12.02.2026 à 10:11
aplutsoc
Depuis plus d’un an, des citoyen·nes, des militant·es et des forces politiques se sont engagé·es dans le collectif « Perpignan Autrement » pour construire une alternative populaire crédible. Ils et elles construisent patiemment un projet citoyen ancré dans les luttes sociales, animé par l’ambition de confier le pouvoir local à celles et ceux qui vivent la ville.
– Conscient.es que face à l’urgence démocratique, sociale et écologique, le collectif porte un projet politique de rupture avec les logiques d’abandon et d’injustice qui minent Perpignan.
– Conscient.es que face à la montée de l’extrême droite, la mobilisation antifasciste et la défense des droits fondamentaux ne peuvent se réduire à des calculs d’appareil ou à des arrangements de sommet.
Début septembre 2025, le collectif a choisi, dans un processus démocratique innovant, sa tête de liste pour les municipales de Perpignan : Mathias Blanc.
Dès 2024, cette démarche unitaire est proposée largement à toutes les composantes du camp progressiste.
Refusée par LFI, EELV 66 et Génération.s 66 : la dynamique enclenchée leur semblait trop ouverte, notamment aux organisations du centre gauche (PRG, anciens colistiers de la liste conduite par Mme Ripouill). Ce refus a contribué à fragmenter inutilement le camp progressiste.
Dans le même temps, Raphaël Glucksmann a choisi de soutenir rapidement le binôme Agnès Langevine (Place Publique) – Annabelle Brunet, élue issue de la majorité pujoliste, contre l’avis majoritaire des militant·es de PP 66, illustrant un décalage profond entre les décisions nationales et les réalités locales.
Pour beaucoup de militant.es, électrices et électeurs de gauche, le retrait d’Agnès Langevine au second tour des élections 2020, au profit de la liste de droite conduite par Jean-Marc Pujol, a été vécu comme une rupture stratégique grave, brouillant durablement les repères politiques face à la droite locale.
Jean-Marc Pujol, ancien maire et figure importante du Cercle algérianiste, laboratoire de l’idéologie d’« union des droites », incarne une orientation politique jugée incompatible avec un projet de transformation sociale, démocratique et émancipatrice tel que porté par « Perpignan Autrement ».
Peut-on prétendre combattre le RN en diluant les repères politiques, en confondant les lignes de clivage et en sacrifiant les valeurs de gauche au nom d’arrangements électoraux sans cohérence ?
L’offre portée aujourd’hui par A. Brunet et A. Langevine apparaît ainsi comme un front défensif de circonstance : un projet fragile, flou et dépourvu d’ambition transformatrice, réduit à un « barrage » dès le premier tour, qui risque davantage d’alimenter la défiance populaire que de reconstruire une alternative crédible.
La fédération catalane du PS avait pourtant envoyé un signal politique clair en validant largement la candidature de Mathias Blanc, en cohérence avec la dynamique citoyenne locale. Mais, à deux semaines du dépôt des listes, la direction nationale du PS a imposé un soutien à Agnès Langevine, contre l’avis majoritaire des militant·es catalan·es.
Ces recentrages droitiers de certaines directions nationales fragilisent et déstabilisent profondément la dynamique citoyenne engagée par « Perpignan Autrement », en ignorant le travail collectif mené sur le terrain depuis des mois.
Dans un communiqué du 10/02/2026, la liste « Perpignan, Changez d’air ! » (LFI, EELV et Génération.s) conduite par Mickaël Idrac invite « Perpignan Autrement » à les rejoindre.
Si la question de l’unité se pose légitimement, elle ne peut se construire sur des effacements politiques.
« Perpignan Autrement » porte un projet populaire, exigeant et cohérent, élaboré avec et par les habitant·es : démocratie participative réelle, budget participatif ambitieux, renforcement des services publics de proximité avec la création de centres de santé municipaux, et vision globale de l’aménagement urbain pour redonner vie au centre-ville et aux quartiers périphériques.
Oui, l’unité est un espoir pour sortir Perpignan de l’impasse actuelle. Elle doit cependant reposer sur un projet de transformation sociale, sur le respect des dynamiques citoyennes et sur l’intégration sincère du meilleur des propositions portées par chacune des deux listes perpignanaises de gauche.
Ghislaine Zaparty, le 11 février 2026.
09.02.2026 à 13:23
aplutsoc
La revue Adresses et le Réseau Bastille organisent un débat en visio sur les questions militaires du point de vue de ceux d’en bas dans le contexte international présent, marqué par les guerres et montées des tensions entre blocs, la poussée de régimes fascistes ou ultra-réactionnaires. Aplutsoc salue cette initiative et invite ses lecteurs et lectrices à y participer.
07.02.2026 à 17:15
aplutsoc
Le 24 février, l’Ukraine entrera dans la cinquième année de la guerre d’agression déclenchée par la Fédération de Russie.
Des années de bombardements systématiques contre les civils et les infrastructures énergétiques, de déportations d’enfants, de tortures et de violences sexuelles commises par l’armée russe.
Dans les territoires occupés, ce sont plus de 20 000 enfants kidnappés et illégalement envoyés en Russie, la russification et la militarisation de centaines de milliers d’autres. Au moins 16 000 civils ukrainiens sont détenus par la Russie, torturés ou portés disparus. Dans les territoires occupés des expropriations massives sont organisées.
Poutine ne veut pas la paix mais la reddition de l’Ukraine et au-delà, il multiplie déjà les agressions hybrides contre l’Europe. En résistant, l’Ukraine ne fait pas que se défendre, elle est notre première ligne de défense et protège l’Europe tout entière.
Exigeons de notre gouvernement et de l’Union Européenne de :
Livrer les armes nécessaires à la défense aérienne et utiliser les avions de chasse européens pour fermer le ciel ukrainien
Retour des enfants déportés, arrêt de leur russification et militarisation forcées, libération des prisonniers torturés, accès du CICR aux détenus, droit au retour en Ukraine libre, et fin des expropriations
Arraisonner les pétroliers fantômes avec lesquels la Fédération de Russie tente de contourner l’embargo et saisir les 210 milliards d’avoirs russes gelés en Europe pour les affecter à la défense puis à la reconstruction de l’Ukraine
Toute paix de capitulation imposée par le tandem Trump-Poutine ne mettrait pas l’Ukraine à l’abri d’une nouvelle agression et ne ferait qu’encourager la Russie à poursuivre son offensive vers l’Europe.
Nous, associations ukrainiennes et françaises engagées aux côtés de l’Ukraine résistante, vous appelons à manifester partout en France autour du 24 février, à Paris le 21 février.
Liste des signataires et informations sur les initiatives dans toutes les villes de France sur le site :
https://razom24fevrier26.org/
07.02.2026 à 17:00
aplutsoc
La CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA, Solidaires et la FSU réaffirment leur solidarité pleine et entière avec les travailleuses et travailleurs d’Ukraine, ainsi qu’avec nos organisations sœurs de la FPU et de la KVPU, qui poursuivent sans relâche la défense des droits sociaux, de la démocratie et des libertés syndicales dans des conditions d’une violence et d’une adversité extrêmes.
Les infrastructures d’électricité, de chauffage et d’eau sont méthodiquement détruites privant des millions de personnes d’accès à ces services essentiels. Le système de santé ukrainien est également délibérément visé : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a recensé onze attaques mortelles depuis le début de l’année, certaines ciblant directement des équipes d’urgence intervenant sur les sites bombardés.
L’utilisation de missiles balistiques de nouvelle génération, notamment les missiles hypersoniques Orechnik, marque un nouveau palier dans cette stratégie de terreur. En déployant des armes capables de frapper à très longue portée et à très haute vitesse, la Russie fait peser une menace directe sur la sécurité de l’ensemble du continent européen, accentuant les risques d’escalade militaire et fragilisant davantage la stabilité régionale.
La combinaison de drones explosifs et de missiles balistiques entraîne des destructions massives : habitations dévastées, services publics paralysés, conditions de vie des familles et des salariés profondément altérées. Elle entrave également l’accès aux soins, l’éducation et le travail syndical, qui sont pourtant essentiels pour maintenir un minimum de cohésion sociale dans un pays ravagé par la guerre.
Nous saluons le courage et la détermination des syndicalistes ukrainiens, qui poursuivent leurs missions malgré les dangers permanents, la précarité et les pertes humaines. À leurs côtés, notre soutien demeure fraternel, constant et indéfectible.
Nous, organisations syndicales signataires, nous engageons à :
Solidarité avec les travailleuses et travailleurs d’Ukraine !
Solidarité avec la FPU et la KVPU !
Pour la paix et la justice sociale !
Paris, le 21 janvier 2026.
07.02.2026 à 16:40
aplutsoc
La « transition écologique » dont on nous rebat les oreilles est un projet de transformation minimum du fonctionnement du capitalisme destiné à prétendre lutter contre la crise de la biosphère tout en maintenant ou augmentant les plus-values, mais qui n’aura aucun impact réel pour empêcher le « collapse généralisé » que les données scientifiques prévoient. L’exemple de l’automobile permet de confronter cette perspective avec celle de la mise en œuvre de mesures destinées à sortir du capitalisme, cause ultime et unique de la grande majorité des menaces actuelles sur l’environnement mondial et la civilisation humaine.
Changer le système, pas le climat ?
Depuis plusieurs décennies nous assistons à une multitude de phénomènes écologiques extrêmes : fonte des glaciers, incendies géants, inondations, sécheresses et déficits hydriques, déséquilibres thermiques (froid polaire ou chaleur extrême même dans les régions « tempérées » de la planète), tornades et cyclones de plus en plus dévastateurs, pollutions massives et « éternelles », extinctions d’espèces, pandémies, et bientôt hausse du niveau des océans, modification des courants océaniques, etc. La multiplication, l’aggravation et l’accélération croissantes de ces phénomènes traduisent le fait que le « nucléocène » [2], période de l’anthropocène postérieure à la deuxième guerre mondiale, approche de son dénouement.
Dans plusieurs billets précédents [1‒2], j’ai listé divers types de « collapses ». Cette formulation est impropre, car elle entraîne une incompréhension de la signification du terme « collapse » et sa confusion avec des termes comme « crise », « catastrophe », « calamité » ou « désastre ». Les événements évoqués sont certes des catastrophes, dont certaines d’ampleur planétaire, mais pour l’instant celles-ci n’ont pas encore entraîné d’« effondrement civilisationnel » ou d’ « effondrement de l’empire humain » [3]. Dans ce dernier sens, les termes de « collapse » et d’« effondrement » renvoient à un phénomène concernant toute la biosphère, c’est-à-dire à la fois la « nature » (ce que les médias appellent improprement « la planète », alors que ces catastrophes ne menacent en rien cette dernière en tant que telle, qui ne serait en rien « affectée » par la disparition de toute vie à sa surface !) et l’ensemble de la civilisation humaine (qui n’en est pas dissociée). Le collapse annoncé consistera en un écroulement, irréversible à moyen ou long terme, soit partiel (concernant une large partie de la planète) soit total (concernant l’ensemble des terres émergées), du fonctionnement des sociétés, avec rupture des réseaux, électroniques (par câbles, satellitaires et autres) de communication (World Wide Web et autres canaux internationaux de connexion et d’information comme le GPS), des échanges financiers (incluant cartes bancaires et virements interbancaires), des réseaux de transports et déplacements terrestres, maritimes et aériens autres que locaux, des réseaux de distribution d’eau, alimentation, électricité et autres énergies, des services sanitaires (entraînant des épidémies et des pandémies), du contrôle policier et militaire de la « sécurité » des équipements et des citoyens, incluant les « troubles sociaux » et les conflits armés. À l’issue du collapse, les besoins de base des populations ne seront plus assurés par une société organisée sur une bonne partie ou la totalité de la planète, et ce pour une très longue période.
En fait, au cours de la période historique (c’est-à-dire documentée par des écrits) d’existence de l’humanité, il n’y a pas eu jusqu’ici de véritable collapse, même si des cataclysmes majeurs (séismes, tsunamis, éruptions volcaniques, ouragans, pandémies, coupures d’électricité, accidents industriels, crises politiques, guerres dévastatrices, etc.) ont mis à mal la cohésion et la stabilité sociale dans divers pays et à diverses époques, mais sans entraîner l’« effondrement » de l’ensemble de leurs sociétés, dans le sens où ce mot a été employé par exemple pour l’île de Pâques, pour la civilisation inca ou d’autres sociétés qui ne nous sont connues que par les travaux des archéologues [4]. L’ouragan Katrina, par exemple, a donné lieu à une crise majeure de la société de l’État de Louisiane décrite par Naomi Klein [5], mais celui-ci ne s’est pas effondré. Les conséquences des bouleversements sociaux concernant des pays entiers comme le Chili après le coup d’État de Pinochet, la fin des régimes staliniens européens ou la dislocation de l’URSS, et bien d’autres crises, ont certes perturbé profondément leurs sociétés, mais sans aboutir à leur effondrement : celles-ci ont continué à fonctionner tant bien que mal, quoique souvent avec de profondes régressions quant aux conditions d’existence, de santé ou même de survie de grandes parties de leurs populations. Il en va différemment concernant le « collapse généralisé » qu’annoncent de nombreux scientifiques pour les années ou décennies à venir, qui ne sera pas une simple addition mécanique de « catastrophes » mais sera un phénomène systémique touchant l’ensemble du fonctionnement des sociétés concernées avec des conséquences destructrices inédites. Pour l’instant, il serait donc inexact de dire que « le collapse a largement commencé ». Nous n’en sommes encore que dans la phase préliminaire de celui-ci.
La réponse à ces phénomènes doit-elle consister en une série de mesures ou de combats pour résoudre tous ces problèmes un par un, en s’attaquant à l’utilisation des énergies fossiles et des molécules organiques de synthèse, à la pollution, à la déforestation, à l’agronomie industrielle, à l’utilisation de l’énergie nucléaire et au risque de l’emploi d’armes nucléaires, à la surexploitation des populations d’animaux sauvages, à la multiplication incontrôlée des transports et échanges sur l’ensemble de la planète, à une croissance démographique effrénée associée à une dégradation considérable de la santé humaine mondiale, etc. ? Non point. De telles mesures ne résoudront rien au problème de fond, car l’ensemble de ces nuisances ont une source commune, et ce n’est qu’en s’attaquant à cette cause ultime qu’il serait, ou qu’il aurait été s’il est trop tard, possible de prévenir un collapse mondial ou de réduire son impact.
Arthur Keller [6] emploie une métaphore très parlante à cet égard. Il imagine un malade qui présente plusieurs symptômes apparemment sans rapport entre eux. Il a des migraines répétitives et résistantes : son médecin pourra lui prescrire du paracétamol. Il a de graves problèmes de peau : son dermatologue pourra lui prescrire une pommade. Il a des problèmes de digestion : son gastro-entérologue pourra lui prescrire des tisanes. Apparemment, ce patient présente trois pathologies distinctes, auxquelles on peut opposer trois traitements appropriés. Mais en fait ces trois problèmes sont des symptômes de quelque chose de plus général, qui est le fait que le patient a un cancer généralisé. Il est alors quasi-inutile de tenter de traiter ces trois symptômes séparément, car on ne ferait que s’attaquer aux conséquences de la maladie, pas à sa cause. De telles situations révèlent l’existence d’un problème systémique, et on ne résout pas les problèmes systémiques en traitant les symptômes les uns après les autres, on ne guérit pas un cancer par l’addition de paracétamol, de pommades et de tisanes : si l’on veut tenter de résoudre ces trois problèmes, il faut attaquer leur cause générale qui est le cancer. Il en va de même avec tous les projets de lutte contre la crise de la biosphère en s’attaquant à ses symptômes, le dérèglement climatique, l’extinction des espèces, la pollution des eaux, terres et airs, etc. Et cette cause générale est le capitalisme, ce système économico-politico-social extractiviste, hyper-technophile et pollutionniste dont le moteur, le gendarme et la loi fondamentale sont l’optimisation de la plus-value, causant l’aggravation perpétuelle de l’exploitation et de la relégation d’une large majorité de l’humanité dans le besoin, la misère ou la guerre, par une minorité de détenteurs du capital et non pas les besoins de la grande majorité de la population (le prolétariat au sens large). Il est crucial de comprendre que nous sommes en face d’un problème systémique, global, qui exige une remise à plat considérable des concepts, analyses, priorités, perspectives, stratégies et tactiques jusqu’ici préconisés pour « sauver la planète ».
Dans le monde entier, dans les manifestations « pour sauver la planète », à côté de slogans plus ponctuels ou gentillets, figurent parfois des slogans plus globaux et vindicatifs, comme « Changeons le système, pas le climat », qu’on retrouve même dans des titres de livres [7‒8]. Cette formule reste toutefois vague dans la mesure où elle se garde de caractériser le « système » qui doit être « changé ». Des titres apparemment plus « radicaux » [9‒10] vont jusqu’à désigner ce système par son nom, le « capitalisme », mais une gêne apparaît toujours lorsqu’il s’agit de nommer celui qui devrait le remplacer, comme l’illustre ce passage : « il existe des propositions qui contiennent déjà des éléments clés nécessaires pour construire de nouvelles alternatives systémiques comme le Buen Vivir, la défense des communs, le respect des territoires indigènes, les droits de la Nature, la souveraineté alimentaire, la prospérité sans la croissance, la dé-globalisation, etc. Aucun de ces paradigmes de transformation sociale et écologique n’a de prétention universelle et hégémonique tant les politiques de transition doivent être adaptées aux territoires, aux histoires et aux besoins des populations, tout en respectant les grands équilibres écologiques et sociaux planétaires. Mais tous sont des chemins alternatifs à ce monde insoutenable. » [7]
Pour désigner une éventuelle « solution » à cet ensemble de problèmes, le terme d’« écosocialisme » est parfois employé, mais la nécessité de créer ce terme pour le distinguer du « socialisme » tout court n’est guère explicitée – suggérant que ce dernier ou celui de « communisme » ne seraient autres que des synonymes de « stalinisme », interprétation que toute l’idéologie dominante tente d’imposer depuis des décennies. Ce « détail » terminologique souligne l’importance des dégâts causés par le stalinisme dans la conscience des masses et leurs combats au service des besoins de l’humanité et pas d’une minorité. Or, on ne saurait faire face aux menaces que fait peser le capitalisme sur la civilisation en tentant simplement de le réformer et sans le remplacer par un système pour lequel les termes de socialisme, communisme ou collectivisme sont équivalents, et devraient reprendre droit de cité pour ceux qui souhaitent se battre contre le capitalisme, sans accepter pour ce faire la falsification de langage commise par le stalinisme.
« Peut-on aller de l’avant si l’on craint de marcher au socialisme ? ». Cette phrase de Lénine [11], qui figura jadis en exergue du journal Informations ouvrières, reste pleinement d’actualité à l’époque de la crise de la biosphère qui, empirant d’année en année et de jour en jour, nous mène inéluctablement au collapse civilisationnel. Que signifie alors dans cette phrase la formule « marcher au socialisme » ? Elle n’est pas équivalente à la formule « établir le socialisme ». Elle implique un processus en cours, qui passera nécessairement par des « phases de transition », pour reprendre le terme employé dans le programme de la IVe Internationale Ouvrière [12], adopté et publié peu avant l’assassinat de Trotsky et le déclenchement de la deuxième guerre mondiale. Quelques passages clés de ce texte méritent d’être rappelés :
• « Les prémisses objectives de la révolution prolétarienne ne sont pas seulement mûres ; elles ont même commencé à pourrir. Sans révolution socialiste, et cela dans la prochaine période historique, la civilisation humaine tout entière est menacée d’être emportée dans une catastrophe. Tout dépend du prolétariat, c’est-à-dire au premier chef de son avant-garde révolutionnaire. La crise historique de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire. »
• « La tâche stratégique de la prochaine période ‒ période pré-révolutionnaire d’agitation, de propagande et d’organisation ‒ consiste à surmonter la contradiction entre la maturité des conditions objectives de la révolution et la non-maturité du prolétariat et de son avant-garde (désarroi et découragement de la vieille génération, manque d’expérience de la jeune). Il faut aider les masses, dans le processus de leurs luttes quotidiennes, à trouver le pont entre leurs revendications actuelles et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de revendications transitoires, partant des conditions actuelles et de la conscience actuelle de larges couches de la classe ouvrière et conduisant invariablement à une seule et même conclusion : la conquête du pouvoir par le prolétariat. »
• Cette tâche stratégique « ne consiste pas à réformer le capitalisme, mais à le renverser. Son but politique est la conquête du pouvoir par le prolétariat pour réaliser l’expropriation de la bourgeoisie. »
Ces considérations étaient largement prémonitoires, mais elles ignoraient totalement les problèmes écologiques qui existaient déjà à cette époque, sans avoir de loin l’ampleur et la visibilité qu’ils ont rapidement atteinte après la deuxième guerre mondiale et qu’ils ont aujourd’hui. Plus discutable encore de nos jours est le passage suivant, devenu pourtant une référence pour beaucoup de militants par la suite :
• « Les forces productives de l’humanité ont cessé de croître. Les nouvelles inventions et les nouveaux progrès techniques ne conduisent plus à un accroissement de la richesse matérielle. »
En quoi consiste en fait la « croissance des forces productives » vantée par le marxisme ? S’agit-il de l’« accroissement de la richesse matérielle », qui n’est autre que la « croissance », boussole incontournable du capitalisme, ou le « progrès », dans le sens de la réalisation pour tous d’un « mieux vivre » impliquant de bonnes conditions matérielles d’existence (santé, alimentation saine et de qualité, enseignement, habitat, transports, sécurité et paix) et le respect des valeurs « humanistes » (liberté d’expression, démocratie, égalité des chances et devant la loi, fraternité) ? Avec l’explosion incontrôlée de la technicité du dernier demi-siècle, boostée par la recherche de plus en plus effrénée du profit bien plus que par les besoins de l’humanité, c’est plutôt de « forces destructives » qu’il faudrait parler.
Si l’on considère le besoin impératif d’une action urgente et puissante pour faire face à la crise de la biosphère, quelles pourraient être ou auraient pu être des actions de transition efficaces, c’est-à-dire préparant la prise de pouvoir par le prolétariat et « l’expropriation de la bourgeoisie », indispensable dans cette perspective ?
Le collapse à venir sera un phénomène global mais multiforme, qui aura une grande diversité de manifestations et aboutira à une crise civilisationnelle générale. Il a une cause unique : le fonctionnement toxique et mortifère de la société capitaliste dans ses rapports non seulement entre les humains mais encore avec l’ensemble de la biosphère (l’environnement biotique et abiotique de la planète terre, dont bien entendu l’humanité elle-même fait partie). L’empêcher, ou même seulement le retarder, serait-il possible sans « sortir » de ce système économico-politico-social mais simplement en le réformant progressivement, en agissant isolément sur ses divers aspects ?
Afin d’aborder la réponse à cette question, prenons un exemple qui concerne l’un des aspects et non des moindres de la crise mondiale actuelle, l’automobile.
L’automobile, un ami qui ne nous veut pas que du bien
En janvier 2025, la chaîne Arte a diffusé un remarquable documentaire sur l’histoire de l’automobile [13] qui mérite d’être regardé. Cette histoire, concomitante de celle du capitalisme à partir du début du 20e siècle, est passionnante et très instructive. Au tout début de la révolution industrielle, c’est le développement du train qui avait rapidement supplanté les modes de transport principalement à traction hippomobile utilisés jusque-là. Bien que les premières automobiles aient été expérimentées dès le début du 19e siècle, ce n’est qu’au 20e siècle que le transport routier devint prédominant, mais ce ne fut pas un phénomène spontané et « naturel ». Ce développement, favorisé par l’invention du moteur à explosion (1807), du macadam (1825) et des pneumatiques en caoutchouc (1845), dut beaucoup à la création d’un « lobby de l’automobile », soutenu non seulement par les constructeurs d’automobiles mais aussi par les compagnies pétrolières et celles cultivant l’hévéa dans les colonies tropicales. La production et la vente de millions de voitures individuelles entraînait pour toutes ces compagnies des profits sans commune mesure avec la construction, l’entretien et l’exploitation du chemin de fer. Ce lobby intervint par exemple activement pour acheter les compagnies de tramways puis arracher leurs rails dans des villes qui avaient adopté ce mode de transport bien moins polluant et dangereux que la voiture individuelle, afin de les remplacer par des autobus plus rentables en termes de plus-value mais plus polluants, et surtout de libérer l’ensemble de la chaussée pour des multitudes de véhicules individuels. L’essor de la voiture entraîna une croissance rapide du réseau, du nombre et de la longueur cumulée des routes asphaltées puis des autoroutes, et une diminution souvent considérable des réseaux ferrés.
Parallèlement, l’industrie automobile a joué un rôle historique positif considérable, surtout après l’introduction du modèle économique du « taylorisme », dans la constitution d’un prolétariat industriel nombreux, puissant et organisé, symbolisé en France par « Billancourt », mais la diminution constante du nombre d’emplois dans ce domaine depuis 1974 [14] a contribué au reflux du syndicalisme en France ‒ qui toutefois a également d’autres causes, notamment le « scepticisme politique » des travailleurs dû à la trahison du stalinisme puis à celles des centrales syndicales « réformistes » (sans réformes !) ou franchement de collaboration de classe ‒, qui à son tour a joué un rôle important dans le reflux et l’éclatement de la « gauche » politique, qui retire tout sens aujourd’hui à la qualification de « gauche », si on ne l’accompagne pas de qualificatifs plus précis.
L’automobile a toujours eu ses détracteurs, pour plusieurs raisons comme les accidents urbains et de la route, le comportement agressif des conducteurs, les embouteillages, le développement du tourisme de masse ravageur ou plus généralement la destruction de la « nature », mais ils ont eu peu d’impact pour limiter son développement, stimulé principalement par l’autonomie nouvelle offerte par ce mode de déplacement, qui explique le succès de cette « révolution automobile ».
Depuis quelques décennies, la vulgarisation (et pas la découverte, qui fut bien antérieure mais longtemps « cachée » par les scientifiques) du rôle de l’emploi des combustibles fossiles dans la pollution de l’air et le déséquilibre du cycle du carbone, l’augmentation des gaz à effet de serre et le changement climatique, a fait beaucoup parler et constitue une des sources principales du concept de « transition écologique ». Toutefois, l’inefficacité maintenant largement démontrée de cette dernière, malgré les travaux du GIEC et autres bilans scientifiques, les COPs et autres « grandes messes » internationales et les décisions de certains gouvernements, amène à la conclusion que cette formule est fallacieuse et devrait être requalifiée en « transition écocapitaliste » [1] : sa fonction est en fait non pas de mettre fin à la destruction en cours de la biosphère, mais de préserver le système capitaliste en réorientant les modes de production de plus-value en « faisant mine » de combattre le changement climatique mais sans rien changer au fonctionnement actuel du système.
Il est frappant que beaucoup de thuriféraires de la transition écologique pensent et prétendent que le passage à la voiture électrique résoudra tous les problèmes environnementaux liés à l’automobile. Notons tout d’abord qu’en 1905, près de 35 % du parc automobile mondial était électrique, contre moins de 2 % aujourd’hui [15]. La quasi-disparition de ce mode de motorisation ne s’explique pas seulement par les problèmes techniques irrésolus à l’époque, mais surtout par la rentabilité financière supérieure des voitures à essence. Toutefois, prévoyantes, tout au long du 20e siècle, les compagnies pétrolières et automobiles ont veillé à acquérir la plupart des brevets d’inventions qui auraient permis une mise au point bien plus rapide de voitures électriques fiables et autonomes sur de longues distances, pour les garder sous le boisseau mais être en première ligne pour les exploiter lorsque les perspectives de « transition écologique » se sont faites plus prégnantes. Les compagnies d’exploitation, raffinage et transport du pétrole se sont signalées par des actions coloniales ou post-coloniales agressives et destructrices pour les populations locales et l’environnement, allant jusqu’à l’esclavage et entraînant des catastrophes écologiques comme les marées noires et autres pollutions, qui leur ont valu d’être régulièrement traduites en justice pendant des décennies, et seules leurs ressources financières gigantesques leur ont permis d’employer des avocats très coûteux et d’échapper à de nombreuses condamnations [16‒17].
Le simple fait de changer le moteur pour passer d’un fonctionnement au pétrole à un fonctionnement sur batterie, loin de surmonter l’extractivisme et ses effets catastrophiques d’un point de vue écologique, le diversifie et l’étend à de nouvelles matières premières, telles que les « terres rares » ou le lithium, sans que les fondements du capitalisme fossile ne changent. Il permet d’externaliser vers des parties moins riches du monde certains dégâts environnementaux directs, et de réduire le bruit ou les gaz d’échappement responsables de la pollution de l’air des villes et les pathologies associées, mais sans réduire les autres nuisances dues à la voiture. Si même tout le parc automobile mondial ‒ passé d’environ environ 135 millions de voitures en 1962, dont 75 aux États-Unis [18], à 1,4 milliard en 2020, dont plus de 300 millions en Chine et 268 aux États-Unis [19] ‒ devenait un jour à motorisation électrique, cela ne mettrait pas fin aux nuisances environnementales de l’automobile.
Parmi celles-ci, il ne faut pas négliger le rôle des pneumatiques, de l’emploi de l’électricité, du réseau routier, des conséquences de l’automobile sur l’aménagement du territoire, et même sur des aspects psychologiques non négligeables pour les humains.
Malgré l’invention puis le développement du caoutchouc synthétique au début du 20e siècle, celui-ci ne représente aujourd’hui qu’environ la moitié du marché mondial du caoutchouc. Les pneus modernes combinent souvent caoutchoucs naturels (provenant de la coagulation du latex de plusieurs plantes, principalement de l’hévéa) et synthétique (obtenu à partir d’hydrocarbures) pour optimiser leurs performances, environ 75 % du caoutchouc naturel et 60 % du caoutchouc synthétique produits étant utilisés dans l’industrie pneumatique mondiale. Industries polluantes, la production de caoutchouc synthétique et la monoculture d’hévéa sont parmi les principaux utilisateurs de ressources fossiles et une des principales causes de destruction environnementale : déforestation (particulièrement en Asie), monocultures d’hévéa, utilisation de pesticides… La pollution aux particules fines, particulièrement redoutables pour la santé humaine, provenant des voitures modernes est pour son écrasante majorité issue non pas de la combustion de dérivés du pétrole mais de l’usure de leurs pneus : plus de 50 % des microplastiques dans le milieu terrestre et 28 % dans les océans proviennent de l’abrasion des pneus, que les véhicules fonctionnent à l’essence ou à l’électricité [20]. Quant à cette dernière, elle n’est jamais produite sans émission de gaz à effet de serre, que ce soit dans des centrales à charbon, gaz ou même nucléaires (pour l’extraction ou le transport de l’uranium, la construction puis le démantèlement des centrales ou pour la gestion des déchets) ‒ et même l’hydroélectricité et production d’électricité par les éoliennes et le solaire ne sont pas sans effets néfastes sur l’environnement.
Les routes asphaltées constituent aujourd’hui l’un des ressorts principaux de destruction de la biosphère. C’est vrai aussi bien en Amazonie, à Bornéo ou au Congo qu’en France, comme l’a souligné la mobilisation contre la construction de l’autoroute A69. Il a été estimé que 95 % de la destruction des forêts tropicales, pour les remplacer par des monocultures intensives (hévéas, palmiers à huile, cacaotiers, avocatiers, etc.), y compris de plantes destinées à la production de drogues (cannabis, pavot, cocaïer), se fait dans un rayon de 5 km par rapport aux routes [20]. La méthode la plus efficace pour transformer un vaste biome forestier comme l’Amazonie en zone sinistrée consacrée à des cultures destinées à l’exportation, n’est pas d’y procéder à une avance sur un front progressif de déforestation mais en commençant par y créer un quadrillage de routes asphaltées le long desquelles des « colons » s’installeront rapidement et entameront son « grignotage ».
La modification de l’environnement par la multiplication des routes ne s’effectue pas seulement en milieu forestier, mais également en milieu ouvert, agricole ou semi-agricole : le quadrillage routier entraîne un morcellement des « métapopulations » de nombreuses espèces animales qui ne peuvent survivre en étant confinées dans des zones de petite taille séparées par des « barrages » de macadam sur lesquels circulent jour et nuit des véhicules rapides et meurtriers. La nuisance causée par cette parcellisation du paysage est portée à son extrême par la multiplication de plus en plus rapide des autoroutes à l’échelle mondiale. Les aménagements destinés à contrecarrer ce phénomène (passages de grande faune, « crapauducs »), tant qu’ils fonctionnent (ce qui exige un entretien constant), n’ont qu’un effet marginal sur les déplacements de quelques vertébrés et n’aident guère le reste de la faune.
Le réseau routier mondial compte plus de 64 millions de kilomètres de routes (dont environ 7 millions en Europe) [21], soit environ 167 fois la distance terre-lune (384.400 km) [22]. La croissance de la pieuvre du réseau routier a eu tout au long du 20e siècle un corollaire redoutable : le rabougrissement du réseau ferroviaire. En France, de 1930 à 2014, 16.000 km de voies ferrées ont été supprimées [23] et il n’en reste que moins de 28.000 [24]. Il en fut de même dans tous les pays qui s’étaient dotés de réseaux couvrant finement leur territoire. Seules les grandes lignes, maintenant souvent desservies par des trains à grande vitesse, ont survécu à ces hécatombes, et reconstruire des réseaux fins reliant les petites villes et bourgs de taille moyenne, comme l’imaginent les porteurs du projet de « transition écologique », ne se fera pas en un jour ni sans difficultés.
Le réseau routier asphalté de plus en plus étendu et fin a joué progressivement un rôle crucial dans l’aménagement du territoire, notamment en favorisant l’étalement urbain porté à son extrême aux États-Unis avec l’habitat bourgeois pavillonnaire et la « ghettoïsation » des centres-villes livrés aux mafias et trafics divers ‒ ce rôle étant joué en Europe plutôt par les banlieues. Dans les centres-villes encore vivants en Europe, c’est l’automobile qui est la reine, les piétons étant confinés sur des trottoirs (quand ils existent encore) et en danger lorsqu’il leur faut traverser la rue, comme l’illustre un dessin célèbre de Karl Jilg [25] ‒ dessin qui devrait être actualisé pour montrer qu’aujourd’hui, dans certaines villes comme Paris, les trottoirs eux-mêmes ne sont plus sûrs pour les piétons, étant envahis par des vélos, patinettes, patins à roulettes et autres véhicules individuels non motorisés qui causent de plus en plus de blessés et de décès ! La comparaison des photos de la place Tahrir du Caire dans les années 1940 et aujourd’hui montre aussi comment les habitants ont été progressivement expulsés des espaces publics des villes où ils habitent pour livrer ceux-ci aux voitures [25].
Le remplacement dans le monde entier de millions de kilomètres de voies carrossables sans revêtement (routes des diligences, chemins de terre, pistes) par des routes asphaltées a contribué, avec d’autres types de bétonisation de l’environnement, à l’imperméabilisation des sols empêchant l’eau d’y pénétrer et contribuant aux inondations qui se multiplient de nos jours. Poussant le bouchon un peu trop loin, Kilian Jörg [20] a été jusqu’à écrire : « le tank est en réalité un véhicule relativement respectueux de l’environnement, si on le compare aux voitures. Ses chenilles aplanissent certes le terrain qu’il traverse mais, quelque temps après son passage, de nouvelles plantes pourront apparaître et les animaux faire leur retour, tandis que les espèces les plus résilientes reprendront directement leurs droits. La voiture, quant à elle, en raison de l’extrême fragilité de son système pneumatique, requiert pour se mouvoir que l’environnement qu’elle parcourt soit placé sous une perpétuelle chape bien lisse. » Cette vision « romantique » ignore qu’outre ses chenilles un char d’assaut se caractérise par un poids très élevé qui tasse le sol et détruit sa faune, vers de terre et autres organismes qui permettent le développement d’une végétation riche et saine : pour cette même raison, le remplacement d’engins agricoles modeste par des tracteurs et autres appareils de plus en plus lourds, y compris pour pouvoir labourer ces sols trop compacts, a contribué à l’appauvrissement des sols qui a mené à l’emploi de plus en plus massif d’engrais.
Pour finir ce qui n’est qu’une esquisse de revue des caractéristiques de l’automobile qui en font un des acteurs majeurs, avec le nucléaire et le numérique, du capitalisme du 21e siècle, mentionnons l’aspect psychologique de son empreinte sur les comportements humains : l’automobile, objet coûteux (à l’achat et à l’emploi), élément de prestige pour beaucoup, a sans nul doute contribué, notamment à travers les « cultes » de la vitesse et de la compétition qui lui sont associés, à l’essor d’un individualisme décomplexé et agressif qui caractérise beaucoup de nos contemporains et est antinomique avec les besoins impérieux de solidarité entre travailleurs et exploités, à notre époque plus que jamais.
Toutes ces considérations indiquent que, même si des modes efficaces, sûrs et non ou peu polluants de propulsion des véhicules autres que le pétrole et l’électrique, par exemple par des piles à hydrogène, pouvaient être massivement produites, cela ne supprimerait nullement les autres nuisances causées par la voiture évoquées ci-dessus.
La voiture électrique va-t-elle contribuer à la « marche au socialisme » ?
Ce qui précède ne tresse pas de grandes louanges au projet de remplacement de la voiture à moteur à explosion par la voiture électrique. Ce jugement est-il excessivement sévère ? La voiture électrique, en réduisant les émissions directes de CO2 par les véhicules eux-mêmes, ne pourrait-elle jouer un rôle positif transitoire, en limitant l’impact de l’automobile sur le dérèglement climatique, en attendant… quoi, au juste ?
Revenons aux considérations développées dans la première partie de ce texte. Elles peuvent être résumées en deux phrases : (1) il n’y aura pas (ou aurait pas eu, s’il est déjà trop tard) de solution à la crise de la biosphère, permettant d’éviter ou de retarder le « collapse généralisé », sans sortir du capitalisme ; (2) afin d’y parvenir, il faudrait (ou aurait fallu) mettre en œuvre des actions de transition efficaces, préparant la prise de pouvoir par le prolétariat et « l’expropriation de la bourgeoisie ».
La formule « il n’y aura pas de solution à la crise de la biosphère sans sortir du capitalisme » doit être prise au pied de la lettre. Le problème posé aujourd’hui à l’humanité par cette crise est d’une autre nature que ceux auxquels elle a été confrontée à partir du moment où elle eut conquis une bonne partie des terres émergées. Même la peste noire du 14e siècle, la plus grande catastrophe démographique de l’histoire de l’humanité [26], ne menaça pas l’existence de cette dernière. Les combats menés depuis des siècles par les exploités contre les pouvoirs alors en vigueur, culminant dans la lutte séculaire du prolétariat pour le socialisme, visaient à satisfaire des revendications et en définitive à changer fondamentalement le « système » politico-social, mais pas à prévenir l’effondrement de la civilisation et l’extinction de l’espèce humaine (et de bien d’autres).
La « transition » sont parlait le texte de 1938 de Trotsky visait à permettre au prolétariat de résoudre la « crise historique de l’humanité » en prenant le pouvoir pour éviter la « catastrophe » qui menaçait déjà « la civilisation humaine tout entière », mais il n’était pas alors question d’extinction de l’humanité sinon de toutes les espèces vivantes du globe. Cette crise historique n’a pas été résolue depuis, mais la menace actuelle va bien au-delà. Face au risque avéré d’effondrement généralisé, les mots d’ordre de transition doivent être adaptés. Il n’est plus à l’ordre du jour de prôner des « solutions » consistant à lutter contre les symptômes de ce qui est maintenant compris comme une crise systémique.
Le passage à la voiture électrique pourrait-il jouer un tel rôle de transition ? Poser la question c’est y répondre. En quoi ce passage contribuerait-il à affaiblir le capitalisme et préparer le socialisme ? C’est plutôt le contraire qui crève les yeux. Ce sont les mêmes firmes qui fabriquaient depuis des décennies les voitures à essence, augmentées de quelques nouvelles, qui fabriquent les voitures électriques, et les vendent à des prix bien supérieurs à ceux des voitures traditionnelles, dont par effet de boomerang les prix ont aussi considérablement augmenté. Ce sont les mêmes firmes qui contrôlaient l’extraction, le transport et la commercialisation du pétrole, augmentées de quelques nouvelles, qui installent des réseaux de commercialisation des batteries permettant de faire rouler ces voitures. La « transition écologique » apparaît alors pour ce qu’elle est, une « transition écocapitaliste » destinée avant tout à préserver les profits en faisant mine d’agir « pour la planète ».
À l’exception d’une minorité de « riches » qui peuvent se les payer, la plupart des gens qui ont un réel besoin de voitures pour aller travailler, transporter les enfants, se soigner, faire des courses, etc., sont plus que réticents à les acheter. Ils sont bombardés plus que jamais de publicités leur ventant les mérites de ces véhicules électriques ou « hybrides » de rêve, mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils se font tirer l’oreille. En 2019, dernière année avant la pandémie de Covid-19, environ 2,2 millions de voitures neuves avaient été vendues en France. Depuis, ce nombre baisse d’environ 5 % par an, et en 2025 il est tombé à environ 1,6 million ‒ et ceci bien que la vente de voitures électriques fasse l’objet de subventions gouvernementales [27]. Que font alors les particuliers ? De plus en plus d’urbains utilisent les transports en commun ou le vélo et cessent d’avoir leurs propres voitures, quitte à en louer ponctuellement pour les vacances ou en cas de besoin. Les ruraux qui ne peuvent s’en passer (notamment parce que les distances trop élevées rendent difficile ou impossible d’utiliser le vélo) se tournent de plus en plus vers les voitures d’occasion, la location de longue durée ou le covoiturage, en raison de l’insuffisance criante de transports en commun dans de nombreuses régions. Quand ces derniers existent, ils sont avant tout routiers et leurs horaires sont très contraignants. Une modification profonde de ces derniers, avec réhabilitation massive du train, serait urgente mais n’est pas à l’ordre du jour, malgré les discours sur la « transition écologique ». Quels pourraient être dans ce domaine des mots d’ordre préparant la sortie du capitalisme et la « marche au socialisme » évoquées par Lénine ? À la lumière de ce qui précède, il ne semble pas que la voiture électrique puisse contribuer en quoi que ce soit à cette perspective. Or notre but ne doit pas être de simplement supprimer un symptôme (le dérèglement climatique) parmi d’autres de la crise actuelle de la biosphère ‒ en admettant que le passage de toutes les voitures à l’électrique puissent y contribuer ‒ mais de mettre fin au capitalisme, cause réelle de l’ensemble de cette crise.
Dans le texte mentionné ci-dessus [11], Lénine proposait comme première action transitoire pouvant mener au socialisme « La fusion de toutes les banques en une seule dont les opérations seraient contrôlées par l’État, ou la nationalisation des banques ». Sortir du capitalisme impliquera non seulement de nationaliser les banques, mais de supprimer la Bourse et la spéculation financière, et de nationaliser plusieurs pans importants de l’économie. De telles actions, certes centrales pour casser le capitalisme, sont déjà au-delà d’un processus « transitoire » simple : elles exigent déjà le contrôle de l’État par un gouvernement révolutionnaire, même si la nature de cet État n’a pas encore été bouleversée.
Une telle prise de pouvoir par un tel gouvernement est susceptible de résulter de combats de lutte des classes « classiques », c’est-à-dire non motivés directement par les questions environnementales, mais, si cette question a été préparée en amont au sein des masses et du mouvement révolutionnaire, elle pourrait permettre la mise en œuvre rapide d’actions de ce type concernant le problème de la voiture.
La première, immédiate après l’accession au pouvoir, pourrait être l’interdiction de toute publicité, sur quelque support que ce soit, pour les voitures, sinon en général (notamment pour tout ce qui concerne l’alimentation et la santé). La deuxième pourrait être la nationalisation, sans indemnité ni rachat, de toutes les firmes automobiles, qu’elles soient à essence ou électriques, pour mettre les véhicules produits à la disposition des habitants mais sans les proposer à la vente. À dater de cette nationalisation, les nouveaux véhicules n’appartiendraient à aucun particulier mais pourraient être loués à prix coûtant sur tout le territoire, à commencer par les zones particulièrement déficientes en transports collectifs, tout en développant ces derniers, par route et par rail quand possible. Les particuliers possédant leurs propres véhicules pourraient les revendre à l’État ou les conserver (et entretenir), mais pas en racheter lorsque ceux-ci ne seraient plus réparables. L’embryon d’un tel système existe déjà dans certaines villes dans de nombreux pays, pour des vélos et parfois des voitures ‒ sauf qu’il s’agit, avec quelques exceptions pour les vélos, de locations onéreuses, à but lucratif, et pas de services publics.
Même en situation de collapse, il serait bien entendu souhaitable de maintenir un stock important de véhicules routiers, individuels ou collectifs, dans nos sociétés, mais leur nombre pourrait être considérablement réduit, correspondant aux besoins réels des populations, et pas pour nourrir des egos surdimensionnés, faire étalage de richesse ou se griser de vitesse, au mépris de l’environnement. Il est toutefois fort incertain que de tels véhicules puissent encore exister après le collapse généralisé, qui pourrait détruire une partie importante des réseaux de transport et transfert d’énergie (essence et électricité). Les transports ferroviaires pourraient avoir une plus grande résilience, mais ne permettront pas d’atteindre tous les habitats. Il sera alors utile de disposer de moyens de transports plus sobres et robustes, comme les charrettes à traction animale préconisées déjà depuis longtemps par l’ancien ministre français de l’environnement Yves Cochet [28]. De tels changements dans les modes de déplacement seraient loin de constituer à eux seuls une « solution » à tous les problèmes posés à l’humanité par la « révolution automobile ». Ils ne le pourraient que combinés avec des changements drastiques concernant l’aménagement du territoire, l’habitat, sa conception et sa répartition, le nombre des routes et les distances couvertes par le réseau asphalté, leur disposition par rapport aux zones bâties, cultivées, forestières, humides et autres, la réhabilitation de voies de communication non asphaltées, etc.
En fait, la réflexion sur les changements souhaitables (ou qui auraient été souhaitables) pour empêcher, réduire ou retarder le collapse, devrait se faire non pas en fonction des impératifs du capitalisme (comme remplacer les voitures à essence par des voitures électriques tout en maintenant tout le système voiture-réseau routier et les profits associés) mais de ceux d’une lutte déterminée contre la crise de la biosphère (comme la nationalisation de l’industrie automobile). Une telle approche devrait être adoptée pour tous les nombreux problèmes posés actuellement par la crise de la biosphère dans sa diversité évoquée ci-dessus, et ayant des conséquences concernant l’agriculture, l’habitat, les communications, la santé, l’éducation, etc., qui ont une seule et même cause ultime, le capitalisme extractiviste, hyper-technophile et pollutionniste.
Il est clair qu’un « programme » du type de celui esquissé ci-dessus ne pourrait être réalisé dans le cadre du capitalisme. Il ne pourrait être (ou aurait pu être) proposé que comme mot d’ordre de transition vers le socialisme, et réalisé qu’à travers la prise du pouvoir du prolétariat (au sens large du terme, incluant tous les exploités de la planète). Sous peine d’échec rapide, cette prise de pouvoir ne saurait être réalisée par un coup d’État par une « minorité consciente » ou une « avant-garde éclairée » mais impliquerait une mobilisation populaire massive, appuyée sur des revendications puis un programme révolutionnaire clair, aboutissant à un contrôle démocratique durable du pouvoir. Pour qu’elle puisse résister aux forces contre-révolutionnaires très puissantes et organisées qui ne manqueraient pas de se déchaîner contre elle, deux conditions seraient indispensables : une conviction forte partagée parmi les acteurs de cette mobilisation qu’un tel bouleversement est indispensable à la survie de l’humanité, ce qui implique des connaissances solides, scientifiquement fondées, sur les réalités de la crise de la biosphère ; et un soutien international organisé de la part du prolétariat mondial. Ces deux conditions ne pourront se réaliser spontanément, comme dans tant de « révolutions » récentes qui n’ont accouché que de brefs changements gouvernementaux avant un retour à une situation similaire à la précédente ou pire. Trois mots-clés devraient alors être mis en avant : information, démocratie et organisation. Il nous faudra revenir sur ces trois termes pour poursuivre cette réflexion.
[1] Alain Dubois. 2025. « Il n’y aura pas de transition écologique. (1) L’effondrement est inéluctable. » <https://lherbu.com/2025/11/il-n-y-aura-pas-de-transition-ecologique.1-l-effonfrement-est-ineluctable.html>.
[2] Alain Dubois. 2025. « Il n’y aura pas de transition écologique. (2) Les dominos du collapse. » <https://lherbu.com/2025/12/il-n-y-aura-pas-de-transition-ecologique.2-les dominos.html>.
[3] Manon Commaret & Pierrot Pantel. 2026. L’effondrement de l’empire humain. L’écopoche.
[4] Jared Diamond. 2009. Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie. Gallimard.
[5] Naomi Klein. 2008. La stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre, Actes Sud.
[6] Arthur Keller. 2024. « Discours lors du sommet européen Climate Chance Europe 2024 (Liège, le 8 février 2024). » <https://www.youtube.com/watch?v=ImPSNQGvLkU>.
[7] Attac. 2014. Petit guide de l’anthropocène : changeons le système, pas le climat ! Attac.
[8] Noël Mamère & Patrick Farbiaz. 2015. Changeons le système, pas le climat. Manifeste pour un autre monde. Flammarion.
[9] Hervé Kempf. 2009. Pour sauver la planète, sortez du capitalisme. Seuil. [Etrange titre : pourquoi « Sortez » et pas « Sortons » ? Kempf serait-il déjà sorti du capitalisme, le veinard ? AD.].
[10] Hervé Kempf. 2020. Que crève le capitalisme. Ce sera lui ou nous. Seuil.
[11] Vladimir Illitch Lénine. 1917. La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer. <https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/09/vil19170910k.htm>.
[12] Léon Trotsky. 1938. Programme de transition. L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVe Internationale. Bulletin de l’Opposition, 66‒67. <https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/trans/tran.htm>.
[13] Jean-Christophe Ribot. 2024. Une brève histoire de l’automobile. Série documentaire de trois épisodes : 1 « Le génie humain » ; 2 « La société de consommation » ; 3 « Schizophrénie ». <https://educ.arte.tv/program/une-breve-histoire-de-lautomobile-le-genie-humain>.
[14] « Les secteurs qui emploient le plus en France. » <https://www.journaldunet.com/economie/magazine/1009993-les-secteurs-qui-emploient-le-plus-en-france/1009996-automobile>.
[15] Kilian Jörg. 2025. « La voiture électrique : un maintien du statu quo sous de verts auspices. » Les Temps qui restent, 4, Hiver (janvier-mars) 2025. <https://lestempsquirestent.org/fr/numeros/numero-4/la-voiture-electrique-un-maintien-du-statu-quo-sous-auspices-vertes>.
[16] Alain Deneault. 2017. De quoi Total est-elle la somme ? Multinationales et perversion du droit. Ecosociété.
[17] Mickaël Correia. 2024. Le mensonge Total. Enquête sur un criminel climatique. Seuil.
[18] « Il y a 135 millions de voitures dans le monde, dont 75 millions aux États-Unis. » Le Monde, 13 juin 1962.
[19] « Combien y a-t-il de voitures dans le monde ? » Transitions & Energies, 21 avril 2020.
[20] Kilian Jörg. 2025. Auto-destruction. Pourquoi la voiture détruit le monde (et comment arrêter ça). Wildproject.
[21] « Réseaux routiers ». <https://imdm.group/industries/reseaux-routiers/>.
[22] « La lune ». <cnes.fr/dossiers/lune>.
[23] « Évolution du réseau de chemin de fer français ». <https://histoire-itinerante.fr/cartotheque/evolution-du-reseau-de-chemin-de-fer-francais/>.
[24] « Infrastructures de transport. » <https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/edition-numerique/chiffres-cles-transports/fr/33-infrastructures-de-transport>.
[25] Ghada Eldeeb, Mohamed Shehata & Hisham Hafez. 2022. Towards more human cities in Egypt: Human-City Urban Planning Model HCUPM. Civil Engineering & Architecture, 10 (5A).
[26] Patrick Boucheron. 2026. Peste noire. Seuil.
[27] ICI, AFP. 1 janvier 2026. « Automobile : les ventes de voitures neuves toujours en baisse en 2025, les véhicules électriques portés par les aides. » <https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/automobile-les-ventes-de-voitures-neuves-toujours-en-baisse-en-2025-les-vehicules-electriques-portes-par-les-aides-5267130>.
[28] Yves Cochet. 2019. Devant l’effondrement. Essai de collapsologie. Les liens qui libèrent.
Alain Dubois
Paris, 4 février 2026
07.02.2026 à 16:26
aplutsoc


05.02.2026 à 13:17
aplutsoc
Présentation
Un camarade nous a proposé de publier cette traduction d’une étude de Florence Oppen, militante US de la LIT-QI, consacrée au développement du nouvel impérialisme russe, développement consécutif à l’effondrement de l’URSS en 1989-91 Comme indiqué en exergue de ce texte, celui-ci affirme que l’économie impérialiste russe actuelle offre une étude de cas du principe de développement inégal et combiné.
Cette contribution nous semble intéressante dans le contexte actuel de confusion régnant dans les couches militantes orphelines de l’ancien monde d’avant le 9 novembre 1989. A l’heure de l’axe Trump-Poutine, ce genre de réflexions est particulièrement bienvenu.
Source : The Putin regime and the consolidation of a new imperialist state in Russia (8 janvier 2026)
Lire le texte au format PDF :
02.02.2026 à 19:30
aplutsoc2
Moulins-sur-Allier est un bon exemple de la dimension politique des municipales de mars 2026, précisément en raison de la banalité a priori de cette petite ville située à peu près au milieu de la France, qui fut parfois surnommée « la belle endormie » : c’est le lieu par excellence où devrait pouvoir s’épanouir, avec un fort semblant de vérité et de bon sens, le discours coutumier des édiles locaux sur le caractère « strictement local » des élections locales, où l’on ne doit pas faire de la « politique politicienne » et a fortiori ne pas traiter des sujets nationaux voire internationaux, « les gens » étant censés ne s’intéresser qu’à ce qui est « près de chez eux ».
Or, cette petite ville banale a connu en l’espace d’à peine un an et demi trois faits que l’on serait tenté de dire pas ordinaires, si ce n’est qu’ils traduisent en réalité ce qui est courant, dans la réalité nationale et internationale présente.
Peu auparavant, et avant de relater ces trois faits, se produisait en 2023 ce qui est pour la municipalité sortante, où Pierre-André Périssol, « PAP », ancien ministre du Logement de Chirac, poursuivi depuis et récemment rattrapé, par des « affaires » ayant trait à l’immobilier, est maire LR depuis maintenant 31 ans, son couronnement : la construction du « second pont » sur la rivière Allier, désengorgeant le bel et vieux pont Règemortes, promis et projeté depuis des temps immémoriaux, qui n’a par ailleurs apporté aucun bouleversement logistique et n’a toujours pas de nom. Se produisent ainsi, avec une lenteur toute sénatoriale, des investissements publics mesurés et infiniment célébrés par l’entre-soi des notables (comme persuadés de les avoir construits de leurs mains !), polissant une cité au cachet ancien.
Puis vinrent les chocs.
Premier choc : novembre-décembre 2024, la grande peur d’une fermeture de l’IUT et avec elle, de l’effondrement de tout le petit campus moulinois lié à l’Education nationale (INSPE et Canopé) suite à une rumeur (fondée) d’envie de désengagement du Conseil départemental sur les locaux, déclenchant une course à l’échalotte entre « financeurs » (Université Clermont Auvergne, Conseil départemental, Communauté d’agglomération) sur le mode « c’est pas moi le coupable, c’est lui », se présentant tous comme de généreux donateurs alors qu’il s’agit du service public.
Cette grande peur budgétaire est directement liée à la crise politique nationale. Le vent du boulet a soufflé, et si le site universitaire de Moulins a survécu, plus que par l’entregent de tel édile local (qui ne manquent pas de s’en prévaloir), ce fut par les évènements nationaux : grève massive de l’enseignement public le 5 décembre et chute du gouvernement Barnier puis réaménagement de son projet de budget.
Mais ce n’est que partie remise : une ville comme Moulins a vitalement besoin d’une municipalité menant le combat pour le service public et pour l’emploi, au lieu par exemple d’appuyer les fermetures de petites écoles au profit d’écoles primaires plus grandes que les collèges ruraux des alentours, comme c’est actuellement le cas.
Second choc : l’affaire « Murmures de la Cité » pendant l’été. Les subventions publiques débloquées à partir de Moulins ont permis la tenue d’un « spectacle » se voulant en « mode Puy-du-Fou », sous l’égide d’une secte racialiste-intégriste, financée par Stérin, soutenue par la presse d’extrême-droite et de l’union des droites au plan national, lesquels ont orchestré une campagne de haine et de menace contre les partisans de la laïcité – contre moi-même au premier chef.
Les municipales approchant, l’ensemble des élus et la plupart des aspirants élus locaux, extrême droite exceptée, semblent préférer que l’on n’en parle plus et, de fait, la bande formée par les chefs de Murmures de la Cité et de Sophia-Polis, liée à l’ordurier « Riposte Laïque », a essuyé une série de défaites dont je peux me permettre de revendiquer une bonne part.
Ils n’ont jamais pu ouvrir d’école privée hors contrat (le « Cours Zita ») à Moulins, comme ils l’ont prétendu. Ils ne disposeront pas d’un lieu public à Moulins pour rééditer leur opération « spectacle » l’été prochain. Le 14 janvier dernier, FSU et CGT notamment ont réussi un meeting, pas loin, à Saint-Pourçain, contre eux et l’union des droites avec l’extrême droite. Sur son propre plan, une association créée par les travailleurs de l’archéologie, « Histoire d’y voir clair », a fait salle comble, devant refuser du monde, pour sa première réunion publique d’éducation populaire sur l’histoire de ce qui a fini par s’appeler la France.
Les cris de haine de la bande Murmures/Sophia-Polis/Riposte Laïque ont connu des échecs, et, aux dernières nouvelles, ils centrent leur délire contre PAP, encore maire de Moulins, accusé, par Guillaume Senet (chef de Murmures et de Sophia-Polis), dans le torchon excrémentiel « Riposte Laïque », d’interdire les parades à cheval dans sa ville ( !!! ), attaque reprise ce lundi par Valeurs Actuelles !
La parade des soi-disant chevaliers dans nos rues sera-t-elle l’axe de campagne de la liste d’extrême droite aux municipales ?
Ces gens là ont manifestement d’autres préoccupations que les gens ordinaires, car ils bataillent pour faire les marioles avec des armures sur des chevaux alors que le troisième choc, le plus grave des trois, s’est produit voici quelques jours, le 20 janvier : la direction de l’usine Bosch, qui fabrique des systèmes de freinage, annonce ce jour sa fermeture d’ici juin, soit le licenciement des 270 ouvriers et techniciens.
La violence extraordinaire, violence patronale, de ce coup, est amplifiée par ce qu’était le caractère soi-disant familial et même paternel de l’entreprise, toujours dirigée par l’héritier de la famille et non côtée en bourse, ce qui n’a nullement empêché un scenario parfaitement « boursier » traitant le personnel comme des « kleenex », avec un vrai sentiment de trahison chez des travailleurs qui avaient cru à l’ « esprit maison ».
Cette violence est amplifiée par le plan de 190 licenciements visant Erasteel, à l’autre bout du département, à Commentry : c’est en fait ce qui reste ici d’emplois industriels hors l’armement qui est en train d’être liquidé, quoi que dise l’Etat sur les hypothétiques et polluantes perspectives d’une mine de lithium au Sud de l’Allier.
Les salariés et leurs syndicats ont commencé à réagir, FO dont cette usine est un bastion, où la section est unie avec la section CGT, qui a fait venir Sophie Binet voici quelques jours. Le député PCF Yannick Monnet, le maire LR « PAP » et le maire socialiste d’Yzeure, où est située l’usine, Pascal Perrin, disent s’entremettre auprès du préfet et du gouvernement pour que les suppressions d’emplois se fassent le moins mal possible.
Cependant, la tonalité du meeting de Commentry organisé par la CGT vendredi dernier avec Sophie Binet était plutôt à l’exigence de récupération des sites et des machines pour les relancer, mais cette question est évidemment politique : il nous faudrait un gouvernement démocratique qui sauve les outils de travail comme les services publics, alors que sont au pouvoir, minoritaires et illégitimes, les organisateurs de la casse qui aiguillent l’argent public vers les patrons puis affolent le monde sur les déficits …
Une chose est sûre : aucun licenciement n’est acceptable.
Trois chocs donc, différents mais qui résument une situation mondiale dont notre ville moyenne en crise est totalement impactée : les menaces contre les services publics, le danger de l’extrême droite introduisant la violence politique, et la destruction des emplois productifs dans les vieux pays capitalistes.
Tout cela, c’est Moulins. Et Moulins, c’est aussi la résistance à tout cela, la volonté de contre-attaque. Car l’IUT n’a pas fermé, « Murmures de la Cité » a trouvé à qui parler, et la lutte contre les licenciements à l’échelle de l’Allier est engagée.
A ces données, s’ajoute la crise de la droite locale, au pouvoir de très longue date. Le vieillissement, l’usure et les « affaires » cernent PAP, qui attendait un jugement sur son éventuelle inéligibilité le 14 janvier dernier, lequel a été reporté au 25 février, veille du dépôt des listes. Le président du Conseil départemental, Claude Riboulet, et les pontes de LR du secteur de Vichy, ont aidé à la formation d’une liste de droite concurrente, tandis que son adjointe, qui fut pro-« Murmures », Cécile De Breuvant, lui coupait l’herbe sous les pieds en annonçant sa liste. Fauché par le renvoi de la décision judiciaire, il s’est rallié à elle. Notons que ce que j’écris là est connu de tout le landerneau moulinois mais pas explicité dans la presse locale, c’est assez amusant. S’ajoute une troisième liste « apolitique » de droite émanant d’un sous-courant de la municipalité sortante.
Face au marais des trois listes issues de celle-ci, les réseaux liés à « Murmures » tentent de transformer l’essai en montant une liste d’union des droites, RN/Reconquêtes/UDR, autour de M. De Nicolay, « jeune entrepreneur », coaché par un « homme d’affaires », Arnaud Dassier, qui vise, lui, les législatives. Leur liste recrute parmi les ahuris qui se prennent pour des « chevaliers » et aussi parmi des ahuris un peu plus anciens qui se prennent, eux, pour des soldats de Napoléon et qui étaient jusque-là dans le sillage de LR, tiens donc. Il est permis d’ironiser mais il convient d’être vigilants car ils misent évidemment sur la poussée globale du RN et plus particulièrement sur la crise nationale et locale des droites, pour capter leur électorat traditionnel.
Face aux trois listes issues de la municipalité sortante, et à la liste de l’union des droites extrêmes, la voie de la victoire est tout à fait possible, dans le prolongement des combats pour les services publics, l’emploi et la laïcité, et avec l’atout du député Yannick Monnet, PCF, et moulinois.
Nos lecteurs ne seront donc pas étonnés de savoir que j’ai mené campagne, cet automne, pour l’unité de la gauche afin de réunir toutes les conditions de la victoire. Bien entendu, l’axe de la division, ici comme ailleurs, tourne autour de LFI et de ceux qui ne veulent pas de LFI. Nos lecteurs seront peut-être un tantinet plus étonnés de savoir que dans ce combat, les membres locaux de LFI m’ont nettement prêté oreille et ont temporairement souhaité, à mon avis tout à fait sincèrement, cette unité, dans laquelle ils auraient occupé une place à vrai dire modeste, mais légitime et nécessaire.
Il pourrait donc y avoir une liste LFI. Par ailleurs, Lutte Ouvrière entend bien monter « sa » liste sans aucune intention ni de gagner, ni d’aider à gagner …
Yannick Monnet, député PCF, dont les votes parlementaires sur la censure de Lecornu sont identiques à ceux du PS, incontestable allié sur la défense de l’école publique contre les mesures de carte scolaire (je parle là en syndicaliste), a conçu sa liste, de toute évidence préparée depuis un moment, comme dédiée au « soin des gens » et comme ne mettant pas les questions politiques, ou d’appartenance politique, en avant.
Sa liste est en fait la seule qui peut gagner, et réellement, à gauche, et elle ne gagnera pas autrement qu’en s’inscrivant dans le prolongement des trois batailles dont j’ai parlé ici. L’illusion de l’apolitisme local « de proximité » me fait à vrai dire sourire, et ne m’empêche en aucun cas de tout faire pour que gagne cette liste, dont la victoire serait une victoire contre la droite et la droite extrême, pour l’emploi, les services publics et la laïcité, et rien d’autre.
Un camarade membre de la liste me disait récemment que si finalement ils n’ont pas couru après moi, c’est que je « fais peur avec mon côté Cassandre ». Certes : rappelons que tout ce que prédisait Cassandre s’est réalisé. Et en plus, cet échange date d’avant l’annonce des 270 licenciements à Bosch.
Le plus urgent à Moulins, c’est un rassemblement de toute la ville contre la totalité des licenciements, en semaine, avec grève et fermeture des magasins, exigeant de la préfecture que l’Etat séquestre le terrain et les machines. La voie pour gagner passe par là. Si je suis Cassandre, c’est en version optimiste – l’optimisme de la volonté et du combat !
Vincent Présumey, 02/02/26.
02.02.2026 à 10:34
aplutsoc
Nouvelle année, nouvelle lutte : le 3 janvier dernier, seize des vingt salarié-es du magasin parisien Biocoop de Place des Fêtes se mettaient en grève.
Les raisons de leur colère ? La dénonciation du management autoritaire de la propriétaire de la boutique et la demande légitime d’augmentation alors que beaucoup d’entre eux/elles sont, dans les faits, chef-fes de rayon mais payés comme des vendeurs.
Iels ont fait front et sont restés unis pendant des semaines en dépit de plusieurs interventions de la police, à la demande de leur employeur, qui les as contraint à tenir leur piquet de grève à l’extérieur du magasin, toujours fermé, en dépit du froid, voire de la neige.
Le soutien, dont celui financier, de nombreux habitant-es et collectifs du 19ème, de forces sociales, dont celui de la CGT qui compte une déléguée dans l’entreprise, et d’élu-es parisiens de gauche leur aura aussi permis de tenir.
Mieux, la forte médiatisation de leur combat a levé le voile sur le système Biocoop, obligé de monter au créneau pour préserver la réputation prétendument sociale de l’enseigne qui connaît un développement important ces dernières années alors que chaque point de vente est en fait une franchise, rattachée cependant à la tête de réseau pour l’approvisionnement et les ressources humaines.
Une première étape réussie qui en appelle d’autres
Le 28 janvier dernier, un protocole de fin de conflit, négocié sous l’égide de l’inspection du travail, a été signé : il entérine un changement de gouvernance du magasin à moyen terme avec l’embauche d’un directeur opérationnel de sorte que la présidente de la société se consacre à son rôle et ce pour la plus grande satisfaction du personnel lassé de son attitude, une augmentation d’au minimum 4,5 % avec un plancher de 100 euros brut, une attention accrue aux conditions de travail et aux échanges avec le CSE existant et, enfin, l’étalement des jours de grève.
De plus, les désormais ex-grèvistes ont pris l’initiative de lancer, le 29 janvier dernier, un comité de soutien ouvert aux organisations syndicales, politiques et associatives ainsi qu’aux habitant-es solidaires de leur lutte dans la perspective de leur reprise du travail le 2 février prochain : il aura pour rôle, outre s’assurer de son bon déroulement, d’aider à pousser les autres magasins de la capitale à s’organiser à leur tour et de faire pression sur l’enseigne pour qu’elle joigne enfin ses gestes à ses paroles.
LD, 31/01/2026.
01.02.2026 à 19:03
aplutsoc
Chères lectrices, chers lecteurs, nous vous invitons à la lecture, mais aussi à la circulation de cette publication !
SOMMAIRE :
Télécharger le numéro 15 au format PDF
01.02.2026 à 09:52
aplutsoc2
Présentation
Nous nous permettons de reproduire ci-après un récit diffusé sur les réseaux sociaux. Nous ne connaissons pas son auteur, mais il a su admirablement capter la réalité tellurique de ce qui se passe.
Car les grands mouvements de masse, lorsque, comme disait Rosa Luxembourg lors des premieres grèves de masse pour la démocratie en Allemagne en 1911, « l’Achéron entre en mouvement », sont telluriques. C’est pour cela que nous avons titré ce billet « un récit d’Amérique » et pas « un récit des Etats-Unis », non pas, bien sûr, que les Etats-Unis soient l’Amérique comme le prétendent leurs dirigeants, mais parce qu’à travers la perception de la jeunesse qui entre de plein pied dans le siècle, c’est le sel de toute l’Amérique, « indienne », blanche, noire et multiple, qui éclate et bouscule les frontières.
C’est aussi le message de la chanson de Bruce Springsteen, ce formidable coup porté au King Trump et à la bande des Kings hideux et blêmes, milliardaires violeurs, qui forme cette couche supérieure du capital et de l’Etat que conspue une jeunesse qui se découvre, en une vague sans précédent – les années 1960-1970 au temps du Vietnam et de Woodstock n’ont rien connu de tel :
We’ll take our stand for this land And the stranger in our midst : Nous défendrons cette terre et l’étranger en notre sein.
Voici la description de l’explosion lycéenne et jeune qui marque la réalité américaine depuis quelques jours.
Et c’est ainsi que depuis Minneapolis, les mots General Strike se sont imposés dans tout le pays-continent pour dire l’insurrection démocratique nécessaire qui veut abolir ICE, chasser (et juger) Trump et destituer les oligarques de la tech et du capital. Et cet ébranlement se produit sous une vague de froid !
Avis à nos camarades « syndicalistes combattifs » qui trouvaient formidable l’appel de l’UAW à préparer la grève générale pour le 1° mai … 2028 !!! Avis aussi à nos camarades ultra-révolutionnaires qui trouvent que tout cela n’est pas très solide idéologiquement !
C’est le mouvement réel, il est démocratique et se réclame même de la constitution et c’est EN CELA qu’il est révolutionnaire et prolétarien !
(certains, en 1850 puis en 1905, avaient appelé cela la « révolution permanente », n’est-ce pas ?)

Texte de Mark Provost :
« J’ai passé quelques heures hier soir, et encore quelques heures aujourd’hui, à visionner d’innombrables photos des manifestations massives qui ont eu lieu vendredi à travers le pays.
Peu de gens saisissent l’ampleur, la portée et la signification de ces manifestations menées par des lycéens et des étudiants. Les médias traditionnels ne peuvent pas couvrir correctement ces événements (même s’ils le voulaient), alors je vais essayer.
Voir des manifestations spontanées et organisées par des jeunes, c’est être témoin d’une joie collective. J’ai visionné des milliers d’images et de vidéos. On ne voit pas un seul étudiant absorbé par son téléphone. Ils vivent pleinement le moment présent, débordants d’enthousiasme. Ils se tiennent par le bras, s’enlacent et se soutiennent mutuellement.
Certaines manifestations ont été organisées par les élèves de terminale ; d’autres fois par les élèves de seconde. Ces jeunes sont en pleine construction identitaire et ont décidé de devenir des acteurs de l’histoire américaine. Ils semblent déterminés à écrire un nouveau chapitre.
Certaines pancartes reprennent des messages familiers de manifestations précédentes, comme « No Kings ». D’autres pancartes sont des messages directs adressés aux adultes censés les protéger. L’une des pancartes les plus populaires disait : « On sèche les cours aujourd’hui pour vous en apprendre un. » Une autre proclamait : « Mes parents immigrés travaillent plus dur que votre président. » D’autres pancartes affichaient des jurons interdits à la maison comme à l’école.
J’ai remarqué que les garçons qui escaladaient les plus hauts lampadaires et édifices brandissaient fièrement des drapeaux mexicains. La libération physique de leurs corps, affranchis des contraintes artificielles, traduit leur développement spirituel et moral.
Je m’attarde sur ces images pour réfléchir, observer leurs expressions, leurs pancartes artisanales, et ressentir leur camaraderie. Ces enfants et ces jeunes adultes écrivent l’histoire et ils en sont plus conscients que quiconque.
Je préférerais reprendre le cours de ma journée, mais je sens mon âme se régénérer. Je contemple ces images et ne me sens plus prisonnier d’un destin funeste. Il est impossible d’assister à un soulèvement de la jeunesse sans éprouver un immense espoir pour notre avenir, doublé de la volonté de les aider à le construire. Les manifestations contre l’ICE marquent un tournant décisif dans l’histoire de notre pays, un tournant amorcé par l’ascension fulgurante de Donald Trump il y a une dizaine d’années.
Ces débrayages symbolisent également le passage de témoin de l’activisme antifasciste entre la génération la plus âgée – qui, jusqu’alors, représentait l’essentiel des manifestations visibles – et la plus jeune.
Le refus des grands médias et des commentateurs de reconnaître ce bouleversement majeur n’en diminue en rien l’impact historique.
L’assassinat public de Renee Good et d’Alex Pretti, et l’occupation massive du Minnesota, ont eu l’effet inverse de celui escompté. Le régime voulait faire de Minneapolis – une ville démocrate de taille moyenne et à forte population, au sein d’un océan républicain – un exemple flagrant de résistance inutile.
Mais en tentant d’étouffer la contestation à Minneapolis, Trump a propagé la flamme dans toutes les villes et tous les villages, et le feu a même franchi le fossé des générations. L’élargissement de la participation intergénérationnelle contre le régime est sans doute plus important que l’expansion géographique de la résistance. Cela ne veut pas dire que la géographie de la rébellion soit sans intérêt. On peut tracer des cercles concentriques depuis l’épicentre de Minneapolis jusqu’au Midwest : des grèves scolaires dans les plus petits villages ruraux du Minnesota, une manifestation massive à Milwaukee et dans tout le Wisconsin, des débrayages étudiants dans le Michigan et à Saint-Louis (Missouri). J’ai vu des photos d’étudiants à Cleveland et à Columbus (Ohio). Dix mille personnes ont défilé dans les rues de Chicago.
À travers les plaines et le cœur de l’Amérique, en plein territoire trumpiste, des milliers d’élèves ont quitté leurs écoles de manière coordonnée et pacifique. Lors d’une manifestation anti-ICE devant un lycée de Fremont (Nebraska), un étudiant trumpiste au volant d’un SUV, brandissant un drapeau Trump géant, a percuté une camarade de classe avant de prendre la fuite, sous les cris d’horreur des élèves et des professeurs.
Nous sommes témoins de la violence des partisans de MAGA contre les enfants, qu’il s’agisse du petit Liam Ramos ou d’un enfant blanc participant à son premier piquet de grève. La menace de danger physique et de mort rôde même dans les endroits les plus improbables, ce qui signifie qu’aucune protestation contre le régime ne peut être balayée d’un revers de main comme une simple mise en scène. Le symbolisme d’un partisan de Trump blessant une camarade étudiante puis tentant d’échapper à ses responsabilités n’a probablement pas échappé à ses camarades ni à la communauté. Les MAGA fuient les lieux du crime aussi vite qu’ils disparaissent de la scène politique ; très rapide Reich !
Les manifestations de vendredi étaient si étendues que j’ai dû vérifier les noms de villes pour identifier l’État où elles se déroulaient. Par exemple, il y a eu une immense marche près de la baie dans le comté de Lafayette, en Californie, ainsi qu’une manifestation à Lafayette, dans l’Indiana, ville où se trouve l’université Purdue. Des étudiants et des habitants ont envahi les rues de Lafayette, en Caroline du Nord. Deux nuits auparavant, la communauté de Lafayette, en Louisiane, avait protesté contre la coopération de la police locale avec l’ICE. Des élèves de plus de 100 écoles de Géorgie ont débrayé.
J’ai vu des photos de lycéens à Burlington dans des nuages d’orage tourbillonnants sur fond de montagnes verdoyantes, vêtus seulement de chemises à carreaux et de sweats à capuche, et j’ai su que ce ne pouvait pas être Burlington, dans le Vermont, où, malgré un mètre de neige et des températures glaciales, au moins mille personnes avaient manifesté. C’est ainsi que j’ai entendu parler de Burlington, dans l’État de Washington, nichée dans la vallée de Skagit, où des jeunes se sont massés de part et d’autre de l’autoroute. Partout à Portland, dans l’Oregon, des étudiants ont organisé des débrayages. J’ai vu une vidéo de deux minutes montrant des gens défilant dans le centre-ville historique de Portland, dans le Maine, accompagnés d’une fanfare.

En Californie, des étudiants sont descendus dans la rue, de San Diego à Sacramento, et partout ailleurs. Sur la côte ouest, des élèves ont débrayé à Brooklyn Tech, le plus grand lycée du pays.
L’invasion et l’occupation de Minneapolis par Trump ont non seulement étendu la résistance à travers les frontières et les générations, mais aussi, par extension, à travers les communautés. Hormis quelques communautés qui restent majoritairement blanches, la plupart des enfants américains vivent déjà dans une société multiraciale, fréquentent des écoles diversifiées et ne souhaitent pas voir leurs amis et voisins enlevés, torturés et expulsés.
Permetez-moi de citer brièvement l’exemple, certes improbable, de ma ville natale, Manchester, dans le New Hampshire. Lorsque j’ai commencé l’école au début des années 80, 90 % des élèves étaient blancs. L’ensemble des élèves non blancs ne représentait que 10 % de l’effectif total. Aujourd’hui, la moitié des élèves de Manchester sont non blancs.
Nombre d’élèves de Manchester sont issus de familles ayant immigré récemment, notre ville étant un site d’accueil désigné par l’ONU pour les réfugiés déplacés. Nous accueillons des immigrants du Soudan, du Darfour et de l’ex-Yougoslavie. Dans notre petite ville industrielle du nord de la Nouvelle-Angleterre – située dans le troisième État le plus blanc du pays – nos habitants parlent plus de 100 langues.
Des élèves se sont mobilisés dans tout l’Ouest, de Denver à Reno, de Tucson à Dallas, bastion conservateur. Leurs familles sont originaires d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale. Ils sont Mexicains et Chicanos, vivant aux côtés et au sein de centaines de nations amérindiennes et de leurs communautés. Leurs ancêtres ont foulé ces terres et franchi des frontières encore imaginaires pendant des millénaires, bien avant que Christophe Colomb ne pose le pied sur leur sol.
Ici, c’est l’Amérique, et il faudra bien plus que des camps de concentration en tôle ondulée et des hommes de main masqués pour nous anéantir.
Une part importante de la jeunesse américaine réalise qu’une part importante des adultes américains est violente, raciste et déconnectée de la réalité. Les jeunes n’attendent pas d’avoir le droit de vote pour formuler des revendications politiques et s’engager dans l’action, un exemple dont nous, les adultes, devrions nous inspirer.
Il est impossible de regarder ces enfants courageux et de croire sincèrement que notre nation est au bord de sombrer dans un enfer fasciste. Si cette vague montante signifie quelque chose, c’est que l’avenir de l’Amérique sera radicalement différent de ce qu’avait imaginé ce régime. »

30.01.2026 à 10:53
aplutsoc
Nous reproduisons cette déclaration unitaire produite par 9 organisations politiques de gauche du Venezuela ce mois de janvier 2026. Ces organisations sont issues de traditions différentes (PCV, courants trotskystes, courants ayant plus ou moins participé un certain temps au projet originel chaviste ). Il témoigne de la possibilité et de la nécessité de faire entendre la voix du peuple travailleur écrasé tant par la boli-bourgeoisie [la bourgeoisie « bolivarienne » née de la mainmise sur le pouvoir d’Etat par le chavisme et ses succédanées ] que par l’impérialisme US. La résistance à ce dernier ne peut se déployer sans indépendance ni bilan vis à vis des gouvernements présent et antérieurs.
En français, ce texte a été publié par le site de Révolution Permanente. Nous avons repris pour partie la traduction du texte accessible sur le site LaClase.info proche du PSL(UIT-CI).
NON À L’AGRESSION MILITAIRE ET À L’OFFENSIVE IMPÉRIALISTE !
NON À LA COLLABORATION NÉOCOLONIALE DU GOUVERNEMENT NATIONAL AVEC CELUI DE TRUMP !
LIBERTÉS DÉMOCRATIQUES POUR COMBATTRE LES PRÉTENTIONS NÉOCOLONIALES ET DÉFENDRE TOUS LES DROITS DU PEUPLE TRAVAILLEUR !
Les organisations qui composent la « Rencontre nationale pour la défense des droits du peuple », ainsi que d’autres courants anti-impérialistes, adoptant une position d’indépendance de classe vis-à-vis de tout facteur de pouvoir oppressif, prennent position face à la situation extrêmement grave que traverse notre pays à la suite des attaques criminelles perpétrées sur le sol vénézuélien par les États-Unis et le gouvernement de Donald Trump.
Nous affirmons notre défense du droit du Venezuela à l’autodétermination, notre défense de la souveraineté nationale, et appelons à rejeter l’agression militaire et l’offensive impérialiste dirigées contre le pays.
Nous exprimons notre condamnation la plus ferme des bombardements menés par le gouvernement de Donald Trump à l’aube du 3 janvier contre Caracas et diverses régions du territoire national. Nous dénonçons cette action comme une violation flagrante de la souveraineté nationale, une agression criminelle contre le peuple vénézuélien. Ses conséquences se traduisent par l’imposition au Venezuela d’un gouvernement placé sous tutelle impérialiste, chargé de mettre en œuvre un agenda colonial visant la nation, notre pétrole et ses ressources stratégiques.
Cette attaque militaire massive contre le pays qui a fait environ une centaine de morts, civils et militaires, constitue la continuité et le point culminant d’une agression impérialiste systématique : depuis des années de mesures de coercition (lesdites « sanctions »), jusqu’au harcèlement militaire dans les Caraïbes, en passant par des bombardements et des assassinats de sang-froid en haute mer. Elle s’inscrit dans une stratégie de domination continentale, marquée par le retour de la funeste « doctrine Monroe », qui prétend reconnaître aux États-Unis le droit d’imposer leurs intérêts aux peuples du continent, dans le cadre de leur rivalité avec d’autres puissances. L’attaque et la mise sous tutelle du Venezuela servent ainsi d’exemple pour intimider d’autres pays de la région.
Nous exprimons notre solidarité avec les familles des victimes de cette agression, avec celles et ceux qui ont vu leurs logements ou des infrastructures de l’Étatdétruits, ainsi qu’avec toutes les personnes traumatisées par les bombardements.
Nous exprimons également notre solidarité avec les communautés de Fuerte Tiuna, El Hatillo, les paroisses d’El Paraíso, San Juan et du 23 de Enero, les secteurs proches de La Carlota, ainsi qu’avec la population de Caracas, de l’État de Miranda et de La Guaira dans son ensemble, qui vivent depuis lors dans l’angoisse et l’incertitude face à la menace de nouvelles attaques.
En tant qu’organisations opposées au gouvernement vénézuélien, nous condamnons avec force les politiciens patronaux de l’opposition pro-impérialiste qui applaudissent l’agression militaire et le plan de mise sous tutelle nationale de Trump. María Corina Machado, Leopoldo López, Antonio Ledezma et tous ceux qui partagent cette ligne politique méritent le rejet le plus catégorique de la part du peuple travailleur vénézuélien.
Malgré nos profondes divergences politiques avec le gouvernement, nous dénonçons l’enlèvement de Nicolás Maduro Moros et de Cilia Flores par des forces militaires étrangères. Nous exigeons des informations officielles, le respect de leurs droits humains et leur libération. En aucun cas nous ne reconnaissons à l’impérialisme le droit d’arrêter et de juger un dirigeant vénézuélien : cela relève exclusivement de la souveraineté de notre peuple.
Nous exigeons le respect du principe d’autodétermination du peuple vénézuélien. Aucune puissance étrangère n’a le droit d’agir comme « gendarme du monde » ni d’appliquer de manière extraterritoriale ses lois sur le sol vénézuélien.
Avec cette brutale offensive néocoloniale, ce n’est pas seulement le sort d’un gouvernement qui est en jeu, mais bien le présent et l’avenir du peuple vénézuélien, ainsi que la condition même de pays souverain. L’objectif est de décider à Washington de la gestion des ressources nationales et du produit du travail national, dans les bureaux du président des États-Unis, lors de réunions avec des magnats nord-américains et étrangers. Un recul historique sans précédent.
Il est inacceptable que la classe travailleuse, la jeunesse et les secteurs populaires soient tenus à l’écart. Nous exigeons de pleines libertés démocratiques pour débattre et lutter contre les prétentions néocoloniales insolentes visant le pays ; le droit d’organiser librement des assemblées sur les lieux de travail, d’étude et dans les quartiers, afin de discuter de la situation et de définir les réponses à apporter ; le plein exercice du droit de réunion et de manifestation.
La condamnation de l’agression impérialiste ne signifie en rien un soutien politique à la clique qui a exercé le pouvoir ni au gouvernement de collaboration imposé sous tutelle suite à l’intervention des États-Unis. Nous affirmons notamment que :
• Le gouvernement a appliqué un ajustement économique brutal qui a détruit les droits des travailleurs conquis au fil des luttes. Le paiement de la dette extérieure, combiné aux sanctions impérialistes, a aggravé l’effondrement de l’économie. La crise a été intégralement payée par les travailleurs et les classes populaires, tandis que les intérêts des classes possédantes nationales et étrangères étaient préservés, creusant toujours davantage les inégalités sociales. Pour les patrons tout, pour les travailleurs rien : telle a été la logique gouvernementale. Il est urgent de restaurer salaires et pensions, de rétablir les prestations sociales et les droits syndicaux et du travail.
• Nous dénonçons la persistance de l’emprisonnement de militants et de citoyens pour des raisons politiques, qui a contribué à la dérive autoritaire du gouvernement. Ces mécanismes répressifs doivent être abrogés, notamment la loi « contre la haine ».
• Les libérations obtenues sous la pression impérialiste doivent s’accompagner de la solidarité et de la mobilisation populaires afin d’accélérer ce processus et d’aboutir à la libération totale de toutes les personnes détenues.
• Nous exigeons la reconnaissance de l’ensemble des droits démocratiques du peuple vénézuélien et la libération complète de tous les prisonniers politiques.
• Les arrestations arbitraires, perquisitions sans mandat, disparitions forcées et pratiques illégales des forces policières et para-policières doivent cesser immédiatement.
• Nous dénonçons l’opacité inacceptable concernant la réponse des systèmes de défense nationale et l’impact réel des attaques du 3 janvier. Nous exigeons du gouvernement de Delcy Rodríguez des explications transparentes, l’identification des victimes et une information complète sur les dégâts matériels et leurs conséquences pour la population.
• Nous exigeons le rétablissement du salaire minimum conformément à l’article 91 de la Constitution, ainsi que des mesures d’urgence pour garantir des conditions de vie dignes à l’ensemble de la population.
Dans le contexte de l’attaque brutale et du chantage militaire impérialiste, l’administration Trump a imposé des mesures drastiques pour contrôler les ressources du pays, mesures que le gouvernement vénézuélien a acceptées docilement. « Collaboration » et « cordialité » avec l’impérialisme sont les principes directeurs du gouvernement de Delcy Rodríguez, facilitant l’avancée néocoloniale et agissant de facto comme un gouvernement sous tutelle américaine, contraint de céder notre pétrole et nos autres ressources naturelles.
Nous rejetons toute forme de coopération avec les impositions de Washington, qu’il s’agisse de la manière dont ils entendent nous imposer la gestion de l’industrie pétrolière nationale et du reste des ressources naturelles et énergétiques du Venezuela, ou du contrôle de l’économie nationale et des relations internationales.
Nous mettons en garde contre la soumission du gouvernement vénézuélien, qui, par sa collaboration et sa « coopération », s’allie au gouvernement Trump pour céder notre pétrole et nos autres ressources naturelles et énergétiques.
Trump, avec arrogance, entend ignorer le peuple vénézuélien et son histoire d’indépendance et de lutte anti-impérialiste, se proclamant « président intérimaire du Venezuela » et imposant des pressions colonialistes abusives à notre nation.
Aujourd’hui plus que jamais, nous avons le besoin urgent et inévitable d’œuvrer pour l’ unité de la classe ouvrière et du peuple vénézuélien exploité autour de leurs intérêts de classe, et pour le recouvrement de la souveraineté nationale.
L’organisation et la mobilisation populaires, notamment de la classe ouvrière, sont essentielles pour surmonter la domination impérialiste qui nous est imposée. Il nous faut donc reconquérir la possibilité de tenir des assemblées et de promouvoir des espaces de dialogue où le peuple vénézuélien puisse participer, des espaces qui s’opposent clairement à l’interventionnisme, où les événements peuvent être débattus et où une série de revendications peuvent être formulées pour résoudre la crise du point de vue des milieux populaires et de la classe ouvrière.
En ces temps difficiles, nous devons nous préparer à développer des formes de lutte différentes et efficaces pour défendre la souveraineté nationale et les droits de notre peuple, en dénonçant et en nous organisant contre tout ce qui implique la cession de pétrole, de minéraux, de ressources naturelles ou la tutelle étrangère.
Le destin du Venezuela ne devrait pas se décider entre élites négociatrices ni sous les impositions de Washington, mais par la volonté souveraine de son peuple.
Nous exhortons le peuple vénézuélien, les peuples d’Amérique latine et les forces démocratiques du monde à manifester contre cette agression militaire. La solution à cette crise doit être une solution populaire et ouvrière, rejetant à la fois l’interventionnisme néocolonial de Trump et la perpétuation d’un modèle qui privilégie les intérêts des chefs d’entreprise, quelle que soit leur nationalité, des riches et des nouveaux riches, en bafouant les droits économiques, sociaux et politiques des masses laborieuses.
L’Amérique latine tout entière est menacée, et nos peuples doivent s’unir pour affronter et stopper l’envahisseur américain, ses nouvelles formes de colonisation et l’expansion de ses intérêts impérialistes au sein des nations latino-américaines. Nous appelons à une mobilisation la plus large possible en Amérique latine et aux États-Unis même. Dans cet esprit, nous proposons une mobilisation internationale majeure capable de mettre un terme à l’agression impérialiste. Nous appelons la jeunesse, la classe ouvrière et l’intelligentsia progressiste des États-Unis à s’opposer résolument à leur propre impérialisme.
Caracas, janvier 2026.
Signataires :
PPT-APR
Partido Comunista de Venezuela (PCV-Dignidad)
Movimiento popular alternativo (MVA)
Liga de Trabajadores por el Socialismo (LTS)
Partido Socialismo y Libertad (PSL)
Revolución Comunista
Marea Socialista
Bloque Histórico Popular (BHP)
Unidad Socialista de Los Trabajadores (UST)

28.01.2026 à 12:59
aplutsoc2
Pour la deuxième fois en quelques jours, nous répercutons et appuyons un appel largement improvisé. Qui souligne donc la nécessité d’une organisation internationaliste pérenne dont nous avons urgemment besoin !

25.01.2026 à 23:12
aplutsoc2
Le milliardaire fou Peter Thiel, inventeur de J.D.Vance, agent de contact entre Trump et Musk, promoteur et coach des nazis et fascistes 2.0 Yarvin et Lang, qui interdit les syndicats et les grèves dans la Silicon Valley, dont la firme Palantir équipe en logiciels de surveillance et de traque ICE et l’armée israélienne et vient de contracter avec la DGSE, qui fournit les livres de chevet de Pierre-Edouard Stérin, qui dit préparer l’Apocalypse pour l’avènement du capital, dont l’humanité d’après son écolâtre Dick Land n’est que l’hôte passager, et qui inspire l’alliance des cathos tradis et des néos nazis, est à Paris demain, pour parler à la prétendue Académie des Sciences morales et politiques, qui vient d’introniser l’affairiste Bernard Arnault. ll est invité par Jean-David Lévitte, ancien ambassadeur sarkozyste aux Etats-Unis.
Un rassemblement est appelé devant cette prétendue Académie. Nous répercutons le visuel qui y appelle et soutenons cette initiative. Le visuel met en avant l’Académie française, autre vieille dame indigne, mais il semble que c’est bien l’Académie dite des sciences morales et politiques la puissance invitante (et sur la photo c’est son pote Musk). Quoi qu’il en soit, c’est au même lieu – 23, Quai de Conti, Paris 6°.
