29.07.2026 à 16:00
douchez.oceane
Un ferrailleur, qui récupère les matériaux recyclables sur les sites de frappes aériennes israéliennes, à Tyr (Sud-Liban), le 13 mars 2026 « Les bombes israéliennes ne discriminent pas », dit un adage désormais répandu au Liban. C’est ainsi que, face aux bombes, s’est faite la convergence des luttes écologistes, queer, palestiniennes, syriennes, migrantes et résistantes. Récit de notre reporter au cœur de ces initiatives. • Par Pluto Alors que pleuvent.. Read More
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Un ferrailleur, qui récupère les matériaux recyclables sur les sites de frappes aériennes israéliennes, à Tyr (Sud-Liban), le 13 mars 2026
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22.07.2026 à 15:56
douchez.oceane
Une ambulance bloquée à l’entrée de la maternité. Une application qui reconnaît ses fidèles usagers. Un parking privé au cœur d’un hôpital public. Derrière les barrières des CHU de France, il n’est pas seulement question de stationnement, mais d’une certaine idée du service public. Par Tristan Quemener (directeur général du journal Fakir) La deux est prise ? Et la salle nature ? Occupée aussi. Bon… on fait comment ? Y’a.. Read More
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La deux est prise ? Et la salle nature ?
Occupée aussi.
Bon… on fait comment ?
Y’a presque un an, on s’est retrouvé à la maternité pour vivre la naissance de notre fille. On présente souvent les choses comme un moment magique, suspendu dans le temps. Dans la vraie vie, c’est surtout sportif. Pour la mère d’abord. Pour les sages-femmes, ensuite. Le service débordait. On les entendait courir dans le couloir, parler vite, compter les salles. Une femme venait de débarquer en plein travail et l’équipe de la maternité cherchait des solution. Des bouts d’hôpital. C’est devenu presque banal de le dire : les maternités sont sous tension, les personnels sont sous pression, et chacun finit par considérer cette situation comme allant de soit. Quelques heures plus tard, on s’est retrouvés dans une chambre enfin calme avec le petit souriceau tout neuf. Heureux, épuisés, vaguement sonnés. La première nuit n’a pas été reposante. Disons-le franchement, on n’a pas dormi. Alors ce matin-là, pendant que la mère et l’enfant somnolaient enfin, je suis descendu chercher un semblant de petit déjeuner. Un café surtout. Et un peu d’air pour laisser retomber la pression.
C’est là que j’ai entendu les cris.
Non mais vous déconnez ou quoi ? Un ambulancier hurlait depuis son véhicule.
Et si j’avais une urgence vitale, on fait comment ?!
Son ambulance était arrêtée devant la barrière qui permet d’accéder au parking de la maternité. Petit détail, cette barrière ne sert pas seulement aux visiteurs. Elle permet aussi aux ambulances d’accéder à l’entrée des urgences. Mais ce matin-là, elle restait obstinément fermée. Je regardais la scène avec intérêt parce qu’à vrai dire, la veille déjà, un détail m’avait frappé. Le parking… privé, sur le site d’un hôpital public. Quand vous venez pour une naissance, ou pour autre chose, parfois bien pire, vous n’avez pas forcément la tête à étudier des grilles tarifaires. Pourtant, au CHU d’Amiens comme ailleurs, la question vous saute rapidement à la gueule : où se garer, combien ça coûte, combien de temps on reste. Naïvement, j’avais posé la question à l’accueil de la maternité :
Excusez-moi… il y a un système prévu pour les hospitalisations ? Un ticket hôpital ou quelque chose comme ça ?
La personne derrière le bureau m’a souri.
Non monsieur. Elle attrape quelque chose sur le comptoir et me tend un prospectus, un flyer Indigo.
Mais vous avez des forfaits avantageux avec l’application.
Je regarde le papier.
Donc si je comprends bien… pour venir accoucher à l’hôpital public, faut télécharger une appli de parking pour payer moins cher ?
Elle, elle hausse les épaules, elle y peut rien la pauvre.
Vous n’êtes pas obligé, mais oui c’est moins cher avec l’application Indigo.
Indigo. Je l’ai téléchargée, leur application. Comme tout le monde finit par le faire. Parce qu’on est fatigué. Parce qu’on a autre chose à penser. Parce que dans ces moments-là, on ne mène pas une bataille philosophique contre le capitalisme.. Mais ça m’a travaillé de voir cet ambulancier bloqué à la barrière. Quand il a finalement réussi à déposer sa patiente et rejoint la machine à café avec son collègue, je suis allé le voir.
Bonjour… je vous ai vu tout à l’heure à la barrière. Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Le type souffle.
Je sais pas, je crois que la barrière est neuve et ne reconnaît pas encore nos ambulances.
Ça arrive souvent des bugs comme ça ?
C’est pas tous les jours, mais les petites galères oui c’est fréquent. Faut tout le temps négocier avec la technologie, et quand ça merde, bah ça merde.
Comment on en est arrivés à devoir négocier avec une barrière pour entrer dans un hôpital public ? Parce qu’au fond, ce parking c’est pas juste un parking. C’est un symptôme. À Amiens, cette histoire a un nom et une durée. Indigo a remporté en 2019 la délégation de service public du stationnement du CHU pour vingt-et-un ans. Vingt-et-un ans, c’est pas un dépannage provisoire le truc. L’entreprise finance les ouvrages, gère les accès, exploite le stationnement et se rémunère directement sur son usage. Elle revendique aujourd’hui la gestion d’environ 4 000 places sur le site.
Mais c’est quoi exactement une délégation ? L’hôpital n’a pas vendu son terrain. Mais il a confié pour plus de deux décennies un morceau de son fonctionnement quotidien à une entreprise chargée d’en tirer sa rémunération. On pourrait croire que ce n’est qu’une affaire de parking. Pourtant, derrière se cache un choix politique beaucoup plus large.
Ok, le raisonnement est connu : les hôpitaux croulent sous les dettes, construire des parkings coûte cher, le privé investit à leur place. À court terme, ça paraît logique. On construit sans sortir immédiatement les millions nécessaires. Mais au fond, combien ça coûte réellement ? Parce que non, une concession n’est pas un miracle budgétaire. Le CHU évite de sortir le chéquier, mais la dépense ne s’évapore pas pour autant. Dans un communiqué du 14 décembre 2021, le CHU d’Amiens-Picardie annonçait que la concession attribuée à Indigo prévoyait la création de 1 000 places supplémentaires pour un investissement de 12 millions d’euros. Les prévisions financières détaillées du contrat ne sont pas publiques, mais une chose est certaine : un investissement de 12 millions d’euros n’est pas transformé en service gratuit par le simple fait qu’il est confié au privé. Il est remboursé autrement.
Et non… un parking ça ne s’autofinance pas ! Il y a forcément quelqu’un qui paie la note : ceux qui passent la barrière. Et ce déplacement n’est pas neutre. Dans un modèle public classique, le coût de l’infrastructure serait supporté par l’hôpital, financé par l’impôt, les emprunts ou les subventions publiques, puis réparti sur l’ensemble de la collectivité. Avec une concession, la logique est différente. Une partie de la facture est reportée directement sur les usagers du parking. Puis, il faut rembourser l’investissement, financer l’entretien, payer les équipements, les personnels, les barrières… et dégager une rémunération pour l’opérateur et ses actionnaires. Non, ce déplacement n’est vraiment pas neutre. Parce que le contribuable paie selon ses moyens. Parce que l’usager du parking, lui, paie selon les aléas de la vie.
12 millions, pour 21 ans de délégation, le calcul est vite vu, il faut que les barrières rapportent au moins un demi million d’euros par an, juste pour rentrer dans les frais. Ensuite vient la marge. Après tout, les naissances, les maladies et les visites à l’hôpital doivent bien finir par rapporter à quelqu’un ! Et ce quelqu’un c’est l’actionnaire… mais pas d’inquiétude, nul doute qu’ils sauront, si on leur demande gentiment, se montrer raisonnables.
Certaines personnes se garent désormais à l’extérieur du CHU pour économiser quelques euros et terminent les dix dernières minutes à pied. Mais qui peut réellement se permettre cette stratégie ? Certainement pas les plus fragiles. L’économie réalisée existe, bien sûr. Mais elle suppose déjà une forme de capital physique : avoir encore la force de marcher.
Quelques mois plus tard, j’y suis retourné à l’hôpital. Pas pour une naissance cette fois, pour rendre visite à une amie en fin de vie. Cancer du pancréas. J’avais presque oublié cette histoire de parking, j’avais autre chose à penser. Je me suis présenté à la barrière et avant même que je m’arrête complètement, elle s’est ouverte toute seule, magie de l’application téléchargée des mois plus tôt. Un message est apparu : Bienvenue, vous entamez une session neo. J’ai trouvé ça pratique… et profondément dérangeant. Parce qu’au moment même où je venais tenir la main de quelqu’un qui s’approchait de l’un de ses derniers passages à l’hôpital, le système m’accueillait comme un client fidèle.
Le mot n’est pas méchant, mais tout était là. La logique du service public n’est pas censée être celle de la fidélisation commerciale. L’hôpital n’est pas un espace de consommation dont il faudrait optimiser le parcours client. Pourtant, c’est doucement cette logique qui s’installe : flux, expérience, abonnement, reconnaissance automatique, optimisation des usages. À court terme, déléguer semble rationnel. À long terme, on cède autre chose. On abandonne des espaces, des fonctions, des habitudes collectives. Peu à peu, ce qui relevait du commun devient du profit à maximiser.
Le matin de la naissance de ma fille, l’ambulancier avait fini par passer. La barrière s’était ouverte. Heureusement. Mais je repense encore à sa colère. Pas seulement parce qu’il était bloqué. Parce qu’au fond, son cri parlait d’autre chose.
C’est peut-être devenu ça, la question des services publics aujourd’hui. Pas leur disparition, mais la multiplication des intermédiaires. Une application pour accéder à un parking d’hôpital, une plateforme pour parler à l’administration, un logiciel privé pour suivre la scolarité de ses enfants.
Finalement la question reste : On fait comment pour passer ? Dans tous les sens du terme, pour naître, pour mourir, sans devoir négocier chaque porte.
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17.07.2026 à 17:38
douchez.oceane
Chaos climatique aidant, on commence à s’en douter : il va falloir mettre fin au tourisme de masse. Comment ? « Sortir de ce cauchemar devenu planétaire suppose de retrouver une mise en relation affranchie de la domination … à disparaître de son quotidien sans envahir celui des autres » (Rodolphe Christin). Et, ainsi, retrouver l’essence du voyage. Même si le chemin semble encore bien long… Par Macko Dràgàn S’il.. Read More
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S’il est un sujet qui, à l’apéro (et y compris dans notre rédac), vous expose de façon quasi-systématique à une engueulade en bonne et due forme et à un procès en vilain-intolérant-gâcheur-de-joie-probablement-stalinien, c’est bien celui-là : la critique du tourisme. Presque tout le monde, moi compris, ayant été touriste au moins une fois dans sa vie, ou l’est, ou le sera, et nombre donc sont celles et ceux qui supportent fort mal qu’on leur fasse remarquer que le tourisme de masse, avec la possibilité d’aller en avion ou en gros bateau qui pue, où l’on veut, pour quelques jours, juste parce que pourquoi pas, est probablement l’une des pires choses qui soient arrivé à notre petite planète qui n’en demandait pas tant.
Aller faire chier des gens qui ne veulent pas de vous (ou qui ne veulent que votre argent) pour participer à la dévastation du monde au nom d’un sentiment de liberté factice dûment fabriqué par nos maîtres demeure ainsi encore une activité qui fait partie des derniers tabous, même chez les gauchos, de nos sociétés dites « développées » (mdr). Comme l’écrit Rodolphe Christin, même « la pensée critique semble avoir parfaitement ignoré cette fabuleuse action de marketing lancée pour enrôler les usages du temps libre dans les circuits de la marchandisation ». Opération pour le coup brillamment pensée consistant, depuis les conquis du Front Pop’, à faire en sorte que le prolo continue à travailler durant ses congés, mais cette fois-ci sous forme de consommateur. « Le tourisme, avec ses plaisirs en série, fait de nous des individus normaux …, producteurs au travail, jouisseurs en vacances. Provisoirement consolés d’avoir travaillé dur, nous voici ravis du monde comme il va »¹.
Et pendant que le « monde civilisé » en short se mure dans le déni et dans une forteresse de barbelés à la frontière de laquelle on tire à balles réelles sur les migrant·e·s, c’est le monde dans son entier qui se meurt de cette économie délirante, dont le poids était estimé par l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), en 2000, à près de 500 milliards de dollars par an en prenant en compte les dépenses touristiques internationales directes, mais pas les profits générés tout le long de la chaîne par les promoteurs, tour-opérateurs, transporteurs…² Partout, « la perspective de profits substantiels a incité des promoteurs privés ou publics à se lancer dans une spéculation immobilière et hôtelière parfois débridée, aux impacts néfastes tant pour les sites paysagers que pour les écosystèmes et les mœurs locales […] le mercantilisme n’a pas de bornes, de la station Mir aux simulations de camps de réfugiés, en passant par le scandale du tourisme sexuel »³.
À tel point sans limite en effet, que SpaceX, de l’autre abruti-milliardaire-sans-talent-pourri-gâté Musk, a lancé en septembre 2021 la mission Inspiration4, un vol spatial de quelques jours avec quatre touristes à son bord, et plus récemment, la boite du magnat fan de bitcoin Richard Branson a annoncé le retour des vols spatiaux commerciaux à partir de la fin juin ; on va donc aussi aller faire chier les martiens.
Paysages piétinés, récifs coralliens détruits, littoraux bétonnés, pollutions dues aux transports, gentrification… Des lieux « instagramables » engloutis sous une marée d’imbéciles sitôt le premier cliché sorti sur les réseaux à mon cher Vieux-Nice, où j’habite et où la foule de badauds ahuris marchant en plein milieu de la rue me donne quotidiennement de violentes envies d’oubli de ma promesse solennelle d’aimer mon prochain comme moi-même, le tourisme de masse ennuie la planète entière et détruit tout ce qu’il touche.
Et ça vaut aussi, évidemment, pour un prétendu « écotourisme » en toc qui ne vise qu’à mettre du verni « label 100 % bio » sur la même chose qu’auparavant, mais sans le côté beauf du Club Med et avec l’avantage de se donner bonne conscience.
Le Monde Diplomatique, dans un article de 2006 d’Anne Vigna⁴, donne ainsi entre autres l’exemple du Honduras, qui, après avoir refourgué ses îles aux gringos pour la plongée, et ses terres agricoles à la compagnie américaine United Fruit (aujourd’hui Chiquita Brands Company), a développé cet « écotourisme » sur sa côte caraïbe, à l’entrée du parc national Jeanette Kawas. Cet espace est celui des Garifunas, un peuple afro-créole qui y est présent depuis 1880 : pas de bol pour eux, « au nom du très pratique « intérêt national », l’Institut du tourisme du Honduras a purement et simplement exproprié 300 hectares de littoral sans indemniser les Garifunas. En 2004, il a vendu cette bande de terre 19 millions de dollars à la société privée qui s’est constituée pour réaliser le grand projet Micos Beach & Golf Resort ».
Un terme qui a d’ailleurs tout du crachat à la gueule des Garifunas, dans la mesure où dans leur langue, micos signifie… singe, et que, comme l’explique un jeune porte-parole, « il n’y a jamais eu de singe par ici. Leurs seuls singes sur la plage, c’est nous ! »⁴ Racisme, dites-vous ?
Au Mexique également, au Chiapas plus précisément, terre emblématique des luttes de nos camarades zapatistes, le gouvernement tente d’implanter, par la force s’il le faut, un capitalisme écotouristique carnassier présenté comme la seule voie de pacification de la région. Et « quand les communautés refusent un projet sur leurs terres, les méthodes employées pour les convaincre laissent présager un sombre avenir… Ainsi, le conseil autonome de la communauté zapatiste Roberto Barrios a dénoncé à plusieurs reprises les intimidations de fonctionnaires publics comme celles d’investisseurs privés pour créer un projet d’écotourisme proche de ses cascades [alors même que] le premier droit d’une communauté est de pouvoir refuser l’arrivée de visiteurs sur ses terres, donc de ne pas se voir imposer de projets, même s’ »ils sont très, très bien », comme le répète sans cesse à la presse la responsable du tourisme au Chiapas »⁵. A quand la même chose dans le Vieux-Nice, où l’on s’est fait imposer la construction d’un hôtel 5 étoiles, contre notamment l’avis d’un collectif d’habitant·e·s débouté·e·s en justice ?
À Barcelone, une ville que j’aime pour y avoir vécu un an dans la joie, les membres d’un parti de gauche radicale se réclamant du municipalisme libertaire, le Candidatura d’Unitat Popular (CUP), ont attaqué un bus de touristes à coups de jets de peinture, et proprement crevé les pneus de vélos de location. Quant à Ada Colau, chouette maire de la ville depuis 2015, ancienne militante du droit au logement assez radicale elle aussi, outre un contrôle renforcé sur Airbnb, elle a mis en place un plan d’urbanisme pour logements touristiques (Peuat) consistant à découper la ville en trois cercles concentriques : dans le premier, le centre-ville historique, stop, on vise la « décroissance naturelle » en gelant les projets touristiques ; dans le second, c’est « croissance zéro », nécessité étant faite pour proposer un nouveau projet de le faire en récupérant un bâtiment préexistant mais ayant fermé ; le troisième, en périphérie, sera lui disponible pour le développement de projets immobiliers⁶.
Un plan sans doute imparfait, mais qui a le mérite d’essayer des choses, ce à quoi ont renoncé depuis longtemps un maire comme Christian Estrosi, qui visiblement ne connaîtra pas le repos tant qu’il n’aura pas intégralement noyé notre ville sous la crème solaire, les effluves de pollution, l’argent sale et le béton. Pour le plus grand plaisir des riches.
Car il ne faut pas oublier, comme le rappelle justement à nouveau Rodolphe Christin, que « le tourisme n’est pas un produit de première nécessité. Il reste réservé aux individus qui ont les moyens économiques de séjourner ailleurs pour leur « plaisir ». » En faire un symbole de la démocratie populaire relève du même abus de langage que celui qui a vu le « mérite » devenir le principe ordonnateur supposé de nos sociétés.
Mais ceci, évidemment, et Christin va dans ce sens en conclusion de son superbe article, ne vise pas à faire « du territoire un camp retranché », ce que souhaitent et les parangons identitaires des folklores indigestes trafiqués, et les soutiens fanatisés du tourisme de masse, deux facettes d’une même pièce capitaliste. Il invite de son côté à « revenir à une pensée des lieux, ces formes spatiales du vivre en commun, du quartier à la forêt, pour les considérer comme des espaces de rassemblement où l’humanité se recueille, où des rapports nouveaux s’établissent entre les humains et le monde matériel ou la nature », à « fonder une politique de l’hospitalité, à l’écart des relations marchandes. Pourquoi ne pas imaginer des échanges à la manière de trocs (de logements, de canapés) interurbains, interrégionaux et internationaux ? […] Articuler des échanges respectant la singularité de chaque société dans ses relations avec son territoire naturel ».
Il conclut, se basant sur la pensée du grand penseur anarchiste Murray Bookchin, que l’on connaît très bien à Mouais : « La ligne politique consisterait à fabriquer la « vivabilité » du monde par une solidarité ouverte à l’ensemble du vivant. Là, le voyage prend tout son sens en tant qu’expérience sensible, en mouvement, de cette solidarité étendue. » Parce que ouais, ne l’oublions pas : le touriste n’est pas un voyageur, il est même son ennemi, et c’est bien le voyage qu’il s’agit de défendre contre ceux qui veulent le travestir en simple amusement de bourgeois ennuyés (ou de prolos tentant de les singer).
Ce même voyage qui était sublimé dans la poésie d’Alvaro de Campos⁸, sur laquelle j’ai envie de mon côté de conclure : « Je porte dans mon cœur comme dans un coffre impossible à fermer tant il est plein, tous les lieux que j’ai hantés, tous les ports où j’ai abordé, tous les paysages que j’ai vus par des fenêtres ou des hublots, ou des dunettes, en rêvant, et tout cela, qui n’est pas peu, est infirme au regard de mon désir. »
NB : Mon titre est emprunté à l’exposition Santa Manza, de l’artiste niçois et camarade de Vieux-Nice Maurice Maubert, maurice-maubert.com.
Notes :
1. Repartir, mais pas comme avant…, Rodolphe Christin, Le Monde diplomatique, juillet 2020.
2. De la « villégiature » au tourisme de masse, Jean-Pierre Lozato & Philippe Rekacewicz, Manière de voir, 2003.
3. Ibid.
4. Les charlatans du tourisme vert, Anne Vigna, Le Monde diplomatique, juillet 2006.
5. Cité par Anne Vigna, ibid.
6. Voir notamment Asunción Blanco-Romero et Macià Blázquez-Salom, « Marchandisation touristique du logement et sanplanification urbaine à Barcelone », Sud-Ouest européen, 46 | 2018, 9-22.
7. Ibid.
8. Qui, certes, était un bourgeois ennuyé, mais lui je le pardonne. À lire absolument : Fernando Pessoa, *Le gardeur de troupeau* suivi de *Poésies d’Alvaro de Campos*, Folio Gallimard, trad. Armand Guibert.
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