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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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29.05.2026 à 12:50

Maccarthysme et antiracisme à WWF

stagiairedecomm@iris-france.org

Alexandra Palt, alors présidente bénévole du WWF France, a participé à titre personnel à une manifestation début avril contre les insultes racistes visant Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis. Son acte citoyen, motivé par un engagement de longue date pour les droits humains, lui a valu une mise en cause officielle de la part de sa propre organisation, dont elle vient de démissionner. Dans un courrier interne, la présidente d’honneur Isabelle Autissier et Antoine Housset, administrateur, lui ont en effet rappelé que la mission du WWF n’est pas de lutter contre le racisme, tout en soulignant que cette manifestation, pourtant transpartisane, était selon eux organisée par La France insoumise, un parti « souvent critiqué pour son attitude à l’égard des juifs qui […] font parti des donateurs ». Cette affaire soulève plusieurs questions qui dépassent le simple cadre associatif. Pourquoi une responsable engagée se voit-elle reprocher une présence à une marche antiraciste alors qu’elle n’a pas engagé son association ? Comment interpréter les références aux donateurs juifs, qui peuvent être perçues comme une forme d’essentialisation ? Et surtout, cette controverse illustre-t-elle une réduction progressive de l’espace de débat public en France ? Mon analyse dans cette vidéo.

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Alexandra Palt, alors présidente bénévole du WWF France, a participé à titre personnel à une manifestation début avril contre les insultes racistes visant Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis. Son acte citoyen, motivé par un engagement de longue date pour les droits humains, lui a valu une mise en cause officielle de la part de sa propre organisation, dont elle vient de démissionner.

Dans un courrier interne, la présidente d’honneur Isabelle Autissier et Antoine Housset, administrateur, lui ont en effet rappelé que la mission du WWF n’est pas de lutter contre le racisme, tout en soulignant que cette manifestation, pourtant transpartisane, était selon eux organisée par La France insoumise, un parti « souvent critiqué pour son attitude à l’égard des juifs qui […] font parti des donateurs ».

Cette affaire soulève plusieurs questions qui dépassent le simple cadre associatif. Pourquoi une responsable engagée se voit-elle reprocher une présence à une marche antiraciste alors qu’elle n’a pas engagé son association ? Comment interpréter les références aux donateurs juifs, qui peuvent être perçues comme une forme d’essentialisation ? Et surtout, cette controverse illustre-t-elle une réduction progressive de l’espace de débat public en France ?

Mon analyse dans cette vidéo.

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29.05.2026 à 12:48

Géopolitique à la télé : quelques aspects problématiques

stagiairedecomm@iris-france.org

La guerre en Iran a mobilisé les chaînes d’information permanentes. Les débats ont été abondants. Ont-ils vraiment aidé le public à s’informer et à comprendre ses enjeux ? Une réflexion est à mener sur la façon dont les médias ont traité ce conflit et les questions géopolitiques plus généralement. Dès le début du conflit avec les premières attaques israélo-américaines du 28 février 2026 sur le territoire iranien, un narratif pro-américain et pro-israélien – l’un expliquant d’ailleurs l’autre – s’est imposé. Le discours dominant était : oui, c’est la guerre, c’est malheureux, mais en même temps l’Iran est une dictature (ce qui est vrai), il faut donc libérer les Iraniens de la dictature des mollahs. C’est une guerre pour la bonne cause, une « guerre juste », le respect du droit international apparaissant comme une variable d’ajustement. Mais surtout, une guerre menée sans se soucier de la faisabilité du scénario rose vendu par Benyamin Netanyahou à Donald Trump : une guerre rapide décapitant le régime, provoquant un soulèvement iranien et l’établissement d’un régime démocratique, pacifique, et surtout pro-américain et pro-israélien. Ceux qui alertaient sur le caractère tout à fait irréaliste de ce scénario étaient alors traités de soutiens du régime iranien. Ils étaient de toutes façons très minoritaires. Un peu comme les alouettes dans le pâté de cheval et d’alouettes, leur présence ne change pas le goût général. Les voix dissonantes ont été rares. Très souvent elles ont été écartées comme étant en fait animées par des choix idéologiques condamnables. C’est le paradoxe. Ceux qui finalement ont prouvé que leur approche était réaliste et sérieuse ont été marginalisés par rapport à ceux qui avaient une approche idéologique beaucoup plus éloignée des réalités géopolitiques. Le choc des civilisations est en effet bien ancré chez la plupart des commentateurs qui ont une approche civilisationnelle. L’Occident, c’est le […]

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La guerre en Iran a mobilisé les chaînes d’information permanentes. Les débats ont été abondants. Ont-ils vraiment aidé le public à s’informer et à comprendre ses enjeux ? Une réflexion est à mener sur la façon dont les médias ont traité ce conflit et les questions géopolitiques plus généralement.

Dès le début du conflit avec les premières attaques israélo-américaines du 28 février 2026 sur le territoire iranien, un narratif pro-américain et pro-israélien – l’un expliquant d’ailleurs l’autre – s’est imposé. Le discours dominant était : oui, c’est la guerre, c’est malheureux, mais en même temps l’Iran est une dictature (ce qui est vrai), il faut donc libérer les Iraniens de la dictature des mollahs. C’est une guerre pour la bonne cause, une « guerre juste », le respect du droit international apparaissant comme une variable d’ajustement. Mais surtout, une guerre menée sans se soucier de la faisabilité du scénario rose vendu par Benyamin Netanyahou à Donald Trump : une guerre rapide décapitant le régime, provoquant un soulèvement iranien et l’établissement d’un régime démocratique, pacifique, et surtout pro-américain et pro-israélien. Ceux qui alertaient sur le caractère tout à fait irréaliste de ce scénario étaient alors traités de soutiens du régime iranien. Ils étaient de toutes façons très minoritaires. Un peu comme les alouettes dans le pâté de cheval et d’alouettes, leur présence ne change pas le goût général.

Les voix dissonantes ont été rares. Très souvent elles ont été écartées comme étant en fait animées par des choix idéologiques condamnables. C’est le paradoxe. Ceux qui finalement ont prouvé que leur approche était réaliste et sérieuse ont été marginalisés par rapport à ceux qui avaient une approche idéologique beaucoup plus éloignée des réalités géopolitiques. Le choc des civilisations est en effet bien ancré chez la plupart des commentateurs qui ont une approche civilisationnelle. L’Occident, c’est le bien. Il ne peut pas se tromper. Il faut être de son côté de l’Occident, quoi qu’il fasse. Les commentateurs sortent du même moule idéologique, ils ne se contredisent pas. Beaucoup vont aussi dans le même sens parce qu’ils ont peur, s’ils déviaient du sentiment majoritaire, d’être marginalisés, voire exclus. Il y a une assez grande unité à la fois sociologique et culturelle de la part des intervenants. Comme ils veulent garder leur rond de serviette quelle que soit leur croyance réelle, ils abondent dans le sens dominant. Et ceux qui viennent de minorités culturelles ou idéologiques ont plutôt intérêt à prendre le point de vue de la majorité s’ils veulent continuer à être invités.

Autre défaut inhérent aux chaînes d’information permanente : il faut commenter l’actualité la plus chaude sans toujours prendre du recul, sans garder de la hauteur pour analyser les événements, pour les resituer dans un contexte plus global en termes historiques et géopolitiques. Il y a un peu la tentation de commenter le fait du jour, de la minute, de l’heure.

Autre réalité, il y a une multiplication du nombre des chaînes, donc du nombre de débats ; au total ce sont au moins 200 personnes par jour qu’il faut convier pour nourrir tous ces plateaux. La bête de l’information permanente est très gourmande. Or, ces personnes ne peuvent être toutes compétentes pour traiter des sujets. Parfois, le remplissage l’emporte sur la connaissance. Souvent on préfère des gens qui peuvent se déplacer en plateau, plutôt qu’inviter en visio ceux qui ne peuvent être présent sur place. On est moins regardant sur le CV des invités parce qu’il faut que toutes les places autour du plateau soient remplies. La compétence réelle n’est donc pas toujours exigée.

Autre biais, certains viennent faire du plaidoyer, ou ont une cause à défendre et viennent sous couvert d’expertise plaider pour une cause. D’autres ont des titres bidons de professeurs. Ce n’est pas parce que vous avez une vacation à Sciences Po que vous êtes professeur à Sciences Po ou que vous êtes un véritable universitaire. Il y a des gens aussi qui inventent des structures qui n’ont pas d’existence réelle, qui ne sont pas des think tanks reconnus, ancrés dans le débat géopolitique. Il est très facile de créer une structure nominale au titre ronflant mais sans existence réelle.

Souvent, on fait parler des gens compétents sur un sujet, mais on les fait aussi parler sur d’autres. Est-ce que c’est tout à fait pertinent de faire parler du Proche-Orient à un spécialiste de la Russie ou de faire parler de la Chine un spécialiste du Proche-Orient ? Tout le monde n’est pas généraliste. Certains sont spécialistes de zones très précises, d’autres ont une approche plus globale. Mais souvent il faut remplir donc on prend un peu celui qui est présent car il a le mérite d’être là. S’il dit des choses qui ne sont pas tout à fait pertinentes, ça sera aussi vite oublié.

On pourrait aussi s’interroger sur le fait de présenter des gens comme experts en géopolitique et experts reconnus, alors qu’ils ne sont jamais à l’étranger, mais toujours en France, à Paris. Nombreux sont les spécialistes pour plateau télé, mais pour rien d’autres. Quelle est la crédibilité des invités qui ne sont jamais invités à l’étranger ? Quelle est la légitimé de celles et ceux qui n’ont pas de contacts avec leurs collègues ni ne sont des spécialistes reconnus par la profession en France comme à l’international ?

Les plateaux peuvent aussi être surpeuplés. Peut-on vraiment faire un débat articulé quand il y a six personnes en plus de l’animateur sur un plateau ? En fait, la tentation c’est la fragmentation. On n’a pas le temps de développer le raisonnement, on peut être coupé. On ferait certainement mieux en invitant moins de monde et leur laisser un peu plus de temps pour s’exprimer.

On nous a dit au début de la guerre d’Iran que tout allait bien se passer, or rien ne s’est passé comme le prévoyaient les faux spécialistes. On assiste à une impunité du mensonge. Tout le monde peut faire des erreurs si elles sont de bonne foi, mais on voit qu’il y a des fake news qui sont sciemment et volontairement répandues par certains en toute impunité. Celles et ceux qui nous ont dit en 2003 qu’il y avait des armes nucléaires en Irak et qu’il fallait faire la guerre pour empêcher que l’Irak se dote de l’arme nucléaire sont revenus nous dire la même chose sur l’Iran en 2026, 23 ans plus tard. Souvent les mêmes d’ailleurs.

Cette impunité du mensonge est regrettable et porte atteinte à la crédibilité des médias et à celles et ceux qui donnent la parole à ces faussaires. Les médias doivent réfléchir à leur crédibilité à long terme, à leur manière de remplir les plateaux sans trop s’interroger sur la façon dont ils le font qui ne fait que renforcer la méfiance grandissante du public à leur égard.

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29.05.2026 à 11:20

Mexique : une coupe du monde sous haute sécurité

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À l’approche de la Coupe du monde 2026, la question de la sécurité est plus que jamais au centre des débats. Le Mexique, qui coorganise, du 11 juin au 19 juillet, l’événement, avec les États-Unis et le Canada, reste en effet un pays meurtri par la violence extrême des cartels de la drogue. La mort récente de Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), a rappelé la force de frappe criminelle de ces organisations et leur aptitude à défier l’ordre public. Les images chocs de véhicules incendiés, en guise de représailles, ont ravivé les interrogations sur la capacité de l’État mexicain à sécuriser le Mondial 2026, l’événement sportif le plus regardé au monde. Le 11 juin 2026, le match d’ouverture opposera le Mexique à l’Afrique du Sud au stade Azteca à Mexico. Douze autres rencontres sont programmées dans trois villes hôtes : Mexico (centre), Guadalajara (ouest) et Monterrey (nord-est). 5,5 millions de visiteurs sont attendus pour l’occasion dans un pays qui reçoit, rappelons-le, près de 50 millions de touristes étrangers par an. Sur le plan logistique, la capitale (plus de 20 millions d’habitants avec ses banlieues) dispose d’une longue expérience d’accueil, après avoir organisé deux Coupes du monde en 1986 et en 1970.

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À l’approche de la Coupe du monde 2026, la question de la sécurité est plus que jamais au centre des débats. Le Mexique, qui coorganise, du 11 juin au 19 juillet, l’événement, avec les États-Unis et le Canada, reste en effet un pays meurtri par la violence extrême des cartels de la drogue. La mort récente de Nemesio Oseguera, alias « El Mencho », chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), a rappelé la force de frappe criminelle de ces organisations et leur aptitude à défier l’ordre public. Les images chocs de véhicules incendiés, en guise de représailles, ont ravivé les interrogations sur la capacité de l’État mexicain à sécuriser le Mondial 2026, l’événement sportif le plus regardé au monde.

Le 11 juin 2026, le match d’ouverture opposera le Mexique à l’Afrique du Sud au stade Azteca à Mexico. Douze autres rencontres sont programmées dans trois villes hôtes : Mexico (centre), Guadalajara (ouest) et Monterrey (nord-est). 5,5 millions de visiteurs sont attendus pour l’occasion dans un pays qui reçoit, rappelons-le, près de 50 millions de touristes étrangers par an. Sur le plan logistique, la capitale (plus de 20 millions d’habitants avec ses banlieues) dispose d’une longue expérience d’accueil, après avoir organisé deux Coupes du monde en 1986 et en 1970.

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29.05.2026 à 10:31

Tensions, crises et contradictions en Turquie

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Presque 10 ans après la tentative du coup d’État du 16 juillet 2016, la stratégie liberticide mise en œuvre par les autorités politiques turques continue à s’appliquer d’une façon préoccupante et ne manque pas d’interpeller. Coup sur coup, deux événements se conjuguent en effet ces derniers jours et indiquent combien l’État de droit est constamment et méthodiquement affaibli, en même temps que des lignes de faille semblent se cristalliser au sein du pouvoir et de la coalition qui dirige le pays. Il s’agit tout d’abord de la destitution de la direction du Parti républicain du peuple (CHP), le parti fondé par Mustafa Kemal Atatürk en 1923. Cette direction, élue à l’issue du congrès du parti à la fin de l’année 2023, avait battu l’équipe sortante incarnée par Kemal Kiliçdaroğlu. Celui-ci avait été le candidat malheureux de l’opposition, pourtant unie, face à un Recep Tayyip Erdoğan qui remportait alors une nouvelle victoire électorale présidentielle en mai 2023. Kemal Kiliçdaroğlu avait à l’époque fait une campagne d’entre deux tours aux relents xénophobes, n’hésitant pas à utiliser des thèmes s’apparentant à celui du grand remplacement, principalement dirigés contre les réfugiés syriens alors que la guerre civile continuait à faire rage dans leur pays d’origine. À l’issue dudit congrès, des délégués battus, donc minoritaires, ont initié un recours en justice, arguant d’irrégularités, notamment l’achat de voix de délégués. Après une longue procédure, le verdict est donc tombé le 21 mai dernier. Refusant de quitter le siège du parti, les dirigeants et militants présents en ont été délogés manu militari par des policiers antiémeutes. C’est dans ce cadre que Kemal Kiliçdaroğlu doit reprendre ses anciennes fonctions à la tête du parti dans les jours à venir, déclarant sans sourciller que son parti savait se purifier « lorsque cela s’avérait nécessaire » et acquiesçant de ce fait aux […]

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Presque 10 ans après la tentative du coup d’État du 16 juillet 2016, la stratégie liberticide mise en œuvre par les autorités politiques turques continue à s’appliquer d’une façon préoccupante et ne manque pas d’interpeller.

Coup sur coup, deux événements se conjuguent en effet ces derniers jours et indiquent combien l’État de droit est constamment et méthodiquement affaibli, en même temps que des lignes de faille semblent se cristalliser au sein du pouvoir et de la coalition qui dirige le pays.

Il s’agit tout d’abord de la destitution de la direction du Parti républicain du peuple (CHP), le parti fondé par Mustafa Kemal Atatürk en 1923. Cette direction, élue à l’issue du congrès du parti à la fin de l’année 2023, avait battu l’équipe sortante incarnée par Kemal Kiliçdaroğlu. Celui-ci avait été le candidat malheureux de l’opposition, pourtant unie, face à un Recep Tayyip Erdoğan qui remportait alors une nouvelle victoire électorale présidentielle en mai 2023. Kemal Kiliçdaroğlu avait à l’époque fait une campagne d’entre deux tours aux relents xénophobes, n’hésitant pas à utiliser des thèmes s’apparentant à celui du grand remplacement, principalement dirigés contre les réfugiés syriens alors que la guerre civile continuait à faire rage dans leur pays d’origine.

À l’issue dudit congrès, des délégués battus, donc minoritaires, ont initié un recours en justice, arguant d’irrégularités, notamment l’achat de voix de délégués. Après une longue procédure, le verdict est donc tombé le 21 mai dernier. Refusant de quitter le siège du parti, les dirigeants et militants présents en ont été délogés manu militari par des policiers antiémeutes. C’est dans ce cadre que Kemal Kiliçdaroğlu doit reprendre ses anciennes fonctions à la tête du parti dans les jours à venir, déclarant sans sourciller que son parti savait se purifier « lorsque cela s’avérait nécessaire » et acquiesçant de ce fait aux verdicts rendus par la justice.

Ces décisions d’une justice dont l’indépendance a pour le moins été entamée au cours des dernières années possèdent évidemment un contenu directement politique, dont l’inspiration provient sans guère de doute du palais présidentiel. Elle s’inscrit dans une vague de répression d’ampleur contre le CHP qui a remporté les élections municipales de 2024 et dont le principal responsable, Ekrem Imamoğlu, maire d’Istanbul, a été emprisonné il y a maintenant 14 mois. Depuis, ce sont 23 maires du CHP qui ont été emprisonnés et 25 démis de leurs fonctions.

Les arguties du pouvoir s’abritant derrière des décisions de justice ne leurrent en réalité pas grand monde. Il s’agit de décapiter un parti qui représente pour le gouvernement un véritable danger dans la perspective des futures échéances électorales, notamment présidentielles. Que l’appareil d’État puisse directement interférer dans la vie des partis politiques est radicalement contradictoire avec leur nécessaire indépendance et constitue une nouvelle brèche dans un État de droit déjà très malmené. Cette vague répressive indique néanmoins une certaine agitation des cercles dirigeants du Parti de la justice et du développement (AKP), s’inscrivant aussi dans la perspective d’une succession de Recep Tayyip Erdoğan qui se posera à court ou moyen terme. Il est significatif que le leader du Parti d’action nationaliste d’extrême droite, Devlet Bahçeli, principal partenaire de la coalition qui soutient Erdoğan a téléphoné au leader du CHP déchu, Özgür Özel, pour lui souhaiter une bonne fête de l’Aïd al Adha – fête du Sacrifice –, célébré actuellement en Turquie. Le désaccord avec la destitution du leader du CHP apparaît on ne peut plus clair.

La fébrilité dans les cercles du pouvoir s’est aussi manifestée par la décision présidentielle de fermer l’université privée de Bilgi, le 22 mai 2026, pour revenir ensuite sur celle-ci 48 heures plus tard ! Le décret présidentiel d’interdiction tenait en une phrase, sans aucune explication. La contre décision n’en comportait pas plus. Quelle est la logique ? Tenter de museler une université à la réputation libérale, fondée en son temps par des universitaires chassés de leurs postes après le coup d’État militaire de septembre 1980, et dont on se souvient qu’elle avait été l’année dernière un des principaux lieux de contestation après l’arrestation d’Ekrem Imamoğlu. Comment comprendre ces voltefaces ? Sinon d’alimenter un climat de polarisation dans un contexte où le pouvoir ne parvient pas à juguler des difficultés économiques qui s’approfondissent, aggravées par les conséquences des conflits régionaux, au premier rang desquels la guerre contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz. Nous avons dans ces péripéties une nouvelle illustration de ce que le politologue Ahmet Insel appelle une « autocratie aléatoire ».

On peut ajouter à ce panorama assez pessimiste le blocage d’hypothétiques avancées sur la question kurde, qui constitue probablement le défi politique le plus important que la société turque doit parvenir à régler. On se souvient que des espoirs étaient nés sur le sujet à la fin de l’année 2024 et qu’un processus de résolution avait alors été engagé. Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avait décidé son autodissolution lors de son congrès en mai 2025 et envisagé de rendre ses armes. Le président Erdoğan semblait apparaître comme le vainqueur de cette séquence politique alors qu’il ne s’y est guère investi, se contentant de vagues déclarations sur la fraternité entre les peuples turc et kurde ou sur la nécessité de rester inflexible dans le combat contre le terrorisme. Après l’annonce de l’autodissolution du PKK, il a mis l’accent sur la nouvelle phase qui s’ouvrait pour « une Turquie sans terrorisme ». Mais cela ne suffit pas pour aller de l’avant. Des propositions positives doivent être avancées sans tarder pour que chacun des acteurs puisse se prévaloir de progrès efficients. La commission transpartisane intitulée « Commission parlementaire pour la solidarité nationale, la fraternité et la démocratie », qui a initié ses travaux au cours de l’été 2025, pourrait revêtir cette fonction souhaitable, mais elle est en réalité fort peu transparente. Un rapport a certes été rendu public en février 2026, mais aucune mesure n’a été votée depuis lors. Ces quelques éléments indiquent une situation politique intérieure singulièrement tendue qui donne la désagréable impression d’une fin de règne. L’AKP n’est plus en situation de fournir un récit mobilisateur susceptible de redynamiser sa base sociale et électorale qui s’est considérablement affaiblie ces dernières années, même si elle n’a pas véritablement disparu. Cette situation contraste paradoxalement avec le rôle international que la Turquie continue à endosser en s’affirmant comme incontournable sur de nombreux dossiers. Nous y reviendrons.

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28.05.2026 à 17:33

Le monde vu par New Delhi. Avec Mohan Kumar, ancien ambassadeur de l’Inde en France

stagiairedecomm@iris-france.org

Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Mohan Kumar, ancien ambassadeur de l’Inde en France et aujourd’hui professeur et doyen à la Jindal School of International Affairs. Francophone et fin connaisseur des relations franco-indiennes, il revient sur les grands défis géopolitiques auxquels l’Inde est confrontée. Analysant les tensions géopolitiques actuelles, la position indienne face à la guerre au Moyen-Orient y est développée, entre soutien traditionnel à la cause palestinienne et rapprochement stratégique avec Israël et les Émirats arabes unis. Mohan Kumar explique comment l’Inde, importatrice nette d’énergie (40 à 50 % de ses besoins provenant de la région) et comptant 9 millions de ressortissants dans le Golfe, subit de plein fouet les conséquences économiques du conflit. Il détaille la doctrine indienne de « multi-alignement », développée sous Narendra Modi, qui vise à entretenir des relations équilibrées avec tous les acteurs régionaux, malgré les apparentes contradictions. Cette stratégie s’appuie sur des partenaires-clés dans chaque région (les Émirats au Moyen-Orient, la France en Europe), tout en gérant des relations complexes avec les grandes puissances : tensions économiques avec les États-Unis (tarifs douaniers, achat de pétrole russe), inquiétudes face à la montée en puissance de la Chine et au rapprochement entre Pékin et Moscou. Enfin, Mohan Kumar insiste sur la solidité du partenariat stratégique franco-indien, qu’il qualifie de « formidable et sans problème particulier », soulignant la confiance mutuelle qui permet d’aborder les sujets sensibles, comme les droits de l’homme, à travers un dialogue discret et direct entre partenaires.

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Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Mohan Kumar, ancien ambassadeur de l’Inde en France et aujourd’hui professeur et doyen à la Jindal School of International Affairs. Francophone et fin connaisseur des relations franco-indiennes, il revient sur les grands défis géopolitiques auxquels l’Inde est confrontée.

Analysant les tensions géopolitiques actuelles, la position indienne face à la guerre au Moyen-Orient y est développée, entre soutien traditionnel à la cause palestinienne et rapprochement stratégique avec Israël et les Émirats arabes unis. Mohan Kumar explique comment l’Inde, importatrice nette d’énergie (40 à 50 % de ses besoins provenant de la région) et comptant 9 millions de ressortissants dans le Golfe, subit de plein fouet les conséquences économiques du conflit.

Il détaille la doctrine indienne de « multi-alignement », développée sous Narendra Modi, qui vise à entretenir des relations équilibrées avec tous les acteurs régionaux, malgré les apparentes contradictions. Cette stratégie s’appuie sur des partenaires-clés dans chaque région (les Émirats au Moyen-Orient, la France en Europe), tout en gérant des relations complexes avec les grandes puissances : tensions économiques avec les États-Unis (tarifs douaniers, achat de pétrole russe), inquiétudes face à la montée en puissance de la Chine et au rapprochement entre Pékin et Moscou.

Enfin, Mohan Kumar insiste sur la solidité du partenariat stratégique franco-indien, qu’il qualifie de « formidable et sans problème particulier », soulignant la confiance mutuelle qui permet d’aborder les sujets sensibles, comme les droits de l’homme, à travers un dialogue discret et direct entre partenaires.

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28.05.2026 à 10:44

Comment relancer l’économie iranienne après la guerre ?

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La guerre lancée en février 2026 par les États-Unis et Israël, au-delà de son aspect illégal par rapport au droit international, a conduit à de multiples destructions en Iran. Outre les infrastructures militaires, de nombreuses infrastructures civiles telles que des usines, des logements, des universités, des écoles ont été atteints. Les autorités iraniennes estiment le coût de ces destructions à près de 270 milliards de dollars. Parallèlement, se pose la question de la relance de l’économie iranienne après cette guerre sachant que la situation macroéconomique, déjà dégradée avant ce conflit, va continuer à se détériorer cette année, notamment du fait de cette guerre : d’après le FMI, la baisse du PIB (-1,5 %) en 2025, devrait s’accentuer en 2026 (-6,1 %) et l’inflation déjà élevée en 2025 (+50,9 %) pourrait accélérer et atteindre 68,9 % en 2026. Dans un premier temps, les plans de relance de l’économie iranienne, tels qu’ils sont discutés dans la presse iranienne, seront présentés. Dans un second temps seront mises en évidence les incertitudes liées à ces plans. Enfin, seront formulées des recommandations à intégrer à tout projet de redémarrage de l’économie.

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La guerre lancée en février 2026 par les États-Unis et Israël, au-delà de son aspect illégal par rapport au droit international, a conduit à de multiples destructions en Iran. Outre les infrastructures militaires, de nombreuses infrastructures civiles telles que des usines, des logements, des universités, des écoles ont été atteints. Les autorités iraniennes estiment le coût de ces destructions à près de 270 milliards de dollars. Parallèlement, se pose la question de la relance de l’économie iranienne après cette guerre sachant que la situation macroéconomique, déjà dégradée avant ce conflit, va continuer à se détériorer cette année, notamment du fait de cette guerre : d’après le FMI, la baisse du PIB (-1,5 %) en 2025, devrait s’accentuer en 2026 (-6,1 %) et l’inflation déjà élevée en 2025 (+50,9 %) pourrait accélérer et atteindre 68,9 % en 2026.

Dans un premier temps, les plans de relance de l’économie iranienne, tels qu’ils sont discutés dans la presse iranienne, seront présentés. Dans un second temps seront mises en évidence les incertitudes liées à ces plans. Enfin, seront formulées des recommandations à intégrer à tout projet de redémarrage de l’économie.

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27.05.2026 à 18:11

Trump et le monde vu du Canada. Avec Jean Charest

Déborah Yapi

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les relations entre les États-Unis et ses alliés connaissent de profondes évolutions. Face à la guerre commerciale lancée par Washington, plusieurs puissances moyennes cherchent désormais à réduire leur dépendance envers la première puissance mondiale. Le Canada est directement concerné par ces changements en raison de sa situation géographique et de ses liens économiques étroits avec les États-Unis. Les déclarations de Donald Trump sur une éventuelle intégration du Canada comme « cinquante-et-unième État », ainsi que l’augmentation significative des droits de douane, ont renforcé la volonté du Canada de diversifier ses partenariats économiques et diplomatiques. C’est dans ce contexte que le Premier ministre canadien Mark Carney, lors de son discours au Forum économique mondial de Davos en 2026, a plaidé pour un rapprochement avec d’autres partenaires afin de faire face aux bouleversements engendrés par les politiques américaines. Dans quelle mesure la politique étrangère de l’administration Trump redéfinit-elle le modèle commercial canadien et ses logiques d’alliance ? Le rapprochement du Canada avec l’Union européenne, la Chine ou encore l’Inde traduit-il l’émergence d’une nouvelle stratégie de « multi-alignement » des puissances moyennes ? Et comment le Canada entend-il réduire sa dépendance et défendre sa souveraineté face à un voisin américain de plus en plus imprévisible ? Autant d’enjeux abordés avec Jean Charest, ancien Premier ministre du Québec (2003-2012), qui analyse les conséquences du retour de Donald Trump sur la politique étrangère canadienne.

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Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, les relations entre les États-Unis et ses alliés connaissent de profondes évolutions. Face à la guerre commerciale lancée par Washington, plusieurs puissances moyennes cherchent désormais à réduire leur dépendance envers la première puissance mondiale. Le Canada est directement concerné par ces changements en raison de sa situation géographique et de ses liens économiques étroits avec les États-Unis. Les déclarations de Donald Trump sur une éventuelle intégration du Canada comme « cinquante-et-unième État », ainsi que l’augmentation significative des droits de douane, ont renforcé la volonté du Canada de diversifier ses partenariats économiques et diplomatiques. C’est dans ce contexte que le Premier ministre canadien Mark Carney, lors de son discours au Forum économique mondial de Davos en 2026, a plaidé pour un rapprochement avec d’autres partenaires afin de faire face aux bouleversements engendrés par les politiques américaines.

Dans quelle mesure la politique étrangère de l’administration Trump redéfinit-elle le modèle commercial canadien et ses logiques d’alliance ? Le rapprochement du Canada avec l’Union européenne, la Chine ou encore l’Inde traduit-il l’émergence d’une nouvelle stratégie de « multi-alignement » des puissances moyennes ? Et comment le Canada entend-il réduire sa dépendance et défendre sa souveraineté face à un voisin américain de plus en plus imprévisible ?

Autant d’enjeux abordés avec Jean Charest, ancien Premier ministre du Québec (2003-2012), qui analyse les conséquences du retour de Donald Trump sur la politique étrangère canadienne.

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27.05.2026 à 16:41

Europe’s Middle Powers After the Xi–Trump Summit. Bipolar Consolidation, Strategic Asymmetry, and the Discipline of Power Politics

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For Europe’s strongest middle powers, the summit between Xi Jinping and Donald Trump is a structural marker of the international system’s consolidation into bipolarity. The symbolism of two leaders negotiating trade, technology controls, crisis management, and geopolitical red lines underscores a reality that European policymakers have been slow to internalize. The gravitational center of global politics lies in Washington and Beijing. Europe’s agency and strategic autonomy is consequential but conditional. The persistent belief in an emerging multipolar order has provided intellectual comfort in Brussels, Berlin, and Paris. It has justified hedging strategies and rhetorical commitments to strategic autonomy. Yet recent scholarship has challenged this premise. Lind argues that claims of multipolarity mask a deeper concentration of material capability in the hands of the United States and China (Lind, 2026). Mohan similarly critiques what he calls the multipolar delusion, noting that middle powers frequently mistake diplomatic activism for structural influence (Mohan, 2026a and 2026b). Nagy emphasizes that bipolarity remains the organizing principle of global politics because only Washington and Beijing possess the combined economic scale, technological ecosystems, military reach, and alliance networks capable of shaping systemic outcomes (Nagy, 2025). The Xi–Trump summit reinforces hierarchy. Major adjustments to tariffs, export controls, and crisis management frameworks will be negotiated between two actors. European states will react, adapt, and absorb spillovers.

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For Europe’s strongest middle powers, the summit between Xi Jinping and Donald Trump is a structural marker of the international system’s consolidation into bipolarity. The symbolism of two leaders negotiating trade, technology controls, crisis management, and geopolitical red lines underscores a reality that European policymakers have been slow to internalize. The gravitational center of global politics lies in Washington and Beijing. Europe’s agency and strategic autonomy is consequential but conditional.

The persistent belief in an emerging multipolar order has provided intellectual comfort in Brussels, Berlin, and Paris. It has justified hedging strategies and rhetorical commitments to strategic autonomy. Yet recent scholarship has challenged this premise. Lind argues that claims of multipolarity mask a deeper concentration of material capability in the hands of the United States and China (Lind, 2026). Mohan similarly critiques what he calls the multipolar delusion, noting that middle powers frequently mistake diplomatic activism for structural influence (Mohan, 2026a and 2026b). Nagy emphasizes that bipolarity remains the organizing principle of global politics because only Washington and Beijing possess the combined economic scale, technological ecosystems, military reach, and alliance networks capable of shaping systemic outcomes (Nagy, 2025). The Xi–Trump summit reinforces hierarchy. Major adjustments to tariffs, export controls, and crisis management frameworks will be negotiated between two actors. European states will react, adapt, and absorb spillovers.

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27.05.2026 à 14:55

« Taïwan : une démocratie face à la Chine » – 4 questions à Jean-Pierre Cabestan

stagiairedecomm@iris-france.org

Jean-Pierre Cabestan est sinologue, spécialiste du droit et des institutions du monde chinois contemporain, de la Chine populaire comme de Taïwan. Il répond à mes questions à l’occasion de la parution de l’ouvrage « Taïwan : une démocratie face à la Chine » aux éditions Le Cavalier bleu.  Il y a pour vous une citoyenneté et une nation taïwanaise… Oui, il n’y a aucun doute qu’il y existe une citoyenneté taïwanaise. Environ les deux tiers des Taïwanais se déclarent avant tout taïwanais, tandis qu’un petit tiers continue d’afficher une identité mixte, à la fois taïwanaise et chinoise. Cette minorité notable ne devrait pas disparaître car la question de l’identité dépasse la citoyenneté et inclut une dimension culturelle : de fait, à Taïwan, la culture et la langue chinoises dominent ; tout au plus 7% de la population de Taïwan n’est pas Han (2,5% d’Austronésiens et 4,5% d’immigrés d’Asie du Sud-Est). La question de la nation taïwanaise est plus compliquée : le nom officiel de l’île reste la République de Chine (RDC) et, pour des raisons à la fois intérieures et extérieures (l’opposition de Pékin et la réticence de Washington) ce nom, de même que l’enveloppe constitutionnelle qui lui est attachée, ont peu de chances de changer. Néanmoins, comme la RDC se réduit pour l’essentiel à Taïwan, un nationalisme à la fois « RDC » et taïwanais a pris corps. Ce nationalisme n’est pas forcément hostile à la République populaire de Chine (RPC), mais il se considère comme distinct du nationalisme ou plutôt du patriotisme chinois, promu par le Parti communiste chinois (PCC). En d’autres termes, quoique mal reconnu, l’État « RDC à Taïwan » a donné naissance à une nation à la fois chinoise et taïwanaise. Washington est-il un allié fiable pour Taiwan ? Tout d’abord, depuis leur normalisation avec la Chine populaire en 1979, les États-Unis ne sont plus […]

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Texte intégral (1349 mots)

 Il y a pour vous une citoyenneté et une nation taïwanaise…

Oui, il n’y a aucun doute qu’il y existe une citoyenneté taïwanaise. Environ les deux tiers des Taïwanais se déclarent avant tout taïwanais, tandis qu’un petit tiers continue d’afficher une identité mixte, à la fois taïwanaise et chinoise. Cette minorité notable ne devrait pas disparaître car la question de l’identité dépasse la citoyenneté et inclut une dimension culturelle : de fait, à Taïwan, la culture et la langue chinoises dominent ; tout au plus 7% de la population de Taïwan n’est pas Han (2,5% d’Austronésiens et 4,5% d’immigrés d’Asie du Sud-Est).

La question de la nation taïwanaise est plus compliquée : le nom officiel de l’île reste la République de Chine (RDC) et, pour des raisons à la fois intérieures et extérieures (l’opposition de Pékin et la réticence de Washington) ce nom, de même que l’enveloppe constitutionnelle qui lui est attachée, ont peu de chances de changer. Néanmoins, comme la RDC se réduit pour l’essentiel à Taïwan, un nationalisme à la fois « RDC » et taïwanais a pris corps. Ce nationalisme n’est pas forcément hostile à la République populaire de Chine (RPC), mais il se considère comme distinct du nationalisme ou plutôt du patriotisme chinois, promu par le Parti communiste chinois (PCC). En d’autres termes, quoique mal reconnu, l’État « RDC à Taïwan » a donné naissance à une nation à la fois chinoise et taïwanaise.

Washington est-il un allié fiable pour Taiwan ?

Tout d’abord, depuis leur normalisation avec la Chine populaire en 1979, les États-Unis ne sont plus liés par une alliance avec Taïwan. Le Taiwan Relations Act (TRA) d’avril 1979 contraint Washington à fournir des armes défensives à la « population de Taïwan ». Il oblige aussi le gouvernement américain à considérer toute atteinte au statu quo et à la paix dans le détroit comme un sujet de « grave préoccupation ». Mais, depuis près de 50 ans, ce dernier a adopté une posture d’ambiguïté stratégique, refusant de dire à Pékin comme à Taipei comment il réagira en cas d’attaque militaire chinoise contre l’île.

La question des ventes d’armes américaines à Taïwan est revenue au cœur de l’actualité à la faveur de la visite de Donald Trump en Chine les 13-15 mai 2026. En 1982, Pékin et Washington avaient signé un troisième communiqué (après celui de Shanghai en 1972 et celui de la normalisation fin 1978) dans lequel cette dernière capitale promettait de réduire progressivement ses ventes d’armes à Taïwan, en fonction du niveau de détente dans le détroit. Pour des raisons évidentes – la montée des tensions entre Pékin et Taipei –, ce communiqué a été oublié par les Américains, mais évidemment pas par les Chinois. L’objectif du PCC reste le désarmement de Taïwan, afin d’accroître ses chances de lui imposer une unification selon ses propres conditions.

Or, peu avant l’adoption de ce communiqué, l’administration Reagan avait secrètement donné à Taipei « six assurances », dont l’une était justement la promesse de ne pas consulter Pékin sur la question des ventes d’armes. Or, lors de ses entretiens avec Xi Jinping et de ses interviews avec les médias qui ont suivi, Donald Trump a remis en cause cet engagement, peut-être dans le cadre d’une transaction dans laquelle le gouvernement chinois se garderait de fournir des armes à l’Iran en échange d’une réduction des ventes américaines à Taïwan. Le paradoxe est que c’est l’administration Trump I qui, en 2020, a ajouté les « six assurances », devenues publiques, aux quatre textes (les 3 communiqués et le TRA) qui structurent, côté américain, les relations avec la RPC.

Par ailleurs, depuis 1979, la position des États-Unis est de ne pas « encourager l’indépendance de Taïwan ». Or, là aussi, Donald Trump semble être allé plus loin : s’il ne s’est pas « opposé » ouvertement à cette indépendance, comme l’aurait souhaité Xi Jinping, il a mis sur le même pied Pékin et Taipei, demandant à chaque capitale de « se calmer » (cool down), ignorant que c’est la première qui menace la seconde avec des gesticulations militaires quotidiennes dans le détroit, et non l’inverse.

D’où l’inquiétude du gouvernement taïwanais, face à un espace stratégique et sécuritaire qui se réduit. À noter toutefois que le Kuomintang (KMT, Parti nationaliste), le principal parti taïwanais d’opposition, a été moins critique à l’égard de Donald Trump.

La guerre ou le blocus : vous envisager une stratégie de mise en quarantaine de Taïwan par la Chine…

Oui, c’est un scénario qui est beaucoup discuté à Taïwan et aux États-Unis, et qui a l’avantage pour Pékin de rester dans ce qu’on appelle la stratégie des « zones grises », c’est-à-dire en deçà du seuil de la guerre, tout en élevant le niveau de la menace contre Taïwan. Mais dans un avenir prévisible, je ne pense pas que Xi Jinping aille jusque-là, ayant notamment obtenu de Donald Trump des garanties supplémentaires et espérant un retour du KMT au pouvoir en 2028, retour qui, au demeurant, reste loin d’être garanti.

Ni Réunification ni indépendance, le statu quo est votre scénario à la fois préféré et le plus probable…

Oui. Pékin sait pertinemment que même si le KMT revient au pouvoir, toute unification reste aussi improbable qu’une réunification entre les deux Corées. L’avantage du KMT est qu’il reconnaît le principe de la Chine unique, notion ô combien ambiguë, Pékin estimant que la Chine unique c’est évidemment la RPC, et le KMT, c’est la RDC. Le Parti démocrate progressiste, quant à lui, pense que la RDC se réduit à Taïwan et que la RDC et la RPC ne sont pas subordonnées l’une à l’autre, ce qui a le don de courroucer Pékin.

Donc, que peuvent négocier le KMT et le PCC ? Un accord de fin d’hostilité ? Peut-être, mais qui va le signer, et au nom de quel gouvernement ?

Si le KMT revient au pouvoir, une relation plus détendue avec Pékin est probable ; et cette détente peut servir les intérêts de Washington. Mais aller plus loin semble à la fois risqué, car cela provoquerait un mouvement de résistance à Taïwan, et improbable du fait de la volonté des États-Unis de conserver un contrôle sur la première chaîne d’îles qui entoure la Chine, dont, comme Okinawa et les Philippines, Taïwan fait partie.

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27.05.2026 à 10:51

Sénégal : chronique d’un divorce entre le président Faye et son Premier ministre Sonko

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Vendredi 22 mai, Ousmane Sonko a été limogé de ses fonctions de Premier ministre, ouvrant une possible crise politique. Ce dernier considérait depuis plusieurs mois qu’il était engagé dans une « cohabitation douce » – une qualification qui fleure le paradoxe lorsque l’on sait ce qu’une cohabitation implique, d’autant que lui et Bassirou Diomaye Faye sont issus du même sérail et affichaient en 2024 encore une profonde proximité. Une amitié a priori indéfectible L’idylle entre les deux hommes politiques, « frères », compagnons de lutte et amis dans leur vie quotidienne, avait pourtant bien commencé. Longtemps, ils ont incarné un binôme dont les trajectoires semblaient pouvoir se confondre. Ils se sont rencontrés étudiants, puis se sont retrouvés sur les bancs de l’ENA. Par la suite, ils ont embrassé la même carrière : inspecteur des impôts et domaines. En 2014, témoin de leur proximité idéologique et politique, ils co-créent le PASTEF, le parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité. En 2022, Bassirou Diomaye Faye en devient le secrétaire général. Sonko, lui, vise la présidentielle. On se souvient des sourires complices et radieux du 24 mars 2024. Ils l’ont fait ! La victoire est éclatante. Elle a un goût de revanche : ils ont réussi leur pari d’accéder aux plus hautes fonctions de l’État. L’ascension au pouvoir a pourtant été rude, improbable, empêchée même, tant Macky Sall s’accrochait au pouvoir. Tous deux avaient été embastillés dans les geôles de Cap Manuel, leur sort semblait scellé. Mais en quelques jours, la bascule. La rue gronde, les journalistes du monde entier braquent leur caméra sur Dakar, Sall est lâché et contraint à des inflexions. Les deux hommes sortent de prison et mènent une campagne éclair au slogan : « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye » [Diomaye c’est […]

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Texte intégral (1983 mots)

L’idylle entre les deux hommes politiques, « frères », compagnons de lutte et amis dans leur vie quotidienne, avait pourtant bien commencé. Longtemps, ils ont incarné un binôme dont les trajectoires semblaient pouvoir se confondre. Ils se sont rencontrés étudiants, puis se sont retrouvés sur les bancs de l’ENA. Par la suite, ils ont embrassé la même carrière : inspecteur des impôts et domaines. En 2014, témoin de leur proximité idéologique et politique, ils co-créent le PASTEF, le parti des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité. En 2022, Bassirou Diomaye Faye en devient le secrétaire général. Sonko, lui, vise la présidentielle.

On se souvient des sourires complices et radieux du 24 mars 2024. Ils l’ont fait ! La victoire est éclatante. Elle a un goût de revanche : ils ont réussi leur pari d’accéder aux plus hautes fonctions de l’État. L’ascension au pouvoir a pourtant été rude, improbable, empêchée même, tant Macky Sall s’accrochait au pouvoir. Tous deux avaient été embastillés dans les geôles de Cap Manuel, leur sort semblait scellé. Mais en quelques jours, la bascule. La rue gronde, les journalistes du monde entier braquent leur caméra sur Dakar, Sall est lâché et contraint à des inflexions.

Les deux hommes sortent de prison et mènent une campagne éclair au slogan : « Diomaye mooy Sonko, Sonko mooy Diomaye » [Diomaye c’est Sonko, Sonko c’est Diomaye]. La candidature d’Ousmane Sonko ayant été invalidée, celui-ci choisit pour la plus haute fonction de l’État son plus fidèle collaborateur.

La victoire est belle, sans appel. Rien ne semble pouvoir séparer les deux hommes. Sauf que, pour beaucoup, celui qui a véritablement remporté la présidentielle, c’est Sonko, pas Faye, encore largement inconnu du grand public à l’époque.

Il faut reconnaître qu’Ousmane Sonko s’est imposé dans l’arène politique dès 2019 en créant la surprise et en devenant le troisième homme de la présidentielle. Malgré ses procès et l’affaire Sweet Beauty, il reste populaire auprès de la jeunesse. Un modèle, une idole. Au fil des années, il a construit avec une partie des Sénégalaises et des Sénégalais un lien politique et affectif singulier, nourri par un récit de rupture, de résistance et d’alternance.

Dans ce contexte, Diomaye Faye semblait mal parti. Sans le plébiscite populaire porté par Sonko, il n’aurait sans doute jamais accédé à la présidence de la République. Mais il a endossé la charge.

Comme le rappelle Elgas dans son émission Afrique. Mémoires d’un continent sur RFI, les tandems politiques sénégalais, pourtant initialement marqués par des loyautés fortes, parfois perçues comme indéfectibles, ont rarement résisté à l’épreuve du pouvoir.

Le premier exemple est celui du tandem formé par Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia. Compagnons de route depuis la fin des années 1940, ils participent ensemble à la construction du Sénégal indépendant. Après l’éclatement de la Fédération du Mali en août 1960, Senghor devient président de la République et Dia président du Conseil. Longtemps présentés comme complémentaires, les deux hommes s’opposent progressivement sur l’organisation du pouvoir, les orientations économiques et le rapport à la France. La crise institutionnelle de décembre 1962 conduit à l’arrestation de Dia, accusé de tentative de coup d’État, puis emprisonné pendant plus d’une décennie.

Le ticket entre Abdou Diouf et Moustapha Niasse, voulu par Senghor, s’émousse en quelques mois à peine.

Mais c’est, sans doute, sous Abdoulaye Wade que resurgissent avec violence les conflits de loyauté et les emprisonnements. Avec Idrissa Seck, ils portent ensemble le mot d’ordre du changement (sopi). Longtemps présenté comme le dauphin de Wade, Seck voit pourtant leur relation se dégrader jusqu’à sa mise à l’écart politique puis son incarcération en 2005 dans l’affaire des chantiers de Thiès. Il sera relaxé quelques mois plus tard ; les rues de Dakar sont alors envahies par des milliers de personnes qui scandent « Idi », comme si le père l’avait trahi.

La séparation entre Faye et Sonko, à première vue, ne déroge pas aux schémas de leurs prédécesseurs. Mais leur configuration de départ est singulière : le détenteur de la légitimité électorale n’était pas nécessairement celui qui concentrait le capital politique.

Sans doute une partie des dissensions entre les deux hommes nous échappe. Comme le raconte Abdou Diouf dans ses mémoires, les entourages jouent un rôle souvent sous-estimé par les observateurs, mais pourtant considérable.

Au-delà du biais initial, Faye et Sonko, souvent sommés par les médias de rappeler leur amitié, ont cédé à l’inimitié.

Les rancœurs et les rancunes, depuis deux ans, n’ont cessé de s’accumuler.

La méthode d’abord. Plusieurs observateurs ont relevé des tensions sur la gestion des promesses de campagne : rythme des réformes, traitement des figures de l’ancien régime, réforme de la justice. En somme, l’ampleur du changement attendu par la base militante n’a cessé d’interroger. Sonko a publiquement exprimé son impatience sur plusieurs dossiers.

Les débats sur la dette, le rapport au FMI, dont Sonko aurait souhaité prendre ses distances, la question des fonds politiques et, plus largement, celle de la stratégie économique ont progressivement cristallisé des visions différentes de l’exercice du pouvoir. Derrière ces désaccords se dessine une divergence plus profonde : faut-il gouverner par la rupture immédiate ou composer avec les contraintes institutionnelles et internationales ?

La première fois où la rivalité s’expose au grand jour, c’est sans doute lors de l’organisation du « Tera Meeting » par Ousmane Sonko le 8 novembre 2025 au stade Léopold Sédar Senghor. Le terme « tera », emprunté au vocabulaire des unités de mesure, visait à souligner le caractère exceptionnel et inédit de la mobilisation. Des bus venus de tous les coins du pays et des marches populaires ont convergé vers la capitale sous les yeux attentifs de la presse et des observateurs.

La ferveur et la capacité de mobilisation démontrées ce jour-là rappellent que le capital politique du mouvement demeure largement concentré autour d’Ousmane Sonko.

Présenté officiellement comme un moment de bilan des dix-huit premiers mois de pouvoir, de clarification politique et de relance du projet du PASTEF, le rassemblement n’était rien moins qu’une démonstration de force politique.

Le message a bien été reçu en haut lieu et la réponse n’a pas tardé. Faye choisit alors de renforcer la coalition « Diomaye Président » en confiant un rôle central à Aminata (Mimi) Touré. Ce choix est alors interprété, et sans doute pas à tort, comme un signal politique d’autonomisation du président.

Ancienne Première ministre de Macky Sall puis opposante, Mimi Touré est une figure controversée au sein d’une partie du PASTEF – certains militants lui reprochent son passé au sein du régime précédent et une adhésion tardive au projet de rupture.

Peu importe, Faye veut montrer qu’il n’est pas aux ordres de son Premier ministre.

Depuis plusieurs mois, Faye a semblé empêché de devenir pleinement président, cohabitant avec un Premier ministre aspirant lui-même à la présidence. Une équation impossible.

Depuis plusieurs mois, Sonko et ses partisans se targuaient de leur supériorité, rappelant à qui de droit ce qu’il leur devait : dans l’ouvrage Les maîtres du monde de Pascal Boniface, c’est Sonko qui a été retenu. Pas Faye.

Sonko a été limogé de ses fonctions de Premier ministre. Sur Facebook, le 22 mai, il s’est dit presque soulagé de dormir chez lui, à Keur Gorgui.

Un soulagement de courte durée.

Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a démissionné de ses fonctions et Sonko, à la tête du parti majoritaire disposant de 130 députés sur 165, lui a déjà succédé, ce 26 mai.

Il redevient une figure d’opposition, un rôle dans lequel il a autrefois excellé et qui a construit sa popularité.

Une telle configuration ouvre cependant un scénario inédit : un président privé de son principal soutien politique face à un Parlement contrôlé par son ancien allié. Ce scénario laisse craindre des tensions sans précédent entre l’exécutif et le législatif.

Diomaye Faye réussira-t-il à convaincre de sa légitimité sans Sonko ? Rien n’est moins sûr. Sonko cherchera-t-il à le destituer ? La question est ouverte.

Mais ce duel fratricide occulte les difficultés du pays : la santé, l’économie et surtout une jeunesse en quête d’emploi.

Deux ans après l’alternance, plusieurs réformes annoncées demeurent inabouties ou retardées, nourrissant une attente croissante au sein de la population. Mais au-delà du duel entre les deux hommes, ce sont surtout les attentes sociales, les jeunes, les électeurs, une population confrontée aux défis de l’emploi, du pouvoir d’achat et de la crise des services publics, qui risquent de payer le prix fort de la crise politique.

Le pays avait-il besoin de ça ? La question mérite d’être posée.

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