1984 ». « Tous les plaisirs concurrents seront détruits. Mais toujours — n'oubliez pas cela, Winston — il y aura toujours l'ivresse du pouvoir, constamment croissante et constamment plus subtile. Toujours, à chaque instant, il y aura le frisson de la victoire, la sensation de piétiner un ennemi impuissant. Si vous voulez une image de l'avenir, imaginez une botte écrasant un visage humain — pour toujours. »

La loi, malgré quelques courageux efforts d'une poignée de juges — qui seront bientôt purgés — est un instrument de répression. Le système judiciaire existe pour mettre en scène des procès pour l'exemple. J'ai passé beaucoup de temps dans les tribunaux londoniens à couvrir la farce dickensienne de la persécution de Julian Assange. Un Loubianka-sur-la-Tamise. Nos tribunaux ne valent pas mieux. Notre ministère de la Justice est une machine à vengeance.

Des individus masqués et armés envahissent les rues des États-Unis et assassinent des civils, y compris des citoyens américains. Les mandarins au pouvoir dépensent des milliards pour convertir des entrepôts en centres de détention et en camps de concentration. Ils affirment qu'ils n'y hébergeront que les sans-papiers, les criminels, mais notre classe dirigeante mondiale ment comme elle respire. À leurs yeux, nous sommes de la vermine, soit aveuglément et inconditionnellement obéissants, soit des criminels. Il n'y a rien entre les deux.

Ces camps de concentration, où il n'y a aucune procédure régulière et où les gens disparaissent, sont conçus pour nous. Et par « nous », j'entends les citoyens de cette république morte. Pourtant, nous regardons, stupéfaits, incrédules, attendant passivement notre propre asservissement. Ce ne sera plus long.

La sauvagerie en Iran, au Liban et à Gaza est la même sauvagerie à laquelle nous sommes confrontés chez nous. Ceux qui perpètrent le génocide, le massacre de masse et la guerre non provoquée contre l'Iran sont les mêmes personnes qui démantèlent nos institutions démocratiques.

L'anthropologue social Arjun Appadurai qualifie ce qui se passe de « vaste correction malthusienne mondiale », « conçue pour préparer le monde aux gagnants de la mondialisation, sans le bruit gênant de ses perdants ».

Mais non, disent les critiques, ne soyez pas si sombre. Ne soyez pas si négatif. Où est l'espoir ? Vraiment, ce n'est pas aussi grave que ça.

Si vous croyez cela, vous faites partie du problème, un rouage involontaire dans la machinerie de notre État fasciste en rapide consolidation.

La réalité finira par faire exploser ces fantasmes « optimistes », mais il sera alors trop tard.

Le vrai désespoir n'est pas le résultat d'une lecture précise de la réalité. Le vrai désespoir vient de la capitulation, que ce soit par le biais du fantasme ou de l'apathie, face à un pouvoir malveillant. Le vrai désespoir, c'est l'impuissance. Et la résistance, une résistance authentique, même si elle est presque certainement vouée à l'échec, est une source d'émancipation. Elle confère l'estime de soi. Elle confère la dignité. Elle confère de l'autonomie. C'est la seule action qui nous permette d'utiliser le mot espoir.

Les Iraniens, les Libanais et les Palestiniens savent qu'il n'est pas possible d'apaiser ces monstres. Les élites mondiales ne croient en rien. Elles ne ressentent rien. On ne peut leur faire confiance. Elles présentent les traits fondamentaux de tous les psychopathes — charme superficiel, grandiosité et importance d'elle-mêmes, besoin d'une stimulation constante, penchant pour le mensonge, la tromperie, la manipulation et l'incapacité à ressentir des remords ou de la culpabilité. Elles dédaignent comme de la faiblesse les vertus de l'empathie, de l'honnêteté, de la compassion et du sacrifice. Elles vivent selon le credo du Moi. Moi. Moi.

« Le fait que des millions de personnes partagent les mêmes vices ne fait pas de ces vices des vertus, le fait qu'ils partagent tant d'erreurs ne fait pas de ces erreurs des vérités, et le fait que des millions de personnes partagent les mêmes formes de pathologie mentale ne rend pas ces personnes saines d'esprit », écrit Eric Fromm dans « Société aliénée et société saine ».

Nous sommes témoins du mal à Gaza depuis presque trois ans. Nous l'observons maintenant au Liban et en Iran. Nous voyons comment dirigeants politiques et médias masquent ou excusent ce mal.

Le New York Times, s'inspirant de la novlangue orwellienne, a envoyé un mémo interne demandant aux reporters et aux rédacteurs d'éviter les termes « camps de réfugiés », « territoire occupé », « nettoyage ethnique » et, bien sûr, « génocide » lorsqu'ils écrivent sur Gaza. Ceux qui nomment et dénoncent ce mal sont calomniés, mis sur liste noire et purgés des campus universitaires et de la sphère publique. Ils sont arrêtés et expulsés. Un silence assourdissant descend sur nous, le silence de tous les États autoritaires. Si vous manquez à votre devoir, si vous manquez d'encourager la guerre contre l'Iran, votre licence de radiodiffusion sera révoquée, selon la proposition du président de la Commission fédérale des communications, Brendan Carr.

Nous avons des ennemis. Ils ne sont pas en Palestine. Ils ne sont pas au Liban. Ils ne sont pas en Iran. Ils sont ici. Parmi nous. Ils dictent nos vies. Ils sont des traîtres à nos idéaux. Ils sont des traîtres à notre pays. Ils envisagent un monde d'esclaves et de maîtres. Gaza n'est que le début. Il n'existe aucun mécanisme interne de réforme. Nous pouvons faire obstruction ou nous rendre.

Ce sont les seuls choix qui restent.

***** Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

PDF

24.03.2026 à 13:18

Guerres, impunité et résistances : pourquoi le féminisme doit défier la guerre et le capitalisme ?

Isabel Cortés

Dans un monde frappé par le plus grand nombre de conflits actifs depuis la Deuxième Guerre mondiale, les femmes et les filles sont en première ligne d'une violence qui dépasse de beaucoup les champs de bataille.

Tiré de Le Journal des alternatives

Par Isabel Cortés -8 mars 2026

photo : Banderole de la marche organisée par la Commission du 8 mars à Cibeles à Madrid @ Jaime Villanueva

Déjà en 2025, le rapport Les femmes, la paix et la sécurité d'António Guterres, secrétaire général de l'ONU, au Conseil de sécurité indiquait en septembre dernier dénombrait que plus de 676 millions de femmes vivaient à moins de 50 kilomètres de zones de conflit mortel. Il s'agit d'une hausse spectaculaire par rapport aux années 90, mais en deçà du niveau actuel depuis l'intervention militaire en Iran.

Les pertes civiles chez les femmes et les enfants ont quadruplé ces dernières années, tandis que la violence sexuelle liée aux conflits a augmenté de 87 %. Ce ne sont pas seulement des chiffres ; c'est un témoignage sombre de la façon dont les guerres amplifient les inégalités existantes, privant d'accès à la justice et érodant les droits gagnés de haute lutte.

Cette montée des conflits mondiaux, des crises prolongées au Soudan aux tensions croissantes au Moyen-Orient et au-delà, croise brutalement les défaillances systémiques des systèmes juridiques internationaux. Les femmes ne jouissent que de 64 % des droits légaux dont bénéficient les hommes, les laissant exposées à la discrimination dans tout, du droit familial aux protections au travail.

Dans les scénarios de conflit, ces écarts deviennent des abîmes, où règne l'impunité et où la justice devient un idéal lointain. Comme l'a exprimé Sima Bahous, directrice exécutive d'ONU Femmes : « Les femmes et les filles sont tuées en nombres records, exclues des tables de négociation et laissées sans protection pendant que les guerres se multiplient ».

Quand la guerre amplifie les inégalités

Soudan 2025 : des femmes du Centre de concentration d'Alazhri discutent avec l'équipe de la Mission conjointe de haut niveau de l'ONU Femmes. Photo Ekram Hamad Fadlalla ONU Femmes Les conflits ne font pas de discrimination, mais leurs impacts, oui. Dans des zones comme Gaza, le Soudan et l'Ukraine, les femmes font face à des risques accrus de violence sexiste, de déplacement et de ruine économique. Le rapport du secrétaire général de l'ONU souligne un contraste frappant : les dépenses militaires mondiales ont dépassé 2 700 milliards de dollars en 2024, alors que les organisations de femmes dans les zones de conflit n'ont reçu que 0,4 % de l'aide internationale. Cette disparité de financement laisse les groupes de base — souvent dirigés par des femmes — au bord de l'effondrement, incapables d'offrir des services essentiels comme l'aide juridique ou des refuges.

À l'échelle mondiale, 54 % des pays n'ont toujours pas de définitions légales du viol basées sur le consentement, permettant aux auteurs d'échapper à leurs responsabilités même en temps de paix. En guerre, cette impunité explose, les survivantes faisant face à la stigmatisation, à des mécanismes de dénonciation inadéquats et à la peur de représailles. Les mouvements féministes soulignent l'hypocrisie : les puissances occidentales invoquent la « liberté des femmes » pour justifier des interventions dans des pays comme l'Iran, mais ignorent comment les bombardements dévastent des vies civiles, y compris des écoles et des hôpitaux.

Opposons cela aux perspectives des féministes antiguerre, qui soutiennent que le capitalisme et l'impérialisme alimentent ces guerres, touchant de façon disproportionnée les femmes racisées et du Sud mondial. En Afrique, de la République démocratique du Congo aux territoires sahraouis, les industries extractives et les ingérences étrangères aggravent les conflits, déplaçant des communautés et érodant les droits fonciers des femmes.

Justice défaillante : obstacles légaux et normes sociales

L'accès à la justice pour les femmes et les filles est un droit humain fondamental, mais des obstacles profonds persistent. Le rapport de la Commission de la femme de l'ONU de janvier 2026 « Garantir et renforcer l'accès à la justice pour toutes les femmes et les filles » révèle que dans 54 % des pays, le viol n'est pas défini par le consentement, et dans 44 %, il n'existe pas de lois imposant une rémunération égale pour un travail égal. Ces lacunes ne protègent pas seulement ; elles minent la confiance dans les institutions qui devraient défendre l'égalité.

Les normes sociales discriminatoires aggravent le problème. Dans des contextes patriarcaux, les femmes font face à la stigmatisation quand elles dénoncent la violence, et les biais judiciaires limitent leur représentation. L'intersectionnalité ajoute des couches : les femmes autochtones, handicapées ou de minorités sexuelles font face à des barrières cumulées. Dans les conflits, ces facteurs s'intensifient, les systèmes traditionnels de justice — utilisés par 80 % de la population dans les pays en développement — reproduisant souvent les inégalités de genre.

Il y a toutefois des progrès. Plus de 40 pays ont réformé leurs constitutions pour faire avancer les droits de genre dans la dernière décennie, sous l'impulsion de mouvements féministes autonomes. Des lois contre la violence conjugale existent dans 84 % des pays, mais leur application échoue par manque de ressources et à cause de normes persistantes. Le rapport appelle à une approche multidimensionnelle, reconnaissant la justice comme digne de la voix et de l'agence des femmes.

Féminisme antiguerre : voix venues des rues

« Il faut s'allier avec les militantes antiracistes, les environnementalistes, avec les activistes qui luttent pour les droits des migrants et des travailleuses et travailleurs ; c'est seulement ainsi que le féminisme pourra relever le défi de notre époque. »

À l'occasion de la Journée internationale des femmes 2026, des marches mondiales ont réclamé non seulement l'égalité salariale et la fin de la violence machiste, mais aussi l'opposition à la guerre et au fascisme. Les féministes socialistes, se rappelant Clara Zetkin, voient l'oppression des femmes comme enracinée dans le capitalisme, avec des doubles charges de travail et domestiques. « Le vrai féminisme défie l'exploitation de classe », soutiennent-elles, critiquant comment la gauche adopte parfois des idéologies antiféministes en priorisant l'identité de genre sur le sexe biologique.

Au Moyen-Orient, elles dénoncent les interventions des États-Unis et d'Israël en Iran, utilisant une rhétorique de « liberté féminine » pour justifier des bombardements qui tuent des fillettes dans les écoles. En Afrique, elles se solidarisent avec les femmes sahraouies et soudanaises qui résistent au colonialisme et à l'extractivisme. « Il n'y a pas de paix sous oppression systémique », proclament-elles, appelant à des souverainetés populaires et à l'autodétermination.

Des grèves politiques, comme en Italie contre le génocide à Gaza ou aux États-Unis contre les politiques anti-immigrantes de Trump, montrent la voie. Il faut un féminisme de base, anti-impérialiste et révolutionnaire, construit dans les rues, les écoles et les lieux de travail.

Le rapport de l'ONU insiste sur la nécessité de données genrées pour rendre visibles des réalités invisibles. Sans elles, les violations restent non comptabilisées. Il appelle à des résolutions inclusives, à plus de femmes dans les réformes de sécurité et à de meilleurs enregistrements officiels des violations, incluant justice et réparations pour les survivantes.

Les conflits mondiaux ne détruisent pas seulement des vies ; ils perpétuent des injustices de genre qui affaiblissent l'État de droit. Investir dans la paix plutôt que dans la guerre, en priorisant la participation féminine, est essentiel.

******

Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.

Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.

Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :

Abonnez-vous à la lettre

PDF
22 / 97
  GÉNÉRALISTES
Ballast
Fakir
Interstices
Issues
Korii
Lava
La revue des médias
Time [Fr]
Mouais
Multitudes
Positivr
Regards
Slate
Smolny
Socialter
UPMagazine
Le Zéphyr
 
  Idées ‧ Politique ‧ A à F
Accattone
À Contretemps
Alter-éditions
Contre-Attaque
Contretemps
CQFD
Comptoir (Le)
Déferlante (La)
Esprit
Frustration
 
  Idées ‧ Politique ‧ i à z
L'Intimiste
Jef Klak
Lignes de Crêtes
NonFiction
Nouveaux Cahiers du Socialisme
Période
 
  ARTS
L'Autre Quotidien
Villa Albertine
 
  THINK-TANKS
Fondation Copernic
Institut La Boétie
Institut Rousseau
 
  TECH
Dans les algorithmes
Framablog
Gigawatts.fr
Goodtech.info
Quadrature du Net
 
  INTERNATIONAL
Alencontre
Alterinfos
Gauche.Media
CETRI
ESSF
Inprecor
Guitinews
 
  MULTILINGUES
Kedistan
Quatrième Internationale
Viewpoint Magazine
+972 mag
 
  PODCASTS
Arrêt sur Images
Le Diplo
LSD
Thinkerview
🌓