24.03.2026 à 13:02
Jared A. Walker, Silas Xuereb
Les bénéfices des entreprises ont atteint des sommets historiques en 2025, tandis que la part de ces profits consacrée aux impôts n'a jamais été aussi faible
16 mars 2026 | tiré de Canadian dimension | Photo : « L'argent parle », caricature politique d'Udo Keppler datant de 1906, publiée dans le magazine Puck. Image reproduite avec l'aimable autorisation de la Bibliothèque du Congrès. https://canadiandimension.com/articles/view/canadas-biggest-corporations-raked-in-677-billion-last-year-why-are-they-still-getting-handouts
Un sentiment de déjà-vu s'impose. Nous entrons dans une nouvelle année, et une fois encore, les données de Statistique Canada révèlent que les bénéfices des entreprises ont atteint un niveau record de 677 milliards de dollars en 2025. Ce nouveau sommet dépasse même les niveaux enregistrés lors des pratiques effrénées de profitabilité et de fixation abusive des prix observées pendant la pandémie. Une grande partie de cette croissance provient du secteur financier, qui a enregistré pour la première fois des bénéfices annuels dépassant les 200 milliards de dollars.
Bien que les bénéfices augmentent naturellement avec l'inflation, le record de l'an dernier ne s'explique pas par ce seul facteur. En réalité, le taux de profit des entreprises — la part des revenus restant après déduction des coûts d'exploitation — ne cesse de grimper. En 2025, il a atteint 10,7 %, son troisième niveau le plus élevé en trente ans, après 2021 et 2022.
Au cours des deux dernières décennies, ce taux a progressé de façon régulière. Dans les années 2000, il tournait autour de six pour cent, avant de s'établir à environ huit pour cent dans les années 2010. Depuis 2021, cependant, il a franchi la barre des deux chiffres et n'est plus redescendu sous les dix pour cent.
Durant la pandémie et les années qui ont suivi, les grandes entreprises ont exploité leur pouvoir de marché, les perturbations des chaînes d'approvisionnement et les anticipations inflationnistes du public pour gonfler durablement leurs marges bénéficiaires. Ces bouleversements étant désormais ancrés dans les pratiques, les sociétés les plus importantes et les plus rentables du Canada et du monde entier ont instauré une nouvelle norme : s'accaparer une part toujours plus grande de ce que nous payons pour presque tout.
Si vous avez suivi un cours d'économie de base et vécu coupé du monde ces dernières décennies, vous pourriez ressortir votre vieux manuel et vous demander : « Les entreprises rentables n'utilisent-elles pas leurs bénéfices pour investir dans les collectivités, créer des emplois, soutenir l'État et financer des services publics essentiels ? »
La réponse, malheureusement, est de plus en plus : pas vraiment.
Les entreprises ont engrangé un montant record de 677 milliards de dollars de bénéfices en 2025
Les profits s'envolent, les impôts s'effondrentLa part des bénéfices que les entreprises acquittent en impôts n'a jamais été aussi faible, en raison de décennies de réductions progressives des taux d'imposition des sociétés, tant au fédéral que dans les provinces. Dans les années 1990, le taux d'imposition effectif des entreprises avoisinait les 39 %. Dans les années 2000, il était tombé à environ 29,5 %, avant de reculer encore à 20,6 % dans les années 2010. L'an dernier, le taux effectif moyen n'était plus que de 18,3 %.
À cela s'ajoute le fait que les gouvernements fédéraux successifs ont multiplié les exemptions fiscales pour les entreprises — telles que les déductions pour amortissement accéléré et l'inclusion partielle des gains en capital —, dont le coût est estimé à plus de 22 milliards de dollars pour la seule année 2025.
Combinées, ces réductions et exemptions ont privé le Canada de 1 100 milliards de dollars de recettes fiscales dont il avait pourtant cruellement besoin au cours des vingt dernières années.
La flambée des taux de profit des entreprises ne montre aucun signe de ralentissement Le taux de profit des entreprises, qui s'établissait en moyenne à 6,2 % dans les années 2000 et à 8,3 % durant les années 2010, dépasse les 10 % chaque année depuis 2021, tandis que les taux d'imposition effectifs des sociétés n'ont jamais été aussi bas.
Malgré des bénéfices records et des taux d'imposition au plancher, les entreprises n'investissent toujours pas au Canada. Le premier ministre Mark Carney a consacré sa première année au pouvoir à promouvoir un accord d'investissement après l'autre, qualifiant son premier budget de « stratégie d'investissement générationnelle ». Ce budget a même introduit une « Super-déduction pour la productivité », présentée comme un ensemble d'« incitatifs fiscaux bonifiés » destinés à « faciliter l'investissement et la croissance des entreprises ».
Si les entreprises trouvent effectivement ces déductions « super », les investissements qu'elles ont générés sont loin de l'être. Après neuf mois sous un gouvernement Carney en 2025, les entreprises non financières ont investi moins qu'en 2024 — 212 milliards de dollars en investissements, contre 473 milliards en bénéfices. C'est moins que ce qu'elles investissaient chaque année entre 2011 et 2014, à une époque où leurs profits étaient inférieurs de moitié aux niveaux de 2025. En clair, les faits sont sans appel : les baisses d'impôt des sociétés et des profits astronomiques ne garantissent nullement un investissement accru.
Les baisses d'impôt de Carney n'ont pas généré de hausse des investissements en 2025
Repenser les règles du jeuAvec la flambée des prix du pétrole provoquée par la guerre que mènent les États-Unis et Israël en Iran, les bénéfices des entreprises devraient grimper encore davantage au premier trimestre 2026. La dernière période d'inflation des combustibles fossiles — de 2022 à 2024 —a coûté en moyenne 12 000 dollars par ménage canadien. Mais comme l'a souligné l'économiste Jim Stanford, la hausse des prix à la pompe au Canada résulte d'un choix de politique publique, non d'une fatalité du marché. De même que les entreprises fixent librement leurs tarifs, nous avons le choix des politiques que nous mettons en œuvre.
Une première piste consiste à instaurer une taxe permanente sur les profits excessifs, déclenchable en période de crise — comme la guerre en Iran —, afin d'enrayer le profit llié à une crise. C'est notamment ce que réclame la Fédération du travail de l'Alberta. En s'inspirant de pays comme le Royaume-Uni, qui a mis en place une taxe sur les bénéfices exceptionnels liés à la pandémie, reconductible jusqu'en 2030, le Canada pourrait percevoir des milliards auprès des compagnies pétrolières et gazières qui pratiquent des prix abusifs, afin d'alléger le fardeau des consommateurs.
Il faudrait également mettre fin aux subventions accordées à l'industrie des combustibles fossiles, qui est très profitable, néfaste pour l'environnement et représente une menace croissante pour la souveraineté canadienne.
Il est également grand temps de se doter d'une véritable politique industrielle. Celle-ci pourrait passer par le recours à des sociétés d'État pour concurrencer les entreprises privées dans les secteurs essentiels, maintenir les marges bénéficiaires sous contrôle et mobiliser stratégiquement les fonds de pension pour investir au Canada — où seulement 13 % des actifs du Régime de pensions du Canada sont actuellement placés à l'échelle nationale.
Le statu quo n'est plus tenable. Depuis des décennies, les gouvernements s'efforcent de stimuler l'investissement des entreprises en abaissant les impôts. Cette approche a échoué à maintes reprises. Les profits et le pouvoir des grandes sociétés atteignent des sommets historiques, tandis que les Canadiens, déjà éprouvés par la crise du coût de la vie, continuent de subir des hausses de prix incessantes.
Pour mettre un frein au pouvoir des entreprises et rendre la vie plus abordable, on ne peut pas continuer à puiser dans la même boîte à outils néolibérale. Les nations fortes et démocratiques se construisent en investissant dans les personnes et les collectivités — non en déversant toujours plus d'argent et de pouvoir dans les mains d'une poignée de sociétés. Il est temps d'adopter une nouvelle approche qui serve réellement l'intérêt de tous.
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Jared A. Walker est directeur général de Canadiens pour une fiscalité équitable, un organisme de recherche et de défense des droits à but non lucratif et non partisan qui milite pour une fiscalité juste et progressive.
Silas Xuereb est économiste et analyste des politiques au sein de Canadiens pour une fiscalité équitable, et coauteur de « The new robber barons : A quarter century of wealth concentration in Canada. ».
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24.03.2026 à 12:59
Aile parlementaire de Québec solidaire
QUÉBEC, le 18 mars 2026 /CNW/ - Le député solidaire Etienne Grandmont, responsable du dossier Environnement et Lutte aux Changements Climatiques, réagit aux propos de Christine Fréchette sur la possibilité de rouvrir le dossier de l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste :
18 mars 2026 Nouvelles fournies par Aile parlementaire de Québec solidaire
« Pas question de rouvrir le débat sur l'exploitation des gaz de schiste au Québec. Cette avenue a déjà été débattue et tranchée en 2022 par l'adoption d'une loi. Évoquer cette option aujourd'hui, c'est faire du pur populisme.
Continuer à miser sur les énergies fossiles, y compris le gaz de schiste, ce n'est pas aider le portefeuille des Québécois et des Québécoises comme peuvent le prétendre certains partis politiques : c'est les maintenir dans une dépendance coûteuse.
Je demande aux autres formations politiques de s'engager comme nous vers les énergies renouvelables et la sobriété énergétique puisque c'est par là que se situe l'avenir énergétique du Québec, mais aussi de l'ensemble des nations.
L'économie du futur sera décarbonée. Voulons-nous devenir des leaders mondiaux ou serons-nous des cancres énergétiques comme le sont le Canada et les États-Unis de Trump ? »
SOURCE Aile parlementaire de Québec solidaire
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24.03.2026 à 12:59
Association des résidents et résidentes de Buckingham (ARB)
Gatineau, le 17 mars 2026 Lors de la séance du conseil municipal du 17 mars, l'Association des résidents et résidentes de Buckingham (ARB) a intervenu et questionné la Ville de atineau sur de quelle manière elle entend exercer concrètement son rôle en matière de sécurité publique dans le cadre du projet de pipeline d'hydrogène proposé par Enbridge Gaz Québec dans les secteurs de Buckingham et Masson-Angers.
Les interventions ont porté sur la nécessité d'obtenir et de rendre accessibles les analyses de risques associées au projet. Plusieurs élus, dont la mairesse, ont reconnu que ce projet soulève des préoccupations légitimes en raison de sa proximité avec des milieux résidentiels et que les normes actuelles ne sont pas adaptées à ce type d'infrastructure.
Cette reconnaissance renforce l'importance d'un examen rigoureux et transparent des risques. La Loi sur la sécurité civile reconnaît les municipalités comme premières responsables de la protection des personnes et des biens sur leur territoire, indépendamment des analyses provinciales. Les instances provinciales comme la Régie du Bâtiment ou la Régie de l'énergie appliquent chacun un cadre spécifique, sans évaluer dans son ensemble les risques à la sécurité publique et la compatibilité d'une infrastructure industrielle avec un secteur résidentiel.
À ce jour, aucune étude de risques d'Enbridge Gaz Québec n'a pas été rendue publique. L'ARB rappelle que l'entreprise a reconnu que son analyse préliminaire identifiait une zone d'impact pouvant s'étendre sur plusieurs dizaines de mètres, confirmant l'importance de la zone d'impact et de l'exposition des résidents aux évènements de faible probabilité mais a conséquences potentiellement catastrophiques.
Une participation publique éclairée suppose que les citoyens puissent savoir s'ils se trouvent dans une zone d'impact potentielle et en comprendre les implications. Dans ce contexte, l'ARB invite la Ville à demander formellement la transmission complète des analyses de risques, incluant les zones d'impact, et à rendre cette information accessible au public. Elle souligne également l'importance que la Ville précise comment ces données guideront ses décisions en matière de sécurité publique.
Une telle démarche ne constitue pas une opposition au projet, mais une mesure de prudence et de saine gouvernance.
Dans un contexte où la Ville reconnaît elle-même les limites du cadre actuel, il devient essentiel de clarifier les conditions nécessaires pour assurer la sécurité des citoyens.
« Le conseil municipal a reconnu que ce projet soulève des enjeux réels et que les normes actuelles ne sont pas pleinement adaptées. La prochaine étape consiste à rendre accessibles les analyses de risques et à préciser comment elles guideront les décisions de la Ville. »
« Agir par prudence n'est pas s'opposer à un projet. C'est exercer la responsabilité que la loi confie aux municipalités, là où vivent les citoyens », conclut l'ARB.
A propos de l'ARB L'Association des résidents et résidentes de Buckingham est un organisme à but non lucratif et un regroupement citoyen indépendant voué à informer les résidents face aux projets et enjeux locaux. Elle agit pour protéger la santé, la sécurité́ et la qualité́ de vie de la communauté́.
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