29.01.2026 à 13:00
Human Rights Watch
Les violences sexuelles commises par des groupes criminels ne sont pas nouvelles en Haïti : Human Rights Watch a documenté la manière dont, ces dernières années, des groupes criminels ont eu recours à des violences sexuelles généralisées pour terroriser les communautés et affirmer leur contrôle. Toutefois, selon un nouveau rapport de Médecins Sans Frontières (MSF), l’intensité et la brutalité de ces attaques s’aggravent, tandis que les ressources disponibles pour les survivantess’amenuisent.
Depuis 2015, MSF a pris en charge près de 17 000 survivantes dans sa clinique Pran Men’m, à Port-au-Prince. Depuis 2022, le nombre annuel de survivantes sollicitant des soins a presque triplé. Selon le rapport, la plupart des attaques sont perpétrées par des groupes criminels, qui impliquent souvent plusieurs agresseurs, l’utilisation d’armes à feu, des menaces de mort et des agressions sexuelles commises dans le cadre d’attaques plus vastes contre des quartiers entiers. De nombreuses survivantes ont également été agressées alors qu’elles étaient en situation de déplacement forcé, vivant dans des sites d’hébergement informel où l’insécurité et le risque de nouvelles violences sont constants.
Ce qui ressort du rapport ce n’est pas seulement l’ampleur des abus, qui restent largement sous-déclarés, mais aussi le très faible nombre de survivantes qui peuvent accéder aux soins de santé et au soutien assez rapidement. MSF rapporte que la plupart des survivantes subissent des retards critiques dans l’accès aux soins vitaux. Depuis 2022, 67 % des survivantes sont arrivées à la clinique Pran Men’m plus de trois jours après l’agression, perdant ainsi la possibilité de recevoir une prophylaxie post-exposition au VIH et augmentant de manière significative leur risque d’infection. Près de 59 % sont arrivées après cinq jours, pardant la possibilité d’accéder à une contraception d’urgence pour prévenir des grossesses non désirées.
Les abris sûrs sont rares, les orientations vers les prestataires de services échouent souvent en raison d’un financement instable, et les critères d’éligibilité de nombreux prestataires de services excluent fréquemment les survivantes ayant des besoins plus complexes, telles que les femmes enceintes, les femmes avec enfants ou les personnes qui ont besoin de soins médicaux continus, ce qui leur laisse peu, voire aucune, option sûre. En conséquence, trop de survivantes sont renvoyées dans les mêmes conditions qui les ont exposées à la violence en premier lieu.
MSF et Human Rights Watch ont appelé les autorités haïtiennes à renforcer le système de santé et à garantir une prise en charge rapide et centrée sur les survivantes, en particulier dans les zones touchées par la violence criminelle, ainsi qu’à garantir l’accès des survivantes à la justice et à des réparations. Compte tenu des coupes massives dans l’aide humanitaire opérées par les États-Unis et d’autres donateurs importants, qui ont eu un impact mondial sur les services de santé, les partenaires internationaux d’Haïti devraient augmenter et stabiliser le financement des services de santé et de protection d’urgence, y compris l’hébergement sûr. Agir maintenant permettrait de réduire les préjudices et d'éviter que les survivantes ne soient pas contraintes de retourner dans des conditions dangereuses.
29.01.2026 à 01:00
Human Rights Watch
(Tokyo) – La junte militaire du Myanmar a accru sa répression et commis de nombreuses violations dans tous les domaines de la vie du pays depuis sa prise du pouvoir le 1er février 2021, ont déclaré aujourd'hui Amnesty International, Fortify Rights et Human Rights Watch. Les atrocités commises par l'armée depuis le coup d'État, qui comprennent des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, se sont intensifiées au cours de l'année 2025 ; la junte a cherché à consolider son pouvoir en menant des opérations militaires abusives et en organisant des élections truquées.
Les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, les gouvernements de la région et les autres États préoccupés devraient mieux soutenir le peuple du Myanmar et agir pour que la junte réponde de ses crimes. Les élections fortement contrôlées, qui se sont déroulées en trois phases entre le 28 décembre 2025 et le 25 janvier 2026, ont été largement considérées comme frauduleuses, et organisées pour assurer la victoire électorale du parti soutenu par l'armée.
« Ce n'est pas un hasard si cette élection a été rendue possible par une intensification des violations des droits humains, allant des détentions arbitraires aux attaques illégales contre des civils, qui constituent le modus operandi de l'armée depuis des décennies », a déclaré Ejaz Min Khant, spécialiste des droits humains chez Fortify Rights. « Alors que cette crise entre dans sa sixième année, les autres gouvernements devraient soutenir les efforts visant la justice et l’obligation de rendre des comptes pour les nombreux crimes commis par l'armée du Myanmar, car sans justice, le pays ne peut aller de l'avant. »
Depuis le coup d'État, la junte a systématiquement interdit des dizaines de partis politiques et détenu plus de 30 000 prisonniers politiques. En janvier, la junte a annoncé avoir engagé des poursuites judiciaires contre plus de 400 personnes en vertu d'une loi sur la « protection des élections » adoptée en juillet, qui criminalisait les critiques envers les élections en interdisant les discours, les rassemblements ou les manifestations susceptibles de « perturber » même partiellement le processus électoral.
Les élections ont joué un rôle central dans les tentatives de la junte d'écraser toute opposition politique, de faire dérailler les efforts visant à rétablir le régime civil, et de renforcer l’emprise de l'armée sur l’État. Comme prévu, les résultats préliminaires des élections indiquent une victoire écrasante du Parti de l'union, de la solidarité et du développement, soutenu par l'armée.
La Chine et la Russie, principaux fournisseurs d'armes et d’avions militaires de la junte, ont envoyé des observateurs électoraux aux urnes. Ces deux pays soutiennent depuis longtemps la junte, tout en bloquant au Conseil de sécurité des Nations Unies toute action internationale contre les atrocités commises par l'armée. La Malaisie, qui présidait l'année dernière l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), a déclaré que celle-ci n'avait pas envoyé d'observateurs pour certifier les élections.
En 2025, lors d'opérations militaires élargies avant les élections, la junte a intensifié ses frappes aériennes, y compris des attaques délibérées et indiscriminées contre des civils et des infrastructures civiles, en violation du droit international humanitaire. Ces frappes aériennes ont touché des écoles, des hôpitaux, des sites religieux et des camps de personnes déplacées, tuant des milliers de personnes au cours de l'année écoulée.
L'armée a également recouru de plus en plus à des drones armés, des paramoteurs et des autogires dans le cadre d'attaques illégales, créant ainsi de nouvelles menaces pour les civils. Le 6 octobre 2025, une attaque militaire au paramoteur contre un festival bouddhiste dans la région de Sagaing a tué au moins 24 personnes, dont trois enfants. Plus de 135 attaques au paramoteur ont été signalées depuis décembre 2024. Le Myanmar est l'un des rares pays à continuer d'utiliser des armes à sous-munitions et des mines antipersonnel, pourtant interdites par des traités internationaux.
« Les cinq dernières années illustrent de manière sombre l'échec de la stratégie de l'armée du Myanmar visant à affirmer son contrôle en tuant et en terrorisant les civils », a déclaré Joe Freeman, chercheur sur le Myanmar à Amnesty International. « Les frappes aériennes et les attaques de drones par l'armée ont atteint de nouveaux records en 2025, alors que la junte intensifiait sa campagne déjà brutale contre les zones d'opposition, laissant de plus en plus de personnes vivre dans la crainte des bombes larguées du ciel. »
Depuis la promulgation d'une loi sur la conscription en février 2024, la junte a recouru à des tactiques abusives telles que l'enlèvement de jeunes hommes et de garçons pour les enrôler de force ; lorsque certains conscrits ont fui, leurs proches ont été détenus en tant qu’otages. Le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats par l'armée ont fortement augmenté depuis le coup d'État.
Depuis le coup d'État, plus de 2 200 personnes seraient mortes en détention sous la garde de la junte, bien que le chiffre réel soit probablement plus élevé. La torture, les violences sexuelles et autres mauvais traitements sont fréquemment commis dans les prisons, les centres d'interrogatoire, les bases militaires et autres lieux de détention. Parmi les abus signalés figurent des viols, des passages à tabac, des positions douloureuses prolongées, des chocs électriques et des brûlures, ainsi que le refus de soins médicaux et la privation de nourriture, d'eau et de sommeil. En juillet 2025, Ma Wutt Yee Aung, une activiste de 26 ans, est décédée à la prison d'Insein en raison, selon certaines informations, d'un manque de soins médicaux pour des blessures à la tête causées par la torture.
À la suite du tremblement de terre qui a frappé le centre du Myanmar en mars 2025, la junte a entravé l'accès aux services vitaux dans les zones contrôlées par l'opposition. Les attaques illégales commises pendant plusieurs années par la junte contre des établissements de santé et des travailleurs de la santé ont gravement entravé les interventions d'urgence. Malgré l'annonce d'un cessez-le-feu, l'armée a mené plus de 550 attaques au cours des deux mois qui ont suivi le séisme.
Les exactions commises par l'armée et l'escalade des combats ont provoqué le déplacement interne d'au moins 3,6 millions de personnes. La réduction de l'aide étrangère, la flambée des prix et les restrictions en matière de soins médicaux et d'approvisionnement humanitaire ont exacerbé la malnutrition, les maladies d'origine hydrique et les décès évitables. Plus de 15 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, l'État de Rakhine étant particulièrement touché.
Des millions de personnes qui ont fui le pays sont confrontées à des menaces croissantes, et au risque d'être renvoyées de force vers le Myanmar.
Depuis fin 2023, les civils rohingyas sont pris au piège dans les combats entre la junte et les forces de l'Armée d’Arakan. Ce groupe armé a imposé des mesures oppressives contre les Rohingyas dans le nord de l'État de Rakhine, notamment le travail forcé et la détention arbitraire.
Depuis le coup d'État, le trafic, les centres d'escroquerie, l'extraction non réglementée des ressources, la production de drogue et d'autres activités illicites se sont multipliés. Les centres d'escroquerie en ligne situés le long de la frontière entre le Myanmar et la Thaïlande, gérés par des syndicats criminels internationaux dirigés par des ressortissants chinois, s'appuient largement sur la traite des êtres humains, le travail forcé et la torture pour mener à bien leurs escroqueries, qui font partie d'une industrie pesant plusieurs milliards de dollars dans toute la région.
Les abus généralisés et systématiques commis par l'armée ont été alimentés par des décennies d'impunité, et par l'insuffisance des efforts internationaux visant à mettre fin à ces violations.
Les procédures en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI), visant l’obligation de rendre des comptes au Myanmar, sont essentielles ; toutefois, elles restent limitées aux atrocités commises avant le coup d'État. En novembre 2024, le Procureur de la CPI a requis la délivrance d’un mandat d'arrêt contre le commandant en chef de l’armée, le général Min Aung Hlaing, pour des crimes contre l'humanité présumés commis en 2017 ; les juges n'ont pas encore rendu de décision publique sur cette demande.
Le Conseil de sécurité des Nations Unies se trouve largement dans l'impasse, n'ayant toujours pas donné suite à sa résolution de décembre 2022, qui dénonçait les abus commis par l'armée après le coup d'État ; la prise de mesures concrètes est entravée par l'opposition de la Chine et de la Russie.
Les membres du Conseil de sécurité devraient définir des mesures ciblées en matière d’obligation de rendre des comptes, visant la junte suite à son refus de se conformer à la résolution du Conseil et à de nombreux autres appels internationaux. La tenue régulière de réunions publiques sur le Myanmar pourrait contribuer à créer une dynamique en faveur d'une résolution de suivi des Nations Unies, afin de saisir la CPI de la situation dans l'ensemble du pays, et de mettre en place un embargo mondial sur les ventes d’armes et de kérosène à la junte.
« Cinq ans après le coup d'État, la catastrophe humanitaire au Myanmar se poursuit dans un contexte de baisse d’aide étrangère, et les violations des droits humains suscitent moins d’attention », a déclaré Shayna Bauchner, chercheuse auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Pour mettre fin à cette crise, il faut une pression internationale soutenue, des mesures significatives visant l’obligation de rendre des comptes, ainsi que des actions humanitaires, politiques et techniques concrètes pour soutenir les habitants du Myanmar et les millions de personnes contraintes de fuir. »
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27.01.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Washington) – Des agents fédéraux chargés de l'application des lois sur l'immigration aux États-Unis ont abattu un homme à Minneapolis, dans le Minnesota, ce week-end ; il s’est agi du deuxième homicide commis par des agents de ces services dans cette ville ce mois-ci. En outre, les autorités fédérales auraient empêché des autorités de l'État d'accéder au site des tirs, ce qui soulève des inquiétudes quant à la bonne foi du gouvernement fédéral pour garantir une enquête indépendante et exhaustive, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
« Les tirs mortels contre un autre habitant de Minneapolis par des agents fédéraux font suite à plusieurs semaines d'actions violentes et abusives des services de l'immigration dans toute la ville », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises, conflits et armes de Human Rights Watch. « Les actions continuellement incontrôlées de ces agences mettent en danger les habitants, avec des conséquences dévastatrices. »
Le samedi 24 janvier, vers 9 heures du matin, des agents de la police des frontières américaine (US Border Patrol) ont abattu Alex Pretti, un citoyen américain âgé de 37 ans qui était infirmier en soins intensifs. Pretti semblait observer et filmer les agents quelques minutes avant qu'ils le bousculent, lui pulvérisent un agent chimique au visage, le frappent avec un bidon métallique et l'abattent.
Cet homicide a eu lieu deux semaines et demie après qu'un agent des services chargés de l’application des lois sur l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) a tué Renee Good, 37 ans, à Minneapolis, un acte que Human Rights Watch a jugé injustifiable. Ces deux homicides ont eu lieu dans un contexte d'afflux d'agents fédéraux dans le Minnesota, dans le cadre d'opérations abusives de contrôle de l'immigration qui ont semé la peur et déclenché des manifestations de grande ampleur dans des communautés à travers les États-Unis.
Human Rights Watch a analysé et vérifié huit vidéos prises sous différents angles montrant Pretti avant, pendant et après les tirs. Les chercheurs ont également examiné deux déclarations de témoins soumises à la cour fédérale.
Le département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) a affirmé que les agents avaient tiré sur Alex Pretti en tant que légitime défense. Lors d'une conférence de presse quelques heures après les tirs, la Secrétaire du DHS, Kristi Noem, a déclaré qu’Alex Pretti, qui était apparemment un propriétaire légal d'arme à feu avec un permis de port d'arme dans le Minnesota, s'était approché des agents avec un pistolet et avait « réagi violemment » lorsqu'ils avaient tenté de le désarmer. L'analyse des vidéos et des témoignages effectuée par Human Rights Watch contredit toutefois la version de Kristi Noem. Aucune preuve ne permet d'affirmer que Pretti ait menacé la vie des agents, ce qui aurait justifié l'usage intentionnel de la force létale au regard des normes internationales en matière de droits humains.
La première vidéo, filmée à 8 h 58, montre Alex Pretti en train de filmer des agents dans la rue devant un centre pour personnes âgées sur Nicollet Avenue, et un agent le repoussant vers le trottoir.
Un témoin a déclaré dans une déposition que Pretti agissait pour « faciliter la circulation » au carrefour, tout en observant les agents. Puis un agent a ordonné à Pretti et au témoin de reculer, et autre agent a menacé les observateurs avec du spray au poivre. Le témoin a déclaré que Pretti s'était approché d'eux « simplement avec sa caméra [de son téléphone portable] à la main ». Il a ajouté : « Je ne l'ai pas vu chercher ou tenir une arme ». Un autre témoin, un pédiatre, a déclaré avoir vu Pretti crier contre les agents, mais qui n’avait « pas vu [Pretti] attaquer les agents, ni brandir une arme quelconque ».
Une vidéo confirme ces déclarations. Elle montre un agent bousculer deux autres personnes – un homme et une femme – qui observaient les agents, puis Pretti. Pretti tente de soutenir avec son bras la femme qui chancèle, tandis que l'agent bouscule ensuite l’autre observateur. Pretti se place alors entre l’autre observateur et l'agent. L'agent pulvérise un produit chimique irritant directement sur le visage de Pretti à bout de bras, ainsi que sur les autres observateurs. Pretti tient son téléphone dans sa main droite, et lève sa main gauche en signe de défense. Pretti titube et tombe en direction des autres observateurs, tournant le dos à l'agent, qui continue à le pulvériser. Pretti semble vouloir s’agripper à l'un des observateurs ou à son sac à dos, tandis qu'un agent crie : « Reculez ! » (« Get back ! »).
Cinq autres agents encerclent alors Pretti et les autres personnes, et plaquent Pretti au sol. Deux agents cherchent à maîtriser Pretti, qui semble être à genoux, le visage tourné vers le sol. Deux autres agents s'approchent de Pretti, qui tente encore de se débattre. Un agent s’élance vers la taille de Pretti, près de sa hanche droite. La vidéo montre un autre agent frappant Pretti à plusieurs reprises à la tête, avec une petite bombe lacrymogène. L'un des agents crie à plusieurs reprises que Pretti a une arme à feu (« gun »), et une autre voix masculine crie : « Gun, gun, gun ! »
Au même moment, l'agent qui a saisi la taille de Pretti retire une arme à feu de la hanche droite de Pretti, et recule rapidement en tenant cette arme. Un autre agent, debout à côté de celui qui a retiré l'arme, sort sa propre arme à feu de son étui et se retourne vers Pretti, la pointant dans sa direction, tandis que deux autres agents tentent de maîtriser Pretti. Un coup de feu retentit, alors que l'agent qui a dégainé son arme continue de se déplacer autour de Pretti. Au moment du coup de feu, il est le seul agent que l’on voit avec son arme à la main, tandis que l'agent qui a saisi l'arme de Pretti continue de s’éloigner.
Après le coup de feu, Pretti tente de se redresser en s’appuyant sur son pied droit, son genou gauche étant toujours sur le sol ; il déplace sa main gauche vers la gauche, sa main droite est toujours derrière son dos. Alors que l'agent qui a dégainé son arme se tient derrière Pretti, trois autres coups de feu sont tirés en succession rapide. On voit la glissière du pistolet reculer, indiquant que des balles sont tirées. Les agents autour de Pretti reculent, tandis que l'agent qui a frappé Pretti avec la bombe lacrymogène dégaine également son arme. On ne le voit pas distinctement tirer avec son arme. Au total, les agents ont tiré 10 coups de feu, d'après l'analyse de vidéos effectuée par Human Rights Watch.
Environ 24 secondes après qu'un agent ait tiré la dernière balle sur Pretti, les agents s'approchent de son corps. Un agent fouille le corps de Pretti et crie : « Où est le pistolet ? Où est le foutu pistolet ? » Il fait signe à l'agent qui a désarmé Pretti et crie : « Tu as le pistolet ? » L’autre agent répond : « J'ai le pistolet ! » (« I’ve got the gun ! »). L'agent qui fouille le corps de Pretti crie alors qu'il a besoin de ciseaux.
Environ 90 secondes après les tirs, les agents commencent à retirer les vêtements de Pretti et appellent un auxiliaire médical (« medic ») ; peu après, un homme arrive en portant un sac, disant « medic ». Les agents qui s'occupent de Pretti sortent du matériel du sac. Un agent demande des pansements thoraciques, un bandage couramment utilisé pour traiter une blessure à la poitrine.
Selon la déclaration du pédiatre qui était témoin de l’incident, les agents l’ont d'abord empêché d'examiner Pretti, mais lui ont ensuite permis de tenter de lui administrer une tentative de réanimation cardiopulmonaire (RCP), jusqu'à l'arrivée des secours. Le pédiatre a déclaré que Pretti n'avait alors plus de pouls détectable.
Le droit international relatif aux droits humains précise que les agents des forces de l'ordre ne doivent recourir intentionnellement à la force létale qu'en dernier recours, lorsque cela est strictement inévitable pour protéger des vies. Les normes internationales relatives aux droits humains exigent également l’ouverture rapide d’une enquête efficace, approfondie, indépendante, impartiale et transparente sur tout décès potentiellement illégal.
La directive du DHS sur le recours à la force, qui s'applique aussi aux agents de la police des frontières, n'autorise un tel recours que lorsqu'il ne semble exister aucune autre solution raisonnable, et interdit l'usage de la force létale à moins que l'agent ne croie raisonnablement qu'il existe une menace imminente de mort ou de blessures graves.
Il existe un risque sérieux qu'aucune enquête approfondie et indépendante ne soit menée sur cet homicide, a déclaré Human Rights Watch. Une telle enquête serait habituellement menée par le service des enquêtes du DHS. Mais quelques heures seulement après l’homicide, de hauts responsables fédéraux, dont la directrice du DHS Kristi Noem, le chef de la police des frontières Gregory Bovino et le conseiller à la sécurité intérieure Stephen Miller, ont défendu les tirs, affirmant que Pretti avait « réagi violemment », « résisté violemment » et était un « terroriste intérieur » (« domestic terrorist »). Bovino a déclaré que cela semblait être une « situation où un individu voulait causer un maximum de dégâts et massacrer les forces de l'ordre ».
Les responsables fédéraux semblent également entraver les efforts d'enquête menés au niveau de l'État du Minnesota. Le directeur du Bureau chargé de l’arrestation de criminels (Bureau of Criminal Apprehension, BCA) du Minnesota, qui enquête généralement sur les meurtres commis dans cet État, y compris les incidents impliquant des agents fédéraux, a déclaré dans un document judiciaire que les agents du DHS avaient « empêché » le BCA « d'accéder à la scène » de l’incident, alors qu'ils disposaient d'un mandat de perquisition signé. Le directeur s'est dit préoccupé par la question de savoir si les responsables fédéraux protégeaient correctement les preuves. Mentionnant une photo de l’arme à feu de Pretti diffusée sur le compte X du DHS, le directeur du BCA s'est dit particulièrement préoccupé par le fait que cette arme « ne semble pas [avoir été] protégée conformément aux procédures normales des forces de l'ordre ». Le 24 janvier, un juge fédéral a temporairement empêché le DHS de « détruire ou d'altérer les preuves » des tirs.
Les inquiétudes quant à la tenue d’une enquête rigoureuse sont amplifiées par le fait que les autorités ont apparemment refusé d'enquêter correctement sur l’homicide de Renee Good le 7 janvier. Le 8 janvier, le BCA a annoncé la cessation de sa propre enquête concernant la mort de Renee Good, après que le Bureau fédéral d'enquête (Federal Bureau of Investigation, FBI) eut déclaré qu'il mènerait seul l'enquête et ne permettrait plus au BCA d'accéder aux preuves. Mais dix jours plus tard, le procureur général adjoint des États-Unis, Todd Blanche, a déclaré que le ministère américain de la Justice « n'enquêtait pas » sur cet incident. Au moins six procureurs fédéraux et un agent du FBI ont démissionné après avoir appris que le FBI et le bureau du procureur fédéral du Minnesota avaient reçu l'ordre d'enquêter sur les agissements de Renee Good et de sa femme, au lieu d’enquêter sur les actions de l'ICE ayant conduit à la mort de Renee Good.
Afin de garantir une enquête indépendante et exhaustive, le FBI et le DHS devraient coopérer pleinement avec les enquêteurs de l'État du Minnesota, notamment en partageant les preuves et les noms des témoins et des agents impliqués.
Compte tenu des doutes sur l'intégrité des efforts de supervision par les agences fédérales, il est essentiel que le Congrès exerce son pouvoir de contrôle d’affectation budgétaire afin de garantir que ces agences respectent les droits humains, notamment en se conformant aux restrictions relatives à l'usage de la force. Le Congrès pourrait, par exemple, exiger que le financement du DHS dépende de garanties minimales visant à éviter l'usage excessif de la force, d'autres violations des droits et l'impunité en cas d’abus.
Dans le cadre de son rôle de contrôle et de supervision, le Congrès devrait tenir des audiences au sujet des actions du DHS, mettre en place une enquête sur les abus et les meurtres présumés commis par ses agents, et envisager de suspendre le financement des opérations de contrôle de l'immigration jusqu'à ce que cette enquête soit terminée. Les législateurs devraient également soutenir le renforcement des bureaux de contrôle interne que l'administration Trump a affaiblis, notamment en procédant a de nombreux licenciements.
Quelles que soient les mesures prises par le Congrès, ces agences devraient mettre fin à leur opération à grande échelle à Minneapolis et s'abstenir de mener une opération similaire ailleurs, a déclaré Human Rights Watch.
« Les abus commis à travers le pays par l'ICE et par la police des frontières révèlent les agissements d'une force de sécurité dangereuse et en pleine expansion qui opère en toute impunité », a conclu Ida Sawyer. « Des mesures urgentes, en particulier une surveillance par le Congrès, sont nécessaires pour protéger les communautés américaines contre la violence, la discrimination et les détentions illégales, et pour garantir le respect de leurs droits à la liberté d'expression et de réunion. »
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26.01.2026 à 18:05
Human Rights Watch
(New York) – Les principaux pays donateurs ont porté un coup dévastateur au droit à la santé de millions de personnes dans le monde en réduisant leur soutien au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. À ce jour, seuls 11,85 milliards de dollars US ont été promis pour la période 2026-2028, sur les 18 milliards de dollars US nécessaires de toute urgence. Parmi les dix principaux donateurs, seul un n’a pas réduit sa contribution.
« Des personnes vont mourir en raison des décisions des pays donateurs de réduire leurs contributions au Fonds mondial », a déclaré Julia Bleckner, chercheuse senior sur la santé à Human Rights Watch. « Les pays donateurs devraient immédiatement intensifier leurs efforts et combler ce déficit de financement. »
Le Fonds mondial fournit près des deux tiers de l’ensemble des financements internationaux consacrés aux programmes de lutte contre la tuberculose, plus de la moitié de ceux dédiés au paludisme et plus d’un quart de ceux destinés au VIH. Depuis sa création en 2002, le Fonds mondial estime avoir sauvé 70 millions de vies. Rien qu’en 2024, le Fonds mondial a déclaré avoir traité 25,6 millions de personnes atteintes du VIH et 7,4 millions autres atteintes de tuberculose.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 47 personnes travaillant pour des organisations non gouvernementales, agents de santé communautaires, et bénéficiaires de l’aide affectés par les récentes coupes dans le financement de la santé mondiale en Indonésie, au Laos et au Népal, en se concentrant spécifiquement sur la prévention et la prise en charge du VIH/sida. Human Rights Watch a constaté que ces coupes budgétaires en 2025 ont déjà eu des conséquences désastreuses, en particulier pour les groupes marginalisés confrontés à une discrimination systémique et à des obstacles dans l’accès aux soins de santé, notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, les personnes transgenres, les travailleurs et travailleuses du sexe et les usagers de drogues.
Les populations les plus exposées au risque de transmission et de contamination par le VIH/sida sont aussi souvent celles subissant des discriminations systémiques de la part de leurs gouvernements et pour lesquelles les programmes communautaires soutenus par le Fonds mondial et d’autres mécanismes internationaux de santé mondiale constituent le seul moyen d’accéder au dépistage, à la prévention et aux soins liés au VIH/sida. Les activités d’éducation, de conseil, de dépistage, de soutien et de distribution de médicaments liées au VIH assurées par des organisations communautaires constituent une approche éprouvée et fondée sur des données probantes pour protéger la santé des membres de ces groupes.
En suivant les États-Unis dans leur désengagement financier, les pays donateurs provoquent un effondrement en cascade du système de santé mondiale qui menace des millions de vies dépendant à la fois de l’aide bilatérale et des financements multilatéraux, en particulier au sein des communautés confrontées à des obstacles dans l’accès à la santé créés par leurs propres gouvernements, a déclaré Human Rights Watch.
Lors du Sommet de la reconstitution des ressources du Fonds mondial qui s’est tenu le 21 novembre 2025 à Johannesburg, la France et la Commission européenne n’ont pris aucun engagement financier concret, alors qu’elles figuraient jusqu’à présent parmi les principaux donateurs. Au moment de la rédaction de ce communiqué, ni la France ni l’Union européenne n’avaient encore pris d’engagement public. Human Rights Watch a écrit à la Commission européenne, au Président français Emmanuel Macron et au Premier ministre suédois Ulf Kristersson pour exprimer ses préoccupations, mais n’a pas reçu de réponse de la France et de l’UE.
La Suède a pris un engagement après le Sommet, mais en réduisant significativement son financement de 200 millions de dollars par rapport au cycle de financement précédent. Le gouvernement a répondu à Human Rights Watch qu’il restait engagé en faveur du Fonds mondial et a confirmé une contribution moindre de 74,2 millions de dollars (683 millions de couronnes suédoises) pour 2026. Les États-Unis ont réduit leur engagement de 6 milliards de dollars à 4,6 milliards. Le Japon a diminué sa contribution de plus de moitié, l’Allemagne de plus d’un quart et les Pays-Bas de près d’un cinquième. Le Royaume-Uni, le Canada et l’Italie ont également réduit leurs contributions. Parmi les dix principaux donateurs récents, seule la Norvège a augmenté sa contribution, qui est passée de 193,18 millions de dollars à 195,7 millions.
Le retrait des donateurs du Fonds mondial est d’autant plus alarmant qu’il intervient dans un contexte de coupes massives et brutales de l’aide bilatérale américaine à la santé en 2025. L’impact humain de ces réductions est considérable, avec plus de 740 000 décès estimés à ce jour en raison des réductions de l’aide américaine.
Les principaux donateurs de la santé mondiale devraient accroître leur soutien aux efforts multilatéraux visant à promouvoir le droit à la santé, plutôt que de suivre le retrait des États-Unis, a déclaré Human Rights Watch. A cet égard, l’Inde a augmenté sa contribution de 20 %, la Côte d’Ivoire de 30 % et l’Afrique du Sud de plus de 100 %.
L’aide internationale destinée à soutenir les programmes communautaires non gouvernementaux est essentielle pour mettre en œuvre une approche de la santé fondée sur les droits, qui lutte contre la stigmatisation et la discrimination auxquelles sont confrontées de nombreuses populations marginalisées. « Le simple fait de sortir de chez soi est effrayant pour une personne trans », a expliqué Aika, une travailleuse communautaire transgenre séropositive en Indonésie. « Sans un accompagnement de proximité, la personne se retrouvera seule et ne recevra pas de soins. »
Les organisations non gouvernementales et les agents de santé communautaires qui interviennent auprès de ces populations ont indiqué que les réductions des ressources du Fonds mondial signifieraient que ces communautés perdraient tout simplement l’accès à des soins vitaux, sans aucune autre source de soutien. « Si le Fonds mondial s’arrête, les nouveaux cas vont exploser », selon le directeur d’une organisation en Indonésie. Les personnes interrogées ont également déclaré qu’une réduction des ressources affecterait le suivi, dissimulant ainsi l’impact des réductions de financement.
« Nous assistons à un abandon coordonné des populations les plus vulnérables du monde, qui va anéantir des décennies de progrès dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme », a déclaré Julia Bleckner. « Les donateurs devraient investir dans le Fonds mondial avant que des millions de personnes ne meurent de décès évitables. »
25.01.2026 à 18:14
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les deux parties au conflit dans le nord-est de la Syrie, entre les forces gouvernementales et les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par des Kurdes, devraient protéger les civils et respecter les droits humains dans le cadre de leurs opérations, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.
Ces deux forces devraient s’abstenir de bloquer arbitrairement l'acheminement d'aide humanitaire, de détruire des infrastructures essentielles ou d’entraver l'accès à ces structures. Elles devraient plutôt soutenir fortement les personnes déplacées, y compris les individus suspectés de liens avec l'État islamique (EI) et leurs proches détenus illégalement dans des camps ; elles devraient aussi éviter de procéder à des arrestations arbitraires et s’assurer que les personnes détenues ne soient ni harcelées ni maltraitées.
« Dans le ping-pong propagandiste entre les forces gouvernementales syriennes et les FDS qui s’accusent mutuellement de commettre des abus, ce sont les civils qui paient le prix fort », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « La prise ou le maintien d'un territoire lors d’opérations militaires ne devrait pas se faire au détriment des droits des personnes qui y vivent. »
Human Rights Watch a mené des entretiens avec huit personnes, et a examiné des vidéos partagées en ligne ainsi que des rapports d'autres groupes sur les conditions de vie des civils du nord-est de la Syrie.
Le 6 janvier, des affrontements ont éclaté entre les forces du gouvernement syrien de transition et les FDS dans deux quartiers à majorité kurde d'Alep. Le 17 janvier, la confrontation militaire s’est accrue : les autorités syriennes de transition ont pris le contrôle des gouvernorats de Raqqa et de Deir Ezzor, et leurs forces ont avancé vers des zones du gouvernorat d'al-Hasakah. Le 18 janvier, les autorités de transition et les FDS ont conclu un accord sur la cessation des hostilités.
Cet accord conférait aux autorités de transition le contrôle total des frontières internationales, ainsi que des champs pétroliers et gaziers, et prévoyait l'intégration complète des FDS au sein des forces de sécurité syriennes. Cependant, selon des observateurs, le cessez-le-feu a été rompu à plusieurs reprises, parallèlement à des négociations sur certains aspects de l'accord. Le 20 janvier, les deux camps ont annoncé la mise en place d’un nouveau cessez-le-feu, d’une durée de quatre jours.
Les deux camps ont précédemment commis de graves violations des droits humains dans des contextes similaires, notamment des exécutions extrajudiciaires, le recrutement militaire d'enfants, et la profanation de cadavres. Les forces des deux camps semblent avoir a nouveua commis des violations du droit international dans le cadre de l'escalade actuelle, a déclaré Human Rights Watch.
Les belligérants devraient prendre toutes les mesures possibles pour assurer la protection des civils et des biens civils lors d’opérations militaires. Le droit de la guerre interdit strictement les attaques indiscriminées. Les attaques doivent également être proportionnées, ce qui signifie que les pertes civiles ou les dommages aux bâtiments civils prévus ne doivent pas être excessifs par rapport à l'avantage militaire concret escompté.
Les belligérants devraient veiller à ce que les civils souhaitant fuir soient autorisés à le faire, ou s’ils restent sur place, qu'ils soient en sécurité et aient accès à l'aide humanitaire.
Le gouvernement syrien a mis en place des « couloirs humanitaires » à Alep pour permettre aux civils de fuir. Cependant, deux habitants ont déclaré à Human Rights Watch que ces passages étaient toutefois ciblés par des tireurs embusqués, et avaient été bombardés par les forces des deux camps. Un habitant a déclaré que l'Asayish (la police interne kurde) et les FDS empêchaient les gens d'emprunter les couloirs humanitaires, en raison de la reprise des combats.
La création de couloirs humanitaires ne dispense pas les belligérants de leur obligation d'éviter les victimes civiles et de permettre l'acheminement d'aide à ceux qui restent, a déclaré Human Rights Watch.
Au 18 janvier, 6 000 personnes étaient arrivées dans des camps de déplacés à Alep et dans le gouvernorat d'Al-Hasakah, tandis qu'environ 7 000 personnes étaient en transit, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Deux habitants de Kobané, une ville à majorité kurde du gouvernorat d'Alep également connue sous le nom d'Ayn al-Arab, ont déclaré que de nombreuses personnes déplacées n'avaient pas accès à un abri ou à une alimentation suffisante. Selon les Nations Unies, les personnes déplacées « sont confrontées à une grave pénurie de nourriture [...] et de combustible pour se chauffer, ce qui met en évidence le besoin urgent d'une aide vitale ».
Human Rights Watch a reçu des informations crédibles selon lesquelles les habitants d'Alep et d'al-Hasakah n'ont pas eu accès à l'électricité ni à l'eau pendant plusieurs jours, au cours des affrontements. Un habitant de Kobané a déclaré le 21 janvier qu'ils n'avaient pas eu accès à l'eau ni à l'électricité pendant quatre jours, depuis que les autorités de transition avaient pris le contrôle du barrage de Tishreen. Un autre habitant d'Alep a déclaré que lorsque les affrontements ont éclaté, l'électricité a été coupée. L'utilisation de l'eau et de l'électricité comme armes d'une manière qui affecte de manière disproportionnée les civils constitue un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch.
Des vidéos montrant apparemment les forces de sécurité syriennes arrêtant des dizaines de résidents kurdes à Alep ont commencé à circuler en ligne le 10 janvier. Alors que les FDS affirment qu'il s'agit de civils, les autorités de transition syriennes affirment qu'il s'agit de combattants. Selon l’ONG Syrians for Truth and Justice (STJ) et le Syndicat des avocats kurdes, des dizaines de personnes ont perdu le contact avec leurs proches, et leur sort reste inconnu.
Human Rights Watch n'a pas été en mesure de vérifier la situation ou l'affiliation des personnes enlevées. En vertu du droit international, les détenus doivent être traités avec humanité et doivent être libérés sans délai à la fin des hostilités actives. Il est interdit aux parties d'arrêter arbitrairement des civils et elles doivent libérer immédiatement et sans condition les civils détenus illégalement et leur permettre de rentrer chez eux. Tous ont le droit d'être en contact avec leur famille.
Les forces des deux camps se sont mutuellement accusées d'exécutions extrajudiciaires. Human Rights Watch a examiné trois vidéos montrant apparemment des exécutions extrajudiciaires et la profanation de corps. Dans l'une d'elles, mise en ligne le 18 janvier, les autorités de transition semblent entrer dans la prison d'al-Tabqa, dans le gouvernorat de Raqqa, où deux corps ensanglantés d'hommes en civil, dont l'un est pieds nus, gisent sur le sol.
Les autorités syriennes affirment que les FDS ont tué les détenus avant de se retirer. Les FDS ont nié toute responsabilité, affirmant avoir transféré les prisonniers quelques jours auparavant. Human Rights Watch n'a pas pu vérifier les circonstances.
Dans une autre vidéo, mise en ligne le 10 janvier, des combattants qui seraient affiliés aux autorités de transition jettent un corps, qui serait celui d'une combattante, depuis un immeuble à Alep, tandis que l'homme qui filme la scène s’exclame : « Allahu Akbar ! » (« Dieu est grand »). On ne sait pas si cette femme était encore en vie lorsqu'elle a été jetée du bâtiment. La profanation des corps constitue une violation des lois de la guerre.
Human Rights Watch n'a pas été en mesure d’authentifier ces vidéos. Néanmoins, ces images soulèvent de graves préoccupations, et nécessitent une enquête plus approfondie.
Le nord-est de la Syrie a également été le théâtre d'offensives majeures menées par la coalition dirigée par les États-Unis contre l'EI. Au 19 janvier, plus de 28 000 personnes suspectées d’être des proches de membres de l'EI étaient toujours détenues illégalement dans des conditions mettant leur vie en danger dans les camps d'al-Hol et de Roj, dans le nord-est de la Syrie. Environ 12 500 d'entre elles sont des étrangers provenant de plus de 60 pays. Environ 8 500 personnes se trouvent dans des centres de détention à travers le nord-est de la Syrie.
Le 20 janvier, le ministère syrien de la Défense a pris le contrôle des camps, après le retrait des FDS. Au moins 120 prisonniers, dont plusieurs femmes accompagnées de leurs enfants, se sont échappés, selon les autorités syriennes. Le 21 janvier, le ministère de la Défense a déclaré qu'il contrôlait le camp d'al-Hol et d'autres prisons, et que l'entrée était interdite à toute autre personne. Le camp de Roj reste sous le contrôle des FDS.
Des femmes détenues dans ces camps ont décrit à Human Rights Watch des incidents de raids, de violences et de pillages. Elles ont déclaré que l'acheminement de l'aide à al-Hol était bloqué depuis plusieurs jours, entraînant des pénuries de nourriture et d'eau. Les travailleurs humanitaires ont déclaré que leurs groupes avaient été contraints de se retirer en raison des troubles.
Les forces qui contrôlent effectivement les camps et les centres de détention devraient veiller à ce que l'aide humanitaire puisse entrer, et à ce que les résidents des camps ne soient pas maltraités. Toutes les personnes détenues illégalement devraient être libérées, et les autorités devraient assurer leur sécurité jusqu'à ce qu'elles atteignent un lieu sûr.
Le 21 janvier, les États-Unis ont annoncé une opération visant à transférer jusqu'à 7 000 détenus de l'EI vers l'Irak, précisant qu'ils en avaient déjà transféré 150, y compris des ressortissants de pays tiers. L'annonce ne faisait aucune mention des membres de leur famille se trouvant dans les camps d'al-Hol et de Roj.
Les détenus transférés en Irak risquent toutefois d'y être victimes de disparitions forcées, de torture et de mauvais traitements. Les pays dont des ressortissants suspectés de liens avec l’EI et leurs proches sont détenus dans des prisons et des camps devraient d’urgence fournir une assistance à ceux qui souhaitent rentrer dans leur pays, ou dans un autre pays où ils ne risquent pas de subir des traitements inhumains.
« Les récents événements ont ouvert une boîte de Pandore, avec des complications liées non seulement à l'incapacité de résoudre les problèmes post-EI, mais aussi à la crise plus large due à l’insuffisante protection des communautés minoritaires par les autorités de transition syriennes », a conclu Adam Coogle. « Tant que ces questions resteront sans réponse, nous devrons craindre que l'instabilité persiste en Syrie. »
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22.01.2026 à 20:54
Human Rights Watch
Les personnes vivant à proximité de la mine d'or de Lega Dembi, dans la région d'Oromia en Éthiopie, se plaignent depuis des années de graves problèmes de santé, y compris des fausses couches et des cas d’enfants nés avec des troubles de santé à long terme, ou même des cas d’enfants mort-nés. Plusieurs études ont révélé des concentrations élevées de produits chimiques toxiques, notamment du cadmium, du mercure, du plomb et de l'arsenic, dans la plus grande mine d'or du pays.
La semaine prochaine, le Comité des droits de l'enfant des Nations Unies se réunira pour évaluer la situation des droits des enfants en Éthiopie, y compris le droit à la santé des enfants vivant à proximité de la mine de Lega Dembi.
De 2018 à 2021, le gouvernement éthiopien a suspendu l'exploitation de la mine de Lega Dembi à la suite de protestations contre la pollution engendrée ; le gouvernement a promis de ne rouvrir la mine qu'après que ses gérants aient pris des mesures pour répondre aux préoccupations environnementales.
Mais au lieu de cela, Human Rights Watch a constaté que le gouvernement éthiopien a ignoré le problème. Le gouvernement a annulé la publication d'une étude sanitaire prévue, a rouvert la mine sans annonce publique, et n’a pas divulgué les clauses du protocole d'accord signé avec Midroc Investment Group, la société qui exploite la mine. En 2023 et en 2025, Midroc a déclaré à Human Rights Watch avoir indemnisé des victimes de pollution, et que les problèmes environnementaux avaient été résolus grâce à l'amélioration de la gestion du cyanure, produit chimique aux effets potentiellement toxiques ; Midroc a ajouté que les niveaux de contamination dus aux déchets miniers étaient actuellement inférieurs aux seuils fixés par l'Organisation mondiale de la santé.
Le gouvernement éthiopien a le devoir de protéger les droits des enfants de ce pays, en vertu du droit international. Les entreprises ont également la responsabilité de veiller à ne pas contribuer à des atteintes aux droits humains.
En 2024, Human Rights Watch a soumis au Comité des droits de l'enfant des Nations Unies un document résumant ses préoccupations et contenant des recommandations ; en 2025, l’ONG éthiopienne Kontomaa Darimu Alliance, conjointement avec le Centre pour les droits humains internationaux (CIHR) de l'université Northwestern aux États-Unis, a aussi soumis un tel document au Comité.
Lors de sa réunion, le Comité devrait demander au gouvernement éthiopien de suspendre les activités de la mine d'or de Lega Dembi afin de protéger la santé des enfants aux alentours ; le gouvernement devrait aussi autoriser une évaluation indépendante de la santé environnementale afin de recommander des mesures avant la reprise de l'exploitation minière, et garantir que les victimes de la pollution bénéficient de recours efficaces, notamment une indemnisation, des soins médicaux et l'accès à la justice.
Le Comité devrait saisir cette occasion pour apporter un réel changement dans la vie des enfants et de leurs familles vivant près de la mine de Lega Dembi.
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Articles
Africaradio
22.01.2026 à 12:41
Human Rights Watch
Le 20 janvier, un tribunal belge a tenu une audience à huis clos afin de déterminer s'il y avait lieu d'engager des poursuites pénales contre le dernier ancien fonctionnaire belge encore en vie pour son implication présumée dans l'assassinat, en 1961, du premier Premier ministre démocratiquement élu de la République démocratique du Congo, Patrice Émery Lumumba, après l'indépendance du pays vis-à-vis de la domination coloniale belge.
Cette affaire historique a été portée devant les tribunaux par la famille de Lumumba, dont la persévérance pourrait désormais conduire à la première affaire dans laquelle un tribunal européen poursuivrait une personne pour sa responsabilité pénale dans un crime lié à la domination coloniale européenne. Les anciennes puissances coloniales européennes considéraient Lumumba comme une menace pour leurs intérêts politiques et économiques, car il symbolisait l'autodétermination et la décolonisation de l'Afrique.
Lors d'une conférence de presse qui a suivi l'audience de cette semaine, la famille de Lumumba a décrit cette affaire comme un pas vers « la justice et la vérité ». La décision est attendue pour le 17 mars.
L'importance de cette affaire ne saurait être surestimée, car les anciennes puissances coloniales européennes restent réticentes à assumer la responsabilité juridique de leurs crimes et abus coloniaux. Les dirigeants démocratiques devraient au contraire reconnaître sincèrement les injustices historiques et prendre des mesures conformes au droit international des droits humains et aux normes en matière de justice, de dignité et de responsabilité.
Les gouvernements devraient poursuivre sur la lancée des réparations envisagées en 2025 par les Nations unies, l'Union africaine (UA), la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et au niveau national afin de remédier aux injustices raciales et économiques systémiques mondiales persistantes, enracinées dans l'héritage du colonialisme, de l'esclavage et de la traite des esclaves.
L'année dernière, les gouvernements réunis à l'ONU se sont engagés à lancer une deuxième Décennie internationale des personnes d'ascendance africaine. Parallèlement, l'UA a consacré l'année à la justice réparatrice, avant de l'étendre à une décennie. L'UA s'est également associée aux efforts de réparation de la CARICOM.
Le droit international et les normes internationales en matière de droits humains imposent aux États l'obligation de fournir des recours et des réparations efficaces pour les violations flagrantes des droits humains, dont beaucoup ont été commises pendant la colonisation. Mais le manque de volonté politique continue de priver les communautés touchées de justice.
Si l'on ne s'attaque pas aux injustices historiques, les cycles d'inégalité, d'exclusion et de violence persisteront. Les réparations ne sont donc pas symboliques, mais constituent une obligation légale et un fondement nécessaire pour un avenir juste et équitable.
21.01.2026 à 22:20
Human Rights Watch
Le week-end dernier, les Nations Unies ont célébré le 80ème anniversaire de la première réunion de l'Assemblée générale de l’ONU. Cette commémoration a eu lieu alors que cette organisation internationale, créée pour empêcher des crimes contre l'humanité et des actes de génocide comme ceux commis lors de la Seconde Guerre mondiale, est confrontée à des attaques sans précédent.
Les États-Unis ont joué un rôle de premier plan dans la création de l'ONU. Mais aujourd'hui, le président américain Donald Trump agit pour affaiblir cette organisation, y compris en réduisant son financement.
Tout au long de l'année 2025, le gouvernement américain a assailli les programmes de l’ONU et sapé le travail de ses agences ; selon l'administration Trump, il s’agit d’une institution « anti-américaine », dont les programmes sont « hostiles » envers les États-Unis. Lors de négociations portant sur des résolutions ou déclarations de l'ONU, les responsables américains ont tenté de supprimer des mots tels que « genre », « climat » et « diversité ». Des diplomates ont indiqué à Human Rights Watch que les responsables américains s'opposent agressivement à la terminologie des droits humains, qu'ils considèrent comme « woke » (soit « politiquement correcte »).
Dans une tentative apparente de faire de l’ombre au Conseil de sécurité de l'ONU, Trump a proposé la création d'un « Conseil de la paix » (« Board of Peace ») qu'il présiderait personnellement. Trump a invité les dirigeants de divers pays à siéger à ce Conseil ; parmi eux figurent plusieurs dirigeants de gouvernements responsables d’abus, dont ceux du Bélarus, de la Chine, de la Hongrie, d'Israël, de la Russie et du Vietnam.
Ce Conseil de la paix a initialement été conçu pour superviser l'administration de Gaza, après plus de deux ans d'attaques destructrices menées par les forces israéliennes, avec la complicité des États-Unis. Toutefois, la charte du Conseil ne mentionne même pas Gaza, ce qui suggère que les ambitions de Trump pour cet organisme se sont considérablement accrues depuis sa conception initiale.
La charte proposée pour le Conseil ne mentionne pas non plus les droits humains. L’article 9 confère au président du Conseil, Donald Trump, le pouvoir d’« adopter des résolutions ou d'autres directives […] afin de mettre en œuvre la mission du Conseil de la paix ».
Un siège au Conseil de la paix n'est pas bon marché : les frais d'adhésion s'élèvent à 1 milliard de dollars. Certains dirigeants, comme le président français Emmanuel Macron, ont déjà refusé l'offre d'y adhérer. Trump a répondu en menaçant d'augmenter considérablement les droits de douane sur le vin et le champagne français.
Le système des Nations Unies n’est certes pas exempt de problèmes, mais demeure toutefois préférable à une espèce de Politburo mondial. Au lieu de payer des milliards pour rejoindre le Conseil de Trump, les gouvernements devraient plutôt agir pour renforcer la capacité de l'ONU à défendre les droits humains.
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20.01.2026 à 23:30
Human Rights Watch
(Londres) – Le 20 janvier, le président américain Donald Trump a condamné un accord qu'il avait précédemment approuvé, et en vertu duquel le Royaume-Uni compte rétrocéder la souveraineté sur les îles Chagos à la république de Maurice. Le Royaume-Uni contrôle actuellement cet archipel de l'océan Indien ; il y a un demi-siècle, les gouvernements britannique et américain avaient contraint tous les habitants à quitter leurs foyers, afin que les États-Unis puissent construire une base militaire sur l'île de Diego Garcia. Les Chagossiens n'ont jamais été autorisés à revenir.
Le président Trump a déclaré sur Truth Social que la cession des îles Chagos à la république de Maurice était « un acte d'une grande stupidité », qui s’ajoute à une « longue liste de raisons de sécurité nationale pour lesquelles le Groenland doit être acquis » par les États-Unis.
Clive Baldwin, conseiller juridique senior à Human Rights Watch, a fait à ce sujet la déclaration suivante :
« Toute décision concernant les îles Chagos devrait être centrée sur les Chagossiens, qui ont été déplacés de force par le Royaume-Uni et par les États-Unis, sans droit de retour à ce jour. Les droits des Chagossiens – notamment leur droit de retourner vivre sur leurs îles natales, et d'obtenir des réparations pour les crimes commis à leur encontre – devraient être au cœur de toute discussion. »
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20.01.2026 à 21:20
Human Rights Watch
(Kinshasa) – Le retrait soudain du groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, de la ville d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo, le 17 janvier 2026, a exposé les civils à de graves risques d’abus de la part des milices Wazalendo, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Après la prise d’Uvira par le M23 et les forces rwandaises le 10 décembre, les combattants du M23 ont menacé, harcelé et agressé des habitants de la ville. Par crainte d’être prises pour cible après le retrait du M23, de nombreuses familles de la communauté banyamulenge, des Tutsis congolais de la province du Sud-Kivu, ont quitté la ville avec le groupe armé, mais un nombre inconnu est resté sur place. Tard dans la journée du 18 janvier, l’armée congolaise s’est déployée dans la ville, la deuxième plus grande agglomération du Sud-Kivu. Les Wazalendo, des milices sans véritable organisation qui bénéficient du soutien de l’armée congolaise, ont un lourd bilan en matière d’abus commis contre les personnes vivant dans des zones sous leur contrôle.
« La simple présence des forces congolaises ne suffira pas à protéger les civils des Wazalendo tant qu’elles continueront à soutenir ou à tolérer ces milices violentes », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Les autorités congolaises devraient agir rapidement pour rétablir la sécurité et assurer la protection de tous les civils, y compris des Banyamulenge. »
Human Rights Watch a documenté, suite au retrait du M23, des pillages généralisés de maisons, de boutiques, d’églises et de bâtiments publics, y compris des biens appartenant aux Banyamulenge, grâce à des témoignages ainsi qu’à des photographies et des vidéos vérifiées. Human Rights Watch a géolocalisé des vidéos montrant des personnes non identifiées en civil pillant le palais de justice de la ville, une église méthodiste utilisée par la communauté banyamulenge, un restaurant, un immeuble de bureaux du gouvernement et le port de Kalundu. Des sources à Uvira ont signalé des dizaines de personnes blessées, et Human Rights Watch enquête sur des informations faisant état de meurtres de civils depuis que le M23 s’est retiré de la ville. « Nous avons peur pour notre sécurité », a expliqué un habitant d’Uvira, qui a auparavant été menacé par le M23. « Maintenant, on voit des cas de soldats ou de Wazalendo qui prennent les téléphones des gens et leur tirent dessus. »
Human Rights Watch a examiné des informations crédibles selon lesquelles les milices Wazalendo ont empêché des personnes de fuir vers les hauts plateaux qui couvrent des parties des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira dans le Sud-Kivu, ce qui a soulevé des inquiétudes quant au déplacement des civils après le retrait du M23. Ces préoccupations ont été exacerbées par la fermeture continue de la frontière avec le Burundi.
Lors du contrôle d’Uvira par le M23 depuis décembre, ses combattants ont menacé et harcelé des personnes qu’ils considéraient comme opposées au groupe armé. Des sources de la société civile locales et des habitants ont signalé de multiples cas de meurtres, de disparitions forcées et de recrutement forcé commis par le M23 au cours du mois où il a contrôlé la ville. Tout au long de l’année 2025, des soldats congolais et des combattants Wazalendo ont aussi commis des exécutions sommaires et des violences sexuelles à l’encontre de civils dans le Sud-Kivu. Les combattants Wazalendo ont également harcelé, menacé et enlevé des membres de la communauté banyamulenge et ont restreint leur accès aux services essentiels alors qu’ils contrôlaient Uvira en 2025.
Les responsables du M23 et du Rwanda ont invoqué à plusieurs reprises la sécurité des Banyamulenge pour justifier leurs actions dans le Sud-Kivu. Ils ont également menacé des membres de la communauté banyamulenge qui n’étaient pas en phase avec eux, d’après les dires de deux chefs communautaires.
Le 17 janvier, les chefs de la communauté banyamulenge d’Uvira ont organisé une réunion et ont déclaré qu’ils avaient reçu des instructions du M23 invitant les Banyamulenge à partir avec eux sous peine de subir des attaques de représailles par des groupes Wazalendo, selon les témoignages de deux chefs et d’un membre de la communauté. Deux Banyamulenge qui faisaient partie de ceux qui ont quitté la ville avec le M23 ont raconté qu’un groupe était resté à Kamanyola, une ville proche de la frontière avec le Rwanda, et qu’on ignorait où il irait ensuite. Lors d’une réunion avec Human Rights Watch le 20 janvier, le ministre congolais de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, a déclaré que « les Banyamulenge ne devraient pas être déplacés ou expulsés de force et devraient se sentir libres de retourner à Uvira s’ils le souhaitent ».
Le 19 janvier, le gouvernement congolais a annoncé une « restauration progressive de l’autorité de l’État » à Uvira, y compris « des mesures sécuritaires, judiciaires et humanitaires ». Le président Félix Tshisekedi et d’autres autorités congolaises devraient appeler publiquement à la protection des Banyamulenge et des autres civils à Uvira et exhorter les dirigeants Wazalendo à quitter la ville et à empêcher leurs milices de commettre de nouveaux abus. Les autorités congolaises et les bailleurs de fonds devraient veiller à ce qu’une aide financière adéquate parvienne rapidement aux personnes touchées par le pillage et la destruction de biens.
Alors que le gouvernement congolais a déclaré à plusieurs reprises que les groupes Wazalendo soutenaient les efforts nationaux pour résister aux forces rwandaises et au M23, leurs actions à Uvira et ailleurs dans le Nord et le Sud-Kivu mettent en évidence les graves dangers posés par ces milices opérant sans véritable commandement, discipline ou responsabilisation. Le gouvernement devrait veiller à ce que des forces de sécurité formées et aux antécédents vérifiés soient déployées pour rétablir la sécurité et protéger la population. Les autorités judiciaires civiles et militaires devraient lancer des enquêtes rapides et impartiales et des poursuites équitables contre les responsables d’infractions pénales.
Dans un communiqué du 15 janvier, le M23 et sa coalition politico-militaire, l’Alliance Fleuve Congo, ont annoncé qu’ils étaient prêts à placer Uvira sous la responsabilité de « la communauté internationale » et ont demandé au Secrétaire général des Nations Unies de déployer une « force … neutre ». La force de maintien de la paix de l’ONU en RD Congo, la MONUSCO, s’est complètement désengagée de la province le 30 juin 2024, mais une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU datant de décembre 2025 lui permet de reprendre un certain niveau « de surveillance et de vérification du cessez-le-feu » au Sud-Kivu après décision de la Mission et notification officielle du Conseil.
La MONUSCO devrait déployer rapidement des experts en droits humains et en protection civile à Uvira et collaborer avec les autorités pour réaliser une évaluation des risques et une vérification des antécédents des unités de l’armée congolaise présentes sur le terrain, a déclaré Human Rights Watch.
L’Union européenne, l’Union africaine et les États-Unis devraient accroître l’aide humanitaire et faire pression sur les gouvernements du Burundi, de la RD Congo et du Rwanda pour qu’ils accordent la priorité à la protection des civils et garantissent l’accès aux organisations humanitaires ainsi qu’un passage sûr aux civils qui cherchent à fuir le conflit. Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’UE et le Conseil de sécurité de l’ONU devraient adopter de toute urgence de nouvelles sanctions ciblées contre les autorités congolaises et rwandaises responsables ou complices de violations du droit international.
« La tentative du M23 de présenter leur contrôle d’Uvira comme le seul moyen d’assurer la sécurité de la communauté banyamulenge semble avoir exposé les civils à de nouvelles violences et de nouveaux abus », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les autorités congolaises devraient déployer des forces de sécurité bien formées et aux antécédents dûment vérifiés, désarmer et démanteler les milices violentes et appréhender les responsables de crimes contre des civils. »
Le 22 janvier, le gouvernement congolais a publié une réaction au communiqué du 19 janvier de Human Rights Watch en anglais et en français. Leur réaction peut être lue ici.
20.01.2026 à 17:34
Human Rights Watch
La Commission électorale ougandaise a déclaré le président Yoweri Museveni vainqueur de l’élection du 15 janvier, lui assurant un septième mandat avec 71 % des voix.
Les semaines qui ont précédé l’élection ont été marquées par des violations des droits humains. Les forces de sécurité auraient frappé et arrêté des centaines de personnes lors de rassemblements de l'opposition, tiré sans discernement des gaz lacrymogènes sur des manifestants, et violemment frappé des journalistes qui tentaient de couvrir le scrutin.
Le 28 novembre 2025, des agents de sécurité auraient abattu Mesach Okello, un partisan de l'opposition, à Iganga, dans l'est de l'Ouganda. La police a affirmé avoir réagi à des « jets de pierres » et à des « actes de vandalisme ». Le 8 décembre, le candidat à la présidence Robert Kyagulanyi, également connu sous le nom de Bobi Wine, a déclaré que des soldats l'avaient frappé, lui et ses partisans, à coups de bâton lors d'un rassemblement dans la ville de Gulu, dans le nord du pays.
Dans les semaines qui ont précédé l’élection, le gouvernement a de nouveau intensifié la répression.
Le 30 décembre, Sarah Bireete, une éminente militante des droits humains, a été arrêtée et, le 12 janvier, le gouvernement a ordonné à au moins dix organisations non gouvernementales de cesser leurs activités pour une durée indéterminée, sur la base de motifs vagues et infondés. Le nombre exact de groupes suspendus n'est pas connu.
Le gouvernement a également ordonné une coupure généralisée d'Internet deux jours avant l’élection, limitant ainsi considérablement l'accès des Ougandais aux informations essentielles sur le scrutin. Cinq jours plus tard, bien que l'accès à Internet ait été partiellement rétabli par le gouvernement, l'accès aux applications de messagerie et aux réseaux sociaux, tels que WhatsApp et X, était toujours restreint.
Suite a l’annonce des résultats électoraux, Robert Kyagulanyi (Bobi Wine) a indiqué sur X que des agents de sécurité avaient encerclé son domicile dans la banlieue de Kampala, coupé l'électricité et les caméras de vidéosurveillance, et bloqué l'accès à la propriété. Malgré ces restrictions, Kyagulanyi a réussi à s'échapper et se trouve actuellement dans un lieu tenu secret. Ses collègues n'ont pas eu cette chance. Son parti, la Plateforme de l'unité nationale (National Unity Platform, NUP), a signalé que deux responsables régionales du NUP avaient été enlevées par les forces de sécurité, et étaient toujours portées disparues.
L'Ouganda est tenu de promouvoir et de protéger les droits de toutes les personnes à la liberté d'expression et de réunion pacifique, ainsi que leur accès à l'information, quelle que soit leur affiliation politique. La communauté internationale devrait faire pression sur le gouvernement de Yoweri Museveni pour qu'il mette fin aux violations des droits humains, et que les abus liés à l’élection fassent rapidement l'objet d'une enquête et que les responsables soient traduits en justice.
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19.01.2026 à 23:00
Human Rights Watch
(Johannesburg) – Les autorités mozambicaines devraient mener d'urgence une enquête impartiale sur le meurtre de trois douzaines de mineurs artisanaux d'or et de pierres précieuses lors d'affrontements avec la police le 29 décembre 2025 dans la province de Nampula, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les autorités devraient traduire en justice tous les individus responsables, et garantir que justice soit rendue aux victimes et à leurs familles.
Selon des organisations locales de la société civile, des policiers auraient tué au moins 38 personnes lors d'affrontements dans la zone minière de Marraca, située dans le district de Iuluti, dans la province de Mogovolas. La chaîne de radio Iuluti Community Radio a rapporté que des proches de victimes leur avaient signalé au moins 13 décès. Les autorités policières ont officiellement reconnu sept décès, dont celui d'un policier.
« Les preuves disponibles indiquent que la police mozambicaine a recouru de manière injustifiée à la force excessive et létale, aboutissant à un nombre encore indéterminé de personnes tuées ou blessées », a déclaré Sheila Nhancale, chercheuse auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « Il est essentiel que les autorités mènent une enquête approfondie et impartiale sur ces décès, et traduisent en justice les individus responsables, afin de rétablir la confiance de la communauté. »
Les tensions dans la zone minière de Marraca s'inscrivent dans un contexte plus large de conflits récurrents liés à l'extraction minière dans le district de Mogovolas, a déclaré Human Rights Watch. Les communautés locales et les mineurs artisanaux ou à petite échelle opèrent depuis des années dans des zones pour lesquelles le gouvernement a accordé des concessions à des entreprises privées, sans avoir mis en place de mécanismes de médiation efficaces, des alternatives économiques ou des processus de réinstallation transparents.
La police mozambicaine (Polícia da República de Moçambique, PRM) a indiqué que les affrontements ont commencé lorsque des membres des Naparamas, une milice locale, ainsi que des partisans de l’Alliance nationale pour un Mozambique libre et autonome (Aliança Nacional para um Moçambique Livre e Autónomo, ANAMOLA), un parti d'opposition dirigé par Venâncio Mondlane, ont attaqué un camp de la Police pour la protection des ressources naturelles et de l'environnement. La police a déclaré que les assaillants portaient des masques et des bandeaux rouges, et étaient munis d’armes blanches. Elle a ajouté avoir arrêté cinq suspects lors d'opérations visant à rétablir l'ordre public.
Toutefois, des organisations de la société civile et des témoins ont contesté cette version des faits, affirmant que la plupart des personnes tuées étaient des mineurs artisanaux et d'autres personnes sans affiliation politique. Gamito Carlos, directeur de l'organisation Kóxukhoro basée à Nampula, a déclaré à Human Rights Watch qu'aucune des victimes ne possédait de carte de membre d'un parti politique. Les mineurs artisanaux ont reconnu qu’ils étaient munis d’armes blanches, mais ont affirmé qu’il s’agissait de couteaux utilisés pour l'extraction de minerais.
Trois journalistes locaux ont déclaré qu'il existait des accords informels entre certains policiers et les mineurs artisanaux, qui payaient entre 50 et 100 meticais (0,80 à 1,60 dollars US) afin de pouvoir exploiter le site minier. Des témoins ont déclaré que lorsqu'un groupe de policiers, qui n'était apparemment pas au courant de ces accords, a tenté de disperser les mineurs par la force, la situation s'est rapidement envenimée et des affrontements ont éclaté.
Un journaliste local a déclaré que des mineurs lui avaient dit que les policiers avaient tiré sans discernement sur des personnes, pendant les affrontements.
Une habitante de la région a déclaré que son frère de 18 ans, mineur artisanal, avait été tué lors des affrontements ce jour-là. « Mon frère est parti tôt pour aller travailler à la mine, disant qu'il avait besoin d'argent pour les vacances de fin d'année », a-t-elle déclaré. « Il n'est jamais revenu. Le lendemain, nous avons appris qu'il avait été tué. Beaucoup de ses amis n'ont pas survécu non plus. » Au bord des larmes, elle a ajouté : « Il était le soutien de famille. Maintenant, nous ne savons pas comment nous allons faire pour continuer. »
Une autre habitante a déclaré que son mari, âgé de 41 ans, avait été blessé lors des affrontements et avait disparu après avoir cherché à se faire soigner dans la ville de Nampula. « Nous ne savons pas où il est », a-t-elle déclaré. « Quand nous essayons de le joindre par téléphone, personne ne répond. Nous avons entendu des rumeurs selon lesquelles il aurait été arrêté, voire tué. » La famille a déclaré l'avoir recherché dans plusieurs commissariats de police, sans obtenir aucune information de la part des autorités.
Un habitant de 35 ans a déclaré avoir vu au moins trois corps de mineurs artisanaux tués par balle, et plusieurs personnes gravement blessées ; il a aussi signalé la disparition d'un proche qui s'était rendu sur le site minier et n'était pas revenu. « Il y avait des adultes, des enfants et des femmes là-bas », a-t-il déclaré. « Tout le monde a vécu des moments de terreur qui traumatisent encore la communauté aujourd'hui. Nous demandons au gouvernement de trouver des solutions pour réglementer l'exploitation minière sans violence. »
De précédents incidents survenus à Mogovolas reflètent aussi les tensions persistantes entre les autorités et les mineurs artisanaux. En mai 2025, suite à l'interdiction de l'exploitation minière artisanale dans des zones à Iuluti pour laquelle des entreprises privées ont reçu des concessions, environ 300 mineurs artisanaux sont entrés de force dans l’une de ces zones ; ceci a déclenché des violences qui auraient about a certains décès, ainsi que des arrestations.
Les Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois exigent que ceux-ci recourent à des moyens non violents avant d'utiliser la force, qu'ils n'utilisent la force que proportionnellement à la gravité de l'infraction et qu'ils n'utilisent la force létale que lorsque cela est strictement inévitable pour protéger des vies. Les Principes stipulent également que les gouvernements doivent veiller à ce que l'usage arbitraire ou abusif de la force et des armes à feu par les responsables de l'application des lois soit puni comme une infraction pénale en vertu du droit national.
« Les partenaires du Mozambique devraient faire pression sur le gouvernement de ce pays pour qu'il mène une enquête crédible et transparente sur cet incident tragique, qu'il assure l’obligation de rendre des comptes, et qu’il indemnise les proches des victimes », a conclu Sheila Nhancale. « Le gouvernement mozambicain devrait aussi prendre des mesures afin que de telles atrocités ne se reproduisent plus jamais. »
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19.01.2026 à 02:30
Human Rights Watch
Le récent décès de Sha Bahadur Gurung, l'un des prisonniers politiques détenus depuis le plus longtemps au Bhoutan, rappelle de manière tragique l'injustice et les souffrances insensées endurées par des individus perçus comme des détracteurs du gouvernement, dans les sinistres prisons du royaume.
Sha Bahadur Gurung, âgé de 65 ans au moment de sa mort, avait été arrêté en 1990 alors qu'il était un soldat de l'armée royale du Bhoutan ; il avait alors été accusé d'avoir participé à des manifestations réclamant des droits pour sa communauté minoritaire, adepte de la langue népalaise. Il aurait été torturé, privé d'une assistance juridique appropriée et condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle. Il a passé les 35 dernières années de sa vie dans la prison militaire de Rabuna, tristement célèbre en raison des dures conditions qui y règnent.
Sha Bahadur Gurung est décédé le 15 décembre 2025, alors qu'il suivait un traitement pour une affection oculaire. Le gouvernement bhoutanais devrait fournir des informations complètes sur les circonstances de sa mort, sur le traitement qu’il a subi en prison et sur les motifs invoqués pour justifier son incarcération prolongée. Cela a toutefois peu de chances de se produire. Le royaume se présente comme le pays avant inventé le principe de « Bonheur national brut », mais le gouvernement du Bhoutan garde des secrets, et refuse même de discuter de ses prisonniers politiques.
Or, on recense actuellement 30 prisonniers politiques au Bhoutan. Sept d'entre eux, comme Sha Bahadur Gurung, étaient des soldats issus de la communauté népalophone du pays, et ont été arrêtés vers 1990 pour avoir prétendument soutenu des manifestations. Depuis lors, ils sont incarcérés à la prison de Rabuna. En outre, 21 autres prisonniers sont détenus à la prison de Chemgang, près de la capitale, Thimphu, dans une aile spéciale réservée aux individus « antinationaux ». La plupart de ces prisonniers purgent des peines à perpétuité ; certains sont détenus depuis des décennies.
Ces prisonniers sont détenus dans des conditions déplorables, avec des rations alimentaires insuffisantes, et des couvertures ou vêtements inadéquats pour les hivers rigoureux du Bhoutan. Human Rights Watch a appris que tous les prisonniers sont en mauvaise santé et que plusieurs d'entre eux sont gravement malades. Des médicaments basiques, tels que le paracétamol, ne sont fournis qu'à ceux qui peuvent les payer.
En vertu de la loi bhoutanaise, seul le roi Jigme Khesar Namgyel Wangchuck peut commuer les peines à perpétuité et libérer ces hommes. Son cabinet a toutefois déclaré aux familles des prisonniers politiques qu'il était inutile de solliciter sa grâce. Le roi devrait reconsidérer sa position, faire preuve de compassion et mettre fin à ces souffrances injustes.
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Vidéo de 2024, à l'occasion de la visite en Australie du roi du Bhoutan
16.01.2026 à 16:45
Human Rights Watch
(Beyrouth, 16 janvier 2026) – Les forces de sécurité iraniennes ont procédé à des meurtres à grande échelle de manifestants après l'escalade de manifestations dans tout le pays le 8 janvier, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Des milliers de manifestants et de passants auraient été tués, tandis que les restrictions sévères imposées par le gouvernement sur les communications ont dissimulé l'ampleur réelle des atrocités.
Les forces de sécurité ont intensifié leur répression meurtrière de manière coordonnée après le 8 janvier, entraînant des meurtres et des blessures à grande échelle parmi les manifestants et les passants dans tout le pays. Human Rights Watch a examiné des preuves montrant que de nombreux manifestants ont été tués ou blessés par des tirs à la tête et au torse. Des responsables iraniens cités dans les médias ont admis que le nombre de morts s'élevait à plusieurs milliers de personnes.
« Les massacres perpétrés par les forces de sécurité iraniennes depuis le 8 janvier sont sans précédent dans ce pays, et rappellent brutalement que les dirigeants qui massacrent leur propre peuple continueront à commettre des atrocités jusqu'à ce qu'ils soient amenés à rendre des comptes », a déclaré Lama Fakih, directrice de la division Programmes à Human Rights Watch. « Les États membres des Nations Unies devraient convoquer d'urgence une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme, afin que la réponse internationale à la crise en Iran soit axée sur les droits humains et sur l’obligation de rendre des comptes. »
Du 12 au 14 janvier, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 21 personnes, dont des témoins, des proches de victimes, des journalistes, des défenseurs des droits humains, des professionnels de santé et d'autres sources bien informées. Plusieurs personnes ont partagé des captures d'écran de témoignages, des messages audio et des photos. Human Rights Watch a également analysé 51 photos et vidéos vérifiées, publiées sur les réseaux sociaux ou envoyées directement à ses chercheurs, et a consulté le Groupe indépendant d'experts médico-légaux (Independent Forensic Expert Group) qui fait partie du Conseil international de réhabilitation des victimes de torture (International Rehabilitation Council for Torture Victims), qui a examiné les images des blessures.
Sites des vidéos filmées en Iran entre le 18 décembre 2025 et le 14 janvier 2026, vérifiées par Human Rights Watch et par l’ONG GeoConfirmed
Click to expand Image Sites des vidéos filmées en Iran entre le 18 décembre 2025 et le 14 janvier 2026, vérifiées par Human Rights Watch et par l’ONG GeoConfirmed. © 2026 Human Rights Watch, GeoConfirmed (données sur les vidéos) / OCHA (données cartographiques)Malgré de sévères restrictions en matière de communication, Human Rights Watch a pu obtenir et analyser des preuves de manifestants dans plusieurs provinces, dont celles de Téhéran, Alborz, Kermanshah, Razavi Khorasan, Gilan, Kohgiluyeh, Boyer-Ahmad, Markazi et Mazandaran.
« Toutes les personnes à qui vous parlez ces jours-ci ont un-e proche, un-e ami-e ou une connaissance qui a été tué-e ou blessé-e », a déclaré une personne interrogée. D'autres personnes ont fait part d'expériences similaires.
Dans la capitale, Téhéran, des vidéos montrent une réponse fortement militarisée aux manifestations à mesure qu'elles prenaient de l'ampleur. Human Rights Watch a vérifié des vidéos qui ont commencé à circuler le 11 janvier, montrant des sacs mortuaires et des corps empilés sur le site de la morgue de Kharizak (« Centre de diagnostic et laboratoire médico-légal de Kahrizak », au sud de la capitale. Les corps y avaient été placés afin que les familles puissent identifier leurs proches. Human Rights Watch a dénombré au moins 400 corps visibles dans plusieurs vidéos provenant uniquement de ce site. Ce nombre est sous-estimé, car les corps étaient empilés les uns sur les autres, ce qui rendait le comptage difficile.
Emplacement d'au moins 400 sacs mortuaires et de corps visibles dans trois vidéos vérifiées par Human Rights Watch, sur le site de la morgue de Kahrizak
Click to expand Image Les chercheurs ont dénombré au moins 400 sacs mortuaires et corps visibles sur le site de la morgue de Kharizak (« Centre de diagnostic et laboratoire médico-légal de Kahrizak »), au sud de Téhéran. dans trois vidéos mises en ligne entre le 11 et le 13 janvier 2026. Les corps étaient éparpillés au sol, sur des brancards et à proximité de camions et de véhicules. Au moins 50 sacs mortuaires ont été trouvés devant l'entrée de la morgue. De nombreux corps, tous portant des vêtements civils, étaient ensanglantés ou présentaient des blessures visibles. © 2026 Airbus / Google EarthÀ Kermanshah, une grande ville de l'ouest de l'Iran, les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants. Le 8 janvier, un témoin a envoyé des enregistrements audio à Human Rights Watch accompagnés de ce message SMS : « Ils [les membres des forces de sécurité] tirent ici, il y a beaucoup de gaz lacrymogènes. Je suis coincé dans la rue en rentrant du travail, il y a des manifestations partout. Toutes les rues où j’ai voulu marcher sont bloquées, et ils continuent de tirer. »
Les manifestations ont éclaté le 28 décembre 2025, déclenchées par la détérioration de la situation économique et des conditions de vie, et se sont rapidement propagées dans tout le pays. Les manifestants ont revendiqué le respect des droits humains, la dignité et la liberté, et ont appelé à la chute de la République islamique. Les responsables gouvernementaux ont diabolisé les manifestants en les qualifiant d'« émeutiers » et de « terroristes ».
Les médias affiliés à l'État ont rapporté qu'au moins 121 membres des forces de sécurité ont été tués, et des images vérifiées montrent certains manifestants se livrant à des actes de violence. Human Rights Watch n'a pas pu évaluer de manière indépendante la crédibilité de ces chiffres. Cependant, Human Rights Watch a examiné des informations selon lesquelles, dans certains cas, conformément à une pratique de longue date, les autorités ont fait pression sur les familles des victimes pour qu'elles affirment faussement que leurs proches étaient membres du Basij, une force relevant du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) dont les membres sont généralement vêtus en civil, comme condition à la restitution de leurs corps.
Human Rights Watch a également recueilli les témoignages de personnes qui ont décrit comment les forces de sécurité ont utilisé la force meurtrière contre des manifestants non armés dans différentes provinces. L'usage injustifié et à grande échelle de la force meurtrière, qui a entraîné le massacre de manifestants et de passants, indique que les autorités ont délibérément et illégalement utilisé des armes à feu dans le cadre d'une politique d'État.
En vertu des Principes de base des Nations Unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu, les agents des forces de l'ordre ne peuvent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire et dans la mesure requise pour atteindre un objectif légitime de maintien de l'ordre. Le Comité des droits de l'homme des Nations Unies, dans son Observation générale sur le droit de réunion pacifique, a déclaré : « Les armes à feu ne sont pas un outil approprié de maintien de l’ordre [lors de rassemblements]. Elles ne doivent jamais être utilisées dans le seul but de disperser [un rassemblement]. L’emploi d’armes à feu par des agents des forces de l’ordre dans le contexte du maintien de l’ordre [lors de rassemblements] n’est conforme au droit international que s’il est limité à des individus ciblés et aux situations dans lesquelles il est strictement nécessaire pour protéger la vie ou prévenir un préjudice grave découlant d’une menace imminente. »
Les autorités ont également interféré avec les médias, restreint sévèrement l'accès aux télécommunications et coupé l'internet, en violation flagrante du droit à la liberté d'expression. Cet accès devrait être immédiatement rétabli, a déclaré Human Rights Watch.
Les États membres de l'ONU devraient immédiatement convoquer une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, a déclaré Human Rights Watch. Lors de cette session extraordinaire, les États devraient clairement indiquer que les responsables de graves violations des droits humains devront rendre des comptes. Ils devraient demander à la Mission internationale indépendante d'établissement des faits sur l'Iran de mener une enquête spéciale sur ces dernières atrocités et de formuler des recommandations concrètes pour faire progresser l’obligation de rendre des comptes.
Les dirigeants de l’ONU et les États membres devraient veiller à ce que la Mission d'établissement des faits dispose des ressources nécessaires pour mener à bien son important mandat, qui consiste notamment à préserver les preuves des violations, y compris en vue de futures procédures judiciaires visant à traduire les auteurs d’abus en justice.
« Les images horribles de familles fouillant parmi des centaines de sacs mortuaires dans une morgue à ciel ouvert devraient choquer la conscience du monde entier, et pousser la communauté internationale à agir afin que les responsables des meurtres, y compris au plus haut niveau, rendent des comptes », a conclu Lama Fakih.
Suite détaillée en anglais.
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Articles
Ouest-France La Croix France24
TV5 Monde HuffPost RTBF
CSDHI
15.01.2026 à 21:34
Human Rights Watch
Après sept années de procédures judiciaires, des travailleurs humanitaires ont fondu en larmes, enfin soulagés lorsqu’un tribunal de l'île grecque de Lesbos a acquitté 24 personnes qui étaient injustement poursuivies pour avoir sauvé des vies en mer. Dans la salle d'audience, le verdict a été acclamé et accueilli par des larmes de joie. « Sauver des vies n'est pas un crime », a déclaré Sara Mardini, l'une des personnes acquittées.
En août 2018, la police de Lesbos avait arrêté Sara Mardini et Séan Binder, membres bénévoles d'un petit groupe menant des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée ; ils ont passé plus de 100 jours en détention provisoire. Deux ressortissants grecs ont également été placés en détention. Les procureurs ont finalement inculpé 24 personnes ayant agi pour ou avec l’association Emergency Response Center International ; dans le cadre de cette affaire, des actions visant à secourir des migrants et demandeurs d'asile ont été présentées de manière déformée comme des crimes passibles de 20 ans de prison.
La loi grecque sur les crimes liés à la migration exempte toute personne aidant des demandeurs d'asile de toute sanction. Malgré cela, le ministère public a accusé le groupe de recherche et de sauvetage de faciliter la migration illégale et d'être une organisation criminelle de trafic. Il a également accusé le groupe de blanchiment d'argent lors de sa collecte de fonds. Le ministère public a également affirmé que plusieurs accusés avaient participé à des activités de trafic à des dates où ils ne se trouvaient pas en Grèce.
L'acquittement de tous les accusés dans la « plus grande affaire de criminalisation de la solidarité en Europe », comme l'a qualifiée le Parlement européen, est certes important, mais probablement insuffisant. Le ministère public a choisi de poursuivre les accusations criminelles après qu'un autre tribunal ait rejeté les fausses accusations de délit dans la même affaire. Les tribunaux grecs avaient déjà rejeté des affaires similaires.
Ces poursuites ont eu un effet dissuasif important. Les groupes de recherche et de sauvetage ont cessé leurs opérations en mer Égée. Des dizaines de personnes se sont noyées, dont une fillette de 7 ans dont le corps a été retrouvé le 8 janvier.
Le gouvernement grec devrait donner la priorité au sauvetage de vies humaines. Il pourrait présenter ses excuses aux accusés et indiquer clairement qu'il cessera d’intenter des poursuites qui criminalisent la solidarité. Il devrait également rejeter un projet de loi sur l'immigration qui imposerait des exigences d'enregistrement restrictives et des sanctions sévères aux organisations non gouvernementales et à leurs membres. Il devrait mettre fin à sa répression abusive contre les défenseurs des droits humains. Et surtout, le gouvernement devrait immédiatement mettre fin aux refoulements abusifs à ses frontières, et veiller à ce que personne ne soit renvoyé illégalement vers un pays présentant des dangers.
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Autres liens
InfoMigrants
15.01.2026 à 16:28
Human Rights Watch
(Beyrouth, 15 janvier 2026) – Les forces gouvernementales syriennes, ainsi que des groupes armés bédouins et druzes locaux, ont commis de graves exactions lors des affrontements survenus en juillet 2025 dans le gouvernorat de Soueïda situé dans le sud du pays, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Les autorités syriennes devraient traduire en justice les auteurs d’exactions dans tous les camps, y compris les commandants militaires et les hauts fonctionnaires ayant ordonné ces abus, qui pourraient être impliqués dans des crimes de guerre selon le principe de la responsabilité du commandement.
Une confrontation entre des groupes armés bédouins et druzes à un poste de contrôle dans le gouvernorat de Soueïda, le 12 juillet 2025, a dégénéré en plusieurs jours d'affrontements armés. Le 14 juillet, les forces de sécurité gouvernementales, soutenant les groupes armés bédouins, ont bombardé les positions druzes ; les combattants druzes ont riposté en attaquant les forces gouvernementales et bédouines. Des centaines de civils ont été tués et blessés, et des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées. Bien que la situation se soit améliorée depuis, les personnes déplacées continuent de vivre dans des conditions difficiles.
« Les autorités syriennes devraient démontrer que ce gouvernement représente tous les Syriens en poursuivant les responsables des atrocités commises à Soueïda, quel que soit leur camp et au plus haut niveau », a déclaré Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « En l’absence d’une reddition de comptes pour ces abus, de manière exhaustive, les horreurs du passé se répéteront. »
La population de la province de Soueïda est majoritairement druze (communauté issue de l’islam chiite), et comprend une minorité bédouine. Bien que ces groupes coexistent depuis des décennies, la confrontation au poste de contrôle du 12 juillet a déclenché des combats entre les deux communautés. Les forces gouvernementales sont intervenues pour soutenir les groupes bédouins, ce qui a exacerbé les tensions entre le gouvernement et la communauté druze.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec 19 victimes et témoins d'abus – 14 Druzes et 5 Bédouins – résidant à Soueïda, et a vérifié des photographies et des vidéos afin de corroborer les temoignages. Les chercheurs se sont également entretenus avec trois activistes locaux, un journaliste syrien qui est entré à Soueïda aux côtés des forces gouvernementales et trois sources ayant une connaissance directe des restrictions portant sur l’aide humanitaire.
Selon les témoins, les forces de sécurité gouvernementales ont commis des exécutions sommaires et détruit des biens civils parmi les communautés druzes, et des groupes armés bédouins alliés à ces forces ont procédé à des enlèvements et à des pillages. De leur côté, des groupes armés druzes ont attaqué et détenu arbitrairement des civils. Human Rights Watch a recensé 86 cas de meurtres apparemment illégaux ; les victimes étaient 67 civils druzes et 19 civils bédouins.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), de 93 000 personnes avaient été déplacées dans la semaine qui a suivi les affrontements ; fin juillet, près de et 187 000 personnes au total étaient déplacées, dans un contexte de pénurie critique de nourriture, de logements et de médicaments.
Le gouvernement intérimaire syrien n'a pas agi de manière adéquate pour enquêter de manière impartiale sur les abus commis par toutes les parties au conflit de juillet, a déclaré Human Rights Watch. Le 16 juillet, les autorités syriennes ont condamné les « violations » commises à Soueïda, les qualifiant de « criminelles et illégales », et se sont engagées à mener une enquête. Entre le 17 et le 22 juillet, la présidence syrienne, la police militaire et le ministère de la Défense ont publié des déclarations promettant que les responsables seraient tenus de rendre des comptes, et ont annoncé la création d'une commission chargée d'enquêter sur les « violations choquantes » commises par un « groupe inconnu en tenue militaire ».
Un organisme gouvernemental a été chargé de publier un rapport dans un délai de trois mois. Le 16 novembre, la commission a annoncé qu'elle avait demandé une prolongation de deux mois et qu'elle publierait son rapport avant la fin de l'année. L'enquête n'est toujours pas terminée.
Depuis les affrontements, l'aide humanitaire aux civils dans le besoin a été fortement entravée par les restrictions d'accès imposées par le gouvernement, et par l'insécurité persistante. Bien que les restrictions d'accès aient depuis été assouplies, les retards bureaucratiques et les obstacles à la distribution et à la coordination au sein du gouvernorat persistent, ont rapporté deux sources bien informées. Un travailleur humanitaire a déclaré que des dizaines de personnes étaient toujours portées disparues ou enlevées, leurs familles n'ayant reçu aucune information sur leur sort, ou sur le lieu de leur détention.
Le 21 août, des experts de l'ONU ont rapporté que les attaques menées par les milices locales, les autorités de transition et les groupes armés affiliés contre trois villages de la province de Soueïda avaient fait environ 1 000 morts, dont 539 civils druzes identifiés. Le nombre total de victimes civiles n'a pas été communiqué, car un nombre important de corps pourraient encore se trouver dans des maisons où les équipes de secours n'ont pas été autorisées à entrer.
Le 2 octobre, les membres de la Commission d'enquête internationale indépendante des Nations Unies sur la Syrie se sont rendus à Soueïda pour enquêter sur les exactions commises en juillet ; il s’est agi de la première visite d'experts internationaux en droits humains, sur ces lieux. Depuis, ils se sont rendus à plusieurs reprises dans la région.
Le droit international humanitaire, qui rassemble les lois de la guerre, s'applique aux combats entre les forces gouvernementales et les groupes armés à Soueïda. L'article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et le droit coutumier de la guerre interdisent les attaques contre les civils, les exécutions sommaires, les atteintes à la dignité personnelle, ainsi que la destruction et le pillage des biens civils. Les violations graves du droit de la guerre commises avec une intention criminelle constituent des crimes de guerre.
Les forces armées du gouvernement de transition syrien ont déjà été impliquées dans de graves exactions contre des populations minoritaires, notamment des Alaouites syriens en mars 2025. Les enquêtes menées par le gouvernement sur les crimes présumés ont innocenté les hauts responsables en raison du manque de preuves d'ordres directs de commettre des exactions. Toutefois, les commandants et les hauts responsables peuvent être pénalement responsables, en vertu de la responsabilité du commandement, des crimes de guerre commis par leurs subordonnés s'ils avaient connaissance ou auraient dû avoir connaissance de ces crimes et s'ils ne les ont pas empêchés ou n'ont pas puni les responsables.
Le gouvernement syrien devrait garantir des enquêtes impartiales sur les affrontements de juillet et de mars impliquant des hauts responsables militaires et civils, et pas seulement des agents de rang inférieur comme cela a été le cas jusqu'à présent. En janvier 2026, de nouveaux affrontements entre les forces gouvernementales et les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes ont fait 23 morts et provoqué le déplacement de plus de 100 000 personnes. Ces derniers affrontements entre les forces gouvernementales et les groupes armés dirigés par des minorités soulignent la nécessité d'une réforme globale du secteur de la sécurité et de la responsabilisation pour les violations graves.
Si les autorités ne sont pas disposées ou capables de mener des poursuites conformes aux normes internationales en matière de procès équitable, l'ONU et les gouvernements préoccupés devraient intervenir pour soutenir les efforts en matière de reddition de comptes. Les autorités syriennes devraient mener une véritable réforme du secteur de la sécurité en écartant les membres susceptibles d’avoir commis des abus, en faisant respecter la discipline et en plaçant les groupes armés sous l'autorité de l'État ou en les démobilisant.
« La simple reconnaissance des atrocités par le gouvernement ne suffit pas en soi, si les commandants des forces ayant commis des abus demeurent eux-mêmes à l’abri de la justice », a conclu Adam Coogle. « En l’absence de poursuites contre ces hauts responsables, et d’une réforme structurelle du secteur de la sécurité, la Syrie continuera à être confrontée à des cycles de violence et de représailles. »
Suite détaillée en anglais, au sujet des abus suivants :
Abus commis par les forces gouvernementales syriennes et par des groupes armés bédouins
Exécutions sommairesPillage et destruction de biens civilsAtteintes à la dignité humainePrises d'otages par des groupes armés bédouinsDétentions arbitrairesAbus commis par des groupes armés druzes
Exécutions sommairesProfanation de cadavresPrises d'otagesDétentions arbitrairesSuite en anglais.
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14.01.2026 à 07:00
Human Rights Watch
Le colonel Claude Pivi, ancien ministre guinéen chargé de la sécurité du Président, et l’un des hommes reconnus coupables lors du procès historique des viols et des meurtres commis en Guinée en 2009, serait décédé de cause naturelle à l’hôpital le 6 janvier 2026, alors qu’il était en détention.
Le 31 juillet 2024, un tribunal guinéen a prononcé son verdict concernant le massacre du 28 septembre 2009, au cours duquel les forces de sécurité avaient attaqué des manifestants pacifiques dans un stade de Conakry, capitale du pays. 150 personnes étaient alors décédées, et de [très ] nombreuses femmes avaient été violées. Les juges ont reconnu l’ancien président autodéclaré Moussa Dadis Camara, ainsi que sept autres personnes, dont Claude Pivi, coupables de crimes contre l’humanité, et les ont condamnés à des peines d’emprisonnement allant de 10 ans à la perpétuité.
Click to expand Image Le colonel Claude Pivi, qui était alors ministre chargé de la sécurité du président de l’époque Moussa Dadis Camara, photographié sur la place des Martyrs à Conakry, en Guinée, le 2 octobre 2009. © 2009 Seyllou/AFP via Getty ImagesSuite au récent décès de Claude Pivi, et à la libération en mars 2025 de Dadis Camara, gracié par par l’actuel président Mamady Doumbouya, six hommes reconnus coupables en raison du rôle qu’ils ont joué dans le massacre sont toujours en prison. Cependant, la grâce accordée à Dadis Camara est incompatible avec les obligations incombant à la Guinée en vertu du droit international, et pourrait constituer une violation du droit des victimes à une réparation effective.
Les victimes des crimes commis le 28 septembre, tout comme les personnes reconnues coupables et toujours détenues, attendent encore les audiences d’appel, qui ont pris beaucoup de retard, ainsi que des avancées en matière de réparations.
Il y a toutefois eu quelques avancées dans le cadre de procédures judiciaires distinctes engagées contre d’autres suspects dans le massacre du 28 septembre. Le 18 décembre 2025, un nouveau procès a débuté contre sept accusés, dont quatre ont comparu devant le tribunal, notamment le colonel Bienvenue Lamah, ancien directeur régional de la gendarmerie de Conakry. Les trois autres accusés sont toujours en fuite.
Mamady Doumbouya a été officiellement élu président en décembre 2025. Il s’agissait de la première élection présidentielle en Guinée depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’État en 2021. Alors que la situation des droits humains s’est détériorée sous son régime, son nouveau gouvernement devrait rompre avec le passé.
Mamady Doumbouya devrait s’engager à faire avancer les mesures encore inabouties visant à établir les responsabilités dans les crimes commis le 28 septembre, et jeter les bases d’une justice crédible et équitable pour les autres violations des droits en Guinée.
14.01.2026 à 06:01
Human Rights Watch
(Bruxelles, 14 janvier 2026) – Le gouvernement hongrois ne garantit pas aux personnes âgées le droit à la sécurité sociale et à un niveau de vie décent, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui ; elles sont notamment privées d’un accès adéquat à l’alimentation, aux médicaments et à l’énergie de chauffage. Les autorités devraient revoir d’urgence les pensions de retraite et prendre des mesures immédiates pour les augmenter, conformément à leurs obligations en matière de droits humains, afin de lutter contre la pauvreté croissante des personnes âgées.
« Le gouvernement hongrois demande à des centaines de milliers de personnes âgées de survivre avec des pensions dérisoires et manifestement insuffisantes », a déclaré Kartik Raj, chercheur senior sur l'Europe de l’Ouest à Human Rights Watch. « Le système de sécurité sociale insuffisant en Hongrie contraint un grand nombre de ces personnes, bénéficiaires de maigres pensions, à choisir entre des dépenses pour la nourriture, pour des médicaments ou pour le chauffage, et à décider de quels biens essentiels ils devront se priver. »
Les données officielles montrent qu'environ 2 millions de personnes percevaient une pension de vieillesse fin 2024, dont plus des deux tiers avec un revenu inférieur au salaire minimum mensuel brut (266 800 HUF, soit 676 €). Près d'un quart des retraités (471 000 personnes) perçoivent une pension inférieure au seuil de pauvreté officiel (173 990 HUF, soit 441 €). Les femmes sont plus nombreuses en chiffres et en proportion à percevoir une retraite inférieure à ces seuils.
Human Rights Watch a mené des entretiens auprès de 45 personnes âgées de 65 à 91 ans qui reçoivent des pensions contributives basées sur l'âge à Budapest et dans deux communautés rurales, ainsi qu’avec des experts en politique sociale et des associations de retraités, et a analysé des données officielles.
Les données de l'Office central des statistiques hongrois révèlent une augmentation rapide du risque de pauvreté chez les personnes âgées. Le taux de risque de pauvreté chez les personnes de 65 ans et plus est passé de 6,3 % en 2018 à 16,1 % en 2023. Près d'une femme âgée sur cinq est menacée de pauvreté. Les données montrent une baisse générale du taux de risque de pauvreté au sein de la population et chez les moins de 64 ans ; une tendance que les autorités ont choisie de mettre en avant tout en minimisant la hausse de la pauvreté chez les personnes âgées.
L'augmentation de la pauvreté chez les personnes âgées a coïncidé avec la hausse de l’inflation depuis 2018, avec des pics enregistrés en 2022 et 2023 ; durant cette période, la hausse des prix alimentaires en Hongrie a été plus marquée que dans les autres pays de l'Union européenne. Les personnes âgées percevant de faibles retraites ont été parmi les plus durement touchées, nombre d'entre elles se trouvant dans l'incapacité de se nourrir correctement en raison de la flambée des prix des produits de base tels que le sucre, l'huile, la farine, les produits laitiers, la viande et les fruits.
Les autorités hongroises ont réagi en encadrant les prix du gaz et en imposant un contrôle partiel des prix sur les produits alimentaires de base en 2023 et 2025. Cependant, les vendeurs ont augmenté les prix d'autres produits non plafonnés pour compenser leurs pertes, limitant ainsi l'efficacité du plafonnement des prix.
La situation précaire des personnes âgées en Hongrie contraste fortement avec les affirmations répétées du gouvernement selon lesquelles il privilégie le bien-être des « Hongrois ordinaires », a déclaré Human Rights Watch. Ces déclarations interviennent également dans un contexte de vives inquiétudes internationales concernant le régime antidémocratique de la Hongrie et les violations généralisées des libertés fondamentales.
La hausse de la pauvreté chez les personnes âgées met en lumière des problèmes structurels persistants au sein du système de retraite et de sécurité sociale hongrois. Parmi ceux-ci figure une méthode d'indexation des pensions défaillante qui entraîne une dépréciation des faibles pensions plus rapide que celle des pensions plus élevées, perpétuant ainsi les inégalités et laissant les personnes aux revenus les plus modestes encore plus désavantagées.
« Les gens qui ont des millions ne peuvent pas imaginer cette vie, quand on n'a rien à dépenser et qu'on survit à peine », a déclaré une femme de 90 ans qui a travaillé dans une entreprise textile d'État puis a tenu un magasin d'État dans le comté de Jász-Nagykun-Szolnok, jusqu'à sa retraite en 1991. « Une personne qui a travaillé pendant 40 ans ne devrait pas avoir à vivre comme ça. Nous avons besoin d'un système de retraite plus équitable. »
Les mesures gouvernementales visant à apporter un soutien financier supplémentaire aux retraités n'ont apporté qu'un soulagement partiel et n'ont pas permis de remédier aux inégalités structurelles. En 2020, le gouvernement a progressivement instauré une « pension de 13 mois », versant à tous les retraités un supplément mensuel par an à partir de 2024. En novembre 2025, il a proposé la création d'un « 13ème mois de retraite ». Si les personnes âgées avec qui nous nous sommes entretenus apprécient ce soutien additionnel, la plupart souhaitent que le gouvernement s'attaque au problème fondamental : leurs pensions mensuelles sont insuffisantes pour enrayer la hausse du taux de pauvreté chez les personnes âgées.
Click to expand Image Margit, une femme hongroise âgée de 85 ans, montrait les bons alimentaires qui lui restaient après avoir acheté des fruits sur un marché de Budapest, en octobre 2025. Elle a indiqué que seuls quelques étals du marché acceptaient ces bons. © 2025 Kartik Raj/Human Rights WatchEn juillet 2025, le gouvernement a décidé de distribuer exceptionnellement 30 000 HUF (76 €) de bons alimentaires à tous les retraités, utilisables pour l’achat de produits frais entre octobre et décembre. De nombreuses personnes âgées interrogées ont déclaré qu’un versement direct en espèces, ajouté à leur pension plutôt que des bons alimentaires, leur aurait permis une plus grande autonomie quant à l’utilisation de ces fonds. Certaines ont qualifié ces bons alimentaires de manœuvre politique, tandis que d’autres ont estimé qu’ils étaient nettement moins avantageux qu’un remboursement d’impôt pour les retraités, initialement proposé par le gouvernement mais abandonné en raison de sa complexité administrative.
La Hongrie a l’obligation, au regard du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, de garantir tous les droits économiques, sociaux et culturels, notamment les droits à la sécurité sociale, à un niveau de vie suffisant ainsi qu’au meilleur état de santé possible. Les normes internationales relatives aux droits humains, les traités et les orientations connexes en matière de sécurité sociale définissent clairement les exigences relatives à l’adéquation des prestations de sécurité sociale. Le droit européen des droits sociaux assure une protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale, et consacre un « droit spécifique des personnes âgées à la protection sociale ».
La Hongrie devrait revoir d'urgence le niveau des retraites, en augmentant les pensions les plus basses afin de réduire les inégalités et de garantir à toutes les personnes âgées du pays les droits à la sécurité sociale et à un niveau de vie décent. Le gouvernement devrait notamment prendre des mesures immédiates pour que personne ne soit privé d'une alimentation nutritive adéquate, d'énergie suffisante pour chauffer son logement, ni des médicaments et fournitures nécessaires à sa santé.
« Les bons alimentaires ou un mois de pension supplémentaire accordé à la hâte ne sont que des solutions superficielles face au problème croissant de la pauvreté des retraités en Hongrie », a conclu Kartik Raj. « Si le gouvernement hongrois se soucie réellement du droit des personnes âgées à la sécurité sociale, il devrait augmenter d'urgence le niveau des faibles pensions, prendre des mesures décisives pour rendre le système plus équitable, et garantir à tous les retraités du pays un niveau de vie décent et digne. »
Suite détaillée en anglais.
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13.01.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Beyrouth) – Les autorités saoudiennes ont exécuté au moins 356 personnes en 2025, ce qui constitue un nombre annuel record dans ce pays depuis que ces statistiques sont suivies, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. C'est la deuxième année consécutive pour laquelle les autorités saoudiennes ont établi un nouveau triste record, suite aux 345 exécutions enregistrées en 2024.
« La fin de l'année 2025 a cristallisé une tendance horrifiante en Arabie saoudite, avec une hausse record du nombre d'exécutions pour la deuxième année consécutive », a déclaré Joey Shea, chercheuse sur l'Arabie saoudite à Human Rights Watch. « Les gouvernements d’autres pays devraient immédiatement faire pression sur les autorités obéissant au prince héritier Mohammed ben Salmane, afin qu'elles mettent fin à tout futur projet d’exécution. »
Les exécutions de ressortissants étrangers pour des infractions non mortelles liées à la drogue ont été l’un des principaux facteurs de la forte augmentation du nombre d’exécutions en Arabie saoudite en 2025. Selon les organisations non gouvernementales Reprieve et l'Organisation européenne pour les droits humains en Arabie saoudite (European Saudi Organization for Human Rights, ESOHR), 240 des personnes exécutées avaient été condamnées pour des infractions non mortelles liées à la drogue, et 188 d'entre elles étaient des ressortissants étrangers. Selon les deux organisations, les autorités ont exécuté 98 personnes en 2025 pour des accusations liées uniquement au haschisch.
Parmi les personnes exécutées figuraient au moins deux hommes reconnus coupables de crimes qu'ils auraient commis alors qu'ils étaient enfants. Le 20 octobre, les autorités ont exécuté Abdullah al-Derazi, qui avait été condamné à mort pour terrorisme pour avoir participé à des manifestations et à des cortèges funéraires. Al-Derazi, âgé de 17 ans au moment des faits présumés en 2012, appartenait à la minorité musulmane chiite du pays, qui subit depuis longtemps une discrimination et des violences systématiques de la part du gouvernement.
Le 21 août, les autorités ont exécuté Jalal al-Labbad, qui était âgé de 15 ans au moment des faits qui lui étaient reprochés. Les autorités saoudiennes ont arrêté al-Labbad en 2017 pour avoir participé à des manifestations et à des cortèges funéraires, a rapporté l'ESOHR. Al-Derazi et al-Labbad auraient tous deux été torturés par les autorités saoudiennes pendant leur détention.
Plusieurs accusés poursuivis pour des crimes commis alors qu'ils étaient mineurs risquent d'être exécutés sous peu, notamment Yousef al-Manasif, Ali al-Mabiouq, Jawad Qureiris, Ali al-Subaiti, Hassan al-Faraj et Mahdi al-Mohsen, a déclaré Human Rights Watch.
Le 14 juin, les autorités saoudiennes ont exécuté Turki al-Jasser, un journaliste connu pour avoir dénoncé la corruption au sein de la famille royale saoudienne, ce qui soulève des inquiétudes quant au fait que le gouvernement saoudien utilise la peine de mort pour réprimer la dissidence pacifique.
Le droit international relatif aux droits humains, y compris la Charte arabe des droits de l'homme, ratifiée par l'Arabie saoudite, exige que les pays qui recourent à la peine de mort ne le fasse que pour les « crimes les plus graves » et dans des circonstances exceptionnelles. En novembre 2022, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a publié une déclaration sur le nombre « alarmant » d'exécutions en Arabie saoudite après la fin d'un moratoire officieux de 21 mois sur l'application de la peine de mort pour les infractions liées à la drogue.
Human Rights Watch s'oppose par principe à la peine capitale dans tous les pays et en toutes circonstances, car cette forme de punition est inhumaine, unique par sa cruauté et son irréversibilité, et universellement entachée d'aspects arbitraires, de préjugés et d'erreurs. Le droit international, y compris la Convention relative aux droits de l'enfant, à laquelle l'Arabie saoudite est partie, comporte l'interdiction absolue de la peine capitale pour les crimes commis par des enfants.
« Les célébrités, les athlètes et autres personnes cherchant à tirer profit des tentatives de l'Arabie saoudite de blanchir son bilan en matière de droits humains devraient plutôt penser au nombre d'exécutions prévues en 2025, et se demander si l'argent vaut la peine d'être associé à cette vague de meurtres », a observé Joey Shea.
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13.01.2026 à 06:00
Human Rights Watch
En mars 2017, des images vidéo granuleuses ont montré des hommes armés conduisant Zaida Catalán, une Suédoise de 36 ans, et Michael Sharp, un Américain de 34 ans, dans la savane, avant de les forcer à s’asseoir et de les abattre. Les meurtres brutaux de ces deux enquêteurs des Nations Unies – et la disparition de leur interprète congolais et des trois chauffeurs de moto qui les accompagnaient – ont provoqué une onde de choc en République démocratique du Congo et au sein de la communauté internationale, notamment parmi les chercheurs et les défenseurs des droits humains travaillant en Afrique centrale.
Près de neuf ans plus tard, les familles, amis et collègues de Zaida Catalán et de Michael Sharp attendent toujours que justice soit rendue.
Les deux enquêteurs avaient été enlevés et exécutés alors qu’ils documentaient des massacres perpétrés dans la région du Kasaï, en RD Congo. Si le gouvernement du président Joseph Kabila a initialement imputé les meurtres à la milice Kamuina Nsapu, des reportages courageux de journalistes congolais et internationaux ont mis en évidence le rôle de hauts responsables de l’État.
Bien qu’un tribunal militaire congolais ait condamné plus de 50 personnes en 2022 pour leur implication dans les meurtres de Zaida Catalán et de Michael Sharp, le procès n’a pas pris en compte les preuves de complicité de l’État, notamment des images vidéo montrant des agents gouvernementaux facilitant le déplacement des experts vers le lieu de l’embuscade. Il a été entaché d’autres irrégularités, notamment des accusés jugés par contumace et des allégations de subornation de témoins. Une décision en appel est attendue prochainement.
La semaine dernière, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) de la RD Congo a publié un communiqué exhortant le pouvoir judiciaire à examiner le rôle de tous les individus cités dans les enquêtes officielles, y compris celles qui auraient commandité le double meurtre, avant la clôture du dossier. La Commission a également appelé la justice à prendre toutes les mesures nécessaires pour élucider le sort des quatre Congolais qui accompagnaient les experts et à garantir que justice soit également rendue pour les nombreuses victimes congolaises des tueries de masse dans la région du Kasaï. Paul Nsapu, le président de la Commission, a ensuite accordé une interview à Radio France Internationale, réitérant ces appels et ajoutant qu’il disposait de preuves pouvant permettre de « remonter jusqu’aux commanditaires, jusqu’aux auteurs intellectuels ».
Les autorités congolaises devraient tenir compte de ces appels. Les familles de Michael Sharp et de Zaida Catalán, ainsi que celles des victimes congolaises, méritent que toute la vérité soit faite. Une justice digne de ce nom implique de démasquer et de poursuivre tous les responsables, quels que soient leur rang, et de promouvoir un État de droit qui protège les défenseurs des droits humains.