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27.02.2025 à 16:56

« Je me sens en sécurité ici » : un accueil en non-mixité pour jeunes femmes exilées.

Maya Elboudrari

En arrivant en région parisienne, où peut se rendre une adolescente exilée, pas (encore) reconnue par l’État français comme mineure, pour manger, se doucher, consulter une infirmière ? Les centres d’accueil […]
Texte intégral (1833 mots)

En arrivant en région parisienne, où peut se rendre une adolescente exilée, pas (encore) reconnue par l’État français comme mineure, pour manger, se doucher, consulter une infirmière ?

Les centres d’accueil de jour pour les personnes migrantes sont réservés aux adultes, ou mixtes, donc très majoritairement fréquentés par des hommes. Pour combler ce déficit d’accueil spécifique des jeunes filles, Médecins sans frontières (MSF) a décidé de rendre petit à petit son accueil de jour de Pantin (Seine-Saint-Denis) non mixte, et d’orienter les garçons vers d’autres lieux. « Ces jeunes filles manquent de protection, elles sont plus vulnérables que les vulnérables. Elles fuient l’horreur, et se retrouvent encore exposées, pour beaucoup d’entre elles, à l’horreur ici », déplore Ali Besnaci, coordinateur des activités de MSF en Île-de-France.

C’est ainsi que, depuis juillet 2024, ce centre est le seul de la région entièrement dévolu aux filles. Les adolescentes sont en attente de passer devant un·e juge des enfants qui reconnaisse leur minorité. Elle pourront ensuite, à ce titre, être prises en charge par l’État. « Soixante-dix pour cent des jeunes filles qu’on accompagne ici et qui ont réussi à avoir une audience sont reconnues comme mineures et placées », informe Ali Besnaci. Mais avant la décision de justice, elles sont livrées à elles-mêmes et tributaires des dispositifs associatifs, parfois pendant de longs mois.

Protéger des violences masculines

Après avoir passé une porte d’entrée discrète, au bout d’un long couloir où des photos de jeunes femmes déguisées en super-héroïnes s’alignent, les adolescentes découvrent plusieurs bureaux où l’équipe de l’ONG les reçoit, une salle à manger et une pièce commune d’où parviennent parfois des voix adolescentes, des rires ou de la musique.

L’accueil non mixte permet d’assurer aux filles un environnement sécurisé, là où l’écrasante majorité a déjà subi violences masculines, violences sexuelles, mutilations génitales ou mariages forcés. Le long des couloirs, des affichettes délivrent des messages de prévention. On lit sur l’une d’elles : « Dire non, c’est ton droit », sur d’autres, des numéros de services d’aide.

« Je suis arrivée le 31 janvier [2025] en France. J’ai d’abord été dans un autre centre, de la Croix-Rouge, mais on m’a dit que, vu que j’étais mineure, je ne pouvais pas être prise en charge. On m’a parlé de ce lieu et je suis arrivée hier, rapporte Naomi, 16 ans et demi, originaire de République démocratique du Congo. Je me sens un peu en sécurité ici ; là où il y a des hommes, il y a parfois des choses bizarres… Je veux de l’aide pour être scolarisée et pour qu’on puisse me reconnaître comme mineure. Je ne sais pas où j’irais sinon. » La jeune fille dort, en ce moment et pour une poignée de jours encore, dans un appartement mis à sa disposition par l’association Utopia 56. Elle devra ensuite trouver une nouvelle solution de logement.

MSF et d’autres associations disposent de quelques places d’hébergement d’urgence pour ces filles, mais pas suffisamment, et certaines d’entre elles dorment dehors, ou dans des tentes dans des gymnases réquisitionnés par les associations, où les jeunes filles souffrent du froid et du manque de confort. À la veille de leur arrivée au centre, 60 % d’entre elles sont à la rue, d’après les chiffres communiqués par l’ONG.


« Depuis qu’il n’y a plus de garçons, les filles prennent plus de place. »


« J’aime bien le fait qu’il n’y ait que des filles ici. Là où j’étais avant, il y avait trop de garçons. Il y en a qui sont rentrés là où on dormait, relate Dalicia, 15 ans, arrivée en France depuis l’Angola en janvier. Je me sentais isolée là-bas. Et je n’aime pas le comportement des garçons avec nous, je ne veux pas être amie avec eux. Ici, il y a beaucoup de filles qui parlent les mêmes langues que moi, je me sens mieux. »

« Les comportements ont changé »

Une petite vingtaine d’entre elles sont présentes le jour de notre visite. Certaines se font des tresses, d’autres discutent dans un coin ou passent du temps sur TikTok, après avoir mangé ensemble le repas du jour : du poulet yassa, une spécialité ouest-africaine. Elles viennent parfois pour des rendez-vous, mais aussi simplement pour occuper leur journée, surtout pour celles qui ne sont pas encore scolarisées. Dans le centre, les adolescentes peuvent manger, se doucher, se reposer, se procurer des protections hygiéniques – des services de base qui ne leur sont pas forcément accessibles ailleurs. Des ateliers, par exemple sur l’utilisation de Google Maps, la santé sexuelle, ou encore le dessin, sont aussi régulièrement organisés.

L’équipe a remarqué que la fréquentation hors rendez-vous, a augmenté avec la non-mixité. « La douche était beaucoup moins utilisée avant, alors que c’est compliqué pour elles d’avoir accès à l’hygiène à Paris. Là, on sent qu’elles sont beaucoup plus à l’aise, et on va même devoir en installer une deuxième », raconte Véga Levaillant, responsable des activités socio-juridiques.

Plus largement, « les filles prennent plus de place, elles rigolent fort, elles chantent, elles se coiffent… Elles ne se comportent pas de la même manière que lorsqu’elles étaient minoritaires dans une salle remplie de garçons », poursuit la responsable. Elle note aussi que les filles adhéraient moins au programme lorsqu’il était mixte : l’équipe perdait souvent leur trace en cours de route, ce qui est devenu « extrêmement rare ». Véga Levaillant observe aussi que la libération de la parole sur les violences subies est « beaucoup plus rapide » qu’avant.

Une prise en charge en évolution

Le centre a pris en charge une centaine de filles depuis le mois de juillet. Elles ont en moyenne 15 ans, et ont, pour la plupart, fui des pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. « Tous les acteurs ont remarqué une augmentation du nombre de mineur·es non accompagné·es en recours depuis deux ans », et notamment des filles, explique Véga Levaillant (lire l’encadré ci-dessous).

La prise en charge au centre a évolué, pour s’adapter à ce public exclusivement féminin. Quatre rendez-vous sont organisés pour chaque nouvelle arrivante : avec l’infirmière ou la sage-femme, la psychologue, un·e assistant·e social·e et un·e juriste. Dans son cabinet dont les murs sont tapissés d’affiches en faveur des droits LGBT+ et contre les violences, Margot Seas, l’infirmière, a aussi ajusté sa pratique. Elle propose une séance de dépistage des urgences médicales ou psychologiques dès l’arrivée de chaque jeune. Elle demande à chacune si elle a été victime de violences sexuelles dans les trois derniers jours, pour une prise en charge rapide à l’hôpital. L’infirmière parle également des douleurs de règles et de la découverte de son corps pendant la puberté.

« Maintenant, j’aborde beaucoup plus les questions des violences, de consentement, de contraception, observe-t-elle. Presque 100 % des jeunes filles ont été violées dans leur pays d’origine. Pour certaines, en France aussi. Leur statut ici les rend très vulnérables. Venir au centre leur évite de mendier, de s’exposer encore plus. »

Dans la salle commune, où le chauffage est poussé au maximum, au milieu des conversations multilingues, les jeunes filles semblent baisser la garde entre deux rendez-vous. Elles retrouvent des occupations d’adolescentes, en espérant être bientôt prises en charge, logées et scolarisées par l’État.

Une augmentation du nombre de jeunes filles isolées partout en France

À l’accueil de jour de Pantin (Seine-Saint-Denis), MSF reçoit une vingtaine de nouvelles jeunes filles chaque mois depuis le début de l’année, contre une dizaine habituellement. Cette augmentation est aussi constatée par d’autres associations, ailleurs en France. À Lille, l’association Utopia 56 a mené lundi dernier une action pour demander la mise à l’abri urgente de quinze jeunes filles à la rue.

En 2023, l’antenne lilloise d’Utopia 56 n’accompagnait que trois filles. En 2024, ce nombre est passé à 24. Depuis le début de l’année 2025, l’association a déjà été contactée par une dizaine de nouvelles adolescentes. Elles étaient jusque-là hébergées par un réseau d’habitant·es solidaires. « Ce nombre n’était plus tenable pour nous, on s’est dit qu’on allait bientôt devoir en laisser certaines à la rue, alors que c’est très risqué pour elles », relate Marie Davtian, la coordinatrice locale. L’association dit avoir alerté depuis plusieurs mois les pouvoirs publics sur l’augmentation du nombre de jeunes filles isolées, sans réponse pour l’instant. À l’issue de la manifestation de lundi, ces 15 adolescentes ont fini par obtenir des places en hébergement d’urgence.

La situation à Lille n’est pas isolée : « Cette augmentation se constate dans toutes les antennes locales d’Utopia qui accompagnent des jeunes », rapporte Marie Davtian. Les associations d’aide aux exilé·es observent que les raisons qui poussent à l’exil sont plus variées chez les filles que chez les garçons, mais n’ont pour l’instant pas assez de recul pour expliquer cette hausse. En 2023, le rapport d’activité du ministère de la Justice relevait déjà « une augmentation de la proportion et du nombre de jeunes filles » mineures non accompagnées, ajoutant qu’une « attention particulière » devait être portée à leur suivi et aux risques qu’elles courent.

20.02.2025 à 16:30

Nos recos féministes en attendant le 8 mars

La Déferlante

✊🏼🎉À la une Samedi 8 mars aura lieu la Journée internationale des droits des femmes. Cette année encore, partout dans le monde, des collectifs appellent à manifester et à suivre […]
Texte intégral (1653 mots)

✊🏼🎉
À la une

Samedi 8 mars aura lieu la Journée internationale des droits des femmes. Cette année encore, partout dans le monde, des collectifs appellent à manifester et à suivre la grève féministe.
À La Déferlante, nous vous proposons de nous rejoindre dans les cortèges qui défileront partout en France. Une partie de notre équipe marchera à Paris, avant de vous accueillir, à partir de 18 heures à la Maison des Métallos (11e arrondissement) pour une soirée d’engagement et de fête.

Au programme :


📣 18h30 : « La grève féministe est-elle le seul moyen de se faire entendre ? » Table ronde en présence de militantes, comme Nina Faure (La Syndicale),

de syndicalistes et de Lucie Castets.
📺 20h30 : Quiz « Qui est qui ? » par Miskin Télé
🎤 21h30 : Showcase de La Chica
🎧 22h00 : DJ set et Karaokay géant par Verginie Descente

📰
Revue de presse

Protéger les enfants

Dans un long article publié sur Mediapart, la journaliste Mathilde Mathieu replace les mensonges de François Bayrou au sujet de l’institution catholique Notre-Dame-de-Bhétarram (Pau) dans le paysage plus large d’un pays qui, à la protection des enfants, préfère la sanction des « mineur·es ». La journaliste rappelle ainsi que l’adoption devant l’Assemblée nationale, jeudi 6 février, du projet de loi de Gabriel Attal pourrait mettre fin à l’un des principes fondamentaux de notre justice des mineur·es : la primauté de l’éducation sur la répression.

🧸→ Lire ce parti pris

Les femmes victimes de Donald Trump

Dans un entretien donné à la newsletter « Impact » des Glorieuses, Kehinde Ajayi, directrice du programme sur l’égalité des genres et l’inclusion du think tank Center for Global Developement, revient sur le gel des activités de l’agence de développement international USAID décidée par Donald Trump. Selon elle, les femmes et les filles seront les plus durement affectées à l’échelle de la planète, en raison notamment de la fermeture de nombreux centres de santé reproductive et maternelle. Elles seront également très impactées par la fin de l’accès aux traitements contre le VIH.

🧕🏼→ Lire la newsletter

Les migrant·es boucs émissaires

Dans une longue analyse publiée sur le site AOC, le politiste Benjamin Boudou met au jour la parenté entre les déclarations de Marine Le Pen sur l’immigration clandestine au lendemain du passage du cyclone Chido à Mayotte avec le slogan inventé par Jean-Marie Le Pen dans les années 1980 : « 1 million de chômeurs = 1 million d’immigrés ». Tout comme la sortie de François Bayrou sur la « submersion migratoire », ce type de discours résulte de ce qu’il nomme « la migrantisation des problèmes publics », soit une simplification outrancière des analyses politiques dans le double but d’incriminer des citoyen·nes étranger·es et de flatter des électeur·ices par des solutions simplistes.

💩 → Lire l’article sur AOC

📖
On lit

Juste une dent en or

Elles ont tracé plusieurs fois sur la carte de France la distance qui les séparerait bientôt. Elle se sont dit au revoir le cœur gros. Presque 900 kilomètres et puis… que restera-t-il de cette fragile amitié entre l’autrice, une artiste trentenaire en partance pour le sud de la France, et Janine, pensionnaire à jamais d’une maison de retraite pour personnes sans revenus à Lille ? Depuis trois ans, la première rend régulièrement visite à la seconde : promenades à pas lents dans le quartier, bribes de souvenirs, révélations inattendues – Janine veut faire remplacer son unique dent par une prothèse en or – ponctuées de silences. Un compagnonnage claudicant dont Léa Anaïs Machado nous confie le récit avec énormément de tendresse et de talent. Comme pour tous les ouvrages publiés chez La Fourmi Éditions, le texte est accompagné de notes permettant de mieux comprendre le processus d’écriture. De ce premier ouvrage littéraire, l’autrice écrit ainsi : « Terminer ce livre me donne l’étrange sensation de relâcher un oiseau qui m’a tenu compagnie des saisons durant. Je suis joie de le laisser s’envoler mais au moment d’ouvrir les mains, mon cœur se pince un peu. »

🐜Juste une dent en or, Léa Anaïs Machado. La Fourmi Éditions, 2025. 18 euros. En précommande jusqu’au 6 mars 2025 sur le site de La Fourmi.

💪
On soutient

Les migrant·es boucs émissaires

Le monde de la culture subit depuis quelques mois des coupes budgétaires drastiques menaçant l’existence même des spectacles, des salles et des emplois qui y sont liés. « Chaque fois qu’une coupe budgétaire de 20 000 euros est annoncée, c’est l’équivalent d’un emploi permanent dans une structure culturelle […] qui est menacé de disparition. À chaque perte d’emploi, c’est l’accès à l’art et à la culture qui recule pour toute la population française », explique une pétition disponible en ligne. Elle a déjà été signée par plus de 40 000 personnes.

💃🏽 → Je signe la pétition

📍
On y sera

🐚 En librairie à Concarneau

Jeu 27 Fev 2025, à 19h
Librairie Albertine, Concarneau

Marie Barbier, corédactrice en chef de La Déferlante échangera avec les lecteur·ices finistérien·nes au sujet du numéro 17 « Travailler », disponible dès aujourd’hui en librairie.

🎟 → Informations pratiques

13.02.2025 à 16:39

Clara Serra : « le consentement peut dissimuler des inégalités de pouvoir »

Marie Kirschen

Le 21 janvier 2025, une mission parlementaire menée par les députées Marie-Charlotte Garin (Les Écologistes) et Véronique Riotton (Renaissance) rendait un rapport préconisant une clarification de la notion de consentement […]
Texte intégral (1194 mots)

Le 21 janvier 2025, une mission parlementaire menée par les députées Marie-Charlotte Garin (Les Écologistes) et Véronique Riotton (Renaissance) rendait un rapport préconisant une clarification de la notion de consentement dans la loi française sur le viol.

Le même jour, une proposition de loi transpartisane allant dans le même sens était déposée à l’Assemblée nationale. De l’extrême gauche à la droite républicaine, une grande partie de la classe politique – sans doute marquée par les 12 semaines du procès des violeurs de Mazan – se dit aujourd’hui favorable à une révision de la définition pénale du viol. Pourtant, dans le champ féministe, le sujet est loin de faire consensus.

Pourquoi la notion de consentement n’a « jamais été une chose simple et évidente » à saisir, comme vous l’écrivez dans votre livre ?

À l’heure actuelle, on parle du consentement comme s’il s’agissait d’une nouveauté. Pourtant, c’est une notion centrale aussi bien dans la théorie politique moderne que dans les systèmes juridiques des démocraties occidentales. Ce qui se passe, c’est qu’une nouvelle approche du consentement est en train de percer, celle du consentement positif, ou affirmatif.

Dans les années 1980, il y a eu tout un débat aux États-Unis sur les violences sexuelles au sein des universités, avec des cas impliquant des professeurs et des étudiantes. Sous l’impulsion des mouvements féministes, l’idée s’est imposée que, pour plus de prudence, le consentement devait être exprimé de manière positive : le consentement, ce n’est pas seulement les situations dans lesquelles on ne dit pas « non », c’est quand on dit « oui ».

Dans cette configuration, le « oui » devient la seule manière de prouver le consentement. Dans les années 1990, cette nouvelle conception du consentement a infusé dans la rédaction de textes en loi, en Californie par exemple. Est-ce la seule façon d’envisager le consentement et de l’inscrire dans la loi ? Non, mais c’est l’idée la plus répandue aujourd’hui.

Une autre manière de définir le consentement est la voie négative, comme en France [lire notre encadré ci-dessous], où la définition légale du viol déduit le non-consentement lorsqu’il est fait usage de violence, de menace, de contrainte ou de surprise…

C’est vrai. Et l’Allemagne est aussi un bon exemple de cette manière de concevoir les choses : les textes de loi établissent qu’il n’y a pas consentement quand une personne dit « non », mais détaillent également les circonstances où il n’est pas possible de dire « non » — et de manière plus exhaustive que dans les textes français actuels. Car le viol c’est aussi toutes les fois où l’on n’a pas eu la possibilité de dire « non » : parce qu’on a eu peur, parce qu’on est mineure, parce que l’agresseur a utilisé son pouvoir pour nous contraindre…


« Le consentement est un concept qui peut dissimuler des inégalités de pouvoir. »

Clara Serra

Vous dites que vous regrettez que l’on soit passé du slogan « non c’est non » à l’idée que « seul un oui est un oui ». Pourquoi ?

Si l’on s’engage dans la voie où le « oui » devient la preuve indiscutable du consentement, on se retrouve dans une perspective clairement libérale et, à mon sens, problématique. Car il existe des situations où le consentement est vicié. Par exemple, une femme peut dire « oui » sous la menace, dans un contexte d’intimidation… Ce contexte n’est pas pris en compte lorsque l’on fait du « oui » un mot magique ; il est au contraire complètement occulté. Il faut être conscient·es que le consentement est un concept qui peut dissimuler des inégalités de pouvoir. Il me semble que la gauche avait raison quand, face au libéralisme, elle rappelait qu’aucun « oui » n’est libre s’il n’est pas assorti de la possibilité de dire « non ». Un·e travailleur·euse n’accepte un emploi de manière libre que si le refuser est également possible. Les femmes ne sont libres de dire « oui » que lorsqu’elles sont libres de dire « non », et le « non » me semble alors être une délimitation beaucoup plus claire du consentement.

Ces derniers mois, en France, dans le contexte du procès des violeurs de Mazan, des féministes et des politiques ont proposé d’intégrer le terme de « consentement » à la définition légale du viol. Qu’en pensez-vous ?

La loi française fonctionne déjà sur le principe du consentement, mais par la négative : c’est l’absence de consentement que la loi tente d’identifier lorsqu’elle tient compte de la violence, la menace, la contrainte ou la surprise qui ont pu s’exercer. Mais ce n’est pas explicite, c’est vrai ; or il est opportun que la loi énonce clairement son propre principe réglementaire. Je pense qu’il est possible d’être exhaustif·ves dans la recherche des critères qui faussent le consentement. Par exemple, dans un cas où il y a eu intimidation, il faut se demander à partir de quel moment l’asymétrie des positions de pouvoir est suffisante pour invalider le consentement. La véritable discussion politique se cache ici et c’est là que le féminisme a beaucoup à dire.

Ce que dit la loi française

En France, le Code pénal définit le viol comme « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise ». Si la base de cette définition date de 1980, le critère de menace n’a été introduit qu’en 1994, et la mention des actes bucco-génitaux en 2021. Cette dernière permet de parler de viol même lorsque la victime n’est pas pénétrée.

→ Pour aller plus loin :
Clara Serra, La Doctrine du consentement, La fabrique éditions, 2025, 13 euros.

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