24.03.2026 à 13:18
CADTM international
Unir les forces de la gauche, sur tout le globe, pour affronter la montée de l'extrême droite - et les guerres impérialistes, c'est l'objectif de la Première conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples qui se tiendra à Porto Alegre, du 26 au 29 mars. Plusieurs milliers de personnes, venues de plus de 70 pays, y sont attendues.
20 mars 2026 tiré du site du CADTM
L'événement s'ouvrira par une large manifestation dans les rues de la capitale de l'État du Rio Grande do Sul. Durant trois jours, se dérouleront onze conférences plénières thématiques et 150 activités autogérées [1]. Les discussions seront axées sur le renforcement des mouvements sociaux, féministes et syndicaux et de la solidarité internationale dans la lutte contre le fascisme - mais aussi sur les potentialités et les limites de l'action institutionnelle. La solidarité avec Gaza, les luttes contre le négationnisme climatique et pour la réforme agraire, la situation sur le continent américain seront d'autres points forts. En infligeant une défaite à Jair Bolsonaro en 2022, la gauche brésilienne a prouvé qu'il est possible de barrer la voie au danger néofasciste : partis politiques - du PT, social-démocrate, au Psol, gauche radicale en passant par le PC -, mouvements populaires et syndicats ont surmonté leurs désaccords pour faire triompher la candidature de Lula. On retrouve ces acteur·ices au sein du comité unitaire qui organise la conférence.
Si une grande partie des intervenant·es proviendront du continent américain, une large palette d'organisations et mouvements seront représentés à Porto Alegre, berceau du Forum Social Mondial en 2001, et de l'un des principaux mouvements sociaux du continent latino-américain, le Mouvement des sans-terre (MST), dans les années 1980. Plus de 1800 personnalités et militant·es, issu·es des cinq continents, ont signé l'appel international lancé par le CADTM pour inviter à la conférence. On y trouve notamment : les dirigeant·es d'organisations populaires et politiques du continent latino-américain, dont le leader du MST, João Pedro Stédile ; les autrices et militantes féministes Nancy Fraser et Tithi Bhattacharya ; Penelope Duggan, rédactrice en chef de l'International Viewpoint et membre de la direction de la Quatrième Internationale ; Frei Betto, écrivain brésilien et figure de la théologie de la libération ; l'eurodéputée (La France Insoumise) Rima Hassan et Thiago Ávila, participant·es à la Global Sumud Flotilla pour Gaza ; Éric Toussaint, porte-parole du réseau mondial du Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM) ; Ada Colau, l'ancienne maire de Barcelone ; Annie Ernaux, prix Nobel de littérature en 2022 ; l'ex leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn ; le dirigeant de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, aux côtés de parlementaires italien·nes, espagnol·es, scandinaves, allemand·es, de Turquie et toute la direction des Socialistes Démocratiques des Amériques (DSA) dont Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York est membre. On y trouve aussi les signatures de Yanis Varoufakis initiateur de l'Internationale progressiste, Zoe Konstantopulou (ex-présidente du parlement grec en 2015), Manon Aubry (LFI), Olivier Besancenot (NPA), Raymonde Ponce (sénatrice Écologiste), Denis Robert, fondateur du média Blast, et bien d'autres.
Internationale néofascisteUne forme d'internationale néofasciste s'est constituée, notamment sous l'impulsion des Etats-Unis de Donald Trump, et l'extrême droite menace d'accéder au pouvoir dans la plupart des États européens ; en Russie, le régime de Vladimir Poutine a des caractéristiques très proches de celui de Trump ; l'Inde est dirigée par un hindouiste radical et islamophobe, Narendra Modi, tandis qu'en Israël, le gouvernement néofasciste de Benjamin Netanyahou mène un génocide à Gaza depuis plus de deux ans et demi.
Au-delà du soutien idéologique et des déclarations publiques, l'extrême droite européenne est désormais intégrée dans des espaces transnationaux de coordination politique directement liés au trumpisme.
Le principal lieu de convergence est la Conservative Political Action Conference (CPAC), le grand rendez-vous annuel de l'extrême droite américaine, qui s'est progressivement internationalisé. Depuis le début des années 2020, des dirigeants et cadres de l'AfD, de Vox, du Rassemblement National, de Fidesz, de Fratelli d'Italia, de Chega, du Vlaams Belang ou encore de l'AUR roumaine y participent régulièrement, aux côtés de Donald Trump, de ses proches (Steve Bannon, J.D. Vance et Mike Flynn) et de dirigeants latino-américains d'extrême droite. La CPAC fonctionne comme une plateforme idéologique globale où se diffusent et s'harmonisent les thèmes centraux du trumpisme : guerre civilisationnelle, rejet du multilatéralisme, hostilité envers l'UE, obsession migratoire, attaques contre les droits des femmes et des minorités, scepticisme climatique et criminalisation de la gauche et des mouvements sociaux.
Les réunions de la CPAC organisées en dehors des États-Unis (Brésil, Mexique, Argentine ou Hongrie) confirment l'existence d'un axe transatlantique et transcontinental reliant Washington à certaines capitales européennes et à l'Amérique latine réactionnaire. Il ne s'agit pas seulement d'échanges symboliques : ces espaces permettent la circulation de financements, de stratégies électorales, de techniques de communication numérique et de méthodes de polarisation sociale inspirées du mouvement MAGA.
Parallèlement à la CPAC, le parti Vox joue en Espagne un rôle central dans la structuration de ce réseau international, notamment à travers le Foro Madrid, créé en 2020. Présenté comme une alternative « patriotique » aux forums progressistes internationaux, le Foro Madrid réunit des partis et dirigeants d'extrême droite européens et latino-américains, parmi lesquels figurent Milei, Bolsonaro, Kast, des représentants du RN, de Chega, de Fratelli d'Italia ou encore des partis d'Europe centrale. Le Foro Madrid et les initiatives de Vox servent de pont entre le trumpisme, l'extrême droite européenne et les droites radicales latino-américaines, en articulant un discours explicitement opposé à la gauche, aux féminismes, à l'écologie, aux droits humains et à toute forme de souveraineté populaire non autoritaire.
Agressions impérialistesEn janvier 2026, après avoir agressé militairement le Venezuela et enlevé le président vénézuélien ainsi que son épouse, Trump a menacé Petro d'être le prochain sur la liste. Plusieurs médias ont fait état de ces menaces.
Depuis août 2025, l'armée américaine a attaqué des dizaines d'embarcations dans les eaux internationales des Caraïbes et du Pacifique oriental, au nom de la lutte contre le narcotrafic. Les occupants — plus de 130 personnes au total entre le 2 septembre 2025 et la mi-février 2026 — ont été tués sans qu'aucune preuve de culpabilité ne soit rendue publique et sans le moindre procès. Sur ordre de Trump, l'armée des États-Unis n'a pas abordé ces embarcations, mais les a détruites avec leurs occupants. Sans accusation, sans débat contradictoire, sans décision judiciaire : une simple décision de Trump a suffi pour que son armée exécute des présumés délinquants sans aucun jugement, commettant ainsi de véritables crimes.
Encouragé par le succès de son opération sur le plan militaire et face à des protestations internationales officielles très faibles au regard de la gravité de son action contre le Venezuela, Trump a décidé de radicaliser fortement la politique menée contre Cuba depuis son premier mandat. Depuis la fin janvier 2026, son objectif est d'asphyxier complètement l'économie de l'île en coupant totalement ou presque l'approvisionnement en combustibles indispensables à la production d'énergie.
Le « corollaire de Trump » à la doctrine Monroe marque ainsi une évolution importante par son caractère explicite et par la centralité accordée à l'instrument militaire. Alors que les administrations précédentes privilégiaient généralement les mécanismes économiques, diplomatiques ou clandestins — déstabilisation, entraînement et financement de mercenaires, assassinats non revendiqués —, la Stratégie de sécurité nationale 2025 (NSS 2025) et la Stratégie de défense nationale (NDS 2026) affirment sans détour l'usage des forces armées comme instrument normalisé de gestion régionale. L'opération contre le Venezuela en janvier 2026 et les menaces publiques adressées à d'autres gouvernements — Cuba, Colombie, Mexique, Brésil… — illustrent cette volonté d'intimidation stratégique. À cela s'ajoutent, depuis février 2026, l'agression massive contre l'Iran menée conjointement avec Israël, ainsi que l'agression perpétrée par Israël contre le Liban.
Nécessaire réponse internationale antifa et anti impérialisteÀ gauche, la riposte peine à s'internationaliser. Les forces qui combattent le fascisme et les agressions impérialistes sont nombreuses et très diverses, et il n'est pas question de gommer ces différences. Il est essentiel de constituer un front large, à l'échelle globale, contre des ennemis de plus en plus menaçants. Cette convergence doit inclure toutes les forces disposées à défendre la classe ouvrière, la paysannerie, les migrant·es, les femmes, les personnes LGBTQIA+, les personnes racisées, les minorités opprimées et les peuples autochtones - tout en défendant la nature et en soutenant les luttes contre l'impérialisme.
La conférence de Porto Alegre tentera d'apporter le début d'une réponse à ce défi. Ensuite, il sera très important de réussir des initiatives antifascistes et anti-impérialistes unitaires par grandes régions du monde : Europe, Amérique du Nord, Amérique latine, Afrique et Asie. Des responsables du CADTM prendront la parole comme panelistes dans plusieurs plénières et dans 9 conférences autogérées dont nous publions le détail.
Il est toujours possible de signer l' Appel international au renforcement de l'action antifasciste et anti-impérialiste en cliquantici.
Notes
[1] Le programme complet des 11 conférences et des 150 activités autogérées est accessible sur https://antifas2026.org/fr/
***** Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre
24.03.2026 à 13:15
Vincent Presumey
La guerre des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran est une guerre aérienne de grande ampleur et dure maintenant depuis 22 jours (28 février 2026). Cette durée est en elle-même un facteur de première importance. Deux avis sont formulés par les commentateurs, qui semblent contradictoires.
D'une part, les assassinats ciblés de dignitaires du régime des mollahs, menés par ou sous la supervision de l'Etat israélien, à commencer par l'assassinat d'Ali Khamenei en personne dès le premier jour, suivis de la liquidation de dizaines de hauts responsables dont Ali Larijani, souvent présenté comme ayant été le vrai chef de facto de l'Etat, sont supposés avoir mis la République islamique d'Iran au bord de l'effondrement en tant qu'appareil d'Etat.
Mais d'autre part, rien ne montre avec évidence un tel effondrement : au plan intérieur la répression se poursuit et le territoire est tenu, au plan extérieur l'Iran riposte d'une manière indiscriminée, sur l'ensemble des Etats arabes du golfe, sur Israël et jusqu'en direction de Chypre, et « bloque le détroit d'Ormuz », c'est-à-dire qu'il filtre les passages de navires pétroliers, gaziers, et chargés d'engrais, dans le sens de la sortie, et des porte-conteneurs dans le sens de l'entrée.
D'ores et déjà, la fausse « magie » des citées dispendieuses, pôles logistiques dingues telles que Doha, est sans doute cassée, et pour longtemps, ce qui constitue un fait mondial de première importance.
Un appareil d'Etat « normal » serait, estime-t-on généralement, paralysé par une campagne terroriste telle que celle que subit l'appareil d'Etat iranien, éliminant l'essentiel de sa haute hiérarchie, quelle que soit la façon dont il combine homogénéité et décentralisation fonctionnelle. Et les spéculations vont bon train. Mais la plupart du temps, elles oublient un facteur absolument capital : la guerre américano-israélienne a été déclenchée 3 semaines après une terrible défaite physique des peuples d'Iran, de la jeunesse, des prolétaires et des femmes.
C'est une crise révolutionnaire qui se dirigeait tout droit vers le renversement du régime début janvier. Ce n'est pas la détermination ni la volonté politique qui manquaient aux larges masses, mais les armes pour se défendre puis attaquer. L'incertitude à échelle de masse sur ce qui allait se produire a reçu, hélas, sa réponse dans la première semaine de janvier. L'ampleur du massacre est comparable à la répression de la Commune de Paris (1871) ou à celle de Tian-An-Men en Chine (1989).
C'est une défaite du prolétariat, des femmes et des aspirations démocratiques, qui doit être mesurée dans toute sa portée. Il est vrai qu'on ne peut pas dire quelle aurait été, sans guerre, la durée de la résilience de la révolte, étant donné le niveau total de rupture entre la majeure partie de la population et le pouvoir. Fin janvier, des manifestations reprenaient, ce qui est non seulement remarquable, mais admirable, soit dans les universités, soit lors des obsèques des victimes après les périodes de deuil. Ce sont les bombardements américains et israéliens qui y ont mis fin.
Nous touchons là à la question politique centrale et au principal mensonge relatif à cette guerre. La nature de cette guerre est précisément définie par le fait qu'elle s'enchaine directement sur la répression et la favorise. Le discours officiel constant, de Tel-Aviv, et erratique, de Washington et Mar-a-Lago, comporte l'appel au renversement du régime. Mais tout appel de Trump ou de Netanyahou aux masses iraniennes a été et est, directement, un piège mortel et un coup de Jarnac d'assassins envers elles, et elles ont eu hélas l'occasion de s'en rendre compte. Ce n'est ni une guerre de libération côté Etats-Unis/Israël, ni une guerre de résistance anti-impérialiste côté République islamique.
L'expression « guerre impérialiste » est vraie, mais imprécise et permet toutes les interprétations erronées. L'impérialisme étatsunien est engagé dans un cycle d'agressions tous azimuts, depuis le début de l'année : Nigéria, Venezuela, Groenland, Cuba, et l'Iran est la principale à présent. Le pouvoir israélien, sachant très bien que la guerre de 12 jours en juin 2025 n'a en rien détruit le programme nucléaire iranien, veut cette destruction, veut en relation avec cela une mise au pas de l'appareil d'Etat iranien, et à l'ombre de cette opération de grande ampleur, poursuivre ses entreprises d'occupation du Sud-Liban et d'éviction des populations palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie.
En juin 2025 les Etats-Unis avaient relayé Israël pour le brider ; en février 2026, engagés dans la campagne trumpienne mondiale de déstabilisation, ils ont embrayé sur Israël en amplifiant les dégâts, et il est permis de supposer que s'ils ont agi ainsi, outre la dynamique de leurs interventions mondiales en tous sens, c'est parce que l'écrasement sanglant de l'insurrection démocratique révolutionnaire des peuples d'Iran les libérait de la peur de la révolution, la peur de peuples debout voulant prendre en main leur destin.
L'objectif de destruction ou de non-destruction de l'appareil d'Etat et militaro-milicien de la République islamique d'Iran n'a tout simplement jamais été, ni adopté, ni écarté. L'incertitude au sommet, incarnée dans les propos incohérents de Trump, est une donnée structurelle de la situation. Il ne s'agit pas d'une guerre impérialiste du même type que les deux guerres dites du golfe de Bush père puis fils contre l'Irak, en 1991 puis 2003. Nous avons changé de période et être en retard d'une guerre est politiquement mortifère. En 1991 et en 2003, l'impérialisme nord-américain entendait affirmer sa domination planétaire, non contestée. En 2026, s'il est toujours le cœur logistique des mouvements de capitaux, il n'est plus le foyer principal d'extraction et de circulation de la plus-value, qui est en Chine et autour de la Chine. Washington cherche à se rappeler comme puissance de premier plan non par l'ordre, mais par le désordre, dans le cadre d'une situation mouvante marquée par la présence de deux autres impérialismes d'une importance également planétaire, la Chine et la Russie.
Le fait que l'Iran soit attaqué, que son « Guide suprême » soit assassiné, et tout ce qui s'ensuit, le tout sans réaction notable de Beijing ni de Moscou, a pu être interprété comme un affaiblissement des deux autres impérialismes majeurs devant les foucades brutales de l'hégémon n°1. Mais le fait que celui-ci, avec Israël, ne parvienne nullement, pour l'heure, à détruire l'Etat islamique d'Iran, devient, 20 jours après, puis 21 jours, et ainsi de suite, un « contre la montre » qui sape fondamentalement la réaffirmation de puissance de Washington.
La Russie aide l'Iran en matière de renseignement mais ne lui a pas été d'un grand secours, ne payant pas en retour les drones Shahed lâchés sur l'Ukraine. Cependant, elle est économiquement gagnante par la hausse des tarifs du pétrole et du gaz, renforcée par la levée de fait de toute sanction économique de la part de Washington. Pis encore, la Russie est en fait la seule puissance au monde à ne pas être agressée par les tentatives trumpiennes de guerre commerciale et de tarifs douaniers « fous » !
Politiquement affaiblie, et aussi moralement (si l'on peut employer un tel terme s'agissant de Poutine), par l'attaque initiale, elle est ensuite doublement confortée et renforcée en tant qu'impérialisme militaro-étatique et énergétique par la durée de la guerre : l'Etat iranien tient, les prix énergétiques montent, l'Europe est exposée, et l'Ukraine devrait reculer.
Mais en fait l'Ukraine ne recule pas, et gagne même des km carrés par ci par là : la méthode de guerre russe par vagues d'assauts est un échec total. A peine trois semaines de guerre US contre l'Iran ont vu la consommation de plus d'armes que tout ce que les Etats-Unis ont livré à l'Ukraine depuis 2022, et peut-être même depuis 2014. Le premier facteur de la résistance ukrainienne, dans ce qui reste le front militaire antifasciste clef de la planète, reste la mobilisation populaire, devant les livraisons d'armes tant américaines, qui ont cessé, qu'européennes, elles-mêmes mesurées à la peur d'infliger une défaite à la Russie.
L'impérialisme russe est économiquement renforcé par cette guerre, mais il ne parvient pas, malgré l'aide de Trump, à en tirer les bénéfices militaires et politiques. Ceci peut le conduire à des aventures et il convient de suivre avec vigilance ce qui se passe autour de l'opération de cyberguerre d'une prétendue « République populaire de Narva », en Estonie.
En tout cas, l'objectif structurel de l'impérialisme nord-américain porté par Trump, mais ne se limitant pas à lui, consistant à séparer la Russie de la Chine, en livrant l'Ukraine à son occupation et l'Europe à son influence, piétine et n'aboutit pas. La Chine semble attendre, et certains commentateurs l'imaginent en sage paisible, ce qui est totalement contraire à la réalité : les contradictions s'y accumulent.
Mais de fait, le prolongement de l'enlisement US dans le piège qu'il se sont eux-mêmes construit induit objectivement une tendance à la pression tacite d'un bloc sino-russe hostile, aidant simplement la République islamique d'Iran à tenir militairement. Ce qui devient chaque jour plus évident est que le festival trumpien de désordre mondial ne parvient pas à enrayer le déclin de l'impérialisme étatsunien. Et aussi qu'il induit des risques accrus, et immédiats, de dérapage nucléaire et de basculement vers la guerre mondiale, comme fuite en avant devant des contradictions insolubles.
Les impérialismes de second rang, à savoir les puissances européennes membres de l'OTAN, le Japon, l'Australie et le Canada, refusent tous, plus ou moins brutalement ou de façon plus ou moins biaisée, d'aider Washington dans son aventure et dans la gestion des conséquences de son aventure au niveau du golfe arabo-persique et de l'océan Indien. C'est là un fait majeur, qui indique que la cassure causée par la menace d'agression militaire étatsunienne contre le Groenland, et donc contre l'Union Européenne, et contre le Canada, n'est pas réparée.
Du coup Trump hurle qu'il n'en a rien à faire de l'OTAN. C'est aussi l'indication que, précisément, nous ne sommes pas dans la répétition des deux guerres dites du golfe, ni, si ce n'est dans des conditions tout à fait nouvelles, dans la réalisation du vieux projet de G.W. Bush n° 2 d'attaquer l'Iran après l'Afghanistan et l'Irak.
Cependant, les puissances européennes, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, n'offrent aucune orientation alternative au désordre trumpien et à la menace poutinienne : elles en sont structurellement incapables.
Notons, dans ce cadre, le positionnement à part de l'Espagne, seul pays, du coup, où de grandes manifestations contre cette guerre se déroulent bel et bien.
Le rôle d'Israël, pour les raisons propres à la fuite en avant ethno-colonialiste de son gouvernement, est important, y compris bien sûr militairement, mais ne doit pas être surévalué : ce n'est pas Israël le facteur clef du désordre mondial trumpien et de la multipolarité impérialiste conflictuelle, mais ce sont, inversement, ce désordre mondial et cette multipolarité, qui confèrent à un petit Etat surmilitarisé, comme par ailleurs, par exemple, à la Corée du Nord, ou même au Ruanda, un rôle régional surdimensionné.
Comme je l'ai indiqué, les Etats-Unis ont « suivi » Israël pour l'encadrer et en fait, calmer le jeu en chantant victoire (ce qui n'était que propagande), en juin 2025, et à nouveau en février-mars 2026, mais cette fois-ci, étant donné la fuite en avant trumpienne, en rajoutant des destructions et de la frénésie.
Pour autant, les divergences de vues sont apparues à plusieurs reprises, notamment lors du bombardement israélien, les 19 et 20 mars, des zones d'extraction de gaz visant de fait non seulement l'Iran, mais le Qatar. Les Etats-Unis et Trump lui-même ont alors fait savoir qu'ils n'étaient pour rien dans cette initiative et n'avaient même pas été prévenus, ce qui semble techniquement surprenant vu les risques encourus, dont les conséquences économiques de moyen terme pourraient être lourdes.
Le ciblage iranien, ce 21 mars, d'un site nucléaire israélien à Dimona (Israël ayant la bombe, comme chacun est censé l'ignorer !), joue habilement, et dangereusement, sur ce maillon faible.
Aux Etats-Unis, la posture de King Trump n'a pas été renforcée par cette guerre, au contraire. Dans le monde MAGA, l'opposition « pacifiste », et antisémite, grandit, marquée par la spectaculaire démission du responsable nommé par Trump un an auparavant à l'antiterrorisme, Joe Kent – suprématiste blanc, complotiste antisémite, anti-ukrainien acharné – immédiatement objet d'une enquête du FBI ! Cette cassure remonte justement à la première guerre de juin 2025, elle est agrandie par l'affaire Epstein, et une grande partie de la base fascisante du trumpisme est à présent en roues libres.
Heureusement toutefois, l'opposition principale à Trump aux Etats-Unis est la lame de fond de défense des libertés publiques, des droits des migrants et de la démocratie, qui depuis les journées nationales « No King-No Kings » et la bataille de Minneapolis, pose la question, à partir de son propre mouvement démocratique, de la grève générale. Une nouvelle journée anti-Trump est annoncée pour le 28 mars.
Trump et l'exécutif veulent faire passer une loi nouvelle, le Save America Act, qui vise, sous couvert de vérification des identités, à l'éviction du droit de vote de millions de citoyens américains : c'est en effet par ce retour de fait à la ségrégation généralisée que Trump espère éviter la débâcle aux élections législatives de cet automne, l'autre possibilité étant la suspension des élections par la loi martiale. Mais le rapport de force réel se dégrade pour lui.
Les dynamiques guerrières et les luttes sociales sont, on le voit, profondément imbriquées. Si leur potentiel est puissant, les peuples du Moyen Orient ne sont pas, pour l'heure, en mesure de se lancer dans des soulèvements tels que celui qui a été fauché en Iran au début de l'année. Bombardements et répression se cumulent contre eux. En Syrie, où s'est produite leur principale victoire avec le renversement de Bachar el Assad voici un peu plus d'un an, le HTS au pouvoir, refusant des élections libres et se liant à Trump tout en voulant renouer avec Poutine, s'est lancé dans les agressions contre les groupes non sunnites, successivement Alaouites, Druzes, puis Kurdes. La préservation des cadres organisationnels existants, les syndicats indépendants, la clandestinité, la résistance n'excluant pas l'armement, sont les problèmes de l'heure, pas encore le soulèvement.
C'est aux Etats-Unis, d'une part, en Europe d'autre part, que le sort de la vague des guerres de Poutine et de Trump et de la possible guerre mondiale, se jouera. Les puissances impérialistes européennes sont paralysées, terrorisées à la fois par Poutine et par Trump et ne voulant affronter sérieusement et encore moins renverser ni l'un, ni l'autre. Elles réarment, avec les méthodes capitalistes des trusts de l'armement et la place faite au nucléaire notamment en France, mais ce réarmement n'a aucune finalité militaire autre que « faire face à ce qui pourrait arriver » et préserver, dans le cas français, les restes ébréchés de domination impérialiste (Françafrique brisée et Zones Economiques Exclusives procurées par les « outremers »).
De sorte que ce à quoi convergent les influences trumpiennes et poutiniennes, l'arrivée au pouvoir de l'union des droites autour du RN en France, dans la V° République bonapartiste et présidentialiste française, constitue un danger majeur, sans comparaison par exemple avec le post-fascisme au pouvoir dans un cadre parlementaire en Italie. Mais réciproquement, la victoire des larges masses, majoritairement opposées à une telle issue, contre elle en France, ouvrirait un appel d'air à l'échelle européenne.
L'éventualité d'une défaite d'Orban aux législatives en Hongrie, le 12 avril, indiquerait que la victoire et la contre-attaque sont possibles.
Un fait est très frappant envers la guerre contre l'Iran : l'absence de mobilisations de masse, sauf le cas particulier de l'Espagne qui mériterait un examen à part. Les « mobilisations anti-guerre » ou « anti-impérialistes » traditionnelles ne sont d'aucune capacité à faire quoi que ce soit, car il faut à la fois soutenir les peuples d'Iran et la perspective de la révolution en Iran détruisant la République islamique, et combattre la guerre de terreur aérienne des Etats-Unis et d'Israël. Quatre ans après le refus de la majorité de la « gauche » de défendre l'Ukraine, trois ans après une fixation soi-disant « propalestinienne et antisioniste » qui n'a aidé en rien le peuple palestinien, le faux anti-impérialisme pacifiste traditionnel arrive en état de mort cérébrale et de coma avancé. Les grandes messes comme Porto Alegre, où l'Ukraine risque d'être noyée dans plus de 150 forums en tous sens, ne le ressusciteront pas. La question d'un véritable internationalisme est vitale pour gagner et mettre fin aux massacres des peuples, de la Palestine à l'Ukraine et du Soudan à l'Iran.
Précisons : la question d'un véritable internationalisme ne peut pas consister seulement dans le fait d'être « contre le campisme » et de s'opposer aux impérialismes de Beijing et de Moscou comme à ceux de Washington et d'Europe. Cette condition nécessaire n'est pas suffisante. La solidarité reste platonique si elle ne consiste pas en lutte réelle dans chaque pays pour régler la question du pouvoir, renverser Trump et par là stopper toutes ses guerres, empêcher l'union des droites de prendre le pouvoir en France, battre les armées russes en Ukraine tout en y défendant les droits sociaux. Cette lutte réelle, sans laquelle internationalisme et anticampisme resteront éthérés et sans conséquences, impose de discuter de la manière actuelle d'aider les larges masses à affronter le pouvoir pour s'en emparer, et de se saisir des questions militaires, à la fois pour prendre le pouvoir et le garder, et pour affronter et battre les agresseurs impérialistes et fascistes.
Vincent Présumey, le 21 mars 2026. Publié sur Aplutsoc.
***** Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre
24.03.2026 à 13:14
Mohamed Lotfi
Le régime iranien repose sur une conception du monde profondément différente de celle qui domine en Occident. Cette différence ne tient pas seulement à la politique, mais à une vision du sens de l'histoire, du sacrifice et de la justice, largement influencée par l'héritage du chiisme.
Dans cette tradition, marquée par la mémoire du martyre de Hussein ibn Ali lors de la bataille de Karbala en 680, la souffrance n'est pas perçue comme un échec, mais comme une preuve de fidélité à une cause juste. Cette lecture du monde ne conduit pas à un rejet de la vie, mais à une redéfinition de la notion de succès. Résister, tenir, ne pas céder face à un adversaire peut constituer, en soi, une forme de victoire. Particulièrement pour le régime des mollahs.
Dans ce cadre, les pertes humaines, les sanctions économiques ou les frappes ciblées, y compris celles menées par Israël ou les États-Unis, ne produisent pas nécessairement l'effet attendu. Elles peuvent même renforcer le récit du régime, qui se perçoit comme assiégé, mais debout. La disparition de figures importantes du pouvoir, loin d'affaiblir automatiquement le système, est intégrée dans une logique de sacrifice et de continuité.
Il convient toutefois d'ajouter un élément central dans la perception iranienne et dans une partie de l'opinion internationale. L'Iran n'a jamais engagé d'attaque directe contre Israël ou les États-Unis, tout en reconnaissant son soutien à des acteurs comme le Hezbollah ou le Hamas. Ce soutien est présenté par Téhéran comme une aide à des populations considérées comme vulnérables. Cette lecture est fortement contestée par de nombreux États occidentaux qui voient dans ce soutien une forme d'appui au terrorisme, alors que, pour l'Iran des mollahs, tout mouvement de libération mérite un appui. C'est évidemment aussi sa façon de consolider ses appuis dans la région.
Dans le même esprit, la question nucléaire alimente une perception de double standard. L'Occident exprime une inquiétude constante face au programme nucléaire iranien, tandis que la possession de l'arme nucléaire par Israël reste en dehors de tout cadre officiel de contrôle international. Cette asymétrie nourrit, dans le discours iranien, l'idée d'une injustice structurelle dans l'ordre mondial. L'injustice peut être perçue comme encore plus grande, à juste titre, si l'on considère que la vraie menace provient plutôt de pays surmilitarisés et sur nucléarisés, qui n'hésitent pas, au mépris de tout droit international, à attaquer un pays qui s'est montré ouvert à des négociations. On est en droit de se demander qui est une menace pour qui ? La seule véritable menace contre Israël, ça ne serait pas Israël ? Sa conception de la victoire risque de conduire ce pays à sa perte.
Cela étant dit, la résilience du régime iranien repose aussi sur des réalités politiques solides. L'appareil sécuritaire, notamment les Gardiens de la Révolution, constitue un véritable pilier du pouvoir, agissant comme un État dans l'État. À cela s'ajoute un nationalisme profond, enraciné dans une histoire plurimillénaire, ainsi qu'une mémoire collective marquée par les ingérences étrangères.
L'histoire contemporaine de l'Iran illustre cette tension. Le renversement du Premier ministre Mohammad Mossadegh en 1953, avec l'implication de puissances occidentales, reste un traumatisme fondateur. Plus tard, la révolution qui a conduit à l'arrivée de Ruhollah Khomeini s'inscrivait initialement dans une dynamique large et hétérogène d'opposition au Shah. Elle a progressivement évolué vers une révolution islamique structurée, portée par une vision politique et religieuse.
Le rôle des puissances étrangères, dont la France, dans l'installation de Ruhollah Khomeini au pouvoir, après la chute du Shah, n'est pas négligeable. Son retour en Iran, en janvier 1979, à bord d'un avion d'Air France, est un symbole marquant de cette séquence historique. Dans le contexte de la guerre froide, certains courants islamistes ont été utilisés comme des contrepoids possibles à l'influence communiste. Cependant, loin de répondre aux attentes extérieures, le nouveau régime en Iran a rapidement affirmé son autonomie. Il a su consolider son pouvoir et transformer la mobilisation initialement diverse en un système politique durable, structuré autour d'institutions révolutionnaires religieuses puissantes et d'un discours de rupture affirmé avec l'Occident.
Aujourd'hui, la situation dépasse largement le cadre iranien. En Occident, les opinions publiques expriment une lassitude croissante face aux conflits au Moyen-Orient. Cette fatigue n'est pas nécessairement liée à une sympathie envers le régime iranien, mais plutôt aux conséquences économiques directes des tensions, notamment après la fermeture par l'Iran du détroit d'Ormuz. La hausse des prix et l'instabilité renforcent cette réalité. Dans ce contexte, l'Iran peut apparaître comme capable d'imposer un coût significatif à ses adversaires, ce qui alimente son sentiment de victoire morale, indépendamment du bilan matériel.
Ces tensions s'inscrivent donc dans un cadre géopolitique plus large, marqué par la montée en puissance de la Chine. Les actions menées contre l'Iran sont considérées par plusieurs observateurs, dont des opposants au régime des mollahs, comme une forme de reconquête coloniale. Une manière de contenir et d'affaiblir une puissance émergente. C'est la deuxième attaque israélo-américaine en une seule année. Pour l'instant, l'effet est paradoxal. En mobilisant leurs ressources dans des conflits régionaux complexes, les puissances occidentales créent un espace stratégique dont la Chine peut tirer profit, sans s'exposer directement. Si l'on devait désigner un gagnant indirect de cette guerre, la Chine apparaît en position très favorable. Sa capacité à tirer profit d'un conflit qu'elle n'a ni initié ni assumé militairement rappelle, ironiquement et dans une certaine mesure, que lors de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis, d'abord en retrait, ont su convertir leur engagement en avantage stratégique durable. Aujourd'hui, la Chine adopte une posture plus prudente, moins visible, mais potentiellement tout aussi efficace sur le long terme.
Ainsi, la situation actuelle révèle un décalage profond entre deux manières de penser la victoire. D'un côté, une approche occidentale encore largement fondée sur des résultats visibles, militaires ou économiques. De l'autre, une logique iranienne dans laquelle la capacité à durer, à résister et à transformer les pertes en légitimité constitue déjà une forme de succès.
Si l'Iran se considère comme gagnant selon sa propre définition de la victoire, des interrogations essentielles demeurent. Elles restent ouvertes, sans réponses claires à ce stade, mais elles s'imposent avec force.
Quelle leçon le régime tirera-t-il de cette épreuve qu'il présentera au monde comme une victoire ? Ce succès revendiqué conduira-t-il à une évolution interne ? Peut-on envisager un assouplissement du régime au bénéfice de la population ? Des milliers de prisonniers politiques seront-ils libérés ? Certaines lois obscurantistes, comme l'obligation faite aux femmes de porter le voile, seront-elles abolies ? Ou faut-il, au contraire, s'attendre à un durcissement du pouvoir, à un système encore plus fermé et plus rigide ?
En parallèle, d'autres incertitudes majeures concernent l'équilibre régional :
Comment Israël sortira-t-il des ripostes iraniennes plus solides que prévu ? Autant pour les États-Unis que pour Israël, l'attaque contre l'Iran aura-t-elle un effet de boomerang ? Quelles leçons les pays du Golfe tireront-ils de la capacité de défense iranienne ? Leurs relations avec leur principal allié, les États-Unis, en seront-elles durablement affectées ? Pour combien de temps encore ces pays vont-ils accueillir des bases militaires américaines ?
Au fond, une question domine toutes les autres :
Au-delà de l'interprétation iranienne de l'issue de la guerre, de quelle façon cette intervention israélo-américaine est-elle en train de redessiner, en profondeur, le jeu des alliances au Moyen-Orient et peut-être même dans le monde ?
En attendant d'y voir plus clair, les pertes humaines innocentes ne sont jamais les signes d'une victoire, ni pour l'attaquant ni pour celui qui s'en défend. De ces pertes-là, un fait me paraît évident. Nous ne sommes pas étrangers à la violence et à la folie qui s'emparent du monde.
Des êtres tués sous les explosions là-bas, ils ont des proches ici. Des bombes explosent là-bas, une bonne partie est fabriquée ici.
Mohamed Lotfi 19 mars 2026
******
Abonnez-vous à notre lettre hebdomadaire - pour recevoir tous les liens permettant d'avoir accès aux articles publiés chaque semaine.Chaque semaine, PTAG publie de nouveaux articles dans ses différentes rubriques (économie, environnement, politique, mouvements sociaux, actualités internationales ...). La lettre hebdomadaire vous fait parvenir par courriel les liens qui vous permettent d'avoir accès à ces articles.
Remplir le formulaire ci-dessous et cliquez sur ce bouton pour vous abonner à la lettre de PTAG :
Abonnez-vous à la lettre