17.03.2026 à 21:08
Human Rights Watch
(Beyrouth) –Les civils des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG, ou GCC en anglais) sont gravement menacés par les frappes iraniennes menées en représailles aux attaques militaires des États-Unis et d’Israël contre l'Iran, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Bon nombre de ces attaques iraniennes ont touché des bâtiments résidentiels, des hôtels, des aéroports et des ambassades, et ont illégalement ciblé des infrastructures civiles telles que des centres financiers.
Depuis le 28 février, Israël et les États-Unis ont mené des milliers d'attaques à travers l'Iran. Les forces iraniennes ont riposté par des vagues d'attaques de drones et de missiles contre les États du Golfe, frappant l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les Émirats arabes unis (EAU), le Koweït, Oman et le Qatar. Depuis le 28 février, l'Iran a lancé des milliers de drones et de missiles contre les pays du CCG, le plus grand nombre frappant les EAU.
Au 16 mars, les attaques avaient fait au moins 11 morts et 268 blessés parmi les civils, la majorité des victimes étant des travailleurs migrants, selon des sources gouvernementales du CCG. Parmi les personnes tuées, au moins 10 étaient des ressortissants étrangers. Certains décès ont été causés par des chutes de débris.
« Des civils, en particulier des travailleurs migrants, sont menacés, tués et blessés par des drones et des missiles iraniens dans tous les États du Golfe », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à Human Rights Watch. « Au lieu de faire semblant de s’excuser, les autorités iraniennes devraient prendre immédiatement toutes les mesures possibles pour protéger les civils dans toute la région du Golfe. »
Human Rights Watch a enquêté sur des attaques iraniennes contre l'hôtel Fairmont The Palm et le Centre financier international de Dubaï (Dubai International Financial Centre, DIFC) aux EAU, et a examiné des informations relatives aux attaques contre l'aéroport international Zayed, l'aéroport international de Dubaï, l'aéroport international du Koweït, des immeubles résidentiels et l'hôtel Crowne Plaza au Bahreïn, le consulat des États-Unis à Dubaï et l'ambassade des États-Unis à Riyad. Les chercheurs ont également examiné des informations relatives aux attaques perpétrées contre d'autres zones civiles aux EAU. Ils n'ont pas été en mesure de confirmer la présence ou non de cibles militaires lors de ces attaques.
Le gouvernement iranien a affirmé cibler des sites où du personnel des États-Unis s'est redéployé depuis des bases voisines. Cependant, Ebrahim Jabbari, général du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) en Iran, a laissé entendre que l'Iran viserait des cibles civiles, affirmant que l'Iran « frapperait tous les centres économiques de la région », a rapporté l'AFP.
Le 8 mars, le président iranien Massoud Pezeshkian a présenté ses excuses pour les attaques iraniennes contre les pays du Golfe, affirmant qu’« il n’y aura plus d’attaques ni de tirs de missiles vers les pays voisins ». Pourtant, les attaques ont persisté. Un porte-parole du quartier général central iranien Khatam al-Anbiya a déclaré le 8 mars que « tout point servant d’origine à une agression contre l’Iran est une cible légitime ». Le 14 mars, un média affilié aux Gardiens de la révolution iraniens a déclaré que les « entreprises américaines seront les cibles légitimes des forces armées iraniennes », citant un certain nombre de sociétés américaines de conseil en gestion et d'investissement.
Human Rights Watch a authentifié des vidéos publiées sur les réseaux sociaux, filmées pendant et juste après les attaques. Certaines ont initialement été géolocalisées par GeoConfirmed, une plateforme de vérification visuelle gérée par des bénévoles. Ces vidéos montrent des attaques et des dégâts contre des bâtiments résidentiels, des hôtels, des aéroports, des ambassades, des ports ainsi que des installations énergétiques au Bahreïn, au Koweït, au Qatar, en Arabie saoudite et aux EAU. Human Rights Watch s'est entretenu avec 16 personnes, dont des témoins, des journalistes, des touristes et des habitants des villes attaquées, ainsi que des membres de famille de trois travailleurs migrants tués au Bahreïn et aux EAU.
Le 10 mars, Human Rights Watch a écrit aux autorités iraniennes, ainsi qu'en Arabie saoudite, au Bahreïn, aux EAU, au Koweït et à Oman. Au moment de la publication du présent document, l'Arabie saoudite, le Bahreïn, les EAU et le Koweït, n'avaient pas encore répondu. Les autorités omanaises ont accusé réception de la lettre, mais ont demandé un délai supplémentaire. Les autorités iraniennes ont réagi en écrivant : « Alors que la République islamique d’Iran rejette fermement les allégations infondées de certains pays de la région selon lesquelles l’Iran les aurait attaqués… l’Iran souligne une fois de plus que ses opérations défensives — ciblant des bases et installations militaires des États-Unis dans la région — ne sont en aucun cas dirigées contre la souveraineté ou l’intégrité territoriale d’un pays de la région. »
Les attaques iraniennes ont touché des zones civiles densément peuplées, notamment des sites touristiques populaires, en particulier aux EAU. Le 28 février, un drone d'attaque unidirectionnel Shahed-238 iranien a frappé le parvis de l'hôtel Fairmont The Palm, situé dans le quartier huppé de Palm Jumeirah à Dubaï. Les autorités locales ont fait état de quatre blessés. Les drones Shahed-238 auraient plusieurs variantes, toutes guidées soit par des systèmes mondiaux de navigation par satellite (Global Navigation Satellite Systems, GNSS), soit par un système de guidage radar, soit par des capteurs électro-optiques, et seraient équipées de fonctionnalités leur permettant de surmonter le brouillage pour améliorer leur précision. Bien que l'on ignore la précision exacte du missile Shahed-238, ainsi que l'étendue et l'efficacité des contre-mesures déployées par les EAU, ses systèmes de ciblage lui permettent d'être dirigé avec fiabilité vers des objets et des infrastructures de grande taille.
Les personnes interrogées ont indiqué que le personnel militaire des États-Unis n'est pas connu pour séjourner à l'hôtel Fairmont The Palm. Human Rights Watch n'a pas pu confirmer l'absence de personnel militaire dans l'hôtel au moment de l'attaque du 28 février, mais a pu confirmer le caractère civil de cet hôtel de luxe de 391 chambres.
Un client a raconté qu'il dînait au restaurant de l'hôtel lorsqu'il a « entendu un bruit ressemblant à celui d'un réacteur d'avion qui approchait… C'était très rapide et très bruyant. L'explosion était absolument terrifiante. »
Un autre témoin a vu le drone « passer juste au-dessus de nous et percuter le Fairmont ». Cette femme quittait une plage voisine avec des amis lorsqu'elle a entendu un sifflement provenant du drone avant qu'il ne percute le bâtiment. « On se dit forcément qu'on est fichus », a-t-elle confié. Après avoir couru vers la plage, ils « se sont retournés et ont vu le Fairmont en flammes. »
Depuis le 12 mars, des attaques de drones iraniens ont également ciblé des quartiers financiers des EAU, notamment le Centre financier international de Dubaï (DIFC) et ses environs, lors d'au moins trois incidents distincts. Le 14 mars, les Gardiens de la révolution iraniens ont déclaré : « Nous avertissons le régime des États-Unis d'évacuer toutes les industries étasuniennes de la région. » Un média affilié aux Gardiens de la révolution a affirmé que « ces entreprises seront des cibles légitimes pour les Forces armées iraniennes » et a diffusé une infographie identifiant les entreprises des États-Unis présentes dans la région. Le graphique répertorie un certain nombre d'entreprises des États-Unis et leurs adresses régionales, notamment KKR, une société américaine de capital-investissement et d'investissement, Boston Consulting Group, une société américaine de conseil en gestion, et Bain & Company, une société américaine de conseil en gestion. L'infographie indique les adresses des bureaux de Dubaï de ces entreprises, tous situés dans le quartier du DIFC. Le DIFC est l'une des zones économiques spéciales de Dubaï et constitue un important centre financier pour les entreprises opérant au Moyen-Orient. Ce quartier est une zone civile densément peuplée de Dubaï.
Le 14 mars, un drone iranien a apparemment frappé l'ICD Brookfield Place, un immeuble de bureaux et de commerces de luxe situé dans le DIFC, abritant restaurants, salles de sport, salons de beauté et supermarchés. Des chercheurs ont géolocalisé une vidéo mise en ligne sur Telegram le soir même, montrant de la fumée s'échappant du bâtiment. Le 13 mars, l'AFP a rapporté que « des explosions ont secoué des bâtiments à Dubaï et qu'un important nuage de fumée planait au-dessus d'une zone centrale du centre financier ».
Les forces iraniennes, utilisant des drones, ont également mené des frappes contre des immeubles résidentiels à Dubaï. Aux premières heures du 12 mars, un drone iranien a frappé un immeuble résidentiel du quartier de Creek Harbour, provoquant un incendie, selon les autorités de Dubaï et des médias locaux et internationaux. Une vidéo géolocalisée par Human Rights Watch et mise en ligne sur X le 12 mars montre de la fumée s'échappant d'un étage supérieur. Une photographie publiée par le Bureau des médias de Dubaï montre des dégâts au même étage.
Lors d'un point de presse le 3 mars, le ministère de la Défense des EAU a déclaré que les autorités avaient intercepté des centaines de drones d'attaque unidirectionnels iraniens Shahed-136, ainsi que des dizaines de drones Shahed-107 et Shahed-238. Les autorités des EAU ont intercepté la grande majorité des attaques, avec un taux d'interception supérieur à 90 %, selon les chiffres du gouvernement.
Les forces iraniennes auraient également attaqué plusieurs grands immeubles résidentiels et hôtels au Bahreïn, notamment l'immeuble résidentiel Era View le 28 février, l'hôtel Crowne Plaza le 1er mars et la Millennium Tower le 10 mars, d'après la vérification de vidéos par des chercheurs, l'examen d'informations publiées en ligne et des entretiens avec quatre personnes.
L'attaque contre la Millennium Tower a tué une femme bahreïnienne âgée de 29 ans et blessé huit personnes, selon le ministère de l’Intérieur du Bahreïn. Gulf Digital News, un journal basé au Bahreïn, a indiqué que cette femme a été tuée par des débris projetés lors de l'attaque, a également déclaré à Human Rights Watch une personne ayant reçu des informations de seconde main.
Human Rights Watch a authentifié deux vidéos diffusées sur Telegram montrant un drone d'attaque unidirectionnel iranien Shahed-136 frappant l'immeuble résidentiel Era View, ainsi que des vidéos montrant les conséquences des attaques et les dégâts causés à deux autres bâtiments. Similaire au Shahed-238, le drone Shahed-136 est une arme guidée, principalement par le système satellitaire GNSS.
Le Département d'État des États-Unis a déclaré que deux employés du Département américain de la Défense avaient été blessés à l'hôtel Crowne Plaza de Manama, capitale du Bahreïn, a indiqué le Washington Post. Les personnes interrogées ont indiqué que des membres du gouvernement et de l'armée des États-Unis séjournaient fréquemment dans certains des bâtiments attaqués au Bahreïn, notamment le Crowne Plaza, mais que l'armée des États-Unis imposait des limites au nombre de militaires autorisés à séjourner simultanément dans un même bâtiment. Les chercheurs n'ont pas pu confirmer la présence de cibles militaires dans l'hôtel ou dans les deux immeubles résidentiels touchés au Bahreïn, mais ils ont confirmé leur utilisation par des civils. Tous ces bâtiments sont situés dans des quartiers résidentiels densément peuplés de Manama.
Des attaques iraniennes ont touché au moins trois aéroports internationaux dans les pays du Golfe. Les autorités aéroportuaires d'Abu Dhabi ont signalé que le 28 février, un drone a percuté l'aéroport international Zayed, entraînant la mort de Diwas Shrestha, un agent de sécurité népalais, et blessant sept autres personnes. Les autorités iraniennes ont bombardé à plusieurs reprises l'aéroport international de Dubaï. Le 28 février, l'autorité aéroportuaire de Dubaï a indiqué qu’un hall de l'aéroport international de Dubaï avait été endommagé lors d’une apparente attaque de drone iranienne. Quatre membres du personnel ont été blessés, selon les autorités de Dubaï. Des chercheurs ont géolocalisé une vidéo mise en ligne sur la plateforme X le 7 mars, montrant le moment où un drone a percuté un engin volant à proximité immédiate de l'aéroport, provoquant une suspension temporaire des vols. Une autre attaque de drone contre l'aéroport international de Dubaï le 16 mars a contraint l'Autorité de l'aviation civile de Dubaï à suspendre temporairement les vols. Les autorités de Dubaï ont indiqué qu’un drone avait endommagé un des réservoirs de carburant situés à proximité de l'aéroport international de Dubaï, provoquant un incendie qui a ensuite été maîtrisé. Deux vidéos géolocalisées par des chercheurs montrent un important panache de fumée s'élevant de la direction des réservoirs de stockage de carburant de l'aéroport. Une frappe de drone iranienne a touché l'aéroport international du Koweït le 28 février, blessant quatre Bangladais.
Human Rights Watch n'a pas pu confirmer si ces trois aéroports, utilisés à des fins civiles, servaient également à des fins militaires ni si des cibles militaires s'y trouvaient au moment de l'attaque.
L'aéroport du Koweït a déjà été utilisé par l’armée des États-Unis. Human Rights Watch n'a toutefois connaissance d'aucune preuve publique indiquant que les aéroports internationaux de Dubaï et de Zayed aient été utilisés récemment pour le transport d'armes ou de troupes. Le coût pour les civils des dommages et des perturbations causés à ces aéroports est élevé : l'aéroport international de Dubaï est l'aéroport le plus fréquenté au monde, selon OAG, un fournisseur de données aéroportuaires de premier plan, et a été un site clé pour les vols de rapatriement des civils fuyant le conflit.
Les attaques iraniennes ont également ciblé à plusieurs reprises ce qui semble être des locaux diplomatiques des États-Unis dans tout le Golfe. Le 3 mars, une attaque de drone iranienne a touché le consulat des États-Unis à Dubaï, provoquant un incendie. Une vidéo mise en ligne sur X, filmée de l'autre côté de la rue, capte le son d'un drone quelques instants avant une forte explosion. La caméra effectue ensuite un panoramique vers le consulat, où l'on peut voir de la fumée et des flammes.
Le 3 mars également, deux drones iraniens ont frappé l'ambassade des États-Unis à Riyad, provoquant un incendie et des dégâts mineurs, a indiqué le ministère de la Défense de l'Arabie saoudite. Une vidéo partagée avec Human Rights Watch, montrant les conséquences de l'attaque, révèle un incendie qui s'étend en direction du complexe de l'ambassade. Le 2 mars, des drones ont attaqué l'ambassade des États-Unis au Koweït, selon l’Agence France-Presse. Le 6 mars, le Département d’État des États-Unis a annoncé la suspension des opérations de l’ambassade des États-Unis à Koweït Ville.
Les travailleurs migrants ont été fortement touchés par les attaques et les débris des systèmes de défense aérienne. Le 28 février, une attaque iranienne a tué un ressortissant bangladais, Saleh Ahmed, à Ajman, aux Émirats arabes unis. Ahmed était en train de collecter de l'eau pour la livrer dans le quartier d'Al Talla lorsque des débris, vraisemblablement issus d'une attaque, ont percuté son camion-citerne. La cabine a été perforée et l'arrière endommagé, blessant Ahmed et deux autres personnes, un Bangladais et un Pakistanais, a déclaré le fils d'Ahmed, Mohammad Abdul Haq. Ahmed est décédé et les deux autres personnes ont été blessées.
Depuis le début du conflit, les forces iraniennes ont également attaqué ou frappé des États situés en dehors des pays du Conseil de coopération du Golfe, notamment l'Azerbaïdjan, l'Irak, Israël, la Jordanie, la Syrie et la Turquie.
Le droit international humanitaire exige de toutes les parties au conflit qu'elles fassent la distinction entre objectifs militaires et biens civils, et qu'elles ne ciblent que les objectifs militaires. Ces derniers se limitent aux « objets qui, par leur nature, leur emplacement, leur finalité ou leur utilisation, contribuent efficacement à l'action militaire et dont la destruction, la capture ou la neutralisation, partielle ou totale, compte tenu des circonstances, procure un avantage militaire certain ».
Le droit international humanitaire exige également des parties à un conflit qu’elles « prennent toutes les précautions possibles » pour éviter ou réduire les pertes civiles accidentelles. Toute attaque doit respecter le principe de proportionnalité, notamment en tenant compte de son impact probable sur les civils et les biens civils. Les attaques sont interdites si leur objectif principal est de semer la terreur parmi la population civile. Les violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.
Contrairement à ce qu'ont affirmé les autorités iraniennes, le fait que des entreprises aient des intérêts ou des liens avec des propriétaires américains ne les rend pas, de ce seul fait, légitimes comme objets militaires.
« La riposte iranienne semble consister à frapper des civils et des infrastructures civiles, dévastant des vies et des moyens de subsistance dans tout le Golfe », a conclu Joey Shea.
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16.03.2026 à 19:51
Human Rights Watch
(Quito, le 16 mars 2026) – L’Équateur ne respecte pas les dispositions essentielles d’un arrêt de la Cour interaméricaine des droits de l’homme visant à protéger les peuples autochtones Tagaeri et Taromenane, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces groupes vivent en isolement volontaire à proximité d’installations pétrolières situées à l’intérieur du parc national Yasuní.
Le 14 mars 2025, la Cour a ordonné à l’Équateur de prendre des mesures pour protéger ces groupes autochtones, notamment en cessant immédiatement les opérations pétrolières dans une zone du parc national Yasuní appelée « Bloc 43 ». Le gouvernement équatorien était déjà tenu de mettre fin à la production pétrolière dans le Bloc 43 en vertu d’un référendum national de 2023. Malgré l’échéance de mars 2026 fixée par la Cour pour améliorer les mesures de protection et de suivi dans cette zone, le gouvernement n’a réalisé que peu de progrès dans ce sens.
« L’Équateur continue d’autoriser l’extraction de pétrole dans le Bloc 43, faisant passer la production pétrolière avant les droits des communautés autochtones », a déclaré José Rodríguez Orúe, chercheur titulaire d’une bourse Kenneth Roth auprès de la division Environnement et droits humains à Human Rights Watch. « L’Équateur devrait prendre des mesures immédiates pour suspendre l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 et se conformer pleinement à la décision de la Cour afin de respecter les droits des peuples autochtones dans le parc national Yasuní. »
Malgré l’ordonnance de la Cour, le gouvernement a autorisé la poursuite de la production pétrolière dans le Bloc 43 en 2025 et n’a fourni aucune information sur les conditions environnementales dans les environs. Le gouvernement n’a pas non plus respecté la date limite de septembre 2025 pour mettre en place une commission technique selon l’ordonnance de la Cour ; cette commission serait chargée de surveiller les déplacements des personnes vivant dans la région, afin de déterminer si une zone protégée à l’intérieur du parc national Yasuní devait être étendue pour protéger le territoire des Tagaeri et des Taromenane.
En novembre et décembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 13 dirigeants et membres de la communauté du peuple autochtone Waorani, ainsi qu’un dirigeant de la communauté Kichwa située à l’intérieur du Bloc 43. Human Rights Watch a également interrogé huit représentants d’organisations de la société civile, des journalistes, des universitaires et des économistes. Les chercheurs ont examiné diverses sources externes, notamment des études universitaires, des reportages, des documents juridiques, des images satellite, des publications de l’industrie pétrolière et des publications de l’ONG Nationalité Waorani de l’Équateur (Nacionalidad Waorani del Ecuador, NAWE).
Les Tagaeri et les Taromenane, peuples semi-nomades, vivent en Amazonie équatorienne, y compris dans une partie du parc national Yasuní. En 1999, l’Équateur a créé la « Zone intangible Tagaeri-Taromenane » (« Zona Intangible Tagaeri Taromenane »), une partie centrale du parc national où toute activité extractive est interdite. Une zone tampon de dix kilomètres sépare les installations pétrolières de cette zone interdite.
Click to expand Image Carte du Bloc 43 dans le parc national de Yasuní, en Équateur. Les petits carrés noirs représentent des plates-formes pétrolières. Une « zone tampon » (en rose sur la carte) sépare le bloc pétrolier d’une « zone intangible » (en vert) réservée aux communautés autochtones Tagaeri et Taromenane. Sources des données : Ministère équatorien des Ressources naturelles non renouvelables, Ministère de l'Environnement, de l'eau et de la transition écologique (MAATE), PetroEcuador, EcoCiencia, Global Forest Watch. © 2026 Human Rights Watch (infographie)Les opérations pétrolières se sont poursuivies dans d’autres zones du parc, notamment dans une zone adjacente au nord, le Bloc pétrolier 43. Un rapport gouvernemental de 2024, qui expliquait les difficultés liées au respect du référendum, a noté des « signes de présence » des peuples Tagaeri et Taromenane au sud du Bloc 43 et a reconnu que les opérations pétrolières constituaient une « menace » pour leur survie.
La Cour interaméricaine des droits de l’homme a statué que l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 — qui empiète sur le territoire ancestral autochtone — générait une pollution environnementale et augmentait les risques de contact forcé avec les Tagaeri et les Taromenane, les exposant potentiellement à des maladies, à des déplacements, à des pénuries alimentaires et à des conflits liés aux ressources. La Cour a également cité le résultat du référendum national du 20 août 2023, ordonnant la fermeture de l’installation dans un délai d’un an.
La Cour a ordonné au gouvernement de prendre « toutes les mesures législatives, administratives et autres nécessaires pour garantir que ce [référendum] soit effectivement mis en œuvre et que l’exploitation pétrolière dans le Bloc 43 soit interdite ». En novembre 2025, des défenseurs de l’environnement ont engagé contre le gouvernement une procédure pour non-fermeture du Bloc 43.
Les données de la compagnie pétrolière nationale, Petroecuador, ont montré que, à l'exception d'une période en juillet 2025 où la production nationale de pétrole a chuté en raison de pipelines endommagés à la suite d'un glissement de terrain, la production de brut du Bloc 43 est restée constante tout au long de l'année 2025, avec une moyenne de 1,2 million de barils de pétrole extraits chaque mois.
Sites de déversement de pétrole dans le Bloc 43 Block 43 Spills 2016 - 2024Les autorités n’ont pas rendu publiques les informations relatives à la surveillance environnementale requise depuis avril 2024. En vertu de la législation équatorienne, le ministère de l’Environnement, de l’Eau et de la Transition écologique doit soumettre ces rapports à l’Assemblée nationale tous les six mois. Une lettre ministérielle datée d’août 2025 et conservée dans les archives de Human Rights Watch a confirmé la soumission du rapport de surveillance couvrant la période d’octobre 2023 à avril 2024, mais le ministère n’a pas divulgué les deux rapports suivants qui devaient légalement être remis à cette date.
Les Tagaeri et les Taromenane font partie du peuple autochtone Waorani au sens large. L’extraction pétrolière à proximité de leur territoire augmente le risque de rencontres indésirables avec des étrangers et peut les exposer à la pollution, à de graves risques sanitaires et à des conditions qui pourraient rendre leur retour à l’isolement pratiquement impossible.
Les entretiens menés avec des membres de la communauté Waorani – qui partagent la même langue et la même culture et vivent dans des zones voisines touchées par les opérations pétrolières – donnent un aperçu de la manière dont les Tagaeri et les Taromenane pourraient subir les impacts des opérations pétrolières dans le Bloc 43.
Les membres de la communauté Waorani ont déclaré qu’ils estimaient que l’activité pétrolière dans et autour du Bloc 43 avait un impact négatif sur la qualité de l’eau des rivières – principale source d’eau potable – ainsi que sur la santé et le bien-être de leurs communautés. « Nos rivières sont polluées, les animaux meurent, des éruptions cutanées recouvrent notre peau après la baignade, nous n’avons pas d’eau potable », a déclaré Isabel Baihua, dirigeante de l’Association des femmes waorani d’Orellana.
La Convention américaine relative aux droits de l’homme et l’Accord d’Escazú, auxquels l’Équateur est un État partie, exigent que le gouvernement garantisse aux citoyens l’accès aux informations nécessaires pour protéger leurs droits à la santé et à un environnement sain. Mais les membres de la communauté Waorani ont déclaré que les autorités ne leur fournissaient pas les informations dont ils ont besoin pour prendre des décisions éclairées visant à protéger leur santé contre les impacts environnementaux de l’extraction pétrolière dans le Bloc 43.
Le gouvernement n’a pas non plus mis en place la commission ordonnée par le tribunal pour surveiller les déplacements des groupes autochtones et recommander l’extension des limites de la zone d’exclusion.
La capacité de l’Équateur à protéger les peuples autochtones Tagaeri et Taromenane a été encore affaiblie par des changements qui ont sapé l’action de ministères clés. Le président Daniel Noboa a rétrogradé l’ancien ministère de l’Environnement, de l’Eau et de la Transition écologique au rang de vice-ministère au sein d’un nouveau ministère de l’Environnement et de l’Énergie. Le ministère de la Femme et des Droits humains a également été rétrogradé au rang de vice-ministère relevant du ministère du Gouvernement. Dans son jugement, la Cour avait fait part de ses préoccupations quant au fait que les changements institutionnels et les coupes budgétaires avaient conduit l’État à ne pas empêcher les incursions de bûcherons et d’autres tiers sur le territoire des Tagaeri et des Taromenane.
Le gouvernement équatorien devrait collaborer avec le peuple Waorani et les communautés touchées par l’extraction pétrolière dans le Bloc 43 afin d’assurer sa suspension et sa fermeture progressive.
« Le refus du gouvernement équatorien de fermer le Bloc 43 porte atteinte à la volonté démocratiquement exprimée des citoyens, et son refus de se conformer aux ordonnances de la Cour interaméricaine des droits de l’hommesape ses engagements envers le système régional des droits humains », a conclu José Rodríguez Orúe. « Le gouvernement devrait respecter l’état de droit et, en fin de compte, la volonté du peuple équatorien. »
Suite détaillée en anglais.
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16.03.2026 à 12:16
Human Rights Watch
Une décision rendue cette semaine par la Cour suprême ukrainienne, reconnaissant un couple de même sexe comme une famille de fait, marque une importante victoire pour l'égalité.
L'affaire concerne Zorian Kis, un diplomate ukrainien, et son partenaire Tymur Levchuk. Après des années de bataille juridique, la Cour suprême a confirmé une décision rendue en première instance reconnaissant que le couple constitue une famille au regard du droit ukrainien.
Si cette décision crée un précédent important pour les tribunaux de première instance, la projet de loi qui permettrait aux partenaires de même sexe d’enregistrer une union civile reste bloqué au Parlement depuis trois ans.
Sans reconnaissance juridique officielle, les couples de même sexe en Ukraine ne sont pas considérés comme des membres de la famille proche, ce qui leur interdit l’accès aux visites conjugales à l’hôpital, aux décisions médicales, à l’héritage et à d’autres droits.
L'opinion publique ukrainienne sur les droits des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) a évolué ces dernières années, en particulier depuis l'invasion à grande échelle de la Russie en 2022. Le service de soldats LGBT dans les forces armées ukrainiennes a transformé le débat public. Une enquête de 2024 a révélé que plus de 70 % des Ukrainiens soutiennent l'égalité des droits, un chiffre qui reste élevé aujourd'hui.
En juin 2023, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé que l’Ukraine avait violé les interdictions de discrimination et le droit au respect de la vie privée et familiale en ne reconnaissant pas légalement les couples de même sexe. La Cour a rejeté l’argument du gouvernement selon lequel la protection des « familles traditionnelles » justifie l’exclusion des couples de même sexe et a souligné que l’Ukraine offre deux formes de reconnaissance légale pour les couples de sexe différent.
Un nouveau projet de code civil définit les « unions familiales de fait » comme des partenariats hétérosexuels, excluant explicitement les familles de même sexe. S’il était adopté, l’Ukraine pourrait enfreindre ses obligations au titre de la Convention européenne des droits de l’homme et compliquer son chemin vers l’adhésion à l’Union européenne, qui exige le respect des normes de non-discrimination.
La Cour suprême a rendu une décision claire : les couples de même sexe sont des familles et la loi doit respecter leurs droits. Il est grand temps que la législation en vigueur rattrape son retard.
Pour les Ukrainiens LGBT, y compris les nombreux soldats servant au front et leurs proches, ce retard législatif persistant les laisse dans un vide juridique.
L’Ukraine se bat pour un avenir fondé sur les droits humain et l’état de droit, mais sa crédibilité démocratique est compromise si elle continue de traiter certains citoyens comme des citoyens de seconde zone. Le Parlement devrait adopter sans plus tarder le projet de loi sur les partenariats civils.
Il ne s’agit pas seulement d’une question de droit, mais aussi de dignité.
16.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Washington) – Les autorités du Salvador ont soumis des Salvadoriens expulsés par les États-Unis à des détentions arbitraires et à des disparitions forcées, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, un an après le renvoi de certains d’entre eux vers leur pays.
Les personnes détenues font partie de plus de 9 000 Salvadoriens expulsés par les États-Unis depuis le début de l’année 2025. Certains d’entre eux ont été expulsés le 15 mars 2025, aux côtés de Vénézuéliens qui ont été transférés au Centre de détention pour terroristes (Centro de Confinamiento del Terrorismo, CECOT), une méga-prison au Salvador ; des détenus y ont été torturés et, dans certains cas, victimes d’abus sexuels.
« Quels que soient les antécédents criminels de ces hommes salvadoriens, ils ont droit à une procédure régulière, notamment en étant présentés devant un juge, et leurs proches ont le droit de savoir où ils sont détenus et pourquoi », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Leur expulsion par les États-Unis ne devrait pas aboutir à une disparition forcée. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 20 proches et avocats de 11 Salvadoriens qui ont été expulsés des États-Unis entre mi-mars et mi-octobre 2025, puis immédiatement placés en détention au Salvador. Comme la plupart des détenus au Salvador, ces hommes n’ont pas été autorisés à communiquer avec leurs proches ou leurs avocats.
Aucun des proches ou des avocats n’a reçu d’indication de la part des autorités indiquant que ces hommes avaient été présentés devant un juge, depuis leur arrivée. Certains n’ont pas été informés du lieu où leurs proches sont détenus, ni du motif de leur détention. Dans cinq cas, les proches n’ont pu obtenir des informations sur le lieu de détention des personnes expulsées qu’à la suite d’une procédure engagée auprès de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH).
L'administration Trump a affirmé que plusieurs Salvadoriens expulsés sont des membres du gang MS-13 ; parmi eux figurait César Humberto López Larios (surnommé « El Greñas », ou « Le Chevelu »), un chef de gang MS-13 avéré. Toutefois, ni les autorités américaines ni les autorités salvadoriennes n'ont fourni de preuves ou d'informations pour étayer l'affirmation selon laquelle les autres hommes sont aussi des membres de gangs.
Human Rights Watch a examiné des données publiées par les services américains d'immigration et de douane (Immigration and Customs Enforcement, ICE) ; selon ces données, sur les 9 000 Salvadoriens (ou plus) expulsés vers le Salvador depuis janvier 2025, seuls 10,5 % avaient été condamnés aux États-Unis pour un crime violent ou potentiellement violent. Les proches de dix hommes détenus au Salvador ont déclaré qu'ils avaient purgé des peines aux États-Unis, certains pour possession de drogue et deux pour des crimes violents : homicide dans un cas, et agression sexuelle dans l’autre cas.
Certaines des personnes interrogées ont déclaré que leurs proches avaient fui le Salvador en raison de violences domestiques ou criminelles, d’extorsion par des gangs, ainsi que de menaces liées au recrutement forcé de membres de gangs. Certains Salvadoriens vivaient apparemment aux États-Unis depuis plusieurs années, avant leur expulsion.
Le 15 mars 2025, les autorités américaines ont expulsé 23 Salvadoriens vers le Salvador ; parmi eux se trouvait Kilmar Ábrego García. Par la suite, l’administration Trump a indiqué que son expulsion avait fait suite à une « erreur administrative ». Le 6 juin 2025, Kilmar Ábrego García a été renvoyé aux États-Unis, conformément à un ordre judiciaire émis par un juge fédéral américain. Les avocats d’Ábrego Garcia ont ensuite déposé une plainte auprès d’un tribunal américain, affirmant qu’il avait subi des violences physiques lors de son emprisonnement au Salvador. Le 11 décembre 2025, un tribunal fédéral de district du Maryland a ordonné qu’Ábrego Garcia, qui était alors toujours détenu dans un centre de l’ICE, soit remis en liberté.
Le 14 avril 2025, la Maison Blanche a publié les noms de 12 autres Salvadoriens renvoyés vers leur pays, sans préciser la date de leur expulsion. Le 17 juillet, le site 404 Media a publié une liste ayant fait l’objet d’une fuite, comprenant les noms de plusieurs ressortissants vénézuéliens et salvadoriens expulsés vers le Salvador. Cependant, ni le gouvernement américain ni le gouvernement salvadorien n’ont confirmé l’authenticité de cette liste.
La plupart des personnes dont Human Rights Watch a recueilli les témoignages ont déclaré avoir d’abord tenté de localiser leurs proches via le système de localisation des détenus de l’ICE (Online Detainee Locator System), mais sans succès. Ces personnes ont indiqué que des responsables de l’ICE leur avaient dit que leurs proches avaient été expulsés vers le Salvador.
Tous ces personnes ont affirmé avoir ensuite demandé aux autorités salvadoriennes où leurs proches étaient détenus. Les autorités ont toutefois refusé de fournir des informations, expliquant qu’elles ne disposaient pas de « mandat légal » pour le faire, ou que les noms des individus concernés ne figuraient pas dans leurs registres.
Les proches de cinq Salvadoriens expulsés par les États-Unis ont déposé des requêtes auprès de la CIDH. En octobre et décembre 2025, le Salvador a informé la Commission que quatre d’entre eux étaient détenus à la prison de Santa Ana, et le cinquième au CECOT. La Commission a enjoint au Salvador de divulguer le statut juridique des détenus, de mettre fin à leur détention au secret, et de prendre des mesures pour les protéger.
Deux autres familles pensent que leurs proches sont détenus au CECOT. Les membres d’une autre famille ont conclu que leur proche est détenu à la prison de Santa Ana, car ils l’ont identifié sur des photos et des vidéos publiées par le président salvadorien Nayib Bukele. Dans les trois autres cas documentés par Human Rights Watch, les proches n’ont aucune information sur le lieu de détention de leurs proches.
Les tribunaux salvadoriens ont également refusé de fournir des informations concernant les détenus. Les proches et les avocats de cinq Salvadoriens expulsés par les Etats-Unis ont déclaré avoir déposé des requêtes en « habeas corpus » auprès de la Chambre constitutionnelle de la Cour suprême, en mai, août et octobre 2025. La Cour a rejeté une requête, affirmant que les faits présentés n’étaient pas suffisamment « précis ». Elle n’a pas répondu aux quatre autres requêtes.
En vertu du droit international, une disparition forcée a lieu lorsque les autorités privent une personne de sa liberté puis refusent de révéler son sort ou le lieu où elle se trouve, la plaçant ainsi hors de la protection de la loi.
Les autorités salvadoriennes n’ont pas précisé le fondement juridique de la détention des personnes expulsées, ni si elles seront présentées devant un juge. Dans certains cas, le gouvernement salvadorien a déclaré à la CIDH qu’il avait demandé des informations complémentaires aux États-Unis, et que ces hommes resteraient détenus dans le cadre du système pénitentiaire salvadorien, « dans l’attente [d’informations]de l’État ayant procédé aux expulsions, concernant leur statut migratoire et juridique ».
La sœur de l’un des Salvadoriens expulsés par les Etats-Unis a déclaré que son frère, âgé aujourd’hui de 32 ans, avait migré vers ce pays en 2022 en raison d’abus policiers. Les autorités américaines l’ont expulsé le 15 mars 2025. « J’ai appelé sans cesse le centre d’accueil pour migrants au Salvador, mais ils ne m’ont jamais donné aucune information, alors j’ai déposé une plainte auprès du bureau de la Médiatrice pour la défense des droits humains », a-t-elle déclaré. « Un fonctionnaire m’a dit que mon frère avait été expulsé [des États-Unis] le 15 mars, mais qu’en raison de l’état d’urgence, ils ne fourniraient aucune autre information. »
La mère d’un autre Salvadorien expulsé par les États-Unis, où il vivait depuis 11 ans (soit depuis l’âge de 17 ans), a déclaré que la dernière fois qu’elle avait parlé à son fils, c’était le 13 mars 2025 : il lui avait alors dit qu’il allait bientôt être expulsé vers le Salvador. Le 15 mars 2025, lorsqu’elle a essayé de le localiser à l’aide du système de localisation en ligne de l’ICE, aucun résultat n’est apparu.
« Le jour même, j’ai commencé à chercher des avocats au Salvador, mais plusieurs m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas travailler sur telles affaires, car ils craignaient des représailles du gouvernement », a-t-elle déclaré. « J’ai appelé plusieurs institutions, le bureau du Procureur général, le bureau de la Médiatrice des droits humains, un centre d’accueil pour migrants et des ministères au Salvador, mais ils ne m’ont donné aucune information. Au bureau de la Médiatrice, on m’a dit qu’en raison de l’état d’urgence, ils n’étaient pas tenus de me fournir des informations. Je me sens abandonnée. »
L’état d’urgence est en vigueur au Salvador depuis mars 2022. Le gouvernement s’en est servi pour suspendre, entre autres, le droit d’être informé sans délai des motifs d’une arrestation, le droit de garder le silence, le droit à un avocat et l’obligation de présenter tout détenu devant un juge dans les 72 heures suivant son arrestation. Human Rights Watch a précédemment documenté de nombreuses violations des droits humains commises pendant l’état d’urgence.
« Le désespoir des familles à la recherche de leurs proches disparus rappelle les jours les plus sombres des dictatures en Amérique latine », a conclu Juanita Goebertus. « Les États-Unis devraient cesser de renvoyer des personnes vers le trou noir du système carcéral salvadorien. »
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Articles
LaPresse.ca
13.03.2026 à 19:51
Human Rights Watch
Alors que de nombreux Israéliens cherchent à se mettre à l'abri face aux attaques de missiles et de drones iraniens, des colons armés en Cisjordanie profitent de la confusion de la guerre pour s'emparer de terres, poursuivant la politique israélienne de dépossession et de nettoyage ethnique à l’encontre des Palestiniens.
Tous les jours, des colons envahissent des communautés palestiniennes, tirent à balles réelles, incendient des maisons et des voitures, et attaquent des familles dans leurs domiciles. Au cours des 11 derniers jours, des colons armés – dont trois en uniforme – auraient abattu cinq Palestiniens en Cisjordanie ; un sixième serait décédé d’un arrêt cardiaque après avoir inhalé des gaz lacrymogènes tirés par l’armée israélienne. À un tel rythme, l’année 2026 risque d’être encore plus létale en Cisjordanie que 2025 : la violence des colons israéliens avait alors atteint son plus haut niveau depuis deux décennies, neuf Palestiniens ayant été tués par des colons armés.
L'armée israélienne a déclaré que les récents incidents faisaient l'objet d'une enquête.
Fin 2025, l’ONG israélienne Yesh Din a indiqué que sur les centaines de cas de violences commises par des colons qu’elle avait recensés depuis octobre 2023, seuls 3 % avaient abouti à des condamnations. Le gouvernement israélien fournit des armes aux colons, généralement sans les tenir responsables de leurs actes criminels ; il facilite ainsi les violences commises par les colons, voire se rend complice des abus.
Le gouvernement israélien encourage également les colons en approuvant et en finançant l’expansion des colonies illégales. En août dernier, Israël a officialisé ses plans de développement du projet de colonie E1, considéré comme illégal et une « ligne rouge » par la communauté internationale ; en décembre dernier, le gouvernement a publié un appel d’offres pour la construction de 3 401 logements dans cette zone. S’il est mené à bien, ce projet séparera complètement la partie sud de la Cisjordanie de sa partie nord. Des contrats de construction devraient être attribués à partir du 16 mars.
En juillet 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) avait émis un avis consultatif concluant que l’occupation par Israël des territoires palestiniens depuis 59 ans est « illicite », et que les autorités israéliennes y pratiquent une politique d’apartheid. La CIJ a conclu que « l’État d’Israël est dans l’obligation […] d’évacuer tous les colons du Territoire palestinien occupé », y compris Jérusalem-Est, de permettre aux Palestiniens déplacés de retourner chez eux et de leur verser des indemnités. Toutefois, dans le contexte de la guerre actuelle, c’est le contraire qui se produit.
Les autres États devraient agir pour empêcher de nouvelles atrocités sur l’ensemble du Territoire palestinien occupé, notamment en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des personnes impliquées dans les graves violations en cours, en suspendant les transferts d’armes à Israël, en interdisant le commerce avec les colonies illégales, en suspendant les accords commerciaux préférentiels avec Israël. Ces États devraient aussi soutenir la Cour pénale internationale et ses enquêtes en cours, notamment en exécutant ses mandats d’arrêt. Ne pas agir maintenant aurait de graves conséquences pour l’avenir des Palestiniens.
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13.03.2026 à 19:20
Human Rights Watch
Déclaration de Human Rights Watch lors de la 61ème session ordinaire du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, au cours du Dialogue interactif avec le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme au Myanmar, qui s'est tenu le 13 mars 2026 (à 01:05:04 de la vidéo).
Plus de cinq ans après le coup d’État militaire, les attaques de la junte du Myanmar contre la population ont décimé tous les aspects de la vie dans le pays.
Les élections truquées organisées par la junte en décembre et janvier dernier visaient à garantir la victoire du parti servant de porte-voix à l’armée, et à conférer une légitimité à un État contrôlé par les militaires – apogée de ses efforts pour écraser toute opposition politique et faire échouer le rétablissement du pouvoir civil.
Les atrocités commises par l’armée, notamment des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, se sont intensifiées au cours de l’année écoulée. Grâce au soutien accru de la Chine et de la Russie, les frappes aériennes et les attaques de drones menées par l’armée ont atteint de nouveaux pics en 2025, tuant des milliers de civils.
Le recrutement d’enfants soldats par l’armée et son utilisation d’armes à sous-munitions et de mines antipersonnel, pourtant interdites par des traités internationaux, se sont considérablement intensifiés depuis le coup d’État.
Plus de 12 millions de personnes sont confrontées à une famine aiguë en raison des blocages de l’aide humanitaire, de la réduction de l’aide étrangère et de l’effondrement économique.
La hausse au Myanmar de divers trafics, des centres d’escroquerie, de l’extraction non réglementée des ressources et de la production de drogues a engendré de nouvelles menaces au niveau mondial. Pourtant, malgré l’impact croissant de la crise sur la paix et la sécurité régionales, elle n’a suscité qu’une faible aide et attention internationales.
Le cinquième anniversaire du coup d'État devrait inciter les autres États à redoubler d'efforts pour exercer de manière plus efficace une pression sur la junte et pour l'isoler, tout en renforçant leur soutien humanitaire, politique et technique apporté à la société civile du Myanmar, ainsi qu’aux groupes d'opposition politique.
Les États devraient rejeter le résultat des élections frauduleuses et le soi-disant organe parlementaire qui en a résulté, qui ne servent qu’à enraciner la répression menée par l’armée du Myanmar, ainsi que ses abus contre son propre peuple.
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13.03.2026 à 06:00
Human Rights Watch
Cette semaine, la Cour pénale spéciale en République centrafricaine a annoncé que Mathurin Kombo, qui était détenu par la cour et poursuivi pour des crimes commis en 2014, est décédé à l’Hôpital communautaire de Bangui.
Il y a douze ans, alors que la République centrafricaine était plongée dans une guerre civile, je suis arrivé dans le village de Guen, dans le sud-ouest du pays, pour y mener des recherches. Sur place, nous avons confirmé que début février 2014, des forces anti-balaka avaient attaqué des civils musulmans, tuant au moins 72 hommes et garçons, certains âgés de neuf ans seulement.
Je n’oublierai jamais une conversation que j’ai eue avec le père d’Oumarou Bouba, âgé de 10 ans. « Alors que nous fuyions, il a été abattu », m’a-t-il raconté. « Il est tombé, mais ils l’ont achevé à coups de machette. »
Les milices anti-balaka se sont soulevées à travers la République centrafricaine pour combattre la Séléka, une coalition majoritairement musulmane qui a pris le contrôle du pays en 2013. Elles ont commencé à cibler les civils musulmans, particulièrement dans l’ouest du pays, les assimilant à la Séléka ou à ses sympathisants.
À l’époque, nous avons rencontré Mathurin Kombo, un chef anti-balaka commandant de Guen. Il niait que le massacre ait eu lieu, mais exprimait ouvertement son dégoût envers les musulmans. C’était un dirigeant arrogant et sûr de lui, convaincu qu’il pourrait échapper à la justice.
Puis le gouvernement de transition a créé la Cour pénale spéciale (CPS) afin de lutter contre l’impunité généralisée. La cour est chargée d’enquêter sur les crimes graves commis pendant les conflits armés du pays depuis 2003 et de poursuivre leurs auteurs. Elle est composée de juges et de procureurs nationaux et internationaux. Elle a commencé ses travaux en 2018 et Kombo a été arrêté en 2022.
Le procès contre lui et six autres coaccusés, dont un autre chef anti-balaka, Edmond Beïna, pour les atrocités commises à Guen est toujours en cours.
Le fait que Kombo ne verra pas la fin de son procès est une perte pour les rescapés et les proches des victimes des massacres. Mais sa mort souligne également la nécessité persistante de rendre justice pour les crimes commis à Guen et ailleurs dans le pays, ainsi que le rôle essentiel que joue la CPS pour y parvenir.
Le gouvernement centrafricain et les partenaires internationaux de la cour devraient redoubler d’efforts pour garantir qu’elle dispose des ressources nécessaires pour poursuivre son travail essentiel, et accomplir son mandat crucial.
Kombo est peut-être mort avant la fin de son procès, mais la procédure en cours contre ses coaccusés offre l’espoir que justice, quel que soit le temps qu’elle prendra, finira par être rendue.
12.03.2026 à 22:42
Human Rights Watch
(Washington) – Les informations selon lesquelles les États-Unis sont responsables de la récente attaque meurtrière contre une école en Iran, menée sur la base de données de ciblage obsolètes, mettent en évidence la nécessité de réformes au sein de l'armée américaine et de l’obligation de rendre des comptes, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; ceci est essentiel afin de minimiser les dommages causés aux civils lors de conflits.
Selon un article du New York Times publié le 11 mars, une enquête en cours menée par l’armée américaine a déterminé à titre préliminaire que les États-Unis étaient responsables d'une frappe de missile Tomahawk contre l’école primaire Shajareh Tayyebeh dans la ville de Minab, en Iran, le 28 février.
« Les conclusions de l'enquête menée par l’armée américaine sur l'attaque contre l'école de Minab révèlent une violation des lois de la guerre qui ne peut être réduite à une simple erreur sans conséquence », a déclaré Sarah Yager, directrice du bureau de Washington à Human Rights Watch. « Même si les responsables de la frappe n'ont pas délibérément pris pour cible cette école remplie d'enfants, l'armée américaine a l'obligation de prendre toutes les précautions possibles pour éviter de causer des pertes civiles, ce qu'elle n'a manifestement pas fait dans ce cas. »
Selon le New York Times, l'enquête a conclu que l'attaque était le résultat d'une erreur de ciblage de l'armée américaine, qui menait des frappes contre une base navale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), dont le bâtiment scolaire faisait auparavant partie. L’article indique que les officiers du Commandement central américain (US Central Command) ont créé les coordonnées de ciblage pour la frappe en utilisant des données obsolètes fournies par l'Agence de renseignement de la défense américaine (US Defense Intelligence Agency).
Les autorités iraniennes ont déclaré au New York Times que l'attaque avait tué au moins 175 personnes, dont de nombreux civils. Human Rights Watch a examiné des listes contenant des dizaines de noms d'enfants et d'adultes qui auraient été tués lors de l'attaque, et a pu immédiatement faire correspondre certains noms avec des informations d'identification (dont les âges) figurant sur des sacs mortuaires et des cercueils.
En vertu des lois coutumières de la guerre applicables au conflit armé en Iran, une force attaquante doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour vérifier que les cibles sont des objectifs militaires, ou annuler ou suspendre l'attaque s'il apparaît clairement que la cible n'est pas un objectif militaire. Les lois de la guerre interdisent les attaques indiscriminées, notamment celles qui ne visent pas un objectif militaire spécifique. Aucune preuve n'a été présentée suggérant qu'il y avait un objectif militaire sur le site de l'école ou à proximité, au moment de l'attaque.
Même si les attaquants visaient une cible militaire légitime à proximité de l'école, les lois de la guerre interdisent les attaques contre des objectifs militaires si les dommages prévisibles pour les civils et les biens civils sont disproportionnés par rapport au gain militaire escompté de l'attaque.
Les violations graves du droit de la guerre commises par des individus avec une intention criminelle, c'est-à-dire de manière délibérée ou imprudente, constituent des crimes de guerre. L'enquête sur l'attaque contre l'école Shajareh Tayyebeh devrait tenir compte de toutes les circonstances de l'attaque, notamment si les responsables ont agi de manière délibérée ou imprudente, et ce qu'ils savaient ou auraient dû savoir au sujet de l'école avant et pendant l'attaque, qui a été menée pendant une journée scolaire.
Un gouvernement responsable de violations du droit de la guerre est tenu de réparer intégralement les dommages causés, notamment par le biais d'indemnisation, de réhabilitation et d'autres mesures de réparation appropriées. Les gouvernements ont l'obligation d'enquêter sur les violations du droit international commises par leurs propres forces, y compris des crimes de guerre, et d’engager des poursuites de manière appropriée. Les responsables de l'attaque contre l'école de Minab devraient être tenus de rendre des comptes, y compris par le biais de poursuites judiciaires, le cas échéant.
Au cours des dernières années, les forces américaines ont amélioré leurs processus de ciblage afin de minimiser les dommages causés aux civils, notamment par trois moyens : l’utilisation de nombreuses sources de renseignements, les recommandations d’équipes chargées d’évaluer la présence ou non de civils, et l’attente d’une confirmation que la cible est un objectif militaire légitime avant d'approuver une frappe. Si l'attaque contre la base militaire de Minab s'est appuyée sur des informations obsolètes ou incomplètes concernant ce site, ou si d'autres changements dans le processus de ciblage ont entraîné un contrôle amoindri des frappes, cela suggère une défaillance des mesures de sécurité.
Le Congrès devrait tenir une audience consacrée de manière spécifique à cet incident, afin de mieux comprendre les processus militaires américains actuels visant à distinguer les civils des combattants, ainsi que l'exige le droit international humanitaire ; cette audience devrait aussi examiner le rôle que jouent l'intelligence artificielle (IA) ou les systèmes automatisés dans la détermination des cibles. L'utilisation de l'IA dans les décisions de ciblage militaire crée de nouveaux risques en matière d’obligation de rendre des comptes, lors de conflits. Les décisions de ciblage militaire ne devraient pas être prises uniquement sur la base de recommandations automatisées ou générées par l'IA.
« Le devoir de rendre des comptes ne consiste pas seulement à reconnaître ce qui n'a pas fonctionné, mais aussi à veiller à ce que les défaillances en matière de renseignement, de vérification des cibles ou de prise de décision soient identifiées et corrigées, afin qu’elles ne se reproduisent plus », a conclu Sarah Yager. « Les États-Unis devraient rendre publiques leurs conclusions au sujet de cette attaque, sanctionner ou poursuivre les responsables, et mener des réformes afin de garantir que leurs forces minimisent autant que possible les dommages causés aux civils. »
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12.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Beyrouth, 12 mars 2026) – Une éminente militante iraquienne des droits des femmes a été abattue le 2 mars devant son domicile à Bagdad par deux hommes à moto, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Yanar Mohammed, 65 ans, a cofondé l'Organisation pour la liberté des femmes en Irak (Organization of Women’s Freedom in Iraq, OWFI) en 2003. Elle a ouvert le premier refuge pour femmes en Irak la même année, créant un réseau qui s'est finalement étendu à plusieurs villes et a fourni un refuge à plus de 1 300 femmes fuyant les crimes d'honneur, la violence domestique et la traite des êtres humains, a déclaré l'organisation. Elle a également publié le journal féministe Al-Mousawat (« Égalité :) et organisé des cours pour les militantes des droits des femmes. Elle a reçu le prix Gruber pour les droits des femmes en 2008 et le prix Rafto de Norvège en 2016, et a figure dans le classement « 100 Women » (100 femmes) de la BBC en 2018.
« Yanar Mohammed était une leader formidable, infatigable et inspirante pour les droits des femmes en Irak », a déclaré Sarah Sanbar, chercheuse sur l'Irak à Human Rights Watch. « Ses efforts ont amélioré la vie d'innombrables femmes, et sa perte est profondément ressentie. Yanar Mohammed mérite que justice soit faite, et c'est au gouvernement irakien qu'il incombe de la rendre. »
Yanar Mohammed a été transférée à l'hôpital, mais elle est décédée des suites de ses blessures. Aucun groupe n'a revendiqué son assassinat. Le meurtre de Mohammed est le dernier d'une série d'assassinats très médiatisés de militants politiques et de défenseurs des droits humains en Irak au cours de la dernière décennie. Les autorités devraient tout mettre en œuvre pour identifier les responsables et les traduire en justice, a déclaré Human Rights Watch.
Dans un communiqué, son organisation, OWFI, a déclaré : « Nous condamnons fermement ce crime terroriste lâche, et le considérons comme une attaque directe contre la lutte féministe, et les valeurs de liberté et d'égalité ». OWFI a appelé les autorités à enquêter immédiatement afin de « révéler l’identité des auteurs du crime et de ceux qui les soutiennent, et de veiller à ce qu'ils répondent de leurs actes devant la justice ».
L'espace civique en Irak, en particulier pour les militantes des droits des femmes, est de plus en plus menacé depuis quelques années. Les organisations de défense des droits des femmes ont été confrontées à une flambée de menaces et de représailles, après s'être opposées à l'adoption d'un amendement abusif à la loi sur le statut personnel, qui est finalement entré en vigueur en janvier 2025.
Les autorités irakiennes ont systématiquement manqué à leur devoir de rendre justice aux familles des défenseur-e-s des droits humains et des activistes politiques assassiné-e-s au cours de la dernière décennie, a déclaré Human Rights Watch. Au contraire, les autorités ont laissé s'installer une culture d'impunité pour les violations graves commises à l'encontre des activistes. Les assassinats tels que celui de Yanar Mohammed sont le résultat prévisible et tout à fait évitable de cette impunité, a ajouté Human Rights Watch.
« Les assassins de Yanar Mohammed ne comprennent pas que la tuer ne mettra pas fin à la quête de justice, d'égalité et d'émancipation des femmes qu'elle incarnait », a affirmé Sarah Sanbar. « Son héritage perdurera, à travers les femmes qui poursuivent son travail. »
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11.03.2026 à 17:07
Human Rights Watch
(La Haye) – Les autorités libyennes devraient d'urgence transférer Osama Elmasry Njeem à la Cour pénale internationale (CPI), où il est recherché en tant que suspect accusé de crimes graves, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les autorités devraient également garantir une coopération totale avec la Cour, en transférant à la CPI d’autres suspects qui se trouveraient actuellement en Libye.
Osama Elmasry Njeem est un haut responsable de l'Appareil de dissuasion pour la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, une milice basée à Tripoli et affiliée au Conseil présidentiel libyen. Il est recherché par la CPI pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre, notamment pour meurtre, torture et viol, commis à la prison de Mitiga depuis 2015. Sept autres Libyens sont toujours recherchés par la CPI ; les autorités libyennes ont l’obligation d'arrêter ceux qui se trouvent en Libye, et de les livrer à la Cour, à La Haye.
« Cela fait longtemps que les responsables de graves violations en Libye ont pu se soustraire à l’obligation de rendre des comptes », a déclaré Hanan Salah, directrice adjointe de la division Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Human Rights Watch. « L'arrestation d’Osama Elmasry en Libye est l'occasion pour les autorités de démontrer un véritable engagement en faveur de la justice, en coopérant avec la CPI. »
Le 5 novembre 2025, les autorités libyennes auraient arrêté Osama Elmasry Njeem à Tripoli, afin qu'il réponde de certains actes devant la justice nationale ; cependant, son lieu de détention n’a pas été divulgué, et les autorités n'ont pris aucune mesure publique pour le remettre à la CPI.
Le 3 décembre 2025, Human Rights Watch a écrit au procureur général de Libye, sollicitant des informations des informations sur les accusations portées contre Njeem, sur son lieu de détention, sur la coopération de la Libye avec la CPI, ainsi que sur le statut des autres suspects qui se trouveraient en Libye ; à ce jour, Human Rights Watch n'a reçu aucune réponse.
La CPI est une juridiction de dernier recours, qui n'intervient que lorsque les autorités nationales ne mènent pas de véritables poursuites. Bien que la Libye ne soit pas un pays membre de la CPI, elle est légalement tenue de coopérer en vertu de la résolution 1979 du Conseil de sécurité des Nations Unies de février 2011, qui renvoyait la situation en Libye au Procureur de la CPI. En outre, en mai 2025, les autorités libyennes ont accepté la compétence de la Cour pour enquêter sur les crimes relevant de sa compétence et commis sur le territoire libyen, et/ou par des ressortissants libyens, entre 2011 et fin 2027.
La Libye a l’obligation de remettre Osama Elmasry Njeem à la CPI. Rien n'indique publiquement que la Libye ait contesté cette obligation auprès de la Cour, en arguant qu’il est actuellement poursuivi pour des accusations similaires en Libye. Seuls les juges de la CPI seraient habilités à statuer sur une telle contestation.
Selon Human Rights Watch, une occasion de traduire Njeem en justice a déjà été manquée. Le 19 janvier 2025, Njeem a été arrêté à Turin, en Italie, mais les autorités italiennes l'ont renvoyé en Libye, au lieu de le remettre à la CPI. Le 26 janvier 2026, les juges de la CPI ont demandé aux pays membres de la Cour de tenir l'Italie responsable de son refus de coopérer avec la Cour.
La CPI a ouvert son enquête sur la situation en Libye en 2011, à la suite de sa saisine par le Conseil de sécurité des Nations Unies. La Cour a émis des mandats d'arrêt à l'encontre de 14 individus suspectés de crimes commis lors de la révolution de 2011 et des hostilités entre 2014 et 2020, ainsi que d’abus perpétrés dans des centres de détention, y compris à l'encontre de migrants. À ce jour, personne n'a encore été jugé devant la CPI dans le cadre de la situation en Libye.
La procédure préliminaire dans la première affaire portée devant la Cour se poursuit après le transfert par l'Allemagne, en décembre 2025, de Khaled Mohamed Ali El Hishri, à la CPI ; il était visé par un mandat d’arrêt émis par la CPI pour des crimes qui auraient été commis dans le même centre de détention que Njeem.
Le 3 février 2026, Seif al-Islam Kadhafi, fils de l'ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a été tué en Libye par des hommes armés qui étaient alors non identifiés ; il était précédemment recherché par la CPI pour des crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis lors du soulèvement de 2011 contre le gouvernement de son père. Seif al-Islam Kadhafi vivait près de la ville de Zintan, sous la protection d’un groupe armé qui l'avait d’abord arrêté en 2011, puis libéré en 2017, invoquant une loi d'amnistie. Le 5 mars, le parquet libyen a annoncé avoir identifié trois suspects dans le meurtre de Seif al-Islam Kadhafi, et a ordonné leur arrestation.
Le procureur général libyen devrait garantir la transparence de l'enquête sur l'assassinat de Seif al-Islam Kadhafi, rendre publiques les conclusions de l'enquête et traduire les responsables en justice, a déclaré Human Rights Watch.
Parmi les sept autres fugitifs libyens (hormis Osama Elmasry Njeem) qui sont recherchés par la CPI et qui seraient toujours en vie, figure Saif Suleiman Sneidel, membre des Forces armées arabes libyennes (FAAL, ou LAAF en anglais). Il est suspecté de crimes de guerre, meurtres, tortures et atteintes à la dignité humaine, et se trouverait actuellement dans l'est de la Libye, contrôlé par les FAAL. le 25 novembre 2025, la Procureure adjointe de la CPI, Nazhat Khan, avait appelé à sa reddition à La Haye dans son discours prononcé devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Les six autres Libyens recherchés pour crimes de guerre sont Abdurahem Khalefa Abdurahem Elshgagi, Makhlouf Makhlouf Arhoumah Doumah, Nasser Muhammad Muftah Daou, Mohamed Mohamed Al Salheen Salmi, Abdelbari Ayyad Ramadan Al Shaqaqi et Fathi Faraj Mohamed Salim Al Zinkal.
Human Rights Watch a documenté les conditions inhumaines qui règnent dans les prisons et les centres de détention pour migrants à travers la Libye ; plusieurs centres sont gérés par des groupes armés affiliés nominalement aux autorités, et habitués à commettre des abus en toute impunité. Les détenus vivent dans des cellules surpeuplées et sont confrontés aux risques de torture et d'autres mauvais traitements, de détention arbitraire prolongée, de disparition forcée, d’homicides illégaux, de passages à tabac, de travail forcé, de violences sexuelles, ainsi que de privation de nourriture et d'eau en quantité suffisante.
Human Rights Watch a constaté que le secteur judiciaire fragmenté de la Libye reste entaché de graves violations des procédures régulières et de lois qui enfreignent les normes internationales, et que le pouvoir judiciaire est peu disposé à enquêter de manière significative sur les crimes graves, ou capable de le faire.
Des organisations non gouvernementales, dont Human Rights Watch, ont également critiqué le manque de coopération effective des autorités libyennes avec la CPI, ainsi que l'absence de surveillance internationale des droits après la fin du mandat de la Mission d'enquête indépendante des Nations Unies sur la Libye, en mars 2023. Le Conseil de sécurité des Nations Unies n'a pas répondu aux précédentes demandes des juges de la CPI visant à obtenir son soutien pour garantir la coopération de la Libye.
En septembre 2024, la ministre de la Justice du gouvernement d'union nationale libyen, Halima Ibrahim Abdelrahman, a déclaré à Human Rights Watch qu'elle était opposée « par principe » à l'extradition de tout ressortissant libyen pour être jugé à l'étranger, et qu'elle avait transmis ce message au Procureur de la CPI, Karim Khan, lors de sa visite à Tripoli en avril 2024.
Les pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que les pays membres de la CPI, devraient exhorter les autorités libyennes à coopérer avec la Cour, notamment en transférant rapidement Osama Elmasry Njeem à La Haye, et en arrêtant et transférant aussi les autres suspects se trouvant sur le territoire libyen et faisant l'objet de mandats d'arrêt de la CPI. Les divers pays devraient clairement affirmer leur soutien au mandat de la CPI en Libye, y compris en appliquant les décisions judiciaires concernant la question de la non-coopération, a ajouté Human Rights Watch.
« Plus de 15 ans après la saisine de la CPI de la situation en Libye, les abus se poursuivent derrière les portails verrouillés des prisons de ce pays, facilités par les lacunes des institutions judiciaires », a conclu Hanan Salah. « Pour mettre fin au cycle des crimes et de l'impunité, les autres pays devraient faire pression sur la Libye pour qu'elle coopère avec la Cour, afin que les responsables d’abus soient enfin traduits en justice. »
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11.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
Le 26 février, cinq pays – l'Allemagne, l'Irlande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni – ont conjointement annoncé la formation d'une coalition visant à prévenir les atrocités et à promouvoir la justice au Soudan. Alors que les atrocités se poursuivent sans relâche, la coalition devra accomplir une tâche imposante.
Cette annonce, faite par les cinq pays qui composent le Groupe central sur le Soudan (Sudan Core Group) au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, fait suite à la prise d'El Fasher, dans le nord du Darfour, par les Forces de soutien rapide (FSR) ; selon l’ONU, les FSR y ont mené des attaques caractérisées par une « violence génocidaire ». Au cours des 18 mois ayant précédé la chute d’El Fasher, alors que les FSR assiégeaient et bombardaient cette ville, Human Rights Watch et plusieurs autres organisations avaient alerté sur le risque d'atrocités. Mais les efforts de la communauté internationale, y compris des pays membres de la nouvelle coalition, n’ont pas suffi à protéger les civils.
Au cours des derniers mois, les FSR ainsi que leurs adversaires, les Forces armées soudanaises, ont souvent utilisé des drones, notamment dans la région du Kordofan ; ces drones ont frappé des convois humanitaires, endommagé des infrastructures civiles, et tué ou blessé des civils. Ces événements mettent en évidence le prix à payer par les civils lorsque des forces coupables d’abus ont accès à des armes. La première mesure que devrait prendre la nouvelle coalition serait de tenter de couper le flux d'armes.
Les membres de la coalition devraient viser la protection physique des civils en créant une dynamique politique afin de créer une nouvelle mission de protection autorisée par le Conseil de sécurité des Nations Unies, et en élaborant des plans concrets pour son architecture opérationnelle. Ils devraient également apporter un soutien politique et financier aux organismes d’aide locaux, qui sont continuellement attaqués, y compris en mettant en place un système afin de recenser les attaques contre les acteurs humanitaires locaux, et en agissant contre les responsables de ces attaques.
La coalition pourrait aussi soutenir les efforts en matière d'obligation de rendre des comptes, notamment en plaçant la justice au centre des dialogues politiques, en appelant à l'élargissement de la compétence de la Cour pénale internationale à l'ensemble du Soudan, et en encourageant les poursuites judiciaires en vertu du principe de compétence universelle.
Le succès de cette coalition se mesurera également selon sa capacité à renforcer les actions internationales concertées portant sur le Soudan. La coalition devrait collaborer de près avec le nouvel Envoyé personnel de l'ONU pour le Soudan, et rallier davantage de partenaires, notamment l'Union africaine, les États de la région et d'autres pays de l'Union européenne.
Cette coalition apporte une lueur d'espoir. Mais les pays qui la composent devraient être prêts à investir le capital politique nécessaire pour empêcher les parties belligérantes et leurs soutiens de continuer à agir en toute impunité.
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11.03.2026 à 04:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Depuis mars 2025, les forces de sécurité congolaises sont responsables de nombreuses disparitions forcées à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, et dans ses environs, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Human Rights Watch a documenté 17 cas de personnes victimes de disparition forcée ou portées disparues au cours de l’année passée et a reçu des récits crédibles de plusieurs cas supplémentaires. Bon nombre de ces personnes disparues ont été retrouvées, souvent des mois plus tard, en détention dans les locaux du Conseil national de cyberdéfense (CNC), qui les a arbitrairement arrêtées et détenues en parallèle de la Police nationale congolaise et de la Garde républicaine du président.
« Au cours de l’année passée, les forces de sécurité congolaises ont secrètement arrêté et détenu des personnes pour des motifs fallacieux au cœur de la capitale », a déclaré Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Dans la plupart des cas, il semblerait que les arrestations soient motivées par des considérations politiques, ou concernent des personnes soupçonnées de soutenir le groupe armé qui s’est emparé de certaines régions de l’est de la RD Congo. »
Entre juillet 2025 et mars 2026, Human Rights Watch a mené des entretiens avec plus de 34 personnes, dont neuf anciens détenus du CNC et 11 proches de détenus. Human Rights Watch n’a pas divulgué les noms des personnes interviewées afin de garantir leur sécurité.
Le CNC a été créé en 2023 par ordonnance présidentielle pour enquêter sur les cybercrimes. D’après des reportages dans des médias internationaux, le CNC a fait l’acquisition d’une technologie de pointe permettant des écoutes ciblées, en particulier sur les applications de messagerie. Il a élargi ses attributions en procédant à des arrestations, des interrogatoires et des détentions au secret sans supervision judiciaire.
D’anciens détenus ont expliqué que des membres de la Garde républicaine et de la Police nationale en uniforme ainsi que des fonctionnaires en civil ont mené les arrestations, certaines au milieu de la nuit. Plusieurs d’entre eux ont indiqué avoir eu les yeux bandés lors leur transport vers ou entre des centres de détention du CNC. Ils ont affirmé qu’on ne leur avait pas présenté de mandat d’arrêt et qu’on leur avait refusé accès à des avocats.
Le CNC les a d’abord détenus et interrogés dans des installations du stade national, le Stade des Martyrs, ou dans ses bureaux à l’Office national des transports (ONATRA) à Kinshasa. Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont été transférés vers d’autres lieux à Kinshasa, y compris des chambres privées, possiblement dans des hôtels.
D’anciens détenus ont déclaré que leurs interrogatoires avaient peu à voir avec le cyberrenseignement et reposaient sur des accusations de collusion avec le groupe armé M23, qui contrôle des territoires de l’est de la RD Congo, de liens avec l’ancien président Joseph Kabila, accusé de soutenir le M23, ou de complots de coup d’État. D’autres détenus ont pensé, en se basant sur les questions de l’interrogatoire, qu’ils avaient été arrêtés en raison de leurs opinions politiques d’opposition. L’un d’eux a indiqué que, lorsqu’il a demandé un avocat, les agents lui ont répondu : « La loi ne s’applique pas dans ces pièces ».
D’après leurs avocats, cinq détenus ont été transférés de leur garde à vue au CNC vers les systèmes judiciaires militaire ou civil, où ils ont été mis en examen pour atteinte à la sûreté de l’État ou outrage au chef de l’État. Deux de ces affaires sont entrées dans la phase de procès et trois en sont aux procédures préliminaires. Huit autres personnes ont été libérées, tandis que trois autres sont toujours en détention.
D’anciens détenus ont rapporté que d’autres personnes pourraient encore être enfermées dans des centres de détention secrets sans accès à leurs familles ou à leurs avocats.
Début septembre 2025, des policiers, des soldats et des hommes en civil ont arrêté au moins 12 députés de l'opposition dans un hôtel de Kinshasa et les ont emmenés au bureau du CNC à l'ONATRA. Les législateurs ont été accusés de soutenir le président de l'Assemblée nationale de l'époque, Vital Kamerhe, que le parti au pouvoir a finalement évincé de son poste. Selon un ancien détenu et des rapports des médias, les détenus ont eu les yeux bandés lorsqu'ils ont été emmenés à l'ONATRA, où ils ont été accusés de corruption. On leur a dit que leur immunité parlementaire n'avait aucune importance avant qu'ils ne soient finalement libérés dans la nuit et tôt le lendemain matin.
Les responsables du CNC ont rencontré Human Rights Watch le 20 novembre et le 5 décembre 2025, et l’un d’eux a déclaré que l’unité a pour rôle de « coordonner les services essentiels » et que ses agents ont le droit d’intervenir si nécessaire. Cependant, le responsable est resté vague sur les détentions, faisant allusion au pouvoir du gouvernement de restreindre la liberté des personnes pour des raisons de sécurité essentielles. En réponse à un courrier de Human Rights Watch, Jean-Claude Bukasa, directeur et coordinateur du CNC, a écrit le 17 février que le CNC « ne dispose d’aucun pouvoir d’arrestation ni de détention » des personnes.
Human Rights Watch a eu un accès limité à un centre de détention du CNC en novembre, en présence de Jean-Claude Bukasa et de ses hauts responsables. Un magistrat militaire et le président de la Commission nationale des droits de l’homme étaient également présents. Bien que contrôlée, la visite a permis à Human Rights Watch de constater les conditions de vie apparentes de certains officiers militaires détenus.
Les opérations d’arrestation et de détention abusives du CNC violent le Code de procédure pénale de la RD Congo et le droit international relatif aux droits humains, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Le droit international définit une disparition forcée comme la privation de liberté par des agents de l’État ou par des individus qui agissent avec l’acquiescement de l’État, suivi par un refus de reconnaître la privation de liberté ou par la dissimulation du sort de la personne ou de l’endroit où elle se trouve. Toutes les victimes de disparitions forcées ont droit à un recours.
Pour les personnes disparues de force, les autorités devraient immédiatement reconnaître leur détention, révéler l’endroit où elles se trouvent et leur permettre d’avoir accès aux membres de leur famille et à un avocat. Les autorités devraient veiller à ce que toutes les personnes placées en détention par le CNC soient immédiatement libérées ou présentées à un juge et que tout maintien en détention soit pleinement conforme au droit congolais et international.
Les autorités devraient enquêter de manière impartiale sur tous les cas signalés de disparition forcée, même ceux des personnes libérées par la suite, et empêcher la répétition de tels abus à l’avenir, a déclaré Human Rights Watch.
« Le gouvernement congolais utilise le Conseil national de cyberdéfense comme mandataire pour procéder à des arrestations et à des détentions de civils pour des raisons de sécurité discutables et nous ne savons toujours pas combien de personnes sont encore en détention », a conclu Lewis Mudge. « Les autorités se doivent de libérer toutes les personnes détenues à tort, d’enquêter sur les opérations du CNC et de mettre fin à ses disparitions forcées. »
Pour plus de détails sur les disparitions forcées pratiquées par le CNC à Kinshasa, veuillez lire la suite.
Conflit armé avec le Rwanda et le M23
La RD Congo est engagée dans un conflit armé dans l’est de son territoire contre les forces gouvernementales rwandaises et le groupe armé M23 responsable d’abus, qui s’est emparé de villes importantes en 2025. Les hostilités se poursuivent malgré des retraits partiels, de multiples cessez-le-feu fragiles et des accords de paix négociés par les États-Unis et le Qatar.
Le Rwanda fournit un soutien militaire direct, y compris des troupes et de la logistique, au M23, d’après des rapports des Nations Unies, de la RD Congo et d’autres gouvernements, ainsi que de Human Rights Watch, entre autres. Le gouvernement congolais appuie les milices Wazalendo responsables d’abus, alimentant les violences dans un contexte d’accusations mutuelles de soutien à des milices supplétives et de menaces pour la stabilité régionale.
Le gouvernement congolais a accusé l’ancien président Joseph Kabila de trahison et de soutien au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo (AFC), une coalition politico-militaire qui inclut le M23 et d’autres opposants au gouvernement congolais. Joseph Kabila, qui s’est rendu dans des zones contrôlées par le M23 en 2025, mais qui vit par ailleurs en exil, a été condamné à mort par contumace en septembre à l’issue d’un procès motivé par des considérations politiques.
Arrestations par le Conseil national de cyberdéfense
Le président Félix Tshisekedi a créé le CNC en 2023 et l’a chargé de coordonner les services liés à la cyberdéfense et au cyberrenseignement. Cependant, à mesure que les hostilités opposant le gouvernement au M23 et aux forces rwandaises se sont intensifiées, l’unité est devenue de plus en plus impliquée dans des arrestations ciblées d’individus soupçonnés de collusion avec Joseph Kabila et les groupes armés d’opposition.
Les arrestations documentées par Human Rights Watch ont généralement eu lieu sans avertissement ni justification légale. Des membres de la Garde républicaine et des policiers en uniforme ou des fonctionnaires en civil sont entrés dans les maisons, parfois la nuit. Dans certains cas, ils ont pointé des armes sur des membres de la famille, y compris sur un enfant dans au moins un cas, et ont exiger l’obéissance sans présenter de mandat ni expliquer les chefs d’accusation. Ils ont pris des téléphones et des effets personnels et ont bandé les yeux de certaines personnes, puis les ont emmenées dans les bureaux du CNC.
La femme d’un détenu a raconté : « Beaucoup d’hommes, y compris des Gardes républicains, sont entrés de force dans notre maison vers 4 h 30 du matin.... Ils ont pointé leurs armes sur mon jeune fils et l’ont obligé à leur indiquer la chambre de son père. » L’homme, arrêté à la mi-décembre, est toujours en détention.
Le Code de procédure pénale de la RD Congo stipule qu’à l’exception des cas impliquant un « flagrant délit », les arrestations ne doivent être effectuées que lorsqu’une autorité judiciaire compétente, telle qu’un juge ou un procureur, a émis un mandat d’arrêt exposant les chefs d’accusation.
Un ancien détenu, qui a passé deux semaines en détention dans les locaux du CNC, a expliqué que des dizaines de policiers l’avaient arrêté, lui et un collègue, à l’extérieur d’un bar à une intersection animée de Kinshasa. Plusieurs policiers les ont fait monter à la hâte dans des véhicules avant de démarrer. Quand une foule a commencé à se former, la police a tiré en l’air pour la disperser.
Un responsable du CNC a déclaré à Human Rights Watch en décembre qu’un seul détenu avait demandé un avocat ; cependant, les détenus et les membres de leurs familles ont contredit cette affirmation. « Mon neveu a disparu [et] nous avons appris [trois jours plus tard] qu’il était détenu au siège du CNC », a expliqué un proche d’un détenu. « Nous avons tenté d’envoyer des avocats pour l’aider, mais on leur a refusé l’accès. » Une personne ayant des liens avec la communauté du renseignement a conseillé à la famille d’essayer de régler le problème par elle-même « parce que le CNC n’autorise pas les avocats ».
Un ancien détenu a raconté : « J’ai dit à l’agent qui voulait m’interroger de me laisser parler à mon avocat, parce que c’est mon droit. » Il a indiqué que l’agent avait répondu : « La loi ne s’applique pas ici, la loi reste à la porte... Vous êtes ici parce que les autres services de renseignement ont échoué, alors ne pensez même pas à un avocat. »
L’article 19 de la Constitution congolaise de 2006, révisée en 2011, garantit explicitement le droit à un avocat « à tous les niveaux de la procédure pénale, y compris l’enquête policière et l’instruction préjuridictionnelle ». L’article 14(3) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques prévoit également le droit de toute personne accusée d’une infraction pénale à un défenseur de son choix.
D’anciens détenus ont décrit que, lors des interrogatoires, les responsables du CNC les ont accusés de complot contre l’État. Un détenu a raconté : « On m’a dit : “Vous êtes ici parce que les autres agences de renseignement n’ont pas fait leur travail. Pourquoi luttez-vous contre le président ?” Ils m’ont accusé d’être un partisan de Joseph Kabila, mais ils avaient seulement quelques éléments de mon compte Facebook remontant à plusieurs années. »
Un autre ancien détenu a expliqué que, bien qu’il n’ait pas été battu ou maltraité physiquement, il a eu peur d’être tué chaque fois qu’il avait les yeux bandés et qu’il était transféré entre les lieux de détention.
Le responsable du CNC a indiqué à Human Rights Watch en novembre que la Commission Nationale des Droits de l’Homme était le point de contact désigné entre le CNC et les familles des détenus. Même si certains membres des familles ont pu contacter des proches détenus par l’intermédiaire de la Commission, il incombe au gouvernement et au CNC d’informer du lieu où se trouvent les détenus et de garantir l’accès à leurs avocats et à leurs proches, a déclaré Human Rights Watch.
La plupart des membres des familles interrogés n’ont pas réussi à retrouver leurs proches lorsqu’ils étaient détenus par le CNC. Des membres de famille de personnes victimes de disparitions forcées ont indiqué qu’ils avaient écrit aux autorités locales et nationales pour demander où se trouvaient leurs proches afin qu’ils puissent leur rendre visite, mais qu’ils n’avaient reçu aucune information.
Certains membres des familles ont finalement obtenu confirmation que leurs proches étaient détenus par le CNC par des moyens informels. « Mon neveu a disparu un mercredi », a raconté un membre de la famille. « Nous l’avons cherché dans toutes les prisons de la ville sans succès.Ce n’est que trois jours plus tard que nous avons appris par des voies informelles qu’il était détenu au CNC, dans le bâtiment de l’ONATRA [agence des transports]. Cependant, personne n’a confirmé sa présence là-bas. » La famille n’a pu vérifier cette information qu’après sa libération deux semaines plus tard.
Certains anciens détenus ont expliqué qu’ils ont été libérés d’une manière presque aussi arbitraire que pour leur arrestation et ont été contraints de signer des déclarations selon lesquelles ils n’agiraient pas contre le gouvernement.
« On m’a amené dans une pièce et on m’a dit de signer un document », a raconté un ancien détenu. « Celui-ci déclarait que je ne critiquerais pas le président, que je mettrais fin à tout activisme politique, que je ne troublerais pas l’ordre public et que je ne parlerais pas de ma détention au CNC. On m’a informé que si je rompais ce contrat, il serait utilisé contre moi, et on m’a dit que je ne partirais pas tant que je ne l’aurais pas signé. Aujourd’hui encore, ce document me fait penser que je suis suivi. »
À la fin de l’année 2025 et au début de l’année 2026, au moins cinq affaires ont été transférées au bureau du procureur général ou au bureau du procureur militaire. Les détenus ont été envoyés soit à la prison centrale de Makala, soit à la prison militaire de Ndolo en attendant les audiences préliminaires. On ignore si les arrestations et les détentions illégales des accusés seront prises en compte dans les procédures judiciaires.
Le 8 janvier, le ministre de la Justice Guillaume Ngefa a déclaré lors d’une conférence de presse que pour les arrestations liées à la sûreté de l’État, le ministère de la Justice veille à ce que les procédures soient légalisées aussi vite que possible. Il a précisé que, sur le plan administratif, les arrestations peuvent prendre du temps jusqu'a ce que les enquêtes aboutissent. Human Rights Watch n’a pas constaté que ces cas aient été traités avec le respect nécessaire pour une procédure régulière.
10.03.2026 à 20:45
Human Rights Watch
(Johannesburg) - Les autorités zimbabwéennes ont intensifié leur répression contre les personnes ayant critiqué un projet d’amendement constitutionnel présenté par le parti au pouvoir, l'Union nationale africaine du Zimbabwe - Front patriotique (ZANU-PF), a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch ; cet amendement viserait à prolonger le mandat du président Emmerson Mnangagwa. Ce projet d'amendement a suscité une opposition considérable de la part de personnes qui le considèrent comme une atteinte à la démocratie du pays.
En vertu de la Constitution, le président Mnangagwa devrait quitter ses fonctions en 2028 après avoir accompli deux mandats de cinq ans. Cependant, le 16 février, à la suite d'une résolution controversée du ZANU-PF, le gouvernement a publié au Journal officiel l'amendement constitutionnel n° 3. Cet amendement prolongerait le mandat du président et du parlement de cinq à sept ans, reportant ainsi les élections de 2028 à 2030.
« Les dirigeants du Zimbabwe devraient démontrer leur attachement à l'état de droit en respectant la Constitution du pays, ainsi que ses obligations internationales en matière de droits humains relatives à la liberté d'expression et de réunion », a déclaré Idriss Ali Nassah, chercheur senior auprès de la division à Afrique à Human Rights Watch. « La société civile, les experts juridiques et les citoyens ordinaires devraient être autorisés à exprimer pacifiquement leurs opinions, sans crainte de représailles. »
Au cours des derniers mois, des policiers et des hommes armés non identifiés ont menacé, harcelé et passé à tabac plusieurs personnes opposées au projet d'amendement constitutionnel.
Le 1er mars, à Harare, environ 5 à 10 hommes armés portant des cagoules ont fait irruption dans les bureaux de l'Assemblée constitutionnelle nationale (National Constitutional Assembly, NCA), un parti politique d'opposition. Selon Lovemore Madhuku, éminent avocat et dirigeant de la NCA, certains de ces hommes ont agressé des membres qui s'étaient réunis pour une réunion, dont Lovemore Madhuku qui a été blessé. Il avait précédemment saisi la Cour constitutionnelle afin de faire suspendre le processus de révision constitutionnelle.
Lovemore Madhuku a déclaré à Human Rights Watch que les hommes l'avaient accusé de « vouloir créer des problèmes dans le pays » et lui avaient demandé pourquoi il s'opposait au projet d’amendement. Il a expliqué que les hommes s'étaient identifiés comme des policiers et avaient accusé son parti d'organiser une « réunion non autorisée ».
Lovemore Madhuku a ajouté que ces hommes avaient utilisé les longues matraques couramment utilisées par la police, pour le frapper dans le dos et à la tête et lui asséner des coups au visage. Il a également déclaré que des agents en uniforme étaient restés postés à l'extérieur dans leurs véhicules banalisés. Après l'attaque, a déclaré Madhuku, les hommes sont partis dans deux véhicules banalisés, suivis par deux véhicules de la police de la République du Zimbabwe. Dans un communiqué publié sur X, la police a déclaré que ses agents « n'étaient pas impliqués dans l'incident présumé » et qu'elle « souhaitait savoir ce qui s'était réellement passé ».
Un autre groupe de la société civile, le Constitutional Defenders Forum, a déclaré que le 27 février, la police lui avait remis une lettre lui ordonnant d'annuler sa réunion d'ouverture prévue le lendemain, car elle n'était pas conforme à la loi sur le maintien de la paix et de l'ordre. Le Forum est une initiative citoyenne qui s'engage à défendre la Constitution, le constitutionnalisme et l'état de droit au Zimbabwe.
En vertu de la loi sur le maintien de la paix et de l'ordre, les organisations qui prévoient de tenir une réunion doivent en informer la police par écrit sept jours à l'avance pour les défilés et les manifestations, et cinq jours à l'avance pour les réunions publiques. Le Forum affirme avoir respecté cette obligation. La police a fréquemment et sélectivement utilisé cette exigence pour refuser à la société civile et à l'opposition l'autorisation d'organiser des réunions et de se mobiliser.
Le 5 mars, le Forum a publié sur les réseaux sociaux une vidéo géolocalisée par Human Rights Watch, montrant des policiers armés dans plusieurs véhicules devant le cabinet d'avocats de Tendai Biti, le dirigeant du Forum, à Harare. Dans un message publié sur X, le Forum a rapporté que des hommes armés avaient assiégé les locaux de Biti, agressé des personnes qui s'y trouvaient et proféré des menaces de mort à son encontre.
La police a admis avoir déployé des agents dans les bureaux de Tenda Biti « pour maintenir l'ordre public », mais a nié les allégations d'agression. Biti a déclaré à Human Rights Watch que les autorités avaient décidé de « déclencher la violence et de placer le pays en état de siège » afin de faire taire les voix dissidentes.
Le 28 octobre 2025, les bureaux du Southern African Political Economy Series (SAPES) Trust à Harare ont été gravement endommagés lors d'un incendie criminel présumé. Les assaillants auraient enlevé le gardien de nuit et verrouillé les portes de la propriété avec de nouveaux cadenas avant de s'enfuir. L'attaque a eu lieu quelques heures avant que le SAPES n'accueille un dialogue entre la société civile et les dirigeants de l'opposition en réponse à la tentative du ZANU-PF de prolonger le mandat du président Mnangagwa.
Quelques heures plus tard, la police et des partisans présumés du ZANU-PF auraient interrompu un événement similaire intitulé « Carrefour constitutionnel : les citoyens réagissent à la crise constitutionnelle au Zimbabwe » à Bulawayo.
Les autorités devraient mener une enquête appropriée sur toutes ces attaques présumées et poursuivre les responsables d'abus, y compris les membres des forces de sécurité, a déclaré Human Rights Watch. De manière plus générale, le Zimbabwe devrait réformer les responsabilités et les procédures de ses forces de sécurité afin de garantir qu'elles agissent de manière professionnelle et conformément à la loi.
Le Zimbabwe devrait respecter les droits à la liberté d'expression et de réunion, tels que prévus par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, instruments qu'il a ratifiés.
« Les membres de la société civile et de l'opposition politique devraient être autorisés à agir librement et à se mobiliser contre les propositions du gouvernement », a conclu Idriss Ali Nassah. « Les amendements constitutionnels devraient faire l'objet d'un débat équitable et ouvert, sans crainte de répression. »
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Articles
RFI AfricaRadio
10.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Washington) – Les forces de sécurité haïtiennes et des prestataires privés qui travaillent avec elles ont mené des frappes meurtrières à grande échelle et apparemment illégales à l’aide de drones, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Ces frappes, dont certaines semblent avoir été des exécutions extrajudiciaires délibérées, ont été menées à l’aide de drones quadricoptères équipés d’explosifs dans des zones urbaines densément peuplées, tuant et blessant dans certains cas des dizaines de personnes, y compris des enfants et d’autres habitants qui n’étaient pas membres de groupes criminels.
Selon les données provenant de plusieurs sources examinées par Human Rights Watch, au moins 1 243 personnes ont été tuées par des frappes de drones lors de 141 opérations entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier 2026, dont au moins 43 adultes qui n’appartenaient apparemment pas à des groupes criminels et 17 enfants. Les données montrent également que les frappes de drones ont blessé 738 personnes, dont au moins 49 n’appartenaient pas à des groupes criminels.
« Des dizaines de personnes ordinaires, dont de nombreux enfants, ont été tuées et blessées lors d’opérations de drones meurtrières », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Les autorités haïtiennes devraient d’urgence encadrer les forces de sécurité et les prestataires privés qui travaillent pour elles, avant que d’autres enfants ne meurent. »
Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti a attribué les attaques de drones en Haïti à une « Task Force » (force opérationnelle) créée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et opérant avec le soutien de l’entreprise militaire privée Vectus Global. L’ambassadeur des États-Unis en Haïti a confirmé que le Département d’État américain avait délivré une licence à Vectus Global pour exporter des services de défense vers Haïti.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq proches de personnes tuées ou blessées lors d’une attaque perpétrée le 20 septembre 2025, ainsi que six acteurs communautaires, médecins et autres personnes qui se sont rendues sur place, ont parlé aux victimes ou les ont soignées après les faits. Les chercheurs se sont également entretenus avec le proche d’une femme tuée lors d’une autre frappe de drone le 1er janvier 2026. Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) et le Comité de protection des enfants de la Cité de l’Éternel (Komite pwoteksyon pou timoun Site Letènèl, KPTSL), deux organisations de la société civile haïtienne, ont facilité les entretiens avec les proches.
Lors de l’attaque du 20 septembre, un drone équipé d’un dispositif explosif a détoné près du complexe sportif et culturel « Nan Pak » dans le quartier Simon Pelé de Port-au-Prince, la capitale, où des enfants s’étaient rassemblés pour une distribution de cadeaux organisée par le groupe criminel Simon Pelé. Human Rights Watch a constaté que 10 personnes qui n’étaient pas membres de groupes criminels, dont 9 enfants âgés de 3 à 12 ans, ont été tuées.
Le nombre d’attaques de drone armés à Port-au-Prince a considérablement augmenté ces derniers mois, avec 57 attaques signalées entre novembre et le 21 janvier, soit près du double des 29 attaques enregistrées entre août et octobre. Plus de 40 % des meurtres signalés ont eu lieu entre le 1er décembre et le 21 janvier. Le nombre moyen de personnes tuées par opération est de 8,8, l’opération la plus meurtrière ayant fait 57 victimes.
Les attaques ont eu lieu dans neuf communes du département de l’Ouest: Cabaret, Cité Soleil, Croix-Des-Bouquets, Delmas, Kenscoff, Léogâne, Pétion-Ville, Port-au-Prince et Tabarre. Human Rights Watch a révisé des données provenant de nombreuses sources concernant ces opérations.
Click to expand Image Répartition géographique des opérations de drones armés signalées par commune dans le département de l’Ouest en Haïti entre le 1er mars 2025 et le 21 janvier 2026. Source : analyse de Human Rights Watch des attaques signalées par des organisations opérant en Haïti. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch.Certaines personnes vivant à Port-au-Prince ont dit à Human Rights Watch que les drones sont une source constante de terreur, empêchant certaines personnes de quitter leur domicile. « Je vis avec cette peur, cette anxiété, tout le temps », a déclaré une commerçante vivant à Martissant. « Je prie pour que les drones ne soient plus dans notre région. »
Ni le Premier ministre Fils-Aimé, ni la Police nationale d’Haïti, ni la société militaire privée Vectus Global n’ont répondu aux demandes de commentaires de Human Rights Watch.
Les chercheurs ont reçu des informations concernant deux essais échoués de drones armés par des membres de groupes criminels en mai 2025. La Direction centrale de la Police judiciaire mène une enquête sur des personnes qui auraient été impliquées dans le trafic de drones via la République Dominicaine pour le compte de groupes criminels. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti a signalé que des chefs de groupes criminels avaient tenté d’utiliser et d’acquérir des drones. Cependant, les chercheurs n’ont trouvé aucune preuve d’une utilisation généralisée par les groupes criminels.
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par Haïti, protège le droit à la vie. En vertu des normes internationales en matière de droits humains, les États sont tenus de veiller à ce que les agents des forces de l’ordre, y compris ceux employés par des entreprises de sécurité privées travaillant pour le gouvernement, s’efforcent de minimiser les blessures et de préserver la vie humaine.
L’utilisation délibérée et meurtrière d’armes à feu et d’autres armes n’est autorisée que lorsqu’elle est strictement inévitable pour protéger la vie d’une personne. Tout recours à la force, y compris la force non létale, doit être à la fois nécessaire et proportionnel.
Les autorités haïtiennes n’ont donné aucune indication laissant penser que les frappes de drones répondaient à une menace pour la vie qui aurait pu justifier l’usage délibéré et létal de la force par le biais de telles attaques. Au contraire, plusieurs de ces attaques semblent être des tentatives visant à cibler et à tuer des personnes dans des circonstances qui s’apparentent à des exécutions extrajudiciaires illégales.
Les autorités haïtiennes et tous les acteurs militaires privés qui collaborent avec elles devraient mettre en place des garanties solides afin de veiller à ce que tout recours délibéré à des drones armés d’explosifs ou d’autres armes ne se produise que dans les circonstances très limitées où le droit relatif aux droits humains l’autorise.
Les autorités devraient également enquêter de manière transparente sur toutes les allégations d’exécutions illégales, poursuivre les responsables et indemniser les familles touchées. Elles devraient clarifier publiquement la structure de commandement relative aux attaques de drones et le rôle que jouent les sociétés militaires privées dans ces opérations.
La Force de répression des gangs (FRG, ou GSF en anglais), une force internationale autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU et créée pour aider à combattre les groupes criminels en Haïti, devrait s’abstenir de fournir tout soutien opérationnel aux forces de sécurité haïtiennes jusqu’à ce que des garanties adéquates soient mises en place pour prévenir les homicides illégaux, et devrait exiger la transparence et la responsabilité des autorités haïtiennes comme condition à toute coopération de ce type.
Human Rights Watch a déjà documenté l’utilisation de drones quadricoptères armés dans des attaques contre des civils dans des zones peuplées dans le contexte des conflits armés en Ukraine et au Soudan. Human Rights Watch n’a connaissance d’aucune autre situation où des drones quadricoptères armés d’explosifs ont été utilisés à plusieurs reprises dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre.
« Il est essentiel de rétablir la sécurité en Haïti », a déclaré Juanita Goebertus. « Mais les attaques illégales à l’aide de drones armés ajoutent une nouvelle dimension aux violences qui dévastent déjà les communautés depuis des années. »
L’attaque du 20 septembre et ses conséquences
Le quartier densément peuplé de Simon Pelé, où a eu lieu l’attaque du 20 septembre 2025, est contrôlé par le groupe criminel Simon Pelé. Ce groupe impose ses propres règles et mécanismes d’application et commet de graves abus contre la population, notamment des meurtres et des violences sexuelles. Les habitants ont déclaré que leurs téléphones étaient régulièrement fouillés, tant à leur domicile que lorsqu’ils tentaient de quitter le quartier, et qu’ils craignaient d’être tués si le groupe les soupçonnait de coopérer avec la police.
De nombreuses familles vivant dans l’extrême pauvreté dépendent de l’aide distribuée par le groupe criminel, ont déclaré des habitants et des responsables communautaires. « Vous parlez d’une zone où il n’y a aucun service : pas d’école, pas de soins de santé, pas d’assainissement », a dit Rosy August Ducena, directrice de programme pour le RNDDH. « La plupart des gens y vivent en dessous du seuil de l’extrême pauvreté. »
Le jour de l’attaque, le chef du groupe criminel Simon Pelé, Albert Steevenson, alias Djouma, s’apprêtait à distribuer des cadeaux aux enfants dans un complexe récréatif dans le cadre de la célébration de son anniversaire. Les acteurs communautaires ont déclaré que de telles célébrations sont une pratique courante chez les groupes criminels. Des vidéos vérifiées par des chercheurs confirment que le complexe récréatif, un vaste espace semi-fermé orné de fresques colorées, avait déjà été utilisé comme salle de concert et continuait, depuis l’attaque, à servir de lieu de distribution de cadeaux et de complexe récréatif en plein air pour les enfants.
Click to expand Image Emplacement d’une attaque de drone armé dans le quartier Simon Pelé de Port-au-Prince le 20 septembre 2025. Source : Limites administratives : Centre National de l’Information Géo-Spatiale (CNIGS). Bien que Simon Pelé soit officiellement classé comme un quartier de la commune de Delmas, la majorité des sources locales le considèrent comme faisant partie de Cité Soleil. Section du service d’information sur le terrain (FISS) de l’OCHA. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch. Click to expand Image Géolocalisation par Human Rights Watch d’une attaque de drone armé dans le quartier de Simon Pelé de Port-au-Prince le 20 septembre 2025. Image : 28 septembre 2025 © 2026 Planet Labs PBC. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch.Les personnes avec lesquelles Human Rights Watch s’est entretenu ont déclaré que bon nombre des enfants touchés jouaient près du complexe, attendant la distribution des cadeaux ou accompagnant des gardiens qui y faisaient des courses. Les membres de la famille et les témoins ont décrit une scène de chaos et de panique lorsque l’explosion s’est produite, avec des dizaines de blessés attendant de l’aide.
Selon Médecins Sans Frontières, au moins 17 personnes blessées dans l’attaque ont été soignées dans des hôpitaux ce jour-là. Parmi elles, 9, dont 3 enfants, sont décédées. Une médecin qui a soigné les victimes a déclaré que les blessures les plus courantes qu’elle avait observées étaient des amputations traumatiques partielles et complètes, la plupart des patients qu’elle avait soignés ayant perdu au moins un membre et ayant des fractures ouvertes et complexes.
La médecin a ajouté que les blessures par fragmentation causées par l’explosion étaient également fréquentes. Les blessures les plus graves semblaient avoir été causées par un traumatisme contondant, l’explosion ayant très probablement projeté des personnes contre des objets ou des bâtiments ou provoqué la chute d’objets sur elles.
Les membres des familles ont déclaré que l’attaque s’était produite juste à l’extérieur du complexe récréatif entre 19 h et 20 h 30. Les résidents touchés ont déclaré qu’ils se trouvaient à proximité du complexe, certains d’entre eux faisant des courses pendant que leurs enfants jouaient dans la zone proche du site de distribution de cadeaux, lorsque l’explosion s’est produite.
Une résidente qui a perdu sa fille de 3 ans et son mari, un artisan qui travaillait à l’extérieur sur le site de l’explosion, a déclaré :
J’ai entendu le bruit de l’explosion […] Mon conjoint et ma fille étaient ensemble, dans un espace où mon conjoint [confectionne] son artisanat.… Il y avait de la panique, je voulais aller voir ce qui s’était passé […] Je n’avais pas vu [leurs corps] sur place. J’ai vu du sang dans les espaces où ils se trouvaient […] On m’a emmenée à l’hôpital Terre Noire pour les voir. Quand je les ai vus, le pied de ma fille était broyé, et elle avait d’autres trous dans son corps. [Mon conjoint] aussi avait un pied broyé, aussi beaucoup de trous de projectiles, dans son cou.
Une autre femme, dont la fille de 6 ans a été tuée, a déclaré qu’elle faisait la lessive chez elle, près du complexe « Nan Pak », et qu’elle était sortie brièvement pour acheter de la nourriture pendant que sa fille jouait à proximité : « Lorsque je suis arrivée vers la marchande, j’ai entendu une explosion. C’était le chaos, les gens étaient mutilés, il y avait des bruits partout […] C’était plein d’enfants, beaucoup de personnes étaient mortes. »
Elle a immédiatement enterré sa fille, seule, expliquant qu’elle était trop sous le choc pour attendre de l’aide. « Son visage, sa cage thoracique, et même au niveau de son cœur, tout cette partie avait été atteinte. », a-t-elle déclaré.
Un habitant arrivé peu après l’explosion a vu une femme assise sur le site avec son bébé. « L’explosion avait enlevé les deux pieds du bébé. », a-t-il déclaré. « Deux femmes et un homme ont aussi perdu leurs pieds, au moment. Je ne suis pas arrivé tout de suite, donc il devait y avoir encore plus de blessés avant. »
Une autre femme a déclaré que sa fille de 21 ans avait été blessée alors qu’elle achetait de la nourriture près du complexe. Un fragment de métal propulsé par l’explosion a traversé le corps de sa fille, la touchant près de la hanche et ressortant par son dos, a-t-elle dit. Sa fille a survécu, mais a passé 22 jours à l’hôpital.
Une membre de la communauté d’un autre quartier de Cité Soleil a déclaré avoir accepté de s’occuper de jumeaux de 3 ans lorsque leur père lui a appris que leur mère avait été tuée dans l’attaque.
Click to expand Image Lieu de l'impact d'un drone où au moins 8 enfants ont été tués et 6 autres blessés, Port-au-Prince, Haïti, 22 septembre 2025. © 2025 Pierre Luxama/AP PhotoL’analyse par Human Rights Watch des images et vidéos pris après l’attaque indique que les dégâts correspondent à l’explosion d’un dispositif contenant des explosifs puissants et des fragments préformés. Les dégâts correspondent également à la charge explosive puissante dont sont capables les drones quadricoptères utilisés en Haïti, compte tenu de leur taille et de leur poids.
Plusieurs habitants ont déclaré que l’explosion s’était produite dans une zone où vivaient de nombreuses familles. La femme qui a perdu sa fille de 6 ans a déclaré : « Dans les espaces où se trouvent les gangs, il y a des personnes innocentes, des personnes qui élèvent leurs enfants, qui prennent des directions normales. »
Certains habitants ont déclaré que les membres des groupes criminels avaient empêché les familles de récupérer les corps ou d’enterrer leurs proches, visant, selon eux, à maintenir le contrôle sur le quartier et les informations relatives aux attaques de drones.
Un homme, dont le fils de 43 ans vendait des jus de fruits dans le quartier et a été tué, a dit que certains membres du groupe criminel avaient transporté des blessés à l’hôpital voisin dans leurs voitures. Il a précisé que son fils ne faisait pas partie du groupe criminel.
Le père d’un homme qui a été tué et plusieurs autres ont déclaré que le groupe criminel avait organisé et contrôlé l’accès à des funérailles dans le complexe « Nan Pak ». « Nous ne pouvions que regarder de l’extérieur, observer comme n’importe quel passant, comme si nous n’étions personne », a déclaré le père. Certains habitants ont déclaré que seules les personnes qui avaient accepté de l’argent ou le soutien du groupe criminel avaient été autorisées à assister aux funérailles.
La femme qui a perdu sa fille et son conjoint a déclaré qu’elle n’avait pas les moyens de payer les funérailles et qu’elle avait dû laisser leurs corps à la morgue.
Les habitants avec lesquels Human Rights Watch s’est entretenu en novembre 2025 ont déclaré que des drones continuaient de survoler la communauté quotidiennement. Une habitante a déclaré avoir vu des drones « à longueur de journée, tous les jours » et que les gens gardaient leurs enfants près d’eux lorsqu’ils les voyaient, par crainte de ce qui s’était passé le 20 septembre.
Frappe du 1er janvier et autres attaques
Human Rights Watch s’est entretenu avec une témoin d’une autre frappe de drone qui a eu lieu le 1er janvier 2026 dans le centre-ville de Port-au-Prince et qui a tué au moins une personne qui n’était pas membre d’un groupe criminel. Human Rights Watch a confirmé la date et le lieu de la frappe de drone auprès d’une source disposant d’informations fiables sur les opérations de drones.
Une commerçante a déclaré qu’entre 12 h 30 et 13 h, elle se rendait avec sa cousine au centre-ville de Port-au-Prince dans des véhicules séparés lorsqu’elle a vu un drone tomber et exploser sur le camion qui transportait sa cousine.
Cette femme a fui l’explosion, mais elle est revenue sur les lieux quelques minutes plus tard, où elle a trouvé sa cousine morte. Elle a déclaré qu’elle n’avait pas pu récupérer le corps, car elle aurait dû payer les groupes criminels pour obtenir la dépouille.
Elle a déclaré n’avoir vu ni entendu aucun signe de menace avant l’explosion. « J’étais au téléphone avec ma cousine quand l’explosion est arrivée, donc je savais que [sa camionnette] avait été touchée, mais je ne sais pas pourquoi ils l’ont frappée », a-t-elle déclaré.
Human Rights Watch a également examiné et analysé des vidéos et des images montrant l’utilisation de drones quadricoptères explosifs dans d’autres attaques présumées contre des personnes, des véhicules et des bâtiments à Port-au-Prince.
Compilation vidéo mise en ligne sur le réseau social X le 16 juin 2025, montrant quatre drones quadricoptères frappant un bâtiment à Martissant.
Les vidéos analysées par Human Rights Watch montrent des drones quadricoptères volant vers leur cible et explosant au moment de l’impact ou quelques instants avant. Les vidéos géolocalisées par Human Rights Watch montrent des attaques de drones quadricoptères contre des personnes dans la rue, ainsi que contre des bâtiments et des véhicules dans les quartiers de Martissant et Village de Dieu à Port-au-Prince. Une vidéo mise en ligne sur les réseaux sociaux le 17 juin montre en direct quatre drones quadricoptères frappant des personnes et deux bâtiments à Martissant.
Vidéo mise en ligne sur réseau social X le 31 mai 2025, montrant une attaque de drone armée dans une cour à Village de Dieu.
Dans une autre vidéo, un drone filme un drone quadricoptère volant vers une cour à Village de Dieu et explosant juste au-dessus du sol. Neuf personnes, dont deux semblent être armées, se précipitent pour se mettre à l’abri peu avant l’explosion du drone. La vidéo ne montre pas les personnes attaquées commettre des actes de violence ou sembler représenter une menace imminente pour la vie avant l’attaque. La vidéo ne permet pas de déterminer si des personnes ont été blessées ou tuées. La vidéo passe ensuite à une route, également à Village de Dieu, où un drone suit un véhicule avec sa caméra. Un deuxième drone frappe la voiture.
Click to expand Image Capture d’écran d’une vidéo mise en ligne sur le réseau social X le 28 novembre 2025, montrant un drone quadricoptère au sol et ce qui semble être une munition imprimée en 3D non explosée.Les chercheurs ont également examiné des photos et des vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrant des drones quadricoptères retrouvés au sol, apparemment dans la capitale haïtienne, ainsi que ce que semblent être des munitions non explosées. Ces munitions ressemblent à des modèles de munitions pour drones imprimées en 3D que l’on peut trouver en ligne. Les chercheurs n’ont pas pu confirmer l’emplacement des drones et des munitions en raison du manque d’informations géographiques dans les images.
Les munitions non explosées laissées par des drones armés qui ne fonctionnent pas présentent des risques graves et peuvent entraîner des pertes humaines directes ou des blessures graves pouvant causer une invalidité permanente ou des cicatrices à vie et des traumatismes psychologiques.
Les forces de sécurité et le rôle des entrepreneurs privés
Le 1er mars 2025, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé que lui-même et le Conseil présidentiel de transition avaient créé une « force opérationnelle » (« Task Force ») chargée de mettre terme à l’avancée des groupes criminels. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti a dit que le Cabinet du Premier ministre, l’Unité de sécurité du Premier ministre et l’Unité de sécurité générale du Palais national coordonnaient la « Task Force », qui est responsable des opérations de drones.
Le Premier ministre a déclaré que le groupe de travail était initialement dirigé par l’inspecteur général de la police, Vladimir Paraison. Paraison est devenu chef par intérim de la Police nationale d’Haïti le 8 août 2025. À partir du 4 janvier 2026, la police et Paraison ont publié sur des informations sur les réseaux sociaux concernant plusieurs opérations conjointes entre la police et la « Task Force ».
Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti et d’autres sources bien informées ont déclaré que la « Task Force » opérait avec le soutien de Vectus Global, une entreprise militaire privée dirigée par Erik Prince. L’ancienne entreprise militaire privée de Prince, Blackwater, a été impliquée dans des crimes graves en Irak en septembre 2007, lorsque ses employés ont ouvert le feu sur des civils irakiens, tuant 17 personnes.
Prince a déclaré que Vectus Global avait signé un contrat d’un an avec le gouvernement de transition haïtien et avait engagé des opérateurs salvadoriens pour aider la police haïtienne à utiliser des drones armés.
Human Rights Watch a envoyé des lettres au Premier ministre haïtien, à la Police nationale d’Haïti et à Vectus Global pour leur faire part de ses conclusions sur les attaques de drones documentées et leur demander une réponse. Au moment de la rédaction du présent rapport, aucun d’entre eux n’avait répondu.
Click to expand Image Emblème visible sur les vidéos mises en ligne sur la chaîne « Haitian Security Task Force » sur le réseau social X.Human Rights Watch a également analysé deux vidéos mis en ligne en mai 2025 sur une page X intitulée « Haitian Security Task Force » (Force opérationnelle haïtienne pour la sécurité) montrant six frappes de drones, dont deux ont été géolocalisées par les chercheurs à Port-au-Prince. Les vidéos sont superposées d’un emblème sur lequel on peut lire « Task Force Haïti Sécurité ». Une source qui a archivé les images et les a partagées avec les chercheurs de Human Rights Watch a déclaré que la page avait publié un premier message le 8 mai et avait été supprimée le 26 mai.
Le Premier ministre Fils-Aimé a déclaré au Wall Street Journal en août 2025 que les opérations de drones avaient « arrêté l’hémorragie » et poussé les membres des groupes criminels à se cacher. Il a également déclaré que « la sécurité des citoyens innocents est une priorité du gouvernement » et que « la mort d’un seul civil est une mort de trop ». Cependant, au moment de la rédaction du présent rapport, les familles des victimes interrogées ont déclaré n’avoir eu aucun contact avec les autorités gouvernementales au sujet des meurtres, ni accès à la justice ou à des réparations.
Droit international applicable en matière de droits humains
Au moins certaines des frappes de drones analysées par Human Rights Watch semblent avoir été des tentatives d’exécutions extrajudiciaires. Les responsables haïtiens n’ont fait aucune déclaration qui tendrait à contredire cette analyse et n’ont pas répondu à la demande de commentaires sur ce point et d’autres. Les exécutions extrajudiciaires constituent des violations illégales du droit à la vie et du droit à un procès équitable en vertu du droit international, et les responsables de ces meurtres doivent être tenus pour responsables.
En vertu du droit international relatif aux droits humains, l’usage délibéré et létal de la force dans le cadre de l’application de la loi ne peut être autorisé que lorsqu’il est inévitable pour protéger des vies. Certains experts de l’ONU ont averti que l’utilisation de drones pouvait dépersonnaliser le maintien de l’ordre, rendant plus difficile la garantie d’un usage minimal et approprié de la force, en particulier dans les environnements urbains complexes et densément peuplés.
Un livre de ressources de l’ONU sur l’usage de la force et des armes à feu dans le cadre de l’application de la loi note que les « armes militaires » – qui comprennent les drones quadricoptères équipés d’explosifs conçus pour attaquer des cibles et produire des effets de zone – « peuvent être inappropriées pour l’application de la loi et, compte tenu de leur nature, elles peuvent rendre plus difficile le respect de l’obligation d’utiliser la force minimale nécessaire pour atteindre l’objectif légitime de l’application de la loi ».
Le guide précise en outre que les instruments militaires « de type offensif » ne devraient généralement « pas être utilisés dans le cadre du maintien de l’ordre » et que, « s’ils sont nécessaires dans une situation particulière, ils ne doivent être utilisés que par une unité spéciale formée à leur utilisation, sous une supervision particulière et après une autorisation stricte au plus haut niveau ».
Les autorités haïtiennes devraient s’abstenir d’utiliser des drones armés équipés d’explosifs, en raison de la difficulté d’utiliser ces armes d’une manière conforme à l’obligation d’utiliser la force minimale nécessaire pour atteindre un objectif légitime de maintien de l’ordre. L’utilisation d’explosifs conçus pour produire des effets létaux sur une zone, y compris avec des fragments préformés ou naturels, devrait au minimum être sévèrement restreinte dans les opérations de maintien de l’ordre.
Toute utilisation supplémentaire ou proposée de ce type de drones armés et des différents types de munitions explosives qu’ils transportent devrait faire l’objet d’une évaluation formelle et approfondie afin de déterminer si et dans quelles circonstances ces armes pourraient être utilisées d’une manière conforme aux normes internationales en matière de droits humains.
Toute évaluation devrait inclure une évaluation technique, tenant compte des limites, de la fiabilité et de la précision des drones ; une évaluation de leurs effets, y compris les risques liés à l’utilisation d’explosifs dans les villes et les agglomérations ; et une évaluation de l’impact global potentiel de leur utilisation sur les droits humains.
Les autorités devraient également garantir la transparence et l’obligation de rendre des comptes en cas de décès illégal résultant d’une opération de sécurité, et mener des enquêtes rapides, approfondies et indépendantes afin de divulguer, dans la mesure du possible, le nombre et l’identité des victimes, et fournir une réparation adéquate en cas de violations.
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Articles
RFI L’actualité Ouest France
Le Devoir Sud-Ouest Le Nouvelliste
Courrier international
Radio
France Inter
10.03.2026 à 05:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Un groupe armé lié à Al-Qaïda a sommairement exécuté dix chauffeurs routiers longue distance et deux apprentis chauffeurs routiers adolescents fin janvier 2026 dans le sud-ouest du Mali, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Ces meurtres, commis lors d'une attaque contre un convoi de camions-citernes, constituent des crimes de guerre manifestes.
Le 29 janvier, des combattants du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM ou Jama'at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen, JNIM) ont attaqué un convoi d’au moins 40 camions-citernes escorté par l'armée en route pour la ville de Kayes, dans la région de Kayes. Des témoins ont déclaré que les combattants du GSIM avaient tiré sur le convoi, que les soldats avaient riposté, puis qu'ils avaient incendié au moins 12 camions et exécuté les chauffeurs et leurs apprentis. Les corps des victimes ont été retrouvés deux semaines plus tard, les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée.
« L'exécution sommaire de 12 chauffeurs de camions par le GSIM est le dernier exemple en date de la dépravation de ce groupe armé et de son mépris pour les principes juridiques de base », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Tous les groupes armés sont tenus de protéger les civils en vertu du droit international. »
Entre le 30 janvier et le 28 février, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 12 personnes, dont trois témoins de l'attaque, un proche d'une des victimes et huit journalistes, responsables syndicaux et villageois. Human Rights Watch a également géolocalisé une vidéo partagée en ligne le 29 janvier qui montre au moins 11 camions-citernes incendiés ou encore en flammes sur la route, à environ sept kilomètres au sud du village d'Ambidédi.
Click to expand Image Lieu de l'attaque du convoi. Graphique © 2026 Human Rights WatchDans un communiqué publié le jour de l'attaque, le GSIM a revendiqué avoir pris pour cible les troupes maliennes entre Diboli et Kayes, mais n'a fourni aucune autre information. Les autorités maliennes n'ont fait aucune déclaration publique sur cet incident et n'ont pas répondu à une lettre envoyée par Human Rights Watch le 2 mars pour recueillir leurs commentaires.
Depuis septembre 2025, le GSIM a coupé l'approvisionnement en carburant du Mali, bloquant et attaquant les convois de camions-citernes en provenance des pays voisins et provoquant de graves pénuries qui ont interrompu les transports, perturbé l'approvisionnement en électricité, fait grimper les prix et paralysé la vie quotidienne à Bamako, la capitale, ainsi qu’ailleurs. Bina Diarra, connu sous le nom d'Abou Houzeifa Al-Bambari, l'un des hauts dirigeants du GSIM au Mali, a déclaré à tort dans une vidéo de novembre 2025 que tous les véhicules de transport de carburant étaient des « cibles militaires ».
Trois chauffeurs de camion et d'autres témoins ont expliqué que le convoi avait quitté Dakar, au Sénégal, le 27 janvier et avait traversé la frontière pour rejoindre Diboli, au Mali, le 28 janvier. Ils ont déclaré que des voyageurs et des chauffeurs de bus sur la route nationale 1 les avaient avertis que la route n'était pas sûre, les combattants islamistes arrêtant les véhicules pour contrôler l'identité des passagers. Cependant, les chauffeurs ont également déclaré que des soldats maliens basés à Kayes s'étaient rendus à Diboli sans incident le 28 janvier pour escorter le convoi sur la même route le lendemain.
Les chauffeurs de camion ont déclaré que, comme il n'y avait pas de menace imminente et que prolonger leur séjour à Diboli augmenterait le risque, le convoi a poursuivi sa route comme prévu le 29 janvier. « Lorsque nous avons quitté Diboli, nous pouvions sentir la peur dans nos têtes et nos estomacs », a déclaré un chauffeur de camion de 48 ans. « Nous craignions que ce soit notre dernier voyage. »
Les chauffeurs routiers et les habitants ont déclaré que le convoi était destiné à approvisionner Kayes et d'autres localités de la région en carburant. Si le carburant est utilisé à des fins civiles, il joue également un rôle crucial dans le maintien des opérations militaires au Mali et peut constituer une cible militaire légitime. La région de Kayes compte plusieurs bases militaires, dont le quartier général de la 4e région militaire.
Des témoins ont déclaré que le convoi s'étendait sur environ 1,5 kilomètre sur la route nationale 1 et était escorté par sept véhicules militaires. « Il y avait six camionnettes militaires et un Landcruiser [militaire] avec au moins quatre soldats dans chaque véhicule », a déclaré un chauffeur routier de 50 ans. « Quatre véhicules [militaires] [se trouvaient] en tête du convoi, et trois autres se déplaçaient entre la fin et le milieu [du convoi]. »
Les combattants du GSIM ont attaqué le convoi vers 9 h 30, à environ 7 kilomètres au sud du village d'Ambidédi et à 43 kilomètres de Kayes. Des images satellites prises le 29 janvier à 11 h 55 montrent d'énormes panaches de fumée s'élevant du lieu de l'attaque.
Click to expand Image Image satellite prise le 29 janvier à 11 h 55 qui montrent d'énormes panaches de fumée s'élevant du lieu de l'attaque à environ 7 kilomètres au sud du village d'Ambidédi, au Mali. Image © 2026 Planet Labs PBC. Graphique © 2026 Human Rights WatchDes témoins ont déclaré que les assaillants avaient ouvert le feu sur l'avant du convoi, déclenchant un échange de tirs, les soldats en position avancée ripostant et ceux à l'arrière avançant pour les renforcer. Les assaillants se sont ensuite mis à tirer vers le milieu et l'arrière du convoi. « J'ai vu des djihadistes à moto, ils portaient des turbans et criaient « Allah Akbar » », a déclaré le chauffeur de 48 ans. « Ils ont commencé à tirer, les militaires ont riposté et c'est dans la fusillade que j'ai sauté de mon camion et pris la fuite. »
Selon des témoins, la plupart des chauffeurs en tête du convoi ont suivi les conseils des soldats de ne pas paniquer et de ne pas s'arrêter, tandis que certains plus en arrière ont abandonné leurs camions et pris la fuite ou fait demi-tour. Les combattants du GSIM ont capturé plusieurs de ceux qui fuyaient, en exécutant 12 par la suite et en libérant d’autres. Le GSIM a abandonné les 12 corps sur le bord de la route. « Personne n'a osé les récupérer par crainte d'une autre attaque », a déclaré un chauffeur routier de 45 ans.
Le 9 février, le Syndicat national des chauffeurs et conducteurs routiers du Mali (SYNACOR) a appelé à une grève nationale, exhortant les autorités à récupérer les corps et à les rendre à leurs familles ou à assurer leur inhumation. Le 11 février, des soldats ont récupéré les corps. Un homme a déclaré que les victimes, dont deux adolescents, avaient été retrouvées les yeux bandés, les mains liées derrière le dos et la gorge tranchée. Le lendemain, l'armée a enterré les corps au cimetière de Kayes.
Le gouvernement n'a fourni aucune information aux familles des chauffeurs portés disparus depuis l'attaque. Le frère de l'un d'entre eux a déclaré s'être rendu à l'hôpital régional de Kayes, où l'armée avait emmené plusieurs chauffeurs routiers blessés. « Le médecin m'a dit qu'il ne faisait pas partie des six blessés admis », a déclaré cet homme, qui ignore toujours si son frère est mort ou vivant.
Human Rights Watch a reçu une liste de six chauffeurs disparus : deux Sénégalais âgés de 39 et 49 ans, deux Maliens âgés de 46 et 52 ans, un Burkinabè âgé de 35 ans et un Ivoirien âgé de 47 ans.
Toutes les parties au conflit armé au Mali sont tenues de respecter le droit international humanitaire. En vertu du droit de la guerre coutumier, les forces attaquantes doivent à tout moment faire la distinction entre les civils et les combattants. Les attaques délibérées contre des civils et les biens civils sont interdites. L'article 3 commun aux quatre Conventions de Genève de 1949 interdit le meurtre et les traitements cruels de toute personne détenue, qu'il s'agisse d'un civil ou d'un combattant capturé. Les violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c'est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.
La légalité de l'attaque contre le convoi dépendrait de la question de savoir si les assaillants ont pris ou non toutes les mesures possibles pour vérifier que le carburant était destiné à l'usage des forces armées. Que l'attaque contre les camions ait été légale ou non, le traitement cruel et l'exécution des chauffeurs de camion étaient clairement illégaux, a déclaré Human Rights Watch.
« Le massacre des chauffeurs routiers souligne la nécessité pour les autorités maliennes d'intensifier leurs efforts pour protéger les civils et traduire en justice les responsables d'abus », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Le gouvernement devrait solliciter l'aide de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples dans le cadre de cette initiative. »
09.03.2026 à 05:01
Human Rights Watch
Mise à jour 09/03/26 : Depuis la publication de ce communiqué, le nombre de morts signalées suite aux attaques israéliennes a augmenté, s’élevant à 394 décès au 8 mars.
(Beyrouth) – L'armée israélienne a utilisé illégalement des munitions au phosphore blanc lors de tirs d’artillerie au-dessus d’habitations le 3 mars dans la ville de Yohmor, dans le sud du Liban, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé huit photos montrant des explosions de munitions au phosphore blanc dans le ciel au-dessus d'un quartier résidentiel de Yohmor, suivies de l’intervention d’agents de la défense civile libanaise, afin d’éteindre des incendies dans au moins deux maisons et une voiture dans cette zone.
« L'utilisation illégale de phosphore blanc par l'armée israélienne au-dessus de zones résidentielles est extrêmement alarmante, et aura des conséquences désastreuses pour les civils », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les effets incendiaires du phosphore blanc peuvent causer la mort, ou des blessures cruelles qui entraînent des souffrances à vie. »
Le phosphore blanc est une substance chimique dispersée par des obus d’artillerie, des bombes ou des roquettes, et qui s’enflamme au contact de l'oxygène. Cette substance peut mettre le feu à des habitations, à des zones agricoles et à d’autres biens civils. En vertu du droit international humanitaire, l’utilisation de munitions au phosphore blanc à explosion aérienne dans des zones peuplées est illégalement indiscriminée, et ne respecte pas l’obligation légale de prendre toutes les précautions possibles pour éviter de nuire aux civils.
Human Rights Watch a authentifié et géolocalisé une photo publiée sur les réseaux sociaux dans la matinée du 3 mars, montrant la dispersion de phosphore blanc dans le ciel suite à l’explosion d’au moins deux obus d’artillerie au-dessus d'un quartier résidentiel de Yohmor, dans le sud du Liban. Human Rights Watch a identifié la forme du nuage de fumée causé par les explosions aériennes sur la photo comme étant conforme au type de panache de fumée blanche, d’une forme semblable aux jointures d'un poing, produit par l’explosion du projectile d'artillerie de 155 mm de la série M825 au phosphore blanc.
Précédemment, le 2 mars à 5h27, Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l’armée israélienne, avait publié un ordre d'évacuation enjoignant les habitants de Yohmor et de 50 autres villages et villes d’« évacuer immédiatement [leurs maisons] et [de] s'éloigner des villages vers des territoires situés à une distance d'au moins 1 000 mètres du village ». Adraee a répété cette déclaration à 12h12 le même jour. Human Rights Watch n'a pas été en mesure de vérifier si des personnes se trouvaient dans la zone ou avaient été blessées à la suite de l'utilisation de phosphore blanc.
Human Rights Watch a précédemment documenté l'utilisation massive de phosphore blanc par l'armée israélienne entre octobre 2023 et mai 2024 dans des villages frontaliers du sud du Liban, ce qui a exposé les civils à un grave danger et provoqué le déplacement de nombreux habitants.
Le phosphore blanc peut être utilisé selon divers objectifs, notamment pour occulter, marquer, ou signaler des opérations militaires, ou pour attaquer directement le personnel et le matériel militaires de l’ennemi. Les inquiétudes concernant son utilisation dans des zones peuplées sont amplifiées par la technique montrée dans des vidéos de projectiles au phosphore blanc explosant en vol, qui dispersent 116 tampons de feutre imprégnés de la substance sur une zone de 125 à 250 mètres de diamètre, selon l'altitude et l'angle de l'explosion, exposant sans discernement davantage de civils et de structures civiles à des dommages potentiels qu'une explosion au sol localisée.
Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé des photos publiées sur Facebook le 3 mars à 11h34 et à 13h36 par l'équipe de défense civile du Comité islamique de la santé, affilié au groupe armé libanais Hezbollah, à Yohmor. Ces photos montrent des membres de l’équipe éteignant des incendies sur les toits d'habitations et dans une voiture, ainsi que de la fumée s'échappant des balcons d'une maison ; l'équipe de défense civile a attribué ces incendies au phosphore blanc. Les sites géolocalisés se trouvent dans un rayon de moins de 160 mètres.
Selon l'analyse de Human Rights Watch, ces incendies ont probablement été causés par des morceaux de feutre imprégnés de phosphore blanc, compte tenu de la proximité de la maison et de la voiture avec la zone où des munitions à explosion aérienne ont été observées ; ceci indique que ces munitions ont été utilisées de manière illégale au-dessus d’une zone de concentration de civils.
Au 6 mars, suite à la récente escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah le 2 mars, au moins 217 personnes ont été tuées au Liban, selon le ministère de la Santé ; en outre, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées.
L'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation adressés à l'ensemble de la population du Liban au sud du fleuve Litani, ainsi qu’à tous les habitants de la banlieue sud de Beyrouth, soit des centaines de milliers de personnes. La nature radicale des ordres d'évacuation émis par l'armée israélienne soulève des inquiétudes quant au fait que leur objectif premier n'est pas de protéger les civils, mais plutôt de semer la terreur et la panique, en particulier dans le contexte des récentes évacuations à grande échelle de civils au Liban. Ceci augmente considérablement le risque qu’Israël procède ainsi à un déplacement forcé, un crime de guerre, a observé Human Rights Watch.
Israël devrait interdire toute utilisation de munitions au phosphore blanc lors de tirs d’artillerie dans les zones peuplées, car cette utilisation expose les civils à des attaques indiscriminées. Il existe des alternatives au phosphore blanc dans les obus fumigènes, dont certaines produites par des entreprises israéliennes, comme le projectile fumigène M150 que l'armée israélienne a utilisé dans le passé afin de masquer la visibilité de ses forces. Ces alternatives peuvent avoir le même effet, et réduire considérablement les dommages causés aux civils.
Human Rights Watch a précédemment appelé les principaux alliés Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne, à suspendre leurs ventes d'armes et aide militaire à Israël, et à imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans des crimes graves. Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves, et le gouvernement devrait adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d'adhésion, y compris depuis au moins le 7 octobre 2023.
L'utilisation généralisée du phosphore blanc par Israël dans le sud du Liban met en évidence la nécessité d'une législation internationale plus stricte en matière d'armes incendiaires, a déclaré Human Rights Watch. Le Protocole III de la Convention sur les armes classiques est le seul instrument juridiquement contraignant consacré spécifiquement aux armes incendiaires. Le Liban est un État partie au Protocole III, alors qu’Israël n’y a pas adhéré.
Le Protocole III définit une arme incendiaire comme toute arme « essentiellement conçue » pour provoquer des incendies ou des brûlures, et exclut donc certaines munitions polyvalentes à effet incendiaire, notamment celles contenant du phosphore blanc. En outre, dans le cas d’une attaque contre une « concentration de civils », le Protocole comporte une règlementation moins stricte si les armes incendiaires sont tirées depuis le sol – comme celles utilisées par Israël au Liban – que si elles sont larguées par voie aérienne, même si elles provoquent les mêmes blessures horribles.
Le terme « concentration de civils » est définie de manière large, comprenant les « parties habitées des villes […] ou des villages », ainsi que les camps de réfugiés. Human Rights Watch et de nombreux pays appellent depuis longtemps à rectifier les lacunes du Protocole III, et à créer des normes internationales qui protègent mieux les civils des dommages causés par les armes incendiaires.
« Israël devrait immédiatement mettre fin à cette pratique, et les États qui fournissent à ce pays des armes, y compris des munitions au phosphore blanc, devraient immédiatement suspendre leurs ventes d'armes et leur aide militaire, et exhorter Israël à cesser de tirer ces munitions sur des zones résidentielles », a conclu Ramzi Kaiss.
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07.03.2026 à 21:28
Human Rights Watch
(Beyrouth, 7 mars 2026) – Une attaque illégale contre une école primaire dans le sud de l’Iran dans la matinée du 28 février, qui aurait tué plusieurs dizaines de civils dont de nombreux enfants, devrait faire l'objet d'une enquête en tant que crime de guerre, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Cette attaque a eu lieu dans le cadre de centaines de frappes menées contre l'Iran par les forces américaines et israéliennes dans la matinée du 28 février. Ni les États-Unis ni Israël n'ont revendiqué la responsabilité de cette attaque ; un porte-parole de l'armée israélienne a déclaré à Human Rights Watch qu'il n'avait « connaissance d'aucune frappe [militaire israélienne] dans la région ». Le gouvernement iranien a accusé la coalition américano-israélienne d'être responsable de cette attaque.
L'école primaire Shajareh Tayyebeh, située dans la ville de Minab, dans la province d'Hormozgan, se trouve à l'intérieur de l'enceinte d'un complexe des forces navales du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Cependant, les informations examinées par Human Rights Watch montrent que l'école est entourée d'un mur et dispose d'une entrée séparée de celle du reste du complexe.
Le schéma des frappes, qui ont directement touché des structures distinctes à travers le complexe, y compris l'école, ainsi que les points d'impact des munitions qui sont visibles sur plusieurs bâtiments, indiquent que cette attaque a été menée à l'aide de munitions guidées de haute précision. Il ne semble pas s’agir de frappes erronées menées par des armes dont les systèmes de guidage ou de propulsion auraient échoué, ou auraient été perturbés de manière à frapper cette zone de manière aléatoire.
« Une enquête rapide et approfondie devrait être menée sur cette attaque, notamment pour déterminer si les responsables savaient qu'il y avait une école à cet endroit, et qu'elle serait remplie d'enfants et d'enseignants avant midi », a déclaré Sophia Jones, chercheuse en sources ouvertes auprès du Laboratoire d'enquêtes numériques de Human Rights Watch. « Les responsables de cette attaque illégale devraient être tenus de rendre des comptes, y compris par le biais de poursuites judiciaires contre toute personne responsable de crimes de guerre. »
Carte de Minab Click to expand Image Carte de la ville de Minab, dans le sud de l’Iran, montrant plusieurs sites dont celui de l'école primaire Shajareh Tayyebeh. © 2026 Human Rights WatchHuman Rights Watch a vérifié et analysé 14 vidéos et photographies publiées sur les réseaux sociaux, enregistrées immédiatement après l'attaque ou pendant les opérations de recherche et de sauvetage, ainsi que 4 autres provenant des funérailles. Les chercheurs ont également examiné une quarantaine d'images satellite accessibles au public, enregistrées au cours des 25 dernières années, ainsi que des images satellite enregistrées après l'attaque et disponibles par achat ; ces images montrent le site de l'attaque, ainsi que le cimetière voisin où les victimes ont apparemment été enterrées. Les chercheurs ont également examiné les déclarations de la Société du Croissant-Rouge iranien et de responsables gouvernementaux iraniens, israéliens et américains, ainsi que les articles publiées par des médias indépendants hors d'Iran.
En raison de la coupure d'Internet et des restrictions de communication imposées par les autorités iraniennes, Human Rights Watch n'a pas été en mesure de mener de manière sûre des entretiens avec des témoins ou des membres des familles des personnes tuées lors de l'attaque. Ceci a limité la capacité des chercheurs à vérifier le nombre exact et l'identité des enfants et des autres personnes tuées, ainsi que d'autres détails liés à l'attaque. Cependant, les chercheurs ont interrogé deux sources qui s'étaient entretenues avec des témoins et des proches des victimes. Human Rights Watch enquête également sur les frappes des forces iraniennes contre des cibles dans des pays du Moyen-Orient.
La nature exacte des différentes sections du complexe du CGRI, la mesure dans laquelle les installations étaient utilisées à des fins militaires au moment de l'attaque et ce qui y était stocké n'étaient pas immédiatement apparents. Si certaines des installations du complexe étaient utilisées à des fins militaires, les autorités iraniennes auraient apparemment exposé des civils à des risques inutiles, et auraient donc également violé les lois de la guerre.
L'analyse des images satellite montre qu'au moins huit structures du complexe ont été directement touchées par des munitions, dont au moins une qui a frappé et gravement endommagé l'école, qui était séparée du reste du complexe par un mur.
Image satellite du 4 mars 2026, quatre jours après l'attaque du 28 février à Minab, en Iran Click to expand Image Image satellite du 4 mars 2026, quatre jours après l'attaque du 28 février contre le complexe des forces navales du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et l'école primaire Shajareh Tayyebeh à Minab, en Iran. Les quatre cadres rouges dénotent les immeubles détruits, dont l’école (haut de l’image). Les points jaunes correspondent à diverses zones d’impact et/ou de structures incendiées. © 2026 Planet Labs PBC (image satellite) / HRW (analyse et infographie)Deux vidéos filmées à côté de l'école immédiatement après l'attaque et vérifiées par des chercheurs montrent de la fumée noire s'élevant du toit de l'école, dont une partie était effondrée. Dans l'une des vidéos, on voit clairement les lignes blanches d'un terrain de football, un filet de volley-ball et les murs de l'école peints de couleurs vives, ainsi que deux panaches de fumée provenant d'autres endroits du complexe. Dans la deuxième vidéo, des personnes sont rassemblées autour de l'école et crient. Une troisième vidéo vérifiée par les chercheurs montre un angle différent du complexe, depuis le sud, et des panaches de fumée provenant d'au moins un troisième endroit à l'intérieur de ce complexe.
Des images satellite haute résolution révèlent qu'entre février et septembre 2016, un mur intérieur a été construit pour séparer l'école du reste du complexe. De plus, une entrée séparée sans poste de sécurité a été créée pendant cette période, permettant d'accéder à l'école depuis la rue sans avoir à entrer dans le complexe militaire. Deux tours de guet, auparavant visibles sur les images satellite et situées à moins de 50 mètres du bâtiment scolaire, ont également été supprimées en 2016. La façade de l'école a été dégagée, et les lignes d'un terrain de football ont été tracées dans la cour en août 2017.
Le complexe comprend également une clinique médicale, sous l’autorité des forces navales du CGRI. Les médias d'État ont rapporté qu'elle avait été inaugurée en janvier 2025 par le général de division Hossein Salami, alors commandant en chef du CGRI.
Des images satellite à basse résolution datant du 2 mars 2026 montrent au moins sept autres sites d'impact dans l'enceinte du CGRI en plus de l'école, y compris un impact évident sur le toit de la clinique médicale. Une analyse d'images satellite à haute résolution enregistrées le 4 mars confirme que des armes explosives ont détoné en au moins huit lieux, dont cinq sites où les dommages correspondent à une munition pénétrant dans les structures par le toit, et explosant.
Les dommages causés à deux autres structures, ainsi que la distance relative entre celles-ci et les autres structures attaquées, indiquent que ces deux structures ont très probablement été aussi directement attaquées avec des armes explosives, ce qui porte à dix le nombre total de sites d'impact ayant probablement été directement attaqués. Le nombre de frappes individuelles et la précision apparente avec laquelle elles ont touché des structures individuelles à travers la base, observée en partie grâce aux trous circulaires relativement petits qui ont servi de points d'entrée aux munitions, indiquent que l'attaque a été menée sur un large éventail de cibles individuelles dans l’enceinte, avec des munitions guidées de haute précision.
L'emplacement de l'école dans l'enceinte de la force navale du CGRI n’en faisait pas en soi une cible légitime. L'école était opérationnelle, et des enfants y étaient présents le jour de l'attaque. Human Rights Watch n'a trouvé aucune preuve indiquant que l'école était utilisée à des fins militaires, bien que les chercheurs n'aient pas pu s'entretenir avec des témoins des frappes, les familles des personnes tuées ou d'autres sources bien informées.
Mais même si les assaillants visaient une cible militaire légitime à proximité de l'école, les lois de la guerre interdisent les attaques contre des objectifs militaires si les dommages prévisibles pour les civils et les biens civils sont disproportionnés par rapport au gain militaire escompté de l'attaque.
Deux images satellite du cimetière de Minab Hermud1er mars: © 2026 Planet Labs PBC. Analysis and Graphics © 2026 Human Rights Watch 4 mars: © 2026 Planet Labs PBC. Analysis and Graphics © 2026 Human Rights Watch
Deux images satellite prises les 1er et 4 mars 2026, montrant le cimetière de Minab Hermud, situé à environ 3,5 km de l'école primaire Shajareh Tayyebeh. À GAUCHE (1er mars) : Cette image a été enregistrée moins de 24 heures après l'attaque. Dans la parcelle située a droite de la structure au toit bleu, le sol est préparé pour de nouvelles inhumations. À DROITE (4 mars) : Des rangées de tombes individuelles fraîchement creusées sont désormais visibles dans cette parcelle.
L’armée américaine ainsi que l’armée israélienne disposent de méthodes sophistiquées et étendues de collecte de renseignements utilisées dans le cadre de nombreuses opérations de combat afin d'améliorer la surveillance, l'évaluation et la vérification des cibles.
Human Rights Watch a écrit aux armées américaine et israélienne le 2 mars, et aux autorités iraniennes le 3 mars. L'armée israélienne a répondu le 3 mars en affirmant ceci : « Après un premier examen, [l'armée israélienne] n'a connaissance d'aucune frappe [de l'armée israélienne] dans la région », ajoutant que « l’incident fait l'objet d'une enquête ». Ni l'armée américaine ni les autorités iraniennes n'ont répondu aux questions de Human Rights Watch.
Le 4 mars, lors d'une conférence de presse au sujet des opérations menées contre l’Iran, le Secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a répondu à une question concernant l'attaque contre l'école. Il a affirmé : « Tout ce que je peux dire, c'est que nous enquêtons sur cela. Bien sûr, nous ne visons jamais des cibles civiles, mais nous examinons la situation et menons une enquête. » Au cours de cette conférence, le chef d'état-major interarmées, le général Dan Caine, a déclaré que le groupe aéronaval USS Abraham Lincoln exerçait contre l’Iran une « pression » le long de la côte sud-est du pays et « affaiblissait [ses] capacités navales tout le long du détroit [d’Ormuz] ». Lors de cette déclaration (à 17:40 de la vidéo), le général Caine a dirigé son pointeur laser vers une carte de l’Iran montrant les sites de frappes américaines/israéliennes, y compris dans la zone du sud-est comprenant Minab.
Une enquête indépendante approfondie sur l'attaque contre l'école primaire Shajareh Tayyebeh devrait être menée, notamment pour déterminer si des crimes de guerre ont été commis, a déclaré Human Rights Watch. Les crimes de guerre sont des violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle, c'est-à-dire de manière délibérée ou imprudente. Les responsables de crimes de guerre ou d'autres violations graves du droit de la guerre, y compris les commandants militaires et civils, devraient être tenus de rendre des comptes, tandis que les victimes et leurs familles devraient être indemnisées de manière appropriée.
Les écoles et autres établissements d'enseignement sont des biens civils et sont protégés contre les attaques. Ils perdent cette protection lorsqu'ils sont utilisés à des fins militaires, mais toutes les parties doivent néanmoins se conformer au droit international humanitaire, notamment en respectant le principe de proportionnalité et en prenant toutes les mesures possibles pour minimiser les dommages causés aux civils. La simple présence de personnel militaire dans des infrastructures civiles ne fait pas automatiquement de ces installations dans leur ensemble une cible militaire légitime. Human Rights Watch n'a trouvé aucune information indiquant que l'école Shajareh Tayyebeh ait été utilisée à des fins militaires.
Les autorités iraniennes devraient garantir la protection des écoles et autres infrastructures civiles.
Les États-Unis devraient immédiatement évaluer leur responsabilité dans cette frappe et rendre publiques leurs conclusions. Si l'armée américaine a mené cette frappe, elle devrait mener une enquête approfondie sur les défaillances opérationnelles et politiques qui l'ont conduite à frapper une école, rendre pleinement compte des dommages causés aux civils, demander des comptes aux responsables, y compris par des poursuites judiciaires, et s'engager à mettre en œuvre des changements qui garantiraient que de telles défaillances ne se reproduisent pas lors d'opérations futures.
« Les alliés des États-Unis et d'Israël devraient insister pour que les responsables de l'attaque contre l'école Shajareh Tayyebeh rendent des comptes et pour que cessent les attaques contre les infrastructures civiles dans toutes leurs opérations dans la région, avant que d'autres civils, y compris des enfants, ne soient illégalement tués », a conclu Sophia Jones.
Suite plus détaillée en anglais.
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06.03.2026 à 21:47
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les autorités iraniennes devraient immédiatement mettre fin au blocage d'Internet et aux restrictions de communication qui exposent les civils à des risques supplémentaires, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. La communauté internationale devrait également soutenir le rétablissement de l'accès à Internet pour la population civile.
Le 28 février, le trafic Internet en Iran a fortement diminué, suite à la coupure d’Internet à l’échelle nationale imposée juste après les frappes menées par les États-Unis et Israël. Cloudflare Radar, une plateforme de mesure du réseau qui fournit des informations en temps réel sur le trafic Internet, a indiqué qu’en Iran, ce trafic avait chuté de 98 % le 28 février, reflétant une coupure presque totale. Les médias affiliés à l'État ont indiqué que seuls les sites web préapprouvés sont désormais accessibles, via le réseau national d'information.
« Le blocage d'Internet en temps de crise limite l'accès à des informations vitales, concernant par exemple les sites des frappes ou la manière de chercher à obtenir de manière sûre des soins médicaux », a déclaré Tomiwa Ilori, chercheur senior sur les questions de technologie et droits humains à Human Rights Watch. « Les coupures d'Internet peuvent également causer de graves dommages psychologiques aux personnes pendant le conflit, en entravant leur possibilité de contacter leurs proches. »
Les autorités iraniennes ont déjà imposé des perturbations et des coupures d'Internet en période de conflit et de crise, notamment lors de manifestations, afin de restreindre l'accès à l'information, de dissimuler les atrocités qu'elles commettent et d'empêcher la documentation indépendante des violations. Le 8 janvier, les autorités ont imposé une coupure d'Internet qui a duré 21 jours, ainsi que de sévères restrictions en matière de communication, alors que les forces de sécurité massacraient des milliers de manifestants et de passants à travers le pays en l'espace de deux jours. En juin 2025, lors d’un précédent conflit armé entre Israël et l'Iran ayant duré 12 jours les autorités iraniennes avaient imposé une coupure d'Internet quasi totale similaire.
Parmi d’autres précédents exemples figure la coupure quasi totale d'Internet imposée par les autorités iraniennes pendant 12 jours en novembre 20219, durant lesquels les autorités ont violemment réprimé des manifestations, tuant et blessant de nombreuses personnes. De même, lors de la répression brutale des manifestations « Femmes, Vie, Liberté » de septembre à décembre 2022, les autorités ont imposé une série de mesures visant à restreindre l'accès à Internet, notamment des coupures localisées et de courte durée.
Ni les attaques militaires menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, ni les frappes menées par l'Iran contre plusieurs pays de la région, ne peuvent justifier les coupures généralisées d'Internet dans le pays.
De telle coupures généralisées d'Internet portent atteinte à toute une série de droits humains. Elles contribuent à dissimuler des atrocités à grande échelle, favorisent la propagation de fausses informations et de désinformation, et restreignent illégalement l'accès à l'information. Dans le même temps, ces coupures entravent considérablement le travail des journalistes et des observateurs des droits humains, notamment la documentation et le signalement d'éventuelles violations du droit de la guerre par toutes les parties. Les coupures de communication pourraient également contribuer à l'impunité des violations des droits humains.
Ces coupures exposent les civils à un risque accru de préjudice grave, y compris de blessures et de mort, en raison des nombreuses frappes militaires quotidiennes dans tout le pays. Elles empêchent les personnes d'accéder en temps utile aux informations sur les mesures de sécurité, les services vitaux et les sources de nourriture et d'abri. Les blocages d'Internet pendant les conflits et les urgences humanitaires causent également des dommages psychologiques en coupant les personnes de leurs proches.
Le droit international relatif aux droits humains protège le droit des personnes à rechercher, recevoir et fournir librement des informations et des idées par tous les moyens de communication, y compris Internet. Toute restriction liée à la sécurité concernant l'utilisation d'Internet doit être mise en œuvre conformément à une loi claire et constituer une réponse nécessaire et proportionnée à un problème de sécurité spécifique.
Toute coupure des réseaux de communication pendant un conflit, y compris les données mobiles, qui sont régulièrement utilisées à des fins civiles et militaires, devrait tenir compte des principes fondamentaux du droit de la guerre, notamment les principes de nécessité et de proportionnalité.
Si, dans certaines circonstances, l'imposition de restrictions sur Internet et les communications peut servir un objectif militaire légitime, tel que priver les forces belligérantes d'un moyen de communiquer entre elles et de mener des attaques, ces restrictions doivent également respecter le principe de proportionnalité, qui interdit les actions dont les dommages civils escomptés sont excessifs par rapport à l'avantage militaire attendu.
Le blocage généralisée de l'Internet et des communications civiles, imposée par les autorités iraniennes, ne serait pas justifiée au regard du droit international humanitaire ou des droits humains, compte tenu des dommages importants qu'elle inflige aux civils et du manque de proportionnalité de ces interdictions générales, a déclaré Human Rights Watch.
Dans leur Déclaration conjointe sur la liberté d'expression et les réponses aux situations de conflit (2015), les experts des Nations Unies ont déclaré que même en temps de conflit, l'utilisation de « kill switches » (« coupe-circuits »), ainsi que d’autres mesures pour fermer des parties entières des systèmes de communication, « ne peuvent jamais être justifiées » au regard du droit relatif aux droits humains.
« La communauté internationale, y compris les décideurs politiques et les entreprises, devrait explorer des mesures techniques et réglementaires pour aider les civils à accéder à Internet dans les situations de conflit », a conclu Tomiwa Ilori. « Elle devrait également soutenir les populations touchées par les coupures d'Internet, y compris par la mise en place d'une connectivité satellite à des fins humanitaires. »
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05.03.2026 à 11:58
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les ordres d’évacuation immédiate de l’armée israélienne à la totalité de la population du Liban vivant au sud du fleuve Litani sont fortement susceptibles de violer les lois de la guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Des centaines de milliers de personnes vivent dans cette zone, qui représente environ 8 % du territoire libanais.
La porte-parole arabophone de l’armée israélienne a publié un message sur les réseaux sociaux, le 4 mars 2026, appelant les habitants du sud du Liban à « évacuer immédiatement leur domicile pour gagner la rive nord du Litani » afin de « garantir leur sécurité » Le communiqué avertissait que « tout déplacement vers le sud pouvait mettre [leur] vie en danger » et que « toute personne située à proximité de membres, de bâtiments ou d’équipements de combat du Hezbollah risquait sa vie ».
« Appeler toute personne vivant au sud du Litani à évacuer sur-le-champ soulève de graves préoccupations sur les plans juridique et humanitaire et craintes pour la sécurité des civils », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Comment les personnes âgées, malades ou handicapées pourront-elles évacuer immédiatement ? Et comment leur sécurité sera-t-elle assurée lors de leur départ ? »
Le 2 mars, après l’escalade des hostilités entre le Hezbollah et Israël, l’armée israélienne a d’abord appelé à l’évacuation de plus de cinquante villages et villes du sud du Liban. Quelques heures après, un porte-parole de l’armée israélienne a appelé les habitants ayant quitté leur domicile à ne pas y retourner – un communiqué réitéré le lendemain. À la date du 3 mars, l’armée israélienne avait appelé à évacuer plus de cent villages et villes du sud du Liban et de la vallée de la Bekaa, d’après Tom Fletcher, secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence aux Nations Unies. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays depuis.
La radicalité des ordres d’évacuation du gouvernement israélien à l’encontre des habitants libanais fait craindre que leur objectif ne soit pas de protéger les civils, surtout dans le contexte de déplacements de grande ampleur au Liban, a déclaré Human Rights Watch.
Entre septembre et novembre 2024, plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées au Liban en raison d’une escalade des hostilités. Bien que la grande majorité des personnes déplacées aient pu revenir après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu en novembre 2024, plus de 64 000 demeuraient déplacées dans le pays, incapables de retourner dans leur ville ou village, en octobre 2025.
Plus de 10 000 bâtiments ont été fortement endommagés ou détruits dans le sud du Liban entre octobre 2023 et janvier 2025. Des villages frontaliers entiers ont été réduits en poussière. Les attaques israéliennes ciblant illégalement du matériel et des installations permettant de reconstruire ont encore plus entravé les travaux de reconstruction et empêché des dizaines de milliers de personnes déplacées du sud du Liban de retourner chez elles.
Le droit international humanitaire, également appelé « lois de la guerre », interdit le déplacement forcé de civils lors d’un conflit armé, à moins que la sécurité des civils impliqués ou des raisons militaires impératives ne l’exigent, mais ces exceptions sont strictement limitées. Même lorsqu’il est qualifié d’« évacuation », un déplacement doit être temporaire et les civils doivent pouvoir revenir à la fin des hostilités.
Les civils qui demeurent sur place après un tel avertissement ou ordre d’évacuation ne perdent pas leur qualité de civils ni la protection du droit international humanitaire. Ils ne peuvent pas être ciblés pour la simple raison qu’ils ont refusé de partir. L’appel à une évacuation générale lancé par Israël afin que des centaines de milliers de personnes partent immédiatement ne semble pas avoir pris en compte les besoins des personnes incapables de se déplacer sans assistance.
Les lois de la guerre exigent par ailleurs que les belligérants « pren[nent] toutes les précautions pratiquement possibles » en vue d’éviter ou réduire au minimum les pertes en vies humaines parmi la population civile et les dommages aux biens de caractère civil qui pourraient être causés incidemment. Parmi ces précautions, figurent le fait d’« averti[r] en temps utile » des attaques, à moins que les circonstances ne le permettent pas. Les avertissements qui ne donnent pas aux civils suffisamment de temps pour partir vers une zone plus sûre ne seraient pas considérées comme « efficaces » en vertu de ces textes internationaux. Les avertissements de portée trop générale, non liées à une attaque imminente, ne peuvent être considérés comme « efficaces ». Au contraire, leur effet peut être de répandre abusivement la peur au sein de la population affectée.
Les lois de la guerre interdisent également « les menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi la population civile ». Les appels à évacuer qui ne constituent pas de véritables avertissements ni des ordres légitimes, comme ceux qui visent réellement à protéger la population civile, mais qui ont plutôt pour but de semer la panique chez les habitants ou de les forcer à quitter leur domicile pour des raisons autres que leur sécurité, sont interdits.
« Depuis 2023, l’armée israélienne a commis de graves crimes internationaux au Liban, alors que ses alliés sont restés passifs, sans prendre de mesures décisives pour y mettre fin », a conclu Ramzi Kaiss. « Le gouvernement libanais devrait cesser de tergiverser et agir pour faire avancer la justice et l’établissement des responsabilités, notamment en accordant à la Cour pénale internationale la compétence d’enquêter sur les crimes de guerre et de les juger. »
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LaLibre.be
04.03.2026 à 22:00
Human Rights Watch
En période de conflit, comme dans le cas de l'escalade des hostilités au Moyen-Orient, les gouvernements attachés au droit international doivent être prêts à le défendre et, en particulier, à protéger les normes humanitaires et les droits humains. Mais au lieu de se montrer à la hauteur de ce défi, certains dirigeants européens ont choisi de minimiser le rôle du droit international.
Ainsi, évoquant les frappes aériennes américaines et israéliennes contre l'Iran, le chancelier allemand Merz a déclaré que « classer ces événements dans le cadre du droit international aura relativement peu d'effet » et serait « sans conséquence ». De même, le ministre néerlandais des Affaires étrangères Berendsen a estimé que « le droit international n'est pas le seul cadre ». La précipitation indécente avec laquelle ces deux dirigeants ont écarté ou minimisé la pertinence du droit international devrait fortement inquiéter ceux qui savent que les droits humains sont mieux protégés, en temps de conflit comme en temps de paix, quand l'état de droit, y compris le droit international, est fort et respecté, tout comme devrait les inquiéter le caractère partial de la déclaration de l'UE sur les hostilités publiée au lendemain du début des frappes aériennes.
Tout en appelant de manière générale à la « protection des civils », au « plein respect du droit international » et au « droit international humanitaire », l'UE a seulement appelé l'Iran à « s'abstenir de mener des frappes militaires aveugles » et condamné « les attaques de l'Iran et la violation de la souveraineté d'un certain nombre de pays de la région ».
L'absence d'appels directs aux États-Unis ou à Israël pour qu'ils respectent le droit international en matière de conduite de la guerre est d'autant plus choquante que certains responsables américains semblent ouvertement se moquer de ces règles.
Les États membres de l'UE ont raison de dénoncer le bilan désastreux de l'Iran en matière de droits humains et l'impact potentiel des frappes de représailles de Téhéran sur les civils, mais cela ne justifie pas qu'ils ferment les yeux et se taisent quand il s'agit de leurs alliés.
En période d'incertitude, les gouvernements qui s'engagent en faveur des droits humains et du droit international humanitaire devraient joindre le geste à la parole. Malheureusement, la réponse initiale de l'Europe a été caractérisée par un double standard et de l'hypocrisie. Les dirigeants européens doivent de toute urgence se montrer à la hauteur de la situation et indiquer clairement qu'ils attendent des États-Unis et d'Israël qu'ils respectent les droits humains et le droit international humanitaire, et qu'ils les tiendront pour responsables au même titre que les autres parties.
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